I will, no matter what, I will be me

 

 

Vous ne me croirez pa et je ne me crois pas moi-même. J’ai regardé le mariage princier. Meghan and Harry, Harry and Meghan. La métisse et le roux, le roux et la métisse ! Une petite parenthèse avant que je ne poursuive :

Quelque chose m’intrigue quand on parle de Meghan on dit qu’elle est métisse. Quand on parle d’Obama on dit qu’il est noir. Pourtant tous les deux sont métis : père noir et mère blanche pour Barack, père blanc et mère noire pour Meghan. Je ne trancherai pas car nul ne peut trancher ce noeud gordien. Je note simplement qu’elle même se taxe de « caméléon ethnique« . Aux Etats-Unis métis ne se dit plus. On se dit comme Meghan mixed race, ou biracial et dans son cas propre de « Caucasian and Afro-American »

Mais fermons cette parenthèse. Comment expliquer cet engouement mien ! D’abord je suis de formation angliciste, cela peut se comprendre. Mais passer presque 3 heures à regarder ce défilé de stars et de princes, de queues de pie et de cravates, moi même je m’en suis étonné. Regarder Leurs Altesses Royales le  Duc et la Duchesse de Sussex défiler sur leur Ascot Landau à chevaux, surprenant, venant de moi ! J’avais en 1981 regardé le mariage de Diana and Charles, et il y a 6 ans celui de William and Kate. J’avais alors pour Diana l’excuse de travailler pour Pergamon Press France, une entreprise anglaise. Pour William et Kate j’avais mis cela sur le compte du désoeuvrement. Mais cette fois-ci ce mariage avait une saveur particulière. Une métisse, une sang-mêlé entrait dans la famille royale britannique. Une descendante d’esclaves très probablement comme moi même. En plus le prince s’appelait Harry. Et c’est ainsi que l’on m’appelait quand j’étais petit. Tout s’explique, non ?!

Et comble e tout cela, j’ai même versé une petite larme en voyant la mère de Meghan, Doria Loyce Ragland seule dans cette chapelle Saint-Georges, en robe de soie cady écarlate de Stella Mc Cartney avec ses cheveux tressés. Pas un frère, pas une soeur, pas un neveu, pas un cousin, pas un oncle, pas une tante. Certes  ses parents sont décédés. Mais tout de même, pas un homme de la famille pour mener sa fille à l’hôtel ! Cette assistante sociale américaine et en même temps prof de yoga et ex-maquilleuse m’a touché. Alors que le prince Harry était accompagné de tous ses proches, (y compris son ex-flamme Cressida Bonas) pour ce moment solennel, Meghan, née le 4 août 1981, n’avait que sa mère. Son père, le photographe Thomas Wayne Markle était resté cloué aux Etats-Unis suite à une opération cardiaque, nous dit-on. Le prince Charles a accompagné sa belle-fille à l’hôtel. Très bien. Mais je me pose la question : il n’y avait personne dans la galaxie recomposée du père ou de la mère de Meghan pour tenir ce rôle ? Même un ami de longue date ? Personne de la black excellence pour tenir ce rôle!? Pas même un collègue de la série Suits qui l’a rendue célèbre sous le nom de Rachel Zane ? Tenez pourquoi pas  Patrick J. Adams qui y joue le rôle de Mike,  avec qui elle forme un couple hot ? Très bien on comprend que ce rôle ne peut être dévolu à son beau-frère, Thomas Jr, fils d’un précédent mariage  de son père avec Roslyn Lovegood avec qui elle n’est pas dans les meilleurs rapports.  Certes je comprends encore que ne soit pas convié l’ex mari de Meghan, Trevor Engelson et ce serait beaucoup d’outrecuidance que de lui demander de jouer ce rôle. Mais tout de même ! Elle aurait pu encore faire jouer ce rôle à son dernier boyfriend, le chef Cory Vitiello. Voire par un ami tel que Markus Anderson. Par un neveu, un cousin, que sais-je?!

Pour la demoiselle d’honneur, là aussi personne. Alors que Harry le Roux entrait dans l’église flanqué de son frère comme best man, témoin, la future duchesse gravit  seule les marches et la chapelle. Rachel Meghan aurait bien pu appeler une de ses « Suits sisters », Sarah Rafferty ou Gina Torres (Donna et Jessica dans la série). Oui elle aurait pu mais ne l’a pas fait.

