Haram : des prescriptions qui ne sont pas qu’alimentaires

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Haram pour le néophyte fait penser à harem ! C’est un mot que j’entends beaucoup depuis trois mois que je suis à Mayotte. Il signifie illicite, interdit, c’est une prescription religieuse que le fidèle doit suivre sans que l’abandon de la chose ne soit dicté par la peur ou la timidité et son contraire est halal. Haram est parfois traduit par péché, ou par tabou. Il y a d’autres choses qui sont déclarées makruh (blâmables, licites mais répugnants). Toutes ces interdictions formelles ou informelles proviennent de la Charica (la loi musulmane déduite  des sourates du Coran et de la tradition du Prophète -la Sounna) qui est analysée de façons différentes (rigoriste, libérale, exégétique) selon les écoles de droit musulman sunnite, chiite, kharedjiite, alaouite ou druze. Beaucoup de ces prescriptions par ailleurs se retrouvent dans les trois traditions religieuses monothéistes qui apparaissent dans l’Ancien Testament (en particulier dans le Lévitique et le Deutéronome) et sur lequel se sont basés le Coran et la Tora. Certaines ne se pratiquent plus certaines sont encore vivaces

M’ont été déclarés haram à Mayotte par des musulman(e)s d’origine mahoraise, comorienne, sénégalaise, malgache, togolaise et congolaise au cours de discussions formelles ou informelles les actes suivants qui touchent à l’alimentation mais aussi à la sphère intime et aux relations sociales:

  • boire de l’alcool (à base de blé, de coco, d’orge, de datte, de canne, etc) donc  pas de rhum, pas de vin, pas de whisky, pas de bière, même sans alcool, pas de cidre) et pourtant je lis ici que l’islam n’interdit pas l’alcool mais l’ivresse
  • manger du porc, du sanglier, (mammifères ayant le sabot fendu)
  • fumer du tabac : une cigarette, un cigare, un joint, la chicha (le narguilé pour fumer du tabamel, mélange de tabac, mélasse et pulpe e fruits), utiliser des drogues
  • mettre du vin, du vinaigre dans une préparation culinaire (pas de boeuf bourguignon, pas de moules marinières au vin blanc, pas de bananes flambées)
  • pratiquer le cunnilingus, la fellation, la sodomie, monter un homme pour une femme quand on fait l’amour alors que le mari peut adopter avec ses épouses toutes les postures qu’il juge bonnes, en vertu du verset 223 de la Sourate II : « Vos femmes sont votre champ. Cultivez-le toutes les fois qu’il vous plaira. »
  • voler
  • faire l’amour en dehors du mariage : la zina ! (lire ici sur les rapports sexuels illicites) d’où la nécessité de faire légitimer toute union par un contrat de mariage nikah entre le futur mari et le tuteur matrimonial de l’épouse (le wali ) avec la présence de deux témoins devant un cadi moyennant versement d’une dot plus ou moins importante
  • manger du sang (pas de boudin, pas de canard au sang)
  • manger du crabe, du homard, des palourdes, des huîtres, des moules, des coquilles saint-jacques, calamars, seiche, poulpe (pieuvre) (animaux aquatiques qui n’ont pas au moins une nageoire et une écaille que l’on peut facilement détacher)
  • manger des oiseaux comme le pigeon, le ramier, la grive, la caille et consommer leurs oeufs (animaux non domestiques comme la poule)
  • consommer toute nourriture ou aliment pendant la journée lors du mois de Ramadam
  • manger du chien, du chat (animaux domestiques)
  • manger un animal qui n’a pas été égorgé rituellement et vidé de son sang tourné vers la qibla, la Mecque en répétant les paroles rituelles (Bismillah Allaou Akbar)

A bien y regarder un musulman pieux qui suit au pied de la lettre les préceptes de l’islam, notamment en matière alimentaire, est plus difficile à contenter qu’un végan ou un végétarien qui doit lui aussi en permanence consulter les étiquettes pour savoir les ingrédients des produits qu’ils souhaitent consommer ! Chacun peut outre ces préconisations alimentaires religieuses se forger ses propres interdits au cours de sa vie en fonction de ses goûts et ses dégoûts individuels et de ses allergies. On peut aussi se créer de nouveaux interdits et annuler les autres. On est aussi le fruit d’interdits communautaires, de traditions familiales dont on n’est même pas conscient..

Je me souviens que jusqu’en 1966 les catholiques ne mangeaient pas de viande le vendredi et que le vendredi dans les cantines des collèges et des lycées on ne trouvait que du poisson. Je sais qu’au brésil les femmes ne font pas l’amour le vendredi saint et que désormais cette interdiction de manger de la viande ne subsiste que pour le vendredi saint et le mercredi des cendres. Entre Carême (jours maigres) et Charnange (jours gras) les habitudes ont varié et varient encore, chacun aménageant les préceptes a sa sauce.J’ai ‘ailleurs évoqué ce sujet en relation au Père Labat en Guadeloupe.

Et jusqu’à nos jours les nombreuses dénominations religieuses qui caractérisent la Guadeloupe font que nous avons nous aussi des actions qui sont haram par extension si on reprend la sémantique musulmane.

Par exemple une personne pieuse fera des accras au giromon ou aux carottes en période de carème, considérant la morue ou les lambis, voire les crevettes, trop gras pour le jeûne ! Le vendredi est toujours aux Antilles le jour du poisson !

Le sang constitutif du boudin commence à se diversifier. On propose des boudins désormais avec du sang de volaille ou de boeuf au lieu du sang de porc traditionnel. ou des boudins sans sang comme du boudin au crabe, aux lambis et même des boudins légumiers. Cela a l’air anecdotique et on pourrait même louer cette diversification qui plaît aux touristes et aux végétariens.

Néanmoins on sait que les Témoins de Jéovah qui sont bien implantés ne mangent pas de boudin et refusent certaines charcuteries où le sang est présent. Il s’agit donc d’une prescription alimentaire.

Les Adventistes du Septième Jour respectent eux aussi scrupuleusement les préconisations de l’Ancien Testament. Les consignes alimentaires vont du porc al’alcool et au tabac  qui sont eux aussi haram.

Si je prends mon propre exemple, moi qui ai été élevé dans un environnement catholique mais qui depuis plus de 50 ans est athée, je ne mange pas de papaye depuis le jour en 1987  au Brésil où j’ai eu une diarrhée phénoménale après avoir bu plus que de coutume et mangé de la papaye. Hier encore au marché je voulais en acheter car quelqu’un m’a fait goûter au travail de la papaye et j’ai bien aimé mais quand je me suis retrouvé face à face avec la papaye les images de ma chambre maculée de fiente me sont revenues et je me suis abstenu. Pourtant l’incident doit dater de presque 30 ans.

