Chapeau melon et bottes de cuir : a suit is a man’s armour selon double zero seven et ses ersatz

Dans les années 60 (de 1961 à 1969) cette série british qui mêlait allègrement espionnage, contre-espionnage, MI 5, MI 6  et science-fiction, me passionnait. En langue originale c’était The Avengers avec Patrick Macnee (John Steed) et Honor Blackman (Cathy Gale) Diana Rigg ( Emma Peel, l’épitomé de l’élégance, saison 4 et 5) ou Linda Thorson (Tara King)(saison 6) dans les rôles principaux. Deux agents secrets de sa Majesté aux prises avec toutes sortes de « villains ». Une débauche de mode british, parapluie (umbrella), chapeau melon (bowler hat) (qui peuvent en cas de besoin s’avérer des armes redoutables), costume 3 pièces cravate  toujours impeccable, jamais froissé, fait sur mesure pour monsieur by Audrey Liddle et Ambren Garland, ses costumiers qui se faisaient tailler les vêtements sur Regent street par Bailey and Weatherhill et à un certain moment  Pierre Cardin  et garde-robe de cuir et autres matières moulantes trendy pour Emma Peel by John Bates (saison 4) et Alun Hughes (saison 5).

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Ce dernier continuera avec Tara King (saison 6) sauf pour 6 épisodes où va intervenir  Harvey Gould. Le charme, l’humour, le flegme  et la sophistication à l’état pur. Et les voitures british, que du vintage : des Bentley, des Jaguar, des Rolls Royce , des Vauxhall, des Lotus  en veux-tu en voilà. 161 épisodes de 50 minutes qui à la fin étaient diffusés dans 90 pays. J’en retiens une phrase :

A suit is a man’s armour.        Le costume c’est l’armure de l’homme.

Mrs Peel est une veuve puisqu’elle a perdu son mari pilote d’essai. Elle est riche, belle et indépendante. Elle occupe un appartement chic (une penthouse) et est une femme libre, qui domine le judo et le karaté, une rose d’Angleterre, qui occupa, je peux le confesser, nombre de mes fantasmes de jeune ado. Au volant de sa Lotus Elan elle était irrésistible. Entre 1976 et 1977 ce furent les New Avengers toujours avec Patrick Macnee mais avec d’autres agents secrets pour lui donner la réplique comme Joana Lumley (as Purdey) et Gareth Hunt (as Mike Gambit)

J’adorais le thème musical d’ Avengers de Laurie Johnson. En 1998 un film est sorti Avengers avec  Ralph Fiennes dans le rôle de Steed et Uma Thurman dans le rôle de Dr Peel. Dans ce film on entend la voix off (cameo) de Patrick Macnee qui joue le rôle d’Invisible James. Sean Connery, James Bond originel, y joue le rôle  de Sir August de Winter , un méchant. Comme souvent la copie n’égale pas l’original. Certes on a toujours les mêmes personnages, les mêmes vêtements mais l’esprit n’y est plus. Les costumes sont d’Anthony Powell mais chez le Steed de la série de télévision la mode qui nous est donnée à voir est du type équestre (le nom Steed d’ailleurs évoque cet aspect équestre) presque edwardienne tandis que la mode sur Avengers 1998 est la mode de la City. Je retiendrai pourtant sur la bande  musicale du film sous la direction de Bruce Wooley dans laquelle figure Storm chanté par Grace Jones  and the Radio Science Orchestra.

Steed (1922-2015) n’est plus  Peel (1938-) continue. Ainsi va la vie. Roger Moore, le protagoniste du Saint est encore là, alive and kicking, tout comme un autre 007 Sean Connery.

007 fruit de l’imagination de Ian Flemming (1908-1964) a connu le noir et blanc puis la couleur. Sujet indéfectible de Sa Majesté il apparaît dans Casino royale (1953), Live and let live (1954), Moonraker (1955), Diamonds are forever (1956), From Russia with Love (1957), Dr. No (1958), Goldfinger (1959), For your eyes only (1960), Thunderball (1961), The spy who loved me (1962), On her Majesty’s Secret Service (1963), You only live twice (1964), The man with the golden gun (1965) et Octopussy and the living daylights (1966). Même  Patrick Macnee  lui aussi joua le rôle de Sir Godfrey Tilbett dans A view to a kill dans un James Bond tout comme deux de ses partenaires : Honor Blackman qui prit le nom de Pussy Galore dans Goldfinger (1964) et Diana Rigg qui devient Contessa Teresa di Vicenzo et fut la seule à passer la bague au doigt à Bond, James Bond dans On her Majesty’s Secret Service (1969)

Là encore ce ne sont pas les histoires, les synopsis qui restent mais la musique de John Barry et des titres  comme Goldfinger (1964), Moonraker et Diamonds are forever et la voix de Shirley Bassey  ainsi que Live and let die de Paul MacCartney and Wings sans oublier Thunderball de Tom Jones

 

 

 

Les aventures du Prince Ahmed

 

C’est une vieille histoire que ce film, le premier film long métrage d’animation qui ait survécu jusqu’à nous, créé en 1926 en Allemagne par Lotte Reiniger. Pendant 65 minutes les silhouettes défilent et vous transportent sur fond musical de Wolfgang Zeller dans les mille et une nuits revisitées par Lotte Reiniger entre Orient  et Afrique. C’est Abenteuer das Prinzen Achmed en allemand, en français Les Aventures du Prince Ahmed.

Ce conte fantastique réunit :

une femme-oiseau, la princesse  Pari Banu , souveraine de l’archipel des esprits du Wak-Wak ,

le calife

le prince Ahmed, fils du calife ;

la princesse Dinarzade, fille du calife

le mage africain, l’enchanteur maléfique, le sorcier, appelez le comme il vous plaira de l’autre.

Ie cheval volant,

Aladin et sa lampe merveilleuse,

l’empereur de Chine

le bouffon de l’empereur de chine

la sorcière des Montagnes de feu

le palais volant

les esprits du wak- wak

Les Aventures du prince Ahmed  reprend de multiples éléments des mille et une nuits. Dans l’histoire  originale trois princes sont amoureux de leur cousine la belle Nourounnihar. Leur père, le sultan des Indes, leur conseille de ne pas s’accrocher à cette idée et de chercher une autre épouse mais devant leur refus de chercher ailleurs il leur propose un marché. Ils devront lui ramener chacun un trésor quelque chose d’inestimable. Celui qui aura le plus beau trésor aura la cousine tant désirée pour épouse. Les 3 princes partent Houssain,  Ali    et Ahmed le plus jeune. Houssain, l’aîné, va au royaume de Bisnagar et ramène un tapis volant. Ali le puiné va à Schiraz en Perse et ramène un tuyau d’ivoire avec deux verres à chaque extrémité qui permettent de voir à travers ce que l’on désire. Ahmed le dernier ramène de Samarcande une pomme artificielle qu’il suffit de flairer pour écarter toute maladie. Avec leurs trois objets fabuleux ils arrivent à sauver la princesse Nourounnihar qui était sur le point de mourir. Le père décide alors de les départager et de les faire se confronter au tir à l’arc. C’est Ali qui envoie sa flèche le plus loin. On commence les préparatifs de la noce. La flèche  d’Ahmed n’est pas retrouvée. De dépit Houssain se retire et devient derviche. Tandis qu’ Ahmed part à la recherche de sa flèche qu’il retrouve à grande distance par terre. Sans s’en rendre compte il entre au pays des génies où règne la fée Pari-Banou et tombe amoureux de cette dernière qui dépasse en beauté et richesse toute ce qu’il avait vu chez sa cousine. Cette dernière lui dit que c’est elle qui a transporté la flèche jusqu’à son royaume et elle lui propose de devenir son mari. Elle est riche et belle. Ils forment un couple parfait. Je vous épargne tous les rebondissements mais à la fin Ahmed devient sultan des Indes à la place de son père et avec l’aide du frère de Pari Banou, Schaibar. Pari-Banou devient sultane des Indes. Happy end. L’histoire ne dit pas s’ils vécurent heureux et s’ils eurent beaucoup ‘enfants. Mais on l’imagine.

Les aventures du prince Ahmed reprend les personnages des mille et une nuits, reprend Aladin et sa lampe magique. Les objets magiques sont le cheval volant et le palais volant mais il y a deux fées dans les Milles et une nuits Pari-Banou et la sorcière du sultan. alors que dans les Aventures d’Ahmed revisitées par Lotte Reiniger il y a un mage et une sorcière.

Transposées ans un cadre antillais l’histoire donnerait à peu près ça.

Yé krik! Yé krak! Est-ce que la cour dort ? Non, la cour ne dort pas! Si la cour ne dort pas, c’est Théodore qui dort, dans la cour d’Isidore pour deux sous d’or! Yé krik! Yé krak! Yé mistikrik! Yé mistikrak!

Wak-Wak l’archipel de la guadeloupe où vivent des génies, esprits et autres démons et fées

Le mage : le quimboiseur, le gadédzafé, le maître des cyclones

la fée-princesse oiseau : la diablès Lilith, la succube fatale, reine de la Soufrière,

les soukouyans, les volants, les zombis : les esprits, les invisibles, les entités, les génies

le prince ahmed : le dorliss incube, Samaël

la princesse Nourrounniha : la Sirène Eve, fatale

Aladin, Adam

le cheval volant/tapis volant : le chouval bwa

le palais volant : le fromager volant

la sorcière des montagnes de feu : la makrèl de la Soufrière

le calife : Bawon Sanmdi

 

 

 

Misa criolla

Les messes chantées ont généralement cette trame sacrée, liturgique: Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus Dei.

En 1964 sort le disque Misa Criolla de l’argentin Ariel Ramirez (1921-2010) composition pour choeur, solistes et orchestre.

