Bestiaires, encres flottantes, ours à lunettes et peintres de la nubeselva

 

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Au 31eme FILBO Feira Internacional de Livros de Bogota qui a lieu à Bogota du 17 avril au 2 mai on peut trouver parmi des milliers de livres de toute provenance Animalario. C‘est  un bestiaire, un volucraire, un lapidaire fantasmé par le binôme colombien composé de Blanca Moreno au dessin  et Roberto Triana Arenas à l’écriture qui répond à la double exigence latine du placere et docere. Il faut plaire et instruire. Ils ne sont ni théologue ni zoologue. Mais tout bestiaire ayant la prétention de servir une morale peut-être y a-t-il dans cet opus une morale écologique chrétienne !

Le livre est paru en 2014  aux éditions Taller Arte dos Grafico, de Bogota avec un tirage de 300 exemplaires numérotés  et signés des auteurs. Les auteurs ont créé un opéra à quatre mains: le langage poétique et artistique s’entremêlent  pour présenter des visions fulgurantes . En 1980 le même Triana avait publié un autre livre intitulé Bestiario avec des lithographies  de l’italien Sandro Chia.

Rien ne se crée, tout se recycle disait Lavoisier. En l’occurrence il y a une approche européenne des animaux qui va de Pline Le Vieux et passe entre autres par Linné, Cuvier et Buffon, une approche  qu’ont suivie zoologues, paléontologues et naturalistes du monde entier et qui se poursuit ici mais avec une vision non pas italo-colombienne  mais cette fois-ci autochtone colombo-colombienne sur les animaux. Bien avant les bestiaires Hérodote (-480/-425), Aristote (-384/-322) et son Historia Animalium , Pline l’ancien (23-79) et son Naturalis Historia ont tour à tour tenté de poser des jalons et es passerelles entre gente animée, entre gente animale et gente humaine.

Les bestiaires étaient censés à partir d’animaux réels ou imaginaires dresser des portraits moraux ou moqueurs des contemporains de leurs auteurs. C’étaient en fait des fables moralisantes peintes ou dessinées.

Bien avant ces bestiaires encore, la Bible dans le Nouveau et l’Ancien Testament fait apparaître des animaux qui servent de support textuel à des considérations religieuses et ou à l’enseignement de  valeurs morales. Parmi les animaux qui apparaissent le plus souvent dans la Bible on retrouve  8 de ces animaux représentés dans Animalario : l’ours, le loup, le renard, le chien, le sanglier, le vautour,  l’araignée, le caméléon

Le Phisiologus Physiologos. Le bestiaire des bestiaires. Texte traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2004, 325 p.
33 euros / ISBN : 2-84137-171-9. (le livre de bestiaire) est l’un des premiers ouvrages sérieux en latin sur l’histoire naturelle. Il est attribué par certains à saint Epiphane. C’est un mélange subtil d’allégorie chrétienne et de science mystique venu du plus profond des âges et relevant de traditions culturelles aussi diverses que la Grèce, l’Egypte qui prétend fournir des explications exégétiques.

Le Livre XII – Des Animaux, in Etymologies d’Isidore de Séville (entre 560 et 570 -636) interprétation scientifique

Le Bestiaire de Philippe de Thaon (le premier en langue vulgaire à avoir utilisé le mot bestiaire dont deux animaux sont communs à ceux de Moreno : renard (gupil) et salamandre (sylio) : interprétations moralisatrices

Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de Normandie, trouvère du XIIEme siècle (deux animaux communs à Moreno renard (Goupil) et salamandre ):interprétations exégétiques

Richard de Fournival et son Bestiaire d’Amour ( bestiaire à visée courtoise : 4 animaux communs : loup, renard, chien, vautour)

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Ana Maria Sybilla Merian (1647-1717)(Allemagne) artiste peintre florale et naturaliste et son Metamorphosis Insectorum Surinamensium de 1705 dans lequel elle croque des plantes hôtes avec es petits animaux qui peuplent ces plantes.,

Albert Eckhout (1610-1665),

Jean-Baptiste Debret, (1768-1848)

Cabocle Indian hunting birds with a bow and arrow, from 'Voyage Pittoresque et Historique au Bresil', published in 1839 (colour litho)

Friedrich Alexander von Humboldt (1769-1859)

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Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

Estudo de pássaros na selva. Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

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Jean-Jacques Audubon, (1785-1851), peintre naturaliste et son Birds of America (1838)

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Etienne Denisse (1785-1861), botaniste, auteur de Flore d’Amérique, (1843)

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Ernst Haeckl (1834-1919) et son Kunstformen der Natur publié en 1904

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.07627
http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.07627

 

Autant pour comprendre les bestiaires médiévaux il faut se replonger dans le contexte de l’époque pour en avoir une lecture, autant pour comprendre ce bestiaire qui insiste sur sa colombianité il faut tenter de saisir la charge psychologique investie ans cahacun e ses animaux en Colombie. Il y a aussi la nécessité de lier le texte au contexte donc et le dessin à une proto-structure originale pour laquelle  la référence est la vision occidentale moyennâgeuse de l’animal. L’animal est ce qu’il est mais surtout ce que l’on y met. De la même façon que les peintres et plus spécifiquement les botanistes peintres s’attachent à peindre le plus fidèlement la flore ils traduisent aussi des mythes qui entourent ces fleurs ou plantes. De même les spécialistes de la faune  malgré leur regard scientifique tentent de donner une représentation qui leur est personnelle un peu anthropologique des animaux. qui est une sorte d’alter ego de l’homme et qui permet à travers lui de  moquer, ridiculiser, faire sourire ou pleurer ses contemporains.

Il n’est pas indifférent que dans ce bestiaire il n’y ait pas de lion et que le premier animal soit l’ours qui en fait la couverture. il n’est pas indifférent qu’outre les 19 animaux qui composent cette fresque il y  en a un vingtième qui porte le nom de la bête et qu’on imagine être un mélange d’aptalon, de serre, de caladre et nicorace. Il y aurait bel et bien donc une filiation assumée entre les auteurs des bestiaires de l’ère médiévale et nos deux sud-américains ancrés dans la post-modernité de ce premier quart de 21ème siècle..

Animalario Universal del Professor Revillod ,  Almanaque ilustrado de la fauna mundial de  Javier Saez Castan (illustrations) et Miguel Murugarren (texte) publié au Mexique en 2003 est composé de 21 planches  d’animaux divisés chacun en trois parties qui alternées peuvent donner pèle-mêle jusqu’à 4096 animaux différents. On a droit aux animaux familiers tels l’éléphant (elefante), le tatou (armadillo),  le rhinocéros (rinoceronte), le kangourou (canguru),  la vache (vaca), le coelacanthe (coelacanto), le chien (perro), le tigre (tigre) la puce (pulga), le casoar (casuario), le kiwi (kiwi) , le chameau (camello), le sibérien (siberiano), le poisson rouge (carpin dorado), la truie (cochina), le lapin (conejo), le corbeau (corvo), et par le truchement fantaisiste  et aléatoire d’une sorte de poésie combinatoire digne de l’oulipo et de Raymond Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes à des animaux fantastiques, du type cadavres exquis  tels le tasibegue, le rolaguro, la tacetuna, le cargante, l’elesibegre, le tawicanto, le pulpindorado.

L’idée de vouloir affirmer par l’art autochtone est ainsi reprise par un autre peintre animalier colombien de la région d’Antoquia Bryan Sanchez

Loin de moi l’idée de vouloir psychanalyser les auteurs mais ayant dans l’esprit l’ouvrage Bestiario de l’argentin Julio Cortazar je dois noter pourtant le fait que seuls deux animaux marins soient représentés (le poulpe et la méduse) soit deux sur 20 animaux ce qui caractérise un rapport de un sur 10. Ceci est compréhensible vue l’altitude de Bogota où les cris de la méduse et du poulpe ne parviennent pas à se hisser jusqu’aux nuages de la « nubeselva ».

