Les ordonnances royales ne sont pas toutes médicales à Marie-Galante

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J’ai parmi mes ancêtres des affranchis. Savoir qu’un de ces ancêtres a été affranchi est source d’étrange fierté pour de nombreux descendants d’esclaves. Certes ils étaient esclaves mais ils ont été affranchis, non. Vive Louis-Philippe, roi des Français ! Moi je suis un peu circonspect pour être honnête. C’est vrai, je suis heureux pour eux, pour leur famille, à l’époque cela fut sans doute considéré par les membres du clan comme une victoire sur l’adversité, le début d’une vie prometteuse, jalonnée de succès. Pouvoir se dire libre, être citoyen, marcher libre au vent ce n’est pas quelque chose qu’on peut négliger comme cela d’un revers de main. Donc je ne jette la pierre sur personne.

J’ai tout de même tendance à croire que ces libertés accordées chichement le furent surtout au prix , selon moi, de nombreuses compromissions. Que de hontes ont  été bues, que de souffrances ravalées pour arriver à cette concession d’affranchissement (j’aime le mot anglais manumission, le mot portugais alforria). Il y aurait donc eu les bons esclaves dociles et méritants dont le prototype serait Uncle Tom et les autres récalcitrants et mauvais sujets. Je ne pense pas que les récalcitrants et mauvais sujets, les mauvais larrons, dont le prototype serait le nèg mawon ou le fenyan, avaient droit à la mansuétude du colon. Je ne crois pas à la charité chrétienne. Je ne crois en la matière qu’aux intérêts bien sentis de chacun. Et dans chacun je mets l’esclave et le colon. Je crois aussi aux liens du sang qui ont permis à de nombreux mulâtres de s’émanciper. Quand ce ne sont pas les liens du sang il y a les liens de la chair qui ont permis à de nombreuses négresses de s’émanciper, elles-même. Le talent, ne parle-t-on pas de nègres à talent (les musiciens, les charpentiers, les marins peut être, les cochers) était aussi une porte de sortie, tout comme l’était la guerre ( huit ans de combat acharné à défendre les intérêts de la classe dominante et hop on vous donne en guise de médaille d’ancien combattant et victime de guerre, un sauf-conduit de toute beauté, si entre temps vous n’avez perdu ni jambe ni tête ni tué la moitié de vos compatriotes).

Les actes d’affranchissement qui sont enregistrés dans les registres d’état civil des communes concernées font suite à des arrêtés des gouverneurs pris en conseil privé à Fort Royal pour la Martinique, à Basse-Terre pour la Guadeloupe et dépendances, à Cayenne pour la Guyane Française et à Saint-Denis sur l’ile Bourbon.

Exemple parmi tant d’autres d’un tel arrêté portant déclaration de liberté, celui dont a pu bénéficier mon Sosa 37, Eliza, couturière, née en 1800 à Marie-Galante et qui lors de la séance du conseil privé de la Guadeloupe du  6 août 1834      (acte 7, vue 297) est affranchie avec  ses 5 enfants (Saint-Père 15 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Champ-Fleury 12 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Firmin 8 ans et 9 mois, Irma 4 ans et 9 mois, Ernest 1 an et 8 mois) sur la demande de Joseph Leduc

Nous Gouverneur de la Guadeloupe et dépendances
Vu l’article 30 alinéa 2 de l’ordonnance royale du 9 février 1827 et celles du 31 août 1830 et 22 août 1833;
Vu l’ordonnance royale du 12 juillet 1832 et la dépêche ministérielle du 24 du même mois;

Vu notre arrêté du 11 octobre 1832;
Vu les déclarations faites en vertu de cette ordonnance et les pièces à l’appui de ces déclarations;
Considérant que les individus ci-après  nommés ont satisfait aux prescriptions de l’ordonnances et de l’arrêté précités;
Sur le rapport du Procureur Général
De l’avis du Conseil Privé
Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

Art 1er sont déclarés libres et seront inscrits en cette qualité sur les registres de l’Officier de l’état civil de leur quartier respectif, les nommés :

A la Basse-Terre et banlieue (14), quartier des Habitants (5) quartier de Bouillante (6), quartier de la Pointe-Noire (11), quartier de Deshaies (6), quartier de Vieux-Fort (2), quartier des Trois-Rivières (7), quartier de la Capesterre (10), île Saint-Martin (7), île Marie-Galante (27 parmi lesquels : Eliza et ses enfants: St Père, Champ-Fleury, Firmin, Irma et Ernest – Le sieur Joseph Leduc,  la Pointe à Pitre (9), quartier des Abymes (2), quartier de Morne-à-l’Eau (22),quartier du Moule (7), quartier du Petit Canal (2), quartier de Sainte-Rose (1), quartier du Petit-bourg (1), quartier de Sainte-Anne (2)

Article 2. Le Procureur général est chargé de l’exécution du présent arrêté , qui sera enregistré

Cet arrêté du 6 août 1834 est transcrit sur le registre d’état civil de  Grand-Bourg, Marie Galante (autrefois appelé Joinville) par acte 148 du 27 août 1834 (vues Anom 52 et 53).

L’an mil huit cent trente quatre le vingt-septième jour du mois d’août pardevant nous Marie-Joseph Ventre, officier de l’Etat civil de l’île Marie Galante résidant au Grand- Bourg  est comparue la nommée Elisa, âgée de trente quatre ans et neuf mois,, couturière domiciliée au Grand-Bourg laquelle nous a présenté un arrêté de Monsieur le gouverneur de la Guadeloupe en date du  six de ce mois qui déclare la dite comparante et ses enfans Saint-Père,  de quinze ans et neuf mois,  Champfleury de douze ans et neuf mois,  ouvriers charpentier, Firmin de huit ans et neuf mois, Irma de quatre ans et neuf mois,  et Ernest d’un an et neuf mois, libres et elle nous a requis ed faire sur nos registres l’inscription  prescrite par l’article cinq de l’ordonnance du roi du douze juillet mil huit cent trente-deux, à cet effet nous avons dressé le présent acte. En avons fait mention au bas du dit arrêté et avons signé après lecture de cet acte pour la requérante qui interpellée de signer  a déclaré ne le savoir.

Mais qu’étaient donc ces ordonnances pas médicales pour un sou et qui pourtant furent la base juridique pour entamer la procédure tendant à soulager le corps et l’âme de bon nombre d’esclaves au cours des 18ème et 19ème siècles ? Le médicament nommé « liberté » était si radical que sur la période 1832 – 1848 (date de l’abolition définitive) le taux d’affranchissement a été doublé. J’imagine (car il est difficile de se mettre à la place d’un affranchi, que ce fut comme passer son bac et recevoir les résultats, ou comme avoir son permis de conduire) ! J’imagine que ce fut comme une seconde naissance et que la mère pleura de joie et bénit le Seigneur ou les dieux ou esprits  en qui elle croyait. j’imagine que tout cela fut sabré dignement avec force guildive de Marie-Galante. et qu’on convia toute la parentèle à cet événement extraordinaire. certains crièrent bien avant Martin Luther King.

free at last, free at last, Lord Almighty, we are free at last.

On se para de bijoux et e beaux atours, yépa, on dansa, on sauta-mata, on chanta la vie est belle ! La Guadeloupe c’est le Paradis ! Grand-Bourg Campagne c’est  l’enfer transformé en Eden. On fit du bon boudin, on rôtit du bon cabri et cochon, force malanga et fruit à pain, on fit agapes sur agapes . J’imagine que le père de ces enfants là se joignit à tout ce beau monde. J’imagine que ce fut Joseph Leduc propriétaire âgé de 53 ans en 1834, qui pourtant jamais ne reconnut ces enfants là. La vie continua son petit train train colonial. Eliza eut encore deux enfants, deux jumelles,  en 1839, un quatorze janvier, Joséphine Cécilia et Virginie Cécile. Acte 2 du 21 janvier 1839. C’est Joseph Leduc qui fait la déclaration de naissance, il est dit que Eliza a accouché chez lui. Il est clair que tout ce beau monde a quelques accointances charnelles. Mais je suis sans doute mauvaise langue.

Mais l’enfer a les bras longs et en cette même année  1839 pourtant si bien commencée avec la naissance de ses jumelles Eliza l’affranchie va perdre en quelques mois trois enfants: Irma, le 18 septembre 1839, Ernest, le 27 septembre 1839 et finalement l’une des deux jumelles, née libre pourtant, Joséphine Cécilia, le 14 novembre 1839. Eliza mourra elle même en 1847 , un 27 novembre, 13 ans après son émancipation. entre temps elle aura reconnu en 1844  (acte 13, 7 août 1844) ses quatre enfants survivants : Saint Père, Champfleury, Firmin, Virginie Cécile puisqu’apparemment leur père fait l’oreille sourde.

Eliza mourra finalement le 27 novembre 1847 à Grand-Bourg Campagne (acte de décès 16).

