Macunaíma, (soap) opéra tupi en Ursa Major

Macunaíma c’est le chef d’oeuvre de Mário de Andrade (1893-1945) publié au Brésil en 1928. Cet ouvrage foisonnant a dû attendre 51 ans pour avoir une traduction en français (Flammarion 1979, traduction de Jacques Thiérot, 246 pages, avec une préface du poète brésilien Haroldo Eurico Browne de Campos (1929-2003). En 1997 une édition critique coordonnée par Pierre Rivas est publiée par Stock/Unesco qui revoit et corrige la version de 1979 et l’enrichit d’un glossaire (le total de pages se porte désormais à 345 pages. Notre compréhension de Macounaïma s’enrichit donc d’un tréma et d’un o et e 99 pages . Ce héros sans caractère, fils de la peur de la nuit, indien Tapanhumas, selon les termes mêmes du titre naît dans la Forêt Vierge de Uraricoera et finit constellation, satellisé dans la Grande Ourse. C’est donc l’histoire d’un voyage magique où l’indien change de peau comme de chemise. On croit ce Candide noir, mais le voilà tout-à-coup blanc aux yeux bleus à la faveur ou défaveur d’une pluie ensorceleuse, puis insecte, puis poisson puis même canard. Cette odyssée picaresque en incarnations successives s’apparente en surface au Gulliver’s Travels de Jonathan Swift, à Le tour du monde en 80 jours, de Jules Verne, à Moby Dick de Hermann Melville, voire In the Heart of Darkness de Joseph Conrad. Ce n’est pas non plus un voyage individuel car Macunaíma voyage avec ses deux frères Manaape (le noir) et Jiguê (le mulâtre). Oh le but de ce voyage riche en péripéties et personnages étonnants c’est São Paulo avec une petite pause à Rio de Janeiro. Étrange voyage à rebours qui mène du monde dit sauvage au monde dit civilisé, du monde dit primitif au monde dit supérieur, alors que tous les autres voyages cités ont un parcours entendu de la civilisation au sous-monde. On sort de la lumière du progrès de l’ordre pour se confronter aux ténèbres, au sauvage, à l’imprévu, aux rites magiques des pombagiras. En ce sens le périple de Macunaíma et de ses frères est une gageure. C’est une quête mais non une quête d’idéal, c’est la quête du muiraquitã, la pierre sacrée qui donne le pouvoir, qui donne l’identité. Tout ce voyage est en quelque sorte une quête d’identité qui s’achève en eau de boudin dévoré par une iara mangeuse d’hommes et en même temps un parcours initiatique à la modernité : les machines, la politique, les classes possédantes, la guerilla urbaine, le racisme. Or lors de son retour il se fait voler cette pierre et donc revient au pays, à la case départ les bras ballants. Pas étonnant alors que les dieux l’envoient balader dans une autre dimension. Les dieux de tout acabit et de toute dénomination qui sont les véritables héros de cette fable baroque, où se croisent et se décroisent aux détours des chapitres les mythes, le ludique, le grotesque, le sexe, le cannibalisme et l’oraliture. C’est un feuilleton, un soap opéra grotesque et merveilleux, fourmillant et virevoltant. Ce n’est pas à travers un fleuve linéaire que se déroule l’intrigue. Non l’intrigue ne se déroule pas, elle se déroute. Panurges, Pantagruels, Gargantuas de toutes textures et de toutes tessitures sont convoqués et interviennent par leurs touches quand elles ne laissent pas des Sanchos Panças, Ulysses et Marcos Polos desvairados le faire. Les rires fusent et se figent. Est-ce vraiment d’une comédie qu’il s’agit ? Ou serait-on en face d’un western feijoada ou d’un thriller moqueca. On a beau convoquer Till de De Coster et Panurge de Rabelais on se retrouve non pas dans Les Mille et Une Nuits mais Les Mille et Un Hamacs aux couleurs chatoyantes comme les plumes d’un perroquet infini. VEI, CY, Macunaima, astres merveilleux de cette fable herzogienne nous semblent des Fitzcarraldo déjantés et descarados de la Grande Ourse qui prend tout à coup les formes d’un perroquet ou d’un toucan..

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L’ouvrage a eu une adaption pour le cinéma en 1969 par Joaquim Pedro de Andrade avec la participation de Grande Otelo (Macunaíma noir, le fils de Macunaíma), Paulo José (Macunaíma blanc, la mère de Macunaíma), Jardel Filho (Venceslau Pietro Pietra), Dina Sfat (Ci), Milton Gonçalves (Jiguê), Rodolfo Arena (Maanape), Maria do Rosário, (Iquirí), Joanna Fomm (Sofara), Rafael de Carvalho (Caapora), Nazareth Ohana, Zezé Macedo, Wilza Carla, Myriam Muniz (femme de Venceslau), Edy Siqueira, Carmem Palhares, Maria Clara Pelegrino (bonne de Venceslau), Waldir Onofre, Hugo Carvana (homme au canard), Maria Leticia, Guara Rodrigues (Bum) (sous le nom de Guaracy Rodrigues), Maria Lucia Dahl (Iara), Tite de Lemos (voix du narrateur), Leovegildo Cordeiro, Márcia Tânia, Maria Carolina Withaker

La bande originale est composée de Hetor Villa-Lobos , Borodine, Strauss,

Mandu Sarará, de Mario de Andrade et Jards Macalé ,

Tapera Tapejara, de Mario de Andrade et Jards Macalé

Cecy e Pery, de Principe Pretinho avec Dalva de Oliveira

Sob uma cascata, de Francisco Alves

E papo firme, de Renato Correa et Donaldson Gonçalves avec Roberto Carlos

Arranha-Céu, de Orestes Barbosa et Sílvio Caldas, avec Silvio Caldas
Cinderela, de Adelino Moreira avec Angela Maria

Respeita Januario, de Luiz Gonzaga et Humberto Teixeira, avec Luiz Gonzaga

Mulher, de Custodio Mesquita et Sady Cabral, avec Sílvio Caldas

Manganga, de Geraldo Nunes, avec Wilson Simonal,

Toda Colorida, avec Jorge Bem

As tuas Mãos, de Pernambuco et Antonio Maria

Paisagens da minha terra, de Lamartine Babo, avec Francisco Alves

En 1973 cette samba enredo Macunaima de Norival Reis et Davi Antônio Correia est chantée par Clara nunes

Samba enredo do Portela lors du carnaval 1975 :

Portela apresenta

folclore tradições

Milagres do sertão à mata virgem

Assombrada com mil tentações

Cy, a rainha mãe do mato, oi

Macunaíma fascinou

Ao luar se fez poema

Mas ao filho encarnado

Toda maldição legou

Macunaíma índio branco catimbeiro

Negro sonso feiticeiro

Mata a cobra e dá um nó

Cy, em forma de estrela

À Macunaíma dá

Um talismã que ele perde e sai a vagar

Canta o uirapuru e encanta

Liberta a mágoa do seu triste coração

Negrinho do pastoreio foi a sua salvação

E derrotando o gigante

Era uma vez Piaiman

Macunaíma volta com o muiraquitã

Marupiara na luta e no amor

Quando para a pedra para sempre o monstro levou

O nosso herói assim cantou

Vou-me embora, vou-me embora

Eu aqui volto mais não

Vou morar no infinito

E virar constelação

Adaption pour le théâtre aussi grâce à Antunes Filho et la Companhia Paulista de Teatro en 1978

