Et si on baptisait les cyclones autrement

Maria, Irma, Jose sont de bien jolis prénoms. Moi, je demande qu’au nom des célébrités et anonymes qui ont porté ces prénoms on débaptise les ouragans. Appelez-les Zananas, Fouyapen, Monben, Zikak, Poyo, Planten, Koko, Dachine, Dombré, je n’y vois aucun problème mais pourquoi traumatiser des centaines de milliers sinon des millions d’humains. Moi par exemple, Jean-Marie de prénom, j’ai subi un traumatisme que je ne saurai pour l’instant évaluer par la faute des spécialistes des ouragans qui ont baptisé le forcené de Maria. Un force 5. Imaginez. Mon prénom lié à jamais intimement au sifflement de tôles, au hululement des vents et au mugissement des flots. Un peu plus et je frôlais la crise cardiaque.

J’ai même un créneau porteur. On pourrait faire comme au PMU prix de Diane Hermès et faire d’une pierre deux coups avec les sponsors qui pourraient ainsi entamer la reconstruction au plus vite. Je vois bien un cyclone Mango Tattinger, ou Dombré CK, ou Dachine YSL, ou Zananas Fanta. Chiche.

En attendant que les réunions au sommet se tiennent je viens de venger la Guadeloupe et tous les Basse-Terriens en engloutissant force 5 le cyclone Zananas en attendant demain de faire le même sort au cyclone Fouyapen. Ah mais quoi ! Vous imaginez qu’on va se laisser tondre comme ça comme des agnelets ? De partout on me demande si ma famille n’a pas trop souffert. Je remercie tous de l’intérêt soudain qu’ils ont pour mon île et j’ai presque envie de leur chanter « Dans mon île » de Henri Salvador. Mais je me ravise. Je leur réponds que j’ai effectivement des gens en Guadeloupe qui font partie de ma généalogie mais plus personne qui fasse vraiment partie de ma famille. J’ai pourtant une demi-soeur de ma mère qui doit frôler les 80 ans que j’ai vue pour la dernière fois il y a 10 ans  pendant au maximum 5 minutes au détour d’une rue de Saint-Claude et trois  demi-sœurs de mon père qui doivent être dans les mêmes eaux mais que je n’ai plus vues pour deux d’entre elles depuis au moins trente ans. Ma grand-mère était le dernier lien fort que j’avais avec la Guadeloupe. Avec son décès il ne reste que des souvenirs d’enfance. Avec le temps les liens se sont distendus, les cousins se sont éloignés, ont eu des enfants que je n’ai jamais vus, se sont mariés, moi même j’ai vécu à travers le monde. La mort en a aussi fauché de nombreux en route et en fauchera encore. Ce n’est pas de l’indifférence mais une preuve supplémentaire que mon pays c’est Wolfok. Je pourrais, il est vrai, vivre sur le mythe de la terre bénie de mes ancêtres où mon dernier souffle retentira mais ma Guadeloupe des années 50 je la vis au quotidien à Mayotte, dans l’Océan Indien.

Et pourtant je ne parle pas plus de dix mots de shimaoré. Un pays c’est un tissage. Sans tissage, sans maillage, la coquille est vide, inerte comme un coco sec sans chair et sans eau. 56 ans d’ailleurs ce n’est pas rien. Je garde mes souvenirs bien au chaud mais j’avance sereinement vers de nouveaux cyclones. Car je n’oublie pas que même s’ils peuvent paraître à priori calamiteux les cyclones n’en sont pas moins une promesse. Promesse de renouvellement, de renaissance tel le phœnix ou le jeune pied de banane qui renaît des cendres.

Certes il me reste ma mère, le dernier pilier de la maison. Mais depuis qu’elle s’est retirée des affaires familiales pour se plonger dans l’amour de Dieu et des enterrements, depuis qu’elle a même choisi de se faire enterrer à Gagnac-sur-Garonne derrière l’église, depuis qu’elle a quitté la métropole pour la Guadeloupe, puis au bout de si peu d’années la Guadeloupe pour la banlieue toulousaine car sans doute elle s’y ennuyait, depuis qu’elle a abandonné ses rêves de mangue et de corossol pour d’autres de raisin et de mûres, je sais que tout ce qui brille n’est pas d’or. Elle se dit prête pour le grand départ. Tout est organisé dans les moindres détails. Elle a même payé pour qu’on fleurisse sa tombe pour un certain nombre d’années. C’est une guadeloupéenne comme les autres. A Noël il y a du boudin et des accras, et toutes les spécialités locales. Elle a plus de 30 petits enfants. Combien seront là pour la porter le jour de son départ ? Je ne parle même pas de moi. Je sais qu’elle n’est pas allée à l’enterrement de sa mère, geste que je n’ai jamais compris, mais que je respecte. Chacun a ses réactions parfois incompréhensibles devant la mort d’un proche. Je laisserai sans doute vu ma présence à es milliers de kilomètres de la Garonne à mes frères et soeurs le soin de l’accompagner dans sa dernière demeure même si je sais que rien ne dit que je ne partirai pas avant elle. Étrange on commence à parler de cyclone Maria et on finit justement sur Marie Thérèse !

A Mayotte on se nettoie écologiquement les parties

Vous qui ne pouvez vivre sans du papier toilette ultra doux et caressant réveillez-vous. Soyez écologique et faites votre toilette intime avec un ou deux brocs d’eau. C’est dans les toilettes extérieures d’un des multiples lieux de prière de MTsapere que j’ai découvert cet usage que je croyais révolu. Je pensais que le papier toilettes avait colonisé notre planète. Eh bien non certains territoires résistent. Et ici en Afrique de l’Est ou les conditions sanitaires sont disons à la limite, ou je n’ai  vu de toilettes publiques nulle part si ce n’est dans les mosquées, le papier toilettes est remplacé par bassine d ‘eau, ou seau d’eau ou robinet d’eau l’un ou l’autre accompagné d’un broc en plastique bleu.

C’est en fait un peu comme un bidet que nos Anciens de par le monde utilisaient pour se nettoyer les fesses. Hommes comme femmes. Aujourd’hui encore au Brésil les appartements chics proposent des bidets aux postérieurs les plus exigeants. Et je connais de nombreuses femmes qui continuent même sans bidet à faire leur toilette hygiénique avec de l’eau.

Écologiquement j’approuve. J’ai testé. Avec un gant de toilette puis sans gant de toilette (bleu lui aussi). Eh bien je suis agréablement surpris. Il est fort agréable par ces chaleurs moites ce contact de l’eau. On rafraîchit les parties mais c’est le tout qui en sort ragaillardi. L’anthropologue Franz Boas avait vu juste. Pour appréhender le tout il faut bien saisir les parties.

Le cimetière de Manzarisoa entre histoire et infini

Quelque part entre les favelas de M’Tsapéré il y a un étrange îlot de verdure, une sorte de quadrilatère planté ici et là de pieds de fruit à pain et de manguiers. Des fleurs roses posent et semblent émettre un cri de silence strident dans la verdure.

