La première liberté entre pluviose et floréal

Ce qu’on entend par la première liberté c’est la première abolition de l’esclavage décrétée par la convention montagnarde le 4 février 1794 (16 pluviose an II). Pendant 8 ans les esclaves de Guadeloupe grâce au décret 2262 ont vécu comme des citoyens français, ont pu se marier, avoir des enfants, les reconnaître, acheter, vendre, échanger. Ce ne fut pas pour autant une remise en question fondamentale de l’ordre établi puisque le décret fut exécuté après avoir adopté certains règlements appelés Police rurale mise en place par les commissaires au gouvernement dans chacun des districts de la Guadeloupe. Par cette Police les nouveaux citoyens de 1794 se voyaient remettre un quart des bénéfices déduction faite des coûts affectés au médecin, aux médicaments et à l’emballage des produits. Le esclaves devenaient sous le régime de Victor Hugues des travailleurs libres. La réalité objective en fit des travailleurs forcés. Disons un peu plus libres qu’ils ne l’étaient avant. Ce ne fut qu’une éclaircie de 8 ans puisque Bonaparte rétablit l’esclavage par décret du 20 mai 1802 (30 floréal an X). Dès le 2 mai Richepanse et 2500 hommes sur 11 navires vont rétablir l’ordre esclavagiste ce qui coûter au bas mot la vie de 20000 de ces nouveaux citoyens sortis de la servitude. L’insurrection menée par Louis Delgrès dès le 4 octobre 1801. Comme disait Sonthonnax en 1793 à Saint-Domingue la citoyenneté est devenue leur Evangile !

Ce ne fut qu’une éclaircie mais quelle éclaircie !J’imagine ce que cette éclaircie a causé chez mes ancêtres présents sur le territoire à cette époque : BALTIMORE, FRONTON, VIN, VALERIUS, BARDUS, ELIZA, SIPHAX-COLDY, BANDINI; PALEY, IBOL, HAMAREL, MONZA, EBREUIL, RYBOUR

A Bouillante :

Charlottine Fronton est née en 1792 soit deux ans avant la première liberté qu’elle a donc connue entre l’âge de 2 ans et 10 ans.

Désirée Bandini entre 13 et et 21 ans

Vidal Valérius de 15 à 23 ans

Bernadine Vadimon de 16 à à 24 ans

Praxelle dite Rachelle Ebreuil de 8 à 16 ans

Jean Paley de sa naissance à l’âge de 8 ans

Baltimore Magdeleine entre 11 ans et 19 ans

A Saint-Claude :

François Rybour entre 29 ans et 37 ans

Magdelonnette Ibol entre 17 et et 25 ans

Reinette Hamarel entre 15 et 22

A Vieux-Habitants : Elisabeth Vin de la naissance à l’âge de 5 ans

Raymond dit François Monza de la naissance à l’âge de 5 ans

A Grand-Bourg MG:

Félicité Bardus de sa naissance à l’âge de 6 ans

Demoiselle Eliza de la naissance à 3 ans

Marguerite Leroux de la naissance à 1 an

Si l’on consulte l’Etat nominatif des personnes de tout âge et de tout sexe existant dans la commune de Bouillante au premier vendémiaire an V ainsi que celui du 1er vendémiaire an VI classés aux archives de Guadeloupe sous les côtes G1500 et G1503 les relations pére-enfants-époux devraient s’éclaircir .

Archives notariales

Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d’aînesse, n’être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au
retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire. »

C’est ainsi que le Code Noir, l’édit  de mars  1685 de Colbert dans son article 44 décrit l’esclave, bien meuble, malléable et corvéable à merci, qu’on peut échanger, léguer, apporter en dot. L’esclave peut être indivis entre les héritiers ou encore en usufruit au même titre que le bétail, les terres, l’argenterie.

Les archives notariales nous permettent de retrouver l’état des biens à un moment donné, généralement avant mariage,  de la succession d’un individu. Je m’intéresse plus particulièrement aux données concernant les esclaves qui étant considérés bien meubles figurent dans ces états et permettent bien souvent d’éclairer sur la filiation, l’âge, l’origine, le métier des populations serviles.

Si je prends pour exemple mes ancêtres esclaves nés sur Saint-Claude (autrefois Basse-Terre extra Muros) je peux consulter et tirer certains éléments précieux (lieu de naissance, prénom à la naissance, nouveau patronyme, RNL et RM, lieu d’habitation, âge) de ce registre des nouveaux libres.

Il ne faut pas croire que toutes les personnes qui figurent sur le Registre des nouveaux Libres de Saint-Claude sont nées à Saint-Claude. Une grande partie oui, mais aussi une grande partie est née en Afrique voire à Antigue, Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Martin, la Dominique, les Saintes, Marie-Galante et bien entendu la plupart des communes de Basse-Terre (et en particulier, Basse-Terre, Bouillante, Baillif, Deshaies, Gourbeyre, Sainte-Rose, Trois-Rivières, Vieux-Habitants mais aussi Pointe-à-Pitre, Capesterre. En effet n’oublions pas que les esclaves sont des biens meubles donc ils circulent au gré des ventes et des cessions.

Mais le nom du ou des propriétaire(s) est important pour en savoir plus sur mes ancêtres.

Il me faut donc ensuite rechercher quand la naissance a eu lieu entre 1838 et 1848 dans le registre des naissances, décès et mariages des esclaves de Saint- Claude qui me donnera la date de naissance exacte de l’esclave (les âges sur le RNL sont approximatifs), le nom de sa mère que je sais déjà, des indications de couleur et surtout le nom du propriétaire. Jamais le nom du père n’est mentionné !

Dans le cas de la Guadeloupe on peut difficilement utiliser comme source de référence les registres paroissiaux qui étaient rédigés et qui indiquaient les naissances, mariages et sépultures des esclaves car la plupart ont disparu. On a bien sûr aussi les recensements dont celui de 1790 (ANOM G1497) et les dénombrements. Mais les registres notariaux sont particulièrement éloquents. Il s’agit d’argent donc on est précis, net et chirurgical ! Je m’intéresse plus particulièrement aux notariat de Basse Terre et de Pointe à Pitre qui comptent respectivement 10 et 7 études. La consultation de leurs doubles minutes peut s’avérer fort judicieuse. Elles concernent non seulement les acquisitions et ventes de propriété, les testaments, les inventaires après décès, les contrats de mariage, les actes d’affranchissements, les transactions commerciales…

Rechercher son ascendance servile implique la nécessité absolue de se plonger dans ces transactions conservées par les notaires locaux tant il est vrai que les registres notariaux et l’esclavage sont intimement liés comme le constate l’étude intitulée  Les Archives Notariales et l’Esclavage d’Hélène Servant : Notariat et esclavage

Aux ADG on peut consulter les répertoires et les minutes de notaires.Ils sont en principe classés ans la série E par Etude. Voici ce qui se passe à Basse-Terre :

Etude 1

 

Etude 2

Etude 3

Etude 4

Etude 5

Etude 6

Etude 7

Aux ADG archives départementales de la Guadeloupe qui publie par ailleurs un guide généalogique très pertinent toutes les minutes de notaires sont versées après 75 ans et sont consultables selon les côtes suivantes.