Une adaption en opéra tupi en 2008 par Iara Rennó avec la participation de noms illustres comme Tom Zé, Tetê Espíndola, Anelis Assumpção, Funk Buia, Siba, Moreno Veloso, Buguinha Dub, Barbatuques, Arrigo Barnabé, Kassin, Maurício Takara, Daniel Ganjaman, Alexandre Basa, Beto Villares, Benjamin Taubkin, Quincas Moreira, Toca Ogã, Da Lua, Bocato, Fuloresta, Dante Ozetti,

Un disque en est sorti Macunaíma, ópera tupi avec comme morceaux Macunaíma 5’36, Mandu Sarará 4’40, Nina Macunaima 4’49, Conversa 4’02, Quando mingua a Luna 3’56, Jardinheiro, Naipi, Bamba querê, Dói Dói Dói, Na Beira do Uraricoera, Valei-me, Ruda, Tapera, Boi

On a même eu un opéra ballet en 2014 avec cette même Iara Rennó

Markthal, le marché iconique au grand bonheur des selfies

On trouve à Rotterdam des espaces iconiques. Markthal en fait partie. Ce Marché des Halles d’une autre galaxie jouxte une église médiévale, la seule qui ait résisté aux bombardements massifs de la seconde guerre mondiale, Laurenskerk. C’est ce paradoxe, cette cohabitation du sacré et du profane qui fait peut-être la réussite de l’endroit au grand bonheur des selfies. Des marchés couverts on en trouve partout. Des marchés couverts où l’on peut déjeuner j’en ai connu en Espagne, en France, en Suède, au Danemark: la formule est attirante, dans une ambiance de marché on propose aux visiteurs les meilleurs plats de la région, les meilleurs vins, etc. Mais ici on a poussé la logique à son paroxysme. Markthal c’est une construction inaugurée le 1er octobre 2014 qui globalement donne l’idée d’un hangar futuriste en forme de fer à cheval.

On pourrait en voir surgir un avion tant l’endroit est large et haut. Sur les côtés de cette construction en fer à cheval réalisée par le cabinet d’ architecture MDRV il y a 200 appartements dont les fenêtres internes donnent sur le marché, et surtout la décoration des murs est, disons, sidérale. On se croirait dans une Chapelle Sixtine hollandaise. La fresque appelée Horn of Plenty (La corne d’abondance) a été composée par deux Léonard de Vinci néerlandais. Un mâle et une femelle: Arno Coenen et Iris Roskam. Voyez plutôt cette abondance.

Je ne sais pas trop si j’aimerais vivre dans l’un de ces espaces ou dans les maisons cubiques qui en sont voisines

Mais j’ai apprécié ce marché pour les fromages hollandais qu’il propose, ses fruits exotiques (en particulier les figues de barbarie) , ses épices (mais il n’y avait pas de roucou) , ses confitures de coco et sa dizaine de restaurants.

Malheureusement nous avons fait, une fois n’est pas coutume, un très mauvais choix en jetant notre dévolu sur Andalous Fish qui proposait beaucoup de plats à base de poissons et fruits de mer, des paellas, des lasagnes de poissons, des tortillas. Malheureusement nous nous sommes trompés sur la MARCHANDISE, LE RESTAURANT N’A D’ANDALOU QUE LE NOM et je lui donnerai par conséquent la note zéro.

SURIMI ZERO

LASAGNE AU POISSON, ZÉRO

PAELLA ANDALOUSE ZÉRO

TORTILLA ZERO

C’est le degré zéro de la cuisine : c’est bien présenté, pourtant, appétissant, on croit manger des crevettes géantes c’est du surimi. Bref déçu, déçu, déçu de chez déçu puissance 3 et les dieux de la gastronomie seuls savent comme je suis tolérant . Mais là, niet, je ne recommande pas. Je ne recommande pas. De plus l’endroit ne sert pas de boissons alcoolisées. Que diable suis-je allé faire dans cette galère ? Moi qui ai osé snobber Jamie’s Italian de  Jaimie Oliver qui m’accueillait les bras grands ouverts.

D’ailleurs dans Markthal beaucoup de restaurants proposent à leur devanture un exemplaire de leur plat pour que les gens se fassent une idée. Ce n’est pas très ragoûtant mais au moins cela possède le mérite d’être clair. Cela m’a fait penser aux  sampuru, les faux plats en résine japonais qui eux représentent de façon saisissante une réalité culinaire fabuleuse. Mais ici j’ai trouvé que les plats ne mettaient pas en valeur. Ils étaient ternes.

Mais je démarquerai ce qui suit et qui m’ a plu:

Il y a ici le plus grand parking de la ville sur quatre niveaux ainsi qu’un hypermarché. Pour aller aux toilettes il faut se rendre au niveau -1. Les toilettes coûtent un € au lieu des 0,50€ généralement constatés partout ailleurs sur Rotterdam. Vous avez un ticket qui vous est remis d’une valeur de 0,50€ à déduire de vos achats chez certains commerçants de l’endroit, encore faut-il savoir lesquels.

Moi je me souviendrai d’un merveilleux sikakoko proposé en dégustation. Il a effacé l’impression affreuse laissée par Andalous Fish. Je me suis lavé la bouche à deux reprises avec cette merveille de confiture de coco.

Les Pitons de Llewellyn Xavier

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The Pitons est une aquarelle sur papier Arches (je suppose car la plupart de ses aquarelles portent la mention « watercolor on Arches paper ») du peintre, sculpteur, lythographe originaire de Sainte-Lucie Llewellyn Xavier, alias de Llewellyn Charles Xavier, né en 1945. Ces deux pics jumeaux – le Gros Piton qui culmine à 786 mètres et le Petit Piton qui plafonne quant à lui à 743 mètres – ont été distingués en 2004  avec le classement World Heritage (patrimoine mondial de l’humanité) par l’Unesco. Les jumeaux ou jumelles – car nul ne sait trop le sexe et le genre de ces west-indian twin peaks – se dressent près des bourgades de Soufrière et Choiseul sur le littoral sud-est de Sainte-Lucie.

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Llewellyn Xavier n’est pas n’importe qui ! OBE (Officier dans l’Ordre de l’Empire Britannique) depuis 2004 s’il vous plait! Ca vous classe tout de suite le bonhomme ! Il a étudié outre à Sainte-Lucie à la School of the Museum of Fine Arts de Boston et au Nova  Scotia College of Art and Design d’Halifax, Canada.  Il est connu pour sa technique bien personnelle de mise en valeur de la couleur, de lumière, la texture et la beauté des Caraïbes. Même s’il a produit des oeuvres sur tous types de support dès les années 60 il est connu pour son activisme artistique politique et écologique à travers la Caraïbe.

