Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le croupion

It’s a mouthful from the gods !

m’a-t-on dit un jour ! Croupion en français, koupion ou kwoupion aux Antilles, sobrecu, sobre, rabico, sambiqueira, uropigio, nariz de padre, fatia de bispo, mitra de bispo, curanchim en portugais brésilien, pope’s nose, parson’s nose, sultan’s nose, uropygium, chicken butt (pour un poulet)  ou tail of the duck (pour un canard), of a goose (pour une oie) of a turkey (pour une dinde) en anglais ! Mais aussi en français sot l’y laisse, bonnet d’évêque, as de pique ! Que de qualificatifs pour cette extrémité postérieure de l’oiseau où sont plantées les plumes de la queue.

« Le croupion , morceau très délicat que le fin gourmet  ne délaisse pas »,

disait-on en 1899. Sot je suis décidément et affreux gourmet puisque je délaisse le bel appendice qu’est le croupion !

C’est pourtant une grande source de protéines et on y trouve une haute concentration de fer et de calcium ! En plus ce serait sublime ! Pourtant je n’y ai jamais goûté. Cette éminence au-dessus du coccyx restera la grande énigme de mon existence rattachée à jamais à ma mère, grande consommatrice de l’organe !     Mais j’ai ma petite idée sur les raisons qui ont peut-être poussé ma tout-sauf-sotte de mère à se spécialiser dans la dégustation du croupion. Des raisons assez catholiques d’ailleurs. Regardez les noms :

-bonnet d’évêque,   en français

-mitre d’évêque, nez de curé, tranche d’évêque, en portugais brésilien,

-nez de pape, nez de révérend,  nez de sultan en anglais

En mangeant du croupion on se rapproche d’un état saint, de la béatitude, voilà ! L’hostie à côté de cela c’est de la fade guimauve !

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Mais pour bien profiter de ce croupion il faut en extraire  une glande dénommée glande uropygienne qui si elle n’est pas extraite va donner un goût semble-t-il infect à la chose. Cette glande sébacée se trouve des deux côtés du croupion.

Il y a croupion de dinde, croupion de canard, croupion de poulet, croupion d’oie, croupon de pintade, croupion de caille, croupion de coquelet, faites ça à la plancha ou braisé, assaisonné de sel, ail, poivre, persil, romarin, ciboulette et de piment d’espelette. 2 croupions par personne, c’est sûrement bon vu la façon dont ils vous saisissent le croupion à la main et le déchiquettent à la mode Cro-Magnon alors que moi je n’y vois que du gras et peu de viande, puis vient le moment semble-t-il délectable où on suce et re-suce les yeux révulsés et gourmands les os, les vertèbres du pygostyle !

Ma mère et le croupion c’est tout une histoire ! Je n’ai jamais vu un croupion de poulet entrer dans sa maison et entrer dans une bouche étrangère à la sienne ! Sacrée Mari-Té !

Mais je n’ai jamais vu mon père s’emparer d’un croupion ! Peut-être par dégoût ou par élégance en relation à ma mère, qui sait !

Il y a quelque chose de préhistorique dans la gastronomie du croupion.  L’homme qui a perdu sa queue arrière et toutes ses plumes avec le temps par nostalgie peut-être se la réapproprie comme un vestige ancestral e son appartenance au monde des animaux à plumes et la femme qui elle a perdu ses deux queues et ses plumes souhaite peut-être en engloutissant la chose retrouver un peu de son animalité sinon perdue du moins égarée.

De la même façon qu’on peut être potiche sans être cruche, j’assume le fait d’être limité du caillou dans ma relation avec le croupion sans être nécessairement sot ! Un jour viendra peut-être ! J’ai déjà goûté au Brésil aux poumons, au gésier, au coeur, à la langue, tout ce que les Anglais appellent giblets et que nous appelons abats, le croupion résiste encore. Jusqu’à quand !? Pourtant bien frit ça n’a pas l’air mauvais ! Il me faudra relever ce défi ! Un jour peut-être !