La soupe au canard rend-elle amnésique?

Groucho, Harpo, Chico, Zeppo Marx, des Marx Brothers, ne sont pas nés comme leur père à Strasbourg mais bel et bien bien aux Etats-Unis. Loin de la choucroute et du Gewurzstraminer donc ! Leur humour caustique m’a toujours intrigué. Groucho dégaine en anglais autant de blagues qu’une mitraillette dégoupille ses balles à la minute. Blagues savoureuses en anglais, un peu moins délectables en français. Mais il en fut de même pour d’autres comiques comme Laurel et Hardy. L’humour est le degré zéro de la traduction. Comment traduire Duck Soup  par exemple si on sait que Soupe au Canard ne traduit pas toutes les valeurs de « duck soup » .

La guerre peut être drôle. Charlie Chaplin bien après dans Le Dictateur (1940) (Thr Great Dictator), Stanley Kubrick bien après encore dans Docteur Folamour (1964)( titre original en anglais Dr Strangelove or : How I learned to stop worrying and love the bomb, avec Peter Sellers dans le triple rôle de Mandrake, le président américain et de Dr Strangelove) et Léo Mac Carey dans la Soupe au canard (1933) l’ont prouvé si besoin est avec maestria. Dans la Soupe au canard (Duck soup), où le burlesque, l’absurde, la dérision et la satire politique l’emportent sur l’histoire, on ne sait si le discours politique sur la guerre fait partie du ressort du rire. On ne rit pas de Mussolini/Chicolini, comme on ne rit pas d’Hitler. Il s’agit ici d’avatars qui nous permettent de mieux appréhender les travers et les démences des politiques et des va-t-en guerre. Or les conflits trouvent la plupart du temps leurs origines dans des dérives religieuses. Il n’est donc pas anodin que les frères Marx nous proposent en tomber de rideau un negro spiritual revu et corrigé à la sauce Marx.

Les anges n’ont plus d’ailes mais des fusils. No wings only guns.

All God chillun got wings

They got guns we got guns

All God’s chillun got guns

I’m gonna walk all over the battlefield

Cause God’s children got guns

Freedonia, nom du pays imaginaire au bord de la banqueroute, qui devait d’abord s’appeler Amnesia, doit fatalement entrer en guerre contre Sylvania. A la tête du pays une riche veuve, Madame Teasdale, fait nommer le président Rufus T. Firefly, un agent de l’équivalent actuel de la NRA (National Rifle Association) Eureka Ammunition Company. La guerre, la folie paranoïaque dans toute sa tragédie bouffonne,  est inévitable. War ! Tous les mythes peuvent être revisités, parodiés, sur le ton de l’outrance, de la farce, du grotsque: la conquête de l’ouest, le western, le banjo, la musique folk, le negro spiritual

Tu saignes du nez

Je viens de manger un délicieux et volumineux faux-filet au restaurant Chicken avec en face de moi mon ami Alexandre, professeur d’espagnol d’origine sénégalaise. Il ne mange pas. Il est dejá pres d’une heure. Lui est en vacances et prend son apéritif. Toujours du vin rouge. Sa mère vient de décéder a 91 ans au  Senegal. Il en revient. Il est en deuil, me dit-il jusqu’au 27 octobre. Cela ne l’empêche  pas de boire son ballon de picrate reglementaire a la santé d’Hipocrate. Il ne mange qu’a 15 heures à l’ heure espagnole. Chicken c’est sa cantine. Il y mange tous les jours. J’ai règle, je n’attends plus que ma monnaie. Je dois partir vite fait car je recommence à une heure. Il faudra que je prenne un taxi. Et voilà qu’ il m’ assène un magistral: « tu saignes du nez. » Craignant l’épistaxis je palpe machinalement mon nez, les deux ailes, pas de sang à l’horizon. Il rigole. Je révise dans toutes les langues le sens de tu saignes du nez: seu nariz está sangrando, your nose is bleeding, ne aw ka pisse san, zijn neus is j’ai oublié quoi. Rien. Lui rit et regarde fixement mon entrejambe. Je réalise alors que ma braguette est ouverte. Fichtre. Il rigole. « Tu saignes du nez est une expression pour dire ta braguette est ouverte. »

Moi je connaissais: « la porte du garage est restée ouverte. » Je range donc vite fait bien fait ma Cadillac, coupe le moteur, puis met le frein à main. On est dans une descente, on ne sait jamais avec ces engins-la. Imaginez que le moteur s’emballe à froid et défonce  la porte du garage à nouveau. On serait bien ! Comment contester la science vernaculaire d’un docteur en espagnol diplôme de surcroît de la Sorbonne ? Eh oui il est fier de lui. Il me dit même de vérifier dans les dictionnaires. 

