Education sexuelle des pré-adolescents

Le sexe à l’école. Le thème est tendance et polémique. Certains sont farouchement pour, certains sont farouchement contre. Tout dépend en fait de l’idée que se font les parents de leur propre sexualité. Selon moi c’est dans le cadre de la famille que cette éducation doit être initiée. Moi en tout cas j’ai passé toute ma scolarité sans que ce thème ne soit abordée une seule fois. Mais c’est à chacun de voir midi à la porte de sa famille.

J’ai pu comme enseignant en terre musulmane à Mayotte avec des jeunes ados âgés de 11 à 16 ans intervenir pour dire que ce n’est pas en dansant qu’on tombe amoureux. Les filles et les garçons, à part quelques cas isolés, refusaient de pratiquer ensemble des ateliers de danse. Ou alors quand ils dansaient il ne fallait surtout pas qu’ils se regardent dans les yeux car ils pourraient tomber amoureux. Par contre quand ils étaient laissés libres entre eux et qu’il mettaient de la musique alors c’était des mouvements du bassin des plus débridés qui faisaient les délices de tous, jeunes et moins jeunes, voilés ou pas. Certaines ne dansaient que si elles avaient un foulard sur les épaules pour tenter de cacher leurs formes.

Il faut dire que la foi musulmane sépare les sexes et que l’éducation nationale les mélange. Il a fallu que moi m^me je m’y mette que je danse pour que les élèves comprennent par a plus b que danser avec une fille ou danser avec un garçon ne rendait pas amoureux. Je prends cet exemple pour tenter d’expliquer que la sexualité joue dans le psychisme des gens et est ancrée ans leurs traditions les plus archaïques. L’école selon moi n’a pas à intervenir dans les couches les plus profondes de notre psyché mais elle peut les aborder sous forme ludique par des films, des dessins animés, suivis d’une discussion.

Je me souviens que l’un de mes fils s’est réveillé une nuit en pleurant. J’ai mal au pipi, me dit il. Il avait en effet un zizi tout dur et je lui ai proposé d’aller faire pipi en lui disant que ce n’était pas grave, qu’il devenait un homme. Le lendemain je lui ai expliqué que ça pouvait lui arriver souvent dans sa vie et qu’il suffisait d’aller faire pipi que ça se calmerait.

Je ne crois pas que cela aurait servi de lui dire qu’on a plusieurs érections par nuit en fonction de chaque sommeil paradoxal.

J’ai eu aussi une fille qui vers l’âge de onze douze ans a eu des premières règles. sa mère n’était pas présente. nous étions séparés depuis quelques années. elle était en vacances au bord de la mer et voilà que ses règles arrivent. La je dois dire que j’ai été un peu démuni. et que c’est mon épouse d’alors et sa mère qui se sont occupés d’elle.

Ce n’est pas facile d’évoquer le sexe avec ses enfants. J’ai voulu essayer avec mes deux derniers et je crois qu’ils me regardaient comme un extra terrestre. pourtant avec les garçons nous prenions jusqu’à l’âge de 3 ou ‘4 ans nos bains ensemble dans la baignoire jusqu’à ce que j’observe qu’ils avaient un regard un peu trop appuyé sur mon sexe. C’est alors que j’ai décidé qu’il était temps que chacun ait son intimité sexuelle.

A chacun sa pudeur. Evoquer une petite copine à l’école peut être un sujet de fierté pour certains mais aussi d’angoisse pour d’autres. on a vite fait de se faire targuer de cochon, de vieux libidineux alors qu’on ne veut en fait que montrer qu’on est ouvert pour en parler.

Mes parents n’ont jamais évoqué les questions sexuelles avec moi, ni mon père, ni ma mère. Vers l’age de douze ans à ma puberté ma mère a acheté une collection de Tout l’Univers et m’a dit à peu près cela:

Si tu veux savoir quelque chose, tu es libre. Je ne suis pas capable de t’expliquer et ce ne sera pas ton père qui le fera lui même. Cherche et tu trouveras.

Comme j’aimais beaucoup lire, j’étais un rat de bibliothèque, je me suis documenté, je me suis éduqué de la sorte. J’ai complété par le magazine américain Playboy et par l’observation en cachette de mes soeurs . J’ai dû en fait apprendre sur le tard. Par contre ma mère m’a toujours bassiné les oreilles sur le fait que si je faisais l’amour avec quelqu’un j’aurais un enfant et cela m’a traumatisé pendant longtemps.

Pa ay mété fon ti moun a dan on vant a on timoun, siy tomné ansent ouké regrété tout vi aw !

Je voulais étudier, donc je ne faisais pas l’amour. Les bisous, les câlins mais pas de pénétration. Un jour j’étais dans ma chambre avec une fille de mon âge et nous en étions déjà aux préliminaires, dans ma chambre, j’avais mis le verrou, c’est alors qu’elle a frappé à la porte et nous a ordonné d’ouvrir immédiatement. Elle n’acceptait pas ce genre de choses dans sa maison. J’ai donc résolu à partir de ce fameux jour de faire mes affaires, mes combats comme disent les Antillais, dans les parcs, sur les bancs, contre un arbre, un mur, sur l’herbe et chez les jeunes filles mais jamais chez moi.

Quand ma deuxième fille a eu 13 ans je l’ai appelée et je lui ai dit :

Voila tu as tes règles et tu as l’âge de faire l’amour. Tu n’es peut-être pas prête encore mais, au cas où, sache que tu peux aller voir un médecin, une gynéco et prendre la pilule. Tu as mon accord. De toutes façons tu n’as pas besoin de mon accord, ton corps est le tien.

Bien sûr elle a protesté que non, qu’elle n’était pas prête mais j’ai insisté pour qu’elle fasse la visite pour être prête le jour dit.

De la même façon j’ai toujours offert à mes enfants vers l’âge de douze ans deux ou trois préservatifs au cas où. Be ready, c’est ma démarche. Il ne faut pas être pris au dépourvu.

Je pense qu’il faut arrêter d’être niais ou de faire le niais. Il y avait autrefois un mot très joli pour dire dépuceler, qui était déniaiser. Le rôle des parents selon moi c’est de déniaiser, tirer du royaume obscur de l’ignorance, sans tabous. Répondre à leurs interrogations quand elles se posent. Mais c’est à eux qu’il conviendra de choisir le jour, l’heure, l’endroit et la personne adéquate pour leur dépucelage.

J’ai vu au Brésil des familles dont les jeunes filles même âgées de plus de trente ans se cachent les yeux et détournent la tête quand un acte sexuel est pratiqué dans un film. J’en ai toujours ri. Mais que voulez-vous, les tabous et les faux-semblants ont la vie dure.

