le medley de Marie-Thérèse

Marie-Thérèse va avoir, si Dieu le veut, 87 ans le 25 juin 2018. Elle est encore assez vaillante si on oublie quelques engourdissements au bout des doigts qui ne la handicapent pas encore pour taper sur l’ordinateur ces fameux mots d’accueil pour lesquels elle est connue sur l’ensemble paroissial  de Bruguières Fenouillet  qui regroupe aux environs de Toulouse, crise de la foi et des vocations oblige, les paroisses de Bruguières, Fenouillet, Gagnac, Gratentour, Lespinasse, Saint-Jory, Saint-Sauveur. Elle a atterri dans la région vers 2008 après avoir vécu en Guadeloupe où elle est née à Saint-Claude, Deshaies et Basse-Terre, à Vernouillet dans les Yvelines, à Bagneux dans les Hauts-de-Seine puis à Romilly-sur-Seine dans l’Aube. Après la mort de son époux en 2001 elle a vendu sa maison et est repartie aux Antilles à Basse-Terre en Guadeloupe où elle est restée 4 ans. Elle voulait habiter en Lozère ! Elle a atterri à Gagnac parce que sa file aînée habitait  dans la région et lui avait trouvé une maison. Elle vit seule sans télévision avec ses poules, son jardin et sa foi indécrottable en Jésus-Christ, notre Sauveur et en Marie  de l’Immaculée Conception..

Cette octogénaire alerte est depuis vitam aeternam de ces petites mains de l’Eglise, de ces abeilles ouvrières qui  vont et viennent butinant autour de la Parole de Dieu.

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Marie-Thérèse célèbre à-tout-va les obsèques. C’est son job, et elle le prend au sérieux. Elle remplace au pied levé prêtres ou diacres à toute heure pour accompagner les familles en deuil. Elle est déléguée à la célébration des funérailles. C’est l’une des animatrices principales les plus réputées.

Il y a dans cet accompagnement liturgique des funérailles tout un rituel, tout un ordonnancement et comme elle n’a pas peur de la mort c’est avec entrain qu’elle prépare les autres au grand départ vers l’au-delà de leurs proches.

Cela commence par la rédaction du mot d’accueil qui a pour but de présenter à l’assemblée, mieux encore à Dieu en action de grâce, la personne défunte. Pour ce faire elle reçoit au préalable la famille et ensemble ils décident de ce qu’il faut mettre dans ce mot d’accueil. Ce mot d’accueil, qui n’est en aucun cas un panégyrique,  évoque quelques étapes de la vie de la personne décédée ainsi que quelques aspects de sa personnalité. Pour elle cela ne doit pas prendre plus d’une page et s’il en faut plus, ma foi, on change la police et hop cela tient en une page imprimée.

Après le mot d’accueil il peut y avoir des témoignages prononcés en direct par des membres de la famille. Puis on écoute le CD qui regroupe les chansons ou la chanson qu’aimait le disparu. c’est le chant d’entrée. Vient ensuite la lecture…

Marie-Thérèse qui aime les choses bien faites a préparé elle-même son enterrement depuis plus de 10 ans. Tout est prêt, ficelé, étudié. Il ne manque que la date. Le lieu ?L’heureux élu sera le petit cimetière paroissial de Gagnac-sur-Garonne. La concession perpétuelle en terre gagnacaise est achetée, le cercueil, les fleurs et la plaque payés, les pompes funèbres prévenus et déjà défrayés. Comme elle dit : elle a arrangé ses affaires. Rien ne sera laissé au hasard. Son adresse définitive est donc bel et bien programmée. Carré 3 ou Carré 4 si sa mémoire ne lui joue pas un tour, Elle a même prévu que si elle meurt pendant le Carême on chantera au lieu de l’Alleluia

Gloire et Louange à toi, seigneur Jésus

GLOIRE ET LOUANGE A TOI

Refrain : Gloire et Louange à Toi, Seigneur Jésus !

1. Christ manifesté dans la chair,
Gloire et louange à Toi.

2. Christ justifié dans l’Esprit,
Gloire et louange à Toi.

3. Christ contemplé par les Anges,
Gloire et louange à Toi.

4. Christ proclamé chez les païens,
Gloire et louange à Toi.

5. Christ qui est cru dans le monde.
Gloire et louange à Toi.

6. Christ exalté dans la gloire,
Gloire et louange à Toi, Seigneur Jésus.

 

Et elle, en fin maître de cérémonie qui a toujours aimé organiser ses affaires, a même préparé son CD de départ, enregistré aussi sur une clé USB et sur son ordinateur. C’est un pot-pourri gravé en deux exemplaires , qu’elle préfère appeler medley, des chansons de sa jeunesse, des airs qui ont compté pour elle. Elle les chante a capella sans aucun accompagnement autre qu’elle même ! Le CD est intitulé sobrement OBSEQUES. Il est organisé en deux parties : l’une intitulée Après l’accueil qui dure 8’10. L’autre :  Temps de l’offrande. Il comprend en vrac 11 morceaux choisis de chansons :

