Ceci n’est pas une maison

Le photographe espagnol Miguel Vallinas Prieto m’interroge à travers sa série This is not/Ceci n’est pas. Il reprend à son compte les présupposés du célèbre tableau du peintre surréaliste René Magritte (1898-1967) La Trahison des Images (1929) plus connu par son inscription sur le tableau  ceci n’est pas une pipe. Tous les sémiologues s’accordent à dire avec Magritte que tout art, toute pensée n’est qu’interprétation du réel. et qu’un tableau n’est qu’un interprétation du réel et non le réel lui-même et ses millions de facettes irréductibles à l’instant.

Magritte_This_Is_Not_A_Pipe_1935

 

La preuve en est les lectures iconoclastes de ce tableau qui disent qu’une pipe a un réseau archaïque de significations et que dans le mor « pipe » il y a aussi tromperie, faux (comme dans la phrase les dés sont pipés) et que « ceci n’est pas une pipe », pourrait tout aussi bien dire le contraire de ce que tout le monde pense et qu’en réalité ce ne serait pas une tromperie, ce serait une vraie pipe. Même si on ne peut la bourrer et la prendre pour la fumer. Cela me fait penser au mot de William James, un sémiologue américain du 19eme siècle qui disait :

« The word « dog » does not bite » (« le mot chien ne mord pas »).

Et à fortiori n’aboie pas ! De la même façon que selon Alfred Korzybski (1879-1950)(sémantique non aristotélienne) « une carte n’est pas le territoire qu’elle représente ». Sans penser à la lecture grivoise de la pipe qui est sous-jacente chez tout homme normalement constitué (enfin je parle pour moi, ne réduisons pas). Je disais donc que Magritte lui-même a réalisé un tableau en 1964 ( qui s’intitulait lui « ceci n’est pas une pomme » et qui  nous interroge aussi sur notre relation aux images et à la représentation des choses du monde.

Notons aussi qu’en 1935 Magritte a réalisé une autre version de ce tableau s’intitulant « The Treachery of Images » qui lui véhicule d’autres imaginaires liés en anglais au mot « pipe »

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La sémiologie c’est la théorie de la connaissance , la théorie du signe. Le signe quel qu’il soit. Le signe n’est qu’interprétation et connexions infinies. La sémiotique  d’un signe a un potentiel inépuisable car nous sommes tous libres d’associer à chaque signe toutes les associations qui nous sont chères. Sans aller au fond de cette analyse disons que tout objet est un signe et que ce signe a trois valeurs selon Charles Sanders Peirce (1839-1914). Le symbole, l’index et l’icone. La valeur régalienne c’est le symbole c’est à dire l’interprétation que nous avons u signe. Les valeurs sous-jacentes sont l’index (l’objet désigne, pointe vers quelque chose, comme une flèche, la définition du dictionnaire) ou l’icône (l’objet en ce qu’il est représenté par ses qualités, son image).

Au mot maison est attaché tout un réseau sémantique de valeurs archaïques. Le fait que maison soit  soit casa en espagnol et portugais, kaz en kreyol, house en anglais, huis en néerlandais nous fait voir d’autres réseaux comme case, chaise (comme dans la chaise-dieu, la maison de dieu, la préposition chez), huis (comme dans huis clos, ou huissier) voire mas, masure , mazet.

Soit donc la photo intitulée « ceci n’est pas une maison ». Quels sont ses rapports sémiotiques au monde ? La photo « ce n’est pas une maison » du photographe espagnol  Miguel Vallinas Prieto peut servir à représenter une maison, justement; elle peut servir à représenter l’existence de ce type d’objet qu’on nomme maison; elle peut servir à représenter un architecte donné et son style; elle peut servir à représenter des couleurs, des types de bois ou de construction; elle peut servir à représenter un certain type d’architecture; elle peut servir à représenter la ville où cette maison a été construite; elle peut servir à représenter l’Espagne mais aussi pourquoi pas le Brésil; elle peut représenter une femme et son rêve de posséder une maison; elle peut servir à représenter le souvenir d’une maison que l’on a aimé ou détesté; elle peut servir à représenter un foyer, une famille, un enfant, une cellule familiale; elle peut servir à représenter l’ensemble comme les parties de la maison, de la cave au grenier; elle peut servir à représenter ceci, cela , taratata etc ; le potentiel sémiotique d’une image est inépuisable.

Homme à fossettes, hou la la, homme à …

Ne soyez pas jaloux, quoi. Est-ce ma faute si les fées se sont penchées sur mon berceau et m’ont doté de cet instrument parfait, de ce bel organe qui fait resplendir et rougir les joues de tout un chacun. Merci aux fées , merci aux divinités, merci aux génies de m’avoir ainsi entre tous élu homme à fossettes ! Fossettes toujours au pluriel, les jumelles, l’une à droite l’autre à gauche. Parfaitement parallèles et équilibrées. Empreintes du doigt des anges, N’allez surtout pas croire que c’est génétique. Explication oiseuse et superfétatoire, s’il en est. Non, chers messieurs de la Faculté, ne vous en déplaise, mon grand zygomatique n’est ni déformé ni plus court qu’un autre et le rapport entre mes pommettes et la commissure de mes lèvres n’est pas la cause de cette petite dépression enjouée et juvénile. Homme à fossettes, dimple man, homem com covinhas, hombre de hoyuelos, excusez du peu. Je suis un envoyé spécial sur Terre. Ma mission est une bénédiction dyonisiaque : sourire et faire sourire.

Mais voyez-vous, la Nature qui sait ce qu’elle fait m’a doublement doté. Car je suis aussi des rares ceux qui possèdent des fossettes d’Apollon ! Vous ne connaissez pas ? Disons alors que je suis doté du losange de Michaelis. Vous ne voyez toujours pas ! eh bien disons alors en anglais que je possède un rhombus of Michaelis. Toujours rien ? Bon  je vous explique. C’est anatomique, docteur Watson. Vous voyez l’épine dorsale , vous descendez vous descendez juste au-dessus du sillon interfessier, vos joues du bas si vous préférez, vous verrez deux petites dépressions de chaque côté qui relient l’os iliaque du pelvis au sacrum de l’épine et qui forment un cerf-volant. Fossae lumbales laterales, sacral dimples fossettes sacro-iliaques. C’est Phoebus lui-même, fils de Zeus et Léto, qui les a creusées là ces fossettes d’ Apollon, Apollo holes, back dimples, butt dimples, salières de Vénus chez ces dames, salières d’Apollon chez ces messieurs. Et n’allez pas appeler ça des poignées d’amour, espèce d’impertinent. Non ce sont mes thumb handles, zoné érogène de mon rhomboïde intime s’il en est que jamais je ne percerai de piercing comme certains. Ni en haut ni en bas. D’ailleurs je ne les vous montrerai pas, mon rhombus, mon cerf-volant secret. Laissez-le flâner tranquillement dans l’alizé apollonien de mes hanches, mon sourire d’en bas.

Les aventures du Prince Ahmed

 

C’est une vieille histoire que ce film, le premier film long métrage d’animation qui ait survécu jusqu’à nous, créé en 1926 en Allemagne par Lotte Reiniger. Pendant 65 minutes les silhouettes défilent et vous transportent sur fond musical de Wolfgang Zeller dans les mille et une nuits revisitées par Lotte Reiniger entre Orient  et Afrique. C’est Abenteuer das Prinzen Achmed en allemand, en français Les Aventures du Prince Ahmed.

Ce conte fantastique réunit :

une femme-oiseau, la princesse  Pari Banu , souveraine de l’archipel des esprits du Wak-Wak ,

le calife

le prince Ahmed, fils du calife ;

la princesse Dinarzade, fille du calife

le mage africain, l’enchanteur maléfique, le sorcier, appelez le comme il vous plaira de l’autre.

Ie cheval volant,

Aladin et sa lampe merveilleuse,

l’empereur de Chine

le bouffon de l’empereur de chine

la sorcière des Montagnes de feu

le palais volant

les esprits du wak- wak

Les Aventures du prince Ahmed  reprend de multiples éléments des mille et une nuits. Dans l’histoire  originale trois princes sont amoureux de leur cousine la belle Nourounnihar. Leur père, le sultan des Indes, leur conseille de ne pas s’accrocher à cette idée et de chercher une autre épouse mais devant leur refus de chercher ailleurs il leur propose un marché. Ils devront lui ramener chacun un trésor quelque chose d’inestimable. Celui qui aura le plus beau trésor aura la cousine tant désirée pour épouse. Les 3 princes partent Houssain,  Ali    et Ahmed le plus jeune. Houssain, l’aîné, va au royaume de Bisnagar et ramène un tapis volant. Ali le puiné va à Schiraz en Perse et ramène un tuyau d’ivoire avec deux verres à chaque extrémité qui permettent de voir à travers ce que l’on désire. Ahmed le dernier ramène de Samarcande une pomme artificielle qu’il suffit de flairer pour écarter toute maladie. Avec leurs trois objets fabuleux ils arrivent à sauver la princesse Nourounnihar qui était sur le point de mourir. Le père décide alors de les départager et de les faire se confronter au tir à l’arc. C’est Ali qui envoie sa flèche le plus loin. On commence les préparatifs de la noce. La flèche  d’Ahmed n’est pas retrouvée. De dépit Houssain se retire et devient derviche. Tandis qu’ Ahmed part à la recherche de sa flèche qu’il retrouve à grande distance par terre. Sans s’en rendre compte il entre au pays des génies où règne la fée Pari-Banou et tombe amoureux de cette dernière qui dépasse en beauté et richesse toute ce qu’il avait vu chez sa cousine. Cette dernière lui dit que c’est elle qui a transporté la flèche jusqu’à son royaume et elle lui propose de devenir son mari. Elle est riche et belle. Ils forment un couple parfait. Je vous épargne tous les rebondissements mais à la fin Ahmed devient sultan des Indes à la place de son père et avec l’aide du frère de Pari Banou, Schaibar. Pari-Banou devient sultane des Indes. Happy end. L’histoire ne dit pas s’ils vécurent heureux et s’ils eurent beaucoup ‘enfants. Mais on l’imagine.

