Rencontre avec une Colchidienne, compatriote baroudeuse de Medee.

Médée, prêtresse d’Hecate, déesse lunaire de la sorcellerie, magicienne, fratricide, infanticide, homicide, feminicide. Medea, femme protéiforme originaire de Colchide, royaume d’Asie Mineure au bord de la Mer Noire (actuellement sous juridiction géorgienne) .

Depuis Seneque, Euripide, Apollodore, Hesiode, Ovide, Marc Antoine Charpentier, Giovanni Pacini, Pausanias, Pierre Corneille, Jean Anouilh, François-Joseph Salomon, Jiri Antonin Benda, Erich Naumann, Luigi Cherubini, Mercadante, Pier Paolo Pasolini, tout le monde s’est fait à cette idée, à cette image d’héroïne meurtrière, infanticide, fatricide.

En grec Medee signifie celle qui voit. Cette voyante extra lucide égorge ses enfants Pheres et Mermeros. Pour quelle raison ? Pour se venger de son mari qui l’a bafouée et répudiee. Son mari, en l’ occurrence Jason (un grec de Iolchos, en Thessalie, fils du roi Eson) oui ce même Jason des Argonautes et de la Toison du Bélier d’or (soit dit en passant toison, dont le père de Medee était le gardien et qu’elle a contribué à livrer à son amant argonaute par le truchement de ses pouvoirs occultes). Or ce mari, avide de pouvoir, qui lui est redevable de sa gloire après quelques années de vie commune et deux enfants veut se séparer d’elle et en épouser une autre, Creuse dite Glauce, fille du roi Creon, Roi de Corinthe, en Grèce. Medee n’est pas magicienne pour rien. Petite-Fille du soleil, nièce de Circe, fille d’AEetes, roi de Colchide et de l’Océanide Idyie. On ne joue pas en vain avec ces femmes-là. Peleas, l’oncle de Jason, qui a usurpé le trône qui était destiné à Jason le paiera de sa vie. Le frère de Medee, Absyntos se met sur son chemin pour l’empêcher de fuir avec la Toison d’Or. Elle en fait des grillades. Les cheveux de sa rivale finissent en flammes et le père de cette dernière Creon, périt en voulant sauver sa fille.

Medee, l’intrigante, impitoyable et amoureuse Colchidienne, que jamais les dieux ne châtieront: elle va de Colchide en Corinthe, de Corinthe à Athènes, d’Athènes de retour en Colchide auprès de son père puisqu’au lieu de finir sa vie aux Enfers pour ce double infanticide, précédé de plusieurs meurtres, elle finit aux Champs-Élysées en compagnie d’Achille après s’être promenée successivement aux bras de Jason et d’Égée (roi d’Athènes à qui elle aura un fils Medos) .

Mais doit-on prendre pour de l’argent comptant le récit se cette tragédie grecque telle que nous la raconte avec talent Euripide qui fut payé par les patriciens d’Athènes alors en lutte contre Sparte 5 pièces d’argent pour l’écrire.

Peut-on revisiter les mythes ? Ou sont-ils intangibles comme les tables de la loi? Pourrait-on imaginer une actualisation féminine de cette tragédie grecque essentiellement masculine ? Certains osent.

Dans l’avion qui nous menait d’Athènes à Paris nous avons fraternisé avec une grecque pontique, une comédienne qui joue en français, une alter ego de Félicien Marceau aux masques aussi impalpables et pluriels que des couches de pelures d’oignons, une poetesse. Elle nous a livré avec fougue sa vision kaleidoscopique de Medee. MEDEE ne serait pas cette sauvage sanguinaire à la santé mentale passablement compromise que nous peignent les mythes masculins depuis l’éternité des temps. Medee en tant que magicienne d’un pays obscur était redoutée et Euripide ne donnait que sa version personnelle de la chose. MEDEE SERAIT PLURIELLE. MEDEE est comme la soprano grecque Maria Callas qui a joué le rôle de Medee dans le film de Pasolini. Voire comme celle qui a joué le rôle, Julie Angélique Scio, dans l’opéra comique de Cherubini. Comme les sopranos Gwyneth Jones et Léonie Ryzanek. Comme les mezzo soprano Shirley Verret ou Grâce Bumbry. C’est une femme qui a été aussi tuée symboliquement par sa mère d’une certaine façon puisqu’ elle a été vendue comme esclave. Il n’est pas anodin que tant d’hommes et si peu de femmes, si l’on excepte la compositrice Olivia Holmes, aient souhaité s’étendre sur le mythe de la magicienne Medee, la sauvage, l’étrangere, la furie qui bouillonne, la gadedzafe, la vendeuse de simples, la physicienne alchimiste, l’androgine. Outre ceux que j’ai déjà cités notons encore Cavalli, Jean Baptiste Lully, Giovani Simone Mayr, Samuel Barber, Darius Milhaud, Pascal Dusapin, Robinson Jeffers (Medea, 1935), Michael John LaChiusa (Marie Christine, 1999), Lars Van Trier (Medea,1988) etc.

J’ai vu en elle une Medee démultipliée dans sa double spirale. Je ne doute pas qu’elle soit en mesure de cerner avec brio l’ombre archetypale de la magicienne plurielle et protéiforme et nous la retransmette illuminée transfigurée bien au-delà du brouillard épais de son chariot volant escorté de cobras chantant sa mélopée au rythme du santouri, le nez de Medee humant fièrement les cyclones sans doute aussi beau que celui de Cleopatre qui bouleversa la configuration du monde antique.

Et si le nez de Medee avait été épaté au lieu d’être grec ? Et si Medee avait été noire, africaine, Afro-Americaine, afro caribéenne, amerindienne?

Certains ont sauté sur l’occasion pour proposer dans le registre de la classica africana, la relecture des mythes gréco-romain à travers un prisme afro. Black Medea (1976) par Father Ernest Ferlita SJ, American Medea par Silas Jones (1995), Black Medea par Countee Cullen (1935), Pecong par Steve Carter (1990), Medea, queen of Colchester par Marianne McDonald (2003), Beloved par Toni Morrisson, African Medea par James Magnuson (1968), Madea par Tyler Perry, Black Medea par Wesley Enoch (2007), Demea: a play par Guy Butler (1990), The Tragedy of Medea Jackson par Edris Cooper (1992).

Macunaíma, (soap) opéra tupi en Ursa Major

Macunaíma c’est le chef d’oeuvre de Mário de Andrade (1893-1945) publié au Brésil en 1928. Cet ouvrage foisonnant a dû attendre 51 ans pour avoir une traduction en français (Flammarion 1979, traduction de Jacques Thiérot, 246 pages, avec une préface du poète brésilien Haroldo Eurico Browne de Campos (1929-2003). En 1997 une édition critique coordonnée par Pierre Rivas est publiée par Stock/Unesco qui revoit et corrige la version de 1979 et l’enrichit d’un glossaire (le total de pages se porte désormais à 345 pages. Notre compréhension de Macounaïma s’enrichit donc d’un tréma et d’un o et e 99 pages . Ce héros sans caractère, fils de la peur de la nuit, indien Tapanhumas, selon les termes mêmes du titre naît dans la Forêt Vierge de Uraricoera et finit constellation, satellisé dans la Grande Ourse. C’est donc l’histoire d’un voyage magique où l’indien change de peau comme de chemise. On croit ce Candide noir, mais le voilà tout-à-coup blanc aux yeux bleus à la faveur ou défaveur d’une pluie ensorceleuse, puis insecte, puis poisson puis même canard. Cette odyssée picaresque en incarnations successives s’apparente en surface au Gulliver’s Travels de Jonathan Swift, à Le tour du monde en 80 jours, de Jules Verne, à Moby Dick de Hermann Melville, voire In the Heart of Darkness de Joseph Conrad. Ce n’est pas non plus un voyage individuel car Macunaíma voyage avec ses deux frères Manaape (le noir) et Jiguê (le mulâtre). Oh le but de ce voyage riche en péripéties et personnages étonnants c’est São Paulo avec une petite pause à Rio de Janeiro. Étrange voyage à rebours qui mène du monde dit sauvage au monde dit civilisé, du monde dit primitif au monde dit supérieur, alors que tous les autres voyages cités ont un parcours entendu de la civilisation au sous-monde. On sort de la lumière du progrès de l’ordre pour se confronter aux ténèbres, au sauvage, à l’imprévu, aux rites magiques des pombagiras. En ce sens le périple de Macunaíma et de ses frères est une gageure. C’est une quête mais non une quête d’idéal, c’est la quête du muiraquitã, la pierre sacrée qui donne le pouvoir, qui donne l’identité. Tout ce voyage est en quelque sorte une quête d’identité qui s’achève en eau de boudin dévoré par une iara mangeuse d’hommes et en même temps un parcours initiatique à la modernité : les machines, la politique, les classes possédantes, la guerilla urbaine, le racisme. Or lors de son retour il se fait voler cette pierre et donc revient au pays, à la case départ les bras ballants. Pas étonnant alors que les dieux l’envoient balader dans une autre dimension. Les dieux de tout acabit et de toute dénomination qui sont les véritables héros de cette fable baroque, où se croisent et se décroisent aux détours des chapitres les mythes, le ludique, le grotesque, le sexe, le cannibalisme et l’oraliture. C’est un feuilleton, un soap opéra grotesque et merveilleux, fourmillant et virevoltant. Ce n’est pas à travers un fleuve linéaire que se déroule l’intrigue. Non l’intrigue ne se déroule pas, elle se déroute. Panurges, Pantagruels, Gargantuas de toutes textures et de toutes tessitures sont convoqués et interviennent par leurs touches quand elles ne laissent pas des Sanchos Panças, Ulysses et Marcos Polos desvairados le faire. Les rires fusent et se figent. Est-ce vraiment d’une comédie qu’il s’agit ? Ou serait-on en face d’un western feijoada ou d’un thriller moqueca. On a beau convoquer Till de De Coster et Panurge de Rabelais on se retrouve non pas dans Les Mille et Une Nuits mais Les Mille et Un Hamacs aux couleurs chatoyantes comme les plumes d’un perroquet infini. VEI, CY, Macunaima, astres merveilleux de cette fable herzogienne nous semblent des Fitzcarraldo déjantés et descarados de la Grande Ourse qui prend tout à coup les formes d’un perroquet ou d’un toucan..

