Mais où est passé le confessionnal ?

Ecrire c’est comme aller à confesse. Le confesseur c’est la page blanche à qui l’on confie les péchés véniels et capitaux que l’on a commis en dépit de son plein gré. Écrire c’est aller à confesse. A CECI PRÈS que le confessionnal n’a pas l’odeur du bois surtout quand on écrit online. Car le papier c’est du bois sublimé . Mais que dire du confessionnal online.

Il y avait autrefois dans la notion de confessionnal l’idée que le confesseur, le prêtre, pouvait pardonner au nom de Dieu la faute commise, assortissant son pardon de prières et parfois d’injonctions. Le confesseur était le représentant de Dieu sur terre et on pouvait lui murmurer à l’oreille derrière les rideaux rouges de l’isoloir, les plus grands méfaits. Il était soumis à l’obligation de réserve. Rien ne pouvait sortir du secret du confessionnal. La confession était d’ailleurs un sacrement et nul ne serait allé communier à l’ostie se sachant l’âme sale et vile.

Hier abasourdi, moi qui ne fréquente guère ces lieux de sainteté en dehors d’apparitions furtives en cas d’ obsèques, mariages ou baptêmes, choses assez rares dans mon environnement proche, j’ai été vous dis-je abasourdi de voir que dans l’église de mon enfance, celle de Saint-Augustin à Saint Claude, en Guadeloupe il n’y avait plus aucune trace de confessionnal. Et alors la rémission des péchés, on fait comment ? Il y a toujours un chœur, une nef, un autel, des travées de bancs en bois de jacaranda, une croix, des ventilateurs en pagaille, des hauts parleurs. Un escalier en spirale, des ABSIDES, une statue de la Vierge, des bouquets de fleurs, les fonts-baptismaux, le clocher mais du confessionnal nulle trace. Il faut dire que les confesseurs ont aussi bel et bien disparu. Pour confesser il fallait être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et désormais le clergé est part-time. Tout s’explique. Non pas que je regrette ces confessionnaux, qui étaient en fait des instruments de torture et de contrôle, mais parce que j’aimais m’agenouiller et sentir l’odeur du bois tandis qu’un oreille invisible mais familière se penchait sur mes mea culpa, mea máxima culpa. Ma faute, ma très grande faute. Combien de fois m’a-t-on condamné aux travaux forcés du Notre Père et du Je vous salue Marie. Étrangement je ne me souviens plus d’aucuns de ces péchés absous et remis. On a tous une litanie de petits péchés à se faire pardonner.

À vous mes lecteurs et lectrices je confesse que hier j’ai cédé à la tentation: j’ai cédé au péché de gourmandise et d’alcoolisme. Trois cannettes de 1664 de 50ml ce n’était sans doute pas nécessaire pour fêter mes 66 ans. Mais le pénitent que je suis a fait pénitence. Je me suis flagellé avec deux cents litres d’eau de mer. Faute avouée étant à moitié pardonnée j’ose espérer que mon salut n’est pas remis en cause. C’était exceptionnel. Il faisait chaud. J’avais soif. Autant de circonstances atténuantes que j’ai encore atténuées avec un café noir à la fin de cette beuverie diabolique. Merci de votre pardon, merci de votre écoute, chers confesseurs. Merci d’exister. Bénissez-moi encore et encore parce que j’ai péché .