Galeries spectaculaires

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Courez vite aux Galeries Lafayette ! eh oui Noël, le Nouvel An s’approchent et évidemment il faut absolument voir les vitrines du Galeries Lafayette Paris Haussmann imaginées ainsi que la décoration et l’installation sous la coupole par le duo  ToiletPaper, c’est à dire les créateurs italiens Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari! Ah vous n’aimez pas le papier de toilette italien : vous préférez flâner sous l’arbre de Noël?

Eh bien venez aussi flâner devant les vitrines de ce Noël 2017 car la thématique est  spectaculaire. La fête foraine dans les années 20, une fête foraine baroque, chic et surréaliste qui vous emmènera valdinguer en haut de ses montagnes russes, vous vendra un ticket de tombola, vous fera vibrer sur un air oublié  d’orgue de barbarie, vous fera tourner, tourner, sauter mater de tour de manège en tour de manège, vous fera voir tout Paris du haut de sa grande roue et vous fera manipuler les machines à pince  grâce auxquelles vous allez récupérer au grappin vos bonbons préférés. Et si vous êtes sage, sage comme une image, s’entend, vous aurez droit, petit canaillou, à deux chansons de Beth    Ditto, égérie de l’ex groupe  Gossip (ah vous n’êtes pas punk glamour) mais vous chanterez quand même à gorge déployée Heavy Cross et Fever lors de la parade burlesque que vous vous ferez une obligation d’applaudir en chantant Jingle Bells.

Mozambique, bicho de sete cabeças, animal à sept têtes

Aeroporto-InternacionalDe Mayotte on peut aller directement en 1h10  à Antanarivo (Madagascar) via Air Madagascar, en 2h10 à Saint-Denis (Réunion) via Air Austral,  en 10 h à Paris (France) via , en 50 minutes à Moroni (Comores) via Ewa Air et Kenya Airways, en 30 minutes à Anjouan (Comores) via Ewa Air, en 2h25 à Dar ès Salaam (Tanzanie) viaEwa Air, en 1h à Nosy Be (Madagascar) via Ewa Air, en 1h15 à Antsiranana (Madagascar) via Ewa Air.

Parfois on peut trouver un vol direct pour Pemba (Mozambique) via Ewa Air ou LAM mais les vols sont actuellement suspendus. Le vol s’effectue en 1h 45 normalement.

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Aller au Mozambique est et a toujours été un animal à sept têtes, un bicho de sete cabeças. On peut y parvenir néanmoins en prenant soit le ferry via la SGTM qui assure des liaisons maritimes entre toutes les îles des Comores soit l’avion via Ewa Air jusqu’à Moroni (Grande Comore) et de là il y aurait une multitude de compagnies pour se rendre à Pemba, capitale de la province de Cabo Delgado.

On peut aussi aller à Dar es Salam via Kenya Airways , faire un petit tour à Zanzibar puis prendre un vol LAM pour Pemba. On peut aussi aller à Johannesburg via la Réunion puis prendre aussi un vol Johannesburg-Pemba via la LAM ou une autre compagnie aérienne

Bon, le ministère des relations extérieures sur son site  déconseille aux touristes de visiter la region. Il dit ceci :

Compte tenu de la situation qui règne dans le nord de la province de Cabo Delgado suite à l’attaque de plusieurs postes de police survenue le 5 octobre 2017 dans le district de Mocimboa da Praia, il est déconseillé de se rendre dans cette région jusqu’à nouvel ordre.

Mais j’ai remarqué depuis que je suis ici que les relations Mayotte – Mozambique ne brillent pas par leur éclat. Ainsi voit on sur le site outremer l’introduction suivante :

Située dans l’hémisphère sud, entre l’équateur et le tropique du Capricorne, à l’entrée du Canal du Mozambique, à mi-chemin entre Madagascar et l’Afrique, Mayotte est à environ 1500 kms de La Réunion, 8 000 kms de la métropole et 400 kms de la Tanzanie.

On note la distance erronée de la Tanzanie, qui se trouve pour la première ville importante à 612 km (Mtwara) on note le canal de Mozambique mais on aimerait savoir la distance qui sépare Mayotte du Mozambique (cette distance entre aéroports de Dzaouzi et Pemba est de 516 kms soit 1h06 minutes en avion).

Quoi qu’il en soit  après 5 siècles de colonisation portugaise le Mozambique est devenu indépendant en 1975 après la révolution des oeillets en 1974 qui a précipité la chute de Salazar. C’est le FRELIMO, mouvement marxiste léniniste créé en 1962 qui dès 1964 entreprit la lutte armée contre l’oppresseur portugais. Arrivé au pouvoir le parti unique  se transforma en 1994 en une société multipartite après une guerre civile interminable qui termina en 1992. Le RENAMO (Resistência Nacional Moçambicana) est désormais un parti mais certaines factions rebelles ont repris dès 2015 la lutte armée.

Il y eut une période à forts taux de croissance grâce aux richesses naturelles  (charbon, gaz) mais désormais l’inflation est de retour et des milliers de personnes fuient vers le Malawi et le Zimbabwe proches. Le Mozambique qui affiche encore sur son drapeau un fusil automatique AK47 connut ses heures de gloire aux temps de l’esclavage et nombre de sud américains et antillais ont sans le savoir du sang mozambicain qui leur coule dans le sang.

Voilà pourquoi j’aimerais pouvoir fouler ce sol si proche de Mayotte. On y parle portugais, raison de plus, moi aussi ! On y mange bien, c’est parfait ! Jà vou, gente, vou chegar um dia desses. Me aguardem so !

« Sur le chemin de l’école » quand elle est tout sauf buissonnière

Les paysages sont incroyables, époustouflants, à couper le souffle. Ils pourraient aisément s’y retrancher comme dans une tour d’Ivoire. Mais non. Aux quatre coins de la planète, en dépit des soubresauts sociaux, psychologiques, politiques et météorologiques de jeunes héros et héroïnes prennent à bras le corps le chemin de l’école, franchissent les obstacles, les embûches, les distances comme des oiseaux d’envergure phénoménale. A pied, à cheval, en voiture, au pas de course, en chaise roulante tous les chemins mènent vers le savoir. Qu’on naisse au Kenya, au Maroc, en Inde ou en Argentine, qu’il pleuve qu’il neige, sous les regards des moutons, des girafes ou des éléphants l’appétit, l’envie, la détermination, le courage et l’abnégation sont les ingrédients d’un périple pour l’apprentissage et l’instruction. Dans Sur le Chemin de l’Ecole Pascal Plisson nous propose une plongée en apnée dans les cheminements quotidiens du combat permanent auquel doivent se  livrer  des milliers d’enfants à travers le monde.

