Hugues Tiburce et son pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora

La vie est étrange parfois. Ce matin j’ai visionné sur YouTube ce reportage de Blaise Mendjiwa intitulé La Diaspora antillaise au Cameroun. J’ai suivi la démarche de nombreux antillais expatriés regroupés au sein semble-t-il du club caribéen de Yaoundé. Monique Malo (MQ)(enseignante en mathématiques), Annick Namco (GP)(architecte), Gilbert Joséphine (GP) (chef d’entreprise), Dominique Foussé (MQ)(avocate), Véronique Pokossy Doumbé, Annette Hell (AG)(enseignante en anglais, originaire d’Antigua), Charlotte Plantadit née vers 1938 en Centre Afrique et fille d’un monsieur Plantadit (GP)de Sainte-Anne, arrivé en Centrafrique vers 1918 (commerçante retraitée). Élmire Maga, Marlène Ossendo (médecin, enseignante), Reine Békoué (GP), évoquent leur parcours dans ce pays d’Afrique de 475 millions de km carrés allant du golfe de Guinée au lac Tchad. Ils évoquent l’entraide, l’esprit de famille, le partage à l’africaine. La plupart sont depuis 40 ans installés au Cameroun et apparemment bien intégrès dans la bourgeoisie camerounaise. Le reportage m’a beaucoup intéressé. J’aurais néanmoins voulu voir leur famille, leurs enfants et voir comment ces derniers se situent par rapport à leurs origines. Je note ce besoin malgré le temps passé en Afrique de se plonger dans son antillaise puisque finalement on se retrouve entre soi au sein du Club Caribéen de Yaoundé. La loi camerounaise ne reconnaissant pas la double nationalité personne n’a pris si je comprends la nationalité camerounaise, préférant pour certaines raisons non explicitées conserver la française sans doute. Certes j’entends « je suis 100 pour cent Camerounaise » , « mi-antillais, mi-camerounais » mais ma question est d’emblée après 30ans de vie dans le pays parles-tu la langue ou plutôt l’une des langues du PAYS ? Quelle est ta relation avec l’une des 300 TRIBUS ? Quels bamilékés, Peuls, Ibo ?

Ce qui en revanche m’a intéressé plus encore c’est l’information sur le site historique, vestige de la traite transatlantique Bimbia, port d’esclaves stratégiquement situé entre Sénégal et Angola, d’où selon l’ethnologue américaine Lisa Aubrey 166 cargaisons d’êtres humains seraient parties à bord de bateau ancrés au large de Nicholls Island vers la Guadeloupe et Antigua par exemple. D’ailleurs on ne devrait pas dire traité transatlantique ou traité négrier ni slave trade, transatlantique ou transaharienne. On devrait appeler cette souffrance, ce traumatisme, cet holocauste on devrait l’appeler par son nom africain en Kiswahili: MAAFA. Plus que le trafic mis en évidence à Gorée (appelée en réalité Ber) au Sénégal. Tout cela au sud-ouest du Cameroun, à 60 km de Douala et à 20 km au nord de la ville balnéaire de Limbé. Sur 45 hectares on se replonge dans la Traversée du Milieu. Bimbia est d’ailleurs devenu depuis peu un lieu de pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora et d’écotourisme où de nombreux Afro-Américains se rendent depuis les années 2010 quand les tests ADN leur ont permis de localiser leurs ancêtres dans la région du Cameroun. Lisa-Marie Aubrey tout comme les autorités camerounaises luttent pour obtenir le classement du site de ce port négrier comme site du patrimoine mondial.

Concurrence des mémoires oblige. Comment choisir entre Ouidah au Bénin, Gorée au Sénégal, Elmina au Ghana et Bimbia au Cameroun ? Quel dilemne .

