Le restaurant s’appelle « la saison des pluies »

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La tradition a bon goût, est son slogan ! J’avais repéré ce restaurant avant même son ouverture officielle par la beauté sobre et élégante de son logo. Surtout j’ai adoré la créativité du point sur le i remplacé par les dents d’une fourchette tout comme de la barre transversale du A remplacée par un nuage. Le grand art ! Sous une pluie nourricière bleue et grise voguent dans un canot vert un baobab et deux cocotiers tout aussi verts que le canot. Kashkazi nous invite à une odyssée dans l’océan indien de la cuisine fusionnelle entre les savoir-faire de la tradition mahoraise et ceux de la modernité. Mais rassurez-vous la mer n’est pas houleuse. Le canot glisse sans bruit et les rames plongent dans votre palais et y tracent des effluves insoupçonnées de volupté gastronomique !

Je m’étais renseigné et on m’avait dit que kahskazi voulait dire la saison des pluies en shimaoré. Il me semble qu’il a ouvert en octobre juste avant que ne commence vraiment la saison des pluies. J’ai déjà commencé par le tester une dizaine de fois au petit déjeuner. J’y prenais des omelettes puis des oeufs sur le plat. J’avais essayé les jus de fruits frais comme la mangue, le fruit de la passion, la papaye mais surtout j’y avais découvert la jaque mélangée à l’ananas mais jamais je n’avais déjeuné au Kashkazi ! Aujourd’hui vendredi midi, jour de grande prière dans les mosquées, après m’être mis à l’abri pendant une petite demi-heure à l’entrée d’une boulangerie de Cavani pour échapper aux trombes d’eau soudaines causées par un violent orange de midi je me suis rendu au fameux Kashkazi pour y fêter la saison des pluies qui désormais bat son plein. J’ai hésité à entrer car j’ai toujours l’impression que l’endroit est fermé puisque de l’extérieur on ne voit pas l’intérieur. J’aime l’endroit qui est tout à fait secret, super cozy, bien aménagé et situé à M’Tsapéré au 16 rue Maevantana. On y accepte les cartes de crédit et les tickets restaurant. Il y a des toilettes. L’endroit est propre. Air conditionné. Et surtout la musique y est douce. Du jazz, de la lounge, man. C’est une musique qui me chuchote à l’oreille et le matin quand je prends mon double café et mes oeufs sur le plat, le tout accompagné de pain chaud maison ou de croissants maison, je dois dire que je touche au parinivarna. En d’autres mots, in other words, em outras palavras, je jouis. Il est assez rare que je jouisse à Mayotte, donc cela vaut la peine que je me répande en louanges sur ce Kashkazi.

Le restaurant a été ouvert il y a de cela deux ou trois mois, le 16 octobre 2017 pour être précis, et c’est le plus proche de chez moi. 200 mètres nous séparent ! Quel bonheur ! Au départ j’allais chez Sofya un tout petit peu plus loin, qui fait une bonne cuisine familiale de qualité à laquelle j’ai fait de nombreuses fois honneur, c’était ma cantine, je m’y rendais comme un automate et je m’y suis formé un esthétisme mahorais mais depuis que j’ai goûté à la cuisine du Kashkazi je sens que je vais devenir accro. Les prix se valent à un ou 2 € près alors au diable l’avarice. La différence entre les deux c’est la formation du cuisinier. Je ne connais pas le parcours culinaire de Sofya et de sa cuisinière et je ne connais pas la formation du chef chez Kashkazi mais il y a des signes qui ne trompent pas. On pressent chez Kashkazi le professionnalisme dans les moindres détails. Jusque dans le detail des tables en bois aux allures d’acajou design faites sur mesure par un artisan mahorais. D’ailleurs j’ai appris par la suite que les deux gérants Asna et Zaidou Said sont de vrais professionnels. Ils ont vraiment une formation en cuisine assortie de CAP avec en outre une spécialisation en boulangerie pâtisserie.

Ils ont aussi l’expérience de la métropole et de la Réunion et ont une exigence en relation à l’élaboration de la carte et des produits qui les démarquent selon moi de la moyenne des restaurants que j’ai pu fréquenter. Je n’avais qu’une critique c’était que les menus n’étaient pas affichés sur l’ardoise à l’extérieur mais vu d’un autre angle cela oblige le client à entrer et puis une fois qu’on a dégusté une première fois on sait qu’on sera accro et on peut s’informer via email et via Facebook sur le plat du jour.

Le problème de Kashkazi c’est qu’il faut avoir bien en tête les horaires d’ouverture car sinon on risque de se taper le bec sur la porte close. Depuis le début de cette année 2018, l’équipe Kashkazi a les horaires d’ouverture suivants :

– Mardi, mercredi et vendredi matin de 7h à 9h pour le petit déjeuner.

– Mardi, mercredi, jeudi et vendredi de 12h à 14h avec la formule plat/dessert à 13€.

– Lundi, mercredi et dimanche soir de 18h à 22h, uniquement sur réservation au 06 39 05 42 21. Un menu à 24€ vous sera proposé, composé d’une entrée, d’un plat et d’un dessert au choix.

