Rencontre avec une Colchidienne, compatriote baroudeuse de Medee.

Médée, prêtresse d’Hecate, déesse lunaire de la sorcellerie, magicienne, fratricide, infanticide, homicide, feminicide. Medea, femme protéiforme originaire de Colchide, royaume d’Asie Mineure au bord de la Mer Noire (actuellement sous juridiction géorgienne) .

Depuis Seneque, Euripide, Apollodore, Hesiode, Ovide, Marc Antoine Charpentier, Giovanni Pacini, Pausanias, Pierre Corneille, Jean Anouilh, François-Joseph Salomon, Jiri Antonin Benda, Erich Naumann, Luigi Cherubini, Mercadante, Pier Paolo Pasolini, tout le monde s’est fait à cette idée, à cette image d’héroïne meurtrière, infanticide, fatricide.

En grec Medee signifie celle qui voit. Cette voyante extra lucide égorge ses enfants Pheres et Mermeros. Pour quelle raison ? Pour se venger de son mari qui l’a bafouée et répudiee. Son mari, en l’ occurrence Jason (un grec de Iolchos, en Thessalie, fils du roi Eson) oui ce même Jason des Argonautes et de la Toison du Bélier d’or (soit dit en passant toison, dont le père de Medee était le gardien et qu’elle a contribué à livrer à son amant argonaute par le truchement de ses pouvoirs occultes). Or ce mari, avide de pouvoir, qui lui est redevable de sa gloire après quelques années de vie commune et deux enfants veut se séparer d’elle et en épouser une autre, Creuse dite Glauce, fille du roi Creon, Roi de Corinthe, en Grèce. Medee n’est pas magicienne pour rien. Petite-Fille du soleil, nièce de Circe, fille d’AEetes, roi de Colchide et de l’Océanide Idyie. On ne joue pas en vain avec ces femmes-là. Peleas, l’oncle de Jason, qui a usurpé le trône qui était destiné à Jason le paiera de sa vie. Le frère de Medee, Absyntos se met sur son chemin pour l’empêcher de fuir avec la Toison d’Or. Elle en fait des grillades. Les cheveux de sa rivale finissent en flammes et le père de cette dernière Creon, périt en voulant sauver sa fille.

Medee, l’intrigante, impitoyable et amoureuse Colchidienne, que jamais les dieux ne châtieront: elle va de Colchide en Corinthe, de Corinthe à Athènes, d’Athènes de retour en Colchide auprès de son père puisqu’au lieu de finir sa vie aux Enfers pour ce double infanticide, précédé de plusieurs meurtres, elle finit aux Champs-Élysées en compagnie d’Achille après s’être promenée successivement aux bras de Jason et d’Égée (roi d’Athènes à qui elle aura un fils Medos) .

Mais doit-on prendre pour de l’argent comptant le récit se cette tragédie grecque telle que nous la raconte avec talent Euripide qui fut payé par les patriciens d’Athènes alors en lutte contre Sparte 5 pièces d’argent pour l’écrire.

Peut-on revisiter les mythes ? Ou sont-ils intangibles comme les tables de la loi? Pourrait-on imaginer une actualisation féminine de cette tragédie grecque essentiellement masculine ? Certains osent.

Dans l’avion qui nous menait d’Athènes à Paris nous avons fraternisé avec une grecque pontique, une comédienne qui joue en français, une alter ego de Félicien Marceau aux masques aussi impalpables et pluriels que des couches de pelures d’oignons, une poetesse. Elle nous a livré avec fougue sa vision kaleidoscopique de Medee. MEDEE ne serait pas cette sauvage sanguinaire à la santé mentale passablement compromise que nous peignent les mythes masculins depuis l’éternité des temps. Medee en tant que magicienne d’un pays obscur était redoutée et Euripide ne donnait que sa version personnelle de la chose. MEDEE SERAIT PLURIELLE. MEDEE est comme la soprano grecque Maria Callas qui a joué le rôle de Medee dans le film de Pasolini. Voire comme celle qui a joué le rôle, Julie Angélique Scio, dans l’opéra comique de Cherubini. Comme les sopranos Gwyneth Jones et Léonie Ryzanek. Comme les mezzo soprano Shirley Verret ou Grâce Bumbry. C’est une femme qui a été aussi tuée symboliquement par sa mère d’une certaine façon puisqu’ elle a été vendue comme esclave. Il n’est pas anodin que tant d’hommes et si peu de femmes, si l’on excepte la compositrice Olivia Holmes, aient souhaité s’étendre sur le mythe de la magicienne Medee, la sauvage, l’étrangere, la furie qui bouillonne, la gadedzafe, la vendeuse de simples, la physicienne alchimiste, l’androgine. Outre ceux que j’ai déjà cités notons encore Cavalli, Jean Baptiste Lully, Giovani Simone Mayr, Samuel Barber, Darius Milhaud, Pascal Dusapin, Robinson Jeffers (Medea, 1935), Michael John LaChiusa (Marie Christine, 1999), Lars Van Trier (Medea,1988) etc.

J’ai vu en elle une Medee démultipliée dans sa double spirale. Je ne doute pas qu’elle soit en mesure de cerner avec brio l’ombre archetypale de la magicienne plurielle et protéiforme et nous la retransmette illuminée transfigurée bien au-delà du brouillard épais de son chariot volant escorté de cobras chantant sa mélopée au rythme du santouri, le nez de Medee humant fièrement les cyclones sans doute aussi beau que celui de Cleopatre qui bouleversa la configuration du monde antique.

Et si le nez de Medee avait été épaté au lieu d’être grec ? Et si Medee avait été noire, africaine, Afro-Americaine, afro caribéenne, amerindienne?

Certains ont sauté sur l’occasion pour proposer dans le registre de la classica africana, la relecture des mythes gréco-romain à travers un prisme afro. Black Medea (1976) par Father Ernest Ferlita SJ, American Medea par Silas Jones (1995), Black Medea par Countee Cullen (1935), Pecong par Steve Carter (1990), Medea, queen of Colchester par Marianne McDonald (2003), Beloved par Toni Morrisson, African Medea par James Magnuson (1968), Madea par Tyler Perry, Black Medea par Wesley Enoch (2007), Demea: a play par Guy Butler (1990), The Tragedy of Medea Jackson par Edris Cooper (1992).

Le nez trente fois grec d’un grec pontique à quelques encablures du souk de Thessalonique

Aujourd’hui j’ai revêtu la casquette d’anthropologue chasseur, contrebandier, braconnier, « poacher » non pas de corne de rhinocéros ou d’éléphant mais de nez grec.

Le nez grec c’est le mètre étalon du nez, je l’ai déjà dit. Pas besoin d’équerre ni de rapporteur. Il est grec, il est parfait et tout est dit. ALEXANDRE, Hera, Socrate, Ulysse, Venus, HERCULE, Zeus Dionysios, Athena, Aristophanes, Siphocle, Deméter, Apollon, les Argonautes. HADES, Penélope, Aristote avaient ce nez divin c’est tout dire. Mais comme le mètre de référence est gardé à Sèvres, j’ai dû trouver un nez grec de référence à partir duquel tous les autres nez grecs pourraient être étalonnés . Et le hasard a voulu que un nez d’anthologie croisé mon chemin. C’est lui qui m’a abordé lorsque perdu je cherchais par monts et vaux sur ma carte comment me rendre à l’église du Prophète Elias, objet de désir de Madame. Nous nous étions complètement trompés . Mais ce fut l’occasion d’entamer une discussion très intéressante sur la Grèce , le Brésil, la corruption, Lula, Papandreou et Alex Tsirpias. Après avoir abondamment refait le monde le quidam nous indique comment atteindre le prophète et sur ma demande me cède le droit de photographier son nez, pourvu que je ne le fasse pas chanter par la suite. Ce sera donc le nez trente fois grec d’un Grec pontique né à Thessalonique qui me servira de nez étalon. Hors de ma vue les nez tranchants comme un couteau. Vive le nez Héllène trente fois antique.

Le marché de Thessalonique date des années vingt sera mon terrain d’approche pour ce safari pas banal. Ce marché est presque centenaire. En fait il se divise en 4 parties : Modiano, Kapani, Athos et Loulouladika en fonction des produits qui y sont distribués. De notre hôtel il suffit de descendre la rue Dragoumi jusqu’à la rue Vasileos Irakleiou et on est dans le souk au carrefour odorant et gastronomique de Rome, Grèce, empires ottoman et bizanthin.

En fait je ne ramènerai que quatre nez de cette expédition . Trois de femmes, un d’homme. Celui de l’homme est tout une histoire. C’est le nez d’un avocat. Il m’a dit être grec, trente fois grec, car grec pontique, originaire d’un peuple hellénique qui vivait de temps immémoriaux au bord de la Mer Noire dans une région, le Pont Euxin, désormais sous juridiction turque, et qui a été victime d’un génocide en 1920 comme les Arméniens quelques années avant.

