A l’enterrement d’une île morte

Jazirat al Mawet, autrement dit Mayotte, c’est l’Ile de la Mort. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, ce surnom. C’est le nom macabre que lui ont donné les premiers navigateurs arabes. Ils avaient sans doute leurs raisons.

Dans les cimetières pas de trace de nom, ni de stèles, ni de couronnes, ni de fleurs. Seul celui qui a enterré sait où se trouve son défunt. C’est dans l’anonymat complet que les morts dorment le corps tourné vers la qibla de la Mecque, vers le Nord ! Les rites mortuaires musulmans et ancestraux se chevauchent !

En effet, « dans un premier temps, on ferme les yeux, la bouche, on couvre le corps d’un linceul composé de trois étoffes blanches et on lui assure un bain mortuaire digne comprenant l’usage d’eau chaude additionnée ou non d’eau de Zamzam, des plantes aromatiques, du camphre nommé ”Kanuru”, des feuilles de “Mtsinavu” et du coton pour boucher les orifices ainsi que du parfum ». Par ailleurs, « la pratique du bain mortuaire doit suivre des étapes précises », « Par le biais de massages, on appuie sur l’abdomen du mort pour vider les viscères. Les écoulements et les selles sont recueillis dans un trou fait sous le lit ou dans des bassines placées sous le lit.

Avant de les enterrer dans un linceul blanc ils ont été nettoyés à l’eau de Zamzam, puis mis dans une caisse pour être portés à la mosquée où une prière est faite en leur honneur puis on les retire de leur caisse et on les enterre à même la terre. Des planches sont placées sur le cadavre puis on le recouvre de terre. Cette terre est ensuite arrosée d’une eau spéciale.

Une fois mort  les anges  exterminateurs  Munkar et Nakir sont deux capitaines qui vont pratiquer dans la tombe votre interrogatoire et décider du chemin que votre âme va suivre selon que vous avez prié et été bon musulman. Ils vous dispatchent au bout de 40 jours après l’enterrement soit au paradis soit en enfer.

Lors d ‘un décès il y a 4 moments importants :

  • le jour de l’enterrement proprement dit, au plus tard vingt–quatre heures après le décès,
  • le troisième jour, qui est une sorte de petit deuil : un boeuf doit être sacrifié
  • le neuvième jour ou moyen deuil : on offre des gâteaux
  • le quarantième jour ou grand deuil; un autre boeuf doit être sacrifié
  • A chacune de ces étapes la communauté se retrouve dans la demeure familiale du défunt. On offre à boire et à manger. La nourriture consiste en général en riz et lait fermenté auquel on ajoute du sucre, du kangué, du poulet, des bananes vertes, du manioc.

On peut aussi offrir des Coran aux convives pour qu’ils puissent prier en communion fraternelle.

il existe aussi un plat à base de papaye verte coupée en tranches arrosée de lait fermenté et de sucre.

Les convives hommes les plus importants repartent avec le douan, qui est un sac en plastique transparent où se trouvent 2 ou 3 boissons non alcoolisées, une bouteille d’eau, des gâteaux.

Une mort coûte très cher car c’est comme le grand mariage. Ce n’est pas tant le mort que l’on pleure mais sa puissance et celle de son clan que l’on expose lors des funérailles.

Le brède patat de l’Epiphanie

 

 

Aujourd’hui c’est les Rois ! Le 6 janvier ! Et si on se couronnait d’une galette de brèdes patat ? Ca tombe bien le Roi Mage a trouvé des brèdes patat dans le rayon fruits et légumes du SNIE sur la place du marché alors que sur le marché de Mamoudzou il n’y en avait que pour le brède mafane, alias cresson du Para !

J’aime la galette Savez-vous comment ? Quand elle est bien faite Avec du beurre dedans.

Moi j’aime bien la galette avec une pâte feuilletée et de la frangipane mais y en a comme les Niçois qui préfèrent une pâte briochée avec des fruits confits et d ‘autres qui ne la conçoivent qu’ avec une pâte à chou. Mais cette année, au diable les fèves, au diable les amandes, la pâte à chou, la frangipane, la feuilletée, la briochée et les fruits confits ! Cette année le Roi Mage que voici se passera de galette ! Cette année innovons, pardi ! Célébrons l’Epiphanie avec des feuilles de patate douce, pardi !

Eh mais j’y pense, j’en ai jamais mangé de ces feuilles de patate douce-là. J’ai l’impression d’être l’un de ces lapins ou un de ses cochons d’Inde que ma grand-mère feue Julienna élevait à Morin, Saint-Claude. Et tout à coup j’ai un doute : je crois bien qu’on mangeait le lapin mais que faisait-on des cochons d’Inde ? Finissaient-ils eux aussi dans le canari ? Mémé, si tu m’entends, fais-moi un signe ! Ai-je déjà mangé du cochon d’Inde. Car lapin se dit konding en kreyol et je trouve trop étymologiquement proche de cochon d’Inde. Je m’inquiète un peu car mardi dernier j’ai consommé du landra, du hérisson malgache et je ne sais pourquoi j’ai eu comme un goût de déjà vu, déjà mâché, déjà dégusté et pourtant je suis sûr de ne jamais avoir mangé de hérisson malgache ! Ah il va falloir que je mette ça au clair avec madame ma mère ! Car comme dirait feu mon père

« hérisson, lapin, rat ou cochon d’Inde, an pa papay ! »

Oh c’est abordable, vous savez, les feuilles de patates : 1,85€ le bouquet. Plus aborable que les feuilles d’épinards frais que j’ai vues la semaine dernière à 10€ le kilo, alors qu’à Saintes on en trouve à 3,50€ le kilo. Au moins c’est local les feuilles de patate, made in Mayotte.Et la chance, j’ai trouvé de l’aubergine coupée en lamelles (j’adore) à 4€ le kilo sur le marché. C’est vrai j’aurais pu acheter l’aubergine entière et la couper moi-même en lamelles mais depuis que j’ai découvert qu’on pouvait l’acheter déjà en lamelles toutes prêtes, jolies et séduisantes, pleines de sex appeal, je ne résiste plus, je n’achète plus qu’ainsi.

