Esclavage, vice-championne du carnaval de Rio 2018

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Il y a de cela presque 130 ans le 13 mai 1888 la loi Aurea était promulguée au Brésil par la princesse régente Isabel. Elle avait été précédée en 1871 par la loi du ventre libre qui déclarait libres les enfants nés d’esclaves. Avec cette loi l’esclavage était aboli. Le G.R.E.S Paraiso do Tuiuti,  originaire de la favela du même nom dans le quartier de São Cristovão, vice-championne du carnaval 2018, a enchanté les tribunes au moment du défilé des écoles de samba sur l’avenue Marques de Sapucai avec cette question qui taraude encore de nombreux Brésiliens de toutes couleurs. Quelle que soit la teinte de l’arc-en-ciel qui nous caractérise la question posée est : »Mon dieu, Mon dieu, l’esclavage est-il aboli? »

L’esclavage était donc le thème du défilé  avec cette question Meu Deus, meu Deus Esta extinta a escravidão ? L’esclavage est-il éteint ? Le seul fait de se poser la question en 2018 interroge au Brésil comme elle interroge dans de nombreux pays à travers le monde des Etats-Unis aux Antilles. Si on se pose la question c’est qu’elle n’est pas résolue ! Par ailleurs une nouveauté : une femme Grazzi Brasil chantant le thème d’ouverture.

Les compositeurs Claudio Russo, Moacyr Luz, Dona Zezé, Jurandir et Aníbal, ont fait une nouvelle narration de l’histoire de l’esclavage au Brésil à travers leurs 29 ailes (asas) montrant l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes aussi bien dans le champ rural que dans le domaine urbain, dans les quilombos et senzalas d’aujourd’hui, les favelas, désormais appelées pieusement de communautés (comunidades) où règnent tous les trafics (rogues, sexe, armes) et l’insécurité à tel point que juste après le carnaval les troupes militaires fédérales sont intervenues et ont assumé le pouvoir de police à Rio de Janeiro. Un défilé à forte connotation politique donc puisque les réformes engagées par le président Temer sont caractérisées comme un recul, un retour en arrière vers  des pratiques anciennes  datant de la Colonie et de l’Empire où la préservation du système esclavagiste et la surexploitation du travail était la principale caractéristique des élites économiques. Récemment les lois rétrogrades gouvernant le travail ont été promulguées et les conditions pour dénoncer un travail esclave renforcées donnant naissance à ce qu’on peut appeler un esclavage social.

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Bien que beaucoup d’historiens expliquent que la corruption est un des piliers du brésil d’autres comme Luiz Felipe de Alencastro  (voir son ouvrage Trato dos viventes) affirment que l’esclavage est le pilier de la formation historique brésilienne car l’empire portugais d’outre mer n’a pu se former que par et grâce à la traite négrière et la construction de réseaux commerciaux dans l’Atlantique Sud.

Que disent les paroles :

Não sou escravo de nenhum senhor
Meu Paraíso é meu bastião
Meu Tuiuti o quilombo da favela
É sentinela da libertação

Irmão de olho claro ou da Guiné
Qual será o seu valor? Pobre artigo de mercado
Senhor eu não tenho a sua fé, e nem tenho a sua cor
Tenho sangue avermelhado
O mesmo que escorre da ferida
Mostra que a vida se lamenta por nós dois
Mas falta em seu peito um coração
Ao me dar a escravidão e um prato de feijão com arroz

Eu fui mandinga, cambinda, haussá
Fui um rei egbá preso na corrente
Sofri nos braços de um capataz
Morri nos canaviais onde se plantava gente

Ê calunga! Ê ê calunga!
Preto Velho me contou, Preto Velho me contou
Onde mora a senhora liberdade
Não tem ferro, nem feitor

Amparo do rosário ao negro Benedito
Um grito feito pele de tambor
Deu no noticiário, com lágrimas escrito
Um rito, uma luta, um homem de cor

E assim, quando a lei foi assinada
Uma lua atordoada assistiu fogos no céu
Áurea feito o ouro da bandeira
Fui rezar na cachoeira contra bondade cruel

Meu Deus! Meu Deus!
Se eu chorar não leve a mal
Pela luz do candeeiro
Liberte o cativeiro social

 

 

Moi j’aurais une lecture un peu différente et à l’esclavage social j’ajouterais l’esclavage religieux. D’ailleurs dans le titre on voit bien les références religieuses de toutes origines : Meu Deus, meu Deus , Fui rezar na cachoeira, Amparo o rosario ao negro Benedito, preto velho, não tenho a sua fé, irmão, meu paraiso é meu bastião. Nao sou escravo de nenhum senhor pourrait sembler équivoque. En voulant signifier qu’on n’est esclave d’aucun maître d’aucun seigneur on n’épouse pas les idées anarchistes « ni dieu ni maître » et on accepte justement les théories religieuses qui ont justifié pendant des siècles l’esclavage. En d’autres mots l’esclavage continue parce que entre autres choses le joug des dieux reste permanent sur l’âme des damnés ! Et ce joug-la, cette exploitation de l’homme par les dieux et leurs représentants auto-proclamés sur terre, qu’ils soient rois, princes ou présidents, on n’en verra pas e sitôt la fin ! La libération de cette captivité n’est pas une question de larmes mais une question d’action, de révoltes. Les carnavals sont télévisés mais comme disait Gil Scott Heron : the revolution will not be televised

 

 

My bucket list ou les 65 items que je souhaite réaliser dans les quelques années (mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes) qu’il me reste à vivre

Never too late ! Ce soir c’est MARDI-GRAS et je me déguise  à six mois de la retraite en Carter Chambers. Et je publie moi aussi ma bucket list. Comme dans le film éponyme starring Jack Nicholson et Morgan Freeman, The Bucket List (Sans plus attendre, en vf). C’est la mode des to-do lists before you die, before you kick the bucket. Bucket veut dire seau. Et seau me fait penser à Champagne et à eau et à sable. Kick the bucket veut dire casser sa pipe. Bon je m’égare… Disons que je suis Carter Chambers dans le film et que je suis a terminally ill man. MÊME SI JE N’AI NI JET PRIVE NI EDWARD COLE POUR FINANCER mes rêves et expectatives, MEME SI JE NE SUIS PAS MÉCANICIEN AUTO ET QUE JE NE RÊVE PAS DEVENIR PROF D’HISTOIRE voici mes 65 ITEMS, mes énormes grains de sable que je souhaite réaliser sans plus attendre dans les quelques cyclones qu’il me reste à vivre. Ce n’est pas comme une liste de courses, ce sont des projets, des envies, des lubies, des tentatives de vaincre des peurs bien enracinées souvent qui peut être ne se matérialiseront jamais mais qui sont ces petits riens, ces petits rêves à priori impossibles qui soutiennent telles des pierres de corail le lagon de mon quotidien. I WISH I COULD CROSS A FEW OF THOSE ITEMS.

