Max Rippon et la route du saccharhum

 

« Entre sillage et sillon chaque trébuchement est une construction d’autres socs enfoncés dans la chair de la terre » Max Rippon

Max Rippon (1944-) est  le fils spirituel de Guy Tirolien (1917-1988). Il a d’ailleurs il y a plus de trente ans effectué la traduction en kreyol de quelques-uns des 33 poèmes  de ce dernier publiés  à Présence Africaine en 1961 et assemblés sous le vocable Balles d’or. A l’intérieur de ce recueil figure la fameuse « Prière d’un petit enfant nègre » qui date elle de 1943. Mais moi j’ai surtout mémorisé une ligne de son poème     « Redécouverte » où comme dans le Cahier d’un Retour au pays natal de    Césaire en 1939 il constate avec effroi que

« … rien n’a changé.

Les mouches sont toujours lourdes de vesou,

Et l’air chargé de sueur »

En 1977 Guy Tirolien publiera Feuilles Vivantes au Matin. dont le titre est tiré du dernier vers d’un poème de Saint-John Perse du livre Anabase écrit en 1924 et intitulé « Chanson » qui dit

Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire

Il y a entre Rippon et Tirolien des vases communicants étranges car Rippon est né à Grand-Bourg, Marie-Galante tandis que Tirolien est mort au même endroit. Tirolien est né à Pointe-à-Pitre tandis que Rippon a quitté   Grand-Bourg à l’âge de 11 ans pour s’installer à Pointe-à-Pitre. Les deux parcours galantais se complètent. L’un prend le français au collet tandis que l’autre fait la part belle au kreyol.

D’autres influences sont celles qu’il a reçues de poètes radicaux comme Sonny Rupaire et Hector Poulet, partisans d’une poésie créolophone et engagée que Rippon a longtemps pratiquée et surtout déclamée. Il se démarque des autres par son style, son créole basilectal marie-galantais et sa préciosité, son raffinement, sa recherche qui rendent parfois son texte hermétique mais qui font résonner en nous sans que l’on sache bien pourquoi les flux et reflux de la singularité créole.

Rippon commence en  fait quand Tirolien finit. Il publie en 1987 dans la propre maison d’édition Aicha son premier ouvrage Pawol Naïf suivi en 1989 par Feuille de Mots aux Editions Jasor.

Voici ainsi son poème extrait de : Débris de silence (2004)

Débouya sé péché ou sav

Débouya pa péché

yo fè-w akwè

konplo a nèg sé konplo a chyen

yo fè-w akwè

palé kréyol sé pawol a nèg-dalo

yo fè-w akwè

nèg ni mové mannyè

nèg ka kaka an tou

nèg sé dènyé nasyon apwé krapo

yo fè-w akwè

é ou kwè tousa dépasé kwè

ou kwè lanmè sèk

ou kwè ravèt pani rézon douvan poul

ou woufizé mèt lèspwi a-w

égal pat égal mòdan

pou péyi-la pran lèv an avan

é flangé lanm kon penn-kanno cho défouné

ou woufizé bwaré lang a manman-w

ou wounonsé tété an manmèl

ou woufizé triyé diri é pach an tré

ou lésé van vanné pawòl ki di-w

débouya sé péché

kokangé sé honté

prangad

ou woufizé tann lokans hélé an koulé

prangad

fwè gadé kò a-w an fas

kenbon

fouwé zotèy a-w an fon tè gras

pou rédé péyi-la vansé

ti-tak douvan

Max RIPPON

J’aime ses poèmes mis en musique par Urbain Rinaldo comme ici Mawonnaj, extrait lui aussi de Débris de Silences.

et autres comme Perdre pied et attendre, tiré du même opus.

Max Rippon vient de commettre un ouvrage à trois mains autour d’une graminée. A lui le texte poétique, à Alain Darré les photos sur support d’aluminium (subligraphie) faites à Marie-Galante, à Michel Gravil la composition musicale. Quant aux prises de son qui nous immergent dans les flèches de canne, les machettes, le vesou, la mélasse et le clairin, elles sont de Ludovic Sadjan.

