Irma la Hurricane m’a tuer ou plutôt Ouragan Irma m’a tuer Irma la Douce

Avant de connaître Irma, la hurricane, la cyclonique, l’ouragan, je n’avais connu qu’Irma la Douce.

Que ce soit en comédie musicale française sur une musique de Marguerite Monnot et sur un livret de Alexandre Breffort en 1956, que ce soit en comédie musicale version anglaise en 1958 dans l’East End ou en 1960 à Broadway j’étais éperdument amoureux de cette prostituée au grand coeur. Je me souviens encore de la chanson d’Irma.

« Y a rien à dire

Y a qu’a s’aimer

Y a plus qu’à se taire

Qu’à la fermer

Parce qu’,au fond les phrases

Ça fait tort à l’extase »

Ainsi chantait Colette Renard.

En 1963 Billy Wilder fit son remake cinématographique. Irma la Douce prit ainsi les traits de Shirley MacLaine qui remporta alors un Golden Globe de la meilleure actrice pour son rôle tandis qu’Andre Prévin remportait quant à lui l’Oscar 1964 de la meilleure adaptation musicale.

Dans le film de Wilder Jack Lemmon joue le rôle de Nestor Patou, un ancien policier, et de Oscar alias Lord X, son double qui, déguisé, tombe amoureux d’Irma qu’il doit disputer à son souteneur Hippolyte. Irma, bourreau des coeurs mythique, que tous achètent mais qui ne se vend à personne, bourreau doux, mais bourreau quand même qui souffle comme Irma la Hurricane 60 ans plus tard le chaud et le froid sauf que le décor n’est plus celui de la rue Casanova d’un Paris de carton pâte mais les environs du triangle des Bermudes. Les clients d’Irma 2017 ont pour nom Saint-Martin, Barbuda, Cuba, Florida. On est loin de la môme Irma ! Irma a pris du grade, est devenue mère maquerelle, mais les dégâts occasionnés sont identiques en 144 minutes. On est loin de Moustache et de Nestor le Fripé, ce dernier qualifié de « wreck of a mec ». Mais c’est le même langage, the language of love, the language of nature, ces forces irrésistibles qui nous tenaillent.

Aucune morale à en tirer si ce n’est celle-ci en franglais de 1963 :

Le grisbi is le root of  le evil in man.

Alors de là à analyser les responsabilités de l’Etat dans ce désastre force 5 exceptionnel vous comprendrez bien que je ne pourrai répondre comme Moustache (Lou Jacobi) que par la fameuse réplique: « But that’s another story. » Oui c’est une toute autre histoire. La suite au prochain épisode….cyclonique.

coloc chez moi malgré moi

Il y a ici dans mon petit chez moi provisoire un coloc pas ordinaire. Le propriétaire de l’appartement le connait bien puisqu’il lui a installé un petit lit cage afin qu’il puisse y prendre ses aises. Juste à côté du réfrigérateur. Je pensais que le coloc était en voyage car je n’avais vu en trois jours aucune trace de son passage. Mais il faut dire aussi que le weekend mon coloc doit driver à droite et à gauche. Nous sommes lundi matin, trois heures et demi du matin. Je me réveille pour soulager comme on dit en milieu cycliste un besoin naturel. Je me suis endormi en laissant la lumière allumée dans la chambre. Je vais dans la salle de séjour que je dois traverser pour aller aux toilettes. Et j’entends un petit bruit bizarre derrière le frigo. Je ne m’en formalise pas plus que cela car je pense alors que mon colocataire à du se coucher dans le lit de fer spécialement concocté pour lui près du frigo et tout en me soulageant j’allume la lumière du salon pour en savoir un peu plus sur ce coloc trouble fête. Mais la cage est vide. Et tout à coup le voilà qui prend la poudre d’escampette par le toit. Costaud le bougre. Gros comme un chat mais  ce n’est pas un chat. Plus gros en tout cas que la cabane qui lui avait été destinee. La veille, comme j’avais acheté quelques victuailles j’avais range comme il se doit dans le frigo le pain dans le congélo, le beurre, les legumes. Je n’avais laisse dehors que les bananes, l’oignon, l’ail, le riz et un dachine. Devinez ou mon coloc a choisi de planter ses dents. Dans mon dachine. Ah il a bon goût celui là. Gueule fine! Il n’a pas fait grand cas du riz qui était dans un sac en plastique ni du poivre du curcuma et du cumin eux aussi sous plastique. Par contre mon dachine tout beau tout neuf il me l’a entamé de deux coups d’incisives. Un homme averti en vaut deux. Je ne sais pas comment on dit gros rat, rat gros comme un chat,  en shimaore mais je range vite fait bien fait mon dachine dans le frigo et je laisse le reste qui a été négligé sur la table. Puis je me recouche. Il me semble entendre encore des frémissements sans la salle. J’y vais pour voir,  j’allume la lumière. Rien à signaler… les bananes sont toujours là. Intactes. Mon riz n’a pas été violé. Tout baigne. Le lit du colocataire toujours vide. Peut être que je devrais lui mettre des draps propres, un oreiller avec taie d’oreiller assorti. Ou peut être qu’un duvet, un édredon auraient  plus fière allure ! Tout à coup les plombs sautent. Je suis dans le noir. Mon coloc le rat aimerait-il les fils électriques? Ou a- t- il fait cela pour se venger   de moi? Demain il faudra que j’en parle au proprio. Je n’avais pas fait une colocation mais bien une location. Heureusement qu’il ne me reste que 15 jours à cohabiter. Je suis dans le noir complet. Il est 4 heures et quelques. J’ouvre grand les fenêtres. Il fait encore nuit. Vivement que lundi s’installe. Allez les coqs chantez  pour me donner du courage. Vous ne savez pas ce que c’est de se retrouver coloc à son insu d’un dévoreur de dachine et de fils électriques. En attendant ce n’est pas moi qu’il va grignoter comme un fromage dans mon lit. Je vais m’habiller et aller prendre le pouls de la mer. Bye bye rat . Il est 4h25 du mat, je vais encore vérifier car j’ai entendu un bruit suspect autour de la table : le malotru vient de me grignoter un petit morceau de banane. Allez les bananes vertes au frigo. Je laisse encore le riz, les oignons et l’ail et les épices, et la bouteille d’huile Tropical sur la  à table et on verra bien si c’est un gastronome ou un devorant! Mamoudzou dort encore mais moi j’ai les yeux grands ouverts et je n’ai pas sommeil et sans mon portable je serais dans le noir complet. Bon, je préfère ça aux moustiques. Tant qu’il ne vient pas s’attaquer à mes doigts de pied. Tout à coup j’ai une pensée. Si Bena était la ça aurait été un vrai far west! Un chat vient de miauler sur le toit. S’est il emparé de mon visiteur? Inch Allah ! Voilà un migrant dont je ne verrais aucun inconvénient que le Crin saisisse et expulsé manu militari avec femmes enfants et bagages, deuxième épouse et troisième epouse. Je pars en maraude dans la nuit mahoraise. Dans la nuit c’est chant polyphonique corse. Les chanteurs se répondent entre eux de toutes les mosquées de la ville. On pourrait se croire en Corse si c’était chante en Corse. D’ailleurs je me le demande c’est chante en arabe ou en shimaore. Dans les ruelles passent des ombres en sandales, des ombres pieuses puisque toutes se dirigent vers une mosquee. Il est 5h30 je cherche une boulangerie, pas un lieu de priere. Je reviens vers huit heures. Je retablis l’électricité. Et que vois-je ? Le bandit de rat migrant m’a déchiqueté le bouchon jaune de ma bouteille d’huile de palme indonésienne. Par miracle la bouteille est sur la table. Il ne l’a pas renversée. Ah tu veux la guerre, tu l’auras mon coco. Ma bouteille d’huile tu me l’as saccagée, mon taro tu me l’as écorché, ma banana verte tu me l’as grignotee. Tu ne dois pas connaître l’histoire de la souris verte qui trainait dans l’herbe. An pa la mange soup en mwen cho enka mannjey fwouett. Ri tout  ri aw ! Tu vas voir de quel bois le migrant de Wolfok se chauffe, espèce de chat rat sans vergogne. Je t’aurai, je t’aurai !

