Rencontre avec une Colchidienne, compatriote baroudeuse de Medee.

Médée, prêtresse d’Hecate, déesse lunaire de la sorcellerie, magicienne, fratricide, infanticide, homicide, feminicide. Medea, femme protéiforme originaire de Colchide, royaume d’Asie Mineure au bord de la Mer Noire (actuellement sous juridiction géorgienne) .

Depuis Seneque, Euripide, Apollodore, Hesiode, Ovide, Marc Antoine Charpentier, Giovanni Pacini, Pausanias, Pierre Corneille, Jean Anouilh, François-Joseph Salomon, Jiri Antonin Benda, Erich Naumann, Luigi Cherubini, Mercadante, Pier Paolo Pasolini, tout le monde s’est fait à cette idée, à cette image d’héroïne meurtrière, infanticide, fatricide.

En grec Medee signifie celle qui voit. Cette voyante extra lucide égorge ses enfants Pheres et Mermeros. Pour quelle raison ? Pour se venger de son mari qui l’a bafouée et répudiee. Son mari, en l’ occurrence Jason (un grec de Iolchos, en Thessalie, fils du roi Eson) oui ce même Jason des Argonautes et de la Toison du Bélier d’or (soit dit en passant toison, dont le père de Medee était le gardien et qu’elle a contribué à livrer à son amant argonaute par le truchement de ses pouvoirs occultes). Or ce mari, avide de pouvoir, qui lui est redevable de sa gloire après quelques années de vie commune et deux enfants veut se séparer d’elle et en épouser une autre, Creuse dite Glauce, fille du roi Creon, Roi de Corinthe, en Grèce. Medee n’est pas magicienne pour rien. Petite-Fille du soleil, nièce de Circe, fille d’AEetes, roi de Colchide et de l’Océanide Idyie. On ne joue pas en vain avec ces femmes-là. Peleas, l’oncle de Jason, qui a usurpé le trône qui était destiné à Jason le paiera de sa vie. Le frère de Medee, Absyntos se met sur son chemin pour l’empêcher de fuir avec la Toison d’Or. Elle en fait des grillades. Les cheveux de sa rivale finissent en flammes et le père de cette dernière Creon, périt en voulant sauver sa fille.

Medee, l’intrigante, impitoyable et amoureuse Colchidienne, que jamais les dieux ne châtieront: elle va de Colchide en Corinthe, de Corinthe à Athènes, d’Athènes de retour en Colchide auprès de son père puisqu’au lieu de finir sa vie aux Enfers pour ce double infanticide, précédé de plusieurs meurtres, elle finit aux Champs-Élysées en compagnie d’Achille après s’être promenée successivement aux bras de Jason et d’Égée (roi d’Athènes à qui elle aura un fils Medos) .

Mais doit-on prendre pour de l’argent comptant le récit se cette tragédie grecque telle que nous la raconte avec talent Euripide qui fut payé par les patriciens d’Athènes alors en lutte contre Sparte 5 pièces d’argent pour l’écrire.

Peut-on revisiter les mythes ? Ou sont-ils intangibles comme les tables de la loi? Pourrait-on imaginer une actualisation féminine de cette tragédie grecque essentiellement masculine ? Certains osent.

Dans l’avion qui nous menait d’Athènes à Paris nous avons fraternisé avec une grecque pontique, une comédienne qui joue en français, une alter ego de Félicien Marceau aux masques aussi impalpables et pluriels que des couches de pelures d’oignons, une poetesse. Elle nous a livré avec fougue sa vision kaleidoscopique de Medee. MEDEE ne serait pas cette sauvage sanguinaire à la santé mentale passablement compromise que nous peignent les mythes masculins depuis l’éternité des temps. Medee en tant que magicienne d’un pays obscur était redoutée et Euripide ne donnait que sa version personnelle de la chose. MEDEE SERAIT PLURIELLE. MEDEE est comme la soprano grecque Maria Callas qui a joué le rôle de Medee dans le film de Pasolini. Voire comme celle qui a joué le rôle, Julie Angélique Scio, dans l’opéra comique de Cherubini. Comme les sopranos Gwyneth Jones et Léonie Ryzanek. Comme les mezzo soprano Shirley Verret ou Grâce Bumbry. C’est une femme qui a été aussi tuée symboliquement par sa mère d’une certaine façon puisqu’ elle a été vendue comme esclave. Il n’est pas anodin que tant d’hommes et si peu de femmes, si l’on excepte la compositrice Olivia Holmes, aient souhaité s’étendre sur le mythe de la magicienne Medee, la sauvage, l’étrangere, la furie qui bouillonne, la gadedzafe, la vendeuse de simples, la physicienne alchimiste, l’androgine. Outre ceux que j’ai déjà cités notons encore Cavalli, Jean Baptiste Lully, Giovani Simone Mayr, Samuel Barber, Darius Milhaud, Pascal Dusapin, Robinson Jeffers (Medea, 1935), Michael John LaChiusa (Marie Christine, 1999), Lars Van Trier (Medea,1988) etc.

