Une mer et trente-cinq blasons

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Sauriez-vous reconnaître (sans tricher) les 35 blasons qui symbolisent les différentes îles des Caraïbes ? C’est facile pour certaines îles car le nom est inscrit sur le blason. Beaucoup plus difficile pour d’autres.

Sauriez-vous ensuite reconnaître parmi les dix blasons suivants lequel n’est pas africain ?

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Et si mon sosa 40 était né à Antigua, en Jamaïque ou en Grenade ?

Eh oui depuis des années je suis bloqué sur l’origine de mon sosa 40 , le père de Monrose Baltimore né vers 1813 à Bouillante. J’ai longtemps soupçonné les liens de ce monsieur Baltimore hypothétique mais qui n’en demeure pas moins vivant dans ma mémoire avec l’île d’Antigua où on retrouve beaucoup de Baltimore à la même époque dans les paroisses de Saint-Philippe et de Saint-Paul où se trouvent les quartiers de Willikies et de Liberta, à l’est d’Antigua. Je pensais qu’il avait pu s’échapper, se faire marron , prendre un canot et se retrouver à Antigua vers 1834 quand l’esclavage y a été aboli. Je me faisais plein d’autres scénarios. Il aurait pu aussi lors de l’abolition anglaise de 1834 partir en Dominique. Il aurait pu lors de l’abolition anglaise en 1834 partir sur l’île voisine de Montserrat. Mon père a bien fait Guadeloupe-Dominique en canot vers 1942 pour entrer en dissidence alors pourquoi pas ce quadrisaïeul inconnu ?

Il aurait pu lors des guerres révolutionnaires avec les émigrés rebelles à la révolution française quitter avec ses propriétaires la Guadeloupe et les accompagner sur un territoire anglais où il se serait ensuite fait la malle. Il aurait pu aussi tout simplement mourir de sa belle mort ou se transformer en mouche des fruits des Caraïbes  (Anastrepha susspensa) sempiternellement réincarnée,  qui sait.

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Mais je n’avais jamais conçu le scénario d’un autre AFRICAN CARIBBEAN venant en Guadeloupe lors des guerres napoléoniennes. Un soldat par exemple.  Quand je l’envisageais la seule île qui me semblait possible c’était Antigua qui fut française et anglaise. J’aurais pu penser à Sainte-Lucie mais j’étais obnubilé par le fait qu’il y avait beaucoup de Baltimore à Antigua dès le 19eme siècle et aucun à Sainte-Lucie ni à la Dominique. J’avais vu aussi des Baltimore aux îles Vierges tant US que GB mais ils provenaient tous de Antigua. Puis un jour j’en ai découvert un né à la Barbade.                    La circulation inter-iles a toujours existé je n’y ai pas pris trop garde. Le scénario Antigua était trop tentant.

il ne me manquait selon moi que le chaînon manquant entre Guadeloupe et Antigua. C’était mon hypothèse la plus séduisante. Ensuite on verrait bien pour le chaînon manquant entre Afrique et Guadeloupe ou Afrique et Antigua.

A Antigua malgré les difficultés pour obtenir les données j’ai pu  déterminer suite à de nombreux appels téléphoniques vers 1998 qu’il y avait une abondante descendance de Baltimore issu du mariage de Charles Baltimore (1882 -1964) et Maria Williams. Ils auraient eu quatre enfants (je dis aurais car je n’ai vu aucun acte de naissance, il ne s’agit que de témoignages oraux obtenus à distance) : trois fils

  • Hilbert, né en 1906 et décédé en 1998,
  • David
  • Vincent ,

et trois  filles:

  • Mabel, née en 1910 et décédée en 1984,
  • Elmida née en ? (épouse Green),
  • Christophine.

La descendance de Hilbert et Fernella est constituée par Melvin (1931), Calvert, Saint-Clair, Alice, Estella, Lawson (1941), Lucy (1943).

Mais j’ai aussi des Alvin Baltimore (1929) David Baltimore (1929). J’ai aussi un autre Charles Baltimore qui serait né vers 1890 et qui aurait épousé une Alice originaire de Saint-Kitts née en 1905. Il y a une Alice née aussi en 1892 et décédée en 1965.

Et voilà que ce matin pris par une intuition subite je décide de fouiller dans les archives anglaises du National Archives anglaises.  Je suis redirigé sur Ancestry.com dont j’étais membre il y a bien une vingtaine d’années quand je recherchais les Baltimore US et que je pensais que nous avions des ancêtre communs. et voilà je mets Baltimore comme prénom sur les All slaves registers of  former British Colonial Dependencies 1813-1834 et ne voilà -t-il pas que du fond de l’obscurité m’apparaissent 3 Baltimore plus la mère de l’un d’entre eux.

  • sur l’habitation  dont les trustees sont Jonathan Harrison et Charles Nicholas Pallmer,  indenture, en Jamaïque dans la paroisse de Vere un Baltimore mâle né en 1762 en Afrique  (55 ans en 1817)
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  • sur l’habitation Chesterfield de Henry Parker Esquire en Jamaïque dans le paroisse de Vere un Baltimore mâle né vers 1765 en Afrique meurt en 1826 à l’âge e 61 ans.

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  • sur l’habitation Belvedere de Thomas Duncan dans le paroisse de Saint-john  il y a en 1834 un  garçon de 6 mois dont la mère se prénomme Hannah. Cette Hannah est âgée de 26 ans probablement mais il ya une autre Hannah qui est âgée de 41 ans.CSUK1817_133711-00641
  • sur l’habitation Gouyave et Maran dans la paroisse Saint-Jean et Saint Marc appartenant à Thomas Duncan il y a un enfant de six ans nommé Baltimore  et né en 1828CSUK1817_133711-00636
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A vrai dire les Baltimore de Jamaïque ne m’étaient pas inconnus car j’avais eu l’occasion de me rendre compte qu’il y en avait une bonne quantité mais je ne sais plus pour quelle raison je ne croyais pas à un possible lien de famille. J’en ai tout de même noté quelques uns par acquit de conscience sans toutefois étudier leur descendance. De la même façon il y avait des Baltimore à Porto Rico mais de toute évidence selon moi ils provenaient des Iles vierges US ou UK via Antigua. Il y en avait aux Bahamas  sur les îles Andros mais je pensais plus à des Baltimore US venu s’installer aux  tropiques. Idem pour ceux que j’avais repéré à un certain moment à Cuba.

Il faut parfois faire des choix. Mon choix c’était d’abord d’être bien au clair sur ceux de Guadeloupe et de trouver une explication plausible pour:

les descendants de Marie BALTIMORE née en 1854 (on ne sait où) et retrouvée à Cercier en Haute-Savoie  en 1894 à la naissance de sa fille des oeuvres  d’un monsieur Joseph BERTHOUD (1859).

les descendants de Parfait Désiré BALTIMOR (maçon, tailleur de pierre) né vers 1851 (on ne sait où) et que l’on retrouve au moins à partir de 1872 dans l’Orne à Préaux-sur-Perche avec Mélanie Félicie ELUARD avec qui il aura deux filles

les descendants de Henriette Clémentine BALTIMORE née le 27 janvier 1833 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) de  père et mère inconnus. (témoin Théodore Casse)

les descendants de François BALTIMORE qui épouse Marie PROTTEAU à Rochefort (Saint-Louis) (Charente-Maritime) en 1702

Désormais j’ai du temps. Je vais disséquer, éplucher les registres, les tables décennales, les recensements, les dénombrements  consciencieusement, tranquillement, systématiquement. Je prendrai le temps qu’il faudra  et qui sait s’il n’y aura pas un jour une éclaircie, un mabouya qui me remette sur le droit chemin de  la trace perdue

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Dans la famille Baltimore je demande l’arrière-arrière-arrière-grand-mère, SOSA 41, ma quadrisaïeule

 

J’ai comme tout être humain de sa génération sur cette planète (jusqu’à preuve du contraire) je possède 100% de mon patrimoine génétique mais aussi :

  • deux parents qui possèdent chacun 50 % ou 1/2 de mon patrimoine génétique. La deuxième génération.
  • quatre grands-parents (ou aïeuls) qui possèdent chacun 25 % ou 1/4 de mon patrimoine génétique. La troisième génération.
  • huit arrière-grands-parents (ou bisaïeuls) qui représentent chacun 12,5 % ou 1/8 de mon patrimoine génétique. La quatrième génération.
  • seize arrière-arrière-grands-parents (ou trisaïeuls) qui représentent chacun 6,25 % ou 1/16 de mon patrimoine génétique. La cinquième génération.
  • 32 arrière-arrière-arrière-grands-parents (ou quadrisaïeuls) qui représentent chacun 3, 13 %  ou 1/32 de mon patrimoine génétique. La sixième génération.
  • 64 arrière-arrière-arrière-arrière-grands parents (ou quinquisaïeuls)  qui représentent chacun 1,56 % ou 1/64 de mon patrimoine génétique. La septième génération.
  • 128 arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grands-parents qui représentent chacun 0,78% ou 1/128 de mon patrimoine génétique (ou hexaïeuls). La huitième génération.

et on pourrait ainsi continuer jusqu’à vitam eternam.

 

A ma naissance en 1952 j’appartenais à une famille où 4 générations coexistaient. J’avais encore mes deux parents, deux grands-parents sur quatre,  et deux arrière-grands-parents sur huit. Jusqu’à la mort de ma grand-mère en 2006 appartenais à une famille avec quatre générations vivantes en ligne directe. Maintenant à 65 ans j’appartiens toujours à une famille de 4 générations coexistantes. Ma mère a 87 ans bientôt et 9 enfants survivants sur 10 , 29 petits-enfants survivants sur 30 et 16 arrière-petits-enfants sur 16 survivants. Si on ajoute à cela les enfants des conjoints lors d’une union précédente ou subséquente, les enfants adoptés, les épouses et enfants des enfants adoptés… Si on ajoute à cela les 10 gendres et les 11 brus, les 10 conjoints ou compagnons des petits-enfants et les petits-copains ou petites-copines on en arrive à une famille de plus de 100 personnes.