Les aventures du prince Ahmed reprend les personnages des mille et une nuits, reprend Aladin et sa lampe magique. Les objets magiques sont le cheval volant et le palais volant mais il y a deux fées dans les Milles et une nuits Pari-Banou et la sorcière du sultan. alors que dans les Aventures d’Ahmed revisitées par Lotte Reiniger il y a un mage et une sorcière.

Transposées ans un cadre antillais l’histoire donnerait à peu près ça.

Yé krik! Yé krak! Est-ce que la cour dort ? Non, la cour ne dort pas! Si la cour ne dort pas, c’est Théodore qui dort, dans la cour d’Isidore pour deux sous d’or! Yé krik! Yé krak! Yé mistikrik! Yé mistikrak!

Wak-Wak l’archipel de la guadeloupe où vivent des génies, esprits et autres démons et fées

Le mage : le quimboiseur, le gadédzafé, le maître des cyclones

la fée-princesse oiseau : la diablès Lilith, la succube fatale, reine de la Soufrière,

les soukouyans, les volants, les zombis : les esprits, les invisibles, les entités, les génies

le prince ahmed : le dorliss incube, Samaël

la princesse Nourrounniha : la Sirène Eve, fatale

Aladin, Adam

le cheval volant/tapis volant : le chouval bwa

le palais volant : le fromager volant

la sorcière des montagnes de feu : la makrèl de la Soufrière

le calife : Bawon Sanmdi

 

 

 

Les rictus et versus de l’Octombule

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J’ai d’abord essayé de comprendre le sens du mot Octombule et je me suis fourvoyé dans noctambule. C’est en voyant le numéro Zéro intitulé Octonbule que j’ai compris l’origine profonde de l’Octombule: la petite bourgade d’Octon dans le 34, Coeur d’Hérault, mais aussi Occitanie. Et qui dit Occitanie dit Septimanie jusqu’au Moyen-Âge! Octon, petit village occitan pas encore occis par le temps, petit village septimancipé alerte et bandant donc de moins de 500 âmes, les Octonais, siège d’un village des Art-et-Métiers. Une feuille de chou contemporaine recto verso qui se lit non pas recto verso mais rictus versus, J’ai tout de suite accroché d’autant plus que la feuille de chou était proposée à 0,10€ et qu’il ne rendait pas la monnaie. Cocasse, impertinent, avide de jeux de mots, poétique, voilà ce que fut ma première impression. Ma chère et tendre cherchait déjà au fond de son porte-monnaie la précieuse pièce qui allait nous permettre d’entrer dans les arcanes de cette feuille de chou insolite imprimée en noir et blanc. Après avoir mangé une paella et goûté au dessert je commençais à entrer en état de somnambulisme quand tout à coup cette page me tira des effluves de Champagne Philippe Fays qui m’avaient transporté. On (Philippe Gerbaud, amiral en chef de ce radeau ivre et illustrateur) (décidément c’était la journée des Philippe) m’offrit un exemplaire de ce fanzine que je m’empressai d’enrouler comme un précieux papyrus pour pouvoir le lire le lendemain bien au calme de retour dans ma belle ville de Saintes. Las, au moment de partir je fus attiré par l’appel mystérieux du fromage qui flânait tranquillement sur une table et que je n’avais pas encore bécoté. N’écoutant que mon odorat et mon instinct de renard je me précipitai sur le fromage et délaissai un instant l’Octombule . Le journal de minuit et des poussières,  un journal qui se veut un pont entre des êtres étranges nommés Octombuliens et d’autres êtres non moins étranges, les Attributis. Voilà tout ce que je savais de l’animal. Mais à cause de ce fromage j’ai égaré la proie. S’il y avait un renard dans le coin il m’aurait sans doute dit :

Mon bon monsieur, apprenez que toute feuille de chou vit aux dépens de celui qui la goûte. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute !

Heureusement le lendemain Internet me permet de retrouver la trace de ce dont je vous propose ici les tout derniers rictus et versus . Merci Facebook.

Si vous souhaitez consulter les numéros zéro (quand il se faisait appeler encore L’octonbule avec un n) au numéro Ztreize c’est par ici.

Pour le reste voici ce que dit   Philippe Gerbaud dans la présentation du numéro Z-dix-Fuite de l’OCTOMBULE:

« Merci aux contributrices et contributeurs de L’OCTOMBULE Zdix-Fuite car elles et ils n’ont pas esquivé le sujet proposé pour bâtir ce frêle esquif ou l’on s’esclaffe (parfois).

Ainsi, sans mal, par ordre Alpha :
Alexandre Vélez, Anne-Marie Liotard, Bellelurette, Cecile Sternisa, Comérode, Elisabeth Popeye, Elledipi, Fillault, -H-, hopla, Horst, Hyafil, Ifren et Paco, Internationalskaja Jamminski, Léo Gartien, Liane la Gitane, Marc Daum, Marie Cayol, Médéric, Mireille Gealageas, Nathalie Bardouil, Olé, Peggy Wood, Philippe Bissières, Ruth, Stéphan Riegel, Toni Von Bonjour, Vincent Valade, Violette, Xavier Dole.
Merci à Henry IV Ayrade qui administre les corrections. Merci à l’Inuit d’InOcto pour les belles couches de noir.

L’Octombule n’est pas si facile à trouver même dans les meilleures pâtisseries, vous pouvez proposer des lieux de distribution, ou MIEUX ENCORE devenez un centre de grande distribution à Minuit et des Poussières. »

 

Les quarantièmes délirants quatre -vingt-quinze fois sur cent se dissipent dans la petite mort comme les pipes en écume

Christian Cornet (comme corned beef) est un écrivain grivois, polisson, truculent, paillard, irrévérencieux, osé, gaulois qui s’est de lui même placé en enfer dans un couvent frivole. Il écrit mais se complaît d’être à l’index, de circuler hors des réseaux sociaux allant jusqu’à qualifier ce qu’il a commis de pathétique. Or dans pathétique il y a pathos et dans pathos il y a souffrance. Les grands rhéteurs grecs opposaient pathos à ithos. Si on se met à folâtrer dans l’index volontairement c’est que l’ithos prend le pas sur le pathos. On ne divulgue pas car on se sent une filiation verte, crue coupable avec Boccacio (1313-1375) et Mazet de Lamporecchio ou le paysan parvenu (Decameron Journée III Nouvelle 1) ou encore La Caspienne ou la Nouvelle convertie (De Cameron Journée III Nouvelle X),  

Justine ou les Malheurs de la vertu ou encore La Philosophie de Boudoir (1795) de Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814),

ou avec Nicolas Edmé Restif de la Bretonne (1734-1808) et La belle libraire, ou la vie de la Rose et de la marâtre,

Denis Diderot (1713-1784) et Les bijoux indiscrets, (1748),

Les onze mille verges, ou les Amours d’un hospodar (1907) de Guillaume Apollinaire, (1880-1918),

Claude Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils (1707-1777), Le Sopha (1742),

Evariste de Forges de Parny (1753-1814) et ses Dix poésies érotiques, (1778),

Georges Bataille (1897-1962), Histoire de l’oeil,

ou Anaïs Nin (1903-1977) et sa Venus Erotica,

ou Henry Miller (1891-1980) et ses Jours tranquilles à Clichy.

Les écrits pathétiques dont se revendique Christian sont de la même veine d’élan vital hédoniste érotique qui a pu dans d’autres temps anciens être jugé sulfureux licencieux tabou pernicieux immoral hérétique blasphématoire obscène pornographique dangereux et libertin. Il se voit une filiation voluptueuse, lubrique, débauchée,  excitante sans être vulgaire avec Devos, Perret et Brassens. Moi je le relie outre à ceux que j’ai déjà cités au Roman de la Rose à Rabelais, Villon et Marot.

Il me fredonne le refrain de 95% de Georges Brassens.

Quatre-vingt-quinze fois sur cent
La femme s’emmerde en baisant
Qu’elle le taise ou le confesse
C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses
Les pauvres bougres convaincus
Du contraire sont des cocus
A l’heure de l’oeuvre de chair
Elle est souvent triste, peuchère
S’il n’entend le coeur qui bat
Le corps non plus ne bronche pas.

Il me fredonne encore il est beau, il est bon, chanson médiévale de haute grivoiserie.

Je le verrais bien réciter de sa voix truculente de stentor cette épigramme grivoise de Clément Marot (1496-1544)

Un jour Robin vint Margot empoigner,
En luy monstrant l’oustil de son ouvraige,
Et sur le champ la voulut besongner;
Mais Margot dit : » Vous me feriez oultraige:
Il est trop gros et long à l’advantaige. »
– “Bien, dit Robin, tout en vostre fendasse
Ne le mettray;” et soudain il l’embrasse,
Et la moytié seulement y transporte.
“Ah ! dit Margot en faisant la grimace,
Mettez y tout : aussi bien suis je morte.
Clément MAROT (1496-1544)
Epigramme – Les Jeux de Robin & Margot

Son écriture est du type de celles qui étaient conservées en enfer aux archives nationales. Christian qui aura 70 ans le 21 juin est un bon vivant originaire de Cognac qui habite à deux pas de Saintes à Chaniers. Il participe à la chorale CHOEUR VOX SANTONA. Il croit en sa voix mais pas en son écriture. Autant sa voix de basse résonne dans l’abbaye de Trézay où il clame haut et fort sa partition du tourdion Quand je bois du vin clairet tiré de Claude Gervaise, premier livre de danceries, édition P. Attaignant 1530, texte anonyme

 

Buvons bien

Buvons mes amis

Trinquons, buvons,

Vidons nos verres

En mangeant d’un gras jambon

A ce flacon faisons la guerre

autant il refuse de partager ses écrits et détourne pudiquement d’un voile pudique la conversation pour aborder ses maîtres inspirateurs des quarantièmes délirants de Raymond Devos aux 95 pour cent des fois de Georges Brassens. Il est féru de jeux de mots et de lettres dites cochonnes disons osées voire grivoises mais pas vulgaires.