Dans cette hypothèse de travail je dois dire que j’ai été un peu surpris par la première planche qui introduit ce bestiaire qui est un ours ! Un ours à lunettes, me semble-t-il (Tremarctos ornatus), animal vulnérable s’il en est et le seul représentant de la classe des ursidés en Amérique Latine.  Que veut-on exprimer de sa vision du monde quand on pose comme un préalable en page de couverture cet ours, sinon un regard écologique ? il y aurait donc bien une morale dans ce bestiaire même si les auteurs ne s’en vantent pas : une morale écologique ?

voyons tout ça de plus près ! Il y a dans ces vingt illustrations un ours (bear, oso, urso) donc, un tapir (tapir, tapir, anta), une araignée (spider, araña, aranha), un renard (fox, zorra, raposa), un colibri (humming bird, colibri, beija-flor), un faucon (falcon, halcon, falcão), une tortue terrestre (tortoise, tortuga, tartaruga), un caméleon (chameleon, cameleon, cameleao), un chien (perro, dog; cachorro) , un vautour (vulture, buitre, urubu), un poulpe (octopus, pulpo, povo), une mite (moth, polilla, traça), un tatou (armadillo, armadillo, tatu), une méduse (jellyfish, medusa, agua-viva), une salamandre (salamander, salamandra, salamandra), un iguane (iguana, iguana, iguana), un loup (wolf, lobo, lobo), un  sanglier (boar, jabali, javali), une bête (beast, bestia, besta) qui tentent d’entrer chacun en résonnance avec un court poéme.

El OSO

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Siempre fui agria

no para su lengua

fluia con recato

si de mi se alejaba

escondia mis néctares

Hasta que él no llegara

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J’ai autrefois connu personnellement dans sa période anglaise Blanca Moreno, il y a donc de cela une trentaine d’années et plus. Et elle s’est rapidement spécialisée dans l’art naturaliste. La nature morte. La nature vivante, peu importe. La nature pleine et entière dans un rapport presque ésotérique à l’eau. A l’instar de Gonzalo Ariza Velez (1912-1995) originaire lui aussi tout comme elle de Bogota elle s’est consacrée à ce que Ariza appelait « la nubeselva » la forêt entre 1400 et 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Comme Ariza    Moreno a emprunté à la tradition japonaise et s’inspire dans Animalario de Katsushica Hokusai (1760-1849), l’homme aux 120 noms, auteur prolifique. J’aime ses représentations de la nature vierge de toute figure humaine ou animale.

Mais il a eu aussi une production de shungas, des planches érotiques  dites images du printemps, des estampes qui mettent par exemple en scène comme ci dessous la célèbre  femme aux deux poulpes-pieuvres.

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Dans Animalia Blanca Moreno s’est inspirée notamment e 3 haikus érotiques dont les illustrations mettent en scène des animaux.

Mais elle compte parmi ses influences tout ce qui touche aussi à l’art islamique naturaliste mohgol et perse et en particulier  l’oeuvre d’  Ustad Mansur (17eème siècle).

J’ai toujours pensé que Blanca Moreno, bien qu’appartenant elle aussi à la sphère de la « nubeselva », avait en elle quelque chose de profond, une écheveau de racines rhizomiques la reliant de manière presque organique à ce que j’appelerais  pour paraphraser nubeselva « la selvarhizofora ». Il me semble qu’il y a un coeur de mangrove nocturne qui pulse en elle. L’élément eau lui est consubstantiel. Je la vois flotter comme un diablotin hybride entre les palétuviers  rouges, s’entremêler dans l’obscur humide aux pieuvres miaulantes dans les racines en échasses où pullule la vie. Les moustiques, les crabes, les palourdes, les huîtres, les hérons !  Sanctuaires de faune et de flore où les fleuves se faufilent comme des papillons-deuil dans la vase dessinant leur souffle à la surface des nuages .

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Et je lui ai fait un jour la remarque qu’on ne voyait jamais apparaître d’animaux dans ses tableaux. Ce à quoi elle m’ a répondu en janvier 2007:

« Sabes?? los animalitos andan metidos detras de las hojas…(de los arboles). Tambien las montañas y bosques viven flotando dentro de mi .. It is always that way that I paint…When I do, I feel boundaries do not exist any more. »

Thus spoke Blanca Moreno, en réponse à mon interrogation sur l’absence étrange d’animaux dans ses tableaux exposés en ce moment à la galerie .

« Les animaux vont et viennent bien installés à l’abri des feuilles… (des arbres). Par ailleurs les montagnes et les bois vivent en flotaison en mon for intérieur… C’est toujours ainsi que je peins… C’est alors que je ressens que les frontières n’existent plus. »

Suite à cette réponse  j’étais écrivait alors ceci :
« Voici Blanca Moreno, que je proclame dès à présent chef de file de l’infra-réalisme merveilleux. Car maintenant tout est fantamagoriquement clair. Son merveilleux ne saurait être accessible qu’à travers l’utilisation de rayonnements infrarouges, ultraviolets et x . Au-delà de l’observation à l’oeil nu qui vous montrera une couche picturale tout à fait normale (si ce n’est quelques craquelures, témoins de l’ancienneté du tableau), je vous invite d’ores et déjà à l’examen de l’un de ses tableaux au microscope binoculaire. Il s’agit du célèbre « Platanillos » (Balisiers) .
Ce dernier montre que la plupart des motifs végétaux du tableau (feuilles, troncs, branches, bractées) du tableau ont été retravaillés ou ajoutés par l’artiste. La réflectographie par infrarouge permet de pénétrer plus en avant dans la couche picturale. L’analyse par cette technique fait apparaître le dessin préparatoire qui se trouve sous la couche de peinture. Par exemple ici on constate que c’est la fin de la saison de pluies, nous sommes entre Pâques et juin, sous chaque feuille s’ébat une colonie de fourmis coupeuses de feuilles rouge orangé en plein vol nuptial par un lendemain de carnaval. L’analyse fait aussi apparaître quelques surpeints au niveau des troncs d’arbres (en fait à l’origine des palétuviers à échasses). On aperçoit aussi des milliers de trous de crabes et des fourmis à gros cul qui s’y aventurent désorientées à la recherche de leur reine. La radiographie révèle une foule de détails : grain, fissures, défauts, vides, joints, ailes, repentirs, ajouts, retouches, mandibules, insectes à l’état de nymphes ou d’imago, etc
Grâce aux rayons X on se rend compte que la tache rouge (la bractée de balisier bordée de poupre et de vert) correspond à une tête de troglodyte siffleur masquée par un surpeint. Si on observe attentivement on découvre qu’elle a été modifiée : elle était au départ peinte de profil.
Oui, bien installée à l’abri des feuilles de balisier c’est une vraie ménagerie de troglodytes qui est ainsi exposée au-delà de la paix apparente de ce paysage tropical de zingibérales idéales : à calotte noire, à gorge brune, à face pale, à long bec, à miroir, à nuque rousse, à poitrine grise, à poitine tachetée, à ailes blanches, à bec court, à bec fin, à tête blanche, à ventre blanc, à ventre noir, arada, austral, barré, bicolore, chanteur, d’Apolinar, de Bewick, de Boucard, de Caroline, de Cobb, de Socorro, de Zapata, des cactus, des canyons, des marais, des rochers, des ruisseaux, des volcans, du Merida, du Sinaloa, du Yucatan, familier, fascié, flûtiste, géant, gris, grivelé, mignon, modeste, montagnanrd, rayé, roux, rufalbin, tacheté, zoné, à favoris, à moustaches, à sourcils roux, à ventre fauve, balafré, bridé, brun, coraya, de Branicki, de Clarion, de Cozumel, de Nava, de Niceforo, de Sclater, denté, des Antilles, des Guarayos, des halliers, des Santa Marta, des tépuis, fauve, ferrugineux, inca, joyeux, maculé, moine, ocre, olivâtre, philimèle, rossignol, zébré.
C’est une vraie explosion de cris et de chants, de queues qui remuent et de couleur qui tente de s’affranchir des bleus et verts et bleus et verts et bruns d’une mangrove décidément indomptable. Puis tout à coup s’impose le silence. Et si l’on prête l’oreille au delà des inflorescences, on entend par delà les mousses et les lichens le chant parfait des troglodytes siffleurs : twit twit twit !!!! Also sprach Blanca Moreno, grande amatrice devant l’éternel de caviar de Santander. »

Du 27 février 2007 au 27 mars 2007 Blanca Moreno exposait à Bogota à la Galeria de Arte Fenalco. L’exposition avait pour titre : Memorias de Lugar. Mémoires de lieu. Elle ajoute alors en préambule à l’exposition :

« Il y a un endroit qui bouge en moi. Parfois c’est le vent qui remue les feuilles vertes de la forêt qui vit dans mes poumons. Parfois encore ce sont des milliers de lumières qui parcourent mon torrent sanguin, frénétiques et délicates comme un roucoulement. Je m’assieds sur une rive ou l’autre et j’observe le va-et-vient. Alors celui qui peint disparaît. Le jeu mystérieux commence et nous sommes plus débordants de vitalité, plus libres et plus vulnérables.
De cette vraie dynamique, vestiges silencieux, surgissent, les peintures. »

Blanca Moreno, 2007

 

Dans Animalia elle utilise la technique ebru  (art des nuages), technique turque de peindre sur l’eau, appelée aussi papier marbré. Cette technique vient elle aussi du Japon  où elle est apparue au XIème siècle sous le nom de suminagashi (encres flottantes) puis s’est répandue à travers l’Asie Centrale à partir de l’Inde pour arriver en Turquie vers le XVIème siècle. Pour réaliser cette technique il faut de l’eau distillée à laquelle on ajoute de la gomme adragante et du fiel de boeuf. Le liquide devient visqueux  (certains préfèrent la poudre d’algues, moi j’imagine bien des gombos, des mucilages).

