Eloge du cangote

J’ai découvert au Brésil une partie de mon anatomie dont j’ignorais jusqu’alors la simple existence. On l’appelle là-bas le cangote.

Quelques traducteurs vous le traduiront par « cou » d’autres par « nuque ». Or il y a en portugais brésilien les mots « pescoço » pour cou et « nuca » pour nuque. Le cangote est une partie du cou située juste en dessous de l’oreille et siège selon les connaisseurs de terminaisons nerveuses si sensibles que le seul fait d’effleurer du nez ou des lèvres cette partie de l’anatomie peut vous faire frissonner jusqu’aux bouts des orteils. En portugais on dira plutôt jusqu’à la canela (le tibia). La canela c’est une autre partie du corps, le tibia, un os saillant sensible s’il en est. Je le répète : un bisou léger posé sur le cangote, le haut de la nuque si vous préférez, une morsure imperceptible, un souffle chaud sorti du fond de vos entrailles, se répand comme de la poudre électrique génératrice de chair de poule (goose bumps) jusqu’à la canela (le tibia) de l’être aimé . Oh la la.

Le cangote est l’endroit où l’on met les nouveaux-nés à faire leur rot. C’est l’endroit où on les met à s’endormir aussi. C’est donc aussi un lieu privilégié de la petite enfance. Qui n’a jamais porté son enfant sur les épaules (shoulders) à califourchon ! Il n’y a rien de plus confortable pour l’enfant que le cangote, véritable no man’s land de tendresse.

Le cangote est donc une zone érogène exceptionnelle.

Il y a aussi au Brésil le colo. « Me pega no seu colo » pourrait se traduire en français par « prends-moi dans tes bras » ou « prends-moi sur les genoux ». Mais colo est bien plus que bras qui existe en portugais sous le nom de « braço » . « Menino de colo » signifie enfant qui ne sait pas marcher et qui est porté contre le sein en général de sa mère. Une femme adulte peut réclamer elle aussi son colo. Une petite place contre votre coeur où elle se blottira. Bien différent de « dar um abraço » (prendre dans ses bras). Le colo ou son diminutif le colinho est du domaine presque du religieux. On pense à la Vierge Marie donnant sa tétée au petit Jésus. C’est un geste de protection et de tendresse toute paternelle quand le mot s’applique à un homme.

L’être humain n’est pas le seul à posséder un cangote. Les taureaux par exemple ont aussi un cangote bien rebondi qu’on appelle « cupim ». Il est délicieux en churrasco. On dit volontiers au Brésil « beijo no cangote ». Ou encore « cheiro no cangote ». « FUNGAR NO CANGOTE ». Embrasser ou renifler, deux attitudes très animales qui renvoient tout aussi bien à l’enfance qu’à la tendresse et à la sexualité. Ne pas confondre nuque, cou et cangote. Colo, canela et cangote. Les 3 C tous reliés par des réseaux complexes et millénaires au point G de l’extase et de la jouissance. Qu’en dit le kamasutra?