Ma première éclade

Vaut mieux tard que jamais mais je peux le crier désormais à la ronde: j’ai mangé une éclade ! Une vraie de vraie en Charente Maritime pas dans un restaurant ! A Saintes à la campagne. Je dois remercier nos hôtes pour cette éclade d’adieu qui clôturera pour nous un séjour de deux ans en Charente -Maritime. Une éclade vraie de vraie ça commence par des moules ni trop grosses ni trop petites. Il faut de la main d’oeuvre pour les installer d’une certaine façon sur le billot de bois pour qu’elles puissent s’ouvrir et cuire de la façon la plus harmonieuse. Il faut avoir récolté à la bonne saison les aiguilles de pin, non au sol qui pourrait les contaminer, mais sur des pins coupés. Il faut les avoir stockés dans un sac en attendant les beaux jours où l’on fera au grand air de son jardin cette éclade, spécialité e Charente-Maritime. Oh vous trouverez des éclades dans les restaurants, parfois, mais rien ne vaut l’éclade au grand air sous un figuier qui vous sert de tonnelle à l’abri d’un parasol pour vous préserver des rayons ardents de l’été indien de septembre.

Surtout n’assaisonnez pas, n’y versez ni vin ni Pineau des Charentes, ni cognac pourtant proches. L’éclade qui se respecte ne doit contenir que des moules et des aiguilles de pin comme ingrédients de base. Vous installez donc vos moules sur le billot de bois, vous les couvrez abondamment d’aiguilles de pin et d’une allumette vous mettez le feu à la chose. Oh je n’oublierai jamais le chant e la moule qui vous déclare sa flamme dans la chaleur du midi de septembre. Oh elles ne le font pas toutes, ce jour-là seule une a fait sa diva, seule une a chanté. Et son chant d’alto était plus intense que tous les trémolos de la Callas. Pour apéritif ce fut du vin de noix, du Pineau et du Gaillac , servi avec des copeaux de melon qui ressemblaient à s’y méprendre à du fromage hollandais. Puis ce furent nos moules cendrées à point. Toutes chaudes et brûlantes. L’éclate ne se déguste pas froide. C’est chaude qu’elle se déguste. C’était autrefois le plat des pauvres pêcheurs de moules qui ainsi se nourrissaient pour survivre. Il faut donc lui garder cette simplicité. Mes hôtes qui ne sont pas charentais pour rien ont dégusté cette éclade en la grignotant avec du pain et du beurre. Moi je les ai englouties l’une après l’autre sans extrême-onction de la sorte. J’en ai presque oublié de boire le vin qui fut servi, un Bourgogne aligoté que j’avais ramené. Ces moules furent suivies d’une salade de pâtes aux tomates et à la mozzarella avec du basilic où je pus récupérer sur les autres convives le retard que j’avais accumulé dans la prise de haute lutte des moules. Car il faut savoir les faire s’ouvrir en glissant une coque contre l’autre et en s’aidant de l’Opinel pour les déloger de la demi-coquille où elles aiment se recroqueviller. S’ensuivit un plateau de fromages où je me régalai sur un camembert Lepetit moulé à la louche, voluptueusement caressé sur une tranche de pain de campagne beurré , laissant aux autres le soin de s’approprier le chèvre et la brebis et autre vache. Un gâteau aux figues du jardin accompagné d’un café vint conclure cette épopée fantastique. Dans quinze jours je parcourrai la Grèce et j’espère y vivre des aventures gastronomiques aussi intenses que celles que j’ai vécues en deux ans à Saintes.

Hugues Tiburce et son pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora

La vie est étrange parfois. Ce matin j’ai visionné sur YouTube ce reportage de Blaise Mendjiwa intitulé La Diaspora antillaise au Cameroun. J’ai suivi la démarche de nombreux antillais expatriés regroupés au sein semble-t-il du club caribéen de Yaoundé. Monique Malo (MQ)(enseignante en mathématiques), Annick Namco (GP)(architecte), Gilbert Joséphine (GP) (chef d’entreprise), Dominique Foussé (MQ)(avocate), Véronique Pokossy Doumbé, Annette Hell (AG)(enseignante en anglais, originaire d’Antigua), Charlotte Plantadit née vers 1938 en Centre Afrique et fille d’un monsieur Plantadit (GP)de Sainte-Anne, arrivé en Centrafrique vers 1918 (commerçante retraitée). Élmire Maga, Marlène Ossendo (médecin, enseignante), Reine Békoué (GP), évoquent leur parcours dans ce pays d’Afrique de 475 millions de km carrés allant du golfe de Guinée au lac Tchad. Ils évoquent l’entraide, l’esprit de famille, le partage à l’africaine. La plupart sont depuis 40 ans installés au Cameroun et apparemment bien intégrès dans la bourgeoisie camerounaise. Le reportage m’a beaucoup intéressé. J’aurais néanmoins voulu voir leur famille, leurs enfants et voir comment ces derniers se situent par rapport à leurs origines. Je note ce besoin malgré le temps passé en Afrique de se plonger dans son antillaise puisque finalement on se retrouve entre soi au sein du Club Caribéen de Yaoundé. La loi camerounaise ne reconnaissant pas la double nationalité personne n’a pris si je comprends la nationalité camerounaise, préférant pour certaines raisons non explicitées conserver la française sans doute. Certes j’entends « je suis 100 pour cent Camerounaise » , « mi-antillais, mi-camerounais » mais ma question est d’emblée après 30ans de vie dans le pays parles-tu la langue ou plutôt l’une des langues du PAYS ? Quelle est ta relation avec l’une des 300 TRIBUS ? Quels bamilékés, Peuls, Ibo ?

Ce qui en revanche m’a intéressé plus encore c’est l’information sur le site historique, vestige de la traite transatlantique Bimbia, port d’esclaves stratégiquement situé entre Sénégal et Angola, d’où selon l’ethnologue américaine Lisa Aubrey 166 cargaisons d’êtres humains seraient parties à bord de bateau ancrés au large de Nicholls Island vers la Guadeloupe et Antigua par exemple. D’ailleurs on ne devrait pas dire traité transatlantique ou traité négrier ni slave trade, transatlantique ou transaharienne. On devrait appeler cette souffrance, ce traumatisme, cet holocauste on devrait l’appeler par son nom africain en Kiswahili: MAAFA. Plus que le trafic mis en évidence à Gorée (appelée en réalité Ber) au Sénégal. Tout cela au sud-ouest du Cameroun, à 60 km de Douala et à 20 km au nord de la ville balnéaire de Limbé. Sur 45 hectares on se replonge dans la Traversée du Milieu. Bimbia est d’ailleurs devenu depuis peu un lieu de pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora et d’écotourisme où de nombreux Afro-Américains se rendent depuis les années 2010 quand les tests ADN leur ont permis de localiser leurs ancêtres dans la région du Cameroun. Lisa-Marie Aubrey tout comme les autorités camerounaises luttent pour obtenir le classement du site de ce port négrier comme site du patrimoine mondial.

Concurrence des mémoires oblige. Comment choisir entre Ouidah au Bénin, Gorée au Sénégal, Elmina au Ghana et Bimbia au Cameroun ? Quel dilemne .

Et je ne sais pas trop pourquoi, après avoir vu ce reportage j’ai pensé à Hugues Tiburce. HT EST UN COUSIN QUE JE N’AI JAMAIS RENCONTRE PERSONNELLEMENT. NOUS CORRESPONDONS PAR ÉMAIL DEPUIS ENVIRON 3 ANS ET C’EST LUI QUI M’A DONNÉ L’IDÉE DE COMMUNIQUER SUR LA TRANSMISSION, CE QUI A DONNÉ NAISSANCE À CE SITE POLYGLOT TROTTER QUE J’AI CRÉÉ EN DÉCEMBRE 2016. J’AURAIS VOULU QU’IL Y COLLABORE AVEC D’AUTRES MAIS JE ME SUIS RETROUVÉ SEUL À LA MANŒUVRE.

Il m’a contacté au mois de mars 2018. Il voulait qu’on se voie à Paris en avril lors de l’escale qu’il y ferait en avril avant de se rendre au Benin où il pense avoir retrouvé des Ancêtres de notre origine commune Fronton. Je le sentais au comble de l’ excitation. Mais moi j’étais à l’époque à Mayotte, donc notre rencontre n’a pas été possible.

Je vous publie néanmoins la teneur de son email concernant les motivations de son voyage.

« Bonjour cher cousin,

Je reprends contact avec toi après avoir passé des mois pleins d’occupations bonnes et de mauvaises.

Durant mes moments de bonne santé relative, j’ai pu avancer sur mes recherches et réflexions. J’ai aussi avancé sur mon projet d’écriture et je souhaite échanger sur le sujet avec toi .

Je serai en France du 2 au 5 Avril en direction du Bénin et je te propose de te rencontrer dans cette période.

