« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit »

« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit, il se gagne, il n’existe que s’il se veut. « 

Cette citation d‘Alain (1868-1951) interpelle.

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Elle me fait penser à une publicité de BASF pour une cassette sur une musique de Giacomo Puccini (1858-1924), Manon Lescaut où un buste de Puccini pleure en écoutant la voix d’une soprano chanter In quelle trine morbide. L’émotion intacte. Le bonheur. Je ne sais qui est la soprano qui interprète Manon, ni rien de l’aventure qui la lie au Chevalier Després et pourtant j’ai comme une parcelle de bonheur qui m’envahit au moment où la statue de Puccini verse sa larme. La musique anime la pierre, lui donne vie. Etait-ce Maria Callas, était-ce Léontyne Price ou Angela Gheorgiu, Montserrat Caballé ou Kiri te Kanawa ?

Peu importe. Je crois qu’au contraire le bonheur se savoure comme un fruit dans la mesure où l’on sait tout le processus de développement du fruit avant qu’il ne soit mûr et digne d’être savouré. Rien n’empêche de le déguster vert ou blet non plus. A chacun sa notion de bonheur. Par exemple on peut fort bien aimer les mangues vertes ou les tomates vertes.

Il y a chez nombreux philosophes la notion que le bonheur c’est quelque chose d’exceptionnel, qui arrive en bout de course, comme une récompense après de longs efforts. Cette vision un peu religieuse s’inspire du paradis que nous n’atteindrons qu’après la mort et la resurrection. C’est là selon eux qu’existe le vrai bonheur, à la droite du Père. Et même ce bonheur-là ne sera pas donné à tous. Heureux les pauvres d’esprits ne dit-on pas car le royaume des cieux leur appartient. Ce bonheur céleste ne se savoure  pas comme un fruit, d’ailleurs il nous serait bien difficile de le mordre puisque si jugement dernier il y a nos dents  ne seront que poussière et le fruit désiré aura même dépassé le stade de pourriture . Le fruit restera à l’état virtuel.

Ce bonheur là est le type de bonheur qu’on place comme une statue sainte et que l’on observe comme un trésor. Un jour bien après notre mort nous serons heureux. Nous vivrons notre béatitude.

 

In quelle trine morbide...
nell'alcova dorata v'è un silenzio
gelido, mortal, v'è un silenzio,
un freddo che m'agghiaccia!
Ed io che m'ero avvezza
a una carezza
voluttuosa
di labbra ardenti e d'infuocate braccia...

or ho tutt'altra cosa!
O mia dimora umile,
tu mi ritorni innanzi
gaia, isolata, bianca
come un sogno gentile
di pace e d'amor!

Moi je crois aux bonheurs quotidiens, presque invisibles, faits de souvenirs et d’anticipations, un peu comme dans La Mélodie du Bonheur (The Sound of Music). Julie Andrews, la novice rebelle, amoncelle des petits bonheurs quotidiens, les joies quotidiennes qui  font aller aussi bien elle que la famille Von Trapp de l’avant.