Mais il en parle sans oser toutefois les montrer. Il évoque avec moi un poème au titre évocateur de Syphilis au parfum entêtant de petite mort brûlée dans sa pipe d’écume qui arrivant à bon port attend l’heure inéluctable d’être jetée par dessus bord .

Si fille est plus belle que la mienne évoquée,

Sybilline silhouette, fleur de water-closed,

Embryon de Déesse au parfum de bleuet,

Epopée frémissante effilant sa layette,

Si fille est plus belle, qu’on m’accorde ce souhait

D’en venir vérifier toutes les coordonnées

Car on ne vit jamais, jamais sur la planète,

Un autre échantillon de profil si net

Que les Héllènes mêmes en sont jalouses à souhait.

Si fille hisse au sommet de fantasmes désuets

Plus de grâce épanouie, plus de rondeurs abstraites,

N’est-ce pas pour vous dire, messieurs, soyez honnêtes,

Que vos pauvres ébats sont loins de l’intriguer ?

Et si tous ses parfums associés tant t’entêtent,

Petit, ne te laisse pas séduire, aie la tête

Bien froide sur tes épaules d’athlète,

Laisse passer Syphilis, surtout ne soit pas bête.

Où que tu sois,toujours elle saura te troubler.

Alors si d’aventure (sida venture) tu croises cette beauté,

Blennoragie, sa soeur, riant à ses cotés,

Cours, à en perdre haleine, à l’hosto du quartier…

Et fais toi vacciner !

Tout cela en dégustant entre deux verres de baraka gris notre couscous au poisson au restaurant La Table du Maroc à Saintes.

Seppuku, pinceaux couleur mort et miroir sans tain

 

Bernard Buffet (1928-1999) s’est donné la mort  le 4 octobre 1999 après avoir croqué la mort et les horreurs de la guerre sous toutes les nuances noires, grises et ocres de ses palettes à 71 ans  dans son atelier de peinture à Tourtour dans le Haut-Var. Pour ne pas avoir à mettre trois zéros hiératiques dans la date qui signerait un de ces tableaux il prit le parti ultime de perdre le souffle et de devenir son propre croque-mort. Il ne mettrait pas les pieds dans les années 2000. Il s’est donc mis la tête dans un sac en plastique noir et a attaché consciencieusement un morceau de scotch autour. Sur le plastique sombre le peintre anguleux avait signé en tremblant les 13 lettres de son  nom en quatre exemplaires uniques et numérotés d’un pinceau et deux tubes de peinture. Sa mort dans le Midi par un bel après-midi d’octobre fut donc une mise en scène audacieuse, une oeuvre d’art singulière, une nature morte sans ligne de fuite absurde, austère, misérabiliste, snob et authentiquement figurative, son plus beau tableau sans doute. Bonjour Asphyxie, aurait pu écrire Françoise Sagan ou chanter    Juliette    Gréco ! Sa muse et épouse Annabel Schwob de Lure (1928-2005), dont il eut trois enfants après avoir été l’amant de Pierre Bergé pendant 8 ans,  chanta quant à elle  Les gommes qui ne savent pas effacer la tristesse ! La mère d’Annabel s’était suicidée, sa propre mère était morte le laissant tout jeune orphelin, la route était toute tracée pour Bernard qui résolut de conjuguer le verbe asphyxier à tous les temps et à tous les modes non pas  à bout portant  mais à petit feu tout au long de sa vie pour échouer comme un cigale en Rolls dans la Provence de Cézanne.

 

J’imagine que pour un peintre millionnaire et mondain être atteint de  la maladie de Parkinson est le dernier des outrages. Mais il me semble que pour en arriver à l’extrême il faut que l’ennui se dresse impérieux en barricade infranchissable devant la vie. Quand l’art est sa raison de vivre  se donner une mort précoce apparaît comme la seule solution finale envisageable pour un clown triste orphelin écorché, le comble de son expressionnisme.

« L’expressionnisme se définit comme la projection d’une subjectivité qui consiste à déformer la réalité afin d’aspirer le spectateur à une réaction émotionnelle. »

On se donne alors la mort comme on se fait un cadeau empoisonné.  Ce fut  une mort de samouraï expressionniste.  Hara-kiri ou seppuku, peu importe, ce fut un lent suicide de 71 ans. Loin du Japon qui pourtant par la volonté de  Kiichiro Okano lui avait offert son premier musée à Surugadaire, au pied du mont Fuji où il avait dans ses dernières volontés demandé de disperser ses cendres! Ce sont les tableaux, les squelettes qu’il éventra, qu’il lamina, qu’il étouffa, qu’il éviscéra , qu’il écorcha, qu’il décortiqua de ses pinceaux  et de ses tubes de couleur mort, et non sa propre chair, juste en dessous du nombril de la lame horizontalement mortelle d’un sabre court. Mourir en samouraï n’est pas à la portée du tout venant, fût on le plus expressionniste des artistes de sa génération. On dit que l’homme était catholique. Il peignait des croix, des  nativités, des sépulchres, des tombes, l’enfer, la guerre, la désolation, la misère. La mort l’attirait peut-être par ce côté obscur de l’intime qu’affectionnaient d’autres peintres avant lui comme les belges flamands  James Ensor et  Constant Permeke dont il s’inspira. BB n’était pas seulement Brigitte Bardot mais aussi Bernard Buffet, l’autre BB.    Brigitte, la Bardot, aurait bien pu faire elle aussi harakiri la vieillesse venant. Non car les Japonaises ne se font pas harakiri, elles ne s’éventrent pas, elles se tranchent le cou. Comment peut-on se trancher le cou quand on défend par monts et par vaux la souffrance animale. Non elle se sublime en se consacrant à la souffrance animale. BB, l’autre se consacre toute la vie à la souffrance humaine, mais peut-être plus encore à sa souffrance personnelle. Son père était miroitier. Il en vint à voir la mort dans son miroir sans tain. Le noir, l’obscur furent son fonds de commerce. « Le Raphael des beaufs » comme certaines mauvaises langues le baptisèrent symbolisait plus qu’un autre l’esprit existentialiste. Mais comment peut-on se faire harakiri, quand on se dit chrétien. Etre chrétien c’est croire en la vie éternelle, à la rémission des pêchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle…

Je n’ai rien contre la mort et ses représentations qu’elles soient expressionnistes, impressionnistes, abstraites. J’aime chez « Bernard Buffet froid », selon le mot de Dali,  ses natures mortes qui figurent des animaux et des légumes. Nature morte aux lapins, aux tomates ananas, au potiron, à l’oeuf sur le plat. On a beau dire mais  manger c’est surtout s’alimenter de mort et de pourriture pour sustenter la vie immobile, la still life, comme on dit en anglais…

« Comment les blancs sont d’anciens noirs » écrivait Blaise, la grenouille perdue

 

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« Ecoutez l’histoire !

Que vienne l’histoire !

L’histoire arrive, on la tient de la grenouille perdue, irrémédiablement perdue , perdue au pays de Mosikasika, du petit-garçon-qui-n’était-pas-encore-venu-au-monde.  ! Quand  Mosikasika vint au monde il était un tout petit poussin…

C’était au temps des histoires de nègres retranscrites, revues et corrigées poétiquement  pour la première fois en noir et blanc, noir sur blanc, histoires fantastiques et fantasmagoriques d’enfants et de termites, de lièvre et d’ombre, d’ombre sans nom qui riait derrière votre dos et vous faisait des cornes,  d’homme qui revenait toujours au même endroit à la même place, d’orchestre qui se trouvait à l’intérieur,  d’oiseau possible-impossible, de bête que personne ne connaissait, de griffes, de cornes, de silex, de petit poussin, de caïman que personne ne portait plus pour le mettre à l’eau, d’antilope Muul, d’éléphant Nzox, de roi de Guinée (Guinnaru), de Citukulumakumba, de Mu-Ungu, le Créateur, de rhinocéros et d’arbre à miel et moi, jeune créature nègre affamée de lecture et  de bourlingue livresque, je m’envolais comme je m’étais envolé avec les contes de Kompè Lapen, de Zamba, de Zingrignan.

J’en admirais les facéties de tous ces concertos en nègre majeur.  Et pourtant je n’étais pas un enfant des blancs. Ni un nègre de paille, ni un nègre rose, ni un nègre aux yeux bleus. Ni tout simplement nègre d’ailleurs. A douze ans je n’avais pas cette conscience nègre. Je n’étais qu’un enfant noir. De nègrerie en négritude en passant par les négrures je suis devenu au fil du temps nègre. Et je n’exclus pas un jour de découvrir dans les replis les plus profonds et secrets de l’ADN de ma propre nature que je suis blanc comme nègre !

Certes Cendrars aurait pu intituler son ouvrage Contes de la Brousse et de la forêt, (1932) comme celui de André Davesne et Joseph  Gouin avec des illustrations de P Lagosse.