Two

J’ai l’esprit au ras des pâquerettes et en l’occurrence au ras du semen-contra. Cela m’a  conduit à fouiller dans la vie de ce bon monsieur Leduc, Joseph de son prénom. Monsieur est veuf depuis 1815 quand son épouse bien aimée Louise Marguerite Lacavé Déruisseau, à qui il a juré fidélité exclusive devant Dieu et devant les hommes, meurt en 1815 dans la fleur de l’âge. Devenu veuf le pauvre homme se lamente . Il est encore gaillard ! 34 ans pardi c’est la toute jeunesse ! il a deux filles à éduquer: Irmène née en 1808 et donc âgée de 7 ans à la mort de sa mère et Marie Louise Célina née en 1812 et âgée de 3 ans. Elisa qui est déjà à son service et qui aidait madame son épouse est avenante. il résiste, certes, mais le démon de midi est ce qu’il est et madame s’occupe de monsieur corps et biens. La journée ce sont les filles, . Monsieur maintient les apparences parce que sa fille aînée veille. Elle veille tant qu’elle  se mariera huit mois après la mort de son père en novembre 1841. Monsieur rêve d’avoir des garçons ! qu’à cela ne tienne !   Dès 1818  Saint-Père apparaît, beau comme un pape ! Mais l’homme est gourmand, il en réclame un second, il a deux filles, normal, d’avoir aussi deux garçons pour l’épauler dans ses vieux jours. Eliza qui a appris la couture lui tricote de telles caresses que suivent Champfleury et Firmin. Irma et Ernest viendront compléter cette belle famille antillaise anbaféy ! Ce que voudrait Eliza c’est que Joseph reconnaisse ses enfants, même naturels. Mais ce dernier ne le peut à cause de ses filles qui font le blocage. Mais il l’aie à sa façon : ses « fils » apprennent la charpenterie. il faut leur donner un métier. Peut-être même ne le veut-il pas ! peut-être que la petite société de Grand-bourg ne lui pardonnerait pas ! En 1833 profitant de l’aubaine il consent à l’affranchissement de sa bonne pour enfants pour bons et loyaux services rendus dans l’éducation de ses filles et dans le maintien de son habitation car la toute dernière,, Marie-Louise Célina Leduc a maintenant 21 ans. Deux ans avant de mourir leur père baptise deux de ses enfants jumelles. Le coup de grâce pour Marie Louise Célina  qui ne le pardonnera jamais à son père et à fortiori à sa belle-mère. C’est le poison qui aura raison de la vie de trois des enfants illégitimes. La chair de sa chair a tué la chair de sa chair ! Le père Joseph entre dans une profonde dépression. Il meurt. Et là c’est la débandade. Eliza et tous ses enfants d’ Eliza doivent débarrasser le plancher illico. Ils ne sont plus les bienvenus. Maintenant on se déchire pour l’héritage. Heureusement le sieur Joseph avait prévu l’avenir de ses enfants et laissé ses dernières volontés chez son notaire. C’est le coeur triste qu’en 1844 Eliza reconnait ses enfants. Elle aurait pu le faire bien avant mais elle attendait, fleur bleue, que son homme le fasse. Maintenant qu’il est mort, adieu robe blanche, diadème vache, cochon, duc,  mariage ! On ne peut plus tergiverser d’autant plus que sa santé s’est délabrée. C’est que ce monsieur là aimait la bagatelle plus que tout et ne rechignait pas à la tâche quand il s’agissait de donner ses coups de boutoir. Eliza n’a plus ses 20 ans. Le 12 novembre 1845 sa rivale oedipienne meurt à l’âge de 33 ans. Célibataire à l’âge du Christ. Eliza a elle 45 ans. Il ne lui reste guère que deux ans à vivre !

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Vous avez aimé la telenovela ! Oui nos familles peuvent servir de cadre à de merveilleuses histoires pleines de rebondissements mais la vie dépasse bien souvent la fiction. Mais revenons à nos moutons après cette intermède que vous me pardonnerez, je l’espère. Que mon sosa 37 me pardonne si je l’ai choqué ou si ma vérité n’est pas conforme à la réalité. ce n’est qu’un histoire parmi tant d’autres dont j’essaie de dégager une trame. Il fallait es bons, il fallait des méchants. J’ai choisi mon bord, celui de mon sosa 37, bien évidemment. Mais rien ne prouve que selon mon scénario, tiré peut-être par les cheveux, mais tout à fait vraisemblable, que ce monsieur Joseph Leduc, dit aussi Duc n’est pas lui aussi mon sosa 36. On le saura bien un jour avec la généalogie génétique.

Mais passons aux choses sérieuses, voulez-vous bien ? Examinons l’ordonnance royale de Louis-Philippe du douze juillet 1832  qui est promulguée localement en Martinique le 1″ septembre 1832, en Guadeloupe  le 11 octobre 1832 et à l’Ile Bourbon  le 18 janvier 1833:

Ordonnance du roi sur les formalités à suivre pour les concessions d’affranchissement dans les colonies

  • Attendu que le projet de loi sur le régime législatif des colonies n’ayant pas été discuté dans la dernière session des chambres, l’adoption d’une loi sur cette matière peut entraîner de longs délais;
  • Considérant que ce qui concerne les affranchissements dans les colonies ne pourra être définitivement réglé que selon les formes qui auront été déterminées  par la loi à intervenir;
  • Voulant cependant donner, en ce qui est du ressort de l’administration publique, de nouvelles facilités  aux concessions d’affranchissements;
  • Désirant notamment appeler au plus tôt à la liberté légale les individus, qui dans quelques colonies, jouissent à divers titres de la liberté de fait ;
  • Sur le rapport de notre ministre de la marine et des colonies, etc
  • ARTICLE 1er
  • Toute personne qui voudra affranchir son esclave en fera la déclaration au fonctionnaire chargé de l’état civil dans le lieu de sa résidence.
  • Cette déclaration sera inscrite sur un registre spécial, et transmise, dans les huit jours de sa date, au procureur du roi près le tribunal de première instance, pour être affichée par ses soins, dans semblable délai, à la porte de la mairie de la commune où le déclarant  fait sa demeure habituelle, ainsi qu’à celle de l’auditoire du tribunal; ladite déclaration  devra en outre être insérée  trois fois consécutivement  dans un des journaux de la colonie.
  • 2. Les oppositions auxquelles il  pourrait y avoir lieu seront formées  dans les six mois qui suivront  l’accomplissement e ces formalités. Les oppositions devront être motivées, et contenir assignation en validité devant le tribunal de première instance ; elles seront notifiées au procureur du roi et au déclarant
  • 3. Le ministère public pourra lui-m^me former opposition à l’affranchissement dans le cas  où l’affranchi serait reconnu hors d’état de pourvoir à sa subsistance en raison  de son âge ou de ses infirmités. Cette opposition motivée, et contenant également assignation en validité, sera notifiée au déclarant avant l’expiration du délai fixé par l’article précédent.
  • 4. Le tribunal de première instance prononcera sommairement. S’il y a appel , il sera interjeté dans la quinzaine de la signification du jugement et jugé comme affaire urgente.
  • 5. S’il n’y a pas de réclamation, ou si les réclamations sont reconnues non fondées, le procureur général proposera au gouverneur un arrêté pour faire inscrire  définitivement comme libre, sur les registres de l’état-civil, l’esclave qui a été l’objet de la déclaration d’affranchissement
  • Le gouverneur statuera immédiatement.
  • 6. Les dits actes relatifs à l’affranchissement ne seront soumis qu’au droit fixe d’un franc.
  • DISPOSITION TRANSITOIRE
  • 7. Tout individu qui jouit actuellement de la liberté de fait, le cas de marronnage excepté, sera admis à former, par l’intermédiaire, soit de son patron, soit du procureur du Roi, une demande pour être définitivement reconnu libre.
  • Pareille demande pourra être formée par l’intermédiaire du procureur du Roi, par toute personne non encore légalement affranchie qui, à l’époque de la promulgation de la présente ordonnance, aura accompli huit années de service dans la milice.
  • Il sera procédé, à l’égard des demandes comprises dans les deux paragraphes  ci-dessus, conformément aux dispositions des articles  précédents
  • Le recours en cassation sera ouvert aux libres de fait contre les arrêts ‘appel mentionnés à l’article 4
  • 8. Toutes les dispositions  contraires à celles de la présente ordonnance sont et demeurent abrogées.
  • 9. Notre ministre de la Marine et des colonies, (comte de Rigny) est chargé, etc.

Ensuite les actes d’affranchissement font référence à l’ordonnance royale du 9 février 1827 modifiée  par celle du 22 août 1833, et plus particulièrement à son article 30 et son alinéa 2. Que stipulent ces dernières ? Je vous en parlerai une autre fois en prenant comme base d’appui un autre de mes sosa, martiniquais celui-là, de la belle ville de Case-Pilote, dans les hauteurs de Case-Navire, un homme cette fois-ci pour m’éviter d’être traité de phallocrate libidineux.

Bruges racontée par Papageno

PAPAGENO est un Oiseleur un peu fou qui hante la Flûte Enchantée de Mozart que j’ai évoqué ici.

Il n’a pas de Papageno sans Papagena. Nous errons dans les rues de Bruges fixant à tout jamais sur l’as surface argentique les windowsill les rebords de fenêtres si richement décorés.

Quand une faim aiguë de petit déjeuner nous prit au ventre. Nous jeta mes notre dévolu sur une bakkerij une boulangerie au nom évocateur de Le pain quotidien. Petit déjeuner bio, vegan. Je pris du jambon fromage, un croissant, un expresso et une bouteille d’eau. Ma dulcinée un café au lait, un granola aux fraises avec feuilles de menthe. Un croissant. 29€.Fichtre. Mais l’endroit était vraiment delicieux. Même les toilettes étaient grée. Pee Green be green. J’eus beau faire aucun jet vert chaud ne sortit de mes entrailles et pourtant j’avais pris des feuilles de menthe et croque les cornichons. Après être arrivé sur la place principale nous voulions retrouver par nos propres moyens les canaux pour une excursion de 30 minutes. Nous nous sommes perdus. Mais ce fut un mal pour un bien car sur une place trônait la statue de Papageno transportant une cage dans laquelle se trouvait deux volatiles de bronze. Je pris la liberté alors de demander à l’oiseleur le chemin des canaux. Il nous l’indiqua en effet en jouant un petit air de son pipeaunous nous sommes retrouvé devant un baleine bleue faite de plastique récupéré dans les canaux. Dans ces objets récupérés je crus voir des sièges de WC, des cuvettes.

