Parents, alliés et amis

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Du lundi au vendredi  à 5h45 et à 13h45 et sur le site de la radio les funérailles du jour sont diffusées en Guadeloupe sur RCI et publiées  sur Belradio. On retrouve encore à la radio des avis d’obsèques sur  Guadeloupe Première. Ils sont diffusés du lundi au dimanche à 6h40, 13h30 et 19h10.

Le journal France-Antilles propose une rubrique DISPARITION/NECROLOGIE un peu moins étoffée

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Youtube est convoquée aussi et partage  ad nauseam les hommages populaires ou religieux:

  • les funérailles de l’écrivain et homme politique martiniquais Aimé Césaire (20 avril 2008), en Martinque
  • la veillée funèbre de Marcel Lollia dit Vélo, maître du gwoka en juin 1984, en Guadeloupe

 

  • l’enterrement du chanteur de zouk-love Patrick Saint-Eloi en septembre 2010 au Moule (Guadeloupe)
  • les funérailles d’une super mamie, Marie-Ange Frédoc, Rivière-Salée, Martinique, 2015
  • l’enterrement de General Suppa Bouyon

La mort est un fonds de commerce important aux Antilles. Il faut la partager sinon elle ne servirait à rien ! Ensemble, ensemble ! C’est par la radio qu’on apprend généralement la mort d’un proche et cet avis d’obsèques tient lieu de faire-part et convoque soit pour la veillée, la levée du corps ou l’enterrement.

Sur un fond musical religieux, toujours le même, l’animateur radio égrène les décès du jour. Il y a tout un cérémonial dans cette annonce à l’écrit comme à l’oral dont voici le squelette

(veuve) [NOM] [PRENOM] (née) [NOM]

Les Obsèques de Monsieur/Madame (veuve) [NOM] [PRENOM]  (née) NOM , dit(e)/surnommé(e) [Surnom], [Profession]  domiciliée [Adresse]
Décédé(e) à l’age de [chiffre] ans / dans Sa [chiffre] année.
demeurant à [quartier] [ville]
seront célébrées le [jour] [chiffre] [mois] à [heure] en l’église saint [Prénom] de [Ville]/à la salle de recueillement des Pompes Funèbres de [NOM] à [Ville]Levée du corps à la salle/la chambre funéraire [nom] de [Ville], où la/le défunt(e) sera présenté(e) le [jour] [chiffre][mois] à partir de [heure]Voiture(s)/Bateau(x) prévu(e)(s) : à [quartier][Ville] départ [heure]L’incinération/l’inhumation se fera au cimetière/funérarium [NOM] le [date]https://youtu.be/FUDroXw3q20

(Ni fleurs, ni couronnes)

Avis demandé par:

Son époux/Son épouse, son compagnon/sa compagne
Ses enfants [PRENOM], [PRENOM], [PRENOM], [PRENOM], [PRENOM], [PRENOM], [PRENOM], [PRENOM] avec éventuellement le nom du conjoint ou de la conjointe

Ses [chiffre] petits-enfants et ses [chiffre] arrière-petits-enfants
Ses frères et sœurs
Ses neveux et nièces
Ses cousins et cousines
Les familles [NOM], [NOM], [NOM], [NOM], [NOM], [NOM], [NOM], [NOM]
Les autres parents, alliés et amis.

Les Obsèques de Monsieur/Madame (veuve) [NOM] [PRENOM] (née)/(surnommé(e) [NOM]
seront célébrées le [jour] [chiffre][mois] à [heure]

 

A partir de ce moule de départ on peut

indiquer l’époux/l’épouse ou le compagnon./ la compagne survivant(e)

indiquer pour chaque enfants l’époux/l’épouse, ou le conjoint/la conjointe.

indiquer les enfants adoptifs le cas échéant.

indiquer l’ex-époux (épouse)

indiquer les filleuls,

la marraine, le parrain,

l’ami(e) de coeur,

l’endroit où les parents et amis seront reçus après la cérémonie funéraire (espace funéraire, domicile, etc)

tout dépend de la relation tissée par le défunt avec sa famille.

selon la dénomination de la religion du défunt le mot église sera remplacé par autre chose s’il est Adventiste du Septième jour, s’il est Témoin de Jéovah, musulman, hindou, adepte du vaudou, protestant, israélite, boudhiste , athée, etc.

La pratique est si ancrée dans les moeurs de ceux qui se revendiquent antillais que même si la mort est arrivée en métropole ou à l’étranger elle est annoncée via ces mêmes canaux.  C’est un service comme la météo qu’on offre gratuitement aux auditeurs. C’est ainsi que la communauté antillaise s’informe même à distance des funérailles des siens. J’ai ainsi en mémoire le fait qu’en 2015 alors que j’étais en vacances au Brésil j’ai pou voir l’annonce du décès en Martinique de la mère d’une amie très chère et que j’ai pu ainsi lui envoyer un petit mot de réconfort.

