Afrodystopie, Nicki Minaj et éblouissements

Tout le monde sait depuis Thomas More (1516) et son ouvrage Utopia ce qu’est l’utopie. C’est le contraire du réel. Mais l’utopie se caractérise par le recherche d’une société idéale tendant vers le bonheur. La dystopie c’est une  utopie tendant vers le malheur. Mise à distance du réel  comme l’a théorisé Guy Debord en son temps. Selon Joseph Tonda, sociologue gabonais, chercheur entre autres à EHESS nous en sommes venus désormais à « la société des éblouissements ». Dans son ouvrage L’impérialisme postcolonial. Critique de la société des éblouissements (Editions    Karthala) (2015) une société qui va bien au delà par la fascination qu’elle exerce sur les peuples les plus divers à travers le monde. A travers l’image, les films, les écrans, youtube, facebook des contenus sont véhiculés qui promeuvent une sorte de postcolonialisme impérialiste. Ces images, ces films, ces clips éblouissent, fascinent séduisent, nous rendent dépendants d’une vision capitaliste de la société. Inconsciemment nous absorbons comme des buvards gourmands jamais rassasiés ces tonnes d’images, ces tonnes d’imaginaires qui vont se fondre dans notre inconscient. Nous sommes colonisés par cette civilisation non seulement des écrans mais des sons et des habitudes culinaires. Certains appellent ça la mondialisation Joseph Tonda définit cela dans une approche marxienne comme la société des éblouissements.

Dans l’ouvrage     d’ Aldous Huxley (1894-1963)          Brave New  World (1932), le Meilleur des Mondes c’est d’un monde dystopique qu’il s’agit, un monde régi sur des principes qui ne sont pas harmonieux, des principes qui tiennent plus au controle au totalitarisme, à l’enfermement qu’à la liberté, à l’égalité  et au libre-choix. Y figure en épigraphe cette citation de Nicolas Berdiaff

«Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante: comment éviter leur réalisation définitive?… Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins «parfaite» et plus libre.»

D’autres écrivains comme Georges Orwell (1903-1950)  et son 1984 (1949) ou Ray Bradbury (1920-2012) et son Fahrenheit 451 (1953) se sont attachés à décrire ces univers dystopiques.

Big brother n’est plus un secret pour personne dans nos sociétés européennes  dominées par la technologie et les images, les caméras et les ordinateurs.

Joseph Tonda parle d’afrodystopie c’est-à-dire de ces utopies  négatives qui font le quotidien imaginaire des afrodescendants à travers le monde et il analyse par exemple le succès du film américain  Black Panther en Afrique dont une partie de l’intrigue se déroule justement en Afrique dans le pays utopique de Wakanda, le succès du clip Anaconda de Nicki Minaj qui se déroule selon lui dans une forêt africaine. Alors qu’il y  avait autrefois une mise à distance dans le processus de colonisation, à l’ère du post-colonialisme on a affaire à une sorte d’auto-colonisation heureuse et fascinée à travers les média. Chaque écran, chaque portable est un vecteur par lequel entre les germes de la destruction des aspiration de poursuite du bonheur légitimement porté par les membres des sociétés dites archaïques ou traditionnelles. Ce miroir déformant des images amènerait des millions de migrants à travers le monde à vouloir intégrer ce flux néolibéral des échanges. C’est le fameux et en même temps de Macron à la puissance grand P : je suis producteur et en même temps marchandise. Qu’on soit à Johannesburg, à Douala, à Libreville, à Rabat, à    New Delhi, à   Pointe-à-Pitre, à Port-au-Prince ou à Rio de Janeiro pour ne citer qu’eux, les images déferleraient sur nos inconscients. Nous donnerions à ces images conçues pour être décodées subliminairement par nos cortex cérébraux libre accès à nos enfants, à nos idéaux, à nos envies. Nous serions en somme nos propres fossoyeurs.