Je vais au Bénin à l’invitation d’un dignitaire du Royaume d’Abomey qui participe à l’organisation d’un colloque sur Toussaint Louverture dont les parents étaient issus du Royaume d’Allada.

J’y vais aussi afin de rencontrer des dignitaires des Adjigo à Agoué et à Aneho au Togo. Ils acceptent de faire l’éloge panégyrique des familles Adjigo et Alliés, en particulier les KPONTON et les QUAM DESSOU.

Des initiés vont aussi peut être réciter la litanie de ces familles et du peuple Guin.

Je poursuis l’idée de m’éclairer sur les conditions de vie et de capture des Fronton que tu as aussi repérés dans les registres d’esclaves de 1848, à Sainte Rose, Grand-Bourg et Bouillante. J’en recherche aussi à Gourbeyre.

Ces personnes sont parents et ont été déportés ensemble en Guadeloupe: ils ont tous (presque) déclaré leur nom aux différents officiers de l’état civil à l’abolition. Ils ont prononcé leur nom (qui était certainement connu et usité) avec l’accent propre à leur langue (Guin/Ewé/Fon ?). Ce nom a été écrit naturellement (et correctement ?!?) à la française, comme de nombreux autres noms enregistrés à Bouillante. Ils s’appelaient KPONTON (ou KPONTON QUAM DESSOU). La prononciation du son [KP] (labio vélaire) peut rappeler aux français le son [F] . D’ailleurs certaines personnes de ce nom au Bénin ont vu l’état-civil de l’administration coloniale française transformer leur non en FONTON (le cas de l’ancien ministre de l’urbanisation , Noel FONTON). Le clan de cette famille a été en position très défavorable durant la période mouvementée de 1818 à 1828, dans la région de Grand Popo, Petit Popo au Bénin/Togo.

Certains d’entre eux furent capturés et exilés. Leur nom signe leur engagement et porte un caractère nobiliaire au niveau de leur petite société.

Concernant les MAKOUBI/MAKOUBY j’ai aussi avancé un peu et je dois aller prendre des informations historiques au Congo.

Je recherche des informations sur l’évolution des effectifs des habitations de Bouillante, Sainte-Rose, Gourbeyre, Saint-Claude et Marie-Galante. Je recherche aussi des données sur les navires au départ de la Côte Ouest et à l’arrivée en Guadeloupe. Je vais consolider quelques contacts à Paris prochainement.

J’espère pouvoir t’entretenir plus longuement sur ces sujets et susciter ton intérêt pour travailler ensemble sur un projet.

J’attends de recevoir ta proposition de rendez-vous.

A bientôt et amicalement.

Hugues LAMI

0690352045

Voici ma réponse du 19 mars 2018

« Salut, cousin Hugues, content de te savoir en pleine forme et plein de projets. Je m’inquiétais un peu de ton silence. Je suis actuellement moi-même en Afrique de l’Est à Mayotte depuis le mois d’août dernier où je travaille comme enseignant. J’ai donné ma démission et je rentre en France le 8 avril. Du 11 au 18 je serai à Nice pour fêter l’anniversaire de ma femme et nos 5 ans de mariage brésilien. On ne pourra donc pas se voir aux dates que tu me proposes mais peut-être à ton retour du Bénin. Dis-moi quand tu rentres de là-bas, là ce sera jouable à partir du 19 avril je n’ai aucun projet. La retraite ce sera à partir du 1er août 2018. Mon grand projet c’est une tentative de retour aux Antilles. Je serai en Guadeloupe avec ma femme pour minimum 6 mois à partir du 16 octobre 2018. J’ai déjà réservé via airbnb pour le premier mois à Deshaies. Je cherche à louer à prix raisonnable un T2 minimum meublé avec internet pour la période qui va du 16 novembre au 16 mai. J’ai déjà quelques pistes mais si tu as un bon plan fais-m’en part. L’idéal pour moi ce serait Basse-Terre ou Saint-Claude mais en réalité ça peut être n’importe quelle commune de Guadeloupe.

Ton projet Bénin 2018 est faramineux, je suis scotché ! On nage en plein Roots ! Le Alex Haley de la Guadeloupe ! Intéressantes, tes recherches socio-histo-philosophico-généalogiques qui font entrer même la phonétique du phonème [kp] qui se prononce [f] . Du coup je vais me replonger sur l’examen de ces FRONTON ! Quant au projet que tu souhaites évoquer avec moi pour qu’on travaille ensemble mon intérêt est suscité, ne t’inquiète pas ! D’écriture, d’ADN mitochondrial ou autosomal, de généalogie ou autre, peu importe, tu peux compter sur moi. Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir donné la force d’ouvrir mon blog polyglottrotter.com comme témoignage d’une vision, d’une mémoire guadeloupéenne du monde, même si symboliquement j’appelle mes Guadeloupes Wolfok !

J’ai beaucoup lu sur le Dahomey/Bénin quand j’habitais au Brésil et en particulier j’ai connu à Salvador de Bahia où j’habitais l’ethnologue et photographe Pierre Verger (1902-1996), auteur du livre Fluxo e refluxo do trafico de escravos entre o golfo do Benin e a Bahia de Todos os Santos dos séculos XVII a XIX

Je ne suis pas adepte du candomble mais je suis assez bien familiarisé avec les cultes voduns, les orishas, etc

Je te souhaite une bonne plongée dans tes racines. Je t’appellerai un de ces jours, avant ton départ !

Kimbé réd ! Jean-Marie Baltimore »

Nous nous sommes parlé au téléphone la veille de son départ et depuis plus de nouvelles.

Après avoir vu le reportage je vais l’appeler aujourd’hui même. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et peut-être ne nous rencontrerons nous jamais mais c’est ma famille, un descendant Fronton comme moi. Il a six mois de plus que moi. Nos racines plongent pour certaines quelque part dans le golfe de Guinée. Ce sont des liens invisibles, des rhizomes marins et ultramarins qui nous structurent et nous ramènent sans cesse à la porte du non-retour. C’est dramatiser un peu selon moi que considérer comme le fait le reportage l’Océan Atlantique comme « le Styx, le fleuve de l »enfer et de l’oubli », car la mer n’a pas de mémoire: elle lave sans cesse, par flux et reflux successifs les roches et les plaies, les récifs comme les morts béantes, en concertation avec la lune qui rituellement s’y abreuve parfois du côté de Bimbia !

Qui sait si moi aussi je n’effectuerai pas mon test ADN un de ces prochains jours et que je ne m’inscrirai pas à un de ces pelerinages Roots and Reconnection Cameroon trip and Bimbia Pilgrimage. Le prochain est prévu entre le 26 décembre 2018 et le 7 janvier 2019. Moi j’hésite car je n’ai jamais aimé les voyages organisés. Contact si cela vous intéresse: rootsreconnection@gmail.com

Ducana, saltfish, chop up

Ce matin j’avais sur watsup une conversation live avec les Caraïbes. Ma cousine Loreen d’Antigua, Baltimore comme moi, m’a donné la recette du Ducana, saltfish and chop up. Je suis en effervescence, je regarde par la fenêtre à Saintes en Charente -Maritime, France, Europe et je vois poindre la mer ! la mer des Caraïbes en plein Saintes à deux cents mètres de l’abbaye. à deux cents mètres de la Charente. Incredible but true. Je tends les bras et je cueuille les alizés comme des fruits mûrs d’un pied de tamarin. Oublié le vin, oublié le pineau, je déguste mon jus de tamarin, je sirote mon jus de maracuja, je siphonne mon jus de carotte au gingembre, je suce mon jus concombre et citron vert, je savoure mon jus de sorrel. Que du local ! Et je ne te dis pas, man, mais le jus de concombre au citron vert c’est une tuerie. On dirait du watermelon !

Avec ma cousine on a imaginé notre réunion de famille en Guadeloupe qui devrait se tenir entre juillet et août 2019. Les Baltimore de Guadeloupe et de Antigua se réuniront pour une semaine d’activités, qui se termineront par un banquet dansant.

Je me suis déjà arrangé avec les Antiguais pour que leur collaboration consiste entre autres choses en la préparation sur place du ducana, saltfish and chop-up.

En quoi consiste la chose. C’est un plat qui consiste en trois parties :

carbohydrates : la partie consistance : le ducana : il s’agit de patates douces et de noix de coco râpées, mélangées avec de la farine et des raisins secs, de la cannelle, de l’extrait de vanille, (parfois même pour certains de l’extrait de poire), du sucre, de l’eau (ou de l’eau de coco, ou du lait de coco en fonction de ce que vous allez utiliser, coco râpé frais ou en flocons) et de la noix de muscade. On peut aussi ajouter à ce mélange de la carotte râpée ou du giraumon râpé. Le tout est mis à cuire environ 50 minutes dans une feuille de papier aluminium ou traditionnellement dans des des feuilles de banane ou de raisiniers bord de mer (coccoloba) mais si on a des feuilles de figue sous la main pourquoi pas.

protéines animales: le saltfish (la morue) (on peut la remplacer par du maquereau ou du hareng mais normalement on utilise la morue comme de la chiquetaille de morue qu’on va assaisonner néanmoins avec oignons, poivrons, sauce tomate, ail, huile d’olive, vinaigre de cidre et poivre noir. (saltfish buljolde)

protéines végétales : le chop-up: normalement on propose des épinards au beurre. Mais on aime aussi panacher avec gombo, giraumon, aubergine, courgette.