Ce qui m’a en revanche toujours troublé c’est la mention enfant adoptif, fils adoptif, fille adoptive. Je pense que quand on a adopté un enfant il a droit au même titre que les autres le titre, c’est un  fils à taux plein. La différence qui est faite au décès du parent adoptant est selon moi un peu insultante. L’enfant adoptif s’il a été vraiment adopté doit être signalé comme enfant (un point final). Les mots ont un sens. Le Brésil donne un nom pour l’enfant que l’époux ou l’épouse a eu auparavant avec un autre personne cela s’appelle en portugais l’enteado/a. En français on dit beau-fils ou belle-fille mais ce même nom est attribué au mari ou à l’épouse de la fille ou du fils (appelé aussi gendre ou bru). Je fais moi même malheureusement cette distinction les enfants de mon sang et les autres. Il m’est arrivé d’élever au Brésil l’enfant d’une de mes compagnes entre 13 et 19 ans. Son père était vivant et l’est encore et je lui ai toujours dit que mon seul désir c’était être son ami. Mais en réalité je l’ai éduqué comme si c’était mon fils. Et il m’en remercie encore jusqu’à aujourd’hui. Certes il n’apparaît pas dans ma généalogie. Entre temps il a eu trois enfants qui m’appelaient vovô (grand-père) quand ils étaient petits et que je traitais comme mes petits-enfants. Or je dis tout le temps que je n’ai aucun petit-enfant. Car considérer comme n’est pas pour moi identique à être. J’aimerais pouvoir être différent. Je les aime comme des amis, comme des enfants à qui j’ai enseigné à l’école que j’aimerais pouvoir aider un jour mais je ne ressens pas ce lien du sang. Je sais que les liens du sang sont souvent illusoires et que celui qui est dit votre fils ou votre fille peut tout à fait être le fils d’un autre mais il faut bien croire en quelque chose. Au-delà des liens du sang il y a ceux de l’esprit et l’idéal c’est que sang et esprit cohabitent. Les liens de l’esprit sont inaltérables, le sang lui s’altère au contact d’autres sangs, d’autres humeurs, il peut devenir bileux, venimeux, il peut s’échauffer, se refroidir, exploser et répandre sa lave qui parfois prend la texture de bave incandescente.

J’ai appris avec l’âge à me méfier du sang et à entretenir l’esprit. Cela ne m’empêche pas d’aimer le sang sous d’autres formes et plus particulièrement cuit sous la forme de boudin !

On considère ici que quand on meurt c’est comme si  on était parti faire ses affaires ailleurs. Ce n’est donc pas une disparition définitive, on va revenir. On dit:

i pati fè zafè-ay

Moi je ne crois pas à un au-delà joyeux de miel et de lait, ni à un autre délabré de flammes et de souffrances. Les flammes, les souffrances, le miel, le lait c’est ici sur terre, ici et maintenant qu’il faut en profiter. C’est maintenant que fais mes affaires, bonnes ou mauvaises, à tort ou à raison ! Pourquoi remettre à plus tard ce que je peux réaliser aujourd’hui ? L’enfer ce n’est pas les autres comme l’a formulé Sartre, l’enfer c’est moi mais le paradis aussi. Ainsi chaque jour je fais avec honneur et respect  d’interminables aller-retours sur les chapeaux de roue entre enfer, purgatoire et paradis. C’est une vraie purge paradisiaque et infernale sur fond de semen-contra, d’huile de ricin et cure de mangue et de pastèque mémoriels! Et je chante, danse, saute-et-mate avec la bannélo pendant que le ka me fait trembler dans mes entrailles do, do, la, si do en priant chaque jour le soleil que la bougie ne soit pas mon repas du jour. Ne me dites pas RIP  ! Faites plutôt TCHIPP ! Et secouez le corps de la mort avec Eugène Mona !

 

YÉ KRIK !

YÉ KRAK !

YÉ MISTIKRIK !

YÉ MISTRAK !

Ébé sa, sé Imn nasyonal de la mort.

Man pa sav si lé mow ni le souveniw yo za pasé par le chemin de la vie,

Mé mwen épi’w, sav ké nou ké pasé par le chemin de la mort !

Ti chimen-an yo kriyé lanmô-a, pitit, piti, piti, nou tout’la kay pasé,

Piti, piti, piti, nou kay pasé kan menm,

Pasé nou ka pasé, pasé anlè tè-a.

Yo chanjé non’y pou bay non volè !

Poutchi ou kriyé’y volè, sa i za volè ki taw ?

Poutchi ou kriyé’y volè ?

Bondié pa léw lè ou mô !

Pasé nou ka pasé, pasé anlè tè-a !

Mi an ti fraz ki ké fè’w médité,

Sé pa ansèl sézon bèf-la bizwen latché’y !

Mouch-la ka pitché fô é i pa ni sézon !

Avan lè-a rivé an nou dansé bèlè !

Aye, Woh…!

Angoulous pitché an mô, angoulous pitché an ba,

Nou mandé’y …,

Nou sé dé kadav doubout ! (Bis)

Woy-Woy ! (X6)

Angoulous la pou pitché’w,

Angoulous pa lé lanjan’w,

Pa fè ganm anlè tè-a,

Nou sé dé kadav doubout, (Bis)

Woy-Woy (X6)

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Et bien ça, c’est l’hymne national de la mort.

Je ne sais pa si les morts ont le souvenir d’être passés par le chemin de la vie,

Mais vous et moi savons que nous devrons passer par le chemin de la mort.

Ce petit chemin qu’on nomme la mort.

Petit à petit nous y passerons tous

Nous devons y passer.

Nous ne faisons que passer, passer sur cette terre.

Ils ont détourné son nom pour l’appeler voleur,

Pourquoi l’appelles-tu ainsi ? 

Qu’a t-il déjà volé qui t’appartienne ?

Pourquoi l’appelles-tu voleur ?

Dieu ne veut pas de toi, mort

Nous ne faisons que passer,

Passer sur cette terre.

Voilà une petite phrase pour te faire méditer,

Ce n’est pas ponctuellement que le boeuf a besoin de sa queue,

La mouche pique fort et à tout moment.

Dansons le bél’air avant que l’heure arrive.

Aïe ! Who !

Le destin a frappé un mort, il frappe à tout moment,

Nous sommes des zombies. (Bis)

Woï ! Woï ! (X6)

Les destin est là pour frapper,

Il ne veut pas de ton argent.

Ne sois pas prétentieux sur cette terre,

Nous sommes des zombies (Bis).

Woï ! Woï ! (X6)