Si on y ajoute les cousins, les tantes, les oncles, les enfants des cousins, alors là on atteint des niveaux extraordinaires. J’aime imaginer une cousinade géante en Guadeloupe où se rejoindraient l’espace d’un week-end tous les membres de cette famille qui le souhaiteraient. C’est illusoire car je ne vois pas toute ma famille se rendre aux Antilles rien que pour célébrer la famille. Mais on peut raisonnablement penser réunir une centaine de Baltimore par exemple sur la Guadeloupe pour une réunion de famille en Guadeloupe. C’est l’un des projets auxquels je vais m’atteler lors de mon séjour en Guadeloupe  d »octobre 2018 à avril 2019 !

Mon but : réunir un maximum des 4 ou 5 générations de  descendants de Magdeleine Baltimore survivants. Elle aurait eu bien plus que les 985 descendants déjà répertoriés auxquels je pense ajouter une bonne centaine lors de mes recherches en Guadeloupe dans les archives municipales, les archives départementales à Gourbeyre

C’est simple: Magdeleine Baltimore, mon SOSA 41, a en tout et pour tout à sa mort le 10 novembre 1855 à l’âge de soixante-douze ans: 1 fils, 5 petits-enfants, point barre. C’est dire si ces petits-enfants-là et les deux ou trois qui suivront vont peupler !

Le jeu des sept familles est un jeu auquel j’aimais bien jouer autrefois. Le jeu des sept familles traditionnel comporte 7 familles avec six personnes par famille soit au total 42 cartes.

«Dans la famille Bokay, je demande… le Père». Si le joueur que vous interpelez possède cette carte, il doit vous la céder. Sinon, il vous dit «pioche!» Le vainqueur est le joueur qui a réussi à constituer le plus de familles complètes.

Le Jeu des Sept Familles Antillaises des editions Exbrayat est distribué entre autres par Vaniluna.  En fait il y a deux jeux proposés à la vente :

  • Le Jeu des Sept Familles Bokay avec la famille Zorey, la famille Béké, la famille Rasta, la famille Zendien, la Famille Milat, la famille Lapèch et la famille Bokay 

     

     

  • Le Jeu des Sept Familles Mapiti avec la famille Baskèt, la famille Lansé, la famille Chouval, la famille Soté, la famille Woulo, la famille Siklis et la famille Lapétank 

     

    Les illustrations sont des caricatures de Pancho.

La famille dans tous les jeux de sept familles c’est la cellule traditionnelle où coexistent 3 générations : le  père, la mère, le fils, la fille, le grand-père, la grand-mère. 6 personnes. Pas de place ici pour les familles recomposées, les deuxièmes lits, les troisièmes lits, les quatrièmes lits, les enfants adoptés, les enfants de coeur, les anba fèy. C’est autrement plus facile à réunir les six d’une famille. Mais vous l’avez compris, ce n’est qu’un jeu, ce n’est qu’une caricature. Et en généalogie la réalité dépasse toujours la fiction ! It’s a Family Affair comme disaient Sly and the Family Stone

One child grows up to be

Somebody that just loves to learn

And another child grows up to be

Somebody you’d just love to burn.

Mom loves the both of them

You see it’s in the blood

Both kids are good to mom

Blood is thicker than the mud

It’s a Family Affair.

Newlywed a year ago

But you’re still checking each other out

Nobody wants to blow

Nobody wants to be left out

You can’t leave, cause your heart is their

But you can’t stay ’cause you been somewhere else

You can’t cry ’cause you’re all broke down

But you’re crying anyway ’cause you’re all broke down  »

It’s A Family Affair

 

Né(e) de père et mère inconnus : le Triangle des Bermudes de la généalogie caribéenne

Le Triangle des Bermudes est un espace mythique dans les Caraïbes où, pour des raisons que l’on ignore, des bateaux ou des avions ont disparu au cours des deux derniers siècles. Beaucoup de livres ont été écrits à ce sujet. Et on a évoqué l’intervention même du diable et des extra-terrestres.

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Tout cela a commencé en 1800 quand un bateau, la goëlette américaine  USS Pickering lancée en 1798, partait de Boston, Massachussets le 10 juin 1800 sous le commandement de Benjamin Hiller pour rejoindre le reste de l’escadre anglaise qui se trouvait à la Guadeloupe sous le commandement du Commodore Thomas Truxtun . La Guadeloupe était au centre de ce que l’on a appelé la quasi-guerre entre la France et les Etats-Unis entre le 7 juillet 1798 et le 30 septembre 1800. Cette guerre fut motivée par le  tort considérable fait par la marine de guerre française et ses corsaires au commerce maritime de l’Union. Les Etats-Unis ayant décidé de se déclarer neutres dans le conflit qui opposait alors la France à l’Angleterre le gouvernement du directoire fit établir des lettres de marque aux corsaires français leur permettant d’arraisonner tous les bateaux dont l’équipage parlait anglais sous le prétexte de vérifier s’ils étaient de nationalité anglaise ou américaine. Cette mesure handicapait lourdement le commerce maritime des Etats-Unis qui ripostèrent par cette Quasi-guerre de 2 ans.

Le USS Pickering, bateau de 23 mètres, fut vu pour la dernière fois à Newcastle au Delaware. Il aurait disparu corps et biens des radars en septembre 1800 avec ses 105 passagers, officiers et membres d’équipage. Un cyclone ou une avarie est la raison la plus plausible de cette disparition.

Le Triangle des Bermudes (Bermuda Triangle) ou Triangle du Diable (Devil’s Triangle) est comme son nom l’indique un triangle dont l’un des sommets se trouve au Bermuda l’autre vers Puerto Rico et la troisième vers la Floride aux Etats-Unis.

Le Triangle des Bermudes de la généalogie caribéenne est lui aussi mythique. Quasiment toute généalogie caribéenne se retrouve à un moment au bout de 6 ou 7 générations et souvent bien avant avec la mention : fils naturel, ou fille naturelle né(e) de parents inconnus. Cette mention résume l’abîme qui se dresse devant le généalogiste.

Lors de l’esclavage les registres ne notaient que le nom de la mère et il arrivait m^me que ce nom soit omis. Cela ne signifie pas que le père était inconnu mais soit ce dernier était l’esclavagiste lui-même ou son fils ou l’un de ses contremaîtres et alors celui-ci ne souhaitait pas compromettre son nom et sa fortune en reconnaissant la paternité servile soit ce dernier était de condition servile, mais alors il était considéré tout comme sa partenaire et son enfant comme étant un bien meuble, et donc il n’avait pas droit à la parole.

C’est par l’affranchissement, la reconnaissance et le mariage qui légitimait ces enfants naturels que les enfants prenaient une existence citoyenne.

Né(e) de père et mère inconnus ne signifie pas que l’enfant soit né(e) ex nihilo dans un espace intersidéral. Jusqu’à preuve du contraire, à cette époque-là tout du moins, pour faire un enfant il fallait un homme et une femme. Dans l’espace clos de la plantation et des cases-nègres il y avait certes des non-dits ou des silences mais nul ne me fera croire que la mère ne savait pas qui était le père de son enfant. Donc les mères savaient dans la plupart des cas (j’exclus tout de même les viols collectifs). Et à moins qu’elles ne meurent dans leurs couches elles pouvaient transmettre l’information soit avant, soit après la naissance de l’enfant à une confidente, à leurs frères et soeurs, à leur grand-mère, etc. L’homme des oeuvres duquel l’enfant avait été conçu était lui aussi au courant.

Certains captifs issus de traites négrières  et provenant d’Afrique étaient notés comme de père et mère inconnus. Cela ne veut pas dire que ces captifs ne connaissaient ni leur père ni leur mère.

Si je prends l’exemple de ma famille je vois ainsi que sans remonter à l’esclavage mon père n’a jamais été reconnu par son père. Ma mère n’a été reconnue par son propre père qu’à l’âge de 16 ans. Nous sommes 9 frères et soeurs survivants dont 8 qui ont eu des enfants pour un total de 29 naissances, eh bien le total des enfants naturels s’élève à 10 enfants. De ces 10 enfants non reconnus pour une raison ou pour une autre je connais les pères de tous à l’exception de l’un d’entre eux. La mère de ce dernier, l’une de mes soeurs donc,  ne m’a pas donné l’information mais m’a assuré que ses soeurs (certaines) et sa mère étaient informées. Elle en a informé son fils à l’âge de 18 ans, crois-je me souvenir. Mais c’est un secret de famille. Avec le temps dans une, deux ou trois générations on mettra encore devant le prénom de cet enfant désormais trentenaire « né de père inconnu ». Tout cela aux temps de la DNA. Né de père inconnu signifiera alors né de père inconnu aux déclarants.

On le voit de manière criante dans les actes de décès au dix-neuvième siècle, où il n’y avait pas d’informatisation, pour les personnes les plus âgées et particulièrement celles qui n’habitent plus dans la localité où elles ont vécu leur jeunesse. On voit fille naturelle de parents inconnus parfois alors que  dans une autre commune cette personne a père et mère dûment identifiés. Il suffit parfois d’une mauvaise orthographe. Ou de l’utilisation ‘un surnom au lieu du véritable patronyme. Ou même du véritable prénom.

Il ne s’agit pas ici de faire une morale de bas étage. J’ai moi même reconnu en France 2 enfants que j’avais eus au Brésil avec près de 10 ans d’écart. Je les avais reconnus au Brésil à leur naissance mais pas en France. Donc je ne jette la pierre à personne. J’ai remarqué à force de fouiller ans les histoires généalogiques que beaucoup de parents reconnaissaient leurs enfants quand ces derniers songeaient à se marier. Et que souvent même les mères ne reconnaissaient pas leur  enfant à la naissance, attendant que celui qui les avait engrossées fasse le premier geste. Certaines patientaient jusqu’à 18 ans et plus. Ainsi le père de mon père originaire de Marie-Galante n’a été reconnu par son père qu’à  l’âge de 17 ans. C’est alors que sa mère l’a reconnu peu après.

Le père de ma mère n’a été reconnu par son père qu’à l’âge de 4 ans, le jour de son baptême. Oui car il était possible de faire déclarer son enfant par un voisin, un ami, un frère, un père, une mère, une sage-femme, enfin par n’importe qui presque, dans la mesure où on pouvait fournir deux témoins. On attendait aussi parfois deux mois ou plus pour déclarer l’enfant peut-être pour bien vérifier qu’il était viable car le taux de mortalité infantile était particulièrement élevé. L’enfant avait donc un prénom parfois même deux ou trois mais pas de patronyme;

J’ai même trouvé un cas où un père ne savait pas qui était la mère de son enfant. Là c’est le comble. Un enfant sans mère.

