Qui ne connaît pas le kaka bouji n’est pas antillais

Ah le kaka bouji. Le lancer de kaka bouji sur la tête des gens. Voyé kaka bouji asi moun, konba kaka bouji, c’est un des délices de l’enfance. On prend les restes de bougie fondue sur les tombes et à la nuit tombée on les jette sur les flâneurs dans le cimetière le jour de la Toussaint ou le jour des morts. Jouissif. Une fois le kaka bouji lancé on fait comme si de rien n’était, sur la tête de l’oncle, de la tante, de la grand mere, du grand pere, du cousin, de la cousine, bref on est en communion avec les morts, d’ailleurs tapi dans l’ombre comme vous l’êtes, personne ne vous voit, personne ne songe à vous. Le kaka bouji c’est la preuve que, loin du blasphème, il y a de la vie, de la folie, du jeu dans la mort. On peut rire dans un cimetière, jouer au bal masqué si on le désire. CE N’EST PAS MANQUER DE RESPECT AUX DÉFUNTS. Et si on kakaboujait ce soir? CHICHE ! Anciens combattants de kaka bouji rendez-vous au cimetière qu’on en découse.

Prescripteurs alimentaires, esprits, saints et défunts

Nos choix en matière alimentaire sont largement dictés par notre inconscient, par nos expériences de vie, par celles de nos ancêtres.

Nous croyons tous avoir un libre-arbitre , un pouvoir décisionnel qui nous donnerait la faculté de décider ce que nous avalons, et le pourquoi et le comment de ce geste « avaler » alors qu’en fait de matière alimentaire nous sommes les patients et les élèves de prescripteurs et de précepteurs alimentaires divers.

J’étais il y a deux mois à un dîner anniversaire. Un de mes frères fêtait ses 60 ans. Etaient présents sa fille aînée et son mari et leurs quatre enfants, âgés entre deux et 10 ans, 3 garçons et une fille, ma soeur benjamine de 50 ans et sa fille de 10 ans, mon épouse et moi cela se passait dans un restaurant à Saintes en Charente-Maritime. On nous sert les boissons.

Que désirez vous ?

Mon frère demande un Porto, je le suis. Il se ravise et prend une bière parce que son beau-fils a pris une bière. Je prends moi aussi une bière. En fait j’allais prendre un vin moelleux mais je me suis ravisé. Ma femme hésite puis finalement fait comme ma soeur et prend un vin moelleux. Les enfants prennent tous un coca avec des glaçons. Pour la petite dernière c’est un verre de grenadine.

On nous sert des petits apéritifs : des olives et des cacahuètes. Et là je m’aperçois que la petite fille de 2 ans se remplit d’olives vertes dénoyautées avec une sorte de joie intense. C’est un plaisir de la voir manger. Et je me souviens alors que moi je n’ai mangé des olives qu’à l’âge adulte et encore avec parcimonie. Aujourd’hui j’en grignote quand on m’en offre mais cela ne fait pas partie de ma culture. J’en parle à ses parents qui disent qu’elle adore les olives vertes. Le père plaisante:

Elle en prend toujours avec un petit Martini.

Tout le monde rit. Mon frère admet lui aussi n’en avoir goûté qu’adulte, tour comme ma soeur. Nous nous souvenons qu’à la maison nous ne mangions jamais d’olives. Cela ne faisait pas partie de notre culture.

Les cacahuètes par contre, qu’on appelle chez nous pistaches, font partie du décor et j’ai dû en manger dès que cela ne présentait pas pour moi de risque d’étouffement. J’ai mangé du sikakoko ça c’est sûr. Les cacahuètes caramélisées. hum c’est l’un de mes parfums d’enfance. comme le sorbet à la pistache ou au coco.

Si nous avions mangé chez ma mère il y aurait eu sans doute du Porto, du Martini, du punch coco, du rhum, un punch monbains, un guignolet, etc. Ensuite comme entrée un plat de saucisson en tranches accompagnées de carottes, râpées, concombre râpé, avocat

Trois d’entre nous prennent une entrée : le gendre du foie gras, mon frère et sa fille chacun une cassolette de pétoncles avec des carottes. Nous sommes dans une région où les fruits de mer sont abordables. Nous sommes à 50 km de la mer.Ma femme et moi nous nous abstenons ainsi que ma soeur. Nous mangeons peu le soir.

J’ai commandé instantanément mon plat, souris d’agneau. Chaque fois que je prends de l’agneau je pense à mon père pour qui fêtes de Noel, Pâques, mariages, anniversaire rimait avec agneau.

Mon frère prend des rognons de veau. Alors là je suis surpris:

-Tu aimes ça, toi ? Moi je n’en ai jamais mangé. Des reins, berk.

-Ah non c’est très bon, j’adore.