Quelque part au centre de ce nulle part un énorme buisson d’épées-de-saint-Jacques vertes. Ces épées-de-saint-Jacques qu’on appelle au Brésil espada de Ogum sont des plantes grasses vertes striées de jaune qui assurent la protection des habitations. Leur office est de terrasser les démons. Leur présence ici  a Mayotte me rappelle qu’ici comme ailleurs au Brésil, dans l’Etat de Bahia, aux Antilles, en Guadeloupe, l’esclavage a sévi. Et qu’ici comme ailleurs on navigue entre histoire  et infini, infini étant pris dans le sens d’irrationnel, d’impalpable. Le temps à fait son œuvre mais je repère les traces de petits quadrilatères de pierre dont on ne sait si ce furent des tombes. Je pense à un cimetière d’esclaves. L’endroit a été clos. On voit les grilles vertes qui ont clos l’enceinte. Mais à plusieurs endroits le grillage à été défoncé. Dans ce havre de paix aucune âme ne pénètre. Les enfants jouent à la frontière de ce périmètre. Quel interdit les empêche de pénétrer dans un tel paradis? Parfois je pense qu’autrefois une rivière passait par là, car cet espace est vallonné, et que jadis des lavandières y faisaient leur lessive. À deux pas, séparé de ce parc étrange, il y a un terrain désaffecté où les jeunes jouent au foot, où ont lieu les répétitions de cérémonies de mariage coutumier. Les tambours y résonnent au milieu des graffitis. On se croirait aux portes de ce quadrilatère aux portes du triangle des Bermudes.

Le cimetière n’est pas désaffecté. Il y a une partie semble-t-il catholique, une autre musulmane. Le jour de l’an musulman le 22 septembre 2017, soit en l’an 1439 de l’ère musulmane, j’ai vu un groupe de personnes, tous des hommes, à la nuit tombée, sous la lumière de torches, creuser la terre, la bêcher, la retourner. Puis amener sur place de leur domicile d’énormes roches qui ont servi à circonscrire l’espace du tombeau où est enseveli un parent ou un ancêtre.

Fumar es un placer genial, sensual

http://www.dailymotion.com/video/x2rjdr

Je ne fume pas même si j’aime le tango argentin des années 50. Fumando espero est un bel hymne aux fumeurs qui a fait un tabac à travers le monde et la voix de Sarita Montiel y est forecement elle aussi géniale et sensuelle quoi que je doute qu’elle ait jamais fume. J’ai autrefois fume : pour la dernière fois c’était vers 1982, il y a 35 ans. Celle qui partageait alors ma vie fumait et m’enfumait du soir au matin, alors un jour pour lui rendre la monnaie de sa pièce, j’ai acheté un paquet de Boyard mais dont l’odeur la repulsait. Ce fut ma dernière cigarette. Avant cela de temps en temps j’achetais quand j’allais danser un paquet de Benson and Hedges, que je laissais trainer négligemment sur ma table dans les soirées cool. Parfois je feignais d’en fumer une mais je n’ai jamais avale de fumée de ma vie. Fumer est un plaisir génial, sensuel dit le tango. À chacun ses plaisirs. Moi j’aurais tendance à dire danser est un plaisir genial  , sensuel. Par contre associer le mot cigarette ou tabac au mot Coelacanthe me chagrine un peu. 

Il y a ici à Mayotte une marque de cigarettes comorienne appelée Coelacanthe (prononcer selakant). Le coelacanthe est un poisson préhistorique qui vit dans les grands fonds entre 100 et 400 metres. Il y en aurait encore 300 aux Comores. Lier cet animal au tabac n’est pas très heureux d’autant plus qu’il a pratiquement disparu de la face du globe. On ne l’a guère vu que quand il est tombé dans les filets d’un pêcheur, indonésien sud africain ou comorien. On pourrait croire que ce coelacanthe pourrait devenir un symbole national de survie, lui procurant une empreinte écologique forte synonyme de plus value économique. Il n’en est rien. Cet animal qui a à peu près ma taille et mon poids n’est considère peu ou prou que comme un vieux fossile, qui enthousiasme certes la communauté scientifique mais qui ne suscite guere les passions chez les Comoriens.

 Je sais que l’équipe nationale de football des Comores s’appelle les Coelacanthes.

Mais j’ai bien peur qu’un jour outre les cigarettes de contrebande, Coelacanthe mais aussi Diamant et Hamdane produites aux Comores par des industriels chinois comme la SGO Société Groupe de l’Ocean qui en principe ne sont vendues qu’aux Comores au tarif de 2 € mais qui inondent le marché mahorais, on nous propose chez le poissonnier un de ces jours du filet de coelacanthe fume . Un fumet rare, un filet de fossile ça doit avoir une valeur marchande.

des brèdes en veux-tu en voilà du kikongo au shimaoré au français en passant par le kreyol

Ce qui m’intéresse aujourd’hui ce sont les passerelles d’herbages. Nous aimons manger des herbages aussi bien en Guadeloupe, en Martinique, qu’à la Réunion, à l’Ile Maurice, aux Comores, à Madagascar, à Mayotte, aux Seychelles, à Rodrigues.

J’aime le mot brède. Je le croyais ancré à la Réunion mais voila que je découvre qu’à Mayotte, aux Comores, à Maurice, on brède à tout va. La logique voudrait que le mot qui existe depuis le 18eme siècle soit commun à toutes ces cultures. Dans l’Océan Indien tout le monde dit brède. Dans la mer des Caraibes on dit zèb, greens, herbages, zherbes comme on dit en Louisianne, feuillages, féy. tiens ça se rapproche de feliki, en shimaoré ! On fait des gumbos, des callaloos, des calalous. et à la Réunion on appelle les gombos lalou ! Personne ne sait comment on dit ?   Comment on dit gombo en shimaoré ?

Brède me fait penser à bread en anglais, le pain ! Alors on pourrait imaginer que les feuilles de fruit à pain auraient été les premières feuilles comestibles, le breadfruit anglais qui en shimaoré est frampe. J’imagine que l’épinard va être fade en comparaison au brède muhogo (celui là je l’ai repéré  puisque il me fait penser à la maniçoba brésilienne, des feuilles de manioc pilées, qu’on cuit très longtemps pour en éliminer les poisons) et qu’on sert ou avec de la viande de zébu ou avec du poisson. J’ai adoré au Brésil. J’adorerai à Mayotte. On peut aussi avec ces brèdes, ces feuillages, ces herbages,  quoi, ces zèb,  on peut préparer avec du lait de coco un mataba coco     . eh bien non, brèdes ne vient pas de bread mais de bredo, une plante portugaise qui se mange encore de nos jours au Brésil  !