Les animaux représentés par Blanca Moreno en 2014  dans Animalario forment un bestiaire où chacun des auteurs arrive à cloche-pied pour ne pas emprunter le nuage de l’autre. Il s’agit de ne pas réveiller les animaux, « los animalitos », mais aussi les fieras. La bestia montre les crocs telle une hyène qui ne dit pas son nom. Peut-être cette bestia voudrait-elle simplement elle aussi  à l’heure des grillons (« la hora de los grillos« ), à cette heure si paisible, se retrouver sous les racines en échasses d’un palétuvier rouge à souffler sur l’eau pour simplement faire des vagues d’encre qui feront elles aussi un tableau aléatoire dans la mer des Caraïbes. Mais la question continue, lancinante : les ours à lunettes peuvent-ils décemment surfer sur  les vagues dans la mangrove ?

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TOUT EN PORCELAINE BLANCHE.

Je suis devenu un spécialiste des urinoirs et des vases sanitaires d’aéroport et d’aéronefs. Tout en porcelaine blanche. Des Porcher, des Duravit (Nice pissotieres homme au niveau du check in), des Allia Paris (Nice aeroport sanitaires hommes et femmes au niveau de l’embarquement), des Galla, des Laufen, des Villeroy et Boch, des Aubagne, des Selles, des Idéal Standard, des Jacob Delafon, des Roca. J’y laisse ma trace de pourriture noble régulièrement, presque religieusement. Je crois voir sortir de mon moi surmûri des semences par tonneaux de vin de paille. Je pense alors au geste auguste du semeur.

Je sème à tout vent

voit-on une semeuse déclarer au frontispice de tous les Larousse.

Moi ma devise c’est: « je sème mon ADN à toutes eaux dans les urinoirs, pissotières et autres cuvettes sanitaires. » Je ne sais pas si dans cet ADN on retrouve des traces d’aigrettes de pissenlit ou de botrytis cinerea. CE QUE JE SAIS C’EST QUE J’AI MOI AUSSI DES AKENES VOLATILS.

En 1952 Pierre Kast a produit un court métrage intitulé « Je sème à tout vent ». Jean Vilar participait a l’aventure EN TANT QUE RECITANT. Grosso modo voici le synopsis. Un extraterrestre arrive sur Terre après une explosion nucléaire et ne peut comprendre l’ organisation du monde que grâce au dictionnaire Larousse. Moi je caresse l’idée qu’ un extra terrestre voyant pour la première fois des toilettes d’aéroport puisse se poser la question sur leur utilité.

En route avec Jean-Baptiste Grenouille et Caco Antibes vers la CROIX DE LUMIÈRE

Drôle de nom me direz vous. Oui Grenouille, Frog. Il aurait peut-être préféré Rainette, mon guide. MAIS QUE FAIRE? Je suis à Grasse, capitale de la parfumerie. Jibé aurait pu s’appeler tout aussi bien Molinard, Fragonard, Galimard, Dior. Mais non il répond au joli nom de Grenouille. C’est tout de même mieux que Gribouille ou Crapaud, non! Oh vous n’avez pas lu le bouquin de Patrick Suskind, Le Parfum (1985). Vous n’avez pas vu le film homonyme de Tom Tykmer non plus de 2006 avec Ben Whishaw, Rachel Hurd-Wood, Dustin Hoffman, Alan Ruckman ? Le heros c’est lui. Et c’est lui mon guide. Chic, vous ne trouvez pas? Vous n’avez pas vu non plus sans doute comme mon épouse le film de 2016 Meurtres à Grasse de Karim Ouaret avec Lorie Pester, Annie Gregorio, Samy Gharbi et Éric Viellard. Eh bien vous êtes exactement comme moi. Elle veut retrouver le parfum du film. C’est ce qui l’a motivée à se rendre dans cette ville qu’on dit un peu décrépite à 16 km de Cannes. Vous savez, lui dit Grenouille, qu’il y a le Musée International de la Parfumerie. Vous savez que tout tourne autour des fleurs à Grasse et en particulier la rose et le jasmin. Elle sait mais ce qu’elle veut c’est parcourir les ruelles, les placettes, les escaliers du Vieux Grasse. Entendre résonner ses pas sous les voûtes et les portails de la Ville médiévale. Grenouille saisit la balle au bond.

Vous avez entendu parler d’une série télé qui racontait la vie des travailleurs italiens qui venaient dans la région cultiver les fleurs à la fin du XIXeme siècle. Ça s’appelait Dans un grand vent de fleurs, tire du roman homonyme de Jeanine Montupet, une saga de Gérard Vergez autour de la lavande, du jasmin et des secrets de famille dont l’action se passe à Grasse et dans ses environs. C’est vrai, je l’avais oublié, j’ai vu la série en 1996 et aujourd’hui encore est imprimée au laser dans ce qui me reste de cerveau la beauté des environs de Grasse.

JE ME SOUVIENS MÊME DU NOM DONNÉ PAR L’HÉROÏNE AU CHAMP DE JASMIN QU’ELLE CULTIVAIT TOUTE PETITE: la Croix de Lumière.

Avec Rosemarie La Vaullee (Sorenza Salvoni), Bruno Wolkowitch (Guillaume Garlande), Marina Vlady (Alexandrine Garlande), Charles Schneider (Felix), Agnese Nano (Louise di Luca), Orso-Maria Guerrini.

Je précise à Jibé quand même que je souhaite voir le marché et que je m’intéresse à la cuisine des fleurs.

Bien c’est noté , ne vous inquiétez pas, je m’occupe de tout. Je vous attends à la gare routière de Grasse vers 10 heures.

Vous arriverez probablement par le bus 500 qui vous mènera de Nice à Grasse, n’est-ce pas?

Oui nous disposerons alors de 3 heures. Ça nous donnera suffisamment de temps pour visiter la Croix de Lumière, j’espère !

Première déception: nous sommes lundi et pas de marché. La plupart des magasins sont fermés. Sur les conseils de Jibé on a commencé d’abord par un petit tour à la boutique Fragonard. On est transporté par la magie des effluves. Frivole, Éclat, Fragonard, Belle de nuit, Ile d’amour. Tous des parfums Fragonard: les cinq miniatures de parfums de collection 35 €. Les mouillettes blanches volètent de nez en nez.

Bref nous avons reniflé les parfums mais pas trouvé la Croix de Lumière. Jibé avait tout simplement omis de nous signaler que la saison des fleurs commence en mai. Pour se faire pardonner Jibé nous conseilla d’aller manger au restaurant Bobo à Cannes à deux pas de la Croisette.

Une pizza formaggio à la pâte bio pour madame et un magret de canard avec gratin de riz et courgettes pour monsieur. Pour boire deux ballons de rosé. Comme d’hab. 45€ l’addition. C’est l’extase. LE Graal.

MAIS SOUDAIN est-ce le vin, est ce l’air iodé du large, mais voilà que Bena se transforme devant le Carlton, puis le Martinez puis le Splendid en Magda, alias Marisa Orth, glorieuse épouse de Caco Antibes, le personnage de Miguel Falabella dans Sai de Baixo.

Devant le Palais des Festivals elle s’exclame:

não vou sair daqui sem colocar minha mão na mão de Pedro.(je ne vais pas sortir d’ici sans mettre ma main dans celle de Pedro)

Et moi ignare je cherche qui bien peut être ce Pedro.

Pedro Almodôvar, claro, CAQUINHO

Comme s’ils étaient amis intimes.

QUOI? MA TRES DIGNISSIME EPOUSE SE PRENANT POUR MADAME MAGDA, PROTOTYPE DE LA FEMME FUTILE EMERGENTE. DÉBORDANTE DE FINESSE ET DE NOBLESSE. PUISQUE C’EST AINSI JE VAIS ME TRANSFORMER EN CACO. DESCENDANT DU PRINCE VIKING AFRICAIN WAISSE FUDER. HEUREUSEMENT LA BELLE-MÈRE CASSANDRA (Araci Balabanian), CETTE CASCACU, EST RESTÉE AU BRÉSIL DANS L’APPARTEMENT DU AROUCHE TOWERS.

