Hodie cras

santo_expeditoIntéressant. C’était il y a de cela douze ans. Nous étions le 20 avril.  3 jours auparavant j’avais été  en contact sur msn et sur le défunt  orkut avec une internaute brésilienne qui avait  été basquetteuse professionnelle au Vasco. On avait rigolé pas mal ensemble et j’ai vu à un moment donné dans l’intitulé de son email Santo Expedito. Elle me dit que le 19 tous ses problèmes allaient se résoudre grâce à Saint Expédit.

Wanda (pour ne pas la nommer) lui dis-je, saint Expedit c’est moi, je peux tout résoudre.

Mais elle ne me croit pas. Comme j’avais sous les yeux une prière à Saint Expédit que m’avait donnée avant de quitter le Brésil lors de mon dernier voyage mon ex belle-mère Dora, voila qu’opinément je lui sors mon baratin. En trois mouvements la voila conquise et elle me dit

« tu connais bien ces choses-là à mon avis. »

Dare-dare je lui réponds :

« bien sûr puisque je suis Santo Expedito en personne.

D’ailleurs pour la tester je lui demande que veut dire Hodie qui figfure en haut et à gauche de l’image du saint. Ce à quoi elle me répond :

« Homens Oram. Deus Inteligentemente Escuta « ,

ce qui signifie « Les Hommes Prient, Dieu Intelligemment Ecoute ». Moi en cachette me souvenant de mes études classiques au lycée Lakanal à Sceaux, je ressors non pas mon Gaffiot mais ma bible Google et j’interroge Hodie qui, je le pressentais, voulait dire aujourd’hui. Et retournant à mon chat sur msn je lui assène la vérité suivante :

Hodie veut dire Hoje (aujourd’hui en portugais).

Ah oui, me susurre-t-elle, je crois bien en avoir entendu parler.

Je ne savais pas alors ce que voulait dire Cras (je sais désormais grâce à l’information ci-dessous (l’article de Monique Augras de l’Université Catholique de Rio de Janeiro) que cela veut dire demain. Et qu’il ne faut pas remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui. Merci Saint Expédit ! Pour info le 23 avril c’est la Saint Georges, un autre saint guerrier ! Pour que cette rencontre ait une suite je vous transmets l’article de Monique Augras, Université Catholique (PUC) de Rio de Janeiro intitulé :

 

Secours d’urgence : le « show » de saint Expédit

Les observations qui suivent m’ont été suggérées par un travail de recherche sur le terrain des cultes populaires brésiliens, qui s’étend déjà sur plus de deux décennies. La première partie de ces recherches a d’abord porté sur les modalités de construction de la personne dans les temples du candomblé, religion d’origine africaine qui jouit aujourd’hui d’une expansion et d’une reconnaissance certaines, à tous les niveaux de la société brésilienne (Augras, 1992). Mais le terrain brésilien est particulièrement riche, il n’y a souvent pas de nette démarcation entre les diverses pratiques cultuelles (sauf au niveau des groupes pentecostaux, qui tiennent à affirmer leur spécificité, en claire opposition à toutes les autres croyances), ce qui m’a finalement amenée à m’intéresser également au culte des saints catholiques, tel qu’on peut l’observer actuellement dans les églises de la ville de Rio de Janeiro, où je réside.

Commencée tout d’abord dans quelques églises appartenant à d’anciennes confréries remontant au temps de l’esclavage – qui n’a été aboli qu’en 1888 – et qui avaient alors été créées dans le double but d’encadrer rigoureusement esclaves et affranchis et d’assurer une sépulture chrétienne à leurs adhérents, cette recherche [1] a permis, entre autres observations (Augras, 2000), de mettre en évidence un type de dévotion tout particulier, dans lequel les saints sont priés de pourvoir aux demandes précises et concrètes des fidèles. En d’autres termes, le rapport entre le saint et le dévot semble dominé par une intention de type magique.

Que le culte des saints, au Brésil ou ailleurs, ait été de tous temps marqué par l’appui, souvent fort spécialisé [2], que chaque élu est censé apporter à chaque moment de la vie de son fidèle, cela est bien connu. Mais en cette époque-ci, où on nous parle de désaffection religieuse, ou de surgissement de nouvelles formes d’ésotérisme, il n’est pas moins intéressant de voir combien tiennent bon les pratiques traditionnelles. À dire vrai, non seulement elles résistent, mais – et cela sera un des aspects que nous prétendons développer ici – elles reçoivent actuellement, au Brésil du moins, un renfort dû au développement des ressources médiatiques.

De tous temps également, l’attitude de la hiérarchie catholique par rapport à cet aspect purement magique [3] a été fort ambigüe, et aujourd’hui encore, elle semble souvent osciller entre la condamnation de pratiques par trop éloignées des consignes du Vatican II, et la tolérance envers certains détails qui, si on y regardait de trop près, pourraient bien révéler une utilisation fort pragmatique des choses sacrées…

Dans la doctrine officielle, les saints, on le sait, représentent tout d’abord un modèle de comportement. En principe, ils ont été des gens comme nous, qui se sont montrés totalement disponibles à la grâce de Dieu et par là sont devenus des guides que tout bon catholique se doit de suivre. L’énorme quantité de canonisations et béatifications proclamées par le pape actuel, Jean-Paul II, a précisément pour but l’accroissement du nombre de ces exemples à suivre pour sauver un monde qui, convenons-en, en a bien besoin ! Mais, dans la perspective de la plus stricte orthodoxie, les saints n’ont aucun pouvoir. Proches de Dieu, ils peuvent lui transmettre les appels des fidèles. Mais c’est Dieu seul qui peut les exaucer. Autrement dit, les saints ont un simple rôle de médiateurs.