J’ai vu en elle une Medee démultipliée dans sa double spirale. Je ne doute pas qu’elle soit en mesure de cerner avec brio l’ombre archetypale de la magicienne plurielle et protéiforme et nous la retransmette illuminée transfigurée bien au-delà du brouillard épais de son chariot volant escorté de cobras chantant sa mélopée au rythme du santouri, le nez de Medee humant fièrement les cyclones sans doute aussi beau que celui de Cleopatre qui bouleversa la configuration du monde antique.

Et si le nez de Medee avait été épaté au lieu d’être grec ? Et si Medee avait été noire, africaine, Afro-Americaine, afro caribéenne, amerindienne?

Certains ont sauté sur l’occasion pour proposer dans le registre de la classica africana, la relecture des mythes gréco-romain à travers un prisme afro. Black Medea (1976) par Father Ernest Ferlita SJ, American Medea par Silas Jones (1995), Black Medea par Countee Cullen (1935), Pecong par Steve Carter (1990), Medea, queen of Colchester par Marianne McDonald (2003), Beloved par Toni Morrisson, African Medea par James Magnuson (1968), Madea par Tyler Perry, Black Medea par Wesley Enoch (2007), Demea: a play par Guy Butler (1990), The Tragedy of Medea Jackson par Edris Cooper (1992).

Mexe o bumbum

Estamos em Thessaloniki. Num café perto da Arca, no bairro de Lassonidou, chamado Coffeebrands de repente um idioma familiar passando num rádio local 90.8 FM Zoo Radio : « Mexe o bumbum » de MC Fioti, parece

Mexe o bumbum.

Logo na minha frente uma mocinha grega da bunda bem arrebitada não se mexe de nem um iota. Eu hem. Mexe o bumbum, menina, mexe o bumbum. NEM SEI QUEM CANTA NEM SEI QUEM TOCA MAS ME DEU A VONTADE TAMBÉM DE MEXER O BUMBUM.

Rapaz, não acredito, a música já parou e me aparece outra menina igual a outra de roupa Nike cinza apertadassima, com cada bochecha maçã de bumbum bem formada. Ou lá lá. Mexe o bumbum, mexe o bumbum. Mexe o bumbum que é bom nada. VAMO LA NOVAMENTE

https://youtu.be/_P7S2lKif-A

É mais um pouquinho que a Coisa tá animada

R-E-S-P-E-C-T (In Memoriam,Memphis, Tennessee,1942-2018, Detroit, Michigan)

chanteuse-Aretha-Franklin-Philadelphie-Etats-Unis-juillet-2017_0_729_486

Aujourd’hui 16 août je suis en deuil. Ma sister est morte ! R-E-S-P-E-C-T et je verse des larmes de soul que je n’aurai  sans doute pas versées pour l’une de mes  sisters aînées, si j’en avais eu une ! Car Aretha c’était la grande soeur que je n’ai pas eue un peu comme Dionne Warwick et Diana Ross et comme Otis Reeding était mon grand-frère ainsi que Smokey Robinson , James Brown et Stevie Wonder. C’était ma famille ! My soul family ! Ma famille d’âme ! D’ailleurs ils étaient interchangeables: Otis créa Respect et Aretha reprit le titre à sa façon avec ses mots et sa vibration féminine. De la même façon Dionne chanta avant elle I Say a Little Prayer mais c’est Aretha qui finit avec le temps à personnifier cette chanson. Aretha Franklin from Detroit. Femme noire ! Négresse femme ! Négresse noire  !! A-R-E-T-H-A Find out what it means to me/ A-R-E-T-H-A Take care Louise ! FANM DOUBOUTT ! RIP sista !

RESPECT (

oo) What you want

(oo) Baby, I got

(oo) What you need

(oo) Do you know I got it?

