Plantes magiques, plantes médicinales, plantes apprivoisées

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Je vous ai déjà parlé ici des rimèd razyé. Et ici du potager tropical. Je vous ai aussi dit que j’étais petit fils de gadédzafè , vendeuse de simples, officiante dont les pouvoirs s’articulent pour l’essentiel autour de la connaissance des plantes. Je vous parlais de tout ça avec la distance qui sied à celui qui ne se souvient qu’à travers ses souvenirs d’enfance. Je vous parlais de l’expérience d’un enfant antillais qui même parti très tôt de sa terre natale, avait pu emmagasiner assez de références pour savoir l’importance des plantes magiques ou médicinales pour une vie saine et harmonieuse proche de la nature. Il y a deux articles qui m’ont passionné à ce sujet. J’ai même écrit un livre où l’héroïne principale vit dans l’univers des plantes.

Pour aller un peu plus loin sur ce sujet passionnant je vous propose de lire cet article d’Auguste Chevalier paru en 1937 sur le Journal des Africanistes et qui s’intitule « Les plantes magiques cultivées par les Noirs d’Afrique et leur origine,. Il ne se passe pas une semaine sans que un article évoque nos usines cachées , nos rimèd péyi, Je vous ai moi même évoqué le TRAMIL, les rimèd razyé, le pawoka, la margoze, le chiendent, le semen contra, Mais je voudrais aujourd’hui vous reproduire in extenso cet article que j’aime beaucoup paru sur l’excellent site  guadeloupe-fr.com.

J’aurais pu vous en communiquer le lien, cela aurait sans doute suffi mais je le trouve si bien écrit que je ne résiste pas au plaisir de vous le faire partager ici

Les plantes ont des vertus que les anciens connaissent bien. Les fleurs tropicales attirent l’attention des scientifiques. Désormais la nature est largement mise à contribution pour améliorer notre confort et notre bien-être.

La connaissance des plantes ne s’apprend pas comme une poésie ou une leçon d’histoire, elle s’acquiert au fil du temps. Suze Angély, Guadeloupéen et ancien professeur de français en a fait l’expérience : «je suis né sur les hauteurs de Cousinière, à Vieux-Habitants, juste après la seconde guerre mondiale. À cette époque, à la campagne, nous faisions corps avec la nature. C’était un mode de vie, bien plus qu’une éducation. Chaque maison possédait son jardin créole toujours organisé selon le même schéma. Tout à proximité de la maison se trouvaient les plantes médicinales pour soigner une conjonctivite, une diarrhée ou un rhume… Un peu plus à l’écart s’élevait le jardin potager avec la cive, les poireaux, ou le thym et encore plus bas, les plantations de patates douces, de giraumons, de madères, de malangas et de pieds de manioc. Lorsque la taille du terrain le permettait, les habitants plantaient des caféiers, des cacaoyers et de la vanille. Toutes les essences pratiquement avaient une fonction, que ce soit la racine de cocotier, l’agave, le dattier ou le poirier local.»

Les gens amélioraient leur quotidien avec les plantes. Un enfant ne trouvait pas le sommeil ; la mère choisissait de jeunes feuilles du corossolier et les plongeait dans son bain ou les utilisait pour combattre la fièvre. Les fleurs utilisées en infusion calmaient les crises de tachycardie. La chicorée mettait fin aux coliques. Les fleurs de papaye mâle étaient prisées pour soulager les rhumatismes. Les écorces de châtaigner pays ou encore celles de cacaoyer sont excellentes contre les lumbagos. « Il faut secouer l’écorce pour recueillir ce qui en tombe puis le mettre dans un linge enroulé autour de la ceinture pendant 48 heures et le mal est parti » explique Suze. La coutume impose de demander l’autorisation à la plante et après 48 heures, le miraculé doit aller prendre un bain de mer et en profiter pour jeter l’écorce derrière lui sans se retourner.

Ces plantes qui soulagent

Dans la pratique médicinale populaire, les préparations et les décoctions font souvent l’objet d’un rituel en relation avec la superstition comme le fait de couper une feuille en trois morceaux pour évoquer la Trinité ou de couper un citron en quatre. De nombreuses pratiques sont liées au cycle lunaire ; ainsi le thé « semen contra » doit être donné trois jours après la pleine lune pour être efficace.

La grossesse et l’accouchement ont toujours été entourés de nombreuses croyances et légendes. On provoquait la venue d’un enfant avec du « bois canon » ou encore du mimosa pudica. «Quand nous étions petits, à chaque vacances, nos mères préparaient une tisane mélangeant le chiendent, l’agoman, la raquette sans piquant, le «ti tengn» et un morceau d’aloe véra. Nous prenions cette tisane pendant cinq jours ; s’en suivait une purge à l’huile de ricin. Ce régime avait pour but de nous laver le corps et de nous « booster » pour la rentrée.»

Quand on perd sa voix, rien de plus efficace que l’herbe à poux de bois, la rose Cayenne ou la fleur de sureau blanc. Pour les maux de foie, on peut utiliser le pompon soldat, le thé-pays, le Cassia alata.

Il faut savoir identifier, mais aussi utiliser chaque plante comme le kaoka car au-delà d’une feuille, la potion devient toxique. Pour les bouffées de chaleur et tous les symptômes de la ménopause, les femmes utilisent la sauge. Le noni permet de régénérer l’organisme. L’armoise est excellente pour faciliter la circulation du sang. Quand les enfants ont un bleu, il faut écraser des fleurs de belle de nuit et les mettre sur le bobo. «Quand on se blessait un orteil, nos parents prenaient de l’herbe de charpentier, l’écrasaient et nous plâtraient l’orteil avec.»

Ces plantes qui font maigrir

L’herbe « mal-tête » mélangée à l’huile de carapate mettait fin aux maux de tête. «Nous, nous l’utilisions autrement. On mettait une feuille entre les pages de nos livres de classe et l’on écrivait dessus le nom de notre bien aimée. Si des racines sortaient, cela signifiait que l’élue de notre coeur partageait les mêmes sentiments. » Enfin, si les plantes sont couramment utilisées pour entretenir la forme et soigner les affections courantes, elles sont aussi très utiles dans le cadre de régimes amincissants. Elles constituent une aide précieuse : certaines jouent le rôle de « coupe-faim » en favorisant dans l’estomac un sentiment de satiété, d’autres ont un effet diurétique et dépuratif. Elles favorisent le drainage et détoxiquent l’organisme. Enfin, quelques-unes comme le thé vert, le café ou la noix de kola sont de véritables brûleurs de calories. Ainsi, les feuilles d’orthosiphon, plus connues sous le nom de « moustache à chat», contiennent du potassium et des flavonoïdes qui leur confèrent une très forte action diurétique. C’est un remarquable draineur de l’organisme. La pulpe du fruit de la «casse» a des propriétés laxatives douces ; plus connu, l’ananas contient une enzyme qui facilite la digestion et élimine les graisses, tout comme la papaye.

Le pouvoir des fleurs

Les fleurs fournissent de multiples molécules et dans leurs pigments se cachent souvent des actifs protecteurs et anti-âge. Et surtout, il y a leur parfum enivrant aux répercutions neuroendocriniennes de mieux en mieux maîtrisées. Dans les Antilles, l’arbuste épineux, l’acacia farnesiana, est exploité dans l’industrie du parfum en raison de ses fleurs particulièrement odorantes. On tire aussi profit de son écorce, sa gomme, ses graines et son bois. D’une manière générale, les fleurs exotiques sont particulièrement prisées et reconnues pour purifier la peau tout en préservant son écosystème cutané. Elles concourent à éliminer les toxines et laissent le teint remarquablement clair. L’hibiscus, grâce à son acide de fleur, dissout en douceur les cellules mortes, alors que l’ylang-ylang régule les peaux mixtes. Par ailleurs, ce délicieux baume odorant rééquilibre la flore épidermique. L’huile essentielle d’ylang-ylang est utilisée en aromathérapie car elle permet de réguler la pression artérielle sanguine (en cas d’hypertension notamment).

Autre chef d’oeuvre de la nature : l’orchidée. La Guadeloupe en dénombre de nombreuses espèces. Cette fleur sécrète de nombreuses molécules de défense qui ont pu être isolées. Elle stimule la synthèse des fibres de collagène et d’élastine et contribue au maintien d’une hydratation idéale. La fleur de vanille est utilisée sous des formes différentes : soins, lotions, toniques et eaux florales. Elle permet également de produire de l’huile solaire hydratante, de l’huile de massage et de l’huile de bain. Elle affiche des propriétés tonifiantes, dynamisantes, hydratantes, nourrissantes et aphrodisiaques. La vanille pompona (vanillon de la Guadeloupe) est l’une des trois espèces les plus cultivées dans le monde pour ces raisons. Le frangipanier appartient à la famille des Apocynacées qui compte sept variétés différentes dont l’une des plus connues est le Plumeria alba originaire des Antilles. La fleur de frangipanier est utilisée pour « la paix des sens», dit-on. En Inde, dans la cour des temples, ces fleurs blanches servent de reposoir à l’esprit des dieux conviés à descendre parmi les hommes.

Connue pour son effet relaxant, la fleur d’oranger raffermit et lisse la peau en douceur. Aussi, Jean-Marc Petit, producteur de vin d’orange à Baillif, pense prochainement l’utiliser.

Les vertus du vinaigre de banane

Mam Roro spécialiste de la fabrication du vinaigre de banane en Guadeloupe, est très soucieuse des bonnes proportions avant d’arriver au stade de la fermentation acétique. Les bactéries forment alors à la surface du vinaigre un voile léger qui se transforme en une masse gélatineuse appelée « mère de vinaigre ». Ce processus dure environ six mois, à l’issue desquels il ne reste plus qu’à filtrer le précieux liquide. Ce vinaigre bénéficie naturellement des vertus de la banane. N’est-elle pas, entre autres, réputée pour son effet antiacide et contre les brûlures d’estomac ! C’est pourquoi ce « vin aigre » est extrêmement doux pour les estomacs, même sensibles. Il est conseillé d’en boire une cuillère mélangée à un verre d’eau pour faciliter la digestion à la suite d’un repas un peu lourd. S’en badigeonner la peau apaise non seulement les démangeaisons des moustiques, mais sert aussi de répulsif. Ce vinaigre est idéal pour combattre les pellicules. Il suffit après le shampooing de rincer la chevelure, d’appliquer une à deux cuillères à soupe de vinaigre et de masser sans rincer. Comme l’odeur n’est pas forte, ce traitement n’incommode pas l’entourage. En contrepartie, il fait briller et fortifie les cheveux tout en éliminant les pellicules. Côté peau, il donne d’excellents résultats sur l’acné des adolescents. Le traitement sera répété tous les jours pendant minimum deux semaines. Enfin, pour les mycoses entre les doigts de pieds, une application d’une nuit suffit pour les faire disparaître.

Le peeling à la canne à sucre

Dérivé de la canne à sucre, l’acide glycolique évacue les cellules mortes à la surface de la peau et équilibre l’épiderme. Ce peeling est très prisé pour sa formule adoucie. Il déloge les cellules qui sont abîmées. Ce soin aux acides de canne à sucre peut être utilisé aussi bien sur le visage, les épaules, le dessus des mains que les jambes. Il faut avant la première intervention préparer sa peau avec une crème à l’acide glycolique, faire le traitement au centre de soin au minimum une fois par semaine sur un mois et entretenir sa peau à la maison pour qu’elle reste saine et nette.

Les améliorations visibles sont le resserrement des pores, la stabilisation des peaux grasses, l’élimination de l’acné juvénile, une meilleure hydratation des peaux sèches, la diminution des taches brunes, un plus bel éclat du teint et enfin une plus grande souplesse de la peau.

Il y a certes de nombreux blogs qui abordent les plantes médicinales de Guadeloupe et j’ai aussi tout particulièrement apprécié celui d’une chercheuse en phytopathologie Cécile Mahé qui lie la science, la magie et le verbe. Cela s’appelle La Sorcière et le Médecin qui a pour sous-titre Des Histoires de Plantes entre Science et Magie.

Outre le blog elle a un canal sur youtube . son blog m’a sensibilisé à beaucoup de plantes que je ne connaissais pas. Idem pour le site de Lucien Sabin , cet passionné des plantes. exploitant agricole, spécialiste en Plant a nou. Maintenant que je suis physiquement aux Antilles et je baigne dans les plantes médicinales. La théorie devient pratique, les souvenirs deviennent science. Et je m’aperçois que tous mes souvenirs sont liés à des plantes.

Je suis à Deshaies pour encore quelques jours dans les hauteurs et la dame chez qui j’ai loué une maison m’a fait l’honneur de visiter son jardin créole. Elle s’appelle Antoinette. Elle a bien quinze ans de moins que moi. On sent sa fierté à vous introduire à vous raconter ses histoires de plantes. Je suis bombardé de noms et d’usages. C’est sa grande soeur qui l’a initiée puis elle a appris petit à petit par elle-même. Elle loue deux maisons, l’une en étage au-dessus de chez elle qui peut contenir jusqu’à huit personnes et celle ou je suis de l’autre côté du jardin, plus simple qui peut elle aussi contenir 8 personnes mais peut être fractionnée en deux appartements indépendants. Tout autour il y a dans son jardin des manguiers, des pruniers de cythère, des grenadiers, des goyaviers, etc mais ce qui fait sa fierté c’est son jardin médicinal. en pots ou en terre les plantes étalent sans vergogne leurs effluves. quelques fleurs aussi, surtout les fleurs à la Vierge. Moi je me contente pour l’instant de faire des photos, je sens, je frotte, je hume, j’essaie de me souvenir, je me décrasse l’esprit. j’ai vécu cela au Brésil où là aussi je me suis initié mais avec le temps la mémoire s’efface quand on ne la pratique pas. Je vais m’y remettre, parole de petit fils de gadédzafè. Car je sais des choses que les Antillais ont pour la plupart oublié et en particulier sur le rapport des plantes avec l’occulte, les esprits. J’ai déjà évoqué les langues de belle mère, (sanseveria, langue a chat) je ne peux pas en voir une quelque part sans que je révèle à mon interlocuteur le sens de cette plante dans la cosmogonie afro-brésilienne. Quand il manque quelque chose je m’en étonne ! Tiens tu n’as pas de sandragon ? Pas de chiendent ? La personne peut avoir du patchouli, de la menthe, du gros-thym, des bols, du pawoka, du curcuma, du doliprane, du grenn-anba-féy, du douvan-nèg, du romarin, du soulier zombie, de l’arada, du ginseng, de l’herbe à charpentier, de la rose de cayenne, d du qui vivra verra, de l’anis, de la citronnelle, et les plus belles plantes à la vierge, si je n’ai pas vu sandragon, chiendent et semen-contra et langue à chat, j’ai comme un sentiment de manque, d’incomplétude. J’imagine qu’elle parle à ses plantes pour les remercier chaque jour que son Dieu fait comme elle parle au chevalier servant de son jardin créole, un chihuahua sage mâtiné de je ne sais quoi, de neuf ans d’âge qui ressemble au renard du Petit Prince et qu’elle a baptisé Nougat, aka Nounou pour les intimes. Et je me souviens des mots sages de Saint-Exupéry

Je vous livre ici quelques pages de mon album photographique sans retouche, sans filtre réalisé un dimanche matin de novembre, le 11 novembre pour être précis. Dès la fin de cette semaine je partirai habiter à Basse-Terre dans une autre maison au jardin encore plus immense et je continuerai mon apprentissage; cette fois ci avec Magguy.