A l’abolition de 1848 et dans les années qui suivirent immédiatement après il y a eu pléthore de mariages, de reconnaissances, preuve que les liens existaient bel et bien à l’intérieur des mêmes plantations ou entre plantations avoisinantes. Mais même avant cela au gré des affranchissements mariages et reconnaissances avaient lieu. Mais la plupart du temps les femmes reconnaissantes étaient seules à le faire. Soit parce que le géniteur était décédé, soit parce que celui-ci était un esclavagiste.. Reconnaître son enfant pour une femme qui était devenue libre et patentée c’était comme le sauver de la servitude. C’était lui donner un statut de citoyen !

Prenons ma généalogie là encore en exemple. :

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L’état-civil officiel des Baltimore en Guadeloupe commence le 1 septembre 1848 quand Désirée âgée de 67 ans se présente  en provenance de l’habitation Mineurs Bertrand de Bouillante avec ses deux filles : Delphine âgée de 42 ans et Jeannille âgée de 30 ans qu’elle reconnait. Delphine reconnaît un fils, Ambroise âgé de 15 ans et Jeannille reconnaît deux fils : Saint-Prix âgé de 9 ans et Etienne âgé de 7 ans. Tous porteront désormais le patronyme Bandini qui leur est donné par l’officier de l’état-civil, en l’occurrence Abraham Victorin Lesueur. Le même 1 septembre immédiatement après Monrose surnommé Petit Frère se présente. Il a 35 ans et vit sur l’habitation D. Bertrand. Le patronyme Baltimore lui est attribué

Les registres des nouveaux libres sont alors constitués ainsi au soir du 1 septembre 207 (Désirée Bandini), 208 (Delphine Bandini), 209 (Jeannille Bandini), 210 (Ambroise Bandini) , 211  (Saint-Prix Bandini) , 212 (Etienne Bandini), 213 (Monrose surnommé Petit Frère Baltimore).

Le 20 septembre 1848 Magdeleine âgée de 65 ans provenant de l’habitation E. Lafages reconnait son fils Monrose Baltimore et prend aussi le nom patronymique de Baltimore (796)

Le 10 octobre 1848 Jean âgé de 54 ans et qui réside sur l’habitation veuve Noël Sabine prend le nom de Paley (1355)

Le 15 mars 1850 Jean Paley reconnaît sa fille Jeannille Bandini

Voila la boucle est bouclée. Le cercle familial en 1850 se compose de 10 personnes réparties à l’origine sur quatre habitations (Mineurs Bertrand, D. Bertrand, Veuve Noel Sabine, E. Lafages

Le 9 avril 1850 par leur mariage (acte 10) Monrose Baltimore et Jeannille Bandini-Paley légitiment leurs 2 enfants Saint-Prix et Etienne Baltimore. Le maire Pierre Eucher Pâris Desjordon  déclare Monrose surnommé Petit-Frère, fils naturel de père décédé et de la citoyenne Magdeleine Baltimore.

Fils naturel de père décédé ne veut pas dire de père inconnu. La coutume dans la rédaction des cates de décès on le verra ensuite est de donner la date de décès du père décédé et bien évidemment son âge, son nom, sa profession. Non seulement Magdeleine connaît le père mais je n’ose imaginer qu’elle aussi ne l’a pas révélé à son fils âgé alors de 35 ans en 1848, donc né vers 1813 en pleine occupation anglaise puis suédoise pendant encore un an, puis à nouveau en 1816. Ce qui est sûr c’est que la mémoire familiale a perdu de vue le nom de ce père décédé. Ce qui est certain c’est qu’il est fort probable que Magdeleine ait eu d’autres enfants, es grands frères ou des granes soeurs qui à un moment l’aurait baptisé Petit-Frère. C’est presque de l’archéologie familiale ! Une généalogie hiéroglyphique !

Attention: ne pas reconnaître son fils ne signifie pas l’abandonner. Il arrive bien évidemment plus qu’à son tour que cela soit le cas mais bien souvent la reconnaissance est une formalité administrative que beaucoup de pères ne font pas soit parce qu’ils ne veulent pas au vu et à la face de la terre assumer  leur paternité et les responsabilités qu’elle impose, soit parce qu’ils sont mariés, soit parce qu’un conflit les oppose à une femme pour une raison ou pour une autre et que la reconnaissance est un moyen de montrer leur pouvoir mâle. Il en va de la reconnaissance des enfants comme du mariage. Certains s’en font une spécialité, d’autres non ! Certains se marient à l’article de la mort et reconnaissent leurs enfants de 45 ans.

Quelque soit la branche de la cosmogonie familiale que je prends il faut passer par ce processus de reconnaissances tardives. Les HUBBEL, les CELESTINE, les ANIN, les VIN, les FRONTON, les VALERIUS, les VADIMON, les BARDUS, les ELISA, les SYPHAX-COLDY, etc ! est-ce une fatalité ! On appelait autrefois un enfant dont le père n’était pas connu un bâtard. Mon père a souffert de ce mot qui lui a été jeté à la figure un jour par une de ses demi-soeurs plus jeunes que lui…

Chacun vit sa bâtardise à sa façon. Etre adultérin ou illégitime c’est d’abord être né naturel. Le bâtard autrefois n’avait pas droit à l’héritage. Mais dans toutes les civilisations, dans toutes les classe sociales  il y a eu des bâtards, des enfants naturels, du premier, deuxième, troisième lit. Cela permet de relativiser. De la même façon aujourd’hui ne pas faire reconnaître son enfant peut devenir une rente de situation pour certaines personnes leur permettant d’avoir accès aux aides sociales. De la même façon je me jette moi-même la première pierre n’ayant jamais versé de pensions alimentaires aux mères (ou tout du moins versé avec difficulté pour certaines) au titre des 5 enfants que j’ai contribué à mettre au monde et qui à un moment ou l’autre de leur existence ont été sous la garde juridique de leur mère exclusivement.

La facilité est de tout mettre sur le dos de l’esclavage. L’esclavage nous aurait inconsciemment à travers les gènes dé-responsabilisé, nous les pères, dans la mesure où nous faisions partie d’une société matrifocale, où la mère est le poto-mitan de la cellule familiale. C’est la théorie admise et brandie comme une Bible pour justifier l’irresponsabilité de tous et de toutes. En 65 ans mon âge le nombre des naissances par habitant a dû diminuer de moitié. Mon père en a eu  10 et pourrait en avoir eu plus si ma mère n’était pas partie avorter en Angleterre vers les années 69. La pilule et les moyens contraceptifs permettent d’avoir une sexualité qui ne débouche pas sur une natalité non voulue. Et pourtant. Certains encore peuplent et multiplient. Ma mère a actuellement 29 petits-enfants et si mes comptes sont bons 14 arrière-petits-enfants. En 1986 quand elle avait 65 ans elle avait 11 petits-enfants. Moi je n’en ai aucun au même âge. Cela ne veut rien dire en soi puisque j’ai deux frères et soeurs qui en ont cinq chacun  et deux qui ont deux chacun. Et ils sont bien plus jeunes que moi. La preuve qu’il faut se garder de généralisations hâtives ! Mais force est de constater que nul d’entre nous n’a eu 10 enfants.

Comme tout Triangle des Bermudes tout Triangle des Parents Inconnus peut être cause de naufrage généalogique et on a vite fait de trouver une explication satisfaisante pour noyer le poisson. Moi je souhaite que ce soit non pas le déni qui vienne à la rescousse mais le désir de savoir, de plonger, de nager, de barboter dans les vagues du passé. Ce n’est pas parce que nous ne connaissons pas la piste qui mène à la vérité qu’elle n’existe pas. Elle peut être fort simple, fort compliquée, archaïque, irrationnelle. Mais en remuant les archives, les souvenirs, les testaments, les donations, les photos et même les rêves on peut je le crois retracer le fil tenu qui cimente les générations entre elles. C’est un fil souvent invisible, encore plus tenu que celui que tisse l’araignée, qui nous maintient suspendu au-dessus des abysses insondables que sont  ceux de notre origine première.

I will, no matter what, I will be me

 

 

Vous ne me croirez pa et je ne me crois pas moi-même. J’ai regardé le mariage princier. Meghan and Harry, Harry and Meghan. La métisse et le roux, le roux et la métisse ! Une petite parenthèse avant que je ne poursuive :

Quelque chose m’intrigue quand on parle de Meghan on dit qu’elle est métisse. Quand on parle d’Obama on dit qu’il est noir. Pourtant tous les deux sont métis : père noir et mère blanche pour Barack, père blanc et mère noire pour Meghan. Je ne trancherai pas car nul ne peut trancher ce noeud gordien. Je note simplement qu’elle même se taxe de « caméléon ethnique« . Aux Etats-Unis métis ne se dit plus. On se dit comme Meghan mixed race, ou biracial et dans son cas propre de « Caucasian and Afro-American »

Mais fermons cette parenthèse. Comment expliquer cet engouement mien ! D’abord je suis de formation angliciste, cela peut se comprendre. Mais passer presque 3 heures à regarder ce défilé de stars et de princes, de queues de pie et de cravates, moi même je m’en suis étonné. Regarder Leurs Altesses Royales le  Duc et la Duchesse de Sussex défiler sur leur Ascot Landau à chevaux, surprenant, venant de moi ! J’avais en 1981 regardé le mariage de Diana and Charles, et il y a 6 ans celui de William and Kate. J’avais alors pour Diana l’excuse de travailler pour Pergamon Press France, une entreprise anglaise. Pour William et Kate j’avais mis cela sur le compte du désoeuvrement. Mais cette fois-ci ce mariage avait une saveur particulière. Une métisse, une sang-mêlé entrait dans la famille royale britannique. Une descendante d’esclaves très probablement comme moi même. En plus le prince s’appelait Harry. Et c’est ainsi que l’on m’appelait quand j’étais petit. Tout s’explique, non ?!