Bon, je ne savais pas que mon nez se trouvait au niveau de la braguette. J’essaie de voir un rapport avec fermeture éclair. Rien. Zip, rien. boutons de braguette. Toujours rien.

Ah elle est coquinette cette langue française. Fermer sa braguette ce serait alors se boucher le nez  ?

Ah il va falloir que je me jette dans l’étymologie de l’expression. Que dit ma bible, le Cnrtl? Rien. Ça doit être une blague sénégalaise, qui sait, puisque dans Sénégal il y a nez. Mais je dis ça, je dis rien.

Bon, faisons confiance à notre ami docteur en Sorbonne et je laissons jamais saigner nos nez. Une épistaxis est si vite arrivée. 

Saigner du nez, pisser du nez, ce n’est pas le même appendice, mais l’image est éloquente.

Je vais la ressortir des que je le pourrai. Mais il va falloir scruter dur les braguettes. Oh my God!

On ne dit plus mademoiselle depuis longtemps. On dit madame.

Elle a douze ans et en paraît 16. C’est Samira, la fille de Wally, mon pote sénégalais. J’entre chez elle accompagné de son père et lui dis:  » bonjour mademoiselle ». Elle me répond: « madame. » Sur le coup je ne réagis pas. Me suis-je trompé de personne ? Est-ce une sosie de celle que Wally m’a montrée il y a deux semaines avec sa fierté toute paternelle ? Celle-ci serait donc mariée ou tout du moins mère de famille puisqu’elle se fait appeler Madame!

Je la revois par hasard deux heures après chez le coiffeur d’à côté et lui exprime mon désarroi. « Tu es bien la fille de Wally que j’ai vue il y a deux heures. » Oui. « Tu es mariée ? » Non mais on ne dit plus mademoiselle depuis longtemps c’est fini, ça, car on ne dit plus jeune homme, jeune fille, on dit monsieur, madame, c’est tout.

J’encaisse. Ah bon, je ne savais pas cette évolution de la langue française. Pourtant je suis censé être prof de français. Je suis interloqué. Selon moi il y a une incompréhension de génération. Je tente une escapade. Aux USA je sais qu’il y a des femmes qui refusent d’être miss ou mrs et qui se font appeler ms mais cela reste assez marginal puisque globalement les sociétés restent phallocrates et je n’ai jamais entendu parler d’une telle évolution socio-linguistique en métropole. Serait-ce l’une des nombreuses particularités mahoraises ou serais-je à côté de la plaque depuis un certain nombre d’années ? Il me faudrait sans doute un peu de recyclage. Lundi j’en parlerai à mes collègues Mahorais et métropolitains et la lumière se fera. En attendant j’ai une question : dois-je traiter cette dame de tu ou de vous?

Le même jour j’ en parle à Wally qui n’en croit pas ses oreilles. Il est interloqué. Je lui dis pour rigoler. « Je suis sûr qu’un jour ta fille, qui est sans doute féministe, ou qui a été induite à penser ainsi, qui sait, aura du plaisir, quand elle aura 40 ou 50 ans à se faire appeler mademoiselle. Laisse faire le temps. » Je sens chez Wally poindre l’ impuissance. Il est dépassé par sa fille. Nous rions comme deux chauvinist pigs que nous sommes. Puis il me demande. « Mais que faisait-elle chez le coiffeur?  » J’ ai fait sortir sans le vouloir du nid le père possessif. J’ essaie de noyer le poisson. Elle cherchait un produit, peut-être , mais moi qui ne suis pas né de la dernière saison des  pluies j’ai vu en deux nano-secondes une ébauche de dissimulation de romance rapide. D’ailleurs une heure après je la retrouve chez son père avec les cheveux pas du tout adaptés à la circonstance, le mariage de son demi-frère. Elle se plaint: « regarde ce que le coiffeur m’ a fait. » Comme diraient les Brésiliens on traduirait son regard par « olha  aí a desgraça que essa porcaria de cabeleireiro fez em mim. »