JE VAIS GUIDER MA DOUDOU MAGDA EUGENIA SAYAO ANTIBES À ANTIBES, VILLE QUI PORTE MON NOM DE FAMILLE. ANTIBES JUAN LES PINS.

ANTIBIS,

me corrige Magda. Moi je lui réponds au tac au tac dans la langue de Camões:

Cala essa boca Magda. Nada de Antibis, aqui nesse coracao das Zoropas se fala Antibes querida. E só fazer biquinho que você consegue.

C’est ainsi que transformé à Cannes en Caco Antibes j’ai pris le bus 200 pour me retrouver à Antibes où je comptais prendre un café bio dans mon restaurant de plage préféré depuis plus de 25 ans, le Bijou Plage sur la plage des milliardaires.

Malheureusement sur la porte d’entrée on pouvait lire : fermeture définitive suite application loi littoral.

Nous avons parcouru toutes les plages et tous les ports entre VALLAURIS GOLFE JUAN et ANTIBES JUAN LES PINS. Plage du midi, plage de l’ouest, plage de l’est, port Camille Rayon. Port Vallauris GOLFE JUAN.

La croix de lumière court toujours. Mais merci pour tout Jibé et Caco. AVEC DES GUIDES COMME VOUS ON PEUT VOYAGER LES YEUX FERMÉS.

Queen of Katwe

J’ai pu voir ce film lors de mon vol Frenchbee BF705 du 7 avril dernier entre Saint-Denis en la Réunion et Paris Orly. J’étais au siège 37a. Au 37b il y avait une réunionnaise de 48 ans, originaire du Tampon, mariée, 3 enfants, assistante sociale dont le rêve était d’ouvrir un restaurant de cuisine traditionnelle réunionnaise, marathonienne: elle se rendait à Paris justement pour courir le marathon de Paris qui devait se tenir le lendemain, et pour voir ses enfants. Elle irait ensuite à Perpignan puis à Toulouse. Je lui ai suggéré de Perpignan d’aller en Espagne à Figueres pour voir le musée Salvador Dali et pourquoi pas pousser jusqu’à Rosas et Cadaques. Elle me dit vouloir aller en Andorre mais la encore je lui suggérai de prendre le petit train touristique qui relie Perpignan à Toulouse. Après Toulouse son objectif c’était Lourdes. Elle est végétarienne. Elle avait emmené son riz lentilles. A côté d’elle en 37c donc côté couloir une jeune autrichienne de 23 ans qui m’expliqua en anglais être végétarienne elle aussi, être venu passer 15 jours pour faire de la randonnée avec sa copine assise de l’autre côté à sa gauche, mais elle omnivore.

J’étais donc assis à la gauche de deux végétariennes. Moi l’apprenti pescovégétarien. Mais cette végétarienne du Tampon me dit que petite elle avait mangé des guêpes, des hérissons, du poulpe. Elle me dit:

Il paraît que les guadeloupéens ne mangent pas de crabe.

Je lui dis :

Au contraire on adore ça les crabes de terre, on les aime tellement qu’on les gave de feuilles et de racines pour leur donner le goût suprême avant Pâques, jour de réjouissances et de résurrection.

Je lui confirmai que moi rien de ce qui venait de la mer était un tabou. Nous avons fait bien passer le temps dans un voyage qui aura duré plus de 11 heures 40. A un moment chacun s’est plongé dans sa bulle. Elle a regardé un film Queen of Katwe pendant que moi j’en regardais un autre: Kill Bill, le quatrième long métrage de Quentin Tarantino (2003)

J’ai beaucoup hésité avant de regarder ce film de 1h51 qui raconte la quête vengeresse d’une criminelle, The Bride, la Mariée aka Black Mamba (Uma Thurman) après un coma de 4 ans. Elle se vengera tour à tour dans cet opus 1 de ces ex partenaires d’une organisation criminelle internationale intitulée The Deadly Viper Assassination Squad: Vernita Green (Vivica A. Fox), O-ren Ishii (Lucy Liu), Budd (Michael Madsen), Elle Driver (Cheryl Hannah) et Bill (David Carradine) subiront les affres de sa vengeance entre cet opus et l’opus 2 qui suivra.

Je n’avais jamais regardé un film de Tarantino: ni Pulp Fiction, ni Jackie Brown ni Réservoir Dogs. Certes j’avais vu des extraits qui m’avaient averti de son goût prononcé pour l’hémoglobine. Mais dans Kill Bill j’ai bu du sang à satiété. Il jaillissait de partout comme des tuyaux d’arrosage échappés des mains d’un jardinier fou. Cela giclait en grosses rasades, cela faisait le même pschitt que font les ballons de baudruche quand ils se vident de leur air.

Et puis la bande-son complètement déjantée presque surréelle:

Nancy Sinatra et son « Bang-Bang »,

Isaac Hayes et son « Run Fay run »,

Santa Esmeralda et son « Don’t let me be misunderstood »

Al Hirt dans le thème de The Green Hornet,

Bernard Herrmann dans le thème de The Twisted Nerve,

Luis Bacalov dans le thème de The Grand Duel,

RZA dans Ode to O-ren Ishii,

Charlie Feathers dans That certain female,

George Zamfir dans The Lonely Shepherd

Meiko Kaji dans The flower of carnage,

THE 5.6.7.8. dans Who hoo

A la fin de mon film le sang perlait a travers les hublots et je me suis mis à regarder le film que terminait de regarder la voisine.

Queen of Katwe est un film de 2016 dont l’action se déroule en Afrique entre 2007 et 2012. En Ouganda plus précisément. Dans la capitale Kampala. KATWE EST UN BIDONVILLE. C’est une biopic Disney qui raconte l’histoire incroyable d’une jeune fille des ghettos Ougandais sauvée de la pauvreté et de l’analphabétisme par le jeu d’échecs. Belle histoire avec comme protagonistes Lupita Nyong’o dans le rôle de Nakku Harriott, Madima Nalwanga dans le rôle de Phiona Mutési et David Oyelowo dans le rôle de Robert Katende.

Le film de 127 minutes du réalisateur Mirel Nair fait suite au livre homonyme de Tim Crothers.

A un moment du film on parle de l’impossibilité presque génétique pour un miséreux de sortir de la misère. Il y aurait une sorte de déterminisme social presque génétique de la pauvreté ! Avant que je ne voie le film Maguy, mon interlocutrice réunionnaise, m’avait dit qu’elle avait connu la misère quand elle était petite puisqu’elle faisait partie d’une famille de 16 enfants. Que le soir la plupart du temps ils se couchaient sans manger. Étant moi même l’aîné d’une famille de 10 enfants je mesure la difficulté, la lutte pour la survie. Nourrir 16 bouches n’est pas une mince affaire. Néanmoins j’affirme qu’à chaque bouche affamée il reste cette infinie ressource: la possibilité de trouver au fond de soi la force et la rage de vaincre pour franchir les obstacles qui se dressent sur la route qui mène à l’auto estimation et au dépassement de soi.

Être marathonien est une lutte de la même façon. C’est une résistance incroyable dont il faut faire preuve, une abnégation au-delà même du raisonnable. Entre jeu d’échecs et course de 42 km125 c’est le même parcours semé d’embûches d’où ne sortent vainqueurs au final que ceux qui ont la détermination comme valeur cardinale. C’est cette même détermination qu’on retrouve chez la Mariée ex Black Mamba qui froidement exécute ceux qui en tentant de lui enlever la vie d’une balle dans la tête lui ont enlevé le jour même des répétitions de son mariage l’enfant qui était dans son ventre. JE N’OUBLIE PAS QUE C’EST UNE CRIMINELLE FROIDE ET SANS REMORDS MAIS JE LA COMPRENDS SANS LA JUGER.

Le Bumidom dream

Le Bumidom Dream c’est le rêve américain à la sauce tamarin citron ! Pas de caravanes, pas de diligences, pas de saloons, pas de shérifs, pas de bourbon, pas de Billy the Kid, pas de ruée vers l’or, pas de Californie ni de Texas mythique! La ruée vers l’Est vers un monde meilleur de vin, de neige et de camembert eut comme destination un nouvel Eldorado appelé Paris, ville lumière ! Paris Tour Eiffel !

Dès 1963 par la grâce de Michel Debré, premier ministre, député de la Réunion, et son arrêté du 26 avril 1963 paru dans le JO du 7 juin 1963 le Bureau pour le Développement des Migrations dans les Départements d’Outre-Mer (société d’état) organise minutieusement le départ de la grande migration qui va 17 ans après la départementalisation du 19 mars 1946 tenter de résoudre les problèmes de surpopulation et de chômage rencontrés sur Guadeloupe, Martinique et Réunion. Tout cela a lieu dans le cadre d’un contexte international révolutionnaire. Fidel Castro prend le pouvoir à Cuba en 1959. Madagascar devient indépendant en 1960. l’Algérie en 1962.