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1. Passer Mardi-Gras à Port of Spain

2. Passer un dimanche et lundi de carnaval sur le sambodrome de Rio et assister au défilé des écoles de samba

3. Danser la salsa à La Havane en octobre

4. Faire le tour de la Guadeloupe en bateau

5. Visiter les Baltimore d’ Antigua

6. Visiter les Baltimore des Îles Vierges

7. Participer à une chorale jazz

8. Manger dans un restaurant d’un chef étoilé caribéen

9. Visiter le Mato Grosso brésilien

10. Passer une année à Basse-Terre en Guadeloupe

11. Traduire en créole ou en français Omeros de Derek Walcott

12. Visiter Sainte-Lucie

13. Visiter les Terres Sainville en Martinique

14. Retrouver quelques chaînons manquants dans mon arbre généalogique

15. Prendre des cours d’aquagym

16. Faire de la plongée sous – marine

17. Préparer une feijoada de fruits de mer avec lambi, langouste, poulpe (chatrou), crabe, encornets, palourdes, riz noir et pois d’angole

18. Préparer un callaloo avec feuilles de dachine, gombo, lambi, langouste, poulpe (chatrou). crabe, encornets, palourdes et dombrés.

19. Participer à une école de samba brésilienne

20. Parler créole comme je parle portugais

21. Vivre dans une cabane perchée dans un manguier

22. Construire une maison en bois en conservant et épousant les structures d’un flamboyant

23. Publier mon recueil de poèmes Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

24. Publier mon roman Archipel des Reliques

25. Voir les neiges du Kilimanjaro

26. Passer un anniversaire quelque part au Mexique le jour de la fête des Morts

27. Avoir le permis bateau

28. Voir parfaitement sans lunettes

29. Visiter le Mozambique

30. Visiter le Burkina- Faso

31. Avoir 1000 articles dans mon blog

32. Rencontrer un chaman  en Papouasie-Nouvelle-Guinée

33. Vivre jusqu’à pas d’âge en bonne santé

34. Déguster un café de quimbombo en Équateur

35. Faire de l’aquarelle

36. Faire de la planche à voile

37. Ouvrir un restaurant pescétarien

38. Devenir 100 pour cent pescétarien

39. Avoir un potager du type jardin créole

40. Manger de la tortue

41. M’investir dans une association

42. Adopter un enfant

43. Faire une expérience de woofing

44. Avoir une Vespa

45. Faire du planeur

46. LAUGH UNTIL I CRY

47. SKYDIVING

48. SEE THE PYRAMIDS

49. Apprendre à réparer une voiture

50. Go on a safari and HUNT THE BIG FIVE

51. Get a tattoo

52. Visit the Taj Mahal

53. FIND THE JOY IN MY LIFE

54. Assister à un match de foot au Maracana

55. Faire du théâtre

56. Participer à un groupe de danse folklorique (quadrille)

57. Chanter dans un groupe de jazz

58. Jouer de la bossa nova à la guitare

59. Passer mes vacances  sur une plage dans un camp  naturiste

60. Apporter de la joie et de l’amour à : my significant other, siblings, kids and friends

61. Faire du jet-ski

62. Faire du ski

63. Jouer au bridge

64. Faire un vlog

65. Lire un livre par semaine

 

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Comme le dit la chanson je dis avec Charlie Winston : Kick the Bucket

If you say this is pop, to be singing to a tune with a rhythm like this, would it be so unpopular for a singer like me to be bringing up the fact that we’re all gonna go ? Some people swear, they say they know where.
For me it’s a mystery. But which ever way you see it
you have to admit it and live it and live it !

We all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! The end !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Blew up my TV. It’ was numbing my brain to be thinking the same as million other people all feeling afraid of the same thing.
But there’s is nothing to lose, cause we’re all on a bike and we’re cycling through, getting off on our injuries – but you gotta get back on it and live it and live it to love it and live and love life.

Cause we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

This is not a sad song !
I don’t bring it up to get you down,
It’s a celebration of all the red cells
going round and round in your body !

I don’t mean to preach or to sound lilke a teacher. No ! I only wanna cut the crap and , looking back, everybody’s had to face the facts.

That we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Dimanche-Gras : Bacchanal Sunday entre cannes brûlées et jouvert

Je suis comme  Charles Aznavour, une fois n’est pas coutume:  je hais les dimanches.

Mais il y a un dimanche par an que j’attends toute l’année c’est le dimanche-gras ! Time has come today : aujourd’hui dimanche 11 février, Bacchanal Sunday, seront nommés le roi et la reine du carnaval de Trinidad, le plus chaud des Caraïbes !

37 hommes et 31 femmes se sont affrontées à l’étape préliminaire une semaine avant mardi gras ! A l’issue de ces éliminatoires seuls 10 aspirants à roi et reine ont été retenus. Ted Eustace du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers, vainqueur pour la seconde fois l’année dernière  avec sa personnification de Crypto, seigneur de la Galaxie pour laquelle il a remporté la coquette  somme de 180000 dollars sonnants et trébuchants, se classe en huitième position à l’issue des éliminatoires ! Triplera-t-il avec Banditos la mise aux dépens de  Curtis Eustace, son frère, arrivé second l’année dernière et sa représentation de Kamatachi, le papillon démon chinois, arrivé cette fois-ci premier aux éliminatoires, Marlon Rampersad et sa Touche de Midas arrivé second ou encore Raymond Mark et son Pluton, Roi du Sous-Monde arrivé troisième?

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Et du coté des reines putatives Gloria Dallsingh, du groupe carnavalesque de San Fernando Call of Duty élue en 2016 pour sa composition d’Artémise, la reine guerrière, arrivée cette fois-ci troisième aux éliminatoires,  saura-t-elle renouer  avec la couronne avec son nouveau costume Joyau de l’océan ? Il faudra pour cela faire trébucher des concurrentes comme Savitri Holassie et sa Salicia , Reine des Mers , classée première, ou encore Krystal Thomas du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers et sa Chasseresse de Têtes, arrivée en seconde position à l’issue des éliminatoires mais actuelle reine puisque couronnée en 2017 pour sa personification de Nebula. Que la meilleure gagne  !

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Et je jure par avance allégeance jusqu’à mercredi des Cendres à quels que soient celui et celle qui seront choisis en grande pompe ce soir à partir de 19 heures au Queen’s Park Savannah, Port-of-Spain    pour personnifier le couple royal de la débauche !

Il y a certes la crise économique qui a été la cause de réductions significatives ans les investissements des sponsors publics comme privés mais malgré tout la fête sera belle ! il y a certes le carnaval de Rio, celui de Salvador, celui de Recife parmi les plus grands au Brésil mais celui de Trinidad brille lui aussi de tous ses feux à faire pâlir d’envie ceux de Jamaïque, Ste Lucie, Grenade, Guadeloupe, Martinique, Saint-Kitts, Saint-Vincent, Sainte-Croix, Antigua. Cette année je me contenterai de sauter-mater à distance. L’année prochaine c’est promis je fêterai le carnaval, I’ll play mas, I’ll whine and grind et le mercredi des cendres je mangerai du bake and shark sur la plage !

