Dimanche-Gras : Bacchanal Sunday entre cannes brûlées et jouvert

Je suis comme  Charles Aznavour, une fois n’est pas coutume:  je hais les dimanches.

Mais il y a un dimanche par an que j’attends toute l’année c’est le dimanche-gras ! Time has come today : aujourd’hui dimanche 11 février, Bacchanal Sunday, seront nommés le roi et la reine du carnaval de Trinidad, le plus chaud des Caraïbes !

37 hommes et 31 femmes se sont affrontées à l’étape préliminaire une semaine avant mardi gras ! A l’issue de ces éliminatoires seuls 10 aspirants à roi et reine ont été retenus. Ted Eustace du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers, vainqueur pour la seconde fois l’année dernière  avec sa personnification de Crypto, seigneur de la Galaxie pour laquelle il a remporté la coquette  somme de 180000 dollars sonnants et trébuchants, se classe en huitième position à l’issue des éliminatoires ! Triplera-t-il avec Banditos la mise aux dépens de  Curtis Eustace, son frère, arrivé second l’année dernière et sa représentation de Kamatachi, le papillon démon chinois, arrivé cette fois-ci premier aux éliminatoires, Marlon Rampersad et sa Touche de Midas arrivé second ou encore Raymond Mark et son Pluton, Roi du Sous-Monde arrivé troisième?

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Et du coté des reines putatives Gloria Dallsingh, du groupe carnavalesque de San Fernando Call of Duty élue en 2016 pour sa composition d’Artémise, la reine guerrière, arrivée cette fois-ci troisième aux éliminatoires,  saura-t-elle renouer  avec la couronne avec son nouveau costume Joyau de l’océan ? Il faudra pour cela faire trébucher des concurrentes comme Savitri Holassie et sa Salicia , Reine des Mers , classée première, ou encore Krystal Thomas du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers et sa Chasseresse de Têtes, arrivée en seconde position à l’issue des éliminatoires mais actuelle reine puisque couronnée en 2017 pour sa personification de Nebula. Que la meilleure gagne  !

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Et je jure par avance allégeance jusqu’à mercredi des Cendres à quels que soient celui et celle qui seront choisis en grande pompe ce soir à partir de 19 heures au Queen’s Park Savannah, Port-of-Spain    pour personnifier le couple royal de la débauche !

Il y a certes la crise économique qui a été la cause de réductions significatives ans les investissements des sponsors publics comme privés mais malgré tout la fête sera belle ! il y a certes le carnaval de Rio, celui de Salvador, celui de Recife parmi les plus grands au Brésil mais celui de Trinidad brille lui aussi de tous ses feux à faire pâlir d’envie ceux de Jamaïque, Ste Lucie, Grenade, Guadeloupe, Martinique, Saint-Kitts, Saint-Vincent, Sainte-Croix, Antigua. Cette année je me contenterai de sauter-mater à distance. L’année prochaine c’est promis je fêterai le carnaval, I’ll play mas, I’ll whine and grind et le mercredi des cendres je mangerai du bake and shark sur la plage !

Avant tout le déferlement actuel de carnaval actuel de Trinidad il y avait jusqu’en 1948 il y a presque une éternité, un seul jour de fête, dimanche-gras. Le jour du mas, le jour de la mascarade. et bien avant encore il y avait le canboulay, mais là on se retrouve au 18eme siècle.

Entre 1783 et 1836, année de l’abolition de l’esclavage à Trinidad, le carnaval est réservé  à l’élite blanche internationale (française et anglaise) et aux travailleurs sous contrats. Les métis et autres gens de couleurs et les noirs gens  étaient  exclus de ces célébrations. L’élite blanche européenne  se déguisait en neg jardin  (ceux qui cultivaient la terre, brûlaient les champs de cannes) ou en mûlatresses et faisaient la procession des cannes brûlées.. Trinidad qui avait été sous domination espagnole  de 1496 à 1797 se retrouvait sous domination anglaise à partir de 1897 (même si ce n’est qu’en 1802 que la Grande Bretagne qui occupait l’île depuis 1797 en devint la puissance coloniale effective) .

L’élite dominante était française (issue de Guadeloupe, Martinique, Grenade, Saint-Vincent, Dominique et Saint-Domingue) suite aux cedula de poblacion de la couronne espagnole de 1776 et 1781 qui autorisait aux français catholiques de venir s’installer sur Trinidad en leur offrant des terres cultivables et un dégrèvement d’impôts sur 10 ans avec la possibilité d’amener avec eux leurs esclaves, leur capital et leur know-how esclavagiste. Les  libres de couleur se précipitèrent aussi et constituèrent  la majorité des propriétaires terriens. Apres l’abolition, pendant 10 ans on nomma canboulay ces fêtes qui eurent lieu le 1er août, jour de l’abolition et qui furent alors récupérées par la population servile désormais libre. Puis à partir de 1846 les réjouissances furent déplacées avant le Carême (Lent en anglais)

Avec le canboulay fut introduit le kalinda (lutte au bâton). Muni de son bois chaque combattant africain affrontait dans un cercle un autre d’une autre communauté et chaque groupe avait sa chantuelle, une sorte de griot, qui accompagnée d’un groupe de femmes chantaient pour galvaniser leur champion et intimider de ses aiguillons vocaux l’adversaire. Ainsi naquit le groupe carnavalesque

Puis on se retrouvait sous des tentes kaiso pour chanter tous ensemble des kaiso (mêlant irrevérence, insinuation sexuelle, jeux de mots à double sens, satire politique et sociale) toujours sous la houlette de la chantuelle, accompagnés d’instruments de musique divers préfigurant ainsi  la musique qui allait plus tard devenir  calypso et plus tard encore la  soca. Les pouvoirs locaux français ou anglais commencèrent à dénigrer le canboulay qu’ils rebaptisèrent jamette, (du français diamètre) refuge selon eux du sous-monde de marginaux, prostituées, voleurs, etc

Les pisse-en-lit étaient des hommes déguisés en femmes, lubriques

En 1846 on interdit masques et mascarades. En 1880 toutes formes de percussion africaines sont interdites. Malgré tout cet arsenal juridique du gouvernement colonial le canboulay continuait à prospérer à Port of Spain jusqu’aux émeutes du 28 février 1881 qui occasionna la mort de 4 policiers et d’un descendant d’africain. Malgré l’autorisation du gouverneur qui jura de ne plus s’immiscer dans les affaires de la mascarade celle-ci fut annulée en 1884 et remplacée par quelque chose de plus respectable le lundi gras qu’on nomma j’ouvert (du français jour ouvert). Ce jouvert continue vivant de nos jours officiellement à  partir de 4 heures du matin de la nuit du dimanche au lundi et ceci jusqu’à pas d’heure. On saute-mate barbouillé de boue, glaise, peinture, graisse, chocolat, au choix et fortement imbibé de vapeurs d’alcool. On porte queues de diables et tridents ! il fut un temps où on se barbouillait de goudron. Le canboulay (fêté lui chaque vendredi de carnaval) comme le jouvert symbolisent la force et la résilience de la communauté noire à Trinidad.

 

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