En ce moment les pouvoirs publics envisagent de donner à l’école primaire des cours d’éducation sexuelle pour les pré-adolescents. Cela fait polémique. Cet article cité en première ligne du Journal du Dimanche synthétise bien où nous en sommes en France en septembre 2018.

Chacun voit midi à sa porte. Moi je préfère les solutions familiales. Ces solutions ont besoin d’outils adaptés. Parmi ces outils il y a le site Nouveaux Plaisirs qui prône une éducation sexuelle épanouie pour tous et par la même occasion pour les pré-adolescents de 8 à 12 ans.

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J’ai particulièrement apprécié la mise en relation avec la plateforme de service de streaming Blackpills où est publiée la série animée orientée cul Peepooodo and the Super Fuck Friends (Littéralement Faispipicaca et les Super Amis de la Baise). C’est une production française de Bobbypills avec Yves Balak, Brice Chevillard et Nicolas Athané. Attention : interdit aux moins de 18 ans.

Mais c’est à vous parents de voir et laisser voir à vos ados ou pré-ados. A gouttes homéopathiques si vous préférez. Comme le dit en préambule la série ce n’est pas parce que c’est salissant que ça salit. En anglais :

It’s not beacuse you gte down and dirty that’s it’s dirty

J’ai trouvé la série très drôle, extrêmement bien documentée, crue certes jamais vulgaire et surtout divertissante, informative et rythmée. On y évoque sur dix-huit épisodes de 4 minutes à travers quelques héros bien déjantés : un hamster rose, Peepoodo, un ours blanc Kevin, une chatte infirmière Docteur Monique Lachatte, deux lapins Mr (Jean-Luc) et madame (Kimberley) Lapine, un taureau appelé Grocosto, une éléphante appelée Lilifan, presque tous les aspects d’une sexualité féconde, positive et décomplexée (hormis la pédophilie et la nécrophilie) et même la sexualité senior. On y apprend par exemple comment stimuler sa prostate par voie anale. On y apprend que le viagra ne s’accommode pas bien du jus de pamplemousse par exemple et que si l’on prend de ce jus cela annule les effets du viagra. Je ne prends pas encore de viagra pour l’instant mais c’est bon à savoir. Et je remarque que mon médecin m’a interdit de prendre du jus de pamplemousse en raison de mon traitement d’insuffisance rénale. J’ai appris aussi par d’autres personnes et en consultant le net qu’il fallait éviter aussi de prendre de la carambole.

Dans le même ordre d’idées vous pouvez prolonger vos états d’âme en matière de sexualité sur vos états d’âme en matière de psychanalyse en regardant suer la même plateforme Blackpills la série Crisis Jung qui en dix épisodes de 5 minutes sous la haute autorité de Jérémie Perin, Gobi, Laurent Sarfati et Baptiste Gaubert nous entraîne sur la piste des amours de Jung et de Maria avec la participation exceptionnelle de Petit Jésus.

J’ai tout autant apprécié malgré mon ignorance complète du norvégien (grâce notamment aux sous-titres) la mise en relation avec le programme norvégien d’éducation sexuelle Newton. Le NRK, depuis 2015, évoque en norvégien en huit épisodes tous les menus détails de la sexualité à la puberté : l’apparition des poils, la croissance, le pénis, le vagin, la sueur, les seins, la voix, les règles, les éjaculations involontaires, l’acné, etc

newton

Le tout sur le ton du divertissement et de l’humour.

Les inégalités ne sont pas nécessairement des injustices

D’un point de vue philosophique inégalité n’équivaut pas à injustice. Prenons par exemple la beauté. Nous sommes très inégaux en la matière. Certains ont des points de beauté d’autres des fossettes, ici des cheveux grainés, là des cheveux raides, ici des tâches de rousseur, là un nez camus, là un nez épaté, là un nez en trompette, ici un ventre gros boudin, là des muscles de marathonien. Tout le monde n’est pas HERCULE, tout le monde n’est pas la belle Hélène, ni Venus ni Apollon. En la matière nous sommes donc profondément inégaux. Certains peuvent avoir des enfants, d’autres sont stériles. L’inégalité peut être mal vécue, certes, mais est elle injuste pour autant ?

Prenons l’exemple du charisme qui veut dire à la base en grec la grâce. C’est un don. Celui qui est dépourvu de charisme pourra prendre tous les cours de leadership et de management qu’il voudra il ne sera jamais un leader incontestable. CELA NE VEUT PAS DIRE QU’IL EST INUTILE POUR LA SOCIÉTÉ MAIS IL FAUT SAVOIR ACCEPTER SES LIMITES SAUF À VOULOIR VIVRE DANS L’UTOPIE.

Les inégalités sont interminables et ce sont elles qui font que nous sommes divers et complémentaires. Hurler à cors et à cris à l’injustice c’est vouloir nier nos différences. Certains meurent plus que centenaires d’autres avant d’avoir atteint l’âge de raison. Certains naissent avec 24 chromosomes d’autres avec vingt trois. Certains naissent sans mains d’autres avec un doigt surnuméraire. Injustice? Fatalité ? Châtiment? Celui qui se sent au bas de l’échelle, au bas de la cordée a vite fait de trouver un bouc émissaire: Dieu, le Diable, les parents, l’Etat, Adam, Eve, l’homme blanc, l’esclavage, mais quelque soit la cause du mal qui ronge tout un chacun il restera toujours cette évidence qu’à origine identique des destins différents peuvent s’accomplir. La fatalité, l’inégalité est plus le produit de peurs archaïques que d’injustices vérifiées. On peut certes se paître et repaître avec délectation des souffrances de l’esclavage, on peut certes se complaire dans les engrenages et devenir son propre kamikaze. Dans certains de nos genes sont ancrées des attitudes que nous devons contrebalancer pour ne pas faire d’amalgame entre inégalités et injustices. Pour atteindre l’apaisement il faut réagir et arrêter de chercher les réponses là où elles n’existent pas. Ce n’est une thèse sociétaire, un argument politique : il faut fuir cette pandémie qui envahit les esprits. NOUS AVONS EN NOUS PLUSIEURS NOUS, CHACUN TENTANT DE DÉPASSER L’AUTRE. POUR SURVIVRE IL FAUT QUE TOUS CES CHACUN RESPIRENT et nous propulsent en avant et non pas en arrière.

Prescripteurs alimentaires, esprits, saints et défunts

Nos choix en matière alimentaire sont largement dictés par notre inconscient, par nos expériences de vie, par celles de nos ancêtres.

Nous croyons tous avoir un libre-arbitre , un pouvoir décisionnel qui nous donnerait la faculté de décider ce que nous avalons, et le pourquoi et le comment de ce geste « avaler » alors qu’en fait de matière alimentaire nous sommes les patients et les élèves de prescripteurs et de précepteurs alimentaires divers.

