Romazava à la madagwadabra

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Le romazava est un plat malgache. Il vous faut comme ingrédient des brèdes mafane (ce sont des feuilles et des fleurs jaunes qui piquent un peu aux lèvres, la feuille existe au Brésil, d’ailleurs on appelle cette plante aussi cresson du Para et est trés consommée ans les etats du Para et du Amapa)), de la viande de zébu, et puis les épices habituelles, oignon, gingembre, sauce tomate, sel, poivre, jus de citron, persil arabe (ou coriandre vert), cives. 

L’apparence générale dans la tradition malgache c’est une sorte de pot au feu clair. Le plat est servi avec du riz blanc et de la sauce piment ! On peut aussi accompagner d’un rougail tomates ! Moi j’aime le calalou fait à base de feuilles de dasheen (taro, majimbi ici à Mayotte) et de gombo et je peux y ajouter au choix du crabe, des palourdes, des écrevisses, des lambis, des crevettes, du poulpe mais voilà il y a un hic cela va faire trois mois que je suis en manque. J’ai tout juste eu droit à un gombo il ya un mois environ et un crabe dans les mêmes zones. Comme je vois tous les jours en rentrant chez moi des vendeuses de rue me proposer des feuillages et en particulier des brèdes mafanes, j’ai décidé, ne vous en déplaise, de faire une romazava-calalou de brèdes mafanes, où à défaut de grives je mettrai du merle! et cela donne un romazava à la madagwadabra (avec des influences mada, gwada et brabra)

Le merle en l’occurrence se nomme chou, carotte et colombo et clou de girofle et bonda manjak !

Bon, l’idéal pour un romazava-calalou serait de mélanger quelques feuillages comme pour un bon calalou.

Si vous avez des feuilles de moutarde, des feuilles de cresson (anadraho, cress), de roquette (aragula, rucula) ou même des fanes de radis, des feuilles d’épinards à défaut de feuilles locales comme les brèdes mafanes (anamalaho en malgache, Acmella Oleracea, cresson du Para, paracress, jambu), anamamy (malabar spinach en anglais, épinard de malabar, Basella Alba), , essayez les.

On peut aussi imaginer un bréde mafana végétarien auquel cas je remplacerai le boeuf par des lentilles et du lait de coco ! Et voilà le tour est joué ! On peut aussi faire un romazava avec du poisson fumé (the best selon moi) du marlin fumé, du thon blanc fumé, oh la la ! Voire du poulet fumé, du jambon fumé, bref vous comprenez, hein ! !

L’idéal serait d’y ajouter des piments végétariens quoi que le cresson du Para (appelé jambu au nord du Brésil) a tendance a faire pétiller votre bouche et rendre vos lèvres un instant insensible. D’ailleurs en Amazonie et dans les états du nord du Brésil il y a un plat célèbre appelé pato no tucupi (canard au tucupi ou les feuilles de brèdes mafanes sont indispensables avec le tucupi, qui est du jus de manioc, goma de mandioca appelé aussi en Guyane kasilipo) et un autre nommé tacaca. On considère le jambu comme un aphrodisiaque féminin, il fait frétiller les langues et on a même une cachaça de jambu. Pour que le jambu garde ses propriétés il faut qu’il soit consommé aussitôt après avoir été cuisiné, sinon il perd ses caractéristiques

On peut servir à la malgache avec du riz blanc ou à la brésilienne avec de la farine de manioc ou à la mahoraise avec du fruit à pain rôti, ou des bananes rôties ou du manioc rôti ou à la française avec des pommes de terre ou des patates douces  rôties, ou carrémént à la gwada avec des dombrés au colombo! The choice is yours, breda !

Le dombo dombo d’Emmanuelle m’ a fait monter au ciel

  https://youtu.be/uARLIlrqFr0

Je ne mange jamais le soir. Sauf exception notable. Et ce soir je n’ai pas pu résister à la tentation et me délivrer du mal. 

J’ai chante : » au ciel au ciel au ciel j’ irai vers toi mon dieu » car on venait de me mettre en bouche mon hostie sainte.

L’ hostie du jour est congolaise et se nomme dombo dombo.

2 mois dans l’Océan Indien et il ne se passait pas un jour que je réclame par monts et par vaux mon gombo quotidien. J’avais fini par me résigner.

