Singing in the East African rain on Bacchanal Sunday

Gene Kelly imagina en 1952 sa chorégraphie de Singing in the Rain. Quand j’ai vu pour la première fois le film je me suis étonné que le personnage non content de chanter et danser sous la pluie avec parapluie et chapeau en main se mettait sous la gouttière pour se mouiller encore plus. Chanter soit mais prendre sa douche sous la gouttière m’apparaissait un peu contre nature pour un gentleman si élégamment vêtu de complet cravate. Un coup de foudre pour Debbie Reynolds seul pouvait expliquer cela. J’ai plus tard compris qu’il y avait des gens qui aimaient vraiment marcher sous la pluie. J’ai aussi vécu au Brésil et pris pour la première fois là-bas un banho de bico (douche de gouttière) pendant la pluie. Puis quelques années plus tard à Deshaies, en Guadeloupe en octobre 1998 j’ai renouvelé l’expérience en pleine avalasse.

Récemment j’ai vu  sur Cavani et M’Tsapéré des enfants mahorais ou comoriens qui se pâmaient sous la pluie, sous l’eau des gouttières de tôles de fer-blanc, aspergeant leur tête de longues secondes, mouillant leurs vêtements au milieu du jour, nageant, plongeant dans les flaques d’eau. Que du bonheur ! La béatitude à l’état brut se lisait dans leurs yeux ! C’est le propre de l’enfant de s’émerveiller de ces caprices de la nature . L’eau qui tombe du ciel est un théâtre infini de jeux célestes et de mannes divines où avec un rien on devient pirate, marin de haute mer, capitaine au long cours, boucanier, corsaire ou flibustier. Moi ex quartier-maître de seconde classe maître d’hôtel je me classe dans la catégorie marin d’eau douce ! Je sais que dans la plus simple des flaques d’eau peut roder la leptospirose.

Mais au diable la prévention parfois, ne boudons pas notre plaisir et ce matin, dimanche de carnaval,  en voyant cette ribambelle de marmaille de tous âges jouer dans les flaques à la fin d’une grosse averse matinale je me suis surpris à penser que je vivais moi aussi contaminé dans des conventions sanitaires à des années-lumière de ces enfants qui pourtant habitent à deux pas de chez moi. Il y a pourtant à 100 mètres une rivière qui coule, le Majimbini, il y a la mer à 300 mètres mais c’est cette flaque qui s’accumule qui est devenue le centre de leur sous-monde imaginaire, leur océan indien de pacotille ! En y réfléchissant bacchanale pour bacchanale, en ce dimanche-gras, même si nous sommes ici en terre musulmane, en pleine saison des pluies, en plein Kashkazi, même si le vrai Carême c’est le mois de Ramadan qui aura lieu en juillet, tout est permis. Cette nuit à Port-of-Spain on se maquillera d’un masque de beauté de boue, de peinture ou de chocolat, ailleurs ce sera de goudron, ailleurs encore de farine et de miel. Ici en terre de m’sindzano, en terre de poudre de bois de santal mélangée à du kaolin (argile blanche),  pataugeons donc entre mascarade et serpentins d’eau, éclaboussons-nous de notes de pluie déguisées comme si c’étaient des notes de calypso ou de soca ! Et que le steelpan résonne par monts par vaux et par ruisseaux sous le clapotis de nos pieds dans les marigots temporaires où résident moultes pierres de corail ! Vivre sans risque n’est pas vivre. Vivre sans innocence non plus !

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s