Un cheval dans la chapelle

Le 1er mai c’est l’anniversaire de mon père. il est parti tranquillement sur son sulky cela fait déjà 17 ans presque et une fois dans le mois  de mai je mise une petite somme en sa mémoire (enfin quand j’y pense et que je suis gras). Les numéros sont invariables : 1 – 5 – 19 -2 – 3 s’il y a 19 chevaux ou plus ou 11 – 15 – 9 – 12 –  13 s’il y en a moins de 19. Demain 5 mai il y aura 15 partants donc mon jeu sera 11 – 15- 9 – 12 – 13. C’est ma martingale à 2€, (enfin je pense si les prix du PMU n’ont pas changé car je ne joue qu’une fois par an) c’est mon bouquet de fleurs pour honorer sa mémoire. Et puis j’en profite pour appâter le poisson avec des petits crabes et qui sait décrocher le Graal ! je fais deux jeux avec 3 bases et 2 côtes spéculatives qui sont toujours le 1 et le 5. Mes quatre bases représentées par les deux premiers du  pronostic du Parisien plus les deux premiers de Paris Turf . Demain 5 mai à Vincennes à l’occasion du Critérium des 4 ans , une course attelé sur 2850 mètres qui servira de support pour le quinté ça donnerait selon le Parisien 15 – 12 – 7 -10 – 6 – 4 -8 -1. Selon Paris Turf : le 12 – 15 – 10 – 7 – 6 – 11 – 9 – 4 . Je fais mon petit panaché et donc cela donne comme deux premières bases

15 Erminig d’Oliverie  drivé par Franck  Nivard et entraîné par Franck Leblanc (car le pronostic du Parisien est toujours prioritaire)

12 Express Jet entraîné et drivé par Pierre Vercruysse et élevé par Jean-Etienne Dubois

Ensuite je prends les dernières côtes spéculatives comme ici l’as et le 4 ce qui donne:

1 Esperanzo drivé par M Mottier et entraîné par Dominique Mottier

4 Etonnant drivé et entraîné par Richard Westerink

Puis j’attends RTL que mon père écoutait pour avoir le dernier numéro. Le premier e la liste de RTL qui n’apparaît pas sur ma liste en fait automatiquement partie et entre en cinquième position.

 

Puis je prends un jeu de tarot au premières lueurs du jour. Je sélectionne les cartes numérotées de 1 à 15 plus l’excuse. Et je sélectionne 5 cartes. Si parmi ces cinq cartes sort l’excuse je ne joue pas. Et j’annule tous mes jeux. Si l’excuse ne sort pas les cinq cartes tirées au hasard constitueront mon jeu.

Hé hé les chats ne font pas rats ! Mon père était joueur. Non pas joueur de foot car étonnamment pour un Antillais je ne l’ai vu jamais regarder un match de foot à la télé. Il aimait le vélo soit mais on ne joue pas au vélo. Il aimait bien taper sa petite belote mais son jeu préféré c’était les chevaux. Sur la fin de  sa vie grand-père il aimait certes jouer aux petits chevaux mais l’objet de sa passion c’était sans contestation possible les équidés en chair et en os, pas les chevaux de labour ni de trait mais les poulains, les pouliches, les mâles, les femelles, les hongres, les juments (toutes sortes d ‘étalons et de pur-sang qu’il nourrissait de son herbe grasse fraîchement coupée, généreuse et fidèle). Les chevaux de course, les vainqueurs de prix convoités comme le Grand Prix du Président de la République, Grand Steeple Chase de Paris, le prix de Cornulier,  le prix de Diane, Arc de Triomphe, Elitloppet, Prix du Luxembourg, Prix d’Amérique, Breeders’ Cup, King George, Prix de Paris,  Prix de l’Etoile, Championnat u Monde, Critérium des 3 ans, des 4 ans, des 5 ans! J’ai été bercé par les Roquepine, les Une de Mai (un cheval qu’il vénérait étant né lui même le premier mai), les Abo Volo, les Oscar RL, les Fakir du Vivier, les Idéal du Gazeau, les Général du Pommeau, les Fandango, les Tidalium Pélo, les Quério II, les Ourasi. Les Jean René Gougeon, Georges Dreux et Henri Levesque, les Olivier Peslier, les  Lester Piggott, les Roger Baudron, les Pat Edery, les Gérard Masclé, les Pierre Désiré Allaire, les Léopold Verroken, les Gordon Richards, les Viel. Ils faisaient partie de la grande famille hippique du trot, du plat, des haies, des obstacles, du monté, de l’attelé, du steeple-chase. Je ne savais plus qui était entraîneur, propriétaire, éleveur, jockey, commentateur, terrain d’entrainement, écurie . On recevait ainsi à la maison pèle mêle l’Aga Khan, Léon Zitrone, Guy Lux, Simone Garnier, Grosbois, Edmond de Rothschild. Sa journée était rythmée par les canassons.