Moi je suis surpris. Il me dit qu’il en a toujours mangé et que notre père en mangeait aussi. Bien c’est fort possible mon père mangeait aussi des huîtres et ce n’est qu’adulte que j’y ai goûté. Mais il faut dire que mon père était militaire et qu’il est parti tout jeune dans la dissidence et là on l’a nourri à la française, à la bonne franquette. Cela explique qu’il aimait le vin rouge, les pommes de terre, les boites de cassoulet et les rognons. Il mangeait aussi beaucoup à la cantine quand il travaillait au ministère de l’Industrie donc son goût s’est élargi. Et moi donc je n’ai jamais goûté aux rognons. J’ai un jour au Brésil fait des efforts pour manger des gésiers de poulet en apéritif comme le faisaient tous mes amis brésiliens. C’est niet, ça ne passe pas. Les tripes, le foie, oui mais le gésier, le rein, les coucougnettes non merci. J’ai pourtant mangé du xinxim de bofe (du poumon) et ce n’était pas mauvais. Du sarapatel (un plat originaire du Nordeste du Brésil à base de toutes sortes de viscères rouges -fressura- comme la trachée, le coeur, le poumon, les reins, le foie , le baço e mouton ou de bouc). C’était à l’occasion d’un mariage et quand j’ai vu la manière dont tout le monde se régalait je me suis précipité et j’ai pris mon plat. et c’était divin. J’ai mangé mon bofe chez la mère d’une amie. Là encore tout le monde s’est régalé. Je ne pouvais dignement me défiler. Il m’est arrivé à une certaine époque de manger aussi la buchada de bode, la dobradinha ou le mocoto. La buchada de bode c’est un plat du Nordeste encore à base de viscères blanches de bouc (tripes et autres parties de l’estomac). La dobradinha je l’ai essayée car ma femme qui est originaire de Bahia aimait beaucoup. Je me souviens d’un restaurant près d’Itapoan où nous sommes allés à plusieurs reprises manger buchada ou dobradinha. La dobrainha est un plat à base de haricots blancs et tripes de boeuf (bucho) , .

Le mocoto c’est un plat à base de pieds de vache cuits avec des haricots et des légumes. J’en ai mangé une fois au petit déjeuner ! Il faut dire que je suis un aventurier et quand je suis entouré des bonnes personnes j’essaie tout. Il faut une conjonction des astres. Le jour où j’ai pris du mocoto au petit déjeuner c’était pour accompagner l’un de mes amis qui mourrait d’envie justement de manger un mocoto. il s’appelait Virgilio. nous étions dans un petit village dans un marché typique populaire de la Chapada Diamantina à Livramento da Nossa Senhora. Nous étions partis tous ensemble pour escalader le Pico das Neblinas. Je n’ai plus jamais revu Virgilio depuis, mais il est lié à jamais dans mon esprit au mocoto. Pour un originaire des Antilles qui a toujours mangé du boudin depuis sa plus tendre enfance je devrais être ouvert à toutes les viscères car finalement le boudin c’est à la base un boyau de boeuf, du sang, des herbes et des épices. J’ai une résistance que je dis naturelle. Mais le dégoût que je ressens peut avoir été hérité de mes ancêtres. Mais on peut fort bien dépasser les interdits alimentaires de ces ancêtres. Mon père me disait ne jamais manger d’ananas le soir. Si on en mangeait on aurait une tête d’ananas. cela ne m’a jamais empêché de manger de l’ananas si j’en avais envie et à l’heure de mon choix. Par contre ma mère n’aimait pas les gombos. Donc elle n’en cuisinait jamais. Comme c’est mon père qui faisait ce type de courses et que je l’accompagnais tout petit aux Halles pour faire les emplettes j’ai acquis le goût des gombos à travers lui. Mais jusqu’à aujourd’hui je ne l’ai jamais vu préparer des gombos.

Aujourd’hui je suis en Guadeloupe à Deshaies c’est le premier novembre, jour de tous les Saints, la Toussaint. Demain ce sera la fete ces Défunts. Aux Antilles saints et défunts ne font qu’un. Ce sont des esprits. et on leur prête hommage malgré les imprécations véhémentes de monsieur l’abbé qui leur prêche que le 1er c’est le jour des saints et le 2 le jour des défunts. et qu’il faut rendre hommage le jour qui leur est dédié aux saints et le jour qui leur est dédié aux défunts. Mais la plupart des antillais ne l’entendent pas de cette oreille. Depuis deux semaines les cimetières sont transformés en carwash, on lave, on récure, on fait briller, on bichonne les pierres tombales, on peint, on maçonne, on balaie, bref on fait le grand nettoyage pour que morts et saints mais surtout les morts sentent bien qu’on ne les oublie pas. Et pour cela on les illumine car ils aiment la lumière. Vive dans les ténèbres cela fatigue la vue. Alors bougies et lumignons font la lune et le soleil sur leurs âmes.

Moi je pense bien sûr à mes morts, mais toute l’année via la généalogie. Je n’ai nul besoin intime d’aller sur leurs tombes les éclairer. Car je ne sais comment éclairer la poussière des os. Mais j’irai par curiosité car ce sera la première fois de ma vie au cimetière passer le premier novembre un petit moment de lumière avec les morts.