Tout cela pour retracer l’odyssée du rhum, ou plutôt la route du rhum intime de chacun qui est d’abord la route de la canne à sucre (Saccharum officinarum) en prenant pour héroïne l’île aux cent moulins. L’ouvrage s’appelle Saccharhum. L’exposition a été présentée à Saint-Malo avant le départ de la Route du Rhum du 6 octobre au 4 novembre 2018 et sera présentée à Pointe-à-Pitre du 9 au 30 novembre.

 

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Igname jaune de Caféière, gombo

La vue de la liane en fleur de l’igname jaune m’émeut. Tout comme me touche la vue de ses feuilles volubiles comestibles en forme de coeur ! Je suis un hommes à racines. A tubercules. A rhizomes. Quand j’ai vu le vendeur de fruits et légumes en bord de mer de Deshaies mon coeur a sursauté. Instantanément j’ai vu les ignames jaunes. Igname jaune de Deshaies. Pas de Bouillante, pas de Pointe-Noire. Il n’y avait pas l’appellation sacrée bio mais qu’importe. L’eau m’est venue instantanément à la bouche. J’ai eu comme une apparition de la Sainte-vierge à Bernadette Soubirous. Une kirielle de fourmillements et de démangeaisons s’est emparée de mon palais.

Igname jaune de Caféière, clamait le vendeur à qui voulait l’entendre. La terre de glaise deshaiesienne collait encore rouge et noire aux tubercules géants. Moi méfiant tout d’abord, j’entrepris de sonder l’âme de ces racines. Chaque blessure a sa façon de cicatriser et c’est en fonction de l’apparence de ces stygmates que j’achète. Car le saviez vous l’igname jaune comme le dachine et d’autres tubercules peut irriter la peau des âmes sensibles.

Diascorea cayenensis contient en effet un liquide blanc chargé de raphides (fins cristaux d’oxalate de sodium ou de carbonate de sodium) qui une fois qu’il entre au contact de votre peau peut si y vous y êtes allergique vous irriter et vous brûler. La solution l’éplucher rapidement puis laver l’animal sous l’eau froide. Ne jamais laisser l’animal au contact de l’air car il s’oxyde rapidement et brunit. Ou utiliser des gants. Certains mettent dans l’eau du bain une feuille de bois d’inde, d’autres du jus de citron.

Moi j’aime le contact avec l’animal appelé aussi igname de Guinée. Il y a de nombreuses qualités d’igname, igname blanc, l’igname jaune, l’igname ailé, Caillard, boutou, saint-vincent, cambarre, grosse caille, etc mais moi je me pâme pour l’igname jaune. C’est une longue histoire d’amour, archétypale tout comme celle qui me lie au gombo et à la feuille de de dachine. Belle tryade dont je ne saurai dire qui est le Père, qui est le Fils, qui est le Saint-Esprit !

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Il faut dire que dans les cosmogonies anciennes africaines le long du golfe de Guinée l’igname ne pouvait pas être mangé à n’importe qu’elle époque de l’année à n’importe qu’elle heure. Il était tabou à certaines époques de l’année et on préférait mourir plutôt que d’en consommer.

Moi, adorateur de l’igname jaune, je le vénère bouilli, pilé, frit, grillé, râpé à cru, lié à l’oeuf et aux épices et frit comme une crêpe, avec beurre, avec huile d’olive, avec huile de palme, avec sauce gombo, aussi appelée sauce kilométrique à cause de son aspect gluant, avec crabes, avec crevettes, avec poisson; avec oeuf dur, avec oeuf sunny side up ou sunny side down, avec épinards, avec calalou, avec feuilles d’hibiscus comestible (bélé), avec, avec…

Il n’y a guère que cru que je ne le croque pas ! Ce n’est pas recommandé à cause de l’amidon.