(oo) All I’m askin’ (

oo) Is for a little respect when you come home (just a little bit)

Hey baby (just a little bit) when you get home (just a little bit) mister (just a little bit)

I ain’t gonna do you wrong while you’re gone

Ain’t gonna do you wrong (oo) ’cause I don’t wanna (oo)

All I’m askin’ (oo)

Is for a little respect when you come home (just a little bit)

Baby (just a little bit) when you get home (just a little bit)

Yeah (just a little bit)

I’m about to give you all of my money

And all I’m askin’ in return, honey

Is to give me my propers

When you get home (just a, just a, just a, just a)

Yeah baby (just a, just a, just a, just a)

When you get home (just a little bit)

Yeah (just a little bit)

—— instrumental break ——

Ooo, your kisses (oo)

Sweeter than honey (oo)

And guess what? (oo)

So is my money (oo)

All I want you to do (oo) for me

Is give it to me when you get home (re, re, re ,re)

Yeah baby (re, re, re ,re)

Whip it to me (respect, just a little bit)

When you get home, now (just a little bit)

R-E-S-P-E-C-T

Find out what it means to me

R-E-S-P-E-C-T

Take care, TCB

Oh (sock it to me, sock it to me, sock it to me, sock it to me)

A little respect (sock it to me, sock it to me, sock it to me, sock it to me)

Whoa, babe (just a little bit)

A little respect (just a little bit)

I get tired (just a little bit)

Keep on tryin’ (just a little bit)

You’re runnin’ out of foolin’ (just a little bit)

And I ain’t lyin’ (just a little bit) (re, re, re, re) ‘spect

When you come home (re, re, re ,re)

Or you might walk in (respect, just a little bit)

And find out I’m gone (just a little bit)

I got to have (just a little bit)

A little respect (just a little bit)

I Say a little prayer (1968)

Die Zauberflöte

DIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTE

DIE ZAUBERFLÖTE

Die Zauberflöte, en français La Flûte Enchantée, est un opéra incontournable en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) qui mourut le 5 décembre 1791 à Salzburg, ville où il était d’ailleurs né, soit trois mois après sa première représentation à Vienne le 29 septembre 1791. Pour la petite histoire le vrai nom de ce compositeur était Johannes Chrisostomus Wolfgang Theophilus Mozart. Mozart substitua le Theophilus par Amadeus. Théophile contre Amédée. Le livret est de Emanuel Schikaneder.

 

C’est un conte de fées fantastique mis en musique dans la tradition du singspielArte a retransmis le 4 août 2018 en léger différé la troisième des sept représentations qui ont eu lieu ou vont avoir lieu  à Salzburg au Palais des Festivals entre juillet et août 2018 avec une distribution internationale, le tout sur une mise en scène fantastique de Lydia Steier (USA), des costumes de Ursula Kudrna et des décors de Katharina Schlipf

Dans la fosse l’Orchestre Philarmonique de Vienne sous la direction du jeune chef grec Constantino Carydis et les Choeurs de l’Opera de Vienne sous la direction de Ernst Raffelsberger

Sur scène

Tamino, le prince (Mauro Peter, le suisse)

Pamina , la fille de la reine de la nuit, (Christiane Karg)

Papageno, l’oiseleur, l’homme-oiseau, le boucher aussi (Adam Plachetka)

Papagena (Maria Nazarova)

Papagena vieille (Birgit Linauer)

Sarastro, le sorcier, le Divin sage, le Dieu, le sacerdote (Matthias Goerne)

Monostatos, le fidèle lieutenant de Sarastro (Michael Porter) mais qui dans la version originale est un génie, un prêtre

La reine de la nuit (Die Königin der Nacht) devait être Albina Shagimuratova. Malade, cette dernière a été remplacée au pied levé par Emma Posman.

Le grand-père dont le rôle avait été attribué à Bruno Ganz a finalement été dévolu à Klaus Maria Brandauer, suite à la maladie soudaine de ce lui-ci.