Avant tout le déferlement actuel de carnaval actuel de Trinidad il y avait jusqu’en 1948 il y a presque une éternité, un seul jour de fête, dimanche-gras. Le jour du mas, le jour de la mascarade. et bien avant encore il y avait le canboulay, mais là on se retrouve au 18eme siècle.

Entre 1783 et 1836, année de l’abolition de l’esclavage à Trinidad, le carnaval est réservé  à l’élite blanche internationale (française et anglaise) et aux travailleurs sous contrats. Les métis et autres gens de couleurs et les noirs gens  étaient  exclus de ces célébrations. L’élite blanche européenne  se déguisait en neg jardin  (ceux qui cultivaient la terre, brûlaient les champs de cannes) ou en mûlatresses et faisaient la procession des cannes brûlées.. Trinidad qui avait été sous domination espagnole  de 1496 à 1797 se retrouvait sous domination anglaise à partir de 1897 (même si ce n’est qu’en 1802 que la Grande Bretagne qui occupait l’île depuis 1797 en devint la puissance coloniale effective) .

L’élite dominante était française (issue de Guadeloupe, Martinique, Grenade, Saint-Vincent, Dominique et Saint-Domingue) suite aux cedula de poblacion de la couronne espagnole de 1776 et 1781 qui autorisait aux français catholiques de venir s’installer sur Trinidad en leur offrant des terres cultivables et un dégrèvement d’impôts sur 10 ans avec la possibilité d’amener avec eux leurs esclaves, leur capital et leur know-how esclavagiste. Les  libres de couleur se précipitèrent aussi et constituèrent  la majorité des propriétaires terriens. Apres l’abolition, pendant 10 ans on nomma canboulay ces fêtes qui eurent lieu le 1er août, jour de l’abolition et qui furent alors récupérées par la population servile désormais libre. Puis à partir de 1846 les réjouissances furent déplacées avant le Carême (Lent en anglais)

Avec le canboulay fut introduit le kalinda (lutte au bâton). Muni de son bois chaque combattant africain affrontait dans un cercle un autre d’une autre communauté et chaque groupe avait sa chantuelle, une sorte de griot, qui accompagnée d’un groupe de femmes chantaient pour galvaniser leur champion et intimider de ses aiguillons vocaux l’adversaire. Ainsi naquit le groupe carnavalesque

Puis on se retrouvait sous des tentes kaiso pour chanter tous ensemble des kaiso (mêlant irrevérence, insinuation sexuelle, jeux de mots à double sens, satire politique et sociale) toujours sous la houlette de la chantuelle, accompagnés d’instruments de musique divers préfigurant ainsi  la musique qui allait plus tard devenir  calypso et plus tard encore la  soca. Les pouvoirs locaux français ou anglais commencèrent à dénigrer le canboulay qu’ils rebaptisèrent jamette, (du français diamètre) refuge selon eux du sous-monde de marginaux, prostituées, voleurs, etc

Les pisse-en-lit étaient des hommes déguisés en femmes, lubriques

En 1846 on interdit masques et mascarades. En 1880 toutes formes de percussion africaines sont interdites. Malgré tout cet arsenal juridique du gouvernement colonial le canboulay continuait à prospérer à Port of Spain jusqu’aux émeutes du 28 février 1881 qui occasionna la mort de 4 policiers et d’un descendant d’africain. Malgré l’autorisation du gouverneur qui jura de ne plus s’immiscer dans les affaires de la mascarade celle-ci fut annulée en 1884 et remplacée par quelque chose de plus respectable le lundi gras qu’on nomma j’ouvert (du français jour ouvert). Ce jouvert continue vivant de nos jours officiellement à  partir de 4 heures du matin de la nuit du dimanche au lundi et ceci jusqu’à pas d’heure. On saute-mate barbouillé de boue, glaise, peinture, graisse, chocolat, au choix et fortement imbibé de vapeurs d’alcool. On porte queues de diables et tridents ! il fut un temps où on se barbouillait de goudron. Le canboulay (fêté lui chaque vendredi de carnaval) comme le jouvert symbolisent la force et la résilience de la communauté noire à Trinidad.

 

A MUSÉE VOUS A MUSÉE MOI

Quand les tableaux se mettent à parler.

Ici un tableau de Grant Wood (1891-1942) intitulé American gothic (1930). Il s’agit d’une huile sur aggloméré  représentant un père et sa fille, tous deux paysans,  figés pour l’éternité devant une fourche.

J’aime tout particulièrement ce tableau de Norman Rockwell (1894-1978), une huile sur toile de 1963 intitulée The problem we all live with. Le tableau de 91,5 cm sur 147,3 cm met en scène la première petite fille autorisée à intégrer une école blanche dans l’Amérique ségrégationniste. Elle s’appelait Ruby Bridges. Elle est ici interprétée par Naomi N’Zede. L’épisode est intitulé Temps mort. Un moment où l’enfant s’explique avec les agents fédéraux qui l’escortent et qui se plaignent de n’apparaître sur l’image qu’à hauteur des épaules. Ils souffrent de leur anonymat alors qu’elle est passée à la postérité.

Ruby Briges est née le 8 septembre 1954, elle est donc environ deux ans plus jeune que moi. Elle est née par contre à Tylertown , Mississippi en pleine ségrégation raciale. Avant d’aller un peu plus loin un bref survol historique.

1865 : abolition de l’esclavage le 18 décembre (13eme amendement de la constitution). A la fin de la guerre de Secession (1861-1865) création au sud des Etats-Unis du Klu klux klan, défenseurs de la suprématie blanche.

1868: vote du 14ème amendement qui  accorde la citoyenneté aux Afro-Américains

1876 : les lois Jim Crow sont votées dans les Etats du Sud. ségrégation raciale dans les transports, les restaurants, les hôpitaux, les lieux de loisirs (billards, bars, dancings, etc) les prisons, les écoles. Interdiction de cohabitation entre une personne blanche et une personne noire ou entre une personne blanche et une personne d’ascendance noire à la quatrième génération. Interdiction de mariage.

1870 : quinzième amendement qui accorde le droit e vote à tous les citoyens quelle que soit la couleur de leur peau

1896 :  Noirs et blancs sont séparés mais égaux c’est la ségrégation raciale, l’apartheid.

1939 : Billie Holiday chante Strange Fruit qui évoque les lynchages et les pendaisons dont sont victimes les Afro-américains

1954, année de naissance de Ruby: la ségrégation raciale à l’école est déclarée anticonstitutionnelle dans les école publiques.