Certes, pour compenser ces absences flagrantes de la famille américaine il y avait du beau monde pour représenter chacun à sa façon l’Afro-Amérique  : Oprah Winfrey, l’animatrice, Serena Williams, la tenniswoman, Michael Bruce Curry, le prédicateur de l’église épiscopalienne américaine qui délivra son homélie sur l’amour et le feu et qui évoqua Martin Luther King et l’esclavage dans son long sermon, Gina Torres, actrice comme elle sur Suits.

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Il y avait l’Afro-Royaume-Uni avec Karen Gibson et le Kingdom Choir  pour chanter Stand by me de Ben E King ! Il y avait ce jeune violoncelliste Sheku Kanneh-Mason qui jouait en solo du Gabriel Fauré (Après un Rêve), du Franz Schubert (Ave Maria) et du Maria Theresia von Paradis (Sicilienne). A la fin j’ai entendu Amen chanté en gospel. James Bond, sujet de Sa Gracieuse Majesté était même là. Eh oui un James Bond noir, le premier de l’histoire, en chair et en os, j’ai nommé l’acteur Idriss Elba. Accompagné comme il se doit par sa James Bond’s girl, Sabrina Dhowre.

Le prince Bereng Seeiso du Lesotho, cofondateur de Sentebale, l’ONG d’Harry au Lesotho et au Botswana, avait été convié pour représenter l’Afro-Commonwealth!

Nous étions à Windsor, à deux pas d’Ascott et de Eton et le soleil s’était mis à l’unisson dans la triste Albion post-Brexit pour égayer de ses rayons la cérémonie. Le soleil s’était lui aussi revêtu de Givenchy Haute Couture. Certes le soleil de Californie, le soleil qui brille à Crenshaw, Los Angeles est le même ! Mais la reine du haut de ses 92 ans brillait encore plus fort que l’astre fondamental quand l’assemblée de fidèles qui comptait dans sa galaxie, outre les vedettes du sport et de l’écran, toute l’upper class britannique lui chanta God Save the Queen !

Les deux tourtereaux se sont rencontrés il y a à peine deux ans. Le mariage a été rapide. L’avenir dira si l’amour entre l’altesse et la roturière californienne tiendra. I make this vow !

Moi ce qui m’intéresse c’est la mère de l’élue. Elle est née le 15 septembre 1956. Elle ressemble comme deux gouttes d’eau à l’épouse de mon feu cousin Samuel.  C’est sa solitude, ses cheveux tressés sous son chapeau qui m’ont touché. Je l’ai sentie forte et fragile en même temps. Rarement un sourire. Comme gênée d’être là ! Out of place ! Même pendant l’homélie du bishop américain qui aurait pu la faire sourire. La plupart du temps les yeux baissés, humble. Comme plongée dans ses pensées. Meghan souriait elle, tout le temps. Et sa meilleur amie, sa mère, à la limite des larmes. Je regardais le visage de Charles, impassible. Maquilleuse, assistante sociale, prof de yoga et désormais mère de duchesse anglaise. Quel destin pour une petite afro-américaine californienne que rien probablement ne prédestinait à tant !! Elle a dû avoir une pensée pour Jeremiah et Claudia, Steven et Lois Louise, Alvin et Jeannette, ses ancêtres, nés entre Géorgie et Tennessee !

Peut-être venaient-ils du Lesotho comme le prince Seeiso ? Peut être auraient-ils aimé danser un peu ?

Peut-être qu’elle mieux que sa fille pourra appréhender la dimension historique et multiculturelle de l’évènement que consacre cette idylle.

Son histoire pourrait générer un film comme l’histoire de milliers de descendants d’esclaves. Gageons qu’Hollywood ne se fera pas prier pour trouver un scénario haletant qui nous fera frémir de rage et de ravissement. Et le titre serait non pas I will qui célèbre le oui de l’acceptation nuptiale de l’autre. Mais « No mattter what, I will be me », quoi qu’il en soit je serai moi.

On évoquera alors les champs de coton de Géorgie, Jonesboro dans le comté de Clayton,  la Géorgie rurale, puis le départ pour Chattanooga, Tennessee, la ville pour terminer en Californie à Los Angeles, l’abolition de l’esclavage en 1865, les lois Jim Crow, le Klu Klux Klan, Martin Luther King, les civil rights, etc.