Au niveau quotidien des dévots, cependant, ils sont considérés comme étant les dépositaires d’un pouvoir qui peut aller de l’aide spirituelle à surmonter les diverses afflictions de cette vie, jusqu’à l’intervention très précise – ciblée, pour-rait-on dire – dans la résolution d’un problème concret. Chômage, accumulation de dettes, maladie ou conflits familiaux, l’éventail des problèmes à résoudre est assez ample. Mais, dans notre recherche du moins, la demande des dévots présente un caractère commun, quel que soit le but visé : c’est l’urgence. Et les saints qui reçoivent actuellement le plus grand nombre de sollicitations sont ceux dont la renommée assure la diligence.

Outre qu’il met en évidence le moment critique par lequel passe actuellement la société brésilienne, ce caractère d’urgence nous semble également correspondre à l’accélération qui, dès le début du XXe siècle, a été reconnue comme une des marques de notre culture. La civilisation de la jouissance immédiate exige que tout problème soit résolu à l’instant même. Dans ce sens, la dimension magique du recours aux saints, loin de constituer une survivance archaïque d’anciennes traditions – comme on a encore souvent tendance à le penser – paraît s’inscrire dans le droit fil de la société de consommation dont la devise implicite – tout avoir, tout de suite – implique, elle aussi, la croyance à la toute-puissance magique du désir. Ce sera là un autre aspect que nous essaierons de mettre ici en évidence.

Résolution immédiate d’un problème concret, disions-nous, la demande du dévot semble se réduire essentiellement à des pratiques de nature aussi concrète que la situation à laquelle le saint est prié de porter remède. Notre travail de terrain consiste en l’observation systématique du comportement des fidèles qui fréquentent les églises du centre de la ville de Rio de Janeiro. C’est une région de passage, surtout commerçante, et les gens entrent et sortent constamment de ces églises. À dire vrai, le point de départ de cette recherche fut la remarque, il y a bien longtemps, d’une sorte de juxtaposition – pour ne pas dire une coupure – entre la dévotion aux saints et le culte catholique «officiel». En effet, pendant une messe à laquelle nous avions eu l’occasion d’assister [4], nous avions pu voir des gens entrer, aller au pied d’une statue, la toucher, lui parler, et se retirer. Et ce, au moment même de l’élévation quand, selon le dogme catholique, se produit la transsubstantiation de l’hostie en corps du Christ, moment sacré entre tous. Le contraste entre le comportement attendu des fidèles pendant la messe et celui des dévots qui, au contraire de l’adage, aimaient moins s’adresser à Dieu qu’à ses saints, nous suggéra la présence d’un culte méritant une recherche spécifique.

Or, au long de ces observations systématiques, doublées d’entretiens avec les dévots qui veulent bien s’y prêter, ce même comportement s’est montré constant. Les gens entrent dans l’église, s’adressent à une statue, la touchent, lui parlent, parfois écrivent un billet sur un coin de l’autel – ou même écrivent directement sur le mur qui jouxte l’effigie – et, la plupart du temps, font ensuite la même chose auprès d’autres effigies.

Une de nos étudiantes a même noté qu’«il n’est pas rare que certains dévots fassent ainsi le tour de tous les saints représentés [5]. Ce qui suggère que loin d’une dévotion spécifique, le dévot cherche l’appui de tous ceux qui peuvent l’aider (Daniel, 1999). Mais ce qui nous a le plus impressionnés, c’est que beaucoup de dévots ignorent le nom du saint auquels ils s’adressent. Et, apparemment, cela n’a aucune importance [6]. Il ne s’agit donc pas de la dévotion à un saint spécifique, due à sa vie exemplaire, et encore moins – c’était là notre première hypothèse de travail – d’une possible identification à ce saint. Au niveau de ces pratiques quotidiennes, aucune trace d’aspiration à l’imitation de la vie dévote, mais une relation purement utilitaire avec l’image d’un pouvoir.

Car, on aura pu le noter, nous parlons ici constamment des rapports qui s’établissent entre le dévot et l’effigie du saint. Il se dirige vers elle, il la salue, il la touche, il lui parle, et souvent lui laisse un mot. Il lui arrive même parfois de prendre sa mesure avec l’aide d’un ruban.