Son oeuvre maîtresse est de 1993, année où il a produit une série intitulée Global Council for Restoration of the Earth’s environment, une oeuvre qui fait intervenir outre sa peinture, du matériel recyclé, des reproductions de dessins du 18ème et 19ème siècle reproduisant des oiseaux, poissons et autres animaux, des plantes pour la plupart disparues ou en voie d’extinction.

Il a aussi produit une autre série Environment fragile où il introduit dans sa peinture des éléments comme des timbres, des pots de peinture presque vides, du carton recyclé et des éclats d’or de 24 carats. Cette série met l’accent sur la dévastation subie par l’environnement et le coût élevé que représente cette destruction pour le genre humain

Il fait partie des collections permanentes de musées et galeries aussi prestigieuses que

The Smithsonian Institution, Washington, D.C.
The Metropolitan Museum of Art, New York
The Museum of Modern Art, New York
The Studio Museum, New York
The American Museum of Natural History, New York
Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada
Howard University, Washington, D.C.
The Fitzwilliam Museum, Cambridge, England
The Victoria and Albert Museum, London
The Ulster Museum, Northern Ireland
The Walker Art Gallery, Liverpool, England
The Wolverhampton Art Gallery, England
Sussex University, Sussex, England
Oxford University, Oxford, England
The National Gallery, Jamaica
The Barbados Museum, Barbados
The State Department, USA
UNESCO
Fondation Clément, Martinique, France

L’homme, l’artiste majuscule aux 4 l, qui habite Silver Point, Mount du Cap, Cap Estate, Sainte-Lucie a exposé un peu partout :
2017 *Unix Gallery, New York, USA
*Fondation Clement, Martinique, France
*University of Texas at Austin
2016 Unix Gallery, Art Miami, Miami
Unix Gallery, New York (Future Anesthetics)
*Phillips, New York (Blue Ocean Sanctuary)
2009 *Caribbean Art Gallery, Saint Lucia, West Indies
2007 *Albemarle Gallery, London, England, (the launching of Llewellyn Xavier: His Life and Work)
2005 Whitechapel Gallery, London, England
1996 Harmony Hall, Jamaica, West Indies
1994 *Mutual Life Art Gallery, Jamaica, West Indies
The Contemporary Print Show, London, England
1993 *Barbados Museum, Barbados, West indies
*Patrick Cramer Gallery, Geneva, Switzerland
*New York Design Center, New York, USA
1982 Nova Scotia College of Art and Design, Halifax, Canada
1979 *Camera on Mass. Ave., Boston, USA, Conceptual, photographing Military Parade on
Massachusetts Ave.
*Piedmont College, North Carolina, USA, parallel to a lecture by Alex Haley, (author of Roots)
1977 *Afro/American Historical Museum, Philadelphia, USA
*Anamon Art Gallery, Toronto, Canada
*Howard University, Washington D.C., USA
1976 *Mazelow Gallery, Toronto, Canada
*The National Archives, Ottawa, Canada
*Afro/American Historical Museum, Detroit, USA
*Howard University, Washington D.C., USA
1975 Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada
1974* Mazelow Gallery, Toronto, Canada
1973 The Oxford Gallery, Oxford, England, Curator: Edward Lucie-Smith, Art Critic, Art Historian, Author
I.P.G. United Nations, New York, USA
*Gallery III, Montreal, Canada
Saratoga Gallery, New York, USA
1972 The Museum of Modern Art, New York, USA
The Studio Museum, New York, USA
*The Whitechapel Art Gallery, London, England
Third British International Print Bienniale, Bradford, England
1971 The Commonwealth Institute, London, England
*D.M. Gallery, London, England, Curator: Sir Roddy Llewellyn,
organised by Penguin Books and Jonathan Cape
*Oxford University, Oxford, England
*The Round House, London, England
*Sussex University, Sussex, England
*solo exhibition

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Bien sûr d’autres artistes peuvent légitimement arborer  les couleurs de Sainte-Lucie comme le regretté auteur d’Omeros, prix Nobel de littérature der 1992, Derek Walcott que j’ai déjà évoqué ici. Walcott se réfère souvent à Gros Piton dans son oeuvre comme ici dans Omeros LVII:

« In the midst of the sea there is a horned island

With deep green harbours

Where the Greek ships anchor.

It was a place of light with lunminous valleys

Under thunderous clouds. a Genoan wanderer

saying the beads of the Antilles named the place

for a blinded saint. Later others would name her

for a wild wife. Her mountains tinkle with springs

among moss-bearded forests, and the screeching of birds

stitches its tapestry. The white egret makes rings

stalking its pools. African fishermen make boards

from trees as tall as their gods with their echoing

axes, and a volcano , stinking with sulphur,

has made it a healing place.

Mais le plus remarquable c’est le drapeau saint-lucien qui arbore avec fierté les couleurs de ses twin peaks, ses deux Pitons : Petit Piton est couleur or, Gros Piton est couleur noire et blanc. Ces deux triangles dressent leurs cimes vers le ciel cobalt à parir de leur base la mer cobalt. L’auteur de ce drapeau est l’artiste saint-lucien Dunstan Saint-Omer (1927-2015)

Je suis tout d’autant plus naturellement  porté à pénétrer l’univers d’aquarelle de LX à travers la représentation des Pitons que je suis moi même né au pied de la Soufrière qui soit dit en passant culmine elle à 1467 mètres (contre je le rappelle respectivement 743 mètres et 786 mètres pour les Pitons)(quoi qu’en feet leur altitude se porte à 2,438 et 2,619 pieds). La vieille dame, comme on l’appelle n’a rien à envier aux deux pitons jumeaux et pourtant l’icone américaine Ophrah Winfrey a déclaré que les Pitons de Sainte-Lucie était l’une des 5 merveilles au monde à visiter pour ne pas mourir idiot.

Je n’ai pas d’avis sur la question n’ayant jamais visité ces deux pitons jumeaux, ces deux aiguilles géantes qui intègrent la chaîne de Qualibou aka Soufrière. The babies séparées par un autre piton qui leur sert de cordon ombilical le piton Mitan! Et je ne crois pas que le charme et la grandeur dépende de la taille.