Suite aux accords de Lausanne ils ont été rapatriés pour certains vers la mère patrie et disséminés pour d’autres entre Russie, Bulgarie. France, États-Unis, etc. Un peu comme les pieds-noirs revenant du Maghreb dans les années 60. Nez de grec pontique équivaut selon moi à nez trente fois grec

Et puis il y a aussi le nez d’une vendeuse de produits à base pour la plupart de grenade. On trouve des bonbons, des graines séchées pour infusion . De la pâte dentifrice, du jus, du sirop, de la confiture, du vinaigre à base de grenade. Et bien évidemment des grenades toutes fraîches et disposes à 1€ le kilo. Extraordinaire. Super Foods by Rodiakarsikis. Le nez de cette commerçante méritait bien d’entrer dans l’immortalité. Quant au troisième nez ce sera celui que m’avait promis la réceptionniste de l’hôtel que je soupçonne d’être elle aussi grecque pontique (puisqu’elle m’a dit être d’ascendance russe et grecque). Et pour clore ce chapitre le quatrième nez trophée de cet improbable safari: celui d’une femme se rendant à son travail à l’autre bout de la ville.

Météores, la forêt de grès

Delphes-Amphissa + Amphissa – Lamia (9,90€)+ Lamia-Trikala(12,40€) + Trikala-Kalambaka (2,60€) + Kalambaka-Katraki (2,00€) Après 4 cars et un taxi nous voilà enfin au pied des Météores . Nous sommes partis à 10h15 et sommes arrivés vers 16h. Spanias Hôtel. Le taxi Nikos qui nous a mené de Kalambaka à Kastraki pour 4€ nous propose de nous emmener visiter 4 monastères perchés comme des nids d’aigles demain pour 60€ tout compris. Au lieu de 80€. NOUS HÉSITONS. JE DEMANDE À RÉFLÉCHIR. IL ME LAISSE SA Carte. Je me donne la nuit pour réfléchir et consulter Info Tourist Kalambaka.

Au petit matin nous prenons vers 8h30 notre bus vers Kalambaka (1,20€) et comme nous n’avons plus d’espèces pour payer l’entrée des monastères nous passons à la banque retirer de la fraîche oseille car à Katraki, nous a-t- on dit il n y a pas de distributeurs de billets automatiques. (ce qui s’avérera faux). On en profite pour faire deux devis pour visiter les Météores: la visite de 4 heures coûte 25€ par personne avec guide en anglais inclus. Le problème c’est que les excursions commencent soit à 9h soit vers les 15h. Donc pour nous seulement dans l’après midi vers 15h. Nous préférons prendre à la gare routière nos deux billets, aller retour pour les Météores au tarif unitaire de 3,30€. Départ à midi. Et nous en profitons pour acheter nos deux billets de train pour demain Kalambaka-Thessaloniki. Départ 8h19 du matin. ARRIVÉE 11H34 à Thessaloniki. J’ai eu tout à coup une inspiration. Et si on avait droit à une remise pour les plus de 65 ans. Bingo. Ça nous fera 11,40€ par tête au lieu de 15€, réduction seniors oblige.

Un petit marché se tient dans les rues. Toujours les grenades et les gombos retiennent mon attention. Hier j’en ai goûté pour la première fois de ces grenades, bien sûr , pas les gombos (bamia) que je connais depuis le temps où le diable était petit garçon.

Une kyrielle d’hommes et de femmes sans âge, vêtus de noir des pieds à la tête, et paraissant sortir d’un siècle plus ancien que celui de la construction des monastères sur les Météores au xveme siècle attendent patiemment le car. Tous veufs et veuves dans ce patrimoine de l’humanité ?

FINALEMENT JE N’AI VISITE QUE GRANd Meteore ET Roussanou. Du haut de ces monastères et couvent on voit la vallée de Penee et la plaine de Thessalie. Après avoir grimpé je ne sais combien de marches, visité narthex, absidioles, nef, coupole on se demande bien pourquoi les moines d’antan du XIVeme siècle sont venus s’enterrer dans cette forêt de pierre. Seuls des ascètes pouvaient se plonger ici dans le dénuement et l’isolement pour se consacrer à la prière. Dans ces monastères qui regorgent de boiseries, lustres, chandeliers, de fresques, on peut regretter que cet ascetisme primitif ait donné lieu à une flamboyance orthodoxe. Les têtes de morts et les ossements me sembleraient plus coller à la réalité.

Les dieux prenaient-ils des bains de mer ?

Aujourd’hui j’aurais voulu aller dans la mer des Oliviers (en réalité la forêt d’oliviers de Chrisso plantée depuis plus de 3000 ans et constituée de plus de 400000 oliviers que l’on cueille en novembre et qu’on broie dans mes moulins actionnés par les eaux du Pleistos pour donner l’huile d’olive renommée de la Mer des Oliviers). On la voit moutonner à perte de vue jusque là-bas au delà de la vallée du Pleistos, au delà de la chaîne de Kirphis, la mer, le golfe de Corynthe, le golfe d’Itea. Cette mer des Oliviers était sacrée. Tout d’abord on y pratiquait le culte de Gaia (1600-1100AJC). Puis le culte d’Apollon s’imposa. Au bord de la mer deux petits villages, Galaxidi, Itea. Et si j’allais m’y baigner. Allez après le petit dej j’enfile mon caleçon de bain et en route pour la villégiature préférée, me dit-on des ATHENIENS. Oh ce n’est qu’à une vingtaine de kilomètres. Il ne sera pas dit que je n’aurai pas prêté hommage à Poseidon et Amphitrite. Vu de loin la nuit Itea et Galaxidi m’apparaissaient comme de tranquilles villages de pêcheurs ou de tranquilles stations balnéaires. Mais comment s’y rendre sinon en attendant le bus qui de Delphes va à Amphissa puis bifurque vers Itea ?

Une question me turlupine. Les dieux prenaient-ils des bains de mer ? On les voit toujours se chamailler là-haut dans l’Olympe, la montagne. Les versants escarpés, les parois obliques, les dieux ne savaient sans doute pas nager. Montagnard comme chat craint l’eau surtout quand elle est froide. Et quelque chose me dit qu’ils n’y trempaient même pas la pointe du gros orteil droit. Tous à l’exception de Poseidon et madame, Amphitrite pour ne pas la nommer, et leur ribambelle de tritons et sirènes. Ah ceux-lá a n’en pas douter c’étaient de vrais poissons, avec queue, ouïes, nageoires et branchies. De temps en temps ils surgissaient à douze en apnée de Chronos, ils venaient sur les rochers parfaire leur bronzage, ou faisaient une petite virée sur la plage et sur les aiguilles de pins faisaient grésiller leurs moules, leurs poulpes et leurs crabes. Délicieux et rare barbecue pour ces végétariens qui considéraient manger des fruits de mer comme un dessert plus aromatisé et aphrodisiaque que l’ambroisie, faite de yaourt et miel.

En attendant que le soleil se lève il est 9h30 je m’autorise un petit yaourt grec aux cerises. Et c’est parti pour une rude journée.

Aller de Delphes à Itea prend environ trois quarts d’heure à l’aller et une demi heure au retour. Et coûte 2€. Nous arrivons vers 11h30 et longeons le littoral. Notre retour est programmé pour 15h45 ou 17h45. Mais à 13h ce n’est que la pluie qui règne. Nous nous abritons alors pour manger à Zephyros, juste avant la rivière. Encore de l’agneau pour moi (10€), et des légumes aux fruits de mer(12€) pour madame. Plus la petite amphore de vin blanc grec (12€). Ensuite promenade dans les rues d’Itea à la recherche des orangers, des citronniers et surtout des grenadiers. 15H45.IL PLEUT SUR Itea. Dommage. Je n’accompagnerai pas comme prévu Amphitrite, grande mangeuse de grenade, à son bain sacré mais pour lui prêter hommage j’ai goûté à cette grenade qu’elle affectionne tant. Et en passant j’ai pu admirer cette réplique végétale de l’omphalos, la carcasse déchargée d’un palmier qui ressemble comme deux gouttes d’eau au palmier à l’huile brésilien, le dendezeiro. Ici on m’appelle « finicas ». Dans ce « finicas » tous les nombrils du monde reposent en paix.

Le nez des Grecs est-il droit ou aquilin ?

La gare routière de Liosion d’où nous nous envolerons vers Delphes ne paie pas trop de mine. Un aveugle vend ses billets de loto. « Simera, simera » . CHIMÈRES, CHIMÈRES. NON JE NE PARIERAI PAS UN SEUL DRACHME Sur la loterie grecque. Je viens d’acheter mon billet de bus pour Delphes par la compagnie Ktel N FOKIDAS, 16,40 € l’aller simple pour environ deux heures et demie de voyage. Départ 10h30 voie 7. Athena m’a susurré à l’oreille ce matin alors que j’ecarquillais à peine les yeux qu’il ferait beau, gros soleil, aujourd’hui. Elle m’a aussi invité à manger un spanakopita avec mon café double.

Le spanakopita (1,80€) c’est un chausson aux épinards de forme étrange, on dirait un trèfle à trois feuilles. Je me suis régalé . J’ai même répété la dose sur invitation expresse d’Aphrodite. Je suis calé . Pour arriver à cette gare routière nous avons pris la ligne verte du métro de Thissio à Kato Patissia. Et de là on marche un petit quart d’heure jusqu’à la gare routière.

Pour faire passer le temps je compare les nez des Grecs. Eh oui les Grecs ne sont-ils pas renommés internationalement pour leur nez, d’une finesse incomparable, hérité en droite ligne généalogique du talon d’Achille. Oui le nez grec c’est le nez droit aux narines étroites à l’esthétique unique reconnue par Platon Aristote et Aristophanes. On murmure même que Socrate but la cigue car son nez avait la malchance d’ être aquilin, descendant d’Achille d’où le nom nez aquilin. Ou faut il croire Wikipedia qui dit nez fin et recourbe en bec d’aigle. Ah oui mes réminiscences latines me permettent de relier Aquila, Aquila à l’aigle, donc nez aquilin nez d’aigle. Les Grecs qui n’auraient pas le nez droit seraient des Descendants d’aigle. Si j’ai bien compris le nez aquilin se traduirait par une sorte de petit pont sur le nez, comme pour colmater une faille, une fissure congénitale dans l’architecture autrement parfaite de l’os nasal grec.