En sortant de l’école on rencontre, comme le dit Prévert par la voix des Frères Jacques, un tas de choses incroyables comme des voies de chemins de fer qui s’arrêtent pour ne pas écraser les fleurs,  des lunes et des étoiles qui se baladent en bateau à voiles, la mer qui se promène avec ses coquillages, un sous marin pour chasser les oursins et même une maison qui fuit le vent qui veut l’attraper. Mais sortir de l’école comme aller à l’école même sans wagon doré peuvent se révéler des périples extraordinaires vers des îles parfumées et les naufrages de saumon fumé que seul le savoir permet de savourer à pleines dents et sans arrière-goût.

 https://youtu.be/oWn7CQGNIa4

http://youtu.be/PT3jAJ4QHPg

Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse

La fable de la Fontaine Le Laboureur et ses enfants m’a toujours impressionné. C’est la neuvième fable du livre V, édité en 1668, inspiré d’Esope, écrivain grec qui a vécu entre les septième et sixième siècles avant JC.
L’original d’Esope disait ceci en prose :

Un laboureur, sur le point de terminer sa vie, voulut que ses enfants acquissent de l’expérience en agriculture. Il les fit venir et leur dit:  « Mes enfants, je vais quitter ce monde;  mais vous, cherchez ce que j’ai caché dans ma vigne, et vous trouverez tout ». Les enfants s’imaginant qu’il y avait enfoui un trésor en quelque coin, bêchèrent profondément tout le sol de  la vigne après la mort du père. De trésor, ils n’en trouvèrent point; mais la vigne bien  remuée donna son fruit au centuple.

Cette fable montre que le travail est pour les hommes un trésor.

Je  connaissais par cœur cette fable, sous la plume de La fontaine, au même titre que Le loup et l’agneau, Le lion et le rat, Le corbeau et le renard, La cigogne et la souris, La cigale et la fourmi, Le lièvre et la tortue. Il  me revient en tête cette suite d’alexandrins et d’octosyllabes faite de rimes croisées, embrassées et suivies  que je m’empresse de vous réciter, comme je la récitais à ma maîtresse: 

Travaillez, prenez de la peine:

C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage

Que nous ont laissé nos parents.

Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l’endroit; mais un peu de courage

Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.

Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût.

Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse.

Ce qui m’a toujours intrigué c »est pourquoi ce riche laboureur n’avait pas prodigué ses conseils à sa progéniture dans la splendeur de l’âge. Pourquoi avait-il attendu d’être mal caduc, plus mur qu’un fruit à pain pourri à l’article de la mort, pour inculquer à ses enfants la passion du labour/labeur. Il leur fallut bêcher la terre, la piocher, la sarcler, l’engraisser « deça delà, partout » jusqu’à la moisson avant qu’ils ne saisissent dans leur caillou intime que le travail est un trésor. On imagine qu’il y eut des semailles et que les semences étaient certifiées bio  et que nul engrais chimique et surtout pas du Roundup cancérigène ne fut utilisé car le laboureur d’Esope tout comme celui de La Fontaine, presque vingt siècles plus tard, pratiquaient une agriculture raisonnée respectueuse des rythmes biologiques de la terre. Mais encore faut-il que les conditions météorologiques permettent aux champs de respirer, de faire jachère, alterner les cultures, l’ombre et la lumière. On imagine qu’il n »y eut pas de sécheresse et que les oiseaux ne vinrent pas picorer les semences dans les sillons. On imagine qu’il n’y eut pas d’épidémie de phylloxéra et que les pucerons ne desséchèrent  pas les sarments et feuilles de vigne à tout jamais. Les cyclones, les tremblements de terre,  les éruptions volcaniques eurent sans doute leur mot à dire mais malgré tout cela il m’arrive de me demander parfois si le travail libère l’homme ou si c’est une calamité nécessaire pour réguler l’humanité au même titre que la peste et le choléra.

J’ai encore en tête cet hymne à l’oisiveté de Henri Salvador et son Le travail c’est la santé

Pierre Perret pense un tout petit peu différemment

Le laboureur et ses enfants

Auteur : Jean de la Fontaine
Paroles nouvelles et musique : Pierre Perret – © Editions Adèle 1995

Un vieillard cul-terreux, champion de l’infarctus
Qui en avait déjà fait deux trois éblouissants
Avant que la faucheuse ne lui secoue les puces
Fit venir ses lardons et leur dit : Tas d’ fainéants

REFRAIN

Je suis le laboureur
Vous êtes mes enfants
Je suis le travailleur
Vous les fainéants

Désormais grattez dur, fait’s vous péter la rate
Semez l’orge et le blé dans le froid et le vent
Retournez bien le champ, cloquez-y du nitrate
Un trésor est caché enfoui sous le chiendent

REFRAIN

Je suis le laboureur
Vous êtes mes enfants
Je suis le travailleur
Vous les fainéants

Les meules sur son tracteur le plus vaillant des fils
Voit ses épis de blé se transformer en or
Tandis que son frelot, qui rêv’ que de chaud-bise
S’est tiré à Nashville et là, il a fait fort !

REFRAIN

Les fils du laboureur pour plaire au vieux pecnod
En ont vraiment bavé des ronds d’ chapeau

L’un joue de la guitare, oui, c’est ce qu’il voulait
Faute d’être paysan, il est devenu star
Son frangin, ça l’a scié. Ça lui a coupé l’ sifflet
De voir qu’on peut chanter sous une pluie de dollars !

REFRAIN

Les fils du laboureur chacun dans leur sillon
Ont amassé tous deux le gros pacson

De ces deux qui ont choisi le tracteur ou l’ micro
Quel est celui le soir qui a le moins mal au dos ?
Moi je pens’ pour ma part qu’à bosser tout’ sa vie
Qu’on soit paysan ou star, on est complèt’ment cuit

REFRAIN

Pourtant les travailleurs
Savent depuis tout l’ temps
Que le travail fatigue énormément
Et qu’on soit laboureur
Plombier ou Président
On part complèt’ment naz’s
Les pieds devant

Certains disent carrément : je ne veux pas travailler comme Pink Martini et compensent en fumant

Travailler selon moi c’est s’inscrire dans une quête de sens.

Cette quête de sens est multipolaire, multidisciplinaire. L’important est de labourer et même si la terre n’est pas arable il faut faire en sorte de trouver l’instrument idéal, la recette capable d’enlever à la terre son acidité, son PH. Il n’y a pas de terre improductive, de terre stérile, calcaire, rouge ou noire, impropre aux cultures, de terre volcanique, de désert fangeux, de terre saumâtre, de parcelle marécageuse qui résiste à l’assaut persévérant de l’amour, de la patience et de la tendresse comme fumier substantiel.

