una de esas noches sin final

una de essas noches sin sinal, Inma cuesta , Javier Limon est la chanson phare du film Todos lo saben avec Penelope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin. C’est un film d’Asghar Farhadi avec une bande originale de Javier Limon.

Je dédie cette chanson à tous mes beaux-parents. Vivants, inconnus, décédés ou à venir. J’en ai eu huit jusqu’à présent. Cinq sont décédés sur huit.

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Je n’ai pas été à l’enterrement du premier décédé à Bilthoven en Hollande en 1991 à l’âge de 78 ans. Je n’ai ni téléphoné à la famille ni présenté mes condoléances. D’ailleurs je ne sais même pas comment j’ai été prévenu. Nous étions en froid et de plus j’habitais au Brésil. C’était un pharmacien à la retraite d’origine surinamienne, installé en Hollande. Il aimait le football et principalement Feyenoord. Il s’appelait Alfred Charles Joseph Wijdenbosch . Son petit nom c’était Chas. Il était né en 1913 à Paramaribo au Surinam. Nous parlions ensemble parfois en anglais ou en hollandais. Sa femme était indonésienne. Elle s’appelait Alida Marie Jeanne Armande Ernestine Liefveld. Elle était née à Samarang en Indonésie en 1925. Ils s’étaient connus en Indonésie pendant la guerre. Et avaient dû fuir Djakarta en 1954 alors que leur troisième fille Eugénie qui allait devenir ma première épouse était tout bébé. Jamais ils ne sont retournés en Indonésie. Alida savait bien cuisiner la cuisine indonésienne. Elle est morte à Bilthoven en 2014 à l’âge de .88 ans. J’étais en France. C’est ma fille qui m’a prévenu. Mais nous étions en froid depuis 1981. Ils souhaitaient que je garde mes distances avec eux. Je me suis exécuté. Un jour en 1981 alors que je m’étais séparé de mon ex-femme qui était repartie en Hollande chez ses parents temporairement avec notre fille le temps de retrouver un appartement je suis arrivé en voiture de Fosses dans le Val d’Oise où j’habitais et j’ai frappé à leur porte. Ils ne m’ont jamais ouvert. Je suis resté seul dans ma voiture pendant deux heures au moins à une trentaine de mètres de leur maison à Bilthoven à attendre qu’ils se décident ou que quelqu’un vienne me donner un mot d’explication car j’avais la tête en feu. ils ont refusé d »ouvrir. Par contre ils ont appelé la police qui m’a donné 30 secondes pour déguerpir du voisinage et quitter le pays. Je dus obtempérer. Par la suite quand Eugénie eut son appartement je pus rendre visite à ma fille. Mais j’en ai gardé du ressentiment contre mes beaux-parents. Ce n’était pas de la haine. Ils étaient très gentils en temps normal. Ils avaient certes le droit de m’interdire l’accès à leur foyer mais pas l’accès à ma fille. Je leur ai pardonné avec le temps mais pardonner n’est pas effacer. Je me souviens encore de la rage et de l’incompréhension qui m’ont saisi alors ! Je veux bien croire qu’ils aient pu penser que j’étais nuisible à leur fille. C’est un sentiment naturel que peuvent éprouver un père ou une mère.Mais de là à m’empêcher de voir ma petite fille qui n’avait que deux ans, ça non ! J’ai tout de même présenté mes condoléances à ma fille Erica.

