Sexe, paradis et interjections

Au summum du plaisir croyants comme incroyants, athées comme agnostiques, pratiquants comme non pratiquants ont à leur disposition dans toutes les cultures pour leurs soupirs, gémissements, râles et autres chuchotements toute une gamme d’interjections lubriques pour se signifier à soi entre spasmes et couinements subtils comme à leur partenaire qu’ils atteignent le paroxysme du plaisir. Il n’y a pas que les hummmmmmm, les ouille ouille ouille, les aïe aïe aïe, les oh oui, les ah, les woye, les waye créoles. Il n’y a pas que les lekker hollandais, les que rico espagnols, les ik kom klaar hollandais encore, les kwa kwa kwa des Indiens Matis d’Amazoni ou les ino ino ino (jaguar jaguar jaguar) de leurs voisins les Indiens Marubo. La panoplie est bien plus large pour évoquer cet instant flottant entre souffrance et plaisir. On invoque souvent alors à l’heure de l’orgasme des divinités, des prophètes, des saints et des saintes. On peut même jouir en latin comme dans une prière par un Gloria, un Hosanna ou un Alléluia.

Que celui qui n’a jamais murmuré bondyéségné ou oh mon dieu au moment de l’extase me jette la première pierre. Oh Doux Jésus peut gémir celle en qui on vient de faire rugir le petit Jésus dans la crèche. Sainte Vierge ! Ces figures tutélaires assaillent l’âme de celui qui jouit et qui sait que jouir est une petite mort et qu’avant de mourir il faut invariablement payer son tribut aux esprits. Nul ne peut avoir accès à ces mini paradis sur terre sans ces mots émis en plein vertige des sens. Jésus Marie Joseph crie l’un succombant presque sous les coups de boutoir des stimuli. C’est la même extase que celle de sainte Thérèse de Jésus sur la statue de marbre de Bernin (Gian Lorenzo Bernini) (1654) et celle de Marie Madeleine en extase au pied de la Croix de Guido Reni! C’est la même communion charnelle qui est proposée à travers l’ostie -chair et sang.

Que dit sainte Thérèse quand elle raconte son moment d’extase, appelé transverbération, moment où elle se fait transpercer par la lance bouillonnant de feu d’un ange chérubin et où la douleur et la mort confinent au plaisir:

« J’ai vu dans sa main une longue lance d’or, à la pointe de laquelle on aurait cru qu’il y avait un petit feu. Il m’a semblé qu’on la faisait entrer de temps en temps dans mon cœur et qu’elle me perçait jusqu’au fond des entrailles; quand il l’a retirée, il m’a semblé qu’elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur était si grande qu’elle me faisait gémir; et pourtant la douceur de cette douleur excessive était telle, qu’il m’était impossible de vouloir en être débarrassée. L’âme n’est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n’est pas physique, mais spirituelle, même si le corps y a sa part. C’est une si douce caresse d’amour qui se fait alors entre l’âme et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bonté de la faire éprouver à celui qui peut croire que je mens. ».

Mais d’où nous viennent ces spasmes de Sainte mystique. Comment cette extase, cette illumination, cette rencontré spirituelle, cette expérience numineuse se fait-elle chair et vocabulaire à travers les interjections ?

Ah interjections sans vous le coït serait océan de tristesse. Comment pourrions-nous autrement par le verbe partager l’émotion de la chair ? Parfois on manipule bien évidemment . On dit chéri ou chérie ou mon amour mais ce ne sont que des succédanés de chérubin comme ohmygosh est un succédané de oh my God.

Les interjections dites égophoriques ou endopathiques – telles que les décrit l’anthropologue Philippe Erikson dans le récent numéro 67 de la revue anthropologique Terrain consacré à la jouissance et intitulé Jouir? – sont selon moi des manifestations orales ancrées dans notre inconscient collectif aux frontières duquel la mort et la souffrance se livrent un duel arbitré par le désir inné de recherche du plaisir et de survie.

les cimetières mahorais ou la mort en nue-propriété

S’il y a quelque chose qui m’a frappé à Mayotte c’est la façon dont les gens traitent leurs morts. J’ai à ce sujet déjà évoqué ici la mort d’un voisin, Chéréli. Quant à leurs cimetières. j’ai déjà évoqué ici le cas du cimetière de Manzarisoa. C’est pour moi un cimetière abandonné, ou quasi abandonné. Enfin c’est l’impression qu’il m’a donné quand je l’ai vu pour la première fois au mois d’août dernier. Maintenant en pleine saison des pluies c’est la jungle. Là où je croyais en août voir un cimetière d’esclaves étant donné l’extrême dénuement du lieu et l’anarchie apparente je me retrouve maintenant en pleine jungle équatoriale et pourtant on est bien loin de l’équateur. Disons plus prosaïquement qu’on se croirait en pleine brousse. Les herbes ont poussé de façon exponentielle et on ne distingue plus une tombe en pleine terre de l’autre. Il n’y a pas un signe ou alors il est extrêmement discret pour différencier une tombe de l’autre, pas de fleurs, pas de plantes vertes en pots, pas de poèmes, pas de photos, pas de plaques, pas de stèle, pas de mausolée, pas un croissant, pas de bougie, pas une lune, pas une prière du Coran. tout juste peut-on lire le nom et le prénom du défunt.

La mort est en nue propriété en terre musulmane ! Il n’est pas interdit d’aller vénérer un mort sur sa tombe mais cela ne se fait pas. Le mort a droit à ses moments forts au sein de la maison familiale encadrée par les dignitaires et les fidèles de la mosquée mais le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On fait certes certaines exceptions pour le tombeau du Prophète (qui ne se trouve techniquement pas dans la mosquée mais sur une pièce attenant à la mosquée qui était l’appartement de sa femme Aicha et qui fait partie de la mosquée actuelle à Médine) ou le tombeau de Moïse qui serait en Cisjordanie sur le mont Nébo, haut lieu de pélérinage, mais nul ne s’aventurerait à prier sur la tombe de la mère du prophète, Sayda Amina Bint Wahb, qui était polythéiste alors que le prophète lui_même le faisait. en fait on peut prier pour un mort mais pas l’invoquer comme on invoque un esprit

J’ai pu toutefois constater que l’endroit qui est planté d’ arbres à pain est souvent envahi par des enfants qui dépouillent les arbres de leurs fruits et les grilles qui en août séparaient la rue adjacente du cimetière sont aux trois quarts défoncées.

Bref le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On n’aime pas trop frayer avec la mort, symbole de l’effroi. Il n’y a pas ici de carré musulman comme en métropole avec des tombes bien alignées. Ici on considère que 100 pour cent des habitants sont musulmans donc les catholiques, les chrétiens, les juifs, les bouddhistes les autres religions sont incités à se faire enterrer ailleurs. De la même façon la plupart des mahorais qui décèdent en métropole choisissent de se faire rapatrier post mortem à Mayotte pour avoir des funérailles et un cimetière en adéquation avec leur culte.

