Avis de recherche : mes dix degrés de mémoires éparses

J’ai la mémoire qui flanche, je m’ souviens plus très bien
Comme il était très musicien, il jouait beaucoup des mains
Tout entre nous a commencé par un très long baiser
Sur la veine bleutée du poignet, un long baiser sans fin
J’ai la mémoire qui flanche, je m’ souviens plus très bien
Quel pouvait être son prénom et quel était son nom
Il s’appelait, je l’appelais, comment l’appelait-on?
Pourtant c’est fou ce que j’aimais l’appeler par son nom
J’ai la mémoire qui flanche, je m’ souviens plus très bien
De quelle couleur étaient ses yeux, j’ crois pas qu’ils étaient bleus
Étaient-ils verts, étaient-ils gris étaient-ils vertdigris?
Ou changeaient-ils tout le temps d’ couleur, pour un non, pour un oui?
J’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien
Habitait-il ce vieil hôtel bourré de musiciens
Pendant qu’il me, pendant que je, pendant qu’on f’sait la fête
Tous ces saxos, ces clarinettes qui me tournaient la tête
J’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien
Lequel de nous deux s’est lassé de l’autre le premier
Était-ce moi, était-ce lui, était-ce donc moi ou lui?
Tout ce que je sais, c’est que depuis, je n’ sais plus qui je suis
J’ai la mémoire qui flanche, j’ me souviens plus très bien
Voilà qu’après toutes ces nuits blanches, il ne reste plus rien
Rien qu’un p’tit air, qu’il sifflotait chaque jour en se rasant
Pa dou di dou da di dou di
Pa dou di dou da di dou
Pa dou di dou da di dou
Pa dou di dou da dou da
Pa dou da dou da di dou
Pa dou da di dou di
Il faut attendre quelle soit fraîche et dispose et de bonne humeur. Alors toute mémoire a pour vocation de revenir paître dans les verts pâturages et retrouver le fil de sa bobine magique. On tire un fil, si fin, si délicat qu’on a du mal à le tenir entre les doigts puis un autre suit jusqu’à ce que tout l’écheveau soit vidé. Parfois le fil se coince. Parfois on essaie de l’enfiler par le trou minuscule de l’aiguille du souvenir mais soit par maladresse soit par délicatesse celle-ci se dérobe et vous glisse d’entre les  mains telle une anguille visqueuse. La mémoire c’est aussi comme du gibier qu’on essaie de débusquer. Milles petits indices semés dans l’air, sur terre ou mer signalent sa présence à la meute de chiens dans notre cerveau qui ont la charge de déloger, décoincer par d’habiles questions ou reformulations sa trace.
On se fait parfois des idées en pensant qu’avec les réseaux sociaux les distances sont raccourcies. Moi même par exemple je suis présent sur facebook avec 3 pseudonymes et aucun avec mon vrai nom. Je me suis résolu à le faire parce que j’ai constaté à un certain moment que beaucoup de mes amis de tout âge le faisaient. Par souci de confidentialité, de pudeur peut-être. J’ai trois ou quatre identités sur google donc sur gmail, une sur yahoo. Je m’y perds parfois avec les codes, les mots de passe, les identifiants. Car il faut que j’aie aussi des codes pour mes banques, ma sécu, mes factures de téléphone, électricité. Certes j’automatise. Mon fils Lucas m’a fourni un logiciel il y a de cela deux ans qui me permet de retrouver tous mes codes. Ca s’appelle Dashlane. Il est installé sur mon ordi mais je ne m’en sers presque jamais. Je suis bluffé quand je vais sur par exemple généanet ou sur mon site polyglottrotter.com et que pour me connecter  je puisse simplement le faire via facebook ou gmail. Je suis sur Myspace j’ai oublié mon code car je n’y vais plus souvent et hop je donne mon email et on me renvoie un link pour que je puisse me trouver un nouveau code. Je suis sur Twitter, je suis sur Elo ! Comme j’ai la mémoire qui flanche et que je ne veux pas dépendre des réseaux sociaux pour me souvenir j’essaie autant que faire se peut  à intervalles réguliers  de faire le bilan de mes souvenirs, de ma mémoire éparse. Je dis éparse comme j’aurais pu dire n’importe quoi. C’est une mémoire éparpillée, fragmentée que je m’attelle tous les jours à recomposer à partir de bribes et de brindilles de souvenirs. L’autre jour j’ai dû appeler mon frère Jean-claude avec qui j’ai vécu aux Etats-Unis pour qu’il me rappelle certains éléments de notre séjour là-bas pendant 3 ans. J’ai été surpris par la mémoire qu’il a de ces moments, du nom des gens, des endroits. Google n’a pas les moyens de me retrouver tout ça. Il faut passer par l’humain. Mais qui sont les détenteurs de ma mémoire si ce n’est pas moi.