En 1981 le gouvernement socialiste rebaptise le Bumidom ANT (Agence Nationale pour l’Insertion et la Protection des Travailleurs d’Outre-Mer) qui devient elle-même en 1992 LADOM, l’Agence de l’Outre-mer pour la Mobilité (désormais investie dans le Passeport Mobilité, le Passeport Mobilité Etudes et l’Aide à la Continuité Territoriale dans les DOM).

De 1963 à 1981 16562 migrants, pour la plupart sans formation, âgés entre 18 et 35 ans, après une visite médicale et un test d’évaluation où il n’y avait pas de recalés, ont quitté Karukéra, son rhum, son carnaval et ses belles eaux tandis que 16580 migrants ont quitté les rives de Madiana l’ensorceleuse canne à sucre! Quant à la Réunion ce sera le double, 37473 migrants ayant abandonné leur île et leur poisson en cari sauce au combava. Munis pour seul viatique d’un aller simple en bananier transatlantique ou en avion vers la mère-métropole et une place en foyer assortie d’une promesse d’emploi ou de formation généralement subalterne on fit à ces jeunes gens issus de familles nombreuses miroiter vie en rose, gai Paris, foie gras, retour tous les 5 ans, champagne, logement et vie meilleure ! L’Emigration-Debré, tout au service des Trente Glorieuses ! Vu ainsi on pourrait dire que la saignée ne fut pas si terrible que ça ! C’est oublier ceux qui partaient pour faire leurs études, ceux qui partaient faire leur service militaire, ceux nombreux qui partaient avec leurs propres moyens vers leur Eldorado européen pour un aller sans retour.

D’abord migration de travail pour travailler dans les administrations comme la Poste, l’assistance publique, les prisons, la police, l’éducation nationale, les ministères, l’Armée Simca-Chrisler, EDF-GDF, Renault, Peugeot mais aussi des emplois subalternes comme aides ménagères, mécaniciens, ouvriers en bâtiment à partir de 1970 par le biais du regroupement familial la migration devient de peuplement. Ah qu’il fleurait bon être fonctionnaire en ces temps bénis de croissance-là ! C’était la garantie de congés bonifiés tous les 5 ans pour revoir la famille restée au pays et ouvrir toutes grandes ses ailes de paon devant la société ébaubie.

Il en a résulté malgré tout un certain déracinement familial et culturel, un certain désenchantement après plus 50 ans de lutte pour une insertion sociale qui même si elle a eu de bons effets pour certains a selon moi participé d’un colonialisme anba roche, un colonialisme larvé qui ne disait pas son nom et avançait masqué. Les résultats sont contrastés. Ce sont les forces vives qui sont parties pour revenir parfois au bout du chemin de l’exil une fois la retraite venue avec au fond du coeur un rêve antillais encore plus fragile que ne l’était le rêve français. Car en Guadeloupe comme en Martinique comme à la Réunion malgré les universités, les hôpitaux, la qualité de vie, la CAF, le RSA, la Sécu, l’environnement privilégiés les jeunes continuent de lorgner vers la mère-patrie tandis que la population locale vieillit. Certains mouvements indépendantistes ont même qualifié l’opération de génocide par substitution, voire de traite silencieuse !

Pour ma part je pense que cette navette entre imaginaires a forgé un nouvel imaginaire chez les descendants de ces rêveurs de bumidomiens et post bumidomiens qui se sont empreints chemin faisant d’une nouvelle richesse culturelle, l’Eldorado invisible du Tout-Monde. C’est cet Eldorado selon moi qui malgré les chemins tortueux meut les jeunes et les moins jeunes d’aujourd’hui. Le Tout-Monde ! La conscience prégnante de sa multiplicité et en même temps de son unicité racinaire, rhizomique.

L’Emigration Antillaise en France , Alain Anselin, Christian Montbrun, Editions Anthropos

L’Emigration travailleuse guadeloupéenne en France, AGEG, Association Générale des Etudiants guadeloupéens, L’Harmattan

Utopies du BUMIDOM: construire l’avenir dans un « là-bas » poscontact, Anny Dominique Curtius, French Forum, 2010, Vol 35(2), pp 135-155

La traite silencieuse, les émigrés des départements d’outre-mer, IDOC, 1975, 145 pages

Documentaire de Jackie Bastide: Le Bumidom, des français venus d’outre-mer

Le téléfilm en deux parties de 90 minutes Le Rêve français de Christian Faure avec Yann Gaël, Aïssa Maïga, Samuel Etifier, Firmine Richard, Laurence Joseph, Jocelyne Béroard, Ambroise Michel raconte la saga entre leur île d’origine et la France Hexagonale de deux familles: la famille RENIA et la famille TRESOR, deux familles qui existent réellement aux Antilles et à la Réunion.

La panthère noire de Wakanga, paradis du vibranium, un message d’excellence noire

J’ai une déformation historique ! Quand j’entends panthère noire j’entends Elridge Cleaver, j’entends Angela Davis, Huey Newton, Bobby Seale, Soledad Brothers, j’entends révolution urbaine, nationalisme noir, BP !Et je vois les antagonismes avec MLK et Malcom X. Mais voila j’ai tout faux ! Panthère noire rime désormais avec Wakanda, un pays africain qui derrière ses huttes et ses troupeaux cache un eldorado afro-futuriste grace à ses ressources en vibranium et son avance technologique. eh bien non panthère noire rime avec Marvel ! Marvel Studios qui rime avec bande dessinée, comics, qui désormais va rimer avec un film qui a rapporté en une semaine 500 millions de dollars à travers le monde. C’est ce qu’on appelle un blockbuster. L’un des rares blockbusters où le héros est un super héros noir ! C’est un produit Disney, tout de m^me ! et il va être décliné en déguisements, sac à dos, mug, ensemble e jogging, blouson à capuchon, figurines et cahier. C’est la loi du genre comics, du fantastique futuriste ! Courez à Disney World voir défiler les étoiles de l’afro-futuriste Wakanga!

Ce film de 135 minutes réalisé par Ryan Coogler dans le cadre de MCU (Marvel Cinematic Universe) pour lesquels c’est la dix-huitième aventure cinématographique, nous transporte dans un espace tribal, un espace sidéral et un espace digne de James Bond. Je ne suis pas familier avec la bande dessinée Black Panther dont le super héros, le premier super héros afro-américain aux Etats-Unis né en juillet 1966 de l’imagination de Jack Kirby et Stan Lee. En octobre 1966 le Black Panther Party est créé et s’inspire, qui sait, de l’aura de ce roi de Wakanda.

Pendant quelques temps la panthère noire va se faire léopard noir pour se dissocier de l’image du groupe activiste né la même année que lui. Puis avec le temps la panthère noire va revenir à son nom d’origine Black Panther !

Mais ce super-héros sera suivi par bien d’autres afro-américains comme Riri Williams, Blade,  Black Lightning, Steel, Mike Morales, John Stewart, Luke Cage (Power Man), Spawn et Storm ! il est bien évident que pour leur auto-estime les enfants afro–américains adoraient s’identifier à ces héros. Moi-même quand j’étais petit je ne me souviens pas de ce Black Panther et pourtant j’étais friand de bédé. Je me souviens de Zembla, Akim qui remplaçaient avantageusement pour moi Tarzan. De Mandrake le magicien et de son acolyte Lothar ! et bien sûr de Razibus Zouzou et de son partenaire Bibi Fricotin ! Mais je n’ai pas eu l’honneur e faire connaissance avec La panthère noire

Comme dans toutes les comics c’est l’éternelle dichotomie : le bien s’affronte au mal. il y a des bons, il y a des brutes, il y a des truands. Les méchants, les villains, l’evil dans toute sa splendeur diabolique inondent cette société encore tribale malgré son avancement technologique de leur violence millénaire. La distribution aux  huit dixièmes afro-descendante inclut:

Forest Whitaker dans le rôle de Zuri (le grand-prêtre de Wakanda)

Sebastian Stan dans le rôle de Bucky Barnes, dit  Hunter, frère adoptif de T’Challah, chef de la police secrète Hatut Zeraze, The White Wolf

Angela Bassett dans le rôle de Ramonda, femme de T’Chaka, belle-mère de T’Challah

Lupita Nyong’o dans le rôle de Nakia, ex girlfriend de la Panthère Noire,  agent secret pour Dora Milaje