Ou encore Contes du fleuve et de la forêt (2015) comme l’a fait André de Brousse de Montpeyroux.

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Mais il en a décidé autrement. Il a peut-être voulu faire du buzz, finalement, en cette année folle de 1929. Je ne nie pas non plus qu’il y ait chez lui tout un aspect de primitivisme qu’on retrouve chez lui comme chez d’autres comme Guillaume Appolinaire, Tristan Tzara ,comme l’a suggéré Jean-Claude Blachère aux Nouvelles Editions Africaines dans son ouvrage Le Modèle Nègre : aspects littéraires du mythe primitiviste au XXe siècle chez Appolinaire, Cendrars , Tzara. Mais toutes les analyses de fond ne retireront pas au texte sa fantaisie, sa malice et sa sagesse. Retransmettre par écrit noir sur blanc la magie nègre de l’oralité, retransmettre ce tissu volatile qui circulait de tribu en tribu, le retranscrire poétiquement, le mettre à la portée des enfants de tout âge, voilà ce que restera l’héritage de la grenouille-poète Blaise « irrémédiablement perdue » et de son chien blanc qui l’accompagne.

Dans ce contexte il est évident que la récente polémique abjecte suscitée autour du livre de Blaise Cendrars (1887-1961)  Petits contes nègres pour les enfants des blancs, paru en en 1929 m’horripile ! Ce qui choque les tenants du bien parler afro-descendant est le mot nègre quand il est écrit ou prononcé par des Blancs. Je suggère à ces bonnes âmes qui ont attendu 2018 pour lire ces contes, (ouf, il était temps, quoi que je me demande s’ils en ont lu plus que la première de couverture) cette solution bancale qu’ils apprécieront à leur juste valeur, valeur nulle : derrière « petits contes » * ou « à l’usage des  enfants  des » l’astérisque pourrait signifier ce que l’on voudrait (aussi bien nègres que blancs, que jaunes ou rouges, ou marron ou roses, métis, kako, moreno, cabo verde, mélangés, dominos, noirs, afro, africains, café, lait, afropéens, café au lait, descendants d’esclaves, afro-descendants, afro-américains, afro-brésiliens, afro-antillais, négresse verte, négresses roses, nègres blancs, domiens, nègres aux yeux bleus, nègres bambara, peuls, galeguinhos de olhos azuis, zorey, pygmées, métropolitains, black, négropolitains, white, leucodermes, mélanodermes, muzungus, que sais-je, n’ayons pas peur des néologismes au nom du vivre ensemble négrophobe/négrophile, mélanophobe/mélanophile). On en est même venu dans cette chasse à tout prix aux sorcières lexicales et étymologiques du passé, du présent et de l’avenir à faire circuler une pétition pour retirer du marché le livre qualifié de raciste.

Si l’on suivait les préconisations de ces censeurs lexicaux il faudrait donc déprogrammer et jeter aux oubliettes dans l’enfer maudit de la Bibliothèque Nationale la Rhapsodie nègre (1917) de Francis Poulenc (1899-1963), il faudrait vouer aux gémonies  Le Vieux Nègre et la Médaille (1956) de Ferdinand Oyono (1929-2011), le Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès (1948-1989),  Le Nègre des Lumières (2005), Le nègre au sang (2004), Ne m’appelez jamais nègre de Maka Kotto (1984), Chocolat , clown nègre, jeter au pilon Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer  (1989), Le nègre du  Narcisse,(1898) de Joseph Conrad (1857-1924), le Nègre et l’amiral de Raphaël Confiant (1988), Rue Case-Nègres de Joseph Zobel (le livre de 1950) et d’Euzhan Palcy (le film de 1983) et Je ne suis pas votre nègre (2017) de Raoul Peck. Il faudrait ne plus fredonner même, sous peine d’excommunication, « amour de nègre », « nég ni mové mannyè », « prière d’un petit enfant nègre », en même temps brûler tous les ouvrages porteurs sans équivoque de clichés racistes du type Loulou chez les nègres (1929) d’Alphonse Crozière (1873-1946) et laisser dans la lumière Pif et Paf chez les cannibales de 1928 de Dubus Hermin (1875-1973). Faut-il criminaliser et assigner à résidence post mortem Jean Bruller plus connu sous le pseudonyme de Vercors pour sa collaboration comme illustrateur aussi bien dans dans Loulou chez les nègres que Pif et Paf chez les Cannibales. Si cela avait été Zoulous au lieu de nègres aurait-ce été plus acceptable ? Ou alors anthrophages, ou alors sauvages, ou alors indigènes, ou alors Pygmées ? Ou Bamboula ?

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En 1936 Madame Lebreton-Belliard publie en Belgique son Poupe chez les Nègres ont je ne trouve malheureusement pas la première de couverture mais j’imagine qu’on ne fait que changer de prénom. Un prénom de fille contre un prénom de garçon. J’imagine que Poupe aurait pu bien s’amuser lors de ses aventures tropicales avec Bamboula, par exemple.

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Il y a certes une évolution humaniste chez Jean Bruller quand en 1937 il publie avec Claude Aveline Baba Diène et Morceau-de-sucre mais on est tout de même dans l’évocation de la grande fresque coloniale, de l’impérialisme colonisateur dans toute sa splendeur. Comme un avant-goût de Bibi Fricotin et Razibus Zouzou

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Il est certes important de décoloniser les esprits de part et d’autre, et principalement les esprits des jeunes enfants, qui sont la première cible des ouvrages de  Gallimard Jeunesse ou d’Albin Michel Jeunesse ou même du Livre de poche et peut être qu’une préface ou un avertissement aurait pu alerter les jeunes lecteurs pour qu’il puisse avoir une mise en perspective du mot nègre et de son histoire. D’ailleurs certains enseignants proposent des solutions intéressantes pour présenter cet ouvrage en primaire

Dès 1929 Cendrars y pense déjà puisqu’il écrit dans la préface des Contes Nègres

« un homme raisonnable ne peut parler de choses raisonnables à un autre homme raisonnable : il doit s’adresser aux enfants »

Moi j’ai toujours trouvé étonnant par exemple que l’on utilise le mot métropolitain pour parler des blancs français ou les oreilles pour parler des blancs antillais ou les békés pour parler des blanc créoles. Ou bien coolie pour parler des Indo-antillais, des mulâtres, des métis, des chabins, des chabines, des mûlatresses, des malabars. Au Brésil il ya aussi des negro, cafuso, moreno, preto, pardo, baio, galego, gazo, mulata, cabo verde, india, mestiço, amarelo, J’ai récemment passé 8 mois à Mayotte et là on appelle les blancs les muzungu. Il y a même une féminin muzunguette.

Je pense qu’il faut une réappropriation des mots Nègre et Noir par les Africains et descendants d’Africains. Se cacher derrière des solutions importées comme Black ou Brother  me parait insidieux. De la même façon que Blaise Cendrars, lié à la cendre et à la braise, à la régénération, à la résurrection tel le phénix, était un pseudonyme utilisé par l’auteur dont le nom véritable était Frédéric  Louis Sauser je pense que le mot nègre me définit plus qu’il ne m’insulte. Sauf que je revendique le droit d’être nègre et en même temps: je veux faire partie de l’arc en ciel. Ne pas en avoir honte. exactement come le mot esclave. eh oui nègre, esclave me définissent aussi, sans traumatisme. Sans rage, sans rage, sans douleur que je sache ! Comme le disait il y a bien longtemps James Brown Say it loud I’m black and I’m proud !

Je sais bien avec Senghor que le tigre ne proclame pas sa négritude mais pourtant si, quand il rugit on sait qu’il est tigre. Ce que voulait dire Senghor à mon sens c’est qu’il ne s’agit pas de proclamer, de brandir des étendards et des anathèmes, qu’il s’agit de réaliser. Vivre sa vie d’homme ou de femme nègre la tête haute, ancré dans ce vingt-et-unième siècle tout en étant pleinement conscient des luttes qui restent à mener . Il ne s’agit pas d’oublier mais de dépasser, d’aller au-delà, de bourlinguer au-delà des codes implicites que nous mêmes nous nous créons et qui nous bloquent. Pour cela il faut sortir un peu de son petit confort de martyr cathéchumène et aller de l’avant. Se méfier des prêches de toutes sortes et tracer son sillon dans la glaise sans angélisme sans haine.

Kerry James chante Musique Nègre sans que cela ne dérange personne.

Et Baldwin fait sensation dans Je ne suis pas votre nègre ! I am not your Negro

il y a une différence entre être nègre et être le nègre tel qu’il est perçu par l’autre. Bal nègre, art nègre. Moi j’aime beaucoup sang nègre. Je n’y vois aucun sens péjoratif. Negro, nigger, nigga, en anglais – nèg, vyé nèg, ti negrès, bel nèg, en kreyol – nega, nego, negão, neguinha, neguinho, preta en portugais – nègre, négro, négresse en français.

La langue évolue constamment, les livres non. C’est trahir un ouvrage que de l’expurger. Si Cendrars en 1928 a choisi « contes nègres » au lieu de contes noirs ou africains c’est qu’il était conscient de la force mythique du mot. Cendrars était en cela un pionnier, un passeur qui débroussaillait le territoire inculte d’histoires récoltées par les missionnaires et autres colons et lui redonner de la chair et du verbe, de la théâtralité. Mosikasika, le petit poussin c’est comme le Petit Poucet. Les contes animaliers d’où qu’ils viennent font partie de l’archétype humain des lacs comme des tissus colorés  au pays de Mosikasika avec son cortège de héros et d’animaux. Les animaux ne sont pas noirs ou blancs ou verts ou gris ils sont animaux, point final.