Le mot mahorais pour dire brèdes est féliki :

manioc

Les feliki les plus utilisées sont:

Brèdes manioc (feliki muhogo) avec lesquels on fait le mataba mahoré ou le ravitoto de Madagascar
Brèdes mourongue ou médaille (feliki uvunge)
Brèdes chouchou (feliki)
Brède Petsaï (chou de chine)
Brède songe ou taro plante ( feliki majimbi)(colocasie)
Brède lastron (pissenlit)
Brèdes épinards
Brèdes morelle ou Brèdes bleu (feliki n’gnongo) à petit grains et gros grains

Brèdes bleu (Solanum americanum )
Brèdes mafane ou madame (cresson de para) (feliki mafana)( Acmella oleracea ) pour préparer le plat malgache romazava
Brèdes patate (feuille de patate douce)
Brèdes patate douce tropicale (féliki batata)
Brèdes citrouille (feuille de citrouilles) (feliki trango)
Brèdes liseron d’eau (plante originaire d’Asie poussant dans les cours d’eau)(ipoméa aquatica)

brèdes bokchoy (brèdes tom pouce)

brèdes petsai (brèdes chou chinois)

brèdes poirée (blette)

brèdes pariétaire, parientére ou paillaterre (amarante)

brèdes mamzelle (lobélie)

Du kikongo au shimaoré en passant par le français est un ouvrage de Richard Zingoula, paru en 2012. Le kikongo est une des langues des Kongos, disséminés entre Congo Brazzaville, Angola et République Démocratique du Congo ex Zaire, ex Congo Kinshasa). Le shimaoré est une des langues des Comores, archipel de l’Océan Indien. Les deux langues appartiennent au socle bantou. Beaucoup de mots créoles de Guadeloupe ont  une origine africaine et plus précisément une origine kikongo. Il aurait été intéressant de faire non pas un dictionnaire trilingue mais quadrilingue qui montrerait les passerelles entre kreyol en tous genres, kikongo, français et shimaoré !

mataba, nkowa, nyunyi (oiseau), mwana (enfant), nyoshi (abeille), nkuni, nyoka (serpent) sont les passerelles entre kikongo et shimaoré

Mais j’ai une question : très bien, on dit féliki pour herbages mais ce qui m’intéresse c’est les gombo comment on dit gombo en shimaoré ou en kibushi. J’espère que c’est ki-ngombo comme en kikongo !

Pour terminer voici ce qui se dit sur les mots d’origines kikongo dans le lexique kreyol de Gwada et Madinina.

QUELQUES MOTS KREYOL D’ORIGINE KIKONGO EN MARTINIQUE :

Djembo : ça ressemble au Genbo guadeloupéen, qui veut dire chauve-souris (d’où la fameuse chanson de Carnaval : « Genbo la (pilipipip !) an zafè ay’  » .
Matoutou : nom du plat de crabes dégusté à Pâques (préparé au colombo, sorte de curry, vive « la créolité » ), donc j’imagine que ça désigne l’animal utilisé dans ledit plat ;  – Matoutou-falèz désigne une mygale . « en Fongbè, atoutou = mets à base de crabes mélangés à de la farine de maïs ». En Kikongo matoutou = « souris »
Mabouya : désigne une espèce de lézard albinos, jaune, avec des yeux rouges, réputé pour sortir la nuit et se coller sur toi s’il te saute dessus ; par extension, a désigné dans une certaine chanson de kompa haïtien la femme qui danse en remuant beaucoup son postérieur et en se collant au danseur (« Fanm’ ka dansé kon Mabouya ! » )
Gonbo : légume vert fort apprécié en Afrique, et également ici ..
Makandja : c’est une variété de grosse banane dessert .
– Banboula = « sanblé éti moun ka dansé épi tanbou bèlè » : assemblée de personnes, en vue de danser (et chanter) le bèlè. En Kikongo = « festin ».

– Ababa : un sourd muet, un imbécile. En Kikongo, BABA signifie sourd muet.

– Agoulou : quelqu’un qui mange comme un cochon. En Kikongo NGULU veut dire un porc et aussi une personne qui mange comme un porc.

– Kaya : feuille de cannabis. En Kikongo MAKAYA veut dire des feuilles.

– Malanga : un légume comestible appelé aussi CHOU CARAIBE. En Kikongo MALANGA, des tuberculoses comestibles.

– Moun : une personne. En Kikongo MUNTU veut dire une personne (pluriel donne BANTU).

Zonbi : Etre surnaturel maléfique. En Kikongo NZAMBI, nom sacré de DIEU.

QUELQUES MOTS D’ORIGINE KIKONGO DANS LA LANGUE KREYOL DE GWADA (GUADELOUPE) :

 – Awa : non

Tak-tak : Espèce de poisson. En Kikongo NTAKATAKA un poisson.

Po : Bruit de chute. En Kikongo POO  bruit de chute.

Ki : Lequel. En Kikongo NKI veut dire QUEL, LEQUEL ?

Ba : Pour, donner. En Kikongo BA, pour, donner.

Kongoliyo : Myriapode, mille-pattes. En Kikongo, NKONGOLO, myriapode.

Gyenbo/Genbo : Chauve-souris. En Kikongo NGEMBO , roussette, une sorte de chauve-souris.

Gonbo : Un légume vert. En Kikongo NGOMBO, est aussi un légume vert.

Dendé : Noix de palmier. En Kikongo NDENDE, huile de palme.

Malanga : Espèce d’igname. En Kikongo MALANGA, igname.

Bonda : Derrière, fesse. En Kikongo MBUNDA, derrière, anus.

Foufoun : Organe sexuel féminin. En Kikongo FUNI/FUNU, organe sexuel féminin.

Kokot : Vagin, clitoris. En Kikongo KOKODI, clitoris.

Bobo : Plaie. En Kikongo BOOBO, plaie.

Lota : Mycose. En Kikongo LOOTA, mycose, maladie de la peau.

 sont des passerelles entre kreyol gwada ou madinina et kikongo.

je suis un marcassin voyageur, héritier de pigeon voyageur, paon, macaque singe, caïman et sanglier ! Je suis chasseur de moi-même

Suidae

Mon père disait en parlant de moi que j’étais un pigeon voyageur !  Je ne m’en offusquais pas car je préférais cela à ce que ma grand-mère disait elle de moi me qualifiant selon l’humeur du  moment de macaque singe ou de caïman à cause de mes dents énormes et effilées qui grignaient comme des perles à l’orient ! Arété ri épi gran dan a makak aw ! Ou ka anki ri épi gra dan a kaiyman aw ! Je n’étais pour Mémé ni singe ni macaque mais une synthèse des deux, un énigmatique makak senj. Plus tard on m’a aussi qualifié de paon à ma façon d’ouvrir mes ailes quand je dansais et même quand je ne dansais pas. On m’a même taxé un jour par mégarde de sanglier au Brésil , javali, de cochon sauvage quoi, et finalement c’est cette appellation-là que j’ai prise par les cornes et que j’ai transformée à ma guise pour me définir. Si tout est bon dans le cochon domestique, imaginez les délices du cochon sauvage ! Et voyageur par dessus tout ça. Je suis donc le marcassin voyageur, un jabato, un liston, un rayon, un cucciolo, un aprunculus, un everjong ! Je suis encore tout jeune , je n’ai pas encore mes 6 mois mais un jour je deviendrai un vrai grand vieux-sanglier voyageur et solitaire. Je suis omnivore : quelques haricots par ci, quelques grains de riz par là, quelques noix (de cajou) et quelques pigeon peas (pois d’angole, pwadibwa) puisque j’ai aussi mes côtés pigeon, paon, macaque singe, caïman à assumer sans oublier le gombo  et les feuillages agrémentés de crabes, écrevisses et palourdes .