Les solistes sont issus de Los  Fronterizos, groupe folklorique qui existe depuis une izaine d’années alors composé à minima de un alto, deux ténors et une basse (Julio Cesar Isella, Juan Carlos Moreno, Gerardo Lopez, Eduardo Madeo, Yayo Quesada)

Au charengo  Jaime Torres

Le choeur est celui de la Cantoría de la Basílica del Socorro, sous l’harmonisation et la direction du Rev. Père Jesus Gabriel Segade.

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Je connaissais auparavant la version de 1999 avec Mercedes Sosa  , la voix argentine des sans-voix, (1935-2009) qui avait obtenu en 2000 un Grammy Award pour la meilleure musique folk latino-américaine. C’est l’autre jour Angelina Antona qui m’a informé de cette version originale de 1964. Je dois avouer que j’aime mieux l’orchestration du disque de Mercedes Sosa qui fait une grande part à la guitare. Je trouve que la première version, la version originale, est peut-être plus empreinte de religiosité tandis que celle de Mercedes Sosa serait quant à elle plus empreinte de sérénité. Affaire de goût. Bon, on peut être athée comme moi mais  savoir apprécier l’élan et les vibrations mystiques que peuvent causer l’écoute de cette messe créole.

En 1958 sort bien avant  le phénomène de la Misa Criolla de Ramirez la Missa Luba qui elle repose sur les choeurs et les tambours, c’est une version congolaise sous la direction du Père Guido Haazem (1921-2004) religieux issu de l’Ordre des Frères Mineurs et Les Troubadours du Roi Baudouin (une chorale qu’il fonde dès 1953 à Kamina au centre du Katanga alors belge). Les troubadours vont alors faire une tournée européenne dès 1958  en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Ils sont chez Philips dès 1963 et certaines des plages de leur album seront partie intégrante de films connus comme L’Evangile selon Saint-Mathieu (1964) de Pier Paolo Pasolini ou The singing Nun (1966) de Henry Koster avec Debbie Reynolds ou encore If (1968) de Lindsay Anderson   avec Malcom McDowell deux de leurs morceaux figureront même pendant 11 semaines  au hit parade britannique (Sanctus et Benedictus en 45T) en 1969 après la sortie du filme If. Philips éditera en Europe leur premier album en 1963, soit un an avant la Misa Criolla

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Un peu avant en 1956 l’abbé Robert Wedrahogo propose sa Messe des Savanes , qui est une chorale africaine à quatre voix, des séminaristes membres du petit séminaire de Pabré (Haute-Volta)(Le Burkina-Faso d’aujourd’hui) accompagnée de tambours et tam-tams. On y sent l’influence des danses voltaïques et même l’influence arabe pour l’une des plages du disque qui en comporte au total 6. Cette messe sera éclipsée par la Misa Luba  dès 1958

La Misa Flamenca (1966) est quant à elle arrangée par Ricardo Fernández de la Torre et José Alcaraz Torregrosa. A ce disque participent  Rafael Romero, Pericón de Cádiz, Chocolate, Pepe “el Culata” et Los Serranos au chant; Víctor Monje “Serranito” et Ramón de Algeciras à la guitare flamanca  et finalement les chorales Maitea et Easo.

D’autres misas flamencas suivront dont les plus célèbres sont celles de Fosforito (1975); Paco Peña (1991); Enrique Morente (1991); Alfredo Arrebola (2005); et Curro Piñaña (2007).

En 1966 on trouve en face B de la Misa flamenca la Misa Mozarabe. Les mozarabes sont des Chrétiens qui ont conservé leur religion catholique durant l’occupation maure de l’Espagne qui a duré presque 800 ans. A Tolède cette occupation a duré jusqu’en 1085-1086 bien que la Reconquista ne se termine officiellement qu’en janvier 1492 à la chute du royaume mahométan de Grenade. Sommés d’abandonner le chant mozarabe pour le chant grégorien de rentrer dans le rang et de suivre la liturgie en latin romaine ils se sont révoltés et le pape a fini par accorder à six paroisses de Tolède de conserver leur rite qualifié aussi de rite hispano-wisigoth. La version de 1966 est due au Père Gonzalez Barron. Le Choeur du Séminaire de Tolède ainsi que le Choeur du Colegio de Infantes sont sous la direction du Père Alfonso Maria Frechel et du Père Alonso. L’orchestre d’instruments anciens andalous fait part belle à la harpe  et est sous la direction du même José Alcaraz Torregrosa vu plus haut pour sa participation à la Misa Flamenca.

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La trame de cette messe est différente des autres :

Introito – Officium – Gloria

Psallendo – Sacrificium – Pacem Meam

Sanctus – Credo – Pater Noster

Accedentes – Post Communionem

 

 

Vous avez vu Bim?

Vous avez vu Bim? J’en doute. Vous avez dû voir The Harder they come (1972) de Perry Henzell tourné en Jamaïque, voire Dream on Monkey Mountain d’après le livre de Derek Walcott, tourné par Hugh Robertson. Peut être même avez-vous vu The right and the Wrong de Harbance Kumar mais pas plus qu’Obeah vous n’avez vu cette oeuvre classique du cinéma caribéen de langue anglaise que représente Bim. Bim et Obeah ont été tous deux tournés à Trinidad. Bim raconte l’histoire d’un Trinidadian d’origine hindoue et son ascension mouvementee dans la société trinidadienne en proie à des tensions raciales. Bim est joué par Beem Singh et par Ralph R. Maharaj. Parmi les autres acteurs on relève les noms de Wilbert Holder, Hamilton Parris, Joseph Gilbert, Laurence Goldstraw et Neville Labastide. Bim a été tourné par le metteur en scène américain Hugh Robertson qui a aussi participé à l’aventure Shaft. Il faut se rappeler qu’en 1974 Trinidad est un État qui ne s’est livré de la colonisation britannique que depuis 12 ans. Les affrontements ethniques pour la prise du pouvoir sont énormes entre Trinidadiens descendants hindous et trinidadiens descendants d’esclaves. La bande originale est de André Tanker sur un script de Raoul Pantin.

On est en plein dans le trinidad colonial d’avant 1962. Moi j’ai apprécié dans ce film le portrait de la culture hindoue à Trinidad qui ne devait pas être bien différente des descendants dravidiens de la Guadeloupe.

Bim Bim sink or swim

Jumbie call

MR Goldteeth

una de esas noches sin final

una de essas noches sin sinal, Inma cuesta , Javier Limon est la chanson phare du film Todos lo saben avec Penelope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin. C’est un film d’Asghar Farhadi avec une bande originale de Javier Limon.

Je dédie cette chanson à tous mes beaux-parents. Vivants, inconnus, décédés ou à venir. J’en ai eu huit jusqu’à présent. Cinq sont décédés sur huit.

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Je n’ai pas été à l’enterrement du premier décédé à Bilthoven en Hollande en 1991 à l’âge de 78 ans. Je n’ai ni téléphoné à la famille ni présenté mes condoléances. D’ailleurs je ne sais même pas comment j’ai été prévenu. Nous étions en froid et de plus j’habitais au Brésil. C’était un pharmacien à la retraite d’origine surinamienne, installé en Hollande. Il aimait le football et principalement Feyenoord. Il s’appelait Alfred Charles Joseph Wijdenbosch . Son petit nom c’était Chas. Il était né en 1913 à Paramaribo au Surinam. Nous parlions ensemble parfois en anglais ou en hollandais. Sa femme était indonésienne. Elle s’appelait Alida Marie Jeanne Armande Ernestine Liefveld. Elle était née à Samarang en Indonésie en 1925. Ils s’étaient connus en Indonésie pendant la guerre. Et avaient dû fuir Djakarta en 1954 alors que leur troisième fille Eugénie qui allait devenir ma première épouse était tout bébé. Jamais ils ne sont retournés en Indonésie. Alida savait bien cuisiner la cuisine indonésienne. Elle est morte à Bilthoven en 2014 à l’âge de .88 ans. J’étais en France. C’est ma fille qui m’a prévenu. Mais nous étions en froid depuis 1981. Ils souhaitaient que je garde mes distances avec eux. Je me suis exécuté. Un jour en 1981 alors que je m’étais séparé de mon ex-femme qui était repartie en Hollande chez ses parents temporairement avec notre fille le temps de retrouver un appartement je suis arrivé en voiture de Fosses dans le Val d’Oise où j’habitais et j’ai frappé à leur porte. Ils ne m’ont jamais ouvert. Je suis resté seul dans ma voiture pendant deux heures au moins à une trentaine de mètres de leur maison à Bilthoven à attendre qu’ils se décident ou que quelqu’un vienne me donner un mot d’explication car j’avais la tête en feu. ils ont refusé d »ouvrir. Par contre ils ont appelé la police qui m’a donné 30 secondes pour déguerpir du voisinage et quitter le pays. Je dus obtempérer. Par la suite quand Eugénie eut son appartement je pus rendre visite à ma fille. Mais j’en ai gardé du ressentiment contre mes beaux-parents. Ce n’était pas de la haine. Ils étaient très gentils en temps normal. Ils avaient certes le droit de m’interdire l’accès à leur foyer mais pas l’accès à ma fille. Je leur ai pardonné avec le temps mais pardonner n’est pas effacer. Je me souviens encore de la rage et de l’incompréhension qui m’ont saisi alors ! Je veux bien croire qu’ils aient pu penser que j’étais nuisible à leur fille. C’est un sentiment naturel que peuvent éprouver un père ou une mère.Mais de là à m’empêcher de voir ma petite fille qui n’avait que deux ans, ça non ! J’ai tout de même présenté mes condoléances à ma fille Erica.