Contes et légendes de Monsieur Lenclume

Je ne prends jamais ce que l’on me dit pour de l’argent comptant. Je prends note et je vérifie. Je fais mon propre suivi. Ce matin j’ai enfin atterri. Depuis vendredi j’étais toujours à l’ heure de la Réunion à cause de mon portable. Je trouvais bizarre de trouver tous les magasins fermes. Je trouvais bizarre de me lever à sept heures. Eh bien j’avais une heure d’avance sur Mayotte et deux sur la France. Mais à neuf heures trente cinq grâce à un Réunionnais établi ici depuis 23 ans avec sa femme, Benoît Lenclume, tenancier d’une baraque de poulet grillé , bananes et manioc grille j’ai remis les pendules à l’heure. Un poulet grillé, une banane, un manioc, un  coca, le tout pour 10 euros. Je suis d’abord allé sur le marché qu’on me disait ferme et j’ai ramené les provisions saines: la banane verte (balabai), le songe, l’ail, l’oignon, la tomate, le coriandre vert, la ciboulette, le persil, le cumin, le poivre et le curcuma, le concombre, le piment, le dachine (majimbi) et les pwadibwa (ici ambrevades)(ou suzi) Je n’ai mange que la moitié du poulet. Monsieur Lenclume me raconte une blague. Il y a à la réunion une famille Lenclume et une famille Marteau. Si une demoiselle Marteau se marie avec un monsieur Lenclume elle aura le dessus. Moralité: les Lenclume ne se marient pas avec les Marteau. Dans le petit boui-boui au bord de la mer de Monsieur Lenclume le réunionnais il y avait lui, moi, son aide remplaçant sa femme, une malgache et un anjouanais. Monsieur Lenclume payait pour pouvoir exercer son petit commerce 75 euros à l’état tous les trimestres. Il a 70 ans et peut ainsi s’arrondir sa fin de mois de retraite avec un petit supplément et aider aussi les enfants restes à la Réunion. Avec le changement un nouveau maire. Il fait partie du paysage juste entre l’embarcadère et Mgombani. J’ai adoré en tout cas.

personnalité rhizomatique, c’est-à-dire systématique, anankastique et en même temps bordélique

Youpie ! Je viens de passer mon auto-test. Je suis rhizomatique. Je rencontre tous les critères diagnostiques de ce trouble de la personnalité qui n’appartient qu’à moi, tout seul, nan, et qui est caractérisé par une préoccupation pour les racines en tous genres, les feuillages, l’ailleurs, toujours renouvelé, un fort complexe maternel et une tendance […]

composition française : hipo, haram, gandia, trembo, mrengué, kapoï, rumbu, mievi, douka, m’godro

Avec les dix mots suivants racontez une histoire : hipo, haram, gandia, trembo, mrengué, kapoï, rumbu, mievi, douka, m’godro. – Accusé Compère Zamba levez-vous ! – Oui Monsieur le juge ! -Vous avez été surpris dans la nuit du samedi 29 au dimanche  30 juillet 2017 en train de vous fournir en bière Hipo chez […]

je suis un marcassin voyageur, héritier de pigeon voyageur, paon, macaque singe, caïman et sanglier ! Je suis chasseur de moi-même

Suidae

Mon père disait en parlant de moi que j’étais un pigeon voyageur !  Je ne m’en offusquais pas car je préférais cela à ce que ma grand-mère disait elle de moi me qualifiant selon l’humeur du  moment de macaque singe ou de caïman à cause de mes dents énormes et effilées qui grignaient comme des perles à l’orient ! Arété ri épi gran dan a makak aw ! Ou ka anki ri épi gra dan a kaiyman aw ! Je n’étais pour Mémé ni singe ni macaque mais une synthèse des deux, un énigmatique makak senj. Plus tard on m’a aussi qualifié de paon à ma façon d’ouvrir mes ailes quand je dansais et même quand je ne dansais pas. On m’a même taxé un jour par mégarde de sanglier au Brésil , javali, de cochon sauvage quoi, et finalement c’est cette appellation-là que j’ai prise par les cornes et que j’ai transformée à ma guise pour me définir. Si tout est bon dans le cochon domestique, imaginez les délices du cochon sauvage ! Et voyageur par dessus tout ça. Je suis donc le marcassin voyageur, un jabato, un liston, un rayon, un cucciolo, un aprunculus, un everjong ! Je suis encore tout jeune , je n’ai pas encore mes 6 mois mais un jour je deviendrai un vrai grand vieux-sanglier voyageur et solitaire. Je suis omnivore : quelques haricots par ci, quelques grains de riz par là, quelques noix (de cajou) et quelques pigeon peas (pois d’angole, pwadibwa) puisque j’ai aussi mes côtés pigeon, paon, macaque singe, caïman à assumer sans oublier le gombo  et les feuillages agrémentés de crabes, écrevisses et palourdes .

Sanglier voyageur, javali viajante, homing boar, car il y a sans doute un fond de vérité dans toutes les appellations ont on m’a affublé tout au long de ma vie. Je n’en renie aucune, je les assume toutes : j’avoue être un  sanglier voyageur héritier des gènes de pigeon-macaque singe- caiman-paon-sanglier. Je ne grogne pas, je ne charge pas, je roucoule, je roucoule, je roucoule comme un ramier ! Je suis un sanglier voyageur qui roucoule, je vole dans la bauge, je vole dans la boue des mangues sauvages décomposées, je suis sauvage

Ne m’appelez pas pigeon voyageur, homing pigeon, paloma mensajera, piccione viaggiatore, pombo viajante, postduif, athlète ailé du XXème et du XXIème siècle, je ne revendique pas ce titre. Je me crois un sanglier voyageur sauvage. L’idée seule d’avoir une cage captive dans un colombier à vie qui m’attend me répulse. Partir pour des courses de 1000 km et revenir à ma planche d’atterrissage, très peu pour moi. N’en déplaise aux colombophiles je n’aurai jamais comme Gustav la médaille Dickin pour bravoure face à l’ennemi en période de guerre,  je ne serai jamais le vainqueur u national d’Altona au Danemark. Désolé messieurs, je préfère cent fois être un sanglier voyageur de classe, un écaillé foncé ou clair, un bleu barre, un gris, un noir, un macot, je veux bien être sanglier voyageur mais je veux nicher librement hors des colombiers. Je veux choisir par moi-même mon frère de nid et j’exige m’accoupler librement à la compagne de mon choix sans qu’on prenne en considération notre future lignée de futurs champions. Je veux vivre mes mues et pas seulement en septembre, je veux pouvoir muer ne fait tout le temps. Bref je veux être libre, sanglier voyageur, pourquoi pas, je m’identifie plus à cela qu’à Peter Pan, quand même. Puer aeternus, pourquoi pas mas alors marcassin voyageur !

Quand je dis à ma femme, qui adore réduire mes divagations solitaires à un processus psychothérapeutique que je suis non pas un pigeon voyageur mais un sanglier voyageur sauvage, voilà ce qu’elle me dit, ma thérapeute préférée. Je lui fais penser à quatre choses qui lui viennent immédiatement en tête et qui toutes traduisent une inquiétude. Ces quatre choses sont comme des images avec un titre (un rotulo) mais sans continent (continente) ! Elle me demande de voir ce qui se cache derrière tous ces titres. Quel est le contenu/continent de ma quête. De quoi veux-je me sauver ? Suis-je chasseur de moi-même ? Suis-je  comme Dibs autiste ? Que veut mon âme ? Chauds les mango chauds !