Sanglier voyageur, javali viajante, homing boar, car il y a sans doute un fond de vérité dans toutes les appellations ont on m’a affublé tout au long de ma vie. Je n’en renie aucune, je les assume toutes : j’avoue être un  sanglier voyageur héritier des gènes de pigeon-macaque singe- caiman-paon-sanglier. Je ne grogne pas, je ne charge pas, je roucoule, je roucoule, je roucoule comme un ramier ! Je suis un sanglier voyageur qui roucoule, je vole dans la bauge, je vole dans la boue des mangues sauvages décomposées, je suis sauvage

Ne m’appelez pas pigeon voyageur, homing pigeon, paloma mensajera, piccione viaggiatore, pombo viajante, postduif, athlète ailé du XXème et du XXIème siècle, je ne revendique pas ce titre. Je me crois un sanglier voyageur sauvage. L’idée seule d’avoir une cage captive dans un colombier à vie qui m’attend me répulse. Partir pour des courses de 1000 km et revenir à ma planche d’atterrissage, très peu pour moi. N’en déplaise aux colombophiles je n’aurai jamais comme Gustav la médaille Dickin pour bravoure face à l’ennemi en période de guerre,  je ne serai jamais le vainqueur u national d’Altona au Danemark. Désolé messieurs, je préfère cent fois être un sanglier voyageur de classe, un écaillé foncé ou clair, un bleu barre, un gris, un noir, un macot, je veux bien être sanglier voyageur mais je veux nicher librement hors des colombiers. Je veux choisir par moi-même mon frère de nid et j’exige m’accoupler librement à la compagne de mon choix sans qu’on prenne en considération notre future lignée de futurs champions. Je veux vivre mes mues et pas seulement en septembre, je veux pouvoir muer ne fait tout le temps. Bref je veux être libre, sanglier voyageur, pourquoi pas, je m’identifie plus à cela qu’à Peter Pan, quand même. Puer aeternus, pourquoi pas mas alors marcassin voyageur !

Quand je dis à ma femme, qui adore réduire mes divagations solitaires à un processus psychothérapeutique que je suis non pas un pigeon voyageur mais un sanglier voyageur sauvage, voilà ce qu’elle me dit, ma thérapeute préférée. Je lui fais penser à quatre choses qui lui viennent immédiatement en tête et qui toutes traduisent une inquiétude. Ces quatre choses sont comme des images avec un titre (un rotulo) mais sans continent (continente) ! Elle me demande de voir ce qui se cache derrière tous ces titres. Quel est le contenu/continent de ma quête. De quoi veux-je me sauver ? Suis-je chasseur de moi-même ? Suis-je  comme Dibs autiste ? Que veut mon âme ? Chauds les mango chauds !

Première image de moi : Dibs: em busca de si mesmo : un titre du Dr. Virginia M. Axline (1911-1988) dont l’original en anglais est Dibs in search of self. Ce livre selon la traductrice en portugais est une invitation pour comprendre et aimer l’enfant qui continue caché en chacun de nous et sentir la grandiosité de la participation au mystère cosmique qui nous unit aux montagnes, à la mer, aux pluies, aux arbres, aux petits oiseaux et à tous les animaux, aux enfants, aux jeunes, aux adultes, dans un agrandissement géant de notre être et dans une prise en compte de notre originalité personnelle. En français DIBS

Deuxième image de moi : Milton Nascimento : « eu caçador de mim », moi chassseur de moi

Troisième image: une réflexion de Teca qui disait : ta querendo se salvar de que ? De quoi veux-tu te sauver ?

Quatrième image:  une autre réflexion : o que é que essa alma quer ? Que veut donc cette âme ?

Voici les paroles de Eu caçador de mim de Sérgio Magrão / Luiz Carlos Sá avec ma traduction à la hache, comme on dit, mais vous pouvez préférez au coutelas, au sabre, à la machette, aux ciseaux, au coupe-coupe puisque toute traduction coupe et trahit mais allons y malgré tout :

Por tanto amor, por tanta emoção (par tant d’amour, par tant d’émotion)
A vida me fez assim (la vie m’a fait ainsi)
Doce ou atroz, manso ou feroz (doux ou atroce, gentil ou féroce)
Eu, caçador de mim. (moi chasseur de moi)
Preso a canções (prisonnier des chansons)
Entregue a paixões que nunca (livré aux passions qui jamais)
Tiveram fim (n’eurent de fin)
Vou me encontrar longe do meu lugar (je vais me rencontrer loin de mon endroit)
Eu, caçador de mim (moi chasseur de moi)
Nada a temer (rien à craindre)
Senão o correr da luta (sinon la course de la lutte)
Nada a fazer (rien à faire)
Senão esquecer o medo (sinon oublier la peur)
Abrir o peito à força (ouvrir la poitrine de force)
Numa procura (dans une recherche)
Fugir às armadilhas da mata escura (fuir les pièges de la forêt obscure)
Longe se vai sonhando demais (loin on va en rêvant de trop)
Mas onde se chega assim (mais où arrive-t-on ainsi)
Vou descobrir o que me faz sentir (je vais découvrir ce qui me fait me sentir)
Eu, caçador de mim (moi, chasseur de moi)

Nada a temer
Senão o correr da luta
Nada a fazer
Senão esquecer o medo
Abrir o peito à força
Numa procura
Fugir às armadilhas da mata escura
Longe se vai sonhando demais
Mas onde se chega assim
Vou descobrir o que me faz sentir
Eu, caçador de mim

Je ne sais si ma thérapeute privée a raison, si elle a tort, peu importe en fait, son rôle est de me faire élargir le débat, de le porter au dela de moi même tout en me forçant à sa façon regarder au fond de moi-même. Parfois devant cette introspection nécessaire je râle, je tempête, j’esquive parfois, je dilue, je grossis le trait  mais toujours j’avance. Dans le cas qui nous occupe de sanglier/marcassin voyageur, source de l’introspection du jour, si je devais choisir une chanson de Milton Nascimento celle que je choisirais entre toutes est Encontros e Despedidas que je traduirai à la serpette encore une fois comme Rencontres et départs (Milton Nascimento, Fernando Brant)

Mande notícias do mundo de lá (envoie des nouvelles du monde de là-bas)
Diz quem fica (dit celui qui reste)
Me dê um abraço venha me apertar (donne moi l’accolade, serre moi dans tes bras)
Tô chegando (j’arrive)
Coisa que gosto é poder partir sem ter planos (une chose que j’aime c’est de pouvoir partir sans avoir de plans)
Melhor ainda é poder voltar quando quero (mieux encore est pouvoir revenir quand je le veux)

Todos os dias é um vai-e-vem (tous les jours c’est un seul va-et-vient)
A vida se repete na estação (la vie se répète dans la gare)
Tem gente que chega pra ficar (Il ya des gens qui arrivent pour rester)
Tem gente que vai pra nunca mais (il ya es gens qui s’en vont pour plus jamais)
Tem gente que vem e quer voltar ( il y a des gens qui viennent et veulent retourner)
Tem gente que vai e quer ficar -(il ya a es gens qui s’en vont et veulent rester)
Tem gente que veio só olhar (il ya des gens qui ne sont venus que pour regarder)
Tem gente a sorrir e a chorar (il y a des gens qui sourient et qui pleurent)

