Cahier d’un retour vers Juniper natal

Chaque vol transatlantique est l’occasion pour moi de découvrir, outre de fabuleux couchers de soleil, un ou plusieurs univers musicaux inexplorés. Entre tous les artistes résidents d’îles et d’archipels épars, à ma disposition sur le vol Level 8001 à destination de Juniper natal, j’ai choisi d’écouter à 12191 m d’altitude:

Sonar contigo (3:06) qui date de 2008 et de l’album Los Mares de China, Estela (4:06), Me gustas (3:31), Mil veces prefiero (3:40), Ella era Mala (4:08), Quien sabe (3:59), de Zenet sorti en 2018 sur l’album « Sonar contigo. Una coleccion de sus grandes canciones 2008-2018 ». ZENET, c’ est plus précisément Antônio Melledo Escalona, né à Malaga en 1967, acteur, compositeur, plasticien espagnol. Un album sensuel, oh so mellow, une compilation des plus grands succès en espagnol qui mélange salsa, samba, chá cha chá, bossa nova, tango, bolero, smooth jazz, jazz manouche, en langue espagnole. L’album au total fait 38 minutes et propose dix morceaux métissés qui vous traversent comme des flèches en forme de contrebasse, D, accordéon, de clarinette, de flûte ou de trompette acérées lancées par Cupidon et Apollon…Les paroles sont toutes de Javier Laguna.

Dans la catégorie jazz and blues j’ai aimé aussi tout au long des 6859km et inflation qui me séparent d’Orly W à Juniper l’album de Slowly Rolling Caméra, intitulé prophétiquement « Juniper » . HUIT morceaux qui semblent comme des oies sauvages qui chevauchent les nuages pendant une expérience sensorielle de 42 minutes. « Juniper » le morceau qui donne le titre à l’album c’est déjà 7:45. Suivent Helsinki (5:56), A THOUSAND LIGHTS (2:47), HYPERLOOP (5:30), CROSSINGS (7:08), Nature’s ratio (1:58),The Outlier (5:31), Eight Days (5:53). JUNIPER C’EST ESSENTIELLEMENT Dave Stapleton aux claviers, Deri Roberts à l’électronique et Eliot Bennet à la batterie.

Envolez-vous, boussoles !

J’entame avec « Crossings » mon cahier d’un retour vers « Juniper » natal. Crossings veut dire traversées mais je lui préfère chemins de traverse, voire croisées de chemins, carrefours, peut-être avec un fromager ou un arbre fruitier géant du type corossolier ou prunier de Cythere au pied duquel des offrandes placées à la nuit louve amadouent les mille lumières ruisselantes des dieux d’ailleurs. BANANES, MELON, CAFE GUY LESUEUR, Prunes de cythere, Rhum Damoiseau, ananas. Sucre de canne. EAU DE SOURCE Saint Jude. LAIT.

Traverses, traversées, sur un radeau de vagues, confluences, mon cahier n’aura aucune page, ni même une couverture, aucun « point, sautez à la ligne » . Son ossature c’est le passage secret et souterrain d’un rhyzome à l’autre et c’est la sève qui perle, aux virgules aussi jalousement gardées que la Toison d’Or, qui écrira elle-même l’histoire singulière de ce retour, de ce retour d’un outlier, pas un outlaw, un outlier. Sonnez trompettes, résonnez saxos et trombones. Here I Come. Le retour à Juniper. Pas Jupiter. Juniper. Ulysse l’avait bien dit. Mieux vaut une Ithaque que mille Helsinki. Heureux qui comme Ulysse. Moi mon Ithaque c’est Juniper, et mon cahier ne perd rien pour attendre. Peut-être qu’une simple écriture à l’encre de Chine sur du papier Canson aurait suffi, suffit et suffira. Je ne sais. J’arrive comme une hyperbole qui a tourné viré sauté maté huit jours en boucles, huit jours de carnaval. C’est le ratio de la nature. Je n’ y peux rien. J’arrive. Le palmier sous lequel jadis mon nombril fut enterré est-il mal caduc ou plein de sève rhyzomique encore? Et la vague molle et fuyante comme une fourmi folle sur laquelle j’avais oncques tatoué mon nom saura-t-elle retrouver la mémoire enfouie de la surface de papier buvard? J’arrive. Sonnez hautbois, résonnez musettes. Il revient le divin enfant. JUNIPER, pays natal, prépare-toi. Medee revient. Oubliés Jasons, oubliés Égée. OUBLIEES MEDEES. Medeos revient au pays de ses pères.

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