Cela me rappelle que mon père ne mangeait jamais d’ananas le soir et que pendant longtemps je l’ai suivi. Il disait que si on mangeait de l’ananas le soir on se réveillerait le lendemain avec une tête d’ananas.

Ma mère elle n’a jamais aimé les gombos alors que moi je les adore.

Je ne mangeais pas non plus de langue de boeuf jusqu’au jour où juré ans un concours e gastronomie où s’affrontaient une vingtaine de bistros à Salvador au Brésil je me suis vu attribuer la dégustation de cette langue de boeuf et je dois dire que j’ai été agréablement surpris. Je sais que c’est bon, bien cuisiné, mais je répugne à préparer ce plat, à cause de l’aspect initial de la chose, une langue.

Etant globe-trotter j’ai plaisir à goûter des choses différentes qui sont mainstream ans la culture étrangère. Aux Antilles dés l’enfance j’ai été initié au colombo, aux dombrés, aux haricots rouges, aux bananes plantain, à la morue, aux avocats et aux gombos, aux poyos et au dachine, au fruit à pain et au corossol, au titiris et aux orphies, aux crabes aux ouassous et au sorbet coco. Mais jamais je n’ai goûté à une tortue, ni à une mangouste, ni a un raccoon  ni à un guimbo (une chauve souris). Je le regrette ! Je me souviens tout petit en train de chasser des grives ou des ramiers mais je ne me souviens pas en avoir goûté. Et jamais je n’ai avalé ni sauterelles ni fourmis volantes, me contentant de lambis. Il me reste encore quelques années j’espère pour me rattraper !

Par exemple aux USA j’avais plaisir à manger du sirop d’érable sur mes pancakes ou mes french toast, j’aimais manger le grits and eggs (fait à base de semoule de maïs) et boire de la tequila sunrise et du southern comfort. En Hollande j’ai acquis le goût de mélanger fromage et confiture, boire du lait froid, boire le jonge geniever et la bière, la sauce saté, et la sauce soja indonésienne Conimex.

Le Brésil m’a initié aux palourdes, au jus d’avocat au lait, au jus d’avocat au citron, à la maniçoba (feuilles de manioc pilées et viandes diverses) m’a réhabilité au poisson dont je détestais auparavant ne serait ce que l’odeur, m’a ouvert à la jaque (j’ai goûté), le serpent (j’ai goûté), le xinxim de bofe (poumons et crevettes séchées)(j’ai goûté), le sarapatel, ma première victoire lors d’un mariage (à base d’abats: foie, coeur, poumon, le tout appelé fissura de porco, sang de cochon) mais je n’ai toujours pas adopté les gésiers de poulet (qui pourtant font les délices des gens mais moi cela m’écoeure malgré plusieurs tentatives  où je les assaisonnais d’une tonne de piment et que je les ingurgitais pour les recouvrir aussitôt de 66 gorgées de bière). Le foie ça va mais le coeur, les reins, les amourettes, oh la la , il faut vraiment que je sois dans l’ambiance, que je voie que tout le monde en mange, que mon désir de m’intégrer soit plus fort que ma révulsion naturelle et que l’action se passe dans un cercle privé qui me garantit l’authenticité du plat. Les acarajés, les abaras, les pamonhas tout cela m’a été inculqué et m’a permis de mieux appréhender la cuisine antillaise car en fait nous avions à certains moments éloignés de nos histoires ces recettes à un état embryonnaire voire plus avancé. Quand je mange une maniçoba je pense au calalou antillais ou au mataba mahorais. quand je mange des bolinhos de bacalhau ou des acaragés je pense à mes accras locaux. Quand je mangeais de la farine de manioc je pensais comment je la dégustais tout petit aux Antilles avec du sucre de canne et j’ai vu ici à Mayotte une congolaise faire la même chose. J’ai failli manger du tatou au Brésil, c’est primitif, je sais, c’est illégal, je sais, c’est anti-écologique, je sais, je le sais cent, mille fois, mais je sais aussi par ceux qui en ont mangé que c’est délicieux. Idem pour la tortue ! J’ai l’impression que cela fait partie e mes gènes ! Et parfois je me plais à rêver que je croque de la bonne chair d’oiseau diablotin comme du temps de la Guadeloupe d’antan du Père Labat. Bien meilleur que que le canard ! Et chaque fois que je buvais une caipirinha ou une caipiroska c’était au rhum et non à la cachaça que j’étais ramené, au planteur, au ti punch. J’ai une ou eux fois mangé une moqueca de noix e cajou verte et c’était phénoménal. et je pourrais continuer inlassablement sur les nombreuses re-découvertes culinaires qu’il m’a fallu intégrer à mon alimentation au cours des 30 dernières années où j’ai vécu sous influence brésilienne. Depuis que je suis à Mayotte en terre musulmane les tabous alimentaires étant ce qu’ils sont beaucoup des produits que j’aime souffrent de haram caractérisé : puisque nous sommes en république française laïque et indivisible les produits dits haram ne peuvent être totalement éliminés mais les conditions de ravitaillement et les prix élevés contribuent à la rareté ou chèreté des fruits de mer, porc, alcool, il faut donc être créatif. J’ai goûté à l’aloé vera, je me suis rabattu vers les feuilles de toutes sortes, les brèdes, vestiges de la cuisine malgache, j’apprécie les salades, les différents achards qui deviennent presque part de ma cuisine, j’utilise désormais le curcuma et le piment bien plus qu’autrefois, la banane verte, le fruit à pain. J’aimerai goûter au tangue (Tenrec ecaudatus) , une sorte de hérisson réunionnais même si je sais que son origine est malgache et comorienne. Ah un bon civet de tangue et je risque même de proférer un doux jésus marie joseph de béatitude bien que la chose soit haram ! ah un bon civet tortue  à la congolaise, oh mygosh!!

Ne pensez pas que je plaisante je suis damn serious !Regardez par exemple l’ouvrage The culinary Herpetologist de Ernest E. Liner. C’est un livre de cuisine un peu spécial, je le concède, qui traite de la gastronomie appliquée à l’herpétologie, ou erpétologie, terme qui qualifie la science spécialisée de la zoologie qui étudie l’herpétofaune, c’est à dire les reptiles (les serpents, les lézards, les tortues, les crocodiles) et les amphibiens (les grenouilles, les crapauds, les salamandres, les tritons). Le spécialiste est alors désigné comme un herpétologue (terme le plus vieux) ou herpétologiste (terme le plus utilisé de nos jours). Eh bien,  dans cet ouvrage que vous pouvez trouver sulfureux et que probablement certains censeurs qualifieraient de haram on propose plus de 900 recettes touchant les reptiles et amphibiens ci-dessus cités et en particulier 281 touchant les tortues. J’ai relevé au hasard cream tortoise steak, green turtle steaks, turtle with cream sauce, turtle cacciatore, turtle scallopini, turtle à la king. Je signale pour les censeurs éventuels toujours prompts à se faire harpies que la viande de tortue peut être élaborée dans des élevages, spécialement le cas des soft-shell turtles. Certes je sais qu’à Mayotte il ya es tortues qui passent vite fait dans la marmite et sont aussi vite avalés et que c’est une tradition millénaire ici malgré les interdictions internationales.