E assim chegar e partir (c’est ainsi arriver et partir)
São só dois lados da mesma viagem (ce ne sont que les deux côtés du même voyage)
O trem que chega (le train qui arrive)
É o mesmo trem da partida (est le même train du départ)
A hora do encontro é também despedida (l’heure de la rencontre, du rendez-vous  est aussi celle de l’adieu)
A plataforma dessa estação (le quai de cette gare)
É a vida desse meu lugar.(c’est la vie de cet endroit qui est le mien
É a vida desse meu lugar. (c’est la vie de cet endroit qui est le mien
É a vida… (c’est la vie)

Version de Raquel Diniz

nez au vent, mine fière, né au vent aux odeurs de mandja !

p_0007a

Ce ne fut pas un choix délibéré de ma part, mais je suis né là où le vent m’a mené, mais je suis né au vent et non sous le vent. Le vent commence à Saint-Claude et termine à Sainte-Rose. Le reste c’est sous le vent. Je ne sais pas si c’est un avantage en temps de cyclone ou si ça l’est en période de sécheresse, ce que je sais c’est que beaucoup de mes compatriotes guadeloupéens d’origine tamoule sont eux aussi dans leur grande majorité nés au vent comme moi, un vent aux odeurs de mandja, qui m’a bercé petit un jour à Morin, l’autre à Papaye dans les hauteurs de  Matouba, sous les auspices de la bonne vieille Soufrière.

Cela crée sans doute des affinités qui vont au-delà du culinaire. Tout petit je ne savais pas ce qu’était le mandja et encore moins l’existence même d’un Pays Tamoul ! Pour moi Zendyen voulait dire quelqu’un qui avaient des cheveux coolies. Et moi je n’avais pas les cheveux coolie ! Pour moi coolie voulait dire qui n’a pas les cheveux grainés comme les miens, un point c’est tout. Comme mon père avait lui aussi les cheveux coolie et que sa mère –  me disait-il – avait elle aussi des cheveux qui lui tombaient sur le derrière je me disais que puisque j’étais né comme eux au vent aux odeurs de mandja et que j’avais hérité d’une autre qualité de cheveux qui me plaçait dans la caste des parias, la caste maudite des Indémêlables, ça ne pouvait être que parce que mon père n’était pas mon père et que mon père ne le savait pas (your daddy ain’t your daddy but your daddy don’t know ) comme dans la chanson Shame and Scandal in the Family. de Shawn Ellliott.

Il me fallut du temps pour comprendre les aléas de la génétique ! J’avais deux tantes coolies, demi-soeurs donc de  ma mère aux cheveux grainés elle, Tante Loret, et Tante Jistin, filles de Gigi, le mari de ma grand-mère, qui était coolie, et leurs enfants appelaient Gigi: Madidi. Le nom de Madidi était en réalité Jules, Gil en créole, donc Gigi était un diminutif de Jules mais d’où venait ce Madidi !? J’avais donc des cousins et des cousines coolies : Manzè Patrisya, Manzè Sélin, Missyé Klodi. Il y en avait d’autres mais elles n’étaient pas de mon âge ! Tout ce petit monde habitait Morin à Saint-Claude et je crois bien qu’à l’époque j’habitais à Saint-Phy. Je ne connaissais tout le monde que par des prénoms mais je sais qu’il y avait beaucoup de famille car Gigi avait une foule de frères et soeurs de même père et même mère, ils étaient seize et tous ses frères et soeurs avaient une foule d’enfants. Je trouvais ça beau cette tribu car de mon côté mon père avait seulement une soeur de même père et mère, et huit demi-frères ou soeurs : 5 du côté de son père et  3 du côté de sa mère. Quant à ma mère elle n’avait aucun autre frère et soeur ayant le même père et la même mère, mais elle avait 3 demi-soeurs du côté de sa mère et  quatre demi-frères et soeurs du côté de son père. Devant ces familles éclatées comme beaucoup de familles antillaises je trouvais la famille de Gigi fabuleusement grande et unie. L’était-elle vraiment ? Je n’en sais rien mais je la trouvais soudée ! Plus tard, bien plus tard en étudiant ma généalogie j’ai compris que la plupart de cette famille était d’origine dravidienne, des descendants d’immigrants tamouls, du Sud de l’Inde venus à partir de 1854 jusqu’en 1885 pour effectuer des contrats de 5 ans comme engagés sur nos îles sous le vent. Pour la plupart c’étaient des Intouchables, qui cherchaient une vie meilleure à travers ce processus d’émigration violente qui fit qu’environ 45000 d’entre eux traversèrent l’océan dans un périple qui prenait à l’époque entre 3 et 4 mois en bateau pour travailler la terre, la canne surtout. Loin du Tamil Nadu, loin de la Mère Inde, comme d’autres avant eux loin de la Mère Afrique, dans des conditions de dénuement et de misère assez similaires, somme toute, quoi que si le voyage était forcé pour les esclaves africains, le voyage pour affronter le kalapani était un choix volontaire. Je suppose que comme leurs prédécesseurs pendant longtemps ils songeaient à Pondichéry, Yanahon, Chandernagor, Karikal, Mahé. Pendant longtemps ils ne furent que des numéros, des variables d’ajustement des récoltes sucrières. Encore en 1907 ils étaient immatriculés comme par exemple dans le cas de Samy Tertulienne Lucie, née à Saint-Claude sur l’habitation Papaye à Matouba le 27 avril 1907, fille de Samy Joseph âgé de 29 ans et de Narayanin Catherine Canagoma, âgée de 21 ans, tous deux cultivateurs. Les témoins en mairie pour l’établissement de l’acte de naissance 45 du  4 mai 1907 sont Gobalssamy , cultivateur âgé alors 60 ans et Julien Califer, propriétaire,  âgé lui de 65 ans. Les parents sont Catherine Canagona Narayanin, née le 16 juin 1886 à Saint-Claude est  fille de Narayanin dit Samy, fils de Vingadassalon Olagama, né en 1853 à Madras et de Chenny Mounoussamy  Vingadassamy, née en 1851 à Madras  qui se sont mariés à Saint-Claude le 11 juin 1887.

Les parents de Chenny, Mounoussamy Vingadassamy et Annamalé Govindin, la première génération d’immigrants donc,  sont décédés en Guadeloupe, le premier le 16 aout 1871 à Saint-Claude.

Samy Joseph est né lui  en 1878, je ne sais encore où. Affaire à suivre. Bref ! On attribue illico à sa naissance au bébé Tertulienne Lucie Samy  le matricule 12066 ! Un matricule qui rappelle étrangement le numéro matricule des esclaves d’avant 1848. Et comme les Africains étaient régis par le Code Noir de Richelieu, les Tamouls l’étaient par le Code des immigrants !  Ils se disaient « je suis de Madras » ! Ils se disaient « un jour je retournerai au pays », comme le rêvent tous les émigrés. Puis comme tous les émigrés vint le temps de décider une fois pour toutes de rester ou de partir car à rester le cul en suspension entre deux chaises on n’avance pas. il fallut s’intégrer, on eut des enfants, on se maria, d’abord souvent entre soi, entre tamouls, puis on se mélangea, on parla français, on parla créole, on devint guadeloupéen, on devint français. On garda les traditions mais petit à petit la langue fourcha, s’égara, les mythes fondateurs s’estompèrent, le catholicisme et d’autres religions vinrent s’entrechoquer au culte  hindou. Maldévilen, Mariyamen et Katlayen se tiraient les cheveux ! Le dernier bateau du retour des Tamouls vers le Pays Tamoul fut en mars 1906, il ya de cela 111 ans, et il y avait 600 Tamouls à bord. La dernière personne tamoule né en Pays Tamoul est décédée  en  Guadeloupe en février 1953. Elle avait 109 ans et était arrivée en Guadeloupe en 1859 à l’âge de 15 ans !