1955 : Rosa Parks refuse de céder sa place dans un bus

1960: Le Président Eisenhower (1890-1969) fait voter une loi obligeant les écoles blanches à intégrer les enfants noirs à l’école. Six enfants furent choisis par l’intermédiaire du NAACP après un processus de sélection pour tester le dispositif ‘intégration et vérifier sa viabilité mais ce fut elle qui capta les feux des projecteurs le 14 novembre 1960 en Louisiane où elle intégra l’école primaire publique William Frantz Elementary escortée par quatre  US Marshall portant brassards jaunes dans une ambiance de haine où des comptines comme 2, 4, 6, 8, we don’t want to integrate étaient prononcés. Norman Rockwell sur son tableau fait apparaître sur les murs les mots nigger, KKK pour Klu Klux Klan, on voit apparaître une tomate qui vient de s’écraser sur un mur.

Cela se passait aux Etats-Unis en 1960, il y a à peine 58 ans et j’étais vivant alors, j’avais huit ans ! La petite Ruby en avait tout juste 6. L’école obligée d’intégrée la petite fille vit la classe où elle était inscrite se vider pendant un an  de ses élèves blancs et la plupart des professeurs refusèrent de prendre en charge cette enfant. Seule  l’enseignante blanche Barbara Henry se chargea pendant un an dans une classe vide de l’éducation de cette enfant. Puis son contrat ne fut pas renouvelé par les autorités locales . Et elle retourna dans son Boston natal.

1964: La Cour Suprême abolit les lois Jim Crow.

1967: la Cour Suprême juge anticonstitutionnelle les lois interdisant les mariages mixtes

Ruby est actuellement activiste des droits civils après avoir travaillé dans le tourisme à la fin de ses études.

En 1995 Robert Coles qui avait suivie en tant que psychologue scolaire la petite Ruby publie un livre pour enfants intitulé The story of Ruby Bridges

En 1998 un film est tiré par les studios Disney de la vie de cette élève : Ruby Bridges, the movie

Soy salsero loco si señor

Il y a quelque chose qui m’intrigue dans mon parcours. J’adore la salsa et pourtant à part mes années à New York entre 1973 et 1975 et un passage d’une journée en excursion à Puerto Rico il y a plus de 55 ans je n’ai jamais mis les pieds sur une terre de salsa. Ni Cuba, ni La Republica Dominicana, ni Colombia ni ni ni ni ! Etrange pour quelqu’un qui se clame salsero haut et fort !

C’est mon père qui m’a inculqué le virus ! Je sais qu’il avait les disques et qu’il dansait le merengué, le cha cha cha tandis que ma mère  c’était plutôt les boleros et les biguines. Un héritage caribéen tout à fait singulier.

D’un côté le bolero Amor, amor amor de Julito Rodriguez ou El reloj de Los Tres Caballeros , Mienteme de Los Ruffino

Je ne me souviens pas tout ce que j’entendais en Guaeloupe mais je me souviens en métropole de Luis Kalaff,

le cardinal et le gombo

Il y a à Mayotte une aquarelliste ! Elle s’appelle Christine Louzé et j’aimerais bien la connaître. Non pas parce que moi aussi j’ai commencé l’aquarelle et que je voudrais sinon des cours du moins quelques conseils pour m’améliorer mais parce qu’elle m’a intrigué par sa collection de timbres. Des timbres qu’elle a réalisés pour […]

Et si on peignait l’Entre-mille-et-une-eaux, hein, au-delà de tout « ordre et beauté, calme, luxe et volupté » ?

Mon espace ce n’est pas L’Entre-Deux-Mondes, ni même L’entre-Trois-Mondes, ce n’est pas le Meilleur des Mondes, c’est le Tout-Monde, c’est L’Entre-Mille-Et-Une-Eaux, definitely , ce n’est ni l’In-Between ni l’Antdézo ! C’est un espace d’immersion, un espace d’aquarelles  entre Caraïbe, Europe, Afrique, Asie  et Amérique et Océanie. Mon territoire est celui des tortues luth ! Il recouvre les terres émergées et immergées et sa capitale se trouve dans le triangle des Bermudes ! On est dans cet espace-là tout sauf une mer uniforme, un ciel bleu limpide, un doux alizé. On a toujours en soi mille et un alizés, mille et une vagues et chacun choisit à chaque seconde de se laisser porter par tel vent déferlant plutôt que telle vague porteuse !

Les Entre-Mille-Et-Une-Eaux sont belles. « Ordre et beauté, luxe, calme et volupté ! » Tous le disent. Qui suis-je pour oser proférer le contraire !? Et l’ordre diffus de la lumière, la beauté virevoltante du cyclone, le luxe plastique de la mer, le calme dévorant des corps, la volupté aride de l’horizon  ont toujours attiré les artistes. Les corps, la lumière, la mer, le vent, l’horizon obligent ! Les peintres de l’Entre-Mille-Et-Une-Eaux  sont des peintres de pleine mer, des tortues luth qui dansent le calypso ! D’où qu’ils soient, vient le jour de leur épiphanie et l’instinct de survie se précipite lentement pour que  pinceaux et  pigments trouvent comment accorder leur vol aquatique dans une palette toujours syncopée au rythme de la mer d’huile.

Mais qui sont donc ces hardis navigateurs de l’Entre-Mille-Et-Une-Eaux !? Il semble illusoire de les classer par nationalité, par genre, par nombre d’enfants, par la côte de leurs oeuvres. je les classerai donc simplement de la manière la plus bête qui soit : par ordre alphabétique de leurs prénoms. Pour simplifier je dirai qu’est marqué à jamais e la marque d’eau de l’Entre-Mille-Eaux quelqu’un qui a consacré au moins 50 tableaux  à la cause de notre patrie. Et s’il n’en a que 40 va-t-on lui jeter l’opprobre et ne pas l’accepter dans la grande famille mille et une ! J’aime ratisser large, je veux dans cette famille tous les lits, les mille et un lits, des avant-lits aux arrière-lits en passant par les entre-lits, les dessous-de-lits et les dessus-de-lits. On n’a pas besoin d’avoir une généalogie sanguine mille et une pour être mille et un même si cela peut aider bien sûr mais il faut pour tout le moins qu’on ait la volonté de tracer sa route  dans plusieurs sous-continents aquatiques et venteux. Avoir des gènes de tortues luth voyageuse, voilà le nécessaire et suffisant  pour pouvoir être mille et un. On peut tout en étant mille et un s’intéresser à la neige qui fond dans la brousse, aux loups qui plongent pour capturer des oursins ou des éponges. On n’en est pas moins mille et un. Etre mille et un c’est un état d’esprit. Une prise en compte du corps et de la lumière, une maîtrise feinte du vent et de l’eau qui, les aquarellistes le savent bien, n’en fera jamais qu’à sa tête. Contre l’eau ou le vent qui déferle on ne peut pas grand-chose. L’aquarelliste, le peintre à l’huile mille et un doit avoir cette première donnée chevillée à sa palette.