J’étais il y a deux mois à un dîner anniversaire. Un de mes frères fêtait ses 60 ans. Etaient présents sa fille aînée et son mari et leurs quatre enfants, âgés entre deux et 10 ans, 3 garçons et une fille, ma soeur benjamine de 50 ans et sa fille de 10 ans, mon épouse et moi cela se passait dans un restaurant à Saintes en Charente-Maritime. On nous sert les boissons.

Que désirez vous ?

Mon frère demande un Porto, je le suis. Il se ravise et prend une bière parce que son beau-fils a pris une bière. Je prends moi aussi une bière. En fait j’allais prendre un vin moelleux mais je me suis ravisé. Ma femme hésite puis finalement fait comme ma soeur et prend un vin moelleux. Les enfants prennent tous un coca avec des glaçons. Pour la petite dernière c’est un verre de grenadine.

On nous sert des petits apéritifs : des olives et des cacahuètes. Et là je m’aperçois que la petite fille de 2 ans se remplit d’olives vertes dénoyautées avec une sorte de joie intense. C’est un plaisir de la voir manger. Et je me souviens alors que moi je n’ai mangé des olives qu’à l’âge adulte et encore avec parcimonie. Aujourd’hui j’en grignote quand on m’en offre mais cela ne fait pas partie de ma culture. J’en parle à ses parents qui disent qu’elle adore les olives vertes. Le père plaisante:

Elle en prend toujours avec un petit Martini.

Tout le monde rit. Mon frère admet lui aussi n’en avoir goûté qu’adulte, tour comme ma soeur. Nous nous souvenons qu’à la maison nous ne mangions jamais d’olives. Cela ne faisait pas partie de notre culture.

Les cacahuètes par contre, qu’on appelle chez nous pistaches, font partie du décor et j’ai dû en manger dès que cela ne présentait pas pour moi de risque d’étouffement. J’ai mangé du sikakoko ça c’est sûr. Les cacahuètes caramélisées. hum c’est l’un de mes parfums d’enfance. comme le sorbet à la pistache ou au coco.

Si nous avions mangé chez ma mère il y aurait eu sans doute du Porto, du Martini, du punch coco, du rhum, un punch monbains, un guignolet, etc. Ensuite comme entrée un plat de saucisson en tranches accompagnées de carottes, râpées, concombre râpé, avocat

Trois d’entre nous prennent une entrée : le gendre du foie gras, mon frère et sa fille chacun une cassolette de pétoncles avec des carottes. Nous sommes dans une région où les fruits de mer sont abordables. Nous sommes à 50 km de la mer.Ma femme et moi nous nous abstenons ainsi que ma soeur. Nous mangeons peu le soir.

J’ai commandé instantanément mon plat, souris d’agneau. Chaque fois que je prends de l’agneau je pense à mon père pour qui fêtes de Noel, Pâques, mariages, anniversaire rimait avec agneau.

Mon frère prend des rognons de veau. Alors là je suis surpris:

-Tu aimes ça, toi ? Moi je n’en ai jamais mangé. Des reins, berk.

-Ah non c’est très bon, j’adore.

Moi je suis surpris. Il me dit qu’il en a toujours mangé et que notre père en mangeait aussi. Bien c’est fort possible mon père mangeait aussi des huîtres et ce n’est qu’adulte que j’y ai goûté. Mais il faut dire que mon père était militaire et qu’il est parti tout jeune dans la dissidence et là on l’a nourri à la française, à la bonne franquette. Cela explique qu’il aimait le vin rouge, les pommes de terre, les boites de cassoulet et les rognons. Il mangeait aussi beaucoup à la cantine quand il travaillait au ministère de l’Industrie donc son goût s’est élargi. Et moi donc je n’ai jamais goûté aux rognons. J’ai un jour au Brésil fait des efforts pour manger des gésiers de poulet en apéritif comme le faisaient tous mes amis brésiliens. C’est niet, ça ne passe pas. Les tripes, le foie, oui mais le gésier, le rein, les coucougnettes non merci. J’ai pourtant mangé du xinxim de bofe (du poumon) et ce n’était pas mauvais. Du sarapatel (un plat originaire du Nordeste du Brésil à base de toutes sortes de viscères rouges -fressura- comme la trachée, le coeur, le poumon, les reins, le foie , le baço e mouton ou de bouc). C’était à l’occasion d’un mariage et quand j’ai vu la manière dont tout le monde se régalait je me suis précipité et j’ai pris mon plat. et c’était divin. J’ai mangé mon bofe chez la mère d’une amie. Là encore tout le monde s’est régalé. Je ne pouvais dignement me défiler. Il m’est arrivé à une certaine époque de manger aussi la buchada de bode, la dobradinha ou le mocoto. La buchada de bode c’est un plat du Nordeste encore à base de viscères blanches de bouc (tripes et autres parties de l’estomac). La dobradinha je l’ai essayée car ma femme qui est originaire de Bahia aimait beaucoup. Je me souviens d’un restaurant près d’Itapoan où nous sommes allés à plusieurs reprises manger buchada ou dobradinha. La dobrainha est un plat à base de haricots blancs et tripes de boeuf (bucho) , .

Le mocoto c’est un plat à base de pieds de vache cuits avec des haricots et des légumes. J’en ai mangé une fois au petit déjeuner ! Il faut dire que je suis un aventurier et quand je suis entouré des bonnes personnes j’essaie tout. Il faut une conjonction des astres. Le jour où j’ai pris du mocoto au petit déjeuner c’était pour accompagner l’un de mes amis qui mourrait d’envie justement de manger un mocoto. il s’appelait Virgilio. nous étions dans un petit village dans un marché typique populaire de la Chapada Diamantina à Livramento da Nossa Senhora. Nous étions partis tous ensemble pour escalader le Pico das Neblinas. Je n’ai plus jamais revu Virgilio depuis, mais il est lié à jamais dans mon esprit au mocoto. Pour un originaire des Antilles qui a toujours mangé du boudin depuis sa plus tendre enfance je devrais être ouvert à toutes les viscères car finalement le boudin c’est à la base un boyau de boeuf, du sang, des herbes et des épices. J’ai une résistance que je dis naturelle. Mais le dégoût que je ressens peut avoir été hérité de mes ancêtres. Mais on peut fort bien dépasser les interdits alimentaires de ces ancêtres. Mon père me disait ne jamais manger d’ananas le soir. Si on en mangeait on aurait une tête d’ananas. cela ne m’a jamais empêché de manger de l’ananas si j’en avais envie et à l’heure de mon choix. Par contre ma mère n’aimait pas les gombos. Donc elle n’en cuisinait jamais. Comme c’est mon père qui faisait ce type de courses et que je l’accompagnais tout petit aux Halles pour faire les emplettes j’ai acquis le goût des gombos à travers lui. Mais jusqu’à aujourd’hui je ne l’ai jamais vu préparer des gombos.