Première image de moi : Dibs: em busca de si mesmo : un titre du Dr. Virginia M. Axline (1911-1988) dont l’original en anglais est Dibs in search of self. Ce livre selon la traductrice en portugais est une invitation pour comprendre et aimer l’enfant qui continue caché en chacun de nous et sentir la grandiosité de la participation au mystère cosmique qui nous unit aux montagnes, à la mer, aux pluies, aux arbres, aux petits oiseaux et à tous les animaux, aux enfants, aux jeunes, aux adultes, dans un agrandissement géant de notre être et dans une prise en compte de notre originalité personnelle. En français DIBS

Deuxième image de moi : Milton Nascimento : « eu caçador de mim », moi chassseur de moi

Troisième image: une réflexion de Teca qui disait : ta querendo se salvar de que ? De quoi veux-tu te sauver ?

Quatrième image:  une autre réflexion : o que é que essa alma quer ? Que veut donc cette âme ?

Voici les paroles de Eu caçador de mim de Sérgio Magrão / Luiz Carlos Sá avec ma traduction à la hache, comme on dit, mais vous pouvez préférez au coutelas, au sabre, à la machette, aux ciseaux, au coupe-coupe puisque toute traduction coupe et trahit mais allons y malgré tout :

Por tanto amor, por tanta emoção (par tant d’amour, par tant d’émotion)
A vida me fez assim (la vie m’a fait ainsi)
Doce ou atroz, manso ou feroz (doux ou atroce, gentil ou féroce)
Eu, caçador de mim. (moi chasseur de moi)
Preso a canções (prisonnier des chansons)
Entregue a paixões que nunca (livré aux passions qui jamais)
Tiveram fim (n’eurent de fin)
Vou me encontrar longe do meu lugar (je vais me rencontrer loin de mon endroit)
Eu, caçador de mim (moi chasseur de moi)
Nada a temer (rien à craindre)
Senão o correr da luta (sinon la course de la lutte)
Nada a fazer (rien à faire)
Senão esquecer o medo (sinon oublier la peur)
Abrir o peito à força (ouvrir la poitrine de force)
Numa procura (dans une recherche)
Fugir às armadilhas da mata escura (fuir les pièges de la forêt obscure)
Longe se vai sonhando demais (loin on va en rêvant de trop)
Mas onde se chega assim (mais où arrive-t-on ainsi)
Vou descobrir o que me faz sentir (je vais découvrir ce qui me fait me sentir)
Eu, caçador de mim (moi, chasseur de moi)

Nada a temer
Senão o correr da luta
Nada a fazer
Senão esquecer o medo
Abrir o peito à força
Numa procura
Fugir às armadilhas da mata escura
Longe se vai sonhando demais
Mas onde se chega assim
Vou descobrir o que me faz sentir
Eu, caçador de mim

Je ne sais si ma thérapeute privée a raison, si elle a tort, peu importe en fait, son rôle est de me faire élargir le débat, de le porter au dela de moi même tout en me forçant à sa façon regarder au fond de moi-même. Parfois devant cette introspection nécessaire je râle, je tempête, j’esquive parfois, je dilue, je grossis le trait  mais toujours j’avance. Dans le cas qui nous occupe de sanglier/marcassin voyageur, source de l’introspection du jour, si je devais choisir une chanson de Milton Nascimento celle que je choisirais entre toutes est Encontros e Despedidas que je traduirai à la serpette encore une fois comme Rencontres et départs (Milton Nascimento, Fernando Brant)

Mande notícias do mundo de lá (envoie des nouvelles du monde de là-bas)
Diz quem fica (dit celui qui reste)
Me dê um abraço venha me apertar (donne moi l’accolade, serre moi dans tes bras)
Tô chegando (j’arrive)
Coisa que gosto é poder partir sem ter planos (une chose que j’aime c’est de pouvoir partir sans avoir de plans)
Melhor ainda é poder voltar quando quero (mieux encore est pouvoir revenir quand je le veux)

Todos os dias é um vai-e-vem (tous les jours c’est un seul va-et-vient)
A vida se repete na estação (la vie se répète dans la gare)
Tem gente que chega pra ficar (Il ya des gens qui arrivent pour rester)
Tem gente que vai pra nunca mais (il ya es gens qui s’en vont pour plus jamais)
Tem gente que vem e quer voltar ( il y a des gens qui viennent et veulent retourner)
Tem gente que vai e quer ficar -(il ya a es gens qui s’en vont et veulent rester)
Tem gente que veio só olhar (il ya des gens qui ne sont venus que pour regarder)
Tem gente a sorrir e a chorar (il y a des gens qui sourient et qui pleurent)

E assim chegar e partir (c’est ainsi arriver et partir)
São só dois lados da mesma viagem (ce ne sont que les deux côtés du même voyage)
O trem que chega (le train qui arrive)
É o mesmo trem da partida (est le même train du départ)
A hora do encontro é também despedida (l’heure de la rencontre, du rendez-vous  est aussi celle de l’adieu)
A plataforma dessa estação (le quai de cette gare)
É a vida desse meu lugar.(c’est la vie de cet endroit qui est le mien
É a vida desse meu lugar. (c’est la vie de cet endroit qui est le mien
É a vida… (c’est la vie)

Version de Raquel Diniz

avis d’obsèques

« Sé pa jou malé pou di si ou té sav »

 

Nous avons le regret d’ annoncer le décès de madame veuve DEATH, née  MUERTE, Saint-Sépulchre Anastasie surnommée Man Tonbo, employée aux Pompes Funèbres retraitée,  domiciliée à Morne Corbillard, Roc-Eclerc, décédée à l’âge de 104 ans.

Ses obsèques seront célébrées aujourd’hui  à 10 heures en l’Eglise paroissiale de Roc-Eclerc.

Levée du corps à l’espace funéraire Anubis, salle vanille .

Inhumation au cimetière de Roc-Eclerc

Voitures prévues : sur le morne Corbillard

Le cortège se formera sur le parking municipal de Roc-Eclerc

Cet avis est diffusé de la part de ses enfants : Marie-Zébédée , Marie-Amédée, Marie-Betsébée, Marie-Décédée  Smodom, Marie-Feue  Advitam

sa fille adoptive Boogie, son fils adoptif Sierge

ainsi que leurs compagnes et compagnons, époux et épouses

ses 24 petits-enfants, ses 65 arrière-petits-enfants,

son filleul Devi dit Chéri,

ses frères et soeurs,

leurs époux et épouses,

ses neveux et nièces,

ses cousins et cousines,

ses beaux-frères et belles-soeurs,

ses amis : Cyriaque Rigoberte et Gontran Koco-Zabrikeaux

sa voisine proche : Zéphyrine-Abel, Maria

ses voisins et voisines,

son perroquet Médor,

les familles DEATH, MUERTE, FOSS, KAVO, KAPITON, VEILLET, RAPAT -RIMAN, BELRA-DIO,  SANDRE, PHALECIDA, TREPAS, DE FUNTO,, AVEMARIA, VAVALLES, CONCESSION

et les autres parents, alliés et amis.

Les obsèques de madame  veuve DEATH, née MUERTE, Saint-Sépulcre Anastasie, surnommée  Man Tonbo, seront célébrées aujourd’hui à dix heures.