Mais il faut d’abord que je vous confie un secret. Depuis environ 2010, si ma mémoire est bonne, j’ai des trous de mémoire, des béances mêmes, concernant l’aubergine et la courgette. Cela date de l’époque où j’enseignais la gastronomie française à l’université et au Senac au Brésil. Dés que ces deux légumes se présentaient dans une recette en portugais je ne trouvais plus l’équivalent français. Tout se mélangeait pour aubergine je devais passer par eggplant en anglais et beringela en portugais voire bélangère et parfois rien ne revenait à la surface. Pour trouver mon salut, il fallut avoir recours à des périphrases (un légume qui a la peau violette, on l’utilise pour faire un accompagnement fameux dans le sud de la France mais alors même le nom de cet accompagnement m’échappait (et pourtant j’adore) et il m’échappe encore en ce moment où je vous écris. Oh je peux googliser et je vais retrouver ratatouille. Mais si j’oublie je vais parler du film où un rat est un chef de cuisine. hé hé pas folle la guêpe mage! Pour courgette j’avais à ma disposition zucchini en anglais et abobrinha mais courgette restait sourd à mes appels neuronaux. Pauvre mémoire ! et il m’arrive d’oublier aussi poivron (mais jamais pimentão, bell pepper), potiron (mais jamais abobora, pumpkin). J’ai maudit Alzheimer. Il suffit que je ne fasse pas pression sur mes neurones pour que le mot recherché revienne comme une fleur à ma boutonnière ! Mais pourquoi ces deux-la alors que des centaines d’autres légumes je les domine en français anglais portugais créole, parfois même hollandais, espagnol. Jusqu’à aujourd’hui en ce moment où je vous parle, il faut que je recherche sur ma feuille le terme aubergine pour vous le ressortir clair comme de l’eau de roche.

Alors c’est parti pour une recette aux brèdes patat et à l’aubergine.

Mais, minute papillon, cette feuille de patate douce est-elle vraiment une feuille de patate douce ? Selon moi la feuille de patate douce est différente. Il faut que j’en aie le coeur net. On ne va pas me vendre des vessies pour des lanternes , quand même ! Mais cette photo me rassure.

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C’est bien du brède patat que j’ai en main. Ouf je suis rassuré et du coup, comme je suis doublement rassuré, je vais faire un sauté de boeuf brèdes patat et aubergine qui s’inspire de la recette ci-dessus

Bon moi j’ai sorti l’artillerie:

brèdes patate douce

aubergine coupée en lamelles fines

oignon

ail

coulis de tomate aux herbes de Provence

gingembre

curcuma,

piment bonda man jacques

boeuf

sel

poivre

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grajé rapé raklé

La technologie culinaire est d’une précision diabolique. Un cuisinier est un être organisé. il y a les choses que l’on émiette, celles qu’on coupe en tranches, celles qu’on cisaille, celles qu’on cisèle, celles qu’on émince, celles qu’on presse, celles qu’on écrase, celles qu’on hache, celles qu’on coupe et il y a celles qu’on graje. Qu’on dise râpé, grajé, grated, ralado on dit la même chose. En anglais il y a néanmoins une petite subtilité entre grated et shredded. Pour grajer on a bien sûr toutes sortes de râpes et de mandolines. Certains préfèrent le robot et ses multiples lames tandis que d’autres ne jurent que par la pierre de corail. Je fais partie de ces derniers.

Chaque culture a ses grajé symboliques. Dans mon univers wolfokien nous avons au choix :

la noix de coco,

l’oignon,

le radis,

le navet,

le concombre (pour la salade de concombre râpé)

la racine de manioc, pour faire le couac, la cassave

la carotte, pour la salade de carottes râpées,

les pommes de terre (on a affaire alors aux pommes paillasses)

le chou palmiste,

la courgette,

l’aubergine,

le christophine,

le jacque vert (comme dans la recette du cari Ti jacque de la Réunion)

la sapote mamey

la noix de muscade,

le giraumon, (pour les accras)

la gousse d’ail,

le madère (Gp) = dachine (Mq) = songe, chou e chine (Re) = taro = malanga (cu) pour les accras par exemple

le zeste le citron vert, pour le chodo

le noyau d’avocat

le gombo (pour faire la sauce kopè ivoirienne)

le dictame (pour la farine)

la mangue verte (pour le souskay)

le gingembre frais,

la papaye verte (pour le souskay)

le bois d’inde,

le fruit à pain, pour la farine de fruit à pain

la patate douce,

l’igname,

la banane verte =poyo (gp) =ti nain (mq) pour le carri banane râpée (Maurice)

On va se faire un tchak

Tout est prétexte à tchak à Mayotte. C’est l’équivalent de l’apéro entre mecs. Bon, il faut bien sûr de la boisson (et pas seulement de la gazeuse et de la non gazeuse) comme remontant et du solide. Le solide c’est en général du canard, du hérisson malgache, dit tangue à la réunion et landra à Mayotte, de la peau de boeuf, du gros poisson ou de la tête de zébu. Le tchak c’est une affaire d’hommes. Les femmes sont tolérées mais généralement les hommes se mettent dans un coin à l’écart sur la plage par exemple au moment du voulé et restent entre eux à discuter et rigoler.  ils ne laissent à personne de la gent féminine  le soin de préparer leurs affaires.

Le tchak équivaut donc à un barbecue entre hommes,

Le hérisson malgache dit tandraka à Madagascar et originaire de l’île se retrouve aussi bien à Mayotte qu’aux Comores, à la Réunion, à Maurice ou aux Seychelles. C’est du gibier à poil dont la chasse est en principe réglementée entre le 15 février et le 15 avril. Bien sûr les braconniers sévissent et à Mayotte ils chassent l’animal de jour accompagnés de leur chien. Traditionnellement à la Réunion ces chasses se menaient avec une race de chien appelée Royal Bourbon mais désormais les chiens viennent d’ailleurs la plupart du temps. Le tangue (Tanrec ecaudatus) est considéré comme un plat de luxe.Il n’a pas le droit d’être commercialisé mais à la Reunion par exemple on en a 3 pour 50€. A Mayotte on peut le chasser sans arme mais uniquement pour sa consommation familiale.

Le tangue peut être cuisiné en massalé, en civet, en cari ou simplement boucané.

A Mayotte le cari de landra a comme ingrédients principaux thym, citron, sel, curcuma, oignon, ail, piment

A la Réunion le cari tangue a pour ingrédients  le vin rouge, la sauce tomate, le gingembre, la feuille de  caloupilé, le thym brésilien, la feuille 4 épices, le clou de girofle, le combava, le gros sel, poivre, ail oignon, le rhum, le curcuma, la tomate, les feuilles de tomate, le citron, la muscade

Le landra ou tangue est de ces plats traditionnels qui permettent à l’homme e rester en contact avec sa nature sauvage ! Même si généralement les chasseurs ne sont pas les consommateurs finaux en mangeant du gibier sauvage l’homme croit toucher à son être profond, caché. Le ressort est le même pour ceux qui au Brésil mangent du tatou, ou du serpent ou qui aux Antilles et aussi à Mayotte mangent de la tortue, de la roussette (guimbo) ou du raccoon !

il n’est pas anodin qu’à la Réunion  il est dit plat cafre, et que c’est une façon pour ceux qui en mangent de rentrer en contact avec leur africanité. On dit qu’il n’est pas rare que des tablées de 3000 personnes mangent au même endroit du tangue. C’est donc aussi un plat identitaire.L’aspect sauvage est tel que l’on mange aussi le plat traditionnellement à la main ans une feuille de banane.

