les cimetières mahorais ou la mort en nue-propriété

S’il y a quelque chose qui m’a frappé à Mayotte c’est la façon dont les gens traitent leurs morts. J’ai à ce sujet déjà évoqué ici la mort d’un voisin, Chéréli. Quant à leurs cimetières. j’ai déjà évoqué ici le cas du cimetière de Manzarisoa. C’est pour moi un cimetière abandonné, ou quasi abandonné. Enfin c’est l’impression qu’il m’a donné quand je l’ai vu pour la première fois au mois d’août dernier. Maintenant en pleine saison des pluies c’est la jungle. Là où je croyais en août voir un cimetière d’esclaves étant donné l’extrême dénuement du lieu et l’anarchie apparente je me retrouve maintenant en pleine jungle équatoriale et pourtant on est bien loin de l’équateur. Disons plus prosaïquement qu’on se croirait en pleine brousse. Les herbes ont poussé de façon exponentielle et on ne distingue plus une tombe en pleine terre de l’autre. Il n’y a pas un signe ou alors il est extrêmement discret pour différencier une tombe de l’autre, pas de fleurs, pas de plantes vertes en pots, pas de poèmes, pas de photos, pas de plaques, pas de stèle, pas de mausolée, pas un croissant, pas de bougie, pas une lune, pas une prière du Coran. tout juste peut-on lire le nom et le prénom du défunt.

La mort est en nue propriété en terre musulmane ! Il n’est pas interdit d’aller vénérer un mort sur sa tombe mais cela ne se fait pas. Le mort a droit à ses moments forts au sein de la maison familiale encadrée par les dignitaires et les fidèles de la mosquée mais le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On fait certes certaines exceptions pour le tombeau du Prophète (qui ne se trouve techniquement pas dans la mosquée mais sur une pièce attenant à la mosquée qui était l’appartement de sa femme Aicha et qui fait partie de la mosquée actuelle à Médine) ou le tombeau de Moïse qui serait en Cisjordanie sur le mont Nébo, haut lieu de pélérinage, mais nul ne s’aventurerait à prier sur la tombe de la mère du prophète, Sayda Amina Bint Wahb, qui était polythéiste alors que le prophète lui_même le faisait. en fait on peut prier pour un mort mais pas l’invoquer comme on invoque un esprit

J’ai pu toutefois constater que l’endroit qui est planté d’ arbres à pain est souvent envahi par des enfants qui dépouillent les arbres de leurs fruits et les grilles qui en août séparaient la rue adjacente du cimetière sont aux trois quarts défoncées.

Bref le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On n’aime pas trop frayer avec la mort, symbole de l’effroi. Il n’y a pas ici de carré musulman comme en métropole avec des tombes bien alignées. Ici on considère que 100 pour cent des habitants sont musulmans donc les catholiques, les chrétiens, les juifs, les bouddhistes les autres religions sont incités à se faire enterrer ailleurs. De la même façon la plupart des mahorais qui décèdent en métropole choisissent de se faire rapatrier post mortem à Mayotte pour avoir des funérailles et un cimetière en adéquation avec leur culte.

Très bien qu’on laisse faire la nature, très bien qu’on ne différencie pas dans la mort le riche du pauvre, mais il y a dans certaines villes un cimetière pour enfants et un pour adultes, mais que faire des non-croyants. Il y a à Petite Terre un cimetière catholique hanté par les frangipaniers et l’ylang-ylang. Ici l’enterrement doit être réalisé dans les vingt-quatre heures alors que la loi française demande avant l’ensevelissement ou la crémation un minimum de vingt-quatre heures après que le décès ait été constaté. De plus l’incinération comme l’autopsie sont interdites. Il faut laisser le corps dans son intégralité. Les pratiques de lavage du corps sont codifiées. on doit entourer le corps de l’homme de 3 couches de linceul, celui de la femme de cinq. Le corps est ensuite transporté entre la mosquée et le cimetière dans un cercueil mais est ensuite jeté en pleine terre. Seules quelques pierres matérialisent la tombe et l’enterrement peut être réalisé de jour comme de nuit.