Et je crois bien que je vais essayer d’apprivoiser le langage des plantes, cet essentiel invisible pour mes yeux,  en suivant la technique du renard dans le Petit Prince. Garder la distance raisonnable. M’approcher doucement, l’air de rien comme un chenille jaune et noire, du type de celle qui aime à hanter les feuilles et les tiges de la plante à la vierge et du jasmin, ne rien dire, revenir à heures régulières, les arroser de ma présence calme pour ne pas qu’elles sentent mon absence, pour qu’elles ne s’inquiètent pas, pour qu’un rituel s’installe cahin-caha. Et que de visite en visite on s’apprivoise et que j’en devienne responsable, pleinement en possession de mon héritage familial oublié.

A une semaine de la Toussaint, un gommier de marbre dit: Nul ne sait !

On s’affaire dans les cimetières. On s’affole. Dans une semaine ce sera le grand déferlement. La mémoire, le souvenir seront à l’honneur à coups de bougies et lumignons. Déjà des djobeurs s’affairent sarclent, piochent, bêchent pour redonner éclat à la tombe des chers disparus. Dès l’aube des abeilles ouvrières butinent autour des conques de lambi. Il y aura foule à la Toussaint. La rue qui monte vers le cimetière de Deshaies-Honoré sera interdite aux véhicules. On pourra la gravir ce jour là à pied. Ce matin on a même déposé une vieille dame brinquebalante qui va sans doute faire quelques menus services sur la tombe d’un parent. Retirer peut être quelques razye, nettoyer ce qui peut l’être, passer un coup de balai ou de serpiliere. La voiture a pu pénétrer jusqu’à la moitié du cimetière. En début de cimetière une vespa repose. « Ici repose » est ce qu’on peut lire le plus. L' »ici gît » n’est pas de mise ni « ici dort » , ni « ici ronfle », ici, tenez-vous le pour dit, on repose. Les tombes, les caveaux, les croix, les fosses, les fleurs séchées, les bouteilles vides, d’autres remplies de sable, les lumignons rouges, en nombre, les bougies fondues et intactes, les rubans violets, les croix avachies, tout repose dans un seul désordre, un seul capharnaum. Seule une fourmi pourrait y retrouver ses petits trépassés. Un pied de quelque chose que j’ai d’abord pris pour un giraumont, mais c’est peut être aussi une calebasse, prend ses aises et a même donné le jour en plein cimetière à une énorme gourde blanche. Avis aux amateurs. C’est en vain que moi j’ai essayé de retrouver la tombe d’une Baltimore. Rosiette Fortuna de son prénom née le 30 decembre 1915 à Deshaies et décédée à Deshaies, épouse Lesi, moins de 5 mois après son mariage le 28 février 1849. J’ai sillonné le cimetière d’est en ouest. De sud en nord et rien. La disparue a vraiment disparu. Pourtant elle est bien décédée le 10 juillet 1949. Il y a presque 70 ans. Belle rotativite. Sans doute n’avait elle pas acheté de caveau. Elle peut aussi avoir disparu en mer. Ou ressuscité. Qui sait ? Nul ne sait, dit un gommier de marbre. Pas de trace de Vatinel Monique Lesi, son mari, pas de trace de sa mère Lucie Vivie Calodat, quant à son père, lui, je le tiens bien, Omer Baltimore est né à Saint-Claude et décédé à Baillif. C’est l’un de mes grands-oncles. Je lui rendrai visite un de ces quatre, c’est promis. Il ne perd rien pour attendre. Je viendrai sans bougie ni lumignons honorer son esprit. Saint-Aumer ou Saint-Omer, peu importe, les esprits ne font pas la différence entre le homard et la langouste. J’espère que lui aussi n’est pas tombé dans les oubliettes ou commodément disparu en mer. Mais il faut aussi s’accrocher aux bons vieux vivants. Il faut que je rencontre Baltimor Urlande Eugénie Marie et Baltimor Claude. Mon petit doigt me dit que je pourrais bien les retrouver du côté de Pinau, Deshaies juste après la plage de Rifflet, où ces vieilles dames aiment à faire leur trempette matinale. Peut-être pourront elles me dire où repose notre parente. Nul ne sait. Mais la mer en contrebas continue sa sape de son ressac inlassable.

Afrodystopie, Nicki Minaj et éblouissements

Tout le monde sait depuis Thomas More (1516) et son ouvrage Utopia ce qu’est l’utopie. C’est le contraire du réel. Mais l’utopie se caractérise par le recherche d’une société idéale tendant vers le bonheur. La dystopie c’est une  utopie tendant vers le malheur. Mise à distance du réel  comme l’a théorisé Guy Debord en son temps. Selon Joseph Tonda, sociologue gabonais, chercheur entre autres à EHESS nous en sommes venus désormais à « la société des éblouissements ». Dans son ouvrage L’impérialisme postcolonial. Critique de la société des éblouissements (Editions    Karthala) (2015) une société qui va bien au delà par la fascination qu’elle exerce sur les peuples les plus divers à travers le monde. A travers l’image, les films, les écrans, youtube, facebook des contenus sont véhiculés qui promeuvent une sorte de postcolonialisme impérialiste. Ces images, ces films, ces clips éblouissent, fascinent séduisent, nous rendent dépendants d’une vision capitaliste de la société. Inconsciemment nous absorbons comme des buvards gourmands jamais rassasiés ces tonnes d’images, ces tonnes d’imaginaires qui vont se fondre dans notre inconscient. Nous sommes colonisés par cette civilisation non seulement des écrans mais des sons et des habitudes culinaires. Certains appellent ça la mondialisation Joseph Tonda définit cela dans une approche marxienne comme la société des éblouissements.

Dans l’ouvrage     d’ Aldous Huxley (1894-1963)          Brave New  World (1932), le Meilleur des Mondes c’est d’un monde dystopique qu’il s’agit, un monde régi sur des principes qui ne sont pas harmonieux, des principes qui tiennent plus au controle au totalitarisme, à l’enfermement qu’à la liberté, à l’égalité  et au libre-choix. Y figure en épigraphe cette citation de Nicolas Berdiaff

«Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante: comment éviter leur réalisation définitive?… Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins «parfaite» et plus libre.»

D’autres écrivains comme Georges Orwell (1903-1950)  et son 1984 (1949) ou Ray Bradbury (1920-2012) et son Fahrenheit 451 (1953) se sont attachés à décrire ces univers dystopiques.

Big brother n’est plus un secret pour personne dans nos sociétés européennes  dominées par la technologie et les images, les caméras et les ordinateurs.

Joseph Tonda parle d’afrodystopie c’est-à-dire de ces utopies  négatives qui font le quotidien imaginaire des afrodescendants à travers le monde et il analyse par exemple le succès du film américain  Black Panther en Afrique dont une partie de l’intrigue se déroule justement en Afrique dans le pays utopique de Wakanda, le succès du clip Anaconda de Nicki Minaj qui se déroule selon lui dans une forêt africaine. Alors qu’il y  avait autrefois une mise à distance dans le processus de colonisation, à l’ère du post-colonialisme on a affaire à une sorte d’auto-colonisation heureuse et fascinée à travers les média. Chaque écran, chaque portable est un vecteur par lequel entre les germes de la destruction des aspiration de poursuite du bonheur légitimement porté par les membres des sociétés dites archaïques ou traditionnelles. Ce miroir déformant des images amènerait des millions de migrants à travers le monde à vouloir intégrer ce flux néolibéral des échanges. C’est le fameux et en même temps de Macron à la puissance grand P : je suis producteur et en même temps marchandise. Qu’on soit à Johannesburg, à Douala, à Libreville, à Rabat, à    New Delhi, à   Pointe-à-Pitre, à Port-au-Prince ou à Rio de Janeiro pour ne citer qu’eux, les images déferleraient sur nos inconscients. Nous donnerions à ces images conçues pour être décodées subliminairement par nos cortex cérébraux libre accès à nos enfants, à nos idéaux, à nos envies. Nous serions en somme nos propres fossoyeurs.

Pour bien saisir l’idée de Joseph Tonda regardons un peu le clip de Nicki Minaj qui a gagné le prix de la meilleure vidéo hip hop au MTV Video Music Awards de 2014. Pour la petite histoire il a été visionné sept cents quatre vingt-treize  millions deux cents soixante douze mille huit cents quatre-vingt-onze fois au jour d’aujourd’hui presque 4 ans après sa mise en ligne.