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Tout est affaire de silhouette. Et peut-être aussi de bière puisqu’il y a une bière appelée Piton à St Lucia et aucune appelée Soufrière en Guadeloupe. Les pitons sont le symbole de Ste Lucie et figurent sur le drapeau national. Les Pitons n’ont rien à voir avec l’Everest et le Népal, (ils sont 15 fois plus petits que l’Everest, c’est dire), ils sont des pics de verdure, deux cones forestiers qui plongent dans la mer. C’est peut-être cet ancrage dans la mer, qui fait sa classe.  il y a tant d’histoires dans ces flancs, des histoires d’esclaves marrons, des histoires de boucaniers, des histoires d’amérindiens Caraïbes et Arawaks, des histoires de navigateurs qui y ont accroché leurs amarres ! Ce sont comme des aimants pour les montagnards (mountaineers) et autres randonneurs, marcheurs et aventuriers, trekkers  avides d’Himalaya antillais. Je ne suis pas si téméraire, quoi que haut-montagnard, haut-basse-terrien de naissance, iodé et boucané  entre mer , terre et Pindorama antique, je ne me suis guère aventuré plus haut que le premier plateau de la Soufrière. Que Lucie de Syracuse, cette vierge italienne oubliée, me vienne en aide et me donne la force un jour d’escalader les flancs de ces « géants » géologiques. Et si elle ne peut rien pour moi, qu’à cela ne tienne, j’escaladerai de mes lèvres, telle la montagne mystique, les parois abruptes d’une bonne bouteille bien fraîche de Piton lager beer

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UN CYCLONE NOMMÉ DENTELLE

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Il y a dans la famille cyclone deux lignées diaboliques: les Cacocyclones et les Agathocyclones. Qu’ils soient lions rugissants tropicaux ou serpents dévorants sub-tropicaux, qu’ils soient caïmans pleurnichards baillant leurs dépressions, panthères vomissant tempêtes ou baleines rotant cyclones, les vents sont des génies prodigieux et prestigieux. Leur sexe est indéfini au royaume de passementerie : Luis, Betsy, Hugo, Cynthia, Harvey, Irma, Maria ! Katrina, Andrew, Sandy, Ike, Wilma, Hugo, Rita, Frances, Charley, Ivan ! Leurs noms sont gravés au fer rouge dans les lacets de guipure du vent.

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Dès le 1er juin la saison des cyclones est ouverte. Hurricane season is open ! La WMO (World Meteorological Organization) puise dans sa liste de prénoms qui ne contient jamais les initiales Q, U, X, Y, Z. Donc pas de cyclone Ursula, ni Zoé, ni Xavier, ni Yann, ni Yolande ni Quénette. De plus la même liste revient tous les 6 ans. Quand un cyclone a été particulièrement mortel il disparaît de la liste c’est ainsi qu’il n’y a plus de cyclone Hugo (1989), ni Betsy (1965), ni Katrina (2005), ni Mitch (1998), ni Erika (2015)  ni Sandy (2012) par exemple.

2005 : Arlene  Bret Cindy Dennis Emily Franklin Gert Harvey Irene Jose Katrina Lee Maria Nate Ophelia Philippe Rita Stan Tammy Vince Wilma

2006 : Alberto Beryl Chris Debby Ernesto Florence Gordon Helene Isaac Joyce Kirk Leslie Michael Nadine Oscar Patty Rafael Sandy Tony Valerie William

2007 : Andrea Barry Chantal Dean Erin Felix Gabrielle Humberto Ingrid Jerry Karen Lorenzo Melissa Noel Olga Pablo Rebekah Sebastien Tanya Van Wendy

2008 : Arthur Bertha Cristobal Dolly Edouard Fay Gustav Hanna Ike Josephine Kyle Laura Marco Nana Omar Paloma Rene Sally Teddy Vicky Wilfred

2009 : Ana Bill Claudette Danny Erika Fred Grace Henri Ida Joaquin Kate Larry Mindy Nicholas Odette Peter Rose Sam Teresa Victor Wanda

2010: Alex Bonnie Colin Danielle Earl Fiona Gaston Hermine Igor Julia Karl Lisa Matthew Nicole Otto Paula Richard Shary Thomas Virginie Walter

2011 : Arlene, Bret, Cindy, Don, Emily, Franklin, Gert, Harvey, Irene, Jose, Katia, Lee, Maria, Nate, Ophelia, Philippe, Rina, Sean, Tammy, Vince, Whitney

2012 : Alberto Beryl Chris Debby Ernesto Florence Gordon Helene Isaac Joyce Kirk Leslie Michael Nadine Oscar Patty Rafael Sandy Tony Valerie William

2013 : Andrea Barry Chantal Dorian Erin Fernand Gabrielle Humberto Ingrid Jerry Karen Lorenzo Melissa Nestor Olga Pablo Rebekah Sebastien Tanya Van Wendy

2014 : Arthur Bertha Cristobal Dolly Edouard Fay Gonzalo Hanna Isaias Josephine Kyle Laura Marco Nana Omar Paulette Rene Sally Teddy Vicky Wilfred

2015 : Ana Bill Claudette Danny Erika Fred Grace Henri Ida Joaquin Kate Larry Mindy Nicholas Odette Peter Rose Sam Teresa Victor Wanda

2016 : Alex Bonnie Colin Danielle Earl Fiona Gaston Hermine Ian Julia Karl Lisa Matthew Nicole Otto Paula Richard Shary Tobias Virginie Walter

2017 : Arlene, Bret, Cindy, Don, Emily, Franklin, Gert, Harvey, Irma, Jose, Katia, Lee, Maria, Nate, Ophelia, Philippe, Rina, Sean, Tammy, Vince, Whitney

2018 : Alberto Beryl Chris Debby Ernesto Florence Gordon Helene Isaac Joyce Kirk Leslie Michael Nadine Oscar Patty Rafael Sara Tony Valerie William

2019 : Andrea Barry Chantal Dorian Erin Fernand Gabrielle Humberto Imelda Jerry Karen Lorenzo Melissa Nestor Olga Pablo Rebekah Sebastien Tanya Van Wendy

2020 : Arthur Bertha Cristobal Dolly Edouard Fay Gonzalo Hanna Isaias Josephine Kyle Laura Marco Nana Omar Paulette Rene Sally Teddy Vicky Wilfred

2021 : Ana Bill Claudette Danny Elsa Fred Grace Henri Ida Julian Kate Larry Mindy Nicholas Odette Peter Rose Sam Teresa Victor Wanda

2022 : Alex Bonnie Colin Danielle Earl Fiona Gaston Hermine Ian Julia Karl Lisa Martin Nicole Owen Paula Richard Shary Tobias Virginie Walter

2023 : Arlene Bret Cindy Don Emily Franklin Gert Harold Idalia Jose Katia Lee Margo Nigel Ophelia Philippe Rina Sean Tammy Vince Whitney

2024 : Alberto Beryl Chris Debby Ernesto Florence Gordon Helene Isaac Joyce Kirk Leslie Michael Nadine Oscar Patty Rafael Sara Tony Valerie William

2025 : Andrea Barry Chantal Dean Erin Felix Gabrielle Humberto Imelda Jerry Karen Lorenzo Melissa Nestor Olga Pablo Rebekah Sébastien Tanya Van Wendy


Pas un seul cyclone nommé Dentelle ! Et pourtant !

L’exposition Puerto Rico : Defying Darkness 2018 ouvre au 516 arts à Albuquerque dans l’état de New Mexico. Parmi les exposants, tous d’origine portoricaine, je note la présence de Frances Gallardo, artiste plastique dont les « hurricane series » ont retenu mon attention.