La chose est assez compliquée, nous l’avons observé à propos de l’effigie de saint Balthazar [7] qui, souvent, se présente couverte de rubans. Quand on lui demande une « grâce », on retire un des rubans, qui doit être coupé à la taille exacte de la statue, et quand la demande a été exaucée, il faut revenir avec 7 rubans de même longueur, qu’on suspend au poignet de l’effigie. Cette coutume semble être d’origine ibérique. Il est d’ailleurs fréquent, dans certaines églises (et couvents…), de « prendre la mesure du Petit Jésus ». Saint Antoine de Padoue, très célèbre au Brésil à cause de son origine portugaise, fait aussi l’objet de ce genre de « mesure ».

C’est donc bien l’effigie qui est porteuse de pouvoir. Le signifié disparaît au seul profit du signifiant. Le sacré est réduit à un pouvoir magique, susceptible d’être manipulé selon les exigences de désirs particuliers. C’est de l’utilisation de ces images que nous allons maintenant parler.

La force des images

La représentation figurée de Dieu et des saints, on le sait, a donné lieu à bien des controverses tout au long de l’histoire du christianisme. La distinction entre idole et icône a souvent paru bien ténue. Il n’est pas dans notre propos de retracer ici les étapes qui, du second concile de Nicée, en 787, jusqu’à celui de Trente, en 1563, ont fini par assurer le triomphe de l’iconophilie dans les pays d’observance catholique. Il n’est cependant pas inutile de souligner que l’iconophobie exprime, sur le mode paradoxal, l’extrême valeur attribuée aux images. Si leur simple présence met en danger le culte de Dieu même, on peut en déduire que toute représentation, en tant qu’análogon de son référent, évoque le risque de se substituer à celui-ci et, par conséquent, de produire une sorte de dévoiement de l’image. Tout semble se passer comme si l’image risquait de «drainer », pour ainsi dire, la force sacrée inhérente à la divinité et de s’en investir. Problème que l’église orthodoxe a résolu d’une façon singulière, en créant la tradition des icônes acheiropoiétai, c’est-à-dire, des images qui passent pour ne pas avoir été faites de la main de l’homme, et donc émanent directement de la divinité.

Pour la théologie orthodoxe, il y aurait une espèce de continuum entre l’Incarnation du Christ et l’apparition de ces icônes miraculeuses: « L’Incarnation aussi est une image [le Fils est l’image du Père, l’Eucharistie l’image du Fils]; le Christ, image, a produit des images. Les images sont vraies : leur existence est une preuve de leur vérité, c’est-à-dire une preuve de la vérité qu’elles représentent » (Spieser, 1991 :124). Logique circulaire que celle-ci, ou plutôt en forme de spirale, qui va peu à peu se déployer pour englober tout le champ de la représentation. « La vérité des images les rend sacrées », dit encore Jean-Michel Spieser dans son beau texte sur les programmes iconographiques dans les églises byzantines, « mais en fait ces images, étant sacrées, ne peuvent qu’être vraies. » (ibid.:125). On comprend désormais l’importance de l’enjeu. La représentation, c’est-à-dire la production de figures qui ont pour fonction de traduire ce qui est invisible sur le plan du visible, est donc mise elle-même au niveau de la création. En faisant voir le sacré sous une forme humaine, l’icône est un opérateur qui, en retour, rappelle au fidèle que lui-même, créé par Dieu «à son image et à sa ressemblance » est promis à un avenir d’éternité. En d’autres termes, l’icône – support visible du sacré – fonctionne dans les deux sens. Elle assure la réalité du passage entre les divers niveaux d’existence, de la création à l’incarnation, et de la vie dévote à la rencontre de Dieu après la mort. D’où sa stéréotypie stylistique, car elle ne représente pas des êtres concrets, mais bien la possibilité qu’ont les hommes d’accéder eux-mêmes au plan de la divinité [8].

Mais le catholicisme romain, dans lequel se situe notre terrain, n’a guère exploité cette dimension. Il semble bien qu’actuellement le seul exemple d’image achiropite se réduise à celui du saint Suaire de Turin, qui fait toutefois l’objet de fortes polémiques. Tout au plus pourrions-nous ranger dans cette catégorie les statuettes – toutes miraculeuses – de Notre-Dame, trouvées dans les eaux [9] mais, à la rigueur, personne ne dit clairement quelle pourrait être leur origine. Le même flou artistique semble d’ailleurs envelopper toutes les effigies auxquelles la tradition attribue des pouvoirs particuliers. Jean Pirotte (1991), qui a étudié l’évolution de la valeur attribuée aux images saintes distribuées par les prêtres en Belgique, souligne combien les rapports de l’Église à l’imagerie sont marqués par l’ambiguïté. De nos jours, il est bien évident que le culte de certaines effigies ressortit surtout à d’anciennes traditions, qu’il ne serait peut-être pas très habile de dénoncer, mais qu’il vaut mieux laisser tomber tout doucettement en désuétude. D’autant plus que nous pouvons observer que le culte de saints purement légendaires, et déclarés officiellement ineptes, comme ce fut récemment le cas de saint Georges, n’en continue pas moins à être célébré. Il semble que l’imaginaire populaire suive son cours propre, sans prendre très au sérieux les recommandations de la hiérarchie ecclésiastique. Au Brésil du moins, et ce, malgré une tentative déjà ancienne d’encadrer le comportement des fidèles dans des modèles plus conformes aux désirs de Rome [10], saints historiquement situés et saints purement légendaires sont honorés dans les mêmes églises, et avec la même ferveur.