L’Orateur, Spreker (Tareq Nazmi)

Les trois dames:

La première dame – Erste dame (Ilse Eerens)

La deuxième dame – Zweite dame  (Paula Murrihy)

La troisième dame – Drette dame(Geneviève King)

Les trois enfants (membres du chœur de garçons de Vienne)

Merci à Arte tout d’abord pour cette initiative. L’opéra est ainsi accessible au plus grand nombre. Sur le site du festival il y a en effet 8 catégories de prix pour voir cet opéra qui se joue à guichets fermés soit dit en passant: 430€-340€-260€-190€-150€-115€-75€-30€ selon que l’on souhaite assister à cette féerie dans le parterre, au premier rang des premieres loges de face, au troisième rang des troisièmes loges de côté, etc. Merci Arte ! Danke schoen !  J’ai pu me plonger dans cette Flûte Enchantée avachi dans mon canapé sirotant une Kriek bien glacée. Mais pendant les 95 minutes et quelques qu’a duré la retransmission de cet opéra je me suis souvenu de la première fois que j’ai mis les pieds à l’Opéra Garnier.

C’était entre le 5 mai et le 19 juin 1982, je suppose, j’y étais allé voir le ballet de John Neumeier Songe d’une nuit d’Eté sur une musique de Felix Mendellssohn-Bartholdy et Györgi Ligeti, un ballet en deux actes et un prologue d’après William Shakespeare. J’avais pu me dégoter deux places au poulailler, je ne me souviens plus mais j’étais perché au troisième ou quatrième étage car j’avais profité du tarif le moins cher. Il fallait s’habiller, crois-je me souvenir, car on n’entre pas à l’Opéra en quenilles. On ne gravit pas l’escalier ‘honneur en bras de chemise. Mais ce fut malgré tout une sacrée expérience. L’opéra est une super production qui rassemble une foule de métiers comme éclairagistes, décorateurs, machinistes, couturiers, chorégraphes, metteurs en scène, musiciens, chef d’orchestre, danseurs, producteurs. D’ailleurs je crois me souvenir que si j’avais mis les pieds à l’Opéra c’est parce que j’y connaissais quelqu’un qui y travaillait comme éclairagiste.

Operagarnier

Le livret est basé sur le conte fantastique Lulu, Oder de Zauberflöte, de August Jakob Liebeskind (1758-1793) qui a intégré une collection de contes intitulé Dschinnistan, oder Auserlesene Feen- und Gestermärchen (1786-1789) de Christoph Martin Wieland (1733-1813) . Il y aurait donc  une sorte de tradition nordique des contes de fées puisque outre les frères Grimm et Hans Christian Andersen (1805-1875) dont la renommée n’est plus à faire on a Johann Karl Musäus,(1735-1787), Johann Gottfried von Herder (1744-1803), et bien sûr Liebeskind.

Pour un livret en français d’après la traduction originale  de JG Prod’homme et Jules Kienlin publiée en 1912 allez ici pour l’acte 1 et ici pour l’acte 2. Cela vous permettra d’entrere ans les subtilités de La Flûte enchantée. L’idéal serait de comprendre l’allemand pour savoir le mot exact pour définir en allemand de 1791 Monostatos et Sarastro.

Dans la version 2018 qui nous occupe ici, presque 227 ans après, les protagonistes évoluent dans une maison bourgeoise à l’atmosphère gothique au début du 20ème siècle. C’est en même temps du théâtre, de l’opéra comique, du cirque. On nage en plein mystères égyptiens sous les auspices d’Isis et d’Osiris, on évolue entre rituels maçonniques, initiatiques (tel celui du silence), oiseaux merveilleux, monstres, ours, ballons, soldats de plomb qui se transforment en princes, princesses qui se transforment en clowns, trapèzes volants,  grands-mères qui deviennent reines de la nuit, contorsionnistes, et à l’intérieur de tout cela flotte une histoire d’amour. Il y a au centre la flûte magique, le pipeau et le carillon magique qui égrennent musicalement le chant de la destinée. C’est très visuel avec des pancartes qui proclament en allemand WEISHEIT, WAHREIT, ERKENE DICHT SELBST, TAFFER KEIT. Sur les murs du Temple de la Sagesse, où règne Sarastro en frac et  chapeau haut-de-forme, tout-à-coup la guerre s’invite en images en noir et blanc, la première guerre mondiale avec ses millions de morts au nom de cette lutte interminable entre le bien et le mal. Le conte de fées s’évanouit pour faire place à la réalité brutale, sanguine et destructrice. Good and Evil. Evil and Good. Le bien et le mal se chevauchent, se confondent entre obscurité et lumière. Le monde n’est pas si manichéen que le pensait peut être Mozart. La version est poétique, magique. Le point névralgique pour moi c’est l’aria chantée par la reine de la nuit.