My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Boy toy named Troy used to live in Detroit
Big dope dealer money, he was gettin’ some coins
Was in shootouts with the law, but he live in a palace
Bought me Alexander McQueen, he was keeping me stylish
Now that’s real, real, real
Gun in my purse, bitch, I came dressed to kill
Who wanna go first? I had them pushing daffodils
I’m high as hell, I only took a half a pill
I’m on some dumb shit, by the way, what he say?
He can tell I ain’t missing no meals
Come through and fuck him in my automobile
Let him eat it with his grills and he tellin’ me to chill
And he telling me it’s real, that he love my sex appeal
Say he don’t like ’em boney, he want something he can grab
So I pulled up in the Jag, and I hit him with the jab like
Dun-d-d-dun-dun-d-d-dun-dun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
This dude named Michael used to ride motorcycles
Dick bigger than a tower, I ain’t talking about Eiffel’s
Real country-ass nigga, let me play with his rifle
Pussy put his ass to sleep, now he calling me NyQuil
Now that bang, bang, bang
I let him hit it cause he slang cocaine
He toss my salad like his name Romaine
And when we done, I make him buy me Balmain
I’m on some dumb shit, by the way, what he say?
He can tell I ain’t missing no meals
Come through and fuck him in my automobile
Let him eat it with his grills, and he telling me to chill
And he telling me it’s real, that he love my sex appeal
He say he don’t like ’em boney, he want something he can grab
So I pulled up in the Jag, Mayweather with the jab like
Dun-d-d-dun-dun-d-d-dun-dun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
Little in the middle but she got much back
Little in the middle but she got much back
Little in the middle but she got much back
(Oh my God, look at her butt)
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
Don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
Yeah, he love this fat ass, hahaha!
Yeah! This one is for my bitches with a fat ass in the fucking club
I said, where my fat ass big bitches in the club?
Fuck the skinny bitches! Fuck the skinny bitches in the club!
I wanna see all the big fat ass bitches in the muthafuckin’ club
Fuck you if you skinny bitches, what?! Kyuh
Haha, haha
I got a big fat ass (ass, ass, ass)
Come on!
Bon, moi je n’ai pas le même point de vue que Joseph Tonda mais peut-être suis-je déjà aliéné et ce ne serait pas anormal étant originaire des Caraïbes influencé par les vents qui viennent du continent américain du nord et du sud comme ceux venant  d’Europe ou d’Afrique. Cette chanson qui parle d’anaconda et de derrière est tout à fait explicite quel que soit le public. Le décor est un décor factice presque de carton pâte qui contraste avec la richesse et le rythme de la vidéo et de la chorégraphie. J’imagine que si réellement Nicki Minaj avait voulu symboliser la jungle africaine elle aurait pris un avion avec tous ces danseurs pour ce faire. Je me souviens que Michael Jackson était venu à Salvador en son temps pour tourner un clip avec Olodum. En outre il ne faut pas aller bien loin pour symboliser une forêt vierge il suffit d’aller en Amazonie.
Il y a certes une hutte en paille ou en torchis mais on trouve ces huttes en territoire indigène amérindien. Joseph Tonda  dit qu’il y a des hordes de Nicki Minaj en Afrique dans toutes les capitales. Moi je dirais qu’il y a toutes les femmes qui ont un gros derrière et qui savent s’en servir qui l’accompagnent et la prennent peut être comme modèle, et tous les hommes qui aiment les gwobonda, qu’il ya aussi toutes les femmes qui n’ont pas ce derrière et qui en rêvent, cela fait beaucoup de monde. Maintenant je crois que le modèle génétique du postérieur proéminent est un modèle africain. Donc je ne vois pas pourquoi Tonda  voudrait qu’au nom du refus du post-colonialisme on impose aux femmes africaines d’intervenir à coups de chirurgie esthétique, d’implants et d’injections de graisses sur leurs derrières comme cela se fait dans certains pays. Je crois plutôt qu’en l’espèce c’est le modèle africain qui se globalise mais c’est un modèle africain authentique de danse qu’elle reprend le n’dombolo. cette façon suggestive de danser en secouant les fesses frénétiquement, on a même le papillon c’est aucunement américaine ni européenne. Donc je crois qu’il ya plusieurs niveaux d’analyse. un niveau où la danse est extraite comme une plante de son environnement local et placée sous une serre tropicale  mondialisée avec certes des modifications génétiques inévitables dues aux OGM. Ensuite ce modèle étant validé économiquement par l’inconscient planétaire il revient multiplié sur ceux qui en étaient les détenteurs originaux. Je crois qu’on a tort de ne vouloir toujours voir que le modèle globalisé qui règne en Occident, le modèle occidental  pour faire vite, est un modèle supérieur. Si on se fie au succès de danses comme le zouk, la lambada, le reggae, la salsa, la zumba, ce sont des danses de métissage  qui rencontrent aussi bien du succès en   local qu’ en global.   et que l’espace caribéen est l’espace privilégié de ce métissage , de cette réinterprétation des mythes fondateurs.
Je crois que les religions ont freiné les corps et que les danses ont été réprimées aussi bien par l’Islam que par le protestantisme et le catholicisme. Je me suis aperçu lors de mon séjour à Mayotte de 8 mois que là-bas c’est la musique africaine qui tient le haut du pavé chez les jeunes immigrés comoriens agés e 11 à 16 ans. Elle  peut être sudafricaine, congolaise, rwandaise , les jeunes aiment le hip hop mais un hip hop à l’africaine très sexuel, très suggestif.   Dans de tels pays où les corps sont presque en permanence voilés, et où hommes et femmes se côtoient dans des univers parallèles, extrêmement codifiés, la danse est symbole de libération. Et le voile et le salouva n’empêchent nullement les femmes de montrer leur sensualité.
J’ai eu souvent à discuter sur la culture mahoraise et je me suis souvent moqué en rigolant de la structure clanique des familles leur mettant en avant les avantages de l’individu par rapport au groupe.   je me suis rendu compte à ce moment là que sans le vouloir j’étais devenu  l’agent de l’Occident, ça oui, car justement je venais en Afrique coloniser par la langue française l’esprit des jeunes enfants en leur enseignant le Père Noël, Noël, en leur faisant chanter des chansons de Noel, les crêpes de la chandeleur liées aux Rois Mages alors qu’ils avaient leur propre iconographie religieuse  quotidienne islamique . Je crois pour ma part prenant Mayotte pour exemple, et tout en sachant que Mayotte n’est pas le monde, ou n’est pas l’Afrique selon certains, que Mayotte c’est en même temps, l’ Afrique, l’Inde, Madagascar et l’Arabie Saoudite avant toute autre chose. J’ai été surpris par exemple que beaucoup ne sachent pas leur âge, leur date de naissance, et ignorent jusqu’à ce qu’est un signe astrologique.    J’ai surtout réalisé la prégnance du clan lors des mariages, lors des maladies et lors de la mort. tout se traite au niveau du clan, de la maison familiale. Cela peut représenter 200 à 300 personnes tout de même qui à la manière d’une ruche fonctionnent en intelligence tous unis vers un même but. Les femmes sont maîtresses chez elles et propriétaires de leur maison. Je ne crois pas que quel que soit les mouvements internationaux, les films, les clips, les femmes abdiquent de leur pouvoir à Mayotte. certes c’est un pouvoir relatif puisque  leurs maris peuvent avoir plusieurs épouses.   Chaque société a ses codes. parmi ceux de Mayotte il y en a un qui m’a surpris : c’est l’obligation pour le père de construire une maison pour  chacune de ses filles  pour que lors du mariage elle ne dépende pas de son mari.
Là où je pense que Tonda a tort c’est quand il parle de néocolonialisme. il y a eu de tous temps chez les colonisés certains qui se joignaient au mode de vie des colonisateurs, qui abjuraient leur foi pour une autre au nom du réalisme politique   et cela aussi bien chez les chrétiens, les juifs, les musulmans que les protestants.  Les nouveaux missionnaires cathodiques existent aussi bien aux Etats-Unis qu’au Brésil.
Pour en revenir à Nicki Minaj,  ses origines origines sont clairement métissées. Elle est née à Trinidad en 1982 d’un père d’origine hindou-trinidadienne et d’une mère d’origine afro-trinidadienne. Elle est née Onika Tanya Maraj  et a vécu jusqu’à l’âge de 5 ans avec sa grand-mère à Trinidad avant de retrouver ses parents à New York aux USA. Elle fait donc partie  en quelque sorte de ce monde globalisé. elle vit peut être une utopie et telle Hythlodée raconte ses histoires même si elle sait que l’Anydre, le fleuve qu’elle remonte tous les jours  en bateau sans en trouver jamais la source est un fleuve sans eau. De là à en faire de cette déesse callipyge, cette deusa culona post-moderne comme le dit le sociologue gabonais une « transfiguration du mythe africain de Mami Wata ». Chacun a le droit de croire aux esprits qu’il veut mais il n’est pas clair pour moi le fait de savoir si le sociologue croit lui en Mami Wata et s’il croit que Mami Wata peut servir de germe à une libération du joug post-colonialiste qui étouffe l’Afrique. Je ne sais si les fétiches que sont le sexe, la violence et l’argent que dénoncent Tonda et qui sont pour le moins de son point de vue du côté du néo-colonialisme ne résultent pas en fait d’une vision pentecôtiste quihttps://youtu.be/WEDjY3bcloI voit le Diable dressé partout avec un phallus tendu et sanglant chastement ceint de dollars, d’euros et de francs cfa. Tonda nous évoque outre Nicki Minaj, Naffissatou Diallo (vous vous souvenez ? DSK ? New York ?), Johnny Chien Méchant, alias Lufua Luwa, alias Matiti Mabé du livre éponyme de Emmanuel Dongala , Modogo, tous agents autant qu’ils le sont du post-colonialisme africain. Je m’étonne qu’il n’ait pas cité Prince, Pharrel Williams, James Brown.
Moi je constate que jeune j’ai été abreuvé des sons africains qui évoquaient les zombies, Fela Kuti le nigérian, et consorts. Je suppose qu’ils étaient eux aussi des suppôts de Satan selon la lecture du sociologue. allez je m’y replonge car selon moi Fela a faut plus pour la conscientisation de l’Afrique et des afro-descendants que n’importe quel sociologue fût il de l’université de Libreville.
Zombie o, zombie (Zombie o, zombie)
Zombie o, zombie (Zombie o, zombie)
Zombie no go go, unless you tell am to go (Zombie)
Zombie no go stop, unless you tell am to stop (Zombie)
Zombie no go turn, unless you tell am to turn (Zombie)
Zombie no go think, unless you tell am to think (Zombie)
Tell am to go straight
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Tell am to go kill
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Tell am to go quench
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Go and kill! (Joro, jaro, joro)
Go and die! (Joro, jaro, joro)
Go and quench! (Joro, jaro, joro)
Put am for reverse! (Joro, jaro, joro)
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro
Attention! (Zombie)
Quick march!
Slow march! (Zombie)
Left turn!
Right turn! (Zombie)
About turn!
Double up! (Zombie)
Salute!
Open your hat! (Zombie)
Stand at ease!
Fall in! (Zombie)
Fall out!
Fall down! (Zombie)
Get ready!
Halt!
Order!
Dismiss!
Chase the DEvil par Max roméo
  https://youtu.be/WEDjY3bcloI

Homme à fossettes, hou la la, homme à …

Ne soyez pas jaloux, quoi. Est-ce ma faute si les fées se sont penchées sur mon berceau et m’ont doté de cet instrument parfait, de ce bel organe qui fait resplendir et rougir les joues de tout un chacun ? Merci aux fées , merci aux divinités, merci aux génies de m’avoir ainsi entre tous élu homme à fossettes ! Fossettes toujours au pluriel, les jumelles, l’une à droite l’autre à gauche. Parfaitement parallèles et équilibrées. Empreintes du doigt des anges, N’allez surtout pas croire que c’est génétique. Explication oiseuse et superfétatoire, s’il en est. Non, chers messieurs de la Faculté, ne vous en déplaise, mon grand zygomatique n’est ni déformé ni plus court qu’un autre et le rapport entre mes pommettes et la commissure de mes lèvres n’est pas la cause de ces petites dépressions enjouées et juvéniles que les antillais appellent trous de beauté. Homme à fossettes, dimple man, homem com covinhas, hombre de hoyuelos, excusez du peu. Je suis un envoyé spécial sur Terre. Ma mission est une bénédiction dionysiaque : sourire et faire sourire.

Mais voyez-vous, la Nature qui sait ce qu’elle fait m’a doublement doté. Car je suis aussi des rares ceux qui possèdent des fossettes d’Apollon ! Vous ne connaissez pas ? Disons alors que je suis doté du losange de Michaelis. Vous ne voyez toujours pas ! eh bien disons alors en anglais que je possède un rhombus of Michaelis. Toujours rien ? Bon  je vous explique. C’est anatomique, docteur Watson. Vous voyez l’épine dorsale , vous descendez vous descendez juste au-dessus du sillon interfessier, vos joues du bas si vous préférez, vous verrez deux petites dépressions de chaque côté qui relient l’os iliaque du pelvis au sacrum de l’épine et qui forment un cerf-volant. Fossae lumbales laterales, sacral dimples fossettes sacro-iliaques. C’est Phoebus lui-même, fils de Zeus et Léto, qui les a creusées là ces fossettes d’ Apollon, Apollo holes, back dimples, butt dimples, salières de Vénus chez ces dames, salières d’Apollon chez ces messieurs. Et n’allez pas appeler ça des poignées d’amour, espèce d’impertinent. Non ce sont mes thumb handles, zone érogène de mon rhomboïde intime s’il en est que jamais je ne percerai de piercing comme certains. Ni en haut, ni en bas. D’ailleurs je ne vous le  montrerai pas, mon rhombus, mon cerf-volant secret. Laissez-le flâner tranquillement dans l’alizé apollonien de mes hanches, mon sourire d’en bas.

Que serait la France sans l’Afrique?

Le site brésilien CONVERSA AFIADA, un blog politique indépendant dirigé par Paulo Henrique Amorim ex journaliste vedette de Rede Globo et désormais de la Rede Record où il a un programme dominical appelé Domingo Especial, a publié un article début juillet intitulé O que seria da França sem a África ?

Avec comme sous-titre: Dà nisso permitir a entrada de imigrantes. (Voilà à quoi ça mène de permettre l’entrée d’immigrants).

Je traduis:

le Camerounais Samuel Umtiti fait une passe à l’Angolais Blaise Matuidi, de l’Angolais le ballon va au Togolais Corentin Tolisso, le Togolais fait une passe aérienne au Malien N’golo Kante, le Malien fait une passe en profondeur au Camerounais M’Bappe, qui prolonge sur Dembélé du Mali, lequel transmet au Guinéen Paul Pogba, qui est bien placé et…. Buuuut.! LA FRANCE marque..!

Dans cet article le journaliste Paulo Henrique Amorim met en avant avec humour la forte présence africaine dans l’équipe de France.

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L’équipe constituée par les 23 est en effet une équipe fortement multiethnique et cette diversité n’échappe à personne. Sur les 23 joueurs sélectionnés en Équipe de France 21 sont nés sur le territoire français dont 20 dans l’hexagone. Les deux seuls nés en dehors de France sont Samuel Umtiti né le 14 novembre 1993 à Yaoundé au Cameroun et Steve Mandanda né le 28 mars 1985 à Kinshasa en République Démocratique du Congo. Le seul né en dehors de l’hexagone est Thomas Lemar né à Baie-Mahault, Guadeloupe le 12 novembre 1995. Pour le reste les 20 autres protagonistes sont tous nés en France métropolitaine :

A Bastia Adil Rami

A Beaumont-sur-Oise Presnel Kimpembe

A Chambéry Olivier Giroud

A Colombes Steven Nzonzi

A Lagny-sur-Marne Paul Pogba

A Lille Raphaël Varane

A Longjumeau Benjamin Mendy

A Lyon Nabil Fekir

A Mâcon Antoine Griezmann

A Marseille Lucas Hernandez

A Maubeuge Benjamin Pavard

A Nice Hugo Lloris

A Orléans Florian Thauvin

A Paris N’Golo Kante

A Paris Kylian M’Bappe

A Paris Alphonse Aerola

A Tarare Corentin Tolisso

A Toulouse Blaise Matuidi

A Troyes Djibril Sidibé

A Vernon Ousmane Dembélé

Ce sur quoi s’attarde avec humour grinçant mais humour quand même c’est l’origine ethnique des participants. Et surtout sur leur appartenance au continent africain. Car dans  les faits sur les sept  qu’il cite seul un est né en Afrique. Il n’en reste pas moins que certains ont  la double nationalité. Ce sont les fameux binationaux. Mais ils ont choisi à un certain moment de leur vie pour des raisons qui leur sont propres de défendre le drapeau tricolore. D’autres ne sont pas africains mais n’en sont pas moins descendants de migrants. On oublie les migrations intra-européennes bien souvent. Sans aller plus loin voici ce que révèle une recherche rapide sur l’origine des 23 sélectionnés :

Algérie (Mbappé , Fekir)

Angola (Matuidi)

Cameroun (Umtiti, Mbappé)

Congo (Mandanda , Kimpembé , Nzonzi)

Espagne (Lloris)

Guinée Conakry (Pogba)

Haïti (Kimpembé )

Mali (Dembélé, Kante, Sidibé)

Maroc (Rami)

Martinique (Varane)

Philippines (Areola)

Portugal (Griezmann)

Mauritanie (Dembélé)

Sénégal (Dembélé, Mendy)

Togo (Tolisso)

Ces dites origines franco-francaises dans le cas de Giroud si on étudie généalogiquement à partir des grands-parents font ressortir aussi des branches italiennes. Voire allemande pour Antoine Griezmann si l’on remonte au 19ème siècle. Seul Benjamin Pavard pouvant évoquer des origines 100 pour 100 françaises sur plus de générations.

Certains de ces joueurs n’ont jamais mis leurs pieds dans leur pays d’origine. Je le rappelle 21 sont nés en France. Certains par leurs parents ont deux origines, d’autres 3. Certains ont vécu dans d’autres pays que celui de leur naissance avant de venir en France. C’est un phénomène normal. Deux de mes 5 enfants n’ont jamais mis les pieds en Guadeloupe où je suis né. L’une n’a jamais mis les pieds ni en Indonésie, pays de naissance de sa mère, ni en Guadeloupe, pays de naissance de son père, ni au Surinam pays de naissance de son grand-père. Elle a la double nationalité française et néerlandaise.

Ce que je veux souligner c’est que le regard que porte Amorim sur les Bleus n’est pas exempt de cynisme malgré l’exactitude du propos. Il aurait dû inclure dans son propos l’Afrique du Nord (Algérie, Maroc) , les Antilles (Guadeloupe, Martinique, Haiti), inclure les Philippines et les migrations intra européennes.

Mais le but avoué en filigrane d’Amorim c’est peut être de montrer une certaine ambivalence française du monde du football. Tous Français en cas de victoire, tous migrants en cas de défaite. Black blanc beur = bleu mais seulement quand le coq gaulois chante cocorico.

On pourrait alors dire que les huit équipes qualifiées pour les quarts de finale de cette coupe du monde de la Fifa 2018 en Russie voient l’affrontement de deux mondes surprenants. France (18), Angleterre (11), Belgique (11), Suède (3) : le bloc des pays en voie de développement multiethnique contre Russie, Croatie, Uruguay et Brésil, le bloc des pays en voie de recroquevillement ethnique. Entre développement et recroquevillement faites vos jeux.