Et dire que Sam fait ça tous les week-ends

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé ! Soit ! L’alcool tue ! Soit ! 6 verres en trois heures : deux bières, une caipirinha, un mojito, un verre de vin et un verre de champagne, ce n’est pas la mer à boire pour un fêtard lambda réveillonnant en fin d’année. 88 pour cent des Français boiront pour le Réveillon ! Encore faut-il sentir la différence entre une dose bar et une dose maison ! bière 25 cl, Whisky 3 cl, vin, 10 cl sont des doses bar. A la maison, on a tendance à avoir la main plus lourde ! Alors ethylotest pour tout le monde ou pas ?

Il faut 7 heures pour récupérer 6 verres et le taux d’alcoolémie dans le sang doit être inférieur ou égal à 0, 5 grammes par litre de sang pour les conducteurs et de 0, 2 grammes pour les jeunes conducteurs titulaires de permis probatoires, soit 0 verre d’alcool. En cas de contrôle positif vous perdrez 6 points = perte du permis probatoire et encourrez une amende forfaitaire de 135 euros et l’immobilisation de votre véhicule..

Boire ou conduire il faut choisir ! Un verre ça va, deux verres bonjour les dégats ! Tu t’es vu quand t’as bu ? Au volant la vue c’est la vie ! Pas de SAM, pas de caisse ! Mieux vaut SAM que le SAMU ! Bien réveillonner c’est bien rentrer

Bon j’ai bien été sensibilisé par les innombrables campagnes de prévention de la sécurité routière et la dernière m’a un peu interloqué. Je n’ai jamais été capitaine de soirée, je n’ai jamais été SAM. Je ne suis pas un super héros, pas un Bumblebee, pas un Avenger, pas un Terminator, pas un Spiderman, pas un Captain America, pas un Iron Man, pas une Maria Hill, pas une Black Widow, pas une Sarah Connor, pas même un SAM, homme ou femme ! Je respecte celui qui s’abstient au nom de la collectivité. Il est évident que c’est plus facile pour ceux qui en raison de leurs croyances religieuses ne peuvent pas boire. Il y a aussi ceux que des raisons de santé obligent à ne pas boire. Le problème ce n’est pas en fait de ne pas boire mais de savoir en imposer à ceux qui ont trop bu ! On ne peut pas selon moi être gentil chaperon, gentille chaperonne, tous les week ends. A moins de vouloir en faire un apostolat ! Malgré tout, respect à toi SAM ! ta mission est belle, ingrate mais belle !

Celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas ! C’est Sam, la star de la soirée. Le beau gosse qu’on encense, qu’il est beau, qu’il est charmant, qu’il fera un beau chaperon !

On sait que l’alcool autorise la manifestation de ce qui est en soi et Sam d’une certaine manière autorise les autres à aller jusqu’au binge drinking.  On est loin du « si tu tiens à ton ami retiens-le ». Allez retenir et voir l’effet que ça fait ! il y a même des services de covoiturage qui se créent sur le slogan Buvez et SAM Ramène ! SAM, le super pote, acronyme de Sans Accident Mortel !

La Sécurité Routière présente ses respects à SAM. Sur une musique Sunken du groupe Scratch Massive featuring Léonie Pernet ! Une ode à l’amitié, au volontariat, au don de soi ! Et si j’essayais moi aussi cette année au réveillon d’être SAM !

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Noël et Wolfok attitude à Mayotte

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S’il y a un moment dans l’année où je me sens antillais c’est bien Noël. Les envies de boudin me tiraillent l’esprit, les effluves de shrubb me prennent à la gorge, l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde veut absolument me donner la paix ! Woye chèw ! Une bouteille de rhum, un punch coco, un chodo, des pois d’angole et du riz ou des racines type madère ou igname, deux ou trois bons morceaux de boudin avec pain chaud, une bonne assiette en entrée de salade concombre et carotte râpées, garnies de tranches d’avocat et de tranches de saucisson . Manman, manman, manman ! Voilà comment je mets mon Petit Jésus dans la crèche de mon Tout-Monde wolfokien.

Cette année quoi que loin des terres chrétiennes et froides j’ai décidé samedi matin de faire mes emplettes. Je suis un peu exagéré mais pour ces huit jours de trêve des confiseurs, pour ce  Noël-Nouvel An en plein Océan Indien, j’ai dépensé exactement 153,96 € rien que pour ma pomme. C’est vrai que j’aurais pu faire appel au Père Noël en ces termes :

Mon gentil Papa Noël tout gros et tout gentil.

J’ai été un enfant très sage, j’ai fait ma prière du matin du midi et du soir et je ne fais plus pipi au lit. Voici la petite liste de cadeaux que j’aimerais que tes rennes et toi m’apportiez pour le 24 au soir ou au plus tard le 25 en matinée :

en surgelé : un magret de canard de 380 g, 180 grammes de faux-filet, une rouelle de porc de 694 g,  600 g de bavettes d’aloyau, un pavé de rumsteck de boeuf de 180 g,

en boucherie: une barquette de faux-filet de 468 g, une barquette de blanquette de veau de 473 g

en charcuterie : un fuet catalan, du bon boudin antillais, des saucisses cocktails créoles, des rillettes de canard

en épicerie : une boite de Pringles, un paquet de Tuc, une boite de chips barbecues d’Andy’s, une boite de sardines pimentées

en fruits et légumes : un kilo d’oignon rouge, une livre de tomate, une livre de carottes, 3 ananas, 1 kilo de letchis, du basilic, du laurier et du thym citronnelle

en produits frais : deux barquettes de brique au lait de brebis, un camembert de Normandie au lait cru moulé à la louche, 8 yaourts Elle et Vire dont quatre aux cerises et quatre aux letchis et un paquet de pain de mie complet

en liquides, pour finir et ce sera tout : un jus d’orange, 6 canettes de coca, deux canettes de bière Vitalsberg 5,0 et une bouteille de vin blanc moelleux des Côtes du Tarn, Les Granitiers

J’ai  fait mes calculs, Santa, ça ne va pas te coûter plus que 153,96 € si tu vas à Jumbo Mayotte

PS Il n’y a pas de cheminée, je laisserai la porte vitrée sur le balcon entrouverte, mets tout ça, mes 40 articles, directement dans mon frigo, s’il te plait ! Bisous.

Moi je crois au Père Noël et d’ailleurs à 19h30 mes voisines m’offrent un paquet de bouchons  (20 bouchons au porc peï, délicieuses bouchées à la viande de porc de la Réunion) qu’elles ont acheté par erreur. Musulmanes elle ne mangent pas de porc. Merci maman Noel ! et elles en profitent pour m’inviter à partager sans cérémonie leur pitance de Noel. Je sais qu’elles font un barbecue car toute l’après midi les odeurs ont titillé mes narines. J’accepte sur le champ et propose d’améliorer par quelque chose mais elle refusent catégoriquement. Ici à Mayotte quand on t’invite tu viens les mains vides. Je ne me le fais pas dire deux fois. Je rentre chez moi ranger les bouchons au frigo et hop me voila chez les voisines, qui sont en fait les propriétaires de l’appartement que j’occupe. Il y a là les deux soeurs avec leurs deux  filles dont l’une n’a que 5 mois, la mère qui a mon âge, 65 ans et qui en parait 80, les deux maris, une amie et deux autres femmes âgées qui pourraient être soit des tantes soit des amies de la mère.