On sait que dans le Coran la femme est comparée à un champ que l’homme doit labourer inlassablement. Sourate 2, Al Baqara, La Vache verset 223 :

Les femmes sont votre champ. Cultivez-le de la manière que vous l’entendrez, en ayant fait auparavant quelque acte de piété. […]

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Les instruments que l’homme a pour labourer sa femme sont aussi diversifiés que l’araire, le soc, la herse, la pioche, la bêche, la houe, le sep, l’age, la moissonneuse-batteuse, la faux, le versoir, le pic que le laboureur a à sa disposition pour travailler son champ. Encore faut-il qu’ils soient affûtés, adaptés à la terre qu’ils convoitent.  Quel que soit le geste auguste du semeur, qu’il soit laboureur à boeufs ou laboureur à pied, ce n’est pas tout champ qui travaillé, gratté, retourné,  rapportera quelque profit à moins qu’on ne considère la sueur et les larmes comme des marques de profit. Mais il y a des champs qui sont des jardins secrets, des passions, des talents que nous devons labourer sans cesse. Il nous faut suivre ainsi les conseils prodigués par Nicolas Boileau (1636-1711) dans son Art Poétique pour un labour impeccable:

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit que peu de jugement.
J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Consultation moite sans rendez-vous dans un bain de miasmes

Aujourd’hui c’est un grand jour: je vais consulter le docteur Bui Tanh. Je ne sais pas trop si c’est un homme ou une femme mais je m’imagine qu’il ou elle est vietnamienne(ne). J’ai repéré ce cabinet médical le premier jour où je suis arrivé à Mayotte au rond-point Cavani pharmacie près de la boulangerie et depuis je sais qu’ il n’y a pas un seul médecin généraliste à la ronde sur un ou deux kilomètres.

L’usage ici c’est d’aller directement aux urgences à l’hôpital ou au dispensaire. Moi je  n’ aime pas trop la queue interminable donc j’ai  préféré venir ici plutôt qu’aller au dispensaire de  M’Tsapéré pourtant à moins de 300 mètres de chez moi. Et me voilà donc arrivant en taxi sur le coup de 7h15  du matin. Dans la rue deux jeunes filles patientent assises sur  le rebord du trottoir. J’exulte, je suis troisième. Mais je vais vite déchanter. Elles m’annoncent une quarantaine de personnes avant moi. Tonnerre de Brest c’est la foule. Dans la salle d’attente bondée il n’y a plus aucune place pour s’asseoir. C’est debout que les patients attendent après s’être inscrits sur la liste. Je suis le numéro 33. Si j’ai bien compris il y aura un appel de mon nom vers 9h30 pour la deuxième étape, l’enregistrement.

Si j’ai toujours bien compris ici il faut payer cash ou par carte bancaire. Ensuite on se fait rembourser par sa mutuelle. Pas de tiers payant même avec sa carte vitale. Je passe vite prendre un café et un pain aux raisins dans le café voisin et me voilà faisant le pied de grue assis nonchalamment sur les marches d’escalier qui donnent accès au temple du salut.

Heureusement que c’est une consultation de routine. Tout va bien. Je veux simplement faire le point et renouveler mes ordonnances. Il faut que je contrôle mon insuffisance rénale. Il faut que je me fasse suivre. Il me faut surtout mes deux médocs en chef : Lasilix et Coveram.

Il y a une sorte de fatalité et de résignation chez les gens qui attendent probablement depuis 6h30 alors que le cabinet ouvre officiellement à 7h30.

On rigole, on se salue, c’est une ambiance festive mais la maladie rode. J’entends toussements, je vois visages d’enfants cernés, j’entends les pleurs des enfants. Oh là mais j’espère que je sortirai indemne de ce bain de miasmes.

Il est 8 heures. L’alerte orange synonyme de pluies diluviennes et décrétée hier bat son plein. Cela rafraîchit l’atmosphère qui était lourde avec la chaleur, les miasmes, l’enfermement et la foule. Moi stratégiquement j’ ai changé de place pour me placer devant les persiennes. Enfin je respire un peu d’air frais.

8h19 . 4 personnes ont consulté. Plus que 29 avant que mon tour ne vienne.

A l’entrée de l’officine il y a toute une liste de prioritaires dont je ne fais partie.

Patients avec une carte d’invalidité

Enfant âgé de moins ou égale à un an si on veut effectuer des vaccins

Enfant fiévreux plus de 38°5

Adultes fiévreux plus de 39°5

Gastro-entérite avec diarrhées et vomissement au cabinet

Personnes très âgées (âge supérieur à 80 ans) à l’appréciation du médecin

Femmes enceintes à partir de 8 mois

Les autres patients sont priés de faire leur métier, patienter. Merci.

Après s’être mis sur la liste il faut attendre pour se faire enregistrer.

A 8h25 17 personnes sont enregistrées. Il faut pour cela attendre que leur nom soit appelé.

Dans la salle d’attente une pancarte encadrée de rouge prévient en français et en anglais : vous revenez d’Afrique de l’ouest  : Guinée Conakry, Sierra Leone, Liberia il  y a moins de 21 jours ET vous ressentez les symptômes de fièvre, supérieure ou égale à 38°C ou 100°4 F. Signalez-vous immédiatement et évitez tout contact avec les autres et ne touchez rien. Signé Maladie à virus Ebola

Les tarifs des consultation sont les suivants: 29 € pour adulte, 34 € pour enfants jusqu’à 6 ans. Pour les tiers-payants  (si vos droits sont ouverts) enfants 11 €, adultes 10 €. Je note  que pour des raisons techniques les patients affiliés à la MGEN/MFP et certaines autres mutuelles sont priés de régler la totalité de la consultation et se faire rembourser. Bon moi je suis normalement pris en charge à 100 pour cent pour tout ce qui concerne mon insuffisance rénale. Mais je sens que je vais faire chauffer ma carte bleue. 29 €

Il est 9 heures. Une jeune fille me propose sa place. Je la remercie. Cela ne fait que une heure et demie que je suis debout. J’attendrai de me faire enregistrer, ensuite on verra bien.

Il est 9h15 et il y a 53 inscrits sur  la liste dont 25 ont payé et sont donc enregistrés. Plus que 8 avant que je puisse moi aussi m’enregistrer. 14 patients ont été examinés.