Heureusement un facteur belge qui passait par la nous remit sur le droit chemin. Il fallait retourner sur la place et prendre l’une des ruelles adjacentes au Belfort. Comme d’habitude nous avons compris ce que nous voulions entendre et nous avons pris une ruelle adjacente au restaurant Belfort qui elle nous a menés direct sur un snack brésilien. Après 10 minutes de rigolade tupiniquim nous revoilà sur le bon chemin. Une vespa nous invite à prendre une bière juste à côté du mur de bières. Je décline gentiment l’invitation. Tout comme je décline l’invitation à pénétré le usée de la torture ou à ma cer de bonnes frites belges. Par contre je consens après ma croisière sur les canaux de Bruges à faire le Peeping Tom, le voyeur. Tout touriste est un voyeur. Il y des voyous voyeurs et des voyants voyeurs épisodiquement mais le voyageur est par essence un voyeur. Tout voyage est voyeurisme. Le trou de la serrure post moderne c’est le portable, et le selfie signe l’apogée du trans-voyeurisme. Voyeurs et heureux de l’être.

Bruxelles et le mystère des six boîtes noires et du cheval de bois polychrome

Je suis à Bruxelles depuis hier soir. Arrivée à Bruxelles Midi.

Métro 2 direction Élisabeth, huit stations jusqu’ à Botanique. Nous avions réservé pour trois nuits via booking.com dans un apart-hotel BCCA (Bruxelles City Center Appartments) 34 rue de l’Association. Malheureusement suite à des retards dans les transports notre arrivée qui était prévue pour environ 16 h s’est effectuée vers 21h10. Et là, catastrophe. Tout est fermé. On appuie sur le bouton pour appeler le veilleur de nuit: personne.

21 heures il faut appeler un numéro pour avoir les clés et le code d’entrée dans l’immeuble. Mon téléphone est déchargé . J’appelle sur celui de ma compagne qui est en meilleur état. On me dit que j’ai reçu tous les renseignements par e-mail. Et que je dois récupérer les clés de l’appartement dans l’une des six boîtes noires que je trouverai au bout du couloir en bas de l’escalier. J’aurais reçu le code de la boîte et le numéro de l’ appartement via email. Je me souviens bien avoir reçu des emails mais aucun numéro d’appartement ni aucun code. Il consent toutefois à me donner le code d’entrée de l’immeuble. La porte s’ouvre, alleluiah.

Je lui dis que je vais consulter mes mails. Je lui dis que j’ai bien un code pin que m’a donné booking.com. Il me dit que ce n’est pas celui-ci. Le code serait les quatre derniers chiffres de ma réservation. Je suis parti de chez moi à Saintes ce matin vers 5 h. Il est 21h15. Je commence doucement à chauffer du côté des meninges. Mais quoi que bouillonnant je conserve mon sang froid. À quoi bon s’énerver nous avons l’accès aux appartements. On avance. Je promets de le rappeler si je ne trouve pas le mail en question.

Six boîtes noires, six, se dressent en effet mais laquelle est la nôtre ? Je recharge mon téléphone sur l’une des prises situées dans le couloir. Je fouille de fond en comble tous les messages, mes doigts passent et repassent sur tout ce que j’ai pu recevoir de booking.com depuis le 23 juillet, date de la reservation. Rien, nada, le néant. Pas de numéro d’appartement. En désespoir de cause je digite mes quatre numéros sur le clavier des six boîtes noires. Sistematiquement. Rien. Aucune boîte de s’ouvre. Je retourne sur mes emails car je viens de me dire que le message a pu se perdre dans les limbes des spams. Rien non plus. L’agitation nerveuse est à son paroxysme. J’essaie à nouveau sur les six boîtes avec le code pin de booking.com. Rien. Enfer et malédiction. Je prie les esprits du Manneken Pis et de Baudoin Premier ou de Leopold Deux de m’ accorder une sorte de trêve divine. Je suis fatigué . Je voudrais m’allonger. Allez je recommence une dernière fois, je suis têtu. Il y a sûrement une logique la-dedans. Mais je finis par réaliser qu’il y a plus de moins que de plus dans cette histoire à dormir debout. D’autant plus que je meurs d’envie de me soulager d’un besoin naturel et que dans ces moments-là je suis plutôt du genre nerveux. Allez je me résous à rappeler le quidam, le dit veilleur de nuit . Une fois, deux fois. Boîte vocale. Il est déjà 22h20, une heure que je suis à la lutte. Nous avons vu passer une bonne dizaine de personnes se rendant à leurs appartements. L’un passablement éméché nous raconte ce que je sais en dix langues. J’ai reçu un mail qui me donne le numéro de ma chambre et bla Bla bla. Finalement il est 22h30. Stop. Je stoppe les frais pour ce soir. J’abandonne. Nous repartons valises au bras, la queue basse à la quête d’un nouvel hôtel. Le premier hôtel rencontré est complet. ALLEZ À L’HÔTEL DU Congrès, nous conseille-t-on. Ah merci c’est gentil. Les terrasses des cafés sont bondées. J’ai une envie de bière qui me fait presque oublier mon envie de me soulager de ce besoin naturel pressant qui me persécute depuis déjà une bonne heure. Je pense bien à un moment le soulager entre véhicules stationnés mais dans la ville du Manneken Pis cela ferait piètre figure. Finalement nous y sommes.

Hôtel du Congrès. La nuit est à 65€ et les petits déjeuners à 9€ par personne. WI-FI Télé salle de bains. La chambre est immense mais pas d’air conditionné malgré la chaleur qui sévit. Mais nous n’allons pas faire la fine bouche. La chambre 314 nous est attribuée. Il est 23 heures. Bruxelles commence. Demain à 11 heures nous retournerons à Brussels appartements au 34 rue de l’association pour prendre possession des clés de notre appartement et qui sait être dédommagé de cette nuit à l’hôtel du Congrès. Je ne me fais pas trop d’illusion.

Après bien entendu comme il se doit avoir pris notre petit déjeuner continental sous le galop d’un cheval de bois polychrome récupéré d’un restaurant fermé en 1994 qui était attenant à l’hôtel. L’hôtel possède deux de ces chevaux de bois, vestiges d’un ancien carousel.

Nous nous rendons donc le matin vers 11 heures et après avoir expliqué notre histoire à la réceptionniste de l’ appart hôtel elle ne nous facture que deux nuits. Super. On respire. On emménage enfin dans notre appartement. A nous Bruxelles.

Die Zauberflöte

DIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTE

DIE ZAUBERFLÖTE

Die Zauberflöte, en français La Flûte Enchantée, est un opéra incontournable en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) qui mourut le 5 décembre 1791 à Salzburg, ville où il était d’ailleurs né, soit trois mois après sa première représentation à Vienne le 29 septembre 1791. Pour la petite histoire le vrai nom de ce compositeur était Johannes Chrisostomus Wolfgang Theophilus Mozart. Mozart substitua le Theophilus par Amadeus. Théophile contre Amédée. Le livret est de Emanuel Schikaneder.

 

C’est un conte de fées fantastique mis en musique dans la tradition du singspielArte a retransmis le 4 août 2018 en léger différé la troisième des sept représentations qui ont eu lieu ou vont avoir lieu  à Salzburg au Palais des Festivals entre juillet et août 2018 avec une distribution internationale, le tout sur une mise en scène fantastique de Lydia Steier (USA), des costumes de Ursula Kudrna et des décors de Katharina Schlipf

Dans la fosse l’Orchestre Philarmonique de Vienne sous la direction du jeune chef grec Constantino Carydis et les Choeurs de l’Opera de Vienne sous la direction de Ernst Raffelsberger

Sur scène

Tamino, le prince (Mauro Peter, le suisse)

Pamina , la fille de la reine de la nuit, (Christiane Karg)

Papageno, l’oiseleur, l’homme-oiseau, le boucher aussi (Adam Plachetka)

Papagena (Maria Nazarova)

Papagena vieille (Birgit Linauer)

Sarastro, le sorcier, le Divin sage, le Dieu, le sacerdote (Matthias Goerne)

Monostatos, le fidèle lieutenant de Sarastro (Michael Porter) mais qui dans la version originale est un génie, un prêtre

La reine de la nuit (Die Königin der Nacht) devait être Albina Shagimuratova. Malade, cette dernière a été remplacée au pied levé par Emma Posman.

Le grand-père dont le rôle avait été attribué à Bruno Ganz a finalement été dévolu à Klaus Maria Brandauer, suite à la maladie soudaine de ce lui-ci.

