Plantes magiques, plantes médicinales, plantes apprivoisées

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Je vous ai déjà parlé ici des rimèd razyé. Et ici du potager tropical. Je vous ai aussi dit que j’étais petit fils de gadédzafè , vendeuse de simples, officiante dont les pouvoirs s’articulent pour l’essentiel autour de la connaissance des plantes. Je vous parlais de tout ça avec la distance qui sied à celui qui ne se souvient qu’à travers ses souvenirs d’enfance. Je vous parlais de l’expérience d’un enfant antillais qui même parti très tôt de sa terre natale, avait pu emmagasiner assez de références pour savoir l’importance des plantes magiques ou médicinales pour une vie saine et harmonieuse proche de la nature. Il y a deux articles qui m’ont passionné à ce sujet. J’ai même écrit un livre où l’héroïne principale vit dans l’univers des plantes.

Pour aller un peu plus loin sur ce sujet passionnant je vous propose de lire cet article d’Auguste Chevalier paru en 1937 sur le Journal des Africanistes et qui s’intitule « Les plantes magiques cultivées par les Noirs d’Afrique et leur origine,. Il ne se passe pas une semaine sans que un article évoque nos usines cachées , nos rimèd péyi, Je vous ai moi même évoqué le TRAMIL, les rimèd razyé, le pawoka, la margoze, le chiendent, le semen contra, Mais je voudrais aujourd’hui vous reproduire in extenso cet article que j’aime beaucoup paru sur l’excellent site  guadeloupe-fr.com.

J’aurais pu vous en communiquer le lien, cela aurait sans doute suffi mais je le trouve si bien écrit que je ne résiste pas au plaisir de vous le faire partager ici

Les plantes ont des vertus que les anciens connaissent bien. Les fleurs tropicales attirent l’attention des scientifiques. Désormais la nature est largement mise à contribution pour améliorer notre confort et notre bien-être.

La connaissance des plantes ne s’apprend pas comme une poésie ou une leçon d’histoire, elle s’acquiert au fil du temps. Suze Angély, Guadeloupéen et ancien professeur de français en a fait l’expérience : «je suis né sur les hauteurs de Cousinière, à Vieux-Habitants, juste après la seconde guerre mondiale. À cette époque, à la campagne, nous faisions corps avec la nature. C’était un mode de vie, bien plus qu’une éducation. Chaque maison possédait son jardin créole toujours organisé selon le même schéma. Tout à proximité de la maison se trouvaient les plantes médicinales pour soigner une conjonctivite, une diarrhée ou un rhume… Un peu plus à l’écart s’élevait le jardin potager avec la cive, les poireaux, ou le thym et encore plus bas, les plantations de patates douces, de giraumons, de madères, de malangas et de pieds de manioc. Lorsque la taille du terrain le permettait, les habitants plantaient des caféiers, des cacaoyers et de la vanille. Toutes les essences pratiquement avaient une fonction, que ce soit la racine de cocotier, l’agave, le dattier ou le poirier local.»

Les gens amélioraient leur quotidien avec les plantes. Un enfant ne trouvait pas le sommeil ; la mère choisissait de jeunes feuilles du corossolier et les plongeait dans son bain ou les utilisait pour combattre la fièvre. Les fleurs utilisées en infusion calmaient les crises de tachycardie. La chicorée mettait fin aux coliques. Les fleurs de papaye mâle étaient prisées pour soulager les rhumatismes. Les écorces de châtaigner pays ou encore celles de cacaoyer sont excellentes contre les lumbagos. « Il faut secouer l’écorce pour recueillir ce qui en tombe puis le mettre dans un linge enroulé autour de la ceinture pendant 48 heures et le mal est parti » explique Suze. La coutume impose de demander l’autorisation à la plante et après 48 heures, le miraculé doit aller prendre un bain de mer et en profiter pour jeter l’écorce derrière lui sans se retourner.

Ces plantes qui soulagent

Dans la pratique médicinale populaire, les préparations et les décoctions font souvent l’objet d’un rituel en relation avec la superstition comme le fait de couper une feuille en trois morceaux pour évoquer la Trinité ou de couper un citron en quatre. De nombreuses pratiques sont liées au cycle lunaire ; ainsi le thé « semen contra » doit être donné trois jours après la pleine lune pour être efficace.

La grossesse et l’accouchement ont toujours été entourés de nombreuses croyances et légendes. On provoquait la venue d’un enfant avec du « bois canon » ou encore du mimosa pudica. «Quand nous étions petits, à chaque vacances, nos mères préparaient une tisane mélangeant le chiendent, l’agoman, la raquette sans piquant, le «ti tengn» et un morceau d’aloe véra. Nous prenions cette tisane pendant cinq jours ; s’en suivait une purge à l’huile de ricin. Ce régime avait pour but de nous laver le corps et de nous « booster » pour la rentrée.»

Quand on perd sa voix, rien de plus efficace que l’herbe à poux de bois, la rose Cayenne ou la fleur de sureau blanc. Pour les maux de foie, on peut utiliser le pompon soldat, le thé-pays, le Cassia alata.

Il faut savoir identifier, mais aussi utiliser chaque plante comme le kaoka car au-delà d’une feuille, la potion devient toxique. Pour les bouffées de chaleur et tous les symptômes de la ménopause, les femmes utilisent la sauge. Le noni permet de régénérer l’organisme. L’armoise est excellente pour faciliter la circulation du sang. Quand les enfants ont un bleu, il faut écraser des fleurs de belle de nuit et les mettre sur le bobo. «Quand on se blessait un orteil, nos parents prenaient de l’herbe de charpentier, l’écrasaient et nous plâtraient l’orteil avec.»

Ces plantes qui font maigrir

L’herbe « mal-tête » mélangée à l’huile de carapate mettait fin aux maux de tête. «Nous, nous l’utilisions autrement. On mettait une feuille entre les pages de nos livres de classe et l’on écrivait dessus le nom de notre bien aimée. Si des racines sortaient, cela signifiait que l’élue de notre coeur partageait les mêmes sentiments. » Enfin, si les plantes sont couramment utilisées pour entretenir la forme et soigner les affections courantes, elles sont aussi très utiles dans le cadre de régimes amincissants. Elles constituent une aide précieuse : certaines jouent le rôle de « coupe-faim » en favorisant dans l’estomac un sentiment de satiété, d’autres ont un effet diurétique et dépuratif. Elles favorisent le drainage et détoxiquent l’organisme. Enfin, quelques-unes comme le thé vert, le café ou la noix de kola sont de véritables brûleurs de calories. Ainsi, les feuilles d’orthosiphon, plus connues sous le nom de « moustache à chat», contiennent du potassium et des flavonoïdes qui leur confèrent une très forte action diurétique. C’est un remarquable draineur de l’organisme. La pulpe du fruit de la «casse» a des propriétés laxatives douces ; plus connu, l’ananas contient une enzyme qui facilite la digestion et élimine les graisses, tout comme la papaye.