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L’ouvrage a eu une adaption pour le cinéma en 1969 par Joaquim Pedro de Andrade avec la participation de Grande Otelo (Macunaíma noir, le fils de Macunaíma), Paulo José (Macunaíma blanc, la mère de Macunaíma), Jardel Filho (Venceslau Pietro Pietra), Dina Sfat (Ci), Milton Gonçalves (Jiguê), Rodolfo Arena (Maanape), Maria do Rosário, (Iquirí), Joanna Fomm (Sofara), Rafael de Carvalho (Caapora), Nazareth Ohana, Zezé Macedo, Wilza Carla, Myriam Muniz (femme de Venceslau), Edy Siqueira, Carmem Palhares, Maria Clara Pelegrino (bonne de Venceslau), Waldir Onofre, Hugo Carvana (homme au canard), Maria Leticia, Guara Rodrigues (Bum) (sous le nom de Guaracy Rodrigues), Maria Lucia Dahl (Iara), Tite de Lemos (voix du narrateur), Leovegildo Cordeiro, Márcia Tânia, Maria Carolina Withaker

La bande originale est composée de Hetor Villa-Lobos , Borodine, Strauss,

Mandu Sarará, de Mario de Andrade et Jards Macalé ,

Tapera Tapejara, de Mario de Andrade et Jards Macalé

Cecy e Pery, de Principe Pretinho avec Dalva de Oliveira

Sob uma cascata, de Francisco Alves

E papo firme, de Renato Correa et Donaldson Gonçalves avec Roberto Carlos

Arranha-Céu, de Orestes Barbosa et Sílvio Caldas, avec Silvio Caldas
Cinderela, de Adelino Moreira avec Angela Maria

Respeita Januario, de Luiz Gonzaga et Humberto Teixeira, avec Luiz Gonzaga

Mulher, de Custodio Mesquita et Sady Cabral, avec Sílvio Caldas

Manganga, de Geraldo Nunes, avec Wilson Simonal,

Toda Colorida, avec Jorge Bem

As tuas Mãos, de Pernambuco et Antonio Maria

Paisagens da minha terra, de Lamartine Babo, avec Francisco Alves

En 1973 cette samba enredo Macunaima de Norival Reis et Davi Antônio Correia est chantée par Clara nunes

Samba enredo do Portela lors du carnaval 1975 :

Portela apresenta

folclore tradições

Milagres do sertão à mata virgem

Assombrada com mil tentações

Cy, a rainha mãe do mato, oi

Macunaíma fascinou

Ao luar se fez poema

Mas ao filho encarnado

Toda maldição legou

Macunaíma índio branco catimbeiro

Negro sonso feiticeiro

Mata a cobra e dá um nó

Cy, em forma de estrela

À Macunaíma dá

Um talismã que ele perde e sai a vagar

Canta o uirapuru e encanta

Liberta a mágoa do seu triste coração

Negrinho do pastoreio foi a sua salvação

E derrotando o gigante

Era uma vez Piaiman

Macunaíma volta com o muiraquitã

Marupiara na luta e no amor

Quando para a pedra para sempre o monstro levou

O nosso herói assim cantou

Vou-me embora, vou-me embora

Eu aqui volto mais não

Vou morar no infinito

E virar constelação

Adaption pour le théâtre aussi grâce à Antunes Filho et la Companhia Paulista de Teatro en 1978

Une adaption en opéra tupi en 2008 par Iara Rennó avec la participation de noms illustres comme Tom Zé, Tetê Espíndola, Anelis Assumpção, Funk Buia, Siba, Moreno Veloso, Buguinha Dub, Barbatuques, Arrigo Barnabé, Kassin, Maurício Takara, Daniel Ganjaman, Alexandre Basa, Beto Villares, Benjamin Taubkin, Quincas Moreira, Toca Ogã, Da Lua, Bocato, Fuloresta, Dante Ozetti,

Un disque en est sorti Macunaíma, ópera tupi avec comme morceaux Macunaíma 5’36, Mandu Sarará 4’40, Nina Macunaima 4’49, Conversa 4’02, Quando mingua a Luna 3’56, Jardinheiro, Naipi, Bamba querê, Dói Dói Dói, Na Beira do Uraricoera, Valei-me, Ruda, Tapera, Boi

On a même eu un opéra ballet en 2014 avec cette même Iara Rennó

« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit »

« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit, il se gagne, il n’existe que s’il se veut. « 

Cette citation d‘Alain (1868-1951) interpelle.

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Elle me fait penser à une publicité de BASF pour une cassette sur une musique de Giacomo Puccini (1858-1924), Manon Lescaut où un buste de Puccini pleure en écoutant la voix d’une soprano chanter In quelle trine morbide. L’émotion intacte. Le bonheur. Je ne sais qui est la soprano qui interprète Manon, ni rien de l’aventure qui la lie au Chevalier Després et pourtant j’ai comme une parcelle de bonheur qui m’envahit au moment où la statue de Puccini verse sa larme. La musique anime la pierre, lui donne vie. Etait-ce Maria Callas, était-ce Léontyne Price ou Angela Gheorgiu, Montserrat Caballé ou Kiri te Kanawa ?

Peu importe. Je crois qu’au contraire le bonheur se savoure comme un fruit dans la mesure où l’on sait tout le processus de développement du fruit avant qu’il ne soit mûr et digne d’être savouré. Rien n’empêche de le déguster vert ou blet non plus. A chacun sa notion de bonheur. Par exemple on peut fort bien aimer les mangues vertes ou les tomates vertes.

Il y a chez nombreux philosophes la notion que le bonheur c’est quelque chose d’exceptionnel, qui arrive en bout de course, comme une récompense après de longs efforts. Cette vision un peu religieuse s’inspire du paradis que nous n’atteindrons qu’après la mort et la resurrection. C’est là selon eux qu’existe le vrai bonheur, à la droite du Père. Et même ce bonheur-là ne sera pas donné à tous. Heureux les pauvres d’esprits ne dit-on pas car le royaume des cieux leur appartient. Ce bonheur céleste ne se savoure  pas comme un fruit, d’ailleurs il nous serait bien difficile de le mordre puisque si jugement dernier il y a nos dents  ne seront que poussière et le fruit désiré aura même dépassé le stade de pourriture . Le fruit restera à l’état virtuel.

Ce bonheur là est le type de bonheur qu’on place comme une statue sainte et que l’on observe comme un trésor. Un jour bien après notre mort nous serons heureux. Nous vivrons notre béatitude.

 

In quelle trine morbide...
nell'alcova dorata v'è un silenzio
gelido, mortal, v'è un silenzio,
un freddo che m'agghiaccia!
Ed io che m'ero avvezza
a una carezza
voluttuosa
di labbra ardenti e d'infuocate braccia...

or ho tutt'altra cosa!
O mia dimora umile,
tu mi ritorni innanzi
gaia, isolata, bianca
come un sogno gentile
di pace e d'amor!

Moi je crois aux bonheurs quotidiens, presque invisibles, faits de souvenirs et d’anticipations, un peu comme dans La Mélodie du Bonheur (The Sound of Music). Julie Andrews, la novice rebelle, amoncelle des petits bonheurs quotidiens, les joies quotidiennes qui  font aller aussi bien elle que la famille Von Trapp de l’avant.

 

 

 

Afrodystopie, Nicki Minaj et éblouissements

Tout le monde sait depuis Thomas More (1516) et son ouvrage Utopia ce qu’est l’utopie. C’est le contraire du réel. Mais l’utopie se caractérise par le recherche d’une société idéale tendant vers le bonheur. La dystopie c’est une  utopie tendant vers le malheur. Mise à distance du réel  comme l’a théorisé Guy Debord en son temps. Selon Joseph Tonda, sociologue gabonais, chercheur entre autres à EHESS nous en sommes venus désormais à « la société des éblouissements ». Dans son ouvrage L’impérialisme postcolonial. Critique de la société des éblouissements (Editions    Karthala) (2015) une société qui va bien au delà par la fascination qu’elle exerce sur les peuples les plus divers à travers le monde. A travers l’image, les films, les écrans, youtube, facebook des contenus sont véhiculés qui promeuvent une sorte de postcolonialisme impérialiste. Ces images, ces films, ces clips éblouissent, fascinent séduisent, nous rendent dépendants d’une vision capitaliste de la société. Inconsciemment nous absorbons comme des buvards gourmands jamais rassasiés ces tonnes d’images, ces tonnes d’imaginaires qui vont se fondre dans notre inconscient. Nous sommes colonisés par cette civilisation non seulement des écrans mais des sons et des habitudes culinaires. Certains appellent ça la mondialisation Joseph Tonda définit cela dans une approche marxienne comme la société des éblouissements.

Dans l’ouvrage     d’ Aldous Huxley (1894-1963)          Brave New  World (1932), le Meilleur des Mondes c’est d’un monde dystopique qu’il s’agit, un monde régi sur des principes qui ne sont pas harmonieux, des principes qui tiennent plus au controle au totalitarisme, à l’enfermement qu’à la liberté, à l’égalité  et au libre-choix. Y figure en épigraphe cette citation de Nicolas Berdiaff

«Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante: comment éviter leur réalisation définitive?… Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins «parfaite» et plus libre.»

D’autres écrivains comme Georges Orwell (1903-1950)  et son 1984 (1949) ou Ray Bradbury (1920-2012) et son Fahrenheit 451 (1953) se sont attachés à décrire ces univers dystopiques.

Big brother n’est plus un secret pour personne dans nos sociétés européennes  dominées par la technologie et les images, les caméras et les ordinateurs.