L’Orateur, Spreker (Tareq Nazmi)

Les trois dames:

La première dame – Erste dame (Ilse Eerens)

La deuxième dame – Zweite dame  (Paula Murrihy)

La troisième dame – Drette dame(Geneviève King)

Les trois enfants (membres du chœur de garçons de Vienne)

Merci à Arte tout d’abord pour cette initiative. L’opéra est ainsi accessible au plus grand nombre. Sur le site du festival il y a en effet 8 catégories de prix pour voir cet opéra qui se joue à guichets fermés soit dit en passant: 430€-340€-260€-190€-150€-115€-75€-30€ selon que l’on souhaite assister à cette féerie dans le parterre, au premier rang des premieres loges de face, au troisième rang des troisièmes loges de côté, etc. Merci Arte ! Danke schoen !  J’ai pu me plonger dans cette Flûte Enchantée avachi dans mon canapé sirotant une Kriek bien glacée. Mais pendant les 95 minutes et quelques qu’a duré la retransmission de cet opéra je me suis souvenu de la première fois que j’ai mis les pieds à l’Opéra Garnier.

C’était entre le 5 mai et le 19 juin 1982, je suppose, j’y étais allé voir le ballet de John Neumeier Songe d’une nuit d’Eté sur une musique de Felix Mendellssohn-Bartholdy et Györgi Ligeti, un ballet en deux actes et un prologue d’après William Shakespeare. J’avais pu me dégoter deux places au poulailler, je ne me souviens plus mais j’étais perché au troisième ou quatrième étage car j’avais profité du tarif le moins cher. Il fallait s’habiller, crois-je me souvenir, car on n’entre pas à l’Opéra en quenilles. On ne gravit pas l’escalier ‘honneur en bras de chemise. Mais ce fut malgré tout une sacrée expérience. L’opéra est une super production qui rassemble une foule de métiers comme éclairagistes, décorateurs, machinistes, couturiers, chorégraphes, metteurs en scène, musiciens, chef d’orchestre, danseurs, producteurs. D’ailleurs je crois me souvenir que si j’avais mis les pieds à l’Opéra c’est parce que j’y connaissais quelqu’un qui y travaillait comme éclairagiste.

Operagarnier

Le livret est basé sur le conte fantastique Lulu, Oder de Zauberflöte, de August Jakob Liebeskind (1758-1793) qui a intégré une collection de contes intitulé Dschinnistan, oder Auserlesene Feen- und Gestermärchen (1786-1789) de Christoph Martin Wieland (1733-1813) . Il y aurait donc  une sorte de tradition nordique des contes de fées puisque outre les frères Grimm et Hans Christian Andersen (1805-1875) dont la renommée n’est plus à faire on a Johann Karl Musäus,(1735-1787), Johann Gottfried von Herder (1744-1803), et bien sûr Liebeskind.

Pour un livret en français d’après la traduction originale  de JG Prod’homme et Jules Kienlin publiée en 1912 allez ici pour l’acte 1 et ici pour l’acte 2. Cela vous permettra d’entrere ans les subtilités de La Flûte enchantée. L’idéal serait de comprendre l’allemand pour savoir le mot exact pour définir en allemand de 1791 Monostatos et Sarastro.

Dans la version 2018 qui nous occupe ici, presque 227 ans après, les protagonistes évoluent dans une maison bourgeoise à l’atmosphère gothique au début du 20ème siècle. C’est en même temps du théâtre, de l’opéra comique, du cirque. On nage en plein mystères égyptiens sous les auspices d’Isis et d’Osiris, on évolue entre rituels maçonniques, initiatiques (tel celui du silence), oiseaux merveilleux, monstres, ours, ballons, soldats de plomb qui se transforment en princes, princesses qui se transforment en clowns, trapèzes volants,  grands-mères qui deviennent reines de la nuit, contorsionnistes, et à l’intérieur de tout cela flotte une histoire d’amour. Il y a au centre la flûte magique, le pipeau et le carillon magique qui égrennent musicalement le chant de la destinée. C’est très visuel avec des pancartes qui proclament en allemand WEISHEIT, WAHREIT, ERKENE DICHT SELBST, TAFFER KEIT. Sur les murs du Temple de la Sagesse, où règne Sarastro en frac et  chapeau haut-de-forme, tout-à-coup la guerre s’invite en images en noir et blanc, la première guerre mondiale avec ses millions de morts au nom de cette lutte interminable entre le bien et le mal. Le conte de fées s’évanouit pour faire place à la réalité brutale, sanguine et destructrice. Good and Evil. Evil and Good. Le bien et le mal se chevauchent, se confondent entre obscurité et lumière. Le monde n’est pas si manichéen que le pensait peut être Mozart. La version est poétique, magique. Le point névralgique pour moi c’est l’aria chantée par la reine de la nuit.

Il n’y a que cet air qui m’est familier. J’ai aussi savouré la chanson de Papageno et Papagena.

Il ya bien sûr une portée philosophique dans l’oeuvre chantée rappelons-le en allemand. et non en français ou en italien comme le voulait une certaine mode jusqu’à alors. Il faut savoir que Mozart était entré en franc-maçonnerie dès 1784 (d’ailleurs l’auteur du livret était son frère en franc maçonnerie) et donc forcément l’oeuvre déborde de ces références (opposition entre le jour et la nuit, le bien et le mal, le chiffre 3, le couple comique, le couple noble, les épreuves qui caractérisent le rite initiatique, le triomphe de la raison sur l’obscurantisme)

J’ai vu en son temps le film-opéra d’Ingmar Bergman Trollflöjten (1918-2007)  de 1975 qui évoque La flûte enchantée qui a sa propre lecture de la relation entre la reine de la nuit et Sarastro et où Pamina est la fille de Sarastro, ce qui amène toute une analyse psychologique sur la nature oedipienne de la relation.  Joseph Köstlinger (Tamino), Irma Urrila (Pamina), Hakan Hagegard (Papageno), Ulrik Cold (Sarastro), Ragnar Ulfung (Monastataos), Elizabeth Ericson (Papagena), Birgit Nordin (queen of the night, Nattens Drottning) font partie de cette distribution. L’originalité de ce travail c’est que nous sommes en même temps sur scène, dans les coulisses, dans la flûte de Pan de Papageno, dans le parterre, dans les loges, dans les costumes de Henny Noremark et Karin Erskine, dans la fosse avec l’orchestre symphonique de la radio suédoise sous la direction d’Erik Ericson, dans les poumons gonflés et les cordes vocales des choristes du choeur de la radio suédoise nous sommes en quelque sorte des adjuvants actifs de ce deus ex machina. Il est bon de noter que les 3  esclaves de Monastatos normalement joués par des adultes sont ici joués par des enfants silencieux. Nous sommes aussi ce silence ! Je dirais même plus nous sommes le théâtre baroque, le Drottningholm Palace Theatre, et en même temps le théâtre  Auf der Wieden de Vienne où fut représentée la   flute enchantée pour la première fois en 1791. Nous sommes tout aussi bien dans le mysticisme que dans la comédie grossière.

Kenneth Branagh et Stephen Fry proposent en 2006 une nouvelle lecture de ce singspiel qu’ils délocalisent dans le temps en le plaçant pendant la deuxième guerre mondiale avec Joseph Kaiser (Tamino), Amy Carson (Pamina), René Pape (Sarastro), Luybov Petrova (reine de la nuit), Silvia Moi (Papagena), Benjamin Jay Davis (Papageno), Tom Randle (Monostasos), Ben Uttley (le prêtre).

C’est donc à partir de ces deux références et e quelques souvenirs d’enfance et de contes de fées que je me suis plongé dans cette nouvelle lecture de ce chef d’oeuvre de Mozart qui est joué partout à travers le monde. Rien que pour la saison  2018-2019  il est joué ainsi:

au Théâtre Royal de la Monnaie – De Munt en coproduction avec l’opéra de Lille avec une mise en scène de Roméo Castelliuci et une direction d’orchestre de Antonello Manacorda et Ben Glassberg (11 représentations entre septembre et octobre 2018)

au Staatsoper Unter den Linden Berlin  avec une mise en scène de Yuval Sharon et une direction d’orchestre de Franz Welser-Most (11 représentations entre février et avril 2019)

au festival Castell Peralada avec une mise en scène de Oriol Broggi et une direction orchestrale de Josep Pons (3 représentations en août 2018)

au Festspielhaus   Baden- Baden (3 dates en juillet 2018) avec comme chef d’orchestre  Yannick Nézet-Séguin

au Garsington Opera, Wormsley, GB (11 dates entre mai et juillet 2018) avec une mise en scène de Netia Jones et une direction d’orchestre de Christian Curnyn,

Jubilado, aposentado, retired, pensioenist, retraité: heu-reux

Aujourd’hui enfin le divin jeune homme pénètre dans ce territoire si doux et redouté à la fois. Il vient de franchir allègrement le Cap de la Bonne Espérance. Il cingle comme un esquif mort de faim vers l’azur transfiguré par les alizés . Officiellement notre homme est retraité . Premier août 2018. Sonnez hautbois, résonnez musettes, chantons tous l’avènement du jeune homme. Trinquons tous en chœur. Et grignotons de délicieux chips de légumes.

Et chantons notre hymne à la joie:

« Je n’ai pas changé. Je suis toujours ce jeune vieillard étranger. »

Je viens de me peser. 91,8 kilos. Lai lai lai. J’ai pris ma tension 11.8/8.8 LAI LAI LAI. 70 pulsations par minute. J’ai pris mon petit café avec trois tout petits morceaux de sucre de canne roux. Jubilado, aposentado, retired, retraité. Heu-reux !

Un petit thon rouge salade couscous pour marquer le coup en tête à tête.

Martin Luther King aurait sans doute dit: « Free at last, free at last. Thank God almighty, we are free at last » .

J’aimerais qu’on me chante comme Dalida à ce jeune homme étranger : « Tu n’as pas changé »

Heu-reux, aurait dit Fernand Raynaud.