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Mes deuxièmes beaux-parents étaient brésiliens. Je n’ai pas connu mon deuxième beau-père. On m’a dit qu’il s’appelait Nelson Dos Santos. C’est tout ce que je sais de lui. Il est décédé avant que je ne connaisse sa fille Vera Lucia. C’est un mystère. Je ne sais même pas s’il a vraiment existé. Je n’ai jamais vu ne serait-ce qu’une photo de lui. Et même quand je posais des questions sur lui on détournait la conversation. Ma belle-mère s’appelait, et s’appelle encore puisqu’elle est vivante, Benedita Celestina de Oliveira, plus connue sous le petit nom Dona Morena ou Vovo Morena. Elle est originaire de Jacobina dans l’Etat de Bahia mais résidait à Feira de Santana. Elle vient d’avoir 92 ans en mai car elle est née en 1925. Quand je l’ai connu en 1987 elle avait 62 ans. Nous nous entendions bien. Elle vivait alors avec un de ses fils alcooliques Antonio, décédé depuis, et travaillait encore au Derba, un organisme public de l’Etat de Bahia, où elle faisait je crois du ménage. En septembre 1988 j’ai habité chez elle avec sa fille Vera, ma compagne d’alors et notre première fille Iara née en 1987. La maison quoique simple était assez grande pour cela. Nous aurions pu louer une maison car je gagnais bien ma vie mais j’aimais tant cette petite vieille, car elle était toute petite, il faut le dire, que je décidai, contre l’avis de sa fille et même de son petit-fils, le fils de Vera Lucia qui vivait alors avec nous, d’emménager avec elle. Je pensais alors, et je ne le regrette pas, qu’au lieu de payer des loyers à d’autres je retaperais sa maison. Toute ma paie y passait. J’achetais du ciment, du gravier, du sable, des parpaings, des briques, des tuiles, des portes, des poutres en bois, des fenêtres, des tuyaux, de l’enduit, de la peinture et je fis refaire par un maçon la maison de fond en comble. Tous me disaient : « mais tu es fou ». Je répondais : ce que je fais pour ma belle-mère, je le fais aussi pour mes enfants. Tout mon salaire y passait. Celui de la boîte qui me payait plus mes cours particuliers. Ce qui coûtait cher c’était la main d’oeuvre. Le clash survint quand un jour je dis à Dona Morena qu’elle pouvait elle aussi collaborer puisqu’elle avait de l’argent selon elle à la caisse d’épargne brésilienne. Pour soulager un peu ma bourse car cette maison engloutissait tout. Elle me promit de collaborer. Les mois passaient et comme soeur Anne je ne ne voyais rien venir : elle ne me donnait pas un centime. Une de ses filles finit par m’avouer qu’elle n’avait rien à la caisse d’épargne et que même si elle avait queque chose c’était pour ses vieux jours. Je me sentis trompé ! Fez porque quis, me disait-on en boucle. Tu l’as fait parce que tu l’as voulu. Personne ne t’a obligé. De plus je faisais les courses pour ma petite famille et tout le temps la famille élargie était là à se paître et repaître sans jamais contribuer à rien. Du vendredi au dimanche c’était bombance, c’était fête. A cette époque-là je ne travaillais que le soir à partir de 16h et le matin de 7h à 8h30. Le reste du temps c’était soit cours particulier soit superviseur de chantier. J’ai même dû vendre à regret mon appareil photo dont je ne me séparais pour rien au monde pour payer la main d’oeuvre de plus en plus exigeante. Je demandai aux frères et sœurs de Vera de collaborer. Ne serait-ce que par leur travail. Personne ne me venait en aide. Je décidai donc de prendre le taureau par les cornes et de devenir lors de mes loisirs aide-maçon. Je coulais le béton , je coupais les branches et ce qui avait été un jardin de feuilles médicinales devant la porte se transforma en cour. Je fis vider les fosses septiques. Au mois de février 1989 en plein carnaval j’ai pété les plombs. Une