Joseph Tonda parle d’afrodystopie c’est-à-dire de ces utopies  négatives qui font le quotidien imaginaire des afrodescendants à travers le monde et il analyse par exemple le succès du film américain  Black Panther en Afrique dont une partie de l’intrigue se déroule justement en Afrique dans le pays utopique de Wakanda, le succès du clip Anaconda de Nicki Minaj qui se déroule selon lui dans une forêt africaine. Alors qu’il y  avait autrefois une mise à distance dans le processus de colonisation, à l’ère du post-colonialisme on a affaire à une sorte d’auto-colonisation heureuse et fascinée à travers les média. Chaque écran, chaque portable est un vecteur par lequel entre les germes de la destruction des aspiration de poursuite du bonheur légitimement porté par les membres des sociétés dites archaïques ou traditionnelles. Ce miroir déformant des images amènerait des millions de migrants à travers le monde à vouloir intégrer ce flux néolibéral des échanges. C’est le fameux et en même temps de Macron à la puissance grand P : je suis producteur et en même temps marchandise. Qu’on soit à Johannesburg, à Douala, à Libreville, à Rabat, à    New Delhi, à   Pointe-à-Pitre, à Port-au-Prince ou à Rio de Janeiro pour ne citer qu’eux, les images déferleraient sur nos inconscients. Nous donnerions à ces images conçues pour être décodées subliminairement par nos cortex cérébraux libre accès à nos enfants, à nos idéaux, à nos envies. Nous serions en somme nos propres fossoyeurs.

Pour bien saisir l’idée de Joseph Tonda regardons un peu le clip de Nicki Minaj qui a gagné le prix de la meilleure vidéo hip hop au MTV Video Music Awards de 2014. Pour la petite histoire il a été visionné sept cents quatre vingt-treize  millions deux cents soixante douze mille huit cents quatre-vingt-onze fois au jour d’aujourd’hui presque 4 ans après sa mise en ligne.

My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Boy toy named Troy used to live in Detroit
Big dope dealer money, he was gettin’ some coins
Was in shootouts with the law, but he live in a palace
Bought me Alexander McQueen, he was keeping me stylish
Now that’s real, real, real
Gun in my purse, bitch, I came dressed to kill
Who wanna go first? I had them pushing daffodils
I’m high as hell, I only took a half a pill
I’m on some dumb shit, by the way, what he say?
He can tell I ain’t missing no meals
Come through and fuck him in my automobile
Let him eat it with his grills and he tellin’ me to chill
And he telling me it’s real, that he love my sex appeal
Say he don’t like ’em boney, he want something he can grab
So I pulled up in the Jag, and I hit him with the jab like
Dun-d-d-dun-dun-d-d-dun-dun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
This dude named Michael used to ride motorcycles
Dick bigger than a tower, I ain’t talking about Eiffel’s
Real country-ass nigga, let me play with his rifle
Pussy put his ass to sleep, now he calling me NyQuil
Now that bang, bang, bang
I let him hit it cause he slang cocaine
He toss my salad like his name Romaine
And when we done, I make him buy me Balmain
I’m on some dumb shit, by the way, what he say?
He can tell I ain’t missing no meals
Come through and fuck him in my automobile
Let him eat it with his grills, and he telling me to chill
And he telling me it’s real, that he love my sex appeal
He say he don’t like ’em boney, he want something he can grab
So I pulled up in the Jag, Mayweather with the jab like
Dun-d-d-dun-dun-d-d-dun-dun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
Little in the middle but she got much back
Little in the middle but she got much back
Little in the middle but she got much back
(Oh my God, look at her butt)
My anaconda don’t, my anaconda don’t
My anaconda don’t want none unless you got buns, hun
My anaconda don’t, my anaconda don’t
Don’t want none unless you got buns, hun
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
Oh my gosh, look at her butt
(Look at her butt)
Look at, look at, look at
Look, at her butt
Yeah, he love this fat ass, hahaha!
Yeah! This one is for my bitches with a fat ass in the fucking club
I said, where my fat ass big bitches in the club?
Fuck the skinny bitches! Fuck the skinny bitches in the club!
I wanna see all the big fat ass bitches in the muthafuckin’ club
Fuck you if you skinny bitches, what?! Kyuh
Haha, haha
I got a big fat ass (ass, ass, ass)
Come on!
Bon, moi je n’ai pas le même point de vue que Joseph Tonda mais peut-être suis-je déjà aliéné et ce ne serait pas anormal étant originaire des Caraïbes influencé par les vents qui viennent du continent américain du nord et du sud comme ceux venant  d’Europe ou d’Afrique. Cette chanson qui parle d’anaconda et de derrière est tout à fait explicite quel que soit le public. Le décor est un décor factice presque de carton pâte qui contraste avec la richesse et le rythme de la vidéo et de la chorégraphie. J’imagine que si réellement Nicki Minaj avait voulu symboliser la jungle africaine elle aurait pris un avion avec tous ces danseurs pour ce faire. Je me souviens que Michael Jackson était venu à Salvador en son temps pour tourner un clip avec Olodum. En outre il ne faut pas aller bien loin pour symboliser une forêt vierge il suffit d’aller en Amazonie.
Il y a certes une hutte en paille ou en torchis mais on trouve ces huttes en territoire indigène amérindien. Joseph Tonda  dit qu’il y a des hordes de Nicki Minaj en Afrique dans toutes les capitales. Moi je dirais qu’il y a toutes les femmes qui ont un gros derrière et qui savent s’en servir qui l’accompagnent et la prennent peut être comme modèle, et tous les hommes qui aiment les gwobonda, qu’il ya aussi toutes les femmes qui n’ont pas ce derrière et qui en rêvent, cela fait beaucoup de monde. Maintenant je crois que le modèle génétique du postérieur proéminent est un modèle africain. Donc je ne vois pas pourquoi Tonda  voudrait qu’au nom du refus du post-colonialisme on impose aux femmes africaines d’intervenir à coups de chirurgie esthétique, d’implants et d’injections de graisses sur leurs derrières comme cela se fait dans certains pays. Je crois plutôt qu’en l’espèce c’est le modèle africain qui se globalise mais c’est un modèle africain authentique de danse qu’elle reprend le n’dombolo. cette façon suggestive de danser en secouant les fesses frénétiquement, on a même le papillon c’est aucunement américaine ni européenne. Donc je crois qu’il ya plusieurs niveaux d’analyse. un niveau où la danse est extraite comme une plante de son environnement local et placée sous une serre tropicale  mondialisée avec certes des modifications génétiques inévitables dues aux OGM. Ensuite ce modèle étant validé économiquement par l’inconscient planétaire il revient multiplié sur ceux qui en étaient les détenteurs originaux. Je crois qu’on a tort de ne vouloir toujours voir que le modèle globalisé qui règne en Occident, le modèle occidental  pour faire vite, est un modèle supérieur. Si on se fie au succès de danses comme le zouk, la lambada, le reggae, la salsa, la zumba, ce sont des danses de métissage  qui rencontrent aussi bien du succès en   local qu’ en global.   et que l’espace caribéen est l’espace privilégié de ce métissage , de cette réinterprétation des mythes fondateurs.
Je crois que les religions ont freiné les corps et que les danses ont été réprimées aussi bien par l’Islam que par le protestantisme et le catholicisme. Je me suis aperçu lors de mon séjour à Mayotte de 8 mois que là-bas c’est la musique africaine qui tient le haut du pavé chez les jeunes immigrés comoriens agés e 11 à 16 ans. Elle  peut être sudafricaine, congolaise, rwandaise , les jeunes aiment le hip hop mais un hip hop à l’africaine très sexuel, très suggestif.   Dans de tels pays où les corps sont presque en permanence voilés, et où hommes et femmes se côtoient dans des univers parallèles, extrêmement codifiés, la danse est symbole de libération. Et le voile et le salouva n’empêchent nullement les femmes de montrer leur sensualité.
J’ai eu souvent à discuter sur la culture mahoraise et je me suis souvent moqué en rigolant de la structure clanique des familles leur mettant en avant les avantages de l’individu par rapport au groupe.   je me suis rendu compte à ce moment là que sans le vouloir j’étais devenu  l’agent de l’Occident, ça oui, car justement je venais en Afrique coloniser par la langue française l’esprit des jeunes enfants en leur enseignant le Père Noël, Noël, en leur faisant chanter des chansons de Noel, les crêpes de la chandeleur liées aux Rois Mages alors qu’ils avaient leur propre iconographie religieuse  quotidienne islamique . Je crois pour ma part prenant Mayotte pour exemple, et tout en sachant que Mayotte n’est pas le monde, ou n’est pas l’Afrique selon certains, que Mayotte c’est en même temps, l’ Afrique, l’Inde, Madagascar et l’Arabie Saoudite avant toute autre chose. J’ai été surpris par exemple que beaucoup ne sachent pas leur âge, leur date de naissance, et ignorent jusqu’à ce qu’est un signe astrologique.    J’ai surtout réalisé la prégnance du clan lors des mariages, lors des maladies et lors de la mort. tout se traite au niveau du clan, de la maison familiale. Cela peut représenter 200 à 300 personnes tout de même qui à la manière d’une ruche fonctionnent en intelligence tous unis vers un même but. Les femmes sont maîtresses chez elles et propriétaires de leur maison. Je ne crois pas que quel que soit les mouvements internationaux, les films, les clips, les femmes abdiquent de leur pouvoir à Mayotte. certes c’est un pouvoir relatif puisque  leurs maris peuvent avoir plusieurs épouses.   Chaque société a ses codes. parmi ceux de Mayotte il y en a un qui m’a surpris : c’est l’obligation pour le père de construire une maison pour  chacune de ses filles  pour que lors du mariage elle ne dépende pas de son mari.
Là où je pense que Tonda a tort c’est quand il parle de néocolonialisme. il y a eu de tous temps chez les colonisés certains qui se joignaient au mode de vie des colonisateurs, qui abjuraient leur foi pour une autre au nom du réalisme politique   et cela aussi bien chez les chrétiens, les juifs, les musulmans que les protestants.  Les nouveaux missionnaires cathodiques existent aussi bien aux Etats-Unis qu’au Brésil.
Pour en revenir à Nicki Minaj,  ses origines origines sont clairement métissées. Elle est née à Trinidad en 1982 d’un père d’origine hindou-trinidadienne et d’une mère d’origine afro-trinidadienne. Elle est née Onika Tanya Maraj  et a vécu jusqu’à l’âge de 5 ans avec sa grand-mère à Trinidad avant de retrouver ses parents à New York aux USA. Elle fait donc partie  en quelque sorte de ce monde globalisé. elle vit peut être une utopie et telle Hythlodée raconte ses histoires même si elle sait que l’Anydre, le fleuve qu’elle remonte tous les jours  en bateau sans en trouver jamais la source est un fleuve sans eau. De là à en faire de cette déesse callipyge, cette deusa culona post-moderne comme le dit le sociologue gabonais une « transfiguration du mythe africain de Mami Wata ». Chacun a le droit de croire aux esprits qu’il veut mais il n’est pas clair pour moi le fait de savoir si le sociologue croit lui en Mami Wata et s’il croit que Mami Wata peut servir de germe à une libération du joug post-colonialiste qui étouffe l’Afrique. Je ne sais si les fétiches que sont le sexe, la violence et l’argent que dénoncent Tonda et qui sont pour le moins de son point de vue du côté du néo-colonialisme ne résultent pas en fait d’une vision pentecôtiste quihttps://youtu.be/WEDjY3bcloI voit le Diable dressé partout avec un phallus tendu et sanglant chastement ceint de dollars, d’euros et de francs cfa. Tonda nous évoque outre Nicki Minaj, Naffissatou Diallo (vous vous souvenez ? DSK ? New York ?), Johnny Chien Méchant, alias Lufua Luwa, alias Matiti Mabé du livre éponyme de Emmanuel Dongala , Modogo, tous agents autant qu’ils le sont du post-colonialisme africain. Je m’étonne qu’il n’ait pas cité Prince, Pharrel Williams, James Brown.
Moi je constate que jeune j’ai été abreuvé des sons africains qui évoquaient les zombies, Fela Kuti le nigérian, et consorts. Je suppose qu’ils étaient eux aussi des suppôts de Satan selon la lecture du sociologue. allez je m’y replonge car selon moi Fela a faut plus pour la conscientisation de l’Afrique et des afro-descendants que n’importe quel sociologue fût il de l’université de Libreville.
Zombie o, zombie (Zombie o, zombie)
Zombie o, zombie (Zombie o, zombie)
Zombie no go go, unless you tell am to go (Zombie)
Zombie no go stop, unless you tell am to stop (Zombie)
Zombie no go turn, unless you tell am to turn (Zombie)
Zombie no go think, unless you tell am to think (Zombie)
Tell am to go straight
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Tell am to go kill
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Tell am to go quench
A joro, jara, joro
No break, no job, no sense
A joro, jara, joro
Go and kill! (Joro, jaro, joro)
Go and die! (Joro, jaro, joro)
Go and quench! (Joro, jaro, joro)
Put am for reverse! (Joro, jaro, joro)
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro, zombie wey na one way
Joro, jara, joro
Attention! (Zombie)
Quick march!
Slow march! (Zombie)
Left turn!
Right turn! (Zombie)
About turn!
Double up! (Zombie)
Salute!
Open your hat! (Zombie)
Stand at ease!
Fall in! (Zombie)
Fall out!
Fall down! (Zombie)
Get ready!
Halt!
Order!
Dismiss!
Chase the DEvil par Max roméo
  https://youtu.be/WEDjY3bcloI