Le pouvoir des fleurs

Les fleurs fournissent de multiples molécules et dans leurs pigments se cachent souvent des actifs protecteurs et anti-âge. Et surtout, il y a leur parfum enivrant aux répercutions neuroendocriniennes de mieux en mieux maîtrisées. Dans les Antilles, l’arbuste épineux, l’acacia farnesiana, est exploité dans l’industrie du parfum en raison de ses fleurs particulièrement odorantes. On tire aussi profit de son écorce, sa gomme, ses graines et son bois. D’une manière générale, les fleurs exotiques sont particulièrement prisées et reconnues pour purifier la peau tout en préservant son écosystème cutané. Elles concourent à éliminer les toxines et laissent le teint remarquablement clair. L’hibiscus, grâce à son acide de fleur, dissout en douceur les cellules mortes, alors que l’ylang-ylang régule les peaux mixtes. Par ailleurs, ce délicieux baume odorant rééquilibre la flore épidermique. L’huile essentielle d’ylang-ylang est utilisée en aromathérapie car elle permet de réguler la pression artérielle sanguine (en cas d’hypertension notamment).

Autre chef d’oeuvre de la nature : l’orchidée. La Guadeloupe en dénombre de nombreuses espèces. Cette fleur sécrète de nombreuses molécules de défense qui ont pu être isolées. Elle stimule la synthèse des fibres de collagène et d’élastine et contribue au maintien d’une hydratation idéale. La fleur de vanille est utilisée sous des formes différentes : soins, lotions, toniques et eaux florales. Elle permet également de produire de l’huile solaire hydratante, de l’huile de massage et de l’huile de bain. Elle affiche des propriétés tonifiantes, dynamisantes, hydratantes, nourrissantes et aphrodisiaques. La vanille pompona (vanillon de la Guadeloupe) est l’une des trois espèces les plus cultivées dans le monde pour ces raisons. Le frangipanier appartient à la famille des Apocynacées qui compte sept variétés différentes dont l’une des plus connues est le Plumeria alba originaire des Antilles. La fleur de frangipanier est utilisée pour « la paix des sens», dit-on. En Inde, dans la cour des temples, ces fleurs blanches servent de reposoir à l’esprit des dieux conviés à descendre parmi les hommes.

Connue pour son effet relaxant, la fleur d’oranger raffermit et lisse la peau en douceur. Aussi, Jean-Marc Petit, producteur de vin d’orange à Baillif, pense prochainement l’utiliser.

Les vertus du vinaigre de banane

Mam Roro spécialiste de la fabrication du vinaigre de banane en Guadeloupe, est très soucieuse des bonnes proportions avant d’arriver au stade de la fermentation acétique. Les bactéries forment alors à la surface du vinaigre un voile léger qui se transforme en une masse gélatineuse appelée « mère de vinaigre ». Ce processus dure environ six mois, à l’issue desquels il ne reste plus qu’à filtrer le précieux liquide. Ce vinaigre bénéficie naturellement des vertus de la banane. N’est-elle pas, entre autres, réputée pour son effet antiacide et contre les brûlures d’estomac ! C’est pourquoi ce « vin aigre » est extrêmement doux pour les estomacs, même sensibles. Il est conseillé d’en boire une cuillère mélangée à un verre d’eau pour faciliter la digestion à la suite d’un repas un peu lourd. S’en badigeonner la peau apaise non seulement les démangeaisons des moustiques, mais sert aussi de répulsif. Ce vinaigre est idéal pour combattre les pellicules. Il suffit après le shampooing de rincer la chevelure, d’appliquer une à deux cuillères à soupe de vinaigre et de masser sans rincer. Comme l’odeur n’est pas forte, ce traitement n’incommode pas l’entourage. En contrepartie, il fait briller et fortifie les cheveux tout en éliminant les pellicules. Côté peau, il donne d’excellents résultats sur l’acné des adolescents. Le traitement sera répété tous les jours pendant minimum deux semaines. Enfin, pour les mycoses entre les doigts de pieds, une application d’une nuit suffit pour les faire disparaître.

Le peeling à la canne à sucre

Dérivé de la canne à sucre, l’acide glycolique évacue les cellules mortes à la surface de la peau et équilibre l’épiderme. Ce peeling est très prisé pour sa formule adoucie. Il déloge les cellules qui sont abîmées. Ce soin aux acides de canne à sucre peut être utilisé aussi bien sur le visage, les épaules, le dessus des mains que les jambes. Il faut avant la première intervention préparer sa peau avec une crème à l’acide glycolique, faire le traitement au centre de soin au minimum une fois par semaine sur un mois et entretenir sa peau à la maison pour qu’elle reste saine et nette.

Les améliorations visibles sont le resserrement des pores, la stabilisation des peaux grasses, l’élimination de l’acné juvénile, une meilleure hydratation des peaux sèches, la diminution des taches brunes, un plus bel éclat du teint et enfin une plus grande souplesse de la peau.

Il y a certes de nombreux blogs qui abordent les plantes médicinales de Guadeloupe et j’ai aussi tout particulièrement apprécié celui d’une chercheuse en phytopathologie Cécile Mahé qui lie la science, la magie et le verbe. Cela s’appelle La Sorcière et le Médecin qui a pour sous-titre Des Histoires de Plantes entre Science et Magie.

Outre le blog elle a un canal sur youtube . son blog m’a sensibilisé à beaucoup de plantes que je ne connaissais pas. Idem pour le site de Lucien Sabin , cet passionné des plantes. exploitant agricole, spécialiste en Plant a nou. Maintenant que je suis physiquement aux Antilles et je baigne dans les plantes médicinales. La théorie devient pratique, les souvenirs deviennent science. Et je m’aperçois que tous mes souvenirs sont liés à des plantes.