Bah moi suis heureux. Je m’excuse, c’est vrai. J’suis heureux. J’suis cantonnier. Parce que moi, j’travaille dans les petits chemins vicinaux. Vous m’avez peut- être aperçu déjà dans mon fossé, appuyé sur ma faux. Quand il pleut j’travaille pas, quand y a d’la neige je scie du bois. Heu-reux ! Y en a qui tiennent le haut du pavé moi j’tiens le bas du fossé . J’suis heureux. J’suis payé au mois. Quand il pleut, j’travaille pas l’hiver. Qu’est ce que j’suis heureux ! Quand j’rentre le soir. Vous savez qu’ y en a, quand ils ont fini leur boulot vers les sept-huit heures de l’après- midi, ils prennent le métro ou l’autobus, ils attendent des heures. Moi, quand j’ai fini mon boulot vers les quatre heures de l’après midi, quand j’rentre c’est bien rare si dans mon panier j’ai pas quelques champignons. Ou quelques amandes, ou des noisettes ou bien des airelles. Les airelles, ce sont des fruits très délicats que vous n’ pouvez pas connaître, vous. Parce que ça n’supporte pas le voyage. Alors c’est bon pour les cantonniers. Heu-reux ! Y a qu’un seul jour où j’m’ennuie dans la vie c’est lorsque je suis obligé d’aller à Paris. Parce qu’on a une tante qui invite tous ses neveux. Et nous sommes tous réunis autour de la table. Y en a un il a pas eu d’ chance dans sa vie. Pauvre malheureux. Il a réussi à tous ses examens. Il est devenu chef d’entreprise. Il a sept cents employés sous ses ordres. Quel est ce mot qui revient sans arrêt dans sa conversation ? Ah mais j’avais entendu parler de ce mot là. Ah oui. Impôt. Qu’est ce que ça veut dire ? J’en ai parlé à mon copain, c’est le patron du p’tit café Au Joyeux Cor de Chasse. C’est à l’orée du bois, juste à la sortie du village. Il a dit impôt impôt. P’têtre qu’ils pensent qu’à boire à Paris ? Alors on a bu un pot.

Mon deuxième cousin germain c’est le comique de la famille. Qu’est ce qu’il m’fait rire, cuila alors ! Il est professeur de philosophie. Il passe sa vie à étudier ce que les autres pensent. Des nuits entières, il disserte. Le rapport, je l’ai appris par cœur tellement ça m’a fait rire, J’suis cantonnier, J’suis cantonnier des chemins vicinaux. Il disserte sur le rapport qu’il y a entre la pensée de Blaise Pascal qui a dit : « oui, moi je crois. Parce que j’ai la foi. Et c’est pour ça que j’crois. » Par rapport à l’anticlericalisme de Voltaire qui a dit: « moi je n’ crois pas mais j’ai la foi en ce que je n’crois pas et c’est pour ça que je n’crois pas » . Et moi pendant ce temps là la nuit je dors. Heu-reux.

Mon troisième cousin Germain je n’ose pas trop en parler parce que c’est le diminué de la famille. Quand il est en voiture il peut pas voyager comme tout le monde. Alors il lui faut une cocarde bleu blanc rouge à son pare-brise. Il est député ou sénateur. Alors il lui faut un flic devant, un flic derrière pour laisser passer.

Et le quatrième c’est le plus chouette de tous, c’est le toubib, lui il connaît la vie. Quand son regard rencontre le mien nous nous comprenons. Il est chouette. Il me sort toujours de l’embarras. L’autre fois y a le philosophe qui a dit « tu es heureux, heureux, essaie de le prouver d’une façon concrète que tu es heureux » . Alors le toubib à répondu pour moi . « Tu as déjà vu, toi, des cantonniers qui faisaient grève ? » Heu. Je suis heu-reux.

Tout ce que je sais c’est que je suis encore un morphal. J’ai toujours envie comme à 17ans de mordre dans la vie, de créer mon destin comme on crée une œuvre d’art, de ne pas être le jouet des circonstances au gré du bon vouloir des Deus ex machina qui nous entourent. Avoir envie est fondamental. Avoir envie est à la racine de tour ce qui me meut. Ce n’est pas tant la quantité, le calibre de l’envie que sa qualité, son intensité. Une envie permanente de femme enceinte pour nourrir les jumeaux morphales qui baignent dans son phalle. Une envie même quand elle est mort-née est une envie qui laisse des traces indélébiles. Dans envie il y a « en » il y a « vie » . J’ai envie car je suis en vie. A l’instinct de vie je préfère l’instinct d’envie. La vie ou le vit. La bourse ou la vie. Choix cornélien que cet instinct vital qui condamne à mettre au ban tout plan quinquennal.

65 ans et neuf mois pour arriver on top of the Hill.

Je pense en ce jour de lancement de mon « magical mystery tour » personnel à la chanson des Beatles  » Fool on the Hill » .

« Day after day

Alone on a hill

The man with the foolish grim

Is sitting perfectly still

And nobody wants to know him

They can see that he’s just a fool

But he never gives an answer

But the fool on the hill

Sees the sun going down

And the eyes in his head

See the world spinning round.

His head in a cloud

The man with a foolish grin

Is talking perfectly loud

But nobody wants to hear him

They can see that he’s just a fool

But he never gives answer

But the fool on the hill

Sees the sun going down

And his eyes in his head

See the world spinning round. »

Cela traduit peut-être l’impression que j’ai aujourdhui d’être tout-à-coup mais en même temps depuis toujours un « fool on a hill with a foolish grin ».

Oui l’envie se caractérise par ce foolish grin. Sans ce « foolish grin » pas de vie, pas d’envie.

Me revient aussi un refrain de Joe Dassin qui parlait lui aussi de « fou sur la colline » à sa façon.

« Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline

De l’attendre avec un petit bouquet d’églantines

J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu

J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue »

Alors pour la postérité avant que ma trace d’actif ne soit à jamais effacée des tables de la planète Earth permettez ce petit album fugace et fou pour entrer de plain-pied dans le meilleur âge. Le troisième. La troisième mi-temps.

Dix photos pour un jubilé.

Kurt Vonnegut

That Kurt Vonnegut used do be may favorite writer. Read Player Piano, Breakfast of Champions, Slaughterhouse Five (was it really five, I really don’t remember). Didn’t know that book, though, A man without a country….And who’s the fuck is Mr Jingles !? THAT CAT?

King of the Hill

Vous connaissiez ? J’en doute. The Simpsons, oui mais King of the Hill, je ne crois pas.

Au Québec la sitcom d’animation est connue sous le nom Les Rois du Texas. Pourtant cette série a tourné aux États Unis sur la Fox entre 1997 et 2010. Pendant treize saisons les personnages ont enchanté par leur humour un peu sec du Sud des États-Unis. Les auteurs sont Mike Judge et Greg Daniels. Mike Judge est aussi le créateur d’une autre série d’animation appelée Beavis and Butthead qui a sévi sur MTV entre 1993 et 2011.

Beavis and Butthead sont deux ados complètement dingues de musique heavy metal originaires de Highland, Texas tandis que King of the Hill met en scène comme personnage principal Hank Hill, vendeur de gaz propane à Arlen, Texas. Autour de lui gravitent sa femme Peggy, son fils Bobby, ses voisins Bill, Dale and Jeff, sa nièce Luanne, le mari de cette dernière Lucky, et Connie, l’amie de Bobby, fille de Kang, un laotien voisin de Hank.

Vous avez dû aussi voir quelques épisodes de South Park dont les auteurs Trey Parker et Matt Stone citent comme influence Beavis and Butthead.

South Park c’est l’histoire de quatre garçons de South Park, Colorado : Stan, Kyle, Kenny et Cartman. Ces enfants sont d’abord des élèves de 3rd grade pendant 3 saisons pour enfin passer en 4th grade à partir de la saison 4. Elle à commencé en 1997sur Comedy Central et continue encore à sévir.

Avec l’arrivée de Barack Obama au pouvoir étrangement aussi bien King of the Hill que Beavis and Butthead ont mis la clé sous la porte. Argument utilisé : coût faramineux.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump ces séries reprennent du poil de la bête. On commence à imaginer une suite. Et King of the Hill vient d’être reprogrammé sur la chaîne américaine Adult Swim, chaîne concurrente de Netflix. Il faut dire que King of the Hill c’est un peu la voix de l’ Amérique profonde, celle du Sud des États-Unis, celle des rednecks. Alors que les Simpsons créés par Matt Groening avec ses personnages récurrents Homer Simpson, inspecteur de sécurité à la centrale nucléaire, sa femme Marge et leurs trois enfants Bart, l’aîné, Lisa la cadette et Maggie, la benjamine, tous originaires de la ville fictive de Springfield seraient la voix du monde ouvrier du Midwest.

Chapeau melon et bottes de cuir : a suit is a man’s armour selon double zero seven et ses ersatz

Dans les années 60 (de 1961 à 1969) cette série british qui mêlait allègrement espionnage, contre-espionnage, MI 5, MI 6  et science-fiction, me passionnait. En langue originale c’était The Avengers avec Patrick Macnee (John Steed) et Honor Blackman (Cathy Gale) Diana Rigg ( Emma Peel, l’épitomé de l’élégance, saison 4 et 5) ou Linda Thorson (Tara King)(saison 6) dans les rôles principaux. Deux agents secrets de sa Majesté aux prises avec toutes sortes de « villains ». Une débauche de mode british, parapluie (umbrella), chapeau melon (bowler hat) (qui peuvent en cas de besoin s’avérer des armes redoutables), costume 3 pièces cravate  toujours impeccable, jamais froissé, fait sur mesure pour monsieur by Audrey Liddle et Ambren Garland, ses costumiers qui se faisaient tailler les vêtements sur Regent street par Bailey and Weatherhill et à un certain moment  Pierre Cardin  et garde-robe de cuir et autres matières moulantes trendy pour Emma Peel by John Bates (saison 4) et Alun Hughes (saison 5).