Qui imagine un seul instant le gorille adjoint au direcab du général de Gaulle mis en examen ?


De Gaulle et ses gorilles, est un film de 52 minutes réalisé par Frédéric Decossas et Renaud Fessaguet en 2010.

N’est pas général de Gaulle qui veut ! J’imagine mal le général de Gaulle faire le fier à bras et défier l’opposition par un tonitruant qu’ils viennent me chercher télévisuel à la Maison e l’Amérique Latine! J’imagine mal le général de Gaulle clamer à cors et à cris que son gorille n’est et n’a jamais été une fois de plus son amant. J’imagine mal le général de Gaulle ironiser sur une prétendue double vie avec le président de la RTF !

Mais il est vrai que je suis de l’ Ancien Monde et non du monde de l’En-même-temps ! Je suis du temps de la marine à voile et il semblerait maintenant que les hors-bord ultramodernes sont en même temps à voile et à moteur !

J’imagine mal le psychodrame qui porterait le bon, preux et fidèle chevalier-général Charles à confier à la presse mon gorille m’a trahi. J’imagine Simone revenir de l’Outre-Tombe de l’Ancien Monde et porter plainte devant la justice pour calomnies.

Le Général de Gaulle a eu en tout et pour tout sur la période du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969 trois direcabs : René Brouillet (1959-1961), Georges Gallichon (juillet 1961 à janvier 1967) et Xavier Daufresne de la Chevalerie (janvier 1967 à avril 1969) si l’on en croit l’article d’ Eric Chiaradia Entourage du général de Gaulle à l’Elysée (8 janvier-1959 au 28 avril 1969)

Qui imagine à la Libération quelqu’un de l’entourage du général de Gaulle à l’époque du GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) (25 août 1944 au 21 janvier 1946) mis en examen ?

Cabinet du Président

Directeur : Gaston Palewski (le gaulliste préhistorique)

Directeurs adjoints : René Brouillet, Geoffroy de Courcel (commissaire de la République en mission) jusqu’en avril 1945 ( ?), Louis Vallon (à compter de janvier 1945)

Chargés de mission : Michel Debré (à compter d’avril 1945), François de Langlade, André Malraux (d’août à octobre 1945), Jean Monnet, lieutenant-colonel Georges Spillman , Albert Chavanac , René Divin

On essaie ici et là de sous-estimer les tâches d’ Alexandre Benalla, gorille et en même temps chargé de mission auprès du directeur de cabinet de la Présidence de la République.

Qui imagine Michel Debré mis en examen ? Qui imagine André Malraux mis en examen ? Qui imagine Jean Monnet mis en examen ?

Qui imagine l’un des quatre gorilles historiques du général de Gaulle (Paul Comiti, Roger Tessier, Henri Djouder, René Auvray ainsi que gorille remplaçant de ce dernier Raymond Sasia) mis en examen ?

Alexandre Bénalla écrira-t-il un jour comme Roger Tessier : J’étais le gorille du général (éditions Perrin, 2002) ? Ou préfèrera-t-il écrire comme Raymond Sasia : Mousquetaire du Général (Editions Guéna, 2010)

et quand un jour viendra le moment de l’adieu, le verra-ton porter vers sa dernière demeure Pèpère comme le firent le 12 octobre 1970 à Colombey-les-Deux-Eglises les quatre gorilles du Général ?

Mais n’est pas général qui veut, dans l’ancien monde préhistorique comme dans le nouveau post-moderne ! Par contre le gorille ténébreux suspendu pourra peut-être aisément se reconvertir au cinéma dans un rôle balzacien à sa mesure dans un film comme Les Pieds-Nickelés ou Les Tontons Flingueurs du Nouveau Monde. Moi en tout cas je le vois bien jouer dans un remake de l’adaptation cinématographique de l’ouvrage Il gattopardo de Guiseppe Tomasi di Lampedusa le prince Tancrède Falconeri, neveu du prince Salina, joué par Alain Delon dans Le Guépard (1963), de Luchino Visconti avec Burt Lancaster, Alain Delon et Claudia Cardinale. Je le vois bien valser sur la musique de Nino Rota !

Et pour terminer cette chronique qu’on pourrait intituler splendeur et misère d’un gorille charmant je vous propose d’écouter à nouveau la chanson de Georges Brassens : Le gorille

C’est à travers de larges grilles que les femelles du canton

Contemplaient un puissant gorille, sans souci du qu’en-dira-t-on

Avec impudeur, ces commères lorgnaient même un endroit précis

Que rigoureusement ma mère m’a défendu de nommer ici

Gare au gorille!

Tout à coup la prison bien close où vivait le bel animal

S’ouvre, on n’sait pourquoi. Je suppose qu’on avait dû la fermer mal

Le singe, en sortant de sa cage dit « C’est aujourd’hui que j’le perds! »

Il parlait de son pucelage, vous aviez deviné, j’espère!

Gare au gorille!

L’patron de la ménagerie criait, éperdu: « Nom de nom!

C’est assommant car le gorille n’a jamais connu de guenon! »

Dès que la féminine engeance sut que le singe était puceau,

Au lieu de profiter de la chance, elle fit feu des deux fuseaux!

Gare au gorille!

Celles-là même qui, naguère, le couvaient d’un oeil décidé,

Fuirent, prouvant qu’elles n’avaient guère de la suite dans les idées

D’autant plus vaine était leur crainte, que le gorille est un luron

Supérieur à l’homme dans l’étreinte, bien des femmes vous le diront!

Gare au gorille!

Tout le monde se précipite hors d’atteinte du singe en rut,

Sauf une vielle décrépite et un jeune juge en bois brut;

Voyant que toutes se dérobent, le quadrumane accéléra

Son dandinement vers les robes de la vieille et du magistrat!

Gare au gorille!

« Bah! soupirait la centenaire, qu’on puisse encore me désirer,

Ce serait extraordinaire, et, pour tout dire, inespéré! »;

Le juge pensait, impassible, « Qu’on me prenne pour une guenon,

C’est complètement impossible » La suite lui prouva que non!

Gare au gorille!

Supposez que l’un de vous puisse être, comme le singe, obligé de

Violer un juge ou une ancêtre, lequel choisirait-il des deux?

Qu’une alternative pareille, un de ces quatre jours, m’échoie,

C’est, j’en suis convaincu, la vieille qui sera l’objet de mon choix!

Gare au gorille!