Aujourd’hui je suis en Guadeloupe à Deshaies c’est le premier novembre, jour de tous les Saints, la Toussaint. Demain ce sera la fete ces Défunts. Aux Antilles saints et défunts ne font qu’un. Ce sont des esprits. et on leur prête hommage malgré les imprécations véhémentes de monsieur l’abbé qui leur prêche que le 1er c’est le jour des saints et le 2 le jour des défunts. et qu’il faut rendre hommage le jour qui leur est dédié aux saints et le jour qui leur est dédié aux défunts. Mais la plupart des antillais ne l’entendent pas de cette oreille. Depuis deux semaines les cimetières sont transformés en carwash, on lave, on récure, on fait briller, on bichonne les pierres tombales, on peint, on maçonne, on balaie, bref on fait le grand nettoyage pour que morts et saints mais surtout les morts sentent bien qu’on ne les oublie pas. Et pour cela on les illumine car ils aiment la lumière. Vive dans les ténèbres cela fatigue la vue. Alors bougies et lumignons font la lune et le soleil sur leurs âmes.

Moi je pense bien sûr à mes morts, mais toute l’année via la généalogie. Je n’ai nul besoin intime d’aller sur leurs tombes les éclairer. Car je ne sais comment éclairer la poussière des os. Mais j’irai par curiosité car ce sera la première fois de ma vie au cimetière passer le premier novembre un petit moment de lumière avec les morts.

Mais déjà de bon matin je les ai célébrés à ma façon. Je me suis préparé un petit déjeuner en hommage à mes morts. Probablement l’un de ces derniers me l’a soufflé pendant que je dormais. J’ai sorti une mesure de semoule de mais, cinq mesures d’eau, du sel, du poivre, du lait en poudre, de l’huile d’olive et du beurre, plus deux tranches de gouda, une grande marmite, tout ça pour faire les grits.

Quand j’ai craqué l’allumette et quand j’ai enflammé le gaz j’ai senti que les morts sautaient-mataient. Yépa, disaient-ils tous en choeur

Nou kay manjé mayis, mé frè

Puis j’ai sorti 6 wassous, le wassous c’est l’écrevisse, 6 grosses écrevisses. l’ail, l’oignon, le poivre, le vinaigre balsamique, le sel, la ciboulette, le persil, le piment végétarien,le bois d’Indee et le caribbean fish seasoning. Alors là j’ai senti les nez des morts trembler d’aise et de plaisir

Way, wassous, lézanmi ! Woy ! Mi banké ! Shrimps lézanmi, Shrimps ! Nou kay manjé grits and shrimps

C’est alors que je leur ai donné le coup de grâce, comme une extrême onction culinaire : j’ai sorti deux oeufs de poule de la Guadeloupe, élevée au bord de la mangrove donc parfumée aux crabes de terre.

Apavré ! Grits, shrimps and eggs ! Mé missié la sa sé on sen, sé on mawti, i kon nou minm !

Et une fois mon repas prêt je me suis mis à chanter tout en mangeant:

Faya faya manman alé jénéss simityé, alé jénés simityé man ka mandé lè répondè ayayay

Chaque bouchée d’ècrevisses, de bouillie de maïs ou de zé je la dédiais à l’un de mes ancêtres : une bouchée pour Vivik, une bouchée pour Julienna, une bouchée pour Fillotte, une bouchée pour Joseph, une bouchée pour Jean, une bouchée pour Man Bise, une bouchée pour Monrose, une bouchée pour Jeanine, jusqu’à ce qu’on arrive a Magdeleine. Puis je suis redescendu, j’ai parcouru les mornes de la Guadeloupe et de la Martinique, j’ai vu défiler Bouillante, Schoelcher, Saint-claude, Baillif, Case Pilote, fort-de- France, Vieux-Habitants jusqu’à ce que j’en arrive à la soixante-sixième cuillèrée. Branlre-bas de colmbat. qui aurait cert honneur insigne e se » voir déier la dernière cuillère de cette année. Je n’ay avais pas penséz mais au moment même où je mettais la cuillère dans la bouche je m’entendis prononcer :

Une cuillère pour Charles-Henri, mon petit frère, trop tôt disparu.

Ki zafè a dispari ésa, missyé Jean-Marie je suis là, costaud, ban mwen manjé an mwen, siuplé !Mais di mwen on bitin, poukisa tu ne nous as pas préparé un bon ti kalalou krab, vyé frè ?

Les morts sont comme ça. Yo pa jin kontan. Tu leur donnes chat ils veulent rat, tu leur donnes viande cochon ils veulent poisson épi zo, c’est comme ça, il faut toujours qu’ils fassent un petit caprice. Ils ne sont jamais satisfaits. Mais je sais comment les prendre. Je leur sers pour terminer une bonne rasade de leur petit rhum sec, le Bologne qu’ils affectionnent plus particulièrement. Awa mes morts pa ka bwè Riklès ! Ils se mettent à la queue leu leu comme pour recevoir l’ostie sainte

Messyé messyé, merci mon frè, tu n’as pas oublié mon ti viyatik,

font-ils en sautant matant de plus belle une fois obtenu leur petit viatique. Certains communient même deux fois

Verses en moi encore un ti krazi la goutte. Je ne vais pas partir sur un pied quand même, a laj anmwen épi toute la sciatique en ka soufè, doulè, doulè

Si je les écoutais je ramènerais une dame-jeanne pleine.

Au moins zafè aw bien, ou pa ni diabète, pwofité mon frè, pwofité bien lanmo aw, tchimbé réd pa moli

Le soleil s’est levé et avec lui les ombres de mes ancêtres se sont couchées. Quant à moi c’est, heureux et nostalgique en même temps, le ventre plein de grits and eggs et shrimps et passablement imbibé de bonne guildive que j’entame ma soixante-sixième Toussaint. La première première à Bouillante.