Je suis à Deshaies pour encore quelques jours dans les hauteurs et la dame chez qui j’ai loué une maison m’a fait l’honneur de visiter son jardin créole. Elle s’appelle Antoinette. Elle a bien quinze ans de moins que moi. On sent sa fierté à vous introduire à vous raconter ses histoires de plantes. Je suis bombardé de noms et d’usages. C’est sa grande soeur qui l’a initiée puis elle a appris petit à petit par elle-même. Elle loue deux maisons, l’une en étage au-dessus de chez elle qui peut contenir jusqu’à huit personnes et celle ou je suis de l’autre côté du jardin, plus simple qui peut elle aussi contenir 8 personnes mais peut être fractionnée en deux appartements indépendants. Tout autour il y a dans son jardin des manguiers, des pruniers de cythère, des grenadiers, des goyaviers, etc mais ce qui fait sa fierté c’est son jardin médicinal. en pots ou en terre les plantes étalent sans vergogne leurs effluves. quelques fleurs aussi, surtout les fleurs à la Vierge. Moi je me contente pour l’instant de faire des photos, je sens, je frotte, je hume, j’essaie de me souvenir, je me décrasse l’esprit. j’ai vécu cela au Brésil où là aussi je me suis initié mais avec le temps la mémoire s’efface quand on ne la pratique pas. Je vais m’y remettre, parole de petit fils de gadédzafè. Car je sais des choses que les Antillais ont pour la plupart oublié et en particulier sur le rapport des plantes avec l’occulte, les esprits. J’ai déjà évoqué les langues de belle mère, (sanseveria, langue a chat) je ne peux pas en voir une quelque part sans que je révèle à mon interlocuteur le sens de cette plante dans la cosmogonie afro-brésilienne. Quand il manque quelque chose je m’en étonne ! Tiens tu n’as pas de sandragon ? Pas de chiendent ? La personne peut avoir du patchouli, de la menthe, du gros-thym, des bols, du pawoka, du curcuma, du doliprane, du grenn-anba-féy, du douvan-nèg, du romarin, du soulier zombie, de l’arada, du ginseng, de l’herbe à charpentier, de la rose de cayenne, d du qui vivra verra, de l’anis, de la citronnelle, et les plus belles plantes à la vierge, si je n’ai pas vu sandragon, chiendent et semen-contra et langue à chat, j’ai comme un sentiment de manque, d’incomplétude. J’imagine qu’elle parle à ses plantes pour les remercier chaque jour que son Dieu fait comme elle parle au chevalier servant de son jardin créole, un chihuahua sage mâtiné de je ne sais quoi, de neuf ans d’âge qui ressemble au renard du Petit Prince et qu’elle a baptisé Nougat, aka Nounou pour les intimes. Et je me souviens des mots sages de Saint-Exupéry

Je vous livre ici quelques pages de mon album photographique sans retouche, sans filtre réalisé un dimanche matin de novembre, le 11 novembre pour être précis. Dès la fin de cette semaine je partirai habiter à Basse-Terre dans une autre maison au jardin encore plus immense et je continuerai mon apprentissage; cette fois ci avec Magguy.

Et je crois bien que je vais essayer d’apprivoiser le langage des plantes, cet essentiel invisible pour mes yeux,  en suivant la technique du renard dans le Petit Prince. Garder la distance raisonnable. M’approcher doucement, l’air de rien comme un chenille jaune et noire, du type de celle qui aime à hanter les feuilles et les tiges de la plante à la vierge et du jasmin, ne rien dire, revenir à heures régulières, les arroser de ma présence calme pour ne pas qu’elles sentent mon absence, pour qu’elles ne s’inquiètent pas, pour qu’un rituel s’installe cahin-caha. Et que de visite en visite on s’apprivoise et que j’en devienne responsable, pleinement en possession de mon héritage familial oublié.

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Igname jaune de Caféière, gombo

La vue de la liane en fleur de l’igname jaune m’émeut. Tout comme me touche la vue de ses feuilles volubiles comestibles en forme de coeur ! Je suis un hommes à racines. A tubercules. A rhizomes. Quand j’ai vu le vendeur de fruits et légumes en bord de mer de Deshaies mon coeur a sursauté. Instantanément j’ai vu les ignames jaunes. Igname jaune de Deshaies. Pas de Bouillante, pas de Pointe-Noire. Il n’y avait pas l’appellation sacrée bio mais qu’importe. L’eau m’est venue instantanément à la bouche. J’ai eu comme une apparition de la Sainte-vierge à Bernadette Soubirous. Une kirielle de fourmillements et de démangeaisons s’est emparée de mon palais.

Igname jaune de Caféière, clamait le vendeur à qui voulait l’entendre. La terre de glaise deshaiesienne collait encore rouge et noire aux tubercules géants. Moi méfiant tout d’abord, j’entrepris de sonder l’âme de ces racines. Chaque blessure a sa façon de cicatriser et c’est en fonction de l’apparence de ces stygmates que j’achète. Car le saviez vous l’igname jaune comme le dachine et d’autres tubercules peut irriter la peau des âmes sensibles.

Diascorea cayenensis contient en effet un liquide blanc chargé de raphides (fins cristaux d’oxalate de sodium ou de carbonate de sodium) qui une fois qu’il entre au contact de votre peau peut si y vous y êtes allergique vous irriter et vous brûler. La solution l’éplucher rapidement puis laver l’animal sous l’eau froide. Ne jamais laisser l’animal au contact de l’air car il s’oxyde rapidement et brunit. Ou utiliser des gants. Certains mettent dans l’eau du bain une feuille de bois d’inde, d’autres du jus de citron.

Moi j’aime le contact avec l’animal appelé aussi igname de Guinée. Il y a de nombreuses qualités d’igname, igname blanc, l’igname jaune, l’igname ailé, Caillard, boutou, saint-vincent, cambarre, grosse caille, etc mais moi je me pâme pour l’igname jaune. C’est une longue histoire d’amour, archétypale tout comme celle qui me lie au gombo et à la feuille de de dachine. Belle tryade dont je ne saurai dire qui est le Père, qui est le Fils, qui est le Saint-Esprit !

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Il faut dire que dans les cosmogonies anciennes africaines le long du golfe de Guinée l’igname ne pouvait pas être mangé à n’importe qu’elle époque de l’année à n’importe qu’elle heure. Il était tabou à certaines époques de l’année et on préférait mourir plutôt que d’en consommer.

Moi, adorateur de l’igname jaune, je le vénère bouilli, pilé, frit, grillé, râpé à cru, lié à l’oeuf et aux épices et frit comme une crêpe, avec beurre, avec huile d’olive, avec huile de palme, avec sauce gombo, aussi appelée sauce kilométrique à cause de son aspect gluant, avec crabes, avec crevettes, avec poisson; avec oeuf dur, avec oeuf sunny side up ou sunny side down, avec épinards, avec calalou, avec feuilles d’hibiscus comestible (bélé), avec, avec…

Il n’y a guère que cru que je ne le croque pas ! Ce n’est pas recommandé à cause de l’amidon.