Moi diplomate, quoi que male chauvinist, je retourne la question: « Et toi madame qu’est ce que tu en penses? ». Sa bouche prend la forme d’un cul de poule dépité. J’ai compris. Mais je pense pas qu’elle ait payé pour cette mascarade de coiffure. D’ailleurs je ne pense pas qu’elle ait même été coiffée. Embrassée peut-être, caressée peut-être par ce barbier qui a fait jaillir le sang de mon menton. Mais je suis mauvaise langue. Je suis un mâle chauvinist, le pire des pigs et ici peu de gens mangent du cochon. Faisons semblant de croire en la candeur virginale de l’enfant comme papa, feignons, les amis, feignons, poussons, poussons l’escarpolette, la la la la la la la la la la la la la. Elle a douze ans. C’est une enfant. Mais elle en paraît 17. Prépare-toi Wally pour le mariage de ta fille. Le sang bantou qui coule dans les veines de Madame est chaud bouillant comme le tien, souviens-toi de tes jeunes années,  et celui de sa mère.

Et il bande encore le bougre!

Si vous êtes pudibond, passez votre chemin, detournez votre regard de cette page car le sujet du jour c’est la bandaison. J’en vois déjà certains ou certaines qui se levent les yeux exorbités et les bouches en forme de cul de poule. Shoking! La bandaison est pourtant un noble art qui existe depuis que l’homme est homme. La bandaison c’est l’instinct primitif, l’inconscient collectif de l’homme. L’homme qui ne bande pas est un homme diminué car l’homme qui se respecte a besoin de ces trois jambes. La jambe droite, la jambe gauche et la jambe du milieu qui s’est rétrécie avec les siècles mais qui était il y a de cela des millénaires parfaitement équivalente en taille et en grosseur avec ses deux soeurs. L’homme préhistorique marchait non pas sur deux jambes mais trois jambes. Vous ne le saviez pas? On nous cache tant de choses! Tenez, essayez d’imaginer  le parfait équilibre que permettait le fabuleux tryptique. Autrefois dans la nuit des temps nos jambes étaient molles à l’état naturel, toutes flagada, celles des hommes tout comme celles des femmes. Nous rampions sur nos trois jambes qui toutes possédaient pieds et orteils. La fécondation se faisait au niveau du gros orteil de l’homme sur n’importe laquelle de ses trois jambes tandis que les demoiselles étaient ensemencées entre les doigts de pied au niveau du petit orteil de la seule jambe du milieu. D’où l’expression qui résiste au temps: prendre son pied. Ni homme ni femme ne bandait. D’ailleurs ni homme ni femme ne savait qu’il ou elle était homme ou femme. Ils ne pensaient pas, n’analysaient pas, ne calculaient pas, ils se frottaient répondant à l’appel de l’espèce, au rut, à des cycles, à des odeurs qu’ils ne comprenaient pas. Ce n’étaient pas des légumes mais presque. Ils se croisaient, peuplaient et multipliaient par simple et lent frottis-frotta.

Vint la première glaciation qui changea tout. Les jambes de poulpe des penispithèques (c’est ainsi que s’appelaient les hommes entre eux en ce temps-la) et des clitorispithèques (les demoiselles) subirent une mutation radicale . Les deux jambes extérieures devinrent rigides et articulées tandis que celle du milieu se rabougrit. Il fallut apprendre à marcher sur deux pieds. Mais même rabougrie en de grandes proportions cette jambe du milieu qu’on finit par nommer penis pour les hommes et clitoris chez les demoiselles, possédait toujours pieds et orteils, désormais rendus inutiles pour la marche.

Chaque fois que vous bandez, souvenez-vous, c’est votre humanité primitive qui se rappelle à votre bon souvenir. Plus vous bandez fort plus vous êtes en contact avec votre self.

Le problème de la bandaison c’est son corollaire l’éjaculation. L’ homme en état de bandaison passe simultanément par les phases de fierté due à l’érection, de nirvana jouissif due à l’éjaculation et de paix intérieure retrouvée due à la débandaison. Un homme en état de bandaison perd tout libre arbitre, il est en proie aux mille soubresauts de ses sens primitifs, il recherche frénétiquement cet entre-orteil de jadis pour épancher sa soif, c’est un oiseau sans ailes qui pue le frai. Il faut qu’il se soulage de ce mal nécessaire sans laquelle son existence même lui serait niée.

Les miens

Je lève mon verre aux miens.