Mais déjà de bon matin je les ai célébrés à ma façon. Je me suis préparé un petit déjeuner en hommage à mes morts. Probablement l’un de ces derniers me l’a soufflé pendant que je dormais. J’ai sorti une mesure de semoule de mais, cinq mesures d’eau, du sel, du poivre, du lait en poudre, de l’huile d’olive et du beurre, plus deux tranches de gouda, une grande marmite, tout ça pour faire les grits.

Quand j’ai craqué l’allumette et quand j’ai enflammé le gaz j’ai senti que les morts sautaient-mataient. Yépa, disaient-ils tous en choeur

Nou kay manjé mayis, mé frè

Puis j’ai sorti 6 wassous, le wassous c’est l’écrevisse, 6 grosses écrevisses. l’ail, l’oignon, le poivre, le vinaigre balsamique, le sel, la ciboulette, le persil, le piment végétarien,le bois d’Indee et le caribbean fish seasoning. Alors là j’ai senti les nez des morts trembler d’aise et de plaisir

Way, wassous, lézanmi ! Woy ! Mi banké ! Shrimps lézanmi, Shrimps ! Nou kay manjé grits and shrimps

C’est alors que je leur ai donné le coup de grâce, comme une extrême onction culinaire : j’ai sorti deux oeufs de poule de la Guadeloupe, élevée au bord de la mangrove donc parfumée aux crabes de terre.

Apavré ! Grits, shrimps and eggs ! Mé missié la sa sé on sen, sé on mawti, i kon nou minm !

Et une fois mon repas prêt je me suis mis à chanter tout en mangeant:

Faya faya manman alé jénéss simityé, alé jénés simityé man ka mandé lè répondè ayayay

Chaque bouchée d’ècrevisses, de bouillie de maïs ou de zé je la dédiais à l’un de mes ancêtres : une bouchée pour Vivik, une bouchée pour Julienna, une bouchée pour Fillotte, une bouchée pour Joseph, une bouchée pour Jean, une bouchée pour Man Bise, une bouchée pour Monrose, une bouchée pour Jeanine, jusqu’à ce qu’on arrive a Magdeleine. Puis je suis redescendu, j’ai parcouru les mornes de la Guadeloupe et de la Martinique, j’ai vu défiler Bouillante, Schoelcher, Saint-claude, Baillif, Case Pilote, fort-de- France, Vieux-Habitants jusqu’à ce que j’en arrive à la soixante-sixième cuillèrée. Branlre-bas de colmbat. qui aurait cert honneur insigne e se » voir déier la dernière cuillère de cette année. Je n’ay avais pas penséz mais au moment même où je mettais la cuillère dans la bouche je m’entendis prononcer :

Une cuillère pour Charles-Henri, mon petit frère, trop tôt disparu.

Ki zafè a dispari ésa, missyé Jean-Marie je suis là, costaud, ban mwen manjé an mwen, siuplé !Mais di mwen on bitin, poukisa tu ne nous as pas préparé un bon ti kalalou krab, vyé frè ?

Les morts sont comme ça. Yo pa jin kontan. Tu leur donnes chat ils veulent rat, tu leur donnes viande cochon ils veulent poisson épi zo, c’est comme ça, il faut toujours qu’ils fassent un petit caprice. Ils ne sont jamais satisfaits. Mais je sais comment les prendre. Je leur sers pour terminer une bonne rasade de leur petit rhum sec, le Bologne qu’ils affectionnent plus particulièrement. Awa mes morts pa ka bwè Riklès ! Ils se mettent à la queue leu leu comme pour recevoir l’ostie sainte

Messyé messyé, merci mon frè, tu n’as pas oublié mon ti viyatik,

font-ils en sautant matant de plus belle une fois obtenu leur petit viatique. Certains communient même deux fois

Verses en moi encore un ti krazi la goutte. Je ne vais pas partir sur un pied quand même, a laj anmwen épi toute la sciatique en ka soufè, doulè, doulè

Si je les écoutais je ramènerais une dame-jeanne pleine.

Au moins zafè aw bien, ou pa ni diabète, pwofité mon frè, pwofité bien lanmo aw, tchimbé réd pa moli

Le soleil s’est levé et avec lui les ombres de mes ancêtres se sont couchées. Quant à moi c’est, heureux et nostalgique en même temps, le ventre plein de grits and eggs et shrimps et passablement imbibé de bonne guildive que j’entame ma soixante-sixième Toussaint. La première première à Bouillante.

Bébé, Bébé, Apa oswè a

Médé Médé apa oswè a ! Je me réveille à deux heures trente du matin . Yekrik yekrak. Mon lit est devenu bari à salézon échoué au beau milieu de mes rêves paradoxaux sur ce refrain de gwoka revisited à sa sauce pimentée par mon inconscient de tambouyé .