Mais par amour pour cette plante aux lianes volubiles en forme de coeur si elle l’exige je ferai le sacrifice.

ah cet igname jaune (Dioscorea ))

Sauter-mater à la mode de Montserrat

Sauter-mater c’est faire la fête sans trop se prendre la tête. Bouger son corps à perdre haleine, sans escale et sans assistance, sans artifice jusqu’à ce que les rotules demandent grâce. Jusqu’à ce que les reins  se révoltent et implorent le repos et la bouteille d’eau fraîche pour compenser les pertes. Jusqu’à ce que la sueur qui perle se fasse rivière, fleuve, océan et que la chemise se soit transformée en serviette de plage.

J’ai beaucoup sauté-mater dans ma vie. Et de temps en temps je ne répugne pas à booster le vieux-corps que je suis devenue. Il faut parfois se faire violence mais il y a des rythmes qui me font hérisser les poils de mes pieds et jambes et alors plus rien ne m’arrête. Et parmi ces rythmes il y a en a deux, le calypso et la soca, que je vénère par-dessus tout. Oui pour sauter-mater je ne connais pas mieux !

Je n’ai rien contre le zouk mais il faut être deux, je n’ai rien contre la salsa que j’adore aussi mais il faut être deux. Pour danser seul, sans haine et sans honte, il faut le calypso ou la soca et là même un unijambiste montserratien ou trinidadien vous montrera comment on fait valser la piste.

Pas besoin de vous faire une historique e ces deux genres musicaux. branchez-vous seulement sur une station de radio qui distille à longueur de journée votre médicament !

eh bien moi en bon calypsonian, je me branche aussitôt réveillé sur  ZJB RADIO, the Spirit of Montserrat, live from  Plymouth, Montserrat.

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Je ne sais pas trop expliquer pourquoi mais j’ai toujours aimé ce mot Montserrat. Au Brésil mon rêve était d’habiter dans le quartier de Montserrat, un petit quartier tranquille en face de la mer, derrière l’Eglise de Bonfim, à Salvador, Bahia, Brésil.

Un jour, c’était pendant l’été 1995, j’ai vu que Plymouth, la capitale aux pieds du volcan, avait été ensevelie sous les cendres et c’est alors que Montserrat est entrée dans mon imaginaire, comme île fantôme. Une bonne partie de la population insulaire a émigré vers la Grande-Bretagne. Deux tiers des Montserratiens vivent en Grande-Bretagne et ont un passeport britannique. Du coup j’avais oublié Montserrat qui pourtant ne se trouve qu’à km de la Guadeloupe. On peut voir Montserrat de Deshaies par beau temps. et ne voila-t-il pas que je reçois en live  sur 95.5 MHZ ZJB Radio ! S’il y a une radio c’est qu’il y a des gens ! Les gens ont trouvé refuge loin de la zone V, celle du qui se trouve à portée des cendres du volcan Soufrière Hills et la ville submergée sous les cendres de Plymouth la vie continue. Antigua renaît

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Montserrat est revenue à la surface même si l’activité sismique est toujours présente. Cela fait plus de 23 ans que l’éruption est en cours avec des hauts et des bas ! Il y a eu les cendres, les coulées de lave, les débris, les coulées pyroclastiques, bref il y eu avant tout cela Hugo, le cyclone en 1989. Bref Madame Soufrière a fait des siennes. Depuis 1997  Plymouth au sud-est de l’île a été abandonnée et placée en catégorie V. Interdiction de circuler sauf accompagné d’un guide habilité. Quand aux autres parties de l’île les secteurs dits A et B sont des zones habitables, tandis que les secteurs C et F ne sont pas habitables mais peuvent être parcourus de jour mais pas de nuit.  Il suffit de voir le site Visit Montserrat pour comprendre que l’île a repris du poil de la bête. Au diable la fatalité. Il faut vivre avec ce risque comme nous vivons en Guadeloupe avec le risque des cyclones, des secousses sismiques et telluriques.!

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Je sens que Montserrat, qu’on appelait autrefois the Esmerald of the Caribbean, l’Emeraude des Caraïbes,  va devenir incessamment sous peu mon port of call, mon port d’attache. Tout de même elle se trouve à 86 km au nord-ouest de la Guadeloupe, à 55 km au sud-ouest d’Antigua  et à 62 km au sud-est de Nevis. J’ai déjà tout prévu pour me rendre sur ma Pompei moderne. Eh oui je meurs de sauter-mater avec Madame Soufrière !

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  1. Aller retour en ferry de Basse-Terre à Saint-John’s (Antigua et Barbuda).via jeansforfreedom.com
  2. Puis ferry de Saint-John’s à Plymouth. Ce ferry prend 1h30 et coûte 300 EC$

On peut aussi y aller en ferry via jeansforfreedom 3 fois dans l’année. En 2019 ce sera à la Saint-Patrick le 16 mars, le 4 mai et le 17 juillet. Le départ se fait à Basse-Terre à 7 heures su matin . On est à Montserrat à 9 heures. Le retour c’est le jour même à 18 heures pour arriver à Basse-Terre à 20 heures. L’aller-retour coûte 89 €.

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Le problème c’est qu’il y a très peu de trafic aérien direct avec mon île fantôme. Ou alors cela coûte les yeux de la tête. On peut effectivement trouver des vols pour se rendre de PTP Pôle Caraïbe en Guadeloupe à  MNI John A. Osborne Airport (Gerald’s,  Montserrat). Mais à quel prix ! Voyez plutôt. Tout cela pour parcourir 57 miles en 45 minutes en coucou à   8 places !

Et moi je voudrais y passer entre Antigua, Barbuda , Montserrat, et éventuellement Nevis un minimum de 15 jours. Les voyages découvertes d’une journée au pas de course, très peu pour moi. Ah non sauter-mater au pas de course, ça va bien pour le carnaval, mais moi je ne veux pas participer au vidé, messieurs dames, j’ai rendez-vous avec Madame Soufrière et je commence dès à présent à m’entraîner car cette dernière a un fameux déhanchement que je veux pouvoir suivre comme du papier millimétré sur l’oscilloscope.

Une autre solution serait de trouver un bateau à Deshaies qui me dépose sur le Fantôme d’Emeraude.

Mais la solution la plus évidente c’est d’arriver à Antigua et de là prendre soit un avion soit un ferry.

Air Canada

American Airlines 

British Airways 

Caribbean Airlines

Delta

LIAT

Thomas Cook

United Airlines

US Airways 

Virgin Atlantic

West Jet

Puis de Antigua prendre l’une des compagnies aériennes locales qui vous emmèneront sur Montserrat en 15/20 minutes ou le ferry en une heure et demie.

Par exemple on peut avoir un vol aller-retour entre ANU Antigua VC Bird Airport à MNI Montserrat pour entre  150 et 200 USD via FLY MONTSERRAT ou Montserrat Flights (ABM AIR).

Alors on danse, Madame Soufrière ?