Attention la patate douce aux Antilles, la bonne pour ce plat c’est la variété boniato.

Le ducana est un plat très apprécié à Antigua et Barbuda, Trinidad et Tobago, Saint Vincent et Grenadines, Belize, Jamaïque, Sainte-Lucie, Grenade, Saint-Kitts, Barbade.

Si vous avez déjà mangé des tamales ou des pastelles on peut dire que ce sont des cousins. Le DUCANA est appelé aussi duckanoo, ducuna, dukuna, tie a leaf, blue draws (en Jamaïque), paime à Trinidad et Tobago et Sainte-Lucie, conkie à Grenade et à la Barbade, dukunu à Belize, pastelles à Puerto Rico, ducuna à St Kitts and Névis. Le tie a leaf est généralement fait avec de la farine de maïs (cornmeal), certains mélangent cassave râpée, malanga râpé (tannia) et patate douce râpée. Mais globalement quel que soit le nom de ce plat il contient de la patate douce râpée et du coco râpé.

https://youtu.be/C7P07kkP_6w

C’est un plat de jeûne . On l’utilise fondamentalement à Antigua le vendredi Saint à Pâques et le 1er novembre, jour de l’indépendance.

Oh il y a des centaines de recettes mais moi je vais les yeux fermés sur Cooking Magic

https://youtu.be/qgt9emdeGOY

Et si vous voulez les ingrédients et la recette à la mode Antiguaise vous allez ICI.

Dombrés burgots chaubettes ou mariscada brésilienne aux dombrés ?

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Pour paraphraser ce dessin je dirais : eternal dombrés, endless refill !       Cela  peut être ami Burgot ou compère Bulot, papa Lambi ou manman Chobèt, cousin Lambi ou ton Wassous, cousine Chatrou ou Manzè Piskèt, Défunt Krab et Défunte Paloud peu importe si Saint Dombré, martyr est là, tout va. Je suis en extase spirituelle ! On ne dit jamais assez comme la cuisine est spirituelle ! Chantons en coeur mes frères, baillez la voix mes soeurs :

Je suis dombré, voilà ma gloire, mon espérance et mon soutine, chanson ‘amour et e victoire, je suis dombré, je suis dombré !

Vous avez chanté à l’unisson avec moi ? Vous aimez donc les dombrés ! Mais avez-vous jamais essayé dombrés burgots ? Oh c’est simple de deux choses l’une: ou vous farcissez votre pâte de dombrés de burgots/chaubettes, ou vous cuisez vos burgots/chaubettes tels quels dans une sauce colombo avec les dombrés comme vous le feriez pour un dombrés wassous ou dombrés crevettes voire dombrés lambi.

ah mais il faut d’abord nettoyer, brosser, astiquer vos burgots puis les faire dégorger leur glaire. Oui car elles bavent ces petites bêtes là. Il faut qu’ils recrachent toutes leurs saletés, et notamment le sable qu’ils affectionnent plus particulièrement. Mettez-les dans l’eau vinaigrée environ 20 minutes. Ensuite rincez-les bien comme il faut à l’eau claire. Et alors là vous allez  les assaisonner à votre convenance  (vous avez au choix, le vin, la bière, le rhum, l’eau, le whisky pour leur donner  le bon goût qui vous tient à coeur) plus les clous de girofle, la ciboulette (cive), le laurier ou la feuille de bois d’inde, l’ail. vous préparez pendant ce temps  le piment, le poivre, la purée d’oignon et d’ail, votre cive, votre persil, etc. Vous laissez cuire votre blaff à petit feu et au bout de vingt minutes vous sortez du feu, vous laissez refroidir, vous  égouttez et vous  décoquillez. N’oubliez pas de vous débarrasser des petits opercules qui sont à l’une des extrémités.

ensuite dans leur eau de cuisson que vous aurez pris soin au préalable de passer au tamis vous plongez vos burgots dans le mélange avec un peu d’huile d’olive de la purée d’oignons et d’ail,  et les fines herbes et épices de votre préférence (thym, persil, etc). arrosez tout cela en fin de cuisson de citron vert

Vous pouvez ensuite en farcir vos dombrés et les mettre à cuire doucement dans un colombo.

En tout cas c’est délicieux. Mais mon coeur balance entre Guadeloupe et Brésil et j’imagine un summum de cuisine spirituelle qui réconcilierai les deux :

Imaginez le summum ! Des dombrés baignant dans un colombo au lait de coco où surnageraient  palourdes, chaubettes, pisquettes, langouste, canuts, crabes ciriques, chatrou, lambi, mama mia ! Une sorte de mariscada brésilienne aux dombrés !

Vous pouvez certes vous inspirer de ce dombrés aux crevettes , moules et laké cochon de ce monsieur Alain là

Je ne doute pas que cela soit savoureux mais moi je vois quelque chose qui a en même temps à voir avec le matété, le matoutou, le calalou, le colombo avec tous les fruits de mer possible et imaginaires. Pour un plat spirituel ce serait une super litanie locale !

Mes trisaïeux, quadrisaïeux, quinquisaïeux en 1848

On est tous autant que nous sommes le sosa numéro 1 d’une infinité d »ancêtres. Chaque trisaïeul nouveau, chaque quadrisaïeul nouveau, chaque quinquisaïeul nouveau que je retrouve est pour moi un moment de bonheur intense. Comme une nouvelle naissance. et parfois il m’arrive comme aujourd’hui de faire le point. cette fois-ci j’essaie de voir la situation de mes ancêtres en 1848, moment charnière s’il en est pour une majorité de nos ancêtres caribéens, puisqu’il marque pour bon nombre d’eux la fin de l’esclavage.

Bouillante (Guadeloupe)

Sosa 4O le père de Monrose (inconnu) décédé.

Sosa 41 Magdeleine : Elle a 65 ans, est née à Bouillante, et habite Habitation E. Lafages. Le père de son fils Monrose dit Petit Frère est décédé. Monrose (mon sosa 20) a 35 ans et habite habitation D. Bertrand.

Il a eu deux enfants avec Jeannille (30 ans) (mon sosa 21) qui après voir vécu en 1839 sur l’habitation veuve Lafages, habite désormais sur l’habitation Mineurs Bertrand avec ses deux enfants St Prix agé de 8 ans et demi et Etienne agé de 7 ans.

Jeannille est la fille de mes sosa 42 ( Jean) qui a 54 ans et habite habitation veuve Noel Sabine et sosa 43 Désirée (67 ans) qui elle vit habitation mineurs Bertrand avec sa fille Delphine (43 ans) et le fils de cette dernière Ambroise agé de 15 ans

Saint-Claude (Guadeloupe)

Mes sosa 44 et 45 sont inconnus. Ce sont les parents de mon sosa 22 (Benjamin Louisy) qui lui a 15 ans et vit sur l’habitation Ducharmoy.

Mon sosa 23 c’est Emerance, la future épouse du sosa 22. Elle a 6 ans à l’époque et après avoir vécu habitation veuve André Arnoux habite en 1848 habitation Petit Parc

Les parents d’ Emerance sont Léandre 42 ans (mon sosa 46) vivant sur habitation Pelletier et Victorine (sosa 47) agée de 25 ans qui a vécu sur l’habitation veuve André Arnoux mais qui en 1848 se trouve sur l’habitation Petit Parc

Les parents de Léandre, François (mon sosa 92) agé de 83 ans et Magdelonette (mon sosa 93) agée de 71 ans vivent tous deux habitation le Pelletier et sont deux de mes rares quinquisaieux repérés.

Grand-Bourg (Marie Galante) Guadeloupe

Demoiselle Elisa, mon Sosa 37, couturière, née en 1799, ne connaîtra pas la lumière de 1848. Elle meurt le 27 novembre 1847. En 1848 son clan est représenté par ses enfants Saint Père, 29 ans et neuf mois, Champfleury, vingt-six ans et neuf mois, (mon sosa 18) Firmin, vingt-deux ans et neuf mois, tous trois charpentiers. Ces derniers ont tous été affranchis en 1834 avec leur mère sur demande d’un certain Joseph Leduc, apparemment colon et potentiel Sosa 36 qui meurt en 1841, veuf depuis 1815, laissant deux filles de son mariage legitime: Irène qui aura 40 ans en 1848 et Marie Louise Celina âgée de 36 ans et mariée depuis 1841. Virginie Cécile est fille d ‘Elisa, née jumelle en 1839 et a donc 9 ans. Cette même année de 1839 la famille a perdu trois de ses membres: Irma le 18 septembre, Ernest le 29 septembre et Josephine Cecília 27 novembre.

