Embarquement pour la pomme cythere

Pomme ou prune ? What’s the difference? Spondias dulcis, autrefois Spondias cytherea. Il y a près de trente ans que je fréquente le ponton qui mène aux délices raffinés de Cythere. En jus, en confiture, en pickles, en punch, en planteur, en tisane. Je n’ai que ce mot en tête pom sitè ou prin sitè . Les Caribeens l’appellent aussi en anglais pomme cythere, ou June plum. Prune de juin. Nous somme à la mi octobre et elles sont encore vertes sur le prunier-pommier de cythere. Mais qu’importe. D’autres l’appellent en anglais ambarella. En espagnol manzana de oro mais aussi juplon, jobo índio ou golden apple. Et même dans le lointain Brésil on la connaît sous le nom de cajarana, caja, tapereba do sertão, caja manga ou caja anão.

Pour le néophyte ce ne sont que de petites mangues, d’ailleurs leurs feuilles pourraient aisément se confondre.


Mais moi je préfère sous forme de punch

Le premier accra d’un carnet d’un retour vaut autant qu’un enterrement de première classe

Le premier accra qu’il soit de morue ou de carotte voire de malanga fait partie de ces rites initiatiques que peu de pèlerins savent apprécier à leur substantifique valeur. Le premier accra qu’il soit accompagné de sauce chien ou de sauce antillaise est un acte religieux de première catégorie. Religieux dans le sens du religare latin, faire le lien, participer au sacro saint vivre ensemble. C’est en cela que le premier accra doit mettre le feu aux voiles de vos narines. Sans piment l’accra est frelaté, et n’est qu’un succédané peu digne de figurer au tableau d’honneur des victuailles sacrées. L’accra dans l’assiette est comme l’ostie dans le ciboire, consubstanciel. On y communie sous les deux espèces. Avant de se jeter religieusement sur le premier Accra quand on est pèlerin dans son pays natal, on se doit la veille faire pénitence. Manger quelques feuillages pour se désintoxiquer les papilles comme on désintoxique un crabe la veille de Pâques. Après ce jeûne penitenciel il est d’usage de prendre une bonne purge et un bon thé de semen-contra. On peut organiser une veillée funéraire, un beau bele, pour dire adieu à la mangeaille. Car le jour du premier accra c’est plus qu’und cérémonie de mariage c’est un enterrement de première classe. Ils sont venus en bus, à pied, à cheval en voiture, ils sont tous là les plats parents, alliés , amis et jusqu’aux ennemis d’ici et d’ailleurs, ils sont venus fêter l’accra nouveau. Le planteur de prune de cythere coule à flots. Les hymnes fusent, le Divin enfant est de retour. Que l’accra soit. ACCOMPAGNÉ DE BANANES PLANTAIN ET DE PLANTEUR DE POMMES CYTHERE

A la recherche du jus de grenade et des gombos à Thessalonique

Quatre jours, trois nuits à Thessalonique. Nous y arriverons aujourd’hui mardi vers midi trente, nous en repartirons vendredi vers 15 heures. Nous y avons passé déjà quatre heures du côté de la gare de chemin de fer avant de prendre notre car pour Sofia. Finalement Thessalonique devrait être l’apogée de notre escapade grecque. Et quelle que soit la richesse architecturale ou culturelle romaine, byzantine ou ottomane que la ville recèle en ses flancs, je repartirai déçu si je n’ai pas goûté à un jus de grenade et à un plat de mouton ou d’agneau, voire de porc, de veau, de lapin, de crabe, de crevettes, de moules, de poulet, de poulpe ou de calamars aux gombos. Cela devient une obsession. Oui en principe on ne vit pas pour manger, on mange pour vivre. Mais permettez que j’inverse les valeurs pour ces quatre derniers jours de Grèce septentrionale. Je ne repartirai pas de Thessalie la bouche sèche et la langue pendante sans avoir senti fondre entre mon palais et ma luette gombo et grenade. Foi de Haut Basse Terrien ! Bunuel aurait compris cet obscur objet du désir qui m’anime.