Ce n’est pas cette Manzè Bébé mais ça y ressemble. Si ce n’est pas elle c’est donc sa sœur jumelle ou très proche. Oh ce n’était pas Médé Médé qu’on chantait, ça c’est sûr, je crois plutôt que c’était Dédé Dédé ou Bébé Bébé. Peu importe mais quand même. C’est un gwoka ancien qui bat dans ma tête. Et qui me ramène environ 40 ans en arrière. Je revois en caméra lente, les circonstances, les lieux vagues, les visages flous, les tambours battent tout seul, Dédé aime-moi, apa oswè-a. Bébé doudou, Apa oswè-a. C’est un combat nocturne entre Bébé et Dédé et BÉBÉ veut son plant de poyo et DEDÉ , vyé moso fé-a, est las. MANZE Bébé voudrait qu’on s’occupe de son jardin mais Missie-a a seulement son sab sur lui. Il a beaucoup travaillé. Il n’a pas les outils qu’il faut dit-il pour travailler ce jardin la. Il n’a ni hache ni pikwa, ni houe. MANZE Bébé lésé mwen ale. Mais Dedé ou était-ce Wobè fait partie des braves. MALGRÉ LA FATIGUE IL ENTREPREND DE METTRE AVEC SA PINCE UN BON PLANT DANS LE JARDIN DE LA Dame. Manze Bébé ochan pour qu’on lui plante une graine dans le jardin et le jardinier qui n’en peut mais. Apa oswè-a.. Les repondeurs répondent en cadence « apa oswè-a ». Man ka mandé le réponde , Natalyo. Dédé touche moi, Dédé prends moi, Dédé donne-moi. Dedé plante-moi. BÉBÉ A LA VOIX CAJOLEUSE. DÉDÉ VOUDRAIT RENTRER DORMIR À KAZ Mais LE KA RONFLE. MANze BÉbÉ A BESOIN qu’on laboure son jardin et a beau virer à droite virer à gauche ne trouve pas le bon sommeil chaud. Missié Dédé ka fè sanblan mo. Daprey I las. Soukwé kow, vyé fenyan! Konba mélé . Dédé Dédé !

Et si c’était Dédé Saint Prix, ce Dédé. Ah si Émile Mondésir ou son frère Hervé ou encore leur grand frère, ex champion de ping pong a Aix en Provence. Prof de philo, et chanteur de ka, Edmond Mondésir était dans les parages il me remettrait illico sur le bon chemin de ce ka égaré. Un bele perdu. Dédé pique-moi, apa oswè-a. Dédé, soulage-moi, apa oswè-a. Ou serait ce du Eugène Mona. Angoulous se lanmo. Woye Woye, woye, woye. Ma maman m’a dit comme ça, faut pas faire malélivé , je révise en boucle mes classiques. Esnard Boisdur, Ti Sélès , Carnot, Robert Loyson, Vélo, Guy Konket, Napoléon MAGLOIRE, Gaston Germain Calixte. Je sens en moi japper des chiens et des bourik ruer des quatre graines. Les maringwen me piquent. Dedé Dedé apa oswe-a, Dédé chaléré mwen. Dedé fait sa prière. Notre père qui es aux cieux que ton nom soit sanctifié que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Je vous salue Marie, peine de grâce, le seigneur est avec vous. Mais malgré toutes ces prières le jardin est toujours en feu. Les outils pour planter la graine n’ont pas suffi. Manze Bébé veut et exige son plant. Vous qui me lisez, vous voyez bien que je mélange des MANZE Bébé et Dedé, et que chat ka tête rat, rat ka tête chat, ka souse zo a rat a Kaz an mwen. Boisdur, Mona, Vélo, Chaben, Napo, qui est l’auteur de ce morceau d’anthologie ? VOUS SAVEZ. DITES MOI LES LIENS

Mes douze jours de Noël

 

Les douze jours de Noel vont du 25 décembre au 6 janvier (Epiphanie). Il existe dans le repertoire anglais et américain une chanson qui chante ces douze jours et que j’aime beaucoup. On y évoque successivement une perdrix  dans un poirier, deux tourterelles, trois poules françaises, quatre oiseaux qui appellent, cinq anneaux d’or, six oies en train de pondre, sept cygnes qui nagent, huit servantes qui traient, neuf dames qui  dansent, dix joueurs de flûte, onze messieurs qui sautillent, douze joueurs de tambour. Toutes ces choses sont des cadeaux offert par un soupirant à son grand et unique amour. Certes c’est une allégorie qui commence dans une traduction approximative par

Le Premier Jour de Noël,  mon Vrai Amour m’a envoyé
Une Perdrix dans un Poirier  !

Mais voyons plutôt l’original  en anglais :

On the first day of Christmas, my true love sent to me
A partridge in a pear tree.

On the second day of Christmas, my true love sent to me
Two turtle doves
and a partridge in a pear tree.

On the third day of Christmas, my true love sent to me
Three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the fourth day of Christmas, my true love sent to me
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the fifth day of Christmas, my true love sent to me
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the sixth day of Christmas, my true love gave to me
Six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the seventh day of Christmas, my true love gave to me
Seven swans a-swimming, six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the eighth day of Christmas, my true love gave to me
Eight maids a-milking, seven swans a-swimming, six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the ninth day of Christmas, my true love gave to me
Nine ladies dancing, eight maids a-milking, seven swans a-swimming, six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the tenth day of Christmas, my true love gave to me
Ten lords a-leaping, nine ladies dancing, eight maids a-milking, seven swans a-swimming, six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

On the eleventh day of Christmas, my true love gave to me
Eleven pipers piping, ten lords a-leaping, nine ladies dancing, eight maids a-milking, seven swans a-swimming,
Six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves and a partridge in a pear tree.