La future épouse de mon sosa 18 est Anaïs Marguerite , mon sosa 19, qui est âgée de 16 ans. Elle a été affranchie en 1834 à l’âge de deux ans. Sa mère, mon sosa 39, est une demoiselle Marguerite âgée de 56 ans. Mon sosa 38 pourrait potentiellement être un sieur Leroux, puisque à un certain moment elle se fait appeler à la naissance de l’un de ses enfants Anaïs Leroux.

Case Pilote (Martinique)

Alfred, mon Sosa 48, est né en Afrique. Il a 27 ans. Mon sosa 49 c’est Judith qui elle est née à Case-Pilote et qui a 24 ans. Ils ont une fille Berthilde Hubble née en 1845. Ils ne le savent pas encore mais peut-être pensent-ils à mettre en route leur premier fils. Ce sera dans un an avec la venue de Bertrand Hubbel (mon SOSA 24) en novembre 1849.

Le père de Judith est inconnu. C’est mon sosa 98. EUGÉNIE, la mère de JUDITH, est mon sosa 99. Elle est née à Case-Pilote et est décédée

A Case Pilote, mon sosa 50 s’appelle Charles Anin. Il a 16 ans. Celle qui deviendra son épouse, Anne Azoune Theotiste (Sosa 51), est née à Ducos en Martinique de Demoiselle Theotiste (Sosa 103) et est âgée en 1848 de 12 ans.

Le père de Charles, Sylvain Nelson Anin, est mon sosa 100. Il est affranchi depuis 5 ans et a 33 ans. Son épouse , mon sosa 101, se nomme Antoinette et le mariage à eu lieu en 1843. Antoinette est la fille de Sophie Élisabeth, mon Sosa 203, née en 1783. Le couple a deux enfants Marie Berthilde (4 ans) et Marie Justine (2 ans)

Mes sosa suivants Jacques dit Isaac (sosa 200) et Françoise Anastasie Anin agée de 57 ans (sosa 201) sont les parents de Silvain Nelson. Leur deuxième fils Léon reste esclave jusqu’en 1848. Françoise Anastasie Anin est affranchie depuis cinq ans environ en même temps que son fils Sylvain Nelson Anin.

Mon Sosa 111 c’est Marie Noelle Zulma, mulâtresse, elle est âgée de 37 ans, affranchie depuis octobre 1833 sur la demande de Joseph Marcel. C’est la fille de Coralie, mon Sosa 223, née en 1799 donc âgée en 1848 de 49 ans. Zulma a 8 enfants survivants sur 10 dont Josephine Thuriaf, capresse, âgée de 6 ans, mon SOSA 55, dont le père est Joseph Thuriaf, 43 ans, (mon Sosa 110)(nègre créole affranchi sur demande du même Joseph Marcel le 28 janvier 1840) avec qui elle est mariée depuis janvier 1843. Joseph Thuriaf est le fils de Sophie (Sosa 221) née en 1792 et donc âgée de 56 ans. Sophie a eu de nombreux enfants avec Jean-Louis Darsoulant, âgé d’environ 20 ans de plus qu’elle. elle a comme enfants survivants Jean (30 ans), Louise dite Jolotte (23 ans), Sully (20 ans), Gustave (16 ans), Lucia (15 ans) . Ces enfants seront légitimés en 1851. Joseph est-il le fils de Jean-Louis ? Mystère et boule de gomme !

Josephine Thuriaf épousera bien plus tard Louis Alphonse Celestine (mon Sosa 54) âgé alors de 7 ans. Ce dernier est le fils de mon Sosa 109, Marie Celestine Rogemont, âgée de 35 ans.

Tout cela pour vous donner un petite idée (incomplète, je vous le concède volontiers) de la situation de mes ancêtres entre Guadeloupe et Martinique, aux îles sous le vent en 1848.

On a souvent l’habitude de considérer les ancêtres de cette époque en Guadeloupe comme en Martinique comme des êtres égarés, hébétés, éparpillés aux quatre coins cardinaux des îles sous le vent, sans lien entre habitations. Je m’attache pour ma part à essayer de retracer les attaches familiales invisibles que font apparaître les donnéees généalogiques.

Ce que je veux montrer c’est  que l’on ne prend en compte que les survivants.            Voyez par exemple le cas de Sophie Thuriaf. Elle accouche en théorie de  Joseph Thuriaf, le premier fils en 1808 et le deuxième en 1818. Dix ans de différence entre les deux. Pour moi ce n’est pas crédible. Elle a pu avoir des enfants avant et après. D’un même père Jean-Louis Darsoulant ou de plusieurs. Ce n’est pas parce que Jean-Louis reconnaît ses enfants et les légitiment lors de son mariage ultérieur en 1851 que ces enfants sont forcément les siens. et ce n’est pas non plus parce qu’il ne reconnaît pas son fils Joseph Thuriaf en 1851 qu’il n’en est pas le père.

Je dirais même plus. Ce n’est pas parce que quelqu’un en 1848 lors de l’abolition reconnait un enfant comme le sien que c’est obligatoirement son enfant. C’est peut être celui de son frère ou de sa soeur décédée, C’est peut-être tout simplement une adoption. tout cela n’est que du bon sens sur lequel l’analyse des pratiques d’aujourd’hui en matière de naissances, reconnaissances et adoptions devrait nous inciter à réfléchir.

Ne soyons pas manichéens. Les structures de la parenté sont complexes (Mauss et Levi-strausss l’ont démontré), partout à travers le monde et l’esclavage a certes considérablement effacé les réseaux entre l’Afrique et le Nouveau Monde mais n’a pas réussi à gommer les liens qui unissaient dans ce nouveau Mone les descendants de ces exilés malgré eux qui ont réussi malgré tout à maintenir un système parental qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui dans nos sociétés caribéennes post-esclavagistes

Douches tièdes, lavandes papillon et vélotrotters

Vélotrotter c’est un style de vie. On part à l’aventure sur son petit vélo, son deux-roues, cela peut être par exemple, tenez, au hasard,  pour monsieur un Trek Navigator 2 bleu

et pour madame un Koga Miyta Lady Runner rouge.

C’est du costaud, c’est du vintage, c’est du garanti à vie. Du made in USA (Waterloo, Wisconsin) et du made in Holland (Heerenveen, Friesland) pur sang. Ça c’est pour l’armature, l’ossature, le cheval si vous préférez. Ces chevaux d’acier et de fer, qui nous emmènent « loin de la de terre, rebondir dans les airs » pour paraphraser Mr Smet, « pour des galops de fou », ne sont pas seulement des parties ( cadre, fourche, dérailleur avant, derailleur arrière, freins, roues, pneus, cassette, pédalier, potence, cintre, selle). Ces chevaux inanimés ont « une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ». Ce ne sont pas de banals deux-roues, ce sont des canassons qui  comme toutes montures  se respectent et vivent à l’aune de la tendresse et de l’amour qu’on leur porte.  Le coeur de cette monture qu’on appelle bicyclette c’est le pneu. Et au royaume du pneu le pneu allemand est roi. SCHWALBE Marathon pour vous servir.

Compter 40€ au bas mot par pneu. C’est la Rolls du pneu. Le pneu increvable ! Prévoyez une chambre à air ou deux de rechange et le petit kit de reparation. Des clés allen. Des attaches rapides, une bonne pompe. Le vélotrotter qui se respecte ne vélotrotte jamais sans son casque à vélo Abus, son parka allemand Vaude, sa doudoune en duvet de canard, ses cinq sacoches Vaude bourrées de semoule, riz, pâtes, de savon noir du Maroc, sa tente, sa boîte à pharmacie. Chacun a ses recettes, chacun à ses marques. Les plus sophistiqués ne jurent que par Rabus et Scrubba. Rabus c’est l’acronyme pour réchaud à bois ultra simple. (deux boîtes de conserves de taille différente que vous emmanchez l’une dans l’autre après les avoir percés de trous de manière judicieuse (très pratique quand on n’a plus de gaz à disposition et qu’on bivouaque en pleine nature) , tandis que  Scrubba c’est une machine à laver manuelle sous forme de poche étanche qui ne pèse guère plus de 200g.

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Comment reconnaît-on un vélotrotter ? A sa trousse à outils, pardi. Un bon velotrotter doit être à même de réparer un boyau crevé. Un frein. Sans être un technicien de haute volée il faut être en capacité de jouer au forgeron et, sans pour autant manier le marteau et l’ enclume, être à capable de pouvoir soigner le corps, l’âme et le fer, l’aluminium ou l’acier  de  son fier alezan.