La Thessalie c’est selon ce que j’ai lu le temple de la gastronomie grecque. On verra bien. En attendant je ne repartirai pas inculte en grec car je sais désormais pour vitam æternam que gombo se dit bamia en grec et grenade se dit rodi. Il y a toute une mythologie autour de la grenade, fruit symbole de résurrection et de fertilité, comme celui de Persephone qui préféra rester aux Enfers avec Hades, son ravisseur plutôt que de retourner auprès de sa mère Deméter trop accapareuse et dominatrice. Elle préféra croquer une graine des six graines que lui avait fait parvenir Zeus via Hermes mais bien qu’elle ait juré ne pas avoir goûté au fruit défendu, la grenade aux 613 pépins, comme autant de positions raffinées et délicieusement acrobatiques du kamasutra. Un jardinier voyeur dans ce jatdin des délices infernaux et paradisiaques qui l’avait prise en flagrant délit de consommation démasqua la sainte-nitouche dérébénale. Elle n’était plus vierge de calebasse car elle avait goûté au fruit du péché, sous-entendu elle avait goûté à la substantifique moelle de la chair, de son plein gré, ce qui lui valut à jamais un séjour de 6 mois sur terre près de père et mère et six mois aux enfers, reine et maîtresse femme matadore.

En Grèce la grenade, mala púnica, la pomme punique, pomegranate en anglais, romão en portugais, est symbole de chance. Séchée on la trouve sur les caisses enregistreuses. Quand on entre dans une nouvelle maison on prend une grenade mûre et on la fait exploser au sol. Idem le jour de l’an. LE JUS N’EST PAS sucré . UN PEU AMER. IL SE VEND EN PETITE BOUTEILLE DANS LES CAFÉS AU PRIX DE 4,50€.

A Thessalonique, une fois arrivé à la gare routière on prend le bus 12 (0,50€ le trajet tarif senior) et on descend sur le premier arrêt sur la rue Ionos Dragoumi. Il suffit de la remonter à pied jusqu’au numéro 61. Là se trouve le Stay Hybrid Hostel. Ils ont des dortoirs mais aussi de très belles chambres au sixième étage (avec ascenseur) tout confort, salle de bains, air conditionné, television, tout cela en plein quartier centre au tarif imbattable de 102€ pour 3 nuits, c’est à dire 34€ la nuit. Fabuleux, je recommande. De plus la jeune fille à l’accueil est charmante, elle est à moitié russe et à moitié grecque et parle un excellent anglais. Grâce à elle j’ai pu manger mes premiers gombos au restaurant Tsarouchas, un restaurant traditionnel ouvert de puis 1952 qu’elle nous a indiqué et qui se trouve à deux rues en montant à droite, rue Olympou 78. Il n’y avait pas d’agneau mais je me suis régalé (l’agneau c’est le dimanche, tant pis pour ma pomme) quand même avec les gombos. Ici cela fonctionne par portion. La portion de gombo c’est 5,20€, la portion de bœuf en sauce servie avec riz et pomme de terre 7,20€. Madame a pris un risotto de poireaux (5,20€) plus une tomate farcie au riz (3,50€).

Le quartier est plein de magasins d’antiquités et de brocante. Et de restaurants. Je suis heureux. Un peu plus bas près de l’agora romain se trouve une énorme place que j’appellerai plutôt un coupe-gorge à ne pas fréquenter la nuit à moins d’aimer la faune interlope. Ou de vouloir se procurer de la came ou un joint. Mais je suis probablement mauvaise langue. Allez y faire un tour comme moi vers 14h30 et donnez m’en des nouvelles.

Je suis assez favorablement impressionné par le peu que j’ai vu de Thessaloniki. Je sens une pulsation humaine que je n’ai pas ressentie à Athènes. J’ai croisé une Camerounaise qui promenait son fils en landau. On a discuté un peu en français. C’est alors qu’une vieille dame s’arrête et nous dit « j’adore votre langue » . Elle est grecque de Thessalonique. Je lui demande si je peux photographier son nez. Oui les nez grecs sont les plus beaux. Elle me dit que tous les nez sont beaux. « Au REVOIR » , me dit-elle pour couper court à ma proposition pourtant pas du tout malhonnête. Je voudrais rapporter douze photos de nez de Thessalonique et en rentrant à l’hôtel je propose a la réceptionniste de lui prendre son appendice nasal en photo avant mon départ . On ne lui a jamais fait cette proposition. Les nez grecs sont les plus beaux. Elle accepte. Elle est même enchantée. Yes. Plus que onze nez à trouver.