Notre corps endormi est un musc rare qui s’ignore

Je me réveille souvent vers les demie deux heures, deux heures et demie du matin quelle que soit l’heure où je me suis couché, c’est probablement la fin de l’un de mes sommeils paradoxaux et sans même m’en rendre compte je vais satisfaire deux besoins naturels. Le premier je retire l’eau du genou, un euphémisme brésilien pour dire pisser (tirar água do joelho). Après m’être secoué vigoureusement le genou je m’offre un verre d’eau fraîche. En fait ce n’est pas un verre, je bois au goulot de ma bouteille jusqu’à saciete. Et puis je me recouche. Lors du réveil final c’est le même rituel. Mais juste avant juste après en fonction de la qualité de la nuit je satisfais à deux autres besoins vitaux. Un je dégage délicatement du coin de mes deux yeux en fermant les paupières cette sécrétion visqueuse qui me prouve que j’ai bien dormi et qu’on appelle chasse en français, Kaka zyé en kreyol, remela en portugais et rheum ou sleep en anglais. Je ne la regarde jamais je la retire et je la jette probablement au sol. C’est un geste imperceptible, automatique. Ensuite je mets mes lunettes et la journée commence. A un moment de la journée que je ne saurais identifier j’utilise l’index de ma main droite et je fouille dans l’oreille pour en dégager le cérumen, le kaka zorey, parfois j’y vais au coton-tige mais je réserve celui-ci pour la cire visqueuse qui ne s’est pas solidifiée . J’aime ces petits riens qui jonchent ma journée. Ce sont des petits rituels somme toute jouissifs auxquels personne ne trouve à redire. Je peux aussi me gratter le dos pour faire cesser une démangeaison. Ah ces petits fluides corporels, ces sécrétions quotidiennes et nocturnes, qui d’entre nous ne les vit pas comme un mal nécessaire, une preuve de vie. Je m’imagine mal me lever, ne pas uriner, ne pas me gratter, ne pas prélever de cire au coin de l’œil ni au fond de l’oreille. Le jour où cela se produira préparez le corbillard. Mais il y a pour certains une limite à ces pratiques. Se fouiller le nez pour en tirer la substantifique moelle, ce que nous appelons le kaka né en kreyol. Le kaka né est solide, c’est la crotte de nez, le rim est liquide. Le rim c’est le rhume, la morve. En anglais snot, quand c’est humide et boogie quand c’est sec. Et il semblerait que par analogie seuls les enfants de moins de trois ans aient le droit de se délecter de leur rhume, de leur glaire et de consommer leurs crottes de nez comme si c’était du caviar d’esturgeon iranien. On les appelle d’ailleurs pour cette raison de petits morveux. Cela prouve bien que la morve est plus taboue que la chassie ou le cérumen. Qu’un homme de mon âge se fouille le nez pour se nettoyer surprend. Au nom de l’hygiène toute puissante il ne faudrait pas. Les yeux les oreilles, à la limite oui mais se tripoter le nez c’est comme se mettre un doigt dans le cul, ou se masturber, c’est indécent, le vivre ensemble ne l’accepte pas. A la limite chez soi dans le huis-clos de son foyer mais là encore il y a le regard impitoyable de l’épouse qui vous glace et empêche la progression du doigt vers le nez. Tout le monde n’a pas mes narines larges et épaisses qui permettent d’introduire sans heurt l’index dans l’orifice nasale. Les jaloux me vouent aux gémonies. Ils voudraient que j’utilise une solution nasale, oculaire ou auriculaire appropriée. Les mouchoirs en papier à la rigueur car ceux en coton ne sont plus hygiéniques.

Question fluide corporel j’ai mes propres aversions. Par exemple je déteste les crachats. Je ne crache pas. C’est culturel dans certains pays. Parfois en me réveillant je sais que j’ai mal dormi quand sur mes lèvres il y a un petit film, une mucosité coagulée d’on ne sait quoi.

J’ai récemment lu qu’un médecin autrichien aurait découvert que les gens qui se mettent les doigts dans le nez sont des gens heureux à l’écoute de leur corps. Je n’en fais pas parole d’évangile. Je suis un animal comme les autres. Si j’avais mis bout à bout toute cette matière sèche, toutes ces crottes de nez, chassies et cérumens vénérables que mon corps a produits au cours des soixante-six ans de mon existence je pense que je pourrais atteindre mon poids corporel d’aujourd’hui. 90 kilos. Je pourrais alors entrer au museau de cire de Madame Tussaud ou au livre des records comme le plus grand collectionneur de cire corporelle du monde et qui sait si on ne se battrait pas pour obtenir quelques échantillons de mon musc rare. Cent pour cent bio, naturel et durable.

Décalaminage horaire

Ah le jet lag. Voilà bien quelque chose que je croyais jamais devoir tester. Je me croyais vacciné, immunisé depuis les nombreux vols transoceaniques que j’avais effectués. Tonnerre ! Paris- New York, Paris-Rio, Lisbonne Salvador, Bruxelles-Buenos Aires, Paris-Mamoudzou, Madrid-São Paulo. Même pas mal. Mon corps engloutissait les km et les heures de jet lag comme si c’étaient des morceaux de boudin fumé . 6 heures par ci, cinq heures par la, en plus ou en moins. Mon corps amortissait les décalages horaires le jour même. Pas le lendemain. Le jour même. J’étais un polyglot trotter, un expert en fuseaux horaires. Ma martingale était la suivante. Dès le premier jour, s’obliger a vivre à l’heure locale. Eh bien il faut se rendre à l’évidence désormais. Cette idylle entre moi et le jet lag a vécu. Ce temps heureux a vécu. Le jet lag est tombé dans mes reins. Je vis en décalage. Je suis décalaminé . On peut parler alors de décalaminage horaire. Les bonnes recettes d’antan que je croyais posséder se sont envolées comme des perdreaux de l’année au-dessus des razyés. Je suis décalé. Je vis six heures avant l’heure. Je me couche entre sept heures et sept heures et demie du soir et me réveille vers minuit. J’ai réussi par je ne sais quel miracle un jour à me coucher à 10 heures du soir mais à deux heures du matin j’étais les yeux grands ouverts à jeun comme un chirurgien au mois de juin. Alors la question se pose avec acuité après cette sixième nuit d’affilée de nuit blanche. Insomnie chronique ou décalage horaire ? Ce vol Paris-Pointe-à-Pitre avec une arrivée comme par hasard à 19 heures a mis mon horloge interne en piteux état. Il m’ est arrivé d’avoir une nuit un peu grise autrefois, rarement il est vrai, mais cela a dû arriver, une nuit, mais six nuits blanches. Never. Nunca. Jamais.

QUE FAIRE ? ATTENDRE QUE JEUNESSE se passe ? ATTENDRE QUE LES NEURONES s’acclimatent ? J’ai l’impression, me connaissant comme je me connais, que je risque d’attendre vitam æternam. Je sais qu’il faut que je me couche le plus tard possible mais dès que sept heures sonnent le mécanisme irréversible du sommeil me prend au niveau des paupieres. Je sombre corps et biens. C’est le gouffre, le trou noir. LE VENTRE DE LA BALEINE MOBY DICK. C’EST LE PLONGEON IRRÉVERSIBLE. Il n’y a rien faire. J’ai beau lutter. J’ai essayé le café et c’est vrai que grâce à lui j’ai tenu une fois jusqu’à 10heures du soir sans effort. Mais j’étais debout à deux heures.