Je n’aime pas trop le pronom possessif « les miens ». Il évoque trop la possession justement, les biens inaliénables que même un huissier jamais ne pourra saisir. Je ne peux revendiquer mien que ce qui m’appartient et si peu de choses m’appartiennent. Mes deux valises totalisant 33 kilos, mon corps rebondi, mon esprit. Deux assiettes, deux mugs, un fer à repasser, un mixer, un mortier, un pilon, une poêle, un frigo, une machine à laver, un téléphone portable, un bouquin et de la paperasse, voici tout le tresor que je possède. Je l’ai déjà dit par ailleurs : ma  richesse c’est moi.

Mon passeport est périmé. Ma carte d’identite annulée. Je suis un migrant. Yes sir ! I’m an alien !  Et je ne sais pas pourquoi en ce 27 septembre 2017, jour des saints jumeaux Côme et Damien, jour ou au Brésil on les fête à grands renforts de gombo et autres douces victuailles parfumées à l’huile de palme, je ne sais pas pourquoi je pense aux miens. Non,  les gombos ne font pas partie des miens, sauf à considerer qu’ils soient dotés de foi et de raison. Mais ils font partie de mes univers invisibles. 

Je ne sais pas pourquoi je pense à la traduction du film Clockwork Orange de Stanley Kubrick en Orange Mécanique. J’ai peut-être une explication qui tient plus à une vulgarisation debridee de la physique quantique qu’a autre chose. Je ne possède ni table ni chaise. Ennuyeux pour qui aime s’asseoir pour écrire. Or j’ai vu samedi matin dans un magasin d’électro ménager de Mamoudzou une table orange et des chaises violettes que j’avais déjà remarquées une semaine auparavant dans un restaurant appelé Moifaka. 

Je n’ai pas normalement cette soif outrancière de posséder. Les choses vont et viennent au gré des cyclones. Mais étrangement cette table à 79 € et cette chaise à 29 symbolisent mon enracinement proche. Je me considérerai installé quand elles troneront en majesté dans mon salon avec une petite télé qui me reliera au monde. Allez au diable l’avarice, ce sera mon cadeau d’anniversaire.

Samedi j’ai tourné, volte, vire, autour de cette table en aluminium orange. Pèse, soupèse, les avantages, les inconvénients. Se sédentariser, acquérir des biens matériels m’horripile, je n’aime pas collectionner, amasser. Il faut certes une base, un nid douillet pour que l’oiseau puisse prendre son envol et se retrouver mais en même temps si la paille est trop confortable ne risque-t-on pas de s’y enliser tel dans les sables mouvants ?

J’ai un petit matelas une place, tout petit, je m’y sens un enfant. Il vient d’Inde me semble-t-il et est imprimé de fleurs sur fond bleu. Je m’imagine que je dors sur la mer. Bien sur, un petit lit serait bien confortable pour mes vieux os, mais n’y a-t- il pas un bonheur obscur dans cette vie spartiate ? Je me le demande.

Je pense aux miens. Mes enfants, ma femme, ma mère, mon père, mes frères et soeurs, dans l’ordre et le désordre, comme au quarte plus, il y a les favoris du moment côtes à deux contre un, les tocards qui peuvent rapporter gros, les outsiders, les hongres, les pouliches, les purs-sangs, qui évoluent avec leurs jockeys au trot monte ou attelé, dans des sulkys ou au galop . Enghien, Chantilly, Vincennes, Deauville, Auteuil, Boulogne, Marseille Borély. Tous en selle, les miens! Prix de l’Arc de Triomphe, Prix de Diane Hermès, Prix du Président de la République. Certains reviennent du diable vauvert sous un commentaire de Léon Zitrone ou de Guy Lux. Ce sont les miens. Je ne suis qu’un vieux canasson. Tiens, appelle moi Ed, le cheval qui parle. Pas si vieux que ça puisque je bande encore, n’est-ce pas docteur. Pas encore bon pour la boucherie, pour la réforme… J’aime brouter l’herbe verte des prés sales, parfois on y trouve un trèfle à quatre feuilles parfois une scolopendre. Hier soir j’ai eu un de ces rares moments d’intense bonheur. Je voudrais partager ce moment d’epiphanie avec les miens.