Et comble e tout cela, j’ai même versé une petite larme en voyant la mère de Meghan, Doria Loyce Ragland seule dans cette chapelle Saint-Georges, en robe de soie cady écarlate de Stella Mc Cartney avec ses cheveux tressés. Pas un frère, pas une soeur, pas un neveu, pas un cousin, pas un oncle, pas une tante. Certes  ses parents sont décédés. Mais tout de même, pas un homme de la famille pour mener sa fille à l’hôtel ! Cette assistante sociale américaine et en même temps prof de yoga et ex-maquilleuse m’a touché. Alors que le prince Harry était accompagné de tous ses proches, (y compris son ex-flamme Cressida Bonas) pour ce moment solennel, Meghan, née le 4 août 1981, n’avait que sa mère. Son père, le photographe Thomas Wayne Markle était resté cloué aux Etats-Unis suite à une opération cardiaque, nous dit-on. Le prince Charles a accompagné sa belle-fille à l’hôtel. Très bien. Mais je me pose la question : il n’y avait personne dans la galaxie recomposée du père ou de la mère de Meghan pour tenir ce rôle ? Même un ami de longue date ? Personne de la black excellence pour tenir ce rôle!? Pas même un collègue de la série Suits qui l’a rendue célèbre sous le nom de Rachel Zane ? Tenez pourquoi pas  Patrick J. Adams qui y joue le rôle de Mike,  avec qui elle forme un couple hot ? Très bien on comprend que ce rôle ne peut être dévolu à son beau-frère, Thomas Jr, fils d’un précédent mariage  de son père avec Roslyn Lovegood avec qui elle n’est pas dans les meilleurs rapports.  Certes je comprends encore que ne soit pas convié l’ex mari de Meghan, Trevor Engelson et ce serait beaucoup d’outrecuidance que de lui demander de jouer ce rôle. Mais tout de même ! Elle aurait pu encore faire jouer ce rôle à son dernier boyfriend, le chef Cory Vitiello. Voire par un ami tel que Markus Anderson. Par un neveu, un cousin, que sais-je?!

Pour la demoiselle d’honneur, là aussi personne. Alors que Harry le Roux entrait dans l’église flanqué de son frère comme best man, témoin, la future duchesse gravit  seule les marches et la chapelle. Rachel Meghan aurait bien pu appeler une de ses « Suits sisters », Sarah Rafferty ou Gina Torres (Donna et Jessica dans la série). Oui elle aurait pu mais ne l’a pas fait.

Certes, pour compenser ces absences flagrantes de la famille américaine il y avait du beau monde pour représenter chacun à sa façon l’Afro-Amérique  : Oprah Winfrey, l’animatrice, Serena Williams, la tenniswoman, Michael Bruce Curry, le prédicateur de l’église épiscopalienne américaine qui délivra son homélie sur l’amour et le feu et qui évoqua Martin Luther King et l’esclavage dans son long sermon, Gina Torres, actrice comme elle sur Suits.

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Il y avait l’Afro-Royaume-Uni avec Karen Gibson et le Kingdom Choir  pour chanter Stand by me de Ben E King ! Il y avait ce jeune violoncelliste Sheku Kanneh-Mason qui jouait en solo du Gabriel Fauré (Après un Rêve), du Franz Schubert (Ave Maria) et du Maria Theresia von Paradis (Sicilienne). A la fin j’ai entendu Amen chanté en gospel. James Bond, sujet de Sa Gracieuse Majesté était même là. Eh oui un James Bond noir, le premier de l’histoire, en chair et en os, j’ai nommé l’acteur Idriss Elba. Accompagné comme il se doit par sa James Bond’s girl, Sabrina Dhowre.

Le prince Bereng Seeiso du Lesotho, cofondateur de Sentebale, l’ONG d’Harry au Lesotho et au Botswana, avait été convié pour représenter l’Afro-Commonwealth!

Nous étions à Windsor, à deux pas d’Ascott et de Eton et le soleil s’était mis à l’unisson dans la triste Albion post-Brexit pour égayer de ses rayons la cérémonie. Le soleil s’était lui aussi revêtu de Givenchy Haute Couture. Certes le soleil de Californie, le soleil qui brille à Crenshaw, Los Angeles est le même ! Mais la reine du haut de ses 92 ans brillait encore plus fort que l’astre fondamental quand l’assemblée de fidèles qui comptait dans sa galaxie, outre les vedettes du sport et de l’écran, toute l’upper class britannique lui chanta God Save the Queen !

Les deux tourtereaux se sont rencontrés il y a à peine deux ans. Le mariage a été rapide. L’avenir dira si l’amour entre l’altesse et la roturière californienne tiendra. I make this vow !

Moi ce qui m’intéresse c’est la mère de l’élue. Elle est née le 15 septembre 1956. Elle ressemble comme deux gouttes d’eau à l’épouse de mon feu cousin Samuel.  C’est sa solitude, ses cheveux tressés sous son chapeau qui m’ont touché. Je l’ai sentie forte et fragile en même temps. Rarement un sourire. Comme gênée d’être là ! Out of place ! Même pendant l’homélie du bishop américain qui aurait pu la faire sourire. La plupart du temps les yeux baissés, humble. Comme plongée dans ses pensées. Meghan souriait elle, tout le temps. Et sa meilleur amie, sa mère, à la limite des larmes. Je regardais le visage de Charles, impassible. Maquilleuse, assistante sociale, prof de yoga et désormais mère de duchesse anglaise. Quel destin pour une petite afro-américaine californienne que rien probablement ne prédestinait à tant !! Elle a dû avoir une pensée pour Jeremiah et Claudia, Steven et Lois Louise, Alvin et Jeannette, ses ancêtres, nés entre Géorgie et Tennessee !

Peut-être venaient-ils du Lesotho comme le prince Seeiso ? Peut être auraient-ils aimé danser un peu ?

Peut-être qu’elle mieux que sa fille pourra appréhender la dimension historique et multiculturelle de l’évènement que consacre cette idylle.

Son histoire pourrait générer un film comme l’histoire de milliers de descendants d’esclaves. Gageons qu’Hollywood ne se fera pas prier pour trouver un scénario haletant qui nous fera frémir de rage et de ravissement. Et le titre serait non pas I will qui célèbre le oui de l’acceptation nuptiale de l’autre. Mais « No mattter what, I will be me », quoi qu’il en soit je serai moi.

On évoquera alors les champs de coton de Géorgie, Jonesboro dans le comté de Clayton,  la Géorgie rurale, puis le départ pour Chattanooga, Tennessee, la ville pour terminer en Californie à Los Angeles, l’abolition de l’esclavage en 1865, les lois Jim Crow, le Klu Klux Klan, Martin Luther King, les civil rights, etc.

 

 

Baltimore, Irlande et ses barbaresques

Après ma visite à Baltimore en Irlande le 7 septembre 2013 où j’ai appris que des barbaresques ont saccagé le port de Baltimore en 1631 et ont réduit en esclavage entre 108 et 200 Irlandais (selon les sources) j’ai dû modifier mes recherches sur la généalogie de Baltimore de la Guadeloupe. Je savais de par ma formation d’angliciste qu’il y avait eu des « indentured servants », des engagés qui volontaires qui s’étaient installés dans les Antilles et dans la Nouvelle Angleterre (les futurs Etats-Unis) mais j’ignorais qu’il y avait eu des esclaves irlandais dans les colonies antillaises anglaises. Je savais qu’il y avait eu une traite arabo-musulmane mais je pensais que la sphère d’activité était concentrée sur l’Afrique. J’ignorais que les Barbaresques (morisques descendants des maures qui avaient occupé l’Espagne pendant plus de 7 siècles jusqu’à la chute de Grenade en 1492 et qui s’étaient convertis au catholicisme) étaient eux aussi des pirates qui dominaient l’Atlantique Nord et faisaient des razzias sur l’Angleterre, l’Islande, Terre-Neuve et l’Irlande à la recherche non pas seulement de poissons séchés et de peaux de bêtes mais aussi de marchandise humaine, les esclaves. Et même quand j’ai su qu’ils avaient pris des captifs irlandais je me suis imaginé qu’ils ne pouvaient les revendre que sur les marchés méditerranéens. Mais en faisant des recherches je m’aperçois que les Morisques en question faisaient partie de la République de Salé, dite aussi république de Bou Grere, sur la rive droite de Rabat, au Maroc d’aujourd’hui. Ces Morisques qui étaient demeurés en Espagne dans l’Estrémadure dans la ville de Hornachos, malgré les persécutions de l’Inquisition espagnole, ont dû partir entre 1619 et 1620 suite au décret de bannissement de Philippe III qui expulse près de 500000 Morisques d’Espagne. Les Hornacheiros qui avaient déjà une organisation propre en Espagne se retrouvent aux cotés des Andalous, les autres Morisques d’autres origines, au Maroc, mais aussi en Tunisie, en Algérie, etc.
C’est à partir de la République de Salé, que les pirates de tout bord, renégats européens, captifs ayant pris la religion musulmane, et autres s’unissent pour pratiquer la course contre l’Espagne d’abord (qui les a expulsés) puis contre l’Angleterre et le Portugal et ensuite contre tout le monde.
Au même moment en Angleterre une politique de bannissement de prisonniers irlandais par la couronne anglaise a lieu. On assiste alors à des colonies de peuplement au Guyana (1612) mais aussi par la suite à la Barbade, à Antigua (1625) , à Nevis, à St Kitts, à Saint Barthélémy tandis que l’Irlande est colonisée par les Anglais systématiquement sous Elisabeth 1, James 2, et Charles 1 puis par Cromwell. L’Irlande est décimée. Travailleurs engagés sur contrat ou esclaves blancs ? Les mots importent. Ce qui est sûr c’est que des milliers d’hommes et de femmes irlandais ont été vendus à des propriétaires de plantation comme « indentured servants » avec un contrat de 7 ans au bout desquels ils pourraient s’établir à leur compte. On ne peut donc ignorer le sac de Baltimore en 1631 où est fort possible une collusion d’intérêts entre l’Angleterre et les pirates Barbaresques.
Quand je suis arrivé Baltimore on m’a dit que je pouvais ẽtre un descendant de ces « esclaves irlandais ». Cela m’a fait sourire quoi que je me sois toujours interrogé sur le prénom du fils de Magdeleine Baltimore, Monrose, dit Petit Frère. kkkk
Il y a de nombreux Baltimore à Antigua que j’ai pu identifier depuis quelques années. Je sais que Magdeleine Baltimore, notre ancêtre à tous les Baltimor et Baltimore de la Guadeloupe est née aux environs de 1782 à Bouillante, cela ne fait aucun doute. Elle est décédée le 10 novembre 1855 à Saint-Claude sur l’habitation Ducharmoy. Ce que j’ignore c’est si son fils Monrose dit Petit Frère, propriétaire cultivateur, né à Bouillante en 1812-1813 et décédé à Bouillante le 25 juillet 1860 (acte de décès 17), quartier Village, hameau Thomas à l’âge de 47 ans, est le fruit d’une liaison avec un Baltimore et de quelle origine était ce Baltimore. La réponse est sans doute à chercher du côté des îles anglaises, Barbade ou Antigua ou Montserrat. Sur l’acte de décès de Monrose on peut lire ‘fils naturel reconnu de demoiselle Magdeleine Baltimore. ‘
Sur son acte de mariage (acte de mariage nº 10 du 9 avril 1850) avec Jeannille Bandini il est écrit « cultivateur, fils naturel de père décédé et de citoyenne Magdeleine Baltimore, cultivatrice, habitant à Bouillante. » Leurs deux enfants sont légitimés par le mariage : Saint-Prix Bandini (registre des nouveaux libres de Bouillante Nº 211) âgé de 11 ans et Etienne Bandini (registre des nouveaux libres de Bouillante Nº 212) âgé de 9 ans
Je garde aussi la possible filière barbaresque (moresque) et je recherche aussi désormais les incursions des Barbaresques aux Antilles.
Par ailleurs le boudin antillais a le goût et ressemble comme deux gouttes de rhum au black pudding irlandais. A méditer. L’enquête suit son cours. Si quelqu’un d’entre vous peut compléter les recherches à la mairie de Bouillante ou aux archives de la Guadeloupe sur ce Monrose et son père, je suis preneur d’informations.
 En savoir plus : lire le très bon ouvrage de Leila Maziane  aux Presses Universitaires de Caen : Salé et ses corsaires 1666-1727 – Un port de course  marocain au XVIIe siècle

