Queen of Katwe

J’ai pu voir ce film lors de mon vol Frenchbee BF705 du 7 avril dernier entre Saint-Denis en la Réunion et Paris Orly. J’étais au siège 37a. Au 37b il y avait une réunionnaise de 48 ans, originaire du Tampon, mariée, 3 enfants, assistante sociale dont le rêve était d’ouvrir un restaurant de cuisine traditionnelle réunionnaise, marathonienne: elle se rendait à Paris justement pour courir le marathon de Paris qui devait se tenir le lendemain, et pour voir ses enfants. Elle irait ensuite à Perpignan puis à Toulouse. Je lui ai suggéré de Perpignan d’aller en Espagne à Figueres pour voir le musée Salvador Dali et pourquoi pas pousser jusqu’à Rosas et Cadaques. Elle me dit vouloir aller en Andorre mais la encore je lui suggérai de prendre le petit train touristique qui relie Perpignan à Toulouse. Après Toulouse son objectif c’était Lourdes. Elle est végétarienne. Elle avait emmené son riz lentilles. A côté d’elle en 37c donc côté couloir une jeune autrichienne de 23 ans qui m’expliqua en anglais être végétarienne elle aussi, être venu passer 15 jours pour faire de la randonnée avec sa copine assise de l’autre côté à sa gauche, mais elle omnivore.

J’étais donc assis à la gauche de deux végétariennes. Moi l’apprenti pescovégétarien. Mais cette végétarienne du Tampon me dit que petite elle avait mangé des guêpes, des hérissons, du poulpe. Elle me dit:

Il paraît que les guadeloupéens ne mangent pas de crabe.

Je lui dis :

Au contraire on adore ça les crabes de terre, on les aime tellement qu’on les gave de feuilles et de racines pour leur donner le goût suprême avant Pâques, jour de réjouissances et de résurrection.

Je lui confirmai que moi rien de ce qui venait de la mer était un tabou. Nous avons fait bien passer le temps dans un voyage qui aura duré plus de 11 heures 40. A un moment chacun s’est plongé dans sa bulle. Elle a regardé un film Queen of Katwe pendant que moi j’en regardais un autre: Kill Bill, le quatrième long métrage de Quentin Tarantino (2003)

J’ai beaucoup hésité avant de regarder ce film de 1h51 qui raconte la quête vengeresse d’une criminelle, The Bride, la Mariée aka Black Mamba (Uma Thurman) après un coma de 4 ans. Elle se vengera tour à tour dans cet opus 1 de ces ex partenaires d’une organisation criminelle internationale intitulée The Deadly Viper Assassination Squad: Vernita Green (Vivica A. Fox), O-ren Ishii (Lucy Liu), Budd (Michael Madsen), Elle Driver (Cheryl Hannah) et Bill (David Carradine) subiront les affres de sa vengeance entre cet opus et l’opus 2 qui suivra.

Je n’avais jamais regardé un film de Tarantino: ni Pulp Fiction, ni Jackie Brown ni Réservoir Dogs. Certes j’avais vu des extraits qui m’avaient averti de son goût prononcé pour l’hémoglobine. Mais dans Kill Bill j’ai bu du sang à satiété. Il jaillissait de partout comme des tuyaux d’arrosage échappés des mains d’un jardinier fou. Cela giclait en grosses rasades, cela faisait le même pschitt que font les ballons de baudruche quand ils se vident de leur air.

Et puis la bande-son complètement déjantée presque surréelle:

Nancy Sinatra et son « Bang-Bang »,

Isaac Hayes et son « Run Fay run »,

Santa Esmeralda et son « Don’t let me be misunderstood »

Al Hirt dans le thème de The Green Hornet,

Bernard Herrmann dans le thème de The Twisted Nerve,

Luis Bacalov dans le thème de The Grand Duel,

RZA dans Ode to O-ren Ishii,

Charlie Feathers dans That certain female,

George Zamfir dans The Lonely Shepherd

Meiko Kaji dans The flower of carnage,

THE 5.6.7.8. dans Who hoo

A la fin de mon film le sang perlait a travers les hublots et je me suis mis à regarder le film que terminait de regarder la voisine.

Queen of Katwe est un film de 2016 dont l’action se déroule en Afrique entre 2007 et 2012. En Ouganda plus précisément. Dans la capitale Kampala. KATWE EST UN BIDONVILLE. C’est une biopic Disney qui raconte l’histoire incroyable d’une jeune fille des ghettos Ougandais sauvée de la pauvreté et de l’analphabétisme par le jeu d’échecs. Belle histoire avec comme protagonistes Lupita Nyong’o dans le rôle de Nakku Harriott, Madima Nalwanga dans le rôle de Phiona Mutési et David Oyelowo dans le rôle de Robert Katende.

Le film de 127 minutes du réalisateur Mirel Nair fait suite au livre homonyme de Tim Crothers.

A un moment du film on parle de l’impossibilité presque génétique pour un miséreux de sortir de la misère. Il y aurait une sorte de déterminisme social presque génétique de la pauvreté ! Avant que je ne voie le film Maguy, mon interlocutrice réunionnaise, m’avait dit qu’elle avait connu la misère quand elle était petite puisqu’elle faisait partie d’une famille de 16 enfants. Que le soir la plupart du temps ils se couchaient sans manger. Étant moi même l’aîné d’une famille de 10 enfants je mesure la difficulté, la lutte pour la survie. Nourrir 16 bouches n’est pas une mince affaire. Néanmoins j’affirme qu’à chaque bouche affamée il reste cette infinie ressource: la possibilité de trouver au fond de soi la force et la rage de vaincre pour franchir les obstacles qui se dressent sur la route qui mène à l’auto estimation et au dépassement de soi.

Être marathonien est une lutte de la même façon. C’est une résistance incroyable dont il faut faire preuve, une abnégation au-delà même du raisonnable. Entre jeu d’échecs et course de 42 km125 c’est le même parcours semé d’embûches d’où ne sortent vainqueurs au final que ceux qui ont la détermination comme valeur cardinale. C’est cette même détermination qu’on retrouve chez la Mariée ex Black Mamba qui froidement exécute ceux qui en tentant de lui enlever la vie d’une balle dans la tête lui ont enlevé le jour même des répétitions de son mariage l’enfant qui était dans son ventre. JE N’OUBLIE PAS QUE C’EST UNE CRIMINELLE FROIDE ET SANS REMORDS MAIS JE LA COMPRENDS SANS LA JUGER.