Electre, Oedipe et histoires de fesses complexes

Peau d’Ane (1694) de  Charles Perrault est l’histoire d’un inceste qui par miracle ou magie ne se réalise pas et qui donc reste dans le domaine du virtuel. Jacques Demy en a fait un film éponyme en 1970 avec Catherine Deneuve et Jean-Marais dans les rôles phares du père et de sa fille. Un roi heureux jure à sa femme sur le lit de mort de celle-ci qu’il n’épousera jamais une femme qui ne soit moins belle et moins sage qu’elle.

Or il a une fille et s’aperçoit bien trop tard que c’est sa fille qui est la plus belle du monde. On fait venir des dulcinées des royaumes avoisinants et aucune n’arrive aux pieds de la gente demoiselle. Le roi se résigne, sans trop se forcer tout de même, donc à épouser sa fille car il faut, c’est la raison d’état qui l’exige, donner un héritier au royaume. Une fille ne peut siéger sur le trône en ces temps reculés.. Le roi songe même à se laisser mourir de tristesse.

 

Sa fille par contre sur les conseils de sa marraine, une fée, recule l’échéance tant qu’elle le peut. Elle aime bien son père comme on aime le sel qui donne du goût à la cuisine mais de là à l’hymen insensé , à cet amour contre-nature, il y a tout un monde qu’elle ne souhaite pas franchir. Elle hésite ! Amour filial et amour se confondent en elle. Heureusement que sa marraine la fée est là pour la piloter car sinon nul ne répondrait de rien ! On dira pour la moralité soit sauve que ce père a perdu les pédales, après une longue dépression et qu’il ne sait plus la différence entre rêve te réalité, entre bien et mal. On est en plein conte fantastique ! Pour ne pas déplaire au roi son père qui la poursuit sans relâche de ses assiduités  la princesse accepte le mariage à condition qu’il lui offre comme dot des choses impossibles comme une robe de mariée couleur de temps, une autre couleur de clair de lune, une troisième couleur de soleil. Finalement à bout d’arguments en désespoir de cause elle lui réclame  la peau d’un âne aurifère qui était la source de sa richesse. Elle part et s’en va du chateau avec ses robes et une cassette, boite à bijoux magique, et une baguette magique offertes par la fée. Elle devient alors Peau d’Ane, la souillon, la moins que rien..

Le mythe d’Electre comme celui d’Oedipe a été créé à partir de ce tabou récurrent dans de nombreuses sociétés humaines mais pas toutes. il n’y a pas de tabou universel d’ailleurs.  Les jeunes filles n’épousent pas leur papa, et les jeunes hommes n’épousent pas leur maman. Epouser son père ou sa mère  c’est  rompre ce tabou c’est faire une grave entorse à la morale. C’est un péché, une monstruosité ! Autour de ce tabou structurant pour de nombreuses sociétés humaines il y a aussi l’interdiction formelle du parricide, du matricide, du fratricide, de l’enfanticide.. Mais qu’on le veuille ou non l’inceste existe. J’en veux pour preuve la dispense papale (le pape  Clément était son beau frère cela facilite, on se rend de menus services entre beaux-frères) que le roi Antoine de Constantinople obtint pour pouvoir épouser sa fille la Belle Hélène de Constantinople , mère des oeuvres du roi Henri d’Angletterre de saint Martin de Tours et de saint Brice son frère, qui eut l’honneur d’une chanson de geste au XVeme siècle.  Celle-ci n’eut d’autre choix pour éviter le péché que prendre la poudre d’escampette par le premier bateau nuitamment et de se réfugier à la cour d’Angleterre. Elle mit 32 ans avant de revoir son père et plus de 30 ans ses deux enfants dans un périple qui la mena à Tours, à Nantes, à Gratz, à Rome. Pour des raisons que j’ignore des hommes et des femmes , voire des personnes de même sexe et de même famille, s’unissent pour célébrer les joies et les incertitudes du sexe et de l’amour. Si ce sont des personnes majeures je n’ai rien à y redire. Je ne porte de jugement moral sur aucun de ces hymens soi-disant contre-nature. a chacun sa foi ! A chacun sa morale ! Partout il y a des Electre, des Agamemnon, des Oreste, des Clytemnestre et des Eghiste. Le thème est si prégnant que depuis l’Antiquité il a été abordé par les auteurs grecs comme Homère, Eschylle, Sophocle et Euripide. Plus près de nous par Giraudoux, Cocteau, Gide, Sartre. Le cinéma n’est pas en reste avec l’Electre (1962) de Michael Cacoyannis avec une bande originale de Mikis Theodorakis et un casting comprenant Irène Papas, Yannis Fertis, Aleka Katseli, Fivo Razis.

et Pour Electre (1974) du hongrois Myklos Jancso.