Lire plus: https://www.aquaportail.com/definition-9294-herpetologie.html

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Je n’ai qu’un tabou, il n’est pas religieux  puisque je n’ai pas de religion : je ne mangerai pas mon prochain. En cas de faim intense je peux manger n’importe quoi (je n’irai sans doute pas jusqu’à m’alimenter de mes propres rejets, urine et excréments, mais je ne jure de rien, car selon moi nécessité fait loi et certains événements nous ont enseigné que l’homme peut dans certaines conditions insoutenables s’alimenter de n’importe quoi) je ne me crois pas anthropophage mais je ne peux jurer qu’en cas de nécessité absolue il me soit impossible de dépasser mon aversion à manger de l’humain. Je n’ai en tout cas aucune limitation spirituelle qui m’en empêche !

Mon dieu alimentaire préféré, ne vous en déplaise c’est ichtus, le poisson. et non ICHTUS, initiales en grec de Iesous Christos Theou Uios Sofer (Jesus Christ fils du Dieu Sauveur)

La procession de monsieur : de la mosquée à chez madame

Chez les Mahorais la procédure est simple  on va habiter chez Madame. C’est elle qui est maîtresse chez elle. En cas de divorce ou de séparation c’est l’homme qui prend ses cliques et ses claques. Bye bye mari. Moi je reste chez moi. En contrepartie si l’homme veut avoir d’autres épouses comme la loi musulmane le lui permet il suffit d’aller enregistrer la chose devant le cadi pour être en règle avec dieu. On paie une petite somme pour sceller l’arrangement entre passereaux et la choses est faite. L’homme peut aussi répudier. Il suffit de deux témoins. À la femme le patrimoine immobilier au monsieur les émois de coq. En réalité sous les apparences de la pudeur matérialisée par les salouvas et les boubous qui cachent au regard une grande partie du corps sans pour autant réussir à masquer les formes bien rebondies des demoiselles, les spécialistes de la chose s’accordent pour penser que la société mahoraise est l’une des plus permissives en matière de sexualité débridée du monde musulman. Mais tout se passe en cachette. Il n’y a pas d’exhibitionnisme ni  corporel ni sexuel. Tout se passe sous le boisseau. Il y a donc sous les couches du rigorisme apparent des salouvas et autres foulards, les masques cosmétiques une sexualité cachée exacerbée que l’islam n’a pas réussi à éliminer .  N’oublions pas que les  mahoraises sont des bantoues et que la sexualité bantoue ne s’embarrasse  pas de préceptes religieux. Des douze ans, la cause est entendue: c’est une femme, en puissance, je dirais même en toute puissance. On est certes loin de la sexualité publiquement assumée des brésiliennes et des antillaises pour ne prendre qu’elles. Mais entre quatre yeux sous l’alcôve, la femme mahoraise n’aurait rien à envier à ses congénères américaines.

Bon, moi à vrai dire, je n’en sais rien, je vous vends le poisson comme on me l’a vendu. Il a peut-être des arêtes. A vous de consommer avec précaution d’usage. Les pêcheurs qui me l’ont vendu sont Mahorais, sénégalais, comoriens, congolais. La femme mahoraise est une femme sans problème car même si la polygamie est abrogée dans les textes depuis Sarkozy, dans les faits elle continue au grand jour grâce à l’institution du cadi. Car ce qui compte pour les mahoraises c’est qu’Allah légitimise leur relation charnelle. Le Grand Mariage et ses nombreuses festivités ou hommes et femmes se côtoient sans se mélanger, ou se suivent à distance est en ce sens très révélateur. Il y a le monde des femmes, le monde des hommes avec des rôles clairement répartis. Mais la société, quoi que dominée par l’apparatchik musulman profondément machiste et paternaliste comme toutes les sociétés religieuses, est dans son essence une société matrifocale comme la plupart des sociétés caribéennes issues de la traite négrière. Le kikongo qui a donné de nombreux mots en créole et qui structure la phrase créole, est une langue bantoue comme le swahili et comme le comorien et le shimaoré. Nous avons les mêmes effluves sanguins du pays bantou, mettez un boubou à un Antillais et une keffiah: il passera sans problème pour un Mahorais ou Anjouanais ou Comorien. Et vice versa. Ce qui nous différencier ce sont les systèmes de représentation du monde, le système des clans et des tribus, le rapport à l’alcool, au corps, à la mort…etc.

Bref.  À la fin de la procession entre la mosquée de Doujani et l’appartement à l’étage de Madame à 300 mètres environ de la mosquée, le marié entre chez sa femme après force prières et incantations. Le premier cercle des privilégiés, les témoins, les amis proches, les dignitaires religieux, les notables  politiques et économiques, les parents, les frères et soeurs participent au repas. Il leur est permis de voir le couple princier. Lequel couple vit déjà sur place depuis belle lurette puisqu’ils  y ont eu leur fille. Leur appartement qui est récent a été construit au-dessus de la maison qu’on appelle ici la maison familiale. La maison familiale c’est celle  de la mère. Moi je fais partie du deuxième cercle, pourtant je ne connais le père du marié que depuis deux mois. Je m’ interroge néanmoins  sur le fait que le père biologique du  marié qui a le visage et  le cou grêlés ne fasse partie que du deuxième cercle comme moi. Alors que celui qui l’a élevé, mon ami Wally, est dans le premier  cercle. Juste après la procession j’ ai pu voir le père biologique raccompagner le père de son ex-femme. J’avais trouvé admirable  cette communauté spirituelle entre ex membres d’une même famille. J’avais vu aussi les deux pères lors de la cérémonie  sur la place de la mosquée  anjouanaise. Le père biologique était au premier rang mais c’est celui  qui a élevé l’enfant qui avait  une position prédominante au pinacle.