On the twelfth day of Christmas, my true love gave to me
Twelve drummers drumming, eleven pipers piping, ten lords a-leaping, nine ladies dancing, eight maids a-milking, seven swans a-swimming, six geese a-laying,
Five golden rings.
Four calling birds, three French hens, two turtle doves
And a partridge in a pear tree.

 

L’interprétation qui est donnée de cette chanson est celle ci. chacun des cadeaux e chacune des journées qui suivent Noel est un enseignement religieux. Les nombres ne sont pas la par hasard.

1 =  la perdrix c’est Jésus sur la croix  et le poirier c’est l’arbre de la genèse où Adam a cueilli le fruit défendu. Tien je pensais jusqu’à présent que c’était un pommier ou un figuier.

2 = deux tourterelles évoquent lAncien et le nouveau Testament.

3 = trois poules françaises (la Foi; l’Espoir, l’Amour)

4 = quatre oiseaux (les quatre rédacteurs de l’Evangile: Mathieu, Luc, Marc, Jean),

5 = cinq anneaux en or (les 5 livres de l’Ancien Testament : La Genèse, L’Exode, Le Lévitique, Le Livre des Nombres et le Deutéronome)

6 = six oies qui pondent (les six jours de la semaine du lundi au samedi)

7 = sept cygnes qui nagent (les sept  dons de l’Esprit saint ::  L’Esprit de Sagesse, d’Intelligence, de Conseil, de Force, de Connaissance, de Crainte de l’Éternel et de Piété.  Ou alors les 7 péchés capitaux opposés aux  7 vertus :  l’Orgueil ( l’Humilité ),  l’Avarice ( la Générosité ),  l’Envie (  la Compassion  ),  la Colère ( la Patience ),  la Gourmandise ( la Modération ),  La Luxure ( la Chasteté ), La Paresse ( l’Ardeur ).

8 = huit fermières qui traient (les huit béatitudes, les huit vertus que Jésus a exaltées lors de son sermon sur la montagne :

Matt. 05:01. Et voyant les foules, il monta sur une montagne, et quand il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui:

Matt. 05:02 Et elle ouvrit sa bouche, il les enseignait en disant:

  • Matt. 05:03. Béni [sont] les pauvres en esprit: pour eux est le royaume des cieux. (Ceci est la première étape nécessaire, l’humilité, une reconnaissance consciente de la nécessité).

  • Matt. 05:04 Béni [sont] ceux qui pleurent: ils seront consolés. (Ceci est la deuxième étape, Pénitence, un deuil concernant des péchés passés.)

  • Matt. 05:05 Béni [sont] les débonnaires, car ils hériteront la terre. (Il s’agit de la troisième étape, la douceur, qui marque la naissance d’un nouvel esprit.)

  • Matt. 05:06 Béni [sont] ceux qui ont faim et soif de justice, car ils doivent être remplis. (Il s’agit de la quatrième étape, l’établissement d’un appétit spirituel, ce qui signifie la croissance.)

  • Matt. 05:07 Béni [sont] les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. (Il s’agit de la cinquième étape, la miséricorde, un attribut de Dieu, ce qui indique avancer plus loin.)

  • Matt. 05:08 Béni [sont] le cœur pur, car ils verront Dieu. (Il s’agit de la sixième étape, la pureté du cœur, qui marque la réalisation de plus hautes altitudes, où vient la vision de Dieu.)

  • Matt. 05:09 Béni [sont] les artisans de paix: ils seront appelés enfants de Dieu. (Il s’agit de la septième étape, rétablissement de la paix, une influence semblable au Christ, calmant les tempêtes de la vie.)

  • Matt. 5:10 Heureux [sont] ceux qui sont persécutés pour la justice »: pour eux est le royaume des cieux.

    Matt. 05:11 Heureux serez-vous, quand [les hommes] vous outragera, et persécuter [vous], et qu’on dira toute sorte de mal contre vous à tort, à cause de moi. {Tort: Gr. couché}

    Matt. 05:12 Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse: pour une grande [est] votre récompense dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui étaient avant vous.

    (Cette étape est la huitième et dernière, la réalisation de ce sommet, la souffrance pour le Christ, debout à côté des prophètes et des martyrs.)

9 = neuf dames qui dansent (les neuf fruits de l’Esprit-Saint : L’Amour,  La Joie,  La Paix,  La Longanimité,  La Bienveillance, La Bonté, La Fidélité,  La Douceur,  La Tempérance)

10 = les dix hommes qui sautillent (les dix commandements : 

Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération.

Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.

Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a consacré.

Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.

Tu ne commettras pas de meurtre.

Tu ne commettras pas d’adultère.

Tu ne commettras pas de vol.

Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient.