Déjà en 1921 il écrit son Anthologie nègre 320 pages pour transmettre au lecteur européen la richesse des cultures primitives africaines.

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Quand Picasso (1881-1873) avoue « l’art nègre? connais pas » en 1920 cela veut-il  dire qu’il méprise l’art africain dont il utilise pourtant la déconstruction ? Cela veut-il dire qu’il était raciste ? Je ne le pense pas .

En 1930 Cendrars écrit Comment les blancs sont d’anciens noirs avec 5 illustrations de Alfred Latour (1888-1964)

Moi je le dis tout net. Non seulement j’aime le texte de toutes ces éditions passées mais j’en aime aussi la forme. J’aime les illustrations  de Jacqueline Duhême dans l’édition de Gallimard Jeunesse qui outre les 10 contes originaux en rajoute 2 publiés en 1929 La Féticheuse et Le son de la vitesse.

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.J’aime encore plus celles de Pierre Pinsard (1906-1988), 50 bois originaux, peints à l’époque pour une édition de luxe aux editions du Sans Pareil  en 1929

Et il ya encore l’édition de 2009 aux Editions Art Spirit sur des illustrations de Francis Bernard (1900-1979)  qui datent de 1946 mais qui ont été mises en couleur par Emmanuel Pinchon. Edition de luxe tirée à 3000 exemplaires et au profit de la PEMF  (Publications de l’Ecole Moderne Française) et de la BPE (Bibliothèque pour l’Ecole)(mouvement Félicien Freinet)

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Il y a pour finir l’edition récente (2014) de la Bibliothèque Nationale de France en coopération avec Albin Michel Jeunesse toujours à partir de l’édition de 1929 enrichie cette fois de deux textes ultérieurs

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Je ne nie pas que tous ces ouvrages soient peut-être empreints de doudouisme et paternalisme, peut être même au cor défendant de Cendrars que j’admire avant tout comme poète et bourlingueur mais Rousseau et son bon sauvage et Voltaire ont ce même regard un peu décalé sur l’Autre. Mais on sent chez Cendrars cette attirance, cette fascination pour la richesse fantasmagorique des contes africains. Cela s’en ressent dans son écriture, dans le rythme de ses phrases, les répétitions. On le sent bien pendant 1h54′ lorsque le texte est lu comme dans l’édition sonore réalisée par Lydia Evandé et Meyong Bekaté sur une musique d’Eric Gérard pour le compte de Gallimard Jeunesse.

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Abbi Patrix et la Compagnie du Cercle imaginent dans l’Ombre  du zèbre n’est pas rayée un spectacle basé sur le texte de Petits contes nègres pour les enfants des blancs. La musique en background est intéressant. Je reste sur ma faim pour le rythme de la diction. Mais peut-être que dans le spectacle tout s’articule très bien. je préfère quant à moi le rythme de Lydia Ewané et Meyong Bekaté.

J’aime encore ces tentatives de Dominique Larcher 

La poésie c’est l’art du décalage du point différent . Quand Cendrars répète avec jouissance des artifacts de la tradition orale du conte africain (pour ne pas dire nègre) quand il parle d’un pays appelé l’écho-l’écho, d’un fleuve qui s’appelle glouglou-coule-toujours, d’un village nommé Debout-Debout, je retrouve chez lui l’art du griot, du conteur, du et cric et crac et de l’onomatopée. Cendrars, son écriture est nègre alors comme la cendre qu’on se met autour des yeux pour mieux voir et mieux être vu. Nègre dans le sens des negbwa des negmawon qui s’affranchissent des codes noirs ou nègres, nègres dans le sens que l’ombre du zèbre n’est pas rayée..

Les recueils de textes oraux africains transcrits font florès depuis le début du 2Oeme siècle. il suffit de consulter la base de données de Mukanda, Recherches Documentaires sur l’Afrique Centrale de l’Université de Lorraine pour s’en rendre compte.

On a encore des

Contes nègres (Struyf I, Charles P. ) (1924).

Contes blancs d’Afrique noire (Joelle Van Hee) (1990) L’Harmattan

Mille et quatre contes du Zaïre et du Shaba (Frédéric Vandenwalle) (volumes 1 à 13)

Contes des Heures Chaudes (André Villers)

Contes bamiléké (J Verhooven)

Autour du feu. Contes de chez nous.Tomes 1 et 2 (Wembonyama Okitotsho)(1999 et 2000)

Proverbes, légendes et contes fang (Henri Trilles)(1905)

Contes et légendes pygmées (Henri Trilles) et (André Lagarde, illustrations)(1935)

La pierre de feu. Légendes, contes, fables et récits des Baboma (Pierre Daye)(René Tonnoir)(Adrien van en Bossche)(1939)

Sur des lèvres congolaises. Contes (L. Guebels) (1947)

Quarante contes indigènes de la région des Basanga (Katanga) (H Roland)(1937)

Contes du Burundi (Francis M. Rodegem, P. Reitz)(1993)

Contes noirs pour petits blancs (Gaston-Denis Périer)(1947)

et beaucoup d’autres

 

Bestiaires, encres flottantes, ours à lunettes et peintres de la nubeselva

 

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Au 31eme FILBO Feira Internacional de Livros de Bogota qui a lieu à Bogota du 17 avril au 2 mai on peut trouver parmi des milliers de livres de toute provenance Animalario. C‘est  un bestiaire, un volucraire, un lapidaire fantasmé par le binôme colombien composé de Blanca Moreno au dessin  et Roberto Triana Arenas à l’écriture qui répond à la double exigence latine du placere et docere. Il faut plaire et instruire. Ils ne sont ni théologue ni zoologue. Mais tout bestiaire ayant la prétention de servir une morale peut-être y a-t-il dans cet opus une morale écologique chrétienne !

Le livre est paru en 2014  aux éditions Taller Arte dos Grafico, de Bogota avec un tirage de 300 exemplaires numérotés  et signés des auteurs. Les auteurs ont créé un opéra à quatre mains: le langage poétique et artistique s’entremêlent  pour présenter des visions fulgurantes . En 1980 le même Triana avait publié un autre livre intitulé Bestiario avec des lithographies  de l’italien Sandro Chia.

Rien ne se crée, tout se recycle disait Lavoisier. En l’occurrence il y a une approche européenne des animaux qui va de Pline Le Vieux et passe entre autres par Linné, Cuvier et Buffon, une approche  qu’ont suivie zoologues, paléontologues et naturalistes du monde entier et qui se poursuit ici mais avec une vision non pas italo-colombienne  mais cette fois-ci autochtone colombo-colombienne sur les animaux. Bien avant les bestiaires Hérodote (-480/-425), Aristote (-384/-322) et son Historia Animalium , Pline l’ancien (23-79) et son Naturalis Historia ont tour à tour tenté de poser des jalons et es passerelles entre gente animée, entre gente animale et gente humaine.

Les bestiaires étaient censés à partir d’animaux réels ou imaginaires dresser des portraits moraux ou moqueurs des contemporains de leurs auteurs. C’étaient en fait des fables moralisantes peintes ou dessinées.

Bien avant ces bestiaires encore, la Bible dans le Nouveau et l’Ancien Testament fait apparaître des animaux qui servent de support textuel à des considérations religieuses et ou à l’enseignement de  valeurs morales. Parmi les animaux qui apparaissent le plus souvent dans la Bible on retrouve  8 de ces animaux représentés dans Animalario : l’ours, le loup, le renard, le chien, le sanglier, le vautour,  l’araignée, le caméléon

Le Phisiologus Physiologos. Le bestiaire des bestiaires. Texte traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2004, 325 p.
33 euros / ISBN : 2-84137-171-9. (le livre de bestiaire) est l’un des premiers ouvrages sérieux en latin sur l’histoire naturelle. Il est attribué par certains à saint Epiphane. C’est un mélange subtil d’allégorie chrétienne et de science mystique venu du plus profond des âges et relevant de traditions culturelles aussi diverses que la Grèce, l’Egypte qui prétend fournir des explications exégétiques.

Le Livre XII – Des Animaux, in Etymologies d’Isidore de Séville (entre 560 et 570 -636) interprétation scientifique

Le Bestiaire de Philippe de Thaon (le premier en langue vulgaire à avoir utilisé le mot bestiaire dont deux animaux sont communs à ceux de Moreno : renard (gupil) et salamandre (sylio) : interprétations moralisatrices

Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de Normandie, trouvère du XIIEme siècle (deux animaux communs à Moreno renard (Goupil) et salamandre ):interprétations exégétiques

Richard de Fournival et son Bestiaire d’Amour ( bestiaire à visée courtoise : 4 animaux communs : loup, renard, chien, vautour)

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Ana Maria Sybilla Merian (1647-1717)(Allemagne) artiste peintre florale et naturaliste et son Metamorphosis Insectorum Surinamensium de 1705 dans lequel elle croque des plantes hôtes avec es petits animaux qui peuplent ces plantes.,

Albert Eckhout (1610-1665),

Jean-Baptiste Debret, (1768-1848)

Cabocle Indian hunting birds with a bow and arrow, from 'Voyage Pittoresque et Historique au Bresil', published in 1839 (colour litho)

Friedrich Alexander von Humboldt (1769-1859)

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Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

Estudo de pássaros na selva. Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

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Jean-Jacques Audubon, (1785-1851), peintre naturaliste et son Birds of America (1838)

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Etienne Denisse (1785-1861), botaniste, auteur de Flore d’Amérique, (1843)

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Ernst Haeckl (1834-1919) et son Kunstformen der Natur publié en 1904

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.07627
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Autant pour comprendre les bestiaires médiévaux il faut se replonger dans le contexte de l’époque pour en avoir une lecture, autant pour comprendre ce bestiaire qui insiste sur sa colombianité il faut tenter de saisir la charge psychologique investie ans cahacun e ses animaux en Colombie. Il y a aussi la nécessité de lier le texte au contexte donc et le dessin à une proto-structure originale pour laquelle  la référence est la vision occidentale moyennâgeuse de l’animal. L’animal est ce qu’il est mais surtout ce que l’on y met. De la même façon que les peintres et plus spécifiquement les botanistes peintres s’attachent à peindre le plus fidèlement la flore ils traduisent aussi des mythes qui entourent ces fleurs ou plantes. De même les spécialistes de la faune  malgré leur regard scientifique tentent de donner une représentation qui leur est personnelle un peu anthropologique des animaux. qui est une sorte d’alter ego de l’homme et qui permet à travers lui de  moquer, ridiculiser, faire sourire ou pleurer ses contemporains.

