Baltimore, Irlande et ses barbaresques

Après ma visite à Baltimore en Irlande le 7 septembre 2013 où j’ai appris que des barbaresques ont saccagé le port de Baltimore en 1631 et ont réduit en esclavage entre 108 et 200 Irlandais (selon les sources) j’ai dû modifier mes recherches sur la généalogie de Baltimore de la Guadeloupe. Je savais de par ma formation d’angliciste qu’il y avait eu des « indentured servants », des engagés qui volontaires qui s’étaient installés dans les Antilles et dans la Nouvelle Angleterre (les futurs Etats-Unis) mais j’ignorais qu’il y avait eu des esclaves irlandais dans les colonies antillaises anglaises. Je savais qu’il y avait eu une traite arabo-musulmane mais je pensais que la sphère d’activité était concentrée sur l’Afrique. J’ignorais que les Barbaresques (morisques descendants des maures qui avaient occupé l’Espagne pendant plus de 7 siècles jusqu’à la chute de Grenade en 1492 et qui s’étaient convertis au catholicisme) étaient eux aussi des pirates qui dominaient l’Atlantique Nord et faisaient des razzias sur l’Angleterre, l’Islande, Terre-Neuve et l’Irlande à la recherche non pas seulement de poissons séchés et de peaux de bêtes mais aussi de marchandise humaine, les esclaves. Et même quand j’ai su qu’ils avaient pris des captifs irlandais je me suis imaginé qu’ils ne pouvaient les revendre que sur les marchés méditerranéens. Mais en faisant des recherches je m’aperçois que les Morisques en question faisaient partie de la République de Salé, dite aussi république de Bou Grere, sur la rive droite de Rabat, au Maroc d’aujourd’hui. Ces Morisques qui étaient demeurés en Espagne dans l’Estrémadure dans la ville de Hornachos, malgré les persécutions de l’Inquisition espagnole, ont dû partir entre 1619 et 1620 suite au décret de bannissement de Philippe III qui expulse près de 500000 Morisques d’Espagne. Les Hornacheiros qui avaient déjà une organisation propre en Espagne se retrouvent aux cotés des Andalous, les autres Morisques d’autres origines, au Maroc, mais aussi en Tunisie, en Algérie, etc.
C’est à partir de la République de Salé, que les pirates de tout bord, renégats européens, captifs ayant pris la religion musulmane, et autres s’unissent pour pratiquer la course contre l’Espagne d’abord (qui les a expulsés) puis contre l’Angleterre et le Portugal et ensuite contre tout le monde.
Au même moment en Angleterre une politique de bannissement de prisonniers irlandais par la couronne anglaise a lieu. On assiste alors à des colonies de peuplement au Guyana (1612) mais aussi par la suite à la Barbade, à Antigua (1625) , à Nevis, à St Kitts, à Saint Barthélémy tandis que l’Irlande est colonisée par les Anglais systématiquement sous Elisabeth 1, James 2, et Charles 1 puis par Cromwell. L’Irlande est décimée. Travailleurs engagés sur contrat ou esclaves blancs ? Les mots importent. Ce qui est sûr c’est que des milliers d’hommes et de femmes irlandais ont été vendus à des propriétaires de plantation comme « indentured servants » avec un contrat de 7 ans au bout desquels ils pourraient s’établir à leur compte. On ne peut donc ignorer le sac de Baltimore en 1631 où est fort possible une collusion d’intérêts entre l’Angleterre et les pirates Barbaresques.
Quand je suis arrivé Baltimore on m’a dit que je pouvais ẽtre un descendant de ces « esclaves irlandais ». Cela m’a fait sourire quoi que je me sois toujours interrogé sur le prénom du fils de Magdeleine Baltimore, Monrose, dit Petit Frère. kkkk
Il y a de nombreux Baltimore à Antigua que j’ai pu identifier depuis quelques années. Je sais que Magdeleine Baltimore, notre ancêtre à tous les Baltimor et Baltimore de la Guadeloupe est née aux environs de 1782 à Bouillante, cela ne fait aucun doute. Elle est décédée le 10 novembre 1855 à Saint-Claude sur l’habitation Ducharmoy. Ce que j’ignore c’est si son fils Monrose dit Petit Frère, propriétaire cultivateur, né à Bouillante en 1812-1813 et décédé à Bouillante le 25 juillet 1860 (acte de décès 17), quartier Village, hameau Thomas à l’âge de 47 ans, est le fruit d’une liaison avec un Baltimore et de quelle origine était ce Baltimore. La réponse est sans doute à chercher du côté des îles anglaises, Barbade ou Antigua ou Montserrat. Sur l’acte de décès de Monrose on peut lire ‘fils naturel reconnu de demoiselle Magdeleine Baltimore. ‘
Sur son acte de mariage (acte de mariage nº 10 du 9 avril 1850) avec Jeannille Bandini il est écrit « cultivateur, fils naturel de père décédé et de citoyenne Magdeleine Baltimore, cultivatrice, habitant à Bouillante. » Leurs deux enfants sont légitimés par le mariage : Saint-Prix Bandini (registre des nouveaux libres de Bouillante Nº 211) âgé de 11 ans et Etienne Bandini (registre des nouveaux libres de Bouillante Nº 212) âgé de 9 ans
Je garde aussi la possible filière barbaresque (moresque) et je recherche aussi désormais les incursions des Barbaresques aux Antilles.
Par ailleurs le boudin antillais a le goût et ressemble comme deux gouttes de rhum au black pudding irlandais. A méditer. L’enquête suit son cours. Si quelqu’un d’entre vous peut compléter les recherches à la mairie de Bouillante ou aux archives de la Guadeloupe sur ce Monrose et son père, je suis preneur d’informations.
 En savoir plus : lire le très bon ouvrage de Leila Maziane  aux Presses Universitaires de Caen : Salé et ses corsaires 1666-1727 – Un port de course  marocain au XVIIe siècle

Roger Coindreau (1948) Les corsaires de Salé