  • 2 E 1. 1792, 1811, 1819-1926
  • 2 E 2. 1774-1933
  • 2 E 3. 1771-1900
  • 2 E 4. 1815-1899
  • 2 E 5. 1775-1899
  • 2 E 6. 1845-1899
  • 2 E 7. 1851-1919
  • 2 E 8. 1895-1904

Comment retrouver un acte ? Prenons un exemple concret dans ma famille les Baltimore :

voyez cet acte de mariage # 2 du 18 janvier 1902 à Morne à l’Eau entre Michel Cyprien dit Léonel Lodin et  Marie Claire Armand Baltimore. Marie Claire et la fille e Marie Herminie Baltimore. Je veux comprendre le parcours atypique de Marie Herminie à qui je ne connais que deux filles cette Marie Claire née à Pointe à Pitre et  Victorine Marie Joséphine née 10 ans plus tard à Petit Canal. Marie Herminie est partie de Bouillante où elle est née, on la retrouve à Pointe à Pitre en 1872 puis à Petit Canal en 1881 puis dès 1891 elle est installée à Morne à l’eau où elle se trouve encore en 1902. C’est la soeur de l’un de mes ancêtres directs, Jean Baltimore. Marie Herminie et sa fille Marie Claire sont toutes eux commerçantes. Je serais curieux de savoir quel commerce elles exercent.

Il est clairement stipulé ans l’acte qu’un contrat de mariage a été signé entre les parties le  8 janvier 1902 chez maître Epiphane (Gabriel), notaire à Pointe-à-Pitre.

Je connais donc le nom du notaire et la date de l’acte ! tout cela s’est passé il ya 75 ans et plus donc l’acte est disponible aux archives de la Guadeloupe en série E.

Je vais donc sur le site de l’irel pour voir dans quelle étude à pointe à pitre se trouve répertorié Epiphane Gabriel et à l’étude 9 je trouve ce Gabriel Epiphane Jean Baptiste  (1902-1912). Je note la côte et le tour est joué.

Maintenant il ne me reste plus qu’à me rendre aux AD de la Guadeloupe ou au Caran à Paris et consulter tout ça tranquillement !

Pour en savoir plus sur les archives notariales

Mayotte, île de la Mort, île morte

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Ile de la mort depuis des siècles Mayotte devient désormais île morte ! Certes pas tout à fait morte car elle bande encore, mais si mollement qu’on jurerait qu’elle est atteinte de dysfonctionnement érectile tant est flagrante son impuissance. L’île est moribonde !

Le 101ème département, comme elle aime s’appeler, devenu tel le 31 mars 2011, deux ans après le référendum de 2009, il y a à peine 7 ans donc, vit une crise existentielle, âge de raison oblige,  qui ne risque pas de s’estomper. L’archipel est au bord de l’explosion ! Les coupables comme souvent sont tout trouvés. Les étrangers ! Les ressortissants comoriens ! Ils représenteraient environ 50 pour cent de la population. Il n’y a pas qu’eux. Il y a les ressortissants malgaches, les ressortissants congolais , les ressortissants rwandais, les boat people de ce 21ème siècle austral arrivés sur l’île par le biais des flux et reflux de kwassa-kwassa ! Tous en situation irrégulière selon certains, soutenus par la force publique, les maires, les conseils municipaux et la population excédée, qui voudraient décaser à-tout-va pour mieux encore refouler tout ce beau monde à la frontière, les bouter carrément hors de France. Ce qui mathématiquement serait la solution miracle à tous les maux ! Or le voisin comorien considère que Mayotte est terre comorienne, comme l’attestent plusieurs résolutions de l’ONU auquel la France demeure sourde, et que les comoriens étant sur leur terre ils n’ont pas en être refoulés comme des malpropres. Les comoriens en situation irrégulière sont donc ballottés comme des régimes de banane entre Charybde et Scylla ! On imagine qu’une augmentation substantielle de l’aide au développement pourrait changer la donne et réussir à en amadouer certains. On imagine… C’est tout ce que l’on peut décemment faire, imaginer une sortie heureuse du contentieux diplomatique qui oppose les îles soeurs, dans un lagon hanté d’un noeud de serpents qui paraît inextricable.

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On parle d’insécurité chronique et d’immigration clandestine inacceptable ! On évoque le cas de la Guyane qui souffre des mêmes maux mais  immédiatement on évoque les différences de taille entre la Guyane et Mayotte. Le gouvernement français, le préfet, la Gendarmerie, la Justice, l’Armée, la Marine, la Police, la CAF, sont accusés de complaisance ! Or chose étrange ces étrangers sont leurs propres frères ou demi-frères, cousins germains ou issus de germains, oncles et tantes, grand-pères ou grands-mères car depuis le XVème siècle Mahorais, Anjouanais Grands Comoriens et Mohéliens ainsi que les Malgaches et les Tanzaniens se sont allègrement mélangés au gré des califats. On oublie que Mayotte fut sous domination anjouanaise ou malgache à certains moments de son histoire pour ne retenir que la domination française qui date de 1841.

On méprise les Comores, les voisins comme on les appelle avec condescendance, mais jusque dans les années 60 et 70 c’est à Moroni que les plus fortunés se rendaient pour étudier au lycée Saïd Mohamed Check. On méprise Madagascar mais c’est à Tananarive que d’autres se rendaient pour étudier au Lycée Condorcet devenu depuis lycée Galliéni.

Mayotte c’est une Afrique qui ne s’accepte pas pour certains qui préfèrent revendiquer leurs racines arabes ou portugaises. Mayotte n’est pas perdue mais bien égarée, comme un chien, en l’occurrence une hippocampe perdue sans collier.

Car Mayotte se revendique française mais souhaite en même temps demeurer musulmane. Il y a des contradictions flagrantes entre les lois de la République notamment en matière de liberté, égalité fraternité, laïcité. Les mosquées sont pleines et fleurissent comme des champignons. On ne peut faire deux cents mètres sans se trouver nez à nez avec une mosquée ou une madrassa (une école coranique). Pour comprendre une école coranique imaginez un cours de catéchisme 7 jours par semaine à 5 heures du matin avant l’école, après l’école dite de la République, où l’on apprend outre le Coran l’arabe ! Des hauts parleurs diffusent aux heures stratégiques l’appel à la prière. Le premier chant de l’aube ce n’est pas le chant du coq mais celui du muezzin ! Que dis-je ! Celui des muezzin car chaque mosquée se fait concurrence. Il y a la mosquée des Anjouanais, la mosquée une telle, la mosquée une telle.

Dans cette concurrence d’héritages il y a des perdants et des gagnants. Les plus lettrés ceux qui sont entrés dans la mondialisation, ceux qui se sont formés à l’étranger et plus particulièrement en France ou en Arabie Saoudite, les descendants de familles traditionnelles occupent les mairies, les administrations, les postes stratégiques au Syndicat Intercommunal d’Eau et d’Assainissement de Mayotte (SIEAM), à la Société Immobilière de Mayotte (SIM), à Electricité de Mayotte (EDM), etc.

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La corruption est rampante et institutionnelle. Emplois fictifs, détournement de fonds publics et favoritisme sont les maîtres mots de la politique mahoraise. Une fois installé comme maire, sénateur ou député ou conseiller municipal ou départemental  on est un nanti au service d’un clan. J’entends par exemple des débats où il y aurait un arrangement entre les familles de M’Tsapéré  pour que revienne le poste le président  du conseil départemental aux prochaines élections à quelqu’un du clan de M’Tsapéré qui a réussi entre autres à élire deux sénateurs. Il faut à tout prix que le poste revienne à quelqu’un de M’Tsapéré. Aux dernières élections le poste est allé à quelqu’un du canton d’Ouangani élu depuis le 2 avril 2015 (Soibahadine Ibrahim Ramadani né en 1949 à Chiconi, sénateur e Mayotte entre 2004 et 2011).  Entre 2011 et 2015 né en 1975 à Marseille Avant lui à la tête de l’exécutif  mahorais il y avait eu Daniel Zaïdani descendant d’une famile de M’Tsapéré qu’on avait fait venir de France pour succéder à Ahmed Attoumani Douchina né en 1955 président du Conseil Général de Mayotte de 2008 à 2011. Ce dernier remplaçait Saïd Omar Oili president d’avril 2004 à mars 2008. Peu importe les noms peu importe les affiliations politiques, UMPP, LR, SE, NEMA, l’important c’est que le poste reste aux mains du clan. Pour aspirer aux hautes fonctions on est souvent enseignant ou médecin ! Puis par capillarité on répand sur son clan la manne procurée par la fonction. On nomme à droite ou à gauche des administrateurs de la SIM, la DEAL, du Syndicat des Eaux, etc.