Nous voilà 30 installés à plusieurs tables, que des hommes, la plupart âgés de plus de 50 ans dans une autre maison toute proche que je crois être celle de l’oncle du marié. La table est chargée de victuailles, du boeuf kangué, du riz, du pilau, du giraumon, une salade de concombre avec des oeufs et de la tomate, du jus de tamarin frais et bien glacé, de l’eau, aucun alcool, Islam oblige. Je meurs de faim car on m’ a invité à midi midi et demie et je croyais manger vers ces heures là. Il est près de 16 h30 quand nous passons à table. Les gens sautent sur les plats comme des morts de faim, des dévorants. Un vieux à la main tremblotante réussit à se servir trois fois une assiette fêtée de viande qui outrepasse les limites de la décence. Ici c’est au plus rapide, au plus rappia comme dirait ma mère…Pourtant dès qu’ un plat se vide des jeunes filles de chargent de le remplir à nouveau. Nous sommes aux petits soins. J’ imagine les délices par lesquels doivent passer le premier cercle puisque nous au deuxième cercle sommes si gentiment choyés. On m’attache une fleur de jasmin à la boutonniere. Je me laisse faire. J’ai vu tout à l’heure une femme jeter du riz sur les mariés. Quand le marié est entré chez lui on a caché le visage de l’épouse. Seuls les initiés, ceux du déjeuner du premier cercle pourront la voir. Les autres devront payer s’ils veulent la voir. Mon naturel radin reprend le dessus. Je la verrai bien un jour quand elle viendra voir son beau-père. Oh mais y a pas écrit bécasse sur mon front, quand même ! Vient l’heure des desserts. Je prends du raisin. Voilà. C’est est fini. On nous remet un sac souvenir chargé de pâtisseries diverses et de deux canettes de boisson non alcoolisée. Je remercie mes hôtes de leur hospitalité. Je me retrouve avec deux connaissances du jour, des enseignants franco-sénégalais qui étaient aussi de la fête et d’ un commun accord nous nous retrouvons un moment au pavillon des femmes pour récupérer leurs épouses, dont l’une est sénégalaise et l’autre mozambicaine, qui y mangeaient et nous partons en voiture prendre au Cinq Cinq près de la barge de Mamoudzou une pinte de bière bien méritée. Je  retire le keffiah de la tête car non compatible avec la consommation de bière. Fin.

Mariage Mahorais: épisode 3: samedi 6:30 du matin



Samedi matin 6h30. Depuis hier chez Sophia, la restauratrice, les petites mains sont à l’ouvrage près du port de M’Tsapéré. Dans cette branche de la famille un boeuf entier a été abattu. Ce sont des seaux et des marmites entières de boeuf qui trempent en ce moment dans l’eau et qui serviront me dit-on de sauce. Une cinquantaine de personnes ont travaillé pour la bonne cause jusqu’à tard dans la nuit. On a dormi sur la natte pour être d’attaque à 5 heures du matin. J’imagine qu’il y a encore aux Antilles  des familles qui fonctionnent sur ce rythme tribal et clanique. J’imagine qu’autrefois nos mariages d’antan témoignaient de  cette solidarité. Désormais on oublie la solidarité et au nom de son appartenance  aux valeurs occidentales, on se retranche dans l’entre-soi sous la coordination d’un traiteur et d’ un maître de cérémonie. La tendance est mondiale. C’est la globalisation a marche forcée. Ici les Mahorais résistent. Quand je filmais ce matin et que je prenais des photos j’ai entendu certains dire avec fierté  Africa ! L’Afrique résiste encore! Elle s’occidentalise quand ça l’arrange. Mais moi en voyant cette marée humaine communier ainsi à la confection de ce repas digne de Pharaon, je ne peux dire que hocher la tête et dire moi aussi: Africa. Pourtant j’ai entendu des Sénégalais avertis dire, Mayotte ce n’est pas l’Afrique.

Certains qui aiment à dénigrer évoqueront les conditions d’hygiène, de conservation. Moi je fais confiance à ce peuple millénaire et symboliquement aujourd’hui en arborant fièrement mon bonnet, mon keffiah sur le crâne, j’épouserai en quelque sorte certains aspects immergés de mon africanité qui baignaient dans le marigot des  bassines bleues de mon inconscient collectif.

On livre en ce moment du riz par sacs de 20 kilos. D’énormes bassines et seaux recueillent dans leurs flancs, pommes de terre, chou petsai, riz,  lait caillé, là on débite des oignons, là on ouvre des centaines de boîtes de lait de coco, là on fait cuire le lait de coco ou le riz, là on a déjà cuit les aubergines, les pwadibwa attendent tranquillement leur tour. Seules les femmes cuisinent. Les hommes livrent, transportent, conduisent, déballent mais ne cuisinent pas. Toutes les générations sont confondues dans cette distribution à la Métro Goldwin Mayer. La rue devient l’extension de la maison trop petite malgré sa taille respectable  et sa cour intérieure  plantée de bananiers, pour autant de monde et de faitouts.

Partout c’est l’odeur du feu de bois, la chaleur du feu de bois, la fumée du feu de bois. Ce n’est pas l’heure du défilé de mode, chacun s’affaire dans le plus simple appareil. Il est 6h30 et  le programme des festivités me sera remis vers 9/10h. Je repasserai plus tar sur le coup de midi pour voir comment les choses ont avancé. On prépare en ce moment la soupe au riz et le thé pour ces abeilles ouvrières toutes unies dans leur coup de main clanique. J’avais déjà vu à Mayotte de telles scènes de préparation culinaire qui occupaient les ruelles. Maintenant je comprends mieux les tenants et les aboutissants de cette ruche, de cet essaim.

Telles de petites mains qui tissent et brodent un vêtement d’apparat elle concourent toutes à la magnificence de ce mariage traditionnel. On peut parler de communion rituelle. Aujourd’hui quand je mangerai ce sera autre chose: je communierai. Peu importe l’hostie pourvu que la communion soit parfaite et solidaire.

Et dire que ces mêmes préparatifs que je trouve gigantesques et qui occupent ici deux maisons se répètent des dizaines de fois entre M’Tsapéré et Doujani, où aura lieu le grand événement sous chapiteau. Quand je vois tout ça j’imagine ce qu’était autrefois le mariage d’ un sultan. Et je me rends compte paralellement de l’énorme déperdition de valeurs qu’à constitué la traite atlantique. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé mais de comprendre les constituants intimes qui concourent à notre personnalité. Je le dirais autrement: mon univers wolfokien repose sur une base multiforme. L’Afrique y a sa part, toute sa part, ses radicelles se mélangent, bifurquent, se ramifient avec d’autres et me transforment constamment. Il n’est pas étonnant qu’étant actuellement aux confins de l’Afrique de l’Est je m’ interroge sur cette partie pré-dix-huitième siècle de moi.  Je suis comme un père de 5 enfants, je suis toujours plus proche de celui qui souffre le plus à un moment donné. Je n’ ai pas d’enfant préféré. Je les aime tous autant quoi qu’ils en pensent. J’ai des affinités certes avec certains, des atomes crochus qui rendent les passerelles plus fréquentables et moins troubles, j’ai des moments de perplexité parfois, de doute et même de désolation, mais comme on dit ce sont tous « de la farine du même sac ». Et en cela ils méritent tous le même amour. L’Afrique aussi fait partie de ma farine. Elle est plutôt de manioc et je dois la mélanger avec la farine de maïs et la farine de blé pour obtenir le meilleur gruau possible, le meilleur mingau, le meilleur couscous. Il faut pour cela des talents qui dépassent les seules compétences de cuisinier. Il faut de la mémoire. Et ce mariage est un prétexte de refaire ressurgir en moi des mémoires ensevelies au fin fond des marigots.