 

J’ai rencontré en cette pénultième journée d’août  de l’an de grâce 2018, après deux ans de vie à Saintes, un couple de vélotrotters extraordinaires. Ils se disent deux vieux vélotrotters. Même si monsieur Jean dit accuser  65 ans, cet ancien éducateur spécialisé  a une ligne à faire pâlir d’envie un coq de haute-cour, ne parlons même pas de ceux de basse-cour. Monsieur Jean a au fond de ses yeux l’étincelle du mécanicien capable d’ausculter une bicyclette sans stéthoscope. Madame Françoise est la reine quant à elle de la direction c’est elle, ex assistante sociale  qui  hume l’air, indique le lieu du bivouac, et pilote Rome2rio et ses milliers d’itinéraires multi-modaux. Ils voyagent en couple chacun avec ses cinq sacoches : monsieur porte la tente, les duvets, le matelas gonflable, madame la mangeaille, la cochonnaille. Nobles cavalier et chevalière des grands espaces. Chacune de leurs sacoches, on le subodore, recèle d’infimes trésors. Du saucisson, du pâté, on se régale par avance. Ils sont bénévoles associatifs, protestants pratiquants, chanteurs, l’une est alto et l’autre maître de choeur (c’est lui qui donne le la). il aurait donc l’oreille parfaite ? Nos deux sexagénaires élèvent poules et moutons et font partie du réseau mondial des Warmshowers qui héberge à travers le monde les passionnés de vélo comme eux qui ont maintes fois arpenté les chemins de Suisse, de France et de Navarre. Sans doute m’inscrirai-je un jour dans cette galaxie toute fraternelle des Warmshowers moi aussi, mais il faudra auparavant que je me trouve une résidence stable, quelque part dans ce vaste monde, et ceci est une autre histoire. Sauf à vouloir héberger outdoors dans le vent….

Imaginez vous que nos deux tourtereaux ont accompli en deux mois le périple suivant. Saintes-Royan – bac jusqu’au Verdon – puis par la voie de Soulac –   Sanguinet – Mimizan – Bayonne- Hendaye  – Saint-Jean-Pied-de-Port- Ronceveaux- Eslava (près de Pampelona)- Segóvia – Coria (SP)- Monfortiño (PT)- Castelo Branco (PT), Montijo (à côté de Lisbonne) où ils ont connu des Warm Showers – Sagres – Lagos – Portimão  – Faro. De là un bus pour Séville en Espagne. Puis de Seville la remontée jusqu’à  Santiago de Compostela en passant par Merida, Caceres, Salamanca, Zamora, A Gudiña. Malheureusement un décès en France a dû leur faire interrompre leur voyage à 300 km de Compostelle.

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Ils n’ont pas partagé leur périple au Festival du Roc Castel dans le Larzac qui chaque année en juillet fait l’éloge du voyage lent. Ils n’ont pas non plus un site web comme Un tour à vélo qui raconte par le menu leurs lentes aventures et mésaventures

Je l’ai déjà dit par ailleurs j’admire ceux qui dépassent leurs limites. Ici nous sommes dans le monde du slow travel, le Voyage Lent. A pied, à cheval, à vélo, c’est ça le voyage lent. On prend son temps. on part le matin, on ne sait pas où on va arriver, on musarde, on flâne, on cueille les lavandes papillon. De temps en temps on se revigore et on socialise chez un warmshowers.  Slow baby slow ! On passe chez un ami, on s’arrête ans un champ, on fait son petit camping sauvage, on se baigne dans un ruisseau, on se douche avec un litre d’eau, on chante sous la pluie, on lit sur sa liseuse L’enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi ! Lent voyage que celui de la lecture à vélo ! On oublie le guidon, on tourne le dos à la route, on se vautre sur sa selle comme sur un hamac et on se laisse pousser les ailes de l’imagination, pendant que le pédalier tourne en roue libre dans le vide de l’asphalte ! Ce n’est pas une mince affaire que d’avoir une confiance aveugle en son vélo. C’est une foi qui est du domaine presque du spirituel.

Oh moi qui ne suis pas bien courageux je ferai bien l’un des deux  chemins suivants en vélo à assistance électrique

 

1. à partir de Bayonne. Je ne prendrais pas la direction de Saint-Jean-Pied-de-Port mais celle du littoral espagnol. Le Camino del Norte qui traverse

01. Bayonne-

02. Saint-Jean-de-Luz-

03. Irun-

04. San-Sebastian-

05. Zarutz-

06. Deba-

07. Markina-

08. Gernika-

09. Lezama

10. Bilbao-

11. Portugalete-

12. Castro Urdiales –

13. Liendo-Hazas –

14. Santoña, –

15. Güemes –

16. Santander  –

17. Mogro –

18. Santillana del Mar –

19.. Comillas –

20.. Serdio –

21. Llanes –

22.  Nueva –

23. Ribadesella –

24. La Isla –

25. Villaviciosa –

26. Gijon –

27. Aviles –

28. Muros de Nalon –

29. Soto de Luina –

30. Cadavedo –

31. Almuna (Luarca) –

32. La Caridad –

33. Ribadeo –

34 Lourenza –

35 Abadin –

36. Vilalba –

37. Baamonde –

38. Sobrado –

39. Arca o Pino –

40. Santiago de Compostela

2. à partir de Tavira jusqu’à Santiago de Compostela (Caminho do este de Portugal)

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01: Tavira – Castro Marim (25,5 km) .

02: Castro Marim – Guerreiros do Rio (25,6 km) .

03: Guerreiros do Rio – Alcoutim (10,4 km) .

04 : Alcoutim – Mértola (36,9 km) yellow arrows.

05: Mértola – Mina de São Domingos (17,6 km) y- N265.

06: Mina de São Domingos – Serpa (36,3 km)

07: Serpa – Moura (31,9 km) N265/N386.

08: Moura – Mourão (34,8 km) N386/M517.

09: Mourão – Monsaraz (15 km) N256/M514.

10: Monsaraz – Alandroal (33,4 km) M514/N255.

11: Alandroal – Estremoz (26,4 km) N255/EM508-3.

12: Estremoz – Sousel – Fronteira (29,3 km) N245.

13: Fronteira – Crato (28,4 km) N245.

14 : Crato – Nisa (27,3 km) N245/N18.

15: Nisa – Vila Velha de Rodão (19,4 km) N18.

16: Vila Velha de Rodão – Castelo Branco (31 km) N18.

17: Castelo Branco – Lardosa (20,6 km) N233.

18: Lardosa – Fundão (26,1 km) N18-7/N18.

19: Fundão – Belmonte (33,7 km) N343/N345.

20: Belmonte – Guarda (24,1 km) N18.

21: Guarda – Pinhel (35,6 km) N221.

22: Pinhel – Castelo Rodrigo (22 km) N221.

23: Castelo Rodrigo – Vila Nova de Foz Côa (32,9 km) N332/N222.

24: Vila Nova de Foz Côa – Vila Flor (37,6 km) N215.

25: Vila Flor – Mirandela (25,3 km) N213.

26: Mirandela – Valpaços (22,6 km) N213.

27: Valpaços – Chaves (27 km) N213.

28: Chaves (P) – Verín (E) (25 km) (or  24,7 km) EM506 or EM506/41011.

29: Verín – Vilar de Barrio (38,1 km) 41021/4113.

30: Vilar de Barrio – Ourense (39,2 km) (or 39,5 km) 40110/40102 or 40102.

31: Ourense – Cea (23,1 km) N525.

32: Cea – Estación de Lalin (28,6 km (or 33,5 km) N525 or N525-.

33: Estación de Lalin – Puente Ulla (31,9 km (or 35,4 km N525 or N525-.

34: Puente Ulla – Santiago de Compostela (19,8 km) (or N525) (or 20,3 km N525)-.

 

  Distance Approximative: 952,5 km

                                         

There’s nothing like Père Labat on the rocks

I like banana, yes sir. I like caramel yes sir! I just have a crush on coconut, oh my God. I’m hooked on vanilla and I’m longing for the flavor of rocks. My rocks aren’t any rocks. I favor coconut rocks and sugar cane rocks. With Père Labat about any rock rocks. I usually have two. I move them around in circles as if my glass was a cocktail tumbler. So fresh. A glimpse of lime. My Père Labat is worth all the Wray and Nephew of The World of Rum. Père Labat is an annointed rum that makes a difference. I use it to rub my back, I use it to rub my gums. Père Labat is the best toothpaste you’ll ever get. Also good anti perspirant. This is my overproof rum. L’essayer c’est l’adopter.

Père Labat was from day one made to kill them, it was made to kill devils. Hence the name guildive.

And do you know why rhum spells with an h in French?

Fille de Bacchus et de Vénus

Orion dort. Plante du pied gauche lovée dans la cheville droite, le bras gauche replié au niveau du coude à hauteur de l’oeil gauche et masquant la vue, la main droite comme soupesant la tête du côté droit au niveau de l’oreille dans la position du discobole, Orion dort, couché de trois-quarts sur le dos. Il porte un short orange liseré de noir et sa chemise à rayures où l’orange est repris en fines bandelettes alternant des trainées blanches et marron.

Il tousse. Inconsciemment sans doute, il palpe mentalement son pied gauche.

Où en est ce gros orteil, l’affreux hallux qui me lancinait à l’heure du sommeil ?