Adep – Smodom – Advitam – Assurances Colombo – Anubis International Assistance – Roc-Eclerc – RCI – Bel Radio – Baz’Ile –  Mémoires de Guadeloupe –  Assurance ObsèquesGuadeloupe 1ère

 avis d’obsèques de Guadeloupe 

smodom-contrat-rapatriement-individuel-couv-vignette

Contrat Rapatriement Individuel Smodom

mon héritage cinq pour cent makoumè

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Il y a un dicton antillais qui dit « makoumé é zanmi sé zafè a blan ». Je proteste, Votre Honneur, makoumè é zanmi sé bitin a tout moun, blan, nwè, jon, gri, kako, blé. Il y avait des esclaves makoumè, des négriers makoumé, des prètres makoumè, des témoins de Jéovah makoumè, des Hindous, des catholiques, des protestants, des adeptes du vaudou, de la santeria et du candomblé makoumè, des rosecruciens, des  adventistes makoumè. Dans le mot makoumè on met pèle-mêle tous types de singularité LGBT (lesbienne, gaie, bi et trans)

Dans ma généalogie ma branche martiniquaise a eu dans chaque génération au moins un makoumè, je veux dire par là un makoumè- répertorié, évident même si non-dit, clair comme de l’eau de roche. Les anbafèy  par définition sont  camouflés et refoulés, mais même en bas fèy en Guadeloupe tout finit par se savoir. Car peu sont des makoumè assumés comme le sainte-lucien Vincent Mc Doom. Et même s’il y a désormais une Caribbean Gay Pride , la première du nom, sous la houlette de Guy Ferdinand, aka Chef Hot Pants,  hier dimanche 11 juin au Carbet en Martinique les commentateurs comme ici Christophe Arnerin (dont il faut écouter la chute : « si j’osais un jeu de mots, une soirée qui restera dans les annales (anales ?!) » sont toujours aussi grivois et condescendants en relation à la cause homosexuelle. Mais comme le disent certains interlocuteurs les choses évoluent. La loi Taubira sur le mariage pour tous du 17 mai  2013 est passée par là. La prochaine Caribbean Gay Pride aura lieu en Guadeloupe.

La chute de Christophe Arnerin est malheureuse et il s’en est excusé rapidement sur les réseaux sociaux. Qu’il lui en soit donné acte ! ce n’est qu’une innocente pointe d’humour mais je suis sûr que beaucoup d’Antillais ont bien ri en l’écoutant, tant cela fait partie de la geste antillaise, de notre arrière-pays machiste. Mais ceci n’est rien en comparaison à ce à quoi s’exposent sur les ondes les membres de la communauté LGBT, comme ici par exemple sur le titre franchement homophobe McDoom Dead, par Krys

Le premier makoumé ou makoum dont j’ai entendu parler dans la chronique familiale quand j’essayais de dresser l’arbre généalogique familial était un arrière-grand-oncle  originaire de Schoelcher qui s’est exilé aux Etats-Unis et qui est revenu sur la fin de sa vie en Martinique à Fort-de-France pour mourir tranquillement. Il s’appelait    Paul Adrien, il a vécu 88 ans. (1890-1978).   Je sais par mes recherches qu’il a transité par Le Havre vers 40 ans, les Etats Unis, la Barbade puis à nouveau les Etats-Unis (New York, le Bronx) pour rentrer au pays. Je ne sais pas grand-chose  de lui sinon qu’il s’était fait naturaliser américain dès 1933, qu’il a été tour à tour domestique et cuisinier. Comment ai-je entendu parler autant de lui, même si c’est finalement peu de choses par rapport aux autres dont je ne sais absolument rien ? Joseph Amélius, que ma mère appelait papa Amélius et qui est décédé en 1956,  frère de Paul Adrien, plus vieux de 11 ans, était mon arrière-grand-père né à Case-Pilote, Martinique.

Quand j’étais petit j’ai entendu parler de Paul Adrien chaque fois qu’on évoquait le cas de mon parrain, le frère de ma mère, Pierre, petit-fils d’Amélius, qui lui aussi était makoumé. On ne disait pas makoumé. On ne disait pas pédé. on ne disait pas inverti. Ma mère disait « épi mannyè jenfiy ay », ou « épi mannyè demwazel ay » sans se moquer, non il n’y avait ni moqueries ni  apitoiement, ni jugement, il était comme ça et puis c’est tout comme son grand-oncle avant lui. Et j’ai toujours pensé qu’être makoumè c’était donc génétique. Qu’il y avait une sorte de prédétermination phylogénétique à être makoumè ou pas. D’ailleurs mon père lui-même allait dans ce sens puisqu’il disait en parlant de l’un de ses fils qui lui aussi avait pris le chemin de Sodome, hérité des gènes de makoumè en quelque sorte: « antouka a pa koté mwen i tiré sa », comme si c’était une maladie génétique incurable.  Moi en tout cas si je n’ai pas hérité de mon père le gène makoumè qui selon lui vient de ma branche maternelle j’ai bel et bien hérité de lui le gène bien plus mortel de polykystose rénale type dominant (PKD)

Je disais donc, mon parrain était effectivement makoumé du type anbaféy, en tout cas ce n’était pas une folle ! Mais je crois me souvenir qu’il avait une double vie. Il maintenait les apparences socialement mais j’ai toujours su depuis tout petit qu’il avait une liaison avec un autre homme, un instituteur si ma mémoire est bonne. D’ailleurs cela m’a tellement frappé que toute ma vie je ne me suis jamais demandé quelle était sa profession. Pour moi mon parrain était aussi instituteur. La génétique est étrange car le frère de Pierre qui vécut 69 ans, mon tonton Arsène, qui lui vécut 80 ans, était lui grand géniteur et amateur de femmes puisque selon mes comptes il eut 6 femmes et 13 enfants. J’ai revu mon oncle Pierre, mon parrain, sur son lit d’hôpital à Basse-Terre ou Saint-Claude, en juillet 2001. Le même mois j’ai vu aussi pour la dernière fois dans sa maison à Vieux-Habitants mon oncle Arsène. Ils sont morts tous les deux à 10 jours d ‘intervalle entre le 25 juin 2002 et le 4 juillet 2002. Pierre était mort mais d’autres ont pris la relève:  j’ai su, ouï dire through the grapevine, comme disent les anglais, à travers les rameaux e christophine, si vous préférez, que par ci par là j’avais aussi un ou deux cousins makoumé,  un demi-oncle et même un filleul makoumè dont je suis donc le parrain (étrange coïncidence) et je me suis fait progressivement à l’idée que je pourrais avoir un fils makoumè aussi (eh oui ces fameux 5 pour cent).

L’idée à commencé à germer en moi quand mon dernier rejeton que j’avais appelé à sa naissance Juan-Lucas Orlando m’a dès son plus jeune âge donné l’impression d’être un peu efféminé. J’en riais avec sa mère, qui elle dans la pure tradition brésilienne, refusait de voir. C’était son petit dernier, son chouchou, il lui traînait toujours dans les jupes. Mais je n’ai pas donné grande importance à l’affaire. Moi même quand j’étais tout petit j’étais assez maigre, contrairement à maintenant et j’aimais danser et je me souviens avoir été même dragué par des hommes de tous types et de toutes races entre 16 et 26 ans aussi bien en France, en Italie, en Hollande. Mais je n’ai jamais été attiré par les hommes et en conséquence je n’ai jamais goûté à ce loup-là. Mais je sais qu’il rode, là où souvent on l’attend pas. Quand je dis loup je ne veux pas dire qu’il y a de l’autre côté agneau, qu’il y a une victime et un prédateur. Dans toute relation il y a des rôles qu’on joue plus ou moins consciemment, et l’on peut être aussi bien la victime, que le prédateur, en fonction des moments. Bref, je ne suis pas un spécialiste mais si vous voulez en savoir plus sur l’homosexualité expliquée intelligemment allez ici.