Pour bien saisir l’idée de Joseph Tonda regardons un peu le clip de Nicki Minaj qui a gagné le prix de la meilleure vidéo hip hop au MTV Video Music Awards de 2014. Pour la petite histoire il a été visionné sept cents quatre vingt-treize  millions deux cents soixante douze mille huit cents quatre-vingt-onze fois au jour d’aujourd’hui presque 4 ans après sa mise en ligne.

My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Boy toy named Troy used to live in Detroit
Big dope dealer money, he was gettin’ some coins
Was in shootouts with the law, but he live in a palace
Bought me Alexander McQueen, he was keeping me stylish
Now that’s real, real, real
Gun in my purse, bitch, I came dressed to kill
Who wanna go first? I had them pushing daffodils
I’m high as hell, I only took a half a pill
I’m on some dumb shit, by the way, what he say?
He can tell I ain’t missing no meals
Come through and fuck him in my automobile
Let him eat it with his grills and he tellin’ me to chill
And he telling me it’s real, that he love my sex appeal
Say he don’t like ’em boney, he want something he can grab
So I pulled up in the Jag, and I hit him with the jab like
Dun-d-d-dun-dun-d-d-dun-dun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
This dude named Michael used to ride motorcycles
Dick bigger than a tower, I ain’t talking about Eiffel’s
Real country-ass nigga, let me play with his rifle
Pussy put his ass to sleep, now he calling me NyQuil
Now that bang, bang, bang
I let him hit it cause he slang cocaine
He toss my salad like his name Romaine
And when we done, I make him buy me Balmain
I’m on some dumb shit, by the way, what he say?
He can tell I ain’t missing no meals
Come through and fuck him in my automobile
Let him eat it with his grills, and he telling me to chill
And he telling me it’s real, that he love my sex appeal
He say he don’t like ’em boney, he want something he can grab
So I pulled up in the Jag, Mayweather with the jab like
Dun-d-d-dun-dun-d-d-dun-dun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
Little in the middle but she got much back
Little in the middle but she got much back
Little in the middle but she got much back
(Oh my God, look at her butt)
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
Don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
Yeah, he love this fat ass, hahaha!
Yeah! This one is for my bitches with a fat ass in the fucking club
I said, where my fat ass big bitches in the club?
Fuck the skinny bitches! Fuck the skinny bitches in the club!
I wanna see all the big fat ass bitches in the muthafuckin’ club
Fuck you if you skinny bitches, what?! Kyuh
Haha, haha
I got a big fat ass (ass, ass, ass)
Come on!
Bon, moi je n’ai pas le même point de vue que Joseph Tonda mais peut-être suis-je déjà aliéné et ce ne serait pas anormal étant originaire des Caraïbes influencé par les vents qui viennent du continent américain du nord et du sud comme ceux venant  d’Europe ou d’Afrique. Cette chanson qui parle d’anaconda et de derrière est tout à fait explicite quel que soit le public. Le décor est un décor factice presque de carton pâte qui contraste avec la richesse et le rythme de la vidéo et de la chorégraphie. J’imagine que si réellement Nicki Minaj avait voulu symboliser la jungle africaine elle aurait pris un avion avec tous ces danseurs pour ce faire. Je me souviens que Michael Jackson était venu à Salvador en son temps pour tourner un clip avec Olodum. En outre il ne faut pas aller bien loin pour symboliser une forêt vierge il suffit d’aller en Amazonie.