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Mes deuxièmes beaux-parents étaient brésiliens. Je n’ai pas connu mon deuxième beau-père. On m’a dit qu’il s’appelait Nelson Dos Santos. C’est tout ce que je sais de lui. Il est décédé avant que je ne connaisse sa fille Vera Lucia. C’est un mystère. Je ne sais même pas s’il a vraiment existé. Je n’ai jamais vu ne serait-ce qu’une photo de lui. Et même quand je posais des questions sur lui on détournait la conversation. Ma belle-mère s’appelait, et s’appelle encore puisqu’elle est vivante, Benedita Celestina de Oliveira, plus connue sous le petit nom Dona Morena ou Vovo Morena. Elle est originaire de Jacobina dans l’Etat de Bahia mais résidait à Feira de Santana. Elle vient d’avoir 92 ans en mai car elle est née en 1925. Quand je l’ai connu en 1987 elle avait 62 ans. Nous nous entendions bien. Elle vivait alors avec un de ses fils alcooliques Antonio, décédé depuis, et travaillait encore au Derba, un organisme public de l’Etat de Bahia, où elle faisait je crois du ménage. En septembre 1988 j’ai habité chez elle avec sa fille Vera, ma compagne d’alors et notre première fille Iara née en 1987. La maison quoique simple était assez grande pour cela. Nous aurions pu louer une maison car je gagnais bien ma vie mais j’aimais tant cette petite vieille, car elle était toute petite, il faut le dire, que je décidai, contre l’avis de sa fille et même de son petit-fils, le fils de Vera Lucia qui vivait alors avec nous, d’emménager avec elle. Je pensais alors, et je ne le regrette pas, qu’au lieu de payer des loyers à d’autres je retaperais sa maison. Toute ma paie y passait. J’achetais du ciment, du gravier, du sable, des parpaings, des briques, des tuiles, des portes, des poutres en bois, des fenêtres, des tuyaux, de l’enduit, de la peinture et je fis refaire par un maçon la maison de fond en comble. Tous me disaient : « mais tu es fou ». Je répondais : ce que je fais pour ma belle-mère, je le fais aussi pour mes enfants. Tout mon salaire y passait. Celui de la boîte qui me payait plus mes cours particuliers. Ce qui coûtait cher c’était la main d’oeuvre. Le clash survint quand un jour je dis à Dona Morena qu’elle pouvait elle aussi collaborer puisqu’elle avait de l’argent selon elle à la caisse d’épargne brésilienne. Pour soulager un peu ma bourse car cette maison engloutissait tout. Elle me promit de collaborer. Les mois passaient et comme soeur Anne je ne ne voyais rien venir : elle ne me donnait pas un centime. Une de ses filles finit par m’avouer qu’elle n’avait rien à la caisse d’épargne et que même si elle avait queque chose c’était pour ses vieux jours. Je me sentis trompé ! Fez porque quis, me disait-on en boucle. Tu l’as fait parce que tu l’as voulu. Personne ne t’a obligé. De plus je faisais les courses pour ma petite famille et tout le temps la famille élargie était là à se paître et repaître sans jamais contribuer à rien. Du vendredi au dimanche c’était bombance, c’était fête. A cette époque-là je ne travaillais que le soir à partir de 16h et le matin de 7h à 8h30. Le reste du temps c’était soit cours particulier soit superviseur de chantier. J’ai même dû vendre à regret mon appareil photo dont je ne me séparais pour rien au monde pour payer la main d’oeuvre de plus en plus exigeante. Je demandai aux frères et sœurs de Vera de collaborer. Ne serait-ce que par leur travail. Personne ne me venait en aide. Je décidai donc de prendre le taureau par les cornes et de devenir lors de mes loisirs aide-maçon. Je coulais le béton , je coupais les branches et ce qui avait été un jardin de feuilles médicinales devant la porte se transforma en cour. Je fis vider les fosses septiques. Au mois de février 1989 en plein carnaval j’ai pété les plombs. Une rage inexplicable m’a pris. Sous l’effet de l’alcool ingurgité je me suis plaint du frère alcoolique qui vivait avec nous. J’en parlais à sa soeur qui me dit qu’il était chez lui et qu’il pouvait y faire ce qu’il voulait. Ce frère passait son temps à injurier sa mère à toute heure du jour ou de la nuit et ça me portait sur le système. Que sa mère l’appuie, je le concevais, mais que sa sœur soit complice, je ne l’acceptais pas. Comble du comble dans ma rage je vis qu’elle portait une de mes chemises. Je lui demandai de la retirer sur le champ, ce qu’elle refusa bien évidemment. Nous avons haussé le ton. Dans ma rage je leur dis que puisqu’ils disaient que j’avais fait tout cela parce que je le voulais et non parce que quelqu’un me l’avait demandé, (fez porque quis) je décidai alors de détruire tout ce que j’avais bâti et joignant le geste à la parole je commençai à abattre un mur, tout du moins essayai quand un des frères de Vera qui passait par là intervint pour me parler. Il s’interposa. Moi dans mon délire crus qu’il voulait me frapper et j’anticipai et lui portai un uppercut au menton. On roula par terre. Un militaire ami qui vivait à côté alerté par le tapage et les cris d’orfraie de la famille aux abois nous sépara. Il porta sa main à son révolver. J’entendis seulement : ne tue pas mon mari, ne tue pas mon mari. C’était Vera qui l’implorait. Je me,mis à pleurer compulsivement. Je pris une douche histoire de retrouver la moitié de mes esprits. Je ramassais mes cliques et mes claques et je partis complètement bourré en bus à Salvador faire le carnaval ! Ce fut un beau carnaval. Un des plus beaux ! Je me libérai de toutes mes rages, de toutes mes frustration dans la fête, la cachaça et la bière. Quand je revins deux ou trois jours plus tard j’étais calmé ! Je me jurai à moi-même que je sortirais de cette maison et que je n’y dépenserais plus un cruzeiro. Je restai encore deux ou trois semaines le temps de trouver un appart et dès le mois de mars j’étais libéré. Nous nous sommes vus encore quelque fois chez moi mais je ne lui adressai pas la parole. Je cessai toute communication avec la famille. Malgré tous leurs efforts pour refaire la paix. J’avais été blessé profondément. J’avais un beau-frère Helio que j’aimais beaucoup, c’était le mari de celle qui portait ma chemise. Il aimait beaucoup les oiseaux . C’était un ancien marin. Mais je décidai de couper les ponts. Chat échaudé craint l’eau froide. J’ai appris ensuite qu’il était malade. Je crois même l’avoir croisé et esquissé un petit bonjour ou même lui serré la main. Mais quelque chose s’était cassé. Je n’ai plus jamais mis les pieds dans cette maison. J’ai su qu’elle avait été vendue. Je ne regrette rien. Fiz porque quis! Point barre ! Je n’ai pas à me plaindre. J’ai revu ma belle-mère pour la dernière fois en 2003 pour les quinze ans de ma fille Iara. Elle m’a offert une bière en me disant « tome juizo ». Elle me disait d’ailleurs la même chose en 1989. tome juizo, ou tome jeito c’était son leitmotiv . Ce à quoi je répondais en souriant : Juizo tenho demais. Tenho pra dar e vender. Qui peut se traduire par Prends du plomb dans ta tête. Et moi qui répondais : Du plomb j’en ai même trop. J’en ai à donner et à revendre. Le plomb en question c’est la raison, la cohérence, la logique, la rationalité ! Je n’ai pas bu cette bière offerte. Je me méfiais désormais. Elle habite maintenant, crois-je savoir, à Salvador avec cette fille qui portait ma chemise. Je n’ai rien contre elle, ni contre personne de cette famille. C’est meu povo, comme on dit, mais le lien a été détendu. Comme disait Chico Buarque dans O que será (A flor da terra) que Nougaro a chanté sous le titre Tu verras: Je suis sans gouvernement, sans vergogne et sans cervelle.

O que será, que será?
Que andam suspirando pelas alcovas
Que andam sussurrando em versos e trovas
Que andam combinando no breu das tocas
Que anda nas cabeças, anda nas bocas
Que andam acendendo velas nos becos
Que estão falando alto pelos botecos
E gritam nos mercados que com certeza
Está na natureza

Será, que será?
O que não tem certeza nem nunca terá
O que não tem conserto nem nunca terá
O que não tem tamanho

O que será, que será?

Que vive nas ideias desses amantes
Que cantam os poetas mais delirantes
Que juram os profetas embriagados
Que está na romaria dos mutilados
Que está na fantasia dos infelizes
Que está no dia a dia das meretrizes
No plano dos bandidos, dos desvalidos
Em todos os sentidos

Será, que será?
O que não tem decência nem nunca terá
O que não tem censura nem nunca terá
O que não faz sentido

O que será, que será?
Que todos os avisos não vão evitar
Por que todos os risos vão desafiar
Por que todos os sinos irão repicar
Por que todos os hinos irão consagrar
E todos os meninos vão desembestar
E todos os destinos irão se encontrar
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá
Olhando aquele inferno vai abençoar
O que não tem governo nem nunca terá
O que não tem vergonha nem nunca terá
O que não tem juízo

O que será, que será?
Que todos os avisos não vão evitar
Por que todos os risos vão desafiar
Por que todos os sinos irão repicar
Por que todos os hinos irão consagrar
E todos os meninos vão desembestar
E todos os destinos irão se encontrar
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá
Olhando aquele inferno vai abençoar
O que não tem governo nem nunca terá
O que não tem vergonha nem nunca terá
O que não tem juízo

