A la recherche du jus de grenade et des gombos à Thessalonique

Quatre jours, trois nuits à Thessalonique. Nous y arriverons aujourd’hui mardi vers midi trente, nous en repartirons vendredi vers 15 heures. Nous y avons passé déjà quatre heures du côté de la gare de chemin de fer avant de prendre notre car pour Sofia. Finalement Thessalonique devrait être l’apogée de notre escapade grecque. Et quelle que soit la richesse architecturale ou culturelle romaine, byzantine ou ottomane que la ville recèle en ses flancs, je repartirai déçu si je n’ai pas goûté à un jus de grenade et à un plat de mouton ou d’agneau, voire de porc, de veau, de lapin, de crabe, de crevettes, de moules, de poulet, de poulpe ou de calamars aux gombos. Cela devient une obsession. Oui en principe on ne vit pas pour manger, on mange pour vivre. Mais permettez que j’inverse les valeurs pour ces quatre derniers jours de Grèce septentrionale. Je ne repartirai pas de Thessalie la bouche sèche et la langue pendante sans avoir senti fondre entre mon palais et ma luette gombo et grenade. Foi de Haut Basse Terrien ! Bunuel aurait compris cet obscur objet du désir qui m’anime.

La Thessalie c’est selon ce que j’ai lu le temple de la gastronomie grecque. On verra bien. En attendant je ne repartirai pas inculte en grec car je sais désormais pour vitam æternam que gombo se dit bamia en grec et grenade se dit rodi. Il y a toute une mythologie autour de la grenade, fruit symbole de résurrection et de fertilité, comme celui de Persephone qui préféra rester aux Enfers avec Hades, son ravisseur plutôt que de retourner auprès de sa mère Deméter trop accapareuse et dominatrice. Elle préféra croquer une graine des six graines que lui avait fait parvenir Zeus via Hermes mais bien qu’elle ait juré ne pas avoir goûté au fruit défendu, la grenade aux 613 pépins, comme autant de positions raffinées et délicieusement acrobatiques du kamasutra. Un jardinier voyeur dans ce jatdin des délices infernaux et paradisiaques qui l’avait prise en flagrant délit de consommation démasqua la sainte-nitouche dérébénale. Elle n’était plus vierge de calebasse car elle avait goûté au fruit du péché, sous-entendu elle avait goûté à la substantifique moelle de la chair, de son plein gré, ce qui lui valut à jamais un séjour de 6 mois sur terre près de père et mère et six mois aux enfers, reine et maîtresse femme matadore.

En Grèce la grenade, mala púnica, la pomme punique, pomegranate en anglais, romão en portugais, est symbole de chance. Séchée on la trouve sur les caisses enregistreuses. Quand on entre dans une nouvelle maison on prend une grenade mûre et on la fait exploser au sol. Idem le jour de l’an. LE JUS N’EST PAS sucré . UN PEU AMER. IL SE VEND EN PETITE BOUTEILLE DANS LES CAFÉS AU PRIX DE 4,50€.

A Thessalonique, une fois arrivé à la gare routière on prend le bus 12 (0,50€ le trajet tarif senior) et on descend sur le premier arrêt sur la rue Ionos Dragoumi. Il suffit de la remonter à pied jusqu’au numéro 61. Là se trouve le Stay Hybrid Hostel. Ils ont des dortoirs mais aussi de très belles chambres au sixième étage (avec ascenseur) tout confort, salle de bains, air conditionné, television, tout cela en plein quartier centre au tarif imbattable de 102€ pour 3 nuits, c’est à dire 34€ la nuit. Fabuleux, je recommande. De plus la jeune fille à l’accueil est charmante, elle est à moitié russe et à moitié grecque et parle un excellent anglais. Grâce à elle j’ai pu manger mes premiers gombos au restaurant Tsarouchas, un restaurant traditionnel ouvert de puis 1952 qu’elle nous a indiqué et qui se trouve à deux rues en montant à droite, rue Olympou 78. Il n’y avait pas d’agneau mais je me suis régalé (l’agneau c’est le dimanche, tant pis pour ma pomme) quand même avec les gombos. Ici cela fonctionne par portion. La portion de gombo c’est 5,20€, la portion de bœuf en sauce servie avec riz et pomme de terre 7,20€. Madame a pris un risotto de poireaux (5,20€) plus une tomate farcie au riz (3,50€).