Etrangement aucune douleur ne se fait sentir. Son pied droit masse inlassablement son pied gauche, on dirait deux frères de la Côte ! A la recherche de l’or de la douleur comme un trésor caché sur une quelconque île déserte dont nul cyclone ne peut dissiper la brume. Disparue. La crise aurait-elle cessé ? Il en sourit. Ce soir à 19 heures il pourra être de la fête.

Mais déjà le corps à jeun se met en branle. Il tousse et surgis de l’antan en extinction, de sa cage thoracique volètent jusqu’à cinq diablotins qu’il croyait disparus, diablotins nocturnes qu’il chassait pour leur chair d’ébène dans une autre incarnation sur les pentes de la Soufrière. Ces derniers se dissipent en jappant comme les notes pélagiques d’un piano mécanique, certains qu’ils reviendront en British shorthair au bercail ce soir bien longtemps après que la fête ait terminé .

ah ces diablotins ! Qu’ils se moquent !

Orion, semblent-ils tous dire ! Orion gâteux, Orion goutteux ! !

Goûteux, se permet-il de rectifier. Goûteux, Messieurs, avec un seul t et un accent circonflexe sur le premier u, g-o-u-t-e-u-x, épelle-t-il, pédagogue !

Allez empêcher un diablotin même éteint d’être farceur !

Ne l’ont-ils pas, ces crapules, pas plus tard qu’hier matin, soumis tels de révérends pères dominicains à la pénitence salutaire:

5 fois à genoux l’oraison dominicale, cinq fois à genoux la salutation angélique !

Mais il sourit sous cape, sous les draps bleus qui l’enveloppe bien au chaud sous la bulle de cette matinée de fin août qui s’annonce chaude ! Oh, il ne faudra pas abuser. Allez, juste une petite goutte de Bourgogne et deux phalanges de Père Labat en apéritif on the rocks avec du jus de canne, du citron vert et de l’angostura comme il se doit.

Je suis quand même fils de Bacchus et de Vénus ! Fils illégitime, soit ! Mais fils quand même, même si ce ne fut des oeuvres d’un bon, vrai et légitime mariage !

ordonnance royale du 9 février 1827, article 30 alinéa 2 modifiée par celle du 22 août 1833

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Charles, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut !

On est Charles ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! On est juriste ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! On est historien ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! On est médecin ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! Vous pouvez donc m’appeler charlatan ! C’est tout à votre honneur ! Et pourtant je veux savoir ce qui se cache derrière cette ordonnance. Quel est le médicament, quel est le médecin, quel est le malaise ? qui est le malade ? C’est grave docteur ?!

Allez je vais direct sur Gallica consulter cette ordonnance du roi concernant le gouvernement de la Martinique, et celui de la Guadeloupe et de ses dépendances. J’irai direct  cet alinéa 2

« donné à Paris, en notre château des tuileries, le neuvième jour du mois e février, l’an e grâce 1827, et de notre règne, le troisième »

Que dit-il ?

ART. 30.
1er. Le gouverneur tient la main à l’exécution des ordonnances et règlements concernant les gens de couleur, libres et affranchis.

2 . Il donne, en se conformant aux règles établies, les permissions pour l’affranchissement des esclaves, et délivre les titres de liberté. –

Bine plus intéressant est la teneur de l’article 29.

ART. 29.

1er. Il veille à l’exécution des ordonnances et règlements sur  le régime des esclaves, et ordonne les poursuites contre les contrevenants.

2. Il signale au ministre de la marine, comme dignes de nos grâces, les habitants qui s’occupent avec le plus de succès de répandre l’instruction religieuse parmi les esclaves, qui encouragent et facilitent entre eux les unions légitimes, et qui pourvoient avec le plus de soin à la nourriture, à l’habillement et au bien-être de leurs ateliers.

Halte là ! Manipulation, votre Altesse, Votre Sainteté ! Charles de France et de Navarre ! Instruction religieuse ? Amour, gastronomie, mode et bien être ? Mais pourquoi diable ne promouvez-vous pas l’éducation tout simplement.

ART. 76.

Les esclaves reconnus dangereux pour la tranquillité de la colonie sont envoyés par le gouverneur au Sénégal, et remis à la disposition de l’autorité locale, sauf à indemniser le propriétaire, sans que l’indemnité puisse excéder celle qui est fixée par les règlements pour les noirs justiciés, et sans qu’elle puisse être acquise pour l’esclave infirme ou âgé de plus de soixante ans.

Combien ont pu bénéficier du billet retour ?

Bon, carton rouge ! Salut ! Passons à l’examen aux ordonnances royales  du 22 août 1833 sur le gouvernement des colonies, modificatives des ordonnances organiques des 21 août 1825, 9 février 1827 et 27 août 1828.. Sa Majesté Charles est elle encore de ce monde ? Je le subodorais !  C’est Louis-Philippe, désormais, « roi des Français présents et à venir » et plus de Navarre. Sire, qu’avez vous fait de notre belle Navarre ?!

En fait il y a une ordonnance pour l’ile Bourbon et dépendances, une autre pour la Martinique et la Guadeloupe et dépendances, une troisième et dernière pour la Guyane Française.

Je vais prendre un autre de mes sosa de la Martinique. chose promise chose due ! Je vous avais promis un homme eh bien ce sera une femme ! Françoise Anastasie . Ne cherchez pas la femme ! Cherchez l’homme ! Le 21 juin 1843 par acte 18 à Case-Pilote elle devient libre suite à l’arrêté du gouverneur en conseil privé du 15 mai 1843 à Fort Royal. c’est une négresse âgée de 52 ans nous dit on, née et demeurant à case Pilote. Elle prend alors le nom patronymique de ANIN. Avec elle est affranchi son fils Silvain Nelson Anin. LE 9 juillet 1843 ( acte 20) Silvain Nelson Anin agé de 28 ans  convole en justes noces avec Antoinette âgée de 30 ans et attachée à la culture, sans que l’on sache si elle  c’est une littéraire ou une manuelle.. La mère d’ Antoinette se nomme Sophie Elisabeth est âgée e 60 nas et est là pour l’assister dans cet instant solennel auquel elle a donné son consentement éclairé. Le couple reconnait un enfant né de leurs oeuvres charnelles, le dénommé Charles.

Silvain Nelson est le fils dit légitime de feu Jacques dit Isaac, mon sosa 200 par conséquent ! Il a déjà été affranchi  l’année précédente par arrêté du gouverneur en date du 25 août 1842. Cet affranchissement a été enregistré par l’acte 32 du 20 septembre 1842. C’est bien notre homme, nègre, 28 ans, cultivateur. La demande a été faite par Joseph Thuriaf qui désormais porte Anin. Mais alors je m’interroge pourquoi ne porte-t-il pas Isaac. ou Jacques. Permettez que je mène cette chasse à l’homme ?

Tout d’abord Joseph Thuriaf ne m’est pas inconnu c’est mon Sosa  110. Il est né en 1805 à Case-Pilote,  fils de demoiselle Sophie née en 1792. C’est un nègre créole, cultivateur qui est esclave jusqu’en 1840, suite à quoi il est affranchi par arrêté du gouverneur du 28 janvier 1840, enregistré par acte 11 en mairie de Case-Pilote le 3 mars 1840. Il se marie le 20 janvier 1843 (acte 17) avec Marie-Noel Zulma, donc logiquement mon sosa 111 cette dernière née en 1811, mulâtresse, couturière, blanchisseuse, Elle a été affranchie quant à elle sur la demande de Joseph Marcel par acte 18 du 9 octobre 1833 avec ses quatre enfants tous câpres ou câpresses (Hippolyte, Marie Rose dite Marie Anella, Alexandre et Julien suite à l’arrêté du gouverneur du 1er octobre 1833. La mère de Marie Noel Zulma se nomme Coralie, mon sosa 223, née en 1799 donc âgée de 41 ans  quand elle aussi est affranchie le 28 janvier 1840 par arrêté du gouverneur transcrit sur les registres de l’état civil de Case Pilote par acte 11 du 3 mars. L’une des enfants  du couple Joséphine Thuriaf est mon sosa 55 et est née le 28 avril 1842

Mais la clé du problème c’est Jacques dit Isaac, le noeud gordien. Qui est-il ? que fait-il ? où va-t-il ? J’essaie de faire apparaître un visage. en vain ! Je dirais que c’est un nègre. Et comme l’union est dite légitime cela voudrait dire que c’est un mariage d’esclaves qui a eu lieu. alors s’il y a eu mariage pourquoi ne dit on pas veuve Jacques dit Isaac. Il est dit être le père légitime de Léon et de Silvain Nelson. A quand remonte son décès ? Il me faudra  visionner les archives des esclaves de la Martinique vers 1815 pour essayer de dénouer les fils cette énigme. Une autre option de recherche c’est qu’il ait été affranchi lui aussi avant même sa femme et ses enfants. Bref y a du boulot sur la planche.