Il y a certes une hutte en paille ou en torchis mais on trouve ces huttes en territoire indigène amérindien. Joseph Tonda  dit qu’il y a des hordes de Nicki Minaj en Afrique dans toutes les capitales. Moi je dirais qu’il y a toutes les femmes qui ont un gros derrière et qui savent s’en servir qui l’accompagnent et la prennent peut être comme modèle, et tous les hommes qui aiment les gwobonda, qu’il ya aussi toutes les femmes qui n’ont pas ce derrière et qui en rêvent, cela fait beaucoup de monde. Maintenant je crois que le modèle génétique du postérieur proéminent est un modèle africain. Donc je ne vois pas pourquoi Tonda  voudrait qu’au nom du refus du post-colonialisme on impose aux femmes africaines d’intervenir à coups de chirurgie esthétique, d’implants et d’injections de graisses sur leurs derrières comme cela se fait dans certains pays. Je crois plutôt qu’en l’espèce c’est le modèle africain qui se globalise mais c’est un modèle africain authentique de danse qu’elle reprend le n’dombolo. cette façon suggestive de danser en secouant les fesses frénétiquement, on a même le papillon c’est aucunement américaine ni européenne. Donc je crois qu’il ya plusieurs niveaux d’analyse. un niveau où la danse est extraite comme une plante de son environnement local et placée sous une serre tropicale  mondialisée avec certes des modifications génétiques inévitables dues aux OGM. Ensuite ce modèle étant validé économiquement par l’inconscient planétaire il revient multiplié sur ceux qui en étaient les détenteurs originaux. Je crois qu’on a tort de ne vouloir toujours voir que le modèle globalisé qui règne en Occident, le modèle occidental  pour faire vite, est un modèle supérieur. Si on se fie au succès de danses comme le zouk, la lambada, le reggae, la salsa, la zumba, ce sont des danses de métissage  qui rencontrent aussi bien du succès en   local qu’ en global.   et que l’espace caribéen est l’espace privilégié de ce métissage , de cette réinterprétation des mythes fondateurs.
Je crois que les religions ont freiné les corps et que les danses ont été réprimées aussi bien par l’Islam que par le protestantisme et le catholicisme. Je me suis aperçu lors de mon séjour à Mayotte de 8 mois que là-bas c’est la musique africaine qui tient le haut du pavé chez les jeunes immigrés comoriens agés e 11 à 16 ans. Elle  peut être sudafricaine, congolaise, rwandaise , les jeunes aiment le hip hop mais un hip hop à l’africaine très sexuel, très suggestif.   Dans de tels pays où les corps sont presque en permanence voilés, et où hommes et femmes se côtoient dans des univers parallèles, extrêmement codifiés, la danse est symbole de libération. Et le voile et le salouva n’empêchent nullement les femmes de montrer leur sensualité.
J’ai eu souvent à discuter sur la culture mahoraise et je me suis souvent moqué en rigolant de la structure clanique des familles leur mettant en avant les avantages de l’individu par rapport au groupe.   je me suis rendu compte à ce moment là que sans le vouloir j’étais devenu  l’agent de l’Occident, ça oui, car justement je venais en Afrique coloniser par la langue française l’esprit des jeunes enfants en leur enseignant le Père Noël, Noël, en leur faisant chanter des chansons de Noel, les crêpes de la chandeleur liées aux Rois Mages alors qu’ils avaient leur propre iconographie religieuse  quotidienne islamique . Je crois pour ma part prenant Mayotte pour exemple, et tout en sachant que Mayotte n’est pas le monde, ou n’est pas l’Afrique selon certains, que Mayotte c’est en même temps, l’ Afrique, l’Inde, Madagascar et l’Arabie Saoudite avant toute autre chose. J’ai été surpris par exemple que beaucoup ne sachent pas leur âge, leur date de naissance, et ignorent jusqu’à ce qu’est un signe astrologique.    J’ai surtout réalisé la prégnance du clan lors des mariages, lors des maladies et lors de la mort. tout se traite au niveau du clan, de la maison familiale. Cela peut représenter 200 à 300 personnes tout de même qui à la manière d’une ruche fonctionnent en intelligence tous unis vers un même but. Les femmes sont maîtresses chez elles et propriétaires de leur maison. Je ne crois pas que quel que soit les mouvements internationaux, les films, les clips, les femmes abdiquent de leur pouvoir à Mayotte. certes c’est un pouvoir relatif puisque  leurs maris peuvent avoir plusieurs épouses.   Chaque société a ses codes. parmi ceux de Mayotte il y en a un qui m’a surpris : c’est l’obligation pour le père de construire une maison pour  chacune de ses filles  pour que lors du mariage elle ne dépende pas de son mari.