11 = les onze joueurs de flûte (les onze apôtres de Jésus : Judas Iscariote , celui qui a trahi ne figure pas au nombre original des douze)

12 = les douze joueurs de tambours ( les 12 croyances du Crédo des Apôtres :

1. Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre,
2. et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,
3. qui a été conçu du Saint-Esprit, (et) (qui) est né de la Vierge Marie ;
4. (Il) a souffert sous Ponce Pilate, (Il) a été crucifié, (Il) est mort, (Il) a été enseveli, (Il) est descendu aux enfers ;
5. le troisième jour, (Il) est ressuscité des morts ;
6. (Il) est monté au ciel,
(Il) est assis (variante : Il siège) à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ;
7. d’où Il viendra (variante : Il viendra de là) (pour) juger les vivants et les morts.
8. Je crois en l’Esprit-Saint (variante : au Saint-Esprit)
9. à la sainte Église universelle (version catholique : je crois à la sainte Église catholique),
(à) la communion des saints,
10. (à) la rémission des péchés,
11. (à) la résurrection de la chair
12. (à) la vie éternelle.
Amen.

Quant à moi j’ai ma propre version : ça s’appelle les sept jours de mon anniversaire et ça commence aujourd’hui

A sept jours de mon anniversaire ma doudou m’a préparé un oeuf sur un lit de madère

A six jours de mon anniversaire ma doudou m’a donné  deux grains de riz , deux  haricots rouges et un oeuf sur un morceau de madère

A cinq  jours de mon anniversaire ma doudou m’a donné trois morceaux de boudin, deux grains de riz, deux haricots rouges et un oeuf sur un morceau de madère

A quatre jours de mon anniversaire ma doudou m’a donné quatre coulirous…trois morceaux de boudin, deux grains de riz, deux haricots rouges et un oeuf sur un morceau de madère

A trois jours de mon anniversaire ma doudou m’a servi cinq doigts de rhum… quatre coulirous, trois morceaux de boudin, deux grains de riz, deux haricots rouges et un oeuf sur un morceau de madère

A deux jours de mon anniversaire ma doudou m’a servi six louches de colombo de lambi… cinq doigts de rhum, quatre coulirous, trois morceaux de boudin, deux grains de de riz, deux haricots rouges et un oeuf sur une morceau de madère

A un jour de mon anniversaire ma doudou m’a servi sept belles palourdes… six louches de colombo lambi, cinq doigt de rhum, quatre coulirous, trois morceaux de boudin, deux grains de riz, deux haricots rouges et un oeuf sur un morceau de madère

Le jour de mon anniversaire m’a doudou m’a donné huit douces grenades… sept belles palourdes, six louches de colombo lambi, cinq doigt de rhum, quatre coulirous, trois morceaux de boudin, deux grains de riz, deux haricots rouges et un oeuf sur un morceau de madère

 

 

 

Les ordonnances royales ne sont pas toutes médicales à Marie-Galante

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J’ai parmi mes ancêtres des affranchis. Savoir qu’un de ces ancêtres a été affranchi est source d’étrange fierté pour de nombreux descendants d’esclaves. Certes ils étaient esclaves mais ils ont été affranchis, non. Vive Louis-Philippe, roi des Français ! Moi je suis un peu circonspect pour être honnête. C’est vrai, je suis heureux pour eux, pour leur famille, à l’époque cela fut sans doute considéré par les membres du clan comme une victoire sur l’adversité, le début d’une vie prometteuse, jalonnée de succès. Pouvoir se dire libre, être citoyen, marcher libre au vent ce n’est pas quelque chose qu’on peut négliger comme cela d’un revers de main. Donc je ne jette la pierre sur personne.

J’ai tout de même tendance à croire que ces libertés accordées chichement le furent surtout au prix , selon moi, de nombreuses compromissions. Que de hontes ont  été bues, que de souffrances ravalées pour arriver à cette concession d’affranchissement (j’aime le mot anglais manumission, le mot portugais alforria). Il y aurait donc eu les bons esclaves dociles et méritants dont le prototype serait Uncle Tom et les autres récalcitrants et mauvais sujets. Je ne pense pas que les récalcitrants et mauvais sujets, les mauvais larrons, dont le prototype serait le nèg mawon ou le fenyan, avaient droit à la mansuétude du colon. Je ne crois pas à la charité chrétienne. Je ne crois en la matière qu’aux intérêts bien sentis de chacun. Et dans chacun je mets l’esclave et le colon. Je crois aussi aux liens du sang qui ont permis à de nombreux mulâtres de s’émanciper. Quand ce ne sont pas les liens du sang il y a les liens de la chair qui ont permis à de nombreuses négresses de s’émanciper, elles-même. Le talent, ne parle-t-on pas de nègres à talent (les musiciens, les charpentiers, les marins peut être, les cochers) était aussi une porte de sortie, tout comme l’était la guerre ( huit ans de combat acharné à défendre les intérêts de la classe dominante et hop on vous donne en guise de médaille d’ancien combattant et victime de guerre, un sauf-conduit de toute beauté, si entre temps vous n’avez perdu ni jambe ni tête ni tué la moitié de vos compatriotes).