Ce cabinet ouvre lundi, mardi, mercredi et vendredi de 7h30  à 16 h sans rendez-vous. Il est fermé le jeudi et ouvre le samedi de 7h30 à midi.

La climatisation est en panne, les ventilateurs tentent de leur mieux de me délivrer de la moiteur ambiante. Finalement je trouve un siège en face du comptoir où se trouve la secrétaire médicale. Il est 9h30. Thanks God, it’s Saturday November 18th 2017.

Toutes les 10 minutes environ le Docteur Bui réapparaît en chemise bleue clair. Je le trouve un peu trapu et joufflu, et pas du tout souriant, le prétendu chinois. J’évalue sa rondeur. À 29€ la consultation par 53 patients sans prendre en compte les enfants ça fait tout de même la bagatelle de plus de 1500 € rien que pour cette matinée moite. Une fois déduits les impôts, les charges sociales, la secrétaire médicale et la location du cabinet il lui reste tout de même une coquette somme, je trouve.

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Il y a bien un distributeur d’eau sur lequel trône négligemment un gobelet coloré mauve clair mais je désespère d’y trouver une goutte d’eau. D’ailleurs personne n’y prête guère attention. Oh mais y a des toilettes.

L’assistance est composée à 80 pour cent de femmes. A 19 pour cent d’enfants. Ah je suis seul, désespéré !

À 9h45 je passe. Carte vitale. Votre adresse à Mayotte. 29,60€. Vous payez en espèces ou par carte. Par carte, dis-je. C’est directement avec le médecin. Je lui fais remarquer que je bénéficie des 100 pour cent, mon affection de longue durée étant exonérante. Rine n’y fait. Vous paierez directement par carte au médecin.

Je me rassure. Il n’y a plus qu’à espérer que mon tour vienne.

À 10h45 22 personnes ont été examinées. Plus que onze.

À 11h 20 une nouvelle patiente se présente avec un enfant. Je ne prends plus personne, dit la secrétaire.

Les deux jeunes filles qui attendaient sur le trottoir à l’entrée sont en consultation. L’une s’appelle Yasmina et passe son temps à se faire des selfies.

Ça commence à être bon, mon tour arrive. Cela ne fait guère que 4 heures que je suis sur place. Il y a une heure je suis sorti m’approvisionner en eau et j’en ai profité pour avaler un Orangina car l’eau était tiède et non bien glacée comme je l’aime..

À 11h37 on me rend ma carte Vitale et me prie de m’installer sur la chaise qui précède l’entrée dans le cabinet. Yepa.

Je sors mes vieilles ordonnances. C’est tout bon. Il va être 11h40 docteur Bui.

Eh bien le bon docteur Bui est souriant et amène. Il est ici depuis 2 ans, me dit-il. Vietnamien, comme je l’avais subodoré. Ma tension 12 / 8. Vous en avez encore pour 15 ans me dit-il. C’est ma femme qui va être contente, lui dis-je. Atmosphère bon enfant. Pourquoi êtes-vous venu ici dans ce cabinet, me demande-t-il. C’est le seul médecin que j’ai vu dans mon voisinage qui prenait sans rendez-vous. Pas trop fatigué, docteur avec toutes ces consultations. Non, on a l’ habitude. Allez, voici une batterie d’analyse à effectuer. La routine comme tous les six mois: protéinurie, créatinurie, calcium, phosphore, plaquettes, urée, créatinémie, et quelques autres joyeusetés, etc ! Puis on fait chauffer la carte : 29,60 €. À la sortie on lit sur une plaque : le médecin ne reçoit plus.

Vite un petit tour à la pharmacie pour s’approvisionner en Coveram 10/5 et Lasilix 40 et direction le petit restau sympa pour récupérer le temps perdu autour d’une Heineken et un bon plat de filet de boeuf avec mes potes profs sénégalais et togolais polyglottrotters comme moi, puisque j’en ai encore pour quinze ans, au bas mot. Elle est pas belle, la vie ?!!!!!

 

Haram : des prescriptions qui ne sont pas qu’alimentaires

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Haram pour le néophyte fait penser à harem ! C’est un mot que j’entends beaucoup depuis trois mois que je suis à Mayotte. Il signifie illicite, interdit, c’est une prescription religieuse que le fidèle doit suivre sans que l’abandon de la chose ne soit dicté par la peur ou la timidité et son contraire est halal. Haram est parfois traduit par péché, ou par tabou. Il y a d’autres choses qui sont déclarées makruh (blâmables, licites mais répugnants). Toutes ces interdictions formelles ou informelles proviennent de la Charica (la loi musulmane déduite  des sourates du Coran et de la tradition du Prophète -la Sounna) qui est analysée de façons différentes (rigoriste, libérale, exégétique) selon les écoles de droit musulman d’obédience sunnite, chiite, kharedjiite, alaouite, soufie, salafiste, druze, etc. Beaucoup de ces prescriptions par ailleurs se retrouvent dans les trois traditions religieuses monothéistes qui apparaissent dans l’Ancien Testament (en particulier dans le Lévitique et le Deutéronome) et sur lequel se sont basés le Coran et la Tora. Certaines ne se pratiquent plus, certaines sont encore vivaces

M’ont été déclarés haram à Mayotte par des musulman(e)s d’origine mahoraise, comorienne, sénégalaise, malgache, togolaise et congolaise au cours de discussions formelles ou informelles les actes suivants qui touchent à l’alimentation mais aussi à la sphère intime et aux relations sociales:

  • boire de l’alcool (à base de blé, de coco, d’orge, de datte, de canne, etc) donc  pas de rhum, pas de vin, pas de whisky, pas de bière, même sans alcool, pas de cidre) et pourtant je lis ici que l’islam n’interdit pas l’alcool mais l’ivresse
  • manger du porc, du sanglier, (mammifères ayant le sabot fendu)
  • fumer du tabac : une cigarette, un cigare, un joint, la chicha (le narguilé pour fumer du tabamel, mélange de tabac, mélasse et pulpe de fruits), utiliser des drogues
  • mettre du vin, du vinaigre dans une préparation culinaire (pas de boeuf bourguignon, pas de moules marinières au vin blanc, pas de bananes flambées)
  • pratiquer le cunnilingus, la fellation, la sodomie, monter un homme pour une femme quand on fait l’amour alors que le mari peut adopter avec ses épouses toutes les postures qu’il juge bonnes, en vertu du verset 223 de la Sourate II : « Vos femmes sont votre champ. Cultivez-le toutes les fois qu’il vous plaira. »
  • voler
  • faire l’amour en dehors du mariage : la zina ! (lire ici sur les rapports sexuels illicites) d’où la nécessité de faire légitimer toute union par un contrat de mariage nikah entre le futur mari et le tuteur matrimonial de l’épouse (le wali ) avec la présence de deux témoins devant un cadi moyennant versement d’une dot plus ou moins importante
  • manger du sang (pas de boudin, pas de canard au sang)
  • manger du crabe, du homard, des palourdes, des huîtres, des moules, des coquilles saint-jacques, calamars, seiche, poulpe (pieuvre) (animaux aquatiques qui n’ont pas au moins une nageoire et une écaille que l’on peut facilement détacher)
  • manger des oiseaux comme le pigeon, le ramier, la grive, la caille et consommer leurs oeufs (animaux non domestiques comme la poule)
  • consommer toute nourriture ou aliment pendant la journée lors du mois de Ramadam
  • manger du chien, du chat (animaux domestiques)
  • manger un animal qui n’a pas été égorgé rituellement et vidé de son sang tourné vers la qibla, la Mecque en répétant les paroles rituelles (Bismillah Allaou Akbar)