Moi à quinze ans en France je ne savais rien de cette histoire là. Je ne savais même pas mon histoire à moi de descendants d’esclaves. Je savais qu’il y avait eu l’esclavage, mais je ne me sentais pas concerné. En fait personne autour de moi ne parlait d’esclavage ni de descendants d’engagés tamouls. Nous étions censés être français.    il y avait les les colonies maintenant il y avait les départements. Je voyais mes parents comme des gens qui avaient connus la colonisation  ! Moi j’étais de l’ère de la départementalisation !

Je ne sais pour quelle raison les tamouls se sont adaptés à la vie créole mieux que les autres qu’on avait essayé d’acclimater sous nos latitudes (furent convoqués à la fin de l’esclavage en 1848 des français du Gers, des originaires de Madère, des Chinois, des Cap-Verdiens, des Annamites, des Congos pour remplacer la main d’oeuvre servile. Il y eut certes une grande quantité de morts dans cette « aventure » surtout en 1865 lors de la grande épidémie de choléra qui ravagea l’île et qui toucha un tiers de la population tamoule.

Beaucoup d’îles des Caraïbes on pareillement fait appel à la main d’oeuvre indienne dans la deuxième partie du 19ème siècle : et en particulier à la Trinidad et au Guyana. De même à la Réunion, à Maurice et en Afrique du Sud. Au delà des aspects culinaires indéniables, de ce vent aux odeurs de mandja, ce vent-curcuma évoquant le colombo et le madras, au delà des cheveux coolie il y a pour moi un vaste océan inconnu. Je sais tout juste que Maryenmen a quatre bras ! Je sais qu’il ya une cosmogonie hindoue puissante mais je ne les connais pas ! Je crois que ces descendants tamouls ont syncrétisé tous les cultes qui étaient à leur disposition et que selon la nécessité ils font appel à une divinité d’un panthéon ou à une autre divinité d’un tout autre panthéon pour régler leurs problèmes existentiels du quotidien !

Voici ce que je chantais dans les années 1967 j’avais 15 ans (l’âge auquel Man Paul RAMKELAOUAN arriva en Guadeloupe en 1859. Elle devait  rêver d’aventures et de mystère, de grands voyages . Je suppose qu’au cours de ses 109 ans elle a pu réaliser quelques-uns de ses rêves tout comme moi à quinze ans j’avais des rêves en tête.  et parmi ces rêves il y avait vivre dans l’un des pays évoqués dans la chanson du feuilleton Signé Alouette. 50 ans ont passé  ! J’ai connu beaucoup de pays ! Mais je n’ai toujours pas  connu « Chandernagor, Tananarive, Colorado, le Nevada,  le Labrador et les deux rives, le Mikado, le Canada »

 

Je n’ai jamais entendu Gigi parler du Pays Tamoul ! Je l’ai toujours connu vieux et calme ! Je ne lui ai jamais connu qu’une passion : le vélo. Il adorait le Tour de France et Gimondi ! Je n’ai jamais entendu mes tantes évoquer leurs origines non plus ! C’est dans les années 80 qu’à travers mes cousines à Paris que j’ai compris leur quête d’indianité ou tamoulité. Une de leurs amies avait fait le voyage à Pondichéry à l’une des sources de leur identité. C’est alors que me sont revenus un à un tous les noms de famille indo-guadeloupéennes que je côtoyais : les Ramassamy, les Minatchy, les Auguste, les Augustin, les Tamas, les Jéhu, les Shimit, les Samy, les Kissoun et tant d’autres.

Ici un article des Cahiers d’Outre-Mer de 1953 sur Les Indiens de Guadeloupe ‘par un certain Guy Lasserre. Edifiant ! En savoir plus sur l’indianité  sur le site de Potomitan !

Allez, je ne résiste pas à vous donner ce lien touristique sur le Tamil Nadu, l’Etat de l’Inde du Sud dont sont descendants une bonne part de nos compatriotes et aussi un petit tour à Chandernagor

Et si vous voulez en savoir un (tout petit) peu plus sur la mandja, le cotomili, le colbou et  le calichiron

Pour les littéraires un peu de lecture : le roman de Raphaël  Confiant sur le sujet : La Panse du Chacal (2004) dont voici un compte-rendu  et surtout le roman écrit par une descendante de ces Minatchy de la Guadeloupe : Arlette Minatchy-Bogat qui retrace  dans Terre d’exil et d’adoption paru aux éditions Ibis rouge en Guyane en 2000 le parcours de ces combattants venus u Pays Tamoul arrivés en Guadeloupe en 1857 à bord du bateau appelé L’Isly !

 

Mr Jack Cailachon a fait toute une étude sur l’immigration tamoule en Guadeloupe, en répertoriant précisément, commune par commune, les noms, âge  et date de décès  des Tamouls amenés par chacun des bateaux .

Vous pouvez aussi écouter ce qui suit :

https://www.franceinter.fr/embed/player/aod/9672319e-9e7a-11e5-b817-005056a87c30

avis d’obsèques

« Sé pa jou malé pou di si ou té sav »

 

Nous avons le regret d’ annoncer le décès de madame veuve DEATH, née  MUERTE, Saint-Sépulchre Anastasie surnommée Man Tonbo, employée aux Pompes Funèbres retraitée,  domiciliée à Morne Corbillard, Roc-Eclerc, décédée à l’âge de 104 ans.

Ses obsèques seront célébrées aujourd’hui  à 10 heures en l’Eglise paroissiale de Roc-Eclerc.

Levée du corps à l’espace funéraire Anubis, salle vanille .

Inhumation au cimetière de Roc-Eclerc

Voitures prévues : sur le morne Corbillard

Le cortège se formera sur le parking municipal de Roc-Eclerc

Cet avis est diffusé de la part de ses enfants : Marie-Zébédée , Marie-Amédée, Marie-Betsébée, Marie-Décédée  Smodom, Marie-Feue  Advitam

sa fille adoptive Boogie, son fils adoptif Sierge

ainsi que leurs compagnes et compagnons, époux et épouses

ses 24 petits-enfants, ses 65 arrière-petits-enfants,

son filleul Devi dit Chéri,

ses frères et soeurs,

leurs époux et épouses,

ses neveux et nièces,

ses cousins et cousines,

ses beaux-frères et belles-soeurs,

ses amis : Cyriaque Rigoberte et Gontran Koco-Zabrikeaux

sa voisine proche : Zéphyrine-Abel, Maria

ses voisins et voisines,

son perroquet Médor,

les familles DEATH, MUERTE, FOSS, KAVO, KAPITON, VEILLET, RAPAT -RIMAN, BELRA-DIO,  SANDRE, PHALECIDA, TREPAS, DE FUNTO,, AVEMARIA, VAVALLES, CONCESSION

et les autres parents, alliés et amis.

