Envie de barbarie, envie de succulence, envie d’un menu d’orpailleur

J’ai une envie subite, irrépressible de femme enceinte, une envie de barbarie. Pas n’importe quelle barbarie. Est-ce parce que hier soir j’ai adoré les dattes au miel ?! Je l’ignore !J’ai envie de figue de barbarie. Tout cela suite à un reportage que je viens de voir sur TF1 qui évoque non pas le Mexique mais le massif de l’Esterel. Et tout à coup en voyant des images montrer des figuiers de barbarie aux abords des mimosas j’entends ma très chère murmurer l’air de rien « palma » !

Et moi effaré je réalise : palma que je traduisais par nopal ou feuilles de cactus a enfin trouvé sa véritable traduction en français figuier de barbarie. Je n’avais jamais fait le rapport. Je voyais bien la figue de barbarie (figo da India) mais pour moi ce fruit et le fruit du mandacaru par exemple n’avaient rien à voir. Mais je vous laisse le fruit, ou alors je le laisse aux oiseaux ! Qu’ils le bécotent à loisir, moi j’en veux aux cladodes, les raquettes. Une fois débarrassées de leurs épines, les glochides, j’implore les dieux incas, aztèques, toltèques, j’implore leurs empereurs, la fille de leurs empereurs et leurs armées, j’implore leur Grand-Prêtre, car barbarie dans mon corps c’est le feu dans le feu.

Appelez l’intéressé nopal si vous voulez ou figuier de barbarie (Opuntia ficus indica). On appelle ses feuilles raquettes. J’en ai mangé au Brésil dans la Chapada Diamantina dans un restaurant à Lençois. Certains disent que sa saveur évoque l’oseille ou l’asperge. Voyez quelques recettes à partir de la raquette de figuier de barbarie appelée palma au Brésil ici . On peut selon les recettes faire une omelette de palma, un jus de palma, une tarte salée ou sucrée de palma, on peut même utiliser les jeunes bourgeons de palma sur une pizza ou une crêpe. Il y a dans cette région de Chapada Diamantina (Lençois, Andarai, Mucugé, Capão, Rio de contas, Palmeiras) une recette qui me fascine c’est le cortado do garimpeiro. Un garimpeiro c’est un orpailleur, chercheur d’or ou de diamant. Ces derniers vivaient comme des troglodytes le long des rivières ou dans des grottes de pierre (comme à Xique-Xique do Igatu) à creuser et casser les pierres, à creuser des mines pour trouver les diamants précieux. Mais dans ces contrées de pierre l’alimentation était spartiate. On s’alimentait chichement de ce que la nature elle même chiche offrait . Il n’était pas rare pour le garimpeiro des raquettes de mandacaru (Cereus jamacaru), un cactus local, batatinha-de-teiu (une pomme de terre minuscule que l’on mangeait crue qui avait l’aspect d’un radis), du xique-xique (Pilosocereus gounellei) ou des cabeças-de-frade (Melocactus zehntneri), voire les fruits du quipa (Tacinga inamoena), tous des succulents, des plantes grasses. Et quand les choses étaient moins maigres on se concoctait le plat des braves, le cortado do garimpeiro, le menu de l’orpailleur .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les  ingrédients de base maxixe (macissis, ti-concombre, angurie des Antilles, gherkin), mamão verde (papaye verte) et palma (Opuntia ficus indica) et farofa d’agua sont servis dans des raviers (cumbuquinhas) :

  • cortado de maxixe ( macissis, ail, tomate, poivron, oignon, piment cominho, orégan)
  • cortado de palma  (raquette de figuier de barbarie (palma),
  • cortado de mamão verde (papaye verte) com carne do sol (viande de boeuf séchée au soleil) cuite  avec des poivrons, de l’oignon et de la tomate servie
  • farofa d’agua. La farofa d’agua est de la farine de manioc mouillée avec de l’eau qu’on fait revenir dans le beurre (manteiga de garrafa) avec des cubes de tomates, d’oignons, tomates, du coriandre vert et du persil

Si vous allez à Mucugezinho, dans l’etat de Bahia  à la Cabana do Pato  vous pourrez même déguster au bord de l’eau toutes ces bonnes choses accompagnées de riz, feijoada, et churrasco ! A Morro do  Chapéu aussi à la churrascaria Po-So Dega, maître des lieux depuis 1975 vous propose ces plats.

Au Mexique, paradis endémique de la plante,  le nopal fait partie du quotidien. On le prépare en le faisant cuire dans de l’eau salée avec du vinaigre, de l’oignon, de l’ail et du coriandre vert. Ensuite on le rince à l’eau froide puis on le frit dans l’huile et l’oignon et un peu de piment. Généralement on y rajoute des haricots cuits et si on le désire des crevettes séchées. On produit aussi de la figue de barbarie (fico d’India) en Italie du Sud (Sicile, Sardaigne, Pouilles) surtout pour le fruit et l’huile.

Les raquettes de figuier de barbarie (palma forrageira) sont normalement au Brésil réservées à l’alimentation animale mais certaines régions du Nordeste brésilien situées ans le polygone de la sécheresse en ont fait une comida de gente. Comida de sertanejo. comida de caatingueiro !

J’aime particulièrement aussi la recette du caruru de palma. La caruru est normalement fait avec des gombos (mon légume préféré) mais on peut remplacer le gombo par de  la raquette de figuier de barbarie. Les ingrédients sont les mêmes que pour le caruru (huile de palme, lait de coco, crevettes séchées, farine de manioc, oignon, citron, menthe, coriandre). Le caruru de palma se sert avec du riz blanc et une farofa de dendê.

mudas-de-palma

On aurait beau invoquer les entités du jarê (la religion afro-brésilienne particulière à ces régions, mélange de cultes de vaudou bantou, culte du caboclo amérindien et culte des saints catholiques et de curanderismo) la sécheresse dure des mois et parfois des années.

Le bétail bovin, ovin ou caprin ne survivrait pas dans ces contrées semi-arides sans cette manne résistante à la sécheresse que représente ce végétal. Sans ce végétal pas de lait pas de viande pas e subsistance pour l’agriculture vivrière..

En Algérie, au Maroc on fabrique même de l’huile de pépins de figue de barbarie, du vinaigre de figue de barbarie certifié bio