Voici donc quelques-uns parmi tant d’autres de mes mille-et-uns préférés :

Agostino Brunias (1730-1796) était un peintre et graveur italien, né à Rome,  basé à Londres qui débarqua un jour à la Dominique sur le coup de ses quarante ans, au faîte de sa carrière en 1770 et  cette île ainsi que  les îles avoisinantes (Sainte-Lucie, Grenade, Barbade, Saint-Vincent, Saint-Kitts) devinrent comme son terrain, sa matière première pour peindre dans la tradition de la vérité historique. art d’échappatoire et de romance. il fixa dans la toile l’image des afro-descendants. on dit qu’il appréciait particulièrement les tonalités différentes des peaux noires. Il adorait cette diversité qu’il sensualise à un tel point que tout paraît parfait, comme suspendu dans un no man’s land entre deux parenthèses du temps. Toussaint Louverture fit faire 18 boutons où étaient reproduites  certaines de ses gravures, tant il les appréciait. Il aimait la vie, Agostino, les gens et moins les paysages. Dans ses tableaux, dans ses gravures, on lave, on se bat, et quoi qu’on fasse c’est l’élégance dans la pose. iI peint la colonisation prospère, riche et tranquille. ordre et beauté, vous dis-je, luxe, calme et volupté. C’est un chroniqueur de l’époque avec un regard de l’époque. On peut y suivre la mode de l’époque selon les classes sociales. Il aimait Gauguin et sa vision primitive des relations humaines. En Italie il peignit des chefs d’oeuvres en péril, de vieilles pierres. Il trouva aux Caraïbes une matière première bien plus malléable. Il meurt à Roseau en 1796 après un retour en Angleterre en 1773. En 1774 on note sur les registres de naissance deux enfants jumeaux Edward et Augustin nés le 1 octobre 1774 de  Louis Brunias et une mulâtresse libre. Agostino et Louis ne faisaient-ils qu’un ?

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Albert Huie (1920-2010) Jamaïque. influencé par le rastafarianisme, l’éthiopisme te le garveyisme

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Alexandre Bertrand (1918-1995) Martinique, France, Canada (1ere épouse roumaine Anca Ionescu)

 

Alice Deenen

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Aubrey Williams (1926)  Georgetown, Guyana. A travaillé avec les indigènes Warrau. sa peinture ressent les influences Olmec, Warrau, Maya

Barrington Watson (1931-2016) Jamaïque

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Boscoe Holder (1921-2007) Trinidad – Londres (1950-1970) – danseur, chorégraphe, pianiste, peintre

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Camille Pissarro (1830-1903) St Thomas

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Catherine Théodose (1946)- France, Martinique

Chris Ofili (1968) anglais, Prix Turner en 1998. Depuis 2005 habite et travaille à Port of Spain, Trinidad avec des voyages à Brooklyn NY  et Londres

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Christopher Cozier (1959) Jamaïque

Colin Garland (1935-2007) Australie. Londres. Arrive en Jamaïque en 1962

Derek Walcott (1930-2017),

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Dunstan St Omer (1927-2015) Né à Sainte-Lucie. Religieux . Ami de Walcott. Catholique. Part en 1946 à Curacao. Retour à St lucie en 1949. Passe un an à Puerto Rico entre 1961-1962. Peintre religieux qui prie avant de peindre. Le peintre des Madones ! Obsession de la Vierge Marie. Pas très loin de sa signature sur toutes ses oeuvres il y a la mention PLSV « pour la Sainte Vierge ».

 

Elisabeth Colomba () France, Martinique

Esther Griffith, Trinidad

Frank Bowling (1936), Guyana

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Gesner Armand (1936-2008) Haiti, Mexico, France

Hector Hyppolite (1894-1948) Haiti

Heleen Cornet, Hollande, Saba

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Henri Guédon (1944-2006) Martinique

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Ibrahim Miranda (1969) Cuba

 

Isaac Mendes Belisario (1795-1849) Cuba

Jean-Marc Andrieu (Martinique)

Jennifer Lewis aka Pepperstorm (1966-2012)- UK, Saint-Vincent, Gambie, Senegal

John Dunkley, 1891-1947 Jamaïque. marin, barbier et peintre. errance au Panama. 1926 retour à la Jamaïque

Jorge Severino (1935) , République Dominicaine

José Bedia (1959) Cuba

Kate Spencer  – Saint Kitts & Nevis, UK,  Florence (Italie)

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Llewellyn Xavier Sainte-Lucie

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Michel-Jean Cazabon (1813-1888) libre de couleur trinidadien, d’ascendance française et martiniquaise. Il ne parlent dans sa famille que français et patois puisque récents émigrés de Martinique. A 15 ans il part étudier à Ware en Angleterre à St Edmunds College où il se familiarise entre autres choses à Turner  et Constable. Il revient à Trinidad à l’âge de 19 ans. En 1837 il part à Paris pour étudier la peinture  aux Beaux Arts sous la direction de Paul Delaroche. Ce ne fut sans doute pas le dernier des bohémiens ! Rattaché à l’école de Barbizon avec Théodore Rousseau, Jean-François Millet, Jules Dupré, Camille Corot, il revient tout auréolé de gloire en 1840 à la Trinidad. Puis c’est l’Italie en 1841-1842. Il se marie à une française Louise Rosalie Trolard avec qui il a trois enfants. Il revient à Trinidad à la mort de sa mère en 1848. Pendant 4 ans il vit séparé de sa femme qui vit en France jusqu’à la naissance de leur dernier enfant en 1852 où elle le rejoint à Port-of-Spain. Il voyage partout dans les Caraïbes et jusqu’en Amérique du Sud,  Grenade, Martinique, Demerara. il les peint tous ! il aime la grande vie, le champagne. En 1862 ils bougent pour la Martinique.   De 1862 à 1870 il vivent  à Saint-Pierre, « le Paris des Antilles » en Martinique. Sa femme meurt en 1885. Il la suit 3 ans après.