Deux verres de Fanta ananas, un verre d’eau, il y a au choix agneau, poulet et brochettes, comme je ne mange pas beaucoup le soir je me sers mes deux tranches mastodonte d’agneau avec trois tout petits morceaux de madère, de fruit à pain et de poyo grillés avec une cuillère de ce qu’ils appellent de piment vert. Comme dessert une tranche de bûche !

Cela aura duré en tout une heure, une heure et demie. Finalement j’ai fêté Noël à la mahoraise ! En rentrant chez moi je grignote encore une petite tranche de pain de mie complet barbouillée de rillettes de canard, un demi-verre de blanc moelleux suivi d’une canette de coca cola ! Le 25 à midi ce sera au tour du boudin et des saucisses cocktail et de la blanquette de veau avec des frites maison et une salade de concombre râpé et carottes râpées avec un soupçon de piment. Et qui sait des accras si l’envie m’en prend ! Avec du jus de corossol ! Parce que je le vaux bien !

PS bis : Oh Père Noël, zut, flûte, clarinette, avec tout ce remue-méninges j’ai oublié la morue ! Ajoute ça sur ma liste s’il te plaît ! Et si tu as le temps fais la dessaler avant de me la faire livrer, tu veux bien ? Et je te ferai l’année prochaine de beaux accras tout blonds tout dorés pour toi et tes rennes. Je te verrai !

PS ter : Pendant que tu y es, tu pourrais m’acheter aux Editions l’Harmattan le bouquin suivant, mon gentil super méga Papa Noël quand tu descendras du gel :

9782296996397f

LE NOËL DE LOULOU M’ZUNGU À MAYOTTE

A partir de 5 ans
Ophélie Pelegrin
Illustrations couleurs Laëtitia Mah Nyamu
Contes des quatre vents 

Bisous, bisous, bisous

Voulez-vous voulé avec moi ?

Le voulé est sacré à Mayotte. Il fait beau ? Voulé ! Et comme un seul homme on se rend en grappes humaines au bord de plage sacrifier à la voulémanie. Familles, amis adorent vouleyer. Chacun apporte sa quote-part, sa participation selon ses moyens. Qui un régime de bananes vertes poyo, qui une vingtaine de fruits à pain, qui quelques kilos de poitrine de poulet, qui quelques kilos de viande de boeuf, qui quelques kilos de viande zébu, qui l’igname ou les ailes de poulet (les fameux mabawas que moi je déteste), qui des oignons et de l’ail, qui le taro, le fameux majimbi que je vénère, qui du piment et du sel, qui  du citron et de la moutarde, qui du poisson ou du poulpe, qui du crabe et des samoussas, qui  du charbon de bois, qui une grille de fer, qui les fourchettes, qui les cuillères, qui les couteaux, qui une bâche pour s’abriter en cas de pluie, qui des morceaux de bois ou de palettes, qui du feu, qui une bassine et des assiettes, qui la sauce soja et l’huile, qui le concombre, qui les achards de mangue ou de citron, qui les jus, l’eau glacée, le café et les gobelets, qui la musique et le papier toilette, qui les bassines, qui les faitouts, qui le riz qui les brochettes, qui les sacs poubelles, qui un ballon, qui une caméra ou son portable pour filmer, qui des hauts parleurs et un lecteur pour arroser de sons de toutes sortes. On peut même venir les mains vides.

Ce qui rend le voulé si intéressant à Mayotte c’est que la plupart des plages n’ont ni bars ni de restaurants. Et aussi que le week-end il n’y a pas grand chose à faire. On peut s’y rendre facilement en voiture et camper si on le désire deux ou trois jours. Ce n’est pas cher, on peut facilement y emmener sa famille, des plus petits aux plus âgés. c’est donc un moment de convivialité intergénérationnel.

C’est en quelque sorte un barbecue géant , un pique-nique au bord de la mer comme on en a un peu partout autour des mers de ce bas monde. L’une des particularités des voulés de Mayotte c’est que comme nous sommes en terre musulmane la plupart des voulés traditionnels ne donnent pas lieu à consommation de bière, de vin ou d’alcool. Certes il y a des voulés où l’alcool coule à flots, ne nous voilons pas la face. Mon premier voulé comportait par exemple beaucoup de vin rosé et de bière et j’ai été privé de rhum car j’avais oublié la bouteille à la maison n’apportant que les ingrédients. Mais la plupart des participants étaient wuzungu. J’ai été invité à un voulé de congolais et certainement la bière aurait coulé à flots là aussi. Et j’imagine qu’un voulé de la communauté antillaise ne pourrait se dérouler sainement sans ti punch. Un voulé de réunionnais pourrait comporter du hérisson, un voulé d’antillais des ombrés et des haricots rouges. Chacun fait le voulé qu’il lui plaît.

Mais on peut avoir un voulé urbain en pleine ville dans sa cour. C’est ce que j’ai vécu aujourd’hui avec mes collègues de travail. C’était donc un voulé de confraternisation avant les fêtes de Noel !

Ce qui m’a frappé c’est la répartition des tâches. les hommes se chargent de préparer la bâche en cas de pluie, acheter la viande et le poulet, certains amènent le fruit à pain, d’autres la banane verte mais le feu c’est l’affaire des hommes tout comme le rôtissage des brochettes, des poitrines de poulet, de la banane verte et du fruit à pain. Aux femmes sont réservées les tâches comme préparer les assaisonnements, (éplucher couper puis  passer au mixer ail et oignon, puis dans une bassine y ajouter huile, sauce soja, moutarde, sel, ceci pour assaisonner les brochettes), préparer les brochettes, couper la viande en petits morceaux, préparer la sauce piment achard citron, préparer une sauce pour le concombre, nettoyer le poulet (certains hommes participent mais la majorité ce sont des femmes), le couper puis le laver dans une eau citronnée.

La façon de couper le poulet et de tenir le couteau me rappelle celle que j’ai observée au Brésil dans l’état de Bahia. Personne n’utilise de planche à découper. On prend un grand couteau et un morceau de poulet auquel on assène un coup qui va permettre d’ouvrir la chair. La différence avec le Brésil c’est que la plupart s’asseyent  autour de la bassine à même le sol pour effectuer cette tâche. Certains choisissent une brique.

La façon de cuire le fruit à pain est étrange selon moi. On jette le fruit à pain directement dans le feu jusqu’à ce qu’il devienne noir. Puis on doit le racler ou l’éplucher ce qui fait que tout le monde a les mains noires. Je dois avouer que je le préfère frit comme dans les brochetteries locales. On épluche le fruit à pain puis on le débite en tranches consommables  on le plonge dans l’huile bouillante après l’ avoir laissé dans l’eau. On épluche aussi la banane ou le manioc puis on les met dans l’eau en attendant de les frire à la friteuse. Je n’ai pas  raffolé de la texture (mais elle est intéressante, peut-être une autre fois, on verra bien) ni du travail fastidieux qui consiste à les nettoyer après les avoir rôtis mais les collègues avaient l’air d’apprécier.