Les actes d’affranchissement qui sont enregistrés dans les registres d’état civil des communes concernées font suite à des arrêtés des gouverneurs pris en conseil privé à Fort Royal pour la Martinique, à Basse-Terre pour la Guadeloupe et dépendances, à Cayenne pour la Guyane Française et à Saint-Denis sur l’ile Bourbon.

Exemple parmi tant d’autres d’un tel arrêté portant déclaration de liberté, celui dont a pu bénéficier mon Sosa 37, Eliza, couturière, née en 1800 à Marie-Galante et qui lors de la séance du conseil privé de la Guadeloupe du  6 août 1834      (acte 7, vue 297) est affranchie avec  ses 5 enfants (Saint-Père 15 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Champ-Fleury 12 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Firmin 8 ans et 9 mois, Irma 4 ans et 9 mois, Ernest 1 an et 8 mois) sur la demande de Joseph Leduc

Nous Gouverneur de la Guadeloupe et dépendances
Vu l’article 30 alinéa 2 de l’ordonnance royale du 9 février 1827 et celles du 31 août 1830 et 22 août 1833;
Vu l’ordonnance royale du 12 juillet 1832 et la dépêche ministérielle du 24 du même mois;

Vu notre arrêté du 11 octobre 1832;
Vu les déclarations faites en vertu de cette ordonnance et les pièces à l’appui de ces déclarations;
Considérant que les individus ci-après  nommés ont satisfait aux prescriptions de l’ordonnances et de l’arrêté précités;
Sur le rapport du Procureur Général
De l’avis du Conseil Privé
Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

Art 1er sont déclarés libres et seront inscrits en cette qualité sur les registres de l’Officier de l’état civil de leur quartier respectif, les nommés :

A la Basse-Terre et banlieue (14), quartier des Habitants (5) quartier de Bouillante (6), quartier de la Pointe-Noire (11), quartier de Deshaies (6), quartier de Vieux-Fort (2), quartier des Trois-Rivières (7), quartier de la Capesterre (10), île Saint-Martin (7), île Marie-Galante (27 parmi lesquels : Eliza et ses enfants: St Père, Champ-Fleury, Firmin, Irma et Ernest – Le sieur Joseph Leduc,  la Pointe à Pitre (9), quartier des Abymes (2), quartier de Morne-à-l’Eau (22),quartier du Moule (7), quartier du Petit Canal (2), quartier de Sainte-Rose (1), quartier du Petit-bourg (1), quartier de Sainte-Anne (2)

Article 2. Le Procureur général est chargé de l’exécution du présent arrêté , qui sera enregistré

Cet arrêté du 6 août 1834 est transcrit sur le registre d’état civil de  Grand-Bourg, Marie Galante (autrefois appelé Joinville) par acte 148 du 27 août 1834 (vues Anom 52 et 53).

L’an mil huit cent trente quatre le vingt-septième jour du mois d’août pardevant nous Marie-Joseph Ventre, officier de l’Etat civil de l’île Marie Galante résidant au Grand- Bourg  est comparue la nommée Elisa, âgée de trente quatre ans et neuf mois,, couturière domiciliée au Grand-Bourg laquelle nous a présenté un arrêté de Monsieur le gouverneur de la Guadeloupe en date du  six de ce mois qui déclare la dite comparante et ses enfans Saint-Père,  de quinze ans et neuf mois,  Champfleury de douze ans et neuf mois,  ouvriers charpentier, Firmin de huit ans et neuf mois, Irma de quatre ans et neuf mois,  et Ernest d’un an et neuf mois, libres et elle nous a requis ed faire sur nos registres l’inscription  prescrite par l’article cinq de l’ordonnance du roi du douze juillet mil huit cent trente-deux, à cet effet nous avons dressé le présent acte. En avons fait mention au bas du dit arrêté et avons signé après lecture de cet acte pour la requérante qui interpellée de signer  a déclaré ne le savoir.

Mais qu’étaient donc ces ordonnances pas médicales pour un sou et qui pourtant furent la base juridique pour entamer la procédure tendant à soulager le corps et l’âme de bon nombre d’esclaves au cours des 18ème et 19ème siècles ? Le médicament nommé « liberté » était si radical que sur la période 1832 – 1848 (date de l’abolition définitive) le taux d’affranchissement a été doublé. J’imagine (car il est difficile de se mettre à la place d’un affranchi, que ce fut comme passer son bac et recevoir les résultats, ou comme avoir son permis de conduire) ! J’imagine que ce fut comme une seconde naissance et que la mère pleura de joie et bénit le Seigneur ou les dieux ou esprits  en qui elle croyait. j’imagine que tout cela fut sabré dignement avec force guildive de Marie-Galante. et qu’on convia toute la parentèle à cet événement extraordinaire. certains crièrent bien avant Martin Luther King.

free at last, free at last, Lord Almighty, we are free at last.