 

Paul Gauguin  (1848-1903) France, Pérou, Danemark, Martinique (juin à octobre 1887) – Polynésie – Panama (île Taboga)

Peter Doig (1959) !’écossais , Trinidad, Canada

Pétion Savain (1906-1973), l’haïtien, USA

 

Rafael Ferrer (1933) le porto-ricain part en Virginie aux Etats-Unis dans une école militaire où il étudie la musique, puis retourne à Puerto-Rico  en 1953.
En 1954 il est à Paris et rencontre Breton et Wifredo Lam. En 1955 il déménage à NYC et devient musicien. Il expose ses premières toiles en 1966 à Philadelphie. A partir des années 80 il retravaille la vision tropicale. Pendant 20 ans il va et vient entre les Etats-Unis et la République Dominicaine

Ramon Unzueta (1962-2012) Cuba, Espagne

Sally Stryker – USA, Saint-Barthélémy

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Sheldon Saint (1971) Bahamas

Stacey Byer – Grenade

Wendy Collins (1949) , USA, Saint-Eustache, Sint-Marteen, Saba

 

Wifredo Lam (1902-1982) le cubain, peintre « tropical mais d’où ? » débarque en Espagne à 20 ans. il y restera 15 ans. C’est la quintessence de l’artiste voyageur. A moitié noir, à moitié asiatique, chinois, africain, cubain, espagnol, la santeria, le catholicisme. Sa première femme, une suédoise  Eva et son fils meurent assez vite de tuberculose en 1931. Après la victoire du régime franquiste suite à la guerre civile il part pour Paris. Il y rencontre  en 1938 Picasso et Michel Leiris et à travers eux Braque, Breton, Lévi-Strauss. Il épouse aussi Helena  Holzer dont il divorcera en 1951. 1941 il rencontre Césaire en Martinique lors d’une escale et rentre à Cuba  après 18 ans d’absence. Il rentre ensuite en France où il rencontre une artiste suédoise Lou Saurin qu’il épouse en 1960 à New York. il a aussi beaucoup travaillé la céramique à Albissola en Italie

Le Réveil (1935 La Ventana 1938 Campesino 1926 Fata Morgana 1941 La jungle 1943 (embleme de la culture cubaine) 1944 Le Présent éternel 1944 – un autel pour Yemaya 1944  – Les noces 1947 – Bélial empereur des mouches 1848 – La rumeur et la terre 1950 – sans titre (la brousse) 1958 –

Winslow Homer  (1836-1910): peintre en plein air de Prout’s neck (Maine)

 

shark fishing – Hauling in anchor (Key West) – the gulf stream – Rum Cay – The Conch Divers – West Indian divers – Done in the Bahamas – the water fan – sponge-fishing – after the hurricane (Bahamas) – Fishing boats (Key West) – Sponge fishermen – Bahamas 1885 – The sponge diver – Market Scene (Nassau) – Key West : Hauling Anchor

Homer fuyait la froidure américaine et passait ses sports d’hiver  à pêcher et peindre comme par exemple en 1885 (à Cuba et à Nassau) avec son père et son frère, en 1885-1886 (Floride). Puis avec l’âge il oublia la pêche et se consacra uniquement à l’aquarelle. les voyages eurent lieu en 1890 et en 1903 (en Floride), en 1898 à Nassau, en 1899 et en 1901 à Bermuda. il apprit la sensualité des pêcheurs d’éponges, le balancement des cocotiers, les oiseaux tropicaux, l’eau, la lumière. Ce fut une révélation.

il signait Pizarro avec un z qui ne voulait pas dire Zorro mais Walden

 

Jacob Abraham n’était pas pizzaiolo. On ne sait s’il aimait les pizzas comme Tiépolo et Véronèse mais il aimait la lettre z. Enfin dans sa prime jeunesse car dès qu’il s’éloigna de la mer des Caraïbes il l’ensevelit plus vite que s’il avait sombré dans le triangle des Bermudes. Peut-être dans son enfance  avait-il entendu parler de Zorro. Car finalement il est né pas trop loin du Mexique. C’était un caribéen comme vous et moi. Il avait deux demi-soeurs Abigail Delphine Petit (1823-1855) et Emma Petit (qui mourut un peu plus tard en 1868 à Londres), deux demi-frères (Joseph Gabriel Petit et Samuel Eugène Petit 1815-1882) et trois frères Aaron Gustave Pissarro (1833-1853 à Saint-Thomas), Moses Alfred Pissarro (1829-1890) et un troisième Félix Joseph Gabriel Pissarro (1826) dont la trace s’est envolée par les caprices d’un cyclone fatal.

Il était né le 10 juillet 1830  à Charlotte Amalie ! Le 19 Tamuz 5590 ! C’était l’avant -dernier ! Charlotte Amalie, loin de la Terre Adélie ! Charlotte Amalie qui avant 1691 n’était connue que sous l’appellation de Taphus, port où le rhum coulait à flots. Sur l’île de Saint-Thomas qui faisait partie à l’époque des Antilles Danoises (1654-1917) car, eh oui ne l’oublions pas, les Danois participaient eux aussi à la grande et florissante aventure du commerce triangulaire. Ils étaient présents dans la région  à Saint-Thomas. Les Dansk Vestindik comprenaient outre Saint-Thomas (1666), Saint-John et  Saint-Croix aux Caraïbes, vendues aux USA en 1917 mais ce n’était pas tout : le Ghana (à partir de 1661) vendu au Royaume Uni en 1850, l’archipel des îles Nicobar (à partir de 1754 avec une interruption de sept ans d’occupation autrichienne entre 1778 et 1785)  vendues au Royaume-Uni en 1869,  les comptoirs indiens de Tranquebar (ou Tharangambadi)(à partir de 1620), Serampore (à partir de 1675) vendues au Royaume-Uni encore  en 1845 faisaient partie des colonies danoises.

Oui c’était un Caribéen, comme vous et moi, même si le Danemark, la France revendiquent son allégeance. Enfin disons peut-être même plus lui que moi car moi je n’y ai vécu que 9 ans alors que lui y a vécu  de 0 à 12 ans, de 17 à 22 ans et de 24 à 25 ans. Plus de 18 ans quand même, l’air de rien, Et je dirais même 20 ans si j’ajoute les mois passés en République Dominicaine et ceux passés au Vénézuéla. Jacob n’aimait pas son prénom, il lui préféra Camille. C’était un anarchiste polyglotte (français, danois, espagnol, français, Hoch Kreol, Neggerhollands, hébreu sans doute) et probablement selon mes suppositions il n’acceptait pas que son prénom révèle à tout un chacun sa condition d’israélite, héritée de  son père français, juif sépharade d’origine portugaise, dont le père Joseph Gabriel  était un maranne  (faussement converti) qui avait fui le Portugal et la ville de Braganza à cause de l’Inquisition et qui pour cette raison avait préféré s’installer à Bordeaux. Frédéric Abraham Gabriel Pissarro (1802-1865) et Rachel Manzana Pomié (1795-1889) étaient partagés entre deux religions à tel point qu’à la mort du père de Camille son testament partagea une partie de sa fortune entre la religion morave et la religion israélite à parts égales. Camille se revendiquera plus tard athée et libre-penseur, admirateur de Pierre Joseph Proudhon. Lors de l’Affaire Dreyfus, il fut Dreyfusard, occasion à laquelle il s’opposa à des anti-dreyfusards notoires, voire antisémites comme  Degas et Renoir !