Il n’est pas indifférent que dans ce bestiaire il n’y ait pas de lion et que le premier animal soit l’ours qui en fait la couverture. il n’est pas indifférent qu’outre les 19 animaux qui composent cette fresque il y  en a un vingtième qui porte le nom de la bête et qu’on imagine être un mélange d’aptalon, de serre, de caladre et nicorace. Il y aurait bel et bien donc une filiation assumée entre les auteurs des bestiaires de l’ère médiévale et nos deux sud-américains ancrés dans la post-modernité de ce premier quart de 21ème siècle..

Animalario Universal del Professor Revillod ,  Almanaque ilustrado de la fauna mundial de  Javier Saez Castan (illustrations) et Miguel Murugarren (texte) publié au Mexique en 2003 est composé de 21 planches  d’animaux divisés chacun en trois parties qui alternées peuvent donner pèle-mêle jusqu’à 4096 animaux différents. On a droit aux animaux familiers tels l’éléphant (elefante), le tatou (armadillo),  le rhinocéros (rinoceronte), le kangourou (canguru),  la vache (vaca), le coelacanthe (coelacanto), le chien (perro), le tigre (tigre) la puce (pulga), le casoar (casuario), le kiwi (kiwi) , le chameau (camello), le sibérien (siberiano), le poisson rouge (carpin dorado), la truie (cochina), le lapin (conejo), le corbeau (corvo), et par le truchement fantaisiste  et aléatoire d’une sorte de poésie combinatoire digne de l’oulipo et de Raymond Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes à des animaux fantastiques, du type cadavres exquis  tels le tasibegue, le rolaguro, la tacetuna, le cargante, l’elesibegre, le tawicanto, le pulpindorado.

L’idée de vouloir affirmer par l’art autochtone est ainsi reprise par un autre peintre animalier colombien de la région d’Antoquia Bryan Sanchez

Loin de moi l’idée de vouloir psychanalyser les auteurs mais ayant dans l’esprit l’ouvrage Bestiario de l’argentin Julio Cortazar je dois noter pourtant le fait que seuls deux animaux marins soient représentés (le poulpe et la méduse) soit deux sur 20 animaux ce qui caractérise un rapport de un sur 10. Ceci est compréhensible vue l’altitude de Bogota où les cris de la méduse et du poulpe ne parviennent pas à se hisser jusqu’aux nuages de la « nubeselva ».

Dans cette hypothèse de travail je dois dire que j’ai été un peu surpris par la première planche qui introduit ce bestiaire qui est un ours ! Un ours à lunettes, me semble-t-il (Tremarctos ornatus), animal vulnérable s’il en est et le seul représentant de la classe des ursidés en Amérique Latine.  Que veut-on exprimer de sa vision du monde quand on pose comme un préalable en page de couverture cet ours, sinon un regard écologique ? il y aurait donc bien une morale dans ce bestiaire même si les auteurs ne s’en vantent pas : une morale écologique ?

voyons tout ça de plus près ! Il y a dans ces vingt illustrations un ours (bear, oso, urso) donc, un tapir (tapir, tapir, anta), une araignée (spider, araña, aranha), un renard (fox, zorra, raposa), un colibri (humming bird, colibri, beija-flor), un faucon (falcon, halcon, falcão), une tortue terrestre (tortoise, tortuga, tartaruga), un caméleon (chameleon, cameleon, cameleao), un chien (perro, dog; cachorro) , un vautour (vulture, buitre, urubu), un poulpe (octopus, pulpo, povo), une mite (moth, polilla, traça), un tatou (armadillo, armadillo, tatu), une méduse (jellyfish, medusa, agua-viva), une salamandre (salamander, salamandra, salamandra), un iguane (iguana, iguana, iguana), un loup (wolf, lobo, lobo), un  sanglier (boar, jabali, javali), une bête (beast, bestia, besta) qui tentent d’entrer chacun en résonnance avec un court poéme.

El OSO

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Siempre fui agria

no para su lengua

fluia con recato

si de mi se alejaba

escondia mis néctares

Hasta que él no llegara

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J’ai autrefois connu personnellement dans sa période anglaise Blanca Moreno, il y a donc de cela une trentaine d’années et plus. Et elle s’est rapidement spécialisée dans l’art naturaliste. La nature morte. La nature vivante, peu importe. La nature pleine et entière dans un rapport presque ésotérique à l’eau. A l’instar de Gonzalo Ariza Velez (1912-1995) originaire lui aussi tout comme elle de Bogota elle s’est consacrée à ce que Ariza appelait « la nubeselva » la forêt entre 1400 et 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Comme Ariza    Moreno a emprunté à la tradition japonaise et s’inspire dans Animalario de Katsushica Hokusai (1760-1849), l’homme aux 120 noms, auteur prolifique. J’aime ses représentations de la nature vierge de toute figure humaine ou animale.

Mais il a eu aussi une production de shungas, des planches érotiques  dites images du printemps, des estampes qui mettent par exemple en scène comme ci dessous la célèbre  femme aux deux poulpes-pieuvres.

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Dans Animalia Blanca Moreno s’est inspirée notamment e 3 haikus érotiques dont les illustrations mettent en scène des animaux.

Mais elle compte parmi ses influences tout ce qui touche aussi à l’art islamique naturaliste mohgol et perse et en particulier  l’oeuvre d’  Ustad Mansur (17eème siècle).

J’ai toujours pensé que Blanca Moreno, bien qu’appartenant elle aussi à la sphère de la « nubeselva », avait en elle quelque chose de profond, une écheveau de racines rhizomiques la reliant de manière presque organique à ce que j’appelerais  pour paraphraser nubeselva « la selvarhizofora ». Il me semble qu’il y a un coeur de mangrove nocturne qui pulse en elle. L’élément eau lui est consubstantiel. Je la vois flotter comme un diablotin hybride entre les palétuviers  rouges, s’entremêler dans l’obscur humide aux pieuvres miaulantes dans les racines en échasses où pullule la vie. Les moustiques, les crabes, les palourdes, les huîtres, les hérons !  Sanctuaires de faune et de flore où les fleuves se faufilent comme des papillons-deuil dans la vase dessinant leur souffle à la surface des nuages .

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Et je lui ai fait un jour la remarque qu’on ne voyait jamais apparaître d’animaux dans ses tableaux. Ce à quoi elle m’ a répondu en janvier 2007:

« Sabes?? los animalitos andan metidos detras de las hojas…(de los arboles). Tambien las montañas y bosques viven flotando dentro de mi .. It is always that way that I paint…When I do, I feel boundaries do not exist any more. »

Thus spoke Blanca Moreno, en réponse à mon interrogation sur l’absence étrange d’animaux dans ses tableaux exposés en ce moment à la galerie .

« Les animaux vont et viennent bien installés à l’abri des feuilles… (des arbres). Par ailleurs les montagnes et les bois vivent en flotaison en mon for intérieur… C’est toujours ainsi que je peins… C’est alors que je ressens que les frontières n’existent plus. »