Mais par amour pour cette plante aux lianes volubiles en forme de coeur si elle l’exige je ferai le sacrifice.

ah cet igname jaune (Dioscorea ))

Purée de banane jaune, riz et merguez

Prenez trois bananes plantains bien mûres. Coupez-les en trois tronçons et mettez à cuire dans l’eau avec leur peau. Quand elles sont bien molles, les débarrasser de leur peau et les écraser en prenant bien soin d’éliminer les petites graines noires situées en leur milieu. Réserver. Mettre à réchauffer du lait avec de l’oignon coupé en fines lamelles, ajouter de l’ail en purée, du sel, de la noix muscade, du poivre, et du beurre. Integrer à feu doux la banane en remuant jusqu’à ce que le mélange soit homogène. On peut, si on le désire mettre de la purée de piment. Servir avec du riz et des merguez et une petite salade.

Cette purée en République Dominicaine s’appelle mangu quand elle est préparée à partir de banane plantain verte. C’est le plat symbole de République Dominicaine. Les plátanos, les bananes plantains vertes, sont réduites en purée et servies avec de l’oignon frit, des oeufs, du fromage et du salami frit. Rien de tel pour commencer la journée avec en plus une ou deux tranches d’avocat.

Rien à voir avec la mangue.

313 pépins de grenade

Je ne suis pas du type à avaler n’importe quelle baliverne. J’ai goûté l’autre jour du jus de grenade. J’ai sucé des pépins de grenade. Puis naturellement je me suis documenté sur ce fruit qui aurait été la vraie pomme d’Adam et Eve. Cette grenade que appelait autrefois pomme punique aurait donc été le fruit de chute. C’est à cause de cette grenade que le paradis serait devenu enfer sur terre. Déjà cette grenade a fait parler d’elle dans la mythologie grecque. C’est le fruit dont Persephone/Proserpine, fille de Zeus/Jupiter et de Demeter/Ceres, aurait dégusté six pépins en Enfer. Après avoir perdu sa virginité après avoir été enlevée et violée par Hades/Pluton le dieu des Enfers elle est condamnée à vivre six mois sur terre et six autres en hiver. Certains murmurent même que ce serait volontairement à l’insu de son plein gré quelle aurait dégusté le fruit interdit de l’enfer pour pouvoir échapper à une mère castratrice. Certaines préfèrent les nourriture célestes, d’autres les nourritures marines, d’autres comme Proserpine sont accro six mois aux nourritures terrestres, six mois aux nourriture infernales. La grenade aux pépins infernaux. Mais aussi la grenade apparaît bienveillante pour d’autres coutumes qui lui confèrent même le nombre incroyable de 613 pépins voire de 1000 pépins chez d’autres. Il fallait que j’en aie le coeur net. J’ai donc cueilli ce matin au grenadier de mon jardin la plus belle des grenades. Et un à un j’ai compté les arilles. Trois cent treize ! Loin du compte. Alors qui croire. Forcément j’ai des doutes. Et si c’était la même chose pour le serpent. Et comme fait exprès ne voilà- t-il pas que se présente devant moi une chenille noire et jaune. Voilà qui me semble raisonnable. Au lieu de la pomme et le serpent, la grenade et la chenille. Mon paradis sur terre

Spagghettis aux gombos et au marlin fumé

C’est l’union parfaite: la quintessence de la quadrature du goût: gombos et poisson fumé par Caraïbes Fumés à Bouillante pour le compte de Cap Créole.

Il vous faut pour deux personnes :

12 gombos

100 g de marlin (Makaira indica) fumé au bois de hêtre au sucre de canne et aux épices locales

un piment végétarien

un demi-oignon concassé,

deux cuillères d’huile d’olive

deux cuillères à soupe de vinaigre balsamique

lait de coco à volonté

sel

poivre

ciboulette

coriandre vert

de l’ail en poudre

une cs de sauce tomate

une grosse tomate concassée

poivrons verts et rouges

spagghetti

bois d’inde

caribbean fish seasoning

Faites revenir dans l’huile d’olive et le vinaigre balsamique tous les ingrédients (les gombos et le marlin coupé en fines lamelles en dernier).

Ajouter en fin de cuisson le lait de coco.

Servez sur les spagghetti.

Simple comme bonjour. Easy, easy as Sunday morning.