Or j’arrive ce soir à 17 heures et quelques secondes et demande ma bière trois chevaux. À défaut de gombo trois chevaux font l’affaire. Je règle mon euro cinquante et me hâte d’engloutir la cannette. Le bar est vide. Surgit alors la patronne du Baraka qui me lance: « Jean Marie j’ai pensé à toi hier. On a fait du gombo.  » J’ai saute en l’air, mes levres ont fait kia, mon boudin a fait kui, ma cervelle a fait Kian. Envoyez-moi mon nannan. Mais d’ abord j’ai dit presque en pleurant. « Comment Angèle tu as des gombos, tu sais depuis deux mois que je fréquente ce snack bar que je te réclame les gombos et le jour où tu en cuisines même pas un coup de fil. » Je suis dégouté. C’est alors qu’elle me donne la bonne nouvelle. « Je t’ai gardé une part. Je ne t’ai pas appelé parce que je n’avais pas ton numéro. »C’est vrai. C’est à Mohammed que j’avais donne le numéro. 

Je ne mange pas le soir. Mais quand la coupe est si près des lèvres il faut la boire. Donc je commande. C’est Emmanuelle, la cuisinière congolaise, qui a confectionné cette hostie. 8 € pour toucher des lèvres le parinirvana. Yepa ! Les constellations étaient alignées sur ma langue et mon nombril. Jamais gombo ne fut si rapidement avale. Dombo Dombo viande. Ça m’a fait penser au soukoupandya sénégalais. En dégustant fourchettes après fourchettes j’ai vu défiler dans ma tête le port altier des femmes du Burundi et du Rwanda et les poignées d’amour des femmes congolaises. J’ai vu défiler la quiabada brésilienne du vendredi midi d’une autre époque, Mayotte et les Comores étaient de l’autre côté du monde. J’étais un réfugié non pas politique mais gastronomique. Je demandai a bénéficier illico de l’asile gastronomique en vertu du code de procédure gastronomique qui exige que tout homme persécuté dans son pays pour ses choix gastronomiques puisse être accueilli par un pays tiers selon la charte des nations unies. Merci Congo pour m’avoir accepté comme réfugié gastronomique. Je vais me mettre au swahili. En attendant désormais Angèle peut me contacter à toute heure du jour ou de la nuit en relation aux gombos.

15h30

Du côté des femmes sous le chapiteau. Derniers préparatifs. Dans une heure plus de 600 femmes verront la mariée. Les femmes sont réparties par groupes. Elles seront nourries, recevront même des caisses de boisson non alcoolisées à ramener à la maison. Un groupe de musiciens les fera danser et chanter. Puis viendra le moment de donner de l’argent à la mariée. La future belle-mère donnera au minimum 5000 € pour montrer la v

oie aux autres. On estime que tout le mariage aura coûte 20000€. On aura abattu trois zébus. Aujourd’hui à la suite de cette cérémonie entre femmes on estime que la mariée récoltera entre 7000 et 10000€. Il y a presque une lutte de clans pour savoir qui contribuera le plus. De son côté le mari devra amener l’or: des bijoux pour montrer à sa femme mais surtout à la communauté la valeur qu’il donne à son épouse. Tout cela sans parler des multiples cadeaux faits à l’épouse : appareils électroménagers qui lui seront livrés des dimanche par camion. Ensuite la semaine prochaine il y aura une soiree dansante traditionnelle. Ensuite on pourra se reposer en paix et tenter de réanimer le portefeuille de tous. La saison des pluies commencera et cessera donc celle des mariages.

Mariage Mahorais: épisode 3: samedi 6:30 du matin



Samedi matin 6h30. Depuis hier chez Sophia, la restauratrice, les petites mains sont à l’ouvrage près du port de M’Tsapéré. Dans cette branche de la famille un boeuf entier a été abattu. Ce sont des seaux et des marmites entières de boeuf qui trempent en ce moment dans l’eau et qui serviront me dit-on de sauce. Une cinquantaine de personnes ont travaillé pour la bonne cause jusqu’à tard dans la nuit. On a dormi sur la natte pour être d’attaque à 5 heures du matin. J’imagine qu’il y a encore aux Antilles  des familles qui fonctionnent sur ce rythme tribal et clanique. J’imagine qu’autrefois nos mariages d’antan témoignaient de  cette solidarité. Désormais on oublie la solidarité et au nom de son appartenance  aux valeurs occidentales, on se retranche dans l’entre-soi sous la coordination d’un traiteur et d’ un maître de cérémonie. La tendance est mondiale. C’est la globalisation a marche forcée. Ici les Mahorais résistent. Quand je filmais ce matin et que je prenais des photos j’ai entendu certains dire avec fierté  Africa ! L’Afrique résiste encore! Elle s’occidentalise quand ça l’arrange. Mais moi en voyant cette marée humaine communier ainsi à la confection de ce repas digne de Pharaon, je ne peux dire que hocher la tête et dire moi aussi: Africa. Pourtant j’ai entendu des Sénégalais avertis dire, Mayotte ce n’est pas l’Afrique.