Sur ce la fatigue aidant, cela fait dix jours qu’on carbure à un rythme d’enfer on a décidé de s’accorder une après midi de repos. Sieste. Même si je n’ arrive pas à fermer l’œil, malgré la fatigue. Je me repose un peu puis j’en profite pour laver quelques effets personnels (slip, chaussettes, et deux chemises qui puent le bouc dans ma valise). Le soir vers 19h30 notre première virée nocturne dans Thessalonique. On descend Dragoumi jusqu’aux docks. Ce faisant sur notre droite les restaurants animés et nombreux de Ladadika nous clignent des yeux. Mais nous voulons voir la mer sur les docks. Très peu d’éclairage, la mer semble noire et agitée, il faudrait y retourner je pense demain vers 18h ou en fin d’après midi pour mieux voir le port. Les docks semblent le point de rencontre des jeunes ados. Ils se retrouvent en grappes de dix. Probablement un concert en perspective car dans une salle de concert je vois débarquer les musiciens avec leurs instruments. On voit aussi des couples se fondre sur les moindres recoins. Mais l’heure n’est pas à la tendresse pour nous. Madame a faim d’autre chose. Nous remontons dans Ladadika et aterrissons au restaurant choisi par madame. Le Marathos, Ike Mitropoleos 6. En l’occurrence ce sera du poulpe grillé (9,20€) pour elle et des pâtes grecques aux fruits de mer (12,30€) pour moi. Et notre première retsina, une sorte de vin blanc, une bouteille de 50cl de Malamatina (4,40€). Le restaurant s’appelle. Il a l’air assez huppé mais comme partout ailleurs les prix sont super abordables. Cerise sur le gâteau il y a un duo de musiciens qui nous abreuve de musique traditionnelle grecque tout au long du repas. Comme dans tous les restaus grecs on nous sert d’abord l’eau et le pain sans que nous n’ayons rien demandé (3,70€). Comme dans beaucoup de restaus grecs on nous offre un dessert. Aujourd’hui ce sera une glace à la vanille à la crème de sésame. Délicieux. Au goût j’hésitais entre crème de cacahuètes ou crème d’amandes. Ce parfum est vraiment subtil. Le restau est plein. Un mardi soir. J’ai l’impression étrange d’être à Paris ou dans une capitale européenne.


Demain sera un autre jour. À suivre.

Les dieux prenaient-ils des bains de mer ?

Aujourd’hui j’aurais voulu aller dans la mer des Oliviers (en réalité la forêt d’oliviers de Chrisso plantée depuis plus de 3000 ans et constituée de plus de 400000 oliviers que l’on cueille en novembre et qu’on broie dans mes moulins actionnés par les eaux du Pleistos pour donner l’huile d’olive renommée de la Mer des Oliviers). On la voit moutonner à perte de vue jusque là-bas au delà de la vallée du Pleistos, au delà de la chaîne de Kirphis, la mer, le golfe de Corynthe, le golfe d’Itea. Cette mer des Oliviers était sacrée. Tout d’abord on y pratiquait le culte de Gaia (1600-1100AJC). Puis le culte d’Apollon s’imposa. Au bord de la mer deux petits villages, Galaxidi, Itea. Et si j’allais m’y baigner. Allez après le petit dej j’enfile mon caleçon de bain et en route pour la villégiature préférée, me dit-on des ATHENIENS. Oh ce n’est qu’à une vingtaine de kilomètres. Il ne sera pas dit que je n’aurai pas prêté hommage à Poseidon et Amphitrite. Vu de loin la nuit Itea et Galaxidi m’apparaissaient comme de tranquilles villages de pêcheurs ou de tranquilles stations balnéaires. Mais comment s’y rendre sinon en attendant le bus qui de Delphes va à Amphissa puis bifurque vers Itea ?

Une question me turlupine. Les dieux prenaient-ils des bains de mer ? On les voit toujours se chamailler là-haut dans l’Olympe, la montagne. Les versants escarpés, les parois obliques, les dieux ne savaient sans doute pas nager. Montagnard comme chat craint l’eau surtout quand elle est froide. Et quelque chose me dit qu’ils n’y trempaient même pas la pointe du gros orteil droit. Tous à l’exception de Poseidon et madame, Amphitrite pour ne pas la nommer, et leur ribambelle de tritons et sirènes. Ah ceux-lá a n’en pas douter c’étaient de vrais poissons, avec queue, ouïes, nageoires et branchies. De temps en temps ils surgissaient à douze en apnée de Chronos, ils venaient sur les rochers parfaire leur bronzage, ou faisaient une petite virée sur la plage et sur les aiguilles de pins faisaient grésiller leurs moules, leurs poulpes et leurs crabes. Délicieux et rare barbecue pour ces végétariens qui considéraient manger des fruits de mer comme un dessert plus aromatisé et aphrodisiaque que l’ambroisie, faite de yaourt et miel.