A bien y regarder un musulman pieux qui suit au pied de la lettre les préceptes de l’islam, notamment en matière alimentaire, est plus difficile à contenter qu’un végan ou un végétarien qui doit lui aussi en permanence consulter les étiquettes pour savoir les ingrédients des produits qu’ils souhaitent consommer ! Chacun peut outre ces préconisations alimentaires religieuses se forger ses propres interdits au cours de sa vie en fonction de ses goûts et ses dégoûts individuels et de ses allergies. On peut aussi se créer de nouveaux interdits et annuler les autres. On est aussi le fruit d’interdits communautaires, de traditions familiales dont on n’est même pas conscient..

Parmi ces interdits il y a à Mayotte les interdits alimentaires formulés par les esprits. Il faut savoir qu’il y a à Mayotte 9 catégories d’esprits (djini) qui hantent leurs adeptes. Que ces génies soient patrosi, dans le cas du culte ngoma, d’influence bantoue ou tromba d’influence malgache il faut savoir négocier avec les interdits qui peuvent toucher des choses aussi simples que le lait, les oeufs, le poulet, les restes de nourriture, etc

Je me souviens que jusqu’en 1966 les catholiques ne mangeaient pas de viande le vendredi et que le vendredi dans les cantines des collèges et des lycées on ne trouvait que du poisson. Je sais qu’au Brésil les femmes ne font pas l’amour le Vendredi-Saint et que désormais cette interdiction de manger de la viande ne subsiste que pour le Vendredi-Saint et le Mercredi des Cendres. Entre Carême (jours maigres) et Charnage (jours gras, jours charnels) les habitudes ont varié et varient encore, chacun aménageant les préceptes à sa sauce. J’ai ‘ailleurs évoqué ce sujet en relation au Père Labat en Guadeloupe.

Et jusqu’à nos jours les nombreuses dénominations religieuses qui caractérisent la Guadeloupe font que nous avons nous aussi des actions qui sont haram par extension si on reprend la sémantique musulmane.

Par exemple une personne pieuse fera des accras au giromon ou aux carottes en période de carème, considérant la morue ou les lambis, voire les crevettes, trop gras pour le jeûne ! Le vendredi est toujours aux Antilles le jour du poisson !

Le sang constitutif du boudin commence à se diversifier. On propose des boudins désormais avec du sang de volaille ou de boeuf au lieu du sang de porc traditionnel. ou des boudins sans sang comme du boudin au crabe, aux lambis et même des boudins légumiers. Cela a l’air anecdotique et on pourrait même louer cette diversification qui plaît aux touristes et aux végétariens.

Néanmoins on sait que les Témoins de Jéovah qui sont bien implantés ne mangent pas de boudin et refusent certaines charcuteries où le sang est présent. Il s’agit donc d’une prescription alimentaire.

Les Adventistes du Septième Jour respectent eux aussi scrupuleusement les préconisations de l’Ancien Testament. Les consignes alimentaires vont du porc  à l’alcool et au tabac  qui sont eux aussi haram.

Si je prends mon propre exemple, moi qui ai été élevé dans un environnement catholique mais qui depuis plus de 50 ans suis athée, je ne mange pas de papaye depuis le jour en 1987  au Brésil où j’ai eu une diarrhée phénoménale après avoir bu plus que de coutume et mangé de la papaye. Hier encore au marché je voulais en acheter car quelqu’un m’a fait goûter au travail de la papaye et j’ai bien aimé mais quand je me suis retrouvé face à face avec la papaye les images de ma chambre maculée de fiente me sont revenues et je me suis abstenu. Pourtant l’incident doit dater de presque 30 ans.

Cela me rappelle que mon père ne mangeait jamais d’ananas le soir et que pendant longtemps je l’ai suivi. Il disait que si on mangeait de l’ananas le soir on se réveillerait le lendemain avec une tête d’ananas.

Ma mère elle n’a jamais aimé les gombos alors que moi je les adore.

Je ne mangeais pas non plus de langue de boeuf jusqu’au jour où juré dans un concours de gastronomie où s’affrontaient une vingtaine de bistros à Salvador au Brésil je me suis vu attribuer la dégustation de cette langue de boeuf et je dois dire que j’ai été agréablement surpris. Je sais que c’est bon, bien cuisiné, mais je répugne à préparer ce plat, à cause de l’aspect initial de la chose, une langue.

Etant globe-trotter j’ai plaisir à goûter des choses différentes qui sont mainstream ans la culture étrangère. Aux Antilles dés l’enfance j’ai été initié au colombo, aux dombrés, aux haricots rouges, aux bananes plantain, à la morue, aux avocats et aux gombos, aux poyos et au dachine, au fruit à pain et au corossol, au titiris et aux orphies, aux crabes aux ouassous et au sorbet coco. Mais jamais je n’ai goûté à une tortue, ni à une mangouste, ni a un raccoon  ni à un guimbo (une chauve-souris). Je le regrette ! Je me souviens tout petit en train de chasser des grives ou des ramiers mais je ne me souviens pas en avoir goûté. Et jamais je n’ai avalé ni sauterelles ni fourmis volantes, me contentant de lambis. Il me reste encore quelques années j’espère pour me rattraper !

Par exemple aux USA j’avais plaisir à manger du sirop d’érable sur mes pancakes ou mes french toast, j’aimais manger le grits and eggs (fait à base de semoule de maïs) et boire de la tequila sunrise et du Southern Comfort. En Hollande j’ai acquis le goût de mélanger fromage et confiture, boire du lait froid, boire le Jonge Geniever et la bière, la sauce saté, et la sauce soja indonésienne Conimex.