Très bien qu’on laisse faire la nature, très bien qu’on ne différencie pas dans la mort le riche du pauvre, mais il y a dans certaines villes un cimetière pour enfants et un pour adultes, mais que faire des non-croyants. Il y a à Petite Terre un cimetière catholique hanté par les frangipaniers et l’ylang-ylang. Ici l’enterrement doit être réalisé dans les vingt-quatre heures alors que la loi française demande avant l’ensevelissement ou la crémation un minimum de vingt-quatre heures après que le décès ait été constaté. De plus l’incinération comme l’autopsie sont interdites. Il faut laisser le corps dans son intégralité. Les pratiques de lavage du corps sont codifiées. on doit entourer le corps de l’homme de 3 couches de linceul, celui de la femme de cinq. Le corps est ensuite transporté entre la mosquée et le cimetière dans un cercueil mais est ensuite jeté en pleine terre. Seules quelques pierres matérialisent la tombe et l’enterrement peut être réalisé de jour comme de nuit.

Pourtant à Tsigoni où se trouve la plus ancienne mosquée de Mayotte, une mosquée swahilie comme celles de Domoni a Anjouan ou Tongoni en Tanzanie en pierre de corail dont le mihrab daterait de 1538 on trouve des tombes shiraziennes (ex Perse, Iran d’aujourd’hui), deux mausolées tournées vers la qibla qui seraient les tombes  de la femme et de la fille du sultan Haissa, lui-même fils du sultan Mohammed à Anjouan. Ailleurs pas très loin de Tsingoni en direction de Combani  se trouve le Tombeau du Premier Arabe. Il y a donc en terre musulmane des tombeaux plus sacrés que d’autres. Comme celui encore de la pointe Mahabou où repose le sultan Andriantsiouli  devenu Andriamangavakarivo dans le monde des esprits, qui vendit Mayotte à la France. Au pied de ce tombeau on célèbre des maoulida shengé, des douas, des badris, des roumbos où les ziyaras sont invoqués

Les femmes mariées devenues veuves portent le deuil pendant la période de viduité (idda) qui est de 4 mois et 10 jours sauf si elles sont impubères ou ménopausées auquel cas le délai se trouve ramené à 3 mois. Dans cette période la femme doit continuer d’habiter dans le domicile conjugal, ne peut découcher, ne peut porter de parure, se teindre les cheveux, mettre du khol autour des yeux, porter du rouge ou du jaune, porter du parfum, du fard, etc Le noir n’est pas la couleur du deuil en terre musulmane, mais le blanc. En dehors de son mari la femme a 3 jours de deuil à sa disposition. autant que les hommes, trois jours, quelque soit la situation matrimoniale. Le deuil de la femme enceinte cesse le jour de l’accouchement.. J’ai vu de nombreuses femmes vêtues de strict noir et coiffées de voiles mais ce sont là selon moi des femmes qui pratiquent un des différents cultes un peu plus radicaux de l’islam local.

L’idée qui m’est chère de me faire ensevelir dans la mer n’ est acceptée par l’islam qu’en cas d’impossibilité absolue d’enlever dans la terre. Inhumation en eaux marines ou en rivières. Mais pas d’aquamation please.

Singing in the East African rain on Bacchanal Sunday

Gene Kelly imagina en 1952 sa chorégraphie de Singing in the Rain. Quand j’ai vu pour la première fois le film je me suis étonné que le personnage non content de chanter et danser sous la pluie avec parapluie et chapeau en main se mettait sous la gouttière pour se mouiller encore plus. Chanter soit mais prendre sa douche sous la gouttière m’apparaissait un peu contre nature pour un gentleman si élégamment vêtu de complet cravate. Un coup de foudre pour Debbie Reynolds seul pouvait expliquer cela. J’ai plus tard compris qu’il y avait des gens qui aimaient vraiment marcher sous la pluie. J’ai aussi vécu au Brésil et pris pour la première fois là-bas un banho de bico (douche de gouttière) pendant la pluie. Puis quelques années plus tard à Deshaies, en Guadeloupe en octobre 1998 j’ai renouvelé l’expérience en pleine avalasse.

Récemment j’ai vu  sur Cavani et M’Tsapéré des enfants mahorais ou comoriens qui se pâmaient sous la pluie, sous l’eau des gouttières de tôles de fer-blanc, aspergeant leur tête de longues secondes, mouillant leurs vêtements au milieu du jour, nageant, plongeant dans les flaques d’eau. Que du bonheur ! La béatitude à l’état brut se lisait dans leurs yeux ! C’est le propre de l’enfant de s’émerveiller de ces caprices de la nature . L’eau qui tombe du ciel est un théâtre infini de jeux célestes et de mannes divines où avec un rien on devient pirate, marin de haute mer, capitaine au long cours, boucanier, corsaire ou flibustier. Moi ex quartier-maître de seconde classe maître d’hôtel je me classe dans la catégorie marin d’eau douce ! Je sais que dans la plus simple des flaques d’eau peut roder la leptospirose.

Mais au diable la prévention parfois, ne boudons pas notre plaisir et ce matin, dimanche de carnaval,  en voyant cette ribambelle de marmaille de tous âges jouer dans les flaques à la fin d’une grosse averse matinale je me suis surpris à penser que je vivais moi aussi contaminé dans des conventions sanitaires à des années-lumière de ces enfants qui pourtant habitent à deux pas de chez moi. Il y a pourtant à 100 mètres une rivière qui coule, le Majimbini, il y a la mer à 300 mètres mais c’est cette flaque qui s’accumule qui est devenue le centre de leur sous-monde imaginaire, leur océan indien de pacotille ! En y réfléchissant bacchanale pour bacchanale, en ce dimanche-gras, même si nous sommes ici en terre musulmane, en pleine saison des pluies, en plein Kashkazi, même si le vrai Carême c’est le mois de Ramadan qui aura lieu en juillet, tout est permis. Cette nuit à Port-of-Spain on se maquillera d’un masque de beauté de boue, de peinture ou de chocolat, ailleurs ce sera de goudron, ailleurs encore de farine et de miel. Ici en terre de m’sindzano, en terre de poudre de bois de santal mélangée à du kaolin (argile blanche),  pataugeons donc entre mascarade et serpentins d’eau, éclaboussons-nous de notes de pluie déguisées comme si c’étaient des notes de calypso ou de soca ! Et que le steelpan résonne par monts par vaux et par ruisseaux sous le clapotis de nos pieds dans les marigots temporaires où résident moultes pierres de corail ! Vivre sans risque n’est pas vivre. Vivre sans innocence non plus !

Dimanche-Gras : Bacchanal Sunday entre cannes brûlées et jouvert

Je suis comme  Charles Aznavour, une fois n’est pas coutume:  je hais les dimanches.

Mais il y a un dimanche par an que j’attends toute l’année c’est le dimanche-gras ! Time has come today : aujourd’hui dimanche 11 février, Bacchanal Sunday, seront nommés le roi et la reine du carnaval de Trinidad, le plus chaud des Caraïbes !

37 hommes et 31 femmes se sont affrontées à l’étape préliminaire une semaine avant mardi gras ! A l’issue de ces éliminatoires seuls 10 aspirants à roi et reine ont été retenus. Ted Eustace du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers, vainqueur pour la seconde fois l’année dernière  avec sa personnification de Crypto, seigneur de la Galaxie pour laquelle il a remporté la coquette  somme de 180000 dollars sonnants et trébuchants, se classe en huitième position à l’issue des éliminatoires ! Triplera-t-il avec Banditos la mise aux dépens de  Curtis Eustace, son frère, arrivé second l’année dernière et sa représentation de Kamatachi, le papillon démon chinois, arrivé cette fois-ci premier aux éliminatoires, Marlon Rampersad et sa Touche de Midas arrivé second ou encore Raymond Mark et son Pluton, Roi du Sous-Monde arrivé troisième?