De même, à l’issue d’une recherche portant sur le culte des saints dans la province espagnole de Saragosse dans les années 80, Ana Maria Rivas Rivas (1997) met en relief cet enchevêtrement entre dévotions traditionnelles et pratiques contemporaines, et note que, la plupart du temps, le saint se confond avec son effigie qui, loin d’être considérée comme une simple représentation figurée, est vue comme la dépositaire du pouvoir attribué à ce saint: « Le symbole dominant des rituels décrits est la statue, l’effigie sacrée qui concentre sur elle la plus grande condensation de signifiés.» (1997 : 109).

Or, le travail sur le terrain des pratiques de dévotions à Rio de Janeiro permet de vérifier que non seulement l’effigie est le saint, mais qu’on trouve plusieurs cas dans lesquels c’est l’image qui semble créer le saint. Image au sens iconographique du terme, mais aussi image verbale : nous allons maintenant, à titre d’exemple, analyser le cas d’un personnage qui reçoit actuellement un culte fervent, marqué particulièrement par une dimension toute médiatique. Nous espérons montrer ici comment se mêlent inextricablement interêts spirituels et matériels, ferveur et manipulation, réponse à l’affliction et exaspération de la consommation, ainsi que les aspects politiques et institutionnels – qui sont toujours présent dans la gestion du sacré…

Du nom à l’image : la production du culte de saint Expédit

Dès le début de notre recherche, notre attention fut attirée par la soudaine visibilité du culte d’un saint jusque-là à peu près ignoré, celui de saint Expédit. Il n’était pas inconnu au Brésil, puisque des chapelles lui avaient même été dédiées: à São Paulo, qui en est la ville la plus importante, il était déjà l’objet d’un culte fervent parmi les soldats de la Police Militaire [11]. Près de la ville de Rio de Janeiro, à Niterói (ancienne capitale de l’État de Rio), il possède également sa chapelle, dont la fondation ne doit guère remonter au-delà du siècle dernier [1926 ?]. Mais la plupart des gens – et nous-mêmes, il faut bien le dire – n’en avaient pas entendu parler.

Or, tout à coup, lors du deuxième semestre de 1998, on trouve partout à Rio des images pieuses représentant St Expédit avec, à l’avers, un texte intitulé Prière de saint Expédit, introduit par ces mots :

« Si vous avez un PROBLÈME DIFFICILE À RÉSOUDRE, et si vous avez besoin d’une AIDE URGENTE, demandez l’aide de Saint Expédit, qui est le Saint des Affaires qui ont besoin d’une Solution Rapide et donc l’invocation ne Tarde Jamais. » [nous repectons les majuscules] Après le texte de la prière proprement dite à « Mon Saint Expédit des Causes Justes et Urgentes », vient la recommandation :

« En remerciement, j’ai [sic] fait imprimer et distribuer mille exemplaires de cette prière, pour diffuser les bienfaits du grand saint Expédit. Vous aussi, faites-les imprimer tout de suite après avoir fait votre demande [au saint].» En effet, il doit bien s’en imprimer des milliers, car on en est inondés. Ces images se retrouvent partout. Pas seulement dans les églises, où elles s’amoncellent souvent en piles plus ou moins discrètes, au coin des autels et même dans les bénitiers secs, mais dans la rue, collées ça et là, chez les commerçants, sur les étals des foires et marchés, dans les taxis et, évidemment, dans mon casier de professeur à l’université…

Bientôt la grande presse fait état de cette avalanche. Suivant la piste indiquée tout en bas de la prière [12], et qui suggère également l’achat d’un livre intitulé « Saint Expédit : Un show de grâces », il est facile de découvrir l’origine de ces images, d’autant plus que l’auteur du livre n’est autre que le propriétaire de l’imprimerie qui ne se fait vraiment pas prier pour raconter sa vie.

Né en 1952 dans l’État de Sta Catarina, élevé dans la foi catholique la plus fervente, il avait même pensé à entrer au séminaire, mais il se maria et fonda une imprimerie qui, par suite des problèmes économiques par lesquels passa le Brésil au début des années 90, fit faillite. Un jour de l’année 1996 qu’il déambulait dans les faubourgs de São Paulo à la recherche d’embauche, il fut abordé, dit-il, par une très vieille dame qui lui demanda à brûle-pourpoint s’il était catholique, et lui recommanda de lire la prière de St Expédit, dont la chapelle était toute proche. Il y trouva des tas d’exemplaires de la prière, « imprimée noir sur blanc», dit-il, et portant la recommandation d’en faire faire un millier en remerciement. Geraldes fit le vœu d’en imprimer dix mille, et sa vie s’améliora petit à petit. Il obtint d’un ami imprimeur le dessin d’un format réduit, « pour que les gens puissent mettre la prière de St Expédit dans leur portefeuille », et il avoue être l’auteur de l’avertissement reproduit ci-dessus. Les commandes affluèrent et, le 19 avril 1997 (jour de la fête du saint), lorsqu’il apporta dix mille affiches représentant l’image du saint à sa chapelle, les dévots se les arrachèrent.