En attendant que le soleil se lève il est 9h30 je m’autorise un petit yaourt grec aux cerises. Et c’est parti pour une rude journée.

Aller de Delphes à Itea prend environ trois quarts d’heure à l’aller et une demi heure au retour. Et coûte 2€. Nous arrivons vers 11h30 et longeons le littoral. Notre retour est programmé pour 15h45 ou 17h45. Mais à 13h ce n’est que la pluie qui règne. Nous nous abritons alors pour manger à Zephyros, juste avant la rivière. Encore de l’agneau pour moi (10€), et des légumes aux fruits de mer(12€) pour madame. Plus la petite amphore de vin blanc grec (12€). Ensuite promenade dans les rues d’Itea à la recherche des orangers, des citronniers et surtout des grenadiers. 15H45.IL PLEUT SUR Itea. Dommage. Je n’accompagnerai pas comme prévu Amphitrite, grande mangeuse de grenade, à son bain sacré mais pour lui prêter hommage j’ai goûté à cette grenade qu’elle affectionne tant. Et en passant j’ai pu admirer cette réplique végétale de l’omphalos, la carcasse déchargée d’un palmier qui ressemble comme deux gouttes d’eau au palmier à l’huile brésilien, le dendezeiro. Ici on m’appelle « finicas ». Dans ce « finicas » tous les nombrils du monde reposent en paix.

Le nez des Grecs est-il droit ou aquilin ?

La gare routière de Liosion d’où nous nous envolerons vers Delphes ne paie pas trop de mine. Un aveugle vend ses billets de loto. « Simera, simera » . CHIMÈRES, CHIMÈRES. NON JE NE PARIERAI PAS UN SEUL DRACHME Sur la loterie grecque. Je viens d’acheter mon billet de bus pour Delphes par la compagnie Ktel N FOKIDAS, 16,40 € l’aller simple pour environ deux heures et demie de voyage. Départ 10h30 voie 7. Athena m’a susurré à l’oreille ce matin alors que j’ecarquillais à peine les yeux qu’il ferait beau, gros soleil, aujourd’hui. Elle m’a aussi invité à manger un spanakopita avec mon café double.

Le spanakopita (1,80€) c’est un chausson aux épinards de forme étrange, on dirait un trèfle à trois feuilles. Je me suis régalé . J’ai même répété la dose sur invitation expresse d’Aphrodite. Je suis calé . Pour arriver à cette gare routière nous avons pris la ligne verte du métro de Thissio à Kato Patissia. Et de là on marche un petit quart d’heure jusqu’à la gare routière.

Pour faire passer le temps je compare les nez des Grecs. Eh oui les Grecs ne sont-ils pas renommés internationalement pour leur nez, d’une finesse incomparable, hérité en droite ligne généalogique du talon d’Achille. Oui le nez grec c’est le nez droit aux narines étroites à l’esthétique unique reconnue par Platon Aristote et Aristophanes. On murmure même que Socrate but la cigue car son nez avait la malchance d’ être aquilin, descendant d’Achille d’où le nom nez aquilin. Ou faut il croire Wikipedia qui dit nez fin et recourbe en bec d’aigle. Ah oui mes réminiscences latines me permettent de relier Aquila, Aquila à l’aigle, donc nez aquilin nez d’aigle. Les Grecs qui n’auraient pas le nez droit seraient des Descendants d’aigle. Si j’ai bien compris le nez aquilin se traduirait par une sorte de petit pont sur le nez, comme pour colmater une faille, une fissure congénitale dans l’architecture autrement parfaite de l’os nasal grec.

« Simera, simera, » l’aveugle passe et repasse. Il ne me voit pas donc je peux me focaliser sans gêne sur son nez. Un faux nez sans doute. Car il n’est pas si aveugle que ça, le bonhomme qui me promet des chimères. Puisque son portable sonne et qu’il regarde l’écran pour voir qui est à l’autre bout de la ligne. Nez grec, nez aquilin ou d’oiseau, nez camus, nez romain et moi avec mon nez négroide exotique épaté et nubien en terre hellénique. Mes narines se dilatent comme deux canons de fusil. SIMERA, SIMERA. LA GUERRE DES TROIS NEZ N’AURA PAS LIEU AURAIT DIT Giraudoux Jean.