 

Tribe trotter

A force de dire que je suis polyglot trotter j’ai l’impression que je me mens à moi-même. Pourquoi suis-je amené à trotter ainsi d’île en île ? Voici une question que je me pose et à laquelle je ne trouve pas e réponse. Je risque parfois une interprétation génétique. Quand on a dit c’est dans mes gènes, eh bien, il n’y a plus de contre-discours.  Bref je suis comme ça ! Point blank ! Point barre, comme disent les français.

Certains m’incitent à tenter une analyse junguienne pour sonder l’inconscient  qui me meut à me comporter de la sorte.

J’ai peut-être une porte de sortie à cette inquiétude pressante qui m’envahit parfois à intervalles réguliers et me pousse toujours plus loin vers de nouveaux horizons.

C’est toujours dans le domaine de la génétique. Ce n’est pas la généalogie, quoi que cette dernière m’ait permis d’appréhender pas mal de choses sur moi-même. Non, c’est la génétique.

Je me sens mûr aujourd’hui pour faire un test ADN. Suite à ce test je rebaptiserai mon blog qui deviendra selon les résultats que j’obtiendrai à mon test Akan Trotter,  Bamileke Trotter, Fon Trotter, Peul trotter, Congo Trotter, Ibo Trotter

Un petit frottis dans mes joues et 500 à 2000 ans  de racines maternelles vont surgir. Le test maternel le ADN mitochondrial dont on hérite exclusivement de sa mère. Donc je saurai de quelle origine. j’ai le même ADN mitochondrial que ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère et ainsi de suite. Le résultat que j’obtiendrai vaut pour mes frères et soeurs, mes tantes et oncles du côté maternel, mes cousins et cousines du côté maternel, mes enfants et les enfants de mes filles.

Les hommes comme les femmes peuvent prendre ce test. 92 pour cent des résultats vont montrer un ancêtre africain.

Les résultats comprennent la désignation de  HVS1, HVS2 et HVS3, ainsi que le haglogroupe.

Le test paternel : ce test analyse seulement le chromosome Y que les hommes héritent de leur père exclusivement. Le résultat sera le même que celui de son père, grand-père, enfants, frères et soeurs, enfants des frères, oncles et tantes paternels.

Après avoir fouillé à gauche et à droite depuis quelques semaines je me suis déterminé finalement pour African Ancestry.com

Le seul hic : le prix ! Allez, en bon éconochicaholic,  je m’accorde encore quelques mois de réflexion en attendant que les prix baissent.

313 pépins de grenade

Je ne suis pas du type à avaler n’importe quelle baliverne. J’ai goûté l’autre jour du jus de grenade. J’ai sucé des pépins de grenade. Puis naturellement je me suis documenté sur ce fruit qui aurait été la vraie pomme d’Adam et Eve. Cette grenade que appelait autrefois pomme punique aurait donc été le fruit de chute. C’est à cause de cette grenade que le paradis serait devenu enfer sur terre. Déjà cette grenade a fait parler d’elle dans la mythologie grecque. C’est le fruit dont Persephone/Proserpine, fille de Zeus/Jupiter et de Demeter/Ceres, aurait dégusté six pépins en Enfer. Après avoir perdu sa virginité après avoir été enlevée et violée par Hades/Pluton le dieu des Enfers elle est condamnée à vivre six mois sur terre et six autres en hiver. Certains murmurent même que ce serait volontairement à l’insu de son plein gré quelle aurait dégusté le fruit interdit de l’enfer pour pouvoir échapper à une mère castratrice. Certaines préfèrent les nourriture célestes, d’autres les nourritures marines, d’autres comme Proserpine sont accro six mois aux nourritures terrestres, six mois aux nourriture infernales. La grenade aux pépins infernaux. Mais aussi la grenade apparaît bienveillante pour d’autres coutumes qui lui confèrent même le nombre incroyable de 613 pépins voire de 1000 pépins chez d’autres. Il fallait que j’en aie le coeur net. J’ai donc cueilli ce matin au grenadier de mon jardin la plus belle des grenades. Et un à un j’ai compté les arilles. Trois cent treize ! Loin du compte. Alors qui croire. Forcément j’ai des doutes. Et si c’était la même chose pour le serpent. Et comme fait exprès ne voilà- t-il pas que se présente devant moi une chenille noire et jaune. Voilà qui me semble raisonnable. Au lieu de la pomme et le serpent, la grenade et la chenille. Mon paradis sur terre

Les inégalités ne sont pas nécessairement des injustices

D’un point de vue philosophique inégalité n’équivaut pas à injustice. Prenons par exemple la beauté. Nous sommes très inégaux en la matière. Certains ont des points de beauté d’autres des fossettes, ici des cheveux grainés, là des cheveux raides, ici des tâches de rousseur, là un nez camus, là un nez épaté, là un nez en trompette, ici un ventre gros boudin, là des muscles de marathonien. Tout le monde n’est pas HERCULE, tout le monde n’est pas la belle Hélène, ni Venus ni Apollon. En la matière nous sommes donc profondément inégaux. Certains peuvent avoir des enfants, d’autres sont stériles. L’inégalité peut être mal vécue, certes, mais est elle injuste pour autant ?

Prenons l’exemple du charisme qui veut dire à la base en grec la grâce. C’est un don. Celui qui est dépourvu de charisme pourra prendre tous les cours de leadership et de management qu’il voudra il ne sera jamais un leader incontestable. CELA NE VEUT PAS DIRE QU’IL EST INUTILE POUR LA SOCIÉTÉ MAIS IL FAUT SAVOIR ACCEPTER SES LIMITES SAUF À VOULOIR VIVRE DANS L’UTOPIE.

Les inégalités sont interminables et ce sont elles qui font que nous sommes divers et complémentaires. Hurler à cors et à cris à l’injustice c’est vouloir nier nos différences. Certains meurent plus que centenaires d’autres avant d’avoir atteint l’âge de raison. Certains naissent avec 24 chromosomes d’autres avec vingt trois. Certains naissent sans mains d’autres avec un doigt surnuméraire. Injustice? Fatalité ? Châtiment? Celui qui se sent au bas de l’échelle, au bas de la cordée a vite fait de trouver un bouc émissaire: Dieu, le Diable, les parents, l’Etat, Adam, Eve, l’homme blanc, l’esclavage, mais quelque soit la cause du mal qui ronge tout un chacun il restera toujours cette évidence qu’à origine identique des destins différents peuvent s’accomplir. La fatalité, l’inégalité est plus le produit de peurs archaïques que d’injustices vérifiées. On peut certes se paître et repaître avec délectation des souffrances de l’esclavage, on peut certes se complaire dans les engrenages et devenir son propre kamikaze. Dans certains de nos genes sont ancrées des attitudes que nous devons contrebalancer pour ne pas faire d’amalgame entre inégalités et injustices. Pour atteindre l’apaisement il faut réagir et arrêter de chercher les réponses là où elles n’existent pas. Ce n’est une thèse sociétaire, un argument politique : il faut fuir cette pandémie qui envahit les esprits. NOUS AVONS EN NOUS PLUSIEURS NOUS, CHACUN TENTANT DE DÉPASSER L’AUTRE. POUR SURVIVRE IL FAUT QUE TOUS CES CHACUN RESPIRENT et nous propulsent en avant et non pas en arrière.