Alors je chante avec Lionel Richie:

Toussaint Ordinaire à Bouillante

Aujourd’hui premier novembre 2018 je vais fêter la Toussaint à Bouillante. En voiture Deshaies-Bouillante ça nous prend environ une demi heure. Nous sommes invités à passer la journée chez une cousine. Étape obligée en ce jour des saints la messe à l’église Saint-Louis de Bouillante. 9h10 l’église est bondée. Tout le monde est sur son trente et un, poudré , parfumé d’élégance en ce premier jour de novembre. Le blanc est de sortie. Tous immaculés. Sans tache. Les saints sont à l’honneur. Mais déjà dans les cimetières cela s’anime. Bouillante possède deux cimetières. Celui des Doublons et l’autre sans nom. Les Doublons héberge l’élite des défunts. L’autre le menu fretin. Ma famille sans doute est en grand nombre dans celui du menu fretin mais par acquit de conscience au cas où un vénérable ait existé parmi les trépassés miens je me promets de rendre une petite visite aux Doublons qui apparemment est plus proche de l’église donc plus proche de Dieu. Ça va commencer. Après quelques photos je m’éclipse. Je préfère prier sur le banc à l’ombre sur la place.

Puis c’est l’heure de la visite au cimetière. Apres un petit quart d’heure je decouvre UNE TOMBE INTITULÉE BALTIMORE.

Puis c’est le déjeuner des saints. Après un petit punch viennent la salade, tomate betterave, sardines, le concombre râpé , l’avocat, le blaff de colas, un poisson qui ressemble comme deux gouttes d’eau de mer au vivaneau, le fruit à pain, les poyos, la patate douce, le riz blanc, le piment et le cabri. Et comme dessert glace au coco et rhum raisins.

Entre saints, normal de se faire des gâteries. BON SOUVENIR que ce lodé de LA TOUSSAINT

Prescripteurs alimentaires, esprits, saints et défunts

Nos choix en matière alimentaire sont largement dictés par notre inconscient, par nos expériences de vie, par celles de nos ancêtres.

Nous croyons tous avoir un libre-arbitre , un pouvoir décisionnel qui nous donnerait la faculté de décider ce que nous avalons, et le pourquoi et le comment de ce geste « avaler » alors qu’en fait de matière alimentaire nous sommes les patients et les élèves de prescripteurs et de précepteurs alimentaires divers.

J’étais il y a deux mois à un dîner anniversaire. Un de mes frères fêtait ses 60 ans. Etaient présents sa fille aînée et son mari et leurs quatre enfants, âgés entre deux et 10 ans, 3 garçons et une fille, ma soeur benjamine de 50 ans et sa fille de 10 ans, mon épouse et moi cela se passait dans un restaurant à Saintes en Charente-Maritime. On nous sert les boissons.

Que désirez vous ?

Mon frère demande un Porto, je le suis. Il se ravise et prend une bière parce que son beau-fils a pris une bière. Je prends moi aussi une bière. En fait j’allais prendre un vin moelleux mais je me suis ravisé. Ma femme hésite puis finalement fait comme ma soeur et prend un vin moelleux. Les enfants prennent tous un coca avec des glaçons. Pour la petite dernière c’est un verre de grenadine.

On nous sert des petits apéritifs : des olives et des cacahuètes. Et là je m’aperçois que la petite fille de 2 ans se remplit d’olives vertes dénoyautées avec une sorte de joie intense. C’est un plaisir de la voir manger. Et je me souviens alors que moi je n’ai mangé des olives qu’à l’âge adulte et encore avec parcimonie. Aujourd’hui j’en grignote quand on m’en offre mais cela ne fait pas partie de ma culture. J’en parle à ses parents qui disent qu’elle adore les olives vertes. Le père plaisante:

Elle en prend toujours avec un petit Martini.

Tout le monde rit. Mon frère admet lui aussi n’en avoir goûté qu’adulte, tour comme ma soeur. Nous nous souvenons qu’à la maison nous ne mangions jamais d’olives. Cela ne faisait pas partie de notre culture.

Les cacahuètes par contre, qu’on appelle chez nous pistaches, font partie du décor et j’ai dû en manger dès que cela ne présentait pas pour moi de risque d’étouffement. J’ai mangé du sikakoko ça c’est sûr. Les cacahuètes caramélisées. hum c’est l’un de mes parfums d’enfance. comme le sorbet à la pistache ou au coco.