Mais, par malheur, si le gorille au jeu de l’amour vaut son prix,

On sait qu’en revanche il ne brille ni par le goût, ni par l’esprit

Lors, au lieu d’opter pour la vieille, comme l’aurait fait n’importe qui,

Il saisit le juge à l’oreille et l’entraîna dans un maquis!

Gare au gorille!

La suite serait délectable, malheureusement, je ne peux

Pas la dire, et c’est regrettable, ça nous aurait fait rire un peu

Car le juge, au moment suprême, criait: « Maman! », pleurait beaucoup,

Comme l’homme auquel, le jour même, il avait fait trancher le cou

Gare au gorille

Chapeau melon et bottes de cuir : a suit is a man’s armour selon double zero seven et ses ersatz

Dans les années 60 (de 1961 à 1969) cette série british qui mêlait allègrement espionnage, contre-espionnage, MI 5, MI 6  et science-fiction, me passionnait. En langue originale c’était The Avengers avec Patrick Macnee (John Steed) et Honor Blackman (Cathy Gale) Diana Rigg ( Emma Peel, l’épitomé de l’élégance, saison 4 et 5) ou Linda Thorson (Tara King)(saison 6) dans les rôles principaux. Deux agents secrets de sa Majesté aux prises avec toutes sortes de « villains ». Une débauche de mode british, parapluie (umbrella), chapeau melon (bowler hat) (qui peuvent en cas de besoin s’avérer des armes redoutables), costume 3 pièces cravate  toujours impeccable, jamais froissé, fait sur mesure pour monsieur by Audrey Liddle et Ambren Garland, ses costumiers qui se faisaient tailler les vêtements sur Regent street par Bailey and Weatherhill et à un certain moment  Pierre Cardin  et garde-robe de cuir et autres matières moulantes trendy pour Emma Peel by John Bates (saison 4) et Alun Hughes (saison 5).

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Ce dernier continuera avec Tara King (saison 6) sauf pour 6 épisodes où va intervenir  Harvey Gould. Le charme, l’humour, le flegme  et la sophistication à l’état pur. Et les voitures british, que du vintage : des Bentley, des Jaguar, des Rolls Royce , des Vauxhall, des Lotus  en veux-tu en voilà. 161 épisodes de 50 minutes qui à la fin étaient diffusés dans 90 pays. J’en retiens une phrase :

A suit is a man’s armour.        Le costume c’est l’armure de l’homme.

Mrs Peel est une veuve puisqu’elle a perdu son mari pilote d’essai. Elle est riche, belle et indépendante. Elle occupe un appartement chic (une penthouse) et est une femme libre, qui domine le judo et le karaté, une rose d’Angleterre, qui occupa, je peux le confesser, nombre de mes fantasmes de jeune ado. Au volant de sa Lotus Elan elle était irrésistible. Entre 1976 et 1977 ce furent les New Avengers toujours avec Patrick Macnee mais avec d’autres agents secrets pour lui donner la réplique comme Joana Lumley (as Purdey) et Gareth Hunt (as Mike Gambit)

J’adorais le thème musical d’ Avengers de Laurie Johnson. En 1998 un film est sorti Avengers avec  Ralph Fiennes dans le rôle de Steed et Uma Thurman dans le rôle de Dr Peel. Dans ce film on entend la voix off (cameo) de Patrick Macnee qui joue le rôle d’Invisible James. Sean Connery, James Bond originel, y joue le rôle  de Sir August de Winter , un méchant. Comme souvent la copie n’égale pas l’original. Certes on a toujours les mêmes personnages, les mêmes vêtements mais l’esprit n’y est plus. Les costumes sont d’Anthony Powell mais chez le Steed de la série de télévision la mode qui nous est donnée à voir est du type équestre (le nom Steed d’ailleurs évoque cet aspect équestre) presque edwardienne tandis que la mode sur Avengers 1998 est la mode de la City. Je retiendrai pourtant sur la bande  musicale du film sous la direction de Bruce Wooley dans laquelle figure Storm chanté par Grace Jones  and the Radio Science Orchestra.

Steed (1922-2015) n’est plus  Peel (1938-) continue. Ainsi va la vie. Roger Moore, le protagoniste du Saint est encore là, alive and kicking, tout comme un autre 007 Sean Connery.

007 fruit de l’imagination de Ian Flemming (1908-1964) a connu le noir et blanc puis la couleur. Sujet indéfectible de Sa Majesté il apparaît dans Casino royale (1953), Live and let live (1954), Moonraker (1955), Diamonds are forever (1956), From Russia with Love (1957), Dr. No (1958), Goldfinger (1959), For your eyes only (1960), Thunderball (1961), The spy who loved me (1962), On her Majesty’s Secret Service (1963), You only live twice (1964), The man with the golden gun (1965) et Octopussy and the living daylights (1966). Même  Patrick Macnee  lui aussi joua le rôle de Sir Godfrey Tilbett dans A view to a kill dans un James Bond tout comme deux de ses partenaires : Honor Blackman qui prit le nom de Pussy Galore dans Goldfinger (1964) et Diana Rigg qui devient Contessa Teresa di Vicenzo et fut la seule à passer la bague au doigt à Bond, James Bond dans On her Majesty’s Secret Service (1969)

Là encore ce ne sont pas les histoires, les synopsis qui restent mais la musique de John Barry et des titres  comme Goldfinger (1964), Moonraker et Diamonds are forever et la voix de Shirley Bassey  ainsi que Live and let die de Paul MacCartney and Wings sans oublier Thunderball de Tom Jones

 

 

 

Les aventures du Prince Ahmed

 

C’est une vieille histoire que ce film, le premier film long métrage d’animation qui ait survécu jusqu’à nous, créé en 1926 en Allemagne par Lotte Reiniger. Pendant 65 minutes les silhouettes défilent et vous transportent sur fond musical de Wolfgang Zeller dans les mille et une nuits revisitées par Lotte Reiniger entre Orient  et Afrique. C’est Abenteuer das Prinzen Achmed en allemand, en français Les Aventures du Prince Ahmed.

Ce conte fantastique réunit :

une femme-oiseau, la princesse  Pari Banu , souveraine de l’archipel des esprits du Wak-Wak ,

le calife

le prince Ahmed, fils du calife ;

la princesse Dinarzade, fille du calife

le mage africain, l’enchanteur maléfique, le sorcier, appelez le comme il vous plaira de l’autre.

Ie cheval volant,

Aladin et sa lampe merveilleuse,

l’empereur de Chine

le bouffon de l’empereur de chine

la sorcière des Montagnes de feu

le palais volant

les esprits du wak- wak

Les Aventures du prince Ahmed  reprend de multiples éléments des mille et une nuits. Dans l’histoire  originale trois princes sont amoureux de leur cousine la belle Nourounnihar. Leur père, le sultan des Indes, leur conseille de ne pas s’accrocher à cette idée et de chercher une autre épouse mais devant leur refus de chercher ailleurs il leur propose un marché. Ils devront lui ramener chacun un trésor quelque chose d’inestimable. Celui qui aura le plus beau trésor aura la cousine tant désirée pour épouse. Les 3 princes partent Houssain,  Ali    et Ahmed le plus jeune. Houssain, l’aîné, va au royaume de Bisnagar et ramène un tapis volant. Ali le puiné va à Schiraz en Perse et ramène un tuyau d’ivoire avec deux verres à chaque extrémité qui permettent de voir à travers ce que l’on désire. Ahmed le dernier ramène de Samarcande une pomme artificielle qu’il suffit de flairer pour écarter toute maladie. Avec leurs trois objets fabuleux ils arrivent à sauver la princesse Nourounnihar qui était sur le point de mourir. Le père décide alors de les départager et de les faire se confronter au tir à l’arc. C’est Ali qui envoie sa flèche le plus loin. On commence les préparatifs de la noce. La flèche  d’Ahmed n’est pas retrouvée. De dépit Houssain se retire et devient derviche. Tandis qu’ Ahmed part à la recherche de sa flèche qu’il retrouve à grande distance par terre. Sans s’en rendre compte il entre au pays des génies où règne la fée Pari-Banou et tombe amoureux de cette dernière qui dépasse en beauté et richesse toute ce qu’il avait vu chez sa cousine. Cette dernière lui dit que c’est elle qui a transporté la flèche jusqu’à son royaume et elle lui propose de devenir son mari. Elle est riche et belle. Ils forment un couple parfait. Je vous épargne tous les rebondissements mais à la fin Ahmed devient sultan des Indes à la place de son père et avec l’aide du frère de Pari Banou, Schaibar. Pari-Banou devient sultane des Indes. Happy end. L’histoire ne dit pas s’ils vécurent heureux et s’ils eurent beaucoup ‘enfants. Mais on l’imagine.

Les aventures du prince Ahmed reprend les personnages des mille et une nuits, reprend Aladin et sa lampe magique. Les objets magiques sont le cheval volant et le palais volant mais il y a deux fées dans les Milles et une nuits Pari-Banou et la sorcière du sultan. alors que dans les Aventures d’Ahmed revisitées par Lotte Reiniger il y a un mage et une sorcière.

Transposées ans un cadre antillais l’histoire donnerait à peu près ça.

Yé krik! Yé krak! Est-ce que la cour dort ? Non, la cour ne dort pas! Si la cour ne dort pas, c’est Théodore qui dort, dans la cour d’Isidore pour deux sous d’or! Yé krik! Yé krak! Yé mistikrik! Yé mistikrak!

Wak-Wak l’archipel de la guadeloupe où vivent des génies, esprits et autres démons et fées

Le mage : le quimboiseur, le gadédzafé, le maître des cyclones

la fée-princesse oiseau : la diablès Lilith, la succube fatale, reine de la Soufrière,

les soukouyans, les volants, les zombis : les esprits, les invisibles, les entités, les génies

le prince ahmed : le dorliss incube, Samaël

la princesse Nourrounniha : la Sirène Eve, fatale

Aladin, Adam

le cheval volant/tapis volant : le chouval bwa

le palais volant : le fromager volant

la sorcière des montagnes de feu : la makrèl de la Soufrière

le calife : Bawon Sanmdi

 

 

 

Misa criolla

Les messes chantées ont généralement cette trame sacrée, liturgique: Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus Dei.