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Mes troisièmes beaux-parents sont brésiliens eux aussi, et encore bahianais tous les deux. Lui Edmundo Ventura Cerqueira dit Didi, né en 1936 à Feira de Santana. Elle Doralice dos Santos dite Dora née en 1943 à Ribeira do Pombal. Seu Didi travaillait à la Petrobras. il est parti à la retraite jeune puisque quand je l’ai connu pour la première fois en 1993 il était déjà à la retraite à 57 ans. Dona Dora travaillait dans les oeuvres sociales. Nous nous sommes vus pour la dernière fois en 2007 alors que j’étais déjà séparé de leur fille depuis 2006. J’ai dormi chez eux une nuit car je travaillais à l’université de Feira et au lieu d’aller à l’hôtel je leur ai demandé de dormir chez eux. Tout le monde était surpris. Moi j’ai it à tout le monde que je voulais garder le contact. j’étais comme on dit cara de pau ! Un sans-gêne ! J’aurais dû avoir honte. Je voyais des regards étranges, des demi-sourires. Je suis retourné bien une dizaine de fois à Feira de Santana, j’y ai dormi désormais à l’hôtel à 500 mètres de chez eux. Nous nous sommes parlés au téléphone il y 2 ans un jour que j’étais chez leur fille à Montpellier pour rendre visite aux enfants. et je lui ai dit textuellement que je regrette qu’ils aient coupé les ponts avec moi. Je me suis marié avec leur fille en 1994. Nous nous sommes séparés en 2006. Je vivais en harmonie pendant 12 ans avec tous les frères et soeurs, oncles et tantes, grand-mère et tout à coup le trou noir. Le seul fait que je me sépare a fait de moi un outlaw. Em briga de casal ninguem mete a colher. Quand un couple se dispute personne ne trempe sa cuillère, dit un proverbe brésilien. Mais quand il se sépare on efface tout le passé de bons souvenirs. Moi non je m’entendais bien avec les frères et soeurs d’Adélaide. Les beaux-frères, les belles-soeurs. Me séparer d’Adélaïde ce fut, sans que je ne le veuille, me séparer de cette famille élargie. Mon second séjour au Brésil a duré de fin 2007 à la mi 2014. Sur ces 7 ans je n’ai été convié à aucun mariage, aucun anniversaire et par voie de conséquences à aucun enterrement. Aucune feijoada, aucune maniçoba, aucun cozido ! Je me suis pendant ces 7 ans remarié, mon ex femme elle aussi s’est remariée et a divorcé mais je resterai à jamais le père de leurs petits-enfants et ils resteront à jamais mes beaux parents. Ils ont respectivement 81 ans et 74 ans. Dora me dit toujours elle aussi chaque fois qu’elle en a l’occasion en souriant Toma juizo et je répète inlassablement la même chose Tenho demais. Pra dar e revender ! J’ai appris par mon ex femme que sa mère viendra en France courant juin avec des amis. Qui sait si je ne vais pas lui rendre visite ?

Et pour clore ce long chapitre familial mes derniers beaux parents : Maria de Lourdes Brandão da Silva et Belisario Diaz Coelho. Ils sont tous deux décédés. Je n’ai pas connu Maria de Lourdes que tous appelaient Bia ou Bilia, Lourdes. Mais on m’a beaucoup parlé d’elle. Elle est née à Tapiramuta, Bahia et est décédée en 1999, un 11 avril. Elle était descendante d’Amérindien. Je sais seulement qu’avec l’âge elle était devenue un peu bossue. Dona Bia c’était le poteau-mitan. Elle administrait les affaires familiales, les sept enfants qui avaient survécu entre Tapiramuta, Morro do Chapeu, Jacobina, et Salvador. Elle tenait la barre pendant que son mari qui était maçon partait à travers l’Etat de Bahia travailler. Elle aimait rigoler, se moquer des gens. C’était une boute-en train. Elle détestait faire la cuisine. não era a praia dela. C’était pas sa tasse de thé. C’était la caçula, c’est à dire la benjamine. Elle cuisinait par obligation parce qu’il fallait le faire. Elle cuisinait lentement des plats basiques mais bien faits. c’était la rainha do capricho. La reine des choses bien faites. Une perfectionniste ! Elle préférait ne pas faire plutôt que mal faire. Et sa cuisine était simple mais délicieuse. Sa fille Bena, mon épouse, a hérité d’elle : c’est un véritable copier-coller. Elle cousait, faisait du crochet, du tricot, bordait pour sa maisonnée ou pour vendre. Elle avait une très belle voix. Elle chantait et le jour de son mariage avec Belo elle a eu un problème de santé inexplicable : ses cordes vocales se sont rétrécies et elle n’a jamais pu retrouver sa voix cristalline d’antan. Elle avait les cheveux longs et soyeux, la fille de Felipe Brandão. Dans la maison il y avait une boutique, une vendinha (un lolo antillais) qui vendait les produits de première nécessité (le gaz, la cachaça, riz, haricots, huile, pain, bonbons, sardines, farine de manioc, bougies, crayons, stylos, sucre, beurre, café, banane, sikakoko, etc) et c’est elle qui gérait tout cela. Elle adorait manger l’avocat avec du sucre. Elle salivait rien qu’en voyant une mangue, surtout celles qui étaient douces comme le miel ! Elle raffolait de mangues à s’en rendre malade! Elle était folle de Luis Gonzaga et ne résistait pas à danser sur aucune de ses chansons. Elle avait reçu en cadeau de l’ex-copain de ma dulcinée, Marinho, un album avec toutes les chansons de Luis Gonzaga. Où est passé cet album, nul ne le sait ?! Elle mourut en laissant une odeur de roses derrière elle qui prit plus d’un an à disparaître des narines de sa fille Bena.

Quant à son époux, c’était le plus vieux rejeton de son père qui s’était remarié pour la deuxième fois. Je l’ai connu diabétique. J’ai connu Belisario qu’on appelait Belo ou Louro entre décembre 2007 et octobre 2010. Après la mort de sa première épouse en 1999 il prit une seconde épouse dona Dilia avec qui il vécut jusqu’à l’âge de 85 ans, où il mourut. C’était pour moi l’exemple type du brésilien baptiste. Je n’en avais jamais connu de si près. Il ne buvait pas d’alcool, ne dansait pas. Pour moi habitué à voir tous mes précédents beaux-parents, cuisiner, danser et boire ce fut surprenant. Mais peut-être la maladie l’avait-elle rendu ainsi. Il devait s’alimenter d’une façon bien organisée qui ne donnait pas place au plaisir. C’était un homme modéré, paisible et souriant. Il aimait la guitare. Je l’ai vu esquisser quelques accords un jour dans son hamac alors qu’il habitait à Salvador. Nous nous sommes vraiment connus et appréciés quand nous sommes allés une fois pour un week-end à Jacobina, Morro do Chapeu, et Umburanas. Nous chantions à tue-tête en voiture cette chanson de Elias Alves , Saudades de Jacobina, chantée ici par Aguias do Norte (1969)

Eu quero ir passear em Jacobina
Pra ver aquelas meninas que deixei ficar por lá
Eu vou rever o meu tesouro
Vou ver o rio do Ouro
Nele eu quero me banhar

Jacobina eu tenho recordação
Daqueles tempo de festa na igreja da Missão
Adeus Jacobina, Adeus meu bem querer
Adeus minha terra quanto tempo sem te ver

Eu quero ver pois a saudade é de matar

Aquela festinha boa até o dia clarear

Vou gritar : seu Murititiba puxe o fole até lascar

Adeus Jacobina, Adeus meu bem querer
Adeus minha terra quanto tempo sem te ver

Mais la raison qui m’a poussé à écrire cet article est qu’il aimait la guitare et jouer le type d’air espagnol représenté par cette chanson Una dessas noches sin final. Il avait toujours une guitare chez lui. Il avait d’abord été élevé dans la foi catholique puis après son mariage pour je ne sais quelle raison (la foi est la seule explication, il n’y a aucune autre raison à donner) il s’était converti au baptisme entraînant avec lui femme et enfants. Quand il était encore catholique il confectionnait des statues en plâtre qui représentaient des saints, des colombes, des objets de décoration qu’il peignait et qu’il venait sur le marché de Jacobina. Il était associé à un ami, qui était parrain de Bena, un certain Joaquim. Il commença à lire la Bible qu’on lui avait offerte à Feira de Santana. Sa nouvelle foi baptiste étant incompatible avec les représentations des saints il abandonna cette activité pourtant lucrative. D’autant plus que son associé d’alors était parti habiter à Feira de Santana avec femme et enfants.

Toute sa parentèle jouait d’un instrument soit de la guitare, soit de l’accordéon. C’est tout naturellement que dans cette ambiance musicale il apprit tout petit à jouer de la guitare. Seu Belo était particulièrement vert. Malgré ou à cause des injections d’insuline quotidienne dès l’âge de 60 ans Monsieur mon Beau-Père ne répugnait pas à la bagatelle au grand dam de ses épouses. Il avait, dit-on, un appendice particulièrement développé qui fit jaser même à l’âge de 85 ans quand il fut hospitalisé suite à un avc, accident vasculaire cérébral. On raconte qu’il aimait faire l’amour dans la piscine et que c’est cette fantaisie déraisonnable qui fut à l’origine d’une chute qu’il souffrit de sa seconde femme qui repoussait ses avances et lui causa une fracture du pied qui fut le début de sa dégénérescence.

A tous ces beaux-parents, ces sogros, ces schoonouders, morts, vivants ou inconnus je témoigne ma reconnaissance car quoi qu’on en dise en chacune de leurs filles il y avait leur sang, une part intime d’eux-mêmes, un prolongement de leurs rêves et aspirations. Collectivement nous n’avons pas été à la hauteur de l’événement. J’assume ma part et je grandis chaque jour de chaque rupture. Les ruptures construisent quand on sait les élaborer, les travailler, les faire mûrir ! De la même façon qu’il faut savoir se distancer de ses parents il faut savoir aussi se distancer de sa belle-famille. C’est beaucoup plus facile sans doute. Il suffit de tirer un trait. Mais même quand on croit avoir effacé un trait sa trace demeure indélébile et surgit là où on l’attend le moins au détour d’un rêve ou d’un parfum, d’un plat, d’une ville ou d’une chanson comme Una dessas noches sin final. Une de ces nuits sans fin !