Son portrait du cyclone Cynthia m’a tout particulièrement touché. Elle s’est basée sur les archives du NOAA pour proposer un cyclone de papier, aux points, aux nouages, aux brides et aux motifs remarquables. Un papier aux creux et reliefs, aux volutes et aux arabesques si interminables qu’on pourrait à s’y méprendre qualifier de dentelle, de dentelle aux fuseaux du Quercy. Cette dentelle dont on fait les cyclones en capture la transparence et la fragilité. La dentelle, renda en portugais, lace en anglais, merletto en italien, encaje en espagnol, kant en allemand.

Il y aurait donc quelque part dans un grand vent de chanvre, de lin blanc, de coton perlé, de soie écrue des maîtres-dentelliers et maîtres-dentellières qui centimètre carré par centimètre carré broderaient à tombeau ouvert sur les îles éparses devenues coussins-tambours leurs éventails, traines et voiles de dentelle noire faits de nuages de volants aux tulipes et aux roses

Ceci n’est pas une maison

Le photographe espagnol Miguel Vallinas Prieto m’interroge à travers sa série This is not/Ceci n’est pas. Il reprend à son compte les présupposés du célèbre tableau du peintre surréaliste René Magritte (1898-1967) La Trahison des Images (1929) plus connu par son inscription sur le tableau  ceci n’est pas une pipe. Tous les sémiologues s’accordent à dire avec Magritte que tout art, toute pensée n’est qu’interprétation du réel. et qu’un tableau n’est qu’un interprétation du réel et non le réel lui-même et ses millions de facettes irréductibles à l’instant.

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La preuve en est les lectures iconoclastes de ce tableau qui disent qu’une pipe a un réseau archaïque de significations et que dans le mor « pipe » il y a aussi tromperie, faux (comme dans la phrase les dés sont pipés) et que « ceci n’est pas une pipe », pourrait tout aussi bien dire le contraire de ce que tout le monde pense et qu’en réalité ce ne serait pas une tromperie, ce serait une vraie pipe. Même si on ne peut la bourrer et la prendre pour la fumer. Cela me fait penser au mot de William James, un sémiologue américain du 19eme siècle qui disait :

« The word « dog » does not bite » (« le mot chien ne mord pas »).

Et à fortiori n’aboie pas ! De la même façon que selon Alfred Korzybski (1879-1950)(sémantique non aristotélienne) « une carte n’est pas le territoire qu’elle représente ». Sans penser à la lecture grivoise de la pipe qui est sous-jacente chez tout homme normalement constitué (enfin je parle pour moi, ne réduisons pas). Je disais donc que Magritte lui-même a réalisé un tableau en 1964 ( qui s’intitulait lui « ceci n’est pas une pomme » et qui  nous interroge aussi sur notre relation aux images et à la représentation des choses du monde.

Notons aussi qu’en 1935 Magritte a réalisé une autre version de ce tableau s’intitulant « The Treachery of Images » qui lui véhicule d’autres imaginaires liés en anglais au mot « pipe »

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La sémiologie c’est la théorie de la connaissance , la théorie du signe. Le signe quel qu’il soit. Le signe n’est qu’interprétation et connexions infinies. La sémiotique  d’un signe a un potentiel inépuisable car nous sommes tous libres d’associer à chaque signe toutes les associations qui nous sont chères. Sans aller au fond de cette analyse disons que tout objet est un signe et que ce signe a trois valeurs selon Charles Sanders Peirce (1839-1914). Le symbole, l’index et l’icone. La valeur régalienne c’est le symbole c’est à dire l’interprétation que nous avons u signe. Les valeurs sous-jacentes sont l’index (l’objet désigne, pointe vers quelque chose, comme une flèche, la définition du dictionnaire) ou l’icône (l’objet en ce qu’il est représenté par ses qualités, son image).

Au mot maison est attaché tout un réseau sémantique de valeurs archaïques. Le fait que maison soit  soit casa en espagnol et portugais, kaz en kreyol, house en anglais, huis en néerlandais nous fait voir d’autres réseaux comme case, chaise (comme dans la chaise-dieu, la maison de dieu, la préposition chez), huis (comme dans huis clos, ou huissier) voire mas, masure , mazet.

Soit donc la photo intitulée « ceci n’est pas une maison ». Quels sont ses rapports sémiotiques au monde ? La photo « ce n’est pas une maison » du photographe espagnol  Miguel Vallinas Prieto peut servir à représenter une maison, justement; elle peut servir à représenter l’existence de ce type d’objet qu’on nomme maison; elle peut servir à représenter un architecte donné et son style; elle peut servir à représenter des couleurs, des types de bois ou de construction; elle peut servir à représenter un certain type d’architecture; elle peut servir à représenter la ville où cette maison a été construite; elle peut servir à représenter l’Espagne mais aussi pourquoi pas le Brésil; elle peut représenter une femme et son rêve de posséder une maison; elle peut servir à représenter le souvenir d’une maison que l’on a aimé ou détesté; elle peut servir à représenter un foyer, une famille, un enfant, une cellule familiale; elle peut servir à représenter l’ensemble comme les parties de la maison, de la cave au grenier; elle peut servir à représenter ceci, cela , taratata etc ; le potentiel sémiotique d’une image est inépuisable.

Homme à fossettes, hou la la, homme à …

Ne soyez pas jaloux, quoi. Est-ce ma faute si les fées se sont penchées sur mon berceau et m’ont doté de cet instrument parfait, de ce bel organe qui fait resplendir et rougir les joues de tout un chacun. Merci aux fées , merci aux divinités, merci aux génies de m’avoir ainsi entre tous élu homme à fossettes ! Fossettes toujours au pluriel, les jumelles, l’une à droite l’autre à gauche. Parfaitement parallèles et équilibrées. Empreintes du doigt des anges, N’allez surtout pas croire que c’est génétique. Explication oiseuse et superfétatoire, s’il en est. Non, chers messieurs de la Faculté, ne vous en déplaise, mon grand zygomatique n’est ni déformé ni plus court qu’un autre et le rapport entre mes pommettes et la commissure de mes lèvres n’est pas la cause de cette petite dépression enjouée et juvénile. Homme à fossettes, dimple man, homem com covinhas, hombre de hoyuelos, excusez du peu. Je suis un envoyé spécial sur Terre. Ma mission est une bénédiction dyonisiaque : sourire et faire sourire.