Je corrige Amorim. En regardant les compositions des équipes de Belgique, Angleterre, je les vois aussi diverses que celle de l’équipe de France. On parle en Angleterre de BME (Black and minority-ethnic).

Même si le football est un microcosme il reflète le mélange de races, le melting pot qui s’opère en profondeur en Europe depuis les années 80. Qu’il soit qualifié de multiethnique et multiculturelle ou de pluriethnique et pluriculturelle c’est une réalité qui reflète de plus en plus le visage pluriel de nombreux pays dans le monde. Voyez la diversité par exemple affichée par l’équipe suisse arrivée en huitièmes de finale

Angleterre : 11 représentants de la diversité portent haut les couleurs des 3 lions dont sept nés en territoire anglais et quatre nés dans des ex colonies britanniques comme la Jamaïque, le Ghana, le Nigéria .

Belgique (11 chez les Diables Rouges) : RD Congo (Lukaku, Kompany, Batshuayi, Tielemans, Boyata ), Maroc (Fellaini, Chadli), Mali (Dembélé), Martinique (Witsel), Kosovo (Januzaj), Espagne, Portugal (Carrasco)

La Suède (3) : Kenya (Olson), Congo (Thelin), Liban, Turquie (Durmaz)

La Croatie (0), la Russie (0) semblent nettement plus identitaires.

Le Brésil et l’Uruguay sont des nations fidèles à leur image sud-américaine de melting pot mais n’intègrent pas des joueurs de culture ou d’origine ethnique différente dans leur équipe nationale. Quelle est la tendance qui dominera la coupe du monde ? Je ne saurais le dire. Je remarque simplement pour mettre de l’eau dans le moulin que bon nombre des joueurs des équipes de Tunisie et de Maroc sont nés en Europe. Chemin inverse donc. et on s’aperçoit par ailleurs que le Brésil qui était un pays où on émigrait volontiers est désormais un pays (a univeau sportif toute fois) où l’on émigre ésormais volonteirs. Preuve en est ces Brésiliens qui ont pris la nationalité espagnole, portugaise, italienne, russe, etc

En Italie Kaka, Eder, Thiago Mota, Bruno Henrique, Gabriel Boschilia, Eduardo Henrique, Eduardo Sasha, Guillerme Lazaroni, Amauri

En Allemagne : Paulo Rink

Au Portugal : Deco, Pepe,

En Croatie Eduardo a Silva

En Espagne Diego Costa , Marcos Senna,

Au Chili Marcos Gonzalez, etc etc etc

Je dirais pour parodier Amorim: qu’adviendrait-il du Brésil  sans l’Afrique ?? Car le Brésil, et l’Uruguay bien évidemment, sans le sang des Africains ne seraient pas les nations de football qu’elles sont (pour combien de temps encore).

Les feux de la Saint-Jean no sertão do Gâtinais : ode to José Maria

Que sont devenus les feux de la Saint-Jean? MOI JEAN-MARIE, DONC JEAN COMPOSÉ, JE M’INTERROGE CAR C’EST MA FÊTE, LA SAINT-JEAN. SAINT JEAN BAPTISTE, COUSIN DE JESUS, NE SIX MOIS AVANT LUI. C’est la fête de tous les Jean, les John, les Juan, les Giovanni, les Yann, les Jehan, les João….

Autrefois à la Saint-Jean les jeunes filles remplissaient une bassine d’eau et se concentraient pour y voir apparaître le contour de leur futur mari, celui que Saint Jean leur avait réservé. AUTREFOIS C’ÉTAIT À QUI SAUTERAIT LE PLUS HAUT AU DESSUS DES BÛCHERS DRESSES POUR CONQUERIR LE COEUR DE CES JOUVENCELLES

D’AUTRES GRIMPAIENT AU MAT DE COCAGNE POUR MONTRER LEUR HARDIESSE DEVANT CES GENTES DEMOISELLES EN HAUTE PAMOISON.

Disparus des campagnes à tel point qu’on se demanderait presque s’ils ont jamais existé. C’était autrefois les feux qu’on allumait au solstice d’été pour fêter les moissons. On dansait autour d’énormes brasiers, on buvait, dansait et mangeait. Il y a bien la fête de la musique mais elle n’a pas cette dimension bucolique. Autrefois on savait que Saint Pierre le 29 juin était le saint patron des veuves et des femmes célibataires que Saint Antoine avait délaissées. Antoine le 13 juin présidait aux amours et au mariage et Saint Jean dans la nuit du 23 au 24 juin répandait sa braise. Leurs rôles étaient bien répartis. On les invoquait, les priait. Que de litanies furent prononcées au mois de juin. Là c’était le maïs là, c’était le blé qu’on remettait au bon vouloir des divinités agrestes. Cérès veillait sur les semailles et les récoltes de céréales. C’était au temps où fiançailles, épousailles semailles et funérailles rimaient ensemble et chantaient toutes en choeur avec buvaille et mangeaille.

Au Brésil la Saint-Jean reste synonyme de prières exaucées, de voeux réalisés, de canjica, de forro, de feux de joie de l’hiver, de liqueur de génépi, de quadrille, de cacahuète, de maïs et d’ orange. Mais ici en France à défaut de canjica nous avons chanté la Paella. Quem não tem canjica se vira com Paella.

En cette année de grâce 2018 de notre ère j’ai passé une excellente Saint-Jean placée sous le signe des retrouvailles, de la mangeaille et de la buvaille mais aussi et surtout autour des funérailles. C’est donc autour d’une paella de 90 cm de circonférence dans le sertão du Gâtinais à La Merville, lieu dit dépendant de Pers-en-Gatinais dans le Loiret que nous nous sommes retrouvés pour célébrer la mémoire de l’artiste José Maria Piquer (1926-1979). La veuve de ce dernier, Andrée, et leurs deux fils ainsi qu’ une foule d’amis qui avaient à un moment de leur vie croisé l’artiste, étaient venus nombreux. C’était aussi pour moi un moment de retrouvailles avec un copain d’école que j’avais plus revu depuis 50 ans, Ariel Antona. Moment aussi de découverte avec la mère d’Ariel, Angelina qui nous apprit que sa fille Violetta Cousin et le mari de cette dernière Charles Cousin demeuraient comme nous dans l’Etat de Bahia entre Salvador et Cachoeira. Et que Violetta était adepte du candomblé. Mieux encore. Angelina habitait au-dessus de mon frère Patrick à Sceaux-les-Blagis. Autre rencontre extraordinaire: un autre polyglot trotter Alain Faure me racontait sa vie qui paraissait un roman d’aventure aux parfums de punch rare de pomme liane. GUADELOUPE, GUYANE, ETATS-UNIS, ALLEMAGNE. Une hôtesse de l’air Dominique racontait sa vie entre États-Unis, Argentine, Inde, France et Espagne. Tout cela autour de flûtes de Champagne Philippe Fays et de bon vin qui coulaient à flots. A l’ombre des noyers plana alors le chant invisible de Bobbie Gentry (1944) et son Ode to Billie Joe (1967) qui me revint soudain en tête en parlant avec Alain qui l’avait intimement connue. Je la transformai en Ode to José Maria. Le fleuve Mississippi était devenu Loing. Du 3 juin on était passé au 21 juin. Ce n’était pas un adolescent qui s’était suicidé du pont Tallahatchie mais un fumeur invétéré de cigarettes qui avait connu une mort précoce.

It was the third of June,
another sleepy, dusty Delta day.
I was out choppin’ cotton
and my brother was balin’ hay.
And at dinner time we stopped,
and we walked back to the house to eat.
And mama hollered at the back door
« y’all remember to wipe your feet. »
And then she said she got some news this mornin’ from Choctaw Ridge
Today Billy Joe MacAllister jumped off the Tallahatchie Bridge.

Papa said to mama as he passed around the blackeyed peas,
« Well, Billy Joe never had a lick of sense,
pass the biscuits, please. »
« There’s five more acres in the lower forty I’ve got to plow. »
Mama said it was shame about Billy Joe, anyhow.
Seems like nothin’ ever comes to no good up on Choctaw Ridge,
And now Billy Joe MacAllister’s jumped off the Tallahatchie Bridge

And brother said he recollected when he and Tom and Billy Joe
Put a frog down my back at the Carroll County picture show.
And wasn’t I talkin’ to him after church last Sunday night?
« I’ll have another piece of apple pie, you know it don’t seem right.
I saw him at the sawmill yesterday on Choctaw Ridge,
And now you tell me Billy Joe’s jumped off the Tallahatchie Bridge. »

Mama said to me « Child, what’s happened to your appetite?
I’ve been cookin’ all morning and you haven’t touched a single bite.
That nice young preacher, Brother Taylor, dropped by today,
Said he’d be pleased to have dinner on Sunday. Oh, by the way,
He said he saw a girl that looked a lot like you up on Choctaw Ridge
And she and Billy Joe was throwing somethin’ off the Tallahatchie Bridge. »

A year has come ‘n’ gone since we heard the news ’bout Billy Joe.
Brother married Becky Thompson, they bought a store in Tupelo.
There was a virus going ’round, papa caught it and he died last spring,
And now mama doesn’t seem to wanna do much of anything.
And me, I spend a lot of time pickin’ flowers up on Choctaw Ridge,
And drop them into the muddy water off the Tallahatchie Bridge.

Je ne sais l’heure à laquelle Jose Maria Piquer était passé de vie à trépas mais le poème de Federico Garcia Lorca A las cinco de la tarde qui raconte la mort d’un torero prit place en moi. Ignacio Sanchez Mejias et José Maria Piquer ne faisaient qu’un.

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A las cinco de la tarde.
Eran las cinco en punto de la tarde.
Un niño trajo la blanca sábana
a las cinco de la tarde.
Una espuerta de cal ya prevenida
a las cinco de la tarde.
Lo demás era muerte y sólo muerte
a las cinco de la tarde.

El viento se llevó los algodones
a las cinco de la tarde.
Y el óxido sembró cristal y níquel
a las cinco de la tarde.
Ya luchan la paloma y el leopardo
a las cinco de la tarde.
Y un muslo con un asta desolada
a las cinco de la tarde.
Comenzaron los sones de bordón
a las cinco de la tarde.
Las campanas de arsénico y el humo
a las cinco de la tarde.
En las esquinas grupos de silencio
a las cinco de la tarde.
¡Y el toro solo corazón arriba!
a las cinco de la tarde.
Cuando el sudor de nieve fue llegando
a las cinco de la tarde
cuando la plaza se cubrió de yodo
a las cinco de la tarde,
la muerte puso huevos en la herida
a las cinco de la tarde.
A las cinco de la tarde.
A las cinco en Punto de la tarde.

Un ataúd con ruedas es la cama
a las cinco de la tarde.
Huesos y flautas suenan en su oído
a las cinco de la tarde.
El toro ya mugía por su frente
a las cinco de la tarde.
El cuarto se irisaba de agonía
a las cinco de la tarde.
A lo lejos ya viene la gangrena
a las cinco de la tarde.
Trompa de lirio por las verdes ingles
a las cinco de la tarde.
Las heridas quemaban como soles
a las cinco de la tarde,
y el gentío rompía las ventanas
a las cinco de la tarde.
A las cinco de la tarde.
¡Ay, qué terribles cinco de la tarde!
¡Eran las cinco en todos los relojes!
¡Eran las cinco en sombra de la tarde!

 

Vers 3 heures ce fut l’heure e passer à table et de déguster la Paella de Gaston, frère du défunt. Ce n’était pas une paella c’était une paellissima bellissima !

Avant la Paella des mises en bouche avaient proposées pour accompagner vins ou champagne. Il s’agissait de légumes frais coupés en petites portions que l’on trempait dans de la mayonnaise maison. J’ai apprécié les radis, les fanes de radis, les courgettes, le fenouil, le chou-fleur. Delícia. La Paella proposée était à base de poulet, crevettes, moules, petits pois, riz et chorizo épicé. Délicieuse. Puis vint le dessert . Un mélange de glace à la mangue, de granité au Cinzano, de mûres et de framboises, de papaye et de pastèque. Moi le gourmand j’ étais aux anges, rassasié, repu, heureux. DANS LES NUAGES SUBTILS DE LA SEPTIEME DIMENSION GASTRONOMIQUE ET SOCIALE JE CONNUS L’OUVERTURE DU PERICARDE ET LA COHÉRENCE CARDIAQUE. Nous étions dans la roça de Gatinais. Ai não me aguentei mais e comecei a dançar quadrilha na minha mente ao redor do puf de Mijanou Bardot com o som de  Mastruz com Leite. Melhor do que esse São João de hoje so aquele que vivi na roça da Chapada Diamantina alguns anos atras entre Rio de Contas e Livramento de Nossa Senhora (Bahia) com meu amigo falecido Jaldo e a esposa Jaciara.

Ah je peux vous dire que ma langue a chanté et sauté-maté sur le xote et le baião de ce São João octombule.

Je sirotais en sourdine avec Luiz Gonzaga et je vis dans ma flûte le champagne devenir licor de genipapo dont les bulles effervescentes se transformaient en ballons multicolores.

Olha pro céu, meu amor
Vê como ele está lindo
Olha praquele balão multicor
Como no céu vai sumindo

 

Foi numa noite igual a esta
Que tu me deste o coração
O céu estava assim em festa
Pois era noite de São João

Havia balões no ar
Xote, baião no salão
E no terreiro o teu olhar
Que incendiou meu coração

Olha pro céu, meu amor
Vê como ele está lindo
Olha praquele balão multicor
Como no céu vai sumindo

Olha pro céu, meu amor
Vê como ele está lindo
Olha praquele balão multicor
Como no céu vai sumindo

 

Nous n’avons dansé ni forro,  ni quadrille, ni zarzuela, nous n’avons pas chanté mais ce fut une fête mémorable que ce 23 juin 2018. Nous eûmes même droit à une exposition des oeuvres de José Maria Piquer autour de la grande salle et son imposante cheminée où nous sommes retrouvés à 31. TOUTE L’OCTOMBULIE SE TROUVAIT RÉUNIE. LE JOURNAL DE MINUIT ET DES POUSSIÈRES L’ OCTOMBULE AVAIT DÉLÉGUÉ SES PLUS FINS OCTOMBULISTES DE FRANCE, DE SUISSE, D’ESPAGNE, DE NAVARRE, DU BRÉSIL, D’ARGENTINE ET DE GUADELOUPE POUR COUVRIR L’ÉVÉNEMENT MAJEUR DE LA SAINT-JEAN 2018 ORGANISÉ PAR LES DEUX FREROTS BROTHERS ET LEUR UNCLE IN CHEF GASTON D’ARCACHON.

