La Grande Bouffe revisited

Mieux vaut tard que jamais. 43 ans après sa sortie je viens d’avoir le plaisir (insigne) de découvrir sur Arte ce film qui fit scandale au festival de Cannes en 1973. Il s’agit de « La Grande Bouffe », film de Marco Ferreri avec comme acteurs principaux Michel Piccoli, Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Philippe Noiret et Andréa Ferréol. C’est un film boulimique du point de vue sexuel comme alimentaire, une vraie bacchanale poétique où l’on navigue en permanence entre Eros et Thanatos. Mais j’aime l’idée du séminaire gastronomique. J’aime la profusion de ces plats qui en viennent à vous dégoûter de manger. Entre manger pour vivre ou vivre pour manger les 4 « gentilhommes bourguignons » ont choisi de manger pour mourir ! Je m’interroge seulement sur le rôle catalysateur de Andréa Ferréol, cette plantureuse fée du logis-institutrice qui dans ce huis-clos va servir d’ange exterminateur de la mort. Elle semble être la seule « nourriture » terrestre qui vaille la peine d’être vécue ! Une sorte d’hostie, une sorte de dernier sacrement avant le grand voyage dans le pays des ombres. Je ne dirai pas comme dans le film qu' »en dehors de la bouffe tout est épiphénomène » mais je considère moi aussi en bon épicurien que sans sexe et sans bouffe c’est la porte ouverte à toutes les orgies et à toutes les névroses. Moi j’ai trouvé finalement ces 4 bourgeois fin de lignée un peu pathétiques dans la quête d’un suicide gastronomique communautaire. Et même si à grands renforts de rôts, pets, vomis, excréments à outrance et fornication en tous genres finalement ils finissent tous congelés dans la chambre froide ils ne sont pas bien différents des cochons et des morceaux de boeuf qu’on livre à la fin et qu’on expose dans le jardin comme des trophées d’une société de consommation livrée à l’appétit morbide des chiens. Michel, Marcello, Ugo et Philippe, je n’ai jamais mangé d’agneaux du pré salé du Mont Saint-Michel ou de homards de Roskoff. Peut-être finalement que pour moi aussi une visite à Fauchon s’impose, lol ! L’appel est lancé en tout cas ! Qui est partant pour un séminaire gastronomique version 2016 ?