Mais voyez-vous, la Nature qui sait ce qu’elle fait m’a doublement doté. Car je suis aussi des rares ceux qui possèdent des fossettes d’Apollon ! Vous ne connaissez pas ? Disons alors que je suis doté du losange de Michaelis. Vous ne voyez toujours pas ! eh bien disons alors en anglais que je possède un rhombus of Michaelis. Toujours rien ? Bon  je vous explique. C’est anatomique, docteur Watson. Vous voyez l’épine dorsale , vous descendez vous descendez juste au-dessus du sillon interfessier, vos joues du bas si vous préférez, vous verrez deux petites dépressions de chaque côté qui relient l’os iliaque du pelvis au sacrum de l’épine et qui forment un cerf-volant. Fossae lumbales laterales, sacral dimples fossettes sacro-iliaques. C’est Phoebus lui-même, fils de Zeus et Léto, qui les a creusées là ces fossettes d’ Apollon, Apollo holes, back dimples, butt dimples, salières de Vénus chez ces dames, salières d’Apollon chez ces messieurs. Et n’allez pas appeler ça des poignées d’amour, espèce d’impertinent. Non ce sont mes thumb handles, zoné érogène de mon rhomboïde intime s’il en est que jamais je ne percerai de piercing comme certains. Ni en haut ni en bas. D’ailleurs je ne les vous montrerai pas, mon rhombus, mon cerf-volant secret. Laissez-le flâner tranquillement dans l’alizé apollonien de mes hanches, mon sourire d’en bas.

Les aventures du Prince Ahmed

 

C’est une vieille histoire que ce film, le premier film long métrage d’animation qui ait survécu jusqu’à nous, créé en 1926 en Allemagne par Lotte Reiniger. Pendant 65 minutes les silhouettes défilent et vous transportent sur fond musical de Wolfgang Zeller dans les mille et une nuits revisitées par Lotte Reiniger entre Orient  et Afrique. C’est Abenteuer das Prinzen Achmed en allemand, en français Les Aventures du Prince Ahmed.

Ce conte fantastique réunit :

une femme-oiseau, la princesse  Pari Banu , souveraine de l’archipel des esprits du Wak-Wak ,

le calife

le prince Ahmed, fils du calife ;

la princesse Dinarzade, fille du calife

le mage africain, l’enchanteur maléfique, le sorcier, appelez le comme il vous plaira de l’autre.

Ie cheval volant,

Aladin et sa lampe merveilleuse,

l’empereur de Chine

le bouffon de l’empereur de chine

la sorcière des Montagnes de feu

le palais volant

les esprits du wak- wak

Les Aventures du prince Ahmed  reprend de multiples éléments des mille et une nuits. Dans l’histoire  originale trois princes sont amoureux de leur cousine la belle Nourounnihar. Leur père, le sultan des Indes, leur conseille de ne pas s’accrocher à cette idée et de chercher une autre épouse mais devant leur refus de chercher ailleurs il leur propose un marché. Ils devront lui ramener chacun un trésor quelque chose d’inestimable. Celui qui aura le plus beau trésor aura la cousine tant désirée pour épouse. Les 3 princes partent Houssain,  Ali    et Ahmed le plus jeune. Houssain, l’aîné, va au royaume de Bisnagar et ramène un tapis volant. Ali le puiné va à Schiraz en Perse et ramène un tuyau d’ivoire avec deux verres à chaque extrémité qui permettent de voir à travers ce que l’on désire. Ahmed le dernier ramène de Samarcande une pomme artificielle qu’il suffit de flairer pour écarter toute maladie. Avec leurs trois objets fabuleux ils arrivent à sauver la princesse Nourounnihar qui était sur le point de mourir. Le père décide alors de les départager et de les faire se confronter au tir à l’arc. C’est Ali qui envoie sa flèche le plus loin. On commence les préparatifs de la noce. La flèche  d’Ahmed n’est pas retrouvée. De dépit Houssain se retire et devient derviche. Tandis qu’ Ahmed part à la recherche de sa flèche qu’il retrouve à grande distance par terre. Sans s’en rendre compte il entre au pays des génies où règne la fée Pari-Banou et tombe amoureux de cette dernière qui dépasse en beauté et richesse toute ce qu’il avait vu chez sa cousine. Cette dernière lui dit que c’est elle qui a transporté la flèche jusqu’à son royaume et elle lui propose de devenir son mari. Elle est riche et belle. Ils forment un couple parfait. Je vous épargne tous les rebondissements mais à la fin Ahmed devient sultan des Indes à la place de son père et avec l’aide du frère de Pari Banou, Schaibar. Pari-Banou devient sultane des Indes. Happy end. L’histoire ne dit pas s’ils vécurent heureux et s’ils eurent beaucoup ‘enfants. Mais on l’imagine.

Les aventures du prince Ahmed reprend les personnages des mille et une nuits, reprend Aladin et sa lampe magique. Les objets magiques sont le cheval volant et le palais volant mais il y a deux fées dans les Milles et une nuits Pari-Banou et la sorcière du sultan. alors que dans les Aventures d’Ahmed revisitées par Lotte Reiniger il y a un mage et une sorcière.

Transposées ans un cadre antillais l’histoire donnerait à peu près ça.

Yé krik! Yé krak! Est-ce que la cour dort ? Non, la cour ne dort pas! Si la cour ne dort pas, c’est Théodore qui dort, dans la cour d’Isidore pour deux sous d’or! Yé krik! Yé krak! Yé mistikrik! Yé mistikrak!

Wak-Wak l’archipel de la guadeloupe où vivent des génies, esprits et autres démons et fées

Le mage : le quimboiseur, le gadédzafé, le maître des cyclones

la fée-princesse oiseau : la diablès Lilith, la succube fatale, reine de la Soufrière,

les soukouyans, les volants, les zombis : les esprits, les invisibles, les entités, les génies

le prince ahmed : le dorliss incube, Samaël

la princesse Nourrounniha : la Sirène Eve, fatale

Aladin, Adam

le cheval volant/tapis volant : le chouval bwa

le palais volant : le fromager volant

la sorcière des montagnes de feu : la makrèl de la Soufrière

le calife : Bawon Sanmdi

 

 

 

Les rictus et versus de l’Octombule

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J’ai d’abord essayé de comprendre le sens du mot Octombule et je me suis fourvoyé dans noctambule. C’est en voyant le numéro Zéro intitulé Octonbule que j’ai compris l’origine profonde de l’Octombule: la petite bourgade d’Octon dans le 34, Coeur d’Hérault, mais aussi Occitanie. Et qui dit Occitanie dit Septimanie jusqu’au Moyen-Âge! Octon, petit village occitan pas encore occis par le temps, petit village septimancipé alerte et bandant donc de moins de 500 âmes, les Octonais, siège d’un village des Art-et-Métiers. Une feuille de chou contemporaine recto verso qui se lit non pas recto verso mais rictus versus, J’ai tout de suite accroché d’autant plus que la feuille de chou était proposée à 0,10€ et qu’il ne rendait pas la monnaie. Cocasse, impertinent, avide de jeux de mots, poétique, voilà ce que fut ma première impression. Ma chère et tendre cherchait déjà au fond de son porte-monnaie la précieuse pièce qui allait nous permettre d’entrer dans les arcanes de cette feuille de chou insolite imprimée en noir et blanc. Après avoir mangé une paella et goûté au dessert je commençais à entrer en état de somnambulisme quand tout à coup cette page me tira des effluves de Champagne Philippe Fays qui m’avaient transporté. On (Philippe Gerbaud, amiral en chef de ce radeau ivre et illustrateur) (décidément c’était la journée des Philippe) m’offrit un exemplaire de ce fanzine que je m’empressai d’enrouler comme un précieux papyrus pour pouvoir le lire le lendemain bien au calme de retour dans ma belle ville de Saintes. Las, au moment de partir je fus attiré par l’appel mystérieux du fromage qui flânait tranquillement sur une table et que je n’avais pas encore bécoté. N’écoutant que mon odorat et mon instinct de renard je me précipitai sur le fromage et délaissai un instant l’Octombule . Le journal de minuit et des poussières,  un journal qui se veut un pont entre des êtres étranges nommés Octombuliens et d’autres êtres non moins étranges, les Attributis. Voilà tout ce que je savais de l’animal. Mais à cause de ce fromage j’ai égaré la proie. S’il y avait un renard dans le coin il m’aurait sans doute dit :

Mon bon monsieur, apprenez que toute feuille de chou vit aux dépens de celui qui la goûte. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute !

Heureusement le lendemain Internet me permet de retrouver la trace de ce dont je vous propose ici les tout derniers rictus et versus . Merci Facebook.

Si vous souhaitez consulter les numéros zéro (quand il se faisait appeler encore L’octonbule avec un n) au numéro Ztreize c’est par ici.

Pour le reste voici ce que dit   Philippe Gerbaud dans la présentation du numéro Z-dix-Fuite de l’OCTOMBULE:

« Merci aux contributrices et contributeurs de L’OCTOMBULE Zdix-Fuite car elles et ils n’ont pas esquivé le sujet proposé pour bâtir ce frêle esquif ou l’on s’esclaffe (parfois).

Ainsi, sans mal, par ordre Alpha :
Alexandre Vélez, Anne-Marie Liotard, Bellelurette, Cecile Sternisa, Comérode, Elisabeth Popeye, Elledipi, Fillault, -H-, hopla, Horst, Hyafil, Ifren et Paco, Internationalskaja Jamminski, Léo Gartien, Liane la Gitane, Marc Daum, Marie Cayol, Médéric, Mireille Gealageas, Nathalie Bardouil, Olé, Peggy Wood, Philippe Bissières, Ruth, Stéphan Riegel, Toni Von Bonjour, Vincent Valade, Violette, Xavier Dole.
Merci à Henry IV Ayrade qui administre les corrections. Merci à l’Inuit d’InOcto pour les belles couches de noir.

L’Octombule n’est pas si facile à trouver même dans les meilleures pâtisseries, vous pouvez proposer des lieux de distribution, ou MIEUX ENCORE devenez un centre de grande distribution à Minuit et des Poussières. »

 

Les quarantièmes délirants quatre -vingt-quinze fois sur cent se dissipent dans la petite mort comme les pipes en écume

Christian Cornet (comme corned beef) est un écrivain grivois, polisson, truculent, paillard, irrévérencieux, osé, gaulois qui s’est de lui même placé en enfer dans un couvent frivole. Il écrit mais se complaît d’être à l’index, de circuler hors des réseaux sociaux allant jusqu’à qualifier ce qu’il a commis de pathétique. Or dans pathétique il y a pathos et dans pathos il y a souffrance. Les grands rhéteurs grecs opposaient pathos à ithos. Si on se met à folâtrer dans l’index volontairement c’est que l’ithos prend le pas sur le pathos. On ne divulgue pas car on se sent une filiation verte, crue coupable avec Boccacio (1313-1375) et Mazet de Lamporecchio ou le paysan parvenu (Decameron Journée III Nouvelle 1) ou encore La Caspienne ou la Nouvelle convertie (De Cameron Journée III Nouvelle X),  

Justine ou les Malheurs de la vertu ou encore La Philosophie de Boudoir (1795) de Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814),

ou avec Nicolas Edmé Restif de la Bretonne (1734-1808) et La belle libraire, ou la vie de la Rose et de la marâtre,

Denis Diderot (1713-1784) et Les bijoux indiscrets, (1748),

Les onze mille verges, ou les Amours d’un hospodar (1907) de Guillaume Apollinaire, (1880-1918),

Claude Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils (1707-1777), Le Sopha (1742),

Evariste de Forges de Parny (1753-1814) et ses Dix poésies érotiques, (1778),

Georges Bataille (1897-1962), Histoire de l’oeil,

ou Anaïs Nin (1903-1977) et sa Venus Erotica,

ou Henry Miller (1891-1980) et ses Jours tranquilles à Clichy.

Les écrits pathétiques dont se revendique Christian sont de la même veine d’élan vital hédoniste érotique qui a pu dans d’autres temps anciens être jugé sulfureux licencieux tabou pernicieux immoral hérétique blasphématoire obscène pornographique dangereux et libertin. Il se voit une filiation voluptueuse, lubrique, débauchée,  excitante sans être vulgaire avec Devos, Perret et Brassens. Moi je le relie outre à ceux que j’ai déjà cités au Roman de la Rose à Rabelais, Villon et Marot.

Il me fredonne le refrain de 95% de Georges Brassens.

Quatre-vingt-quinze fois sur cent
La femme s’emmerde en baisant
Qu’elle le taise ou le confesse
C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses
Les pauvres bougres convaincus
Du contraire sont des cocus
A l’heure de l’oeuvre de chair
Elle est souvent triste, peuchère
S’il n’entend le coeur qui bat
Le corps non plus ne bronche pas.

Il me fredonne encore il est beau, il est bon, chanson médiévale de haute grivoiserie.

Je le verrais bien réciter de sa voix truculente de stentor cette épigramme grivoise de Clément Marot (1496-1544)

Un jour Robin vint Margot empoigner,
En luy monstrant l’oustil de son ouvraige,
Et sur le champ la voulut besongner;
Mais Margot dit : » Vous me feriez oultraige:
Il est trop gros et long à l’advantaige. »
– “Bien, dit Robin, tout en vostre fendasse
Ne le mettray;” et soudain il l’embrasse,
Et la moytié seulement y transporte.
“Ah ! dit Margot en faisant la grimace,
Mettez y tout : aussi bien suis je morte.
Clément MAROT (1496-1544)
Epigramme – Les Jeux de Robin & Margot

Son écriture est du type de celles qui étaient conservées en enfer aux archives nationales. Christian qui aura 70 ans le 21 juin est un bon vivant originaire de Cognac qui habite à deux pas de Saintes à Chaniers. Il participe à la chorale CHOEUR VOX SANTONA. Il croit en sa voix mais pas en son écriture. Autant sa voix de basse résonne dans l’abbaye de Trézay où il clame haut et fort sa partition du tourdion Quand je bois du vin clairet tiré de Claude Gervaise, premier livre de danceries, édition P. Attaignant 1530, texte anonyme

 

Buvons bien

Buvons mes amis

Trinquons, buvons,

Vidons nos verres

En mangeant d’un gras jambon

A ce flacon faisons la guerre

autant il refuse de partager ses écrits et détourne pudiquement d’un voile pudique la conversation pour aborder ses maîtres inspirateurs des quarantièmes délirants de Raymond Devos aux 95 pour cent des fois de Georges Brassens. Il est féru de jeux de mots et de lettres dites cochonnes disons osées voire grivoises mais pas vulgaires.