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Et du coté des reines putatives Gloria Dallsingh, du groupe carnavalesque de San Fernando Call of Duty élue en 2016 pour sa composition d’Artémise, la reine guerrière, arrivée cette fois-ci troisième aux éliminatoires,  saura-t-elle renouer  avec la couronne avec son nouveau costume Joyau de l’océan ? Il faudra pour cela faire trébucher des concurrentes comme Savitri Holassie et sa Salicia , Reine des Mers , classée première, ou encore Krystal Thomas du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers et sa Chasseresse de Têtes, arrivée en seconde position à l’issue des éliminatoires mais actuelle reine puisque couronnée en 2017 pour sa personification de Nebula. Que la meilleure gagne  !

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Et je jure par avance allégeance jusqu’à mercredi des Cendres à quels que soient celui et celle qui seront choisis en grande pompe ce soir à partir de 19 heures au Queen’s Park Savannah, Port-of-Spain    pour personnifier le couple royal de la débauche !

Il y a certes la crise économique qui a été la cause de réductions significatives ans les investissements des sponsors publics comme privés mais malgré tout la fête sera belle ! il y a certes le carnaval de Rio, celui de Salvador, celui de Recife parmi les plus grands au Brésil mais celui de Trinidad brille lui aussi de tous ses feux à faire pâlir d’envie ceux de Jamaïque, Ste Lucie, Grenade, Guadeloupe, Martinique, Saint-Kitts, Saint-Vincent, Sainte-Croix, Antigua. Cette année je me contenterai de sauter-mater à distance. L’année prochaine c’est promis je fêterai le carnaval, I’ll play mas, I’ll whine and grind et le mercredi des cendres je mangerai du bake and shark sur la plage !

Avant tout le déferlement actuel de carnaval actuel de Trinidad il y avait jusqu’en 1948 il y a presque une éternité, un seul jour de fête, dimanche-gras. Le jour du mas, le jour de la mascarade. et bien avant encore il y avait le canboulay, mais là on se retrouve au 18eme siècle.

Entre 1783 et 1836, année de l’abolition de l’esclavage à Trinidad, le carnaval est réservé  à l’élite blanche internationale (française et anglaise) et aux travailleurs sous contrats. Les métis et autres gens de couleurs et les noirs gens  étaient  exclus de ces célébrations. L’élite blanche européenne  se déguisait en neg jardin  (ceux qui cultivaient la terre, brûlaient les champs de cannes) ou en mûlatresses et faisaient la procession des cannes brûlées.. Trinidad qui avait été sous domination espagnole  de 1496 à 1797 se retrouvait sous domination anglaise à partir de 1897 (même si ce n’est qu’en 1802 que la Grande Bretagne qui occupait l’île depuis 1797 en devint la puissance coloniale effective) .

L’élite dominante était française (issue de Guadeloupe, Martinique, Grenade, Saint-Vincent, Dominique et Saint-Domingue) suite aux cedula de poblacion de la couronne espagnole de 1776 et 1781 qui autorisait aux français catholiques de venir s’installer sur Trinidad en leur offrant des terres cultivables et un dégrèvement d’impôts sur 10 ans avec la possibilité d’amener avec eux leurs esclaves, leur capital et leur know-how esclavagiste. Les  libres de couleur se précipitèrent aussi et constituèrent  la majorité des propriétaires terriens. Apres l’abolition, pendant 10 ans on nomma canboulay ces fêtes qui eurent lieu le 1er août, jour de l’abolition et qui furent alors récupérées par la population servile désormais libre. Puis à partir de 1846 les réjouissances furent déplacées avant le Carême (Lent en anglais)

Avec le canboulay fut introduit le kalinda (lutte au bâton). Muni de son bois chaque combattant africain affrontait dans un cercle un autre d’une autre communauté et chaque groupe avait sa chantuelle, une sorte de griot, qui accompagnée d’un groupe de femmes chantaient pour galvaniser leur champion et intimider de ses aiguillons vocaux l’adversaire. Ainsi naquit le groupe carnavalesque

Puis on se retrouvait sous des tentes kaiso pour chanter tous ensemble des kaiso (mêlant irrevérence, insinuation sexuelle, jeux de mots à double sens, satire politique et sociale) toujours sous la houlette de la chantuelle, accompagnés d’instruments de musique divers préfigurant ainsi  la musique qui allait plus tard devenir  calypso et plus tard encore la  soca. Les pouvoirs locaux français ou anglais commencèrent à dénigrer le canboulay qu’ils rebaptisèrent jamette, (du français diamètre) refuge selon eux du sous-monde de marginaux, prostituées, voleurs, etc

Les pisse-en-lit étaient des hommes déguisés en femmes, lubriques

En 1846 on interdit masques et mascarades. En 1880 toutes formes de percussion africaines sont interdites. Malgré tout cet arsenal juridique du gouvernement colonial le canboulay continuait à prospérer à Port of Spain jusqu’aux émeutes du 28 février 1881 qui occasionna la mort de 4 policiers et d’un descendant d’africain. Malgré l’autorisation du gouverneur qui jura de ne plus s’immiscer dans les affaires de la mascarade celle-ci fut annulée en 1884 et remplacée par quelque chose de plus respectable le lundi gras qu’on nomma j’ouvert (du français jour ouvert). Ce jouvert continue vivant de nos jours officiellement à  partir de 4 heures du matin de la nuit du dimanche au lundi et ceci jusqu’à pas d’heure. On saute-mate barbouillé de boue, glaise, peinture, graisse, chocolat, au choix et fortement imbibé de vapeurs d’alcool. On porte queues de diables et tridents ! il fut un temps où on se barbouillait de goudron. Le canboulay (fêté lui chaque vendredi de carnaval) comme le jouvert symbolisent la force et la résilience de la communauté noire à Trinidad.

 

A l’enterrement d’une île morte

Jazirat al Mawet, autrement dit Mayotte, c’est l’Ile de la Mort. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, ce surnom. C’est le nom macabre que lui ont donné les premiers navigateurs arabes. Ils avaient sans doute leurs raisons.

Dans les cimetières pas de trace de nom, ni de stèles, ni de couronnes, ni de fleurs. Seul celui qui a enterré sait où se trouve son défunt. C’est dans l’anonymat complet que les morts dorment le corps tourné vers la qibla de la Mecque, vers le Nord ! Les rites mortuaires musulmans et ancestraux se chevauchent !

En effet, « dans un premier temps, on ferme les yeux, la bouche, on couvre le corps d’un linceul composé de trois étoffes blanches et on lui assure un bain mortuaire digne comprenant l’usage d’eau chaude additionnée ou non d’eau de Zamzam, des plantes aromatiques, du camphre nommé ”Kanuru”, des feuilles de “Mtsinavu” et du coton pour boucher les orifices ainsi que du parfum ». Par ailleurs, « la pratique du bain mortuaire doit suivre des étapes précises », « Par le biais de massages, on appuie sur l’abdomen du mort pour vider les viscères. Les écoulements et les selles sont recueillis dans un trou fait sous le lit ou dans des bassines placées sous le lit.

Avant de les enterrer dans un linceul blanc ils ont été nettoyés à l’eau de Zamzam, puis mis dans une caisse pour être portés à la mosquée où une prière est faite en leur honneur puis on les retire de leur caisse et on les enterre à même la terre. Des planches sont placées sur le cadavre puis on le recouvre de terre. Cette terre est ensuite arrosée d’une eau spéciale.