Et Athena dit: « Que le soleil soit ! « 

Et le soleil fut. Sacrée Athena ! Je te revaudrai ça, ma déesse. J’erigerai un jour à Astypalea un pied de corossol en marbre en ta mémoire. Et nous avons pu ainsi faire une petite virée aux Halles Centrales d’Athènes justement sur la rue Athenas. Ce marché est en fait divisé trois parties.

L’une où l’on vend le bœuf, l’agneau, le lapin, le poulet, un autre où l’on vend le porc, le poisson et les fruits de mer,

et une troisième où on vend les légumes, herbes aromatiques, épices, charcuterie, fromage.

J’ai vu les gombos à moins de 3 € le kilo, l’agneau à 3€ le kilo, les noix de cajou à 16€ le kilo, les fleurs de courgettes à 3€ le kilo, les olives de toutes qualités, les gambas à 11€ le kilo.

Ici le poulpe est roi, et sa princesse est la seiche. Les étalages sont des chefs d’œuvre sur glace. On ne vend que des citrons jaunes. Si l’on veut du citron vert il suffit de se servir dans arbres qui en sont chargés en cette fin de septembre. D’ailleurs une jeune fille pauvre un peu décatie me propose de lui en acheter alors que je prends mon expresso double au café To Koulouri to Psirri. Attention aux effets collatéraux de ce café turc.

toujours le café est servi sans qu’on le demande avec un grand verre d’eau. Il est extrêmement concentré. Moi qui d’habitude aime le café fort ici je me calme car il est fort comme Hercule. Et je ne suis guère un Titan. Le double expresso c’est 2,00€ sur place. Ou 1,50€ à emporter. On peut aussi acheter des Koulouri à 0,50€ pièce, au fromage ou nature.

Puis à proximité de Monastiraki il nous faut choisir entre la prière après nous être signé d’eau bénite ou la luxure à Halloween. Nous prenons la fuite, attirés ni par l’un ni par l’autre de ces paradis artificiels.

Une carte de transport à 4, 50€ pour la journée nous entraîne bien heureusement loin de ces lieux de perdition. La ligne de métro 1 nous emmène au Piree.

Le port. La mer. Poseidon nous harangue: ne restez pas ici.

Allez à Makrolimano, petit port de pêche environné de petits restaus sympathiques où les poissons et fruits de mer vous seront servis à foison. Nous délaissons les Géants des mers, les ferry et autres vedettes rapides, et tentons via le bus 915 de joindre Makrolimano. Peine perdue. Les vents alizés contraires nous font atterrir à Bozoy en haut d’une colline à mille lieues de la mer. C’est la pause déjeuner du chauffeur. Il est 14h15. Finalement on repart dans l’autre sens et après avoir dévalé quelques pentes sous le soleil de Satan on se retrouve enfin sur le bord de mer. Tous ces efforts valent bien une récompense.

Ce sera chez Zorba’ s. Pour un lundi 15h je trouve le restaurant plein. Une table de vide et immédiatement elle est occupée par un groupe de touristes. Moi aujourd’hui je fais maigre pitance. De la morue frite aux poivrons. Une petite heure après on repart en longeant le bord de mer, le stade Olympiakos et prend le tram, histoire d’admirer le littoral. Les plages sont presque vides. Mais les sportifs sont à leur aise. Retour vers 19h30 à Syntagma en tram. Un petit tour à Monastiraki pour acheter quelques souvenirs et voilà 21h retour à la case départ. Demain départ pour Delphes.

Un chemin de croix païen entre Athènes et Astypalea.

Monter à l’Acropole. Un jour de pluie. Un dimanche de septembre. Le dernier. On se perd entre Dyonisios, Athena, Poseidon, des temples, des théâtres démantibulés par le temps, des odéons dédiés à Hercule et autres héros mythiques, on se fraie un chemin de croix entre les milliers de parapluies et de cirés multicolores de toutes nationalités tendus vers les cîmes de l’Acropole.

Sur les sentiers pentus qui mènent vers cet objet international du désir des chats se recroquevillent ici et là . Des âmes charitables leur proposent ça et là des caresses, de l’eau, le gîte et le couvert. Je me demande quelle est la relation intime qui lie la Grèce et les Chats. Sont-ils angora, sont-ils siamois, sont-ils persans ? Sont-ils des descendants ou des avatars de Platon ou d’Aristote ?

