Brèdes mourongue et épinards au poulpe et au vivaneau

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Ici partout on voit rarement des revendeuses de brèdes mouroungue, appelé aussi brèdes médailles à la Réunion, ou brèdes Mourom ou mouroum à Maurice, acacia branca au Brésil. C’est ainsi qu’on appelle les feuilles du moringa. Nous avons affaire à Sa Majesté Moringa oleifera, une plante généreuse, extraordinaire, lit-on partout, porteuse de multiples bienfaits nutritionnels et médicaux, 300, pas moins que ça et surtout qui a la particularité de résister à la sécheresse.

Les feuilles, les graines, les gousses, les racines, les fleurs : dans le moringa tout est bon comme dans le cochon, c’est une vraie malle au trésor débordante d’antioxydants, d’acides aminés, de vitamines A, B, C, de calcium, de phosphore, de protéines, de potassium, de zinc, de fer, de cuivre, de chrome, de manganèse. Sa Majesté peut à elle seule remplacer jus d’orange, lait, épinard, yaourt, banane, carotte, huile, oeufs ! Il réduit le mauvais cholestérol, combat l’anémie, l’asthme, contrôle le glucose dans le sang, la pression artérielle et fortifie le système immunologique. Et ce n’est pas tout. Au niveau esthétique il accélère la croissance des cheveux et régénère la peau. Il combat le vieillissement précoce, il prévient les tumeurs et améliore la mémoire. Imaginez-vous ça ! La perle rare ! Pas si rare que ça, le super médicament naturel, puisque disponible à tous les coins de rue à Mayotte. Il suffit de lever le bras et se servir même en pleine ville de quelques branches qui dépassent au dessus des tôles et parpaings épars qui démarquent les arrière-cours, sans oublier d’en demander l’autorisation au propriétaire s’il y en a un.

 

Bon on pourrait épiloguer pendant des heures sur cet arbre de vie , cet arbre miracle, ce supermarché à lui tout seul ! Moi à mon humble niveau je ne m’intéresse qu’à l’aspect gastronomique de la chose mais si cela m’induit à manger mieux why not !

Les feuilles sont toutes petites, et il faut trier, trier dans les branches, avant d’avoir de quoi se mettre sous la dent. J’admire la patience des femmes qui assises à même le sol les dépiautent patiemment feuille après feuille avec une infinie lenteur qui confine presque à la tendresse. Les feuilles sont caressées, dorlotées. Je pense que la plupart des gens n’en achètent pas car c’est une plante que l’on trouve à chaque coin de rue. C’est une plante qui pousse partout dans les arrière-cours. elle ne se cache pas et est toujours disponible, offerte à l’appétit des uns et des autres comme les manguiers et les arbres à pain. C’est une plante de survie par excellence. Une plante nourricière ! On ne va pas mourir de faim avec un ou eux pieds de moringa dans son jardin et le fruit à pain planté un peu partout dans les rues. Même les chèvres qui traînent dans les rues en raffolent. Quant aux humains il faut se souvenir que ce plat était autrefois le plat du pauvre, ou le plat des fins de mois difficiles. On en faisait un bouillon avec de l’oignon, de l’ail, et du piment servi avec un petit rougail tomate. Si on avait des sardines, on récupérait l’huile et on faisait prendre aux feuilles le goût des sardines en rajoutant aux feuilles une ou deux boîtes de sardine.

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Maintenant le plat s’est un peu sophistiqué mais tout le monde apparemment aime le brède mourongue qui est appelé mouvoungué à Anjouan. En anglais on dit aussi drumstick tree ou horseradish tree. On peut servir le mourongue avec du poisson.

 

Avant hier j’en ai acheté pour 3€ déjà triés par une marchande malgache au coin de ma rue. La botte non effeuillée m’aurait coûté 2 € donc j’ai préféré payer un € en plus pour ne pas avoir à faire le dépiautage. C’était en fait la première fois que je voyais une revendeuse de brèdes mourongue. On voit généralement des revendeuses de brèdes mafanes

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mais je n’avais pas jusqu’ici trouvé de revendeuses de brèdes mourongue pour la simple et bonne raison que n’importe quel mahorais ou comorien doit savoir où se trouve un arbre et prélever quelques branches pour son usage personnel.

Il me restait le choix cornélien : la recette classique traditionnelle brèdes mourongue sardines ou brèdes mourongue morue ou ma recette à moi brèdes mourongue poulpe, la recette que j’avais envie d’essayer. il y avait aussi les recettes à base de poisson séché, à base de poulpe fumé

J’ai opté finalement pour le brèdes mourongue et épinards au poulpe et au vivanneau. Je n’avais pas de poulpe fumé sous la main. J’aime bien le poulpe fumé car il évite qu’on ait à nettoyer le poulpe.

Les ingrédients pour le poulpe (le chatrou antillais) à la mode mahoraise (appelé ici piedza et ourite à la Réunion): mangue verte, ail, oignon, huile, tomate, massala, piment, herbes de provence, sel, poivre

Les ingrédients pour les brèdes mourongue et l’épinard: ail, oignon, gingembre, curcuma, sauce soja sucrée, vinaigre balsamique

si on le désire du lait de coco peut donner une autre texture au plat mais moi je prèféréela pâte d’arachide.

Je vais m’inspirer de cette recette mauricienne et substituer le poisson perroquet par du poulpe et à l’occasion je ferai la recette avec du vivaneau aussi

Mauritius Bouillon Poisson (Fish Stew) with bredes mouroum (moringa leaves)

Ma recette devient la suivante :

Je mélange au mixer d’abord toutes mes épices: cannelle en poudre, ail, pâte de gingembre, pâte d’arachide, oignons, tomates, purée de tomate, feuilles de curry ou feuilles de bois d’inde et feuilles de coriandre que je fais revenir dans une cocotte avec un peu d’huile pendant 7 à 8 minutes (couvercle sur la cocotte). Puis j’ajoute de l’eau, mélange le tout et remet à mijoter pendant 5 minutes. J’ajoute alors :

-soit le poulpe que j’ai réservé et qui a été cuit au préalable comme ici à l’antillaise ou encore comme ici à la mauricienne

-soit le vivaneau qui a été frit au préalable. Le poisson a trempé dans une saumure à base de vinaigre, jus de citron et cannelle en poudre. J’ai ensuite rajouté du sel et du poivre. J’ai fariné le poisson et l’ai fait frire pendant 8 à 10 minutes.

-soit les deux c’est à dire le vivaneau et le poulpe

Je laisse mijoter à couvert le poisson ou le poulpe, ou le poisson et le poulpe pendant encore 5 minutes.

Puis j’ajoute l’épinard et le brède mourongue pour 1 à 2 minutes.

Je retire du feu. Je garnis avec des feuilles de persil. Je sers avec du riz pilao et un coconut chutney (chatini coco à Maurice) ou un rougail tomate. Yummy !

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