rage inexplicable m’a pris. Sous l’effet de l’alcool ingurgité je me suis plaint du frère alcoolique qui vivait avec nous. J’en parlais à sa soeur qui me dit qu’il était chez lui et qu’il pouvait y faire ce qu’il voulait. Ce frère passait son temps à injurier sa mère à toute heure du jour ou de la nuit et ça me portait sur le système. Que sa mère l’appuie, je le concevais, mais que sa sœur soit complice, je ne l’acceptais pas. Comble du comble dans ma rage je vis qu’elle portait une de mes chemises. Je lui demandai de la retirer sur le champ, ce qu’elle refusa bien évidemment. Nous avons haussé le ton. Dans ma rage je leur dis que puisqu’ils disaient que j’avais fait tout cela parce que je le voulais et non parce que quelqu’un me l’avait demandé, (fez porque quis) je décidai alors de détruire tout ce que j’avais bâti et joignant le geste à la parole je commençai à abattre un mur, tout du moins essayai quand un des frères de Vera qui passait par là intervint pour me parler. Il s’interposa. Moi dans mon délire crus qu’il voulait me frapper et j’anticipai et lui portai un uppercut au menton. On roula par terre. Un militaire ami qui vivait à côté alerté par le tapage et les cris d’orfraie de la famille aux abois nous sépara. Il porta sa main à son révolver. J’entendis seulement : ne tue pas mon mari, ne tue pas mon mari. C’était Vera qui l’implorait. Je me,mis à pleurer compulsivement. Je pris une douche histoire de retrouver la moitié de mes esprits. Je ramassais mes cliques et mes claques et je partis complètement bourré en bus à Salvador faire le carnaval ! Ce fut un beau carnaval. Un des plus beaux ! Je me libérai de toutes mes rages, de toutes mes frustration dans la fête, la cachaça et la bière. Quand je revins deux ou trois jours plus tard j’étais calmé ! Je me jurai à moi-même que je sortirais de cette maison et que je n’y dépenserais plus un cruzeiro. Je restai encore deux ou trois semaines le temps de trouver un appart et dès le mois de mars j’étais libéré. Nous nous sommes vus encore quelque fois chez moi mais je ne lui adressai pas la parole. Je cessai toute communication avec la famille. Malgré tous leurs efforts pour refaire la paix. J’avais été blessé profondément. J’avais un beau-frère Helio que j’aimais beaucoup, c’était le mari de celle qui portait ma chemise. Il aimait beaucoup les oiseaux . C’était un ancien marin. Mais je décidai de couper les ponts. Chat échaudé craint l’eau froide. J’ai appris ensuite qu’il était malade. Je crois même l’avoir croisé et esquissé un petit bonjour ou même lui serré la main. Mais quelque chose s’était cassé. Je n’ai plus jamais mis les pieds dans cette maison. J’ai su qu’elle avait été vendue. Je ne regrette rien. Fiz porque quis! Point barre ! Je n’ai pas à me plaindre. J’ai revu ma belle-mère pour la dernière fois en 2003 pour les quinze ans de ma fille Iara. Elle m’a offert une bière en me disant « tome juizo ». Elle me disait d’ailleurs la même chose en 1989. tome juizo, ou tome jeito c’était son leitmotiv . Ce à quoi je répondais en souriant : Juizo tenho demais. Tenho pra dar e vender. Qui peut se traduire par Prends du plomb dans ta tête. Et moi qui répondais : Du plomb j’en ai même trop. J’en ai à donner et à revendre. Le plomb en question c’est la raison, la cohérence, la logique, la rationalité ! Je n’ai pas bu cette bière offerte. Je me méfiais désormais. Elle habite maintenant, crois-je savoir, à Salvador avec cette fille qui portait ma chemise. Je n’ai rien contre elle, ni contre personne de cette famille. C’est meu povo, comme on dit, mais le lien a été détendu. Comme disait Chico Buarque dans O que será (A flor da terra) que Nougaro a chanté sous le titre Tu verras: Je suis sans gouvernement, sans vergogne et sans cervelle.