Aujourd’hui l’entrée des lieux saints est gratuite. Les dieux sont-ils tombés sur la tête ? Au lieu de 10€, pas un centime. Il faudrait normalement payer 20€ pour avoir accès à tous les lieux saints mais aujourd’hui et depuis hier, au nom de la culture européenne on rase gratis. LA FOULE EST AU RENDEZ-VOUS. Merci Missié ZEUS, merci Man ATHENA. VOUS ÊTES DANS LE FONDOC DE MON COEUR.

LES OLIVIERS, LES FIGUIERS, LES BOUGAINVILLIERS, LES CITRONNIERS ET LES PINS tendent leur échine et ronronnent de plaisir SOUS LA CARESSE DE LA PLUIE PHILOSOPHALE. PAS DE TRACE DE MANGUIERS NI DE COCOTIERS sous la bannière bleue et blanche.. L’ASIE MINEURE N’EST PAS LOIN. AU LOIN ON VOIT LA MER. AU LOIN SE DRESSENT DES COLLINES où semble régner l’olivier D’OU L’ON PEUT CONTEMPLER LES SIÈCLES ET LES NUAGES. NOUS REDESCENDONS piano sano. AVANT DE VOIR A DISTANCE LE PARTHENON NOUS NOUS PERDONS DANS LES RUELLES. Nous nous métamorphosons en FLÂNEURS SOUS LA PLUIE De 10 HEURES À 18HEURES 30, voilà de la belle exégèse, voilà de la belle philosophie. LA FAIM COMMENCE À NOUS TITILLER. JE VOUDRAIS MANGER DES GOMBOS POUR CE PREMIER VRAI REPAS ATHENIEN. SORTIR DU GYROS SEMPITERNEL.

ON COMMENCERA PAR UN VERRE D’OUZO. MELTEMI GATSIOS, Established 1878.

Penélope prend de la morue frite avec une sauce à l’ail (8,50€) et moi un kleftiko, un civet d’agneau frites (11,00€).

À défaut de gombo on mangera de l’agneau. Le restaurant Aityio est notre station deuxième de la Mangueira d’Athènes. Et la musique résonne en live sous la houlette de deux guitaristes chanteurs . Je ne saurai dire quel style. Je ne connais de nom que le sirtaki. Disons que nous sirtakons tranquillement, à la roue libre les bras croisés en sirotant le Marc étrange d’un café hellenico.

« Where are you from? » nous demande un couple grec installé à une table voisine

« GUADELOUPE, West Indies, Caribbean, and she’s from Bahia, Brazil. » dis-je tout orgueilleux.

« NICE place there. » Et elle mime un papillon. Tiens, les Grecs connaissent la Guadeloupe !

« Il y a une île en Grèce loin d’ici qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la Guadeloupe » me fait-elle comprendre.

« Tiens, tiens et comment s’appelle-t-elle cette île papillon jumelle ? »

« Astypalea. »

Alors je trinque aujourd’hui à la santé d’Astypaléa et de toutes les îles-papillons éparses et mystérieuses du Dodécanèse et d’ailleurs dont je n’ai pas encore foulé le sable.

« Ouzo, pour tout le monde ! »

Les délices culinaires grecs revisités à la mode caribéenne

13 nuits en Grèce. 13 petits déjeuners, 13 déjeuners, 13 dîners. Apéritif ouzo à la place du ti punch. Mais l’ouzo quand y réfléchit bien ce n’est qu’une anisette et nous avons ça. Ensuite le slouvaki, les brochettes de porc ou de poulet on connaît, surtout boucanées . Et même le fameux tzatziki, la sauce concombre à l’ail et au yaourt, enlevez le yaourt grec, on connaît aussi. Je poursuis : les beignets de morue accompagnés de skordalia (sauce à l’ail) ne sont pas trop éloignés de nos accras morue. SAUCE CHIEN OU SAUCE À L’AIL ENTRE LES DEUX MON CŒUR BALANCE. Et surtout il y a les gombos. On les appelle okra là-bas, j’essaierai c’est sûr leur sauté de porc aux gombos. il y a les feuilletés aux ÉPINARDS, oh mais je ne serai pas loin demon calalou, alors!