Mes demoiselles de Rochefort

Ce n’était pas l’une des soeurs jumelles, elle ne portait ni rose ni jaune,  et elle n’était sans doute pas née sous le signe des gémeaux. Elle n’était ni rousse ni blonde, sans doute pas née de père inconnu et n’avait pas pour patronyme Garnier. Sans doute ! Elle n’enseignait sûrement ni la danse ni le chant. Elle avait du plomb dans la cervelle et probablement elle aussi un point de beauté secret au creux des reins que leur père inconnu avait sur la joue. Elle avait peut-être d’un Botticelli le regard innocent. Etait-elle de Venise ou  Java, de Manille ou Hankor ? S »appelait-elle Jeanne ou Victoria , Vénus ou Joconde ?

Je l’interpellai pour lui demander mon chemin et je vis bien qu’elle s’apprêtait à me poser elle aussi une question. Vous êtes avocat ? finit-elle par me demander. Non enseignant lui dis-je. Mais vous ressemblez à un avocat ! insista-t-elle. Mi fa sol la mi ré ! Elle était collégienne ou lycéenne et elle n’était pas de Rochefort. On traversa le passage clouté ensemble avant de nous retrouver devant un café où je demandai à deux clients qui fumaient tranquillement devant le chemin. Il suffisait d’aller tout droit. Là où j’avais un rendez-vous c’était à 600 mètres. Aussitôt que j’eus ma réponse elle demanda aux deux hommes s’il elle pouvait leur piquer une cigarette. Etaient-ce des marins , étaient-ce des forains ? Bye bye fausse jumelle ! Je venais d’être promu avocat de la cour de Rochefort ! Moi qui me prenais pour  l’artiste marin Maxence. Pour retomber sur terre je m’offris un café et un croissant ainsi qu’un grand verre d’eau fraîche. Il était 8 heures environ au méridien de Greenwich et j’entrepris, tel Maxence en permission,  de visiter Rochefort, à défaut de Nantes. Je marchais droit vers l’arsenal maritime. Je me souvenais bien de l’arsenal de Cherbourg immense où j’avais été quartier-maître il y a presque 50 ans. Cherbourg où Jacques Démy (1931-1990) avait aussi tourné Les Parapluies de Cherbourg ! J’ai toujours eu un faible pour les arsenaux, allez comprendre. et pour les comédies musicales de Demy comme encore Peau d’Ane et les Demoiselles de Rochefort.

 

 

Je fredonnais en souriant la B.O. du film  Les Demoiselles de Rochefort , toujours de Jacques Démy, sorti en 1967 . A la baguette le grand Michel Legrand.

Nous voyageons de fille en fille
Nous butinons de coeurs en coeurs
A tire d’ailes, dans chaque port
A corps perdus dans chaque ville
Notre vie c’est le vent du large
L’odeur du pain, le goût du vin
Le soleil pâle des matins
Le soleil noir des soirs d’orage

J’esquissais des pas chassés et glissés à la Gene Kelly de trottoir en trottoir. Je n’avais pas de marchand de piano à voir. Esprit de Delphine, esprit de Solange, esprit de Catherine Deneuve, esprit de Françoise Dorléac. Tout se mélangeait en moi soeurs jumelles, marins, amis, amants ou maris. Je voulais voir l’Hermione mais l’Hermione n’était pas là. Pas l’Hermione la vraie (1777-193) mais sa réplique terminée en 2014 et lancée à Rochefort après environ 17 ans de péripéties. Manque de chance l’Hermione ne reviendrait à Rochefort que le 17 juin. C’est alors que vient jusqu’à moi dans la forme de radoub Louis XV où avait été construite l’Hermione, une frégate d’un autre type, un accro-mâts, sorte de parc d’aventure d’un nouveau genre ! Le seul au monde, parait-il ! Et tout cela à deux pas de la Corderie Royale.

Je voulais suivre un peu en attendant l’heure de mon rendez-vous les bords de la Charente quand je vis un labyrinthe de haies d’ifs verts au-dessus duquel voguaient irréels quatre vaisseaux : un rouge, un bleu, un vert, un jaune. Ce n’étaient que des maquettes certes mais  elles attisèrent ma curiosité et je me perdis dans les dédales du labyrinthe. Le labyrinthe des batailles navales me fit penser à la bataille des Saintes qui vit la défaite de la France dans la baie des Saintes. L’Hermione n’en faisait pas partie. Il y avait bien une ancre rouillée qui traînait le long de la Charente. Etait-ce celle de l’Hermione retrouvé en 2005 au fond de l’estuaire ? Et puis on n’aime pas trop parler en France des défaites navales.

 

 

(DELPHINE et SOLANGE)
Nous sommes deux soeurs jumelles
Nées sous le signe des gémeaux
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do
Toutes deux demoiselles
Ayant eu des amants très tôt
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do 
(DELPHINE)
Nous fûmes toutes deux élevées par Maman
Qui pour nous se priva, travailla vaillamment

(SOLANGE)
Elle voulait de nous faire des érudites
Et pour cela vendit toute sa vie des frites.

(DELPHINE et SOLANGE)
Nous sommes toutes deux nées de père inconnu
Cela ne se voit pas, mais quand nous sommes nues
Nous avons toutes deux au creux des reins 
C’est fou…

(DELPHINE)
… là un grain de beauté…

(SOLANGE)
… qu’il avait sur la joue

(DELPHINE et SOLANGE)
Nous sommes deux soeurs jumelles, nées sous le signe des gémeaux
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do
Aimant la ritournelle, les calembours et les bons mots
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol rédo.

(DELPHINE)
Nous sommes toutes deux joyeuses et ingénues…

(SOLANGE)
… attendant de l’amour ce qu’il est convenu…

(DELPHINE)
… d’appeler coup de foudre…

(SOLANGE)
… ou sauvage passion…

(DELPHINE et SOLANGE)
… nous sommes toutes deux prêtes à perdre raison
Nous avons toutes deux une âme délicate

(DELPHINE)
Artistes passionnées…

(SOLANGE)
… musiciennes…

(DELPHINE)
… acrobates…

(SOLANGE)
… cherchant un homme bon…

(DELPHINE)
… cherchant un homme beau…

(DELPHINE et SOLANGE)
… bref un homme idéal, avec ou sans défauts
Nous sommes deux soeurs jumelles, nées sous le signe des gémeaux
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do
Du plomb dans la cervelle, de la fantaisie à gogo
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do

(SOLANGE)
Je n’enseignerai pas toujours l’art de l’arpège
J’ai vécu jusqu’ici de leçons de solfège
Mais j’en ai jusque-là, la province m’ennuit
Je veux vivre à présent de mon art à Paris.

(DELPHINE)
Je n’enseignerai pas toute ma vie la danse
A Paris moi aussi je tenterai ma chance
Pourquoi passer mon temps à enseigner des pas
Alors que j’ai envie d’aller à l’opéra

(DELPHINE et SOLANGE)
Nous sommes deux soeurs jumelles, nées sous le signe des gémeaux
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do
Deux coeurs, quatre prunelles, à embarquer allegreto
Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do

(DELPHINE)
Oh ! Midi moins le quart. Cà y est, je suis en retard.

(SOLANGE)
Delphine !

(DELPHINE)
Oui.

(SOLANGE)
Tu vas chercher Boubou ?

(DELPHINE)
Oh tu peux pas y aller ?

(SOLANGE)
J’irai cet après-midi.

(DELPHINE)
J’peux pas sortir avec ça ! Oh puis si. Oh puis non. J’ai rendez-vous à midi
avec Guillaume, je n’y serai jamais.

(SOLANGE)
Qu’est-ce qu’il veut encore celui-là ?

(DELPHINE)
Je ne sais pas… me voir.

(SOLANGE)
Oh bien il attendra. Tu rentres déjeuner ?

(DELPHINE)
Oui. Mais pas avant une heure. Qu’est-ce que j’ai fait de mon poudrier ? Ah
non je l’ai.

(DELPHINE et SOLANGE)
Jouant du violoncelle, de la trompette ou du banjo
Aimant la ritournelle, les calembours et les bons mots
Du plomb dans la cervelle, de la fantaisie à gogo
Nous sommes soeurs jumelles, nées sous le signe des gémeaux

(SOLANGE)
Au revoir.

(DELPHINE)
Au revoir.

If 6 was 9

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Bous l’avez entendu sur la B.O d’Easy Rider un film de Dennis Hopper sorti en  1969 starring Peter Fonda, Jack Nicholson et Dennis Hopper. Un road movie d’enfer entre California et Louisiana sur fond de rock, drugs, flowers, sex and coca cola. And police ! Un film choc qui fait trembler la star spangled banner. Je veux parler de If six was nine, pour moi l’épitomé du cri libertaire by Jimi Hendrix qui s’en fout de tout jusqu’à l’arithmétique de base. Si six était neuf soixante-six serait quatre-vingt-dix-neuf ! Même si je ne peux évoquer 69 sans penser à 69, année érotique de Gainsbourg/Birkin.

 

Gainsbourg et son Gainsborough

Ont pris le ferry-boat

De leur lit par le hublot

Ils regardent la côte

Ils s’aiment et la traversée

Durera toute une année

Ils vaincront les maléfices

Jusqu’en soixante-dix

Soixante-neuf année érotique

Soixante-neuf année érotique

Gainsbourg et son Gainsborough

Vont rejoindre Paris

Ils ont laissé derrière eux

La Tamise et Chelsea

Ils s’aiment et la traversée

Durera toute une année

Et que les dieux les bénissent

Jusqu’en soixante-dix

Soixante-neuf année érotique

Soixante-neuf année érotique

Ils s’aiment et la traversée

Durera toute une année

Il pardonnera ses caprices

Jusqu’en soixante-dix

Soixante-neuf année érotique

Soixante-neuf année érotique

 

Moi j’ai toujours pris cette chanson-là que Gainsbourg chante sur son piano à queue sous l’angle de 69 ans et 70 ans.