Suite à cette réponse  j’étais écrivait alors ceci :
« Voici Blanca Moreno, que je proclame dès à présent chef de file de l’infra-réalisme merveilleux. Car maintenant tout est fantamagoriquement clair. Son merveilleux ne saurait être accessible qu’à travers l’utilisation de rayonnements infrarouges, ultraviolets et x . Au-delà de l’observation à l’oeil nu qui vous montrera une couche picturale tout à fait normale (si ce n’est quelques craquelures, témoins de l’ancienneté du tableau), je vous invite d’ores et déjà à l’examen de l’un de ses tableaux au microscope binoculaire. Il s’agit du célèbre « Platanillos » (Balisiers) .
Ce dernier montre que la plupart des motifs végétaux du tableau (feuilles, troncs, branches, bractées) du tableau ont été retravaillés ou ajoutés par l’artiste. La réflectographie par infrarouge permet de pénétrer plus en avant dans la couche picturale. L’analyse par cette technique fait apparaître le dessin préparatoire qui se trouve sous la couche de peinture. Par exemple ici on constate que c’est la fin de la saison de pluies, nous sommes entre Pâques et juin, sous chaque feuille s’ébat une colonie de fourmis coupeuses de feuilles rouge orangé en plein vol nuptial par un lendemain de carnaval. L’analyse fait aussi apparaître quelques surpeints au niveau des troncs d’arbres (en fait à l’origine des palétuviers à échasses). On aperçoit aussi des milliers de trous de crabes et des fourmis à gros cul qui s’y aventurent désorientées à la recherche de leur reine. La radiographie révèle une foule de détails : grain, fissures, défauts, vides, joints, ailes, repentirs, ajouts, retouches, mandibules, insectes à l’état de nymphes ou d’imago, etc
Grâce aux rayons X on se rend compte que la tache rouge (la bractée de balisier bordée de poupre et de vert) correspond à une tête de troglodyte siffleur masquée par un surpeint. Si on observe attentivement on découvre qu’elle a été modifiée : elle était au départ peinte de profil.
Oui, bien installée à l’abri des feuilles de balisier c’est une vraie ménagerie de troglodytes qui est ainsi exposée au-delà de la paix apparente de ce paysage tropical de zingibérales idéales : à calotte noire, à gorge brune, à face pale, à long bec, à miroir, à nuque rousse, à poitrine grise, à poitine tachetée, à ailes blanches, à bec court, à bec fin, à tête blanche, à ventre blanc, à ventre noir, arada, austral, barré, bicolore, chanteur, d’Apolinar, de Bewick, de Boucard, de Caroline, de Cobb, de Socorro, de Zapata, des cactus, des canyons, des marais, des rochers, des ruisseaux, des volcans, du Merida, du Sinaloa, du Yucatan, familier, fascié, flûtiste, géant, gris, grivelé, mignon, modeste, montagnanrd, rayé, roux, rufalbin, tacheté, zoné, à favoris, à moustaches, à sourcils roux, à ventre fauve, balafré, bridé, brun, coraya, de Branicki, de Clarion, de Cozumel, de Nava, de Niceforo, de Sclater, denté, des Antilles, des Guarayos, des halliers, des Santa Marta, des tépuis, fauve, ferrugineux, inca, joyeux, maculé, moine, ocre, olivâtre, philimèle, rossignol, zébré.
C’est une vraie explosion de cris et de chants, de queues qui remuent et de couleur qui tente de s’affranchir des bleus et verts et bleus et verts et bruns d’une mangrove décidément indomptable. Puis tout à coup s’impose le silence. Et si l’on prête l’oreille au delà des inflorescences, on entend par delà les mousses et les lichens le chant parfait des troglodytes siffleurs : twit twit twit !!!! Also sprach Blanca Moreno, grande amatrice devant l’éternel de caviar de Santander. »

Du 27 février 2007 au 27 mars 2007 Blanca Moreno exposait à Bogota à la Galeria de Arte Fenalco. L’exposition avait pour titre : Memorias de Lugar. Mémoires de lieu. Elle ajoute alors en préambule à l’exposition :

« Il y a un endroit qui bouge en moi. Parfois c’est le vent qui remue les feuilles vertes de la forêt qui vit dans mes poumons. Parfois encore ce sont des milliers de lumières qui parcourent mon torrent sanguin, frénétiques et délicates comme un roucoulement. Je m’assieds sur une rive ou l’autre et j’observe le va-et-vient. Alors celui qui peint disparaît. Le jeu mystérieux commence et nous sommes plus débordants de vitalité, plus libres et plus vulnérables.
De cette vraie dynamique, vestiges silencieux, surgissent, les peintures. »

Blanca Moreno, 2007

 

Dans Animalia elle utilise la technique ebru  (art des nuages), technique turque de peindre sur l’eau, appelée aussi papier marbré. Cette technique vient elle aussi du Japon  où elle est apparue au XIème siècle sous le nom de suminagashi (encres flottantes) puis s’est répandue à travers l’Asie Centrale à partir de l’Inde pour arriver en Turquie vers le XVIème siècle. Pour réaliser cette technique il faut de l’eau distillée à laquelle on ajoute de la gomme adragante et du fiel de boeuf. Le liquide devient visqueux  (certains préfèrent la poudre d’algues, moi j’imagine bien des gombos, des mucilages).

Les animaux représentés par Blanca Moreno en 2014  dans Animalario forment un bestiaire où chacun des auteurs arrive à cloche-pied pour ne pas emprunter le nuage de l’autre. Il s’agit de ne pas réveiller les animaux, « los animalitos », mais aussi les fieras. La bestia montre les crocs telle une hyène qui ne dit pas son nom. Peut-être cette bestia voudrait-elle simplement elle aussi  à l’heure des grillons (« la hora de los grillos« ), à cette heure si paisible, se retrouver sous les racines en échasses d’un palétuvier rouge à souffler sur l’eau pour simplement faire des vagues d’encre qui feront elles aussi un tableau aléatoire dans la mer des Caraïbes. Mais la question continue, lancinante : les ours à lunettes peuvent-ils décemment surfer sur  les vagues dans la mangrove ?

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La panthère noire de Wakanga, paradis du vibranium, un message d’excellence noire

J’ai une déformation historique ! Quand j’entends panthère noire j’entends Elridge Cleaver, j’entends Angela Davis, Huey Newton, Bobby Seale, Soledad Brothers, j’entends révolution urbaine, nationalisme noir, BP !Et je vois les antagonismes avec MLK et Malcom X. Mais voila j’ai tout faux ! Panthère noire rime désormais avec Wakanda, un pays africain qui derrière ses huttes et ses troupeaux cache un eldorado afro-futuriste grace à ses ressources en vibranium et son avance technologique. eh bien non panthère noire rime avec Marvel ! Marvel Studios qui rime avec bande dessinée, comics, qui désormais va rimer avec un film qui a rapporté en une semaine 500 millions de dollars à travers le monde. C’est ce qu’on appelle un blockbuster. L’un des rares blockbusters où le héros est un super héros noir ! C’est un produit Disney, tout de m^me ! et il va être décliné en déguisements, sac à dos, mug, ensemble e jogging, blouson à capuchon, figurines et cahier. C’est la loi du genre comics, du fantastique futuriste ! Courez à Disney World voir défiler les étoiles de l’afro-futuriste Wakanga!

Ce film de 135 minutes réalisé par Ryan Coogler dans le cadre de MCU (Marvel Cinematic Universe) pour lesquels c’est la dix-huitième aventure cinématographique, nous transporte dans un espace tribal, un espace sidéral et un espace digne de James Bond. Je ne suis pas familier avec la bande dessinée Black Panther dont le super héros, le premier super héros afro-américain aux Etats-Unis né en juillet 1966 de l’imagination de Jack Kirby et Stan Lee. En octobre 1966 le Black Panther Party est créé et s’inspire, qui sait, de l’aura de ce roi de Wakanda.

Pendant quelques temps la panthère noire va se faire léopard noir pour se dissocier de l’image du groupe activiste né la même année que lui. Puis avec le temps la panthère noire va revenir à son nom d’origine Black Panther !

Mais ce super-héros sera suivi par bien d’autres afro-américains comme Riri Williams, Blade,  Black Lightning, Steel, Mike Morales, John Stewart, Luke Cage (Power Man), Spawn et Storm ! il est bien évident que pour leur auto-estime les enfants afro–américains adoraient s’identifier à ces héros. Moi-même quand j’étais petit je ne me souviens pas de ce Black Panther et pourtant j’étais friand de bédé. Je me souviens de Zembla, Akim qui remplaçaient avantageusement pour moi Tarzan. De Mandrake le magicien et de son acolyte Lothar ! et bien sûr de Razibus Zouzou et de son partenaire Bibi Fricotin ! Mais je n’ai pas eu l’honneur e faire connaissance avec La panthère noire

Comme dans toutes les comics c’est l’éternelle dichotomie : le bien s’affronte au mal. il y a des bons, il y a des brutes, il y a des truands. Les méchants, les villains, l’evil dans toute sa splendeur diabolique inondent cette société encore tribale malgré son avancement technologique de leur violence millénaire. La distribution aux  huit dixièmes afro-descendante inclut:

Forest Whitaker dans le rôle de Zuri (le grand-prêtre de Wakanda)

Sebastian Stan dans le rôle de Bucky Barnes, dit  Hunter, frère adoptif de T’Challah, chef de la police secrète Hatut Zeraze, The White Wolf

Angela Bassett dans le rôle de Ramonda, femme de T’Chaka, belle-mère de T’Challah

Lupita Nyong’o dans le rôle de Nakia, ex girlfriend de la Panthère Noire,  agent secret pour Dora Milaje

 

John Kani dans le rôle de T’Chaka

Letitia Wright dans le rôle de Shuri, soeur de T’Challah, un génie en technologie

Chadwick Boseman dans le rôle de T’Challa, la Panthère noire, fils de T’Chaka

Sterling K Brown dans le rôle de N’Jobu, frère de T’Challa, un révolutionnaire

Michael B Jordan dans le rôle de Eric « Killmonger » Stevens, fils de N’Jobu, un soldat es forces opérationnelles us  spécialisé dans l’assassinat et la estabilisation des régimes

Danai Gurira dans le rôle de General Okoye (garde du corps des forces spéciales de Wakanda, Dora Milaje)

Florence Kazumba dans le rôle d’Ayo

Daniel Kaluuya dans le rôle de W’Kabi, ami et confident de T’Challa, chef de la garde frontière

Winston Duke dans le rôle de M’Baku, ou Man-ape , chef d’un clan rebelle

Isaach de Bankolé dans le rôle de River Tripe Elder

Heath Ledger dans le rôle de Joker

Andy Serkis dans le rôle de Ulysses Klaue, un marchand d’armes sud-africain

Martin Freeman dans le rôle d’Everett K Moss, agent US de la CIA

Atandwa Kani, dans le rôle de T’Chaka jeune

Et bien d’autres encore intègrent ce panthéon.