Mariage devant la mosquee. Préparatifs.

Depuis la fin de l’après midi de ce jeudi 12 octobre 2017  on s’affaire sur la place de la mosquée anjouanaise de Mtsapere. Pas moins de 500 chaises sont là. Originellement habillées de rouge, la majorité reçoivent des housses blanches, tandis que la première rangée, une centaine de sièges, montre ses housses d’or. Un ruban doré rehausse le dossier des fauteuils revêtus de blanc. La pluie menace. Les nuages sont noirs. Il y a déjà eu deux fausses alertes. Mais on voit chez tous la tranquille assurance, la foi en Allah que la pluie ne  viendra pas gâcher la fete. Sur une estrade au fond de la place à couvert sous le kiosque des éléments blancs et dorés évoquent des trones et des arcades. Un mariage se prepare. Des fleurs blanches aussi sans qu’on sache vraiment si elles sont vraies ou postiches. Faisant face aux fauteuils une estrade au pied de laquelle on pose des pots de plantes vertes.

Au moins 25 personnes travaillent depuis des heures à la mise en place. J’essaie d’identifier qui est le chef d’orchestre. En vain. J’ai bien vu l’imam dire quelque mots avant la prière de 18 heures.

Un homme me demande : « c’est quoi ça? »

L’événement doit être rare. Je réponds. « C’est un mariage Mahorais ». Il me répond. « Mahorais? Mais il n’y a plus de Mahorais ici. Peut être un métis de Mahorais avec un grand comorien, un malgache, un anjouanais, un réunionnais mais il n’y a plus de Mahorais. » Je lui réponds que je sais que la mère est mahoraise ( mais qu’en sais-je vraiment?) et que le beau père est sénégalais. Mais je ne sais rien du père du marie. Ni de la mariée. Je sais qu’au moins une partie de la famille de la mariée est mahoraise car ce sont des membres de son clan qui m’ont parle de la cérémonie. Cette cérémonie n’est qu’une étape du grand mariage Mahorais. J’ai vu entreposées dans l’epicerie du beau-père des tonnes de boissons non alcoolisées. L’homme qui m’a abordé se dit être de mère grand comorienne et de père réunionnais. Les deux sont décédés. Il doit avoir dans les 55 ans.

18h48 sur une petite tribune avec microphone je vois un Coran et l’imam qui vérifie que tout est en place. Devant les invités sur l’estrade un cadre brodé d’or sur fond blanc devant lequel les trônes vont être places. Le plus doré pour le marié au centre, les deux argentés pour ses temoins. De chaque côté de ces trois là cinq fauteuils recouverts de tissu doré ou viendront s’asseoir les plus proches des deux familles. Enfin c’est ma lecture.

Des techniciens s’affairent pour la sonorisation. Des gerbes de fleurs blanches montent sur scène. Des hauts parleurs puissants de marque Behringer sont hisses sur des pieds.

Finalement l’arcade de fleurs est érigée et marque l’entrée du territoire.

Les festivités ne commencent qu’à 21 heures.

Chez Zam Zam, l’épicerie au dessus de laquelle habite la mère du marié et son beau-père Wally l’effervescence est à son comble. Dans la cour la cuisine déborde à tous les étages. Déjà dans les rues à 19 h15 des groupes de vieillards en boubous et bonnets de cérémonie font les cent pas et se rapprochent tranquillement. Le festivités ne commenceront qu’à 21 heures.

Mariage pluvieux mariage heureux dit l’adage. Mais que penser des oiseaux noirs que j’ai vu par deux fois tournoyer au dessus de l’estrade ?

Et il bande encore le bougre!

Si vous êtes pudibond, passez votre chemin, detournez votre regard de cette page car le sujet du jour c’est la bandaison. J’en vois déjà certains ou certaines qui se levent les yeux exorbités et les bouches en forme de cul de poule. Shoking! La bandaison est pourtant un noble art qui existe depuis que l’homme est homme. La bandaison c’est l’instinct primitif, l’inconscient collectif de l’homme. L’homme qui ne bande pas est un homme diminué car l’homme qui se respecte a besoin de ces trois jambes. La jambe droite, la jambe gauche et la jambe du milieu qui s’est rétrécie avec les siècles mais qui était il y a de cela des millénaires parfaitement équivalente en taille et en grosseur avec ses deux soeurs. L’homme préhistorique marchait non pas sur deux jambes mais trois jambes. Vous ne le saviez pas? On nous cache tant de choses! Tenez, essayez d’imaginer  le parfait équilibre que permettait le fabuleux tryptique. Autrefois dans la nuit des temps nos jambes étaient molles à l’état naturel, toutes flagada, celles des hommes tout comme celles des femmes. Nous rampions sur nos trois jambes qui toutes possédaient pieds et orteils. La fécondation se faisait au niveau du gros orteil de l’homme sur n’importe laquelle de ses trois jambes tandis que les demoiselles étaient ensemencées entre les doigts de pied au niveau du petit orteil de la seule jambe du milieu. D’où l’expression qui résiste au temps: prendre son pied. Ni homme ni femme ne bandait. D’ailleurs ni homme ni femme ne savait qu’il ou elle était homme ou femme. Ils ne pensaient pas, n’analysaient pas, ne calculaient pas, ils se frottaient répondant à l’appel de l’espèce, au rut, à des cycles, à des odeurs qu’ils ne comprenaient pas. Ce n’étaient pas des légumes mais presque. Ils se croisaient, peuplaient et multipliaient par simple et lent frottis-frotta.

Vint la première glaciation qui changea tout. Les jambes de poulpe des penispithèques (c’est ainsi que s’appelaient les hommes entre eux en ce temps-la) et des clitorispithèques (les demoiselles) subirent une mutation radicale . Les deux jambes extérieures devinrent rigides et articulées tandis que celle du milieu se rabougrit. Il fallut apprendre à marcher sur deux pieds. Mais même rabougrie en de grandes proportions cette jambe du milieu qu’on finit par nommer penis pour les hommes et clitoris chez les demoiselles, possédait toujours pieds et orteils, désormais rendus inutiles pour la marche.