En 1964 sort le disque Misa Criolla de l’argentin Ariel Ramirez (1921-2010) composition pour choeur, solistes et orchestre.

Les solistes sont issus de Los  Fronterizos, groupe folklorique qui existe depuis une izaine d’années alors composé à minima de un alto, deux ténors et une basse (Julio Cesar Isella, Juan Carlos Moreno, Gerardo Lopez, Eduardo Madeo, Yayo Quesada)

Au charengo  Jaime Torres

Le choeur est celui de la Cantoría de la Basílica del Socorro, sous l’harmonisation et la direction du Rev. Père Jesus Gabriel Segade.

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Je connaissais auparavant la version de 1999 avec Mercedes Sosa  , la voix argentine des sans-voix, (1935-2009) qui avait obtenu en 2000 un Grammy Award pour la meilleure musique folk latino-américaine. C’est l’autre jour Angelina Antona qui m’a informé de cette version originale de 1964. Je dois avouer que j’aime mieux l’orchestration du disque de Mercedes Sosa qui fait une grande part à la guitare. Je trouve que la première version, la version originale, est peut-être plus empreinte de religiosité tandis que celle de Mercedes Sosa serait quant à elle plus empreinte de sérénité. Affaire de goût. Bon, on peut être athée comme moi mais  savoir apprécier l’élan et les vibrations mystiques que peuvent causer l’écoute de cette messe créole.

En 1958 sort bien avant  le phénomène de la Misa Criolla de Ramirez la Missa Luba qui elle repose sur les choeurs et les tambours, c’est une version congolaise sous la direction du Père Guido Haazem (1921-2004) religieux issu de l’Ordre des Frères Mineurs et Les Troubadours du Roi Baudouin (une chorale qu’il fonde dès 1953 à Kamina au centre du Katanga alors belge). Les troubadours vont alors faire une tournée européenne dès 1958  en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Ils sont chez Philips dès 1963 et certaines des plages de leur album seront partie intégrante de films connus comme L’Evangile selon Saint-Mathieu (1964) de Pier Paolo Pasolini ou The singing Nun (1966) de Henry Koster avec Debbie Reynolds ou encore If (1968) de Lindsay Anderson   avec Malcom McDowell deux de leurs morceaux figureront même pendant 11 semaines  au hit parade britannique (Sanctus et Benedictus en 45T) en 1969 après la sortie du filme If. Philips éditera en Europe leur premier album en 1963, soit un an avant la Misa Criolla

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Un peu avant en 1956 l’abbé Robert Wedrahogo propose sa Messe des Savanes , qui est une chorale africaine à quatre voix, des séminaristes membres du petit séminaire de Pabré (Haute-Volta)(Le Burkina-Faso d’aujourd’hui) accompagnée de tambours et tam-tams. On y sent l’influence des danses voltaïques et même l’influence arabe pour l’une des plages du disque qui en comporte au total 6. Cette messe sera éclipsée par la Misa Luba  dès 1958

La Misa Flamenca (1966) est quant à elle arrangée par Ricardo Fernández de la Torre et José Alcaraz Torregrosa. A ce disque participent  Rafael Romero, Pericón de Cádiz, Chocolate, Pepe “el Culata” et Los Serranos au chant; Víctor Monje “Serranito” et Ramón de Algeciras à la guitare flamanca  et finalement les chorales Maitea et Easo.

D’autres misas flamencas suivront dont les plus célèbres sont celles de Fosforito (1975); Paco Peña (1991); Enrique Morente (1991); Alfredo Arrebola (2005); et Curro Piñaña (2007).

En 1966 on trouve en face B de la Misa flamenca la Misa Mozarabe. Les mozarabes sont des Chrétiens qui ont conservé leur religion catholique durant l’occupation maure de l’Espagne qui a duré presque 800 ans. A Tolède cette occupation a duré jusqu’en 1085-1086 bien que la Reconquista ne se termine officiellement qu’en janvier 1492 à la chute du royaume mahométan de Grenade. Sommés d’abandonner le chant mozarabe pour le chant grégorien de rentrer dans le rang et de suivre la liturgie en latin romaine ils se sont révoltés et le pape a fini par accorder à six paroisses de Tolède de conserver leur rite qualifié aussi de rite hispano-wisigoth. La version de 1966 est due au Père Gonzalez Barron. Le Choeur du Séminaire de Tolède ainsi que le Choeur du Colegio de Infantes sont sous la direction du Père Alfonso Maria Frechel et du Père Alonso. L’orchestre d’instruments anciens andalous fait part belle à la harpe  et est sous la direction du même José Alcaraz Torregrosa vu plus haut pour sa participation à la Misa Flamenca.

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La trame de cette messe est différente des autres :

Introito – Officium – Gloria

Psallendo – Sacrificium – Pacem Meam

Sanctus – Credo – Pater Noster

Accedentes – Post Communionem

 

 

Vous avez vu Bim?

Vous avez vu Bim? J’en doute. Vous avez dû voir The Harder they come (1972) de Perry Henzell tourné en Jamaïque, voire Dream on Monkey Mountain d’après le livre de Derek Walcott, tourné par Hugh Robertson. Peut être même avez-vous vu The right and the Wrong de Harbance Kumar mais pas plus qu’Obeah vous n’avez vu cette oeuvre classique du cinéma caribéen de langue anglaise que représente Bim. Bim et Obeah ont été tous deux tournés à Trinidad. Bim raconte l’histoire d’un Trinidadian d’origine hindoue et son ascension mouvementee dans la société trinidadienne en proie à des tensions raciales. Bim est joué par Beem Singh et par Ralph R. Maharaj. Parmi les autres acteurs on relève les noms de Wilbert Holder, Hamilton Parris, Joseph Gilbert, Laurence Goldstraw et Neville Labastide. Bim a été tourné par le metteur en scène américain Hugh Robertson qui a aussi participé à l’aventure Shaft. Il faut se rappeler qu’en 1974 Trinidad est un État qui ne s’est livré de la colonisation britannique que depuis 12 ans. Les affrontements ethniques pour la prise du pouvoir sont énormes entre Trinidadiens descendants hindous et trinidadiens descendants d’esclaves. La bande originale est de André Tanker sur un script de Raoul Pantin.

On est en plein dans le trinidad colonial d’avant 1962. Moi j’ai apprécié dans ce film le portrait de la culture hindoue à Trinidad qui ne devait pas être bien différente des descendants dravidiens de la Guadeloupe.

Bim Bim sink or swim

Jumbie call

MR Goldteeth

una de esas noches sin final

una de essas noches sin sinal, Inma cuesta , Javier Limon est la chanson phare du film Todos lo saben avec Penelope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin. C’est un film d’Asghar Farhadi avec une bande originale de Javier Limon.

Je dédie cette chanson à tous mes beaux-parents. Vivants, inconnus, décédés ou à venir. J’en ai eu huit jusqu’à présent. Cinq sont décédés sur huit.

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Je n’ai pas été à l’enterrement du premier décédé à Bilthoven en Hollande en 1991 à l’âge de 78 ans. Je n’ai ni téléphoné à la famille ni présenté mes condoléances. D’ailleurs je ne sais même pas comment j’ai été prévenu. Nous étions en froid et de plus j’habitais au Brésil. C’était un pharmacien à la retraite d’origine surinamienne, installé en Hollande. Il aimait le football et principalement Feyenoord. Il s’appelait Alfred Charles Joseph Wijdenbosch . Son petit nom c’était Chas. Il était né en 1913 à Paramaribo au Surinam. Nous parlions ensemble parfois en anglais ou en hollandais. Sa femme était indonésienne. Elle s’appelait Alida Marie Jeanne Armande Ernestine Liefveld. Elle était née à Samarang en Indonésie en 1925. Ils s’étaient connus en Indonésie pendant la guerre. Et avaient dû fuir Djakarta en 1954 alors que leur troisième fille Eugénie qui allait devenir ma première épouse était tout bébé. Jamais ils ne sont retournés en Indonésie. Alida savait bien cuisiner la cuisine indonésienne. Elle est morte à Bilthoven en 2014 à l’âge de .88 ans. J’étais en France. C’est ma fille qui m’a prévenu. Mais nous étions en froid depuis 1981. Ils souhaitaient que je garde mes distances avec eux. Je me suis exécuté. Un jour en 1981 alors que je m’étais séparé de mon ex-femme qui était repartie en Hollande chez ses parents temporairement avec notre fille le temps de retrouver un appartement je suis arrivé en voiture de Fosses dans le Val d’Oise où j’habitais et j’ai frappé à leur porte. Ils ne m’ont jamais ouvert. Je suis resté seul dans ma voiture pendant deux heures au moins à une trentaine de mètres de leur maison à Bilthoven à attendre qu’ils se décident ou que quelqu’un vienne me donner un mot d’explication car j’avais la tête en feu. ils ont refusé d »ouvrir. Par contre ils ont appelé la police qui m’a donné 30 secondes pour déguerpir du voisinage et quitter le pays. Je dus obtempérer. Par la suite quand Eugénie eut son appartement je pus rendre visite à ma fille. Mais j’en ai gardé du ressentiment contre mes beaux-parents. Ce n’était pas de la haine. Ils étaient très gentils en temps normal. Ils avaient certes le droit de m’interdire l’accès à leur foyer mais pas l’accès à ma fille. Je leur ai pardonné avec le temps mais pardonner n’est pas effacer. Je me souviens encore de la rage et de l’incompréhension qui m’ont saisi alors ! Je veux bien croire qu’ils aient pu penser que j’étais nuisible à leur fille. C’est un sentiment naturel que peuvent éprouver un père ou une mère.Mais de là à m’empêcher de voir ma petite fille qui n’avait que deux ans, ça non ! J’ai tout de même présenté mes condoléances à ma fille Erica.