Le quartier est plein de magasins d’antiquités et de brocante. Et de restaurants. Je suis heureux. Un peu plus bas près de l’agora romain se trouve une énorme place que j’appellerai plutôt un coupe-gorge à ne pas fréquenter la nuit à moins d’aimer la faune interlope. Ou de vouloir se procurer de la came ou un joint. Mais je suis probablement mauvaise langue. Allez y faire un tour comme moi vers 14h30 et donnez m’en des nouvelles.

Je suis assez favorablement impressionné par le peu que j’ai vu de Thessaloniki. Je sens une pulsation humaine que je n’ai pas ressentie à Athènes. J’ai croisé une Camerounaise qui promenait son fils en landau. On a discuté un peu en français. C’est alors qu’une vieille dame s’arrête et nous dit « j’adore votre langue » . Elle est grecque de Thessalonique. Je lui demande si je peux photographier son nez. Oui les nez grecs sont les plus beaux. Elle me dit que tous les nez sont beaux. « Au REVOIR » , me dit-elle pour couper court à ma proposition pourtant pas du tout malhonnête. Je voudrais rapporter douze photos de nez de Thessalonique et en rentrant à l’hôtel je propose a la réceptionniste de lui prendre son appendice nasal en photo avant mon départ . On ne lui a jamais fait cette proposition. Les nez grecs sont les plus beaux. Elle accepte. Elle est même enchantée. Yes. Plus que onze nez à trouver.

Sur ce la fatigue aidant, cela fait dix jours qu’on carbure à un rythme d’enfer on a décidé de s’accorder une après midi de repos. Sieste. Même si je n’ arrive pas à fermer l’œil, malgré la fatigue. Je me repose un peu puis j’en profite pour laver quelques effets personnels (slip, chaussettes, et deux chemises qui puent le bouc dans ma valise). Le soir vers 19h30 notre première virée nocturne dans Thessalonique. On descend Dragoumi jusqu’aux docks. Ce faisant sur notre droite les restaurants animés et nombreux de Ladadika nous clignent des yeux. Mais nous voulons voir la mer sur les docks. Très peu d’éclairage, la mer semble noire et agitée, il faudrait y retourner je pense demain vers 18h ou en fin d’après midi pour mieux voir le port. Les docks semblent le point de rencontre des jeunes ados. Ils se retrouvent en grappes de dix. Probablement un concert en perspective car dans une salle de concert je vois débarquer les musiciens avec leurs instruments. On voit aussi des couples se fondre sur les moindres recoins. Mais l’heure n’est pas à la tendresse pour nous. Madame a faim d’autre chose. Nous remontons dans Ladadika et aterrissons au restaurant choisi par madame. Le Marathos, Ike Mitropoleos 6. En l’occurrence ce sera du poulpe grillé (9,20€) pour elle et des pâtes grecques aux fruits de mer (12,30€) pour moi. Et notre première retsina, une sorte de vin blanc, une bouteille de 50cl de Malamatina (4,40€). Le restaurant s’appelle. Il a l’air assez huppé mais comme partout ailleurs les prix sont super abordables. Cerise sur le gâteau il y a un duo de musiciens qui nous abreuve de musique traditionnelle grecque tout au long du repas. Comme dans tous les restaus grecs on nous sert d’abord l’eau et le pain sans que nous n’ayons rien demandé (3,70€). Comme dans beaucoup de restaus grecs on nous offre un dessert. Aujourd’hui ce sera une glace à la vanille à la crème de sésame. Délicieux. Au goût j’hésitais entre crème de cacahuètes ou crème d’amandes. Ce parfum est vraiment subtil. Le restau est plein. Un mardi soir. J’ai l’impression étrange d’être à Paris ou dans une capitale européenne.


Demain sera un autre jour. À suivre.

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