Le succès fut tel que, peu après, le prêtre de la paroisse où habite l’imprimeur résolut de fonder une chapelle dédiée au saint, dans la même rue [13]. L’année suivante, en avril 1998, les personnes qui s’occupaient de la chapelle de Niterói entrèrent en contact avec l’imprimeur qui, évidemment, leur envoya force images, portant dans le fond, la photo de cette chapelle.

Depuis, les chapelles de St Expédit se multiplient au Brésil. Il va sans dire que l’imprimerie de notre héros s’appelle désormais « Éditions St Expédit». Outre le site déjà cité, d’autres ont été créés sur Internet, par d’autres dévots. Le journal Folha de São Paulo, en avril 2000, en signale plusieurs, qui ont pour objet de divulguer les grâces obtenues par l’intercession du saint. C’est plus pratique que les images, disent les créateurs des sites, et un très célèbre représentant de la « théologie de la libération », l’ex-franciscain Leonardo Boff, assure qu’il n’y voit aucun mal, sauf si les gens ont «un rapport mercantile avec la religion, exigeant une solution immédiate » de leurs problèmes [14]. Or c’est exactement ce que font les dévots :

« Répondez à ma demande – «Faites la demande » – Aidez-moi à surmonter ces Heures Difficiles, protégez-moi de tous ceux qui peuvent me porter préjudice. Protégez Ma Famille, et répondez à ma demande avec urgence » (Prière au dos de l’image).

« Ce Saint Martyr est toujours invoqué pour résoudre des affaires urgentes, auxquelles un retard pourra (sic) causer du tort. C’est le Saint de l’avant-dernière heure, celui dont la réponse est immédiate, mais qui exige que l’engagement pris soit également rempli, immédiatement, sans délai» [prière recueillie à São Paulo, d’un autre imprimeur, c’est nous qui soulignons].

Ici, on le voit, la logique qui prévaut est celle du «donnant, donnant». St Expédit exauce immédiatement ce qu’on lui demande, mais exige qu’on lui donne ce qu’on lui doit, de façon tout aussi immédiate… Il est vrai qu’au Brésil, accomplir un vœu se dit payer une promesse. En tout cas, ce niveau d’exigence de la part du saint nous semble chargé de fort relents magiques, car il suggère la possibilité d’un quelconque châtiment (tout au moins le refus de l’aide sollicitée), en cas de non-respect de l’engagement, tout comme les entités des cultes d’origine africaine sont censées le faire. Le style est le même.

En outre, Expédit est qualifié de « Saint des Causes Justes et Urgentes ». Est-ce à dire qu’on pourrait, imprudemment, le confondre avec d’autres protecteurs, bien peu catholiques ceux-là, capables d’exaucer des demandes injustes ? Les billets que nous avons trouvés dans maintes églises donnent à penser que les cultes populaires sont, à Rio du moins, plutôt poreux… Et que les divers « puissants de l’au-delà » (Daniel, 1999) ne sont, au niveau des dévots, pas toujours différenciés.

On aura pu remarquer que le culte lui-même de St Expédit est marqué par la rapidité galopante de son expansion. Peu divulgué jusqu’en 1997, il devient, grâce à la gratitude de l’imprimeur qui inonde São Paulo d’abord et Rio ensuite, de milliers d’images pieuses, le prototype de ce que nous avons appelé les «saints de la crise », catégorie qui groupe des intercesseurs plus traditionnels tels que Ste Edwiges, protectrice des endettés, St Jude Thaddée, patron des cas désespérés, et Ste Rita-des-impossibles, saints déjà bien connus auparavant, mais dont le culte a gagné une grande visibilité à la fin des années 90.

On peut se demander si le succès remporté par St Expédit n’est justement pas en proportion inverse de sa relative invisibilité antérieure. En d’autres termes, n’aurait-il pas pris tout ce relief en conséquence de son obscurité ? Lorsque les grands intercesseurs traditionnels sont assaillis par les demandes des fidèles, le recours à un saint seulement connu par son nom, qui a tout l’air d’être synonyme de rapidité, n’a-t-il pas plus de chance d’être exaucé ? Et, ce qui est important, tout de suite ?

En vérité, si on consulte les traités hagiographiques, on n’y trouve du saint que le nom. Les auteurs des Petits Bollandistes (Guérin, 1880) qui d’habitude ne se font pas faute de narrer maintes légendes fantastiques [15] signalent seulement que, le 19 avril, le Martyrologe Romain célèbre la mémoire des « saints martyrs Hermogène, Caius, Expédit, Aristonique, Rufus et Galatas», mis à mort à Mélitène, en Arménie. Parmi les diverses encyclopédies catholiques dont dispose la bibliothèque de notre université, seul le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques lui consacre un article, pour dire qu’on ignore tout de sa vie, et que son culte, inconnu du haut moyen âge, aurait été signalé au XVIe siècle, mais se serait surtout répandu vers le milieu du XIXe siècle, en France et en Italie, se revêtant dès lors de « formes superstitieuses » [déjà…]. L’opinion des auteurs de ce dictionnaire est qu’en fait, Expédit n’a jamais existé.

