Un plus Une égale un bonbon plus une pétale de rose

Je viens de regarder le road movie Un plus Une, un film de Claude Lelouch sorti fin 2015 dont l’action se déroule en Inde avec entre autres dans la distribution Elsa Zylberstein, Jean Dujardin, Christophe Lambert et Alice Pol. Dans le film l’intrigue tourne autour de deux français, Antoine Abeillard, compositeur de films renommé, et Anna Hamon, ex-prof et femme d’ambassadeur, leur rencontre et leur périple en Inde à la découverte de leur soi intime. Le moment central vers lequel tend tout le film c’est le darshan, l’étreinte que leur donne à tous les deux Amma, une sorte de guru indienne, de son vrai nom Mata Amritanandamayi Dévi, originaire du Kerala. Par cette étreinte tous les noeufs sont dénoués, tous les voeux s’exaucent. Amma, née en 1953 et dont le surnom veut dire maman, est un mythe vivant en Inde avec son éternel sari blanc. Cette prêtresse des câlins, cette sainteté selon certains a la réputation d’apaiser voire de soigner par ces étreintes des millions de personnes à travers ce simple geste d’amour et de compassion toute maternelle.

Son ONG Amrita a pu, grâce aux dons et aux bénévoles internationaux, construire hôpitaux, écoles, services sociaux, orphelinats, dispensaires, centres de formation, mettre en place des micro-crédits et des projets écologiques. Amrita est devenue Embracing the World. Amma est devenue même une poupée qui se vend sous trois formats, mini de 6 cm et 80 grammes, petit de 17 cm et 350 grammes et moyen de 23 cm et 1 kilo, valant respectivement 17€, 45€ et €. Un doudou qui apaise ! Toutes ces poupées sont remplies de fleurs du Dévi Bhava. Sur le site ETW France, vitrine d’Embracing the World en France on peut aussi acquérir des poupées d’autres divinités de la cosmogonie hindoue comme Shiva, Krishna, Devi Bhava, Ganesh, Kali.

Je suis comme Antoine, joué par Jean Dujardin dans le film, de nature profondément sceptique. il ne se pose pas trop de question sur la spiritualité, sur le sacré. C’est un profane. Mais quand sa vie est en jeu il fera lui aussi le voyage  dans les bras d’Amma. Et les miracles de la fertilité pour Elsa et de la guérison pour lui se produiront. J’ai aimé dans ce film les questions existentielles qu’il se pose comme des blagues :

Pourquoi parle-t-on toujours de la vitesse de la lumière et pas de la vitesse de l’obscurité ?

Quand un boomerang décide-t-il  de faire demi-tour  et de revenir ?

Je ne me pose pas de questions sur l’origine de l’homme, je n’ai qu’une certitude c’est qu’après la vie il y a la mort. Et que cette mort soit l’occasion d’une éternelle renaissance vers de nouveaux karmas, d’une descente vers l’enfer, d’un stage au Purgatoire,  d’une ascension vers le Paradis  ou d’une fin définitive en poussière m’importe peu.

Je ne nomme pas Dieu l’inexplicable. Je ne crois pas non plus en l’amour inconditionnel paternel, maternel, filial, fraternel ou divin. Qu’il soit lié à Porneia, à Pathos, à Mania Pathé, à Eros, à Philia, à Storgê, à Harmonia, à Charis, à Eunoia,  ou à Agapé. Je ne crois pas plus au mot inconditionnel. Je ne crois pas en l’énergie et en la lumière divine. J’y suis vraiment insensible. Cela ne veut pas dire que je n’ai aucune spiritualité. Je ne dis pas que pour croire en quelque chose ce quelque chose doit être visible pour les yeux. Je respecte toutes les religions, sauf celles qui veulent me catéchiser. Je souhaite rester impie à jamais. Infidèle. Apostat. Sauvage ! Je l’ai déjà dit. Irréductible à la foi. Je sais qu’elle bouleverse et peut déplacer les montagnes. J’ai la foi, certes. J’ai la foi en Moi.  C’est à moi que je porte un Amour Inconditionnel ! C’est à moi que je fredonne les 108 noms de ma divinité. C’est à moi que j’offre solennellement l’étreinte d’un bonbon et d’une pétale de rose. Je crois au soleil, à la lune, aux étoiles, au vent, à la mer, aux lacs, aux rivières, à la nuit, aux rêves, aux visions, aux coincidences, au hasard, au voyage, à l’échange. Je n’ai aucun dogme car ce en quoi je crois aujourd’hui je peux le haïr demain. Et je serai toujours moi. Je laisse toutefois un espace pour le numineux ! qui sait un jour il prendra racine en moi. C’est le pire que je me souhaite.