Grace à eux je pouvais faire un tour de France virtuel des hippodromes, Cagnes-sur-Mer, Lyon-Parilly, Lyon-La Soie, Agen le Passage, Croisé Laroche, Pornichet, Saint-Malo, Mauquenchy, Compiègne, Laval, Vincennes, Maisons-Laffitte, Divonne-les-Bains, Reims, Châtelaillon-La Rochelle,  Bordeaux-Le Bouscat, Marseille-Borély, Vire, Strasbourg, La Capelle, je connaissais tous les gazons, toutes les pistes de France mais celles de l’étranger Epson, Newmarket, Dresden, Montegiorgio. Il ne perdait pas un Derby. Il  étudiait les chevaux comme d’autres étudient l’astronomie. La veille d’une course hippique il achetait son journal. Longtemps ce fut l’Aurore ou le Figaro qu’il ramenait de son boulot. Puis il posa son dévolu sur le Parisien qui offrait de bonnes pages sur le tiercé. Il analysait les côtes probables, jaugeait les performances antérieures, les chronos, les classements, la hauteur des gains, comparait les pedigrees, scrutait les origines (nom du père, nom de la mère, nom du père de la mère), notait les oeillères et si le cheval serait ferré ou déferré, l’état du terrain, boueux, vérifiait le nombre des partants, le numéro à la corde, la distance, la météo, le jockey, l’entraîneur, le nombre de partants et jusqu’à la couleur de la robe (bai, alezan, bai clair),  les casaques, le poids, le handicap, toute l’après midi puis écoutait la radio pour entendre les derniers pronostics avant de faire son jeu. Il jouait du lundi au dimanche. Le dimanche, jour de grand-messe, il n’y avait qu’une chapelle: le Pmu, qu’un Saint à qui se vouer Yves Saint-Martin, son saint patron aux 15 cravaches d’or et aux 3275 gagnants, sa coqueluche. Il égrenait les noms des pouliches, des entraîneurs, des drivers, des jockeys avec une familiarité surprenante pour quelqu’un que je n’ai jamais vu monter à cheval. Il chevauchait sa bicyclette ça oui qui l’emmenait vers sa chapelle votive tous les dimanches vers 10 h30 11h. Après un apéro rituel, toujours un Sylvaner, il se plongeait dans les feuilles encore chaudes du Paris Turf pour avoir les derniers tuyaux.  Il avait toujours sur lui des tickets qu’ il cochait à la maison mais il lui fallait toujours rectifier au dernier moment en fonction des rencontres qu’il faisait dans le bar.