Si nous avions mangé chez ma mère il y aurait eu sans doute du Porto, du Martini, du punch coco, du rhum, un punch monbains, un guignolet, etc. Ensuite comme entrée un plat de saucisson en tranches accompagnées de carottes, râpées, concombre râpé, avocat

Trois d’entre nous prennent une entrée : le gendre du foie gras, mon frère et sa fille chacun une cassolette de pétoncles avec des carottes. Nous sommes dans une région où les fruits de mer sont abordables. Nous sommes à 50 km de la mer.Ma femme et moi nous nous abstenons ainsi que ma soeur. Nous mangeons peu le soir.

J’ai commandé instantanément mon plat, souris d’agneau. Chaque fois que je prends de l’agneau je pense à mon père pour qui fêtes de Noel, Pâques, mariages, anniversaire rimait avec agneau.

Mon frère prend des rognons de veau. Alors là je suis surpris:

-Tu aimes ça, toi ? Moi je n’en ai jamais mangé. Des reins, berk.

-Ah non c’est très bon, j’adore.

Moi je suis surpris. Il me dit qu’il en a toujours mangé et que notre père en mangeait aussi. Bien c’est fort possible mon père mangeait aussi des huîtres et ce n’est qu’adulte que j’y ai goûté. Mais il faut dire que mon père était militaire et qu’il est parti tout jeune dans la dissidence et là on l’a nourri à la française, à la bonne franquette. Cela explique qu’il aimait le vin rouge, les pommes de terre, les boites de cassoulet et les rognons. Il mangeait aussi beaucoup à la cantine quand il travaillait au ministère de l’Industrie donc son goût s’est élargi. Et moi donc je n’ai jamais goûté aux rognons. J’ai un jour au Brésil fait des efforts pour manger des gésiers de poulet en apéritif comme le faisaient tous mes amis brésiliens. C’est niet, ça ne passe pas. Les tripes, le foie, oui mais le gésier, le rein, les coucougnettes non merci. J’ai pourtant mangé du xinxim de bofe (du poumon) et ce n’était pas mauvais. Du sarapatel (un plat originaire du Nordeste du Brésil à base de toutes sortes de viscères rouges -fressura- comme la trachée, le coeur, le poumon, les reins, le foie , le baço e mouton ou de bouc). C’était à l’occasion d’un mariage et quand j’ai vu la manière dont tout le monde se régalait je me suis précipité et j’ai pris mon plat. et c’était divin. J’ai mangé mon bofe chez la mère d’une amie. Là encore tout le monde s’est régalé. Je ne pouvais dignement me défiler. Il m’est arrivé à une certaine époque de manger aussi la buchada de bode, la dobradinha ou le mocoto. La buchada de bode c’est un plat du Nordeste encore à base de viscères blanches de bouc (tripes et autres parties de l’estomac). La dobradinha je l’ai essayée car ma femme qui est originaire de Bahia aimait beaucoup. Je me souviens d’un restaurant près d’Itapoan où nous sommes allés à plusieurs reprises manger buchada ou dobradinha. La dobrainha est un plat à base de haricots blancs et tripes de boeuf (bucho) , .

Le mocoto c’est un plat à base de pieds de vache cuits avec des haricots et des légumes. J’en ai mangé une fois au petit déjeuner ! Il faut dire que je suis un aventurier et quand je suis entouré des bonnes personnes j’essaie tout. Il faut une conjonction des astres. Le jour où j’ai pris du mocoto au petit déjeuner c’était pour accompagner l’un de mes amis qui mourrait d’envie justement de manger un mocoto. il s’appelait Virgilio. nous étions dans un petit village dans un marché typique populaire de la Chapada Diamantina à Livramento da Nossa Senhora. Nous étions partis tous ensemble pour escalader le Pico das Neblinas. Je n’ai plus jamais revu Virgilio depuis, mais il est lié à jamais dans mon esprit au mocoto. Pour un originaire des Antilles qui a toujours mangé du boudin depuis sa plus tendre enfance je devrais être ouvert à toutes les viscères car finalement le boudin c’est à la base un boyau de boeuf, du sang, des herbes et des épices. J’ai une résistance que je dis naturelle. Mais le dégoût que je ressens peut avoir été hérité de mes ancêtres. Mais on peut fort bien dépasser les interdits alimentaires de ces ancêtres. Mon père me disait ne jamais manger d’ananas le soir. Si on en mangeait on aurait une tête d’ananas. cela ne m’a jamais empêché de manger de l’ananas si j’en avais envie et à l’heure de mon choix. Par contre ma mère n’aimait pas les gombos. Donc elle n’en cuisinait jamais. Comme c’est mon père qui faisait ce type de courses et que je l’accompagnais tout petit aux Halles pour faire les emplettes j’ai acquis le goût des gombos à travers lui. Mais jusqu’à aujourd’hui je ne l’ai jamais vu préparer des gombos.