Abdallah Hassani, né en 1954, élu sénateur e Mayotte le 2 octobre 2017 à la succession de Abdourahamane Soilihi, sénateur de Mayotte de 2011 à 2017.

Mansour Kamardin né en 1959 élu député ainsi que Ramlati Ali (dont l’élection a été annulée et dont on saura dimanche prochain si elle ou bien Elad Chakrina se retrouvera sur les bancs e l’Assemblée Nationale).

Il faut savoir que ce conseil départemental exerce aussi les attributions de conseil régional. La plupart des postes de fonctionnaires est occupée par de la main d’oeuvre migrante venue de métropole qui perçoit ainsi des revenus  différenciés  (prime de vie chère, congés bonifiés, etc) en raison de son statut d’expatriés. L’enseignement, l’hôpital sont leur chasse gardée. On retrouve dans ce tableau outre les métropolitains les Antillais, les Sénégalais, les Réunionnais, les Marocains, les Vietnamiens, les Malgaches qui ayant la nationalité française peuvent enseigner dans l’école de la République. La coexistence entre Mahorais de souche et ces français issus de métropole ou d’autres confettis de l’ancien empire français démantelé il n’y a guère que 60 ans ( Madagascar et d’autres pays d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire) se fait apparemment sans heurt. Mais on sent bien que les coutumes traditionnelles sont menacées par cette avalanche de nouveaux modes de vie qui déferlent sur l’île. Déjà la polygamie a été abolie alors que c’est un pilier de la société mahoraise. Les hommes préfèrent se marier tranquillement chez le cadi ce qui en cas de répudiation est beaucoup plus simple qu’entamer une procédure coûteuse de divorce. Les lois islamiques scandent le rythme de la société mahoraise. Interdiction de vente d’alcool à partie d’une certaine heure, surtout le week-end et le dimanche. Difficultés de trouver dans les quartiers des produits comme vinaigre à base d’alcool ou tous les produits à base de porc ou du simple cirage. Par contre la bière est largement disponible dans les supermarchés et épiceries de quartier. Il est notoire que le niveau des enseignements à Mayotte est le plus bas de tous les départements français ! En maternelle et au primaire l’accès à l’école est barrée par les communes qui prennent pour prétexte des classes bondées pour ne pas admettre en classe les petits de migrants. Ils accumulent ainsi des handicaps et se retrouvent souvent à 15/16 ans avec un niveau de primaire acquis avant leur arrivée sur le territoire. On trouve même des enfants de migrants nés à Mayotte puis repartis vers les Comores suite à l’expulsion de leurs parents, puis revenus en France qui au terme de ce ballotage permanent entre îles se retrouvent dans les plus pires difficultés d’adaptation et d’enracinement qu’on puisse imaginer car ils sont aussi bien honnis aux Comores car nés à Mayotte que par les mahorais car nés de parents comoriens en situation illégale. Les classes sont surchargées. Néanmoins le vice-rectorat avec l’appui du Casnav (« Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs ») ou d’autres organisations associatives qui font florès (Apprentis d’Auteuil, Croix Rouge, etc) essaie tant que faire se peut d’inclure dans le cursus scolaire des collèges et des lycées tous les enfants de migrants, et en particulier les EANA, élèves allophones nouvellement arrivés,  âgés de 11 ans à 16 ans malgré de forts taux d’analphabétisme ou d’illétrisme chez ces derniers. Cette hétérogénéité des apprenants n’est pas sans poser problème car la plupart des enseignants ne sont pas formés en FLE ou en FLS pour pouvoir prendre en charge efficacement de telles disparités d’apprentissage. Il y a des expériences de classe UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) ou UPE2A-NSA pour ceux qui n’ont pas été scolarisés dans leur pays d’origine. Mais malgré des besoins immenses à Mayotte la résistance de la population mahoraise est telle que l’on entrevoit mal comment résoudre la situation à moins de l’implantation d’un plan Marshall de l’éducation sur l’île hippocampe. Et je ne parle même pas des élèves âgés de 16 à 18 ans qui eux ne relèvent pas de l’obligation scolaire et à qui sont fermées toutes les possibilités de formation professionnelle ou de stages dans la mesure où ils n’ont pas de papiers.

C’est ainsi que se crée à Mayotte tout un sous-prolétariat payé au maximum 10 € par jour à faire des brochettes, faire le ménage, cuisiner, laver le linge dans les rivières, vendre des légumes à la sauvette, vendre du poisson dans des brouettes, vendre des boites d’allumettes, des oignons, de l’ail à tous coins de rue, s’occuper des enfants, travailler dans une épicerie, pour le compte de mahorais qui leur louent aussi à petit prix des  cases qui forment ici et là des bidonvilles insalubres de tôles et de planches sans eau et sans électricité. Ce sous-prolétariat corvéable à souhait ne parle pas très bien le français mais peut très bien communiquer avec les mahorais car les différences entre langue mahoraise et anjouanaise sont minimes. Ce serait comme les différences qui existent entre le créole guadeloupéen et le créole martiniquais. Avec le comorien de Grande Comore ou de Mohéli il y a plus de difficultés mais cela équivaut à la différence entre le créole de Guadeloupe et celui de Sainte-Lucie ou de Dominique. Voilà.

Mayotte on l’a déjà dit c’est la sous-France ! Et la souffrance aussi ! Comment sortir parle haut de la détresse ? Il faudrait des transferts énormes d’investissements pour que l’île revienne ne serait-ce qu’à la moitié du niveau de développement des autres départements d’outre-mer.  Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion ont pu se développer à la faveur des 30 Glorieuses et du tourisme de masse. Dans une France qui passe par une longue saison de vaches maigres j’ai du mal à voir la maison-mère investir à fonds perdus dans l’aventure. Je ne vois pas de solution miracle. Mayotte n’est pas la Guyane. Mayotte n’a pas Ariane ! Elle n’a qu’un lagon.    Des tortues, des hippocampes, de l’ylang-ylang et des makis. Au grand dam des Mahorais je ne vois de solution durable à long terme qu’avec une coopération effective d’égal à égal entre îles soeurs. Car si Mayotte est française elle est aussi comorienne qu’elle le veuille ou non et elle devra un jour s’accepter comme telle pour pouvoir, je le lui souhaite ardemment, s’affirmer pleinement comme île adulte. Je sais ! Je ne suis pas mahorais ! C’est plus facile à dire qu’à faire mais après avoir vécu en live cette souffrance pendant maintenant 8 mois je ne vois aucun accouchement, aucune délivrance  possible à court terme.

 

Le Bumidom dream

Le Bumidom Dream c’est le rêve américain à la sauce tamarin citron ! Pas de caravanes, pas de diligences, pas de saloons, pas de shérifs, pas de bourbon, pas de Billy the Kid, pas de ruée vers l’or, pas de Californie ni de Texas mythique! La ruée vers l’Est vers un monde meilleur de vin, de neige et de camembert eut comme destination un nouvel Eldorado appelé Paris, ville lumière ! Paris Tour Eiffel !