Ils s’aiment et la traversée durera toute une année et que les dieux les bénissent jusqu’à 70.

Oui la traversée dure encore et j’ai encore quelques maléfices à vaincre et quelques caprices à savoir pardonner actuellement sur la route 66. Get your kicks, prendre son pied sur la route 66

Mais en regard de tout cela  if six was nine de Jimi Hendrix est l’hymne fondateur de 1967. Le seul artiste dont je peux dire que j’ai été fan à 15 ans et dont je suis encore fan à 65. Imité mais jamais copié ! Un Picasso de la guitare et en même temps un Léonard de Vinci du riff. If six was nine est sorti sur l’album Axis : bold as love de 1967. Un album de 39 minutes de pure delight. 13 titres et le plus long, le plus incandescent c’est If six was nine qui dure la bagatelle de 5’34 ». C’est incontestablement mon hymne. Un hymne libertaire en diable ! Born to be wild de Steppenwolf c’est pas mal aussi mais pour moi Hendrix c’est une autre galaxie !

Je m’en fous ! I don’t care ! Je m’en fiche, je m’en balance je m’en tape, je m’en contrefous si le soleil refuse de briller, si la montagne tombe à la mer, ainsi soit-il ! c’est pas moi ok ! j’ai mon propre monde à moi à visualiser et je ne vais pas te copier !

Maintenant si 6 devenait 9, moi je m’en fous je m’en contrefous sauf que j’aurais alors 95 ans aujourd’hui oh my god et 99 dans 5 mois.

If the sun refuse to shine

I don’t mind, I don’t mind

If the mountains fell in the sea

let it be, it ain’t me

Alright, ‘cos I got my own world to look through

And I ain’t gonna copy you

Now if 6 turned out to be 9

I don’t mind, I don’t mind

Alright, if all the hippies cut off all their hair

I don’t care, I don’t care

Dig, ‘cos I got my own world to live through

And I ain’t gonna copy you

White collared conservative flashing down the street

Pointing their plastic finger at me

They’re hoping soon my kind will drop and die

But I’m gonna wave my freak flag high, high

Wave on, wave on

Fall mountains, just don’t fall on me

Go ahead on Mr. Business man, you can’t dress like me

Sing on Brother, play on drummer…’

Je suis encore et toujours sur la route . Appelez-la sixty-six, appelez-la seventy-seven, appelez-la ninety-nine. Tombez montagnes, mais ne tombez pas sur moi ! Tombez montagnes où vous voulez, quand vous voulez, comme vous voulez, mais surtout pas sur moi !  J’ai encore tout un monde à vivre on the road again

 

 

Well, I’m so tired of crying
But I’m out on the road again
I’m on the road again
Well, I’m so tired of crying
But I’m out on the road again
I’m on the road again

I ain’t got no woman
Just to call my special friend

You know the first time I traveled
Out in the rain and snow
In the rain and snow
You know the first time I traveled
Out in the rain and snow
In the rain and snow

I didn’t have no payroll
Not even no place to go

And my dear mother left me
When I was quite young
When I was quite young
And my dear mother left me
When I was quite young
When I was quite young

She said, « Lord, have mercy
On my wicked son. »

Take a hint from me, mama
Please don’t you cry no more
Don’t you cry no more
Take a hint from me, mama
Please don’t you cry no more
Don’t you cry no more

‘Cause it’s soon one morning
Down the road I’m going

But I ain’t going down
That long old lonesome road
All by myself
But I ain’t going down
That long old lonesome road
All by myself

I can’t carry you, baby
Gonna carry somebody else

Oui car je ne suis finalement qu’un marmot en langes, un Peter Pan puceau à peine éclos du nid de la nuit en route pour son sempiternel et unique voyage qu’on anglicisera en maiden voyage, le premier voyage, le voyage baptismal, le voyage inaugural de la nef qui s’en va vers la haute mer, vers le dépucelage abyssal !

 

See the sky,

let’s explore it’s hue.

Tide is high,

time for your debut.

Like a ship,

you must leave this bay.

On this trip you’ll learn love today.

The time has come to take a dare.

Maiden voyage first affair.

Set your sails to cast away.

Chart your course of love today.

Now we’re clear, homeward bound are we.

Listen dear, as you sound your sea.

Soon you’ll cry lovely thoughts you’ll say.

Sail on high, you’ll learn love today.

Un plus Une égale un bonbon plus une pétale de rose

Je viens de regarder le road movie Un plus Une, un film de Claude Lelouch sorti fin 2015 dont l’action se déroule en Inde avec entre autres dans la distribution Elsa Zylberstein, Jean Dujardin, Christophe Lambert et Alice Pol. Dans le film l’intrigue tourne autour de deux français, Antoine Abeillard, compositeur de films renommé, et Anna Hamon, ex-prof et femme d’ambassadeur, leur rencontre et leur périple en Inde à la découverte de leur soi intime. Le moment central vers lequel tend tout le film c’est le darshan, l’étreinte que leur donne à tous les deux Amma, une sorte de guru indienne, de son vrai nom Mata Amritanandamayi Dévi, originaire du Kerala. Par cette étreinte tous les noeufs sont dénoués, tous les voeux s’exaucent. Amma, née en 1953 et dont le surnom veut dire maman, est un mythe vivant en Inde avec son éternel sari blanc. Cette prêtresse des câlins, cette sainteté selon certains a la réputation d’apaiser voire de soigner par ces étreintes des millions de personnes à travers ce simple geste d’amour et de compassion toute maternelle.

Son ONG Amrita a pu, grâce aux dons et aux bénévoles internationaux, construire hôpitaux, écoles, services sociaux, orphelinats, dispensaires, centres de formation, mettre en place des micro-crédits et des projets écologiques. Amrita est devenue Embracing the World. Amma est devenue même une poupée qui se vend sous trois formats, mini de 6 cm et 80 grammes, petit de 17 cm et 350 grammes et moyen de 23 cm et 1 kilo, valant respectivement 17€, 45€ et €. Un doudou qui apaise ! Toutes ces poupées sont remplies de fleurs du Dévi Bhava. Sur le site ETW France, vitrine d’Embracing the World en France on peut aussi acquérir des poupées d’autres divinités de la cosmogonie hindoue comme Shiva, Krishna, Devi Bhava, Ganesh, Kali.

Je suis comme Antoine, joué par Jean Dujardin dans le film, de nature profondément sceptique. il ne se pose pas trop de question sur la spiritualité, sur le sacré. C’est un profane. Mais quand sa vie est en jeu il fera lui aussi le voyage  dans les bras d’Amma. Et les miracles de la fertilité pour Elsa et de la guérison pour lui se produiront. J’ai aimé dans ce film les questions existentielles qu’il se pose comme des blagues :

Pourquoi parle-t-on toujours de la vitesse de la lumière et pas de la vitesse de l’obscurité ?

Quand un boomerang décide-t-il  de faire demi-tour  et de revenir ?

Je ne me pose pas de questions sur l’origine de l’homme, je n’ai qu’une certitude c’est qu’après la vie il y a la mort. Et que cette mort soit l’occasion d’une éternelle renaissance vers de nouveaux karmas, d’une descente vers l’enfer, d’un stage au Purgatoire,  d’une ascension vers le Paradis  ou d’une fin définitive en poussière m’importe peu.

Je ne nomme pas Dieu l’inexplicable. Je ne crois pas non plus en l’amour inconditionnel paternel, maternel, filial, fraternel ou divin. Qu’il soit lié à Porneia, à Pathos, à Mania Pathé, à Eros, à Philia, à Storgê, à Harmonia, à Charis, à Eunoia,  ou à Agapé. Je ne crois pas plus au mot inconditionnel. Je ne crois pas en l’énergie et en la lumière divine. J’y suis vraiment insensible. Cela ne veut pas dire que je n’ai aucune spiritualité. Je ne dis pas que pour croire en quelque chose ce quelque chose doit être visible pour les yeux. Je respecte toutes les religions, sauf celles qui veulent me catéchiser. Je souhaite rester impie à jamais. Infidèle. Apostat. Sauvage ! Je l’ai déjà dit. Irréductible à la foi. Je sais qu’elle bouleverse et peut déplacer les montagnes. J’ai la foi, certes. J’ai la foi en Moi.  C’est à moi que je porte un Amour Inconditionnel ! C’est à moi que je fredonne les 108 noms de ma divinité. C’est à moi que j’offre solennellement l’étreinte d’un bonbon et d’une pétale de rose. Je crois au soleil, à la lune, aux étoiles, au vent, à la mer, aux lacs, aux rivières, à la nuit, aux rêves, aux visions, aux coincidences, au hasard, au voyage, à l’échange. Je n’ai aucun dogme car ce en quoi je crois aujourd’hui je peux le haïr demain. Et je serai toujours moi. Je laisse toutefois un espace pour le numineux ! qui sait un jour il prendra racine en moi. C’est le pire que je me souhaite.

Bestiaires, encres flottantes, ours à lunettes et peintres de la nubeselva

 

kunstformenernaturcroco

Au 31eme FILBO Feira Internacional de Livros de Bogota qui a lieu à Bogota du 17 avril au 2 mai on peut trouver parmi des milliers de livres de toute provenance Animalario. C‘est  un bestiaire, un volucraire, un lapidaire fantasmé par le binôme colombien composé de Blanca Moreno au dessin  et Roberto Triana Arenas à l’écriture qui répond à la double exigence latine du placere et docere. Il faut plaire et instruire. Ils ne sont ni théologue ni zoologue. Mais tout bestiaire ayant la prétention de servir une morale peut-être y a-t-il dans cet opus une morale écologique chrétienne !