« Simera, simera, » l’aveugle passe et repasse. Il ne me voit pas donc je peux me focaliser sans gêne sur son nez. Un faux nez sans doute. Car il n’est pas si aveugle que ça, le bonhomme qui me promet des chimères. Puisque son portable sonne et qu’il regarde l’écran pour voir qui est à l’autre bout de la ligne. Nez grec, nez aquilin ou d’oiseau, nez camus, nez romain et moi avec mon nez négroide exotique épaté et nubien en terre hellénique. Mes narines se dilatent comme deux canons de fusil. SIMERA, SIMERA. LA GUERRE DES TROIS NEZ N’AURA PAS LIEU AURAIT DIT Giraudoux Jean.

Hugues Tiburce et son pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora

La vie est étrange parfois. Ce matin j’ai visionné sur YouTube ce reportage de Blaise Mendjiwa intitulé La Diaspora antillaise au Cameroun. J’ai suivi la démarche de nombreux antillais expatriés regroupés au sein semble-t-il du club caribéen de Yaoundé. Monique Malo (MQ)(enseignante en mathématiques), Annick Namco (GP)(architecte), Gilbert Joséphine (GP) (chef d’entreprise), Dominique Foussé (MQ)(avocate), Véronique Pokossy Doumbé, Annette Hell (AG)(enseignante en anglais, originaire d’Antigua), Charlotte Plantadit née vers 1938 en Centre Afrique et fille d’un monsieur Plantadit (GP)de Sainte-Anne, arrivé en Centrafrique vers 1918 (commerçante retraitée). Élmire Maga, Marlène Ossendo (médecin, enseignante), Reine Békoué (GP), évoquent leur parcours dans ce pays d’Afrique de 475 millions de km carrés allant du golfe de Guinée au lac Tchad. Ils évoquent l’entraide, l’esprit de famille, le partage à l’africaine. La plupart sont depuis 40 ans installés au Cameroun et apparemment bien intégrès dans la bourgeoisie camerounaise. Le reportage m’a beaucoup intéressé. J’aurais néanmoins voulu voir leur famille, leurs enfants et voir comment ces derniers se situent par rapport à leurs origines. Je note ce besoin malgré le temps passé en Afrique de se plonger dans son antillaise puisque finalement on se retrouve entre soi au sein du Club Caribéen de Yaoundé. La loi camerounaise ne reconnaissant pas la double nationalité personne n’a pris si je comprends la nationalité camerounaise, préférant pour certaines raisons non explicitées conserver la française sans doute. Certes j’entends « je suis 100 pour cent Camerounaise » , « mi-antillais, mi-camerounais » mais ma question est d’emblée après 30ans de vie dans le pays parles-tu la langue ou plutôt l’une des langues du PAYS ? Quelle est ta relation avec l’une des 300 TRIBUS ? Quels bamilékés, Peuls, Ibo ?

Ce qui en revanche m’a intéressé plus encore c’est l’information sur le site historique, vestige de la traite transatlantique Bimbia, port d’esclaves stratégiquement situé entre Sénégal et Angola, d’où selon l’ethnologue américaine Lisa Aubrey 166 cargaisons d’êtres humains seraient parties à bord de bateau ancrés au large de Nicholls Island vers la Guadeloupe et Antigua par exemple. D’ailleurs on ne devrait pas dire traité transatlantique ou traité négrier ni slave trade, transatlantique ou transaharienne. On devrait appeler cette souffrance, ce traumatisme, cet holocauste on devrait l’appeler par son nom africain en Kiswahili: MAAFA. Plus que le trafic mis en évidence à Gorée (appelée en réalité Ber) au Sénégal. Tout cela au sud-ouest du Cameroun, à 60 km de Douala et à 20 km au nord de la ville balnéaire de Limbé. Sur 45 hectares on se replonge dans la Traversée du Milieu. Bimbia est d’ailleurs devenu depuis peu un lieu de pèlerinage de reconnexion Afrique-Diaspora et d’écotourisme où de nombreux Afro-Américains se rendent depuis les années 2010 quand les tests ADN leur ont permis de localiser leurs ancêtres dans la région du Cameroun. Lisa-Marie Aubrey tout comme les autorités camerounaises luttent pour obtenir le classement du site de ce port négrier comme site du patrimoine mondial.

Concurrence des mémoires oblige. Comment choisir entre Ouidah au Bénin, Gorée au Sénégal, Elmina au Ghana et Bimbia au Cameroun ? Quel dilemne .

Et je ne sais pas trop pourquoi, après avoir vu ce reportage j’ai pensé à Hugues Tiburce. HT EST UN COUSIN QUE JE N’AI JAMAIS RENCONTRE PERSONNELLEMENT. NOUS CORRESPONDONS PAR ÉMAIL DEPUIS ENVIRON 3 ANS ET C’EST LUI QUI M’A DONNÉ L’IDÉE DE COMMUNIQUER SUR LA TRANSMISSION, CE QUI A DONNÉ NAISSANCE À CE SITE POLYGLOT TROTTER QUE J’AI CRÉÉ EN DÉCEMBRE 2016. J’AURAIS VOULU QU’IL Y COLLABORE AVEC D’AUTRES MAIS JE ME SUIS RETROUVÉ SEUL À LA MANŒUVRE.

Il m’a contacté au mois de mars 2018. Il voulait qu’on se voie à Paris en avril lors de l’escale qu’il y ferait en avril avant de se rendre au Benin où il pense avoir retrouvé des Ancêtres de notre origine commune Fronton. Je le sentais au comble de l’ excitation. Mais moi j’étais à l’époque à Mayotte, donc notre rencontre n’a pas été possible.

Je vous publie néanmoins la teneur de son email concernant les motivations de son voyage.

« Bonjour cher cousin,

Je reprends contact avec toi après avoir passé des mois pleins d’occupations bonnes et de mauvaises.

Durant mes moments de bonne santé relative, j’ai pu avancer sur mes recherches et réflexions. J’ai aussi avancé sur mon projet d’écriture et je souhaite échanger sur le sujet avec toi .

Je serai en France du 2 au 5 Avril en direction du Bénin et je te propose de te rencontrer dans cette période.

Je vais au Bénin à l’invitation d’un dignitaire du Royaume d’Abomey qui participe à l’organisation d’un colloque sur Toussaint Louverture dont les parents étaient issus du Royaume d’Allada.

J’y vais aussi afin de rencontrer des dignitaires des Adjigo à Agoué et à Aneho au Togo. Ils acceptent de faire l’éloge panégyrique des familles Adjigo et Alliés, en particulier les KPONTON et les QUAM DESSOU.

Des initiés vont aussi peut être réciter la litanie de ces familles et du peuple Guin.

Je poursuis l’idée de m’éclairer sur les conditions de vie et de capture des Fronton que tu as aussi repérés dans les registres d’esclaves de 1848, à Sainte Rose, Grand-Bourg et Bouillante. J’en recherche aussi à Gourbeyre.

Ces personnes sont parents et ont été déportés ensemble en Guadeloupe: ils ont tous (presque) déclaré leur nom aux différents officiers de l’état civil à l’abolition. Ils ont prononcé leur nom (qui était certainement connu et usité) avec l’accent propre à leur langue (Guin/Ewé/Fon ?). Ce nom a été écrit naturellement (et correctement ?!?) à la française, comme de nombreux autres noms enregistrés à Bouillante. Ils s’appelaient KPONTON (ou KPONTON QUAM DESSOU). La prononciation du son [KP] (labio vélaire) peut rappeler aux français le son [F] . D’ailleurs certaines personnes de ce nom au Bénin ont vu l’état-civil de l’administration coloniale française transformer leur non en FONTON (le cas de l’ancien ministre de l’urbanisation , Noel FONTON). Le clan de cette famille a été en position très défavorable durant la période mouvementée de 1818 à 1828, dans la région de Grand Popo, Petit Popo au Bénin/Togo.

Certains d’entre eux furent capturés et exilés. Leur nom signe leur engagement et porte un caractère nobiliaire au niveau de leur petite société.

Concernant les MAKOUBI/MAKOUBY j’ai aussi avancé un peu et je dois aller prendre des informations historiques au Congo.

Je recherche des informations sur l’évolution des effectifs des habitations de Bouillante, Sainte-Rose, Gourbeyre, Saint-Claude et Marie-Galante. Je recherche aussi des données sur les navires au départ de la Côte Ouest et à l’arrivée en Guadeloupe. Je vais consolider quelques contacts à Paris prochainement.

J’espère pouvoir t’entretenir plus longuement sur ces sujets et susciter ton intérêt pour travailler ensemble sur un projet.

J’attends de recevoir ta proposition de rendez-vous.

A bientôt et amicalement.