Les ordonnances royales ne sont pas toutes médicales à Marie-Galante

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J’ai parmi mes ancêtres des affranchis. Savoir qu’un de ces ancêtres a été affranchi est source d’étrange fierté pour de nombreux descendants d’esclaves. Certes ils étaient esclaves mais ils ont été affranchis, non. Vive Louis-Philippe, roi des Français ! Moi je suis un peu circonspect pour être honnête. C’est vrai, je suis heureux pour eux, pour leur famille, à l’époque cela fut sans doute considéré par les membres du clan comme une victoire sur l’adversité, le début d’une vie prometteuse, jalonnée de succès. Pouvoir se dire libre, être citoyen, marcher libre au vent ce n’est pas quelque chose qu’on peut négliger comme cela d’un revers de main. Donc je ne jette la pierre sur personne.

J’ai tout de même tendance à croire que ces libertés accordées chichement le furent surtout au prix , selon moi, de nombreuses compromissions. Que de hontes ont  été bues, que de souffrances ravalées pour arriver à cette concession d’affranchissement (j’aime le mot anglais manumission, le mot portugais alforria). Il y aurait donc eu les bons esclaves dociles et méritants dont le prototype serait Uncle Tom et les autres récalcitrants et mauvais sujets. Je ne pense pas que les récalcitrants et mauvais sujets, les mauvais larrons, dont le prototype serait le nèg mawon ou le fenyan, avaient droit à la mansuétude du colon. Je ne crois pas à la charité chrétienne. Je ne crois en la matière qu’aux intérêts bien sentis de chacun. Et dans chacun je mets l’esclave et le colon. Je crois aussi aux liens du sang qui ont permis à de nombreux mulâtres de s’émanciper. Quand ce ne sont pas les liens du sang il y a les liens de la chair qui ont permis à de nombreuses négresses de s’émanciper, elles-même. Le talent, ne parle-t-on pas de nègres à talent (les musiciens, les charpentiers, les marins peut être, les cochers) était aussi une porte de sortie, tout comme l’était la guerre ( huit ans de combat acharné à défendre les intérêts de la classe dominante et hop on vous donne en guise de médaille d’ancien combattant et victime de guerre, un sauf-conduit de toute beauté, si entre temps vous n’avez perdu ni jambe ni tête ni tué la moitié de vos compatriotes).

Les actes d’affranchissement qui sont enregistrés dans les registres d’état civil des communes concernées font suite à des arrêtés des gouverneurs pris en conseil privé à Fort Royal pour la Martinique, à Basse-Terre pour la Guadeloupe et dépendances, à Cayenne pour la Guyane Française et à Saint-Denis sur l’ile Bourbon.

Exemple parmi tant d’autres d’un tel arrêté portant déclaration de liberté, celui dont a pu bénéficier mon Sosa 37, Eliza, couturière, née en 1800 à Marie-Galante et qui lors de la séance du conseil privé de la Guadeloupe du  6 août 1834      (acte 7, vue 297) est affranchie avec  ses 5 enfants (Saint-Père 15 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Champ-Fleury 12 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Firmin 8 ans et 9 mois, Irma 4 ans et 9 mois, Ernest 1 an et 8 mois) sur la demande de Joseph Leduc

Nous Gouverneur de la Guadeloupe et dépendances
Vu l’article 30 alinéa 2 de l’ordonnance royale du 9 février 1827 et celles du 31 août 1830 et 22 août 1833;
Vu l’ordonnance royale du 12 juillet 1832 et la dépêche ministérielle du 24 du même mois;

Vu notre arrêté du 11 octobre 1832;
Vu les déclarations faites en vertu de cette ordonnance et les pièces à l’appui de ces déclarations;
Considérant que les individus ci-après  nommés ont satisfait aux prescriptions de l’ordonnances et de l’arrêté précités;
Sur le rapport du Procureur Général
De l’avis du Conseil Privé
Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

Art 1er sont déclarés libres et seront inscrits en cette qualité sur les registres de l’Officier de l’état civil de leur quartier respectif, les nommés :

A la Basse-Terre et banlieue (14), quartier des Habitants (5) quartier de Bouillante (6), quartier de la Pointe-Noire (11), quartier de Deshaies (6), quartier de Vieux-Fort (2), quartier des Trois-Rivières (7), quartier de la Capesterre (10), île Saint-Martin (7), île Marie-Galante (27 parmi lesquels : Eliza et ses enfants: St Père, Champ-Fleury, Firmin, Irma et Ernest – Le sieur Joseph Leduc,  la Pointe à Pitre (9), quartier des Abymes (2), quartier de Morne-à-l’Eau (22),quartier du Moule (7), quartier du Petit Canal (2), quartier de Sainte-Rose (1), quartier du Petit-bourg (1), quartier de Sainte-Anne (2)

Article 2. Le Procureur général est chargé de l’exécution du présent arrêté , qui sera enregistré

Cet arrêté du 6 août 1834 est transcrit sur le registre d’état civil de  Grand-Bourg, Marie Galante (autrefois appelé Joinville) par acte 148 du 27 août 1834 (vues Anom 52 et 53).

L’an mil huit cent trente quatre le vingt-septième jour du mois d’août pardevant nous Marie-Joseph Ventre, officier de l’Etat civil de l’île Marie Galante résidant au Grand- Bourg  est comparue la nommée Elisa, âgée de trente quatre ans et neuf mois,, couturière domiciliée au Grand-Bourg laquelle nous a présenté un arrêté de Monsieur le gouverneur de la Guadeloupe en date du  six de ce mois qui déclare la dite comparante et ses enfans Saint-Père,  de quinze ans et neuf mois,  Champfleury de douze ans et neuf mois,  ouvriers charpentier, Firmin de huit ans et neuf mois, Irma de quatre ans et neuf mois,  et Ernest d’un an et neuf mois, libres et elle nous a requis ed faire sur nos registres l’inscription  prescrite par l’article cinq de l’ordonnance du roi du douze juillet mil huit cent trente-deux, à cet effet nous avons dressé le présent acte. En avons fait mention au bas du dit arrêté et avons signé après lecture de cet acte pour la requérante qui interpellée de signer  a déclaré ne le savoir.

Mais qu’étaient donc ces ordonnances pas médicales pour un sou et qui pourtant furent la base juridique pour entamer la procédure tendant à soulager le corps et l’âme de bon nombre d’esclaves au cours des 18ème et 19ème siècles ? Le médicament nommé « liberté » était si radical que sur la période 1832 – 1848 (date de l’abolition définitive) le taux d’affranchissement a été doublé. J’imagine (car il est difficile de se mettre à la place d’un affranchi, que ce fut comme passer son bac et recevoir les résultats, ou comme avoir son permis de conduire) ! J’imagine que ce fut comme une seconde naissance et que la mère pleura de joie et bénit le Seigneur ou les dieux ou esprits  en qui elle croyait. j’imagine que tout cela fut sabré dignement avec force guildive de Marie-Galante. et qu’on convia toute la parentèle à cet événement extraordinaire. certains crièrent bien avant Martin Luther King.

free at last, free at last, Lord Almighty, we are free at last.

On se para de bijoux et e beaux atours, yépa, on dansa, on sauta-mata, on chanta la vie est belle ! La Guadeloupe c’est le Paradis ! Grand-Bourg Campagne c’est  l’enfer transformé en Eden. On fit du bon boudin, on rôtit du bon cabri et cochon, force malanga et fruit à pain, on fit agapes sur agapes . J’imagine que le père de ces enfants là se joignit à tout ce beau monde. J’imagine que ce fut Joseph Leduc propriétaire âgé de 53 ans en 1834, qui pourtant jamais ne reconnut ces enfants là. La vie continua son petit train train colonial. Eliza eut encore deux enfants, deux jumelles,  en 1839, un quatorze janvier, Joséphine Cécilia et Virginie Cécile. Acte 2 du 21 janvier 1839. C’est Joseph Leduc qui fait la déclaration de naissance, il est dit que Eliza a accouché chez lui. Il est clair que tout ce beau monde a quelques accointances charnelles. Mais je suis sans doute mauvaise langue.

Mais l’enfer a les bras longs et en cette même année  1839 pourtant si bien commencée avec la naissance de ses jumelles Eliza l’affranchie va perdre en quelques mois trois enfants: Irma, le 18 septembre 1839, Ernest, le 27 septembre 1839 et finalement l’une des deux jumelles, née libre pourtant, Joséphine Cécilia, le 14 novembre 1839. Eliza mourra elle même en 1847 , un 27 novembre, 13 ans après son émancipation. entre temps elle aura reconnu en 1844  (acte 13, 7 août 1844) ses quatre enfants survivants : Saint Père, Champfleury, Firmin, Virginie Cécile puisqu’apparemment leur père fait l’oreille sourde.

Eliza mourra finalement le 27 novembre 1847 à Grand-Bourg Campagne (acte de décès 16).