Il n’y a que cet air qui m’est familier. J’ai aussi savouré la chanson de Papageno et Papagena.

Il ya bien sûr une portée philosophique dans l’oeuvre chantée rappelons-le en allemand. et non en français ou en italien comme le voulait une certaine mode jusqu’à alors. Il faut savoir que Mozart était entré en franc-maçonnerie dès 1784 (d’ailleurs l’auteur du livret était son frère en franc maçonnerie) et donc forcément l’oeuvre déborde de ces références (opposition entre le jour et la nuit, le bien et le mal, le chiffre 3, le couple comique, le couple noble, les épreuves qui caractérisent le rite initiatique, le triomphe de la raison sur l’obscurantisme)

J’ai vu en son temps le film-opéra d’Ingmar Bergman Trollflöjten (1918-2007)  de 1975 qui évoque La flûte enchantée qui a sa propre lecture de la relation entre la reine de la nuit et Sarastro et où Pamina est la fille de Sarastro, ce qui amène toute une analyse psychologique sur la nature oedipienne de la relation.  Joseph Köstlinger (Tamino), Irma Urrila (Pamina), Hakan Hagegard (Papageno), Ulrik Cold (Sarastro), Ragnar Ulfung (Monastataos), Elizabeth Ericson (Papagena), Birgit Nordin (queen of the night, Nattens Drottning) font partie de cette distribution. L’originalité de ce travail c’est que nous sommes en même temps sur scène, dans les coulisses, dans la flûte de Pan de Papageno, dans le parterre, dans les loges, dans les costumes de Henny Noremark et Karin Erskine, dans la fosse avec l’orchestre symphonique de la radio suédoise sous la direction d’Erik Ericson, dans les poumons gonflés et les cordes vocales des choristes du choeur de la radio suédoise nous sommes en quelque sorte des adjuvants actifs de ce deus ex machina. Il est bon de noter que les 3  esclaves de Monastatos normalement joués par des adultes sont ici joués par des enfants silencieux. Nous sommes aussi ce silence ! Je dirais même plus nous sommes le théâtre baroque, le Drottningholm Palace Theatre, et en même temps le théâtre  Auf der Wieden de Vienne où fut représentée la   flute enchantée pour la première fois en 1791. Nous sommes tout aussi bien dans le mysticisme que dans la comédie grossière.

Kenneth Branagh et Stephen Fry proposent en 2006 une nouvelle lecture de ce singspiel qu’ils délocalisent dans le temps en le plaçant pendant la deuxième guerre mondiale avec Joseph Kaiser (Tamino), Amy Carson (Pamina), René Pape (Sarastro), Luybov Petrova (reine de la nuit), Silvia Moi (Papagena), Benjamin Jay Davis (Papageno), Tom Randle (Monostasos), Ben Uttley (le prêtre).

C’est donc à partir de ces deux références et e quelques souvenirs d’enfance et de contes de fées que je me suis plongé dans cette nouvelle lecture de ce chef d’oeuvre de Mozart qui est joué partout à travers le monde. Rien que pour la saison  2018-2019  il est joué ainsi:

au Théâtre Royal de la Monnaie – De Munt en coproduction avec l’opéra de Lille avec une mise en scène de Roméo Castelliuci et une direction d’orchestre de Antonello Manacorda et Ben Glassberg (11 représentations entre septembre et octobre 2018)

au Staatsoper Unter den Linden Berlin  avec une mise en scène de Yuval Sharon et une direction d’orchestre de Franz Welser-Most (11 représentations entre février et avril 2019)

au festival Castell Peralada avec une mise en scène de Oriol Broggi et une direction orchestrale de Josep Pons (3 représentations en août 2018)

au Festspielhaus   Baden- Baden (3 dates en juillet 2018) avec comme chef d’orchestre  Yannick Nézet-Séguin

au Garsington Opera, Wormsley, GB (11 dates entre mai et juillet 2018) avec une mise en scène de Netia Jones et une direction d’orchestre de Christian Curnyn,

Le petit bal congo à la mode de Gascogne

 

C’est un petit bal gascon où virevoltent dans une sorte de ronde jouissive tout une armada de damoiseaux et de damoiselles d’âge mur mais aussi tendre, tous nourris au tourin. On dirait des gerbes de blé ondulant sous la caresse de la musique du vent d’autan par une chaude nuit d’avant les moissons. Là-haut dans le ciel au dessus de la montagne, du fleuve et de la mer quelques silhouettes blanches fantasmagoriques. Sont-ce des cerfs-volants ou des âmes en goguette d’oueilles des Landes de Gascogne ? Je crois y voir batifoler dans un congo torride entre cavaliers, cavalières, contre-cavaliers et contre-cavalières quelque bon roi Henri, quelque mousquetaire et quelque Cyrano.