Mais j’ai vu dans mon petit enfant des germes, des bribes, des étincelles,  de makoumé. Le temps a passé. Un jour la maîtresse de mon fils nous convoque à l’école, sa mère et moi,  et nous dit sans ambages : « Il faut endurcir votre fils, il est trop sensible, il pleure pour un rien ». Il devait avoir cinq ou six ans. Là je n’ai plus ri. Il fallait réagir. J’ai alors dit à sa mère : « je vais le prendre en charge. Il ne traînera plus dans tes jupes. Je vais m’occuper de lui et en faire un homme. » Et effectivement très rapidement il a arrêté de chialer pour un rien. « Tu veux pleurer, va dans ta chambre ». Je ne sais pas si c’était la bonne attitude, mais c’est celle qui m’a semblé adéquate à ce moment-là. En attendant j’étais désemparé. Je lui ai appris à réagir, à se battre, à ne pas accepter de prendre des coups. Mais avec le temps je me suis aperçu, en le regardant jouer au hand où je l’avais inscrit, qu’il avait des attitudes au minimum gauches pour ne pas dire extra-terrestres et qu’il n’était pas fait pour ce sport. Alors je me suis dit: mais quelle idée aussi ai-je eu de l’appeler Juan (pour Dom Juan de Molière dont le titre exact, le saviez-vous, est Dom Juan ou le Festin de pierre, sous-titre on ne peut plus sibyllin, qui met en exergue Dom Juan, ce personnage  de mécréant libertin, volage et cynique) et Orlando (du titre éponyme de Virginia Woolf). Tout cela parce que sa mère voulait l’appeler Jean-Lucas (que moi j’ai transformé en Juan Lucas) et que moi, dû à ma tradition de donner à chacun de mes enfants un prénom ayant comme initiale une voyelle j’ai voulu après Erica (d’après l’écrivaine américaine Erica Jong, auteur de Le Complexe d’Icare), Iara (Iara Jade du nom de la chanteuse brésilienne Sarajane et des Iaras, divinités aquatiques amérindiennes), Yann (Jean à la mode bretonne, du nom de l’un de mes camarades de classe au lycée Lakanal), Adam (du nom du premier homme, selon la Bible, mais aussi de Adão, prénom de l’un de mes élèves à Feira de Santana, au Brésil, qui s’asseyait toujours à côté d’Adélaide, qui devait devenir ma femme plus tard) lui offrir la lettre 0 qui aurait pu être Oscar mais qui fut Orlando, un conte fantastique que je lisais à l’époque de sa naissance. Pour la petite histoire Orlando est l’histoire d’un noble qui devient femme et à qui à l’âge de 30 ans il est donné de vivre 300 ans au cours desquels il vit à fond sa vie d’homme et de femme. J’aurais pu l’appeler Ulysse car je n’avais pas utilisé la lettre U, mais ce fut Orlando. Fatalité, pure coïncidence, je ne sais ! Je constate simplement !

Il y eut ensuite un événement étrange. De retour de vacances au Brésil sa mère me raconta que là-bas tout le monde avait remarqué dans la piscine que Juan-Lucas était très bien doté côté zizi. Pour son âge (5 ou 6 ans toujours) il avait selon sa famille brésilienne un sexe démesuré à faire pâlir d’envie la gente féminine.  Moi je n’avais rien vu ! Mais j’en tirais désormais une immense fierté ! Je disais tel père tel fils, pour rigoler. Avec un instrument pareil il pourrait jouer de la belle musique, pensais-je. Je l’ai toujours taquiné sur les filles mais je ne l’ai jamais vu avec une fille et il va avoir 18 ans le 29 juin ! Jusqu’à quand dure cette fameuse structuration psychologique qu’on évoque à droite et à gauche autour de l’adolescence ? Timidité peut-être, qui sait ! Il souhaite être ingénieur, partir à Paris en septembre, couper donc le cordon ombilical  avec sa mère. Chacun sa route chacun son destin ! Je pense ainsi : s’il l’est il l’est ! Je ne veux pas qu’il me mente, qu’il se mente. Qu’il mente au monde. Il y a des pays où assumer sa « makoumitude » est problématique et la Guadeloupe, le Brésil font partie de ces pays là. La France est bien plus accueillante. Il y a chez moi quelque chose d’étrange : comme si j’acceptais chez mon fils dans mon for intime ce que lui-même ne sait pas encore, ou n’accepte pas encore, et ce depuis sa plus tendre enfance. Je me trompe peut-être ! D’une certaine façon je l’autorise à être ce qu’il veut être et non ce que je voudrais qu’il soit. Je crois que cette autorisation est libératrice ! Ce sera toujours mon fils, mon petit dernier, quoi qu’il fasse ! A bien y réfléchir quel est le destin le plus beau : celui de Paul-Adrien, celui de Pierre, celui d’Arsène, celui de Claironisse, celui d’Orlando ou celui de Dom Juan ? Comment le savoir ?

Cela m’amène à m’interroger sur  mes autres enfants mâles ou femelles.  Qui sait ! Nul ne sait quels sont les penchants profonds de chacun. Il y a les apparences, et il y a le fond des choses. La vie que j’ai menée aux quatre coins du monde m’a amené à douter des apparences. Seul le temps dira. J’aimerais seulement avoir un héritier de l’un ou l’autre de mes 5 enfants et qu’il soit appelé Ulysse si c’est un garçon Ulyssa si c’est une fille. Ou alors Unique ! Ne rigolez pas : j’ai vu en faisant des recherches généalogiques que l’un de mes collatéraux s’appelait Unique ! Ou encore Ulrica comme dans le titre du conte de Jorge Luis Borges (1899-1986), De Ulrica, parue dans l’ouvrage El libro de Arena, conte qui était celui préféré de l’auteur de l’Aleph à tel point que l’épitaphe sibylline du livre extraite de la saga Völsunga a été gravée sur la stèle où repose à Genève, en Suisse, au cimetière des rois de Plainpalais,  l’argentin (qui évoque la relation impossible entre Siegfried et Brünhild où il y a la force du désir, mais d’un désir qui ne pourra pas être consommé) : « Hann tekr sverthit Gram ok/ leggr i methal theira bert »  ce qui revient à dire « il saisit l’épée et il la pose, nue, entre eux ». On trouve sur cette même stèle une autre expression sibyllline au-dessous d’une croix celtique : « …And ne Forhtedon na »  (on ne doit pas avoir peur).

Ce que je veux dire avec tout ça c’est que comme les grandes auteurs, ou artistes, ou politiciens ou chaque prénom a ses prédécesseurs et ses successeurs, et contient en lui une charge qui nous est conférée à notre naissance. Libre à nous d’assumer cette charge ou de la refuser, mais nous devons en être toujours conscient. Moi je suis Jean-Marie Arsène : mon prénom vient de saint Jean et de la Vierge Marie, il vient aussi de la mode de l’époque d’avoir des prénoms composés, il vient aussi de ma date de naissance le 30 octobre, il vient encore de mon oncle Arsène, mais aussi il m’évoque saint Jean-Marie Vianney, Jean-Marie Arouet dit Voltaire, Jean-Marie Cavada, le journaliste, Jean-Marie Le Pen, du Front National, Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature, Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Il y a dans le prénom Jean-Marie une tension entre le masculin Jean et le féminin Marie à tel point que souvent des gens veulent l’écrire Jean-Mary comme pour le masculiniser (Mary ressemble ainsi à Harry, ‘ailleurs mon premier surnom quand j’étais petit fut Ari). Aux Etats-Unis Jean étant un prénom féminin on écrivait mon prénom Gene (diminutif d’Eugene) et au Brésil Juan-Maria, la traduction immédiate de Jean-Marie n’existe pas, on dit João Mario ou João Marinho, c’est à dire l’équivalent de Jean-Marius. C’est peut-être pour cela que beaucoup m’appelllent Jean, tout simplement ! ou Jeanjean ! ou Mali ! ou Biw ! c’est peut-être pour cela que je me suis fait appeler vers mes 16-17 ans Shobbie, puis plus tard aux Etats-Unis Morgan car je trouvais Morgan Baltimore (et je ne connaissais pas encore à l’époque Morgan Freeman !) plus fringant en anglais que [djin] ou [djinmeri] et plus tard encore Marquee ou Marquis, je ne sais plus (intéressant, cette noblesse de canne, car bien longtemps après  j’ai parcouru une généalogie antillaise où les enfants avaient pour surnom Comte, Duc, Marquis, Baron)!