Aujourd’hui je suis en Guadeloupe à Deshaies c’est le premier novembre, jour de tous les Saints, la Toussaint. Demain ce sera la fete ces Défunts. Aux Antilles saints et défunts ne font qu’un. Ce sont des esprits. et on leur prête hommage malgré les imprécations véhémentes de monsieur l’abbé qui leur prêche que le 1er c’est le jour des saints et le 2 le jour des défunts. et qu’il faut rendre hommage le jour qui leur est dédié aux saints et le jour qui leur est dédié aux défunts. Mais la plupart des antillais ne l’entendent pas de cette oreille. Depuis deux semaines les cimetières sont transformés en carwash, on lave, on récure, on fait briller, on bichonne les pierres tombales, on peint, on maçonne, on balaie, bref on fait le grand nettoyage pour que morts et saints mais surtout les morts sentent bien qu’on ne les oublie pas. Et pour cela on les illumine car ils aiment la lumière. Vive dans les ténèbres cela fatigue la vue. Alors bougies et lumignons font la lune et le soleil sur leurs âmes.

Moi je pense bien sûr à mes morts, mais toute l’année via la généalogie. Je n’ai nul besoin intime d’aller sur leurs tombes les éclairer. Car je ne sais comment éclairer la poussière des os. Mais j’irai par curiosité car ce sera la première fois de ma vie au cimetière passer le premier novembre un petit moment de lumière avec les morts.

Mais déjà de bon matin je les ai célébrés à ma façon. Je me suis préparé un petit déjeuner en hommage à mes morts. Probablement l’un de ces derniers me l’a soufflé pendant que je dormais. J’ai sorti une mesure de semoule de mais, cinq mesures d’eau, du sel, du poivre, du lait en poudre, de l’huile d’olive et du beurre, plus deux tranches de gouda, une grande marmite, tout ça pour faire les grits.

Quand j’ai craqué l’allumette et quand j’ai enflammé le gaz j’ai senti que les morts sautaient-mataient. Yépa, disaient-ils tous en choeur

Nou kay manjé mayis, mé frè

Puis j’ai sorti 6 wassous, le wassous c’est l’écrevisse, 6 grosses écrevisses. l’ail, l’oignon, le poivre, le vinaigre balsamique, le sel, la ciboulette, le persil, le piment végétarien,le bois d’Indee et le caribbean fish seasoning. Alors là j’ai senti les nez des morts trembler d’aise et de plaisir

Way, wassous, lézanmi ! Woy ! Mi banké ! Shrimps lézanmi, Shrimps ! Nou kay manjé grits and shrimps

C’est alors que je leur ai donné le coup de grâce, comme une extrême onction culinaire : j’ai sorti deux oeufs de poule de la Guadeloupe, élevée au bord de la mangrove donc parfumée aux crabes de terre.

Apavré ! Grits, shrimps and eggs ! Mé missié la sa sé on sen, sé on mawti, i kon nou minm !