Là où je pense que Tonda a tort c’est quand il parle de néocolonialisme. il y a eu de tous temps chez les colonisés certains qui se joignaient au mode de vie des colonisateurs, qui abjuraient leur foi pour une autre au nom du réalisme politique   et cela aussi bien chez les chrétiens, les juifs, les musulmans que les protestants.  Les nouveaux missionnaires cathodiques existent aussi bien aux Etats-Unis qu’au Brésil.
Pour en revenir à Nicki Minaj,  ses origines origines sont clairement métissées. Elle est née à Trinidad en 1982 d’un père d’origine hindou-trinidadienne et d’une mère d’origine afro-trinidadienne. Elle est née Onika Tanya Maraj  et a vécu jusqu’à l’âge de 5 ans avec sa grand-mère à Trinidad avant de retrouver ses parents à New York aux USA. Elle fait donc partie  en quelque sorte de ce monde globalisé. elle vit peut être une utopie et telle Hythlodée raconte ses histoires même si elle sait que l’Anydre, le fleuve qu’elle remonte tous les jours  en bateau sans en trouver jamais la source est un fleuve sans eau. De là à en faire de cette déesse callipyge, cette deusa culona post-moderne comme le dit le sociologue gabonais une « transfiguration du mythe africain de Mami Wata ». Chacun a le droit de croire aux esprits qu’il veut mais il n’est pas clair pour moi le fait de savoir si le sociologue croit lui en Mami Wata et s’il croit que Mami Wata peut servir de germe à une libération du joug post-colonialiste qui étouffe l’Afrique. Je ne sais si les fétiches que sont le sexe, la violence et l’argent que dénoncent Tonda et qui sont pour le moins de son point de vue du côté du néo-colonialisme ne résultent pas en fait d’une vision pentecôtiste quihttps://youtu.be/WEDjY3bcloI voit le Diable dressé partout avec un phallus tendu et sanglant chastement ceint de dollars, d’euros et de francs cfa. Tonda nous évoque outre Nicki Minaj, Naffissatou Diallo (vous vous souvenez ? DSK ? New York ?), Johnny Chien Méchant, alias Lufua Luwa, alias Matiti Mabé du livre éponyme de Emmanuel Dongala , Modogo, tous agents autant qu’ils le sont du post-colonialisme africain. Je m’étonne qu’il n’ait pas cité Prince, Pharrel Williams, James Brown.
Moi je constate que jeune j’ai été abreuvé des sons africains qui évoquaient les zombies, Fela Kuti le nigérian, et consorts. Je suppose qu’ils étaient eux aussi des suppôts de Satan selon la lecture du sociologue. allez je m’y replonge car selon moi Fela a faut plus pour la conscientisation de l’Afrique et des afro-descendants que n’importe quel sociologue fût il de l’université de Libreville.
Zombie o, zombie (Zombie o, zombie)
Zombie o, zombie (Zombie o, zombie)
Zombie no go go, unless you tell am to go (Zombie)
Zombie no go stop, unless you tell am to stop (Zombie)
Zombie no go turn, unless you tell am to turn (Zombie)
Zombie no go think, unless you tell am to think (Zombie)
Tell am to go straight
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Tell am to go kill
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Tell am to go quench
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Go and kill! (Joro, jaro, joro)
Go and die! (Joro, jaro, joro)
Go and quench! (Joro, jaro, joro)
Put am for reverse! (Joro, jaro, joro)
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro
Attention! (Zombie)
Quick march!
Slow march! (Zombie)
Left turn!
Right turn! (Zombie)
About turn!
Double up! (Zombie)
Salute!
Open your hat! (Zombie)
Stand at ease!
Fall in! (Zombie)
Fall out!
Fall down! (Zombie)
Get ready!
Halt!
Order!
Dismiss!
Chase the DEvil par Max roméo
  https://youtu.be/WEDjY3bcloI

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