Mes trisaïeux, quadrisaïeux, quinquisaïeux en 1848

On est tous autant que nous sommes le sosa numéro 1 d’une infinité d »ancêtres. Chaque trisaïeul nouveau, chaque quadrisaïeul nouveau, chaque quinquisaïeul nouveau que je retrouve est pour moi un moment de bonheur intense. Comme une nouvelle naissance. et parfois il m’arrive comme aujourd’hui de faire le point. cette fois-ci j’essaie de voir la situation de mes ancêtres en 1848, moment charnière s’il en est pour une majorité de nos ancêtres caribéens, puisqu’il marque pour bon nombre d’eux la fin de l’esclavage.

Bouillante (Guadeloupe)

Sosa 4O le père de Monrose (inconnu) décédé.

Sosa 41 Magdeleine : Elle a 65 ans, est née à Bouillante, et habite Habitation E. Lafages. Le père de son fils Monrose dit Petit Frère est décédé. Monrose (mon sosa 20) a 35 ans et habite habitation D. Bertrand.

Il a eu deux enfants avec Jeannille (30 ans) (mon sosa 21) qui après voir vécu en 1839 sur l’habitation veuve Lafages, habite désormais sur l’habitation Mineurs Bertrand avec ses deux enfants St Prix agé de 8 ans et demi et Etienne agé de 7 ans.

Jeannille est la fille de mes sosa 42 ( Jean) qui a 54 ans et habite habitation veuve Noel Sabine et sosa 43 Désirée (67 ans) qui elle vit habitation mineurs Bertrand avec sa fille Delphine (43 ans) et le fils de cette dernière Ambroise agé de 15 ans

Saint-Claude (Guadeloupe)

Mes sosa 44 et 45 sont inconnus. Ce sont les parents de mon sosa 22 (Benjamin Louisy) qui lui a 15 ans et vit sur l’habitation Ducharmoy.

Mon sosa 23 c’est Emerance, la future épouse du sosa 22. Elle a 6 ans à l’époque et après avoir vécu habitation veuve André Arnoux habite en 1848 habitation Petit Parc

Les parents d’ Emerance sont Léandre 42 ans (mon sosa 46) vivant sur habitation Pelletier et Victorine (sosa 47) agée de 25 ans qui a vécu sur l’habitation veuve André Arnoux mais qui en 1848 se trouve sur l’habitation Petit Parc

Les parents de Léandre, François (mon sosa 92) agé de 83 ans et Magdelonette (mon sosa 93) agée de 71 ans vivent tous deux habitation le Pelletier et sont deux de mes rares quinquisaieux repérés.

Grand-Bourg (Marie Galante) Guadeloupe

Demoiselle Elisa, mon Sosa 37, couturière, née en 1799, ne connaîtra pas la lumière de 1848. Elle meurt le 27 novembre 1847. En 1848 son clan est représenté par ses enfants Saint Père, 29 ans et neuf mois, Champfleury, vingt-six ans et neuf mois, (mon sosa 18) Firmin, vingt-deux ans et neuf mois, tous trois charpentiers. Ces derniers ont tous été affranchis en 1834 avec leur mère sur demande d’un certain Joseph Leduc, apparemment colon et potentiel Sosa 36 qui meurt en 1841, veuf depuis 1815, laissant deux filles de son mariage legitime: Irène qui aura 40 ans en 1848 et Marie Louise Celina âgée de 36 ans et mariée depuis 1841. Virginie Cécile est fille d ‘Elisa, née jumelle en 1839 et a donc 9 ans. Cette même année de 1839 la famille a perdu trois de ses membres: Irma le 18 septembre, Ernest le 29 septembre et Josephine Cecília 27 novembre.

La future épouse de mon sosa 18 est Anaïs Marguerite , mon sosa 19, qui est âgée de 16 ans. Elle a été affranchie en 1834 à l’âge de deux ans. Sa mère, mon sosa 39, est une demoiselle Marguerite âgée de 56 ans. Mon sosa 38 pourrait potentiellement être un sieur Leroux, puisque à un certain moment elle se fait appeler à la naissance de l’un de ses enfants Anaïs Leroux.

Case Pilote (Martinique)

Alfred, mon Sosa 48, est né en Afrique. Il a 27 ans. Mon sosa 49 c’est Judith qui elle est née à Case-Pilote et qui a 24 ans. Ils ont une fille Berthilde Hubble née en 1845. Ils ne le savent pas encore mais peut-être pensent-ils à mettre en route leur premier fils. Ce sera dans un an avec la venue de Bertrand Hubbel (mon SOSA 24) en novembre 1849.