Hugues LAMI

0690352045

Voici ma réponse du 19 mars 2018

« Salut, cousin Hugues, content de te savoir en pleine forme et plein de projets. Je m’inquiétais un peu de ton silence. Je suis actuellement moi-même en Afrique de l’Est à Mayotte depuis le mois d’août dernier où je travaille comme enseignant. J’ai donné ma démission et je rentre en France le 8 avril. Du 11 au 18 je serai à Nice pour fêter l’anniversaire de ma femme et nos 5 ans de mariage brésilien. On ne pourra donc pas se voir aux dates que tu me proposes mais peut-être à ton retour du Bénin. Dis-moi quand tu rentres de là-bas, là ce sera jouable à partir du 19 avril je n’ai aucun projet. La retraite ce sera à partir du 1er août 2018. Mon grand projet c’est une tentative de retour aux Antilles. Je serai en Guadeloupe avec ma femme pour minimum 6 mois à partir du 16 octobre 2018. J’ai déjà réservé via airbnb pour le premier mois à Deshaies. Je cherche à louer à prix raisonnable un T2 minimum meublé avec internet pour la période qui va du 16 novembre au 16 mai. J’ai déjà quelques pistes mais si tu as un bon plan fais-m’en part. L’idéal pour moi ce serait Basse-Terre ou Saint-Claude mais en réalité ça peut être n’importe quelle commune de Guadeloupe.

Ton projet Bénin 2018 est faramineux, je suis scotché ! On nage en plein Roots ! Le Alex Haley de la Guadeloupe ! Intéressantes, tes recherches socio-histo-philosophico-généalogiques qui font entrer même la phonétique du phonème [kp] qui se prononce [f] . Du coup je vais me replonger sur l’examen de ces FRONTON ! Quant au projet que tu souhaites évoquer avec moi pour qu’on travaille ensemble mon intérêt est suscité, ne t’inquiète pas ! D’écriture, d’ADN mitochondrial ou autosomal, de généalogie ou autre, peu importe, tu peux compter sur moi. Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir donné la force d’ouvrir mon blog polyglottrotter.com comme témoignage d’une vision, d’une mémoire guadeloupéenne du monde, même si symboliquement j’appelle mes Guadeloupes Wolfok !

J’ai beaucoup lu sur le Dahomey/Bénin quand j’habitais au Brésil et en particulier j’ai connu à Salvador de Bahia où j’habitais l’ethnologue et photographe Pierre Verger (1902-1996), auteur du livre Fluxo e refluxo do trafico de escravos entre o golfo do Benin e a Bahia de Todos os Santos dos séculos XVII a XIX

Je ne suis pas adepte du candomble mais je suis assez bien familiarisé avec les cultes voduns, les orishas, etc

Je te souhaite une bonne plongée dans tes racines. Je t’appellerai un de ces jours, avant ton départ !

Kimbé réd ! Jean-Marie Baltimore »

Nous nous sommes parlé au téléphone la veille de son départ et depuis plus de nouvelles.

Après avoir vu le reportage je vais l’appeler aujourd’hui même. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et peut-être ne nous rencontrerons nous jamais mais c’est ma famille, un descendant Fronton comme moi. Il a six mois de plus que moi. Nos racines plongent pour certaines quelque part dans le golfe de Guinée. Ce sont des liens invisibles, des rhizomes marins et ultramarins qui nous structurent et nous ramènent sans cesse à la porte du non-retour. C’est dramatiser un peu selon moi que considérer comme le fait le reportage l’Océan Atlantique comme « le Styx, le fleuve de l »enfer et de l’oubli », car la mer n’a pas de mémoire: elle lave sans cesse, par flux et reflux successifs les roches et les plaies, les récifs comme les morts béantes, en concertation avec la lune qui rituellement s’y abreuve parfois du côté de Bimbia !

Qui sait si moi aussi je n’effectuerai pas mon test ADN un de ces prochains jours et que je ne m’inscrirai pas à un de ces pelerinages Roots and Reconnection Cameroon trip and Bimbia Pilgrimage. Le prochain est prévu entre le 26 décembre 2018 et le 7 janvier 2019. Moi j’hésite car je n’ai jamais aimé les voyages organisés. Contact si cela vous intéresse: rootsreconnection@gmail.com

Mes trisaïeux, quadrisaïeux, quinquisaïeux en 1848

On est tous autant que nous sommes le sosa numéro 1 d’une infinité d »ancêtres. Chaque trisaïeul nouveau, chaque quadrisaïeul nouveau, chaque quinquisaïeul nouveau que je retrouve est pour moi un moment de bonheur intense. Comme une nouvelle naissance. et parfois il m’arrive comme aujourd’hui de faire le point. cette fois-ci j’essaie de voir la situation de mes ancêtres en 1848, moment charnière s’il en est pour une majorité de nos ancêtres caribéens, puisqu’il marque pour bon nombre d’eux la fin de l’esclavage.

Bouillante (Guadeloupe)

Sosa 4O le père de Monrose (inconnu) décédé.

Sosa 41 Magdeleine : Elle a 65 ans, est née à Bouillante, et habite Habitation E. Lafages. Le père de son fils Monrose dit Petit Frère est décédé. Monrose (mon sosa 20) a 35 ans et habite habitation D. Bertrand.

Il a eu deux enfants avec Jeannille (30 ans) (mon sosa 21) qui après voir vécu en 1839 sur l’habitation veuve Lafages, habite désormais sur l’habitation Mineurs Bertrand avec ses deux enfants St Prix agé de 8 ans et demi et Etienne agé de 7 ans.

Jeannille est la fille de mes sosa 42 ( Jean) qui a 54 ans et habite habitation veuve Noel Sabine et sosa 43 Désirée (67 ans) qui elle vit habitation mineurs Bertrand avec sa fille Delphine (43 ans) et le fils de cette dernière Ambroise agé de 15 ans

Saint-Claude (Guadeloupe)

Mes sosa 44 et 45 sont inconnus. Ce sont les parents de mon sosa 22 (Benjamin Louisy) qui lui a 15 ans et vit sur l’habitation Ducharmoy.

Mon sosa 23 c’est Emerance, la future épouse du sosa 22. Elle a 6 ans à l’époque et après avoir vécu habitation veuve André Arnoux habite en 1848 habitation Petit Parc

Les parents d’ Emerance sont Léandre 42 ans (mon sosa 46) vivant sur habitation Pelletier et Victorine (sosa 47) agée de 25 ans qui a vécu sur l’habitation veuve André Arnoux mais qui en 1848 se trouve sur l’habitation Petit Parc

Les parents de Léandre, François (mon sosa 92) agé de 83 ans et Magdelonette (mon sosa 93) agée de 71 ans vivent tous deux habitation le Pelletier et sont deux de mes rares quinquisaieux repérés.

Grand-Bourg (Marie Galante) Guadeloupe

Demoiselle Elisa, mon Sosa 37, couturière, née en 1799, ne connaîtra pas la lumière de 1848. Elle meurt le 27 novembre 1847. En 1848 son clan est représenté par ses enfants Saint Père, 29 ans et neuf mois, Champfleury, vingt-six ans et neuf mois, (mon sosa 18) Firmin, vingt-deux ans et neuf mois, tous trois charpentiers. Ces derniers ont tous été affranchis en 1834 avec leur mère sur demande d’un certain Joseph Leduc, apparemment colon et potentiel Sosa 36 qui meurt en 1841, veuf depuis 1815, laissant deux filles de son mariage legitime: Irène qui aura 40 ans en 1848 et Marie Louise Celina âgée de 36 ans et mariée depuis 1841. Virginie Cécile est fille d ‘Elisa, née jumelle en 1839 et a donc 9 ans. Cette même année de 1839 la famille a perdu trois de ses membres: Irma le 18 septembre, Ernest le 29 septembre et Josephine Cecília 27 novembre.

La future épouse de mon sosa 18 est Anaïs Marguerite , mon sosa 19, qui est âgée de 16 ans. Elle a été affranchie en 1834 à l’âge de deux ans. Sa mère, mon sosa 39, est une demoiselle Marguerite âgée de 56 ans. Mon sosa 38 pourrait potentiellement être un sieur Leroux, puisque à un certain moment elle se fait appeler à la naissance de l’un de ses enfants Anaïs Leroux.

Case Pilote (Martinique)

Alfred, mon Sosa 48, est né en Afrique. Il a 27 ans. Mon sosa 49 c’est Judith qui elle est née à Case-Pilote et qui a 24 ans. Ils ont une fille Berthilde Hubble née en 1845. Ils ne le savent pas encore mais peut-être pensent-ils à mettre en route leur premier fils. Ce sera dans un an avec la venue de Bertrand Hubbel (mon SOSA 24) en novembre 1849.

Le père de Judith est inconnu. C’est mon sosa 98. EUGÉNIE, la mère de JUDITH, est mon sosa 99. Elle est née à Case-Pilote et est décédée

A Case Pilote, mon sosa 50 s’appelle Charles Anin. Il a 16 ans. Celle qui deviendra son épouse, Anne Azoune Theotiste (Sosa 51), est née à Ducos en Martinique de Demoiselle Theotiste (Sosa 103) et est âgée en 1848 de 12 ans.

Le père de Charles, Sylvain Nelson Anin, est mon sosa 100. Il est affranchi depuis 5 ans et a 33 ans. Son épouse , mon sosa 101, se nomme Antoinette et le mariage à eu lieu en 1843. Antoinette est la fille de Sophie Élisabeth, mon Sosa 203, née en 1783. Le couple a deux enfants Marie Berthilde (4 ans) et Marie Justine (2 ans)

Mes sosa suivants Jacques dit Isaac (sosa 200) et Françoise Anastasie Anin agée de 57 ans (sosa 201) sont les parents de Silvain Nelson. Leur deuxième fils Léon reste esclave jusqu’en 1848. Françoise Anastasie Anin est affranchie depuis cinq ans environ en même temps que son fils Sylvain Nelson Anin.

