Les quarantièmes délirants quatre -vingt-quinze fois sur cent se dissipent dans la petite mort comme les pipes en écume

Christian Cornet (comme corned beef) est un écrivain grivois, polisson, truculent, paillard, irrévérencieux, osé, gaulois qui s’est de lui même placé en enfer dans un couvent frivole. Il écrit mais se complaît d’être à l’index, de circuler hors des réseaux sociaux allant jusqu’à qualifier ce qu’il a commis de pathétique. Or dans pathétique il y a pathos et dans pathos il y a souffrance. Les grands rhéteurs grecs opposaient pathos à ithos. Si on se met à folâtrer dans l’index volontairement c’est que l’ithos prend le pas sur le pathos. On ne divulgue pas car on se sent une filiation verte, crue coupable avec Boccacio (1313-1375) et Mazet de Lamporecchio ou le paysan parvenu (Decameron Journée III Nouvelle 1) ou encore La Caspienne ou la Nouvelle convertie (De Cameron Journée III Nouvelle X),  

Justine ou les Malheurs de la vertu ou encore La Philosophie de Boudoir (1795) de Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814),

ou avec Nicolas Edmé Restif de la Bretonne (1734-1808) et La belle libraire, ou la vie de la Rose et de la marâtre,

Denis Diderot (1713-1784) et Les bijoux indiscrets, (1748),

Les onze mille verges, ou les Amours d’un hospodar (1907) de Guillaume Apollinaire, (1880-1918),

Claude Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils (1707-1777), Le Sopha (1742),

Evariste de Forges de Parny (1753-1814) et ses Dix poésies érotiques, (1778),

Georges Bataille (1897-1962), Histoire de l’oeil,

ou Anaïs Nin (1903-1977) et sa Venus Erotica,

ou Henry Miller (1891-1980) et ses Jours tranquilles à Clichy.

Les écrits pathétiques dont se revendique Christian sont de la même veine d’élan vital hédoniste érotique qui a pu dans d’autres temps anciens être jugé sulfureux licencieux tabou pernicieux immoral hérétique blasphématoire obscène pornographique dangereux et libertin. Il se voit une filiation voluptueuse, lubrique, débauchée,  excitante sans être vulgaire avec Devos, Perret et Brassens. Moi je le relie outre à ceux que j’ai déjà cités au Roman de la Rose à Rabelais, Villon et Marot.

Il me fredonne le refrain de 95% de Georges Brassens.

Quatre-vingt-quinze fois sur cent
La femme s’emmerde en baisant
Qu’elle le taise ou le confesse
C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses
Les pauvres bougres convaincus
Du contraire sont des cocus
A l’heure de l’oeuvre de chair
Elle est souvent triste, peuchère
S’il n’entend le coeur qui bat
Le corps non plus ne bronche pas.

Il me fredonne encore il est beau, il est bon, chanson médiévale de haute grivoiserie.

Je le verrais bien réciter de sa voix truculente de stentor cette épigramme grivoise de Clément Marot (1496-1544)

Un jour Robin vint Margot empoigner,
En luy monstrant l’oustil de son ouvraige,
Et sur le champ la voulut besongner;
Mais Margot dit : » Vous me feriez oultraige:
Il est trop gros et long à l’advantaige. »
– “Bien, dit Robin, tout en vostre fendasse
Ne le mettray;” et soudain il l’embrasse,
Et la moytié seulement y transporte.
“Ah ! dit Margot en faisant la grimace,
Mettez y tout : aussi bien suis je morte.
Clément MAROT (1496-1544)
Epigramme – Les Jeux de Robin & Margot

Son écriture est du type de celles qui étaient conservées en enfer aux archives nationales. Christian qui aura 70 ans le 21 juin est un bon vivant originaire de Cognac qui habite à deux pas de Saintes à Chaniers. Il participe à la chorale CHOEUR VOX SANTONA. Il croit en sa voix mais pas en son écriture. Autant sa voix de basse résonne dans l’abbaye de Trézay où il clame haut et fort sa partition du tourdion Quand je bois du vin clairet tiré de Claude Gervaise, premier livre de danceries, édition P. Attaignant 1530, texte anonyme

 

Buvons bien

Buvons mes amis

Trinquons, buvons,

Vidons nos verres

En mangeant d’un gras jambon

A ce flacon faisons la guerre

autant il refuse de partager ses écrits et détourne pudiquement d’un voile pudique la conversation pour aborder ses maîtres inspirateurs des quarantièmes délirants de Raymond Devos aux 95 pour cent des fois de Georges Brassens. Il est féru de jeux de mots et de lettres dites cochonnes disons osées voire grivoises mais pas vulgaires.

Mais il en parle sans oser toutefois les montrer. Il évoque avec moi un poème au titre évocateur de Syphilis au parfum entêtant de petite mort brûlée dans sa pipe d’écume qui arrivant à bon port attend l’heure inéluctable d’être jetée par dessus bord .

Si fille est plus belle que la mienne évoquée,

Sybilline silhouette, fleur de water-closed,

Embryon de Déesse au parfum de bleuet,

Epopée frémissante effilant sa layette,

Si fille est plus belle, qu’on m’accorde ce souhait

D’en venir vérifier toutes les coordonnées

Car on ne vit jamais, jamais sur la planète,

Un autre échantillon de profil si net

Que les Héllènes mêmes en sont jalouses à souhait.

Si fille hisse au sommet de fantasmes désuets

Plus de grâce épanouie, plus de rondeurs abstraites,

N’est-ce pas pour vous dire, messieurs, soyez honnêtes,

Que vos pauvres ébats sont loins de l’intriguer ?

Et si tous ses parfums associés tant t’entêtent,

Petit, ne te laisse pas séduire, aie la tête

Bien froide sur tes épaules d’athlète,

Laisse passer Syphilis, surtout ne soit pas bête.

Où que tu sois,toujours elle saura te troubler.

Alors si d’aventure (sida venture) tu croises cette beauté,

Blennoragie, sa soeur, riant à ses cotés,

Cours, à en perdre haleine, à l’hosto du quartier…

Et fais toi vacciner !

Tout cela en dégustant entre deux verres de baraka gris notre couscous au poisson au restaurant La Table du Maroc à Saintes.