Toussaint Ordinaire à Bouillante

Aujourd’hui premier novembre 2018 je vais fêter la Toussaint à Bouillante. En voiture Deshaies-Bouillante ça nous prend environ une demi heure. Nous sommes invités à passer la journée chez une cousine. Étape obligée en ce jour des saints la messe à l’église Saint-Louis de Bouillante. 9h10 l’église est bondée. Tout le monde est sur son trente et un, poudré , parfumé d’élégance en ce premier jour de novembre. Le blanc est de sortie. Tous immaculés. Sans tache. Les saints sont à l’honneur. Mais déjà dans les cimetières cela s’anime. Bouillante possède deux cimetières. Celui des Doublons et l’autre sans nom. Les Doublons héberge l’élite des défunts. L’autre le menu fretin. Ma famille sans doute est en grand nombre dans celui du menu fretin mais par acquit de conscience au cas où un vénérable ait existé parmi les trépassés miens je me promets de rendre une petite visite aux Doublons qui apparemment est plus proche de l’église donc plus proche de Dieu. Ça va commencer. Après quelques photos je m’éclipse. Je préfère prier sur le banc à l’ombre sur la place.

Puis c’est l’heure de la visite au cimetière. Apres un petit quart d’heure je decouvre UNE TOMBE INTITULÉE BALTIMORE.

Puis c’est le déjeuner des saints. Après un petit punch viennent la salade, tomate betterave, sardines, le concombre râpé , l’avocat, le blaff de colas, un poisson qui ressemble comme deux gouttes d’eau de mer au vivaneau, le fruit à pain, les poyos, la patate douce, le riz blanc, le piment et le cabri. Et comme dessert glace au coco et rhum raisins.

Entre saints, normal de se faire des gâteries. BON SOUVENIR que ce lodé de LA TOUSSAINT

Qui ne connaît pas le kaka bouji n’est pas antillais

Ah le kaka bouji. Le lancer de kaka bouji sur la tête des gens. Voyé kaka bouji asi moun, konba kaka bouji, c’est un des délices de l’enfance. On prend les restes de bougie fondue sur les tombes et à la nuit tombée on les jette sur les flâneurs dans le cimetière le jour de la Toussaint ou le jour des morts. Jouissif. Une fois le kaka bouji lancé on fait comme si de rien n’était, sur la tête de l’oncle, de la tante, de la grand mere, du grand pere, du cousin, de la cousine, bref on est en communion avec les morts, d’ailleurs tapi dans l’ombre comme vous l’êtes, personne ne vous voit, personne ne songe à vous. Le kaka bouji c’est la preuve que, loin du blasphème, il y a de la vie, de la folie, du jeu dans la mort. On peut rire dans un cimetière, jouer au bal masqué si on le désire. CE N’EST PAS MANQUER DE RESPECT AUX DÉFUNTS. Et si on kakaboujait ce soir? CHICHE ! Anciens combattants de kaka bouji rendez-vous au cimetière qu’on en découse.

Prescripteurs alimentaires, esprits, saints et défunts

Nos choix en matière alimentaire sont largement dictés par notre inconscient, par nos expériences de vie, par celles de nos ancêtres.

Nous croyons tous avoir un libre-arbitre , un pouvoir décisionnel qui nous donnerait la faculté de décider ce que nous avalons, et le pourquoi et le comment de ce geste « avaler » alors qu’en fait de matière alimentaire nous sommes les patients et les élèves de prescripteurs et de précepteurs alimentaires divers.

J’étais il y a deux mois à un dîner anniversaire. Un de mes frères fêtait ses 60 ans. Etaient présents sa fille aînée et son mari et leurs quatre enfants, âgés entre deux et 10 ans, 3 garçons et une fille, ma soeur benjamine de 50 ans et sa fille de 10 ans, mon épouse et moi cela se passait dans un restaurant à Saintes en Charente-Maritime. On nous sert les boissons.

Que désirez vous ?

Mon frère demande un Porto, je le suis. Il se ravise et prend une bière parce que son beau-fils a pris une bière. Je prends moi aussi une bière. En fait j’allais prendre un vin moelleux mais je me suis ravisé. Ma femme hésite puis finalement fait comme ma soeur et prend un vin moelleux. Les enfants prennent tous un coca avec des glaçons. Pour la petite dernière c’est un verre de grenadine.

On nous sert des petits apéritifs : des olives et des cacahuètes. Et là je m’aperçois que la petite fille de 2 ans se remplit d’olives vertes dénoyautées avec une sorte de joie intense. C’est un plaisir de la voir manger. Et je me souviens alors que moi je n’ai mangé des olives qu’à l’âge adulte et encore avec parcimonie. Aujourd’hui j’en grignote quand on m’en offre mais cela ne fait pas partie de ma culture. J’en parle à ses parents qui disent qu’elle adore les olives vertes. Le père plaisante:

Elle en prend toujours avec un petit Martini.

Tout le monde rit. Mon frère admet lui aussi n’en avoir goûté qu’adulte, tour comme ma soeur. Nous nous souvenons qu’à la maison nous ne mangions jamais d’olives. Cela ne faisait pas partie de notre culture.

Les cacahuètes par contre, qu’on appelle chez nous pistaches, font partie du décor et j’ai dû en manger dès que cela ne présentait pas pour moi de risque d’étouffement. J’ai mangé du sikakoko ça c’est sûr. Les cacahuètes caramélisées. hum c’est l’un de mes parfums d’enfance. comme le sorbet à la pistache ou au coco.

Si nous avions mangé chez ma mère il y aurait eu sans doute du Porto, du Martini, du punch coco, du rhum, un punch monbains, un guignolet, etc. Ensuite comme entrée un plat de saucisson en tranches accompagnées de carottes, râpées, concombre râpé, avocat

Trois d’entre nous prennent une entrée : le gendre du foie gras, mon frère et sa fille chacun une cassolette de pétoncles avec des carottes. Nous sommes dans une région où les fruits de mer sont abordables. Nous sommes à 50 km de la mer.Ma femme et moi nous nous abstenons ainsi que ma soeur. Nous mangeons peu le soir.