Chaque fois que vous bandez, souvenez-vous, c’est votre humanité primitive qui se rappelle à votre bon souvenir. Plus vous bandez fort plus vous êtes en contact avec votre self.

Le problème de la bandaison c’est son corollaire l’éjaculation. L’ homme en état de bandaison passe simultanément par les phases de fierté due à l’érection, de nirvana jouissif due à l’éjaculation et de paix intérieure retrouvée due à la débandaison. Un homme en état de bandaison perd tout libre arbitre, il est en proie aux mille soubresauts de ses sens primitifs, il recherche frénétiquement cet entre-orteil de jadis pour épancher sa soif, c’est un oiseau sans ailes qui pue le frai. Il faut qu’il se soulage de ce mal nécessaire sans laquelle son existence même lui serait niée.

Et si on baptisait les cyclones autrement

Maria, Irma, Jose sont de bien jolis prénoms. Moi je demande qu’au nom des célébrités qui ont porté ces prenoms on débaptise les ouragans. Appelez-les Zananas, Fouyapen, Monben, zikak, poyo, planten, koko, dachine, dombré, je n’y vois aucun problème mais pourquoi traumatiser des centaines de milliers sinon des millions d’humains. Moi par exemple Jean-Marie de prénom j’ai subi un traumatisme que je ne saurai pour l’instant évaluer par la faute des spécialistes des ouragans qui ont baptisé le forcené de Maria. Un force 5. Imaginez. Mon prénom lié à jamais intimement au sifflement de tôles, au hululement des vents et au mugissement des flots. Un peu plus et je frôlais la crise cardiaque. J’ai même un créneau porteur. On pourrait faire comme au PMU prix de Diane Hermès et faire d’une pierre deux coups avec les sponsors qui pourraient ainsi entamer la reconstruction au plus vite. Je vois bien un cyclone Mango Tattinger, ou Dombré CK, ou Dachine YSL, ou Zananas Fanta. Chiche.

En attendant que les réunions au sommet se tiennent je viens de venger la Guadeloupe et tous les Basse-Terriens en engloutissant force 5 le cyclone Zananas en attendant demain de faire le même sort au cyclone Fouyapen. Ah mais quoi vous imaginez qu’on va se laisser tondre comme ça comme des agnelets. De partout on me demande si ma famille n’a pas trop souffert. Je remercie tous de l’intérêt soudain qu’ils ont pour mon île et j’ai presque envie de leur chanter « Dans mon île » de Henri Salvador. Mais je me ravise. Je leur réponds que j’ai effectivement des gens en Guadeloupe qui font partie de ma généalogie mais plus personne qui fasse vraiment partie de ma famille. J’ai pourtant une demi-soeur de ma mère qui doit frôler les 80 ans que j’ai vue pour la dernière fois il y a 10 ans  pendant au maximum 5 minutes au détour d’une rue de Saint-Claude et trois  demi- sœurs de mon père qui doivent être dans les mêmes eaux mais que je n’ai plus vues pour deux d’entre elles depuis au moins trente ans. Ma grand-mère était le dernier lien fort que j’avais avec la Guadeloupe. Avec son décès il ne reste que des souvenirs d’enfance. Avec le temps les liens se sont distendus, les cousins se sont éloignés, ont eu des enfants que je n’ai jamais vus, se sont mariés, moi même j’ai vécu à travers le monde. La mort en a aussi fauché de nombreux en route et en fauchera encore. Ce n’est pas de l’indifférence mais une preuve supplémentaire que mon pays c’est Wolfok. Je pourrais, il est vrai, vivre sur le mythe de la terre bénie où mon dernier souffle retentira mais ma Guadeloupe des années 50 je la vis au quotidien à Mayotte, dans l’Océan Indien. Et pourtant je ne parle pas plus de dix mots de shimaoré. Un pays c’est un tissage. Sans tissage, sans maillage, la coquille est vide, inerte comme un coco sec sans chair et sans eau. 56 ans d’ailleurs ce n’est pas rien. Je garde mes souvenirs bien au chaud mais j’avance sereinement vers de nouveaux cyclones. Car je n’oublie pas que même s’ils peuvent paraître à priori calamiteux les cyclones n’en sont pas moins une promesse. Promesse de renouvellement, de renaissance tel le phœnix ou le jeune pied de banane qui renaît des cendres.

Certes il me reste ma mère, le dernier pilier de la maison. Mais depuis qu’elle s’est retirée des affaires familiales pour se plonger dans l’amour de dieu et des enterrements, depuis qu’elle a même choisi de se faire enterrer à Gagnac sur Garonne derrière l’église, depuis qu’elle a quitté la metropole pour la Guadeloupe, puis au bout de si peu d’années la Guadeloupe pour la banlieue toulousaine car sans doute elle s’y ennuyait, depuis qu’elle a abandonné ses rêves de mangue et de corossol pour d’autres de raisin et de mûres, je sais que tout ce qui brille n’est pas d’or. Elle se dit prête pour le grand départ. Tout est organisé dans les moindres détails. Elle a même payé pour qu’on fleurisse sa tombe pour un certain nombre d’années. C’est une guadeloupéenne comme les autres. A Noël il y a du boudin et des accras, et toutes les spécialités locales. Elle a plus de 30 petits enfants. Combien seront là pour la porter le jour de son départ. Je ne parle même pas de moi. Je sais qu’elle n’est pas allée à celui de sa mère. Je laisse à mes frères et soeurs le soin de l’accompagner dans sa dernière demeure même si je sais que rien ne dit que je ne partirai pas avant elle. Étrange on commence à parler de cyclone Maria et on finit justement sur Marie Thérèse !

A Mayotte on se nettoie écologiquement les parties

Vous qui ne pouvez vivre sans du papier toilette ultra doux et caressant réveillez-vous. Soyez écologique et faites votre toilette intime avec un ou deux brocs d’eau. C’est dans les toilettes extérieures d’un des multiples lieux de prière de MTsapere que j’ai découvert cet usage que je croyais révolu. Je pensais que le papier toilettes avait colonisé notre planète. Eh bien non certains territoires résistent. Et ici en Afrique de l’Est ou les conditions sanitaires sont disons à la limite, ou je n’ai  vu de toilettes publiques nulle part si ce n’est dans les mosquées, le papier toilettes est remplacé par bassine d ‘eau, ou seau d’eau ou robinet d’eau l’un ou l’autre accompagné d’un broc en plastique bleu.

C’est en fait un peu comme un bidet que nos Anciens de par le monde utilisaient pour se nettoyer les fesses. Hommes comme femmes. Aujourd’hui encore au Brésil les appartements chics proposent des bidets aux postérieurs les plus exigeants. Et je connais de nombreuses femmes qui continuent même sans bidet à faire leur toilette hygiénique avec de l’eau.