Roger Coindreau (1948) Les corsaires de Salé

40 acres and a mule ou 469 francs or : circulez, il n’y a rien à se souvenir

27 avril 2018, 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en France et dans ses colonies (Guadeloupe, Martinique, Guyane Française, Réunion, Sénégal, Mayotte (française depuis 1843) et on l’oublie souvent, les petites îles malgaches de Nosy-Bé (occupée depuis 1841) et Sainte-Marie, occupée depuis 1818). La presse surfe sur les gros titres. Le president Macron reçoit toute une foule e jeunes bigarrés devant le Panthéon puis se rend à l’intérieur de celui-ci pour se pencher au-dessus des tombes des hommes illustres.

https://www.pscp.tv/EmmanuelMacron/1rmxPmQknqYKN?t=35s

La nation française se dédouane du crime immonde commis  pendant trois siècles à bon compte. Le président se prépare pour se rendre en Nouvelle Calédonie soi-disant pour préparer l’indépendance de ce territoire. Les flashes crépitent. Les bons sentiments affluent. Nous allons créer une Fondation à Paris pour honorer les victimes de l’esclavage dit Jean-Marc Ayrault, ex premier ministre socialiste, étonnamment en Marche soudainement. Il y en a un à Nantes, il y en a un en Guadeloupe le Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre ouvert en 2015 , qui va rester la référence nationale, et un à Nantes. Et tout le monde d’applaudir, de s’extasier ! Le musée qui était réclamé à Paris dans le cadre du Musée e la Marine où a été signé le décret d’abolition en 1848 est mis aux oubliettes. Minorités visibles certes mais en même temps pas trop, semble dire le président

« La Fondation aidera également à replacer l’esclavage dans le temps long de l’Histoire de la France, du premier empire colonial français à nos jours, car il est impossible de parler de la France d’aujourd’hui sans parler de son passé colonial, sans dire en particulier le rapport singulier qu’elle entretient avec le continent africain, cette relation complexe et profonde qui est devenue une part inaliénable de nos identités respectives »

 

Et personne, surtout pas parmi les journalistes pour se poser la question de la réparation. Pourtant ce même décret d’abolition du 27 avril 1848, on ne  le dira jamais assez, institue dans son article 5 l’indemnisation des esclavagistes. Et aucun dédommagement pour les 250000 esclaves (non compris les vieillards et les enfants de moins de 5 ans). Le 30 avril 1849 une loi est adoptée par l’Assemblée Nationale qui accorde une indemnisation aux colons. Un esclave vaut ainsi 700 francs or à la Réunion et 469 francs or à la Guadeloupe. L’état français va débloquer la somme de près de 124 millions de francs or de l’époque, soit environ  5 millliards d’Euros actuels, la moitié payable immédiatement et le reste sur 20 ans par rente annuelle.

La réparation du préjudice causé, une sorte de compensation de l’esclavage, équivalente à celle qui a été accordée en 1848 aux propriétaires d’esclaves par l’Etat français et qui avait même été évoquée à l’Assemblée nationale puis rejetée, voilà ce que réclame désormais les personnes de descendance africaine. En 1848 on compte alors 87087 esclaves en Guadeloupe, 74447 en Martinique, 60651 à la Réunion, 12525 en Guyane, 9800 à Saint Louis du Sénégal, 3300 à Madagascar. Je suis le descendant d’un éventail   constitué par une ribambelle des 87087 esclaves de Guadeloupe, une autre ribambelle des 74447 esclaves de la Martinique et de je ne sais quoi encore.

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La Commission de Reparations du CARICOM lutte depuis juillet 2013 pour définir un chemin pour la réconciliation, la vérité et la justice pour les esclaves et leurs descendants d’esclaves. Un slogan : « never forget », c’est à dire « n’oubliez jamais ».

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Le CARICOM est une tentative de fédérer 40 millions d’habitants qui composent l’espace caribéen. En font partie comme membres pleins 15 états ou territoires :  Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haiti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts and Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent & Grenadines , Surinam, Trinidad et Tobago, et comme membres associés 5 états: Anguille, Bermude, Iles Cayman, Iles Vierges Britanniques, Turks and Caicos. A noter Curacao et Aruba (anciennes possessions hollandaises) et Guadeloupe, Guyane  et Martinique ont demandé à faire partie du CARICOM. Leur demande est en cours de négociations. Les Iles vierges US, Puerto Rico, Cuba ne font pas partie du CARICOM.

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Le 1er janvier 1863, en pleine Guerre  Civile Américaine, la Guerre de Sécession qui sévit depuis 1861 entre tenants et adversaires de l’esclavage et de son extension, les esclaves sont  déclarés libres : le président Abraham Lincoln (1809-1865) proclame l’émancipation dès le 22 septembre 1862. Cette émancipation n’est valable que dans les Etats sudistes. Cela permet de recruter des soldats afro-américains pour contribuer à l’effort de guerre des Nordistes contre les Sudistes (200000 hommes noirs serviront ainsi la cause nordiste).

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Les 40 acres (16 hectares) et une mule pour tirer la charrue n’ont jamais été qu’un rêve pour les 40000 Afro-américains qui ont pu bénéficier entre février 1865 et septembre 1865 de « Sherman land » (du nom de l’ordre n° 15 du 16 février 1865 du général William T Sherman signé par le président Lincoln), 400000 acres le long des côtes de la Caroline du Sud, de la  Georgie et de la Floride qui appartenait à des propriétaires confédérés.

« a strip of coastline stretching from Charleston, South Carolina, to the St. John’s River in Florida, including Georgia’s Sea Islands and the mainland thirty miles in from the coast, »

 

Il y avait 3,9 millions d’esclaves et seuls 10 pour cent ont pu recevoir un lopin de terre sous Lincoln, terrain qui leur a été repris 2 ans plus tard par décision du président Andrew Johnson, vice démocrate de Lincoln le républicain à son deuxième mandat en 1864, qui prend le pouvoir à la mort de Lincoln le 15 avril 1865 victime d’un assassinat.

Ces 40 acres et une mule sont une promesse qui n’a donc pas été tenue pendant la Reconstruction américaine après la Guerre de Sécession.

Par ailleurs Haiti a été obligé dès 1825 de payer pour sa propre liberté un dédommagement  de 150 millions de francs or  (soit environ dix fois les revenus annuels du pays) au gouvernement français censé combler le préjudice porté aux propriétaires de terres et d’esclaves,lequel préjudice qui a été ramené plus tard à 90 millions de francs or. Cette dette pour la liberté n’a été finalement payée qu’au milieu du 20ème siècle.

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Beaucoup d’organisations à travers le monde  se sont penchées sur la réparation de la traite négrière et l’indemnisation des descendants d’esclaves. Ils trouvent toujours portes closes, tous les anciens états esclavagistes (France, Espagne, Portugal, Suède, Hollande, Allemagne, Danemark, Etats-Unis) reconnaissant à la limite avoir une dette morale mais aucun ne voulant assumer une dette financière. On parle d’investissement, jamais de réparation. On pourrait donc croire ce mouvement illusoire. Mais l’utopie est la dernière chose qui meurt.

Le 21 mai 2001 la loi Taubira est promulguée en France. L’esclavage et la traite négrière française sont déclarées  crimes contre l’humanité. C’est un premier pas, important certes, mais un premier pas seulement  car le volet réparations est singulièrement absent.

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Dès 2001, du 31 août au 7 septembre, les Nations Unies organisent à Durban, en Afrique du Sud la Conférence Mondiale contre le racisme et la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée. La déclaration et le Programme d’ Action de Durban dénoncent l’esclavage, la traite négrière, le colonialisme  et leurs conséquences contemporaines. En 2009 la conférence d’examen de Durban se retrouve à Genève

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La décennie 2015-2024 a été déclarée par l’ONU  décennie internationale des personnes d’ascendance africaine. Les mots-clés constituant le thème de cette décennie  sont reconnaissance, justice et développement. De nombreuses initiatives ont vu le jour.