Mon Sosa 111 c’est Marie Noelle Zulma, mulâtresse, elle est âgée de 37 ans, affranchie depuis octobre 1833 sur la demande de Joseph Marcel. C’est la fille de Coralie, mon Sosa 223, née en 1799 donc âgée en 1848 de 49 ans. Zulma a 8 enfants survivants sur 10 dont Josephine Thuriaf, capresse, âgée de 6 ans, mon SOSA 55, dont le père est Joseph Thuriaf, 43 ans, (mon Sosa 110)(nègre créole affranchi sur demande du même Joseph Marcel le 28 janvier 1840) avec qui elle est mariée depuis janvier 1843. Joseph Thuriaf est le fils de Sophie (Sosa 221) née en 1792 et donc âgée de 56 ans. Sophie a eu de nombreux enfants avec Jean-Louis Darsoulant, âgé d’environ 20 ans de plus qu’elle. elle a comme enfants survivants Jean (30 ans), Louise dite Jolotte (23 ans), Sully (20 ans), Gustave (16 ans), Lucia (15 ans) . Ces enfants seront légitimés en 1851. Joseph est-il le fils de Jean-Louis ? Mystère et boule de gomme !

Josephine Thuriaf épousera bien plus tard Louis Alphonse Celestine (mon Sosa 54) âgé alors de 7 ans. Ce dernier est le fils de mon Sosa 109, Marie Celestine Rogemont, âgée de 35 ans.

Tout cela pour vous donner un petite idée (incomplète, je vous le concède volontiers) de la situation de mes ancêtres entre Guadeloupe et Martinique, aux îles sous le vent en 1848.

On a souvent l’habitude de considérer les ancêtres de cette époque en Guadeloupe comme en Martinique comme des êtres égarés, hébétés, éparpillés aux quatre coins cardinaux des îles sous le vent, sans lien entre habitations. Je m’attache pour ma part à essayer de retracer les attaches familiales invisibles que font apparaître les donnéees généalogiques.

Ce que je veux montrer c’est  que l’on ne prend en compte que les survivants.            Voyez par exemple le cas de Sophie Thuriaf. Elle accouche en théorie de  Joseph Thuriaf, le premier fils en 1808 et le deuxième en 1818. Dix ans de différence entre les deux. Pour moi ce n’est pas crédible. Elle a pu avoir des enfants avant et après. D’un même père Jean-Louis Darsoulant ou de plusieurs. Ce n’est pas parce que Jean-Louis reconnaît ses enfants et les légitiment lors de son mariage ultérieur en 1851 que ces enfants sont forcément les siens. et ce n’est pas non plus parce qu’il ne reconnaît pas son fils Joseph Thuriaf en 1851 qu’il n’en est pas le père.

Je dirais même plus. Ce n’est pas parce que quelqu’un en 1848 lors de l’abolition reconnait un enfant comme le sien que c’est obligatoirement son enfant. C’est peut être celui de son frère ou de sa soeur décédée, C’est peut-être tout simplement une adoption. tout cela n’est que du bon sens sur lequel l’analyse des pratiques d’aujourd’hui en matière de naissances, reconnaissances et adoptions devrait nous inciter à réfléchir.

Ne soyons pas manichéens. Les structures de la parenté sont complexes (Mauss et Levi-strausss l’ont démontré), partout à travers le monde et l’esclavage a certes considérablement effacé les réseaux entre l’Afrique et le Nouveau Monde mais n’a pas réussi à gommer les liens qui unissaient dans ce nouveau Mone les descendants de ces exilés malgré eux qui ont réussi malgré tout à maintenir un système parental qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui dans nos sociétés caribéennes post-esclavagistes

ordonnance royale du 9 février 1827, article 30 alinéa 2 modifiée par celle du 22 août 1833

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Charles, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut !

On est Charles ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! On est juriste ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! On est historien ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! On est médecin ou on ne l’est pas ! Je ne le suis pas ! Vous pouvez donc m’appeler charlatan ! C’est tout à votre honneur ! Et pourtant je veux savoir ce qui se cache derrière cette ordonnance. Quel est le médicament, quel est le médecin, quel est le malaise ? qui est le malade ? C’est grave docteur ?!

Allez je vais direct sur Gallica consulter cette ordonnance du roi concernant le gouvernement de la Martinique, et celui de la Guadeloupe et de ses dépendances. J’irai direct  cet alinéa 2

« donné à Paris, en notre château des tuileries, le neuvième jour du mois e février, l’an e grâce 1827, et de notre règne, le troisième »

Que dit-il ?

ART. 30.
1er. Le gouverneur tient la main à l’exécution des ordonnances et règlements concernant les gens de couleur, libres et affranchis.

2 . Il donne, en se conformant aux règles établies, les permissions pour l’affranchissement des esclaves, et délivre les titres de liberté. –

Bine plus intéressant est la teneur de l’article 29.

ART. 29.

1er. Il veille à l’exécution des ordonnances et règlements sur  le régime des esclaves, et ordonne les poursuites contre les contrevenants.

2. Il signale au ministre de la marine, comme dignes de nos grâces, les habitants qui s’occupent avec le plus de succès de répandre l’instruction religieuse parmi les esclaves, qui encouragent et facilitent entre eux les unions légitimes, et qui pourvoient avec le plus de soin à la nourriture, à l’habillement et au bien-être de leurs ateliers.

Halte là ! Manipulation, votre Altesse, Votre Sainteté ! Charles de France et de Navarre ! Instruction religieuse ? Amour, gastronomie, mode et bien être ? Mais pourquoi diable ne promouvez-vous pas l’éducation tout simplement.

ART. 76.

Les esclaves reconnus dangereux pour la tranquillité de la colonie sont envoyés par le gouverneur au Sénégal, et remis à la disposition de l’autorité locale, sauf à indemniser le propriétaire, sans que l’indemnité puisse excéder celle qui est fixée par les règlements pour les noirs justiciés, et sans qu’elle puisse être acquise pour l’esclave infirme ou âgé de plus de soixante ans.

Combien ont pu bénéficier du billet retour ?

Bon, carton rouge ! Salut ! Passons à l’examen aux ordonnances royales  du 22 août 1833 sur le gouvernement des colonies, modificatives des ordonnances organiques des 21 août 1825, 9 février 1827 et 27 août 1828.. Sa Majesté Charles est elle encore de ce monde ? Je le subodorais !  C’est Louis-Philippe, désormais, « roi des Français présents et à venir » et plus de Navarre. Sire, qu’avez vous fait de notre belle Navarre ?!

En fait il y a une ordonnance pour l’ile Bourbon et dépendances, une autre pour la Martinique et la Guadeloupe et dépendances, une troisième et dernière pour la Guyane Française.

Je vais prendre un autre de mes sosa de la Martinique. chose promise chose due ! Je vous avais promis un homme eh bien ce sera une femme ! Françoise Anastasie . Ne cherchez pas la femme ! Cherchez l’homme ! Le 21 juin 1843 par acte 18 à Case-Pilote elle devient libre suite à l’arrêté du gouverneur en conseil privé du 15 mai 1843 à Fort Royal. c’est une négresse âgée de 52 ans nous dit on, née et demeurant à case Pilote. Elle prend alors le nom patronymique de ANIN. Avec elle est affranchi son fils Silvain Nelson Anin. LE 9 juillet 1843 ( acte 20) Silvain Nelson Anin agé de 28 ans  convole en justes noces avec Antoinette âgée de 30 ans et attachée à la culture, sans que l’on sache si elle  c’est une littéraire ou une manuelle.. La mère d’ Antoinette se nomme Sophie Elisabeth est âgée e 60 nas et est là pour l’assister dans cet instant solennel auquel elle a donné son consentement éclairé. Le couple reconnait un enfant né de leurs oeuvres charnelles, le dénommé Charles.

Silvain Nelson est le fils dit légitime de feu Jacques dit Isaac, mon sosa 200 par conséquent ! Il a déjà été affranchi  l’année précédente par arrêté du gouverneur en date du 25 août 1842. Cet affranchissement a été enregistré par l’acte 32 du 20 septembre 1842. C’est bien notre homme, nègre, 28 ans, cultivateur. La demande a été faite par Joseph Thuriaf qui désormais porte Anin. Mais alors je m’interroge pourquoi ne porte-t-il pas Isaac. ou Jacques. Permettez que je mène cette chasse à l’homme ?