Quant aux poyos (les bananes vertes) on les met dans un sac en plastique noir sans les avoir épluchés aux préalable avec de l’huile puis on leur fait subir le même sort que les fruits à pain. Direct au feu. il faut ensuite, une fois que leur peau est devenue noire, les racler, les éplucher. bon je n’ai trouvé ni l’un ni l’autre très esthétique et je préfère le système des brochetteries.

Les poulets sont cuits, bien cuits, il n’y a pas trop de sel. On les mange avec des achards citrons ou de la sauce piment.

Bon c’était mon deuxième voulé. Un voulé de jeunes. Je crois qu’on peut mieux faire. Le premier voulé je l’avais vécu sur un îlot du nord de Mayotte dans des circonstances extrêmes.

Un véritable voulé, m’a-t-on dit, se prépare dès la veille: on met à mariner la viande et le poulet dans l’assaisonnement. Alors là oui le poulet aurait une autre saveur, un peu plus boucané,  même si avec le piment il était déjà assez paradisiaque. La viande était un peu revêche. Mais il est vrai que nous n’avons pas cherché du premier choix vu le budget limité.

Bébélé

Mon grand-père, Monsieur Bardus, était de Marie-Galante. Je ne l’ai pas connu. Mais je suis sûr que jeune j’ai mangé du bébélé. Je ne savais probablement pas que c’était du bébélé. Tripes de mouton ou d’agneau ou à défaut tripes de bœuf, poyo ( bananes vertes ou ti nain ou ti fig), fruit à pain bléblé ( vert, pas mûr, blet). Ça c’est la recette originale. En réalité. Le bébélé est un « comfort food » ou « soul food ». Du type de plat qui réclame une sieste après son passage.

Chaque cuistot à sa recette.

Certains comme Babette de Rozières vous rajouteront à ces ingrédients de base de Marie Galante des donbrés, des queues de cochon, du giraumon, de la carotte, du malanga, des clous de girofle, du piment végétarien, du piment antillais bondamanjak, de l’ail, échalote, du navet, du citron vert, du persil, sel, poivre, du thym, du fond de volaille, cives. D’autres préféreront ajouter pwadibwa (pois d’angole), chou, igname, feuilles de bois d’Inde ou laurier, voire un morceau de lard fumé. D’autres encore substitueront aux pois d’angole des pois mélangés (angole, boukoussou, savon) ou ajouteront de la christophine ou du poireau. Tout dépend de la saison et de ce que l’on a sous la main à disposition.

Le bébélé c’est le plat du pauvre à l’origine. Mais je lui trouve des airs de noblesse.

Aux  tripes d’agneau (panse, feuillet, nid d’abeille) il était même d’usage autrefois d’ajouter des morceaux de sang de boeuf coagulé et des morceaux d’andouille.

En matière de cuisine on le sait les esprits sont chagrins, chacun revendiquant l’authenticité de son plat. En fait chacun faisait en son temps avec ce qu’il avait sous la main. Et il en est de la gastronomie comme de l’art. Les cuillères, les fourchettes, les couteaux, les faitouts sont les instruments à partir desquels le cuisiner, l’artiste va sublimer la matière première et comme en toute chose il y aura des traditionnels frileux et des innovateurs délurés. La cuisine vit comme tout art entre ces deux pôles extrêmes. 

Chanté Nwel à Mayotte

Ça fait du bien de rencontrer des compatriotes. Gloria in Excelsis Déo ! Ce Chanté Nwel a été formidable. Tout d’abord pour les rencontres que j’ai pu y faire mais aussi pour la gastronomie antillaise qui s’est exprimée comme il se doit. Nous étions une trentaine à Iloni,  Dembéni près de la plage sur l’écolodge de Carla, une guyanaise, Australes Resorts  ex Maji Parc, qui propose dans un  parc de 5000 mètres carrés une dizaine de lodges, un restaurant ainsi que de nombreuses activités autour de la mer, la piscine et la mangrove. Cours de danse kazumba aussi. L’entreprise en est à ses balbutiements. Les projets sont nombreux ! En attendant je me suis renseigné : les lodges sont à 64 € la nuit pour une personne petit déjeuner inclus. Ajouter 15€ par personne supplémentaire. L’endroit est encore  confidentiel. Aucune pub ! Pas de signalisation ! Elle m’a quand même proposé d’y organiser en janvier ou février une journée à thèmes Brésil : je ferai une feijoada ou un cozido ou une maniçoba. Je n’ ai vu l’endroit que la nuit mais il semble agréable. A 20 mètres de la plage. Au pays des makis.

L’assemblée était à presque 100 pour cent composée d’enseignants. Le dress code était  rouge et blanc, ou rouge et vert. Bon, mon maillot de bain était blanc et rouge ! Sauvé ! Il y avait une participation boissons : 1 boisson alcoolisée (rhum, punch coco, schrubb, anis rose) OU 3 bouteilles de vin (au choix: rouge ,blanc ou rosé) OU 1 pack  d’eau gazeuse et 1 pack de coca cola 0U un pack d’eau plate plus un  pack de Fanta ou Sprite, OU 4 litres de jus et 1 pack d’eau gazeuse. Nous nous sommes échangé  de bons plans sur comment obtenir le crabe, le bon mérou, le poulpe (à Hamouro le samedi ou le dimanche après midi) les gombos (à Combani, ou à Kaweni chez un marchand de légumes après la zone Nel appelé Kagna). J’ai oublié de leur demander où ils avaient trouvé le sang pour le boudin…J’étais aux anges. Ambiance typique.

Bon, bon, bon, accourons-y donc,
Bon, bon, bon, accourons-y vite.

J’ai commencé par deux punch coco (parce que ça faisait longtemps) suivis de deux shrubb (parce que ça faisait presque un an et demi) et d’un planteur aux fruits de la passion (parce que je ne connaissais pas et quand on ne connaît pas il faut goûter). J’avais quant à moi apporté trois bouteilles de Gewurztraminer. Oui car chacun devait participer.

Au menu j’ai vu défiler des quiches aux crevettes et au piment, des samoussas viande et poisson. Tout cela en amuse-gueule avec des cacahuètes. Non, à ma grande surprise il n’y  avait pas d’accras. Il y avait aussi du Damoiseau mais je n’ y ai pas touché. Par contre les rhumiers se sont servis. Les rhumiers étaient même venus avec leur timbale en inox. L’un l’avait même accrochée au cou. Mais les enseignants ne sont pas des rhumiers ordinaires. De temps en temps je les voyais prendre un verre d’eau fraîche pour stabiliser la rhumerie. Et on chantait en choeur pour les encourager ce cantique hautement religieux:

Donnez-moi du rhum pour l’arroser

Celui qui a fait le rhum est un homme intelligent

Celui qui a fait le vin  est un homme insignifiant

Nous avons chanté sous la houlette de Marie, une martiniquaise bien rondelette et rigolote, tout le monde avait son livret avec les paroles et elle lançait la musique sur la sono. On chantait, on dansait, on rigolait. Michaud veillait, oh la bonne nouvelle, il est né le divin enfant, Les Anges dans nos campagnes, Dans le calme de la nuit, Allez mon voisin, et j’en passe des bonnes et des meilleures, tout le répertoire des cantiques y est passé.