O que será, que será?
Que andam suspirando pelas alcovas
Que andam sussurrando em versos e trovas
Que andam combinando no breu das tocas
Que anda nas cabeças, anda nas bocas
Que andam acendendo velas nos becos
Que estão falando alto pelos botecos
E gritam nos mercados que com certeza
Está na natureza

Será, que será?
O que não tem certeza nem nunca terá
O que não tem conserto nem nunca terá
O que não tem tamanho

O que será, que será?

Que vive nas ideias desses amantes
Que cantam os poetas mais delirantes
Que juram os profetas embriagados
Que está na romaria dos mutilados
Que está na fantasia dos infelizes
Que está no dia a dia das meretrizes
No plano dos bandidos, dos desvalidos
Em todos os sentidos

Será, que será?
O que não tem decência nem nunca terá
O que não tem censura nem nunca terá
O que não faz sentido

O que será, que será?
Que todos os avisos não vão evitar
Por que todos os risos vão desafiar
Por que todos os sinos irão repicar
Por que todos os hinos irão consagrar
E todos os meninos vão desembestar
E todos os destinos irão se encontrar
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá
Olhando aquele inferno vai abençoar
O que não tem governo nem nunca terá
O que não tem vergonha nem nunca terá
O que não tem juízo

O que será, que será?
Que todos os avisos não vão evitar
Por que todos os risos vão desafiar
Por que todos os sinos irão repicar
Por que todos os hinos irão consagrar
E todos os meninos vão desembestar
E todos os destinos irão se encontrar
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá
Olhando aquele inferno vai abençoar
O que não tem governo nem nunca terá
O que não tem vergonha nem nunca terá
O que não tem juízo

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Mes troisièmes beaux-parents sont brésiliens eux aussi, et encore bahianais tous les deux. Lui Edmundo Ventura Cerqueira dit Didi, né en 1936 à Feira de Santana. Elle Doralice dos Santos dite Dora née en 1943 à Ribeira do Pombal. Seu Didi travaillait à la Petrobras. il est parti à la retraite jeune puisque quand je l’ai connu pour la première fois en 1993 il était déjà à la retraite à 57 ans. Dona Dora travaillait dans les oeuvres sociales. Nous nous sommes vus pour la dernière fois en 2007 alors que j’étais déjà séparé de leur fille depuis 2006. J’ai dormi chez eux une nuit car je travaillais à l’université de Feira et au lieu d’aller à l’hôtel je leur ai demandé de dormir chez eux. Tout le monde était surpris. Moi j’ai it à tout le monde que je voulais garder le contact. j’étais comme on dit cara de pau ! Un sans-gêne ! J’aurais dû avoir honte. Je voyais des regards étranges, des demi-sourires. Je suis retourné bien une dizaine de fois à Feira de Santana, j’y ai dormi désormais à l’hôtel à 500 mètres de chez eux. Nous nous sommes parlés au téléphone il y 2 ans un jour que j’étais chez leur fille à Montpellier pour rendre visite aux enfants. et je lui ai dit textuellement que je regrette qu’ils aient coupé les ponts avec moi. Je me suis marié avec leur fille en 1994. Nous nous sommes séparés en 2006. Je vivais en harmonie pendant 12 ans avec tous les frères et soeurs, oncles et tantes, grand-mère et tout à coup le trou noir. Le seul fait que je me sépare a fait de moi un outlaw. Em briga de casal ninguem mete a colher. Quand un couple se dispute personne ne trempe sa cuillère, dit un proverbe brésilien. Mais quand il se sépare on efface tout le passé de bons souvenirs. Moi non je m’entendais bien avec les frères et soeurs d’Adélaide. Les beaux-frères, les belles-soeurs. Me séparer d’Adélaïde ce fut, sans que je ne le veuille, me séparer de cette famille élargie. Mon second séjour au Brésil a duré de fin 2007 à la mi 2014. Sur ces 7 ans je n’ai été convié à aucun mariage, aucun anniversaire et par voie de conséquences à aucun enterrement. Aucune feijoada, aucune maniçoba, aucun cozido ! Je me suis pendant ces 7 ans remarié, mon ex femme elle aussi s’est remariée et a divorcé mais je resterai à jamais le père de leurs petits-enfants et ils resteront à jamais mes beaux parents. Ils ont respectivement 81 ans et 74 ans. Dora me dit toujours elle aussi chaque fois qu’elle en a l’occasion en souriant Toma juizo et je répète inlassablement la même chose Tenho demais. Pra dar e revender ! J’ai appris par mon ex femme que sa mère viendra en France courant juin avec des amis. Qui sait si je ne vais pas lui rendre visite ?