Tout d’abord Joseph Thuriaf ne m’est pas inconnu c’est mon Sosa  110. Il est né en 1805 à Case-Pilote,  fils de demoiselle Sophie née en 1792. C’est un nègre créole, cultivateur qui est esclave jusqu’en 1840, suite à quoi il est affranchi par arrêté du gouverneur du 28 janvier 1840, enregistré par acte 11 en mairie de Case-Pilote le 3 mars 1840. Il se marie le 20 janvier 1843 (acte 17) avec Marie-Noel Zulma, donc logiquement mon sosa 111 cette dernière née en 1811, mulâtresse, couturière, blanchisseuse, Elle a été affranchie quant à elle sur la demande de Joseph Marcel par acte 18 du 9 octobre 1833 avec ses quatre enfants tous câpres ou câpresses (Hippolyte, Marie Rose dite Marie Anella, Alexandre et Julien suite à l’arrêté du gouverneur du 1er octobre 1833. La mère de Marie Noel Zulma se nomme Coralie, mon sosa 223, née en 1799 donc âgée de 41 ans  quand elle aussi est affranchie le 28 janvier 1840 par arrêté du gouverneur transcrit sur les registres de l’état civil de Case Pilote par acte 11 du 3 mars. L’une des enfants  du couple Joséphine Thuriaf est mon sosa 55 et est née le 28 avril 1842

Mais la clé du problème c’est Jacques dit Isaac, le noeud gordien. Qui est-il ? que fait-il ? où va-t-il ? J’essaie de faire apparaître un visage. en vain ! Je dirais que c’est un nègre. Et comme l’union est dite légitime cela voudrait dire que c’est un mariage d’esclaves qui a eu lieu. alors s’il y a eu mariage pourquoi ne dit on pas veuve Jacques dit Isaac. Il est dit être le père légitime de Léon et de Silvain Nelson. A quand remonte son décès ? Il me faudra  visionner les archives des esclaves de la Martinique vers 1815 pour essayer de dénouer les fils cette énigme. Une autre option de recherche c’est qu’il ait été affranchi lui aussi avant même sa femme et ses enfants. Bref y a du boulot sur la planche.

Les ordonnances royales ne sont pas toutes médicales à Marie-Galante

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J’ai parmi mes ancêtres des affranchis. Savoir qu’un de ces ancêtres a été affranchi est source d’étrange fierté pour de nombreux descendants d’esclaves. Certes ils étaient esclaves mais ils ont été affranchis, non. Vive Louis-Philippe, roi des Français ! Moi je suis un peu circonspect pour être honnête. C’est vrai, je suis heureux pour eux, pour leur famille, à l’époque cela fut sans doute considéré par les membres du clan comme une victoire sur l’adversité, le début d’une vie prometteuse, jalonnée de succès. Pouvoir se dire libre, être citoyen, marcher libre au vent ce n’est pas quelque chose qu’on peut négliger comme cela d’un revers de main. Donc je ne jette la pierre sur personne.

J’ai tout de même tendance à croire que ces libertés accordées chichement le furent surtout au prix , selon moi, de nombreuses compromissions. Que de hontes ont  été bues, que de souffrances ravalées pour arriver à cette concession d’affranchissement (j’aime le mot anglais manumission, le mot portugais alforria). Il y aurait donc eu les bons esclaves dociles et méritants dont le prototype serait Uncle Tom et les autres récalcitrants et mauvais sujets. Je ne pense pas que les récalcitrants et mauvais sujets, les mauvais larrons, dont le prototype serait le nèg mawon ou le fenyan, avaient droit à la mansuétude du colon. Je ne crois pas à la charité chrétienne. Je ne crois en la matière qu’aux intérêts bien sentis de chacun. Et dans chacun je mets l’esclave et le colon. Je crois aussi aux liens du sang qui ont permis à de nombreux mulâtres de s’émanciper. Quand ce ne sont pas les liens du sang il y a les liens de la chair qui ont permis à de nombreuses négresses de s’émanciper, elles-même. Le talent, ne parle-t-on pas de nègres à talent (les musiciens, les charpentiers, les marins peut être, les cochers) était aussi une porte de sortie, tout comme l’était la guerre ( huit ans de combat acharné à défendre les intérêts de la classe dominante et hop on vous donne en guise de médaille d’ancien combattant et victime de guerre, un sauf-conduit de toute beauté, si entre temps vous n’avez perdu ni jambe ni tête ni tué la moitié de vos compatriotes).

Les actes d’affranchissement qui sont enregistrés dans les registres d’état civil des communes concernées font suite à des arrêtés des gouverneurs pris en conseil privé à Fort Royal pour la Martinique, à Basse-Terre pour la Guadeloupe et dépendances, à Cayenne pour la Guyane Française et à Saint-Denis sur l’ile Bourbon.

Exemple parmi tant d’autres d’un tel arrêté portant déclaration de liberté, celui dont a pu bénéficier mon Sosa 37, Eliza, couturière, née en 1800 à Marie-Galante et qui lors de la séance du conseil privé de la Guadeloupe du  6 août 1834      (acte 7, vue 297) est affranchie avec  ses 5 enfants (Saint-Père 15 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Champ-Fleury 12 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Firmin 8 ans et 9 mois, Irma 4 ans et 9 mois, Ernest 1 an et 8 mois) sur la demande de Joseph Leduc

Nous Gouverneur de la Guadeloupe et dépendances
Vu l’article 30 alinéa 2 de l’ordonnance royale du 9 février 1827 et celles du 31 août 1830 et 22 août 1833;
Vu l’ordonnance royale du 12 juillet 1832 et la dépêche ministérielle du 24 du même mois;

Vu notre arrêté du 11 octobre 1832;
Vu les déclarations faites en vertu de cette ordonnance et les pièces à l’appui de ces déclarations;
Considérant que les individus ci-après  nommés ont satisfait aux prescriptions de l’ordonnances et de l’arrêté précités;
Sur le rapport du Procureur Général
De l’avis du Conseil Privé
Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

Art 1er sont déclarés libres et seront inscrits en cette qualité sur les registres de l’Officier de l’état civil de leur quartier respectif, les nommés :

A la Basse-Terre et banlieue (14), quartier des Habitants (5) quartier de Bouillante (6), quartier de la Pointe-Noire (11), quartier de Deshaies (6), quartier de Vieux-Fort (2), quartier des Trois-Rivières (7), quartier de la Capesterre (10), île Saint-Martin (7), île Marie-Galante (27 parmi lesquels : Eliza et ses enfants: St Père, Champ-Fleury, Firmin, Irma et Ernest – Le sieur Joseph Leduc,  la Pointe à Pitre (9), quartier des Abymes (2), quartier de Morne-à-l’Eau (22),quartier du Moule (7), quartier du Petit Canal (2), quartier de Sainte-Rose (1), quartier du Petit-bourg (1), quartier de Sainte-Anne (2)

Article 2. Le Procureur général est chargé de l’exécution du présent arrêté , qui sera enregistré

Cet arrêté du 6 août 1834 est transcrit sur le registre d’état civil de  Grand-Bourg, Marie Galante (autrefois appelé Joinville) par acte 148 du 27 août 1834 (vues Anom 52 et 53).

L’an mil huit cent trente quatre le vingt-septième jour du mois d’août pardevant nous Marie-Joseph Ventre, officier de l’Etat civil de l’île Marie Galante résidant au Grand- Bourg  est comparue la nommée Elisa, âgée de trente quatre ans et neuf mois,, couturière domiciliée au Grand-Bourg laquelle nous a présenté un arrêté de Monsieur le gouverneur de la Guadeloupe en date du  six de ce mois qui déclare la dite comparante et ses enfans Saint-Père,  de quinze ans et neuf mois,  Champfleury de douze ans et neuf mois,  ouvriers charpentier, Firmin de huit ans et neuf mois, Irma de quatre ans et neuf mois,  et Ernest d’un an et neuf mois, libres et elle nous a requis ed faire sur nos registres l’inscription  prescrite par l’article cinq de l’ordonnance du roi du douze juillet mil huit cent trente-deux, à cet effet nous avons dressé le présent acte. En avons fait mention au bas du dit arrêté et avons signé après lecture de cet acte pour la requérante qui interpellée de signer  a déclaré ne le savoir.

Mais qu’étaient donc ces ordonnances pas médicales pour un sou et qui pourtant furent la base juridique pour entamer la procédure tendant à soulager le corps et l’âme de bon nombre d’esclaves au cours des 18ème et 19ème siècles ? Le médicament nommé « liberté » était si radical que sur la période 1832 – 1848 (date de l’abolition définitive) le taux d’affranchissement a été doublé. J’imagine (car il est difficile de se mettre à la place d’un affranchi, que ce fut comme passer son bac et recevoir les résultats, ou comme avoir son permis de conduire) ! J’imagine que ce fut comme une seconde naissance et que la mère pleura de joie et bénit le Seigneur ou les dieux ou esprits  en qui elle croyait. j’imagine que tout cela fut sabré dignement avec force guildive de Marie-Galante. et qu’on convia toute la parentèle à cet événement extraordinaire. certains crièrent bien avant Martin Luther King.

free at last, free at last, Lord Almighty, we are free at last.

On se para de bijoux et e beaux atours, yépa, on dansa, on sauta-mata, on chanta la vie est belle ! La Guadeloupe c’est le Paradis ! Grand-Bourg Campagne c’est  l’enfer transformé en Eden. On fit du bon boudin, on rôtit du bon cabri et cochon, force malanga et fruit à pain, on fit agapes sur agapes . J’imagine que le père de ces enfants là se joignit à tout ce beau monde. J’imagine que ce fut Joseph Leduc propriétaire âgé de 53 ans en 1834, qui pourtant jamais ne reconnut ces enfants là. La vie continua son petit train train colonial. Eliza eut encore deux enfants, deux jumelles,  en 1839, un quatorze janvier, Joséphine Cécilia et Virginie Cécile. Acte 2 du 21 janvier 1839. C’est Joseph Leduc qui fait la déclaration de naissance, il est dit que Eliza a accouché chez lui. Il est clair que tout ce beau monde a quelques accointances charnelles. Mais je suis sans doute mauvaise langue.

