God save the Mongoose King

« Riki tiki tavi Mongoose is gone » chantait Donovan en 1970.

La langouste s’est fait la malle. Vive la mangouste.

 

 

Le paquebot amiral de l’empire britannique The Queen Mary fait relâche dans les eaux du Maas de Rotterdam à quelques encablures du Erasmusbrug. Ce pont, emblème de Rotterdam, pose son tablier audacieux à la face du monde. A Londres sir VS Naipaul se meurt. Le World Muséum qui chante l’intégration des 160 communautés qui composent le quotidien de Rotterdam est en travaux. Les travaux sur lesquels Naipaul s’est penché sont le traumatisme des post colonialismes. Il parle d’empires déclinants et pourtant à l’aube du Brexit les sirs, les ladys, les OBE pullulent à travers l’empire britannique qui ne s’est jamais éteint et qui survit à travers le Commonwealth. La richesse commune. LE CHEVALIER Naipaul, qui a toujours renié d’une certaine façon son appartenance à Trinidad où il est né et dont les malheurs ont servi de palette à ses travaux, s’est toujours REVENDIQUÉ anglais avant tout et indien accessoirement. Lors de son discours d’acceptation du prix Nobel en 2001 ce sont ces attaches-là qui semblèrent universelles et dignes d’être évoquées par ce pur produit d’Oxford qui voyait les Caraïbes comme des plantations où travaillaient non pas des hommes mais des singes. Preuve par 9 s’il en faut du traumatisme et du déracinement subi par les engagés Dravidiens lors de leurs migrations en terre antillaise vers la moitié du XXème siècle. Certes Naipaul n’était pas croyant. Mais il croyait à la toute puissance des lunettes victoriennes à travers lesquelles il disséquait sans pitié la Caraïbe. C’était comme le disaient les sages de Stockholm un tourmondiste, ce qui montre bien que ce n’était pas un tiers-mondiste. Il se servait de la matrice de la souffrance, du traumatisme comme objet d’analyse pour jeter ses anathèmes comme on jette un pavé dans l’eau. Il eut ses détracteurs et ses admirateurs et j’imagine que lors de ses voyages effectués à travers le monde il emprunta plus qu’à son tour les coursives des semblables du Queen Mary. J’imagine qu’il savait plus par cœur « God save the queen » que l’hymne de Trinidad et Tobago. Ne parlons même pas de celui de l’Inde.

Cet hymne créé en 1962 lors de l’indépendance de Trinidad et Tobago s’appelle Forged from the love of Liberty de Patrick Stanislaus Castagne.

J’imagine que l’ibis et le cocrico lui étaient bien plus étrangers que le chardon et les trois couronnes
God save the mooongose king.

J’imagine qu’il sera récupéré par ses détracteurs et déclaré enfant de la patrie par tous les caribbéens au même titre que des noms comme Derek Walcott et Aimé Césaire.

« History is built around achievement and creation and nothing was created in the Caribbean. »

Les vues politiques de celui que Walcott a appelé dans un poème en 2008 The Mongoose étaient pour le moins déconcertantes de mon point de vue. Il est né outsider et l’est resté toute sa vie depuis son premier roman « The Mystic Masseur » de 1957. Homme à polémique il me laisse cette phrase dans  » A Bend on the river »(1979)

The world is what it is; men who are nothing, who allow themselves to become nothing, have nothing to do in it.

Naipaul a théorisé une histoire où les Caribéens souffrent d’un traumatisme post colonialiste qui fait qu’ils n’ont aucune chance de sortir de la gangrène où ils se trouvent. A ce déterminisme historique sombre qu’il promeut je préfère L’ESPÉRANCE POETIQUE prônée par Walcott avec qui il fut en éternelle opposition :

« I have been bitten, I must avoid infection
Or else I’ll be as dead as Naipaul’s fiction »(Derek Walcott)(2008, The Mongoose)

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