Eloge du cangote

J’ai découvert au Brésil une partie de mon anatomie dont j’ignorais jusqu’alors la simple existence. On l’appelle là-bas le cangote.

Quelques traducteurs vous le traduiront par « cou » d’autres par « nuque ». Or il y a en portugais brésilien les mots « pescoço » pour cou et « nuca » pour nuque. Le cangote est une partie du cou située juste en dessous de l’oreille et siège selon les connaisseurs de terminaisons nerveuses si sensibles que le seul fait d’effleurer du nez ou des lèvres cette partie de l’anatomie peut vous faire frissonner jusqu’aux bouts des orteils. En portugais on dira plutôt jusqu’à la canela (le tibia). La canela c’est une autre partie du corps, le tibia, un os saillant sensible s’il en est. Je le répète : un bisou léger posé sur le cangote, le haut de la nuque si vous préférez, une morsure imperceptible, un souffle chaud sorti du fond de vos entrailles, se répand comme de la poudre électrique génératrice de chair de poule (goose bumps) jusqu’à la canela (le tibia) de l’être aimé . Oh la la.

Le cangote est l’endroit où l’on met les nouveaux-nés à faire leur rot. C’est l’endroit où on les met à s’endormir aussi. C’est donc aussi un lieu privilégié de la petite enfance. Qui n’a jamais porté son enfant sur les épaules (shoulders) à califourchon ! Il n’y a rien de plus confortable pour l’enfant que le cangote, véritable no man’s land de tendresse.

Le cangote est donc une zone érogène exceptionnelle.

Il y a aussi au Brésil le colo. « Me pega no seu colo » pourrait se traduire en français par « prends-moi dans tes bras » ou « prends-moi sur les genoux ». Mais colo est bien plus que bras qui existe en portugais sous le nom de « braço » . « Menino de colo » signifie enfant qui ne sait pas marcher et qui est porté contre le sein en général de sa mère. Une femme adulte peut réclamer elle aussi son colo. Une petite place contre votre coeur où elle se blottira. Bien différent de « dar um abraço » (prendre dans ses bras). Le colo ou son diminutif le colinho est du domaine presque du religieux. On pense à la Vierge Marie donnant sa tétée au petit Jésus. C’est un geste de protection et de tendresse toute paternelle quand le mot s’applique à un homme.

L’être humain n’est pas le seul à posséder un cangote. Les taureaux par exemple ont aussi un cangote bien rebondi qu’on appelle « cupim ». Il est délicieux en churrasco. On dit volontiers au Brésil « beijo no cangote ». Ou encore « cheiro no cangote ». « FUNGAR NO CANGOTE ». Embrasser ou renifler, deux attitudes très animales qui renvoient tout aussi bien à l’enfance qu’à la tendresse et à la sexualité. Ne pas confondre nuque, cou et cangote. Colo, canela et cangote. Les 3 C tous reliés par des réseaux complexes et millénaires au point G de l’extase et de la jouissance. Qu’en dit le kamasutra?

« Comment les blancs sont d’anciens noirs » écrivait Blaise, la grenouille perdue

 

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« Ecoutez l’histoire !

Que vienne l’histoire !

L’histoire arrive, on la tient de la grenouille perdue, irrémédiablement perdue , perdue au pays de Mosikasika, du petit-garçon-qui-n’était-pas-encore-venu-au-monde.  ! Quand  Mosikasika vint au monde il était un tout petit poussin…

C’était au temps des histoires de nègres retranscrites, revues et corrigées poétiquement  pour la première fois en noir et blanc, noir sur blanc, histoires fantastiques et fantasmagoriques d’enfants et de termites, de lièvre et d’ombre, d’ombre sans nom qui riait derrière votre dos et vous faisait des cornes,  d’homme qui revenait toujours au même endroit à la même place, d’orchestre qui se trouvait à l’intérieur,  d’oiseau possible-impossible, de bête que personne ne connaissait, de griffes, de cornes, de silex, de petit poussin, de caïman que personne ne portait plus pour le mettre à l’eau, d’antilope Muul, d’éléphant Nzox, de roi de Guinée (Guinnaru), de Citukulumakumba, de Mu-Ungu, le Créateur, de rhinocéros et d’arbre à miel et moi, jeune créature nègre affamée de lecture et  de bourlingue livresque, je m’envolais comme je m’étais envolé avec les contes de Kompè Lapen, de Zamba, de Zingrignan.

J’en admirais les facéties de tous ces concertos en nègre majeur.  Et pourtant je n’étais pas un enfant des blancs. Ni un nègre de paille, ni un nègre rose, ni un nègre aux yeux bleus. Ni tout simplement nègre d’ailleurs. A douze ans je n’avais pas cette conscience nègre. Je n’étais qu’un enfant noir. De nègrerie en négritude en passant par les négrures je suis devenu au fil du temps nègre. Et je n’exclus pas un jour de découvrir dans les replis les plus profonds et secrets de l’ADN de ma propre nature que je suis blanc comme nègre !

Certes Cendrars aurait pu intituler son ouvrage Contes de la Brousse et de la forêt, (1932) comme celui de André Davesne et Joseph  Gouin avec des illustrations de P Lagosse.

Ou encore Contes du fleuve et de la forêt (2015) comme l’a fait André de Brousse de Montpeyroux.

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Mais il en a décidé autrement. Il a peut-être voulu faire du buzz, finalement, en cette année folle de 1929. Je ne nie pas non plus qu’il y ait chez lui tout un aspect de primitivisme qu’on retrouve chez lui comme chez d’autres comme Guillaume Appolinaire, Tristan Tzara ,comme l’a suggéré Jean-Claude Blachère aux Nouvelles Editions Africaines dans son ouvrage Le Modèle Nègre : aspects littéraires du mythe primitiviste au XXe siècle chez Appolinaire, Cendrars , Tzara. Mais toutes les analyses de fond ne retireront pas au texte sa fantaisie, sa malice et sa sagesse. Retransmettre par écrit noir sur blanc la magie nègre de l’oralité, retransmettre ce tissu volatile qui circulait de tribu en tribu, le retranscrire poétiquement, le mettre à la portée des enfants de tout âge, voilà ce que restera l’héritage de la grenouille-poète Blaise « irrémédiablement perdue » et de son chien blanc qui l’accompagne.

Dans ce contexte il est évident que la récente polémique abjecte suscitée autour du livre de Blaise Cendrars (1887-1961)  Petits contes nègres pour les enfants des blancs, paru en en 1929 m’horripile ! Ce qui choque les tenants du bien parler afro-descendant est le mot nègre quand il est écrit ou prononcé par des Blancs. Je suggère à ces bonnes âmes qui ont attendu 2018 pour lire ces contes, (ouf, il était temps, quoi que je me demande s’ils en ont lu plus que la première de couverture) cette solution bancale qu’ils apprécieront à leur juste valeur, valeur nulle : derrière « petits contes » * ou « à l’usage des  enfants  des » l’astérisque pourrait signifier ce que l’on voudrait (aussi bien nègres que blancs, que jaunes ou rouges, ou marron ou roses, métis, kako, moreno, cabo verde, mélangés, dominos, noirs, afro, africains, café, lait, afropéens, café au lait, descendants d’esclaves, afro-descendants, afro-américains, afro-brésiliens, afro-antillais, négresse verte, négresses roses, nègres blancs, domiens, nègres aux yeux bleus, nègres bambara, peuls, galeguinhos de olhos azuis, zorey, pygmées, métropolitains, black, négropolitains, white, leucodermes, mélanodermes, muzungus, que sais-je, n’ayons pas peur des néologismes au nom du vivre ensemble négrophobe/négrophile, mélanophobe/mélanophile). On en est même venu dans cette chasse à tout prix aux sorcières lexicales et étymologiques du passé, du présent et de l’avenir à faire circuler une pétition pour retirer du marché le livre qualifié de raciste.

Si l’on suivait les préconisations de ces censeurs lexicaux il faudrait donc déprogrammer et jeter aux oubliettes dans l’enfer maudit de la Bibliothèque Nationale la Rhapsodie nègre (1917) de Francis Poulenc (1899-1963), il faudrait vouer aux gémonies  Le Vieux Nègre et la Médaille (1956) de Ferdinand Oyono (1929-2011), le Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès (1948-1989),  Le Nègre des Lumières (2005), Le nègre au sang (2004), Ne m’appelez jamais nègre de Maka Kotto (1984), Chocolat , clown nègre, jeter au pilon Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer  (1989), Le nègre du  Narcisse,(1898) de Joseph Conrad (1857-1924), le Nègre et l’amiral de Raphaël Confiant (1988), Rue Case-Nègres de Joseph Zobel (le livre de 1950) et d’Euzhan Palcy (le film de 1983) et Je ne suis pas votre nègre (2017) de Raoul Peck. Il faudrait ne plus fredonner même, sous peine d’excommunication, « amour de nègre », « nég ni mové mannyè », « prière d’un petit enfant nègre », en même temps brûler tous les ouvrages porteurs sans équivoque de clichés racistes du type Loulou chez les nègres (1929) d’Alphonse Crozière (1873-1946) et laisser dans la lumière Pif et Paf chez les cannibales de 1928 de Dubus Hermin (1875-1973). Faut-il criminaliser et assigner à résidence post mortem Jean Bruller plus connu sous le pseudonyme de Vercors pour sa collaboration comme illustrateur aussi bien dans dans Loulou chez les nègres que Pif et Paf chez les Cannibales. Si cela avait été Zoulous au lieu de nègres aurait-ce été plus acceptable ? Ou alors anthrophages, ou alors sauvages, ou alors indigènes, ou alors Pygmées ? Ou Bamboula ?

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En 1936 Madame Lebreton-Belliard publie en Belgique son Poupe chez les Nègres ont je ne trouve malheureusement pas la première de couverture mais j’imagine qu’on ne fait que changer de prénom. Un prénom de fille contre un prénom de garçon. J’imagine que Poupe aurait pu bien s’amuser lors de ses aventures tropicales avec Bamboula, par exemple.

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Il y a certes une évolution humaniste chez Jean Bruller quand en 1937 il publie avec Claude Aveline Baba Diène et Morceau-de-sucre mais on est tout de même dans l’évocation de la grande fresque coloniale, de l’impérialisme colonisateur dans toute sa splendeur. Comme un avant-goût de Bibi Fricotin et Razibus Zouzou

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Il est certes important de décoloniser les esprits de part et d’autre, et principalement les esprits des jeunes enfants, qui sont la première cible des ouvrages de  Gallimard Jeunesse ou d’Albin Michel Jeunesse ou même du Livre de poche et peut être qu’une préface ou un avertissement aurait pu alerter les jeunes lecteurs pour qu’il puisse avoir une mise en perspective du mot nègre et de son histoire. D’ailleurs certains enseignants proposent des solutions intéressantes pour présenter cet ouvrage en primaire

Dès 1929 Cendrars y pense déjà puisqu’il écrit dans la préface des Contes Nègres

« un homme raisonnable ne peut parler de choses raisonnables à un autre homme raisonnable : il doit s’adresser aux enfants »

Moi j’ai toujours trouvé étonnant par exemple que l’on utilise le mot métropolitain pour parler des blancs français ou les oreilles pour parler des blancs antillais ou les békés pour parler des blanc créoles. Ou bien coolie pour parler des Indo-antillais, des mulâtres, des métis, des chabins, des chabines, des mûlatresses, des malabars. Au Brésil il ya aussi des negro, cafuso, moreno, preto, pardo, baio, galego, gazo, mulata, cabo verde, india, mestiço, amarelo, J’ai récemment passé 8 mois à Mayotte et là on appelle les blancs les muzungu. Il y a même une féminin muzunguette.

Je pense qu’il faut une réappropriation des mots Nègre et Noir par les Africains et descendants d’Africains. Se cacher derrière des solutions importées comme Black ou Brother  me parait insidieux. De la même façon que Blaise Cendrars, lié à la cendre et à la braise, à la régénération, à la résurrection tel le phénix, était un pseudonyme utilisé par l’auteur dont le nom véritable était Frédéric  Louis Sauser je pense que le mot nègre me définit plus qu’il ne m’insulte. Sauf que je revendique le droit d’être nègre et en même temps: je veux faire partie de l’arc en ciel. Ne pas en avoir honte. exactement come le mot esclave. eh oui nègre, esclave me définissent aussi, sans traumatisme. Sans rage, sans rage, sans douleur que je sache ! Comme le disait il y a bien longtemps James Brown Say it loud I’m black and I’m proud !

Je sais bien avec Senghor que le tigre ne proclame pas sa négritude mais pourtant si, quand il rugit on sait qu’il est tigre. Ce que voulait dire Senghor à mon sens c’est qu’il ne s’agit pas de proclamer, de brandir des étendards et des anathèmes, qu’il s’agit de réaliser. Vivre sa vie d’homme ou de femme nègre la tête haute, ancré dans ce vingt-et-unième siècle tout en étant pleinement conscient des luttes qui restent à mener . Il ne s’agit pas d’oublier mais de dépasser, d’aller au-delà, de bourlinguer au-delà des codes implicites que nous mêmes nous nous créons et qui nous bloquent. Pour cela il faut sortir un peu de son petit confort de martyr cathéchumène et aller de l’avant. Se méfier des prêches de toutes sortes et tracer son sillon dans la glaise sans angélisme sans haine.

Kerry James chante Musique Nègre sans que cela ne dérange personne.

Et Baldwin fait sensation dans Je ne suis pas votre nègre ! I am not your Negro

il y a une différence entre être nègre et être le nègre tel qu’il est perçu par l’autre. Bal nègre, art nègre. Moi j’aime beaucoup sang nègre. Je n’y vois aucun sens péjoratif. Negro, nigger, nigga, en anglais – nèg, vyé nèg, ti negrès, bel nèg, en kreyol – nega, nego, negão, neguinha, neguinho, preta en portugais – nègre, négro, négresse en français.