Les obsèques de madame  veuve DEATH, née MUERTE, Saint-Sépulcre Anastasie, surnommée  Man Tonbo, seront célébrées aujourd’hui à dix heures.

Adep – Smodom – Advitam – Assurances Colombo – Anubis International Assistance – Roc-Eclerc – RCI – Bel Radio – Baz’Ile –  Mémoires de Guadeloupe –  Assurance ObsèquesGuadeloupe 1ère

 avis d’obsèques de Guadeloupe 

smodom-contrat-rapatriement-individuel-couv-vignette

Contrat Rapatriement Individuel Smodom

il est où mon nombril, il est où ?

Il y a des rites de fondation aux Antilles, vous saviez ? Il y en a partout, donc pourquoi pas aux Antilles. Par rites de fondation je veux dire qu’advient-il du placenta et de l’ombilic (enfin je veux dire du reste de l’ombilic, dit aussi nombril ou cordon ombilical mais que moi j’ai toujours appelé à la suite de mon père mon « lombric », le petit morceau de nombril qui tombe quelques jours après la naissance). Ah vous l’aviez oublié ! Eh bien sachez que lui ne vous oublie pas, il est là quelque part planté sous un arbre nourricier, attention j’ai bien dit nourricier car terre, hommes et arbres sont liés par un pacte de sève et de sang !  Quelque part près de l’habitation où vous êtes né, il attend patiemment ou peut-être a-t-il été coupé, ce sont les dangers de la déforestation. ou peut être moisit-il au fond d’un bocal hermétique, conservé dans l’huile sous un mètre de terre glaise, ou peut-être encore a-t-il été confié à un escargot et qu’on l’a jeté à la mer ou encore plongé dans un bocal rempli d’eau et placé dans le sable. tiens j’aurais bien aimé qu’on me confie à ma naissance à un lambi mais alors attention à un lambi qui vivrait dans des profondeurs insondables car imaginez que je sois pêché et voué à la voracité  des coups de fourchettes autochtones en plein restaurant. Ah non finir dans l’intestin grêle d’un quidam ou d’une qui dame citronné, grillé au colombo, no thanks. Je préfère encore ignorer ce passé incertain !

Si vous êtes né comme moi autrefois à la maison il y a fort à parier que dans le voisinage un arbre veille sous votre lombric. Peut-être même a-t-il été planté à votre naissance ou peut-être était-il déjà là. Certains arbres sont tabous : pas de résineux, pas d’herbacée, mais s’ils sont nourriciers le choix est vaste. Planter son nombril sous un pied e piment c’est non ! Par contre on peut imaginer planter son nombril sous un pyé e bwa bandé. On pourrait mais on ne peut pas, c’est tabou car le bwa bandé n’est pas  arbre nourricier. Et pas la peine d’ergoter : quand je dis non c’est non !

On murmure aux Antilles qu’on les enterre généralement sous les cocotiers mais les fruits à pain sont aussi de bonnes options ainsi que les arbres fruitiers. Moi par exemple j’ai eu beau demander à mes parents, ils me disent avoir oublié. Et moi même je me souviens qu’on m’a remis deux fois au Brésil le nombril de mes enfants dans un bocal, je les ai conservés un moment mais ensuite je ne sais plus ce qui s’est fait. Ce qui est sûr c’est que moi je n’ai jamais rien planté ni enterré. Mais il est vrai que j’entends à droite et à gauche que dans de nombreuses traditions à travers le monde on enterre le placenta du nouveau-né et on conserve l’ombilic comme une relique. Par exemple dans les traditions polynésiennes  le nombril s’appelle pito et l’arbre où on va planter son nombril s’appelle tapu et quand on est perdu dans sa tête on s’assied contre son tapu, on le dorlote et il vous aide à penser et à prendre une décision ! Alors qui va me dire où se trouve mon tapu ? bon j’imagine qu’il se trouve à Caféière où je suis né, à Saint-Claude, Guadeloupe ! Mais j’ai bien peur qu’avec l’urbanisation galopante qu’on ne trouve plus ni koko ni zabriko à Caféière. Ca pourrait être un pyé koko mais moi j’ai dans l’idée vu l’attirance que j’ai pour le corossol depuis tout petit que c’est un pyé kowosol ! A moins que ce soit un pyé de ponm malaka. Ces deux là m’ont toujours inspiré même à 8000 km de distance. Il y a aussi la possibilité du cocotier, du manguier ! J’ai même une fois au Brésil loué une maison simplement parce que dans le jardin il y avait un ou deux pyé koko et un pyé ponm malaka. il y avait aussi un pyé  qui donnait des clous de girofle ! Mais atout à coup voilà qu’il me vient un doute : et si par hasard on m’avait jeté tout simplement dans les razyé ! Awa ! Han han ! sous un pied zyanm, un pyé gonbo d’accord, tout s’expliquerai t pour mes envies éternelles de femme enceinte pour ces deux produits nourriciers s’il en est ! Mais dans les razyé ? Awa ! Il n’y a rien de nourricier là-dedans sauf pour les boeufs, les zébus, les lapins, les lézards, les vers, les lombrics justement ! Woye ! Mi déba asi la tè ! Peut-être alors mon cordon ombilical a-t-il été charrié par deux ou trois cents fourmis rouges et qu’elles s’en sont régalé  pendant trois semaines sur mon compte ! Ah ces femelles ! Littéralement elles ont sucé mon sang de jeune scorpion, sacrée vermine ! Cela expliquerait alors l’attirance que j’ai depuis tout petit pour ces fourmis rouges là ! Oh je ne leur en veux pas , j’aurais fait même pire à leur place ! Un bon cocktail e sang chaud comme le mien, comment le leur en vouloir à ces gentilles bestioles ! Qui sait un jour si  je n’irai pas faire un tour du côté de Caféière et si ce n’est pas Caféière à Saint-Claude, ce sera Caféière à Deshaies, endroit où je me sens parfaitement en harmonie avec le ciel, la terre et la brise de mer qui monte de Ziotte; j’irai alors faire des gros bo aux fourmis rouges, mes confidentes, mes xará ! Et leur rendre enfin avec intérêts et correction monétaire la monnaie de leur pièce et les sucer à mon tour, les vider de leur sang avant d’entrer dans le quatrième âge de la même façon qu’elles m’ont sucé sans vergogne à mon entrée dans le premier âge ! La boucle sera bouclée ! Sang de cordon, sang de fourmi même combat ! Un sang lave l’autre !

jurema

Vous croyez que je plaisante ! Non je suis sérieux, tout ce qu’il y a de plus sérieux ! D’ailleurs regardez ! Réfléchissez ! Pourquoi ferait-on des piercings  pour nombril  avec un pendentif en forme de cocotier en acier chirurgical ? Ce n’est pas moi qui l’ai inventé ! Une autre façon de sublimer le rite ! Je ne sais pas où se trouve mon nombril donc je me mets un piercing pour le matérialiser ! Vous me suivez ?

On pourrait aussi se le tatouer ! Une autre façon de combler le manque de la relique ! alors dites-moi dans vos commentaires, please, car je veux savoir : il est où votre nombril, il est où ?