En fait pour la plupart ce sont des femmes qui sont détentrices de ma mémoire intime.
Cela est dû sans doute à la plus grande longévité des femmes, mais pas que ! Je voudrais en distinguer quelques-unes qui ont surnagé. J’en oublie certaines qui sont pour des raisons que je ne m’explique pas toujours clairement devenues des ombres qui planent mais que je n’arrive plus à identifier.
Cousin-fr
Tout d’abord la détentrice number one c’est ma mère, Marie-Thérèse, mon seul ascendant au premier degré survivant ayant vécu  la période de 1952 à 1961, c’est à dire mes toutes premières années. Je la sonde toujours à ce sujet. Et je m’étonne qu’à 87 ans elle se souvienne. Certes il faut la solliciter avec insistance pour qu’elle se daigne à révéler en commençant toujours par « je ne sais pas, ça fait tellement longtemps » ou « j’ai oublié ». Mais j’ai l’habitude avec cette informatrice de tout premier niveau.
Le problème c’est qu’elle saute comme un cabri tentant d’attraper juché sur ses pattes de derrière les mangues qui se présentent juteuses d’une période à une autre et que je dois toujours la ramener sur ses quatre pattes dans le droit fil du chemin qui mène à la savane. Nos mémoires individuelles, surtout celles de longue haleine  vieilles comme des cerfs dix cors, adorent se tapir dans leurs halliers (qu’on appelle aux Antilles raziés) faits de ronces et d’épines. C’est là qu’elles construisent leur lit . Je voudrais que ma mère m’emmène dans le fort des  raziés de sa mémoire pour que je puisse reconstituer le chapelet des fumées de ma propre brousse mémorielle. Je suis certainement maladroit dans mes formulations dans mes interrogations mais il faut bien que je la presse car même si elle elle est apparemment solide et bien ancrée dans le présent nul n’est éternel, ni moi ni elle. Je la presse comme un citron vert et je bois toute cette citronnade de mémoire avant qu’elle ne se tarisse définitivement. Quand je vois qu’elle s’épuise soit parce que le sujet du jour l’exaspère ou l’indiffère soit qu’il lui fait revenir à la surface de mauvais ou douloureux souvenirs je fais une pause. Quitte à revenir un mois plus tard à la charge de plus belle. La dernière fois que nous avons abordé le passé j’ai évoqué avec elle son mariage en mai 1952. Elle était déjà enceinte de moi de quatre mois. La fête, le champagne, les plats, le gâteau, les invités, les témoins, les demoiselles d’honneurs, les pages, qui a préparé la fête, le rôle de ses soeurs, des soeurs de mon père, etc. Le rôle de mon grand-père, de ma grand-mère. Une autre fois on a évoqué mon baptême et la fête qui s’en est suivie. Une autre le mariage de la soeur de mon père Germaine, puis le mariage de Manzè Fine, la soeur aînée de mon père, avec mon grand-père après une vingtaine d’années de vie commune. Il faudrait que j’enregistre mais il y a tant de choses à noter que quand elle a fini j’ai déjà tout oublié.  J’essaie de préserver l’esprit de parfum de la substantifique moelle. Je prends des notes . il faudrait en fait que je l’enregistre et que je recopie tout ça au propre. Il faut que je m’en souvienne pour la prochaine fois. Quand je l’interromps que je lui demande de répéter, de préciser, elle s’énerve. J’ai l’habitude, je fais le dos rond, j’attends qu’elle reprenne son souffle. C’est jouissance, c’est curée jouissive de sonner l’hallali des bêtes fauves et noires qui habitent notre mémoire. C’est dans ces fourrés  que tel un sanglier se bauge tout le patrimoine obscur de la Guadeloupe de mes 9 premières années.
Ma nouvelle tactique, eh oui  c’est presque une guerre de tranchées parfois, une drôle de guerre. Je suis le grand  veneur, je lance mes chiens, elle lance son équipage et conjointement nous unissons nos efforts  dans la chasse à courre  pour faire surgir des bosquets notre mémoire commune qui passe son temps à nous dérouter à force de se forpayser.
En numéro deux : mes ascendant(e)s au deuxième degré. Je n’ai plus de grands-parents vivants mais il me reste mon frère Jean-claude né 1 an et demi après moi. C’est lui entre autres que je mobilise quand il m’arrive d’oublier particulièrement la période qui va entre 1971 et 1977 que nous avons vécue ensemble car ses souvenirs de Guadeloupe sont encore moins palpables que les miens. Mes autres frères et soeurs contribuent eux aussi  à combler les interstices de ma mémoire percée sur les autres périodes.