 

John Kani dans le rôle de T’Chaka

Letitia Wright dans le rôle de Shuri, soeur de T’Challah, un génie en technologie

Chadwick Boseman dans le rôle de T’Challa, la Panthère noire, fils de T’Chaka

Sterling K Brown dans le rôle de N’Jobu, frère de T’Challa, un révolutionnaire

Michael B Jordan dans le rôle de Eric « Killmonger » Stevens, fils de N’Jobu, un soldat es forces opérationnelles us  spécialisé dans l’assassinat et la estabilisation des régimes

Danai Gurira dans le rôle de General Okoye (garde du corps des forces spéciales de Wakanda, Dora Milaje)

Florence Kazumba dans le rôle d’Ayo

Daniel Kaluuya dans le rôle de W’Kabi, ami et confident de T’Challa, chef de la garde frontière

Winston Duke dans le rôle de M’Baku, ou Man-ape , chef d’un clan rebelle

Isaach de Bankolé dans le rôle de River Tripe Elder

Heath Ledger dans le rôle de Joker

Andy Serkis dans le rôle de Ulysses Klaue, un marchand d’armes sud-africain

Martin Freeman dans le rôle d’Everett K Moss, agent US de la CIA

Atandwa Kani, dans le rôle de T’Chaka jeune

Et bien d’autres encore intègrent ce panthéon.

Avant ce film all black qu’on pourrait qualifier de blaxploitation il y avait eu d’autres films qui avaient défrayé la chronique  comme Blazing Saddles  en 1974 (dirigé par Mel Brooks), Shaft (1971), The color Purple (1985)(dirigé par Steven Spielberg), Blade (1998) réalisé par Stephen Norrington qui met en scène le personnage de comics Blade, Get out (2017) de Jordan Peele et Girls Trip (2017) de Malcom D Lee

Le film  est bien évidemment un film de divertissement qui fait suite aux événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War où certains personnages étaient déjà apparus mais il aborde une foultitude de questionnements sociaux et humanitaires. Il pose les questions autour de thématiques universelles (car n’oublions pas Disney est là) sur comment aider son prochain, quel est le pouvoir des femmes, il aborde les injustices, l’incarcération en masse de minorités ethniques à travers le monde, les crises de réfugiés, la pauvreté systémique, le colonialisme, l’exploitation post-colonialiste, le racisme, la révolution, l’isolationnisme, le partage de la connaissance. On navigue par tous moments entre espace sidéral, espace mythique, espace politique et historique. On sent une certaine ambivalence entre les aspirations collectivistes des Noirs et la valeur symbolique de monarques noirs.

Moi je ne m’intéresse pas trop à ces aventures futuristes et fantastiques en règle générale. J’aime que les choses soient vraisemblables, possibles ! En fait c’est à la bande-son, à l’original soundtrack avec la production executive de Kendrick Lamar que je souhaite m’intéresser ! Black Panther: The Album ! 14 titres et déjà en tête des charts ! Moi je m’intéresse plus particulièrement aux rhytmes africains. J’imagine des rythmes originaires du Wakanga, aux frontières bien qu’il soit mythique de  l’Ouganda et du Kenya. L’Afrique de l’Est, donc. Eh bien disons que les représentants choisis pour distiller cette musique sont  tous originaires d’Afrique du sud. Nous avons la rappeuse Babes Wodumo, qui apparaît sur le titre Redemption

Saudi, qui apparaît sur le titre X

Yugen Blakrok, qui apparaît  sur Opps

Sjava, qui apparait dans Seasons

La soundtrack de Ludwig Göransonn, le griot suédois,  compositeur entre autres faits d’armes  de Creed (2015), Fruitvale Station (2013) et Black Panther (2018) a l’objectif de vouloir faire émerger une  musique wakandaise, africaine et spatiale et fantastique et futuriste en même temps par l’utilisation d’éléments traditionnels de musique africaine du Senégal et d ‘Afrique du Sud mixés à un orchestre de 130 composants, une production et un choeur de 40 personnes. Il a aussi participé à l’univers de Childish Gambino

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Au-delà de ces découvertes qui vont se joindre à des dizaines d’autres puisque je suis en Afrique de l’Est depuis 6 mois et qu’il me reste encore 6 mois à y rester voici les 14 plages où vous pourrez vous morfondre , vous bronzer ou gigoter, au choix :

  1. Black Panther (KL) https://youtu.be/YQuIvn9X6xc
  2. All the stars (KL + SZA) https://youtu.be/JQbjS0_ZfJ0
  3. X (KL + Schoolboy Q + 2 chainz + Saudi)   https://youtu.be/eo85ZFiyIEo
  4. The ways (KL + Khalid + Swae Lee) https://youtu.be/Xege0kE-fYE
  5. Opps (KL + Vincent Staples + Yugen Blakrok) https://youtu.be/lcDlJFTKYyw
  6. I am (Jorja Smith) https://youtu.be/YZTuHE5UVHA
  7. Paramedic! (SOB + RBE) https://youtu.be/fR3ATSiUc1E
  8. Bloody Waters (KL +Ab soul + Anderson .Paak + James Blake) https://youtu.be/PwUe4vXX0C8
  9. King’s Dead (KL, Jay Rock + Future + James Blake) https://youtu.be/VwAnsAUYnw4
  10. Redemption Interlude (Zacari)
  11. Redemption (KL + Babes Wodumo) https://youtu.be/pz4MRFspAIo
  12. Seasons (KL + Sjava + Reason) https://youtu.be/kLtDO1erqNE
  13. Big Shot (KL + Travis Scott) https://youtu.be/CtxeqBCRAUQ
  14. Pray for me (KL + The  Weeknd)   https://youtu.be/Z0OZZbLUzvw

Pour terminer je viens de lire dans le Point l’article de l’intellectuel camerounais, penseur du post-colonialisme Achille Mbembé. L’article publié par Le Point s’intitule Black Panther, une « nation nègre » debout.

Lire encore « Black Panther » : signe de plus d’inclusion au cinéma, ou simple exception ?

My bucket list ou les 65 items que je souhaite réaliser dans les quelques années (mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes) qu’il me reste à vivre

Never too late ! Ce soir c’est MARDI-GRAS et je me déguise  à six mois de la retraite en Carter Chambers. Et je publie moi aussi ma bucket list. Comme dans le film éponyme starring Jack Nicholson et Morgan Freeman, The Bucket List (Sans plus attendre, en vf). C’est la mode des to-do lists before you die, before you kick the bucket. Bucket veut dire seau. Et seau me fait penser à Champagne et à eau et à sable. Kick the bucket veut dire casser sa pipe. Bon je m’égare… Disons que je suis Carter Chambers dans le film et que je suis a terminally ill man. MÊME SI JE N’AI NI JET PRIVE NI EDWARD COLE POUR FINANCER mes rêves et expectatives, MEME SI JE NE SUIS PAS MÉCANICIEN AUTO ET QUE JE NE RÊVE PAS DEVENIR PROF D’HISTOIRE voici mes 65 ITEMS, mes énormes grains de sable que je souhaite réaliser sans plus attendre dans les quelques cyclones qu’il me reste à vivre. Ce n’est pas comme une liste de courses, ce sont des projets, des envies, des lubies, des tentatives de vaincre des peurs bien enracinées souvent qui peut être ne se matérialiseront jamais mais qui sont ces petits riens, ces petits rêves à priori impossibles qui soutiennent telles des pierres de corail le lagon de mon quotidien. I WISH I COULD CROSS A FEW OF THOSE ITEMS.

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1. Passer Mardi-Gras à Port of Spain

2. Passer un dimanche et lundi de carnaval sur le sambodrome de Rio et assister au défilé des écoles de samba

3. Danser la salsa à La Havane en octobre

4. Faire le tour de la Guadeloupe en bateau

5. Visiter les Baltimore d’ Antigua

6. Visiter les Baltimore des Îles Vierges

7. Participer à une chorale jazz

8. Manger dans un restaurant d’un chef étoilé caribéen

9. Visiter le Mato Grosso brésilien

10. Passer une année à Basse-Terre en Guadeloupe

11. Traduire en créole ou en français Omeros de Derek Walcott

12. Visiter Sainte-Lucie

13. Visiter les Terres Sainville en Martinique

14. Retrouver quelques chaînons manquants dans mon arbre généalogique

15. Prendre des cours d’aquagym

16. Faire de la plongée sous – marine

17. Préparer une feijoada de fruits de mer avec lambi, langouste, poulpe (chatrou), crabe, encornets, palourdes, riz noir et pois d’angole

18. Préparer un callaloo avec feuilles de dachine, gombo, lambi, langouste, poulpe (chatrou). crabe, encornets, palourdes et dombrés.