La langue évolue constamment, les livres non. C’est trahir un ouvrage que de l’expurger. Si Cendrars en 1928 a choisi « contes nègres » au lieu de contes noirs ou africains c’est qu’il était conscient de la force mythique du mot. Cendrars était en cela un pionnier, un passeur qui débroussaillait le territoire inculte d’histoires récoltées par les missionnaires et autres colons et lui redonner de la chair et du verbe, de la théâtralité. Mosikasika, le petit poussin c’est comme le Petit Poucet. Les contes animaliers d’où qu’ils viennent font partie de l’archétype humain des lacs comme des tissus colorés  au pays de Mosikasika avec son cortège de héros et d’animaux. Les animaux ne sont pas noirs ou blancs ou verts ou gris ils sont animaux, point final.

Déjà en 1921 il écrit son Anthologie nègre 320 pages pour transmettre au lecteur européen la richesse des cultures primitives africaines.

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Quand Picasso (1881-1873) avoue « l’art nègre? connais pas » en 1920 cela veut-il  dire qu’il méprise l’art africain dont il utilise pourtant la déconstruction ? Cela veut-il dire qu’il était raciste ? Je ne le pense pas .

En 1930 Cendrars écrit Comment les blancs sont d’anciens noirs avec 5 illustrations de Alfred Latour (1888-1964)

Moi je le dis tout net. Non seulement j’aime le texte de toutes ces éditions passées mais j’en aime aussi la forme. J’aime les illustrations  de Jacqueline Duhême dans l’édition de Gallimard Jeunesse qui outre les 10 contes originaux en rajoute 2 publiés en 1929 La Féticheuse et Le son de la vitesse.

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.J’aime encore plus celles de Pierre Pinsard (1906-1988), 50 bois originaux, peints à l’époque pour une édition de luxe aux editions du Sans Pareil  en 1929

Et il ya encore l’édition de 2009 aux Editions Art Spirit sur des illustrations de Francis Bernard (1900-1979)  qui datent de 1946 mais qui ont été mises en couleur par Emmanuel Pinchon. Edition de luxe tirée à 3000 exemplaires et au profit de la PEMF  (Publications de l’Ecole Moderne Française) et de la BPE (Bibliothèque pour l’Ecole)(mouvement Félicien Freinet)

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Il y a pour finir l’edition récente (2014) de la Bibliothèque Nationale de France en coopération avec Albin Michel Jeunesse toujours à partir de l’édition de 1929 enrichie cette fois de deux textes ultérieurs

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Je ne nie pas que tous ces ouvrages soient peut-être empreints de doudouisme et paternalisme, peut être même au cor défendant de Cendrars que j’admire avant tout comme poète et bourlingueur mais Rousseau et son bon sauvage et Voltaire ont ce même regard un peu décalé sur l’Autre. Mais on sent chez Cendrars cette attirance, cette fascination pour la richesse fantasmagorique des contes africains. Cela s’en ressent dans son écriture, dans le rythme de ses phrases, les répétitions. On le sent bien pendant 1h54′ lorsque le texte est lu comme dans l’édition sonore réalisée par Lydia Evandé et Meyong Bekaté sur une musique d’Eric Gérard pour le compte de Gallimard Jeunesse.

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Abbi Patrix et la Compagnie du Cercle imaginent dans l’Ombre  du zèbre n’est pas rayée un spectacle basé sur le texte de Petits contes nègres pour les enfants des blancs. La musique en background est intéressant. Je reste sur ma faim pour le rythme de la diction. Mais peut-être que dans le spectacle tout s’articule très bien. je préfère quant à moi le rythme de Lydia Ewané et Meyong Bekaté.

J’aime encore ces tentatives de Dominique Larcher 

La poésie c’est l’art du décalage du point différent . Quand Cendrars répète avec jouissance des artifacts de la tradition orale du conte africain (pour ne pas dire nègre) quand il parle d’un pays appelé l’écho-l’écho, d’un fleuve qui s’appelle glouglou-coule-toujours, d’un village nommé Debout-Debout, je retrouve chez lui l’art du griot, du conteur, du et cric et crac et de l’onomatopée. Cendrars, son écriture est nègre alors comme la cendre qu’on se met autour des yeux pour mieux voir et mieux être vu. Nègre dans le sens des negbwa des negmawon qui s’affranchissent des codes noirs ou nègres, nègres dans le sens que l’ombre du zèbre n’est pas rayée..

Les recueils de textes oraux africains transcrits font florès depuis le début du 2Oeme siècle. il suffit de consulter la base de données de Mukanda, Recherches Documentaires sur l’Afrique Centrale de l’Université de Lorraine pour s’en rendre compte.

On a encore des

Contes nègres (Struyf I, Charles P. ) (1924).

Contes blancs d’Afrique noire (Joelle Van Hee) (1990) L’Harmattan

Mille et quatre contes du Zaïre et du Shaba (Frédéric Vandenwalle) (volumes 1 à 13)

Contes des Heures Chaudes (André Villers)

Contes bamiléké (J Verhooven)

Autour du feu. Contes de chez nous.Tomes 1 et 2 (Wembonyama Okitotsho)(1999 et 2000)

Proverbes, légendes et contes fang (Henri Trilles)(1905)

Contes et légendes pygmées (Henri Trilles) et (André Lagarde, illustrations)(1935)

La pierre de feu. Légendes, contes, fables et récits des Baboma (Pierre Daye)(René Tonnoir)(Adrien van en Bossche)(1939)

Sur des lèvres congolaises. Contes (L. Guebels) (1947)

Quarante contes indigènes de la région des Basanga (Katanga) (H Roland)(1937)

Contes du Burundi (Francis M. Rodegem, P. Reitz)(1993)

Contes noirs pour petits blancs (Gaston-Denis Périer)(1947)

et beaucoup d’autres

 

AcaraJean do mangue pra nenhum baiano botar defeito : arrocha o buriti faz cantar o sabiá

Baiano tem muito orgulho do seu acarajé:  bolinho de massa de feijão fradinho (o feijão de Iansã) com cebola e sal, frito em azeite de dendê (chamado epô no candomblé). Tem mais de 3500 baianas de acarajé apenas em Salvador. Patrimônio cultural imaterial da Bahia em 2005, o ofício de baiana de acarajé virou patrimônio nacional  brasileiro em 2014. Dá até pra entender o orgulho do baiano em relação a aquilo todo.

Agora eu que sou baiano emprestado, filho de cabra da peste e de bode do mangue fedido metido a valentão,  tenho também direito de rodar à baiana.

Iê acarajé iê abará ! Acara, acara ajé acarajé ! Tá ! Vou meter a colher de pau onde não fui chamado ! Vou botar a boca no trombone ! Quem falou que lugar de gringo era no bairro do Boca Piu ! Vou apresentar hoje mesmo meu acaraJean do mangue! Vou dar a minha  receita já já !

Ingredientes :

para o acarajé : 500 gramas de feijão fradinho, cebola, sal

para o caruru : quiabo cortado fininho, taioba, cebola, peixe defumado e temperos, pimenta

para o vatapá : jerimum ralado, malanga (tarô) ralada, cenoura ralada, massa de pão dormido, tempero verde, cebola, alho, azeite de abacate

Em vez do camarão seco  meu acaraJean do mangue sai com 15 diferentes recheios : chumbinho, peguari, siri catado, sururu, lambretas, pinaúna, abacate com bacalhau, manga verde ralada com pepino ralado, mamão verde ralado com cenoura ralada, titiri (alevinos de peixe), tarioba, gaiamum com queijo parmegiano, chèvre chaud, Brie e boudin (morcilha)

 E ainda tem aquele molho lambão servido de lado.

Gostou ? Hum, do jeito que tá sorrindo ou tossindo, duvido muito. Mas é seu direito.  Sua boca, seus olhos, né ! O importante é que eu gostei e estou mandando de grátis a receita pra o mundo. Foi feito com amor, é tudo que eu sei.

É o seguinte.

O melhor acarajé é aquele feito com amor, fala  Rita Maria Ventura dos Santos, presidente, já faz 11 anos da ABAM – Associação Nacional das Baianas de Acarajé, Mingau, Receptivos da Bahia. Começou originalmente como Associacão das Baianas de Acarajé (ABA) em 1997. Agora além de baianas de acarajé, tem baianas de beiju, baianas de mingau até baianas da moqueca ! Aposto que haverá um dia desses, baiana do cuscuz, do cafézinho, da pamonha, da caipirinha, do amendoim cozido, da carne do sol,  do queijo coalho assado na brasa, do bode assado na brasa ! Caprichem baianas! Aguarde só para ver !

Tudo bem, a profissão está se organizando, se profissionalizando. Mas ao mesmo tempo está se fechando. Já falei neste blog que é um reflexo de todo corpo, toda congregação de  se recolher na sua tradição para não enfrentar a modernidade. Mas aqui o problema é duplo já que o acarajé tem duas vertentes : a vertente profana e a vertente sagrada.

Quero falar primeiro da vertente profana : é o acarajé degustação !Aí a concorrência é viva, vivíssima entre os donos de bares, de restaurantes, os hotéis, os chefes de cozinha os delivery que tem suas receitas também. Cada um com seus gostos.

Vejamos primeiro a chefe Patricia Gonçalves

 

Ja tem acarajé ou abará com recheio de bacalhau ou de casquinha de siri. Delícia !  Não vai demorar muito, se não já saiu, acarajé Romeu e Julieta com queijo e doce de goiaba, a dúzia de acaraJean com recheio de lambretas (minha receita), o acarajé vegan, o acarajé com ovo frito, o acarajé do mangue (com recheio de sururu, tarioba e chumbinho : outra criação minha), o acarajé com recheio de manga verde ralada, pepino ralado e pimentinha esperta (outra opção dos sonhos minha)! O acaraJean  Caatingueiro (com direito a champignons de Paris  e chèvre chaud). Ainda estou trabalhando na finalizaçaão dos produtos, da empresa, do marketing; assim que acabar com esse corre-corre administrativo e financiero eu aviso quando os primeiros acaraJeans ficarem disponíveis para importação para o Brasil! Que tal fazer uma franquia que nem Mac Donald ! Mac AcaraJean Ltd ! Acarajé light com massa de milho verde (que nem pamonha), acarajé zen fritado em óleo de soja. Já tem acarajé com tomate verde e não maduro ! Com cebola branca ou cebola roxa. Em vez do óleo de dendê já se usa em outras partes azeite doce, tem novos recheios que aparecem todo dia. Gente, o acarajé está globalizado ! Aliás o acarajé do Brasil já nasceu globalizado já que ele vem da África.

Aliás vou contar para você algo que não vão gostar. No Caribe, nas ilhas do Caribe, de onde eu venho, toda ilha tem seu acarajé. Cada ilha dá seu próprio nome mas na minha ilha o nome é accra. Dá pra sentir a filhação accra com acarajé e o akara africano ? Mesma coisa com caruru que a gente chama ainda na minha terra calalou. Toda ilha tem seu tipo de calalou ou callaloo. Pronto. Deu pra entender o negócio? Em nenhuma dessas ilhas o caruru nem o acarajé foi tombado e a vida continua. O negócio é que em nossas ilhas todas e até em Haiti, terra poderosa de candomblé forte, (o tal de vaudou) ou em Cuba, terra da santeria,  ninguém impõe: tem acarajé só que lá não se chama acarajé se chama accra (no caribe francês), bean cake no Caribe inglês, e bollitos de carita ou guisante de ojo negro ou bollitos de frijolos de carita ou ainda bunuelitos e cabeça negra no Caribe espanhol. E já temos feito em todas essas ilhas o recheio com bacalhau ou malanga já faz mais de 100 anos. Tem frituras de malanga, (chamada também na região do Oriente em Cuba frituras de guagui), frituras de bacalao, bacalaitos.

Em Cuba ja se fez muito accras de feijão fradinho. Aqui como era a receita no início do século XX. Essa receita de Bollos de Carita aparece no livro Delicia de la Mesa -Manual de Cocina y Repostería” escrito por  María Antonieta Reyes Gavilán y Moenck e publicado em 1925 em La Habana, Cuba.

“Bollos de carita (estilo chino).“-Se tienen en remojo durante toda la noche los frijoles de carita, se lavan en varias aguas, se les quita la cáscara, se escurren y se majan en un mortero, mezclándoles ajo machacado; se baten durante un rato con un poco de agua y sal suficiente. Se fríen en una paila grande con gran cantidad de manteca y a fuego vivo.”

Quer dizer que quem vendia em Cuba em 1925 esses bollitos e carita na Havana eram os chineses. Se misturava alho e sal na massa de feijao e nada de cebola. Batia muito a massa e fritava na mantega.

Na Colômbia existe um tal de buñuelito de cabeça negra feito com feijão fradinho (la se chama frijol carita) que fica misturado com arroz e vai frito também

No Brasil tem uma versão de abará que se chama abaralhau : abará de bacalhau. Vocês já tem o bolinho de bacalhau que nem a gente. Só que vocês colocam batata na massa. Mas veja bem, ninguém faz uma ligação no Brasil com bolinho de bacalhau e acarajé. Mas eu faço ! A moda é agora fazer os minis acarajés, né. O visual é o mesmo. São boquinhas. São mais práticas para comer. Olha este vídeo que mostra duas jovens fazendo o tal de accra de bacalhau (acras de morue sem gluten). Esta receita é bem sofisticada. Adorei ! Nunca fiz assim. Não é a maneira tradicional. Nunca vi fazer essa massa do jeito que elas fazem. A massa se chama pâte à choux. Mas vi firmeza ! Pelo visto a massa delas é bem leve. Ninguém precisou quebrar o braço se esforçando para mexer a massa a fim de que ela fique leve! Deve ser uma delícia! Vou experimentar !

Agora vem outra receita mais tradicional de Haiti : akra sem peixe mas com malanga (que a gente chama também dachine, dasheen, madère, tarot, chou caraïbe). Malanga é uma raiz gostosa que nem inhame. No Brasil se vende como tarô, ou dachina ! Na minha ilha a gente faz também esse tipo de accra com legumes. Isso que é o accra tradicional que veio do Dahomey, o antigo nome do Benin. Esse que deveria então ser tombado ! Bolinho de legumes frito, isso que é akara ! Depois cada um faz seu cada qual !