Puis après avoir bien sautillé, brenné et chanté on fit mine d’autoriser enfin  l’accès au rhum par cette chanson Ti punch sur l’air de Lundi matin, le roi, la reine et le petit prince :

Lundi matin le rhum, le sucre et citron

Sont venus chez moi pour me couper la gorge

Comme j’étais pas là La Mauny a dit

Puisque c’est comme ça nous reviendrons mardi.

Mardi matin le rhum, le sucre et le citron

Sont venus chez moi pour me couper la gorge

Comme j’ étais pas là Damoiseau a dit

Puisque c’est comme ça nous reviendrons mercredi

Ensuite ce fut au tour de Saint Etienne qui reviendra le jeudi, Bernus le vendredi, Bologne le samedi et Clément le dimanche.

Après de nombreux chants chrétiens repris avec entrain et malice  vint enfin l’heure de la pause dîner . Je sautai sur un morceau de boudin : il n’y en avait pas beaucoup car ils avaient éclaté. Mais débrouya pa péché, vous savez ! J’ai eu ma part ! Dieu reconnaîtra les siens au Jugement Dernier ! Mais j’ai pu goûter l’un des rescapés. Bon je ne dirais pas que ce fut le meilleur boudin de ma vie. Loin de là. Mais cela fit du bien là où cela passa. Ensuite j’ ai goûté pour la première fois un peu de bébélé de  Marie-Galante à base de fruit à  pain.

 http://www.dailymotion.com/video/x2kkg86

 J’allais apprendre un peu plus tard en discutant avec un prof de génie civil qu’avec la poudre de fruit à pain on fait maintenant du chodo.

Ensuite j’ai confectionné mon plat de réjouissances natalines : pois d’angole, pois rouges, à nouveau bébélé, riz, colombo cochon. Le colombo cochon était pout moi un peu salé mais j’ai tout de même rincé mon plat sans me faire prier ! Et pour accompagner ces délices caribéens deux verres de Gewurtz alsatien.

J’aurais aimé entendre alors ce titre de Daphné : Calée mais je n’ai eu droit qu’à Alice ça glisse. Après toutes ces réjouissances une sorte de torpeur m’a envahi. Alors je suis passé à l’eau glacée. Puis nous avons repris mais avec moins d’ entrain le chant sauf que la plupart étaient maintenant assis. Sauf Marie et deux ou trois comparses qui s’évertuaient à animer le groupe de quinquagénaires et sexagénaires pour la plupart. La fête devait commencer à 19h30. Moi-même je suis arrivé à 20h30. Et il n’y avait presque personne. Je crois bien que les chants ont commencé à 22 h. À 1h30 fin des réjouissances. Louise, la dame qui m’avait non seulement invité mais aussi gentiment emmené à l’aller  puisque je ne suis pas motorisé m’a trouvé un monsieur pour me ramener sur Mtsapéré.

Je fais désormais partie de la liste des Antillais de Mayotte. Je sais qu’ils sont nombreux et qu’ils organisent des soirées sous n’importe quel prétexte. Il y a semble-t-il beaucoup de policiers et personnes issues d’autres milieux qui se retrouvent aussi à Petite Terre. Affaire à suivre. A Pâques, c’est la fête du crabe. C’est noté ! Mwen adan ! Beaucoup rentrent dès la semaine prochaine en métropole ou aux Antilles ou sillonnent l’ Afrique du Bénin au Togo, de l’Angola au Kénya. J’ai parlé mon gros créole un petit peu, j’ai rencontré des personnes charmantes, ouvertes, faciles d’accès, d’autres plus distantes comme dans toute société. Je ne sais pas si j’étais le plus âgé mais je le crois. La plupart rentreront aux Antilles une fois leur mission terminée ici après 4 ans, 7 ans ou plus de loyaux services. La plupart sont ici pour le pognon et ne se privent pas de le dire. Ils rentrent souvent en été aux Antilles. Ont une maison là-bas ou en métropole ou les deux. Certaines sont mariées avec des métropolitains enseignants eux aussi qui étaient là. Beaucoup sont seuls, enfin c’est l’impression qu’ils me donnent. Mais ce que j’ai aimé c’est leur vitalité à réactualiser la tradition. Le Chanté Nwel est une tradition catholique, mais chacun peut le revisiter à sa sauce. Moi en tout cas j’ai aimé cet aspect burlesque quand par exemple Marie a dansé avec Joseph sur l’air de Joseph mon cher fidèle

Marie :
Joseph, mon cher fidèle,
Cherchons un logement,
Le temps presse et m’appelle
A mon accouchement.
Je sens le fruit de vie,
Ce cher enfant des cieux,
Qui d’une sainte vie,
Va paraître à nos yeux.

Joseph :
Dans ce triste équipage,
Marie allons chercher,
Par tout le voisinage,
Un endroit pour loger.
Ouvrez, voisin la porte,
Ayez compassion
D’une vierge qui porte
Votre Rédemption.

Les voisins de Bethléem :
Dans toute la bourgade,
On craint trop les dangers,
Pour donner le passage
A des gens étrangers,
Au logis de la lune,
Vous n’avez qu’à loger,
Le chef de la commune
Pourrait bien se venger.

Marie :
Ah ! Changez de langage,
Peuple de Bethléem,
Dieu vient chez nous pour gage,
Hélas ! Ne craignez rien.
Mettez-vous aux fenêtres,
Ecoutez ce destin,
Votre Dieu, votre Maître,
Va sortir de mon sein.

Les voisins de Bethléem :
C’est quelque stratagème
On peut faire la nuit,
Quelque tour de bohème,
Quand le soleil ne luit.
Sans voir ni clair, ni lune,
Les méchants font leurs coups,
Gardez votre infortune,
Passants, retirez-vous !

Joseph :
O ciel quelle aventure,
Sans trouver un endroit,
Dans ce temps de froidure,
Pour coucher sous le toit.
Créature barbare,
Ta rigueur te fait tort,
Ton coeur déjà s’égare
En ne plaignant mon sort.

Marie :
Puisque la nuit s’approche
Pour nous mettre à couvert,
Ah ! Fuyons ce reproche,
J’aperçois au désert
Une vieille cabane,
Allons mon cher époux,
J’entends le boeuf et l’âne
Qui nous seront plus doux.

Joseph :
Que ferons-nous Marie,
Dans un si méchant lieu,
Pour conserver la vie
Au petit Enfant-Dieu ?
Le monarque des anges
Naîtra dans un bercail
Sans feu, sans drap, sans langes
Et sans palais royal.