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Mes deuxièmes beaux-parents étaient brésiliens. Je n’ai pas connu mon deuxième beau-père. On m’a dit qu’il s’appelait Nelson Dos Santos. C’est tout ce que je sais de lui. Il est décédé avant que je ne connaisse sa fille Vera Lucia. C’est un mystère. Je ne sais même pas s’il a vraiment existé. Je n’ai jamais vu ne serait-ce qu’une photo de lui. Et même quand je posais des questions sur lui on détournait la conversation. Ma belle-mère s’appelait, et s’appelle encore puisqu’elle est vivante, Benedita Celestina de Oliveira, plus connue sous le petit nom Dona Morena ou Vovo Morena. Elle est originaire de Jacobina dans l’Etat de Bahia mais résidait à Feira de Santana. Elle vient d’avoir 92 ans en mai car elle est née en 1925. Quand je l’ai connu en 1987 elle avait 62 ans. Nous nous entendions bien. Elle vivait alors avec un de ses fils alcooliques Antonio, décédé depuis, et travaillait encore au Derba, un organisme public de l’Etat de Bahia, où elle faisait je crois du ménage. En septembre 1988 j’ai habité chez elle avec sa fille Vera, ma compagne d’alors et notre première fille Iara née en 1987. La maison quoique simple était assez grande pour cela. Nous aurions pu louer une maison car je gagnais bien ma vie mais j’aimais tant cette petite vieille, car elle était toute petite, il faut le dire, que je décidai, contre l’avis de sa fille et même de son petit-fils, le fils de Vera Lucia qui vivait alors avec nous, d’emménager avec elle. Je pensais alors, et je ne le regrette pas, qu’au lieu de payer des loyers à d’autres je retaperais sa maison. Toute ma paie y passait. J’achetais du ciment, du gravier, du sable, des parpaings, des briques, des tuiles, des portes, des poutres en bois, des fenêtres, des tuyaux, de l’enduit, de la peinture et je fis refaire par un maçon la maison de fond en comble. Tous me disaient : « mais tu es fou ». Je répondais : ce que je fais pour ma belle-mère, je le fais aussi pour mes enfants. Tout mon salaire y passait. Celui de la boîte qui me payait plus mes cours particuliers. Ce qui coûtait cher c’était la main d’oeuvre. Le clash survint quand un jour je dis à Dona Morena qu’elle pouvait elle aussi collaborer puisqu’elle avait de l’argent selon elle à la caisse d’épargne brésilienne. Pour soulager un peu ma bourse car cette maison engloutissait tout. Elle me promit de collaborer. Les mois passaient et comme soeur Anne je ne ne voyais rien venir : elle ne me donnait pas un centime. Une de ses filles finit par m’avouer qu’elle n’avait rien à la caisse d’épargne et que même si elle avait queque chose c’était pour ses vieux jours. Je me sentis trompé ! Fez porque quis, me disait-on en boucle. Tu l’as fait parce que tu l’as voulu. Personne ne t’a obligé. De plus je faisais les courses pour ma petite famille et tout le temps la famille élargie était là à se paître et repaître sans jamais contribuer à rien. Du vendredi au dimanche c’était bombance, c’était fête. A cette époque-là je ne travaillais que le soir à partir de 16h et le matin de 7h à 8h30. Le reste du temps c’était soit cours particulier soit superviseur de chantier. J’ai même dû vendre à regret mon appareil photo dont je ne me séparais pour rien au monde pour payer la main d’oeuvre de plus en plus exigeante. Je demandai aux frères et sœurs de Vera de collaborer. Ne serait-ce que par leur travail. Personne ne me venait en aide. Je décidai donc de prendre le taureau par les cornes et de devenir lors de mes loisirs aide-maçon. Je coulais le béton , je coupais les branches et ce qui avait été un jardin de feuilles médicinales devant la porte se transforma en cour. Je fis vider les fosses septiques. Au mois de février 1989 en plein carnaval j’ai pété les plombs. Une rage inexplicable m’a pris. Sous l’effet de l’alcool ingurgité je me suis plaint du frère alcoolique qui vivait avec nous. J’en parlais à sa soeur qui me dit qu’il était chez lui et qu’il pouvait y faire ce qu’il voulait. Ce frère passait son temps à injurier sa mère à toute heure du jour ou de la nuit et ça me portait sur le système. Que sa mère l’appuie, je le concevais, mais que sa sœur soit complice, je ne l’acceptais pas. Comble du comble dans ma rage je vis qu’elle portait une de mes chemises. Je lui demandai de la retirer sur le champ, ce qu’elle refusa bien évidemment. Nous avons haussé le ton. Dans ma rage je leur dis que puisqu’ils disaient que j’avais fait tout cela parce que je le voulais et non parce que quelqu’un me l’avait demandé, (fez porque quis) je décidai alors de détruire tout ce que j’avais bâti et joignant le geste à la parole je commençai à abattre un mur, tout du moins essayai quand un des frères de Vera qui passait par là intervint pour me parler. Il s’interposa. Moi dans mon délire crus qu’il voulait me frapper et j’anticipai et lui portai un uppercut au menton. On roula par terre. Un militaire ami qui vivait à côté alerté par le tapage et les cris d’orfraie de la famille aux abois nous sépara. Il porta sa main à son révolver. J’entendis seulement : ne tue pas mon mari, ne tue pas mon mari. C’était Vera qui l’implorait. Je me,mis à pleurer compulsivement. Je pris une douche histoire de retrouver la moitié de mes esprits. Je ramassais mes cliques et mes claques et je partis complètement bourré en bus à Salvador faire le carnaval ! Ce fut un beau carnaval. Un des plus beaux ! Je me libérai de toutes mes rages, de toutes mes frustration dans la fête, la cachaça et la bière. Quand je revins deux ou trois jours plus tard j’étais calmé ! Je me jurai à moi-même que je sortirais de cette maison et que je n’y dépenserais plus un cruzeiro. Je restai encore deux ou trois semaines le temps de trouver un appart et dès le mois de mars j’étais libéré. Nous nous sommes vus encore quelque fois chez moi mais je ne lui adressai pas la parole. Je cessai toute communication avec la famille. Malgré tous leurs efforts pour refaire la paix. J’avais été blessé profondément. J’avais un beau-frère Helio que j’aimais beaucoup, c’était le mari de celle qui portait ma chemise. Il aimait beaucoup les oiseaux . C’était un ancien marin. Mais je décidai de couper les ponts. Chat échaudé craint l’eau froide. J’ai appris ensuite qu’il était malade. Je crois même l’avoir croisé et esquissé un petit bonjour ou même lui serré la main. Mais quelque chose s’était cassé. Je n’ai plus jamais mis les pieds dans cette maison. J’ai su qu’elle avait été vendue. Je ne regrette rien. Fiz porque quis! Point barre ! Je n’ai pas à me plaindre. J’ai revu ma belle-mère pour la dernière fois en 2003 pour les quinze ans de ma fille Iara. Elle m’a offert une bière en me disant « tome juizo ». Elle me disait d’ailleurs la même chose en 1989. tome juizo, ou tome jeito c’était son leitmotiv . Ce à quoi je répondais en souriant : Juizo tenho demais. Tenho pra dar e vender. Qui peut se traduire par Prends du plomb dans ta tête. Et moi qui répondais : Du plomb j’en ai même trop. J’en ai à donner et à revendre. Le plomb en question c’est la raison, la cohérence, la logique, la rationalité ! Je n’ai pas bu cette bière offerte. Je me méfiais désormais. Elle habite maintenant, crois-je savoir, à Salvador avec cette fille qui portait ma chemise. Je n’ai rien contre elle, ni contre personne de cette famille. C’est meu povo, comme on dit, mais le lien a été détendu. Comme disait Chico Buarque dans O que será (A flor da terra) que Nougaro a chanté sous le titre Tu verras: Je suis sans gouvernement, sans vergogne et sans cervelle.

O que será, que será?
Que andam suspirando pelas alcovas
Que andam sussurrando em versos e trovas
Que andam combinando no breu das tocas
Que anda nas cabeças, anda nas bocas
Que andam acendendo velas nos becos
Que estão falando alto pelos botecos
E gritam nos mercados que com certeza
Está na natureza

Será, que será?
O que não tem certeza nem nunca terá
O que não tem conserto nem nunca terá
O que não tem tamanho

O que será, que será?

Que vive nas ideias desses amantes
Que cantam os poetas mais delirantes
Que juram os profetas embriagados
Que está na romaria dos mutilados
Que está na fantasia dos infelizes
Que está no dia a dia das meretrizes
No plano dos bandidos, dos desvalidos
Em todos os sentidos

Será, que será?
O que não tem decência nem nunca terá
O que não tem censura nem nunca terá
O que não faz sentido

O que será, que será?
Que todos os avisos não vão evitar
Por que todos os risos vão desafiar
Por que todos os sinos irão repicar
Por que todos os hinos irão consagrar
E todos os meninos vão desembestar
E todos os destinos irão se encontrar
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá
Olhando aquele inferno vai abençoar
O que não tem governo nem nunca terá
O que não tem vergonha nem nunca terá
O que não tem juízo

O que será, que será?
Que todos os avisos não vão evitar
Por que todos os risos vão desafiar
Por que todos os sinos irão repicar
Por que todos os hinos irão consagrar
E todos os meninos vão desembestar
E todos os destinos irão se encontrar
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá
Olhando aquele inferno vai abençoar
O que não tem governo nem nunca terá
O que não tem vergonha nem nunca terá
O que não tem juízo