Écologiquement j’approuve. J’ai testé. Avec un gant de toilette puis sans gant de toilette (bleu lui aussi). Eh bien je suis agréablement surpris. Il est fort agréable par ces chaleurs moites ce contact de l’eau. On rafraîchit les parties mais c’est le tout qui en sort ragaillardi. L’anthropologue Franz Boas avait vu juste. Pour appréhender le tout il faut bien saisir les parties.

Le cimetière de Manzarisoa entre histoire et infini

Quelque part entre les favelas de M’Tsapéré il y a un étrange îlot de verdure, une sorte de quadrilatère planté ici et là de pieds de fruit à pain et de manguiers. Des fleurs roses posent et semblent émettre un cri de silence strident dans la verdure.

Quelque part au centre de ce nulle part un énorme buisson d’épées-de-saint-Jacques vertes. Ces épées-de-saint-Jacques qu’on appelle au Brésil espada de Ogum sont des plantes grasses vertes striées de jaune qui assurent la protection des habitations. Leur office est de terrasser les démons. Leur présence ici  a Mayotte me rappelle qu’ici comme ailleurs au Brésil, dans l’Etat de Bahia, aux Antilles, en Guadeloupe, l’esclavage a sévi. Et qu’ici comme ailleurs on navigue entre histoire  et infini, infini étant pris dans le sens d’irrationnel, d’impalpable. Le temps à fait son œuvre mais je repère les traces de petits quadrilatères de pierre dont on ne sait si ce furent des tombes. Je pense à un cimetière d’esclaves. L’endroit a été clos. On voit les grilles vertes qui ont clos l’enceinte. Mais à plusieurs endroits le grillage à été défoncé. Dans ce havre de paix aucune âme ne pénètre. Les enfants jouent à la frontière de ce périmètre. Quel interdit les empêche de pénétrer dans un tel paradis? Parfois je pense qu’autrefois une rivière passait par là, car cet espace est vallonné, et que jadis des lavandières y faisaient leur lessive. À deux pas, séparé de ce parc étrange, il y a un terrain désaffecté où les jeunes jouent au foot, où ont lieu les répétitions de cérémonies de mariage coutumier. Les tambours y résonnent au milieu des graffitis. On se croirait aux portes de ce quadrilatère aux portes du triangle des Bermudes.

Le cimetière n’est pas désaffecté. Il y a une partie semble-t-il catholique, une autre musulmane. Le jour de l’an musulman le 22 septembre 2017, soit en l’an 1439 de l’ère musulmane, j’ai vu un groupe de personnes, tous des hommes, à la nuit tombée, sous la lumière de torches, creuser la terre, la bêcher, la retourner. Puis amener sur place de leur domicile d’énormes roches qui ont servi à circonscrire l’espace du tombeau où est enseveli un parent ou un ancêtre.

Fumar es un placer genial, sensual

http://www.dailymotion.com/video/x2rjdr

Je ne fume pas même si j’aime le tango argentin des années 50. Fumando espero est un bel hymne aux fumeurs qui a fait un tabac à travers le monde et la voix de Sarita Montiel y est forecement elle aussi géniale et sensuelle quoi que je doute qu’elle ait jamais fume. J’ai autrefois fume : pour la dernière fois c’était vers 1982, il y a 35 ans. Celle qui partageait alors ma vie fumait et m’enfumait du soir au matin, alors un jour pour lui rendre la monnaie de sa pièce, j’ai acheté un paquet de Boyard mais dont l’odeur la repulsait. Ce fut ma dernière cigarette. Avant cela de temps en temps j’achetais quand j’allais danser un paquet de Benson and Hedges, que je laissais trainer négligemment sur ma table dans les soirées cool. Parfois je feignais d’en fumer une mais je n’ai jamais avale de fumée de ma vie. Fumer est un plaisir génial, sensuel dit le tango. À chacun ses plaisirs. Moi j’aurais tendance à dire danser est un plaisir genial  , sensuel. Par contre associer le mot cigarette ou tabac au mot Coelacanthe me chagrine un peu. 

Il y a ici à Mayotte une marque de cigarettes comorienne appelée Coelacanthe (prononcer selakant). Le coelacanthe est un poisson préhistorique qui vit dans les grands fonds entre 100 et 400 metres. Il y en aurait encore 300 aux Comores. Lier cet animal au tabac n’est pas très heureux d’autant plus qu’il a pratiquement disparu de la face du globe. On ne l’a guère vu que quand il est tombé dans les filets d’un pêcheur, indonésien sud africain ou comorien. On pourrait croire que ce coelacanthe pourrait devenir un symbole national de survie, lui procurant une empreinte écologique forte synonyme de plus value économique. Il n’en est rien. Cet animal qui a à peu près ma taille et mon poids n’est considère peu ou prou que comme un vieux fossile, qui enthousiasme certes la communauté scientifique mais qui ne suscite guere les passions chez les Comoriens.

 Je sais que l’équipe nationale de football des Comores s’appelle les Coelacanthes.

Mais j’ai bien peur qu’un jour outre les cigarettes de contrebande, Coelacanthe mais aussi Diamant et Hamdane produites aux Comores par des industriels chinois comme la SGO Société Groupe de l’Ocean qui en principe ne sont vendues qu’aux Comores au tarif de 2 € mais qui inondent le marché mahorais, on nous propose chez le poissonnier un de ces jours du filet de coelacanthe fume . Un fumet rare, un filet de fossile ça doit avoir une valeur marchande.

des brèdes en veux-tu en voilà du kikongo au shimaoré au français en passant par le kreyol

Ce qui m’intéresse aujourd’hui ce sont les passerelles d’herbages. Nous aimons manger des herbages aussi bien en Guadeloupe, en Martinique, qu’à la Réunion, à l’Ile Maurice, aux Comores, à Madagascar, à Mayotte, aux Seychelles, à Rodrigues.

J’aime le mot brède. Je le croyais ancré à la Réunion mais voila que je découvre qu’à Mayotte, aux Comores, à Maurice, on brède à tout va. La logique voudrait que le mot qui existe depuis le 18eme siècle soit commun à toutes ces cultures. Dans l’Océan Indien tout le monde dit brède. Dans la mer des Caraibes on dit zèb, greens, herbages, zherbes comme on dit en Louisianne, feuillages, féy. tiens ça se rapproche de feliki, en shimaoré ! On fait des gumbos, des callaloos, des calalous. et à la Réunion on appelle les gombos lalou ! Personne ne sait comment on dit ?   Comment on dit gombo en shimaoré ?