Certains qui aiment à dénigrer évoqueront les conditions d’hygiène, de conservation. Moi je fais confiance à ce peuple millénaire et symboliquement aujourd’hui en arborant fièrement mon bonnet, mon keffiah sur le crâne, j’épouserai en quelque sorte certains aspects immergés de mon africanité qui baignaient dans le marigot des  bassines bleues de mon inconscient collectif.

On livre en ce moment du riz par sacs de 20 kilos. D’énormes bassines et seaux recueillent dans leurs flancs, pommes de terre, chou petsai, riz,  lait caillé, là on débite des oignons, là on ouvre des centaines de boîtes de lait de coco, là on fait cuire le lait de coco ou le riz, là on a déjà cuit les aubergines, les pwadibwa attendent tranquillement leur tour. Seules les femmes cuisinent. Les hommes livrent, transportent, conduisent, déballent mais ne cuisinent pas. Toutes les générations sont confondues dans cette distribution à la Métro Goldwin Mayer. La rue devient l’extension de la maison trop petite malgré sa taille respectable  et sa cour intérieure  plantée de bananiers, pour autant de monde et de faitouts.

Partout c’est l’odeur du feu de bois, la chaleur du feu de bois, la fumée du feu de bois. Ce n’est pas l’heure du défilé de mode, chacun s’affaire dans le plus simple appareil. Il est 6h30 et  le programme des festivités me sera remis vers 9/10h. Je repasserai plus tar sur le coup de midi pour voir comment les choses ont avancé. On prépare en ce moment la soupe au riz et le thé pour ces abeilles ouvrières toutes unies dans leur coup de main clanique. J’avais déjà vu à Mayotte de telles scènes de préparation culinaire qui occupaient les ruelles. Maintenant je comprends mieux les tenants et les aboutissants de cette ruche, de cet essaim.

Telles de petites mains qui tissent et brodent un vêtement d’apparat elle concourent toutes à la magnificence de ce mariage traditionnel. On peut parler de communion rituelle. Aujourd’hui quand je mangerai ce sera autre chose: je communierai. Peu importe l’hostie pourvu que la communion soit parfaite et solidaire.

Et dire que ces mêmes préparatifs que je trouve gigantesques et qui occupent ici deux maisons se répètent des dizaines de fois entre M’Tsapéré et Doujani, où aura lieu le grand événement sous chapiteau. Quand je vois tout ça j’imagine ce qu’était autrefois le mariage d’ un sultan. Et je me rends compte paralellement de l’énorme déperdition de valeurs qu’à constitué la traite atlantique. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé mais de comprendre les constituants intimes qui concourent à notre personnalité. Je le dirais autrement: mon univers wolfokien repose sur une base multiforme. L’Afrique y a sa part, toute sa part, ses radicelles se mélangent, bifurquent, se ramifient avec d’autres et me transforment constamment. Il n’est pas étonnant qu’étant actuellement aux confins de l’Afrique de l’Est je m’ interroge sur cette partie pré-dix-huitième siècle de moi.  Je suis comme un père de 5 enfants, je suis toujours plus proche de celui qui souffre le plus à un moment donné. Je n’ ai pas d’enfant préféré. Je les aime tous autant quoi qu’ils en pensent. J’ai des affinités certes avec certains, des atomes crochus qui rendent les passerelles plus fréquentables et moins troubles, j’ai des moments de perplexité parfois, de doute et même de désolation, mais comme on dit ce sont tous « de la farine du même sac ». Et en cela ils méritent tous le même amour. L’Afrique aussi fait partie de ma farine. Elle est plutôt de manioc et je dois la mélanger avec la farine de maïs et la farine de blé pour obtenir le meilleur gruau possible, le meilleur mingau, le meilleur couscous. Il faut pour cela des talents qui dépassent les seules compétences de cuisinier. Il faut de la mémoire. Et ce mariage est un prétexte de refaire ressurgir en moi des mémoires ensevelies au fin fond des marigots.