Dès 1963 par la grâce de Michel Debré, premier ministre, député de la Réunion, et son arrêté du 26 avril 1963 paru dans le JO du 7 juin 1963 le Bureau pour le Développement des Migrations dans les Départements d’Outre-Mer (société d’état) organise minutieusement le départ de la grande migration qui va 17 ans après la départementalisation du 19 mars 1946 tenter de résoudre les problèmes de surpopulation et de chômage rencontrés sur Guadeloupe, Martinique et Réunion. Tout cela a lieu dans le cadre d’un contexte international révolutionnaire. Fidel Castro prend le pouvoir à Cuba en 1959. Madagascar devient indépendant en 1960. l’Algérie en 1962.

En 1981 le gouvernement socialiste rebaptise le Bumidom ANT (Agence Nationale pour l’Insertion et la Protection des Travailleurs d’Outre-Mer) qui devient elle-même en 1992 LADOM, l’Agence de l’Outre-mer pour la Mobilité (désormais investie dans le Passeport Mobilité, le Passeport Mobilité Etudes et l’Aide à la Continuité Territoriale dans les DOM).

De 1963 à 1981 16562 migrants, pour la plupart sans formation, âgés entre 18 et 35 ans, après une visite médicale et un test d’évaluation où il n’y avait pas de recalés, ont quitté Karukéra, son rhum, son carnaval et ses belles eaux tandis que 16580 migrants ont quitté les rives de Madiana l’ensorceleuse canne à sucre! Quant à la Réunion ce sera le double, 37473 migrants ayant abandonné leur île et leur poisson en cari sauce au combava. Munis pour seul viatique d’un aller simple en bananier transatlantique ou en avion vers la mère-métropole et une place en foyer assortie d’une promesse d’emploi ou de formation généralement subalterne on fit à ces jeunes gens issus de familles nombreuses miroiter vie en rose, gai Paris, foie gras, retour tous les 5 ans, champagne, logement et vie meilleure ! L’Emigration-Debré, tout au service des Trente Glorieuses ! Vu ainsi on pourrait dire que la saignée ne fut pas si terrible que ça ! C’est oublier ceux qui partaient pour faire leurs études, ceux qui partaient faire leur service militaire, ceux nombreux qui partaient avec leurs propres moyens vers leur Eldorado européen pour un aller sans retour.

D’abord migration de travail pour travailler dans les administrations comme la Poste, l’assistance publique, les prisons, la police, l’éducation nationale, les ministères, l’Armée Simca-Chrisler, EDF-GDF, Renault, Peugeot mais aussi des emplois subalternes comme aides ménagères, mécaniciens, ouvriers en bâtiment à partir de 1970 par le biais du regroupement familial la migration devient de peuplement. Ah qu’il fleurait bon être fonctionnaire en ces temps bénis de croissance-là ! C’était la garantie de congés bonifiés tous les 5 ans pour revoir la famille restée au pays et ouvrir toutes grandes ses ailes de paon devant la société ébaubie.

Il en a résulté malgré tout un certain déracinement familial et culturel, un certain désenchantement après plus 50 ans de lutte pour une insertion sociale qui même si elle a eu de bons effets pour certains a selon moi participé d’un colonialisme anba roche, un colonialisme larvé qui ne disait pas son nom et avançait masqué. Les résultats sont contrastés. Ce sont les forces vives qui sont parties pour revenir parfois au bout du chemin de l’exil une fois la retraite venue avec au fond du coeur un rêve antillais encore plus fragile que ne l’était le rêve français. Car en Guadeloupe comme en Martinique comme à la Réunion malgré les universités, les hôpitaux, la qualité de vie, la CAF, le RSA, la Sécu, l’environnement privilégiés les jeunes continuent de lorgner vers la mère-patrie tandis que la population locale vieillit. Certains mouvements indépendantistes ont même qualifié l’opération de génocide par substitution, voire de traite silencieuse !

Pour ma part je pense que cette navette entre imaginaires a forgé un nouvel imaginaire chez les descendants de ces rêveurs de bumidomiens et post bumidomiens qui se sont empreints chemin faisant d’une nouvelle richesse culturelle, l’Eldorado invisible du Tout-Monde. C’est cet Eldorado selon moi qui malgré les chemins tortueux meut les jeunes et les moins jeunes d’aujourd’hui. Le Tout-Monde ! La conscience prégnante de sa multiplicité et en même temps de son unicité racinaire, rhizomique.

L’Emigration Antillaise en France , Alain Anselin, Christian Montbrun, Editions Anthropos

L’Emigration travailleuse guadeloupéenne en France, AGEG, Association Générale des Etudiants guadeloupéens, L’Harmattan

Utopies du BUMIDOM: construire l’avenir dans un « là-bas » poscontact, Anny Dominique Curtius, French Forum, 2010, Vol 35(2), pp 135-155

La traite silencieuse, les émigrés des départements d’outre-mer, IDOC, 1975, 145 pages

Documentaire de Jackie Bastide: Le Bumidom, des français venus d’outre-mer

Le téléfilm en deux parties de 90 minutes Le Rêve français de Christian Faure avec Yann Gaël, Aïssa Maïga, Samuel Etifier, Firmine Richard, Laurence Joseph, Jocelyne Béroard, Ambroise Michel raconte la saga entre leur île d’origine et la France Hexagonale de deux familles: la famille RENIA et la famille TRESOR, deux familles qui existent réellement aux Antilles et à la Réunion.

Strange Fruit by Billie Holiday

Parfois il y a d’étranges fruits qui pendent comme des gousses sanguinolentes rôties au soleil et baladées par le vent en haut des peupliers et autres zamanas. Ce sont des corps d’hommes lynchés. Et c’est en leur mémoire que cette chanson a été écrite par Abel Meeropol puis interprétée par Billie Holiday, Lady Day :

Southern trees bear a strange fruit

Blood on the leaves and blood at the root

Black bodies swinging in the southern breeze

Strange fruit hanging from the poplar trees

Une version par Carmen McRae

 

Pastoral scene of the gallant south

The bulging eyes and the twisted mouth

Scent of magnolias, sweet and fresh

Then the sudden smell of burning flesh

Une version par Cassandra Wilson

Here is fruit for the  crows to pluck

For the rain to gather, for the wind to  suck

For the sun to rot, for the trees to drop

Here is a strange and bitter crop

Et une version par Nina Simone :

les cimetières mahorais ou la mort en nue-propriété

S’il y a quelque chose qui m’a frappé à Mayotte c’est la façon dont les gens traitent leurs morts. J’ai à ce sujet déjà évoqué ici la mort d’un voisin, Chéréli. Quant à leurs cimetières. j’ai déjà évoqué ici le cas du cimetière de Manzarisoa. C’est pour moi un cimetière abandonné, ou quasi abandonné. Enfin c’est l’impression qu’il m’a donné quand je l’ai vu pour la première fois au mois d’août dernier. Maintenant en pleine saison des pluies c’est la jungle. Là où je croyais en août voir un cimetière d’esclaves étant donné l’extrême dénuement du lieu et l’anarchie apparente je me retrouve maintenant en pleine jungle équatoriale et pourtant on est bien loin de l’équateur. Disons plus prosaïquement qu’on se croirait en pleine brousse. Les herbes ont poussé de façon exponentielle et on ne distingue plus une tombe en pleine terre de l’autre. Il n’y a pas un signe ou alors il est extrêmement discret pour différencier une tombe de l’autre, pas de fleurs, pas de plantes vertes en pots, pas de poèmes, pas de photos, pas de plaques, pas de stèle, pas de mausolée, pas un croissant, pas de bougie, pas une lune, pas une prière du Coran. tout juste peut-on lire le nom et le prénom du défunt.