Il s’agirait, une fois de plus, de l’erreur d’un copiste qui, au lieu de transcrire correctement le nom de saint Elpidus, l’aurait remplacé par Expeditus, et l’ignorance du latin aurait fait le reste [16]: « Il a dû prendre naissance d’un véritable calembour qui a fait du saint le patron des causes pressantes. » (DHGE, vol.6 :257). Calembour, en effet, car en latin, expeditus ne veut pas dire « expéditif », mais bien « libre, dégagé », du verbe expedire, « dégager, débarasser, démêler ». Le Quicherat cite, en exemple, le corps de soldats romains dit « expeditus », c’est-à-dire, « armé à la légère ». Or c’est précisément ce corps d’armée qui, dûment exploité, va donner naissance à la légende de St Expédit. Celui-ci sera désormais un légionnaire romain et même, pourquoi pas ?, un « commandant-en-chef de la légion ». Le voici donc représenté vêtu de la cuirasse, de la jupette et des jambières du soldat romain, avec une grande cape rouge qui, à mesure que les images se multiplient, semble bien s’allonger un peu plus à chaque fois, de même que son casque, posé par terre, porte chaque jour plus de dorures. De la main gauche, il tient la palme du martyre et, de la droite, il brandit une croix qui porte l’inscription « hodie », tandis qu’il foule aux pieds un corbeau dont le bec émet l’adverbe latin «cras ».

Cette représentation n’est point brésilienne, elle est déjà signalée par Louis Réau dans son traité sur l’iconographie de l’art chrétien (1958), mais il ne la date malheureusement pas, si bien que nous ignorons jusqu’à présent quelle peut être l’ancienneté de ces attributs. On serait tenté d’y voir la main d’un religieux bien intentionné [et francophone !] qui, à partir d’une certaine ressemblance phonétique entre les mots cras et croasser, aurait introduit la légende selon laquelle :

« A l’instant même de sa conversion, apparut un corbeau qui, symbolisant l’Esprit du Mal, lui dit: “Cráss… Cráss… Cráss…” ce qui, en latin, veut dire : “Demain… Demain… Demain…” Cela signifie que l’Esprit du Mal, au moment même de la conversion de saint Expédit au christianisme, essaya de le convaincre de prendre son temps, en lui disant que rien ne pressait – attends demain pour te convertir ! Mais saint Expédit, en bon soldat, réagit énergiquement, en écrasant le corbeau de son pied droit, et cria “Hodie… Hodie… Hodie… je ne souffrirai aucun retard. Je n’attendrai pas demain, je veux être chrétien dès aujourd’hui.” » C’est pourquoi on le connaît comme un saint qui résout les problèmes avec rapidité, le Saint de la Dernière Heure » (Geraldes, 1999).

À dire vrai, cette fable n’est guère plus absurde que toutes celles qui abondent dans les pages des traités hagiographiques. D’ailleurs la vraisemblance n’est pas ce qui nous préoccupe ici. Ce qui nous intéresse, c’est la réinvention – au sens étymologique, de re-trouvaille – d’un saint taillé sur mesures pour répondre aux problèmes qui assaillent aujourd’hui les dévots. En fort contraste avec la réputation bien établie selon laquelle tous les habitants de l’Amérique Latine – et pas seulement les brésiliens – seraient généralement portés sur la procrastination, l’ajournement est désormais le fait du démon. Car il s’agit de résoudre, le plus vite possible, aujourd’hui même, le problème qui m’afflige. Ste Edwiges peut adoucir le cœur de mes créanciers, Ste Rita ou St Thadée peuvent m’aider à surmonter ce qui paraissait impossible à affronter, mais seul St Expédit m’assure une solution immédiate.

On aura remarqué le glissement sémantique : pour un chrétien, parler de la « dernière heure » semble faire allusion à l’heure de la mort, mais le contexte du culte de St Expédit montre que, s’il s’agit bien ici d’un dernier recours, il ne peut guère être entendu en tant que question spirituelle. C’est d’un secours de toute urgence dont le dévot a besoin, pour éviter, in extremis, la saisie de ses biens ou la perte de son emploi. De ce point de vue, toute heure est la dernière, car le dévot se trouve littéralement à toute extrémité. Angoisse due bien évidemment aux difficultés de l’heure, mais aussi exaspération de l’immédiatisme contemporain. Car si le discours des premiers dévots de St Expédit, comme c’est le cas de Renato Tadeu Geraldes que nous avons systématiquement cité ici (Geraldes, 1999), montre que le recours au saint s’est produit dans un moment objectivement désespéré, il n’en est pas moins vrai que celui-ci semble désormais invoqué à tout propos. Son succès est tel qu’il est devenu – qu’on nous passe l’expression – une sorte de « commis-voyageur » des autres saints.