J’ai commandé instantanément mon plat, souris d’agneau. Chaque fois que je prends de l’agneau je pense à mon père pour qui fêtes de Noel, Pâques, mariages, anniversaire rimait avec agneau.

Mon frère prend des rognons de veau. Alors là je suis surpris:

-Tu aimes ça, toi ? Moi je n’en ai jamais mangé. Des reins, berk.

-Ah non c’est très bon, j’adore.

Moi je suis surpris. Il me dit qu’il en a toujours mangé et que notre père en mangeait aussi. Bien c’est fort possible mon père mangeait aussi des huîtres et ce n’est qu’adulte que j’y ai goûté. Mais il faut dire que mon père était militaire et qu’il est parti tout jeune dans la dissidence et là on l’a nourri à la française, à la bonne franquette. Cela explique qu’il aimait le vin rouge, les pommes de terre, les boites de cassoulet et les rognons. Il mangeait aussi beaucoup à la cantine quand il travaillait au ministère de l’Industrie donc son goût s’est élargi. Et moi donc je n’ai jamais goûté aux rognons. J’ai un jour au Brésil fait des efforts pour manger des gésiers de poulet en apéritif comme le faisaient tous mes amis brésiliens. C’est niet, ça ne passe pas. Les tripes, le foie, oui mais le gésier, le rein, les coucougnettes non merci. J’ai pourtant mangé du xinxim de bofe (du poumon) et ce n’était pas mauvais. Du sarapatel (un plat originaire du Nordeste du Brésil à base de toutes sortes de viscères rouges -fressura- comme la trachée, le coeur, le poumon, les reins, le foie , le baço e mouton ou de bouc). C’était à l’occasion d’un mariage et quand j’ai vu la manière dont tout le monde se régalait je me suis précipité et j’ai pris mon plat. et c’était divin. J’ai mangé mon bofe chez la mère d’une amie. Là encore tout le monde s’est régalé. Je ne pouvais dignement me défiler. Il m’est arrivé à une certaine époque de manger aussi la buchada de bode, la dobradinha ou le mocoto. La buchada de bode c’est un plat du Nordeste encore à base de viscères blanches de bouc (tripes et autres parties de l’estomac). La dobradinha je l’ai essayée car ma femme qui est originaire de Bahia aimait beaucoup. Je me souviens d’un restaurant près d’Itapoan où nous sommes allés à plusieurs reprises manger buchada ou dobradinha. La dobrainha est un plat à base de haricots blancs et tripes de boeuf (bucho) , .

Le mocoto c’est un plat à base de pieds de vache cuits avec des haricots et des légumes. J’en ai mangé une fois au petit déjeuner ! Il faut dire que je suis un aventurier et quand je suis entouré des bonnes personnes j’essaie tout. Il faut une conjonction des astres. Le jour où j’ai pris du mocoto au petit déjeuner c’était pour accompagner l’un de mes amis qui mourrait d’envie justement de manger un mocoto. il s’appelait Virgilio. nous étions dans un petit village dans un marché typique populaire de la Chapada Diamantina à Livramento da Nossa Senhora. Nous étions partis tous ensemble pour escalader le Pico das Neblinas. Je n’ai plus jamais revu Virgilio depuis, mais il est lié à jamais dans mon esprit au mocoto. Pour un originaire des Antilles qui a toujours mangé du boudin depuis sa plus tendre enfance je devrais être ouvert à toutes les viscères car finalement le boudin c’est à la base un boyau de boeuf, du sang, des herbes et des épices. J’ai une résistance que je dis naturelle. Mais le dégoût que je ressens peut avoir été hérité de mes ancêtres. Mais on peut fort bien dépasser les interdits alimentaires de ces ancêtres. Mon père me disait ne jamais manger d’ananas le soir. Si on en mangeait on aurait une tête d’ananas. cela ne m’a jamais empêché de manger de l’ananas si j’en avais envie et à l’heure de mon choix. Par contre ma mère n’aimait pas les gombos. Donc elle n’en cuisinait jamais. Comme c’est mon père qui faisait ce type de courses et que je l’accompagnais tout petit aux Halles pour faire les emplettes j’ai acquis le goût des gombos à travers lui. Mais jusqu’à aujourd’hui je ne l’ai jamais vu préparer des gombos.

Aujourd’hui je suis en Guadeloupe à Deshaies c’est le premier novembre, jour de tous les Saints, la Toussaint. Demain ce sera la fete ces Défunts. Aux Antilles saints et défunts ne font qu’un. Ce sont des esprits. et on leur prête hommage malgré les imprécations véhémentes de monsieur l’abbé qui leur prêche que le 1er c’est le jour des saints et le 2 le jour des défunts. et qu’il faut rendre hommage le jour qui leur est dédié aux saints et le jour qui leur est dédié aux défunts. Mais la plupart des antillais ne l’entendent pas de cette oreille. Depuis deux semaines les cimetières sont transformés en carwash, on lave, on récure, on fait briller, on bichonne les pierres tombales, on peint, on maçonne, on balaie, bref on fait le grand nettoyage pour que morts et saints mais surtout les morts sentent bien qu’on ne les oublie pas. Et pour cela on les illumine car ils aiment la lumière. Vive dans les ténèbres cela fatigue la vue. Alors bougies et lumignons font la lune et le soleil sur leurs âmes.

Moi je pense bien sûr à mes morts, mais toute l’année via la généalogie. Je n’ai nul besoin intime d’aller sur leurs tombes les éclairer. Car je ne sais comment éclairer la poussière des os. Mais j’irai par curiosité car ce sera la première fois de ma vie au cimetière passer le premier novembre un petit moment de lumière avec les morts.

Mais déjà de bon matin je les ai célébrés à ma façon. Je me suis préparé un petit déjeuner en hommage à mes morts. Probablement l’un de ces derniers me l’a soufflé pendant que je dormais. J’ai sorti une mesure de semoule de mais, cinq mesures d’eau, du sel, du poivre, du lait en poudre, de l’huile d’olive et du beurre, plus deux tranches de gouda, une grande marmite, tout ça pour faire les grits.

Quand j’ai craqué l’allumette et quand j’ai enflammé le gaz j’ai senti que les morts sautaient-mataient. Yépa, disaient-ils tous en choeur

Nou kay manjé mayis, mé frè

Puis j’ai sorti 6 wassous, le wassous c’est l’écrevisse, 6 grosses écrevisses. l’ail, l’oignon, le poivre, le vinaigre balsamique, le sel, la ciboulette, le persil, le piment végétarien,le bois d’Indee et le caribbean fish seasoning. Alors là j’ai senti les nez des morts trembler d’aise et de plaisir

Way, wassous, lézanmi ! Woy ! Mi banké ! Shrimps lézanmi, Shrimps ! Nou kay manjé grits and shrimps

C’est alors que je leur ai donné le coup de grâce, comme une extrême onction culinaire : j’ai sorti deux oeufs de poule de la Guadeloupe, élevée au bord de la mangrove donc parfumée aux crabes de terre.