La mort est en nue propriété en terre musulmane ! Il n’est pas interdit d’aller vénérer un mort sur sa tombe mais cela ne se fait pas. Le mort a droit à ses moments forts au sein de la maison familiale encadrée par les dignitaires et les fidèles de la mosquée mais le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On fait certes certaines exceptions pour le tombeau du Prophète (qui ne se trouve techniquement pas dans la mosquée mais sur une pièce attenant à la mosquée qui était l’appartement de sa femme Aicha et qui fait partie de la mosquée actuelle à Médine) ou le tombeau de Moïse qui serait en Cisjordanie sur le mont Nébo, haut lieu de pélérinage, mais nul ne s’aventurerait à prier sur la tombe de la mère du prophète, Sayda Amina Bint Wahb, qui était polythéiste alors que le prophète lui_même le faisait. en fait on peut prier pour un mort mais pas l’invoquer comme on invoque un esprit

J’ai pu toutefois constater que l’endroit qui est planté d’ arbres à pain est souvent envahi par des enfants qui dépouillent les arbres de leurs fruits et les grilles qui en août séparaient la rue adjacente du cimetière sont aux trois quarts défoncées.

Bref le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On n’aime pas trop frayer avec la mort, symbole de l’effroi. Il n’y a pas ici de carré musulman comme en métropole avec des tombes bien alignées. Ici on considère que 100 pour cent des habitants sont musulmans donc les catholiques, les chrétiens, les juifs, les bouddhistes les autres religions sont incités à se faire enterrer ailleurs. De la même façon la plupart des mahorais qui décèdent en métropole choisissent de se faire rapatrier post mortem à Mayotte pour avoir des funérailles et un cimetière en adéquation avec leur culte.

Très bien qu’on laisse faire la nature, très bien qu’on ne différencie pas dans la mort le riche du pauvre, mais il y a dans certaines villes un cimetière pour enfants et un pour adultes, mais que faire des non-croyants. Il y a à Petite Terre un cimetière catholique hanté par les frangipaniers et l’ylang-ylang. Ici l’enterrement doit être réalisé dans les vingt-quatre heures alors que la loi française demande avant l’ensevelissement ou la crémation un minimum de vingt-quatre heures après que le décès ait été constaté. De plus l’incinération comme l’autopsie sont interdites. Il faut laisser le corps dans son intégralité. Les pratiques de lavage du corps sont codifiées. on doit entourer le corps de l’homme de 3 couches de linceul, celui de la femme de cinq. Le corps est ensuite transporté entre la mosquée et le cimetière dans un cercueil mais est ensuite jeté en pleine terre. Seules quelques pierres matérialisent la tombe et l’enterrement peut être réalisé de jour comme de nuit.

Pourtant à Tsigoni où se trouve la plus ancienne mosquée de Mayotte, une mosquée swahilie comme celles de Domoni a Anjouan ou Tongoni en Tanzanie en pierre de corail dont le mihrab daterait de 1538 on trouve des tombes shiraziennes (ex Perse, Iran d’aujourd’hui), deux mausolées tournées vers la qibla qui seraient les tombes  de la femme et de la fille du sultan Haissa, lui-même fils du sultan Mohammed à Anjouan. Ailleurs pas très loin de Tsingoni en direction de Combani  se trouve le Tombeau du Premier Arabe. Il y a donc en terre musulmane des tombeaux plus sacrés que d’autres. Comme celui encore de la pointe Mahabou où repose le sultan Andriantsiouli  devenu Andriamangavakarivo dans le monde des esprits, qui vendit Mayotte à la France. Au pied de ce tombeau on célèbre des maoulida shengé, des douas, des badris, des roumbos où les ziyaras sont invoqués

Les femmes mariées devenues veuves portent le deuil pendant la période de viduité (idda) qui est de 4 mois et 10 jours sauf si elles sont impubères ou ménopausées auquel cas le délai se trouve ramené à 3 mois. Dans cette période la femme doit continuer d’habiter dans le domicile conjugal, ne peut découcher, ne peut porter de parure, se teindre les cheveux, mettre du khol autour des yeux, porter du rouge ou du jaune, porter du parfum, du fard, etc Le noir n’est pas la couleur du deuil en terre musulmane, mais le blanc. En dehors de son mari la femme a 3 jours de deuil à sa disposition. autant que les hommes, trois jours, quelque soit la situation matrimoniale. Le deuil de la femme enceinte cesse le jour de l’accouchement.. J’ai vu de nombreuses femmes vêtues de strict noir et coiffées de voiles mais ce sont là selon moi des femmes qui pratiquent un des différents cultes un peu plus radicaux de l’islam local.

L’idée qui m’est chère de me faire ensevelir dans la mer n’ est acceptée par l’islam qu’en cas d’impossibilité absolue d’enlever dans la terre. Inhumation en eaux marines ou en rivières. Mais pas d’aquamation please.

My bucket list ou les 65 items que je souhaite réaliser dans les quelques années (mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes) qu’il me reste à vivre

Never too late ! Ce soir c’est MARDI-GRAS et je me déguise  à six mois de la retraite en Carter Chambers. Et je publie moi aussi ma bucket list. Comme dans le film éponyme starring Jack Nicholson et Morgan Freeman, The Bucket List (Sans plus attendre, en vf). C’est la mode des to-do lists before you die, before you kick the bucket. Bucket veut dire seau. Et seau me fait penser à Champagne et à eau et à sable. Kick the bucket veut dire casser sa pipe. Bon je m’égare… Disons que je suis Carter Chambers dans le film et que je suis a terminally ill man. MÊME SI JE N’AI NI JET PRIVE NI EDWARD COLE POUR FINANCER mes rêves et expectatives, MEME SI JE NE SUIS PAS MÉCANICIEN AUTO ET QUE JE NE RÊVE PAS DEVENIR PROF D’HISTOIRE voici mes 65 ITEMS, mes énormes grains de sable que je souhaite réaliser sans plus attendre dans les quelques cyclones qu’il me reste à vivre. Ce n’est pas comme une liste de courses, ce sont des projets, des envies, des lubies, des tentatives de vaincre des peurs bien enracinées souvent qui peut être ne se matérialiseront jamais mais qui sont ces petits riens, ces petits rêves à priori impossibles qui soutiennent telles des pierres de corail le lagon de mon quotidien. I WISH I COULD CROSS A FEW OF THOSE ITEMS.

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1. Passer Mardi-Gras à Port of Spain

2. Passer un dimanche et lundi de carnaval sur le sambodrome de Rio et assister au défilé des écoles de samba

3. Danser la salsa à La Havane en octobre

4. Faire le tour de la Guadeloupe en bateau

5. Visiter les Baltimore d’ Antigua

6. Visiter les Baltimore des Îles Vierges

7. Participer à une chorale jazz

8. Manger dans un restaurant d’un chef étoilé caribéen

9. Visiter le Mato Grosso brésilien

10. Passer une année à Basse-Terre en Guadeloupe

11. Traduire en créole ou en français Omeros de Derek Walcott

12. Visiter Sainte-Lucie

13. Visiter les Terres Sainville en Martinique

14. Retrouver quelques chaînons manquants dans mon arbre généalogique

15. Prendre des cours d’aquagym

16. Faire de la plongée sous – marine

17. Préparer une feijoada de fruits de mer avec lambi, langouste, poulpe (chatrou), crabe, encornets, palourdes, riz noir et pois d’angole

18. Préparer un callaloo avec feuilles de dachine, gombo, lambi, langouste, poulpe (chatrou). crabe, encornets, palourdes et dombrés.