 

 

Mais revenons à nos makoumè ! Il est bien dommage qu’il n’y ait pas un mot pour les makoumè femmes, les femmes qui aiment les femmes, logiquement on aurait pu dire monkompè pour les désigner mais non les lesbiennes antillaises sont de simples lesbiennes, je ne leur connais pas de noms spécifiques. Ou alors si on dit aussi « yo zanmi, bon zanmi ! » avec un petit sourire amusé au coin des lèvres. Ou alors on fait semblant de ne pas comprendre. on est dans le faire semblant, dans la feinte, dans l’apparence

Makoumé, vient du français ma commère, une commère et un compère sont les noms que se donnent entre eux le parrain et la marraine d’un enfant. Traiter un homme de ma commère s’est lui nier toute masculinité, c’est le féminiser à outrance, dans un petit pays où tout se sait (la Guadeloupe ce n’est guère qu' »un acte de foi », comme aurait dit Borges en parlant de la Colombie, la Guadeloupe ce n’est guère  que 24 petits villages liés par des parentés multiples). La religion catholique aussi ne facilite pas les choses. il suffit de prendre la Bible pour comprendre que fricoter un homme avec un homme ou une femme avec une femme c’est mériter châtiment pire que la mort. C’est tabou. Et pourtant les statistiques disent qu’il y aurait un peu partout dans le monde à travers tous les âges et toutes les cultures  environ 5 pour cent de la population qui serait LGBT (lesbienne, gaie, bi et trans). Il y aurait vraisemblablement plus de 10 pour cent d’homophobes à traiter les makoumè (en anglais faggot, en portugais veado, en espagnol maricon, en français pédé) de toutes sortes d’appellations contrôlées :  c’est badyman, c’est batty boy dans les îles de langue anglaise, en Haiti c’est masisi, on dit aussi dous ou kréma. Oui les homophobes ne se privent pas pour stigmatiser les makoumè (voir par exemple Admiral T dans Makomè les assimilant à des guimbos, qui ne sortent que la nuit  et disant que « si tchouyé makomè sété sex mwen té ké nenfo (si tuer les pédés était du sexe, je serais nympho) parlant de Vincent Mac Doom.

Mais si l’on en croit Frantz Fanon, le psychiatre, auteur de Peaux noires masques blancs il n’y a pas d’Oedipe aux Antilles, donc pas de makoumè. La littérature antillaise d’expression française, si l’on en croit l’analyse  de Jarrod Hayes dans l’article « Créolité’s queer mangrove » in Music, Writing and Cultural Unity in the Caribbean, Trenton, NJ, Africa World Press, 2005 , 307-332, a exclu de ses trois principaux paradigmes la figure du makoumé. Cette figure est tenue à l’écart dans la mangrove, exclue de la négritude d’Aimé Césaire, exclue de l’antillanité de Edouard Glissant, exclue encore de la créolité de Bernabé, Chamoiseau et Confiant, les martiniquais ! Alors que la figure de la matadó (la mal fanm, la fanm à grenn)  est célébrée le makoumé est mis aux oubliettes de l’arrière pays antillais sauf pendant le carnaval où tout est permis au moment des vidés, ou lors des mariages burlesques. En dehors de ces moments d’exception et de libération sexuelle qui meurent le mercredi des Cendres, il n’y a pas vraiment une acceptation du makoumè dans la société guadeloupéenne comme d’ailleurs dans la plupart des terres ultramarines françaises.

Les élus locaux se positionnent, certains pour, certains contre malgré la loi qui interit les propos homophobes. Serge Letchimy par exemple, président du Conseil Régional de Martinique, dans sa  préface du rapport 2007 de l’association Tjenbé Rèd Prévention dit :  « Défendre le droit des personnes à vivre dignement leur sexualité dans le respect des préférences de chacun, sans avoir à subir sarcasmes, agressions ou exils, sans avoir à se cacher ou à se renier, n’implique pas de faire l’apologie de l’homosexualité mais simplement d’avoir le courage de s’opposer aux clichés et aux stigmates qui réduisent des individus, comme ailleurs les personnes de couleur ou de religion différentes de celles de la majorité, à quelques stéréotypes grossiers et caricaturaux. »

Des écrivains se réveillent comme Jean-Claude Janvier-Modeste, auteur de « Un fils différent » (L’Harmattan), qui raconte cette trajectoire.

Il suffit pour s’en rendre compte d’écouter une chanson traditionnelle comme « Edamise oh » (Edamise oh  ela, si ni dé mè ni an makoumè »

ou une chanson que j’écoutais tout petit de Gérard La Viny « Dé makoumè lévé an pijama » dans les années 50, ou encore plus récemment le zouk de Jean-Philippe Marthély où l’on entend ces paroles  : « pani on bon moun yenki makoumè ki la »

Ecoutez plutôt Asa featuring Suppa et leur titre  Macomè

Ecoutez encore Puissance 8 et leur titre  « Macoumè »

Regardez Viktor Makoumê joué par José Egouy en 1985

Ou encore Taxi Color  qui nous gratifie d’une relecture de Ziggy, on m’appelle Ziggy gratifié de « sé on makoumè » scandé ad libitum

Il y a aussi la chanson de Max Ransay dit Tonton Max « Sen pyé téni dé makoumè »

ou encore dans le genre dance hall  Makoumé de Lïon P et l’Empereur dont les paroles sont très explicites

Regardez la pièce de Jean-Pierre Sturm dont le titre est « Ma commère Alfred »

J’ai moi-même mes propres limites et malgré toutes mes bonnes intentions, malgré tout mon vécu toujours au long cours de voyageur qui avance en avançant, qui apprend en apprenant, je ne dis pas que je regarde comme si de rien n’était deux hommes ou deux femmes s’embrasser, se caresser. Ce n’est pas ma tasse de thé. Je ne suis pas voyeur ! Je n’y vois pas matière à péché, mais simplement cela me gêne. Comme cela me gênerait de voir quelqu’un se piquer, se faire un shoot devant moi. Comme cela me gênerait de voir quelqu’un se masturber devant moi. Quand je parle de gêne, je parle d’inconfort ! On est inconfortable avec ce que l’on ne connaît pas bien ! Je serais aussi inconfortable sur une plage naturiste. Cela ne fait pas partie de mon éducation. Je conçois fort aisément qu’on soit naturiste et d’ailleurs je trouve très beau ces familles du nord de l’Europe surtout qui ont cette attitude décomplexée avec leur corps. Je ne suis pas pudique outre mesure mais quand même. Dans mon arrière-pays antillais on a une certaine pudeur mais je me souviens tout à coup que quand j’étais petit, entre 7 et 8 ans et demi,  j’avais avec mon frère cadet Toto l’habitude de me mettre sur la balcon du galetas que nous occupions sur le Cours Nolivos et de mater les poitrines des femmes. Et de là-haut, de ce merveilleux point de vue qui donnait sur la mer des Caraïbes on passait des heures à nous régaler, on en harcelait certaines avec des « tété pik », quand leur poitrine pointait à la parallèle de l’horizon et de « tété pok » quand leur poitrine tombait. Un jour une de ces femmes « harcelées » par nos grivoiseries précoces est montée dans l’escalier et a dévoilé notre pot aux roses à ma mère. Je ne sais pas si c’était une « tété pik » ou une « tété pok » (quoi que je pencherais plus pour la thèse qu’elle ait été une « tété pok ») mais nous avons pris une belle volée. Ainsi avons-nous été castrés à la racine de nos jeunes émois enfantins !

A ceux qui ont comme moi des /r/ dans leur nom ou prénom

La cour dort ? Yékrik ! On l’a assez dit ! Yékrak ! Les Antillais sont diglossiques ou ne sont pas !! Voyez comment fonctionne le créole haïtien , voyez comment fonctionne le créole guadeloupéen, voila comment fonctionne encore le créole guadeloupéen (on a quand même le droit d’être exhaustif et un tout petit peu chauvin sur ce site, non), et ah oui j’allais oublier un petit passage qui fait bien sur le créole martiniquais (Madininais Madininoises, les made in Mad, je vous aime !)! Et puis puisque j’y suis un petit allo au créole sainte-lucien !