Il devait être 17h30. J’étais allé près du pont qui se trouve vers chez moi acheter chez les revendeurs de légumes tomates, concombres et ail. En levant la tête j’ai eu le bonheur, j’ose dire le privilège insigne, de voir quatre ou cinq makis se balader sur les câbles électriques ou téléphoniques aériens, passer d’une rue à l’autre, d’un toit à l’autre, dans une sorte de sarabande pastorale oubliée qui m’a rempli de bonheur. Et je me suis dit en les voyant: « Eux aussi ce sont les miens. » Ils vivent , ces petits brigands de lemuriens, dans un espace de liberté précaire mais ils vivent sans souci du lendemain, de la facture d’électricité, du loyer à payer. Ils semblaient s’amuser comme des poneys, les miens, mes petits makis, j’étais à 10 mètres. J’aurais voulu filmer ce moment et le partager avec le reste des miens. Mais alors je me suis dit, en voyant que j’étais le seul semble-t-il a accorder de l’attention aux makis, que je vivais peut être dans un autre monde. Que je voyais peut être des choses que les autres ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir, j’étais en quelque sorte un maki clairvoyant dans un corps d’homme.

Ce sont ces rencontres fortuites qui me rapprochent des miens, quels qu’ils soient ou qu’ils soient, qui me confortent dans l’idée qu’il y a certes un mécanisme d’horlogerie (a clockwork) qui nous gouverne les miens et moi, un mécanisme bien huilé, bien pense, bien réfléchi qui nous unit, mais que sans fêlures, sans cassures, sans ruptures toute ingénierie, la plus savante qui soit, est vouée à l’échec et que parfois il suffirait pour que le système fonctionne de remplacer l’huile par le jus d’orange, et spécialement de ces jus d’oranges qu’on appelle navel parce qu’elles ont un nombril, cicatrice d’une appartenance, d’une origine.

Mais les makis aiment-ils les gombos?

Irma la Hurricane m’a tuer ou plutôt Ouragan Irma m’a tuer Irma la Douce

Avant de connaître Irma, la hurricane, la cyclonique, l’ouragan, je n’avais connu qu’Irma la Douce.

Que ce soit en comédie musicale française sur une musique de Marguerite Monnot et sur un livret de Alexandre Breffort en 1956, que ce soit en comédie musicale version anglaise en 1958 dans l’East End ou en 1960 à Broadway j’étais éperdument amoureux de cette prostituée au grand coeur. Je me souviens encore de la chanson d’Irma.

« Y a rien à dire

Y a qu’a s’aimer

Y a plus qu’à se taire

Qu’à la fermer

Parce qu’,au fond les phrases

Ça fait tort à l’extase »

Ainsi chantait Colette Renard.

En 1963 Billy Wilder fit son remake cinématographique. Irma la Douce prit ainsi les traits de Shirley MacLaine qui remporta alors un Golden Globe de la meilleure actrice pour son rôle tandis qu’Andre Prévin remportait quant à lui l’Oscar 1964 de la meilleure adaptation musicale.

Dans le film de Wilder Jack Lemmon joue le rôle de Nestor Patou, un ancien policier, et de Oscar alias Lord X, son double qui, déguisé, tombe amoureux d’Irma qu’il doit disputer à son souteneur Hippolyte. Irma, bourreau des coeurs mythique, que tous achètent mais qui ne se vend à personne, bourreau doux, mais bourreau quand même qui souffle comme Irma la Hurricane 60 ans plus tard le chaud et le froid sauf que le décor n’est plus celui de la rue Casanova d’un Paris de carton pâte mais les environs du triangle des Bermudes. Les clients d’Irma 2017 ont pour nom Saint-Martin, Barbuda, Cuba, Florida. On est loin de la môme Irma ! Irma a pris du grade, est devenue mère maquerelle, mais les dégâts occasionnés sont identiques en 144 minutes. On est loin de Moustache et de Nestor le Fripé, ce dernier qualifié de « wreck of a mec ». Mais c’est le même langage, the language of love, the language of nature, ces forces irrésistibles qui nous tenaillent.

Aucune morale à en tirer si ce n’est celle-ci en franglais de 1963 :

Le grisbi is le root of  le evil in man.