19. Participer à une école de samba brésilienne

20. Parler créole comme je parle portugais

21. Vivre dans une cabane perchée dans un manguier

22. Construire une maison en bois en conservant et épousant les structures d’un flamboyant

23. Publier mon recueil de poèmes Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

24. Publier mon roman Archipel des Reliques

25. Voir les neiges du Kilimanjaro

26. Passer un anniversaire quelque part au Mexique le jour de la fête des Morts

27. Avoir le permis bateau

28. Voir parfaitement sans lunettes

29. Visiter le Mozambique

30. Visiter le Burkina- Faso

31. Avoir 1000 articles dans mon blog

32. Rencontrer un chaman  en Papouasie-Nouvelle-Guinée

33. Vivre jusqu’à pas d’âge en bonne santé

34. Déguster un café de quimbombo en Équateur

35. Faire de l’aquarelle

36. Faire de la planche à voile

37. Ouvrir un restaurant pescétarien

38. Devenir 100 pour cent pescétarien

39. Avoir un potager du type jardin créole

40. Manger de la tortue

41. M’investir dans une association

42. Adopter un enfant

43. Faire une expérience de woofing

44. Avoir une Vespa

45. Faire du planeur

46. LAUGH UNTIL I CRY

47. SKYDIVING

48. SEE THE PYRAMIDS

49. Apprendre à réparer une voiture

50. Go on a safari and HUNT THE BIG FIVE

51. Get a tattoo

52. Visit the Taj Mahal

53. FIND THE JOY IN MY LIFE

54. Assister à un match de foot au Maracana

55. Faire du théâtre

56. Participer à un groupe de danse folklorique (quadrille)

57. Chanter dans un groupe de jazz

58. Jouer de la bossa nova à la guitare

59. Passer mes vacances  sur une plage dans un camp  naturiste

60. Apporter de la joie et de l’amour à : my significant other, siblings, kids and friends

61. Faire du jet-ski

62. Faire du ski

63. Jouer au bridge

64. Faire un vlog

65. Lire un livre par semaine

 

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Comme le dit la chanson je dis avec Charlie Winston : Kick the Bucket

If you say this is pop, to be singing to a tune with a rhythm like this, would it be so unpopular for a singer like me to be bringing up the fact that we’re all gonna go ? Some people swear, they say they know where.
For me it’s a mystery. But which ever way you see it
you have to admit it and live it and live it !

We all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! The end !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Blew up my TV. It’ was numbing my brain to be thinking the same as million other people all feeling afraid of the same thing.
But there’s is nothing to lose, cause we’re all on a bike and we’re cycling through, getting off on our injuries – but you gotta get back on it and live it and live it to love it and live and love life.

Cause we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

This is not a sad song !
I don’t bring it up to get you down,
It’s a celebration of all the red cells
going round and round in your body !

I don’t mean to preach or to sound lilke a teacher. No ! I only wanna cut the crap and , looking back, everybody’s had to face the facts.

That we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Dimanche-Gras : Bacchanal Sunday entre cannes brûlées et jouvert

Je suis comme  Charles Aznavour, une fois n’est pas coutume:  je hais les dimanches.

Mais il y a un dimanche par an que j’attends toute l’année c’est le dimanche-gras ! Time has come today : aujourd’hui dimanche 11 février, Bacchanal Sunday, seront nommés le roi et la reine du carnaval de Trinidad, le plus chaud des Caraïbes !

37 hommes et 31 femmes se sont affrontées à l’étape préliminaire une semaine avant mardi gras ! A l’issue de ces éliminatoires seuls 10 aspirants à roi et reine ont été retenus. Ted Eustace du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers, vainqueur pour la seconde fois l’année dernière  avec sa personnification de Crypto, seigneur de la Galaxie pour laquelle il a remporté la coquette  somme de 180000 dollars sonnants et trébuchants, se classe en huitième position à l’issue des éliminatoires ! Triplera-t-il avec Banditos la mise aux dépens de  Curtis Eustace, son frère, arrivé second l’année dernière et sa représentation de Kamatachi, le papillon démon chinois, arrivé cette fois-ci premier aux éliminatoires, Marlon Rampersad et sa Touche de Midas arrivé second ou encore Raymond Mark et son Pluton, Roi du Sous-Monde arrivé troisième?

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Et du coté des reines putatives Gloria Dallsingh, du groupe carnavalesque de San Fernando Call of Duty élue en 2016 pour sa composition d’Artémise, la reine guerrière, arrivée cette fois-ci troisième aux éliminatoires,  saura-t-elle renouer  avec la couronne avec son nouveau costume Joyau de l’océan ? Il faudra pour cela faire trébucher des concurrentes comme Savitri Holassie et sa Salicia , Reine des Mers , classée première, ou encore Krystal Thomas du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers et sa Chasseresse de Têtes, arrivée en seconde position à l’issue des éliminatoires mais actuelle reine puisque couronnée en 2017 pour sa personification de Nebula. Que la meilleure gagne  !

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Et je jure par avance allégeance jusqu’à mercredi des Cendres à quels que soient celui et celle qui seront choisis en grande pompe ce soir à partir de 19 heures au Queen’s Park Savannah, Port-of-Spain    pour personnifier le couple royal de la débauche !

Il y a certes la crise économique qui a été la cause de réductions significatives ans les investissements des sponsors publics comme privés mais malgré tout la fête sera belle ! il y a certes le carnaval de Rio, celui de Salvador, celui de Recife parmi les plus grands au Brésil mais celui de Trinidad brille lui aussi de tous ses feux à faire pâlir d’envie ceux de Jamaïque, Ste Lucie, Grenade, Guadeloupe, Martinique, Saint-Kitts, Saint-Vincent, Sainte-Croix, Antigua. Cette année je me contenterai de sauter-mater à distance. L’année prochaine c’est promis je fêterai le carnaval, I’ll play mas, I’ll whine and grind et le mercredi des cendres je mangerai du bake and shark sur la plage !

Avant tout le déferlement actuel de carnaval actuel de Trinidad il y avait jusqu’en 1948 il y a presque une éternité, un seul jour de fête, dimanche-gras. Le jour du mas, le jour de la mascarade. et bien avant encore il y avait le canboulay, mais là on se retrouve au 18eme siècle.

Entre 1783 et 1836, année de l’abolition de l’esclavage à Trinidad, le carnaval est réservé  à l’élite blanche internationale (française et anglaise) et aux travailleurs sous contrats. Les métis et autres gens de couleurs et les noirs gens  étaient  exclus de ces célébrations. L’élite blanche européenne  se déguisait en neg jardin  (ceux qui cultivaient la terre, brûlaient les champs de cannes) ou en mûlatresses et faisaient la procession des cannes brûlées.. Trinidad qui avait été sous domination espagnole  de 1496 à 1797 se retrouvait sous domination anglaise à partir de 1897 (même si ce n’est qu’en 1802 que la Grande Bretagne qui occupait l’île depuis 1797 en devint la puissance coloniale effective) .