Mais l’enfer a les bras longs et en cette même année  1839 pourtant si bien commencée avec la naissance de ses jumelles Eliza l’affranchie va perdre en quelques mois trois enfants: Irma, le 18 septembre 1839, Ernest, le 27 septembre 1839 et finalement l’une des deux jumelles, née libre pourtant, Joséphine Cécilia, le 14 novembre 1839. Eliza mourra elle même en 1847 , un 27 novembre, 13 ans après son émancipation. entre temps elle aura reconnu en 1844  (acte 13, 7 août 1844) ses quatre enfants survivants : Saint Père, Champfleury, Firmin, Virginie Cécile puisqu’apparemment leur père fait l’oreille sourde.

Eliza mourra finalement le 27 novembre 1847 à Grand-Bourg Campagne (acte de décès 16).

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J’ai l’esprit au ras des pâquerettes et en l’occurrence au ras du semen-contra. Cela m’a  conduit à fouiller dans la vie de ce bon monsieur Leduc, Joseph de son prénom. Monsieur est veuf depuis 1815 quand son épouse bien aimée Louise Marguerite Lacavé Déruisseau, à qui il a juré fidélité exclusive devant Dieu et devant les hommes, meurt en 1815 dans la fleur de l’âge. Devenu veuf le pauvre homme se lamente . Il est encore gaillard ! 34 ans pardi c’est la toute jeunesse ! il a deux filles à éduquer: Irmène née en 1808 et donc âgée de 7 ans à la mort de sa mère et Marie Louise Célina née en 1812 et âgée de 3 ans. Elisa qui est déjà à son service et qui aidait madame son épouse est avenante. il résiste, certes, mais le démon de midi est ce qu’il est et madame s’occupe de monsieur corps et biens. La journée ce sont les filles, . Monsieur maintient les apparences parce que sa fille aînée veille. Elle veille tant qu’elle  se mariera huit mois après la mort de son père en novembre 1841. Monsieur rêve d’avoir des garçons ! qu’à cela ne tienne !   Dès 1818  Saint-Père apparaît, beau comme un pape ! Mais l’homme est gourmand, il en réclame un second, il a deux filles, normal, d’avoir aussi deux garçons pour l’épauler dans ses vieux jours. Eliza qui a appris la couture lui tricote de telles caresses que suivent Champfleury et Firmin. Irma et Ernest viendront compléter cette belle famille antillaise anbaféy ! Ce que voudrait Eliza c’est que Joseph reconnaisse ses enfants, même naturels. Mais ce dernier ne le peut à cause de ses filles qui font le blocage. Mais il l’aie à sa façon : ses « fils » apprennent la charpenterie. il faut leur donner un métier. Peut-être même ne le veut-il pas ! peut-être que la petite société de Grand-bourg ne lui pardonnerait pas ! En 1833 profitant de l’aubaine il consent à l’affranchissement de sa bonne pour enfants pour bons et loyaux services rendus dans l’éducation de ses filles et dans le maintien de son habitation car la toute dernière,, Marie-Louise Célina Leduc a maintenant 21 ans. Deux ans avant de mourir leur père baptise deux de ses enfants jumelles. Le coup de grâce pour Marie Louise Célina  qui ne le pardonnera jamais à son père et à fortiori à sa belle-mère. C’est le poison qui aura raison de la vie de trois des enfants illégitimes. La chair de sa chair a tué la chair de sa chair ! Le père Joseph entre dans une profonde dépression. Il meurt. Et là c’est la débandade. Eliza et tous ses enfants d’ Eliza doivent débarrasser le plancher illico. Ils ne sont plus les bienvenus. Maintenant on se déchire pour l’héritage. Heureusement le sieur Joseph avait prévu l’avenir de ses enfants et laissé ses dernières volontés chez son notaire. C’est le coeur triste qu’en 1844 Eliza reconnait ses enfants. Elle aurait pu le faire bien avant mais elle attendait, fleur bleue, que son homme le fasse. Maintenant qu’il est mort, adieu robe blanche, diadème vache, cochon, duc,  mariage ! On ne peut plus tergiverser d’autant plus que sa santé s’est délabrée. C’est que ce monsieur là aimait la bagatelle plus que tout et ne rechignait pas à la tâche quand il s’agissait de donner ses coups de boutoir. Eliza n’a plus ses 20 ans. Le 12 novembre 1845 sa rivale oedipienne meurt à l’âge de 33 ans. Célibataire à l’âge du Christ. Eliza a elle 45 ans. Il ne lui reste guère que deux ans à vivre !

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Vous avez aimé la telenovela ! Oui nos familles peuvent servir de cadre à de merveilleuses histoires pleines de rebondissements mais la vie dépasse bien souvent la fiction. Mais revenons à nos moutons après cette intermède que vous me pardonnerez, je l’espère. Que mon sosa 37 me pardonne si je l’ai choqué ou si ma vérité n’est pas conforme à la réalité. ce n’est qu’un histoire parmi tant d’autres dont j’essaie de dégager une trame. Il fallait es bons, il fallait des méchants. J’ai choisi mon bord, celui de mon sosa 37, bien évidemment. Mais rien ne prouve que selon mon scénario, tiré peut-être par les cheveux, mais tout à fait vraisemblable, que ce monsieur Joseph Leduc, dit aussi Duc n’est pas lui aussi mon sosa 36. On le saura bien un jour avec la généalogie génétique.

Mais passons aux choses sérieuses, voulez-vous bien ? Examinons l’ordonnance royale de Louis-Philippe du douze juillet 1832  qui est promulguée localement en Martinique le 1″ septembre 1832, en Guadeloupe  le 11 octobre 1832 et à l’Ile Bourbon  le 18 janvier 1833:

Ordonnance du roi sur les formalités à suivre pour les concessions d’affranchissement dans les colonies

  • Attendu que le projet de loi sur le régime législatif des colonies n’ayant pas été discuté dans la dernière session des chambres, l’adoption d’une loi sur cette matière peut entraîner de longs délais;
  • Considérant que ce qui concerne les affranchissements dans les colonies ne pourra être définitivement réglé que selon les formes qui auront été déterminées  par la loi à intervenir;
  • Voulant cependant donner, en ce qui est du ressort de l’administration publique, de nouvelles facilités  aux concessions d’affranchissements;
  • Désirant notamment appeler au plus tôt à la liberté légale les individus, qui dans quelques colonies, jouissent à divers titres de la liberté de fait ;
  • Sur le rapport de notre ministre de la marine et des colonies, etc
  • ARTICLE 1er
  • Toute personne qui voudra affranchir son esclave en fera la déclaration au fonctionnaire chargé de l’état civil dans le lieu de sa résidence.
  • Cette déclaration sera inscrite sur un registre spécial, et transmise, dans les huit jours de sa date, au procureur du roi près le tribunal de première instance, pour être affichée par ses soins, dans semblable délai, à la porte de la mairie de la commune où le déclarant  fait sa demeure habituelle, ainsi qu’à celle de l’auditoire du tribunal; ladite déclaration  devra en outre être insérée  trois fois consécutivement  dans un des journaux de la colonie.
  • 2. Les oppositions auxquelles il  pourrait y avoir lieu seront formées  dans les six mois qui suivront  l’accomplissement e ces formalités. Les oppositions devront être motivées, et contenir assignation en validité devant le tribunal de première instance ; elles seront notifiées au procureur du roi et au déclarant
  • 3. Le ministère public pourra lui-m^me former opposition à l’affranchissement dans le cas  où l’affranchi serait reconnu hors d’état de pourvoir à sa subsistance en raison  de son âge ou de ses infirmités. Cette opposition motivée, et contenant également assignation en validité, sera notifiée au déclarant avant l’expiration du délai fixé par l’article précédent.
  • 4. Le tribunal de première instance prononcera sommairement. S’il y a appel , il sera interjeté dans la quinzaine de la signification du jugement et jugé comme affaire urgente.
  • 5. S’il n’y a pas de réclamation, ou si les réclamations sont reconnues non fondées, le procureur général proposera au gouverneur un arrêté pour faire inscrire  définitivement comme libre, sur les registres de l’état-civil, l’esclave qui a été l’objet de la déclaration d’affranchissement
  • Le gouverneur statuera immédiatement.
  • 6. Les dits actes relatifs à l’affranchissement ne seront soumis qu’au droit fixe d’un franc.
  • DISPOSITION TRANSITOIRE
  • 7. Tout individu qui jouit actuellement de la liberté de fait, le cas de marronnage excepté, sera admis à former, par l’intermédiaire, soit de son patron, soit du procureur du Roi, une demande pour être définitivement reconnu libre.
  • Pareille demande pourra être formée par l’intermédiaire du procureur du Roi, par toute personne non encore légalement affranchie qui, à l’époque de la promulgation de la présente ordonnance, aura accompli huit années de service dans la milice.
  • Il sera procédé, à l’égard des demandes comprises dans les deux paragraphes  ci-dessus, conformément aux dispositions des articles  précédents
  • Le recours en cassation sera ouvert aux libres de fait contre les arrêts ‘appel mentionnés à l’article 4
  • 8. Toutes les dispositions  contraires à celles de la présente ordonnance sont et demeurent abrogées.
  • 9. Notre ministre de la Marine et des colonies, (comte de Rigny) est chargé, etc.