Une fois mort  les anges  exterminateurs  Munkar et Nakir sont deux capitaines qui vont pratiquer dans la tombe votre interrogatoire et décider du chemin que votre âme va suivre selon que vous avez prié et été bon musulman. Ils vous dispatchent au bout de 40 jours après l’enterrement soit au paradis soit en enfer.

Lors d ‘un décès il y a 4 moments importants :

  • le jour de l’enterrement proprement dit, au plus tard vingt–quatre heures après le décès,
  • le troisième jour, qui est une sorte de petit deuil : un boeuf doit être sacrifié
  • le neuvième jour ou moyen deuil : on offre des gâteaux
  • le quarantième jour ou grand deuil; un autre boeuf doit être sacrifié
  • A chacune de ces étapes la communauté se retrouve dans la demeure familiale du défunt. On offre à boire et à manger. La nourriture consiste en général en riz et lait fermenté auquel on ajoute du sucre, du kangué, du poulet, des bananes vertes, du manioc.

On peut aussi offrir des Coran aux convives pour qu’ils puissent prier en communion fraternelle.

il existe aussi un plat à base de papaye verte coupée en tranches arrosée de lait fermenté et de sucre.

Les convives hommes les plus importants repartent avec le douan, qui est un sac en plastique transparent où se trouvent 2 ou 3 boissons non alcoolisées, une bouteille d’eau, des gâteaux.

Une mort coûte très cher car c’est comme le grand mariage. Ce n’est pas tant le mort que l’on pleure mais sa puissance et celle de son clan que l’on expose lors des funérailles.

Elan vital et pentabond

Sans élan pas de saut ! saut en longueur, pentabond, saut à la perche, saut en hauteur, triple saut, saut à la planche : sans élan c’est l’échec assuré !

Sans élan pas de jet ! Lancer du poids, lancer du disque, lancer du javelot, lancer du marteau !

Sans élan pas de course ! Ni 110 mètres ni 400 mètres haies, ni 3000 mètres steeple !

L’élan c’est elã en portugais, impulse en anglais c’est un mouvement de l’inertie vers l’avant, une course rapide avant l’action explosive. On doit prendre son élan, et généralement pour cela on recule, parfois à plus de 20 mètres de l’obstacle à franchir et cette accélération nous permet de franchir parfois l’obstacle. Parfois malgré tous nos efforts on échoue et la barre tombe, ou on mord sur la limite d’appel, ou on n’arrive pas à s’élever suffisamment. Parfois l’objet que l’on doit propulser retombe à nos pieds ou à une distance ridicule malgré tous les efforts que nous avons déployés.

Tout le monde s’accorde pour dire qu’il ya une exigence dans cette course d’élan d’un certain nombre de paramètres pour arriver à un geste parfait. Il y a certes le nombre de cycles, de foulées, la position des bras, la courbure du corps, la trajectoire à suivre, la vitesse, le transfert du poids, le plan de l’élan, le point d’impact, la finition du mouvement, les axes de rotation, il y a la volonté de vaincre, il y a les aptitudes naturelles. Il faut s’entraîner, s’échauffer, pratiquer des étirements sinon on risque la sanction suprême : la blessure musculaire (contractures, déchirures, claquages) . Bref l’élan est tout sauf de la sinécure !

Qu’il s’agisse d’élan frontal, latéral, dorsal, d’élan de rotation, de pas glissé ou de pas changé il y a dans l’élan une détente, une force explosive, une sorte de suspension primitive et inconsciente dans l’air du corps en extension par la grâce des muscles inférieurs (fessiers, quadriceps et mollets) et des muscles supérieurs.

Et qu’en est il de l’élan vital ? Que nous dit Deleuze ?

L’élan vital c’est un potentiel, l’élan vital c’est un potentiel, il s’actualise en créant des chemins divergents. Qu’est-ce que nous disait Bergson ? Une chose très belle, très très simple. Il nous disait… Je fais un nouveau schéma pour que vous compreniez [ ?]. Voilà : vous avez le potentiel, élan vital. Il n’a jamais dit que ça existait comme ça, c’est un pur virtuel. Bien. Comment définir ce potentiel biologique, ce potentiel de la vie ? Vous allez voir : il le définit absolument comme un rapport de forces, Bergson. Il dit : ce potentiel, on va le définir comme ceci… ou cette virtualité on va la définir comme ceci : deux choses à la fois, qui sont des rapports de forces ; emmagasiner de l’énergie, ah… emmagasiner de l’énergie, faire détonner un explosif. C’est des rapports de forces ça. Emmagasiner de l’énergie, faire détonner un explosif. Pour Bergson, c’est ça la vie, un point c’est tout. C’est le potentiel biologique. C’est une pure virtualité.

L’élan vital s’actualise : ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il va s’incarner dans des formes vivantes, l’élan vital est sans forme, lui, c’est un élan, c’est-à-dire une force, si vous voulez. Donc ça marche très bien. C’est un élan, c’est une force. Euh. Qu’est-ce que je disais ? Oui, mais c’est même… bon. Deux rapports de forces qui définissent la virtualité. Là-dessus, quand cette virtualité s’actualise, elle s’actualise en créant une grande différenciation, une grande divergence. S’actualiser, c’est se différencier. Et qu’est-ce que ça va donner ? Tout se passe comme si le virtuel était trop riche. Donc il ne peut pas s’actualiser en un bloc.

 

L’élan vital, notion développée par Henri Bergson, puis revisitée par Gilles Deleuze, fonctionne un peu de cette façon ! Si nous nous considérons comme un concentré unique de continents intérieurs mettant en jeu intuition, sentiment, sensation et esprit (cf CG Jung) où s’expriment nos cultures multiples séparées par des barrières intérieures, des murs ou des crevasses ce qui fait lien et nous permet de franchir ces barrières c’est une rampe de lancement interne, un cinquième continent intérieur invisible, l’élan vital avec ses deux polarités (Intraverti et Extraverti), cette force potentielle qui sommeille en chacun de nous, en chacune de nos cellules. Il nous faut tout de même sinon l’activer du moins l’actualiser et ce n’est pas simplement une affaire de technique. On aimerait certes pouvoir dire de ce cinquième continent :

« Là tout est ordre et beauté,

Luxe calme et volupté »

après Baudelaire et Gauguin mais nos continents intérieurs sont parcourus de fleuves, océans, cyclones, volcans contradictoires et quand bien même nous  prétendrions  avoir décrypté l’atlas intime de nos continents intérieurs il y a toujours des régions inexplorées, des terra incognita dont nous devrions débroussailler l’ADN. C’est un voyage sans fin, une interminable pentabond auquel nous convie l’élan vital ! Cet élan doit nous permettre de franchir par un enchaînement de cinq bonds : un cloche pied, trois foulées de course et un saut nos quatre autres continents intérieurs.

A tous un supercalifragilisticexpialidocious réveillon fait de petites morts et de renaissances interminables

850_400_flor-de-lotus-significado-e-simbolismo-da-flor-sagrada_1495722386Dans moins de 13 heures il sera minuit ! Il y a un no man’s land entre minuit et zéro heure. C’est dans cet espace précaire que modernité et tradition s’affrontent incessamment. Ainsi le dieu Janus avait deux visages l’un tourné vers le passé et l’autre vers le futur. Le soleil et la lune d’aujourd’hui 2017 et ceux de demain 2018 se ressemblent étrangement à ceux de 2014/2015 mais ils sont complètement différents puisque notre regard sur eux changent. C’est nous qui modifions et non les choses qui se modifient. A minuit on est en 2017, à zéro heure on est en 2018. Quelques confettis multicolores, quelques feux d’artifices, un ou eux grammes de cotillons nous séparent l’un de l’autre.