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Environ 200 millions de personnes se considérant d’ascendance africaine vivent en Amérique. Des millions d’autres vivent dans diverses régions du monde, et ce en dehors du continent africain.
Les individus d’ascendance africaine sont, dans le monde entier, parmi les groupes les plus pauvres et les plus marginalisés de la population, que ce soit comme descendants de victimes de «la traite» transatlantique des africains réduit en esclaves («meubles») ou comme migrants plus récents. D’après les conclusions et les études menées par des organismes nationaux et internationaux, les personnes d’ascendance africaine continuent d’avoir un accès restreint à un enseignement et à des services de santé de qualité ainsi qu’au logement et à la sécurité sociale.
L’on ne fait souvent pas cas de leur situation et l’on n’accorde pas suffisamment de poids ou de respect à l’action qu’elles mènent pour remédier aux conditions dans lesquelles elles vivent. Elles subissent bien souvent une discrimination sur le plan de l’accès à la justice et doivent faire face à des taux alarmants de violence policière, outre le profilage racial.
Leur participation à la vie politique reste d’ailleurs souvent faible, sur le plan du vote électoral ou de l’occupation de postes politiques.
De plus, les personnes d’ascendance africaine peuvent pâtir de formes multiples, aggravées et conjuguées de discrimination fondées sur d’autres motifs connexes, comme l’âge, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine sociale, la fortune, le handicap, la naissance ou toute autre situation.
La promotion et la protection des droits de l’homme des personnes d’ascendance africaine constituent une préoccupation essentielle de l’Organisation des Nations Unies. La Déclaration et le Programme d’action de Durban reconnaissent que les personnes d’ascendance africaine ont été victimes de l’esclavage, de la déportation dite «traite des esclaves», et de la colonisation et continuent d’être victimes de leurs conséquences.
Le processus de Durban a contribué à améliorer la visibilité des personnes d’ascendance africaine et a contribué à un progrès substantiel dans la promotion et la protection de leurs droits résultant d’actions concrètes prises par les États Membres, l’Organisation des Nations Unies,les organismes internationaux et régionaux ainsi que la société civile.
Malheureusement, en dépit de ces progrès, le racisme et la discrimination raciale, tant sous leurs formes directes qu’indirectes, en fait comme en droit, continuent de se traduire par des inégalités et des handicaps.
La Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, proclamée par l’Assemblée générale dans sa résolution 68/237 et observée de 2015 à 2024, fournit un cadre solide permettant aux Nations Unies, aux États Membres, à la société civile et aux acteurs concernés de joindre leurs forces à celles des personnes d’ascendance africaine et de prendre des mesures concrètes pour la mise en œuvre du programme d’activités dans un esprit de reconnaissance, de justice et de développement.

En novembre 2015 le gouvernement français rédige un accord d’indemnisation avec les Etats-Unis comme solde de tout compte contre des actions menées en justice par des survivants juifs ou  leurs descendants pour la déportation  de juifs et autres prisonniers vers les camps de la mort nazis à bord de trains français (60 millions de dollars). On peut légitimement se demander s’il n’y a pas en l’affaire deux poids et deux mesures. Loin de vouloir faire comme on dit une concurrence des mémoires.. Je conçois que 1939-1945 c’est plus proche que 1948 mais tout de même. Mais les cicatrices sont les mêmes ! Qu’elles soient vieilles ou récentes. Comme on dit souvent maintenant pour faire son deuil cela passe par tout un processus. On le voit dans le cas des victimes d’attentats, il ya un processus d’indemnisation et de prise en charge qui est mis en place par le gouvernement. Et alors cet attentat de trois siècles ne mériterait que des Mémoriaux !? Le minimum que pourraient faire ces états, si prompts à faire la morale concernant les crimes contre l’humanité des autres, serait de liquider cette histoire nauséabonde toutes affaires cessantes. Mais non ce ne sont qu’atermoiements, pleurnichements, moralisations, autosatisfaction. On va à confesse et voilà on est pardonné ! Vive le mémorial tant qu’il n’est pas sonnant et trébuchant. Et estimez-vous heureux, passez à autre chose, mon ami, vous êtes libre ! Allez de l’avant ! Circulez, il n’y a rien à se souvenir !

Aux élections présidentielles françaises  de 2017 des questions  ont pourtant été posées aux candidats à l’élection suprême concernant esclavage et compensation par le journal Mediapart

Le MIR Mouvement International pour la Réparation contribue avec d’autres organisations non gouvernementales à une réflexion et à des actions autour des trois R du thème des Nations unies sur la décennie 2015-2024 : Reconnaissance, Réparations, Réconciliation

 

 

15 ans et demi en mai 1968

Au Brésil Zuenir Ventura a écrit en 1989 un ouvrage intitulé 1968 : o ano que nao terminou. L’année qui n’a pas terminé !

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En mai 1968 j’avais 15 ans et demi, 32 dents et 9 frères et soeurs (huit survivants) dont la dernière venait de naître le 15 janvier. J’étais l’aîné, j’habitais La Pierre Plate un cinq pièces au huitième étage dans une cité à Bagneux dans les Hauts de Seine, qu’on appelait encore Seine tout court, la cité des musiciens. Chacun de mes amis ou copains était identifié par une barre d’immeubles. Il y avait ceux de Mozart, ceux de Serge-Prokofiev, ceux de Claude-Debussy, ceux de Manuel de Falla, ceux de Frédéric-Chopin, ceux de Rossini, le B8, dont je faisais partie. Entre Mozart A8 et Rossini B8 c’étaient 192 logements. Moi mon univers se jouait entre Rossini, Mozart et Debussy. Nous nous retrouvions pour jouer au foot derrière Mozart ou derrière Debussy entre garçons. Je n’avais qu’un copain de classe dans le quartier, Yann qui habitait dans le même bâtiment . J’étais au numéro 8, lui au numéro deux ou trois. Nous prenions tous les matins avec Maurice qui habitait lui au rond-point des Martyrs le bus 188 pour aller à l’école. Puis on marchait à pied de Sceaux-les-Blagis jusqu’au lycée Lakanal situé entre Sceaux et Bourg-la-Reine. Le lycée Lakanal était un lycée très huppé puisque 85 pour cent des élèves étaient issus des csp +, des chefs d’entreprise, des professions intellectuelles supérieures, des cadres supérieurs. Moi j’étais le prolétaire de service, la racaille studieuse, l’exception qui confirme la règle. Je me sentais vraiment un privilégié !

Etre balnéolais était presque une tare. Etre de Sceaux-les-Blagis était déjà une honte ! Le lycée offrait un cadre exceptionnel ! Parc, cour, couloirs étaient chargés d’histoire même si les latrines laissaient à désirer. Mais nous étions dans un lycée chargé de traditions. Khâgne, hipokhâgne, classes préparatoires étaient célèbres ! Entouré de professeurs célèbres. J’étais en seconde A.

Etudes classiques latin espagnol anglais ! Un lycée de garçons ! Yann Piquer et Maurice Allouche, mes copains de Bagneux, mais aussi Yves Trancard, Robert Gouin, François Merle, Jean-Marc Boyer, Bernard Breuiller, Jean-Pierre Lenfant, Christian Billon, Romain Gospodnetik, Pascal Meslet. Leclerc, Batista, Dubut dont les prénoms se sont évanouis. Aucune fille ! Les filles étaient regroupées elles au lycée Marie Curie ! J’étais demi-pensionnaire. Je mangeais le midi à la cantine. Comme j’étais boursier puisqu’on était une famille nombreuse je ne crois pas que mes études aient coûté cher à mes parents ! Il y avait aussi des pensionnaires qui étaient en internat qui dormaient carrément à l’école du lundi au samedi et parfois plus. J’enviais surtout les externes qui pouvaient sortir le midi et aller manger chez eux. Ceux-là c’étaient des privilégiés. Certains arrivaient en Solex d’autres étaient déposés en voiture.

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En mai 1968 j’avais 15 ans et demi et j’étais sans doute encore catholique puisque en 1969 encore il me semble que j’étais enfant de choeur et que j’ai participé à la quête de l’église Sainte-Monique pour les aveugles. J’avais même fait ma renonce.

J’adorais lire et je passais la plupart de mon temps à la bibliothèque municipale où j’ai lu toute la collection de contes et légendes du monde entier. Je jouais aussi au foot en cadet au COMB comme demi et à l’AS Lakanal au rugby.

J »étais romantique. A 15 ans et demi je n’avais pas encore embrassé une fille, si ma mémoire est bonne. Sur le chemin de l’école entre les blagis et Lakanal il y avait le lycée professionnel Florian rue de la Marne où je croisais des demoiselles et mon regard croisait assez souvent une petite martiniquaise qui habitait justement aux Blagis chez sa tante. Avec elle qui était Marylin mais pas Monroe j’ai connu mon premier film au cinéma, mes premières étreintes, mes premieres caresses, ma première jouissance . Mais nos jeux étaient malgré la jouissance assez innocents sur les bancs publics, dans les fourrés, au cinéma, contre les murs mais jamais au lit. J’avais alors peut être seize ans, seize ans et demi mais peut être aussi quinze ans et demi. Je confonds les dates. Ce que je sais c’est que quand Johnny a sorti Si j’étais un charpentier, ou Mon fils moi je n’avais pas encore croqué la pomme. J’avais trop peur qu’une partenaire éventuelle tombe enceinte. C’était ma hantise. Devenir père à 16 ans. Je voulais étudier. Je ne savais pas encore ce que je voulais faire exactement mais ce que je savais c’est que je ne voulais pas devenir père à 15 ans et demi. La pilule n’était pas à la mode et je n’avais jamais vu un préservatif ! J’avais une seule certitude c’est que je voulais un métier qui me fasse voyager. Je pensais à steward ou pilote pendant longtemps mais je dus déchanter à cause de ma vue. J’étais myope, je ne pouvais pas être pilote et steward je ne trouvais pas assez glamour. J’écrivais bien, je parlais anglais et espagnol ! Journaliste pourquoi pas !

Mon père avait alors 45 ans et ma mère 37. Ma mère ne travaillait pas depuis que nous étions arrivés en métropole en 1961 et mon père travaillait depuis 8 ans à Paris dans le septième arrondissement rue du Bac dans l’Administration, comme il aimait à le dire après avoir vécu une partie de sa vie engagé dans l’Armée. Il était huissier au Ministère de l’Industrie. Huissier c’est un bien beau titre pour une fonction qui consistait globalement à filtrer les entrées et les sorties et à porter le courrier et lire le journal. Mon père qui était résistant était inscrit au Parti communiste mais adorait de Gaulle ! Il était trésorier d’une association antillaise appelée le Rayon de Soleil.