19. Participer à une école de samba brésilienne

20. Parler créole comme je parle portugais

21. Vivre dans une cabane perchée dans un manguier

22. Construire une maison en bois en conservant et épousant les structures d’un flamboyant

23. Publier mon recueil de poèmes Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

24. Publier mon roman Archipel des Reliques

25. Voir les neiges du Kilimanjaro

26. Passer un anniversaire quelque part au Mexique le jour de la fête des Morts

27. Avoir le permis bateau

28. Voir parfaitement sans lunettes

29. Visiter le Mozambique

30. Visiter le Burkina- Faso

31. Avoir 1000 articles dans mon blog

32. Rencontrer un chaman  en Papouasie-Nouvelle-Guinée

33. Vivre jusqu’à pas d’âge en bonne santé

34. Déguster un café de quimbombo en Équateur

35. Faire de l’aquarelle

36. Faire de la planche à voile

37. Ouvrir un restaurant pescétarien

38. Devenir 100 pour cent pescétarien

39. Avoir un potager du type jardin créole

40. Manger de la tortue

41. M’investir dans une association

42. Adopter un enfant

43. Faire une expérience de woofing

44. Avoir une Vespa

45. Faire du planeur

46. LAUGH UNTIL I CRY

47. SKYDIVING

48. SEE THE PYRAMIDS

49. Apprendre à réparer une voiture

50. Go on a safari and HUNT THE BIG FIVE

51. Get a tattoo

52. Visit the Taj Mahal

53. FIND THE JOY IN MY LIFE

54. Assister à un match de foot au Maracana

55. Faire du théâtre

56. Participer à un groupe de danse folklorique (quadrille)

57. Chanter dans un groupe de jazz

58. Jouer de la bossa nova à la guitare

59. Passer mes vacances  sur une plage dans un camp  naturiste

60. Apporter de la joie et de l’amour à : my significant other, siblings, kids and friends

61. Faire du jet-ski

62. Faire du ski

63. Jouer au bridge

64. Faire un vlog

65. Lire un livre par semaine

 

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Comme le dit la chanson je dis avec Charlie Winston : Kick the Bucket

If you say this is pop, to be singing to a tune with a rhythm like this, would it be so unpopular for a singer like me to be bringing up the fact that we’re all gonna go ? Some people swear, they say they know where.
For me it’s a mystery. But which ever way you see it
you have to admit it and live it and live it !

We all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! The end !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Blew up my TV. It’ was numbing my brain to be thinking the same as million other people all feeling afraid of the same thing.
But there’s is nothing to lose, cause we’re all on a bike and we’re cycling through, getting off on our injuries – but you gotta get back on it and live it and live it to love it and live and love life.

Cause we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

This is not a sad song !
I don’t bring it up to get you down,
It’s a celebration of all the red cells
going round and round in your body !

I don’t mean to preach or to sound lilke a teacher. No ! I only wanna cut the crap and , looking back, everybody’s had to face the facts.

That we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

1952, février-octobre, 41 semaines d’aménorrhée

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Dans le bouillant placenta maternel j’ai gigoté tout mon saoul sur le Calderon Jazz de Brunel Averne ! Tango, cha-cha-cha, boléro et biguine, mazurka, calypso, mambo, valse créole et mérengué. Quelle bande-son ! Ce fut mon premier voyage, un quart d’heure américain permanent qui dura 41 semaines d’aménorrhée. Un voyage de 9 mois qui commença bien avant la nuit du 26 au 27 février 1952, entre Mardi-Gras et Mercredi des Cendres, où tout en sautant-matant du haut de son trône sa Majesté Rex, Vaval et Momo, père, fils et saint-esprit, me déclara BSA bon pour le service armé ! La lune ce jour-là avait décidé de faire des heures supplémentaires et continuait sa grande parade nocturne du mercredi en plein midi. High noon ! High moon ! Et elle chantait en bégayant au soleil en anglais car dans les vapeurs du rhum elle en avait perdu son créole : Do not forsake me oh my darling chantait la vagabonde sur un rythme de vidé et c’est l’une des premières chansons que plus tard j’entendrai ma mère fredonner dans la version française si toi aussi tu m’abandonnes.

Sacrés Vivic et Marité, ci-devant proclamés roi et reine de mon carnaval intime ! Ils avaient fait le plein de réserves dans ces jours charnels et c’est donc avec du bon ciment bien gras que le verbe de ces deux diables rouges masqués se fit chair et que je fus conçu à la fin de ce vidé d’anthologie. C’est alors que le coq chanta son jazz ! C’était carême-prenant, mercredi des Cendres. Maïté se rendit toute pimpante à l’église et après la confession d’usage commença son jeûne de 40 jours. Elle venait de commettre l’irréparable mascarade ! La cendre devint sa nourriture et les larmes sa boisson. Ma présence incognito mais réelle ne lui avait pas été signifiée mais j’avais de bons fluides. J’entendis clairement à travers ce qui allait devenir ma fontanelle le Père lui dire en lui traçant une croix de cendre sur le front : Tu es poussière et tu retourneras en poussière.

Je n’avais pas encore de pieds formés mais je lui fis part par une formidable décharge de hoquets que je n’étais pas trop d’accord avec ce jeûne ! Je refusai tout net qu’on brûle au bûcher mon bwa-bwa Michaud ! Aux enfants légitimes comme naturels de Rex, monarque absolu sans faille et sans reproche de la Haute Bombance, de la haute Noblesse de Canne, le royaume de la mangeaille, de la danse et de la festoyance est réservé par contumace, que les jours soient gras ou maigres ! Cette condamnation est une bénédiction ! Je fis miroiter à Maïté des envies pressantes et impérieuses de femme enceinte : glace pilée le lundi, dombré le mardi, gombo le mercredi, dachine le jeudi, corossol le vendredi et piment le samedi. Le tout arrosé de chopines bien fraîches de jus de canne ou de prune de cythère. C’est bercé de ces saintes nourritures que j’ai chaloupé entre jours charnels et jours maigres, mercredi des cendres et crabes pascaux, fête du Carmel fin juillet, fête de Saint-Claude fin août. Une vraie sérénade créole (Abel Beauregard)

Ernest Léardée et son orchestre de danse antillais suggéraient qu’on m’appelle Nana. Alphonso et son orchestre antillais proposait Brise des Brises, sans doute en hommage à ma grand-mère, Man Bise, mais cela évoquait un peu trop un pur sang ou un hongre participant à une course hippique. D’autres encore comme Emerante de Pradines (1918-2018) ou Issa El Saieh à Haïti me baptisaient déjà Choucoune ou tizwazo.

On pensa même m’appeler Delicado du nom de la chanson homonyme de Percy Faith, un mambo. Mais je décelai la fraude leur faisant savoir par le langage des remontées acides que la chanson originale datait de 1950 et était d’origine brésilienne (auteur Waldir Azevedo, 1923-1980). On essaya Bermuda des Bell Sisters puis on s’extasia sur Jambalaya (en anglais avec Jo Stafford et en français avec Lucienne Delyle).

Ma tante Germaine suggéra Blue Tango (Leroy Anderson)

mais certains s’opposèrent à un nom qui paraissait trop lié à orang-outang et l’usine de Gardel qui venait de vivre une Saint-Valentin sanglante n’incitaient pas à ces gymnastiques argentines. Constance Dulac, Capitolien Justinien, Edouard Dernon et François Serdot furent avec mes ancêtres les esprits tutélaires qui présidèrent à ma gestation de leur repaire du Moule. Il fut un temps question que je sois accouché à la Rue Zabim (Léona Gabriel) et même à Mexico (Luis Mariano) et comme il n’y avait pas d’échographie à l’époque on cogita un instant m’appeler Caroline Chérie (Georges Ulmer) et même Jézebel (Edith Piaf). J’échappai de peu à Caramba (Dario Moreno). Mais heureusement le gorille (Georges Brassens), ange déchu, veillait sur moi et me souhaitait tous les jours bon anniversaire (André Claveau). Quant à moi j’aurais pu continuer vitam aeternam la chasse aux papillons (Georges Brassens, Patachou) dans mon petit nid douillet sur la route fleurie (Georges Guétary) si je n’avais pas entendu sur le poste Radiola de mon père Celia Cruz et Sonora Matancera avec Guede Zaina, Benvenido Granda et Sonora Matancera et son Celos que matan

Mon placenta était alimenté quotidiennement de notes et arpèges comme celles de Cuban Mambo de Noro Morales y su Orquesta

Le 30 octobre vers 14H30 ce fut l’heure de la délivrance. On fit sonner les cloches à l’église de Saint-Claude. Et voici un élément du portrait sonore de cette messe pour le temps présent qui en fut donnée par Pierre Henry, quelques années plus tard en 1967 : Psyché Rock !