Il fréquenta enfant jusqu’à ses onze ans une école évangélique (New Herrnhut, Eglise Morave de Saint-Thomas, la plus ancienne église morave d’Amérique, établie en 1737 à St Thomas) (Moravian Church of Saint-Thomas,) avec des descendants d’esclaves car c’était à sa façon un paria, ses parents ayant enfreint plusieurs tabous stipulés dans le Lévitique, l’un des 4 livres de la Torah ! Selon ce livre, la femme de son oncle maternel, sa tante par alliance, ne pouvait en aucun cas devenir son épouse ! Ils ne pouvaient pas se marier religieusement. La raison banale : sa mère Rachel à la mort de son premier mari de confession juive, Isaac Petit, un français, en 1824 alors qu’elle devait déjà élever les 4 enfants qu’elle avait eus avec Isaac (Joseph, Emma, Delphine et Isaac Petit) ainsi que les trois autres que celui-ci avait eus d’un premier lit avec une de ses soeurs, Esther. Elle avait donc 7 enfants à sa charge. Au lieu de faire appel au frère du défunt qui habitait Bordeaux alors, un certain David Petit, ce fut leur neveu à tous deux Frédéric Pissarro alors âgé de 22 ans qui fut chargé de s’occuper de la succession. L’affaire fut rondement menée puisqu’au bout d’un an Rachel se trouva enceinte des oeuvres de Frédéric Pissarro. On invoqua le rhum, on invoqua le piment, on invoqua la chaleur caraïbe. Mais la graine était semée. Ils voulurent se marier mais se heurtèrent à la loi . Eh bien oui, la communauté israélite de Saint-Thomas qui y jouissait d’une synagogue  qui avait commencé à fonctionner en  1796, Beracha Veshalom Vegmiluth Hasidim, y trouva quelque chose à redire et le mahamade opposa son véto au mariage pour le motif que la loi israélite interdit le mariage d’un homme avec sa tante, fût-elle tante par alliance. Une deuxième raison. La religion juive interdisait qu’un homme puisse se marier avec une femme qui allaitait encore un enfant de moins de deux ans, ce qui était la situation dans laquelle se trouvait Rachel ! Mais le couple ignora l’interdiction et se maria publiquement le 18 novembre 1826. Ce mariage entre neveu et tante par alliance fit tellement jaser que les enfants qui en furent issus ne furent pas autorisés à fréquenter les écoles juives et quoi que le mariage  finisse de guerre lasse à être légitimé en 1833, entre 1825 et 1833 tous les bâtons dans les roues furent mis pour contrarier une vie tranquille et belle sous les tropiques pendant de nombreuses années ce qui fit que Pissarro, qui dans ces premiers tableaux entre 1854 et 1858 signerait un jour Pissarro l’autre Pizarro, nom par lequel il avait été enregistré à sa naissance. Mais à partir de 1859 Pissarro l’emporte définitivement. Et il demandera même aux autorités françaises en 1882 de changer le nom de tous ses enfants  afin qu’ils portent ce nouveau patronyme. Comme une renaissance de paria.

On ne sait vraiment s’il était métis, le beau Camille, puisque sa mère était une créole née à Saint-Thomas d’une mère qui avait fui la révolution de Saint-Domingue en 1791, une Manzana,  et un père  d’origine française Moses Monsanto Pomié. Seules des recherches généalogiques intenses pourraient permettre de savoir l’origine exacte de cette Manzana (cette pomme espagnole qui allait se marier à un Pomié). Mais le fait que la grand-mère de Pissarro n’ait pas une origine juive bien assise et prouvée par acte de naissance dûment enregistré par une synagogue pose question car il faut savoir que la judaïté est matrilinéaire et que si donc il était prouvé que sa grand-mère n’était pas de « sang » juif Pissarro l’artiste ne serait pas juif lui non plus.

Quoi qu’en ait été la raison monsieur, qui finit par devenir peintre alors que ses parents avaient tout fait pour qu’il les épaule dans la quincaillerie, le commerce import export, monsieur commença a peindre des aquarelles, et se mit en tête d’épouser la carrière de la peinture, poussé en cela par le peintre danois Fritz Melbye (1826-1869), qui fut son premier mentor. Il avait certes appris en France  entre 12 et 17 ans avec Auguste Savary avec lequel il était en pension à Passy et qui lui avait transmis les bases du dessin, de l’aquarelle, et de la gravure mais avec Melbye son désir d’être artiste commença à devenir plus fort que celui de prendre la succession de son père dans les affaires pourtant florissantes. L’esclavage fut aboli au Danemark en 1848. Il accompagna Melbye lors d’un premier voyage d’études à Saint-Domingue en 1850, puis ce furent 21 mois au Vénézuéla, entre novembre 1852 et août 1854 entre les villages de bord de mer comme La Guajira, Maiquetia, Galipan mais aussi dans la capitale Caracas. C’est là au Vénézuéla qu’il apprit vraiment à peindre la nature, la lumière et la couleur et surtout les cocotiers et tous les thèmes populaires du quotidien (les marchés, les rues, les gens simples). Il aimait peindre au grand air !  Ses frères étant de santé fragile, et ne pouvant pas assumer la succession familiale  à la mort de son frère Gustave décédé en 1853, il est sommé par ses parents de venir reprendre le flambeau. Il cède quelque temps mais le virus étant plus fort, ce ne fut que reculer pour mieux sauter et en 1855 à l’âge de 25 ans c’est le grand départ en paquebot pour Paris, pour la France où il avait étudié entre 12 et 17 ans. Il avait alors ses 25 dents. Ses parents ne tardèrent pas à le suivre et abandonnèrent eux aussi les Caraïbes, laissant à quelqu’un d’autre le soin d’administrer leurs affaires pour venir s’installer en France, son père y retournant néanmoins sporadiquement jusqu’à sa mort en 1865.   A cette occasion ses grands-parents qui habitaient Paris  embauchèrent une jeune bonne pour s’occuper des tâches domestiques Julie Vellay (Grancey-sur-Ource, 1838-1926), une jeune bourguignonne, fille de vignerons. Après quatre ans ou cinq de vie studieuse et dérébénale Camille résolut d’épouser la bonne (avec qui il vécut à partir de 1860 et qu’il épousa à Londres en 1871) . Il aimait déjà le vin et l’amour de la jeune fille lui fit entrevoir toute la beauté des vignes bourguignonnes au grand désarroi de sa famille qui refusa le mariage avec d’autant plus de rage que le père était bordelais de naissance. Shame and scandal in the family ! Le couple tint bon mais ils eurent beau faire jamais son père ni sa mère n’acceptèrent ce mariage avec une catholique.