Et une fois mon repas prêt je me suis mis à chanter tout en mangeant:

Faya faya manman alé jénéss simityé, alé jénés simityé man ka mandé lè répondè ayayay

Chaque bouchée d’ècrevisses, de bouillie de maïs ou de zé je la dédiais à l’un de mes ancêtres : une bouchée pour Vivik, une bouchée pour Julienna, une bouchée pour Fillotte, une bouchée pour Joseph, une bouchée pour Jean, une bouchée pour Man Bise, une bouchée pour Monrose, une bouchée pour Jeanine, jusqu’à ce qu’on arrive a Magdeleine. Puis je suis redescendu, j’ai parcouru les mornes de la Guadeloupe et de la Martinique, j’ai vu défiler Bouillante, Schoelcher, Saint-claude, Baillif, Case Pilote, fort-de- France, Vieux-Habitants jusqu’à ce que j’en arrive à la soixante-sixième cuillèrée. Branlre-bas de colmbat. qui aurait cert honneur insigne e se » voir déier la dernière cuillère de cette année. Je n’ay avais pas penséz mais au moment même où je mettais la cuillère dans la bouche je m’entendis prononcer :

Une cuillère pour Charles-Henri, mon petit frère, trop tôt disparu.

Ki zafè a dispari ésa, missyé Jean-Marie je suis là, costaud, ban mwen manjé an mwen, siuplé !Mais di mwen on bitin, poukisa tu ne nous as pas préparé un bon ti kalalou krab, vyé frè ?

Les morts sont comme ça. Yo pa jin kontan. Tu leur donnes chat ils veulent rat, tu leur donnes viande cochon ils veulent poisson épi zo, c’est comme ça, il faut toujours qu’ils fassent un petit caprice. Ils ne sont jamais satisfaits. Mais je sais comment les prendre. Je leur sers pour terminer une bonne rasade de leur petit rhum sec, le Bologne qu’ils affectionnent plus particulièrement. Awa mes morts pa ka bwè Riklès ! Ils se mettent à la queue leu leu comme pour recevoir l’ostie sainte

Messyé messyé, merci mon frè, tu n’as pas oublié mon ti viyatik,

font-ils en sautant matant de plus belle une fois obtenu leur petit viatique. Certains communient même deux fois

Verses en moi encore un ti krazi la goutte. Je ne vais pas partir sur un pied quand même, a laj anmwen épi toute la sciatique en ka soufè, doulè, doulè

Si je les écoutais je ramènerais une dame-jeanne pleine.

Au moins zafè aw bien, ou pa ni diabète, pwofité mon frè, pwofité bien lanmo aw, tchimbé réd pa moli

Le soleil s’est levé et avec lui les ombres de mes ancêtres se sont couchées. Quant à moi c’est, heureux et nostalgique en même temps, le ventre plein de grits and eggs et shrimps et passablement imbibé de bonne guildive que j’entame ma soixante-sixième Toussaint. La première première à Bouillante.

J’aime le chant du boudin le soir au fond de la fumée .

Le son du cor, le bêlement du cabri, le phrasé du madère ou le chant du coq.

Certains à l’écoute de ces ondes ont le cœur qui entre en pâmoison. La raison défaille. La main tremblote alzhameirement et parkisonnement. MOI, j’ai un faible pour le chant de Sa Majesté Boudin. LE CHANT DU BOUDIN ROUGE Royal m’émeut plus particulièrement. À son écoute mon ouïe tressaille, ma vue se brouille, mon nez s’allonge et se retrousse. J’aime que LE BOUDIN Qui COMME coq chante, coquerique à longueur d’année, matin midi soir. Il fut un temps où les coqs comme les poules avaient des petits noms. Chantecler, celui qui faisait paraître le soleil, selon Edmond ROSTAND. EH BIEN CHAQUE BOUDIN QUE J’ENGLOUTIS EST COMME UNE OSTIE Fumée , Consacrée, GRILLÉE, EN BLAFF OU EN COURT BOUILLON que je baptise aux fonts baptismaux de mon palais et qui fait paraître le soleil. Il y a boudin bénin et boudin malin. Je communie aux deux espèces. LE COULIROU NE CHANTE PAS, LE MARLIN NE CHANTE PAS, L’ORPHIE NE CHANTE PAS, LA DORADE NE CHANTE PAS. IL FAUT QUE L’EFFLUVE DU PIMENT M’ATTEIGNE EN VINGT-SEPT CENTIÈMES DE SECONDE, QUE LE PARFUM DU BOIS D’INDE ME TRANSPERCE DE SON CRI primal Dès LA PREMIÈRE MILLISECONDE, QUE LE BOYAU SOIT TENDRE COMME LE RIDEAU DU JOUR QUI SE LÈVE. BOUDIN ROUGE, BOUDIN BLANC, BOUDIN VERT, BOUDIN NOIR. EN MATIÈRE DE BOUDIN JE N’AI PAS DE CHAPELLE, JE NE SUIS PAS RACISTE, JE SUIS OECUMÉNIQUE. JE LES BECQUETTE TOUS. ÉGLISE DU DERNIER JOUR DES SAINTS DU BOUDIN ROUGE, SAINTE RITA DU BOUDIN BLANC DE DIEU, ÉGLISE DU SEPTIÈME BOUDIN VERT, QUELLE QUE SOIT LA COULEUR De La CHOSE JE BOUDINE, TU BOUDINES, IL OU ELLE BOUDINE.