Moi je propose une autre méthodologie. Commençons l’année à zéro heure et terminons la à minuit. Commençons la vie par la mort. Naître à 90 ans et remonter à contre-courant le fleuve de l’existence jusqu’à redevenir nouveau-né, presque innocent dans la source au flanc de la montagne. Et tout cela entre zéro heure et minuit. Quel challenge, quel défi. Ceux qui ne savent pas nager peuvent pagayer mais l’eau de la mémoire, pour saumâtre qu’elle soit, n’est pas si profonde qu’on ne puisse en remonter le cours en quelques infimes nano-secondes. Il y a ça et là des gués où on peut reprendre haleine avant de reprendre sa route……ne serait-ce qu’à quatre pattes…..

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Dans moins de 13 heures il sera exactement zéro heure….Et personne ne sait encore avec certitude s’il sera là pour vivre ce moment. Ce qui explique l’émotion qui s’empare de tout un chacun, émotion faite de peur et de soulagement, à franchir la ligne d’arrivée de l’étape. Chaque réveillon est comme une petite mort ou une naissance avortée et le champagne coule à flot de la même manière qu’une femme enceinte qui perd ses eaux sait que l’issue est proche. A tous un supercalifragilisticexpialidocious réveillon fait de petites morts et de renaissances interminables. 2017 est mort vive 2018 ! Maintenant que la plupart des rites de passage, rythmés soit par les saisons et les lunes et les soleils, les mers et les pluies soit par les stades différents dans le développement de l’individu de la naissance à la mort, ont disparu de nos sociétés post-modernes profitons encore de celui-ci : franchissons le seuil de cette nouvelle année de façon guillerette comme on saute à la marelle, à cloche-pied. Quittons provisoirement le 1 de la terre de 2017 pour nous retrouver finalement les deux pieds ancrés au 9 du ciel de 2018. Surtout évitons les petits cailloux entre minuit et zéro heure qui pourraient mettre à mal cette expédition car c’en est une, et vous obligeraient à redémarrer éternellement à partir du 1 de la terre de 2017. Que vous souhaiter alors, sinon beaucoup d’équilibre, quitte à partir du ciel de 2018 en direction de la terre de 2017. Du 9 vers le 1 au lieu du 1 vers le 9, et tout cela, bien entendu entre minuit et zéro heure ! Et vogue la galère 

 

 

 

 

Les génies de l’île aux esprits adorent la lotion Pompéïa

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Les génies, les esprits, les entités, les djinns, les orixas, les guédés, les lwas, les invisibles, les mystères, les saints, les anges, appelez-les comme vous préférez, encensez-les, faites leur vos offrandes, abandonnez vos salouvas, dansez vêtus de vos plus beaux lamb (paréos), faites sonner les cordes des gabousi, faites intervenir votre fundi préféré, un fundi wa nyongo (maître de l’encre) ou un fundi mpa mizi (maître des racines), chantez vos incantations, badigeonnez-vous de tarmalin, remplissez à ras bord vos douze seaux d’eau de bains de plantes comme le vaimara et autres feuillages et pétales, nourrissez-les des plats les plus fins, purifiez-vous tant que vous voudrez,  allez sous l’eau des cascades ou dans la mangrove, les esprits resteront muets car ces divinités adorent la lotion Pompéïa. Ici à Mayotte, l’île aux esprits par excellence, comme aux Antilles, les esprits ont leur territoire et ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas comme le vent et les abysses qu’ils n’existent pas !

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Ils peuvent être d’origine bantoue, soufie ou malgache, ils peuvent avoir été autrefois sultans comme le grand sultan Tsilévalouha plus connu sous le nom Adriantsoly, originaire de Madagascar, mort assassiné en 1847 alors qu’il habitait M’Tsapéré, village fondé par les Malgaches de l’ethnie ANTALAHOTSI,  qui a vendu Mayotte à la France le 25 avril 1841 pour une rente annuelle de 1000 piastres (il est vénéré par ses adeptes au son du m’gondro vers la fin août chaque année lors d’un énorme rombou ou maruamba sur la pointe Mahabou où se trouve son sanctuaire désormais sous le nom de l’esprit Dramagnoukarivo), ou simples marins portant vareuse bleue et blanche et pompons sur leur bonnet. Ils peuvent prendre forme animale (araignées par exemple) ou rester invisibles. Certains demeurent dans des daira, des lieux sacrés, en pleine nature au fin fond des forêts et des brousses en haut des montagnes, sous les cascades sacrées, d’autres sont les esprits de la mangrove, les moinaïssas, esprits protecteurs de la mangrove, petites femmes aux longs cheveux possédant un bras atrophié et l’autre tout petit.

Pompéïa est le nom d’une lotion (destinée donc à être appliquée sur le front et à l’arrière du cou, une lotion censée être rafraîchissante, apaisante en cas de fatigue, de stress ou d’agitation)

 La lotion a été créée en 1907 pour L.T. Piver (L.T. pour Louis Toussaint, entreprise créée  en 1774, la première parfumerie française) par  Georges Darzens  (qui a découvert en 1896 le salicylate d’amyle, un produit synthétique qu’il utilisa dès 1898 pour créer avant Pompéïa, la lotion Le Trèfle Incarnat), Jacques Rouche et Pierre Armingeat (1874-1955).

Cette lotion  aldéhydée est à base de rose, jasmin, ylang, iris, lavande, géranium. La composition exacte est la suivante :

 Alcohol denat., eau, fragrance, benzyl alcohol, benzyl salicylate, cinnamal, cinnamyl alcohol, citral, citronellol, coumarin, eugenol, geraniol, hydroxycitronellal, isoeugenol, limonene, linalool, alpha-isomethyl ionone, diehylamino hydroxybenzoyl, hexyl benzoate, ethylexyl methoxycinnamate.

Eh bien imaginez vous que les esprits patros dans le rite de possession ngoma d’influence bantoue  adorent  ! La lotion Pompéïa non seulement on en  masse les poings ou le corps des possédés avec mais encore le fundi , le maitre des esprits, leur en procure à boire comme du petit lait  ! On peut aussi utiliser pour cajoler les esprits de la forêt – les mugala – outre le sang des zébus, chèvres et poules  de l’eau de rose (mawarde) . Alors que dans le rite trumba les djinis  préfèrent boire et s’enduire de kaolin ! Et ce n’est pas tout, du riz, du popcorn, de l’eau de coco ! et surtout beaucoup d’alcool et de décibels, des battements de mains ou de tambours ! Les génies aiment la fête donnée en leur honneur ! Sautez matez jusqu’à ce que la transe vous possède. L’anthropologie de la possession a été réalisée il y a de cela des lustres par des gens comme Roger Bastide, Michel Leiris et Alfred Métraux. A Mayotte j’ai déjà été témoin au moins deux fois de crises de possession. Un esprit incorpore en état de transe un(e) possédé(e) qui devient alors le siège de l’esprit.  On hérite de ses esprits comme de ses ancêtres. On peut par exemple hériter de l’esprit patros Djalud de sa grand-mère et d’un esprit  tromba provenant de sa mère.

On trouve à Maytotte deux types d’esprits issus de deux types de cultes de possession. En gros ce sont des djinns, des esprits des morts.