Alors de là à analyser les responsabilités de l’Etat dans ce désastre force 5 exceptionnel vous comprendrez bien que je ne pourrai répondre comme Moustache (Lou Jacobi) que par la fameuse réplique: « But that’s another story. » Oui c’est une toute autre histoire. La suite au prochain épisode….cyclonique.

coloc chez moi malgré moi

Il y a ici dans mon petit chez moi provisoire un coloc pas ordinaire. Le propriétaire de l’appartement le connait bien puisqu’il lui a installé un petit lit cage afin qu’il puisse y prendre ses aises. Juste à côté du réfrigérateur. Je pensais que le coloc était en voyage car je n’avais vu en trois jours aucune trace de son passage. Mais il faut dire aussi que le weekend mon coloc doit driver à droite et à gauche. Nous sommes lundi matin, trois heures et demi du matin. Je me réveille pour soulager comme on dit en milieu cycliste un besoin naturel. Je me suis endormi en laissant la lumière allumée dans la chambre. Je vais dans la salle de séjour que je dois traverser pour aller aux toilettes. Et j’entends un petit bruit bizarre derrière le frigo. Je ne m’en formalise pas plus que cela car je pense alors que mon colocataire à du se coucher dans le lit de fer spécialement concocté pour lui près du frigo et tout en me soulageant j’allume la lumière du salon pour en savoir un peu plus sur ce coloc trouble fête. Mais la cage est vide. Et tout à coup le voilà qui prend la poudre d’escampette par le toit. Costaud le bougre. Gros comme un chat mais  ce n’est pas un chat. Plus gros en tout cas que la cabane qui lui avait été destinee. La veille, comme j’avais acheté quelques victuailles j’avais range comme il se doit dans le frigo le pain dans le congélo, le beurre, les legumes. Je n’avais laisse dehors que les bananes, l’oignon, l’ail, le riz et un dachine. Devinez ou mon coloc a choisi de planter ses dents. Dans mon dachine. Ah il a bon goût celui là. Gueule fine! Il n’a pas fait grand cas du riz qui était dans un sac en plastique ni du poivre du curcuma et du cumin eux aussi sous plastique. Par contre mon dachine tout beau tout neuf il me l’a entamé de deux coups d’incisives. Un homme averti en vaut deux. Je ne sais pas comment on dit gros rat, rat gros comme un chat,  en shimaore mais je range vite fait bien fait mon dachine dans le frigo et je laisse le reste qui a été négligé sur la table. Puis je me recouche. Il me semble entendre encore des frémissements sans la salle. J’y vais pour voir,  j’allume la lumière. Rien à signaler… les bananes sont toujours là. Intactes. Mon riz n’a pas été violé. Tout baigne. Le lit du colocataire toujours vide. Peut être que je devrais lui mettre des draps propres, un oreiller avec taie d’oreiller assorti. Ou peut être qu’un duvet, un édredon auraient  plus fière allure ! Tout à coup les plombs sautent. Je suis dans le noir. Mon coloc le rat aimerait-il les fils électriques? Ou a- t- il fait cela pour se venger   de moi? Demain il faudra que j’en parle au proprio. Je n’avais pas fait une colocation mais bien une location. Heureusement qu’il ne me reste que 15 jours à cohabiter. Je suis dans le noir complet. Il est 4 heures et quelques. J’ouvre grand les fenêtres. Il fait encore nuit. Vivement que lundi s’installe. Allez les coqs chantez  pour me donner du courage. Vous ne savez pas ce que c’est de se retrouver coloc à son insu d’un dévoreur de dachine et de fils électriques. En attendant ce n’est pas moi qu’il va grignoter comme un fromage dans mon lit. Je vais m’habiller et aller prendre le pouls de la mer. Bye bye rat . Il est 4h25 du mat, je vais encore vérifier car j’ai entendu un bruit suspect autour de la table : le malotru vient de me grignoter un petit morceau de banane. Allez les bananes vertes au frigo. Je laisse encore le riz, les oignons et l’ail et les épices, et la bouteille d’huile Tropical sur la  à table et on verra bien si c’est un gastronome ou un devorant! Mamoudzou dort encore mais moi j’ai les yeux grands ouverts et je n’ai pas sommeil et sans mon portable je serais dans le noir complet. Bon, je préfère ça aux moustiques. Tant qu’il ne vient pas s’attaquer à mes doigts de pied. Tout à coup j’ai une pensée. Si Bena était la ça aurait été un vrai far west! Un chat vient de miauler sur le toit. S’est il emparé de mon visiteur? Inch Allah ! Voilà un migrant dont je ne verrais aucun inconvénient que le Crin saisisse et expulsé manu militari avec femmes enfants et bagages, deuxième épouse et troisième epouse. Je pars en maraude dans la nuit mahoraise. Dans la nuit c’est chant polyphonique corse. Les chanteurs se répondent entre eux de toutes les mosquées de la ville. On pourrait se croire en Corse si c’était chante en Corse. D’ailleurs je me le demande c’est chante en arabe ou en shimaore. Dans les ruelles passent des ombres en sandales, des ombres pieuses puisque toutes se dirigent vers une mosquee. Il est 5h30 je cherche une boulangerie, pas un lieu de priere. Je reviens vers huit heures. Je retablis l’électricité. Et que vois-je ? Le bandit de rat migrant m’a déchiqueté le bouchon jaune de ma bouteille d’huile de palme indonésienne. Par miracle la bouteille est sur la table. Il ne l’a pas renversée. Ah tu veux la guerre, tu l’auras mon coco. Ma bouteille d’huile tu me l’as saccagée, mon taro tu me l’as écorché, ma banana verte tu me l’as grignotee. Tu ne dois pas connaître l’histoire de la souris verte qui trainait dans l’herbe. An pa la mange soup en mwen cho enka mannjey fwouett. Ri tout  ri aw ! Tu vas voir de quel bois le migrant de Wolfok se chauffe, espèce de chat rat sans vergogne. Je t’aurai, je t’aurai !