Marie :
Le ciel, je vous assure,
Pourrait nous secourir,
Je porte bon augure,
Sans crainte de périr.
J’entends déjà les anges
Qui font d’un ton joyeux,
Retentir les louanges,
Sous la voûte des Cieux.

Joseph :
Trop heureuse retraite,
Plus noble mille fois,
Plus riche et plus parfaite
Que le louvre des rois !
Logeant un Dieu fait homme,
L’auteur du paradis,
Que le prophète nomme
Le Messie promis.

Marie :
J’entends le coq qui chante,
C’est l’heure de minuit,
O ciel ! Un dieu m’enchante,
Je vois mon sacré fruit,
Je pâme, je meurs d’aise,
Venez mon bien-aimé !
Que je vous serre et baise !
Mon coeur est tout charmé.

Joseph :
Vers Joseph votre père
Nourrisson plein d’appas,
Du sein de votre mère
Venez entre mes bras !
Ah ! Que je vous caresse,
Victime des pêcheurs,
Mêlons, mêlons sans cesse,
Nos soupirs et nos pleurs.

et pendant tout ce temps Marie faisait semblant d’avancer avec son gros ventre prêt à accoucher tandis que Joseph (dont c’était lui aussi le vrai prénom) la suivait de très près. Plus tard aussi quand Les anges dans nos campagnes a été entonné et que quelqu’un a cité un vers de Victor Hugo « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai » qui n’a rien à voir avec l’histoire. C’est de l’humour antillais, bref ! Disons ! Et cric et crac ! Excusez moi pour la vidéo tremblotante. Boire et filmer il faudrait choisir.

Joyeux Anniversaire, très Saint Prophète, de la part d’un libre-marcheur, ex carabinier de La Féclaz

Aujourd’hui First of December le monde musulman fête Maoulida, Al Mawlid, l’anniversaire de la naissance du prophète, le Messager d’Allah, j’ai nommé Mohammed alias Mahomet. Pour faire court on dira que c’est le Noël musulman. Ici à Mayotte jour férié donc ! D’après ce que j’ai entendu la tradition ici est de manger du mouton. Yépa !
Cette année la lune a décidé que ce serait le premier décembre car comme le Ramadan la date n’est pas fixée dans le marbre comme Noël et varie en fonction de la position du croissant de  lune ! J’imagine que c’est une fête de famille et qu’on va mettre les petits plats dans les grands ! J’imagine seulement car dans les rues de mon quartier hier en tout cas je n’ai rien vu qui prête à croire que le lait caillé allait péter de toutes parts. Je n’ai pas vu de promotion sur le mouton aux devantures des supermarchés car le bon mouton adore se faire égorger en toute discrétion dans la brousse mais il est fort possible qu’aujourd’hui dans les rues on retrouve l’ambiance conviviale des veilles et des jours de mariage ou d’enterrement quand  les boueni cuisinent à même la rue ou dans les patios et les cours de leur maison. J’imagine aussi que comme pour le nouvel an musulman les mosquées seront pleines, d’autant plus que ça tombe un vendredi.

J’ai quand même consulté ma Bible de l’Islam pour savoir les us et coutumes globales du monde musulman en matière de boire et de manger.

eh oui je ne veux pas commettre d’impair. L’agneau ça me va bien en tout cas ou à défaut le mouton, la brebis, je ne suis pas difficile, en brochettes ou en sauce, riz coco, mataba, sauce vanille, avec bananes rôties, fruit à pain rôti et manioc rôti, rougail tomate, achards mangue concombre et putu à gogo moi ça m’irait bien. Avec une assiette de bon lait caillé local de dame zébu puisque telle est la tradition mahoraise.

Puisque personne jusqu’à ce jour ne m’invite à un voulé en bord de plage je  vais de mon propre chef prendre un taxi brousse et me rendre à Bouéni où, m’a-t-on dit, il y aurait une antillaise qui a un restau en bord de plage. Comme ça, à défaut de mouton ce sera peut être un ti moso bouden que je m’offrirai ! Comme je dis toujours: à défaut de grive on mange des cailles ou des ortolans.

Problème: pour prendre les taxis-brousse il faut se rendre près de la barge à Mamoudzou. En temps normal le trajet Mamoudzou – Bouéni ça coûte 8  € aller et 8 € retour. Mais aujourd’hui jour férié ça va probablement friser au moins les 10 €. J’ai vu une maison d’hôte à Bouéni abordable à 30 € la nuit plus petit déj (ca s’appelle Les Pieds dans l’Eau) mais je me tâte, j’attends de voir quelle tête il va avoir ce matin, le ciel, car la saison des pluies a commencé et je ne voudrais pas passer le week-end sous un parapluie. Je compte y passer 2 nuits, celle de vendredi et celle de samedi. Est-ce bien raisonnable ? Bon j’imagine que je vais dépenser dans les 200€ tout compris pour ce week-end de Maoulida. Mais je le vaux bien et puis depuis le temps que j’y pense, au diable l’avarice. C’est sûr que je pourrais aussi aller le 24 décembre à Noel faire un Chanté Nwèl sur Petite Terre mais bon, je pourrais aussi fêter deux fois, non ?!!! Ah triste incertitude de l’homme décidé mais parfois fainéant que je suis quand il doit choisir où aller. Noël j’hésite encore : un jour je pense Réunion, l’autre Madagascar, un autre les Comores, un autre Maurice, un autre Bouéni, un autre Mozambique ! ah je vous jure, vaut mieux l’avoir en photo ce païen qui ne pense qu’à boire et manger ! Je suis comme  Saint-Laurent : Peu me chaut, ( la prière, la foi, le pardon, la charité, la pénitence, la confection des sapins de Noël et des couronnes de Noël à base de houx et bois tressé) rien ne me cuit ! Ce qui me chaut bien par contre c’est la mangeaille, la buvaille, sonnante et trébuchante, vieille canaille !

6h du mat je palpe le ciel ! Je le regarde, il me regarde, on se regarde les yeux dans les yeux ! De gros rayons de soleil filtrent à travers de gros nuages ! On va encore attendre un peu, hein :! oh y a pas écrit bécasse sur mon front quand même ! Je ne le sens pas bien ce Maoulida. De toutes façons il va falloir que  j’aille retirer des sous au distributeur et que je prenne le temps d’un petit café, parce que je le vaux bien ! Un petite marche va me permettre de prendre ma décision et aïe de Maoulida si je me fais arroser par  ne serait-ce que deux gouttes. Oh je ne suis pas du genre à me plaindre pour un pisser pour un caca, non frère, une averse fait du bien parfois mais ici quand il pleut ce n’est pas la pluie fifine que j’ai connue dans ma mère patrie gwadadéenne au pied de la Soufrière ou à Deshaies enbodlanmè ! Ici ce n’est pas fifine c’est lavalasse, l’avalanche, brother ! Comment t’expliquer ça en bon français autrement que par la pluie t’avale, te bouscule (la pli ka enki varéw), te dévore, tu n’es plus que menu fretin face à la magmatique magnificence fluide du liquide ! Et moi, ou ja savé, je ne sais pas nager pièce !