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Mes troisièmes beaux-parents sont brésiliens eux aussi, et encore bahianais tous les deux. Lui Edmundo Ventura Cerqueira dit Didi, né en 1936 à Feira de Santana. Elle Doralice dos Santos dite Dora née en 1943 à Ribeira do Pombal. Seu Didi travaillait à la Petrobras. il est parti à la retraite jeune puisque quand je l’ai connu pour la première fois en 1993 il était déjà à la retraite à 57 ans. Dona Dora travaillait dans les oeuvres sociales. Nous nous sommes vus pour la dernière fois en 2007 alors que j’étais déjà séparé de leur fille depuis 2006. J’ai dormi chez eux une nuit car je travaillais à l’université de Feira et au lieu d’aller à l’hôtel je leur ai demandé de dormir chez eux. Tout le monde était surpris. Moi j’ai it à tout le monde que je voulais garder le contact. j’étais comme on dit cara de pau ! Un sans-gêne ! J’aurais dû avoir honte. Je voyais des regards étranges, des demi-sourires. Je suis retourné bien une dizaine de fois à Feira de Santana, j’y ai dormi désormais à l’hôtel à 500 mètres de chez eux. Nous nous sommes parlés au téléphone il y 2 ans un jour que j’étais chez leur fille à Montpellier pour rendre visite aux enfants. et je lui ai dit textuellement que je regrette qu’ils aient coupé les ponts avec moi. Je me suis marié avec leur fille en 1994. Nous nous sommes séparés en 2006. Je vivais en harmonie pendant 12 ans avec tous les frères et soeurs, oncles et tantes, grand-mère et tout à coup le trou noir. Le seul fait que je me sépare a fait de moi un outlaw. Em briga de casal ninguem mete a colher. Quand un couple se dispute personne ne trempe sa cuillère, dit un proverbe brésilien. Mais quand il se sépare on efface tout le passé de bons souvenirs. Moi non je m’entendais bien avec les frères et soeurs d’Adélaide. Les beaux-frères, les belles-soeurs. Me séparer d’Adélaïde ce fut, sans que je ne le veuille, me séparer de cette famille élargie. Mon second séjour au Brésil a duré de fin 2007 à la mi 2014. Sur ces 7 ans je n’ai été convié à aucun mariage, aucun anniversaire et par voie de conséquences à aucun enterrement. Aucune feijoada, aucune maniçoba, aucun cozido ! Je me suis pendant ces 7 ans remarié, mon ex femme elle aussi s’est remariée et a divorcé mais je resterai à jamais le père de leurs petits-enfants et ils resteront à jamais mes beaux parents. Ils ont respectivement 81 ans et 74 ans. Dora me dit toujours elle aussi chaque fois qu’elle en a l’occasion en souriant Toma juizo et je répète inlassablement la même chose Tenho demais. Pra dar e revender ! J’ai appris par mon ex femme que sa mère viendra en France courant juin avec des amis. Qui sait si je ne vais pas lui rendre visite ?

Et pour clore ce long chapitre familial mes derniers beaux parents : Maria de Lourdes Brandão da Silva et Belisario Diaz Coelho. Ils sont tous deux décédés. Je n’ai pas connu Maria de Lourdes que tous appelaient Bia ou Bilia, Lourdes. Mais on m’a beaucoup parlé d’elle. Elle est née à Tapiramuta, Bahia et est décédée en 1999, un 11 avril. Elle était descendante d’Amérindien. Je sais seulement qu’avec l’âge elle était devenue un peu bossue. Dona Bia c’était le poteau-mitan. Elle administrait les affaires familiales, les sept enfants qui avaient survécu entre Tapiramuta, Morro do Chapeu, Jacobina, et Salvador. Elle tenait la barre pendant que son mari qui était maçon partait à travers l’Etat de Bahia travailler. Elle aimait rigoler, se moquer des gens. C’était une boute-en train. Elle détestait faire la cuisine. não era a praia dela. C’était pas sa tasse de thé. C’était la caçula, c’est à dire la benjamine. Elle cuisinait par obligation parce qu’il fallait le faire. Elle cuisinait lentement des plats basiques mais bien faits. c’était la rainha do capricho. La reine des choses bien faites. Une perfectionniste ! Elle préférait ne pas faire plutôt que mal faire. Et sa cuisine était simple mais délicieuse. Sa fille Bena, mon épouse, a hérité d’elle : c’est un véritable copier-coller. Elle cousait, faisait du crochet, du tricot, bordait pour sa maisonnée ou pour vendre. Elle avait une très belle voix. Elle chantait et le jour de son mariage avec Belo elle a eu un problème de santé inexplicable : ses cordes vocales se sont rétrécies et elle n’a jamais pu retrouver sa voix cristalline d’antan. Elle avait les cheveux longs et soyeux, la fille de Felipe Brandão. Dans la maison il y avait une boutique, une vendinha (un lolo antillais) qui vendait les produits de première nécessité (le gaz, la cachaça, riz, haricots, huile, pain, bonbons, sardines, farine de manioc, bougies, crayons, stylos, sucre, beurre, café, banane, sikakoko, etc) et c’est elle qui gérait tout cela. Elle adorait manger l’avocat avec du sucre. Elle salivait rien qu’en voyant une mangue, surtout celles qui étaient douces comme le miel ! Elle raffolait de mangues à s’en rendre malade! Elle était folle de Luis Gonzaga et ne résistait pas à danser sur aucune de ses chansons. Elle avait reçu en cadeau de l’ex-copain de ma dulcinée, Marinho, un album avec toutes les chansons de Luis Gonzaga. Où est passé cet album, nul ne le sait ?! Elle mourut en laissant une odeur de roses derrière elle qui prit plus d’un an à disparaître des narines de sa fille Bena.

Quant à son époux, c’était le plus vieux rejeton de son père qui s’était remarié pour la deuxième fois. Je l’ai connu diabétique. J’ai connu Belisario qu’on appelait Belo ou Louro entre décembre 2007 et octobre 2010. Après la mort de sa première épouse en 1999 il prit une seconde épouse dona Dilia avec qui il vécut jusqu’à l’âge de 85 ans, où il mourut. C’était pour moi l’exemple type du brésilien baptiste. Je n’en avais jamais connu de si près. Il ne buvait pas d’alcool, ne dansait pas. Pour moi habitué à voir tous mes précédents beaux-parents, cuisiner, danser et boire ce fut surprenant. Mais peut-être la maladie l’avait-elle rendu ainsi. Il devait s’alimenter d’une façon bien organisée qui ne donnait pas place au plaisir. C’était un homme modéré, paisible et souriant. Il aimait la guitare. Je l’ai vu esquisser quelques accords un jour dans son hamac alors qu’il habitait à Salvador. Nous nous sommes vraiment connus et appréciés quand nous sommes allés une fois pour un week-end à Jacobina, Morro do Chapeu, et Umburanas. Nous chantions à tue-tête en voiture cette chanson de Elias Alves , Saudades de Jacobina, chantée ici par Aguias do Norte (1969)

Eu quero ir passear em Jacobina
Pra ver aquelas meninas que deixei ficar por lá
Eu vou rever o meu tesouro
Vou ver o rio do Ouro
Nele eu quero me banhar

Jacobina eu tenho recordação
Daqueles tempo de festa na igreja da Missão
Adeus Jacobina, Adeus meu bem querer
Adeus minha terra quanto tempo sem te ver

Eu quero ver pois a saudade é de matar

Aquela festinha boa até o dia clarear

Vou gritar : seu Murititiba puxe o fole até lascar

Adeus Jacobina, Adeus meu bem querer
Adeus minha terra quanto tempo sem te ver

Mais la raison qui m’a poussé à écrire cet article est qu’il aimait la guitare et jouer le type d’air espagnol représenté par cette chanson Una dessas noches sin final. Il avait toujours une guitare chez lui. Il avait d’abord été élevé dans la foi catholique puis après son mariage pour je ne sais quelle raison (la foi est la seule explication, il n’y a aucune autre raison à donner) il s’était converti au baptisme entraînant avec lui femme et enfants. Quand il était encore catholique il confectionnait des statues en plâtre qui représentaient des saints, des colombes, des objets de décoration qu’il peignait et qu’il venait sur le marché de Jacobina. Il était associé à un ami, qui était parrain de Bena, un certain Joaquim. Il commença à lire la Bible qu’on lui avait offerte à Feira de Santana. Sa nouvelle foi baptiste étant incompatible avec les représentations des saints il abandonna cette activité pourtant lucrative. D’autant plus que son associé d’alors était parti habiter à Feira de Santana avec femme et enfants.

Toute sa parentèle jouait d’un instrument soit de la guitare, soit de l’accordéon. C’est tout naturellement que dans cette ambiance musicale il apprit tout petit à jouer de la guitare. Seu Belo était particulièrement vert. Malgré ou à cause des injections d’insuline quotidienne dès l’âge de 60 ans Monsieur mon Beau-Père ne répugnait pas à la bagatelle au grand dam de ses épouses. Il avait, dit-on, un appendice particulièrement développé qui fit jaser même à l’âge de 85 ans quand il fut hospitalisé suite à un avc, accident vasculaire cérébral. On raconte qu’il aimait faire l’amour dans la piscine et que c’est cette fantaisie déraisonnable qui fut à l’origine d’une chute qu’il souffrit de sa seconde femme qui repoussait ses avances et lui causa une fracture du pied qui fut le début de sa dégénérescence.

A tous ces beaux-parents, ces sogros, ces schoonouders, morts, vivants ou inconnus je témoigne ma reconnaissance car quoi qu’on en dise en chacune de leurs filles il y avait leur sang, une part intime d’eux-mêmes, un prolongement de leurs rêves et aspirations. Collectivement nous n’avons pas été à la hauteur de l’événement. J’assume ma part et je grandis chaque jour de chaque rupture. Les ruptures construisent quand on sait les élaborer, les travailler, les faire mûrir ! De la même façon qu’il faut savoir se distancer de ses parents il faut savoir aussi se distancer de sa belle-famille. C’est beaucoup plus facile sans doute. Il suffit de tirer un trait. Mais même quand on croit avoir effacé un trait sa trace demeure indélébile et surgit là où on l’attend le moins au détour d’un rêve ou d’un parfum, d’un plat, d’une ville ou d’une chanson comme Una dessas noches sin final. Une de ces nuits sans fin !