 

Le Brésil m’a initié aux palourdes, au jus d’avocat au lait, au jus d’avocat au citron, à la maniçoba (feuilles de manioc pilées et viandes diverses) m’a réhabilité au poisson dont je détestais auparavant ne serait ce que l’odeur, m’a ouvert à la jaque (j’ai goûté), le serpent (j’ai goûté), le xinxim de bofe (poumons et crevettes séchées)(j’ai goûté), le sarapatel, ma première victoire lors d’un mariage (à base d’abats: foie, coeur, poumon, le tout appelé fissura de porco, sang de cochon) mais je n’ai toujours pas adopté les gésiers de poulet (qui pourtant font les délices des gens mais moi cela m’écoeure malgré plusieurs tentatives  où je les assaisonnais d’une tonne de piment et que je les ingurgitais pour les recouvrir aussitôt de 66 gorgées de bière). Le foie ça va mais le coeur, les reins, les amourettes, oh la la , il faut vraiment que je sois dans l’ambiance, que je voie que tout le monde en mange, que mon désir de m’intégrer soit plus fort que ma révulsion naturelle et que l’action se passe dans un cercle privé qui me garantit l’authenticité du plat. Les acarajés, les abaras, les pamonhas tout cela m’a été inculqué et m’a permis de mieux appréhender la cuisine antillaise car en fait nous avions à certains moments éloignés de nos histoires ces recettes à un état embryonnaire voire plus avancé. Quand je mange une maniçoba je pense au calalou antillais ou au mataba mahorais. Quand je mange des bolinhos de bacalhau ou des acarajés je pense à mes accras locaux. Quand je mangeais de la farine de manioc je pensais comment je la dégustais tout petit aux Antilles avec du sucre de canne et j’ai vu ici à Mayotte une congolaise faire la même chose. J’ai failli manger du tatou au Brésil, c’est primitif, je sais, c’est illégal, je sais, c’est anti-écologique, je sais, je le sais cent, mille fois, mais je sais aussi par ceux qui en ont mangé que c’est délicieux. Idem pour la tortue ! J’ai l’impression que cela fait partie de mes gènes ! Et parfois je me plais à rêver que je croque de la bonne chair d’oiseau diablotin comme du temps de la Guadeloupe d’antan du Père Labat. Bien meilleur que le canard ! Et chaque fois que je buvais une caipirinha ou une caipiroska c’était au rhum et non à la cachaça que j’étais ramené, au planteur, au ti punch. J’ai une ou deux fois mangé une moqueca de noix de cajou verte et c’était phénoménal. et je pourrais continuer inlassablement sur les nombreuses re-découvertes culinaires qu’il m’a fallu intégrer à mon alimentation au cours des 30 dernières années où j’ai vécu sous influence brésilienne. Depuis que je suis à Mayotte en terre musulmane les tabous alimentaires étant ce qu’ils sont beaucoup des produits que j’aime souffrent de haram caractérisé : puisque nous sommes en république française laïque et indivisible les produits dits haram ne peuvent être totalement éliminés mais les conditions de ravitaillement et les prix élevés contribuent à la rareté ou chèreté des fruits de mer, porc, alcool, il faut donc être créatif. J’ai goûté à l’aloé vera, je me suis rabattu vers les feuilles de toutes sortes, les brèdes, vestiges de la cuisine malgache, j’apprécie les salades, les différents achards qui deviennent presque part de ma cuisine, j’utilise désormais le curcuma et le piment bien plus qu’autrefois, la banane verte, le fruit à pain. J’aimerai goûter au tangue (Tenrec ecaudatus) , une sorte de hérisson réunionnais même si je sais que son origine est malgache et comorienne. Ah un bon civet de tangue et je risque même de proférer un doux jésus marie joseph de béatitude bien que la chose soit haram ! ah un bon civet tortue  à la congolaise, oh mygosh!!

Ne pensez pas que je plaisante je suis damn serious !Regardez par exemple l’ouvrage The culinary Herpetologist de Ernest E. Liner. C’est un livre de cuisine un peu spécial, je le concède, qui traite de la gastronomie appliquée à l’herpétologie, ou erpétologie, terme qui qualifie la science spécialisée de la zoologie qui étudie l’herpétofaune, c’est à dire les reptiles (les serpents, les lézards, les tortues, les crocodiles) et les amphibiens (les grenouilles, les crapauds, les salamandres, les tritons). Le spécialiste est alors désigné comme un herpétologue (terme le plus vieux) ou herpétologiste (terme le plus utilisé de nos jours). Eh bien,  dans cet ouvrage que vous pouvez trouver sulfureux et que probablement certains censeurs qualifieraient de haram on propose plus de 900 recettes touchant les reptiles et amphibiens ci-dessus cités et en particulier 281 touchant les tortues. J’ai relevé au hasard cream tortoise steak, green turtle steaks, turtle with cream sauce, turtle cacciatore, turtle scallopini, turtle à la king. Je signale pour les censeurs éventuels toujours prompts à se faire harpies que la viande de tortue peut être élaborée dans des élevages, spécialement le cas des soft-shell turtles. Certes je sais qu’à Mayotte il y a des tortues qui passent vite fait dans la marmite et sont aussi vite avalées et que c’est une tradition millénaire ici malgré les interdictions internationales.

Lire plus: https://www.aquaportail.com/definition-9294-herpetologie.html

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Je n’ai qu’un tabou, il n’est pas religieux  puisque je n’ai pas de religion : je ne mangerai pas mon prochain. En cas de faim intense je peux manger n’importe quoi (je n’irai sans doute pas jusqu’à m’alimenter de mes propres rejets, urine et excréments, mais je ne jure de rien, car selon moi nécessité fait loi et certains événements nous ont enseigné que l’homme peut dans certaines conditions insoutenables s’alimenter de n’importe quoi) je ne me crois pas anthropophage mais je ne peux jurer qu’en cas de nécessité absolue il me soit impossible de dépasser mon aversion à manger de l’humain. Je n’ai en tout cas aucune limitation spirituelle qui m’en empêche !

Mon dieu alimentaire préféré, ne vous en déplaise c’est ichtus, le poisson. et non ICHTUS, initiales en grec de Iesous Christos Theou Uios Sofer (Jesus Christ fils du Dieu Sauveur)

Comrade Bob, fétiche irréaliste ou salvator mundi dans le marigot aux crocodiles ?