Mais il en parle sans oser toutefois les montrer. Il évoque avec moi un poème au titre évocateur de Syphilis au parfum entêtant de petite mort brûlée dans sa pipe d’écume qui arrivant à bon port attend l’heure inéluctable d’être jetée par dessus bord .

Si fille est plus belle que la mienne évoquée,

Sybilline silhouette, fleur de water-closed,

Embryon de Déesse au parfum de bleuet,

Epopée frémissante effilant sa layette,

Si fille est plus belle, qu’on m’accorde ce souhait

D’en venir vérifier toutes les coordonnées

Car on ne vit jamais, jamais sur la planète,

Un autre échantillon de profil si net

Que les Héllènes mêmes en sont jalouses à souhait.

Si fille hisse au sommet de fantasmes désuets

Plus de grâce épanouie, plus de rondeurs abstraites,

N’est-ce pas pour vous dire, messieurs, soyez honnêtes,

Que vos pauvres ébats sont loins de l’intriguer ?

Et si tous ses parfums associés tant t’entêtent,

Petit, ne te laisse pas séduire, aie la tête

Bien froide sur tes épaules d’athlète,

Laisse passer Syphilis, surtout ne soit pas bête.

Où que tu sois,toujours elle saura te troubler.

Alors si d’aventure (sida venture) tu croises cette beauté,

Blennoragie, sa soeur, riant à ses cotés,

Cours, à en perdre haleine, à l’hosto du quartier…

Et fais toi vacciner !

Tout cela en dégustant entre deux verres de baraka gris notre couscous au poisson au restaurant La Table du Maroc à Saintes.

Seppuku, pinceaux couleur mort et miroir sans tain

 

Bernard Buffet (1928-1999) s’est donné la mort  le 4 octobre 1999 après avoir croqué la mort et les horreurs de la guerre sous toutes les nuances noires, grises et ocres de ses palettes à 71 ans  dans son atelier de peinture à Tourtour dans le Haut-Var. Pour ne pas avoir à mettre trois zéros hiératiques dans la date qui signerait un de ces tableaux il prit le parti ultime de perdre le souffle et de devenir son propre croque-mort. Il ne mettrait pas les pieds dans les années 2000. Il s’est donc mis la tête dans un sac en plastique noir et a attaché consciencieusement un morceau de scotch autour. Sur le plastique sombre le peintre anguleux avait signé en tremblant les 13 lettres de son  nom en quatre exemplaires uniques et numérotés d’un pinceau et deux tubes de peinture. Sa mort dans le Midi par un bel après-midi d’octobre fut donc une mise en scène audacieuse, une oeuvre d’art singulière, une nature morte sans ligne de fuite absurde, austère, misérabiliste, snob et authentiquement figurative, son plus beau tableau sans doute. Bonjour Asphyxie, aurait pu écrire Françoise Sagan ou chanter    Juliette    Gréco ! Sa muse et épouse Annabel Schwob de Lure (1928-2005), dont il eut trois enfants après avoir été l’amant de Pierre Bergé pendant 8 ans,  chanta quant à elle  Les gommes qui ne savent pas effacer la tristesse ! La mère d’Annabel s’était suicidée, sa propre mère était morte le laissant tout jeune orphelin, la route était toute tracée pour Bernard qui résolut de conjuguer le verbe asphyxier à tous les temps et à tous les modes non pas  à bout portant  mais à petit feu tout au long de sa vie pour échouer comme un cigale en Rolls dans la Provence de Cézanne.

 

J’imagine que pour un peintre millionnaire et mondain être atteint de  la maladie de Parkinson est le dernier des outrages. Mais il me semble que pour en arriver à l’extrême il faut que l’ennui se dresse impérieux en barricade infranchissable devant la vie. Quand l’art est sa raison de vivre  se donner une mort précoce apparaît comme la seule solution finale envisageable pour un clown triste orphelin écorché, le comble de son expressionnisme.

« L’expressionnisme se définit comme la projection d’une subjectivité qui consiste à déformer la réalité afin d’aspirer le spectateur à une réaction émotionnelle. »

On se donne alors la mort comme on se fait un cadeau empoisonné.  Ce fut  une mort de samouraï expressionniste.  Hara-kiri ou seppuku, peu importe, ce fut un lent suicide de 71 ans. Loin du Japon qui pourtant par la volonté de  Kiichiro Okano lui avait offert son premier musée à Surugadaire, au pied du mont Fuji où il avait dans ses dernières volontés demandé de disperser ses cendres! Ce sont les tableaux, les squelettes qu’il éventra, qu’il lamina, qu’il étouffa, qu’il éviscéra , qu’il écorcha, qu’il décortiqua de ses pinceaux  et de ses tubes de couleur mort, et non sa propre chair, juste en dessous du nombril de la lame horizontalement mortelle d’un sabre court. Mourir en samouraï n’est pas à la portée du tout venant, fût on le plus expressionniste des artistes de sa génération. On dit que l’homme était catholique. Il peignait des croix, des  nativités, des sépulchres, des tombes, l’enfer, la guerre, la désolation, la misère. La mort l’attirait peut-être par ce côté obscur de l’intime qu’affectionnaient d’autres peintres avant lui comme les belges flamands  James Ensor et  Constant Permeke dont il s’inspira. BB n’était pas seulement Brigitte Bardot mais aussi Bernard Buffet, l’autre BB.    Brigitte, la Bardot, aurait bien pu faire elle aussi harakiri la vieillesse venant. Non car les Japonaises ne se font pas harakiri, elles ne s’éventrent pas, elles se tranchent le cou. Comment peut-on se trancher le cou quand on défend par monts et par vaux la souffrance animale. Non elle se sublime en se consacrant à la souffrance animale. BB, l’autre se consacre toute la vie à la souffrance humaine, mais peut-être plus encore à sa souffrance personnelle. Son père était miroitier. Il en vint à voir la mort dans son miroir sans tain. Le noir, l’obscur furent son fonds de commerce. « Le Raphael des beaufs » comme certaines mauvaises langues le baptisèrent symbolisait plus qu’un autre l’esprit existentialiste. Mais comment peut-on se faire harakiri, quand on se dit chrétien. Etre chrétien c’est croire en la vie éternelle, à la rémission des pêchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle…

Je n’ai rien contre la mort et ses représentations qu’elles soient expressionnistes, impressionnistes, abstraites. J’aime chez « Bernard Buffet froid », selon le mot de Dali,  ses natures mortes qui figurent des animaux et des légumes. Nature morte aux lapins, aux tomates ananas, au potiron, à l’oeuf sur le plat. On a beau dire mais  manger c’est surtout s’alimenter de mort et de pourriture pour sustenter la vie immobile, la still life, comme on dit en anglais…