L’élite dominante était française (issue de Guadeloupe, Martinique, Grenade, Saint-Vincent, Dominique et Saint-Domingue) suite aux cedula de poblacion de la couronne espagnole de 1776 et 1781 qui autorisait aux français catholiques de venir s’installer sur Trinidad en leur offrant des terres cultivables et un dégrèvement d’impôts sur 10 ans avec la possibilité d’amener avec eux leurs esclaves, leur capital et leur know-how esclavagiste. Les  libres de couleur se précipitèrent aussi et constituèrent  la majorité des propriétaires terriens. Apres l’abolition, pendant 10 ans on nomma canboulay ces fêtes qui eurent lieu le 1er août, jour de l’abolition et qui furent alors récupérées par la population servile désormais libre. Puis à partir de 1846 les réjouissances furent déplacées avant le Carême (Lent en anglais)

Avec le canboulay fut introduit le kalinda (lutte au bâton). Muni de son bois chaque combattant africain affrontait dans un cercle un autre d’une autre communauté et chaque groupe avait sa chantuelle, une sorte de griot, qui accompagnée d’un groupe de femmes chantaient pour galvaniser leur champion et intimider de ses aiguillons vocaux l’adversaire. Ainsi naquit le groupe carnavalesque

Puis on se retrouvait sous des tentes kaiso pour chanter tous ensemble des kaiso (mêlant irrevérence, insinuation sexuelle, jeux de mots à double sens, satire politique et sociale) toujours sous la houlette de la chantuelle, accompagnés d’instruments de musique divers préfigurant ainsi  la musique qui allait plus tard devenir  calypso et plus tard encore la  soca. Les pouvoirs locaux français ou anglais commencèrent à dénigrer le canboulay qu’ils rebaptisèrent jamette, (du français diamètre) refuge selon eux du sous-monde de marginaux, prostituées, voleurs, etc

Les pisse-en-lit étaient des hommes déguisés en femmes, lubriques

En 1846 on interdit masques et mascarades. En 1880 toutes formes de percussion africaines sont interdites. Malgré tout cet arsenal juridique du gouvernement colonial le canboulay continuait à prospérer à Port of Spain jusqu’aux émeutes du 28 février 1881 qui occasionna la mort de 4 policiers et d’un descendant d’africain. Malgré l’autorisation du gouverneur qui jura de ne plus s’immiscer dans les affaires de la mascarade celle-ci fut annulée en 1884 et remplacée par quelque chose de plus respectable le lundi gras qu’on nomma j’ouvert (du français jour ouvert). Ce jouvert continue vivant de nos jours officiellement à  partir de 4 heures du matin de la nuit du dimanche au lundi et ceci jusqu’à pas d’heure. On saute-mate barbouillé de boue, glaise, peinture, graisse, chocolat, au choix et fortement imbibé de vapeurs d’alcool. On porte queues de diables et tridents ! il fut un temps où on se barbouillait de goudron. Le canboulay (fêté lui chaque vendredi de carnaval) comme le jouvert symbolisent la force et la résilience de la communauté noire à Trinidad.

 

A MUSÉE VOUS A MUSÉE MOI

Quand les tableaux se mettent à parler.

Ici un tableau de Grant Wood (1891-1942) intitulé American gothic (1930). Il s’agit d’une huile sur aggloméré  représentant un père et sa fille, tous deux paysans,  figés pour l’éternité devant une fourche.

J’aime tout particulièrement ce tableau de Norman Rockwell (1894-1978), une huile sur toile de 1963 intitulée The problem we all live with. Le tableau de 91,5 cm sur 147,3 cm met en scène la première petite fille autorisée à intégrer une école blanche dans l’Amérique ségrégationniste. Elle s’appelait Ruby Bridges. Elle est ici interprétée par Naomi N’Zede. L’épisode est intitulé Temps mort. Un moment où l’enfant s’explique avec les agents fédéraux qui l’escortent et qui se plaignent de n’apparaître sur l’image qu’à hauteur des épaules. Ils souffrent de leur anonymat alors qu’elle est passée à la postérité.

Ruby Briges est née le 8 septembre 1954, elle est donc environ deux ans plus jeune que moi. Elle est née par contre à Tylertown , Mississippi en pleine ségrégation raciale. Avant d’aller un peu plus loin un bref survol historique.

1865 : abolition de l’esclavage le 18 décembre (13eme amendement de la constitution). A la fin de la guerre de Secession (1861-1865) création au sud des Etats-Unis du Klu klux klan, défenseurs de la suprématie blanche.

1868: vote du 14ème amendement qui  accorde la citoyenneté aux Afro-Américains

1876 : les lois Jim Crow sont votées dans les Etats du Sud. ségrégation raciale dans les transports, les restaurants, les hôpitaux, les lieux de loisirs (billards, bars, dancings, etc) les prisons, les écoles. Interdiction de cohabitation entre une personne blanche et une personne noire ou entre une personne blanche et une personne d’ascendance noire à la quatrième génération. Interdiction de mariage.

1870 : quinzième amendement qui accorde le droit e vote à tous les citoyens quelle que soit la couleur de leur peau

1896 :  Noirs et blancs sont séparés mais égaux c’est la ségrégation raciale, l’apartheid.

1939 : Billie Holiday chante Strange Fruit qui évoque les lynchages et les pendaisons dont sont victimes les Afro-américains

1954, année de naissance de Ruby: la ségrégation raciale à l’école est déclarée anticonstitutionnelle dans les école publiques.

1955 : Rosa Parks refuse de céder sa place dans un bus

1960: Le Président Eisenhower (1890-1969) fait voter une loi obligeant les écoles blanches à intégrer les enfants noirs à l’école. Six enfants furent choisis par l’intermédiaire du NAACP après un processus de sélection pour tester le dispositif ‘intégration et vérifier sa viabilité mais ce fut elle qui capta les feux des projecteurs le 14 novembre 1960 en Louisiane où elle intégra l’école primaire publique William Frantz Elementary escortée par quatre  US Marshall portant brassards jaunes dans une ambiance de haine où des comptines comme 2, 4, 6, 8, we don’t want to integrate étaient prononcés. Norman Rockwell sur son tableau fait apparaître sur les murs les mots nigger, KKK pour Klu Klux Klan, on voit apparaître une tomate qui vient de s’écraser sur un mur.

Cela se passait aux Etats-Unis en 1960, il y a à peine 58 ans et j’étais vivant alors, j’avais huit ans ! La petite Ruby en avait tout juste 6. L’école obligée d’intégrée la petite fille vit la classe où elle était inscrite se vider pendant un an  de ses élèves blancs et la plupart des professeurs refusèrent de prendre en charge cette enfant. Seule  l’enseignante blanche Barbara Henry se chargea pendant un an dans une classe vide de l’éducation de cette enfant. Puis son contrat ne fut pas renouvelé par les autorités locales . Et elle retourna dans son Boston natal.

1964: La Cour Suprême abolit les lois Jim Crow.

1967: la Cour Suprême juge anticonstitutionnelle les lois interdisant les mariages mixtes

Ruby est actuellement activiste des droits civils après avoir travaillé dans le tourisme à la fin de ses études.

En 1995 Robert Coles qui avait suivie en tant que psychologue scolaire la petite Ruby publie un livre pour enfants intitulé The story of Ruby Bridges

En 1998 un film est tiré par les studios Disney de la vie de cette élève : Ruby Bridges, the movie

Drôle de rêve à zéro heure pile poil

1024px-VeveLegba.svgMoi qui ne me souviens quasi jamais de mes rêves j’ai rêvé que ma mère était morte. Rien que ça ! C’était clair et limpide comme de l’eau de roche. C’est ma femme qui me l’aurait annoncé. Et pourtant nous sommes séparés par des milliers de kilomètres, de mers et de nuages. Je n’y ai pas cru sur le moment. Je suis allé dans mon rêve sur le site Belradio vérifier. Et son nom était là bien répertorié. Alors je me suis dit  : elle est morte le 25 octobre comme sa mère. Quelle coincidence ! Bena pleurait mais moi j’étais serein !