Cela se vérifie au niveau des images. Les éditions St Expédit impriment à tour de bras, dans un style iconographique aisément identifiable, des images pieuses diffusées à des millions d’exemplaires, des saints les plus populaires [17]. D’autres imprimeurs lui emboîtent le pas. La distribution d’images à tous les coins de rue s’intensifie. La pratique de faire imprimer un millier en remerciement s’étend au culte d’autres saints. Si on lit attentivement la notice, on remarque qu’il y a des prix concurrentiels : des R$ 38,00, francs de port, on passe parfois à R$ 35,00, et même à R$ 20,00, mais avec une taxe postale de R$ 15,00… D’autres, par contre, n’affichent pas leurs prix. Nous sommes littéralement sur le terrain mercantile que dénonçait Leonardo Boff.

En outre, au niveau des images mêmes, nous voyons sur la couverture de publications religieuses de style traditionnel, la figure de St Expédit qui semble n’être là que pour attirer l’acheteur.

Le caractère spectaculaire du culte du saint – Geraldes intitule son opuscule « Saint Expédit : un show de grâces » – se situe, il faut bien le dire, dans la mouvance d’une nouvelle facette des pratiques catholiques, originaire encore de São Paulo, et qui est la transformation de la messe en un authentique happening de masse. Le mouvement de « rénovation charismatique » nous vient des USA et a été adopté au Brésil, il y a une bonne quinzaine d’années, dans le but assez évident de faire face à l’expansion des sectes pentecostales. Le mouvement charismatique met l’accent sur les aspects affectifs et émotionnels de la foi, et organise des messes chantées et dansées. D’abord limité aux jeunes des classes aisées et même très aisées, ce mouvement semble avoir misé sur ces nouveaux « prêtres danseurs » dont la star est incontestablement Marcelo Rossi, qui attire des centaines de milliers de participants à ses messes-spectacles, et dont les CD se vendent par millions. Il n’est pas possible de développer ici une analyse de ce phénomène, mais nous nous devons de le signaler, car il fait partie de la scène religieuse actuelle. En outre, le mouvement charismatique a remis les chapelets à la mode, il s’en fabrique désormais des milliers, et leur utilisation va de l’instrument traditionnel des prières à la Vierge à la transformation en colliers ou en bracelets de pierres précieuses…

Il s’agit donc bien d’une multiplication médiatique, dans laquelle chaque élément produit une chaîne qui se dédouble en divers niveaux de production, à un rythme chaque fois accéléré, et dont le résultat est cette véritable inflation d’images et de demandes, et de distribution d’images. Que la vieille foi catholique y trouve son compte, à quel point, et à quels risques, ce n’est point notre propos de l’estimer ici.

Ce qui attire notre attention, par contre, c’est ce glissement du rôle attribué aux saints, ce passage de la médiation à la médiatisation [18], dans lequel le champ du sacré semble se réduire à un marché magique où prime la satisfaction immédiate des besoins les plus concrets. Certes, et nous l’avons déjà souligné, le culte des saints s’est toujours accompagné, au cours de l’histoire, de pratiques plus ou moins magiques et «superstitieuses ». Mais maintenant, il semble que la scène soit dominée par cette prolifération de demandes et d’images qui, dans une progression géométrique, s’éloignent chaque fois plus de la perspective du salut. Salut qui, pour un chrétien, devrait être à l’horizon de son espérance.

Le culte de St Expédit, par la forme qu’il a actuellement pris au Brésil, nous offre le plus vif exemple de la voracité et de l’immédiatisme de la société de consommation. Son image illustre la perte de toute temporalité. Car, en foulant aux pieds l’oiseau qui parle du lendemain, Expédit anéantit l’idée même d’avenir…

Bibliographie

• AUGRAS, Monique, Le double et la métamorphose: L’identité mythique dans le candomblé brésilien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1992.

• AUGRAS, Monique, Existências lendárias : hagiografia e subjetividade, Rapport de recherche pour le CNP Q, PUC-Rio, 2000, 182 p.

• BAKHTINE, Mikhail, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984.

• BRANDÃO, Carlos Rodrigues, Religião e catolicismo do povo, Curitiba, Univ. Catol. do Paraná, 1977.

• CASSAGNES-BROUQUET, Sophie, Vierges Noires, Rodez, Éditions du Rouergue, 2000.

• CERTEAU, Michel de, Uma variante : a edificação hagiográfica. In A escrita da história, Rio de Janeiro, Forense, 1982, 266-278.

• DANIEL, Renata Del C., Os poderosos do Além, monographie de conclusion du cours de formation en Psychologie, PUC-Rio, 1999.

• Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, Letouzey et An é, 1924/ 1963, 15 vol.

• GERALDES, Renato T., Santo Expedito : « Um show de graças », São Paulo, Edit. Santo Expedito Ltda, 1999.

• GUÉRIN, Paul, (org.), Les Petits Bollandistes, etc., Paris, Blond et Barral, 1880, 17 vol.

• MAUSS, Marcel, Œuvres – 1. Les fonctions sociales du sacré, Paris, Minuit, 1968.

• PIROTTE, Jean, L’imagerie de dévotion aux XIXe et XXe siècles et la société ecclésiale. In F. DUNAND et al., L’image et la production du sacré, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991, 233-249.

• RÉAU, Louis, Iconographie de l’art chrétien, t.III – Iconograhie des saints, Paris, PUF, 1958, 3 vol.