Le livre est paru en 2014  aux éditions Taller Arte dos Grafico, de Bogota avec un tirage de 300 exemplaires numérotés  et signés des auteurs. Les auteurs ont créé un opéra à quatre mains: le langage poétique et artistique s’entremêlent  pour présenter des visions fulgurantes . En 1980 le même Triana avait publié un autre livre intitulé Bestiario avec des lithographies  de l’italien Sandro Chia.

Rien ne se crée, tout se recycle disait Lavoisier. En l’occurrence il y a une approche européenne des animaux qui va de Pline Le Vieux et passe entre autres par Linné, Cuvier et Buffon, une approche  qu’ont suivie zoologues, paléontologues et naturalistes du monde entier et qui se poursuit ici mais avec une vision non pas italo-colombienne  mais cette fois-ci autochtone colombo-colombienne sur les animaux. Bien avant les bestiaires Hérodote (-480/-425), Aristote (-384/-322) et son Historia Animalium , Pline l’ancien (23-79) et son Naturalis Historia ont tour à tour tenté de poser des jalons et es passerelles entre gente animée, entre gente animale et gente humaine.

Les bestiaires étaient censés à partir d’animaux réels ou imaginaires dresser des portraits moraux ou moqueurs des contemporains de leurs auteurs. C’étaient en fait des fables moralisantes peintes ou dessinées.

Bien avant ces bestiaires encore, la Bible dans le Nouveau et l’Ancien Testament fait apparaître des animaux qui servent de support textuel à des considérations religieuses et ou à l’enseignement de  valeurs morales. Parmi les animaux qui apparaissent le plus souvent dans la Bible on retrouve  8 de ces animaux représentés dans Animalario : l’ours, le loup, le renard, le chien, le sanglier, le vautour,  l’araignée, le caméléon

Le Phisiologus Physiologos. Le bestiaire des bestiaires. Texte traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2004, 325 p.
33 euros / ISBN : 2-84137-171-9. (le livre de bestiaire) est l’un des premiers ouvrages sérieux en latin sur l’histoire naturelle. Il est attribué par certains à saint Epiphane. C’est un mélange subtil d’allégorie chrétienne et de science mystique venu du plus profond des âges et relevant de traditions culturelles aussi diverses que la Grèce, l’Egypte qui prétend fournir des explications exégétiques.

Le Livre XII – Des Animaux, in Etymologies d’Isidore de Séville (entre 560 et 570 -636) interprétation scientifique

Le Bestiaire de Philippe de Thaon (le premier en langue vulgaire à avoir utilisé le mot bestiaire dont deux animaux sont communs à ceux de Moreno : renard (gupil) et salamandre (sylio) : interprétations moralisatrices

Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de Normandie, trouvère du XIIEme siècle (deux animaux communs à Moreno renard (Goupil) et salamandre ):interprétations exégétiques

Richard de Fournival et son Bestiaire d’Amour ( bestiaire à visée courtoise : 4 animaux communs : loup, renard, chien, vautour)

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Ana Maria Sybilla Merian (1647-1717)(Allemagne) artiste peintre florale et naturaliste et son Metamorphosis Insectorum Surinamensium de 1705 dans lequel elle croque des plantes hôtes avec es petits animaux qui peuplent ces plantes.,

Albert Eckhout (1610-1665),

Jean-Baptiste Debret, (1768-1848)

Cabocle Indian hunting birds with a bow and arrow, from 'Voyage Pittoresque et Historique au Bresil', published in 1839 (colour litho)

Friedrich Alexander von Humboldt (1769-1859)

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Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

Estudo de pássaros na selva. Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

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Jean-Jacques Audubon, (1785-1851), peintre naturaliste et son Birds of America (1838)

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Etienne Denisse (1785-1861), botaniste, auteur de Flore d’Amérique, (1843)

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Ernst Haeckl (1834-1919) et son Kunstformen der Natur publié en 1904

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.07627
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Autant pour comprendre les bestiaires médiévaux il faut se replonger dans le contexte de l’époque pour en avoir une lecture, autant pour comprendre ce bestiaire qui insiste sur sa colombianité il faut tenter de saisir la charge psychologique investie ans cahacun e ses animaux en Colombie. Il y a aussi la nécessité de lier le texte au contexte donc et le dessin à une proto-structure originale pour laquelle  la référence est la vision occidentale moyennâgeuse de l’animal. L’animal est ce qu’il est mais surtout ce que l’on y met. De la même façon que les peintres et plus spécifiquement les botanistes peintres s’attachent à peindre le plus fidèlement la flore ils traduisent aussi des mythes qui entourent ces fleurs ou plantes. De même les spécialistes de la faune  malgré leur regard scientifique tentent de donner une représentation qui leur est personnelle un peu anthropologique des animaux. qui est une sorte d’alter ego de l’homme et qui permet à travers lui de  moquer, ridiculiser, faire sourire ou pleurer ses contemporains.

Il n’est pas indifférent que dans ce bestiaire il n’y ait pas de lion et que le premier animal soit l’ours qui en fait la couverture. il n’est pas indifférent qu’outre les 19 animaux qui composent cette fresque il y  en a un vingtième qui porte le nom de la bête et qu’on imagine être un mélange d’aptalon, de serre, de caladre et nicorace. Il y aurait bel et bien donc une filiation assumée entre les auteurs des bestiaires de l’ère médiévale et nos deux sud-américains ancrés dans la post-modernité de ce premier quart de 21ème siècle..

Animalario Universal del Professor Revillod ,  Almanaque ilustrado de la fauna mundial de  Javier Saez Castan (illustrations) et Miguel Murugarren (texte) publié au Mexique en 2003 est composé de 21 planches  d’animaux divisés chacun en trois parties qui alternées peuvent donner pèle-mêle jusqu’à 4096 animaux différents. On a droit aux animaux familiers tels l’éléphant (elefante), le tatou (armadillo),  le rhinocéros (rinoceronte), le kangourou (canguru),  la vache (vaca), le coelacanthe (coelacanto), le chien (perro), le tigre (tigre) la puce (pulga), le casoar (casuario), le kiwi (kiwi) , le chameau (camello), le sibérien (siberiano), le poisson rouge (carpin dorado), la truie (cochina), le lapin (conejo), le corbeau (corvo), et par le truchement fantaisiste  et aléatoire d’une sorte de poésie combinatoire digne de l’oulipo et de Raymond Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes à des animaux fantastiques, du type cadavres exquis  tels le tasibegue, le rolaguro, la tacetuna, le cargante, l’elesibegre, le tawicanto, le pulpindorado.

L’idée de vouloir affirmer par l’art autochtone est ainsi reprise par un autre peintre animalier colombien de la région d’Antoquia Bryan Sanchez

Loin de moi l’idée de vouloir psychanalyser les auteurs mais ayant dans l’esprit l’ouvrage Bestiario de l’argentin Julio Cortazar je dois noter pourtant le fait que seuls deux animaux marins soient représentés (le poulpe et la méduse) soit deux sur 20 animaux ce qui caractérise un rapport de un sur 10. Ceci est compréhensible vue l’altitude de Bogota où les cris de la méduse et du poulpe ne parviennent pas à se hisser jusqu’aux nuages de la « nubeselva ».

Dans cette hypothèse de travail je dois dire que j’ai été un peu surpris par la première planche qui introduit ce bestiaire qui est un ours ! Un ours à lunettes, me semble-t-il (Tremarctos ornatus), animal vulnérable s’il en est et le seul représentant de la classe des ursidés en Amérique Latine.  Que veut-on exprimer de sa vision du monde quand on pose comme un préalable en page de couverture cet ours, sinon un regard écologique ? il y aurait donc bien une morale dans ce bestiaire même si les auteurs ne s’en vantent pas : une morale écologique ?

voyons tout ça de plus près ! Il y a dans ces vingt illustrations un ours (bear, oso, urso) donc, un tapir (tapir, tapir, anta), une araignée (spider, araña, aranha), un renard (fox, zorra, raposa), un colibri (humming bird, colibri, beija-flor), un faucon (falcon, halcon, falcão), une tortue terrestre (tortoise, tortuga, tartaruga), un caméleon (chameleon, cameleon, cameleao), un chien (perro, dog; cachorro) , un vautour (vulture, buitre, urubu), un poulpe (octopus, pulpo, povo), une mite (moth, polilla, traça), un tatou (armadillo, armadillo, tatu), une méduse (jellyfish, medusa, agua-viva), une salamandre (salamander, salamandra, salamandra), un iguane (iguana, iguana, iguana), un loup (wolf, lobo, lobo), un  sanglier (boar, jabali, javali), une bête (beast, bestia, besta) qui tentent d’entrer chacun en résonnance avec un court poéme.

El OSO

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Siempre fui agria

no para su lengua

fluia con recato

si de mi se alejaba

escondia mis néctares

Hasta que él no llegara

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J’ai autrefois connu personnellement dans sa période anglaise Blanca Moreno, il y a donc de cela une trentaine d’années et plus. Et elle s’est rapidement spécialisée dans l’art naturaliste. La nature morte. La nature vivante, peu importe. La nature pleine et entière dans un rapport presque ésotérique à l’eau. A l’instar de Gonzalo Ariza Velez (1912-1995) originaire lui aussi tout comme elle de Bogota elle s’est consacrée à ce que Ariza appelait « la nubeselva » la forêt entre 1400 et 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Comme Ariza    Moreno a emprunté à la tradition japonaise et s’inspire dans Animalario de Katsushica Hokusai (1760-1849), l’homme aux 120 noms, auteur prolifique. J’aime ses représentations de la nature vierge de toute figure humaine ou animale.

Mais il a eu aussi une production de shungas, des planches érotiques  dites images du printemps, des estampes qui mettent par exemple en scène comme ci dessous la célèbre  femme aux deux poulpes-pieuvres.

