Salouva et jupe-chemise matadore

SOUVENT MODE VARIE BIEN FOL EST QUI S’Y FIE.

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J’ai déjà évoqué ici et le salouva. Quand je vois toutes ces femmes mahoraises et comoriennes en salouva, body, jupon, l’or scintillant au nez, au bras, aux doigts et aux oreilles, j’imagine par transparence mes ancêtres antillaises avec leurs robes foulards, madras, grains d’or, colliers chou, chaîne forçat, chaîne serpent, collier chenille. Si l’on met de côté les croyances ici en l’Islam et là en la Trinité composée de Christ fils, Saint-Esprit et Père les formes de se vêtir sont analogues. Néanmoins force est de  constater que si la plupart des femmes à Mayotte portent le salouva au jour le jour, mais principalement le vendredi jour de la grande prière musulmane, la jupe-chemise dite aussi matadore en est réduite à la portion congrue puisque depuis 1880 elle ne se fait admirer guère que lors des soirées folkloriques où elle est même remplacée manu militari par lq robe e corps dite aussi en Martinique gran wob

Sous chaque femme ; chaque mahoraise ou comorienne en salouva j’imagine  une combinaison jupe-chemise, leur équivalent, dite ausssi matador, qui a existé aux Antilles jusque vers 1880. il s’agissait d’une jupe à queue (ou à traîne) en toile d’indienne chamarrée qu’on attachait au-dessus des seins et qu’on portait avec une chemise de batiste ou mousseline ouvragée. Traditionnellement  on relevait la jupe sur le côté pour faire apparaître un jupon. Elle était portée au 18ème siècle avant l’abolition de 1848 par les affranchies à qui il était notamment interdit de porter soie, dentelles et rubans. Elle a pris le nom de matadore car nombre des affranchies qui le portaient en signe de richesse étaient des matadores, des femmes libres et entretenues. Elle a été remplacée peu à peu par les femmes rangées par la grand-robe en Martinique (gran wob) ou robe à corps en Guadeloupe ou encore robe ti dos (wob ako, wob tido qui peut être selon qu’elle est d’apparat imprimée en coton ou en soie, en satin, en satin broché, en satinette, en taffetas ou en brocart avec un jupon en faille, en taffetas ou en dentelle chantilly , assorti d’un foulard et plus tard  d’une cape . Dans la version de tous les jours la granwob devient  une douillette (douyet) en coton fleuri. Parfois c’est une titane qui me revient et qui révèle une courtisane aux épaules dénudées et à la poitrine offerte aux regards dans son décolleté bien échancré. Puis soudain apparaît au loin une gaule créole (gol), longue robe blanche, tenue d’intérieur qu’on appelle aussi wob di chanm (robe de chambre) ou encore  une colinette ou ti’collet en tenue vichy agrémentée d’une ombrelle pour les jeunes filles. Partout les coiffes en madras avec leurs pointes messagères couvrent les têtes amarrées. Qu’on les appelle tête calendée, ou chaudière, à une pointe ou bout pour les jeunes filles vierges et disponibles, à deux pointes pour les fiancées et les mariées, à trois pointes pour les femmes prises mais quelque part disponibles pour ceux qui tenteraient leur chance, à quatre pointes, matadore, titane, celles ouvertes à toutes propositions, Il n’y a pas assez de mots pour décrire toutes les façons de nouer ces fichus.

Selon Melville J. Herskovits en Côte de l’Or (le Ghana d’aujourd’hui) il y avait 50 noms traditionnels chez les Ashanti pour les décrire.  On se croirait au Nigéria chez les Yoruba avec  leur gele  voire chez les Igbos avec leur ichafu. La gele (prononcer guélé) est tout un art et s’il est traditionnellement fait à base de  aso oké (toile tissée à la main) on trouve désormais toutes sortes de matériau comme l’organza, le taffetas, le damas, la dentelle. L’attacher est tout un art !

Là vient une matadore avec tout un enchantement de jupe, corsage et jupon blanc accompagnée d’une jupe piquée à la taille. Des cotonnades me croisent en madras calandé. c’est jour de fête : velours et satin sont de sortie. Partout ce ne sont que tèt maré, gardzorey, mouch vanij, chemise dékolté, porte bonheur et jupe et bijoux.

En savoir plus :

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– « Costumes créoles. Mode et vêtements traditionnels des Antilles françaises de 1635 à 1948« , de Lyne-Rose BEUZE et Loïs HAYOT, éd. Fabre Domergue, Fort-de-France, 1999

– « Le costume. Une époque de l’histoire de la Guadeloupe à travers le costume 1860 – 1910″, de Renée GLAUDE, Musée Saint-John Perse, Pointe-à-Pitre, 1990

– « La gazette du costume créole aux fils tissés des modes et de l’Histoire« , de Nicole Réache et Michelle GARGAR, PLB éditions, Gosier, 2009

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