• RIVAS RIVAS, Ana Maria, Le pouvoir symbolique des images religieuses. Bastidiana, 19/20 : 99-116, juil./déc.1997.

• SPIESER, Jean-Michel, Les programmes iconographiques des églises byzantines après l’iconoclasme. In F. DUNAND et al., L’image et la production du sacré, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991, 121-138.

NOTES

[1] Réalisée grâce à l’appui du Centro Nacional de Pesquisa e Tecnologia (CNPq), l’équivalent brésilien du CNRS, avec une importante participation de nos étudiants.

[2] Il n’est que de compulser les listes établies par Louis Réau dans son Iconographie des saints (1958) pour le vérifier.

[3] Sans vouloir entrer dans une discussion d’ordre théorique, nous désignerons ici comme « magique » tout recours à l’utilisation de pouvoirs supra-naturels pour obtenir la réalisation concrète d’un désir.

[4] C’était, en 1986, une messe pour le repos de l’âme d’un haut dignitaire du temple de candomblé où nous menions alors nos recherches…

[5] Inspirée par les observations de Marcel Mauss (1968) sur le sens de la rotation des rondes, notre équipe a même cherché à vérifier si ce «tour des saints » suivait un sens constant, mais nous ne sommes arrivés à aucune conclusion.

[6] Lors de l’interview télévisée d’un des joueurs de l’équipe brésilienne pendant le Mon- dial de 1998, celui-ci déclare, en montrant la médaille que sa mère lui a donnée : « Je ne sais pas de quel saint il s’agit, mais j’y crois ! »

[7] Qui, comme on s’en doute, n’est autre que l’un des rois mages.

[8] Bakhtine (1984) établit une correspondance entre hagiographie et création d’icô- nes : dans les deux cas, la forme reste traditionnelle et conventionnelle, car la vie du saint est significative en Dieu, et non par elle-même. Il n’y donc pas de place (ou si peu…) dans la vie des saints, pour la variation individuelle, aspect que Certeau (1982) a également mis en évidence.

[9] C’est le cas de « Notre-Dame Apparue » [Nossa Senhora Aparecida], statue de N.-D. de la Conception, trouvée dans les filets de trois pêcheurs de l’État de São Paulo au XVIIIe siècle, et qui est aujourd’hui la sainte patronne du Brésil. Voir à ce sujet Cassagnes-Brouquet (2000:34-36).

[10] La seconde moitié du XIXe siècle y fut marquée par l’action énergique des « évêques réformateurs » mandatés par Rome pour en finir avec le culte des saints «populai- res », d’origine portugaise et le remplacer par des dévotions telles que celle du Sacré Cœur. Malgré les recommandations qui prônaient des interventions plutôt «mus- clées » – l’évêque de São Paulo en arrivant à ordonner, en cas de désobéissance, de « mettre à bas les chapelles des cultes populaires » (Brandão, 1977:156) – le fait est que ces cultes traditionnels continuèrent, aussi florissants que par le passé.

[11] À quelque chose près, l’équivalent de la Gendarmerie.

[12] Imprimerie Saint Expédit. R$ 38,00 le millier, franc de port, avril 1997. Demandez aussi le livre : « Saint Expédit, un show de grâces». Numero vert 0800.55.1904, ou à São Paulo, tel. 6951.2099. VISITEZ NOTRE PAGE SUR INTERNET : http.// www. santinho. com. br

[13] Geraldes (1999 :71) se demande si c’est une «simple coïncidence » (sic). On vient d’ailleurs de découvrir qu’il y a, dans l’État de São Paulo, un village qui s’appelle Santo Expedito et qui, tout comme celui de Saint-Valentin en Bas-Berry, semble promis à un bel avenir.

[14] Interview publiée par la Folha de São Paulo, cahier Cotidiano, p.3 «Rede cria pagador de promessa virtual», 9 de abril de 2000.

[15] Le titre exact du traité, qui se compose de 17 volumes, est le suivant: Les Petits Bollandistes – Vie des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testaments, des Mar- tyrs, des Pères, des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables et autres personnes mortes en odeur de sainteté – Notice sur les congrégations et les or- dres religieux – Histoire des Reliques, des Pélerinages, des Dévotions populaires (suite note 15) et des Monuments dûs à la piété depuis le commencement du monde et jusqu’à aujourd’hui.

[16] À dire vrai, je n’ai pas trouvé, non plus, trace d’un quelconque saint Elpidus…

[17] Suivant la revue Época (op.cit.), en 1998, l’éditeur en aurait imprimé 18,7 millions, et projetait d’en produire 76 millions dans l’année 2000.

[18] Cet aspect a été fort bien mis en relief par les commentaires qui ont suivi notre intervention, intitulée «Le sacré en miettes : fonction des images dans les cultes po- pulaires brésiliens », au séminaire du doctorat en sciences de l’éducation animé par nos éminents collègues Dany Dufour et Patrick Berthier à l’université de Paris-VIII, qui nous avaient permis d’exposer une première version de nos observations, en février 2001. Je remercie également le professeur Claúdia Garcia, ma collègue à la PUC, d’avoir attiré mon attention sur le fait qu’en tuant le corbeau, St Expédit détruit toute perspective temporelle.