Le père de Judith est inconnu. C’est mon sosa 98. EUGÉNIE, la mère de JUDITH, est mon sosa 99. Elle est née à Case-Pilote et est décédée

A Case Pilote, mon sosa 50 s’appelle Charles Anin. Il a 16 ans. Celle qui deviendra son épouse, Anne Azoune Theotiste (Sosa 51), est née à Ducos en Martinique de Demoiselle Theotiste (Sosa 103) et est âgée en 1848 de 12 ans.

Le père de Charles, Sylvain Nelson Anin, est mon sosa 100. Il est affranchi depuis 5 ans et a 33 ans. Son épouse , mon sosa 101, se nomme Antoinette et le mariage à eu lieu en 1843. Antoinette est la fille de Sophie Élisabeth, mon Sosa 203, née en 1783. Le couple a deux enfants Marie Berthilde (4 ans) et Marie Justine (2 ans)

Mes sosa suivants Jacques dit Isaac (sosa 200) et Françoise Anastasie Anin agée de 57 ans (sosa 201) sont les parents de Silvain Nelson. Leur deuxième fils Léon reste esclave jusqu’en 1848. Françoise Anastasie Anin est affranchie depuis cinq ans environ en même temps que son fils Sylvain Nelson Anin.

Mon Sosa 111 c’est Marie Noelle Zulma, mulâtresse, elle est âgée de 37 ans, affranchie depuis octobre 1833 sur la demande de Joseph Marcel. C’est la fille de Coralie, mon Sosa 223, née en 1799 donc âgée en 1848 de 49 ans. Zulma a 8 enfants survivants sur 10 dont Josephine Thuriaf, capresse, âgée de 6 ans, mon SOSA 55, dont le père est Joseph Thuriaf, 43 ans, (mon Sosa 110)(nègre créole affranchi sur demande du même Joseph Marcel le 28 janvier 1840) avec qui elle est mariée depuis janvier 1843. Joseph Thuriaf est le fils de Sophie (Sosa 221) née en 1792 et donc âgée de 56 ans. Sophie a eu de nombreux enfants avec Jean-Louis Darsoulant, âgé d’environ 20 ans de plus qu’elle. elle a comme enfants survivants Jean (30 ans), Louise dite Jolotte (23 ans), Sully (20 ans), Gustave (16 ans), Lucia (15 ans) . Ces enfants seront légitimés en 1851. Joseph est-il le fils de Jean-Louis ? Mystère et boule de gomme !

Josephine Thuriaf épousera bien plus tard Louis Alphonse Celestine (mon Sosa 54) âgé alors de 7 ans. Ce dernier est le fils de mon Sosa 109, Marie Celestine Rogemont, âgée de 35 ans.

Tout cela pour vous donner un petite idée (incomplète, je vous le concède volontiers) de la situation de mes ancêtres entre Guadeloupe et Martinique, aux îles sous le vent en 1848.

On a souvent l’habitude de considérer les ancêtres de cette époque en Guadeloupe comme en Martinique comme des êtres égarés, hébétés, éparpillés aux quatre coins cardinaux des îles sous le vent, sans lien entre habitations. Je m’attache pour ma part à essayer de retracer les attaches familiales invisibles que font apparaître les donnéees généalogiques.

Ce que je veux montrer c’est  que l’on ne prend en compte que les survivants.            Voyez par exemple le cas de Sophie Thuriaf. Elle accouche en théorie de  Joseph Thuriaf, le premier fils en 1808 et le deuxième en 1818. Dix ans de différence entre les deux. Pour moi ce n’est pas crédible. Elle a pu avoir des enfants avant et après. D’un même père Jean-Louis Darsoulant ou de plusieurs. Ce n’est pas parce que Jean-Louis reconnaît ses enfants et les légitiment lors de son mariage ultérieur en 1851 que ces enfants sont forcément les siens. et ce n’est pas non plus parce qu’il ne reconnaît pas son fils Joseph Thuriaf en 1851 qu’il n’en est pas le père.

Je dirais même plus. Ce n’est pas parce que quelqu’un en 1848 lors de l’abolition reconnait un enfant comme le sien que c’est obligatoirement son enfant. C’est peut être celui de son frère ou de sa soeur décédée, C’est peut-être tout simplement une adoption. tout cela n’est que du bon sens sur lequel l’analyse des pratiques d’aujourd’hui en matière de naissances, reconnaissances et adoptions devrait nous inciter à réfléchir.

Ne soyons pas manichéens. Les structures de la parenté sont complexes (Mauss et Levi-strausss l’ont démontré), partout à travers le monde et l’esclavage a certes considérablement effacé les réseaux entre l’Afrique et le Nouveau Monde mais n’a pas réussi à gommer les liens qui unissaient dans ce nouveau Mone les descendants de ces exilés malgré eux qui ont réussi malgré tout à maintenir un système parental qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui dans nos sociétés caribéennes post-esclavagistes