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Parfois l’actualité s’entrechoque et se télescope: Macron évoque les fétiches irréalistes des écologistes et dirigeants qui l’ont précédé au pouvoir; Salvator Mundi, une représentation du Christ,  un tableau de Léonard de Vinci à la suite d’un périple incroyable devient le tableau le plus cher du monde, adjugé pour plus de 400 millions de dollars; et Robert Mugabe, l’indécrottable président du Zimbabwe, le vieux lion-crocodile de 93 ans, est en résidence surveillée, sous le Toit Bleu, pressé à démissionner par une faction de son propre groupe politique après qu’il ait limogé son propre vice-président, son dauphin logique, (au surnom de  Crocodile, lui aussi, suite à son appartenance dans les années de lutte pour la libération au groupe Crocodile), leader de la faction Lacoste, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, compagnon de route depuis plus de 50 ans, compagnon de guérilla qui lui aussi a vécu 10 ans en prison, certes un peu plus jeune mais néanmoins septuagénaire.

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Sa femme Grace qui se voyait déjà prendre elle aussi l’héritage des heures glorieuses de la guerre de libération nationale, le chimurenga, et tous les leaders du parti G40 sont soit en fuite  soit en détention. Le coup d’état est plus dirigé contre elle et ses fidèles que contre Mugabe.

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De toutes ces péripéties celle qui a imprimé en moi c’est celle de Mugabe. Je me souviens l’avoir vu pour la dernière fois lors de l’enterrement de Nelson Mandela. Et bien qu’il soit honni par une grande partie de la communauté internationale j’ai toujours eu une admiration secrète pour ce vieux combattant de la cause noire. Je dois même dire que je l’admire au moins autant que Nelson Mandela. D’ailleurs un récent sondage du journal New African Magazine place Mandela en premier dans le coeur des Africains de tous les temps alors que Mugabe est numéro trois. Pas mal pour un despote ! Il faut se libérer des libérateurs, disent néanmoins les détracteurs de l’indéboulonnable dont plus d’un ont des velléités de sécession au Matabeleland.

Oh ne croyez pas que je maîtrise l’histoire de cette partie de l’Afrique. J’ai de lointains souvenirs de Rhodésie du Sud, de l’indépendance unilatérale de la Grande-Bretagne, puissance coloniale du territoire  depuis 1890, par la minorité blanche sous le leadership de Ian Smith (1919-2007) en 1965, de 15 ans de guerre civile, de la prison de Mugabe pendant 11 ans, puis de la victoire des guérilleros marxistes du ZANU (Zimbabwe National Union) en 1980 et de la prise de pouvoir de Mugabe qui devient premier ministre puis président en 1987. De son anoblissement en 1994 par la Reine Elizabeth 2. De son pouvoir autoritaire,  de l’expropriation dans les années 2000 de 4000  gros exploitants agricoles blancs. De sa femme Grace, presque 40 ans plus jeune que lui et impopulaire.

La figure est controversée et boudée par la communauté internationale en raison de hold up électoraux et de répression sanglante. On ne lui pardonne surtout pas sa politique d’indigénisation qui consiste à donner aux Noirs les terres possédées par les exploitants blancs et ceci sans compensation.

Au départ il y avait Joshua Nkomo à la tête du ZAPU et Abel Muzoreva de l’ANC. Par la suite ZAPU et ZANU se sont fondus en ZANU-PF (pour patriotic front) et gouvernent le pays d’une main de fer depuis une éternité.

L’Union Soviétique fut l’allié naturel ainsi que Cuba sous l’ère Castro. Même si depuis 1991 la ZANU-PF a renoncé au marxisme-léninisme et a adopté l’économie de marché, Harare, l’ex-Salisbury de Rhodésie du Sud est toujours au ban des nations mais malgré les résolutions le vieux crocodile se maintient envers et contre tous depuis 37 ans au pouvoir. Malgré cet isolement diplomatique le Zimbabwe, qui intègre le SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe), a une politique extérieure qui se résume à cette phrase:

Nous allons nous détourner de l’Ouest où le soleil se couche pour nous tourner vers l’est où le soleil se lève.

L’est ce n’est pas seulement la Chine mais aussi la Corée du Sud, la Turquie…

Mugabe né en 1924 a étudié au Royaume-Uni et en Afrique du Sud mais est resté au fond un gushungo (un crocodile, son animal totem). Un crocodile du calibre de pères fondateurs architectes du rêve de l’unité Africaine comme l’ont été dans les années 50 et 60  des leaders africains comme Nkwame Nkrumah, Sekou Touré, Modibo Keita.

Ce que je note surtout en lui c’est sa non-complaisance envers « the powers that be ! »

Malheureusement toute statue de commandeur se fissure devant la crise économique et financière qui sévit depuis les années 2000.

Il y a environ un mois et demi je me suis retrouvé avec deux profs d’histoire africains, tous deux sénégalais et exerçant à Mayotte qui par leur discours m’ont permis de mieux appréhender politiquement et historiquement le vieux crocodile. Les accords de Lancaster selon eux en décembre 1979 sont le legs de Mugabe. Il en est l’un des artisans. Il les a négociés habilement. La question foncière est au centre de cet accord car à l’époque il faut se souvenir que 4000 propriétaires blancs détiennent 50 pour cent des terres arables occupant 15 millions d’hectares. Dans un premier temps l’accord prévoit que pendant 10 ans  donc jusqu’à la fin 1989 il n’y aura pas d’expropriation ni de nationalisation. Seules les ventes de gré à gré sont possibles (willing buyer, willing seller) C’est la raison pour laquelle on le laissa tranquille tant que Mugabe laissait prospérer ces terres fertiles aux mains des colons britanniques (indiens, pakistanais et anglais). En 1989 il n’y a pourtant qu’un million d’hectares de terres qui a été redistribué à seulement 20000 familles. Le Land Acquisition Act de 1989 est la deuxième étape: il permet à l’Etat d’acquérir les terres en indemnisant les propriétaires. C’est sa politique d’indigénisation qui l’a fait diaboliser par la Grande Bretagne et les Etats-Unis. Là dans la troisième étape Le « BEE » (Black Economic Empowerment)  au Zimbabwe, oblige depuis 2008 les sociétés étrangères à transférer 51% de leurs actifs à des Zimbabwéens noirs.

Le Zimbabwe est loin d’être une planète florissante. Le dollar Zimbabwe est fortement dévalorisé, beaucoup de Zimbabwéens vivent en Afrique du Sud ou ailleurs, fuyant le chômage, l’hyperinflation et le sida.