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Ce dernier continuera avec Tara King (saison 6) sauf pour 6 épisodes où va intervenir  Harvey Gould. Le charme, l’humour, le flegme  et la sophistication à l’état pur. Et les voitures british, que du vintage : des Bentley, des Jaguar, des Rolls Royce , des Vauxhall, des Lotus  en veux-tu en voilà. 161 épisodes de 50 minutes qui à la fin étaient diffusés dans 90 pays. J’en retiens une phrase :

A suit is a man’s armour.        Le costume c’est l’armure de l’homme.

Mrs Peel est une veuve puisqu’elle a perdu son mari pilote d’essai. Elle est riche, belle et indépendante. Elle occupe un appartement chic (une penthouse) et est une femme libre, qui domine le judo et le karaté, une rose d’Angleterre, qui occupa, je peux le confesser, nombre de mes fantasmes de jeune ado. Au volant de sa Lotus Elan elle était irrésistible. Entre 1976 et 1977 ce furent les New Avengers toujours avec Patrick Macnee mais avec d’autres agents secrets pour lui donner la réplique comme Joana Lumley (as Purdey) et Gareth Hunt (as Mike Gambit)

J’adorais le thème musical d’ Avengers de Laurie Johnson. En 1998 un film est sorti Avengers avec  Ralph Fiennes dans le rôle de Steed et Uma Thurman dans le rôle de Dr Peel. Dans ce film on entend la voix off (cameo) de Patrick Macnee qui joue le rôle d’Invisible James. Sean Connery, James Bond originel, y joue le rôle  de Sir August de Winter , un méchant. Comme souvent la copie n’égale pas l’original. Certes on a toujours les mêmes personnages, les mêmes vêtements mais l’esprit n’y est plus. Les costumes sont d’Anthony Powell mais chez le Steed de la série de télévision la mode qui nous est donnée à voir est du type équestre (le nom Steed d’ailleurs évoque cet aspect équestre) presque edwardienne tandis que la mode sur Avengers 1998 est la mode de la City. Je retiendrai pourtant sur la bande  musicale du film sous la direction de Bruce Wooley dans laquelle figure Storm chanté par Grace Jones  and the Radio Science Orchestra.

Steed (1922-2015) n’est plus  Peel (1938-) continue. Ainsi va la vie. Roger Moore, le protagoniste du Saint est encore là, alive and kicking, tout comme un autre 007 Sean Connery.

007 fruit de l’imagination de Ian Flemming (1908-1964) a connu le noir et blanc puis la couleur. Sujet indéfectible de Sa Majesté il apparaît dans Casino royale (1953), Live and let live (1954), Moonraker (1955), Diamonds are forever (1956), From Russia with Love (1957), Dr. No (1958), Goldfinger (1959), For your eyes only (1960), Thunderball (1961), The spy who loved me (1962), On her Majesty’s Secret Service (1963), You only live twice (1964), The man with the golden gun (1965) et Octopussy and the living daylights (1966). Même  Patrick Macnee  lui aussi joua le rôle de Sir Godfrey Tilbett dans A view to a kill dans un James Bond tout comme deux de ses partenaires : Honor Blackman qui prit le nom de Pussy Galore dans Goldfinger (1964) et Diana Rigg qui devient Contessa Teresa di Vicenzo et fut la seule à passer la bague au doigt à Bond, James Bond dans On her Majesty’s Secret Service (1969)

Là encore ce ne sont pas les histoires, les synopsis qui restent mais la musique de John Barry et des titres  comme Goldfinger (1964), Moonraker et Diamonds are forever et la voix de Shirley Bassey  ainsi que Live and let die de Paul MacCartney and Wings sans oublier Thunderball de Tom Jones

 

 

 

Les rictus et versus de l’Octombule

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J’ai d’abord essayé de comprendre le sens du mot Octombule et je me suis fourvoyé dans noctambule. C’est en voyant le numéro Zéro intitulé Octonbule que j’ai compris l’origine profonde de l’Octombule: la petite bourgade d’Octon dans le 34, Coeur d’Hérault, mais aussi Occitanie. Et qui dit Occitanie dit Septimanie jusqu’au Moyen-Âge! Octon, petit village occitan pas encore occis par le temps, petit village septimancipé alerte et bandant donc de moins de 500 âmes, les Octonais, siège d’un village des Art-et-Métiers. Une feuille de chou contemporaine recto verso qui se lit non pas recto verso mais rictus versus, J’ai tout de suite accroché d’autant plus que la feuille de chou était proposée à 0,10€ et qu’il ne rendait pas la monnaie. Cocasse, impertinent, avide de jeux de mots, poétique, voilà ce que fut ma première impression. Ma chère et tendre cherchait déjà au fond de son porte-monnaie la précieuse pièce qui allait nous permettre d’entrer dans les arcanes de cette feuille de chou insolite imprimée en noir et blanc. Après avoir mangé une paella et goûté au dessert je commençais à entrer en état de somnambulisme quand tout à coup cette page me tira des effluves de Champagne Philippe Fays qui m’avaient transporté. On (Philippe Gerbaud, amiral en chef de ce radeau ivre et illustrateur) (décidément c’était la journée des Philippe) m’offrit un exemplaire de ce fanzine que je m’empressai d’enrouler comme un précieux papyrus pour pouvoir le lire le lendemain bien au calme de retour dans ma belle ville de Saintes. Las, au moment de partir je fus attiré par l’appel mystérieux du fromage qui flânait tranquillement sur une table et que je n’avais pas encore bécoté. N’écoutant que mon odorat et mon instinct de renard je me précipitai sur le fromage et délaissai un instant l’Octombule . Le journal de minuit et des poussières,  un journal qui se veut un pont entre des êtres étranges nommés Octombuliens et d’autres êtres non moins étranges, les Attributis. Voilà tout ce que je savais de l’animal. Mais à cause de ce fromage j’ai égaré la proie. S’il y avait un renard dans le coin il m’aurait sans doute dit :

Mon bon monsieur, apprenez que toute feuille de chou vit aux dépens de celui qui la goûte. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute !

Heureusement le lendemain Internet me permet de retrouver la trace de ce dont je vous propose ici les tout derniers rictus et versus . Merci Facebook.

Si vous souhaitez consulter les numéros zéro (quand il se faisait appeler encore L’octonbule avec un n) au numéro Ztreize c’est par ici.

Pour le reste voici ce que dit   Philippe Gerbaud dans la présentation du numéro Z-dix-Fuite de l’OCTOMBULE:

« Merci aux contributrices et contributeurs de L’OCTOMBULE Zdix-Fuite car elles et ils n’ont pas esquivé le sujet proposé pour bâtir ce frêle esquif ou l’on s’esclaffe (parfois).

Ainsi, sans mal, par ordre Alpha :
Alexandre Vélez, Anne-Marie Liotard, Bellelurette, Cecile Sternisa, Comérode, Elisabeth Popeye, Elledipi, Fillault, -H-, hopla, Horst, Hyafil, Ifren et Paco, Internationalskaja Jamminski, Léo Gartien, Liane la Gitane, Marc Daum, Marie Cayol, Médéric, Mireille Gealageas, Nathalie Bardouil, Olé, Peggy Wood, Philippe Bissières, Ruth, Stéphan Riegel, Toni Von Bonjour, Vincent Valade, Violette, Xavier Dole.
Merci à Henry IV Ayrade qui administre les corrections. Merci à l’Inuit d’InOcto pour les belles couches de noir.

L’Octombule n’est pas si facile à trouver même dans les meilleures pâtisseries, vous pouvez proposer des lieux de distribution, ou MIEUX ENCORE devenez un centre de grande distribution à Minuit et des Poussières. »

 

La réalité dépasse la fiction

On croit être créatif, on imagine des scénarios invraisemblables. J’ai commis un ouvrage qui n’est pas publié et qui s’appelle Archipel des Reliques. C’est un roman qui raconte une histoire un peu étrange tirée de la vie telle que je l’imagine de ma grand-mère que je n’ai pas connue et qui était gadédzafè. Je lui ai imaginé une vie et une mort ainsi que des amours impossibles. J’imagine qu’elle est la symbiose entre son père qui est mort  indigent à l’hospice en 1900 et elle qui est morte en 1933. Mon père est la seule personne qui m’ait jamais parlé d’elle. Elle est morte d’un coup de colère sur le marché de Saint-Claude. Mon père avait dix ans à l’époque . Je crois qu’il a un peu sublimé le personnage. Elle vendait des simples sur le marché et avait comme il se devait pour tout gadédzafè un rapport constant et privilégié avec les forces occultes.

J’ai donc forcé un peu la dose et créé un personnage qui rentrerait en contact avec une divinité du troisième type et en tomberait amoureuse. Cette divinité prendrait l’apparence d’un cyclone fait homme. Bon gardons le suspense. Vous voulez en savoir plus. Rendez-vous ici.