Le culte  tromba d’inspiration malgache qui peut se manifester dans le cadre des rumbu.

Pour délivrer le possédé, le hanté de l’esprit qui l’obsède on va avoir recours au bilo. Le tromba est quant à lui un dialogue entre les esprits et l’assistance.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le culte patros d’inspiration bantoue tourne autour du evin guérisseur  ou ombrasa.

A mon enterrement en Macroniaisie

« I planned my own burial », dit à qui veut la suivre cette jeune fille avenante débordante de vitalité qui nous propose quelques solutions d’enterrement trendy, pas chères et iconoclastes ! Parmi celles-ci donner son corps pour qu’il intègre des expositions comme Body Worlds – Le cycle de la vie ou Our Body ou encore Bodies qui exhibent pour certaines depuis  environ 30 ans des cadavres dépecés à travers le monde à partir de la technologie allemande de la plastination imaginée par le Dr Gunther von Hagens. Eh oui il n’y a pas de petit profit en ces temps de crise d’Emmanuélite aigüe où l’en même temps est devenu l’idéal républicain de règle et de bon goût en Macroniaisie ! Loin d’être macabre la mort est devenue fascinante parfois, dérangeante parfois, polémique toujours mais surtout et avant tout fashion, les  lampes torches des portables ayant remplacé les flammes des bougies  et la mort roulant en Harley Davidson rutilante et chromée plutôt qu’en corbillard hippomobile démodé. On pose en grandes pompes des crayons noirs à la place des chrysanthèmes sur les catafalques bleu blanc rouge comme pour rehausser les pleins et les déliés du bling bling des oraisons.

La mort qu’elle soit le fruit de guerres, de fanatiques religieux, d’accidents ou naturelle est toujours exclusivité, prime time médiatique. Voir l’autre mort c’est se croquer symboliquement l’orteil et constater ainsi au prix d’une (légère) blessure narcissique qu’on est bien vivant, alive and kicking. On se sait mortel, car la mort est la chose la mieux partagée du monde,  mais la mort de l’autre, surtout si cet alter a été un grand de ce monde, fascine le Macroniais lambda, le conforte dans sa théorie du milieu, de l’équilibre et de l’harmonie. La mort consensuelle apparaît ainsi sur les écrans des chaines news sur un mode subliminal. Toute mort devient soleil !

Il est mort, il est mort le soleil,

Quand tu m’as quittée il est mort l’été

 

chantait déja en 1967 Nicoletta. A cette époque-là encore l’amour et le soleil c’était pareil. repris par Ray Charles, non voyant, qui disait:

The sun died, the sun died with my love,

When you left me blue, the summer died too

Chacun a sa propre vision de son dernier voyage, de son  enterrement inéluctable. Léo Ferré, dans  la ligne de François Villon en fait une chanson : A mon enterrement, écrite en 1971 soit 22 ans avant sa mort.

A mon enterrement j’aurai des cheveux bleus
Des dingues et des Pop aux sabots de guitare
Des cheveux pleins de fleurs des champs dedans leurs yeux
Hennissant des chansons de nuit quand y en a marre
J’aurai des mômes de passe, ceux que j’ai pas finis
Des filles de douze ans qui gonflent sous l’outrage
Des Chinoises des Russes des Nordiques remplies
Des rues décapitées par des girls de passage

A mon enterrement

Et je ferai l’amour avec le croque-mort
Avec sa tête d’ange et ses dix-huit automnes
Douze pour la vertu et six mourant au port
Quand son navire mouillera comme un aumône
A mon enterrement j’aurai un coeur de fer
Et me suivrai tout seul sur le dernier bitume
Lâchant mon ombre enfin pour me mettre en enfer
Dans le dernier taxi tapinant dans la brume

A mon enterrement

Comme un pendu tout sec perforé de corbeaux
A mon enterrement je gueulerai quand même
J’aurai l’ordinateur facile avec les mots
Des cartes perforées me perforant le thème
Je mettrai en chanson la tristesse du vent
Quand il vient s’affaler sur la gueule des pierres
La nausée de la mer quand revient le jusant
Et qu’il faut de nouveau descendre et puis se taire

A mon enterrement

A mon enterrement je ne veux que des morts
Des rossignols sans voix des chagrins littéraires
Des peintres sans couleurs des acteurs sans décor
Des silences sans bruits des soleils sans lumière
Je veux du noir partout à me crever les yeux
Et n’avoir jamais plus qu’une idée de voyance
Sous l’oeil indifférent du regard le plus creux
Dans la dernière métaphore de l’offense

A mon enterrement

Quant à Sanseverino voici sa version :

Les yeux humides et rougis
Fatigués et transits
La gorge nouée par le chagrin
Vous avancez en cortège
Un silencieux cortège
Mais un verre à la main
Parmi les compères
Il fallait désigner
Quelques volontaires
Quatre costauds pour me porter
À mon enterrement
Pour le transport de mon lit de mort
À mon enterrement
Vos glandes lacrymales
Ne vont pas y couper
C’est nerveux c’est normal
Vous boirez du vin
À ma santé
Quand ce sera terminé
J’ai évité la morgue
Et j’en ai fini
En crevant dans mon lit
Piétinez doucement en allant
À mon enterrement
Pas à pas…
Comme à la Nouvelle Orléans
À mon enterrement

Dommage qu’il soit trop tard
Si j’avais eu quelques dollars
Je me serais sûrement payé une fanfare

Rendez-vous là-bas pour la crémation
L’ultime cuisson
Ça brûle
Hey
Venez faire du bruit
Venez tourner d’l’oeil
Venez taper l’deuil
Sur le bois de mon cercueil

Hey…
Des hystériques et des sorciers vaudous
À mon dernier barbecue
Ça va chauffer sauvagement
À mon enterrement
Venez passer du bon temps
À mon enterrement
Quelle réussite cette réception
Y’avait d’la tristesse et d’l’espoir
Ne me laissez pas tout seul dans l’noir

À mon enterrement
À mon enterrement
À mon enterrement

Il y a la version de Bwatazik

Il y a la version de Rémi Boibessot

Moi à mon tour je l’ai déjà dit et je le redis haut et fort à mon enterrement, ne m’enterrez surtout pas, ne m’emmurez pas, je vous en conjure ! Quand bien même la Cour de Cassation, garante des bonnes moeurs, décide que cela est indécent,  laissez plutôt  les quatre vents me déraciner de l’estran, laissez-les m’ensevelir plutôt dans le flux et reflux  du large, permettez qu’ils me jettent aux crêtes des vagues et me fracassent sur le limon des rochers et si disséqué je dois être que ce soit par les poissons abyssaux ou les méduses, et si embaumé je dois être que ce soit par l’iode et le sel, et si vêtu je dois être que ce soit d’algues et de corail !