Les diglossiques  sont des Américains qui utilisent au moins deux langues en harmonie plus ou moins douce en fonction des heures du jour ou de la nuit. Mistikri, misti kra ! Je peux vous le dire en connaissance de cause .  Cela ne va pas sans poser parfois quelques petits problèmes de réalisation phonétique !  Particulièrement à cause de la consomme R dont l’ actualisation du  phonème /r/ en français serait aux Antilles spirante  dorso-vélaire sonore ! et ce n’est pas seulement moi qui le dis ! Regardez plutôt ça , puis ça, puis encore ça et revenez me voir ensuite si vous le voulez bien, Messieurs et Dames !

Mawdi gra, Mawdi gri !

An kaz asi on sel poto ? An Parapli .

C’est un cauchemar pour la plupart des étrangers qui apprennent le français et c’est la consonne la plus utilisée en français, d’où les innombrables erreurs de prononciation dues à un mauvais placement, une position de la langue, une ouverture, bref vous m’avez compris, je ne vais pas vous faire un dessin ! ! Mais remarquez que si on a seulement besoin de Boulogne ou de Clément pas besoin de sortir les /r/ et l’artillerie lourde à l’antillaise pour dire un Trois-Rivières (twariviè) ou un Père Labat (pèlaba)

Fond de la bouteille en trois lettres, mélangez bien c’est un saint !? Devinette !

Luk !

Yékrik ! Yékrak !

Dlo pann ! Dlo douboutt ! Dlo kouché ! Jandam anba dlo !

Il faut comprendre que nous avons tous tout un chacun depuis tout petit une sorte d’appareil phonétique interne qui nous permet de comprendre et de réaliser certains sons. il y a des sons que je me sens incapable de faire en khosa ou en  chinois mais si j’étais né en Chine ou si je m’appliquais pendant de nombreuses années il ne m’est pas interdit de penser que je pourrais réaliser ces sons ! Je m’appelle Jean-Marie Arsène Baltimore. j’ai été particulièrement gâté en lettres « r », je trouve. Que nous dit wikipedia sur ce fameux phonème /r/ qui pose tant e problèmes ? prononciation du français standard. On devrait dire janmari arsen baltimor. Enfin c’est ce que je croyais quand j’ai appris à lire à l’école de soeurs de Basse-Terre. Pourtant j’entendais mes copains m’appeler baltimo ou baltimow et mon oncle Arsène devenait awsen ! D’ailleurs c’est simple à comprendre : ma mère s’appelle Marie-Thérèse et mon père l’appelait Mayté (je ne l’ai jamais entendu dire ne serait-ce qu’une fois marité, ni mawité, c’était mayté comme maïté si vous préférez, point final, bâton de maréchal )! Logique puisque Basse-Terre était Bastè   en kreyol et rhum devenait wonm. Comme j’étais diglossique j’adaptais mon discours en fonction de l’environnement presque inconsciemment ! Mais il arrive que la langue fourche entre les deux !

Une fois arrivé en France avant mes 9 ans  ce fut une autre paire de manches. Là je compris que kafé fwet ne voulait pas dire qu’il faisait froid mais café fouette ! Un type de café froid peut être fouetté, pensais-je. J’appris l’anglais, puis l’espagnol, puis le portugais, puis le néerlandais et toujours ce /r/ qui s’enrichissait et faisait boule de neige. Je n’étais plus diglossique mais hexaglossique. C’est alors que, fort de l’expérience accumulée toutes ces années  durant, j’entrepris l’étude de la linguistique et il me fut donné de voir alors, dans les cours de phonologie et de phonétique de l’anglais puis ensuite du français, la dimension incroyable qui existe entre ce que l’on croit dire et ce que l’on dit en réalité quand on ne sait pas qu’on est enregistré !  Il faut dire que dès l’apprentissage de l’anglais les signes cabalistiques qui notent les sons m’avaient toujours attiré. Je me souviens encore plus de 50 ans après des symboles et les symboles pour illustrer le son de oo dans goose (une oie), et bee (l’abeille) et la même chose en espagnol.  Sauf qu’en espagnol je me souviens même d’un poême « por aqui por aca se va la mujer gorda en el polvo gris » : ce n’est sans doute pas le « a las cinco de las tardes » de Federico Garcia Lorca mais ces deux-là sont gravés à jamais ! Quand j’ai appris le portugais je me suis rendu compte que mon créole m’aidait beaucoup pour des sons comme /ão/ comme mamão (qui veut dire papaye) manmanw surtout !! ! Les Brésiliens me disaient: « mais comment tu fais pour bien prononcer /ão/ alors que les autres Français ont un mal de chien à le prononcer? ». et je leur disais : « I’m from Gwada my friend ! Caribbean by heart and French by necessity ! Sé pou sa an ka di : fè si ti moun zot la aprann byen byen lang an nou, kreyol pou yo pé sa fé kla fét épi la planèt !

Apajé , comme dirait l’autre !  eh bien laissez-moi vous expliquer un petit quelque chose : il n’y a pas un seul /r/ asi la tè !. Quand vous aurez compris ça dans votre cabèche, vous aurez tout compris pour apprendre les langues étrangères. il n’y a pas un seul l, il n’y a pas un seul e, tout dépend de l’ouverture, de la longueur, des points d’articulation : les lèvres, les dents, le palais, la luette (gentille luette, la luette je te plumerai), la glotte. ah mais comme disait mon défunt père, Vivik, l’un des guadeloupéens partis en dissidans vers 39/40 ! Qu’il repose en paix là où il est ! « Missié jeanmari, me disait-il en secouant la tête, sé bitin séryé an la palé épiw ! Ou trop an kouyonad ! ».  On ne se refait pas, sé kon sa an yé, father, mister Dad ! my name is Kouyon, makak singe, ti tak ! Baltimore si señor !

Le /r/ phonème peut avoir de nombreuses réalisations selon les langues. en français le /r/ est une  fricative uvulaire voisée c’est à dire fricative, faut que ça frotte, fo zot fwoté byen , le r alveolaire apical (c’est celui du portugais dans pero, paraíso)  différent encore du /r /de carro, ou morro . Et encore le /r / en début de mot en milieu de mot ou en fin de mot n’est pas prononcé de la même façon dans beaucoup de langues et en créole bien évidemment aussi. prenez le cas de Robert qui devient [wobè] ou Rolland qui devient [wolã] comme rhum devient [Wonm]mais pourtant Richard qui commence par un R comme les deux autres ne se transforme pas en W à cause du son i qui suit. . regardez riz on dit bien mangé diri, aucun antilmlais qui se respecte ne ira manger iwi, au grand am des comiques qui essaient ‘imiter la’accent créole en transformant tous les R en w. mais ça va pas , non ! Faites un peu de phonétique antillaise, messieurs, kan minm ! c’est comme raccoon  jamais on ne dit vicieux comme un wakun  ! on dit visyé kon rakoun, on pronoce le r à la française dirons-nous pour simplifier. On dira ainsi rat [rat] et ravette [ravet] jamais WAT ou wavet. Jamais au grand jamais ! Par contre « oi » après un r c’est chaud . i raid minm ! roi [wa] croix (kwa]. Certains diglossiques ont le chic pour dire rwa et krwa mais ce sont e forts dyglotiques !

A ce propos j’ai appelé tous mes enfants avec un prénom qui contenaiyt la lettre R à l’intérieur pour m’obliger à apprenfre la manière de le prononcer en hollandais (Erica) (accent tonique sur le e en holllandais, accent tonique sur le a en français), Iara (ce fut le  le plus dur à acquérir mais à force de prononcer Iara et e prononcer Vera, le nom de sa mère j’y suis arrivé); ensuite Yann Christophe, mais comme tout le mone au brésil avait écidé e l’appeler Yann comme ans la finale de Boris vian, je n’ai eu aucun problème); Lorenzo (encore un r compliqué brésilien entre eux syllabes), et pour le last but not least Juan-Lucas Orlando (comme on ne l’a jamais appelé Orlando mais Lucas, le problème ne s’est donc pas posé.