Or il se trouve qu’hier en discutant avec un cousin dont la grand-mère était la fille de mon aïeule qui répondait au doux surnom de Fillotte il me raconte que cette fille, donc ma tante, la soeur aînée de mon père,  était initiée elle aussi sinon aux esprits du moins aux plantes et à la divination par les cartes. Et que lui-même tout jeune aurait été instruit de ces choses-là. Il était le confident de sa grand-mère avec qui il passait beaucoup de temps.

Mon père ayant été élevé à la mort de sa mère (il avait alors 10 ans) par sa soeur aînée la considérait un peu comme sa mère. Ce fut pour elle sa dernière pensée. Enfin celle qu’il partagea avec moi la veille de sa mort.

Ne dis rien à Fifine. Elle est déjà bien âgée.

Il ne voulait pas qu’on fasse part de sa mort à sa soeur pour ne pas l’ennuyer inutilement.

Or ne voilà-t-il pas que ce cousin me raconte que cette grand-mère, son arrière-grand-mère, ma grand-mère,  a été transportée le jour de sa mort en berceuse (c’est le mot qu’il a employé) du marché au domicile de mon grand-père qui était le mari de ma tante et en même temps le père de ma mère.

En berceuse ? me suis-je exclamé incrédule !

Quand le cousin en question me dit « berceuse » moi j’ai compris « berceau ». Mais berceau comme berceuse quelle drôle d’idée.   Puis j’ai réalisé  que je ne savais pas ce qu’était une berceuse. Une berceuse pour moi c’est une chanson que l’on chante à un enfant pour l’endormir. Mais dans le contexte je ne vois pas pourquoi on aurait transporté un corps défunt dans une berceuse.  Dans une brouette je comprendrais encore mais une berceuse. Même un berceau c’est un peu ahurissant. on ne trouve pas de berceau sur les marchés, et on n’en trouvait sûrement pas sur les marchés et surtout sur le marché de Saint-Claude en 1933.    Un hamac à la rigueur, c’est un morceau de toile qui permet à deux de transporter un corps mais une berceuse… D’où venait cette berceuse ? Etait-elle déjà dans la famille ? L’a-t-on amenée là d’urgence pour transporter la défunte. Ou une âme charitable l’aurait-elle prêtée ?

Sur le coup je n’ai pas voulu lui demander des précisions sur cette berceuse. Je voulais rester sur le charme. Oui mourir et être porté à deux pas du cimetière en berceuse. C’est beau quand même vous ne trouvez pas ! A deux pas, oui parce que mon grand-père et son épouse, la soeur de mon père, habitaient à deux pas du cimetière, ruelle de l’Externat à Saint-Claude.

Drôle de mort pour une gadédezafè morte d’un coup de sang ! Pas la peine de vendre des feuillages pour mourir de la sorte à même pas 40 ans.

Ca m’a trottiné dans la tête toute la nuit puis le lendemain en fin de journée je me suis résolu à chercher dans le dictionnaire le sens d’une berceuse. Si mon cousin lui-même m’avait transmis cette information cocasse c’est que ça l’avait choqué lui aussi. Mais lui savait ce qu’était une berceuse et moi pas !

Je vais donc sur mon site préféré CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) et voilà en ameublement une berceuse est « un fauteuil à bascule sur lequel on peut se balancer légèrement. synonyme : Rocking-Chair. » synonyme canadien chaise berçante. Et du coup je souris car j’ai écrit un hymne au fauteuil à bascule. J’avais dans mon livre créé une profession pour le père de mon héroïne, fabricant de fauteuil à bascule. J’avais aussi ici même évoqué un autre nom pour le fauteuil à bascule qu’on appelait aussi autrefois    inquiétude. Voir ici mon article écrit en début d’année où je parle d’un rocking-chair qui était dans notre appartement à Basse-Terre avant que nous ne quittions la Guadeloupe en 1961. Et je me posais la question de sa provenance faisant allusion justement à ce grand-père. Eh bien peut-être aurais-je dû voir plus loin que le bout de mon nez et peut-être me suis-je balancé dans le fauteuil à bascule qui a transporté le corps sans vie de ma grand-mère.

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On a donc transporté le corps inanimé de ma grand-mère en inquiétude, en berceuse, en rocking-chair, en rocking-chair de la place du marché à la ruelle de l’Externat. Il est vrai qu’autrefois il y avait la chaise à porteurs pour transporter les gens dits de qualité alors pourquoi pas le fauteuil à bascule à porteurs, le rocking-chair à porteurs, l’inquiétude à porteurs, la berceuse à porteurs.

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La réalité rejoint la fiction voire la dépasse. Voici ce que j’écrivais sur le père de Fillotte qui était selon moi fabricant de fauteuils à bascule. En d’autres mots fabricant d’inquiétudes. Le fauteuil à bascule se trouve dans le salon de coiffure de Mayotte Guimbo, sa demi-soeur.  C’est sous ce fauteuil que dort le raccoon rouge sérénissime de Fillotte et c’est encore dans ce fauteuil qui se trouve chez sa soeur qu’elle a un cauchemar en plein après midi.  Il est dit parfois de mer, en bois de mer, parfois en bois de laurier rose. Peut-être le ferais-je d’écume comme les pipes d’écume que les marins d’antan jetaient à la mer à leur arrivée à bon port.

Selon Anicet Guimbo, il fallait pas moins de 178 étapes de fabrication pour arriver au meuble parfait, 100% massif, véritable bijou artisanal, son fauteuil à bascule !Et cela sans compter l’assemblage, le ponçage, le polissage et la finition !
Philémon Guimbo, son père, lui avait édicté sur son lit de mort les tables de la loi, les Dix Paroles du Fauteuil à Bascule:

Première Parole : Ecoute bien ce que j’ai à te dire. Ne me fais pas attraper désordre avec toi de l’endroit où je serai. Je te surveille.. Enfonce-toi bien ça dans la tête. Je te surveille bien !  Tu utiliseras toujours du bois de plus de quarante ans, du bois arrivé à maturité, du bois dur, sans noeuds, sans défauts naturels, pas de bois de coeur ni d’aubier.
Deuxième Parole : : Tu ne feras ni chaise, ni banc ni tabouret ni pliant. tu ne tailleras de ta main que fauteuils à bascule, inquiétudes, berceuses ou rocking-chairs devant ma face. Tu calculeras  18 pouces un quart de profondeur d’assise, 26 pouces d’écart entre les deux accoudoirs, 19 pouces et quart d’écart entre les montants de devant, 32 pouces entre le haut du fauteuil et l’assise, et ainsi de suite. Dans mon fauteuil tous pourront s’asseoir quelque soit leur taille, morphologie (proportion tronc-jambes, cambrure lombaire, basculement du bassin…). Les 4 barreaux du dossier composant le dossier ne mesureront pas plus d’un demi-pouce et seront étudiés pour s’adapter aux muscles du dos, mais aussi aux ischions…
Troisième Parole :  Tu feras chanter joues de mortaises et flancs de ténons jusqu’à ce qu’il s’imbriquent parfaitement. Tu feras bien sûr aussi appel à queues d’aronde et chevillage bois.
Quatrième Parole :  Tu appliqueras toujours teinte d’origine végétale avant les trois couches de résine incolore.
Cinquième Parole :  Tu veilleras comme sur toi-même sur gouge, maillet, scie à guicher, ciseau à bois, coins, forêts, tarières, chignole, rabot, plane et villebrequin.
Sixième Parole :  Lors de la finition tu alloueras 48 h de séchage entre chaque couche de vernis.
Septième Parole : Tu honoreras scrupuleusement les 178 étapes de ma fabrication.
Huitième Parole :  Ta colle sera toujours d’origine animale.
Neuvième Parole : Comme essence de bois tu utiliseras de préférence du mesquite, du poirier ou du jacaranda.
Dixième Parole :  Quant à mon inclinaison, l’angle formé entre la tangente à la courbe du dossier et le plan de l’assise sera de 7 1/2 degrés.

Il y a dans l’histoire la procession des cercueils où l’on va honorer une divinité. Les dévots défilent en cercueil pour remercier une grâce exaucée. Dans ma version originale elle allait défiler en cercueil ou en corbillard blanc . C’est en fauteuil à bascule que Fillotte choisira désormais de défiler. Ce fauteuil à bascule sera fabriqué par justement l’alter ego de Cyclone sur terre. Voici le passage tel que je viens de le modifier qui en parle.

 

Cela sentait la cire d’abeille et l’essence de térébenthine quand Mademoiselle la Chevalière s’était présentée pour la troisième fois le mercredi matin de grand bonne heure à l’entrée de l’atelier de son cousin Maurice de Tito-Dandy. Elle avait trouvée porte close ! Il était sans doute plus facile de joindre le photographe-charpentier de marine à son quartier-général, chez Colin, mais le patron du temple de perdition n’ouvrait qu’à cinq heures. Et quel prétexte inventer pour venir réveiller les gens ? Personne n’achète, ne loue ni n’emprunte une berceuse funèbre  avant cinq heures du matin même pour fêter saint Coeur du Matin ! D’ailleurs on ne savait que par bribes des allées et venues du bohémien mais qui ne tente rien n’a rien ! Alors elle avait fait les cent pas, fait mille détours, vingt quatre-chemins de traverse entre église, marché et cimetière, épiant un signe quelconque de sa présence, mettant sur pied toute une stratégie de reconquête pour récupérer son innocence. L’important était de s’approcher de lui au plus près. Si cela ne suffisait pas, l’amadouer, se disant prête à payer rubis sur l’ongle ce qu’il faudrait pour la mise en route en urgence urgentissime de la fabrication de son inquiétude pour la procession de la Treizaine à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs.