Et je ne sais pas trop pourquoi, après avoir vu ce reportage j’ai pensé à Hugues Tiburce. HT EST UN COUSIN QUE JE N’AI JAMAIS RENCONTRE PERSONNELLEMENT. NOUS CORRESPONDONS PAR ÉMAIL DEPUIS ENVIRON 3 ANS ET C’EST LUI QUI M’A DONNÉ L’IDÉE DE COMMUNIQUER SUR LA TRANSMISSION, CE QUI A DONNÉ NAISSANCE À CE SITE POLYGLOT TROTTER QUE J’AI CRÉÉ EN DÉCEMBRE 2016. J’AURAIS VOULU QU’IL Y COLLABORE AVEC D’AUTRES MAIS JE ME SUIS RETROUVÉ SEUL À LA MANŒUVRE.

Il m’a contacté au mois de mars 2018. Il voulait qu’on se voie à Paris en avril lors de l’escale qu’il y ferait en avril avant de se rendre au Benin où il pense avoir retrouvé des Ancêtres de notre origine commune Fronton. Je le sentais au comble de l’ excitation. Mais moi j’étais à l’époque à Mayotte, donc notre rencontre n’a pas été possible.

Je vous publie néanmoins la teneur de son email concernant les motivations de son voyage.

« Bonjour cher cousin,

Je reprends contact avec toi après avoir passé des mois pleins d’occupations bonnes et de mauvaises.

Durant mes moments de bonne santé relative, j’ai pu avancer sur mes recherches et réflexions. J’ai aussi avancé sur mon projet d’écriture et je souhaite échanger sur le sujet avec toi .

Je serai en France du 2 au 5 Avril en direction du Bénin et je te propose de te rencontrer dans cette période.

Je vais au Bénin à l’invitation d’un dignitaire du Royaume d’Abomey qui participe à l’organisation d’un colloque sur Toussaint Louverture dont les parents étaient issus du Royaume d’Allada.

J’y vais aussi afin de rencontrer des dignitaires des Adjigo à Agoué et à Aneho au Togo. Ils acceptent de faire l’éloge panégyrique des familles Adjigo et Alliés, en particulier les KPONTON et les QUAM DESSOU.

Des initiés vont aussi peut être réciter la litanie de ces familles et du peuple Guin.

Je poursuis l’idée de m’éclairer sur les conditions de vie et de capture des Fronton que tu as aussi repérés dans les registres d’esclaves de 1848, à Sainte Rose, Grand-Bourg et Bouillante. J’en recherche aussi à Gourbeyre.

Ces personnes sont parents et ont été déportés ensemble en Guadeloupe: ils ont tous (presque) déclaré leur nom aux différents officiers de l’état civil à l’abolition. Ils ont prononcé leur nom (qui était certainement connu et usité) avec l’accent propre à leur langue (Guin/Ewé/Fon ?). Ce nom a été écrit naturellement (et correctement ?!?) à la française, comme de nombreux autres noms enregistrés à Bouillante. Ils s’appelaient KPONTON (ou KPONTON QUAM DESSOU). La prononciation du son [KP] (labio vélaire) peut rappeler aux français le son [F] . D’ailleurs certaines personnes de ce nom au Bénin ont vu l’état-civil de l’administration coloniale française transformer leur non en FONTON (le cas de l’ancien ministre de l’urbanisation , Noel FONTON). Le clan de cette famille a été en position très défavorable durant la période mouvementée de 1818 à 1828, dans la région de Grand Popo, Petit Popo au Bénin/Togo.

Certains d’entre eux furent capturés et exilés. Leur nom signe leur engagement et porte un caractère nobiliaire au niveau de leur petite société.

Concernant les MAKOUBI/MAKOUBY j’ai aussi avancé un peu et je dois aller prendre des informations historiques au Congo.

Je recherche des informations sur l’évolution des effectifs des habitations de Bouillante, Sainte-Rose, Gourbeyre, Saint-Claude et Marie-Galante. Je recherche aussi des données sur les navires au départ de la Côte Ouest et à l’arrivée en Guadeloupe. Je vais consolider quelques contacts à Paris prochainement.

J’espère pouvoir t’entretenir plus longuement sur ces sujets et susciter ton intérêt pour travailler ensemble sur un projet.

J’attends de recevoir ta proposition de rendez-vous.

A bientôt et amicalement.