Mais il y a pire ! Imaginez une enfant portant le doux nom apparemment de Roberta, Barbara, Frédéric, Bérangère, Marguerite, Bertrand,  Maqui comporte deux r ! chaud, les marrons, chaud ! D’ailleurs lisez ce qui suit qui ne va vous parler que de Barbara et  de tous les consorts qui me viennent à l’esprit quand j’entends ce prénom !

Essayez, vous même ! Bawbara ? Barbawa ? Bawbawa ? Babwa ! Babra ! Barbra ! ou Barbara ! c’est pas évident !   Mi bab, mi déba, me direz-vous !   Tellement pas évident qu’en portugais on dit Bárbara (accent tonique sur le premier a et je ne vous dis pas le deuxième r). Lisez tout ce texte, il est assez long

On ne s’appelle pas impunément Barbara ! S’appeler Barbara appelle immédiatement à mon esprit l’héroïne de science-fiction imaginée dès 1962 par l’auteur de bd Jean-Claude Forest (1930-1998) sur le modèle de Brigitte Bardot, Barbarella, une femme libre, intergalactique, sauvage, maîtresse femme, coquine, sensuelle, et maîtresse de son destin

cette même  femme fatale Barbarella, jouée par Jane Fonda (1949), filmée par Vadim en 1968, cosmonaute en l’année 4000 qui atterrit sur la planète Lythion pour tenter d’éliminer le scientifique fou Durand-Durand

une femme réduite au statut de poupée Barbie de 29 cm, soit une femme au 1/6ème, (née le 9/3/1959) réplique de l’originale la poupée allemande Lilli. le prototype à partir duquel Barbie a été créée par Ruth Handler à partir du diminutif du prénom de sa propre fille Barbara) mais une poupée reflet de l’Amérique opulente, férue de rose, décomplexée, conquérante.

Il y eut aussi trois femmes aux talents multiples, toutes chanteuses avec un supplément d’âme:

une française Barbara (1930-1997)(qui pourtant s’appelait en réalité Monique Andrée Serf et qu’on appelait La Duchesse), l’auteur-compositeur-interprète de  L’Aigle Noir (1961), une brune

et deux américaines:

Barbra Streisand (née le 24/4/1943), l’actrice, la chanteuse, la productrice, le metteur en scène qui a remporté aussi bien Oscar, Emmy, Grammy, Tommy et Légion d’Honneur, à jamais figée dans les annales de Broadway avec Funny girl (1968),  The way we were et Evergreen (dans le film A star is born de 1977)  et l’éternel standard People,

et Barbara Hendricks (née le 20/11/1948)  la cantatrice, soprano, originaire de l’Arkansas, magistrale interprète e Mozart, haenel et duke Ellington, infatigable activiste auprès e l’Unicef, qui si elle n’est pas blonde mais noire a épousé deux blonds, et suédois de surcroit.

Et puis, last but not least, il y a sainte Barbe, fêtée le 4 décembre, patronne des pompiers, syncrétisée dans le candomblé  brésilien à Iansã, appelée aussi Oyá, orixá des éclairs et de la tempête. C’est la divinité guerrière par excellence, la femme de Xangô ! Iansã pour laquelle les dévôts et dévôtes pour payer leurs promesses préparent en l’honneur de leur sainte protectrice un traditionnel caruru ( à base de caruru (gombos), vatapá (à base de noix de cajou et cacahuètes et lait de coco), xinxim de galinha (poulet), riz blanc, popcorn, haricots cornille (feijão fradinho), couscous de maïs, farofa de dendê (farine de manioc revenue dans l’huile de palme) bobó de camarão (crevettes en sauce) qu’ils offrent chaque année le 4 décembre à leur famille et amis.

 

Ker Domino

Ker Domino est une série qui met en scène depuis 2011 un couple mixte, dit couple domino : Laurence Joseph , une guadeloupéenne de Bas-du-Bourg, et Laurent  Tanguy, un breton du Finistère Nord. Un vrai couple domino à la ville au début du tournage de la série qui en est à la saison  4!

Les couples intercommunautaires existent depuis fort longtemps. Pensons à Devine qui vient dîner de Stanley Kramer  (1967) avec Sidney Potier, Mariage Mixte (2003) d’Alexandre Arcady,  Mauvaise Foi (2006) de Roschdy Zen, Prête-moi ta main (2006) de Eric Lartigau et le blockbuster français de 2014  Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu  de Philippe de Chauverin

Très souvent dans ces films les situations sont caricaturales, outrancières même, on martèle les clichés. cela donne bien sûr très souvent lieu à des polémiques idéologiques , on s’interroge sur l’identité, le racisme, la différence; on analyse les dysfonctionnements, les dérives, les frustrations et l’humour ou l’amour finalement comme par un tour de magie permet de dépasser les codes culturels, les castes idéologiques.

Ker Domino est antérieur à Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu mais s’inspire de Chouchou et Loulou de Un gars, une fille  (1999) à la sauce chien ou en colombo ! Sauf qu’ici le côté créole est omniprésent et contraste avec  le côté ker, le côté breton ! J’entends souvent des généralisations abusives du type « nous les antillais », « chez nous aux Antilles » ! « Nous en france », « nous les bretons », « nous les métros » « les blancs », « les noirs ». De nombreux poncifs (la religion, la magie, la famille, les machos, le Carême) des quiproquos interculturels qui peuvent être cocasses et qui, je dois l’avouer , m’ont bien fait rire. Je m’interroge tout de même sur la bienséance de la scène où le breton pour épicer sa vie sexuelle veut fouetter l’antillaise, ce contre quoi, elle s’insurge, bien évidemment, invoquant la mémoire de l’esclavage. Tout comme sur la scène où Laurent veut enseigner à Laurence comment jouer aux échecs. Il lui dit « tu prends les blancs », et elle s’en offusque, « tu prends les noirs « et elle s’en offusque de la même façon, finalement il fait tomber une pièce et dit « échec et mat » !

Le couple mixte permet de faire prendre conscience du choc des cultures et de bousculer les codes et les préjugés. En décristallisant les tensions  par l’humour  on comprend bien que c’est par la tolérance de la différence, le dialogue et l’entraide  qu’on peut trouver ses propres marques, ses propres valeurs, ses propres schémas.    Un couple domino c’est forcément quelque part un couple explosif et enrichissant à la fois

Toutefois dans la série on a l’impression, enfin c’est mon regard, que chacun des partenaires, deux trentenaires, reste dans son couloir ! Je crois que les stéréotypes sont un peu trop forcés : le Breton aime le vin rouge et le cidre et l’antillaise le rhum et le jus de prune de cythère, le breton aime la médecine allopathique, la guadeloupéenne la médecine à base de plantes. Le  breton est athée et l’antillaise catholique et adepte de magie. le breton fait du surf et du kitesurf et l’antillaise sait à peine nager, le breton aime le rock et l’antillaise le zouk.L’antillaise passe son temps au téléphone avec sa mère, ce qui signifie par déduction qu’elle n’a ni père ni frère et soeur ! Le breton est taiseux et l’antillaise  exhubérante. C’est Jules Verne et Kersauson avec eventuellement la grand mère du general de Gaulle contre Césaire, Schoelcher ! c’est la ponctualité contre l’irresponsabilité en matière d’horaire,

Je pense qu’on aurait pu avoir une antillaise végétarienne ou indépendantiste ou rosecrucienne ou adventiste, ce qui aurait pu donner lieu à un humour bien plus décapant. J’aurais aimé aussi que le breton soit moins stéréotypé  ! En fait ce qui me trouble c’est que les deux personnages ne doutent jamais de leur identité culturelle. Elle leur semble intangible, j’aurais aimé qu’ils franchisent les barrières, les frontières, les égoïsmes propres à chaque communauté !

D’ailleurs Laurence et Laurent qui se sont mariés en avril 2013 à Saint-François sont maintenant séparés mais ils continuent de travailler sensemble et se retrouvent dans   y a un os dans la noce qui raconte uma mariage de couple dominos .  Par contre Laurence travaille aussi en solo avec  Ca va décoiffer et continue son petit bonhomme de chemin