J’ai testé les dombrés congelés

Je n’avais jamais osé. Osé m’acheter du dombré congelé. Mais toute honte bue, l’inévitable s’est produit. J’ai cédé à la facilité. Pourtant rien de plus facile que de faire des dombrés. Eau, farine, sel. Et basta. Mais dans le petit supermarché de Deshaies le produit, nouveau pour moi, m’a attiré comme une abeille est hypnotisée par le pollen d’une fleur de figue. Dombrés Surgelés, SARL Les Délices Surgelés à Saint-Claude, chemin Cascade Vauchelet. Gérance de Madame Garçon Marie Hélène. Ma ville natale, ex Basse Terre Extra Muros. Comment ne pas donner l’occasion à un compatriote haut Basse-Terrien de faire fortune au pied de la Soufrière ? Ce ne sont pas des boulettes, ce sont des billes. Légères, légères, presque aériennes mais ne vous avisez pas de vous servir une assiette fêtée. Manger vos dombrés parcimonieusement, tout spécialiste en nutrition vous le dira. Bonjour les kilos superflus qui résistent des siècles à fondre ! Mais quand on n’aime on ne compte pas. Dans calories il y a calor. Que calor! J’adore. Pour conclure j’ai testé et j’ai adoré ces itsy mini petits dombrés surgelés mais ce ne sera jamais une corvée pour moi de faire des dombrés maison. Imaginez des dombrés à base de farine de froment et farine de manioc mélangées , ou un dombré aux trois farines (froment, mais, manioc). Manman, manman ! Léché dwouett!

Alors, au diable l’avarice, ce matin à cinq heures et demie, le pipirit n’avait pas encore chanté et le coq était dans son dernier sommeil paradoxal, je me suis mis à l’ouvrage. AU PAS CAMARADES, AU PAS CAMARADES, AU PAS, AU PAS, AU PAS. J’ai mis au feu les haricots rouges que j’avais mis à tremper la veille. Et comme J’AVAIS PERDU LE LA DE MA CLARINETTE et que je n’avais ni thym ni laurier sous la main j’ai mis de l’oignon, une gousse d’ail et du caribbean fish seasoning de Sainte-Lucie. C’est un assaisonnement pour poisson des Caraïbes comme le dit la marque Viking basée à Castries en principe mais quelle sommité culinaire a décrété que la poudre d’oignon, l’ail en poudre, le poivre blanc, le thym et le sel étaient incompatibles avec les pois rouges ? Un peu d’huile d’olive et un peu de sauce tomate en fin de cuisson, puis une ou deux cuillères à soupe de Colombo, deux piments végétariens pour parfumer. Allez on met 500 grammes de boulettes de dombrés. Pas de queues à cochon, pas de porc, pas de bœuf, pas de cabri, pas de saucisses. Ce sera un pois rouges dombrés végétarien. Accompagné d’un darne de dorade coryphène congelé pêchée dans l’Océan Indien et négociée à Oman, à défaut de poisson tout frais, bien assaisonnée à la brésilienne ou tout simplement frit. On verra ça à midi. En fonction de l’envie et de la flemme. Avec un petit mélange de concombre et tomate. Et surtout ne pas oublier de réserver la part des anges pour Saint Michel archange terrassant le dragon de midi bien dodu et gras.