Il y a belle lurette que la province de Gascogne s’est éteinte avec sa langue « la lenguo mayrano » dont ne subsistent plus que des patois. Mais de même que les dentelles de fuseaux survivent dans le Quercy, les rondeaux et les valses à cinq temps, les bourrées et les congos, les cercles circassiens, les sauts béarnais et les mazurkas persistent et signent leurs branles en terre gasconne. Bigorre, Béarn, Comminges, Couserans, Médoc, Albret, Armagnac, Lomagne, Astarac, Chalosse, voilà le pays de Gascogne.

Laüsa [lahuzo] est le nom des magiciens volants qui opèrent ce bal folk à consonnance gasconne.

Ils sont quatre à Laüsa. Deux hommes et deux femmes. Accordéon diatonique à deux rangs et trois rangs, violon, percussions et chant et guitare. Ni vielles ni cornemuse ni cajons. Ce ne sont pas des bohaires et ne résonnent ni anches ni bourdons ni biniou ni panse d’oueille.

Je crois soudain entendre Bourvil chanter son petit bal perdu.

 

Mais non c’est Sanseverino qui est aux commandes.

Non ce petit bal n’est vraiment pas perdu. La langue gasconne exulte et se loge dans tous les interstices des doigts de pieds qui vibrent dans leurs souliers.

La Gascogne, contrée mythique, qui allait jusqu’au XIème siècle sur une ligne qui suit la rive gauche de la Garonne, du Cap de Baqueira en Val d’Aran, jusqu’au phare de Cordouan en Gironde, jusqu’au bec d’Ambès. La Gascogne désormais incluse dans le grand conglomérat fourre-tout que lui a concocté le pouvoir central: l’Occitanie. Alors qu’elle fait partie d’une entité franco-cantabrique qui entre Ebre et Garonne rassemble Basques, Aragonais et Gascons. La Gascogne qui fut avant de l’être respectivement Aquitaine, Novempopulanie et Vasconie, regrouperait pour d’autres les départements du Gers, des Landes, des Hautes Pyrénées plus certaines parties de Haute-Garonne, Ariège, Tarn-et-Garonne, Lot-et- Garonne, Gironde et Pyrénées-Atlantiques.

Le congo est une cousine de la contredanse, qu’il s’appelle marin-congo, menuet-congo ou marie-congo, comme l’est aux Antilles le kadril. Le quadrille (kadril) lui même influencé par ce que l’on a appelé le menuet congo qui consiste en un menuet de la cour de Versailles passant du rythme 3/4 au rythme africain de 6/8 du goumbé (dit aussi kalenda). Le menuet congo va introduire à côté du violon le tambour africain. C’est aussi l’introduction du chant, du commandeur (ou maître de danse) qui donne la cadence. Les figures du quadrille français continuent dans le kadril antillais. Toujours 5 figures (le pantalon, l’été, la poule, la pastourelle et la finale, à laquelle on peut éventuellement ajouter une sixième figure la trénis). Ce ne sont pas les danses qui manquent au nouveau monde qui réinterprètent à leur façon les danses européennes : naissent alors la chica, le menuet congo, le fandango, la contredanse créole, la biguine. Pour pouvoir diminuer l’aspect africain de la danse on se revendique parfois une origine provençale comme dans le cas de la gigue des nègres  dont on voit une parenté évidente avec la fricassée, danse de fécondité. Plus tard encore par le phénomène de créolisation la polka se transforme en s’africanisant et devient biguine.

Le petit bal congo basé sur le menuet congo voilà un héritage dont Guadeloupe et Gascogne peuvent se revendiquer l’un comme l’autre la paternité. La danse comme la musique n’a pas de frontières et pourtant elle peut être condensée sur les cinq lignes d’une portée.

Pour danser le marin congo (variante : pour danser le menuet congo)

Il faut être quatre

Pour danser le marin congo

Il faut être quatre

Quatre matelots;

Refrain

quat’ mat’lots, quat’ mat’lots

quat’ mat’lots sur l’ bord de l’île

quat’ mat’lots sur l’bord de l’eau