Contes et légendes de Monsieur Lenclume

Je ne prends jamais ce que l’on me dit pour de l’argent comptant. Je prends note et je vérifie. Je fais mon propre suivi. Ce matin j’ai enfin atterri. Depuis vendredi j’étais toujours à l’ heure de la Réunion à cause de mon portable. Je trouvais bizarre de trouver tous les magasins fermes. Je trouvais bizarre de me lever à sept heures. Eh bien j’avais une heure d’avance sur Mayotte et deux sur la France. Mais à neuf heures trente cinq grâce à un Réunionnais établi ici depuis 23 ans avec sa femme, Benoît Lenclume, tenancier d’une baraque de poulet grillé , bananes et manioc grille j’ai remis les pendules à l’heure. Un poulet grillé, une banane, un manioc, un  coca, le tout pour 10 euros. Je suis d’abord allé sur le marché qu’on me disait ferme et j’ai ramené les provisions saines: la banane verte (balabai), le songe, l’ail, l’oignon, la tomate, le coriandre vert, la ciboulette, le persil, le cumin, le poivre et le curcuma, le concombre, le piment, le dachine (majimbi) et les pwadibwa (ici ambrevades)(ou suzi) Je n’ai mange que la moitié du poulet. Monsieur Lenclume me raconte une blague. Il y a à la réunion une famille Lenclume et une famille Marteau. Si une demoiselle Marteau se marie avec un monsieur Lenclume elle aura le dessus. Moralité: les Lenclume ne se marient pas avec les Marteau. Dans le petit boui-boui au bord de la mer de Monsieur Lenclume le réunionnais il y avait lui, moi, son aide remplaçant sa femme, une malgache et un anjouanais. Monsieur Lenclume payait pour pouvoir exercer son petit commerce 75 euros à l’état tous les trimestres. Il a 70 ans et peut ainsi s’arrondir sa fin de mois de retraite avec un petit supplément et aider aussi les enfants restes à la Réunion. Avec le changement un nouveau maire. Il fait partie du paysage juste entre l’embarcadère et Mgombani. J’ai adoré en tout cas.

personnalité rhizomatique, c’est-à-dire systématique, anankastique et en même temps bordélique

Youpie ! Je viens de passer mon auto-test. Je suis rhizomatique. Je rencontre tous les critères diagnostiques de ce trouble de la personnalité qui n’appartient qu’à moi, tout seul, nan, et qui est caractérisé par une préoccupation pour les racines en tous genres, les feuillages, l’ailleurs, toujours renouvelé, un fort complexe maternel et une tendance […]

composition française : hipo, haram, gandia, trembo, mrengué, kapoï, rumbu, mievi, douka, m’godro

Avec les dix mots suivants racontez une histoire : hipo, haram, gandia, trembo, mrengué, kapoï, rumbu, mievi, douka, m’godro. – Accusé Compère Zamba levez-vous ! – Oui Monsieur le juge ! -Vous avez été surpris dans la nuit du samedi 29 au dimanche  30 juillet 2017 en train de vous fournir en bière Hipo chez […]