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Haram : des prescriptions qui ne sont pas qu’alimentaires

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Haram pour le néophyte fait penser à harem ! C’est un mot que j’entends beaucoup depuis trois mois que je suis à Mayotte. Il signifie illicite, interdit, c’est une prescription religieuse que le fidèle doit suivre sans que l’abandon de la chose ne soit dicté par la peur ou la timidité et son contraire est halal. Haram est parfois traduit par péché, ou par tabou. Il y a d’autres choses qui sont déclarées makruh (blâmables, licites mais répugnants). Toutes ces interdictions formelles ou informelles proviennent de la Charica (la loi musulmane déduite  des sourates du Coran et de la tradition du Prophète -la Sounna) qui est analysée de façons différentes (rigoriste, libérale, exégétique) selon les écoles de droit musulman d’obédience sunnite, chiite, kharedjiite, alaouite, soufie, salafiste, druze, etc. Beaucoup de ces prescriptions par ailleurs se retrouvent dans les trois traditions religieuses monothéistes qui apparaissent dans l’Ancien Testament (en particulier dans le Lévitique et le Deutéronome) et sur lequel se sont basés le Coran et la Tora. Certaines ne se pratiquent plus, certaines sont encore vivaces

M’ont été déclarés haram à Mayotte par des musulman(e)s d’origine mahoraise, comorienne, sénégalaise, malgache, togolaise et congolaise au cours de discussions formelles ou informelles les actes suivants qui touchent à l’alimentation mais aussi à la sphère intime et aux relations sociales:

  • boire de l’alcool (à base de blé, de coco, d’orge, de datte, de canne, etc) donc  pas de rhum, pas de vin, pas de whisky, pas de bière, même sans alcool, pas de cidre) et pourtant je lis ici que l’islam n’interdit pas l’alcool mais l’ivresse
  • manger du porc, du sanglier, (mammifères ayant le sabot fendu)
  • fumer du tabac : une cigarette, un cigare, un joint, la chicha (le narguilé pour fumer du tabamel, mélange de tabac, mélasse et pulpe de fruits), utiliser des drogues
  • mettre du vin, du vinaigre dans une préparation culinaire (pas de boeuf bourguignon, pas de moules marinières au vin blanc, pas de bananes flambées)
  • pratiquer le cunnilingus, la fellation, la sodomie, monter un homme pour une femme quand on fait l’amour alors que le mari peut adopter avec ses épouses toutes les postures qu’il juge bonnes, en vertu du verset 223 de la Sourate II : « Vos femmes sont votre champ. Cultivez-le toutes les fois qu’il vous plaira. »
  • voler
  • faire l’amour en dehors du mariage : la zina ! (lire ici sur les rapports sexuels illicites) d’où la nécessité de faire légitimer toute union par un contrat de mariage nikah entre le futur mari et le tuteur matrimonial de l’épouse (le wali ) avec la présence de deux témoins devant un cadi moyennant versement d’une dot plus ou moins importante
  • manger du sang (pas de boudin, pas de canard au sang)
  • manger du crabe, du homard, des palourdes, des huîtres, des moules, des coquilles saint-jacques, calamars, seiche, poulpe (pieuvre) (animaux aquatiques qui n’ont pas au moins une nageoire et une écaille que l’on peut facilement détacher)
  • manger des oiseaux comme le pigeon, le ramier, la grive, la caille et consommer leurs oeufs (animaux non domestiques comme la poule)
  • consommer toute nourriture ou aliment pendant la journée lors du mois de Ramadam
  • manger du chien, du chat (animaux domestiques)
  • manger un animal qui n’a pas été égorgé rituellement et vidé de son sang tourné vers la qibla, la Mecque en répétant les paroles rituelles (Bismillah Allaou Akbar)

A bien y regarder un musulman pieux qui suit au pied de la lettre les préceptes de l’islam, notamment en matière alimentaire, est plus difficile à contenter qu’un végan ou un végétarien qui doit lui aussi en permanence consulter les étiquettes pour savoir les ingrédients des produits qu’ils souhaitent consommer ! Chacun peut outre ces préconisations alimentaires religieuses se forger ses propres interdits au cours de sa vie en fonction de ses goûts et ses dégoûts individuels et de ses allergies. On peut aussi se créer de nouveaux interdits et annuler les autres. On est aussi le fruit d’interdits communautaires, de traditions familiales dont on n’est même pas conscient..

Parmi ces interdits il y a à Mayotte les interdits alimentaires formulés par les esprits. Il faut savoir qu’il y a à Mayotte 9 catégories d’esprits (djini) qui hantent leurs adeptes. Que ces génies soient patrosi, dans le cas du culte ngoma, d’influence bantoue ou tromba d’influence malgache il faut savoir négocier avec les interdits qui peuvent toucher des choses aussi simples que le lait, les oeufs, le poulet, les restes de nourriture, etc

Je me souviens que jusqu’en 1966 les catholiques ne mangeaient pas de viande le vendredi et que le vendredi dans les cantines des collèges et des lycées on ne trouvait que du poisson. Je sais qu’au Brésil les femmes ne font pas l’amour le Vendredi-Saint et que désormais cette interdiction de manger de la viande ne subsiste que pour le Vendredi-Saint et le Mercredi des Cendres. Entre Carême (jours maigres) et Charnage (jours gras, jours charnels) les habitudes ont varié et varient encore, chacun aménageant les préceptes à sa sauce. J’ai ‘ailleurs évoqué ce sujet en relation au Père Labat en Guadeloupe.

Et jusqu’à nos jours les nombreuses dénominations religieuses qui caractérisent la Guadeloupe font que nous avons nous aussi des actions qui sont haram par extension si on reprend la sémantique musulmane.

Par exemple une personne pieuse fera des accras au giromon ou aux carottes en période de carème, considérant la morue ou les lambis, voire les crevettes, trop gras pour le jeûne ! Le vendredi est toujours aux Antilles le jour du poisson !

Le sang constitutif du boudin commence à se diversifier. On propose des boudins désormais avec du sang de volaille ou de boeuf au lieu du sang de porc traditionnel. ou des boudins sans sang comme du boudin au crabe, aux lambis et même des boudins légumiers. Cela a l’air anecdotique et on pourrait même louer cette diversification qui plaît aux touristes et aux végétariens.

Néanmoins on sait que les Témoins de Jéovah qui sont bien implantés ne mangent pas de boudin et refusent certaines charcuteries où le sang est présent. Il s’agit donc d’une prescription alimentaire.

Les Adventistes du Septième Jour respectent eux aussi scrupuleusement les préconisations de l’Ancien Testament. Les consignes alimentaires vont du porc  à l’alcool et au tabac  qui sont eux aussi haram.

Si je prends mon propre exemple, moi qui ai été élevé dans un environnement catholique mais qui depuis plus de 50 ans suis athée, je ne mange pas de papaye depuis le jour en 1987  au Brésil où j’ai eu une diarrhée phénoménale après avoir bu plus que de coutume et mangé de la papaye. Hier encore au marché je voulais en acheter car quelqu’un m’a fait goûter au travail de la papaye et j’ai bien aimé mais quand je me suis retrouvé face à face avec la papaye les images de ma chambre maculée de fiente me sont revenues et je me suis abstenu. Pourtant l’incident doit dater de presque 30 ans.

Cela me rappelle que mon père ne mangeait jamais d’ananas le soir et que pendant longtemps je l’ai suivi. Il disait que si on mangeait de l’ananas le soir on se réveillerait le lendemain avec une tête d’ananas.

Ma mère elle n’a jamais aimé les gombos alors que moi je les adore.

Je ne mangeais pas non plus de langue de boeuf jusqu’au jour où juré dans un concours de gastronomie où s’affrontaient une vingtaine de bistros à Salvador au Brésil je me suis vu attribuer la dégustation de cette langue de boeuf et je dois dire que j’ai été agréablement surpris. Je sais que c’est bon, bien cuisiné, mais je répugne à préparer ce plat, à cause de l’aspect initial de la chose, une langue.