Plat du jour

Haricots blancs à la tomate et au thon rouge sur lit de farofa de couscous complet aux merguez, aux oeufs et au piment Bonda Man Jacques.

Récupérez le reste de haricots blancs à la tomate et au thon rouge de la veille

Préparez la farofa. Pour ce faire:

1 Faites revenir deux merguez et un demi oignon dans un peu d’huile d’olive

2 Incorporez la semoule complete grains moyens de couscous

3 Ajoutez deux oeufs

4 Ajoutez de la ciboulette, du coriandre vert, du piment, salez et poivrez à volonté.

Un gastéropode particulier

À vous qui aimez le lambi, Strombus Gigas pour les intimes, Queen Conch pour les anglicistes, peguari pour les lusophones bresiliens et Caracol pour les hispanisants, vous qui savez toutes les interdictions et la réglementation dont il fait l’objet aux Antilles, vous qui savez qu’un lambi peut vivre plus de 20 ans, mesurer jusqu’à 30 cm et peser jusqu’à 3 kg, vous serez surpris de savoir que j’ai, pêcheur à pied, ramassé une quarantaine de ce que j’appelle des lambis miniatures, juvéniles, immatures mais que les ramasseurs locaux appellent en shimaoré kwizit et en malgache kizi. Même aspect. Ça se cuit comme des bigorneaux. Il se peut que ce soit une toute autre espèce. En tout cas dans l’îlot Croizil et l’île Blanche au nord de Mayotte il suffit de se pencher et de bien ouvrir les yeux. La pêche est miraculeuse.

Il s’appelait Chereli, il était plombier

Nous avons parlé environ deux heures à la terrasse du restaurant chez Sophia. Nous étions trois dimanche  matin à discuter de tout et de rien. D’un côté Abdul, 50 ans, Mahorais, revendeur de pièces détachées  de voiture, de l’autre lui, Chereli, mahorais légitime, lui aussi, 57 ans. Il a raconté qu’il avait habité 40 ans en France. Parti de Mayotte à l’âge de 16 ans il avait  habité Marseille, puis Le Vigan, dans le Gard. Moi je lui ai dit que nous nous étions peut être croisés puisque moi aussi j’avais habité Nîmes dans le Gard. Il a vécu son temps en métropole puis il est retourné dans son M’Tsapéré natal. Il m’a raconté la Mayotte de son enfance, quand la mer arrivait au pied du restaurant où nous étions, que la rivière Majimbini allait jusque devant la mosquée et le dispensaire, que juste derrière il y avait une digue et que tout M’Tsapéré qui se trouvait après la digue était en zone inondable. Il m’a parlé des bangas en altitude qui risquaient de débouler en cas de pluies intenses à cause de la déforestation et de la fièvre immobilière, des cyclones d’autrefois qui faisaient de gros dégâts, de la pharmacie de M’Tsapéré qui était en première ligne en cas de montée des eaux ( j’ai su plus tard que lui et sa famille étaient propriétaires des murs de cette pharmacie et qu’ il habitait au dessus de cette même pharmacie avec son frère).  Il m’ a parlé d’un fruit qui s’appelait bonbon et qui avait disparu, de M’Tsapéré et Cavani qui autrefois n’étaient que  des champs de banane et de cocotiers, qu’autrefois il y avait des fruits à pain partout et qu’il suffisait de demander pour recevoir, il s’est plaint des voisins, les Comoriens, il m’a dit qu’autrefois il faisait en pirogue la traversée de la baie pour aller de Sada à Boueni. Qu’il avait même fait M’Tsapéré-Boueni en pirogue. Que ça prenait toute une journée à pagayer. On a aussi parlé football. PSG, Barcelone, OM. Football brésilien, français, Neymar, il avait un avis sur tout.  Football, économie, gastronomie. J’ai parlé gombo, il connaissait, bélembé non, igname, taro que lui appelait songe. J »ai appris plus tard qu’il savait bien cuisiner. J’ai appris plus tard qu’il était du genre gros bagarreur du temps de sa jeunesse et qu’on le retrouvait  souvent la chemise en sang. J’ai appris plus  tard que c’était  un adepte inconditionnel du whisky, j’ai appris plus tard qu’il en avait bu deux dimanche  matin, un chez Sophia et un dans le  bar d’à côté après que Sophia ait refusé de lui en servir un deuxième, j’ai appris plus tard que je l’avais rencontré déjà  vendredi à midi alors que  je mangeais ma sauce crabe et qu’il était lui accompagné  de deux congolaises de fort gabarit et de vertu douteuse, je me souviens juste qu’elles buvaient et mangeaient alors que lui buvait seulement. Il n’aimait pas manger le midi, l’ai-je entendu dire.Je suppose qu’il était adepte des siestes frauduleuses. Il m’avait dit que tout M’Tsapéré appartenait à sa grand-mère et que c’était un clan. Tout le monde était apparenté. D’ailleurs me dit-il là où vous habitez c’est moi qui ai fait la plomberie. Il était l’oncle du propriétaire de mon appartement. Nous avons comparé Mayotte en long et en large avec la Guadeloupe et le Brésil.