Na minha ilha, paraíso tropical abençoado por Deus e também bonito por natureza, a gente come ainda esse acra tradicional na sexta-feira santa e também na Pentecosta como devoção já que tem que se comer magro, por causa do jejum. Os legumes utilizados tradicionalmente são jerimum,  cenoura ou malanga. Assim se mantém a tradição. Mas ninguém impede você de comer esse o ano todo. Aliás acho uma delícia. Esse que é o autêntico ! Como você pode ver a forma do akra é diferente. Aliás minha mãe sempre fez e ainda está fazendo assim na maior parte do tempo. E quando não tem nemhum desses legumes por perto faz com farinha de trigo pura e tempero, pimenta, pimenta do reino, usa gema de ovo ou não,  usa clara de ovo batida em neve ou não, usa fermento em pó ou não, bicarbonato de soda ou não. O objetivo é sempre manter a massa leve. Mas a origem é a mesma: o akara africano. Mas se não se incomodar  vamos voltar às raízes ! Back to the roots, man !

O que é mesmo o akra do Dahomey ? Um bolinho de farinha de milho do tamanho de um limão, frito em azeite de dendê. Pronto ! Tem esse bolo também  a base de feijão fradinho em toda África do oeste. No Camarões se chama koki, em outros países se chama  akra de niebé (niebe é o nome local do feijão fradinho), mas pode se chamar também ata, samsas, gaou, sosso froufrou e até kossey dependendo do país e até da região onde você está, seja no Camarões, no Benin, no Togo, na Costa do Marfim, no Senegal, no Burkina Fasso, no Ghana, no Togo. Já falei tudo, falei até demais ! A missa é dita e cantada ! Não vou acrescentar nada.

Tem também o akassa, uma massa feita com farinha de  milho e água, do tamanho de uma laranja, cozida no vapor envolta de uma folha de bananeira. E ainda tem o caloulou que faz lembrar caruru e calalou, né, que é peixe defumado cozido com quiabo em azeite de dendê com temperos e pimenta. Tudo isso existe há mais de 100 anos comprovados. O Dahomey de onde vem o candomblé virou Benin nos anos 60 e com toda certeza o akra tradicional de antigamente deve ter se globalizado também. Quer apostar? Vamos olhar aqui! Será que as baianas de acarajé de lá, somente elas podem comercializar na rua o quitute na terra mãe do candomblé, no miolinho da fé ? Tenho minhas duvidas !

Vamos ver o que esta acontecendo no Togo !

Na Nigeria

Na minha ilha aquele akra com peixe ninguém se lembra como começou. Mas já faz muito tempo. Até nos anos 60 se chamava tal accra lozi, palavra originária do Dahomey -Benin e que quer dizer em idioma ewe/fon olho de jacaré, oeil de caïman. Do mesmo jeito akara quer dizer bola de fogo em idioma iorubá.

Agora accra vem com tudo, é o carro chefe, junto com o boudin, da culinária de Guadeloupe. Tem accra de lagosta, de pinaúna, de camarão, de atum, de chumbinho, de titiri (alevinos e peixes). O limite é a imaginação dos chefes de cozinha. Globalização oblige, teremos, se não ja se faz, accras de salmão, sem duvida um dia. Liberté, égalité, fraternité, accralité.

Agora está evoluindo também com recheios mais na atualidade, peixe defumado, frango defumado, peguari, a massa que era de trigo agora pode ser dependendo da ilha de milho ou até de mandioca. O recheio pode até ser de jerimum ralado, cenoura ralada ou tarô !

O boudin tradicional nosso que era de sangue de porco está se transformando por causa da religião de alguns (adventistas, muçulmanos, evangélicos, Testemunhas de Jeová) que não aceitam  comer porco ou sangue, por isso agora tem boudin (morcilha) de bacalhau, de camarão, etc.

Agora, voltando a tratar da segunda vertente, a vertente  religiosa : o akara sagrado é aquele sem recheio,   é a comida do orixá Iansã. Esse acarajé que é comida de santo então, como as partes dele: o feijao fradinho ( Phaseolus angulares) comida de Xango,   o azeite de dendê (Elaesis guineensis), a cebola,  aí sim se trata de acarajé de preceito. Aí tenho nada a dizer ! Cada um que lide com sua religião, seu dogmo ! suas práticas ! Seus tabus ! Onde acho que a barca ficou pesada é que todo bolinho de feijão fradinho só pode ser vendido em lugar público das ruas de Salvador  se o quituteiro fizer parte da congregação de baianas de acarajé, quer dizer vestir roupa de baiana. Já é demais ! Não acho certo agindo desta forma como fazem taxistas. Isso é apenas ao meu ver para eliminar concorrência. Nada de pré-carré ! Eu gosto é de diversidade ! De práticas culinárias diferentes. Cada um tem seu niche de mercado !

Para explicitar melhor. Veja outro contexto. Aqui na França onde moro tem três niches interessantes em relação à culinária : tem Muçulmanos, tem Judeus, tem Naturebas que nem eu. Todos tem suas redes de comida kasher ou halal ou orgânica. Tem seus produtos no supermercado em função da freguesia, do bairro, etc. .

Pra ter a certificação halal tem que passar por uma organização religiosa que certifica que o produto responde às obrigações rituais (no caso de um animal, tem que saber se este foi morto seguindo os preceito do Corano, foi esvaziado do seu sangue ainda vivo, com a cabeça dirigida em direçao à Meca, o matador tem que ser bom muçulmano, rezar suas 5 orações diárias, ir pra mosquita. A não ser isso toda carne, todo produto halal é como os outros, uma vez que vai ser validado pelo fiscal veterinário. . Aí tudo bem, se para ser baiana de acarajé tem que ser  filha do santo do orixá Oiá, cada um que compre um carajé sabe que este acarajé tem uma origem sagrada. Isso tenho nada contra. Agora nao é porque a  baiana faz que os outros não podem entrar no negócio e fazer acarajé. Acho então que a honestidade deveria ser de declarar os produtos do santo, produtos « nago » que nem os halal e kasher. Eu mesmo chego a comprar  salsichas merguez halal de vez em quando, ou carneiro halal porque não ligo pessoalmente se for lavada ou não a carne.

Da mesma maneira a certificação kasher colocada sobre um produto é uma garantia para o consumidor do controle da matéria prima e do método de fabricação conforme seus preceitos religiosos de acordo com o código alimentar judeu  hasrut,  baseados  no Talmude e na Torá ! Isso quer dizer também que a morte foi dada no caso de um abate ritual de uma certa maneira sob a supervisão de um rabino, que o produto não contém coisas proibidas como coelho, porco, frutos do mar, etc.

Da mesma maneira se eu quiser comer comida orgânica (bio) eu vou ter que pagar mais um pouquinho para receber o selo bio, prova de qualidade do produto. Se eu quero comprar cenouras posso comprar no supermercado tanto a cenoura normal quanto a cenoura orgânica. Os preços são diferentes claro. Posso também na feira encontrar comerciante que vende suas cenouras: mas essas não são orgânicas porque não tem o selo AB, agricultura biológica. Mas eu sabendo que são pequenos produtores vou comprar na mão deles assim mesmo. Eles qualificam seus produtos de naturais, sem agrotóxicos mas não podem chamar de orgânicos. Pra ser chamado de orgânico tem que ter o organismo que fiscaliza um bocado de coisas, sobre a terra, o agrotóxico, a água, as sementes, etc

Os mais gostosos sobreviverão ! Do mesmo jeito bolinhos de Jesus ou acarajés do Senhor pouco me importam, só tenho uma pergunta: é gostoso, é sadio ?

Manuel Querino, em descrição etnográfica do acarajé no livro « A arte culinária na Bahia » (1916), conta assim

« no início o feijão-fradinho era ralado na pedra, de 50 centímetros de comprimento por 23 de largura, tendo cerca de 10 centímetros de altura. A face plana, em vez de lisa, era ligeiramente picada por canteiro, de modo a torná-la porosa ou crespa. Um rolo de forma cilíndrica, impelido para frente e para trás, sobre a pedra, na atitude de quem mói, triturava facilmente o milho, o feijão, o arroz ».

Acarajé é, acarajé era ! Antigamente era assim, agora é assado ! Acarajé é azeite de dendê (no candomblé  epô) mas há quem usa azeite doce, mistura meio a meio com azeite doce, usa azeite de soja, ou até usa outro óleo que imita dendê chamado picuí ! Acarajé é cebola,  acarajé é sal, acarajé é feijão fradinho.

 Acarajé tem suas estrelas em Salvador:

em Itapua tem o acarajé da Cira (que tem também 2 outros pontos no Rio vermelho e em Lauro de Freitas),

no Farol da Barra o acarajé da Tánia (que tem também um ponto no Rio Vermelho),

no Rio Vermelho o acarajé da  Dinha (que morreu ha 10 anos,);

no Aeroporto tem Nide,

no Shopping Barra tem  Gregório,

tem Meire em Brotas,

tem Luis na Mouraria

Vi outro dia no Facebook um vídeo da Tastemade Brasil que achei bom pra caramba sobre como fazer acarajé;

Dei uma olhada boa, vi os ingredientes e vi o resultado final. Adorei. Só provando para saber se é gostoso mesmo ! Pelo que eu vi este vídeo foi visto mais de oito milhões de vezes e recebeu 41881 comentários. Nada mal. 8 080 585 visitas quando eu olhei. Caramba ! Foi publicado 19 de fevereiro  e a chamada é assim: Descubra como fazer o clássico acarajé na sua casa;  Receita completa: https://bit.ly/2BUpcUf  ! Foi compartilhado este vídeo 2151 vezes, 2152 se você me incluir.

Aí cheguei no http://www.tastemade.com.br . Este site é muito bem bolado. Tem versões em US/UK/BR/ES/FR/ID, quer dizer em inglês da Inglaterrea e dos USA , francês, espagnol, brasileiro e indiano. No Brasil o telefonema é +55 (74) 89529472

Matriculei no site para entender o que eles estão propondo. Estão propondo baixar uma aplicação chamado Tastemade. Antes de mais nada fui ler a receita.

PORÇÕES:

serving time7 pessoas

INGREDIENTES

  • 500g de feijão fradinho

  • 1 cebola + 1 cebola + ½ cebola com casca

  • Sal a gosto

  • 3 xícaras de azeite de dendê

  • 250g de camarão seco

  • 1 L de leite de coco

  • 50g de amendoim torrado e sem pele

  • 75g de castanha-de-caju

  • 1 xícara de farinha de mandioca torrada

  • Gengibre ralado a gosto

  • Azeite de dendê a gosto

  • Camarões grelhados para servir na finalização

INSTRUÇÕES

  1. Bater o feijão no processador para quebrar o grão.
  2. Dispor em um recipiente e cobrir com água fria até o dobro do volume de feijão.
  3. Retirar as cascas que vão boiar com auxílio de uma peneira.
  4. Deixar de molho por 8 horas. Escorrer a água.
  5. Bater o feijão e a cebola no processador até virar uma pasta.
  6. Dispor em um recipiente, temperar com sal e bater com uma colher de pau até dobrar de volume.
  7. Esquentar o azeite de dendê e dispor uma cebola inteira dentro para que não ultrapasse a temperatura ideal para a fritura.
  8. Dispor colheradas da mistura no azeite e deixe dourar dos dois lados
  9. Bater no liquidificador o camarão seco, o leite de coco, o amendoim, a castanha de caju, a cebola, a farinha de mandioca e o gengibre.
  10. Passar o creme para uma panela e acrescentar um pouco de sal.
  11. Cozinhar em fogo médio mexendo o tempo todo para não embolar.
  12. Quando estiver quase cozido colocar gotas do dendê, somente o suficiente para dar cor e sabor ao vatapá.
  13. Mexer até desgrudar do fundo da panela.
  14. Servir o acarajé com o vatapá, vinagrete e camarão.

Claro que não cheguei a ler os 41881 comentários.

Minha primeira reação foi dizer faltou o caruru. Mas depois fiquei matutando e lembrei que já estive em bancas de várias baianas em Salvador que não colocavam quiabo no acarajé delas. E o jeito era entupir o vatapá. Por isso não me formalizei.

O negócio é provar, o visual é bom, aparência ótima, parece crocante, tem a boa cor, não vi passar a pimenta no acarajé mas tem gente que come sem pimenta. Posso dizer o quê? Só posso dizer bravo! Agora acho que seria melhor realizar uma releitura do acarajé. Uma ressignificação, como diria aquela baiana afrancesada de Morro do Chapeu. Porque cada clássico tem direito a releituras. Feijoada, vatapá, não são mitos imóveis, a gastronomia evolui todo santo dia. A última vez que estive na Bahia descobri um novo tipo de acarajé de bacalhau. No bairrro de Mussurunga. Também tem essa tendência de fazer mini acarajé. Tem até congelados. Acarajé virou global. Claro que isso não deve agradar às baianas de acarajé que assim estão perdendo sua freguesia cativa, talvez. Também pode se comprar em Itapuã atrás da feira o pó prontinho pra fazer tanto acarajé que vatapá. Acho que facilita muito para a dona ou o dono  de casa. E não tenho prova que um acarajé feito com pó é menos bom que outro feito do jeito tradicional.  Nunca vi ninguém moer trigo para fazer bolo. Porque seria diferente com feijão fradinho. Já existe até pra pamonha farinha de milho pronta. Ninguém se queixa.    Pode moer o feijoã fradinho no moedor manualmente. Claro já vi fazer e depois descascar e tudo. O processo é bastante árduo. Mas duvido; posso estar errado, duvido que as baianas de acarajé de hoje façam este trabalho tudo.

No vídeo fazem a massa do vatapá:  é preciso descascar bem o amendoim, claro, bater com castanha de caju , umas vão colocar leite de coco aí e outras não!  Mas eu sei que muita baiana de acarajé não coloca leite de coco e nem castanha de caju, coloca um pouco de amendoim para dar o gosto, gengibre mas evita por causa do sol árduo manipular muito leite de coco e castanha de caju que é muito gordurosa! Mas vale a pena experimentar antes de dizer se é ruim ou se é gostoso. Pouco me importa a tradição! É como igreja, quem quiser pode rezar em latim! E se quiser não utilizar eletricidade para cozinhar beleza.   Use seu tacho e seu fogão de lenha. E clareie seu tabuleiro com fifó! Nunca foi provado que o fogão de lenha desse mais sabor ao vatapá.

Agora sim tem uma coisa que se perde! O folclore, a risada da baiana, a roupa branca dela, os colares, as fitas do Senhor do Bomfim, o axé, os órixas,  o cheiro do abará na folha de bananeira! Isso faz também parte do patrimônio cultural da Bahia.