Two

J’ai l’esprit au ras des pâquerettes et en l’occurrence au ras du semen-contra. Cela m’a  conduit à fouiller dans la vie de ce bon monsieur Leduc, Joseph de son prénom. Monsieur est veuf depuis 1815 quand son épouse bien aimée Louise Marguerite Lacavé Déruisseau, à qui il a juré fidélité exclusive devant Dieu et devant les hommes, meurt en 1815 dans la fleur de l’âge. Devenu veuf le pauvre homme se lamente . Il est encore gaillard ! 34 ans pardi c’est la toute jeunesse ! il a deux filles à éduquer: Irmène née en 1808 et donc âgée de 7 ans à la mort de sa mère et Marie Louise Célina née en 1812 et âgée de 3 ans. Elisa qui est déjà à son service et qui aidait madame son épouse est avenante. il résiste, certes, mais le démon de midi est ce qu’il est et madame s’occupe de monsieur corps et biens. La journée ce sont les filles, . Monsieur maintient les apparences parce que sa fille aînée veille. Elle veille tant qu’elle  se mariera huit mois après la mort de son père en novembre 1841. Monsieur rêve d’avoir des garçons ! qu’à cela ne tienne !   Dès 1818  Saint-Père apparaît, beau comme un pape ! Mais l’homme est gourmand, il en réclame un second, il a deux filles, normal, d’avoir aussi deux garçons pour l’épauler dans ses vieux jours. Eliza qui a appris la couture lui tricote de telles caresses que suivent Champfleury et Firmin. Irma et Ernest viendront compléter cette belle famille antillaise anbaféy ! Ce que voudrait Eliza c’est que Joseph reconnaisse ses enfants, même naturels. Mais ce dernier ne le peut à cause de ses filles qui font le blocage. Mais il l’aie à sa façon : ses « fils » apprennent la charpenterie. il faut leur donner un métier. Peut-être même ne le veut-il pas ! peut-être que la petite société de Grand-bourg ne lui pardonnerait pas ! En 1833 profitant de l’aubaine il consent à l’affranchissement de sa bonne pour enfants pour bons et loyaux services rendus dans l’éducation de ses filles et dans le maintien de son habitation car la toute dernière,, Marie-Louise Célina Leduc a maintenant 21 ans. Deux ans avant de mourir leur père baptise deux de ses enfants jumelles. Le coup de grâce pour Marie Louise Célina  qui ne le pardonnera jamais à son père et à fortiori à sa belle-mère. C’est le poison qui aura raison de la vie de trois des enfants illégitimes. La chair de sa chair a tué la chair de sa chair ! Le père Joseph entre dans une profonde dépression. Il meurt. Et là c’est la débandade. Eliza et tous ses enfants d’ Eliza doivent débarrasser le plancher illico. Ils ne sont plus les bienvenus. Maintenant on se déchire pour l’héritage. Heureusement le sieur Joseph avait prévu l’avenir de ses enfants et laissé ses dernières volontés chez son notaire. C’est le coeur triste qu’en 1844 Eliza reconnait ses enfants. Elle aurait pu le faire bien avant mais elle attendait, fleur bleue, que son homme le fasse. Maintenant qu’il est mort, adieu robe blanche, diadème vache, cochon, duc,  mariage ! On ne peut plus tergiverser d’autant plus que sa santé s’est délabrée. C’est que ce monsieur là aimait la bagatelle plus que tout et ne rechignait pas à la tâche quand il s’agissait de donner ses coups de boutoir. Eliza n’a plus ses 20 ans. Le 12 novembre 1845 sa rivale oedipienne meurt à l’âge de 33 ans. Célibataire à l’âge du Christ. Eliza a elle 45 ans. Il ne lui reste guère que deux ans à vivre !

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Vous avez aimé la telenovela ! Oui nos familles peuvent servir de cadre à de merveilleuses histoires pleines de rebondissements mais la vie dépasse bien souvent la fiction. Mais revenons à nos moutons après cette intermède que vous me pardonnerez, je l’espère. Que mon sosa 37 me pardonne si je l’ai choqué ou si ma vérité n’est pas conforme à la réalité. ce n’est qu’un histoire parmi tant d’autres dont j’essaie de dégager une trame. Il fallait es bons, il fallait des méchants. J’ai choisi mon bord, celui de mon sosa 37, bien évidemment. Mais rien ne prouve que selon mon scénario, tiré peut-être par les cheveux, mais tout à fait vraisemblable, que ce monsieur Joseph Leduc, dit aussi Duc n’est pas lui aussi mon sosa 36. On le saura bien un jour avec la généalogie génétique.

Mais passons aux choses sérieuses, voulez-vous bien ? Examinons l’ordonnance royale de Louis-Philippe du douze juillet 1832  qui est promulguée localement en Martinique le 1″ septembre 1832, en Guadeloupe  le 11 octobre 1832 et à l’Ile Bourbon  le 18 janvier 1833:

Ordonnance du roi sur les formalités à suivre pour les concessions d’affranchissement dans les colonies

  • Attendu que le projet de loi sur le régime législatif des colonies n’ayant pas été discuté dans la dernière session des chambres, l’adoption d’une loi sur cette matière peut entraîner de longs délais;
  • Considérant que ce qui concerne les affranchissements dans les colonies ne pourra être définitivement réglé que selon les formes qui auront été déterminées  par la loi à intervenir;
  • Voulant cependant donner, en ce qui est du ressort de l’administration publique, de nouvelles facilités  aux concessions d’affranchissements;
  • Désirant notamment appeler au plus tôt à la liberté légale les individus, qui dans quelques colonies, jouissent à divers titres de la liberté de fait ;
  • Sur le rapport de notre ministre de la marine et des colonies, etc
  • ARTICLE 1er
  • Toute personne qui voudra affranchir son esclave en fera la déclaration au fonctionnaire chargé de l’état civil dans le lieu de sa résidence.
  • Cette déclaration sera inscrite sur un registre spécial, et transmise, dans les huit jours de sa date, au procureur du roi près le tribunal de première instance, pour être affichée par ses soins, dans semblable délai, à la porte de la mairie de la commune où le déclarant  fait sa demeure habituelle, ainsi qu’à celle de l’auditoire du tribunal; ladite déclaration  devra en outre être insérée  trois fois consécutivement  dans un des journaux de la colonie.
  • 2. Les oppositions auxquelles il  pourrait y avoir lieu seront formées  dans les six mois qui suivront  l’accomplissement e ces formalités. Les oppositions devront être motivées, et contenir assignation en validité devant le tribunal de première instance ; elles seront notifiées au procureur du roi et au déclarant
  • 3. Le ministère public pourra lui-m^me former opposition à l’affranchissement dans le cas  où l’affranchi serait reconnu hors d’état de pourvoir à sa subsistance en raison  de son âge ou de ses infirmités. Cette opposition motivée, et contenant également assignation en validité, sera notifiée au déclarant avant l’expiration du délai fixé par l’article précédent.
  • 4. Le tribunal de première instance prononcera sommairement. S’il y a appel , il sera interjeté dans la quinzaine de la signification du jugement et jugé comme affaire urgente.
  • 5. S’il n’y a pas de réclamation, ou si les réclamations sont reconnues non fondées, le procureur général proposera au gouverneur un arrêté pour faire inscrire  définitivement comme libre, sur les registres de l’état-civil, l’esclave qui a été l’objet de la déclaration d’affranchissement
  • Le gouverneur statuera immédiatement.
  • 6. Les dits actes relatifs à l’affranchissement ne seront soumis qu’au droit fixe d’un franc.
  • DISPOSITION TRANSITOIRE
  • 7. Tout individu qui jouit actuellement de la liberté de fait, le cas de marronnage excepté, sera admis à former, par l’intermédiaire, soit de son patron, soit du procureur du Roi, une demande pour être définitivement reconnu libre.
  • Pareille demande pourra être formée par l’intermédiaire du procureur du Roi, par toute personne non encore légalement affranchie qui, à l’époque de la promulgation de la présente ordonnance, aura accompli huit années de service dans la milice.
  • Il sera procédé, à l’égard des demandes comprises dans les deux paragraphes  ci-dessus, conformément aux dispositions des articles  précédents
  • Le recours en cassation sera ouvert aux libres de fait contre les arrêts ‘appel mentionnés à l’article 4
  • 8. Toutes les dispositions  contraires à celles de la présente ordonnance sont et demeurent abrogées.
  • 9. Notre ministre de la Marine et des colonies, (comte de Rigny) est chargé, etc.

Ensuite les actes d’affranchissement font référence à l’ordonnance royale du 9 février 1827 modifiée  par celle du 22 août 1833, et plus particulièrement à son article 30 et son alinéa 2. Que stipulent ces dernières ? Je vous en parlerai une autre fois en prenant comme base d’appui un autre de mes sosa, martiniquais celui-là, de la belle ville de Case-Pilote, dans les hauteurs de Case-Navire, un homme cette fois-ci pour m’éviter d’être traité de phallocrate libidineux.