En numéro trois : je n’ai plus d’arrière-grands-parents, je n’ai plus d’oncles depuis belle lurette mais il me reste la parenté au troisième degré de mes tantes : la demi-soeur utérine de ma mère (Justine Augustin-Manclière), et les demi-soeurs consanguines de mon père (Eliane Bardus, Antoinette Bardus-Bazile, Nadège Bardus-Botte) toutes installées en Guadeloupe, détentrices elles aussi de quelques pans de ma mémoire de 1952 à 1961. Ce sont des femmes toutes âgées entre 70 et 85 ans, qui m’ont donc connu tout petit et qui ont connu mon père de ma mère, ainsi que le père biologique de mon père que je n’ai pas connu. Il y a des photos à récolter, j’en suis sûr. Des anecdotes par milliers.
En numéro quatre : ma parenté au quatrième degré. les cousins/cousines germain(e)s de mon âge ou plus âgé(e)s que moi :  du côté de ma tante Germaine : Albert Blombo, Alberte Blombo (nous n’avons pas de lien de sang car c’étaient les beaux-enfants de ma tante mais nous nous connaissions bien); du côté de ma tante Laurette (demi-soeur utérine de ma mère): Patricia Augustin, Céline Shimit-Filin, Claudie Augustin et les autres; du côté de mon tonton Arsène (demi-frère consanguin de ma mère): Nicaise Bernadin, Patrice Méyapin, Anne-Marie Hubbel, , Marie-France Hubbel); du côté de ma tante Justine (demi-soeur consanguine de ma mère) de Martinique : Robert Rascar et les autres. Du côté de tonton Pierre (demi-frère consanguin de ma mère) : Gabriel Hubbel, François Hubbel et Jean-Claude Hubbel , bien plus jeunes que moi mais détenteurs du passé de ma tante Fifine, leur grand-mère, la demi-soeur utérine de mon père. Du côté de tante Justine de Guadeloupe, (demi-soeur utérine de ma mère) : Chantal Manclière, Patrick Manclière et Isabelle Manclière
En numéro cinq : les cousins-cousines issu(e)s de germain(e)s, les enfants de mes grands-oncles et grands-tantes, mes grands-cousins si on peut dire. J’en ai beaucoup mais je ne les vois plus depuis des années. Même quand nous allions en Guadeloupe je ne crois pas que je les voyais. Les Joseph Vin, Jacques Pradel, Annie Tamas, Vincent Hallpike, Adonai Baltimore et les autres aux noms et prénoms oubliés qu’ils me pardonnent.
Mais ma mémoire ne se limite pas à la famille et aux collatéraux et apparentés.
En numéro six  mes collègues de classe à partir de la cinquième jusqu’à la terminale parmi lesquels surnagent Yann Piquer, Bernard Breuiller, Maurice  Allouche et les autres aux noms, prénoms et visages oubliés, qu’ils me pardonnent;
En numéro sept les copains de quartier de la Pierre Plate à Bagneux et du Mini club (Centre Alpha): Mathurin Angeon, Daniel Angeon, Rolin Fesin, Daniel Blacodon, Emile Mondésir, Hervé Mondésir, Jean-Claude Rascar, Bernard Adélaïde, Thierry Adélaïde, Christian Rose, Eric Orville, Max Anin, Claudel, Yves Jeannot, Germain Go, Raymond Bonneaud chez les garçons mais aussi Danielle Delinde, Murielle Cacoub, Carol Brown, chez les filles, et tous nombreux les autres, aux prénoms et visages oubliés, qu’ils me pardonnent
En numéro huit les membres du groupe Flatstone : Jean-Claude Baltimore, Laurent Watson, Pierre Watson, Eric Orville, Bernard Adélaïde, Thierry Adélaïde, Christian, Daniel Angeon,
En numéro neuf : les membres du groupe Dynamite Three : Jean-Claude Baltimore, Mathurin Angeon
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En numéro dix, last but not least : mes amours, amourettes et passions (par ordre alphabétique): Adelaide C. S., Agnès P., Amanda McN., Behnouch C., Benilde D. C., Blanca M., Christiane P. C, Christine B., Cleide C., Dorrie A., Edilene S., Edna C., Eremildes C., Eugénie W., Eve B., Ginette A., Habiba, Hélène L., Hélène P., Margarita C., Marilyne, Maude W., Monica S., Nadia B., Pascale C, Pascale M., Rita de Cassia N.S., Sophie, Toni A., Vera Lucia O. S. et les autres aux prénoms ou aux visages oubliés, qu’elles me pardonnent, toutes détentrices d’une parcelle stratégique de mon parcours intime.
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