Immédiatement elle préciserait à la personne :

– Quelque chose de très simple, de très frais, sans capitonnage inutile de satin de soie naturelle mauve, sans repose-pieds et sans appui-tête.

En revanche elle spécifierait le matériau : surtout pas de l’aluminium, ah ça non. C’était un matériau un peu trop définitif à son goût, vu qu’il fondait à six cent soixante degrés Celsius et ne consentait à s’évaporer qu’à deux mille trois cent vingt-sept degrés Celsius. Imaginez s’il avait fallu faire la conversion en Fahrenheit ! Par combien aurait-il fallu multiplier encore ? Et pas de rocking-chair hermétique en tôle galvanisée non chromatée non plus car elle n’avait ni gale, ni lèpre, ni béribéri ! Ca aurait pu à la limite être du bois naturel, du plus bel aspect, du cent un pour cent palétuvier rouge séché au grand air pendant deux ans, avec pour seule et unique finition, car tout de même elle n’était pas une indigente, un bon lustrage à la peau de requin.

Et pas quelque chose à la va-te-faire-fiche, évidemment ! Sur sa lancée elle soufflerait :

– Et ton bois de coeur, j’ai dit, n’oublie pas, dur comme il est, rouge et brillant comme il est, s’il te plaît, malgré ses moulures de fruit à pain et ses clous galvanisés, si ce n’est pas trop te demander, garde-le pour le jour de ton dernier voyage! Car ce que je veux vraiment, je vais te le dire maintenant ! Je veux un fauteuil à bascule, cent pour cent naturel, une berceuse, endurcie naturellement, pour une promenade non toxique, une berceuse de quatorze kilos, ni plus ni moins, solide et légère, et bon pour l’environnement, avec un petit matelas de calicot et des poignées sur le côté !

Maurice, en fin commerçant roublard et vicieux comme un rat qu’il était malgré ses airs de sainte-nitouche, n’ayant en stock que les huit planches de courbaril de vingt millimètres d’épaisseur et de deux mètres trente-trois de long nécessaires à l’entreprise, et n’ayant en outre jamais entendu parler de sa vie de berceuse pour procession, feindrait de ne rien entendre et se mettrait tranquillement à ranger au ralenti chignole, racloir, ciseau, papier émeri, rabot, toupie, scie égoïne tandis que dans son cerveau commencerait l’esquisse d’un coffrage. Dans le hall d’exposition, en réalité un seul capharnaüm, inclinés contre le mur, se tenaient pour sûr déjà entre planches de sept pieds, sciure et copeaux sept à dix cercueils vides et sans couvercle à clouer ou à visser ou à agrafer qui ne verraient leurs heureux commanditaires qu’à l’heure dite, le matin de la procession pour un premier et dernier essayage, le jour dit sur le parvis.

L’idée viendrait alors à Magdeleine de se faire faire le tour du propriétaire, se faire montrer ce qu’il avait en magasin avant qu’elle ne se décide une bonne fois pour toutes. Il lui montrerait donc, admettons, un six-pans pour enfant en bois de rose en forme de noix d’acajou, verni au tampon :

– Celui-là c’est Agénor Aristide qui a passé commande. Il a fait le voeu, le voeu a été exaucé. Il va falloir maintenant payer sa dette, manifester sa gratitude aux Intercesseurs.

Elle ferait sa fine bouche. Il lui soumettrait peut-être alors un modèle grand luxe, une Cadillac en laurier rose avec moulures en acajou et capitonnage en soie naturelle mauve, un modèle sarcophage de toute beauté, garanti cinq ans :

– Tiens ! Tu vois celui-là, c’est pour Zéphyrin, le fils aîné de la mère Antoinette. Tu sais bien, celui-là même qu’on appelait Dame-Jeanne Ambulante. Regarde moi ça comme il brille. Faut dire que c’est du mahogany, pas du vulgaire panneau de particules plaqué de feuilles de mahogany, non. Si tu savais comme j’ai dû le cirer, ce coffre-fort, le frotter à la brosse de chiendent, le lustrer à la peau de requin. Quinze jours de travail, que ça a coûté !

Il s’approcherait ensuite d’un pans-coupés ou cercueil italien sans emblème, sans garniture, en forme de requin mais avec pieds de cuivre. Puis ce serait le tour probablement d’un cintré en forme de canot avec garniture de cretonne, repose-pieds et appui-tête.

Mais finalement, prenant son courage à deux mains, elle murmurerait d’une voix de chatte angora pour le tester :

– En forme de fauteuil à bascule !

– Et pourquoi pas en forme de dent de jaguar ? allait-il rétorquer, cet espèce de dépravé. Il faudrait alors le remettre immédiatement à sa place par quelque chose comme :

– Ne me dis pas que tu ne sais pas tracer une inquiétude. C’est aussi facile que de tracer une noix pour un cercueil pour enfant.

Pourvu alors qu’il ne renchérisse pas avec :

– Verte ou rouge, la berceuse ?

Auquel cas elle lui répondrait du tac au tac :

– Mais bleu indigo, voyons, mon cher ! Mais si tu n’en as envie, tu peux aussi le couvrir à la feuille d’or. Je n’y vois aucun inconvénient. Tant que c’est toi qui paies la facture

Puis Mademoiselle la Chevalière resterait de marbre. Maurice lui proposerait sans doute alors comme une échappatoire toute sa panoplie de bois nobles et incorruptibles à prix d’ami : acajou, palissandre, laurier rose, jacaranda, citrin, bois de campêche. Puis il tenterait une diversion sur des bois importés comme l’orme, le chêne de Hongrie et le noyer. Rien n’y ferait … Elle le connaissait comme si elle l’avait fait, le thanatologue à la gomme ! Ensuite il envisagerait même toutes qualités de rocking-chairs en bois massif avec siège matelassé inclus dans la facture hors taxe : mélèze, acajou, fraké, chêne, zingana, orme, ébiara, gommier, bois de Vienne. Il lui ferait encore miroiter doctement les avantages de bois comme le grenadier, le goyavier, ou le giroflier, et autre corossolier, cousin de cachiman et de pomme cannelle, selon lui essences mal dessinées pleines de noeuds pas du tout francs et difficiles à cintrer mais dans le cas présent hautement recommandables. Mais alors, de guerre lasse, elle lui signifierait qu’une fois abattu, écimé, débarrassé de son houppier, ébranché et écorcé, tout arbre même blessé et piqué d’insectes était arbre biodégradable, combustible et sublimable aux yeux des saints intercesseurs et que, si même du bois de palétuvier rouge, noir, blanc ou gris ou même orange de dix-huit millimètres et sans garniture étanche, suffisait à l’affaire, il n’y avait aucune raison pour que son fauteuil à bascule funéraire fît partie du domaine de l’impossible.

Car primo, il ne s’agissait pas en l’occurrence de se faire ensevelir dans un caveau sous cent vingt pelletées de terre rouge, non monsieur, il ne s’agissait ni d’inhumation ni de crémation, Dieu l’en délivre, mais d’une promenade sans corbillard à chevaux et sans désinfectant de poudre de tan ou de charbon pulvérisé entre église et cimetière pour s’acquitter d’un voeu sans chichis ni fioritures, et deuxio le transport du corps, ce corps impeccablement dessiné qu’il voyait pétillant droit devant ses yeux, serait inférieur à deux heures.

Alors, voyant que mademoiselle ne voudrait pas de son cercueil de palétuvier coupé au dernier quartier de lune, il devrait se résoudre à répondre à ses desiderata, d’autant plus qu’elle menacerait déjà d’aller jusqu’au fin fond du Ghana en quête de son cercuei-berceuse

– Rest in Peace, ma fille. Tu l’auras ta berceuse ! finirait-il par soupirer tout en lui prenant les mesures à l’aide de son double mètre, sans oublier de laisser suffisamment de jeu aux épaules. Ce serait quarante-cinq centimètres de coffrage pour l’estomac, trente pour les pieds et trente pour la tête. Et elle sortirait l’argent cash bien roulé de son soutien-gorge et c’est là que les Athéniens s’atteindraient, parole de Magdeleine à qui personne ne résistait entre mardi et mercredi ! Et d’ailleurs, si d’aventure il osait lui résister, elle lui administrerait un de ces soufflets ! Et ensuite il viendrait, juré, manger dans la paume de sa main. Alors de ces négatifs, à la première occasion qui se présenterait, elle ne ferait que chiquetaille de morue, parole de femelle femme ! Parole de femelle femme allumeuse, incendiaire, phosphorescente à l’instar de sa mère et de sa grand-mère.

Quand je pense à cette berceuse je revois une photo que j’ai perdue de vue qui me ramène au mariage de mon parrain et de sa femme à Saint-Claude en Guadeloupe. J’étais page, tout chic dans mon costume croisé bleu  taillé sur mesure par Monsieur Valéry Jacquet, tailleur à Saint-Claude, demeurant rue de l’école. J’étais page de Pierre et de Bertha. J’étais accompagné de Gisèle.

J’imagine que Man Alexandre, qui était la femme d’Alexandre Louiserre, qu’on appela ensuite je ne sais pourquoi Man Dijoux, avait fourni les gâteaux, à moins que ce ne soit sa fille Henriette. Ma mère n’était pas là, elle me l’a confirmé. Elle était pour des raisons absconses en mauvais termes à ce moment-là avec son demi-frère. Mais ce fut mon entrée dans le grand bain du monde. Et c’est là que ma mémoire commence.