Et pendant que je poussai mon cri primal cyclonique j’entendis en même temps comme une musique familière la messe des esclaves que n’écrirait pourtant que 25 années plus tard le brésilien Hermeto Paschoal !

Puis on me coupa le cordon ombilical et résonna en moi la voix d’Arrigo Bernabé et ce fut l’ orgasmo total ! Puis enfin j’eus droit à la tape sur les fesses car je ne disais mot . On appela ma persona à la rescousse :

Il fut établi par tous ceux qui étaient présents que j’avais émis quelque chose entre un miaulement de cyclone et un hennissement de vague. C’était un jeudi. On me fit têter. Je n’avais pas encore de nom. Je m’appelais persona, animus, anima, ombre ! il fallut attendre mon premier rôt et mon premier sourire. Je dus leur sembler très déçu ! Je l’étais en effet ! La lune rouge et masquée n’était pas au rendez-vous de 14 h30. Et il n’y eut même pas de tambour pour me faire gigoter comme au premier jour de ma conception ! Je reçus le double protègement de Jean (mon animus) et de Marie (mon anima) auquel on m’adjoignit par mesure de sécurité un Arsène (mon ombre) caché au cas où ! Et on me donna illico un petit surnom pour me protéger des premiers. Pendant plus de 10 ans on ne m’appela plus que Ari (ma persona) !

Victoria, l’esclave blanche

La Esclava Blanca est le titre espagnol original de la série colombienne à gros budget Victoria qui passe sur le réseau Mayotte Première et donc sur Guadeloupe Première, Martinique Première, Réunion Première, etc. En anglais la série se nomme The White Slave. Logiquement elle aurait dû s’appeler L’Esclave Blanche en français.

VICTORIA

C’est une saga historique colombienne qui se déroule entre 1820 et 1845 au temps de l’esclavage à Santa Marta le long de la côte Caraïbe. Victoria Quintero (l’actrice espagnole Nerea Camacho, âgée de 19 ans et qui a reçu le prix Goya de la meilleure révélation féminine en 2008 à l’âge de 12 ans pour son interprétation dans le film Camino de Javier Fesser) joue le rôle d’une marquise espagnole Lucia de Peñalver, marquise de Bracamonte dont tous ignorent la véritable identité. Elle est la fille des propriétaires de la plantation Eden, Domingo et Elena Quintero, qui ont été tués sur ordre de Nicolas Parreño (l’acteur espagnol Miguel de Miguel) dont elle devient l’épouse et de qui elle veut se venger. Dans son enfance à la mort de ses parents elle a été recueillie tout bébé par une famille d’esclaves : Tomas (l’acteur portoricain Modesto Lacen) et Lorenza (l’actrice panaméenne Miroslava del Carmen Morales) et leurs enfants Milagros et Rosita. Elle a vécu dans un village negmawon en pleine forêt, un palenque en espagnol, un quilombo en portugais, comme negmawonne (cimaronna) jusqu’à ce qu’on la ramène en Espagne pour vivre dans un couvent et y apprendre les bonnes manières. Elle est amoureuse d’un esclave Miguel Nava Soler (l’acteur cubain Orian Suarez) qu’elle a connue toute petite et qui est aussi le fils  illégitime de Nicolas Parreño avec une esclave fugitive, Sara.

A cette distribution internationale s’ajoute le vénézuélien Luciano d’Alessandro (Alonzo Marquez) et tout un casting colombien constitué d’acteurs comme Carlos Duplat (Abad Rangel),  Natasha Klauss (Ana de Granados), Viña Machado (Eugenia Upton), Roberto Cano (Felipe Restrepo), Ricardo Vesga (dans le rôle d’Enrique Morales, contremaître de Nicolas), Leonardo Acosta (Arturo Lopez), Mauro Donetti (General Fidel Marquez), Gianina Arana (Manuela Pimentel), Barbara Perea (Hilaria), Andrés Suarez (Capitan  Francisco Granados, bras droit du général  Marquez),  etc.

La série a été tournée en 2015 à Santa Marta, à Amaime dans la Valle del Cauca et l’hacienda la Concepcion et à Cartagena mais aussi à Bogota, Medellin, La Guajira et même à Quinta de San Pedro Alejandrino où Simon Bolivar a vécu ses derniers jours. La série  a reçu un prix de la réalisation au Seoul International Drama Awards  de 2015. Elle a été retransmise en Colombie en 2016 et depuis septembre elle est diffusée sur le réseau Première

Le film de la réalisatrice Liliana Bocanegra se compose de 31 épisodes de 90 minutes lors desquels on voit la lutte de Victoria pour retrouver ses biens, se venger de son mari qui a éliminé ses parents, libéré les esclaves avec qui elle a vécu une grande partie de son enfance et retrouver l’amour qu’elle ressent pour Miguel malgré la barrière de couleur et la barrière de classe sociale qui les sépare.

La qualité des costumes et des décors fait le charme de cette production de Caracol Television et Telemundo Internacional.

J’ai été, je l’avoue, un peu choqué par l’affichage esthétisant des supplices auxquels les esclaves étaient soumis au début du 19ème siècle. Et par l’apparente résignation de ceux -ci dans leur grande majorité à leur sort. Certains personnages n’acceptent pas, il est vrai, leur servitude, d’autres usent de stratagèmes variés pour s’en sortir mais on sent que l’intrigue de cette marche vers la liberté dépend avant tout des stratagèmes de Victoria, l’esclave blanche ou de Miguel, l’esclave métis. L’une pour être libre devra se débarrasser de son mari, l’autre pour s’affranchir devra se livrer des chaînes de son père. On attend en vain l’intervention de l’église et de l’état dans cette affaire qui comme toutes les sagas historiques touchant à l’esclavage remue les passions. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que les rôles les plus importants soient tenus par des acteurs non colombiens issus néanmoins du monde hispanique. Ce n’est pas la première série qui aborde l’esclavage et ce ne sera sans doute pas la dernière. Et beaucoup disent tout haut que la condition des Noirs n’ a guère évolué et que les quilombos et palenques d’autrefois n’ont fait que changer d’adresse passant des forêts aux banlieues. Les inégalités persistent. Ce qui change c’est qu’on peut aborder avec un peu moins de traumatisme cette période. Film après film les lambeaux de douleur s’effilochent, les vexations, les lynchages, les supplices s’estompent mais il faut prendre garde à ne pas oublier. On peut pardonner, il est vrai, mais on me saurait sans perte d’identité, oublier. Never !

 

https://la1ere.francetvinfo.fr/mayotte/emissions/victoria

 

« Sur le chemin de l’école » quand elle est tout sauf buissonnière

Les paysages sont incroyables, époustouflants, à couper le souffle. Ils pourraient aisément s’y retrancher comme dans une tour d’Ivoire. Mais non. Aux quatre coins de la planète, en dépit des soubresauts sociaux, psychologiques, politiques et météorologiques de jeunes héros et héroïnes prennent à bras le corps le chemin de l’école, franchissent les obstacles, les embûches, les distances comme des oiseaux d’envergure phénoménale. A pied, à cheval, en voiture, au pas de course, en chaise roulante tous les chemins mènent vers le savoir. Qu’on naisse au Kenya, au Maroc, en Inde ou en Argentine, qu’il pleuve qu’il neige, sous les regards des moutons, des girafes ou des éléphants l’appétit, l’envie, la détermination, le courage et l’abnégation sont les ingrédients d’un périple pour l’apprentissage et l’instruction. Dans Sur le Chemin de l’Ecole Pascal Plisson nous propose une plongée en apnée dans les cheminements quotidiens du combat permanent auquel doivent se  livrer  des milliers d’enfants à travers le monde.

En sortant de l’école on rencontre, comme le dit Prévert par la voix des Frères Jacques, un tas de choses incroyables comme des voies de chemins de fer qui s’arrêtent pour ne pas écraser les fleurs,  des lunes et des étoiles qui se baladent en bateau à voiles, la mer qui se promène avec ses coquillages, un sous marin pour chasser les oursins et même une maison qui fuit le vent qui veut l’attraper. Mais sortir de l’école comme aller à l’école même sans wagon doré peuvent se révéler des périples extraordinaires vers des îles parfumées et les naufrages de saumon fumé que seul le savoir permet de savourer à pleines dents et sans arrière-goût.

 https://youtu.be/oWn7CQGNIa4

http://youtu.be/PT3jAJ4QHPg