Etant globe-trotter j’ai plaisir à goûter des choses différentes qui sont mainstream ans la culture étrangère. Aux Antilles dés l’enfance j’ai été initié au colombo, aux dombrés, aux haricots rouges, aux bananes plantain, à la morue, aux avocats et aux gombos, aux poyos et au dachine, au fruit à pain et au corossol, au titiris et aux orphies, aux crabes aux ouassous et au sorbet coco. Mais jamais je n’ai goûté à une tortue, ni à une mangouste, ni a un raccoon  ni à un guimbo (une chauve-souris). Je le regrette ! Je me souviens tout petit en train de chasser des grives ou des ramiers mais je ne me souviens pas en avoir goûté. Et jamais je n’ai avalé ni sauterelles ni fourmis volantes, me contentant de lambis. Il me reste encore quelques années j’espère pour me rattraper !

Par exemple aux USA j’avais plaisir à manger du sirop d’érable sur mes pancakes ou mes french toast, j’aimais manger le grits and eggs (fait à base de semoule de maïs) et boire de la tequila sunrise et du Southern Comfort. En Hollande j’ai acquis le goût de mélanger fromage et confiture, boire du lait froid, boire le Jonge Geniever et la bière, la sauce saté, et la sauce soja indonésienne Conimex.

 

Le Brésil m’a initié aux palourdes, au jus d’avocat au lait, au jus d’avocat au citron, à la maniçoba (feuilles de manioc pilées et viandes diverses) m’a réhabilité au poisson dont je détestais auparavant ne serait ce que l’odeur, m’a ouvert à la jaque (j’ai goûté), le serpent (j’ai goûté), le xinxim de bofe (poumons et crevettes séchées)(j’ai goûté), le sarapatel, ma première victoire lors d’un mariage (à base d’abats: foie, coeur, poumon, le tout appelé fissura de porco, sang de cochon) mais je n’ai toujours pas adopté les gésiers de poulet (qui pourtant font les délices des gens mais moi cela m’écoeure malgré plusieurs tentatives  où je les assaisonnais d’une tonne de piment et que je les ingurgitais pour les recouvrir aussitôt de 66 gorgées de bière). Le foie ça va mais le coeur, les reins, les amourettes, oh la la , il faut vraiment que je sois dans l’ambiance, que je voie que tout le monde en mange, que mon désir de m’intégrer soit plus fort que ma révulsion naturelle et que l’action se passe dans un cercle privé qui me garantit l’authenticité du plat. Les acarajés, les abaras, les pamonhas tout cela m’a été inculqué et m’a permis de mieux appréhender la cuisine antillaise car en fait nous avions à certains moments éloignés de nos histoires ces recettes à un état embryonnaire voire plus avancé. Quand je mange une maniçoba je pense au calalou antillais ou au mataba mahorais. Quand je mange des bolinhos de bacalhau ou des acarajés je pense à mes accras locaux. Quand je mangeais de la farine de manioc je pensais comment je la dégustais tout petit aux Antilles avec du sucre de canne et j’ai vu ici à Mayotte une congolaise faire la même chose. J’ai failli manger du tatou au Brésil, c’est primitif, je sais, c’est illégal, je sais, c’est anti-écologique, je sais, je le sais cent, mille fois, mais je sais aussi par ceux qui en ont mangé que c’est délicieux. Idem pour la tortue ! J’ai l’impression que cela fait partie de mes gènes ! Et parfois je me plais à rêver que je croque de la bonne chair d’oiseau diablotin comme du temps de la Guadeloupe d’antan du Père Labat. Bien meilleur que le canard ! Et chaque fois que je buvais une caipirinha ou une caipiroska c’était au rhum et non à la cachaça que j’étais ramené, au planteur, au ti punch. J’ai une ou deux fois mangé une moqueca de noix de cajou verte et c’était phénoménal. et je pourrais continuer inlassablement sur les nombreuses re-découvertes culinaires qu’il m’a fallu intégrer à mon alimentation au cours des 30 dernières années où j’ai vécu sous influence brésilienne. Depuis que je suis à Mayotte en terre musulmane les tabous alimentaires étant ce qu’ils sont beaucoup des produits que j’aime souffrent de haram caractérisé : puisque nous sommes en république française laïque et indivisible les produits dits haram ne peuvent être totalement éliminés mais les conditions de ravitaillement et les prix élevés contribuent à la rareté ou chèreté des fruits de mer, porc, alcool, il faut donc être créatif. J’ai goûté à l’aloé vera, je me suis rabattu vers les feuilles de toutes sortes, les brèdes, vestiges de la cuisine malgache, j’apprécie les salades, les différents achards qui deviennent presque part de ma cuisine, j’utilise désormais le curcuma et le piment bien plus qu’autrefois, la banane verte, le fruit à pain. J’aimerai goûter au tangue (Tenrec ecaudatus) , une sorte de hérisson réunionnais même si je sais que son origine est malgache et comorienne. Ah un bon civet de tangue et je risque même de proférer un doux jésus marie joseph de béatitude bien que la chose soit haram ! ah un bon civet tortue  à la congolaise, oh mygosh!!

Ne pensez pas que je plaisante je suis damn serious !Regardez par exemple l’ouvrage The culinary Herpetologist de Ernest E. Liner. C’est un livre de cuisine un peu spécial, je le concède, qui traite de la gastronomie appliquée à l’herpétologie, ou erpétologie, terme qui qualifie la science spécialisée de la zoologie qui étudie l’herpétofaune, c’est à dire les reptiles (les serpents, les lézards, les tortues, les crocodiles) et les amphibiens (les grenouilles, les crapauds, les salamandres, les tritons). Le spécialiste est alors désigné comme un herpétologue (terme le plus vieux) ou herpétologiste (terme le plus utilisé de nos jours). Eh bien,  dans cet ouvrage que vous pouvez trouver sulfureux et que probablement certains censeurs qualifieraient de haram on propose plus de 900 recettes touchant les reptiles et amphibiens ci-dessus cités et en particulier 281 touchant les tortues. J’ai relevé au hasard cream tortoise steak, green turtle steaks, turtle with cream sauce, turtle cacciatore, turtle scallopini, turtle à la king. Je signale pour les censeurs éventuels toujours prompts à se faire harpies que la viande de tortue peut être élaborée dans des élevages, spécialement le cas des soft-shell turtles. Certes je sais qu’à Mayotte il y a des tortues qui passent vite fait dans la marmite et sont aussi vite avalées et que c’est une tradition millénaire ici malgré les interdictions internationales.

Lire plus: https://www.aquaportail.com/definition-9294-herpetologie.html

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Je n’ai qu’un tabou, il n’est pas religieux  puisque je n’ai pas de religion : je ne mangerai pas mon prochain. En cas de faim intense je peux manger n’importe quoi (je n’irai sans doute pas jusqu’à m’alimenter de mes propres rejets, urine et excréments, mais je ne jure de rien, car selon moi nécessité fait loi et certains événements nous ont enseigné que l’homme peut dans certaines conditions insoutenables s’alimenter de n’importe quoi) je ne me crois pas anthropophage mais je ne peux jurer qu’en cas de nécessité absolue il me soit impossible de dépasser mon aversion à manger de l’humain. Je n’ai en tout cas aucune limitation spirituelle qui m’en empêche !

Mon dieu alimentaire préféré, ne vous en déplaise c’est ichtus, le poisson. et non ICHTUS, initiales en grec de Iesous Christos Theou Uios Sofer (Jesus Christ fils du Dieu Sauveur)