D’abord Aimez-vous comme je vous ai aimés

Le temps d’aimer (Nita Berger)

Oh mon île au soleil (Henri Salvador)

Chanson d’amour (OPHELIA)

Prendre un enfant par la main (YVES DUTEIL)

Le temps des cerises (YVES MONTAND)

 

Mille colombes (MIREILLE MATHIEU)

Ma cabane au Canada (Line Renaud)

La ballade irlandaise (Bourvil)

La colline aux oiseaux (Lucienne Boyer)

Pour terminer par Je reviens chez nous (JEAN-PIERRE FERLAND)

 

Pour cette chanson au lieu de

Fais du feu dans la cheminée je reviens chez nous

S’il fait du soleil à Paris il en fait partout

elle chante :

J’ai vécu dans la joie avec vous sur cette terre,

Réjouissez-vous avec moi je m’en vais vers le Père

Suit sur le deuxième cd ce qu’elle intitule Le temps de l’offrande. Il dure 1’33 et est constitué par une seule chanson où elle remercie la Vierge Marie : Chercher avec toi Marie

Chercher avec toi dans nos vies

Les pas de Dieu, Vierge Marie

Par toi, accueillir aujourd’hui

Les dons de Dieu, Vierge Marie.

Tu protèges toute ma vie

Douce Mère, Vierge Marie,

Accompagne-moi jusqu’à ton Fils

Oh maman je te dis merci

Chercher avec toi dans nos vies

Les pas de Dieu, Vierge Marie

Par toi, accueillir aujourd’hui

Les dons de Dieu, Vierge Marie.

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Toute une existence qui s’achève sur la première partie par le mot Père, sur la deuxième par le mot Marie. Ainsi est résumée de façon synthétique l’existence de Marie-Thérèse qui attend la mort tranquillement. Elle a dû probablement préparer prière pénitentielle et  oraison. Elle pensait que l’heure du fatal trépas aurait sonné l’année dernière à l’été, elle s’est trompée. Elle pensait qu’elle ne verrait pas le mois de juillet. Le goupillon est déjà acheté et prêt à servir. Il ne manque que l’eau. La seule chose qu’elle ne puisse faire c’est écrire son mot d’accueil. Qui le lui rédigera en temps voulu à son tour pour retourner diaconesse new age,  fraîche et dispose, comme elle dit dans la maison du Père ?

Je m’étonne tout de même de quelque chose. Ce sont ses dernières volontés et je les respecte mais je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi les tambours du gwoka sont absents de toute cette célébration. Pourquoi un repas de funérailles n’est-il pas planifié pour les invités qui se déplaceront de la chrétienté toute entière pour assister à ses funérailles. Pour que la cérémonie soit complète j’aurais aimé, mais je ne suis qu’un simple athée empêcheur de tourner en rond, qu’elle organise pour elle-même et ses proches un repas comme elle l’a organisé pour mon défunt père. Elle si gourmande et bonne cuisinière. J’aurais aimé la voir partir non pas seulement sur des airs de sa jeunesse et un hymne à Marie mais sur des odeurs de bonne chair et de mangeaille. Oui j’aurais aimé que le ka du gwoka tonne jusqu’à l’aube lors de sa veillée funéraire. J’aurais aimé que son bénitier fût une bouteille de rhum ou de punch coco ou de shrubb, et qu’il puisse accompagner son voyage vers l’au-delà qu’elle s’imagine. Mais ce sont ses funérailles, pas les miennes. J’ai versé quelques larmes devant elle en écoutant sa voix jaillir de son petit magnéto. Je l’ai vu défiler mentalement dans son petit cercueil dans l’église de Gagnac et sa voix remplir les travées de l’église. J’ai vu les fleurs de son jardin et en particulier les roses s’envoler et se poser sur sa tombe pendant qu’elle chantait ! Elle mourra bien un jour. C’est notre destin à tous ! Je ne sais si je la reverrai. En attendant ce dernier repas avec elle, comme elle ne l’a pas prévu pour après ses funérailles, je considère que je l’ai eu de son vivant pendant ce week-end du 14 et 15 juin 2018. J’ai fait une copie de son CD. Pour une fois, par décence je ne le diffuse pas encore. Il est déjà sur le serveur ! Je le mettrai en ligne le jour de sa mort dans ce même article, si toutefois je lui survis. Il me suffit d’appuyer sur une touche. Que son voyage soit clément c’est tout ce que je lui souhaite. Que ce soit en enfer, au purgatoire ou au paradis auxquels elle croit, elle s’adaptera à son environnement et saura y trouver ses petits radis, son agneau au four, son poisson frit, son pain coupé en tranches, son guignolet, son porto, son madère, son Gaillac blanc, son vin rouge, son comté, ses fèves, ses haricots verts, ses petits pois, ses carottes, son beurre, ses coeurs d’artichaut, ses choux râpés, ses brocolis et ses châtaignes. surtout qu’elle n’oublie pas ’emmener avec elle sa fourchette, son couteau, une cuillère, un verre  et sa serviette.