Et pour clore ce long chapitre familial mes derniers beaux parents : Maria de Lourdes Brandão da Silva et Belisario Diaz Coelho. Ils sont tous deux décédés. Je n’ai pas connu Maria de Lourdes que tous appelaient Bia ou Bilia, Lourdes. Mais on m’a beaucoup parlé d’elle. Elle est née à Tapiramuta, Bahia et est décédée en 1999, un 11 avril. Elle était descendante d’Amérindien. Je sais seulement qu’avec l’âge elle était devenue un peu bossue. Dona Bia c’était le poteau-mitan. Elle administrait les affaires familiales, les sept enfants qui avaient survécu entre Tapiramuta, Morro do Chapeu, Jacobina, et Salvador. Elle tenait la barre pendant que son mari qui était maçon partait à travers l’Etat de Bahia travailler. Elle aimait rigoler, se moquer des gens. C’était une boute-en train. Elle détestait faire la cuisine. não era a praia dela. C’était pas sa tasse de thé. C’était la caçula, c’est à dire la benjamine. Elle cuisinait par obligation parce qu’il fallait le faire. Elle cuisinait lentement des plats basiques mais bien faits. c’était la rainha do capricho. La reine des choses bien faites. Une perfectionniste ! Elle préférait ne pas faire plutôt que mal faire. Et sa cuisine était simple mais délicieuse. Sa fille Bena, mon épouse, a hérité d’elle : c’est un véritable copier-coller. Elle cousait, faisait du crochet, du tricot, bordait pour sa maisonnée ou pour vendre. Elle avait une très belle voix. Elle chantait et le jour de son mariage avec Belo elle a eu un problème de santé inexplicable : ses cordes vocales se sont rétrécies et elle n’a jamais pu retrouver sa voix cristalline d’antan. Elle avait les cheveux longs et soyeux, la fille de Felipe Brandão. Dans la maison il y avait une boutique, une vendinha (un lolo antillais) qui vendait les produits de première nécessité (le gaz, la cachaça, riz, haricots, huile, pain, bonbons, sardines, farine de manioc, bougies, crayons, stylos, sucre, beurre, café, banane, sikakoko, etc) et c’est elle qui gérait tout cela. Elle adorait manger l’avocat avec du sucre. Elle salivait rien qu’en voyant une mangue, surtout celles qui étaient douces comme le miel ! Elle raffolait de mangues à s’en rendre malade! Elle était folle de Luis Gonzaga et ne résistait pas à danser sur aucune de ses chansons. Elle avait reçu en cadeau de l’ex-copain de ma dulcinée, Marinho, un album avec toutes les chansons de Luis Gonzaga. Où est passé cet album, nul ne le sait ?! Elle mourut en laissant une odeur de roses derrière elle qui prit plus d’un an à disparaître des narines de sa fille Bena.

Quant à son époux, c’était le plus vieux rejeton de son père qui s’était remarié pour la deuxième fois. Je l’ai connu diabétique. J’ai connu Belisario qu’on appelait Belo ou Louro entre décembre 2007 et octobre 2010. Après la mort de sa première épouse en 1999 il prit une seconde épouse dona Dilia avec qui il vécut jusqu’à l’âge de 85 ans, où il mourut. C’était pour moi l’exemple type du brésilien baptiste. Je n’en avais jamais connu de si près. Il ne buvait pas d’alcool, ne dansait pas. Pour moi habitué à voir tous mes précédents beaux-parents, cuisiner, danser et boire ce fut surprenant. Mais peut-être la maladie l’avait-elle rendu ainsi. Il devait s’alimenter d’une façon bien organisée qui ne donnait pas place au plaisir. C’était un homme modéré, paisible et souriant. Il aimait la guitare. Je l’ai vu esquisser quelques accords un jour dans son hamac alors qu’il habitait à Salvador. Nous nous sommes vraiment connus et appréciés quand nous sommes allés une fois pour un week-end à Jacobina, Morro do Chapeu, et Umburanas. Nous chantions à tue-tête en voiture cette chanson de Elias Alves , Saudades de Jacobina, chantée ici par Aguias do Norte (1969)