Avant ce film all black qu’on pourrait qualifier de blaxploitation il y avait eu d’autres films qui avaient défrayé la chronique  comme Blazing Saddles  en 1974 (dirigé par Mel Brooks), Shaft (1971), The color Purple (1985)(dirigé par Steven Spielberg), Blade (1998) réalisé par Stephen Norrington qui met en scène le personnage de comics Blade, Get out (2017) de Jordan Peele et Girls Trip (2017) de Malcom D Lee

Le film  est bien évidemment un film de divertissement qui fait suite aux événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War où certains personnages étaient déjà apparus mais il aborde une foultitude de questionnements sociaux et humanitaires. Il pose les questions autour de thématiques universelles (car n’oublions pas Disney est là) sur comment aider son prochain, quel est le pouvoir des femmes, il aborde les injustices, l’incarcération en masse de minorités ethniques à travers le monde, les crises de réfugiés, la pauvreté systémique, le colonialisme, l’exploitation post-colonialiste, le racisme, la révolution, l’isolationnisme, le partage de la connaissance. On navigue par tous moments entre espace sidéral, espace mythique, espace politique et historique. On sent une certaine ambivalence entre les aspirations collectivistes des Noirs et la valeur symbolique de monarques noirs.

Moi je ne m’intéresse pas trop à ces aventures futuristes et fantastiques en règle générale. J’aime que les choses soient vraisemblables, possibles ! En fait c’est à la bande-son, à l’original soundtrack avec la production executive de Kendrick Lamar que je souhaite m’intéresser ! Black Panther: The Album ! 14 titres et déjà en tête des charts ! Moi je m’intéresse plus particulièrement aux rhytmes africains. J’imagine des rythmes originaires du Wakanga, aux frontières bien qu’il soit mythique de  l’Ouganda et du Kenya. L’Afrique de l’Est, donc. Eh bien disons que les représentants choisis pour distiller cette musique sont  tous originaires d’Afrique du sud. Nous avons la rappeuse Babes Wodumo, qui apparaît sur le titre Redemption

Saudi, qui apparaît sur le titre X

Yugen Blakrok, qui apparaît  sur Opps

Sjava, qui apparait dans Seasons

La soundtrack de Ludwig Göransonn, le griot suédois,  compositeur entre autres faits d’armes  de Creed (2015), Fruitvale Station (2013) et Black Panther (2018) a l’objectif de vouloir faire émerger une  musique wakandaise, africaine et spatiale et fantastique et futuriste en même temps par l’utilisation d’éléments traditionnels de musique africaine du Senégal et d ‘Afrique du Sud mixés à un orchestre de 130 composants, une production et un choeur de 40 personnes. Il a aussi participé à l’univers de Childish Gambino

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Au-delà de ces découvertes qui vont se joindre à des dizaines d’autres puisque je suis en Afrique de l’Est depuis 6 mois et qu’il me reste encore 6 mois à y rester voici les 14 plages où vous pourrez vous morfondre , vous bronzer ou gigoter, au choix :

  1. Black Panther (KL) https://youtu.be/YQuIvn9X6xc
  2. All the stars (KL + SZA) https://youtu.be/JQbjS0_ZfJ0
  3. X (KL + Schoolboy Q + 2 chainz + Saudi)   https://youtu.be/eo85ZFiyIEo
  4. The ways (KL + Khalid + Swae Lee) https://youtu.be/Xege0kE-fYE
  5. Opps (KL + Vincent Staples + Yugen Blakrok) https://youtu.be/lcDlJFTKYyw
  6. I am (Jorja Smith) https://youtu.be/YZTuHE5UVHA
  7. Paramedic! (SOB + RBE) https://youtu.be/fR3ATSiUc1E
  8. Bloody Waters (KL +Ab soul + Anderson .Paak + James Blake) https://youtu.be/PwUe4vXX0C8
  9. King’s Dead (KL, Jay Rock + Future + James Blake) https://youtu.be/VwAnsAUYnw4
  10. Redemption Interlude (Zacari)
  11. Redemption (KL + Babes Wodumo) https://youtu.be/pz4MRFspAIo
  12. Seasons (KL + Sjava + Reason) https://youtu.be/kLtDO1erqNE
  13. Big Shot (KL + Travis Scott) https://youtu.be/CtxeqBCRAUQ
  14. Pray for me (KL + The  Weeknd)   https://youtu.be/Z0OZZbLUzvw

Pour terminer je viens de lire dans le Point l’article de l’intellectuel camerounais, penseur du post-colonialisme Achille Mbembé. L’article publié par Le Point s’intitule Black Panther, une « nation nègre » debout.

Lire encore « Black Panther » : signe de plus d’inclusion au cinéma, ou simple exception ?

Esclavage, vice-championne du carnaval de Rio 2018

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Il y a de cela presque 130 ans le 13 mai 1888 la loi Aurea était promulguée au Brésil par la princesse régente Isabel. Elle avait été précédée en 1871 par la loi du ventre libre qui déclarait libres les enfants nés d’esclaves. Avec cette loi l’esclavage était aboli. Le G.R.E.S Paraiso do Tuiuti,  originaire de la favela du même nom dans le quartier de São Cristovão, vice-championne du carnaval 2018, a enchanté les tribunes au moment du défilé des écoles de samba sur l’avenue Marques de Sapucai avec cette question qui taraude encore de nombreux Brésiliens de toutes couleurs. Quelle que soit la teinte de l’arc-en-ciel qui nous caractérise la question posée est : »Mon dieu, Mon dieu, l’esclavage est-il aboli? »

L’esclavage était donc le thème du défilé  avec cette question Meu Deus, meu Deus Esta extinta a escravidão ? L’esclavage est-il éteint ? Le seul fait de se poser la question en 2018 interroge au Brésil comme elle interroge dans de nombreux pays à travers le monde des Etats-Unis aux Antilles. Si on se pose la question c’est qu’elle n’est pas résolue ! Par ailleurs une nouveauté : une femme Grazzi Brasil chantant le thème d’ouverture.

Les compositeurs Claudio Russo, Moacyr Luz, Dona Zezé, Jurandir et Aníbal, ont fait une nouvelle narration de l’histoire de l’esclavage au Brésil à travers leurs 29 ailes (asas) montrant l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes aussi bien dans le champ rural que dans le domaine urbain, dans les quilombos et senzalas d’aujourd’hui, les favelas, désormais appelées pieusement de communautés (comunidades) où règnent tous les trafics (rogues, sexe, armes) et l’insécurité à tel point que juste après le carnaval les troupes militaires fédérales sont intervenues et ont assumé le pouvoir de police à Rio de Janeiro. Un défilé à forte connotation politique donc puisque les réformes engagées par le président Temer sont caractérisées comme un recul, un retour en arrière vers  des pratiques anciennes  datant de la Colonie et de l’Empire où la préservation du système esclavagiste et la surexploitation du travail était la principale caractéristique des élites économiques. Récemment les lois rétrogrades gouvernant le travail ont été promulguées et les conditions pour dénoncer un travail esclave renforcées donnant naissance à ce qu’on peut appeler un esclavage social.

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Bien que beaucoup d’historiens expliquent que la corruption est un des piliers du brésil d’autres comme Luiz Felipe de Alencastro  (voir son ouvrage Trato dos viventes) affirment que l’esclavage est le pilier de la formation historique brésilienne car l’empire portugais d’outre mer n’a pu se former que par et grâce à la traite négrière et la construction de réseaux commerciaux dans l’Atlantique Sud.

Que disent les paroles :

Não sou escravo de nenhum senhor
Meu Paraíso é meu bastião
Meu Tuiuti o quilombo da favela
É sentinela da libertação

Irmão de olho claro ou da Guiné
Qual será o seu valor? Pobre artigo de mercado
Senhor eu não tenho a sua fé, e nem tenho a sua cor
Tenho sangue avermelhado
O mesmo que escorre da ferida
Mostra que a vida se lamenta por nós dois
Mas falta em seu peito um coração
Ao me dar a escravidão e um prato de feijão com arroz

Eu fui mandinga, cambinda, haussá
Fui um rei egbá preso na corrente
Sofri nos braços de um capataz
Morri nos canaviais onde se plantava gente

Ê calunga! Ê ê calunga!
Preto Velho me contou, Preto Velho me contou
Onde mora a senhora liberdade
Não tem ferro, nem feitor

Amparo do rosário ao negro Benedito
Um grito feito pele de tambor
Deu no noticiário, com lágrimas escrito
Um rito, uma luta, um homem de cor

E assim, quando a lei foi assinada
Uma lua atordoada assistiu fogos no céu
Áurea feito o ouro da bandeira
Fui rezar na cachoeira contra bondade cruel

Meu Deus! Meu Deus!
Se eu chorar não leve a mal
Pela luz do candeeiro
Liberte o cativeiro social

 

 

Moi j’aurais une lecture un peu différente et à l’esclavage social j’ajouterais l’esclavage religieux. D’ailleurs dans le titre on voit bien les références religieuses de toutes origines : Meu Deus, meu Deus , Fui rezar na cachoeira, Amparo o rosario ao negro Benedito, preto velho, não tenho a sua fé, irmão, meu paraiso é meu bastião. Nao sou escravo de nenhum senhor pourrait sembler équivoque. En voulant signifier qu’on n’est esclave d’aucun maître d’aucun seigneur on n’épouse pas les idées anarchistes « ni dieu ni maître » et on accepte justement les théories religieuses qui ont justifié pendant des siècles l’esclavage. En d’autres mots l’esclavage continue parce que entre autres choses le joug des dieux reste permanent sur l’âme des damnés ! Et ce joug-la, cette exploitation de l’homme par les dieux et leurs représentants auto-proclamés sur terre, qu’ils soient rois, princes ou présidents, on n’en verra pas e sitôt la fin ! La libération de cette captivité n’est pas une question de larmes mais une question d’action, de révoltes. Les carnavals sont télévisés mais comme disait Gil Scott Heron : the revolution will not be televised