J’ai testé de prévenir ce jet lag intempestif avec un vaccin préventif bien dosé au ti punch prune de cythere, cela n’a fait qu’accélerer le sommeil.

J’ai essayé de dribbler le marchand de sommeil en engloutissant vers l’heure fatidique une gamelle de riz. Nenni. C’est une chape de plomb qui m’envahit vers 19 heures, dix heures trente, soit une heure, une heure et demie du matin de l’heure d’avant. L’heure de Paris. Greenwich +1.

Alors de guerre lasse j’ai testé sans la climatisation. Terrible. La climatisation à 24 degrés, la climatisation à 27 degrés. Pas mieux. Je n’ai jamais trop aimé la clim.

Ah je n’ai pas encore essayé une tisane. Tiens. Je vais y réfléchir pour ce soir.

Mais en y réfléchissant bien c’est peut-être ma nouvelle vie de retraité qui est en cause. Finalement je dors quand même entre 5 heures et 5 heures et demie par nuit et quand je me recouche à quatre heures et demie je me lève à 8 heures. Donc en fait c’est clair comme de l’eau de roche. Je vais avoir dans moins de dix jours soixante-dix ans. Mon corps se reprogramme pour me transformer en SOUKOUYAN. Il va falloir s’y faire.

Retraité soukouyan, c’est probablement ça le mal. Vivre en retrait, je ne m’y étais pas franchement préparé. Je pensais que la soudure serait simple comme bonjour. Le jet lag a bon dos. Voyons donc les choses autrement. Peut être faut-il simplement que je m’habitue à avoir une vie nocturne. J’ai toujours aimé la nuit pour écrire jusqu’au petit matin. Autrefois c’était épisodique. Maintenant c’est devenu chronique. Je pourrais en profiter pour cuisiner, laver mon linge, faire le ménage, profiter de la fraîcheur de la nuit. Qui sait me promener. Oui il va falloir me deconditionner. Allez ça va mieux en le disant. Ah oui la vieillesse c’est un métier qui s’apprend tous les jours, mais pour moi ce sera toutes les nuits.

Me voilà donc devenu SOUKOUYAN, volant, morfwaze. Je n’ai pas encore d’ailes pour voler mais sans doute vont-elles pousser en deuxième semaine. Les soukouyans ont des arbres qui leur sont chers. J’ai le choix autour de la maison où je suis entre trois ou quatre pyebwa. Un pied de prune de cythere énorme, planté devant sur le côté droit, un manguier et un pied de grenade sur le côté gauche derrière. Je crois que c’est le pied de grenade qui m’appelle on je vous laisse. Il est 1h45 du matin. Je vais me poser mon corps dans les bras de Morphée du grenadier.

La plage ne vieillit jamais dans le souvenir des bernard-l’ermite

Tout le monde vieillit, moi le premier. La plage de Grande Anse est ma plage mythique. Elle s’étend à Deshaies de la pointe du Gros Morne à la pointe le Breton. Moi, mon royaume secret c’est la partie située entre la rivière Ziotte où je pêchais jadis des ouassous et faisais naviguer vers la mer mes petits bateaux et la rivière Mitan, que certains osent appeler étang . C’est dans ces deux rivières, toutes deux natives du Dos d’Ane, que je me baignais le plus jadis. La rivière Ziotte sous les arbres du côté de Ziotte où j’habitais derrière la maison de Mr Philétas, et la rivière Mitan qui se terminait en soi disant étang où l’eau de mer venait lécher par moments l’eau de la rivière. Je n’ai jamais connu en aucune partie du monde une eau saumâtre aussi délicieuse. Il y a longtemps, une éternité, belle lurette que personne ne se baigne dans la rivière-étang. Je la regarde avec nostalgie et incompréhension car elle n’a pas changé. C’est toujours la même jeune fille familière aux reins ondoyants de sirène . Elle est toujours bordée d’une végétation fournie et les feuilles d’amandier y prennent leur bain quotidien sans vergogne aux creux de ses formes. Ceux qui ne la connaissent pas peuvent croire qu’elle ne se jette plus dans la mer. On pourrait croire qu’elle s’arrête net à vingt mètres de la mer. Mais il n’en est rien. Il suffit d’un cyclone pour s’apercevoir que la mer et la rivière sont de la même parentèle. Ils sont parents, alliés, amis. Et moi je fais aussi partie de la famille. Cousin germain comme les crabes et les bernard-l’ermite. Je ne suis pas de Deshaies mais j’ai dû m’y baigner avant même d’avoir atteint l’âge vénérable de un an et religieusement c’est la première plage où je me baigne en Guadeloupe. Cette fois-ci j’ai dérogé à la règle et j’ai pris mon premier bain à la plage Leroux, toujours à Deshaies. Mais comme pour me faire pardonner j’ai rendu visite dés le lendemain à ma maîtresse, la rivière Mitan. Elle n’a pas pris une ride. Éternelle. Fringante, pimpante, pétillante, sans nul besoin de maquillage, pomponnage, saupoudrage. Les raisiniers bord de mer sont toujours là et je sais que leurs racines s’abreuvent de l’eau de cette rivière. J’ai même rencontré à presque un kilomètre de là en amont un Bernard-l’ ermite, appelé aussi soldat, mis à dégorger dans un piège, sorte de nasse en béton derrière la maison où autrefois se trouvaient des ruchers. Man Philétas était aveugle et son mari Toyen était apiculteur entre autres choses. La maison est abandonnée. On dit maintenant fermée, un euphémisme . Personne parmi les héritiers ne veut y investir ses deniers. Moi j’y fais pélerinage chaque fois que je suis à Deshaies. C’est mon cimetière à moi, mon lieu de mémoire, mon cadre idyllique circonscrit par les épées de saint Georges dites langues à chat ou langues à belle-mère protectrices, les pieds de coton, le manguier, les avocatiers. Entre ces deux Rivières gît ma Télumée miracle. J’y ai connu la pluie, j’y ai connu le vent. Mon avant-dernier enfant y a fait ses premiers pas à l’âge de un an. Ziotte, mon eau minérale. A voir ce bernard-l’ermite j’ai pensé à l’esprit de monsieur Philétas. J’ai pensé qu’il me disait qu’il était prisonnier dans cette vieille maison de tôles et de bois fermée, abandonnée. Puis en y réfléchissant bien je me suis dit plutôt qu’il en était le gardien fidèle, le soldat . Comment a-t-il atterri dans ce trou de béton où je l’ai surpris ? Mystère et boules de gommes. Espérons que si on l’a mis là à dégorger son esprit puisse être délivré et que cette bâtisse retrouve sa raison d’être et de vivre.