Nous parlions sur la terrasse pour la première fois. Je lui donnais environ mon âge. Je pensais qu’il était à la retraite.

Ce dimanche-là je ne l’ai vu rien boire. Il ne buvait pas mais pourtant je l’ai vu sortir du bar d’à côté.

J’ai été sans doute l’un des derniers à le voir en vie. Il est parti pour d’autres sphères vers 23 heures dimanche chez son frère au-dessus de la pharmacie. On l’a transporté immédiatement  à la maison familiale, située là où moi j aussi j’habite. Moi je dormais du sommeil du juste. Je n’ai rien entendu. Ni tambour ni trompettes. La famille l’a lavé, pomponné, habillé pour sa dernière virée. Juste en-dessous de là où je dormais.

Ce matin en sortant de chez moi vers sept heures du matin il y avait un attroupement de vieilles femmes dans la cour intérieure de la maison. Chose inhabituelle. La soeur de la proprio est sortie de chez elle et m’a prévenu. Aujourd’hui il va y avoir un peu de bruit. On va probablement boucler la rue. J’ai cru à un mariage. Non m’ a-t-elle dit. Mon oncle vient de mourir. Il avait déjà eu une avc. Cette fois-ci, il n’a pas résisté, ce dimanche lui aura été fatal. On l’enterrera vers midi, après la prière à la mosquée au cimetière de Manzarisoa.

Je n’ai pas fait le lien entre l’homme du Vigan et ce défunt. Ce n’est que le soir vers 19 heures que j’ai appris la disparition de l’amateur de congolaises de fort gabarit et de whisky.

On est bien peu de chose et mon amie la rose me l’a dit ce matin, comme diraient Natacha Atlas en choeur avec Françoise Hardy.

Il disait qu’autrefois on pouvait plonger dans la rivière à partir du pont de Mtsapéré.

Cela faisait un an et demi qu’il était rentré au pays. C’était somme toute un bon vivant. Ça aurait pu être moi, ce fut lui. Ce soir j’ai passé deux autres petites heures à évoquer sa mémoire autour d’une bière Three Horses et quelques bananes grillées avec Abdul et Sophia. Quand je suis rentré chez moi vers 19 h30 il y avait encore foule. Des femmes entraient chargées de gamelles de riz. Des hommes dans la rue faisaient la palabre. La vie continue, Inch Allah !

Il m’avait demande de lui dire si la plomberie était au point depuis qu’il avait fait la dernière révision, je n’avais pas osé lui dire que l’évier était en ce moment bouché …

Chaque fois que j’entendrai bêler le troupeau de chèvres de Mtsapéré qui traverse les rues vers 6 h au petit matin je penserai désormais à lui, Chéreli le plombier qui fut aussi un temps chaudronnier. Nous nous demandions dimanche qui était le propriétaire. Il le savait sûrement.

J’aurais aimé lui demander s’il avait déjà ramassé des kwizites au bord des îles du nord auxquelles l’océan Indien sert d’écrin.

Il aura probablement eu un bel enterrement avec tous les notables défilant ans les rues de Mtsapéré mais je doute que quelqu’un ait versé sur son linceul que j’imagine blanc quelques gouttes de whisky pour lui souhaiter bonne route. Aurait-il préféré un Johnny Walker ? Je l’ignore ! Il ne portait les deux fois où je l’ai vu ni boubou ni bonnet.