A la Jamaïque quand le navel string (le cordon ombilical) tombe on le plante sous un arbre qu’on appelle birth tree ou navel string tree (arbre de naissance ou arbre de cordon ombilical). Au Japon on le met dans une boîte en bois qu’on va décorer et garder comme une relique. Chez les Igbo au Nigéria la mère place le coron ombilical sous un palmier, un bananier, un pied de fruit à pain. Au Mexique idem ! En Turquie si vous voulez que votre enfant devienne dévot plantez son cordon dans la cour de la mosquée, vous voulez qu’il devienne lettré plantez son nombril dans la cour d’une école ou sur un campus universitaire, vous voulez qu’il soit médecin, qu’à cela ne tienne : plantez son nombril dans une école de médecine. Dans certaines tribus amérindiennes on attache le cordon ombilical autour du cou de l’enfant pour le reste de sa vie.

images (7)

De nos jours il y a même des banques de sang ombilical (blood cord banking) mais là on n’est plus au niveau de la tradition et des rites de fondation on  est dans le domaine de l’assurance santé. Blood cord banking ? Kesako ? Le blood cord banking, c’est-à-dire la banque du sang placentaire est un organisme qui va prélever et stocker pour vous les cellules souches hématopoïétiques (la troisième source après la moelle osseuse et le sang périphérique) présentes dans le sang placentaire, le sang contenu dans le cordon ombilical de votre nouveau-né  pour une utilisation potentielle dans le futur. On peut aussi vouloir stocker les cellules souches présentes dans le tissu ombilical et cela s’appelle alors cord tissue banking. Le sang ou le tissu est ensuite gardé bien au froid à -170 °C (ça caille, je vous dis pas) et sur emane on va décryogéniser tout ça. Et on peut m^me vous congeler le tissu du placenta pour vous maman, car ce tissu est riche en  cellules souches mésenchiques, extrêmement puissantes selon les chercheurs qui prévoient de futurs usages ans le traitement d’Alzheimer, du iabète type 1 et ‘invaliités e la moelle épînière ! Le marché est énorme : Viacord – Americord – CBR – Stemcyte – Cryo-Cell – FamilyCord. Et en France Salveo, Eh oui votre cordon ombilical vaut désormais cher. Il vous en coûtera entre 3000 $ et 4300 $ pour faire prélever et garder au frais le sang ombilical de votre tout dernier-né, entre 2000 $  et 3800 $ pour faire de même avec le tissu ombilical et  2000 $ pour conserver votre placenta au frais.  On peut payer en 24 mois mais ils stockent vos cellules pendant 20 ans.  Chiche ! bon,  d’accord une fois stocké on peu réutiliser ce sang ombilical pour traiter des dizaines de maladies , la leucémie, les lymphomes, la drépanocytose, l’anémie. La thérapie cellulaire dite aussi médecine régénérative est en marche. On peut ensuite si on le désire en faire don à quelqu’un ou à une organisation ou le jeter à la poubelle. Bon, si on veut c’est comme une assurance biologique mais en réalité si le sang est vicié au départ il le sera à l’arrivée, selon moi. Nous sommes d’une certaine façon génétiquement déterminés de la vie à la mort. Il est plus facile de faire un don à une banque publique qu’à une banque privée. Les dons de sang placentaire et de tissu ombilical sont gratuits dans les deux cas.  Alors pourquoi payer des sommes impossibles pour quelque chose dont à priori on ne profitera pas.  Autant faire un don et compter sur la banque publique à travers le réseau français de sang placentaire (RFSP) pour trouver un donateur adéquat pour votre enfant ou pour vous même pour une éventuelle maladie de Parkinson ou Alzheimer..  Un coup de fil à France Greffe de Moëlle et ce sera fini. Mais sachez toutefois que juridiquement  le cordon ombilical appartient à la mère, le père et l’enfant n’ont aucun droit au chapitre dessus. En France la conservation à des fins privées est pour l’instant interdite. Mais on incite de plus en plus à en faire don. Si vous voulez conserver vos droits à votre sang ombilical il faut passer par l’étranger et notamment la Suisse, les Etats-Unis, le Canada, la Grande  Bretagne, le Danemark, etc

Moi c’est déjà trop tard car mon nombril a déjà perdu depuis des lustres toutes ces précieuses cellules hématopoïétiques comme mésenchiques sur la terre féconde de Caféière. Il doit sentir plus le café, le volcan de la soufrière, l’alizé, le corossol, les congolios et les forumis rouges que le sang auguste du nouveau né cueilli à la mamelle ! Mais qui sait si un jour je ne bénéficierais pas  du nombril de quelqu’un ! Ne disons jamais jamais ! Mais vous n’avez pas répondu : il est où votre nombril, il est où ?

Ik speak patois toubonman sim señor

maxresdefault

Au Brésil un patuá  (prononcer patwa) est une amulette consistant en un petit morceau de tissu  de la couleur de l’orixa ( l’esprit, l’entité, la divinité du candomblé) correspondante sur lequel est brodé le nom de l’orixa liée à la personne . ce morceau de tissu est ensuite mis dans une préparation  déterminée d’herbes et autres substances attachées à cette orixa. La personne utilise le patuá spécifique de son orixa dans une poche à l’intérieur de ses vêtements, dans un portefeuille ou dans un sac. Le culte vaudou caribéen qu’il suive le rite rada, petwo ou kongo nomme le patuá gadko, c’est à dire garde-corps.

Moi je porte chevillé en moi un vaillant patois (prononcer patwa) qui est aussi mon patuá (prononcer patwa). Appelez-le dialecte, pidgin, acrolecte, basilecte, idiome, langue, peu importe, le fait est qu’il ne me quitte jamais d’un oeil ni d’une semelle! C’est mon patrimoine et ma matrice et si je dois seulement léguer une chose à ma quintuple progéniture j’aimerais que ce soit mathématiquement et philologiquement trois fois plus que Solibo Magnifique  dans le livre éponyme « Solibo Magnifique »  de Patrick Chamoiseau qui « utilisait les quatre facettes de notre diglossie: le basilecte et l’acrolecte créole, le basilecte et l’acrolecte français, vibrionnant enracinement ans un espace interlectal que je pensais être notre plus exacte réalité sociolinguistique ».

Si Solibo vibrionnait dans sa diglossie, que dire de moi et mon hexaglossie à douze facettes ? Les langues que je parle ou plutôt que j’enjambe au quotidien – kreyol, français, english, español, português, duits –  sont mes garde-corps,  mes garde-fous qui m’empêchent de tomber dans le vide interlectal. Je me vêts de ce patois syncrétique et vibrionnant comme le gadko protecteur du vaudou. Je me baigne nu dans le protègement des essences des serpents arc-en-ciel de mots odorants comme des pétales séchées de dahlia et des azalées parfumées de trois gouttes de musc, dans les herbes folles des sonorités chatoyantes, ma phonétique est épicée  de divinités lexicales aux couleurs métissées. Mes radiers  sont ces talismans que je porte épinglés aux razyé des alizés et des cyclones qui me charrient d’une langue à l’autre comme des langues de mer sur l’estran. Je happe ce que je peux, charmes, amulettes et quand il m’arrive de me souvenir d’un rêve je sais sans l’ombre d’un doute que je rêve en [patwa] !