Pourtant à Tsigoni où se trouve la plus ancienne mosquée de Mayotte, une mosquée swahilie comme celles de Domoni a Anjouan ou Tongoni en Tanzanie en pierre de corail dont le mihrab daterait de 1538 on trouve des tombes shiraziennes (ex Perse, Iran d’aujourd’hui), deux mausolées tournées vers la qibla qui seraient les tombes  de la femme et de la fille du sultan Haissa, lui-même fils du sultan Mohammed à Anjouan. Ailleurs pas très loin de Tsingoni en direction de Combani  se trouve le Tombeau du Premier Arabe. Il y a donc en terre musulmane des tombeaux plus sacrés que d’autres. Comme celui encore de la pointe Mahabou où repose le sultan Andriantsiouli  devenu Andriamangavakarivo dans le monde des esprits, qui vendit Mayotte à la France. Au pied de ce tombeau on célèbre des maoulida shengé, des douas, des badris, des roumbos où les ziyaras sont invoqués

Les femmes mariées devenues veuves portent le deuil pendant la période de viduité (idda) qui est de 4 mois et 10 jours sauf si elles sont impubères ou ménopausées auquel cas le délai se trouve ramené à 3 mois. Dans cette période la femme doit continuer d’habiter dans le domicile conjugal, ne peut découcher, ne peut porter de parure, se teindre les cheveux, mettre du khol autour des yeux, porter du rouge ou du jaune, porter du parfum, du fard, etc Le noir n’est pas la couleur du deuil en terre musulmane, mais le blanc. En dehors de son mari la femme a 3 jours de deuil à sa disposition. autant que les hommes, trois jours, quelque soit la situation matrimoniale. Le deuil de la femme enceinte cesse le jour de l’accouchement.. J’ai vu de nombreuses femmes vêtues de strict noir et coiffées de voiles mais ce sont là selon moi des femmes qui pratiquent un des différents cultes un peu plus radicaux de l’islam local.

L’idée qui m’est chère de me faire ensevelir dans la mer n’ est acceptée par l’islam qu’en cas d’impossibilité absolue d’enlever dans la terre. Inhumation en eaux marines ou en rivières. Mais pas d’aquamation please.

3 réflexions sur “les cimetières mahorais ou la mort en nue-propriété

  1. Le cimetière Mahorais ne reflète pas tous les cimetières musulmans. A Dakar par exemple, le cimetière musulman de Yoff a des tombes distinctives, des mausolées Les tombes pour les pauvres sont recouvertes de sable fin avec une pierre qui détermine l’endroit où se trouve la tête (pour prier). Il y a plein d’arbres et, il est vrai, ce n’est pas un lieu de promenade. Les gardiens ne le permettraient pas, pour le respects des morts

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    • Ici il n’y a pas besoin de gardiens. Les portes sont ouvertes 24 heures sur 24. Merci pour l’information car il est vrai ici tout le monde généralise un peu trop sur ce qui est la religion alors que parfois je suspecte que c’est la tradition qui est en jeu. Par exemple on vous dira partout qu’il faut marquer le deuil par des célébrations les troisième, neuvième et quarantième jour mais il semblerait que le Coran ne parle que de trois jours. Par ailleurs je ne sais pas car quand je pose des questions on me dit que c’est comme ça, je ne sais pas si quelque part dans le Coran il est écrit que l’on doive laisser un cimetière abandonné à la nature.

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      • Oui, les musulmans célèbrent le troisième, le huitième et le quarantième jour. Il s’agit de différentes étapes d’accompagnement de l’âme de la personne décédée. Les explications sont dans les livres qui expliquent les dires du prophète et sa vie. Le deuil musulman est l’un des plus durs pour une épouse. Il exige beaucoup de sacrifices. Par contre, chaque peuple y ajoute une part de tradition qui ne peut s’expliquer

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