Ramasseur de coquillages


Il y a deux types de ramasseurs de coquillages. Ceux qui les ramassent vides et ceux qui les ramassent en vie.  Ceux qui les ramassent vides sont mus par des souvenirs d’enfance. Ils collectionneraient volontiers aussi des galets noirs, des papillons morphos, des feuilles de chêne, des glands, des châtaignes, des timbres, des fleurs séchées, ce sont les ramasseurs romantiques, les contemplatifs, les éthériens…

Il y a ceux qui au contraire ne veulent rien d’inerte. Il faut que ça bouge la-dedans. Ce sont les ramasseurs dévorants. Ils déclinent leur proie en ragout, grillade, comparant une espèce avec une autre, les lambis se cuisent comme des bigorneaux, l’important c’est l’assaisonnement. Ils prélèvent de la nature tout ce qu’elle consent à leur donner sans le moindre effort.

Je fais partie tantôt d’une espèce, tantôt de l’autre. Ce weekend end j’étais sur l’îlot Croizil et sur l’île Blanche au large de M’Tsamporo et j’ai fait comme je le fais rituellement chaque fois que je vais au bord de la mer mon ramassage de coquillages. J’allais me restreindre au ramassage de cauris car il y en avait de fortes beaux quand j’aperçus un petit coquillage que je qualifiai de mini petit lambi. Un lambi loin d’avoir atteint la taille adulte.

Nous étions partis  à quatorze pour cette excursion et deux des membres étaient partis au ramassage. Au loin beaucoup d’hommes et de femmes arpentaient consciencieusement le rivage à marée basse, chacun avec un sac au bras pour ramener sa pêche miraculeuse. Je crois comprendre par la façon dont ils fouillaient la vase qu’ils cherchaient à déterrer des poulpes . Mais ne voilà-t-il pas qu’elles me reviennent les bras chargés de ce qu’elles me disent s’appeler en comorien kwizit

Moi j’ai reconnu des bébés lambis, des juvéniles, et je me pose la question sur la pertinence de leur pêche. Mais les deux ramasseuses exultent. Et évoquent la cuisson des bestioles. Ça ce cuit comme des bigorneaux ensuite on assaisonne comme on veut.

Nous partons sur l’île Blanche et nous voilà désormais 6 à ramasser. J’ai vite fait d’en ramasser une quarantaine. Je me dis moi même que cuits au feu de bois ça pourrait avoir fière allure. Puis finalement je préfère les prendre en photo autour d’une coquille vide de bière réunionnaise Bourbon que je viens d’ingurgiter.

Il ne s’est pas passé 5 minutes avant que la nature ne se venge et ne mue notre excursion tranquille dans les îles du nord en opération commando. L’île Blanche n’est île qu’a marée basse. La marée monte, il faut évacuer sous l’avalasse. Le bateau tangue. Nous nous réfugions sur une troisième île où est notre bivouac. Notre seul refuge c’est la mer, car il pleut des grélons qui piquent comme des frelons en plein Océan Indien. Mais nul ne perd le nord. Au contraire. On sabre le rosé. Cabernet d’Anjou. Il va pleuvoir une bonne partie de l’après-midi. On fait contre mauvaise fortune bon coeur. Et moi qui ai oublié de prendre ma bouteille de rhum. Peu importe je crée en honneur des esprits de la mer le dernier cocktail miel, citron, jus de gingembre, jus d’ananas et eau de pluie avec eau de mer. Enfin les éléments s’apaisent. Moi en tout cas je ne ramasserai plus de kwizit, j’ai compris ma leçon. Triton oblige !

Entre Paradis et Terre

Enfin. Je plane between Heaven and Earth, entre Paradis et Terre.

Car j’ai enfin ma bouteille de rhum blanc from Mauritius. Direct deposit Plaine Lauzun. Blue Bay B. ! Wow! Blue Bay B. ! Bon je l’avoue 37 degrés d’alcool par volume c’est loin des 55 de Marie-Galante.

Mais ce n’est pas la force que je recherche mais le parfum. Je veux que dans mon rhum on flaire le cyclone, les alizés et les bougainvillées mauves en fleur. Je veux que dans mon rhum explosent les fragrances des pétales de pommes malacca. Je veux que mon rhum me retraduise en 25 langues de feu le bruit de la pluie d’hivernage sur les tôles chauffées à blanc. Je veux que mon rhum me sussurre au palais le frémissement sensuel des branches de sassafras au clair de lune.

Je vais te dorloter mon  bébé bleu de la baie pas plus tard que ce vendredi soir. Car du lundi au jeudi je jeûne ! J’espère que je ne serai pas déçu en tout cas vendredi à la rupture du Carème !.