Il jouait toujours sa date de naissance ainsi que la date de naissance des enfants en fonction de son inspiration. Comme un pêcheur a plaisir à taquiner le goujon il avait plaisir à taquiner la chance. J’ai appris avec lui tous les rudiments du bon joueur de tiercé puis de quarté puis de quinté. Il fallait chercher le tocard. Le tocard c’est celui qui peut ramener gros et qui revient du diable vauvert pour rafler la mise ou finir sur le podium alors qu’il est délaissé par les parieurs. Il jouait au trot monté, au trot attelé, au galop sur plat, aux  haies, au steeple-chase. Il allait pour les grandes occasions à Vincennes à Longchamp, à Enghien, à Auteuil,  à Saint-Cloud se plonger dans les grands messes hippiques. Le grand prix du Président de la République, le Grand Steeple-Chase du Printemps, le Grand Prix de Diane à Chantilly. S’il avait pu il serait allé jusqu’à Deauville pour supporter son favori. Quand un de ces chevaux gagnait à 20 contre un il exultait. Il gagnait, il perdait. Il jouait gros très certainement, misait sur le champ d’un cheval, le couplé, le trio, enfin toutes les compositions possibles et imaginaires que proposait le PMU, sans oublier bien évidemment de gratter un loto. Mais jamais de loto sportif !  Parfois quand il était gras c’ est à dire quand il avait gagné il ramenait force victuailles s’achetait un nouvelle gabardine ou un nouveau costume car monsieur était coquet. Parfois quand les affaires étaient au contraire maigres on dînait autour d’un bol de chocolat et de pain. C’était le côté sombre de l’histoire. Pour pouvoir assouvir sa passion et nourrir ses 9 enfants ça ne devait pas être facile. Aussi faisait-il beaucoup de petits jobs le week end pour pouvoir assumer son vice. Il posait des moquettes, faisait la peinture, tapissait les murs et faisait des extras à la Poste. Il empruntait aussi sur gages au Crédit Municipal de Paris et ainsi on voyait disparaître puis revenir parfois la chaîne hi-fi ou la télé pour amadouer la tante. Les bijoux en or y passaient aussi très certainement. Pour le plus grand plaisir de Une de Mai et ses consoeurs. et confrères destriers.

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Une de Mai (1964-1978) est partie bien avant mon père il ya de cela 40 ans. Gageons que s’il était encore parmi nous mon père aurait très certainement misé une petite pièce sur le destin d’une jument comme la dénommée Baltimore, une femelle née en 2011 couleur de robe bai, fille de Ready Cash et Napoule, élevée par SNC Levesque et propriété des mêmes.  qualifiée le 25 juin 2014, jour anniversaire de ma mère, à Caen, dans une course d’attelé qu’il courut en 1’18″0

Ready Cash, né en 2005, 40 victoires pour un gain de 4 282 300 €,  fils de Indy de Vive  (né en 1996, fils de Viking’s Way et Tekiflore) et Kidea (née en 1998, fille de Extreme Dream et Doceanide du Lilas)

Napoule, née en 2001, 8 victoires pour des gains amassés de 265 260€,  fille de And Arifant (né en 1988, fils de Sharif di Iesolo et Infante d’Aunou) et Bayonne, (née en 1989 fille de Jiosco et Persepolis), de

Sa musique (15) Da Da 2a 1a 2a Da Da 3a Da Da 6a

Ses gains à ce jour sont maigres 21710€ et seulement 2 victoires.

Mais il aurait certainement aussi parié sur les 13 autres chevaux d’actualité qui portaient son nom car il ne négligeait rien. Par superstition chaque fois qu’un Baltimore se présentait au départ il lui rendait hommage. Il aurait le choix aujourd’hui entre 4 français [Baltimore (F7), Baltimore Bellevue (F7), Baltimore Lass (F) et Lord Baltimore (H11)], 1  australien [Baltimore Boy (H13)], 2 Irlandais [Baltimore Buzz (H9), Baltimore Rock (H9)], 3 américains [Baltimore Belle (F11), Baltimore Clipper (M11), Baltimore Bob ( M13)], 1 finlandais [Baltimore Hawk (M10)], 2 allemands [(Baltimore As (M11), Baltimore Bullit (H10)], 1 danois [Baltimore As (M11)]. Il aurait pu pousser l’audace jusqu’à miser une botte de foin ou une carotte   sur Baltimora Or (F) voire Baltimoar (H10).

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