Moi j’avais 15 ans et demi. et j’ai vu passer mai 1968 comme un printemps ensoleillé entre parties de babyfoot à la Croix de Berny, parties de flipper, mes premiers cafés, mes premiers émois sans doute. J’étais assurément loin des pavés, des barricades, des manifs. Je voyais bien que ça bougeait mais cela ne me concernait pas ! Je n’étais pas politisé ! J’entendais bien les slogans comme « il est interdit d’interdire », « les frontières on s’ en fout », « prenez vos désirs pour des réalités », « soyez réalistes: demandez l’impossible ». Mais tout de même appeler les étudiants ou les grévistes « la chienlit », je trouvais ça un peu vieux jeu de la part de celui qui s’appelait le président. Mai 68 ce ne furent pour moi que des vacances scolaires avant la date.

Je suis probablement parti en vacances comme d’habitude pour deux mois en colonie de vacances. En juillet août j’ai dû passer du bon temps à la Feclaz en Haute-Savoie. Mais mon 1968 à moi ce furent :

 1. le 16 octobre les Jeux Olympiques de Mexico et les poings noirs gantés levés (pouvoir noir) pendant l’hymne américain Star Spangled Banner pour protester contre la discrimination raciale dans leur pays Tommy Smith et John Carlos après la finale du 200 m où ils terminèrent respectivement premier et troisième; ils portaient un foulard noir au cou (symbole de fierté noire), des chaussettes noires et pas de chaussures pour symboliser la pauvreté noire.

Quelques jours plus tard ce fut au tour de Lee Evans, Larry James, et Ronald Freeman de porter le béret noir, symbole du pouvoir noir des Black Panthers

Je me souviens aussi des 8 mètres 90 de Bob Beamon ! Des 9 secondes 95 de Jim Hines au 100 m, du Fosbury flop de Dick Fosbury;

2. l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril à Memphis Tennessee à l’âge de 39 ans;

3. l’assassinat le 5 juin de Robert Kennedy à Los Angeles à l’âge de 42 ans;

4. la mission Apollo 8 atteint la lune le 24 décembre (Jim Lowell, Bill Anders, Frank Borman)

5. c’était la guerre du Vietnam, Joan Baez chantait « Where have all the flowers gone »;

6. c’était la guerre du Biafra et personne ne chantait;

7. en août les Soviétiques entraient à Prague et faisaient danser le kazatchock aux Tchèques qui n’en demandaient pas tant.

En 1968 je regardais l’an 2000 comme un objectif tellement lointain presque inatteignable. Je me disais en l’an 2000 j’aurai 48 ans comme mon père. Je serai un vieux, Encore plus vieux que mon père en 1968. Je me promettais de ne pas avoir de bedaine, de ne pas être gratte-papier.

Maintenant que dire. Nous sommes en mai 2018. 1968 c’était il y a cinquante ans. Et dire que j’y étais. J’ai presque du mal à l’admettre. Comment admettre qu’on a des souvenirs e plus de 50 ans ? Déjà les souvenirs s’embrument. J’ai perdu mon père il ya de cela 17 ans, l’âge que je n’avais pas encore atteint en 1968. Ma mère va en avoir 87. J’ai 5 enfants ont le petit dernier va avoir 19 ans. Ils ont aussi leurs rêves. Ils me voient probablement comme je voyais mon père. Un petit vieux un peu turbulent, irresponsable et voyageur. Mai 2018 s’annonce chaud puisqu’on veut faire la fête à Macron. J’ai jeté un coup d’oeil aux mots d’ordre figurant sur les banderoles brandies par les  black blocs que la France béate et sidérée a l’air de découvrir : « tout va bien« , « Macron nous met dans une colère noire« , « Cette fois on s’est organisé« , « le  black bloc colore nos vies« , « risques de troubles à l’ordre public« , « la lutte paie plus que ton patron« , « la piraterie féminine n’est jamais finie« , « A bas la HESS« , « Premiers de cordée, premiers guillotinés« , « Sous les k-ways la plage« , « Marx attack ». Bon, je dois avouer que tous ces slogans ne retentissent pas en moi de la même façon car je n’ai pas tous les codes (je n’écoute pas Booba)  mais je dois avouer  que j’ai probablement un vieux fond soixante-huitard malgré tout qui m’incline à avoir une certaine sympathie pour ceux qui s’interrogent, même si cette interrogation se manifeste violemment. Ni dieu ni maître est un concept philosophique que j’appuie totalement. Ce n’est pas parce que je ne fais pas partie des Black blocs que je ne soutiens pas leur réflexion. Comme le dit BFMTV :

« les slogans déployés par les black blocs reflètent l’idéologie libertaire, anarchiste et anticapitaliste du mouvement contestataire »

Moi quand je lis « Ni patrie, ni patron, ni Le Pen ni Macron » je suis plutôt en adéquation. Quand je lis « Pour l’unité il faut des ennemis communs » ça me semble bien envoyé. Quand je lis « sélection piège à cons », ça me renvoie à « élections piège à cons » de 68 et quand je vois « sous les k-ways la plage » je vois bien « sous les pavés la plage ». J’aime l’irrévérence car dans cette irrévérence il y a le lyrisme

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Juste pour faire avancer la discussion. Cela ne veut pas dire ni que je cautionne  ni que je ne cautionne pas. Mais je crois qu’en disant que ce sont des casseurs sans aucun objectif politique je crois qu’on simplifie un peu trop la donne. Faites- vous votre idée comme je me fais la mienne. Mai 68 pour moi c’était les black Panthers, mai 2018 ce sera les Black Blocs. Life goes on, » tout va bien » ! Moi je souhaite retransmettre la parole ici d’un black bloc telle qu’elle a été tenue sur Libération après la manif du 1er mai:

« Le 1er mai

«D’abord, je voudrais dire que je parle du Black Bloc en mon nom propre, pour rappeler ses objectifs et sa visée politique bien réels, contrairement à ce qu’on entend partout. Mardi, j’ai participé au cortège parisien. Je ne donnerai ici aucun élément touchant de près ou de loin à ce que j’y ai accompli ou à la réalité de l’organisation. Pour ceux qui s’interrogent sur la légitimité de la présence d’un Black Bloc le 1er Mai, je voudrais rappeler qu’avant d’être la fête du travail, cette date est la commémoration de l’injuste condamnation à mort de sept anarchistes américains [en 1886 à Chicago, ndlr].

La tactique

«Le Black Bloc n’est ni un parti ni un mouvement, c’est une tactique, un outil, une modalité d’action politique. Le Black Bloc se forme ponctuellement, pour un événement précis, puis se dissout immédiatement. Il n’a aucune stratégie politique de long terme. Il regroupe des gens de bords différents, des jeunes, des vieux, de surcroît de classes sociales hétérogènes. Mardi, il y avait dans le cortège parisien des camarades venus de nombreux pays d’Europe, car notre lutte est internationaliste : le capitalisme mène une lutte mondialisée, notre résistance doit l’être tout autant.

«Le dress code, être vêtu de noir et porter la cagoule, résulte de deux logiques. D’abord, évidemment, il s’agit de se préserver de la répression policière, de la vidéosurveillance. Ensuite, la tenue a valeur de solidarité. Toutes les personnes encagoulées, équipées de masque à gaz ou de lunettes de piscine, ne se livrent pas forcément aux dégradations. Toutefois, en arborant le dress code, elles acceptent d’assumer collectivement les opérations et de rendre le plus compliqué possible l’exercice d’identification par les policiers.

La violence

«Il est assez consternant de voir revenir au lendemain de chaque action du Black Bloc ce langage politico-médiatique insistant simplement sur son aspect violent. L’idée est claire : il convient de délégitimer l’action du Black Bloc, avec cette rengaine de la violence pour la violence, de casser pour casser. Au contraire, le Black Bloc n’a rien d’apolitique. Il ne frappe pas aveuglément. Son essence est de montrer la conflictualité sociale, la logique de répression. Au quotidien, l’Etat exerce une pression sourde sur différents groupes du corps social : les exilés, les sans-papiers, les zadistes, certains mouvements étudiants, les salariés au chômage, les squatteurs. Par sa volonté de confrontation, le Black Bloc met le doigt sur cette frontalité, et pousse l’Etat dans ses retranchements afin qu’il affiche son vrai visage. Immédiatement, nous voyons alors affleurer les violences policières, qui s’expriment pourtant quotidiennement dans les quartiers populaires, contre les personnes racisées et les sans-papiers. Quant au terme « casseur », il est à rejeter. Il participe lui aussi à la volonté du pouvoir de dépolitiser le Black Bloc. Il n’y a pas de mots adéquats pour définir le Black Bloc. Je dirais que nous sommes militants, activistes, révolutionnaires et d’autres choses encore.

Le ciblage

«Le Black Bloc favorise des actions groupées et rapides. Il y a des cibles évidentes, les McDonald’s, les concessionnaires de voitures de luxe, les banques et, bien sûr, les bâtiments administratifs, les commissariats. Loin d’être gratuit, le ciblage se concentre sur les symboles de l’Etat et du capitalisme. Quant au mobilier urbain, parfois dégradé, il peut à la fois être utilisé comme projectiles, mais il incarne surtout l’organisation spatiale décidée unilatéralement par l’Etat pour réguler la société et que nous voulons transformer.

La politique

«Le Black Bloc ne peut être récupéré par aucun parti politique. Précisément parce qu’il rassemble des gens qui s’organisent en dehors des frontières politiques traditionnelles. Le Black Bloc rejette tout autant le Parti socialiste que La France insoumise. Il s’affranchit également de la tutelle des centrales syndicales. Le socle fédérateur est d’inspiration anarchiste, anticapitaliste mais, une fois encore, le Black bloc est surtout une constellation indéfinissable, qui naît et disparaît une fois son expression accomplie.»

 

J’aime beaucoup cette chanson chantée par Joan Baez, God is God (Dieu est Dieu). Pourtant je ne crois pas en Dieu mais tant pis ! j’aime cette phrase « some folks see things not everybody can see ». Peut-être les Black blocs sont une peu comme ça, des gens qui voient des choses que personne ne voit! Des lanceurs d’alerte, peut-être. 3 mai 1968, 3 mai 2018 moi je dis: continuons le combat. Les idées ont vocation à faire leur chemin.