Eu quero ir passear em Jacobina
Pra ver aquelas meninas que deixei ficar por lá
Eu vou rever o meu tesouro
Vou ver o rio do Ouro
Nele eu quero me banhar

Jacobina eu tenho recordação
Daqueles tempo de festa na igreja da Missão
Adeus Jacobina, Adeus meu bem querer
Adeus minha terra quanto tempo sem te ver

Eu quero ver pois a saudade é de matar

Aquela festinha boa até o dia clarear

Vou gritar : seu Murititiba puxe o fole até lascar

Adeus Jacobina, Adeus meu bem querer
Adeus minha terra quanto tempo sem te ver

Mais la raison qui m’a poussé à écrire cet article est qu’il aimait la guitare et jouer le type d’air espagnol représenté par cette chanson Una dessas noches sin final. Il avait toujours une guitare chez lui. Il avait d’abord été élevé dans la foi catholique puis après son mariage pour je ne sais quelle raison (la foi est la seule explication, il n’y a aucune autre raison à donner) il s’était converti au baptisme entraînant avec lui femme et enfants. Quand il était encore catholique il confectionnait des statues en plâtre qui représentaient des saints, des colombes, des objets de décoration qu’il peignait et qu’il venait sur le marché de Jacobina. Il était associé à un ami, qui était parrain de Bena, un certain Joaquim. Il commença à lire la Bible qu’on lui avait offerte à Feira de Santana. Sa nouvelle foi baptiste étant incompatible avec les représentations des saints il abandonna cette activité pourtant lucrative. D’autant plus que son associé d’alors était parti habiter à Feira de Santana avec femme et enfants.

Toute sa parentèle jouait d’un instrument soit de la guitare, soit de l’accordéon. C’est tout naturellement que dans cette ambiance musicale il apprit tout petit à jouer de la guitare. Seu Belo était particulièrement vert. Malgré ou à cause des injections d’insuline quotidienne dès l’âge de 60 ans Monsieur mon Beau-Père ne répugnait pas à la bagatelle au grand dam de ses épouses. Il avait, dit-on, un appendice particulièrement développé qui fit jaser même à l’âge de 85 ans quand il fut hospitalisé suite à un avc, accident vasculaire cérébral. On raconte qu’il aimait faire l’amour dans la piscine et que c’est cette fantaisie déraisonnable qui fut à l’origine d’une chute qu’il souffrit de sa seconde femme qui repoussait ses avances et lui causa une fracture du pied qui fut le début de sa dégénérescence.

A tous ces beaux-parents, ces sogros, ces schoonouders, morts, vivants ou inconnus je témoigne ma reconnaissance car quoi qu’on en dise en chacune de leurs filles il y avait leur sang, une part intime d’eux-mêmes, un prolongement de leurs rêves et aspirations. Collectivement nous n’avons pas été à la hauteur de l’événement. J’assume ma part et je grandis chaque jour de chaque rupture. Les ruptures construisent quand on sait les élaborer, les travailler, les faire mûrir ! De la même façon qu’il faut savoir se distancer de ses parents il faut savoir aussi se distancer de sa belle-famille. C’est beaucoup plus facile sans doute. Il suffit de tirer un trait. Mais même quand on croit avoir effacé un trait sa trace demeure indélébile et surgit là où on l’attend le moins au détour d’un rêve ou d’un parfum, d’un plat, d’une ville ou d’une chanson comme Una dessas noches sin final. Une de ces nuits sans fin !