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Dans Animalia Blanca Moreno s’est inspirée notamment e 3 haikus érotiques dont les illustrations mettent en scène des animaux.

Mais elle compte parmi ses influences tout ce qui touche aussi à l’art islamique naturaliste mohgol et perse et en particulier  l’oeuvre d’  Ustad Mansur (17eème siècle).

J’ai toujours pensé que Blanca Moreno, bien qu’appartenant elle aussi à la sphère de la « nubeselva », avait en elle quelque chose de profond, une écheveau de racines rhizomiques la reliant de manière presque organique à ce que j’appelerais  pour paraphraser nubeselva « la selvarhizofora ». Il me semble qu’il y a un coeur de mangrove nocturne qui pulse en elle. L’élément eau lui est consubstantiel. Je la vois flotter comme un diablotin hybride entre les palétuviers  rouges, s’entremêler dans l’obscur humide aux pieuvres miaulantes dans les racines en échasses où pullule la vie. Les moustiques, les crabes, les palourdes, les huîtres, les hérons !  Sanctuaires de faune et de flore où les fleuves se faufilent comme des papillons-deuil dans la vase dessinant leur souffle à la surface des nuages .

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Et je lui ai fait un jour la remarque qu’on ne voyait jamais apparaître d’animaux dans ses tableaux. Ce à quoi elle m’ a répondu en janvier 2007:

« Sabes?? los animalitos andan metidos detras de las hojas…(de los arboles). Tambien las montañas y bosques viven flotando dentro de mi .. It is always that way that I paint…When I do, I feel boundaries do not exist any more. »

Thus spoke Blanca Moreno, en réponse à mon interrogation sur l’absence étrange d’animaux dans ses tableaux exposés en ce moment à la galerie .

« Les animaux vont et viennent bien installés à l’abri des feuilles… (des arbres). Par ailleurs les montagnes et les bois vivent en flotaison en mon for intérieur… C’est toujours ainsi que je peins… C’est alors que je ressens que les frontières n’existent plus. »

Suite à cette réponse  j’étais écrivait alors ceci :
« Voici Blanca Moreno, que je proclame dès à présent chef de file de l’infra-réalisme merveilleux. Car maintenant tout est fantamagoriquement clair. Son merveilleux ne saurait être accessible qu’à travers l’utilisation de rayonnements infrarouges, ultraviolets et x . Au-delà de l’observation à l’oeil nu qui vous montrera une couche picturale tout à fait normale (si ce n’est quelques craquelures, témoins de l’ancienneté du tableau), je vous invite d’ores et déjà à l’examen de l’un de ses tableaux au microscope binoculaire. Il s’agit du célèbre « Platanillos » (Balisiers) .
Ce dernier montre que la plupart des motifs végétaux du tableau (feuilles, troncs, branches, bractées) du tableau ont été retravaillés ou ajoutés par l’artiste. La réflectographie par infrarouge permet de pénétrer plus en avant dans la couche picturale. L’analyse par cette technique fait apparaître le dessin préparatoire qui se trouve sous la couche de peinture. Par exemple ici on constate que c’est la fin de la saison de pluies, nous sommes entre Pâques et juin, sous chaque feuille s’ébat une colonie de fourmis coupeuses de feuilles rouge orangé en plein vol nuptial par un lendemain de carnaval. L’analyse fait aussi apparaître quelques surpeints au niveau des troncs d’arbres (en fait à l’origine des palétuviers à échasses). On aperçoit aussi des milliers de trous de crabes et des fourmis à gros cul qui s’y aventurent désorientées à la recherche de leur reine. La radiographie révèle une foule de détails : grain, fissures, défauts, vides, joints, ailes, repentirs, ajouts, retouches, mandibules, insectes à l’état de nymphes ou d’imago, etc
Grâce aux rayons X on se rend compte que la tache rouge (la bractée de balisier bordée de poupre et de vert) correspond à une tête de troglodyte siffleur masquée par un surpeint. Si on observe attentivement on découvre qu’elle a été modifiée : elle était au départ peinte de profil.
Oui, bien installée à l’abri des feuilles de balisier c’est une vraie ménagerie de troglodytes qui est ainsi exposée au-delà de la paix apparente de ce paysage tropical de zingibérales idéales : à calotte noire, à gorge brune, à face pale, à long bec, à miroir, à nuque rousse, à poitrine grise, à poitine tachetée, à ailes blanches, à bec court, à bec fin, à tête blanche, à ventre blanc, à ventre noir, arada, austral, barré, bicolore, chanteur, d’Apolinar, de Bewick, de Boucard, de Caroline, de Cobb, de Socorro, de Zapata, des cactus, des canyons, des marais, des rochers, des ruisseaux, des volcans, du Merida, du Sinaloa, du Yucatan, familier, fascié, flûtiste, géant, gris, grivelé, mignon, modeste, montagnanrd, rayé, roux, rufalbin, tacheté, zoné, à favoris, à moustaches, à sourcils roux, à ventre fauve, balafré, bridé, brun, coraya, de Branicki, de Clarion, de Cozumel, de Nava, de Niceforo, de Sclater, denté, des Antilles, des Guarayos, des halliers, des Santa Marta, des tépuis, fauve, ferrugineux, inca, joyeux, maculé, moine, ocre, olivâtre, philimèle, rossignol, zébré.
C’est une vraie explosion de cris et de chants, de queues qui remuent et de couleur qui tente de s’affranchir des bleus et verts et bleus et verts et bruns d’une mangrove décidément indomptable. Puis tout à coup s’impose le silence. Et si l’on prête l’oreille au delà des inflorescences, on entend par delà les mousses et les lichens le chant parfait des troglodytes siffleurs : twit twit twit !!!! Also sprach Blanca Moreno, grande amatrice devant l’éternel de caviar de Santander. »

Du 27 février 2007 au 27 mars 2007 Blanca Moreno exposait à Bogota à la Galeria de Arte Fenalco. L’exposition avait pour titre : Memorias de Lugar. Mémoires de lieu. Elle ajoute alors en préambule à l’exposition :

« Il y a un endroit qui bouge en moi. Parfois c’est le vent qui remue les feuilles vertes de la forêt qui vit dans mes poumons. Parfois encore ce sont des milliers de lumières qui parcourent mon torrent sanguin, frénétiques et délicates comme un roucoulement. Je m’assieds sur une rive ou l’autre et j’observe le va-et-vient. Alors celui qui peint disparaît. Le jeu mystérieux commence et nous sommes plus débordants de vitalité, plus libres et plus vulnérables.
De cette vraie dynamique, vestiges silencieux, surgissent, les peintures. »

Blanca Moreno, 2007

 

Dans Animalia elle utilise la technique ebru  (art des nuages), technique turque de peindre sur l’eau, appelée aussi papier marbré. Cette technique vient elle aussi du Japon  où elle est apparue au XIème siècle sous le nom de suminagashi (encres flottantes) puis s’est répandue à travers l’Asie Centrale à partir de l’Inde pour arriver en Turquie vers le XVIème siècle. Pour réaliser cette technique il faut de l’eau distillée à laquelle on ajoute de la gomme adragante et du fiel de boeuf. Le liquide devient visqueux  (certains préfèrent la poudre d’algues, moi j’imagine bien des gombos, des mucilages).

Les animaux représentés par Blanca Moreno en 2014  dans Animalario forment un bestiaire où chacun des auteurs arrive à cloche-pied pour ne pas emprunter le nuage de l’autre. Il s’agit de ne pas réveiller les animaux, « los animalitos », mais aussi les fieras. La bestia montre les crocs telle une hyène qui ne dit pas son nom. Peut-être cette bestia voudrait-elle simplement elle aussi  à l’heure des grillons (« la hora de los grillos« ), à cette heure si paisible, se retrouver sous les racines en échasses d’un palétuvier rouge à souffler sur l’eau pour simplement faire des vagues d’encre qui feront elles aussi un tableau aléatoire dans la mer des Caraïbes. Mais la question continue, lancinante : les ours à lunettes peuvent-ils décemment surfer sur  les vagues dans la mangrove ?

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TOUT EN PORCELAINE BLANCHE.

Je suis devenu un spécialiste des urinoirs et des vases sanitaires d’aéroport et d’aéronefs. Tout en porcelaine blanche. Des Porcher, des Duravit (Nice pissotieres homme au niveau du check in), des Allia Paris (Nice aeroport sanitaires hommes et femmes au niveau de l’embarquement), des Galla, des Laufen, des Villeroy et Boch, des Aubagne, des Selles, des Idéal Standard, des Jacob Delafon, des Roca. J’y laisse ma trace de pourriture noble régulièrement, presque religieusement. Je crois voir sortir de mon moi surmûri des semences par tonneaux de vin de paille. Je pense alors au geste auguste du semeur.

Je sème à tout vent

voit-on une semeuse déclarer au frontispice de tous les Larousse.

Moi ma devise c’est: « je sème mon ADN à toutes eaux dans les urinoirs, pissotières et autres cuvettes sanitaires. » Je ne sais pas si dans cet ADN on retrouve des traces d’aigrettes de pissenlit ou de botrytis cinerea. CE QUE JE SAIS C’EST QUE J’AI MOI AUSSI DES AKENES VOLATILS.

En 1952 Pierre Kast a produit un court métrage intitulé « Je sème à tout vent ». Jean Vilar participait a l’aventure EN TANT QUE RECITANT. Grosso modo voici le synopsis. Un extraterrestre arrive sur Terre après une explosion nucléaire et ne peut comprendre l’ organisation du monde que grâce au dictionnaire Larousse. Moi je caresse l’idée qu’ un extra terrestre voyant pour la première fois des toilettes d’aéroport puisse se poser la question sur leur utilité.