Ensuite les actes d’affranchissement font référence à l’ordonnance royale du 9 février 1827 modifiée  par celle du 22 août 1833, et plus particulièrement à son article 30 et son alinéa 2. Que stipulent ces dernières ? Je vous en parlerai une autre fois en prenant comme base d’appui un autre de mes sosa, martiniquais celui-là, de la belle ville de Case-Pilote, dans les hauteurs de Case-Navire, un homme cette fois-ci pour m’éviter d’être traité de phallocrate libidineux.

INTER FAECES ET URINAM NASCIMUR

J’étais bien tranquille. J’étais jusqu’à cet après-midi midi un fier descendant d’esclave. African American si vous préférez. Ou Afro-Caribeen, afro-antillais, afro-guadeloupeen. J’étais bien. Bien même. Tranquille, apaisé . Mais tout à coup tout ce que j’avais construit, édifié lentement s’effondre. Mon monde patiemment reconstruit à partir de bribes et de broc a chu.

Je ne suis plus descendant d’esclaves, me dit-on. Le mot est soi-disant trop affreux pour pouvoir s’en revendiquer. Le revendiquer c’est l’accepter. Magdeleine Baltimore ma quadrisaïeule, détentrice de 3,13% de mon patrimoine génétique, n’était donc pas esclave. Veuillez oublier tout ce que je vous ai dit auparavant. Non selon la nouvelle nomenclature, le nouveau concept, c’était comme moi une de ces AFRES aux « ancêtres africains réduits en esclavage » et non une esclave. Quel concept ! La paternité en reviendrait au CIPN (Comité international des peuples noirs) , fondé il y a plus de 25 ans par Luc Reinette en Guadeloupe et qui a son siège à Basse-Terre. AFRES : ANCÊTRES AFRICAINS RÉDUITS EN ESCLAVAGE. Mieux qu ‘AFRICAIN DESCENDANT ? Je m’interroge . Et en anglais ça donnerait quoi ces AFRES qui me font penser cruellement aux AFFRES, aux tourments ? Comme quoi on n’en sort pas . Effet de mode . Néologisme . On trouvera certainement une justification psychologique, éthique, psychanalytique à la chose . Déjà des philosophes analysent les Afres . AFRES qui fait penser je l’ai dit à AFFRES et à CAFRES. Accessoirement à AFFREUX et BIAFRA. Mais qu’importe le mot-concept est lancé . Peu importe le parfum pourvu qu’on ait l’effluve ? En anglais ce serait quelque chose comme African Ancestors Reduced To Slavery .

Descendants de Cham/Ham le chaud donc par voie de conséquence descendants de ses quatre fils Koush, Mitsraim, Phout et Canahan… Descendants par Koush de Sava, Savta, Rahma, Havila, Savtheka, Nemrod…

Descendants par la grâce de Mitsraim de Loud, Henam, Naftoha, Phatros, Kafta, Kaskouha…

Descendants des œuvres de Phout de Guedal, Hadan, Khane, Heden…

Et descendants de la malédiction divine des onze fils de Kanahan le Prolifique: Tsidon, Heth, Yevoussi, Amori, Guirgashi, Hivi, Haraki, Arvadi, Sini, Tsemari, Hamati. Arrêtons là cette généalogie biblique. Descendants de Ham donc Hamites, descendants de Cham donc Chamites. Ou Kemites comme le voudrait Cheik Anta Diop (1923-1986), auteur du livre Nations nègres et Culture (1956). Ou encore Maures, (moorish) pour revendiquer une appartenance théologique à l’islam qui engloberait tous les Arawak (Tainos, Nepoyas, Suppoyas, Lokonos, Ignere, Lucayens, Carib, Ciboney, etc.) . Bref ce ne sont pas les APPELLATIONS et les THESES d’origine contrôlée qui manquent.

Noir, Nègre, Black, Negro, Colored, Renoi, Neg, West Indian, Antillais, Caribbean, Moorish Caribbean, Bossale, Moorish American, Américain, Créole, African American, Afro American, Maure, de couleur, Éthiopien, Négropolitain, Karukerien, Afropéen , Dahomeen, Congo, Bambara, Zoulou, Bantou, Arada, ce ne sont pas les labels qui manquent, je le répète.

J’ai même lu une explication linguistique du mot Indian qui selon certaines exégèses trouve son origine de l’espagnol sin Dios. Les sin Dios, ceux qui n’ont pas de dieux, les sans-dieux, ceux qu’on peut réduire en esclavage par conséquent sans traumatisme… Qui serait devenu Indios.

En généalogie on a vite fait de mettre en avant une lignée dite prestigieuse par rapport à une autre considérée comme moins reluisante. Le problème des généalogies c’est qu’elles taisent souvent l’essentiel. Qui était l’épouse de Cham, l’une des quatre femmes ayant pris place sur l’arche dite de Noé, lui-même fils de Lemec, lui- même fils de Metushelah, lui- même fils d’Henoc, lui-même fils de Jered, lui-même fils de Mahalaleel, ce dernier fils de Kenan, lui-même fils de Enoch, ce dernier fils de Seth ? Oh l’épouse de Cham s’appelait Nidaba ! Les Chamites seraient donc descendants de Cham et de Nidaba. Mais qui étaient les ancêtres de Nidaba? Tiens, comme c’est curieux, cet ADN mitochondrial n’intéresse personne.

Dois-je rappeler ici ma conversion lente au vocable descendants d’esclaves suscitée par des conversations que j’ai eues avec un Coezy et la lecture de l’ouvrage de sa sœur Éricque Coezy :Le pouvoir noir en question. Des esclaves de la Traite Atlantique à leurs épigones du XXIe siècle. L’harmattan, édition les Impliqués 2016.

Je rappelle donc mes origines au cas où.

« Inter faeces et urinam nascimur » disait Saint Augustin.

Au-delà de ces fientes et ces urines augustines j’ai pu dans le contour de mon pied de corossol généalogique à travers des actes d’état-civil et des témoignages d’ancêtres retrouver la trace d’autres fluides de sang. Aucun acte ne justifie l’allegation que je propose d’être descendant de Bardus et Elisa. Mais c’est l’un des multiples rameaux de mon arbre originaire de Grand Bourg, Marie Galante. La branche Baltimore c’est la branche de Bouillante et Saint-Claude. La branche Hubbel c’est celle de Schoelcher et Case Pilote, Martinique. La branche Vin et Fronton c’est la branche de Bouillante et Vieux Habitants. Ce qui est clair est que toutes ces branches ont été pour part, selon la nouvelle terminologie, des Afres. Je revendique donc, et je l’ai toujours fait, des globules africains pour part car je ne peux exclure de mes gènes les autres globules européens, amérindiens, dravidiens ou autres qui ont pu au cours des siècles intervenir pour arriver jusqu’à moi. Je reconnais que descendant d’esclaves est réducteur car je descends aussi de siècles d’histoire qui ont précédé la Traite. Mais le mot afres ne me représente pas. Je lui préfère la notion de mixed race, de sang-mêlé . Je suis le fruit d’un mélange. Je suis de sangs cacahuète, noix de cajou, noix, noisette, amande, pistache, datte, raisin, figue. C’est peu dire que je ne suis ni mi-figue ni mi-raisin. Je suis tout cela. On peut avoir 5 enfants et les aimer tous, chacun à sa manière. On peut de manière identique avoir 5 ou plus de rameaux à son arbre. Certains rameaux sèchent avec le temps, peuvent s’étioler et se dessécher. Il arrive même qu’ils reverdissent. Certains peuvent paraître stériles et ne générer ni feuilles ni bourgeons. Mais en leur for intérieur la sève qui y circule est un torrent de vie. Il faut parfois couper un rameau pour préserver l’arbre sachant que ce rameau reviendra en surgeon aussi vite qu’il aura disparu. Aucune manipulation de rameaux n’est sans risque, sans cicatrice. L’important est de préserver le tout et non les parties. L’essentiel aussi étant de préserver l’espace sacré à l’intérieur duquel cet arbre a été planté. La généalogie c’est une façon à moi d’engraisser cette terre. De fouiller l’histoire, les histoires, les historiettes qui font que je ne suis pas et ne serai jamais afres, quoi qu’en ait décidé soudainement le CIPN. Sangs-mêlés, eaux-mêlées, fluides-mêlés et inconscients mêlés. Sangs de menstrues, sangs de blessures, sangs d’hémorragies, tous mêlés. SANGS MÊLÉS QU’AUCUN PEIGNE NE SAURAIT DÉMÊLER. Sangs-Grainés . Sangs-crépus , sangs-chauds, sangs-froids, sangs-tièdes, sangs sans queue ni tête. Sangs sans devant sans derrière. Sangs tissés sans foi ni loi, sangs-rhume, sangs-rhum, sangs sans rime ni raison, sangs cent fois mêlés et réincarnés. Sangs-mêlés purs et impurs abreuvant nos sillons.

Je ne sais pas à ce jour à quel groupe haplogique j’appartiens. Je n’ai effectué à ce jour aucun sequencage complet de mon génome. Mais je ne doute pas qu’on y retrouvera toute une mosaïque de fragments d’adn d’origine africaine. Kongo, Kikongo, Bakongo, Peul, Armada, Fond, Bambara, Angola, Haoussa, Tacoua, Coromantin, Judá, Ayo, Nago, Ibo, Wolof, Mandingue, Mozambique. Peut-être. Moi je penche plutôt pour une origine bantoue: Kikongo, Kimbundu, Umbundu. Mais Kwa et Mandé me satisferaient tout autant .