Parfois à Paris lui venait l’envie d’un bon colombo kabritt pois rouges kosher, ou un bon migan de fruit à pain blé et comme tout caribéen qui se respecte il ne fallait surtout pas essayer de lui fourguer  un fouyapen blèblè. Monsieur malgré son apparence austère ne reculait pas devant une dame-jeanne de bon rhum de St Thomas pour faire son petit punch mais il avait un faible pour le Porto et le Madère. Que voulez-vous, il avait beau faire, se débattre comme un beau diable avec ses complexes d’Oedipe, c’était le fils de son père ! Il était malgré sa barbe ou peut-être à cause d’elle grand mangeur et buveur devant l’éternel. Il se fit ainsi dans l’avant-garde de l’impressionnisme de nombreux compagnons de route : Renoir, Monet, Degas, Cézanne même si dans un premier temps il mangea la vache enragée plus que le bon charolais. Il peignait comme un malade et  il se réveille un jour le premier des Impressionnistes.  Compliqué à vrai dire. Quand on est peintre fauché avec huit enfants à nourrir à la clé loin du soleil caraïbe entre Pontoise, Londres et Paris et que les parents coupent les vivres… De quoi vous forger un caractère ! Ce n’est que vers la fin de sa vie qu’il put enfin acquérir avec un prêt financier de Monet son hâvre de paix, une propriété à Eragny-sur-Epte, à 3 km de Gisors,  en 1892, après l’avoir louée pendant 8 ans après presque 30 ans d’errance . Au bord de la même rivière l’Epte habitait aussi Monet à Giverny. Cette propriété fut le rendez-vous des impressionnistes Cézanne, Monet, Sisley, Renoir, Mirbeau. C’est ici que véritablement Pissarro put enfin réaliser son grand rêve écologique: vivre à la campagne de la campagne et de la nature, en parfaite harmonie avec l’ouvrage de Henry David Thoreau : Walden , or life in the woods. Finalement en y réfléchissant bien, je dirais, ce fut une vie de marronnage qu’il vécut là !

Il repose au Père Lachaise, à Paris, dans la septième division. Dans le même caveau reposent : son grand-père Joseph Gabriel  Pissaro (1777-1858), son père  Frédéric Abraham Gabriel Pissarro (1802-1865), sa mère, Rachel Manzana Pomié (1795-1889), sa demi-soeur Abigail Delphine Petit (1823-1855), Joseph Isaacson, le mari d’Abigail (décédé en 1857), sa femme Julie Vellay (1838-1926), son fils Paul Emile Pissarro (1884-1972)

Pissarro eut 5 fils qui finirent tous peintres comme papa. Lucien dit Lucien Venay (1863-1944), Georges-Henri dit Manzana (1871-1961), Félix dit Titi (1874-1897), Ludovic-Rodolphe dit Ludovic Rodo-Pissarro (1878-1952), Paul-Emile qui retira le trait d’union et signait Paulémile (1884-1972). Et 3 filles Jeanne Rachel dite Minette (1865-1874), Adèle Emma (1870-1870, morte à l’âge de 15 jours), Jeanne dite Cocotte (1881-1948)

A mon sens Camille Pissarro eut comme beaucoup d’autres caribéens sa part de rhizomes-croix  à porter. Juif, morave, athée, libertaire, français, portugais, danois, sud-américain, caribéen, peintre, commis de commerce, esclavagiste. Au point de vue artistique il a dû croiser à Paris ou Pontoise Francisco Manuel Ollier (1833-1917) le Porto-ricain de Bayamon, impressionniste comme lui. Il a dû croiser Homer Winslow (1836-1910), le peintre américain connu pour ses marines. Il a dû croiser une ribambelle d’Américains de toutes origines et ils ont dû trinquer entre contemporains à la mer qui nous unit au-delà des conventions douanières, morales et religieuses.

Tant que j’ignorais la vie de Camille Pissarro je le considérais comme un peintre français qui m’en imposait plus par sa barbe que par son titre de père de l’Impressionnisme. C’est Derek Walcott et son ouvrage Tiepolo’s hound    (2000), un long poème comme ceux qu’ils affectionnent en l’honneur de Pissarro qui m’ont mis la puce à l’oreille et donné l’occasion de le re-signifier. L’ouvrage est illustré d’aquarelles et d’huiles de Walcott et traversé des fulgurances de peintres tels Tiepolo , Véronèse, Cézanne, Gauguin, Chardin à travers la recherche du chien de Tiepolo qui aboie.

 

Dans Morning Paramin, (2016) Walcott abordera encore  dans un dernier plongeon dans un cyclone de grâce la peinture en prenant pour excuse Trinidad où il a vécu et à travers cette île le peintre écossais né à Edinburgh, Peter Doig (1959), qui y a vécu aussi dans son enfance (Port-of-Spain) quelques années jusqu’à l’âge de ses 7 ans) et qui s’y est réinstallé en 2002. 51 reproductions de l’artiste donnent lieu à des zig-zag poétiques entre enracinement et exils entre Royaume uni, Canada et Trinidad, parcours communs aux deux. Et le monde pictural du Tout-monde va d’île en île mutualisant les regards  en guingois comme ceux de Christopher Cozier,  Chris Ofili et Peter Doig

Bienvenue dans notre Tout-Monde !

acsmapPolyglot Trotter se veut comme un espace du Tout-Monde dont le centre est partout et la circonférence nulle part, un espace d’investigations mémorielles semi fermé et ambivalent entre Narcisse et Echo, c’est-à-dire une revue diasporique de notes prises dans l’oeil d’un cyclone appelé Wolfok (dans des domaines de prédilection qui peuvent toucher à la psychologie junguienne, la musique, la gastronomie, le cinéma, la généalogie et l’histoire, la linguistique, le sport, dans des langues qui peuvent être le français, l’anglais, le créole, l’espagnol, le portugais, le néerlandais).

Ces investigations répondent à l’appel de deux postures : celles de Narcisse et  d’Echo prenant un bain de mémoire dans l’oeil du cyclone Wolfok ! Il ne s’agit pas ici de se faire renvoyer par son autre, son lecteur que l’on souhaite un alius – un autre parmi les autres – plus qu’un alter – l’autre de deux – un reflet chatoyant et tiède de sa voix mais bien de tenter de concilier, de syncrétiser les isthmes, les passages et  les détroits de notre Tout-Monde, de nous retrouver à la jonction de nos plaques tectoniques toujours actives pour parvenir sans tabous, sans totem, sans à priori, sans chapelles, sans esprit de clocher à une ré-interprétation de l’oeil du cyclone qui nous structure !

Quand on évoque Wolfok, cyclone du Tout-Monde, on parle d’un espace de ré-interprétation du monde à partir du point de vue de la diaspora Wolfok. Vous êtes invité(e), quel que soit le lien, la matrice, la géographie qui fait de vous un(e) tout-mondiste, à venir ici proposer votre grille d’analyse de sujets qui vous tiennent à coeur. Quelques-uns ont été cités mais libre à vous d’étoffer la carte ! La porte est ouverte, à vous d’y faire entrer votre alizé pour que notre papillon  vole encore et encore autour du monde.