Tem essa dimensão religiosa! Comida de santo não é comida qualquer. Tem que obedecer certos preceito; isso sim entendo mas não sou nenhum adepto de Iansã nem Ogum;  apenas um apreciador de qualquer comida diferente deste vasto mundo. E pra mim acarajé nunca foi hóstia! Agora se acarajé é o equivalente para seus adeptos da hóstia então me veio uma idéia: vou fazer meu acaraJean com recheio de panis angelorum, ou seja hóstia com geléia de vinho Bourgogne! Vai ser meu sabor número 16. Tá servido, amado !?  Vai repetir, querida ?

hostia-na-santa-missa

Mesma coisa para bater a massa. tem batedeira profissional que pode fazer muito bem o que um braço faz cansando; é só selecionar a velocidade certa.

Tem gente que parabeniza e que  este vídeo deu vontade de tentar de fazer seu próprio acarajé; é meu caso.

Tem gente que lamenta a falta do caruru (mas avisa que isso já esta acontecendo, muita baiana não servindo o acarajé com caruru)!

Tem gente que critica logo; fala da farinha que ela usa. Deveria usar farinha de trigo e não farinha de mandioca. Outros que falam que demora muito mais do que isso e que é um processo lento e extenuante bater a massa do acarajé. Ninguém se lembra que é um vídeo acelerado, mas tudo bem! Acho que sobretudo é o fato de usar um liquidificador ou um multiprocessador que assombra esse pessoal. Quero fazer o jeito que minha mãe fazia na força dos braços, é assim que esse povo pensa.

Outra faz gozação sobre a quantidade de camarão. Nada disso! Baiana verdadeira lhe entope de camarão, como elas costumam frisar.

Outra fala do gengibre que sua mãe coloca tanto na massa do acarajé quanto na massa do vatapá.

Alguém pergunta se esse negócio que ela tentou fazer era acarajé mesmo !

Muita gozação ! Muita intolerência !

E agora José e agora Joana, gostou do meu acaraJean ? Faz aqui mesmo seu pedido para que logo que eu abrir o negócio, o Mac AcaraJean, eu possa te enviar um pacote demonstração com um mix de 8 recheios para você provar o quitute. Sinalize bem no pedido de degustação os 8 entre 16 possíveis que você escolheu. E obrigado, agradeço pela preferência !

Observe que nosso feijão é feijão fradinho  orgânico com apenas 0,01% de glúten !

la meilleure façon de vagabonder

La meilleure façon de vagabonder c’est comme la meilleure façon de marcher c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer ! Ou peut-être encore bien respirer non par ses branchies, mais par ses yeux, par ses oreilles. Et garder le nez, les mains et la bouche pour voir.

Depuis plus de 65 ans que je transite comme la truite de Schubart et Schubert dans ce vaste colombier j’ai tout fait sauf plonger et nager pour vagabonder ! J’ai volé, j’ai sauté, j’ai franchi, j’ai parcouru, j’ai longé, j’ai roulé, j’ai glissé, j’ai flotté, j’ai navigué, j’ai divagué, je suis allé à droite, à gauche, et même si je n’ai ni plongé ni nagé dans un univers liquide je me suis plongé corps et âme dans des univers autres, j’ai nagé dans des réalités diverses, j’ai escaladé des parois linguistiques, j’ai franchi des fleuves abrupts des traditions. Pas à pas. Nez à nez, bouche à bouche, coeur à coeur !

A pied, à cheval, en voiture disait-on autrefois. Je n’ai pas connu les diligences ni les chaises à porteur ni les fiacres ni les jambes-de-bois. Je n’ai jamais connu les va et vient des vagues en palanquin à dos de requin ou de dauphin;  je n’ai connu que le train, l’avion, le bus, le car, le bac, le ferry-boat, le bateau, la barque, le paquebot, le tram, le ballon, le vélo, le stop, le taxi, le hors-bord et depuis deux jours Blablacar.

Finalement je suis assez conservateur. Je n’ai par exemple jamais fait de tourisme experimental tel que le prône Lonely Planet ici avec ses 40 façons insolites de voyager et je n’ai pas lu les 500 façons de voyager dans son canapé de Gilles Dusouchet.

Chaque vagabond a ses lieux-dits. En fait on ne vagabonde pas vers ces lieux-dits, ce sont ces lieux-dits qui nous font vagabonder, qui nous font changer de perspective. Ils se constituent au fur à mesure de nos pas, un centimètre de déviation à droite ou à gauche et c’est un autre microclimat, un autre hameau, une autre frontière que l’on franchit au détriment d’un autre angle encore, qui sait encore plus enchanteur et qu’on aura par le choix conscient ou inconscient de suivre son intuition vadrouilleuse, forcément méprisée. Un autre vagabondage !

Le vagabond par essence erre de ruisseau en ruisseau, de vagabondage en vagabondage! Le mot est devenu péjoratif et c’est dommage. Un vagabond au féminin vagabonde donne, comme dans la Truite de Schubert réinventée et revisitée en complexe par Francis Blanche et les Frères Jacques mais dont les paroles originales sont de Christian Friedrich Daniel Schubart [poète allemand du 18ème siècle (1739-1791)] que Schubert [compositeur Autrichien (1797-1828)] a mis en musique sous forme de lied puis sous forme de quintette (pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse).

In einem Bächlein helle, da schoß in froher Eil
Die launische Forelle vorüber wie ein Pfeil.
Ich stand an dem Gestade und sah in süßer Ruh
Des muntern Fischleins Bade im klaren Bächlein zu

Ein Fischer mit der Rute wohl an dem Ufer stand,
Und sah’s mit kaltem Blute, wie sich das Fischlein wand.
So lang’ dem Wasser Helle, so dacht ich, nicht gebricht,
So fängt er die Forelle mit seiner Angel nicht.

Doch endlich ward dem Diebe die Zeit zulang.
Er macht das Bächlein tückish trübe
Und eh ich es gedacht, so zuckte seine Rute,
Das Fischlein, das Fischlein, zappelt dran,
Und ich mit regem Blute Sah die Betrog’ne an.

Die ihr am goldnen Quelle
Der sichern Jugend weilt,
Denkt doch an die Forelle;
Seht ihr Gefahr, so eilt!
Meist fehlt ihr nur aus Mangel
Der Klugheit. Mädchen seht
Verführer mit der Angel! –
Sonst blutet ihr zu spät.

In a clear stream in happy haste
The impulsive trout darted by like an arrow.
I stood on the bank and watch in sweet quiet
The bath of the lively fish in the clear stream.

A fisherman with his rod stood on the bank
And saw cold-bloodedly how the fish moved about
So long as the water stays clear, I thought,
He won’t catch the trout with his fishing rod.

At last the thief became impatient.
He maliciously made the stream opaque
And I thought, his rod quaked
The fish, the fish was writhing on it,
And I, filled with rage within, looked at the deceived.

You who linger at the Golden Spring
Of a safe youth,
Contemplate the trout;
Recognize her danger, and hurry!
Generally she is missing only
Wisdom. Maidens, keep an eye on
That seducer with the rod! –
Lest you bleed too late.

Christian Friedrich Daniel Schubart, “Die Forelle” in Gedichte (1782)

 

Paroles françaises de la Truite: André van Hasselt (1806-1874) et Jean-Baptiste Rongé (1825-1882)(version chantée par Tino Rossi dans La Belle Meunière de Marcel Pagnol 1948)

Au fond d’une eau limpide

La truite allait, nageant

Au cours du flot rapide

Ainsi qu’un trait d’argent

Du bord de la rivière

Je suis longtemps des yeux

La truite aventurière

Si vive en tous ses jeux

La truite aventurière

Si vive en tous ses jeux.

 

Sa ligne en main, perfide,

Plus loin un vieux pêcheur

La suit d’un oeil avide

Avec l’appât trompeur

Si l’onde reste claire

Comme un ciel de printemps

Ainsi que je l’espère

Pêcheur tu perds ton temps

Ainsi que je l’espère

Pêcheur tu perds ton temps.

 

Mais on connaît les ruses

D’un vieux pêcheur

On sait de quels moyens il use

Pour prendre qui lui plaît

Le mien troubla l’eau pure

La truite mordit l’hameçon

Que sa triste aventure

Vous serve de leçon

Que sa triste aventure

Vous serve de leçon.

 

Autre version que j’ai mémorisée plus que les autres, peut être à cause du mot vagabonde :

Voyez au sein de l’onde

Ainsi qu’un trait d’argent

La truite vagabonde,

Braver le flot changeant.

Légère, gracieuse

Bien loin de ses abris

La truite va joyeuse

Le long des bords fleuris (bis)

Un homme la regarde

Tenant l’appât trompeur

Ô truite prends bien garde

Voici l’adroit pêcheur

Sa mouche beau mensonge

Est là pour t’attraper

Crois moi bien vite plonge

Et crains de la happer (bis)

La mouche brille et passe

La truite peut la voir

 Brillante à la surface

De l’onde au bleu miroir

Soudaine vive et maligne

La truite au loin s’enfuit

Pêcheur en vain ta ligne

S’agite et la poursuit (bis)

Le Complexe de la Truite de Schubert

Elle était jeune fille
Sortait tout droit de son couvent
Innocente et gentille
Qui n’avait pas seize ans.
Le jeudi, jour de visite,
Elle venait chez ma mère
Et elle nous jouait la Truite
La Truite de Schubert

Un soir de grand orage
Elle dut coucher à la maison
Or malgré son jeune âge
Elle avait de l’obstination.
Et pendant trois heures de suite
Au milieu des éclairs
Elle nous a joué la Truite
La Truite de Schubert

On lui donna ma chambre
Moi je couchai dans le salon
Mais je crus bien comprendre
Que ça ne serait pas long.
En effet elle revint bien vite
Pieds nus, dans les courants d’air
Pour me chanter la Truite
La Truite de Schubert

Ce fut un beau solfège
Pizzicattis coquins
Accords, trémolos et arpèges
Fantaisie à quatre mains.
Mais à l’instant tout s’agite
Sous l’ardent aiguillon de la chair
Elle, elle fredonnait la Truite
La Truite de Schubert

Je lui dis : Gabrielle
Voyons, comprenez mon émoi
Il faut être fidèle
Ce sera Schubert ou moi.
C’est alors que je compris bien vite
En lisant dans ses yeux pervers
Qu’elle me réclamait la suite
La suite du concert

Six mois après l’orage
Nous fûmes dans une situation
Telle que le mariage
Etait la seule solution.
Mais avec un air insolite
Au lieu de dire oui au maire
Elle lui a chanté la Truite
La Truite de Schubert

C’est fou ce que nous fîmes
Contre cette obsession
On mit Gabrielle au régime
Lui supprimant le poisson.
Mais par une journée maudite
Dans le vent, l’orage et les éclairs
Elle mit au monde une truite
Qu’elle baptisa Schubert.

A présent je vis seul
Tout seul dans ma demeure
Gabrielle est partie et n’a plus sa raison.
Dans sa chambre au Touquet elle reste des heures
Auprès d’un grand bocal où frétille un poisson.
Et moi j’ai dit à Marguerite
Qui est ma vieille cuisinière
Ne me faites plus jamais de truite
Ça me donne de l’urticaire.

Mais revenons à notre truite après ce vagabondage poétique et musical, juste pour vous faire sentir dans la chair et l’âme que toute digression est vagabondage et est prolifique. On a l’impression quand on dit je suis un vagabond qu’on est un criminel, un être asocial alors qu’un vagabond c’est quelqu’un qui cherche à voir au-delà des certitudes établies. Vagabonder est accepté pour la jeunesse. Les voyages forment la jeunesse, n’est ce pas ! Tout le monde le sait ! Dans les colombiers et les ruisseaux  se forment les alevins et pigeonneaux au contact des vieux briscards. Les vagabondages aussi sont faits de fugues, d’escapades, d’écoles buissonnières, de chemins et de sentiers pas encore battus. Ma position c’est que loin de limiter le vagabondage à la jeunesse je l’étends à tous les âges. Du premier au dernier âge c’est le seul et même biberonnage. Car vagabondage à mon sens ne veut pas dire seulement vie de bohème, vie de clochard, existence marginale, vie ‘insouciance au jour le jour. Il aurait comme synonymes pour moi papillonnement, butinage, expérimentation, vérification d’hypothèses, curiosité. Il n’y a pas de curiosité malsaine. Toutes les curiosités sont saines. Vagabonder c’est être truite-voyageuse, c’est comme tous les animaux migrateurs savoir s’adapter au rythme des saisons, remonter le courant, mais c’est plus encore car les migrateurs dépendent de la meute, du troupeau, de la horde, de la bande, du banc. La truite voyageuse s’extirpe du banc quand le coeur ou la raison ou l’inconscience le lui dicte. Ell s’extrait ainsi d’un courant d’eau claire stagnante d’habitudes et vérités établies pour se confronter aux remous inconfortables et délicieux du vagabondage, élixir de jouvence.

Truite ou saumon, la seule vision de l’arc en ciel est une promesse de voyage interminable qui génère en chacun des envies de vagabondage et peut importe qu’on soit dans le processus décu ou déshonoré, qu’on soit une truite déshonorée et qu’on finisse comme toutes les truites en papillote. Comme faisait dire à un pêcheur lors ‘une pêche de nuit Alexandre Dumas dans Impressions de Voyage, La Revue des Deux Mondes T 1, 1833  :

Sans doute, il n’y a pas que vous qui aimez les truites. — Je ne sais pas pourquoi même, mais tous les voyageurs aiment les truites, — un mauvais poisson plein d’arêtes ! enfin il ne faut pas disputer des goûts. — 

Et comme chantait Mireille Darc on peut être « déshonorée mais si contente »;

C’était un grand soudard de Flandre
Il sentait le cuir et le vin
Il n’a pas demandé ma main
Il s’est contenté de me prendre
Il n’avait pas ôté son sabre
Ni ses pistolets d’assassin
Qu’il embrassait déjà mon sein
Comme un ogre qui se met à table

[Refrain] :
Ma mère surtout n’attendez
Que je me repente c’est vrai
Je suis déshonorée
Déshonorée mais si contente

Bien sûr il m’est venu des larmes
Et du refus et du dégoût
Mais très doucement tout à coup
Je me mis à rendre les armes
Etait-ce la mort ou la gloire
Etait-ce l’homme était-ce Dieu
Mais je n’ai pas baissé les yeux
Quand la Flandre a chanté victoire

[Refrain]

Il faudrait bien qu’on le punisse
Mais allez donc le rattraper
C’est un merveilleux cavalier
Et c’est pour ça que je suis triste
Car depuis ce jour-là je pense
Aux autres qu’il va honorer
Et qui seront déshonorées
Déshonorées mais si contentes

[Refrain]