Le ladholemono, la sauce au citron et à l’huile d’olive pour concurrencer notre sauce chien. Peut-être, peut-être, ça ne coûte rien d’essayer en tout cas. Bien alors que reste-t-il des délices grecs à savourer ? Tiens, la moussaka, la lasagne grecque aux aubergines, viande hachée, ou courgettes vegan. Le poulpe aux pâtes. La fêta grillée. Les raisins secs de Smyrne ou de Corynthe. Et je crois me souvenir d’un dessert appelé baklava. Je n’ai jamais bien compris la différence entre la cuisine turque et la cuisine grecque. Ce sont deux cuisines méditerranéennes. Nous sommes au cœur de la mer des oliviers. Et il ne faut pas oublier que jusqu’en 1920 la Grèce était sous domination ottomane même si autrefois toute l’Asie Mineure était grecque. Par contre en Bulgarie où nous passerons deux nuits quid des délices ? Disons que la encore les langues changent mais c’est une cuisine des Balkan.

Alors s’il me fallait mémoriser 13 mots pour survivre en Grèce je dirais :

Karpouzi = pastèque

Peponi = melon

Yaourt né melyi = yaourt au miel

Khtapodhi = poulpe

Garides = crevettes

Xiflas = espadon

Éna helliniko parakalo = un café turc s’il vous plaît

Kalamaria = calamar

Mydhia = moules

Ma première éclade

Vaut mieux tard que jamais mais je peux le crier désormais à la ronde: j’ai mangé une éclade ! Une vraie de vraie en Charente Maritime pas dans un restaurant ! A Saintes à la campagne. Je dois remercier nos hôtes pour cette éclade d’adieu qui clôturera pour nous un séjour de deux ans en Charente -Maritime. Une éclade vraie de vraie ça commence par des moules ni trop grosses ni trop petites. Il faut de la main d’oeuvre pour les installer d’une certaine façon sur le billot de bois pour qu’elles puissent s’ouvrir et cuire de la façon la plus harmonieuse. Il faut avoir récolté à la bonne saison les aiguilles de pin, non au sol qui pourrait les contaminer, mais sur des pins coupés. Il faut les avoir stockés dans un sac en attendant les beaux jours où l’on fera au grand air de son jardin cette éclade, spécialité e Charente-Maritime. Oh vous trouverez des éclades dans les restaurants, parfois, mais rien ne vaut l’éclade au grand air sous un figuier qui vous sert de tonnelle à l’abri d’un parasol pour vous préserver des rayons ardents de l’été indien de septembre.

Surtout n’assaisonnez pas, n’y versez ni vin ni Pineau des Charentes, ni cognac pourtant proches. L’éclade qui se respecte ne doit contenir que des moules et des aiguilles de pin comme ingrédients de base. Vous installez donc vos moules sur le billot de bois, vous les couvrez abondamment d’aiguilles de pin et d’une allumette vous mettez le feu à la chose. Oh je n’oublierai jamais le chant e la moule qui vous déclare sa flamme dans la chaleur du midi de septembre. Oh elles ne le font pas toutes, ce jour-là seule une a fait sa diva, seule une a chanté. Et son chant d’alto était plus intense que tous les trémolos de la Callas. Pour apéritif ce fut du vin de noix, du Pineau et du Gaillac , servi avec des copeaux de melon qui ressemblaient à s’y méprendre à du fromage hollandais. Puis ce furent nos moules cendrées à point. Toutes chaudes et brûlantes. L’éclate ne se déguste pas froide. C’est chaude qu’elle se déguste. C’était autrefois le plat des pauvres pêcheurs de moules qui ainsi se nourrissaient pour survivre. Il faut donc lui garder cette simplicité. Mes hôtes qui ne sont pas charentais pour rien ont dégusté cette éclade en la grignotant avec du pain et du beurre. Moi je les ai englouties l’une après l’autre sans extrême-onction de la sorte. J’en ai presque oublié de boire le vin qui fut servi, un Bourgogne aligoté que j’avais ramené. Ces moules furent suivies d’une salade de pâtes aux tomates et à la mozzarella avec du basilic où je pus récupérer sur les autres convives le retard que j’avais accumulé dans la prise de haute lutte des moules. Car il faut savoir les faire s’ouvrir en glissant une coque contre l’autre et en s’aidant de l’Opinel pour les déloger de la demi-coquille où elles aiment se recroqueviller. S’ensuivit un plateau de fromages où je me régalai sur un camembert Lepetit moulé à la louche, voluptueusement caressé sur une tranche de pain de campagne beurré , laissant aux autres le soin de s’approprier le chèvre et la brebis et autre vache. Un gâteau aux figues du jardin accompagné d’un café vint conclure cette épopée fantastique. Dans quinze jours je parcourrai la Grèce et j’espère y vivre des aventures gastronomiques aussi intenses que celles que j’ai vécues en deux ans à Saintes.