6h 30 le vent semble pousser les nuages menaçants vers le Nord !     youpie moi c’est au sud que je vais ! Allez je me décide ! Je m’habille, je me prépare. allez le caatingueiro est prêt ! On se prépare un petit sac à dos tranquille avec de l’eau, un maillot de bain deux shorts, un portable et les médicaments inséparables sans oublier un kway et un chapeau ! Lets’ go ! L’aventure est au bout du chemin et comme le dit mon fugace compagnon de voyage Paris-Dzaoudzi du mois d’août dernier, Francis, je vais me payer ma pause récré.

7h25 je pars de Mamoudzou en taxi brousse direction Boueni où j’arrive à 8h25. Problème : personne ne connait mon antillaise. Il faudrait aller à N’Gouja à 10 km. Eh hop je prends mon bâton de pélerin direction M’Zouazia à 4 km où me dit-on j’ai une chance de trouver un taxi qui pourra m’emmener à N’Gouja. Sous le soleil de l’Océan Indien mon crâne chauffe mais qu’importe je vais à N’Gouja, paradis des tortues et des makis. Alors je chante pour me donner du courage.

Un kilomètre à pied ça use ça use. Nous sommes les carabiniers, nous arrivons toujours en retard au réfectoire et au plumard. Dans la soupe y a pas de jambes de bois y a des moules mais ça ne se voit pas, la meilleure façon de marcher c’est encore la nôtre c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer. Une deux. Nous sommes les carabiniers…

Eh oui ça sert d’avoir été scout et fait les colonies de vacances dans les Pyrénées et en Haute-Savoie à la Féclaz. Les quatre kilomètres entre Bouéni et M’Zouazia sur la D4 sont bouclés dans la chaleur et la bonne humeur. J’engloutis ma bouteille de 50 cl d’eau originaire Dubai, Emirats Arabes Unis. De l’eau de Dubaï, mon frère, et y a même pas le goût du pétrole, je te jure ! Il en reste encore au moins 5 de kilomètres à pied entre M’Zouazia et N’Gouja pour arriver à ma plage et là je dis stop. En fait je fais du stop et un chauffeur de taxi s’arrête et me dépose à l’entrée de N’Gouja. Il ne me fait pas payer. Aujourd’hui il ne travaille pas. Il va chercher sa femme a Kani-Kéli et la ramener à Bouéni. Merci Monsieur pour ce joli cadeau de Maoulida. Charité musulmane n’est pas un vain mot. Je continue à pied. Où me suis-je fourré ? Il est déjà 10h30. Me voilà dans une ecolodge chic. Le Jardin Maoré.

  

Sauf que moi je ne retrouve plus Mayotte ici si ce n’est par le personnel de service. La plupart des clients sont des wuzungu. je n’ai rien contre les wuzungu mais venir à Mayotte pour se retrouver avec des wuzungu le jour de Maoulida et sans mouton de surcroît, trop peu pour moi. Si vous aimez le canoé kayak, le farniente, le luxe, le calme, les makis et les tortues, venez-y, je vous y encourage, venez en voiture car les taxis ne passent pas ici. Et préparez votre credit card car ….  (vous m’avez compris). Ça pue le fric. L’endroit est bel, rien à dire. Dame Bena aurait adoré, j’en suis sûr ! J’y prends même un jus de grenadille délicieux et un expresso. Mais des Antilles nulle trace. Toutes les lodges  ( I’m y en a une dizaine) sont louées. Heureusement, je ne me voyais pas débourser plus de 68 € la nuit, tarif minimum pour un bungalow de 13 mètres carrés logeant deux personnes. Grive oui, bécasse non! Je décide de rebrousser chemin et de retourner à Mamoudzou puisque personne ne connaît l’illustre antillaise ni d’Ève ni d’Adam ni d’Ali  ni d’Aïcha.. Une autre fois peut-être je reviendrai car la carte est alléchante mais aujourd’hui j’avais envie de mouton. Pendant qu’il en est encore temps car je subodore que le temps va changer. Et hop je reprends mon bâton de pélerin.

Un km à pied ça use ça use. Les monos c’est comme les cochons,, plus ça devient vieux plus ça devient bête, les monos c’est comme les cochons plus ça  devient vieux plus ça devient con.

Justement ici où le cochon est ralouf.

Une voiture s’arrête. Une femme. Vive la France finalement. Vivent les muzungus, vivent les muzunguettes. En l’occurrence c’est une muzungu haute-savoyarde installée depuis quatre ans à Mayotte, prof de vente en c.a.p. à Sada et qui habite Combani. Elle vient de faire Boueni-N’Gouja avec  un camarade à la nage. Deux heures de nage avec palmes. Je suis impressionné car moi, même avec combinaison flottante, je crois que je coulerais quand même à pic .  D’autant plus que j’imagine qu’elle  navigue dans des eaux temporelles  proches des miennes. Elle m’emmène jusqu’à Sada et refuse que je participe aux frais d’essence. De là elle arrête un taxi qui m’emmène à Mamoudzou pour 5 €. Deuxième cadeau du jour. Merci Claude, la sportive. Elle est catholique pratiquante. Elle a la foi. Elle m’a tellement touché par sa gentillesse que je lui promets dans un moment d’égarement ou de grâce d’aller à l’église ce dimanche à 9h30. Elle m’envoie plus tard un sms . Elle ira à la messe avec les militaires du Bsma. Donc si je comprends bien il y a plus d’une église  à Mayotte. J’ai capté: ça  doit être une chapelle. Nous échangeons nos coordonnées. Merci à mes deux anges gardiens musulman et catholique. C’est si bon d’être choyé fraternellement  par les croyants quand on est athée. Nous avons parlé religion. Elle me dit que les catholiques de Mayotte sont en majorité des Africains et des Malgaches, quelques wuzungu militaires et  deux ou trois Mahorais convertis, quelques Antillais. J’arrive chez moi à 14 heures alourdi de 5 ananas, un kilo de mataba congelé, un kilo de pulpe de corossol congelée et un kilo de papaye râpée congelée achetés dans un commerce que je ne trouve jamais ouvert habituellement, Green Fish. Mais je suis comblé de grâce, menm ! Je vais chez Soyfia où je suis habitué. Une brochette de poulpe. Une seule car c’est la dernière avec de délicieux achards mangue concombre. Et comme plat principal un pilao aux légumes et à la viande. Ce soir je mangerai du mouton à 19h30 pour évacuer mon trop  plein de grâce chez Moina, le restau malgache en face de chez Cousin. Enfin s’il ne pleut pas car il est maintenant 15h15 et il pleut averse. Pour terminer Soyfia me dit que c’est ce soir et demain que les musulmans fêtent, pas pendant la journée d’aujourd’hui. Ah je comprends mieux car j’en ai vu des tas qui travaillaient. Allez joyeux Maoulida. Mangez du mouton. Allah Akbar !

 https://youtu.be/2t3mYzINiK0