Hugues LAMI

0690352045

Voici ma réponse du 19 mars 2018

« Salut, cousin Hugues, content de te savoir en pleine forme et plein de projets. Je m’inquiétais un peu de ton silence. Je suis actuellement moi-même en Afrique de l’Est à Mayotte depuis le mois d’août dernier où je travaille comme enseignant. J’ai donné ma démission et je rentre en France le 8 avril. Du 11 au 18 je serai à Nice pour fêter l’anniversaire de ma femme et nos 5 ans de mariage brésilien. On ne pourra donc pas se voir aux dates que tu me proposes mais peut-être à ton retour du Bénin. Dis-moi quand tu rentres de là-bas, là ce sera jouable à partir du 19 avril je n’ai aucun projet. La retraite ce sera à partir du 1er août 2018. Mon grand projet c’est une tentative de retour aux Antilles. Je serai en Guadeloupe avec ma femme pour minimum 6 mois à partir du 16 octobre 2018. J’ai déjà réservé via airbnb pour le premier mois à Deshaies. Je cherche à louer à prix raisonnable un T2 minimum meublé avec internet pour la période qui va du 16 novembre au 16 mai. J’ai déjà quelques pistes mais si tu as un bon plan fais-m’en part. L’idéal pour moi ce serait Basse-Terre ou Saint-Claude mais en réalité ça peut être n’importe quelle commune de Guadeloupe.

Ton projet Bénin 2018 est faramineux, je suis scotché ! On nage en plein Roots ! Le Alex Haley de la Guadeloupe ! Intéressantes, tes recherches socio-histo-philosophico-généalogiques qui font entrer même la phonétique du phonème [kp] qui se prononce [f] . Du coup je vais me replonger sur l’examen de ces FRONTON ! Quant au projet que tu souhaites évoquer avec moi pour qu’on travaille ensemble mon intérêt est suscité, ne t’inquiète pas ! D’écriture, d’ADN mitochondrial ou autosomal, de généalogie ou autre, peu importe, tu peux compter sur moi. Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir donné la force d’ouvrir mon blog polyglottrotter.com comme témoignage d’une vision, d’une mémoire guadeloupéenne du monde, même si symboliquement j’appelle mes Guadeloupes Wolfok !

J’ai beaucoup lu sur le Dahomey/Bénin quand j’habitais au Brésil et en particulier j’ai connu à Salvador de Bahia où j’habitais l’ethnologue et photographe Pierre Verger (1902-1996), auteur du livre Fluxo e refluxo do trafico de escravos entre o golfo do Benin e a Bahia de Todos os Santos dos séculos XVII a XIX

Je ne suis pas adepte du candomble mais je suis assez bien familiarisé avec les cultes voduns, les orishas, etc

Je te souhaite une bonne plongée dans tes racines. Je t’appellerai un de ces jours, avant ton départ !

Kimbé réd ! Jean-Marie Baltimore »

Nous nous sommes parlé au téléphone la veille de son départ et depuis plus de nouvelles.

Après avoir vu le reportage je vais l’appeler aujourd’hui même. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et peut-être ne nous rencontrerons nous jamais mais c’est ma famille, un descendant Fronton comme moi. Il a six mois de plus que moi. Nos racines plongent pour certaines quelque part dans le golfe de Guinée. Ce sont des liens invisibles, des rhizomes marins et ultramarins qui nous structurent et nous ramènent sans cesse à la porte du non-retour. C’est dramatiser un peu selon moi que considérer comme le fait le reportage l’Océan Atlantique comme « le Styx, le fleuve de l »enfer et de l’oubli », car la mer n’a pas de mémoire: elle lave sans cesse, par flux et reflux successifs les roches et les plaies, les récifs comme les morts béantes, en concertation avec la lune qui rituellement s’y abreuve parfois du côté de Bimbia !

Qui sait si moi aussi je n’effectuerai pas mon test ADN un de ces prochains jours et que je ne m’inscrirai pas à un de ces pelerinages Roots and Reconnection Cameroon trip and Bimbia Pilgrimage. Le prochain est prévu entre le 26 décembre 2018 et le 7 janvier 2019. Moi j’hésite car je n’ai jamais aimé les voyages organisés. Contact si cela vous intéresse: rootsreconnection@gmail.com