Brède me fait penser à bread en anglais, le pain ! Alors on pourrait imaginer que les feuilles de fruit à pain auraient été les premières feuilles comestibles, le breadfruit anglais qui en shimaoré est trampe. J’imagine que l’épinard va être fade en comparaison au brède muhogo (celui là je l’ai repéré  puisque il me fait penser à la maniçoba brésilienne, des feuilles de manioc pilées, qu’on cuit très longtemps pour en éliminer les poisons) et qu’on sert ou avec de la viande de zébu ou avec du poisson. J’ai adoré au Brésil. J’adorerai à Mayotte. On peut aussi avec ces brèdes, ces feuillages, ces herbages, quoi, ces zèb,  on peut préparer avec du lait de coco un mataba coco     . eh bien non, brèdes ne vient pas de bread mais de bredo, une plante portugaise qui se mange encore de nos jours au Brésil  !

Le mot mahorais pour dire brèdes est féliki :

manioc

Les feliki les plus utilisées sont:

Brèdes manioc (feliki muhogo) avec lesquels on fait le mataba mahoré ou le ravitoto de Madagascar
Brèdes mourongue ou médaille (feliki uvunge)
Brèdes chouchou (feliki)
Brède Petsaï (chou de chine)
Brède songe ou taro plante ( feliki majimbi)(colocasie) (les feuilles de dasheen antillaises)
Brède lastron (pissenlit)
Brèdes épinards
Brèdes morelle ou Brèdes bleu (feliki n’gnongo) à petit grains et gros grains

Brèdes bleu (Solanum americanum )
Brèdes mafane ou madame (cresson de para, au Brésil jambu) (feliki mafana)( Acmella oleracea ) pour préparer le plat malgache romazava
Brèdes patate (feuille de patate douce)
Brèdes patate douce tropicale (féliki batata)
Brèdes citrouille (feuille de citrouilles) (feliki trango)
Brèdes liseron d’eau (plante originaire d’Asie poussant dans les cours d’eau)(ipoméa aquatica)

Brèdes bokchoy (brèdes tom pouce)

Brèdes poirée (blette)

Brèdes pariétaire, parientére ou paillaterre (amarante)

Brèdes mamzelle (lobélie)

Du kikongo au shimaoré en passant par le français est un ouvrage de Richard Zingoula, paru en 2012. Le kikongo est une des langues des Kongos, disséminés entre Congo Brazzaville, Angola et République Démocratique du Congo ex Zaire, ex Congo Kinshasa). Le shimaoré est une des langues des Comores, archipel de l’Océan Indien. Les deux langues appartiennent au socle bantou. Beaucoup de mots créoles de Guadeloupe ont  une origine africaine et plus précisément une origine kikongo. Il aurait été intéressant de faire non pas un dictionnaire trilingue mais quadrilingue qui montrerait les passerelles entre kreyol en tous genres, kikongo, français et shimaoré !

mataba, nkowa, nyunyi (oiseau), mwana (enfant), nyoshi (abeille), nkuni, nyoka (serpent) sont les passerelles entre kikongo et shimaoré

Mais j’ai une question : très bien, on dit féliki pour herbages mais ce qui m’intéresse c’est les gombo ! Comment on dit gombo en shimaoré ou en kibushi. J’espère que c’est ki-ngombo comme en kikongo !

Pour terminer voici ce qui se dit sur les mots d’origines kikongo dans le lexique kreyol de Gwada et Madinina.

QUELQUES MOTS KREYOL D’ORIGINE KIKONGO EN MARTINIQUE :

Djembo : ça ressemble au Genbo guadeloupéen, qui veut dire chauve-souris (d’où la fameuse chanson de Carnaval : « Genbo la (pilipipip !) an zafè ay’  » .
Matoutou : nom du plat de crabes dégusté à Pâques (préparé au colombo, sorte de curry, vive « la créolité » ), donc j’imagine que ça désigne l’animal utilisé dans ledit plat ; – Matoutou-falèz désigne une mygale . « en Fongbè, atoutou = mets à base de crabes mélangés à de la farine de maïs ». En Kikongo matoutou = « souris »
Mabouya : désigne une espèce de lézard albinos, jaune, avec des yeux rouges, réputé sortir la nuit et se coller sur toi s’il te saute dessus ; par extension, a désigné dans une certaine chanson de kompa haïtien la femme qui danse en remuant beaucoup son bonda et en se collant au danseur (« Fanm’ ka dansé kon Mabouya ! » )
Gonbo : légume vert fort apprécié en Afrique, et également ici ..
Makandja : c’est une variété de grosse banane dessert .
– Banboula = « sanblé éti moun ka dansé épi tanbou bèlè » : assemblée de personnes, en vue de danser (et chanter) le bèlè. En Kikongo = « festin ».

– Ababa : un sourd muet, un imbécile. En Kikongo, BABA signifie sourd muet.

– Agoulou : quelqu’un qui mange comme un cochon. En Kikongo NGULU veut dire un porc et aussi une personne qui mange comme un porc.

– Kaya : feuille de cannabis. En Kikongo MAKAYA veut dire des feuilles.

– Malanga : un légume comestible appelé aussi CHOU CARAIBE. En Kikongo MALANGA, des tuberculoses comestibles.

– Moun : une personne. En Kikongo MUNTU veut dire une personne (pluriel donne BANTU).

Zonbi : Etre surnaturel maléfique. En Kikongo NZAMBI, nom sacré de DIEU.

QUELQUES MOTS D’ORIGINE KIKONGO DANS LA LANGUE KREYOL DE GWADA (GUADELOUPE) :

 – Awa : non

Tak-tak : Espèce de poisson. En Kikongo NTAKATAKA un poisson.

Po : Bruit de chute. En Kikongo POO  bruit de chute.

Ki : Lequel. En Kikongo NKI veut dire QUEL, LEQUEL ?

Ba : Pour, donner. En Kikongo BA, pour, donner.

Kongoliyo : Myriapode, mille-pattes. En Kikongo, NKONGOLO, myriapode.

Gyenbo/Genbo : Chauve-souris. En Kikongo NGEMBO , roussette, une sorte de chauve-souris.

Gonbo : Un légume vert. En Kikongo NGOMBO, est aussi un légume vert.

Dendé : Noix de palmier. En Kikongo NDENDE, huile de palme.

Malanga : Espèce d’igname. En Kikongo MALANGA, igname.

Bonda : Derrière, fesse. En Kikongo MBUNDA, derrière, anus.

Foufoun : Organe sexuel féminin. En Kikongo FUNI/FUNU, organe sexuel féminin.

Kokot : Vagin, clitoris. En Kikongo KOKODI, clitoris.

Bobo : Plaie. En Kikongo BOOBO, plaie.

Lota : Mycose. En Kikongo LOOTA, mycose, maladie de la peau.

 sont des passerelles entre kreyol gwada ou madinina et kikongo.