Richard Strauss lui a même consacré un opus Elektra

Et même un opéra rock hongrois lui est dédié en 1995 Szerelmem Elektra avec Papadimitriu Athina, Varga Miklos, Makrai Pal, Szulak Andrea, Hegyi Barbara, Lukacshazi Gyozo.

L’inceste en France n’est reconnu que sur des enfants mineurs. Le mariage incestueux est interdit mais nul n’interdit à un couple incestueux de vivre ensemble, de copuler et d’avoir des enfants. Je crois qu’avec le temps cette ultime digue sexuelle sautera. Ce sont les religions qui ont imposé ce tabou. Avec le recul de ces religions l’homme est livré à lui-même et vit ses transgressions selon son bon vouloir. Les forces obscures qui nous hantent et qui peuvent prendre l’apparence de bonnes fées ou de vieux démons ou de lutins et farfadets sont des forces puissantes qui nous poussent à agir !

Il n’est pas dans mon propos ici de faire l’apologie de l’inceste mais de relativiser son importance entre personnes majeures. Tout en se souvenant que la majorité n’est pas la même d’une société à une autre. J’ai déjà par ailleurs évoqué cette majorité affective et sexuelle il y a quelques temps. Aux Etats-Unis dans l’Etat de New Jersey le mariage entre incestueux est autorisé. En faisant mes recherches de généalogie je vois que des dispenses en raison de liens de consanguinité sont  florès et sont très souvent accordées par le gouverneur à l’élite des colons qui fonctionnait un peu comme une caste. sur ees îles comme les Saintes et Désirade la consanguinité est effarante par exemple. Donc on pouvait se marier allègrement entre cousins proches ou éloignés, tante et neveux, nièces et oncles, etc. Il ne manque pas d’exemples dans ma propre famille en Martinique comme en Guadeloupe au cours des siècles de mariage ou d’union d’un homme successivement avec deux soeurs. De liaisons entre cousins. et même entre grand-mère et petit-fils. On chuchote même dans les chaumières des liaisons entre frère et soeur… Shame and scandal in the family ! Ainsi va le monde de l’entre-soi, ainsi va le monde ! Depuis 1791 l’inceste n’est plus réprimé en France  par la peine de mort. Il y a encore de nos jours des pays qui sanctionnent l’adultère. Il fut un temps où un enfant adultérin ou incestueux était promis à l’enfer et à la damnation. Petit à petit les barrières tombent ! Il y a encore des résistances. Par exemple en France on peut avoir une procréation issue de sa parentèle mais l’enfant ne peut être reconnu que par l’un des deux membres du couple. Et si le mariage entre incestueux est encore interdit l’union civile elle ne l’est pas.

Le film Cousin Cousine  (1975) de Jean-Charles Tacchella avec Victor Lanoux et Marie Christine Barrault illustre bien les attirances pastorales qui existent entre cousins.

 

Charles Perrauilt n’a rien inventé. bien avant lui des contes parlant de peau d’âne ou d’autres animaux, ou tout simplement d’inceste circulaient à travers la planète. Après lui les frères Grimm ont publié leur version de Peau d’Ane qui s’appelle Toutes-Fourrures ou Peau-de-Mille-Bêtes. De cette lecture est né le film Allerleirauh de Christian Theede sorti en 2012 avec une distribution  composée de Henriette Confurius (Princesse Lotte), André Kaczmarczyk (le roi Jakob), Fritz Karl (le cuisinier Mathis), Adrian Topie (Rasmus), Nina Gummich (la princesse Friederieke), Gabriella Maria Schmeide (la cuisinière Birthe), Ulrich Noethen (le roi TobaldDans cette version avant de s’enfuir la princesse Lotte met ses trois robes dans une coquille de noix magique et part pour s’échapper du roi Tobald.