L’équipe est constituée en tout et pour tout par les deux gérants Zaidou, chef-cuisinier, et Asna, à l’intendance, à l’accueil, à la comptabilité et à la pâtisserie, sans oublier une serveuse qui varie selon les pluies. Ce sont des jeunes. Disons la trentaine bien verte ! J’ai pour habitude d’abandonner mes papilles à des plus âgés car je considère en règle générale que bonne cuisine et vieille marmite sont complémentaires. Disons que l’exception confirme la règle !

Quelque chose d’étrange aussi au Kashkazi c’est l’entrée de cet antre de délices. C’est une porte à glissière originale ! De l’extérieur on ne peut pas voir à travers la grande baie vitrée ce qui se passe dedans. Alors que dedans on peut voir ce qui se passe à l’extérieur car la mince pellicule qui masque au regard de l’extérieur permet de voir de l’intérieur. C’est une petite salle très joliment agencée qui peut accueillir au maximum 15 couverts. C’est un véritable hâvre de paix. La clientèle principale, me semble-t-il à priori, ce sont les employés du Dispensaire de M’Tsapéré qui se trouve dans la même rue. Mais beaucoup de gens commandent le matin et viennent récupérer leur commande pour déguster leurs plats en toute tranquillité à la maison ou au travail. Le prix des plats varie entre 8 et 10 € et les desserts sont offerts pour 4 à 6 €.

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Attention, la cuisine est dé-li-cieuse ! Pour mon premier lunch il y avait au choix boeuf façon kangué servi avec du manioc à 8€ et vivaneau grillé aux épices servi avec des légumes et du riz à 9,50. J’ai opté pour vivaneau. Il y avait déjà 5 personnes à mon arrivée dans la place vers 13 heures, réparties sur deux tables. Puis un couple est arrivé.

Quand le plat est arrivé au bout de cinq minutes ce fut un régal pour les yeux. Un ramequin de riz blanc et jaune, des pommes de terre et carottes en gratin, et le vivaneau : une merveille, pour moi qui n’aime pas retirer les arêtes ce fut une révélation, un steak de vivaneau, je ne sais pas comment expliquer la cuisson à point , les épices variées, les émotions contradictoires qui m’ont envahi à la première bouchée, il y avait aussi un ramequin avec de la purée de piment vert. Sur le poisson on notait de la citronnelle râpée. Un vivaneau atypique, un vivaneau surprenant ! Sans peau, sans arête ! Le summum pour moi. C’était si out of sight, si magnifaik que j’en ai oublié de faire comme j’en ai l’habitude les photos témoins. Mais je vous promets la prochaine fois que j’irai de vous faire le reportage photo. C’était si bon que je m’empressai de commander un deuxième à emporter pour le savourer le lendemain midi mais malheureusement il n’en restait plus une seule portion. Je me résignai alors à prendre un boeuf façon kangué à emporter. Le kangué est normalement accompagné dans la plupart des restaurants avec du riz blanc. Ici c’est du manioc cuit mais on peut si on le désire vous remplacer le manioc par du riz. J’ai depuis expérimenté leur kakandu aux épices (une soupe de vivaneau épicée servie avec de la salade et du riz), leur hamburguer frites maison, leur agneau au four, leur romazava de boeuf, leur pilao, leur salade de marlin fumé, leurs brochettes de boeuf ou de poisson, leur poulpe aux épices qui a presque égalé le poulpe à la mode de Marie-Galante, cette mythologique fricassée de chatrou concoctée à l’occasion de mon mariage en septembre 2014 à Montpellier au feu-restaurant La Case Antillaise par le chef Jean-Noël Grandu. Si je dis « presque égalé » c’est un peu par souci d’équilibre. Le chatrou à la mahoraise n’a pas les mêmes épices que le chatrou à l’antillaise. Mais les deux sont de vraies tueries. Si je dis « presque « c’est que l’accompagnement de chez Grandu c’était, si ma mémoire est bonne, des légumes-racines. De l’igname, du madère me semble-t-il. Ici ce fut du riz blanc. MAIS RIZ BLANC OU RACINES RESPECT COMME AURAIT DIT Otis Redding. Et tant d’autres plats puisque j’en ai fait ma cantine pendant presque 3 mois sinon plus ! Ils font aussi du poulet et du canard aux épices assez souvent mais comme je ne suis pas très volatile je m’abstiens. Mais si vous aimez régalez-vous !

Autre chose. La spécialité de la maison ce sont aussi les jus de fruits frais. N’hésitez pas ! CITRON ANANAS JAQUE ! TAMARIN ! CITRON. MANGUE ! PRUNE DE CYTHERE-MANGUE ! (ici on dit pomme cythère ou sakoua, à la Réunion on dit zévi), et j’en passe etc. Ce sont de vrais et véritables fruits pas des fruts ni des frits (comme on le prononce ici la plupart du temps). On peut aussi prendre sa petite bière, il y a  des canettes de 1664, des Heineken et des Dodo mais moi j’ai pris un Orangina. Mais on vous sert de l’eau très fraîche dans une jolie bouteille bleue pale

Un dernière chose. Le soir il faut réserver. Voici le téléphone 0639054221 et la page Facebook

Et moi je suis malin chaque fois que j’aime j’achète le même plat à emporter pour me caresser les papilles le weekend quand règne l’avalasse. Pas folle la guêpe, pas couillon le bourdon !

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