Apavré ! Grits, shrimps and eggs ! Mé missié la sa sé on sen, sé on mawti, i kon nou minm !

Et une fois mon repas prêt je me suis mis à chanter tout en mangeant:

Faya faya manman alé jénéss simityé, alé jénés simityé man ka mandé lè répondè ayayay

Chaque bouchée d’ècrevisses, de bouillie de maïs ou de zé je la dédiais à l’un de mes ancêtres : une bouchée pour Vivik, une bouchée pour Julienna, une bouchée pour Fillotte, une bouchée pour Joseph, une bouchée pour Jean, une bouchée pour Man Bise, une bouchée pour Monrose, une bouchée pour Jeanine, jusqu’à ce qu’on arrive a Magdeleine. Puis je suis redescendu, j’ai parcouru les mornes de la Guadeloupe et de la Martinique, j’ai vu défiler Bouillante, Schoelcher, Saint-claude, Baillif, Case Pilote, fort-de- France, Vieux-Habitants jusqu’à ce que j’en arrive à la soixante-sixième cuillèrée. Branlre-bas de colmbat. qui aurait cert honneur insigne e se » voir déier la dernière cuillère de cette année. Je n’ay avais pas penséz mais au moment même où je mettais la cuillère dans la bouche je m’entendis prononcer :

Une cuillère pour Charles-Henri, mon petit frère, trop tôt disparu.

Ki zafè a dispari ésa, missyé Jean-Marie je suis là, costaud, ban mwen manjé an mwen, siuplé !Mais di mwen on bitin, poukisa tu ne nous as pas préparé un bon ti kalalou krab, vyé frè ?

Les morts sont comme ça. Yo pa jin kontan. Tu leur donnes chat ils veulent rat, tu leur donnes viande cochon ils veulent poisson épi zo, c’est comme ça, il faut toujours qu’ils fassent un petit caprice. Ils ne sont jamais satisfaits. Mais je sais comment les prendre. Je leur sers pour terminer une bonne rasade de leur petit rhum sec, le Bologne qu’ils affectionnent plus particulièrement. Awa mes morts pa ka bwè Riklès ! Ils se mettent à la queue leu leu comme pour recevoir l’ostie sainte

Messyé messyé, merci mon frè, tu n’as pas oublié mon ti viyatik,

font-ils en sautant matant de plus belle une fois obtenu leur petit viatique. Certains communient même deux fois

Verses en moi encore un ti krazi la goutte. Je ne vais pas partir sur un pied quand même, a laj anmwen épi toute la sciatique en ka soufè, doulè, doulè

Si je les écoutais je ramènerais une dame-jeanne pleine.

Au moins zafè aw bien, ou pa ni diabète, pwofité mon frè, pwofité bien lanmo aw, tchimbé réd pa moli

Le soleil s’est levé et avec lui les ombres de mes ancêtres se sont couchées. Quant à moi c’est, heureux et nostalgique en même temps, le ventre plein de grits and eggs et shrimps et passablement imbibé de bonne guildive que j’entame ma soixante-sixième Toussaint. La première première à Bouillante.

Mais où est passé le confessionnal ?

Ecrire c’est comme aller à confesse. Le confesseur c’est la page blanche à qui l’on confie les péchés véniels et capitaux que l’on a commis en dépit de son plein gré. Écrire c’est aller à confesse. A CECI PRÈS que le confessionnal n’a pas l’odeur du bois surtout quand on écrit online. Car le papier c’est du bois sublimé . Mais que dire du confessionnal online.

Il y avait autrefois dans la notion de confessionnal l’idée que le confesseur, le prêtre, pouvait pardonner au nom de Dieu la faute commise, assortissant son pardon de prières et parfois d’injonctions. Le confesseur était le représentant de Dieu sur terre et on pouvait lui murmurer à l’oreille derrière les rideaux rouges de l’isoloir, les plus grands méfaits. Il était soumis à l’obligation de réserve. Rien ne pouvait sortir du secret du confessionnal. La confession était d’ailleurs un sacrement et nul ne serait allé communier à l’ostie se sachant l’âme sale et vile.

Hier abasourdi, moi qui ne fréquente guère ces lieux de sainteté en dehors d’apparitions furtives en cas d’ obsèques, mariages ou baptêmes, choses assez rares dans mon environnement proche, j’ai été vous dis-je abasourdi de voir que dans l’église de mon enfance, celle de Saint-Augustin à Saint Claude, en Guadeloupe il n’y avait plus aucune trace de confessionnal. Et alors la rémission des péchés, on fait comment ? Il y a toujours un chœur, une nef, un autel, des travées de bancs en bois de jacaranda, une croix, des ventilateurs en pagaille, des hauts parleurs. Un escalier en spirale, des ABSIDES, une statue de la Vierge, des bouquets de fleurs, les fonts-baptismaux, le clocher mais du confessionnal nulle trace. Il faut dire que les confesseurs ont aussi bel et bien disparu. Pour confesser il fallait être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et désormais le clergé est part-time. Tout s’explique. Non pas que je regrette ces confessionnaux, qui étaient en fait des instruments de torture et de contrôle, mais parce que j’aimais m’agenouiller et sentir l’odeur du bois tandis qu’un oreille invisible mais familière se penchait sur mes mea culpa, mea máxima culpa. Ma faute, ma très grande faute. Combien de fois m’a-t-on condamné aux travaux forcés du Notre Père et du Je vous salue Marie. Étrangement je ne me souviens plus d’aucuns de ces péchés absous et remis. On a tous une litanie de petits péchés à se faire pardonner.

À vous mes lecteurs et lectrices je confesse que hier j’ai cédé à la tentation: j’ai cédé au péché de gourmandise et d’alcoolisme. Trois cannettes de 1664 de 50ml ce n’était sans doute pas nécessaire pour fêter mes 66 ans. Mais le pénitent que je suis a fait pénitence. Je me suis flagellé avec deux cents litres d’eau de mer. Faute avouée étant à moitié pardonnée j’ose espérer que mon salut n’est pas remis en cause. C’était exceptionnel. Il faisait chaud. J’avais soif. Autant de circonstances atténuantes que j’ai encore atténuées avec un café noir à la fin de cette beuverie diabolique. Merci de votre pardon, merci de votre écoute, chers confesseurs. Merci d’exister. Bénissez-moi encore et encore parce que j’ai péché .