I believe in prophecy.
Some folks see things not everybody can see.
And, once in a while, they pass the secret along to you and me.
And I believe in miracles.
Something sacred burning in every bush and tree.
We can all learn to sing the songs the angels sing.
Yeah, I believe in God, and God ain’t me.
I’ve traveled around the world,
Stood on mighty mountains and gazed across the wilderness.
Never seen a line in the sand or a diamond in the dust.
And as our fate unfurls,
Every day that passes I’m sure about a little bit less.
Even my money keeps telling me it’s God I need to trust.
And I believe in God, but God ain’t us.
God, in my little understanding, don’t care what name I call.
Whether or not I believe doesn’t matter at all.

I receive the blessings.
That every day on Earth’s another chance to get it right.
Let this little light of mine shine and rage against the night.

Maybe someone’s watching and wondering what I got.
Maybe this is why I’m here on Earth, and maybe not.
Chorus:
But I believe in God, and God is God

La première liberté entre pluviose et floréal

Ce qu’on entend par la première liberté c’est la première abolition de l’esclavage décrétée par la convention montagnarde le 4 février 1794 (16 pluviose an II). Pendant 8 ans les esclaves de Guadeloupe grâce au décret 2262 ont vécu comme des citoyens français, ont pu se marier, avoir des enfants, les reconnaître, acheter, vendre, échanger. Ce ne fut pas pour autant une remise en question fondamentale de l’ordre établi puisque le décret fut exécuté après avoir adopté certains règlements appelés Police rurale mise en place par les commissaires au gouvernement dans chacun des districts de la Guadeloupe. Par cette Police les nouveaux citoyens de 1794 se voyaient remettre un quart des bénéfices déduction faite des coûts affectés au médecin, aux médicaments et à l’emballage des produits. Le esclaves devenaient sous le régime de Victor Hugues des travailleurs libres. La réalité objective en fit des travailleurs forcés. Disons un peu plus libres qu’ils ne l’étaient avant. Ce ne fut qu’une éclaircie de 8 ans puisque Bonaparte rétablit l’esclavage par décret du 20 mai 1802 (30 floréal an X). Dès le 2 mai Richepanse et 2500 hommes sur 11 navires vont rétablir l’ordre esclavagiste ce qui coûter au bas mot la vie de 20000 de ces nouveaux citoyens sortis de la servitude. L’insurrection menée par Louis Delgrès dès le 4 octobre 1801. Comme disait Sonthonnax en 1793 à Saint-Domingue la citoyenneté est devenue leur Evangile !

Ce ne fut qu’une éclaircie mais quelle éclaircie !J’imagine ce que cette éclaircie a causé chez mes ancêtres présents sur le territoire à cette époque : BALTIMORE, FRONTON, VIN, VALERIUS, BARDUS, ELIZA, SIPHAX-COLDY, BANDINI; PALEY, IBOL, HAMAREL, MONZA, EBREUIL, RYBOUR

A Bouillante :

Charlottine Fronton est née en 1792 soit deux ans avant la première liberté qu’elle a donc connue entre l’âge de 2 ans et 10 ans.

Désirée Bandini entre 13 et et 21 ans

Vidal Valérius de 15 à 23 ans

Bernadine Vadimon de 16 à à 24 ans

Praxelle dite Rachelle Ebreuil de 8 à 16 ans

Jean Paley de sa naissance à l’âge de 8 ans

Baltimore Magdeleine entre 11 ans et 19 ans

A Saint-Claude :

François Rybour entre 29 ans et 37 ans

Magdelonnette Ibol entre 17 et et 25 ans

Reinette Hamarel entre 15 et 22

A Vieux-Habitants : Elisabeth Vin de la naissance à l’âge de 5 ans

Raymond dit François Monza de la naissance à l’âge de 5 ans

A Grand-Bourg MG:

Félicité Bardus de sa naissance à l’âge de 6 ans

Demoiselle Eliza de la naissance à 3 ans

Marguerite Leroux de la naissance à 1 an

Si l’on consulte l’Etat nominatif des personnes de tout âge et de tout sexe existant dans la commune de Bouillante au premier vendémiaire an V ainsi que celui du 1er vendémiaire an VI classés aux archives de Guadeloupe sous les côtes G1500 et G1503 les relations pére-enfants-époux devraient s’éclaircir .

Archives notariales

Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d’aînesse, n’être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au
retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire. »

C’est ainsi que le Code Noir, l’édit  de mars  1685 de Colbert dans son article 44 décrit l’esclave, bien meuble, malléable et corvéable à merci, qu’on peut échanger, léguer, apporter en dot. L’esclave peut être indivis entre les héritiers ou encore en usufruit au même titre que le bétail, les terres, l’argenterie.

Les archives notariales nous permettent de retrouver l’état des biens à un moment donné, généralement avant mariage,  de la succession d’un individu. Je m’intéresse plus particulièrement aux données concernant les esclaves qui étant considérés bien meubles figurent dans ces états et permettent bien souvent d’éclairer sur la filiation, l’âge, l’origine, le métier des populations serviles.

Si je prends pour exemple mes ancêtres esclaves nés sur Saint-Claude (autrefois Basse-Terre extra Muros) je peux consulter et tirer certains éléments précieux (lieu de naissance, prénom à la naissance, nouveau patronyme, RNL et RM, lieu d’habitation, âge) de ce registre des nouveaux libres.

Il ne faut pas croire que toutes les personnes qui figurent sur le Registre des nouveaux Libres de Saint-Claude sont nées à Saint-Claude. Une grande partie oui, mais aussi une grande partie est née en Afrique voire à Antigue, Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Martin, la Dominique, les Saintes, Marie-Galante et bien entendu la plupart des communes de Basse-Terre (et en particulier, Basse-Terre, Bouillante, Baillif, Deshaies, Gourbeyre, Sainte-Rose, Trois-Rivières, Vieux-Habitants mais aussi Pointe-à-Pitre, Capesterre. En effet n’oublions pas que les esclaves sont des biens meubles donc ils circulent au gré des ventes et des cessions.

Mais le nom du ou des propriétaire(s) est important pour en savoir plus sur mes ancêtres.

Il me faut donc ensuite rechercher quand la naissance a eu lieu entre 1838 et 1848 dans le registre des naissances, décès et mariages des esclaves de Saint- Claude qui me donnera la date de naissance exacte de l’esclave (les âges sur le RNL sont approximatifs), le nom de sa mère que je sais déjà, des indications de couleur et surtout le nom du propriétaire. Jamais le nom du père n’est mentionné !

Dans le cas de la Guadeloupe on peut difficilement utiliser comme source de référence les registres paroissiaux qui étaient rédigés et qui indiquaient les naissances, mariages et sépultures des esclaves car la plupart ont disparu. On a bien sûr aussi les recensements dont celui de 1790 (ANOM G1497) et les dénombrements. Mais les registres notariaux sont particulièrement éloquents. Il s’agit d’argent donc on est précis, net et chirurgical ! Je m’intéresse plus particulièrement aux notariat de Basse Terre et de Pointe à Pitre qui comptent respectivement 10 et 7 études. La consultation de leurs doubles minutes peut s’avérer fort judicieuse. Elles concernent non seulement les acquisitions et ventes de propriété, les testaments, les inventaires après décès, les contrats de mariage, les actes d’affranchissements, les transactions commerciales…

Rechercher son ascendance servile implique la nécessité absolue de se plonger dans ces transactions conservées par les notaires locaux tant il est vrai que les registres notariaux et l’esclavage sont intimement liés comme le constate l’étude intitulée  Les Archives Notariales et l’Esclavage d’Hélène Servant : Notariat et esclavage

Aux ADG on peut consulter les répertoires et les minutes de notaires.Ils sont en principe classés ans la série E par Etude. Voici ce qui se passe à Basse-Terre :

Etude 1

 

Etude 2

Etude 3

Etude 4

Etude 5

Etude 6

Etude 7

Aux ADG archives départementales de la Guadeloupe qui publie par ailleurs un guide généalogique très pertinent toutes les minutes de notaires sont versées après 75 ans et sont consultables selon les côtes suivantes.

  • 2 E 1. 1792, 1811, 1819-1926
  • 2 E 2. 1774-1933
  • 2 E 3. 1771-1900
  • 2 E 4. 1815-1899
  • 2 E 5. 1775-1899
  • 2 E 6. 1845-1899
  • 2 E 7. 1851-1919
  • 2 E 8. 1895-1904

Comment retrouver un acte ? Prenons un exemple concret dans ma famille les Baltimore :

voyez cet acte de mariage # 2 du 18 janvier 1902 à Morne à l’Eau entre Michel Cyprien dit Léonel Lodin et  Marie Claire Armand Baltimore. Marie Claire et la fille e Marie Herminie Baltimore. Je veux comprendre le parcours atypique de Marie Herminie à qui je ne connais que deux filles cette Marie Claire née à Pointe à Pitre et  Victorine Marie Joséphine née 10 ans plus tard à Petit Canal. Marie Herminie est partie de Bouillante où elle est née, on la retrouve à Pointe à Pitre en 1872 puis à Petit Canal en 1881 puis dès 1891 elle est installée à Morne à l’eau où elle se trouve encore en 1902. C’est la soeur de l’un de mes ancêtres directs, Jean Baltimore. Marie Herminie et sa fille Marie Claire sont toutes eux commerçantes. Je serais curieux de savoir quel commerce elles exercent.

Il est clairement stipulé ans l’acte qu’un contrat de mariage a été signé entre les parties le  8 janvier 1902 chez maître Epiphane (Gabriel), notaire à Pointe-à-Pitre.

Je connais donc le nom du notaire et la date de l’acte ! tout cela s’est passé il ya 75 ans et plus donc l’acte est disponible aux archives de la Guadeloupe en série E.

Je vais donc sur le site de l’irel pour voir dans quelle étude à pointe à pitre se trouve répertorié Epiphane Gabriel et à l’étude 9 je trouve ce Gabriel Epiphane Jean Baptiste  (1902-1912). Je note la côte et le tour est joué.

Maintenant il ne me reste plus qu’à me rendre aux AD de la Guadeloupe ou au Caran à Paris et consulter tout ça tranquillement !

Pour en savoir plus sur les archives notariales