Ducana, saltfish, chop up

Ce matin j’avais sur watsup une conversation live avec les Caraïbes. Ma cousine Loreen d’Antigua, Baltimore comme moi, m’a donné la recette du Ducana, saltfish and chop up. Je suis en effervescence, je regarde par la fenêtre à Saintes en Charente -Maritime, France, Europe et je vois poindre la mer ! la mer des Caraïbes en plein Saintes à deux cents mètres de l’abbaye. à deux cents mètres de la Charente. Incredible but true. Je tends les bras et je cueuille les alizés comme des fruits mûrs d’un pied de tamarin. Oublié le vin, oublié le pineau, je déguste mon jus de tamarin, je sirote mon jus de maracuja, je siphonne mon jus de carotte au gingembre, je suce mon jus concombre et citron vert, je savoure mon jus de sorrel. Que du local ! Et je ne te dis pas, man, mais le jus de concombre au citron vert c’est une tuerie. On dirait du watermelon !

Avec ma cousine on a imaginé notre réunion de famille en Guadeloupe qui devrait se tenir entre juillet et août 2019. Les Baltimore de Guadeloupe et de Antigua se réuniront pour une semaine d’activités, qui se termineront par un banquet dansant.

Je me suis déjà arrangé avec les Antiguais pour que leur collaboration consiste entre autres choses en la préparation sur place du ducana, saltfish and chop-up.

En quoi consiste la chose. C’est un plat qui consiste en trois parties :

carbohydrates : la partie consistance : le ducana : il s’agit de patates douces et de noix de coco râpées, mélangées avec de la farine et des raisins secs, de la cannelle, de l’extrait de vanille, (parfois même pour certains de l’extrait de poire), du sucre, de l’eau (ou de l’eau de coco, ou du lait de coco en fonction de ce que vous allez utiliser, coco râpé frais ou en flocons) et de la noix de muscade. On peut aussi ajouter à ce mélange de la carotte râpée ou du giraumon râpé. Le tout est mis à cuire environ 50 minutes dans une feuille de papier aluminium ou traditionnellement dans des des feuilles de banane ou de raisiniers bord de mer (coccoloba) mais si on a des feuilles de figue sous la main pourquoi pas.

protéines animales: le saltfish (la morue) (on peut la remplacer par du maquereau ou du hareng mais normalement on utilise la morue comme de la chiquetaille de morue qu’on va assaisonner néanmoins avec oignons, poivrons, sauce tomate, ail, huile d’olive, vinaigre de cidre et poivre noir. (saltfish buljolde)

protéines végétales : le chop-up: normalement on propose des épinards au beurre. Mais on aime aussi panacher avec gombo, giraumon, aubergine, courgette.

Attention la patate douce aux Antilles, la bonne pour ce plat c’est la variété boniato.

Le ducana est un plat très apprécié à Antigua et Barbuda, Trinidad et Tobago, Saint Vincent et Grenadines, Belize, Jamaïque, Sainte-Lucie, Grenade, Saint-Kitts, Barbade.

Si vous avez déjà mangé des tamales ou des pastelles on peut dire que ce sont des cousins. Le DUCANA est appelé aussi duckanoo, ducuna, dukuna, tie a leaf, blue draws (en Jamaïque), paime à Trinidad et Tobago et Sainte-Lucie, conkie à Grenade et à la Barbade, dukunu à Belize, pastelles à Puerto Rico, ducuna à St Kitts and Névis. Le tie a leaf est généralement fait avec de la farine de maïs (cornmeal), certains mélangent cassave râpée, malanga râpé (tannia) et patate douce râpée. Mais globalement quel que soit le nom de ce plat il contient de la patate douce râpée et du coco râpé.

https://youtu.be/C7P07kkP_6w

C’est un plat de jeûne . On l’utilise fondamentalement à Antigua le vendredi Saint à Pâques et le 1er novembre, jour de l’indépendance.

Oh il y a des centaines de recettes mais moi je vais les yeux fermés sur Cooking Magic

https://youtu.be/qgt9emdeGOY

Et si vous voulez les ingrédients et la recette à la mode Antiguaise vous allez ICI.