Je me suis réveillé tranquillement et j’ai couru au téléphone pour voir l’heure. Il était exactement zéro heure, pas une minute en plus, pas une seconde en moins, zéro heure pile. Zéro heure pile poil comme disent les Mahorais ! A la frontière parfaite entre le mercredi 27 décembre et le jeudi 28 décembre 2017.

Je suis allé pour de vrai sur Belradio et là pas de trace de décès de quelqu’un de la famille

Je suis allé sur geneanet pour vérifier les dates de décès de ma grand-mère, elle est décédée le 24 octobre à Gourbeyre et enterrée le 27 octobre 2006 à Saint-Claude.

J’avais un message qui clignotait d’une demoiselle Isabelle Saint-Val, fille d’une Cécile Castard et d’un Monsieur Saint-Val et qui me demandait si je connaissais un cousin de sa mère décédée en 2012 nommé YANKO. Mystère et boules de gommes ! Et moi je ne connais ce YANKO ni d’Eve ni d’Adam

Puis j’ai appelé ma femme ! Avec le décalage horaire il était un peu plus de 22 heures en France et je lui ai annoncé la nouvelle. E,lle était en train de regarder un film. J’ai donc été bref ! Ouf elle était en vie !

Puis je me suis souvenu que son père était mort lui aussi un 25 octobre, elle n’en était pas sûre, elle m’a dit 24 octobre, je suis donc retourné sur mon site geneanet et j’ai consulté la fiche de mon beau-père. Décédé le 24 octobre 2010 à Jacobina, Bahia, Brésil.

Tiens ma grand-mère et mon beau-père décédés le même jour ! Je n’avais jamais fait le rapprochement entre les défunts de Guadeloupe et ceux du Brésil.

Bon ma mère est née un 25 juin, mon père est décédé un 20 juin 2000 à Troyes, mon frère Charles Henri décédé un 22 juin 1958 à Saint-Claude

Puis je me suis souvenu que hier on m’avait appelé de métropole via un numéro de portable 0680XXXX, que j’avais appelé et que j’étais tombé sur la boite vocale et que je n’avais comme à mon habitude laissé aucun message

Puis je me suis souvenu d’un poème écrit il y a bien longtemps PSAUME XI qui fait partie du recueil  Micareta : 27 fragments infimes d’un carnaval intime et qui débute par Zéro heure :

PSAUME XI

Zéro heure, la chauve cascade

Où le délire se découd

Dans les courbes de l’ennui…

Zéro heure, l’édentée

Déchirant les échos

Des obsèques de minuit…

Zéro heure, poupée

Aptère, assoupie

A l’ombre des rêves…

Cartomancienne hérétique

Châtrant les éruptions chagrines,

Châtrant, multipliant les yeux

Vers les plages pourpres…

Zéro heure, nymphe sourde

Défunte à la canne bossue,

Hissant le grand pavois

De la couleur polyphonique,

L’accord,

La peau du poète,

Éclipse magique

De tous les déluges…

Demain à la première heure j’appellerai ma mère pour lui communiquer en bonne et due forme son décès. On en rira tous les deux ! enfin je l’espère. Ou elle m’annoncera la mort de quelqu’un. Qui donc !? Je l’ai eue au téléphone le 24 décembre dans l’après-midi, elle était en pleine forme ! sur le calendrier le 25 octobre c’est la saint Crépin. Mourir à la saint Crépin, quel drôle de rêve ! Moi je signe tout de suite pour la saint Glinglin, à zéro heure pile poil entre saint Jean l’Evangéliste et les saints Innocents !

13h pile poil après minuit j’entre finalement en contact avec la Reine Mère, après une trentaine d’appels restés sans réponse sur son portable comme sur sa ligne fixe ! Man Balti is alive and kicking ! Je respire ! Mais elle me confirme que tout est prêt pour son départ ! Que je ne m’inquiète pas ! Mais non je ne m’inquiète pas ! Je sais que tout est réglé comme sur du papier à musique ! On chantera probablement :

1. Je crois en Toi, mon Dieu, je crois en Toi,
Vivant, mystérieux, si près de moi.
Dans tous les désarrois, Tu garderas ma foi.
Je crois en toi, mon Dieu, je crois en Toi.
2. J’espère en Toi, mon Dieu, j’espère en Toi,
Ta main, du haut des cieux, prend soin de moi.
Quand sous l’effort je ploie, quand sombre toute joie,
J’espère en Toi, mon Dieu, j’espère en Toi.
3. N’aimer que Toi, mon Dieu, n’aimer que Toi :
Tes saints, d’un cœur joyeux, ont fait ce choix.
Ils ont tracé pour moi la route vers la croix.
N’aimer que toi, mon Dieu, n’aimer que Toi.
4. Plus près de Toi, mon Dieu, plus près de Toi !
Pour que je serve mieux, reste avec moi.
Fais-moi de jour en jour grandir en ton amour.
Plus près de Toi, mon Dieu, plus près de Toi.

Ce matin elle est partie tranquillement à la messe à Toulouse puis était en pleine préparation de la cérémonie de décès d’un certain Jean-Marie décédé le 25 décembre à Gagnac-sur-Garonne.

Pour fêter la bonne nouvelle je dis :

boudin, pain de mie complet et vin blanc moelleux pour tout le monde !

Ma chère et tendre analyste junguienne n’a pas pas hésité à me faire parvenir ce lien 

Selon ce Tristan Moir spécialiste de l’interprétation du langage des rêves, rêver de la mort d’un proche n’a rien de morbide. Au contraire.

Comme je me méfie de ces splendides spécialistes de la psyché je prends tout avec des pincettes. Je deviendrais, avec un énorme conditionnel, enfin adulte. Je ne serais plus puer aeternus ? il faut symboliquement s’affranchir de ses parents  (il dit tuer symboliquement, mais moi je préfère m’affranchir) pour s’inscrire dans la vie adulte. Je serais en train de franchir une étape que je croyais pourtant franchie depuis belle lurette ? Non seulement je deviendrais adulte mais encore philosophe ! Tout ça à l’orée de 2018 où je partirai enfin à la retraite. Fin de cycle, début d’un autre ! Formidable ! J’étais formidable, tu étais formidable, nous étions formidables, en 2017, comme dirait Stromaé !  Lisons Tristan dans le texte  tout en écoutant Stromae, donc :

Si nous rêvons de la mort d’un parent proche, il n’y a pas là prémonition ou souhait de le voir disparaître. Ces rêves correspondent au processus de mort symbolique nécessaire à notre évolution. C’est un des grands thèmes de la psychanalyse : chacun de nous doit un jour tuer son parent symbolique pour devenir un individu à part entière, c’est à dire adulte, indépendant et capable de devenir parent à son tour. Tant que la mère et le père n’ont pas été tués symboliquement, l’individu reproduit les schémas que lui ont transmis ses parents. Si nous avons reçu une éducation qui nous semble assez mauvaise, tant que nous serons attachés à nos parents, nous aurons tendance inconsciemment à nous comporter comme eux.

Qu’il s’agisse de notre mort ou de celle d’un proche, les rêves qui la représentent ne sont jamais négatifs ni prémonitoires d’un décès prochain réel. La mort est ici symbolique. Elle correspond toujours à une transformation, au passage d’un état à un autre.

(Dans les cas de rêves relatifs à la disparition imminente d’un proche, celui-ci apparaît en songe de façon bien vivante. Le plus souvent, il est habillé normalement, il regarde le rêveur en souriant, dit peut-être quelques mots avant de disparaître. Ces rêves sont très paisibles, jamais dramatiques. La mort physique n’est jamais représentée.)

Négatif : Peur du changement, poids du passé, angoisse.

Positif : Fin de cycle, transformation, passage à un nouvel état, maturité, recul philosophique.