L’huile de carapate artisanale de Man Philétas

C’est l’huile rare, essentielle. Élaborée en petites quantités infinitésimales quand la santé le permet car Man Philétas est diabétique et avance difficilement avec un bâton mais assaisonne toujours avec entrain son poisson et celui des autres quand on le lui demande.

Avec son mari Edmond , pêcheur agriculteur de Deshaies avec qui elle a lié son destin depuis 59 ans et mis au monde dix enfants, Catherine, une demoiselle Youyoutte de Gosier, épouse Philétas, forme un couple attendrissant la quatre-vingtaine bien sonnée. Dans les hauteurs de Deshaies à Caféyère c’est là que se prépare l’huile de palma christi, huile carapate artisanale de Man Philétas.

Il faut d’abord récolter les graines de carapate (Ricinus communis), les extraire de la gousse piquante de carapate séchée au soleil.

On les trie, les passe au tamis, pour éliminer tous les résidus, pailles, pierres, morceaux de bois, qui pourraient s’y trouver. Puis on les grille au feu de bois comme on fait griller les cacahuètes, on broie les graines dans un pilon ou dans un moulin artisanal et on en obtient une pâte  que l’on met ensuite à bouillir dans un grand chaudron d’eau. Chacun a sa recette gardée jalousement. L’huile remonte à la surface. On la récupère à la louche. Le litre de cette huile essentielle coûte 100€. La petite bouteille 10€. L’HUILE DE CARAPATE AIME VOS CHEVEUX ET VOTRE PEAU. Vous pouvez l’utiliser en massages, contre les rides, les vergetures, les cicatrices, ou contre la grippe en la mélangeant à des feuilles d’oranger, ou en purge à raison d’ une cuillère à soupe à laquelle vous avez ajouté du sel. LE FAIT QU’ON EN GRILLE LES GRAINES donne à l’huile carapate CETTE COULEUR AMBREE Et le parfum de cacahuète. ELLE ÉTAIT RÉPUTÉE DANS LE VAUDOU FAIRE POUSSER LES CHEVEUX SUR UN CRÂNE Sec qui se transformait en tête de sirène.

MAIS ON L’UTILISE AUSSI POUR LES PURGES. C’EST LA FAMEUSE HUILE DE RICIN. CELLE QU’ON TROUVE DANS LE COMMERCE EST Blanche ou mieux jaune, CAR ON NE LA GRILLE Pas. Elle est pressée à froid.

Cette huile de carapate est aussi connue sous LE VOCABLE abusif de Jamaican castor seed oil. JE DIS ABUSIF CAR LE CARAPATIER POUSSE PARTOUT DANS LE MONDE TROPICAL ET PAS SEULEMENT EN JAMAÏQUE ET QUE LE CASTOR N’A RIEN À VOIR DANS L’AFFAIRE. Aussi très utilisée au Brésil. ELLE EST ISSUE DU CARAPATIER QUI LA-BAS S’APPELLE Mamona ou carrapateira. A Haïti on l’appelle lwil maskriti qui est une appellation dérivée de palma christi.

Cette huile est utilisée aussi industriellement dans les solvants, les laqués, les cires, les biodiesels. Mais elle est hautement toxique et mortelle si absorbée en grandes quantités. Car la graine de carapate contient une protéine appelée ricine qui peut provoquer la mort rapide chez les hommes comme chez les animaux. Des travaux sont en cours par l’Embrapa au Bresil pour enlever toute sa toxicité à la graine de carapate et la rendre propre à l’alimentation animale.

J’aime le chant du boudin le soir au fond de la fumée .

Le son du cor, le bêlement du cabri, le phrasé du madère ou le chant du coq.

Certains à l’écoute de ces ondes ont le cœur qui entre en pâmoison. La raison défaille. La main tremblote alzhameirement et parkisonnement. MOI, j’ai un faible pour le chant de Sa Majesté Boudin. LE CHANT DU BOUDIN ROUGE Royal m’émeut plus particulièrement. À son écoute mon ouïe tressaille, ma vue se brouille, mon nez s’allonge et se retrousse. J’aime que LE BOUDIN Qui COMME coq chante, coquerique à longueur d’année, matin midi soir. Il fut un temps où les coqs comme les poules avaient des petits noms. Chantecler, celui qui faisait paraître le soleil, selon Edmond ROSTAND. EH BIEN CHAQUE BOUDIN QUE J’ENGLOUTIS EST COMME UNE OSTIE Fumée , Consacrée, GRILLÉE, EN BLAFF OU EN COURT BOUILLON que je baptise aux fonts baptismaux de mon palais et qui fait paraître le soleil. Il y a boudin bénin et boudin malin. Je communie aux deux espèces. LE COULIROU NE CHANTE PAS, LE MARLIN NE CHANTE PAS, L’ORPHIE NE CHANTE PAS, LA DORADE NE CHANTE PAS. IL FAUT QUE L’EFFLUVE DU PIMENT M’ATTEIGNE EN VINGT-SEPT CENTIÈMES DE SECONDE, QUE LE PARFUM DU BOIS D’INDE ME TRANSPERCE DE SON CRI primal Dès LA PREMIÈRE MILLISECONDE, QUE LE BOYAU SOIT TENDRE COMME LE RIDEAU DU JOUR QUI SE LÈVE. BOUDIN ROUGE, BOUDIN BLANC, BOUDIN VERT, BOUDIN NOIR. EN MATIÈRE DE BOUDIN JE N’AI PAS DE CHAPELLE, JE NE SUIS PAS RACISTE, JE SUIS OECUMÉNIQUE. JE LES BECQUETTE TOUS. ÉGLISE DU DERNIER JOUR DES SAINTS DU BOUDIN ROUGE, SAINTE RITA DU BOUDIN BLANC DE DIEU, ÉGLISE DU SEPTIÈME BOUDIN VERT, QUELLE QUE SOIT LA COULEUR De La CHOSE JE BOUDINE, TU BOUDINES, IL OU ELLE BOUDINE.