Camarade Bob, autoproclamé « diplômé en violence », va-t-il jeter l’éponge ou va-t-on assister à un de ces soubresauts dont il est coutumier ? En un mot Bob bande-t-il encore? Ou fait-il partie des fétiches irréalistes que l’Afrique doit encore exorciser? Ou est-il un tableau inestimable, une toile à ranger dans les décors et les ors de l’histoire? Le retrouvera-t-on dans un exil doré en Namibie ? L’Union Africaine, Jacob Zuma, président d’Afrique du Sud, le fidèle, qui sait se souvenir que Mugabe et le Zimbabwe (comme le Mozambique d’ailleurs)  ont servi de base arrière aux camarades de l’ANC sud africain dans leur lutte contre l’apartheid; Laurent-Désilé Kabila en RDC qui doit une fière chandelle au Zimbabwe, Alpha Condé de Guinée et bien d’autres encore redoutent sans trop y croire la chute du héros de l’indépendance, de  ce vieux despote, symbole vivant et décati des contradictions de l’Afrique de ce siècle et du précédent,  presque sous le regard indifférent des 12,9 millions de Zimbabwéens. Un symbole géant quoique décrépi qu’on ne saurait impunément malmener. Le vieil homme renâcle à démissionner et laisser le pouvoir au Crocodile bis qui a pourtant été l’exécuteur de ses basses oeuvres pendant de nombreuses années. On parle de gouvernement d’union nationale. Morgan Tsvangirai, du MDC (Movement for Democratic change), leader de l’opposition, pointe le nez avec son vice Nelson Chamisa.  L’ex vice-présidente Joice Mujuru limogée en 2014 sur ordre de Grace réapparaît sur la scène politique en même temps que Constantino Chiwenga, le général, chef de l’armée. La lutte de succession est ouverte. On prie les oracles, les Achille, les Horace pour que la guerre de Harare n’ait pas lieu dans ce décor ubuesque. Mais Grace n’est pas Hélène et les fétiches sont tombés sur la tête depuis bien longtemps.

Et voilà que moi même je me sens devenir vieux crocodile nostalgique , enfin plutôt vieux caïman gâteux nostalgique du temps si lointain déjà où il collectionnait  des timbres portant des noms comme Haute-Volta, Dahomey, Gold Coast, Tanganyika, Rhodésie du Sud… Nostalgique non pas de la colonisation  mais de ce moment unique où mes frères africains se sont dressés debout contre l’oppression. Les héros sont fatigués mais ils ont été des héros, des role models qui m’ont permis à moi même d’exister. Chacun a ses limitations, les héros comme les autres. Quand vient le moment de passer la main, le jeune sang qui existe encore en quantité infinitésimale dans le flux sanguin du crocodile bouillonne, c’est humain d’accepter avec difficulté de se mettre en retrait, de ne plus être acteur pour devenir spectateur, on veut tout au moins faire son successeur, l’adouber et ainsi se perpétuer en quelque sorte, et  qu’on s’appelle Elizabeth 2 ou Mugabe 1, cela ne change rien à l’affaire.

Romazava à la madagwadabra

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Le romazava est un plat malgache. Il vous faut comme ingrédient des brèdes mafane (ce sont des feuilles et des fleurs jaunes qui piquent un peu aux lèvres, la feuille existe au Brésil, d’ailleurs on appelle cette plante aussi cresson du Para et est trés consommée ans les etats du Para et du Amapa)), de la viande de zébu, et puis les épices habituelles, oignon, gingembre, sauce tomate, sel, poivre, jus de citron, persil arabe (ou coriandre vert), cives. 

L’apparence générale dans la tradition malgache c’est une sorte de pot au feu clair. Le plat est servi avec du riz blanc et de la sauce piment ! On peut aussi accompagner d’un rougail tomates ! Moi j’aime le calalou fait à base de feuilles de dasheen (taro, majimbi ici à Mayotte) et de gombo et je peux y ajouter au choix du crabe, des palourdes, des écrevisses, des lambis, des crevettes, du poulpe mais voilà il y a un hic cela va faire trois mois que je suis en manque. J’ai tout juste eu droit à un gombo il ya un mois environ et un crabe dans les mêmes zones. Comme je vois tous les jours en rentrant chez moi des vendeuses de rue me proposer des feuillages et en particulier des brèdes mafanes, j’ai décidé, ne vous en déplaise, de faire une romazava-calalou de brèdes mafanes, où à défaut de grives je mettrai du merle! et cela donne un romazava à la madagwadabra (avec des influences mada, gwada et brabra)

Le merle en l’occurrence se nomme chou, carotte et colombo et clou de girofle et bonda manjak !

Bon, l’idéal pour un romazava-calalou serait de mélanger quelques feuillages comme pour un bon calalou.

Si vous avez des feuilles de moutarde, des feuilles de cresson (anadraho, cress), de roquette (aragula, rucula) ou même des fanes de radis, des feuilles d’épinards à défaut de feuilles locales comme les brèdes mafanes (anamalaho en malgache, Acmella Oleracea, cresson du Para, paracress, jambu), anamamy (malabar spinach en anglais, épinard de malabar, Basella Alba), , essayez les.

On peut aussi imaginer un bréde mafana végétarien auquel cas je remplacerai le boeuf par des lentilles et du lait de coco ! Et voilà le tour est joué ! On peut aussi faire un romazava avec du poisson fumé (the best selon moi) du marlin fumé, du thon blanc fumé, oh la la ! Voire du poulet fumé, du jambon fumé, bref vous comprenez, hein ! !

L’idéal serait d’y ajouter des piments végétariens quoi que le cresson du Para (appelé jambu au nord du Brésil) a tendance a faire pétiller votre bouche et rendre vos lèvres un instant insensible. D’ailleurs en Amazonie et dans les états du nord du Brésil il y a un plat célèbre appelé pato no tucupi (canard au tucupi ou les feuilles de brèdes mafanes sont indispensables avec le tucupi, qui est du jus de manioc, goma de mandioca appelé aussi en Guyane kasilipo) et un autre nommé tacaca. On considère le jambu comme un aphrodisiaque féminin, il fait frétiller les langues et on a même une cachaça de jambu. Pour que le jambu garde ses propriétés il faut qu’il soit consommé aussitôt après avoir été cuisiné, sinon il perd ses caractéristiques

On peut servir à la malgache avec du riz blanc ou à la brésilienne avec de la farine de manioc ou à la mahoraise avec du fruit à pain rôti, ou des bananes rôties ou du manioc rôti ou à la française avec des pommes de terre ou des patates douces  rôties, ou carrémént à la gwada avec des dombrés au colombo! The choice is yours, breda !