J’ai testé les dombrés congelés

Je n’avais jamais osé. Osé m’acheter du dombré congelé. Mais toute honte bue, l’inévitable s’est produit. J’ai cédé à la facilité. Pourtant rien de plus facile que de faire des dombrés. Eau, farine, sel. Et basta. Mais dans le petit supermarché de Deshaies le produit, nouveau pour moi, m’a attiré comme une abeille est hypnotisée par le pollen d’une fleur de figue. Dombrés Surgelés, SARL Les Délices Surgelés à Saint-Claude, chemin Cascade Vauchelet. Gérance de Madame Garçon Marie Hélène. Ma ville natale, ex Basse Terre Extra Muros. Comment ne pas donner l’occasion à un compatriote haut Basse-Terrien de faire fortune au pied de la Soufrière ? Ce ne sont pas des boulettes, ce sont des billes. Légères, légères, presque aériennes mais ne vous avisez pas de vous servir une assiette fêtée. Manger vos dombrés parcimonieusement, tout spécialiste en nutrition vous le dira. Bonjour les kilos superflus qui résistent des siècles à fondre ! Mais quand on n’aime on ne compte pas. Dans calories il y a calor. Que calor! J’adore. Pour conclure j’ai testé et j’ai adoré ces itsy mini petits dombrés surgelés mais ce ne sera jamais une corvée pour moi de faire des dombrés maison. Imaginez des dombrés à base de farine de froment et farine de manioc mélangées , ou un dombré aux trois farines (froment, mais, manioc). Manman, manman ! Léché dwouett!

Alors, au diable l’avarice, ce matin à cinq heures et demie, le pipirit n’avait pas encore chanté et le coq était dans son dernier sommeil paradoxal, je me suis mis à l’ouvrage. AU PAS CAMARADES, AU PAS CAMARADES, AU PAS, AU PAS, AU PAS. J’ai mis au feu les haricots rouges que j’avais mis à tremper la veille. Et comme J’AVAIS PERDU LE LA DE MA CLARINETTE et que je n’avais ni thym ni laurier sous la main j’ai mis de l’oignon, une gousse d’ail et du caribbean fish seasoning de Sainte-Lucie. C’est un assaisonnement pour poisson des Caraïbes comme le dit la marque Viking basée à Castries en principe mais quelle sommité culinaire a décrété que la poudre d’oignon, l’ail en poudre, le poivre blanc, le thym et le sel étaient incompatibles avec les pois rouges ? Un peu d’huile d’olive et un peu de sauce tomate en fin de cuisson, puis une ou deux cuillères à soupe de Colombo, deux piments végétariens pour parfumer. Allez on met 500 grammes de boulettes de dombrés. Pas de queues à cochon, pas de porc, pas de bœuf, pas de cabri, pas de saucisses. Ce sera un pois rouges dombrés végétarien. Accompagné d’un darne de dorade coryphène congelé pêchée dans l’Océan Indien et négociée à Oman, à défaut de poisson tout frais, bien assaisonnée à la brésilienne ou tout simplement frit. On verra ça à midi. En fonction de l’envie et de la flemme. Avec un petit mélange de concombre et tomate. Et surtout ne pas oublier de réserver la part des anges pour Saint Michel archange terrassant le dragon de midi bien dodu et gras.

Anniversaire de bout de carton rose

J’aime les anniversaires. Et si je le pouvais je fêterais chaque jour que les dieux font quelque chose d’unique, le souvenir ému d’une étreinte, l’odeur saumâtre du vent qui vous a frôlé au bord du parapet, l’envie qui vous a titillé d’un fruit à peine mûr qui s’offrait à votre portée, le soleil naissant ou somnolant à l’heure de la sieste.

Je fêterais le jour où j’ai pu prononcer mon nom intelligiblement, le beau matin où j’ai mis un pied devant l’autre et que j’ai recommencé , je fêterais mon premier gazouillis, je fêterais ma première dent éclose comme une fleur de frangipanier, je fêterais ma première chute de cheveux, le premier cheveu blanc, la première ride, je fêterais mon premier chèque, mon premier boulot, mon premier baiser, mon premier pipi au lit mais aussi tous ceux qui ont suivi sur la route 66, je fêterais le premier corps de femme dont j’ai pu épouser les courbes offertes, je fêterais la première main qui m’a saisi avec doigté le sexe et transporté sans coup férir au parinirvana, je fêterais la première et la dernière goutte de jute jouissive, je fêterais, je fêterais. Je fêterais la première dent tombée, et toutes mes dents de sagesse ou cariées , l’une après l’autre, canine, molaire, incisive, je fêterais ma première écriture, mon premier sourire, ma première fossette, je fêterais la première crotte, la première diarrhée, la première grippe et la phymosis. Je fêterais l’ablation de mon nombril, de mes amygdales et de mon prépuce. Oui et même de mon appendicite. Je fêterais le jour où j’ai failli mourir à mobylette et la couleur violette du sang de la mort pale, je fêterais la rivière aux écrevisses, je fêterais les fourmis coupeuses de feuilles et les lézards aux queues coupées, je fêterais les seins géants aux auréoles noires desquelles je tétais suspendu à la moindre goutte de leur punch coco, je fêterais, la première fesse, le premier clitoris, la vulve originelle, la naissance du monde, je fêterais Corbet, je fêterais Gustave. Je fêterais le premier désir, la première bede, le premier vaccin, la première tristesse, la première déception, le premier chagrin, je fêterai chaque petite mort ou grande ou moyenne. Il y a tant à fêter chaque jour. On pourrait fêter la naissance de ses ex et même le clip de fin de la relation. Fêter le divorce comme on fête la mort lors d’une veillée au son des tambours en sirotant son rhum miel. Je fêterais le petit matin et l’énorme nuit et enregistrerais LE ROUCOULEMENT des GRENADES ET DES MANGUES. Aujourd’hui il me semble c’est l’anniversaire de mon permis de conduire. Il a 38 ans. Il est né à Chantilly dans l’Oise et à l’âge de 19 ans je l’ai fait refaire, une petite chirurgie plastique, un duplicata tout rose. Il s’appelle 800760100513. Il termine par un treize porte-bonheur. Le deux octobre 1980 je devenais officiellement conducteur. J’allais bientôt acheter une Talbot Horizon verte d’occasion. PUIS CE FURENT une Alpha Roméo rouge, une Renault 5 blanche, une Renault Clio blanche. Sur cette relique en lambeaux scotchée et rapiecee ma photo noir et blanc encadrée de quatre RF. République Française. Ce bout de carton rose me suit comme un chien fidèle depuis 38 ans. Ma plus longue histoire d’amour. Je regarde ma photo. Attendrissant tout comme ce F noir entouré de douze étoiles. L’Europe des douze, actuellement Europe des 27 plus 1. J’ai aussi quelque part mon permis de conduire brésilien, ma carteira de motorista, oui quelque part, en portugais, qu’il faut que je fête aussi. Quand on n’a plus rien à fêter c’est que la fête est finie. Or c’est un éternel recommencement qui rythme notre existence. Dans 10 jours ce sera au tour de fêter ma venue à la lumière. Je suis venu à cette lumière d’octobre d’hivernage un jeudi à 14h30. Heure à laquelle m’a été délivré mon permis de vivre, mon acte de naissance.

J’aime beaucoup l’expression « earth day » en lieu et place de « birthday ».