On se para de bijoux et e beaux atours, yépa, on dansa, on sauta-mata, on chanta la vie est belle ! La Guadeloupe c’est le Paradis ! Grand-Bourg Campagne c’est  l’enfer transformé en Eden. On fit du bon boudin, on rôtit du bon cabri et cochon, force malanga et fruit à pain, on fit agapes sur agapes . J’imagine que le père de ces enfants là se joignit à tout ce beau monde. J’imagine que ce fut Joseph Leduc propriétaire âgé de 53 ans en 1834, qui pourtant jamais ne reconnut ces enfants là. La vie continua son petit train train colonial. Eliza eut encore deux enfants, deux jumelles,  en 1839, un quatorze janvier, Joséphine Cécilia et Virginie Cécile. Acte 2 du 21 janvier 1839. C’est Joseph Leduc qui fait la déclaration de naissance, il est dit que Eliza a accouché chez lui. Il est clair que tout ce beau monde a quelques accointances charnelles. Mais je suis sans doute mauvaise langue.

Mais l’enfer a les bras longs et en cette même année  1839 pourtant si bien commencée avec la naissance de ses jumelles Eliza l’affranchie va perdre en quelques mois trois enfants: Irma, le 18 septembre 1839, Ernest, le 27 septembre 1839 et finalement l’une des deux jumelles, née libre pourtant, Joséphine Cécilia, le 14 novembre 1839. Eliza mourra elle même en 1847 , un 27 novembre, 13 ans après son émancipation. entre temps elle aura reconnu en 1844  (acte 13, 7 août 1844) ses quatre enfants survivants : Saint Père, Champfleury, Firmin, Virginie Cécile puisqu’apparemment leur père fait l’oreille sourde.

Eliza mourra finalement le 27 novembre 1847 à Grand-Bourg Campagne (acte de décès 16).

Two

J’ai l’esprit au ras des pâquerettes et en l’occurrence au ras du semen-contra. Cela m’a  conduit à fouiller dans la vie de ce bon monsieur Leduc, Joseph de son prénom. Monsieur est veuf depuis 1815 quand son épouse bien aimée Louise Marguerite Lacavé Déruisseau, à qui il a juré fidélité exclusive devant Dieu et devant les hommes, meurt en 1815 dans la fleur de l’âge. Devenu veuf le pauvre homme se lamente . Il est encore gaillard ! 34 ans pardi c’est la toute jeunesse ! il a deux filles à éduquer: Irmène née en 1808 et donc âgée de 7 ans à la mort de sa mère et Marie Louise Célina née en 1812 et âgée de 3 ans. Elisa qui est déjà à son service et qui aidait madame son épouse est avenante. il résiste, certes, mais le démon de midi est ce qu’il est et madame s’occupe de monsieur corps et biens. La journée ce sont les filles, . Monsieur maintient les apparences parce que sa fille aînée veille. Elle veille tant qu’elle  se mariera huit mois après la mort de son père en novembre 1841. Monsieur rêve d’avoir des garçons ! qu’à cela ne tienne !   Dès 1818  Saint-Père apparaît, beau comme un pape ! Mais l’homme est gourmand, il en réclame un second, il a deux filles, normal, d’avoir aussi deux garçons pour l’épauler dans ses vieux jours. Eliza qui a appris la couture lui tricote de telles caresses que suivent Champfleury et Firmin. Irma et Ernest viendront compléter cette belle famille antillaise anbaféy ! Ce que voudrait Eliza c’est que Joseph reconnaisse ses enfants, même naturels. Mais ce dernier ne le peut à cause de ses filles qui font le blocage. Mais il l’aie à sa façon : ses « fils » apprennent la charpenterie. il faut leur donner un métier. Peut-être même ne le veut-il pas ! peut-être que la petite société de Grand-bourg ne lui pardonnerait pas ! En 1833 profitant de l’aubaine il consent à l’affranchissement de sa bonne pour enfants pour bons et loyaux services rendus dans l’éducation de ses filles et dans le maintien de son habitation car la toute dernière,, Marie-Louise Célina Leduc a maintenant 21 ans. Deux ans avant de mourir leur père baptise deux de ses enfants jumelles. Le coup de grâce pour Marie Louise Célina  qui ne le pardonnera jamais à son père et à fortiori à sa belle-mère. C’est le poison qui aura raison de la vie de trois des enfants illégitimes. La chair de sa chair a tué la chair de sa chair ! Le père Joseph entre dans une profonde dépression. Il meurt. Et là c’est la débandade. Eliza et tous ses enfants d’ Eliza doivent débarrasser le plancher illico. Ils ne sont plus les bienvenus. Maintenant on se déchire pour l’héritage. Heureusement le sieur Joseph avait prévu l’avenir de ses enfants et laissé ses dernières volontés chez son notaire. C’est le coeur triste qu’en 1844 Eliza reconnait ses enfants. Elle aurait pu le faire bien avant mais elle attendait, fleur bleue, que son homme le fasse. Maintenant qu’il est mort, adieu robe blanche, diadème vache, cochon, duc,  mariage ! On ne peut plus tergiverser d’autant plus que sa santé s’est délabrée. C’est que ce monsieur là aimait la bagatelle plus que tout et ne rechignait pas à la tâche quand il s’agissait de donner ses coups de boutoir. Eliza n’a plus ses 20 ans. Le 12 novembre 1845 sa rivale oedipienne meurt à l’âge de 33 ans. Célibataire à l’âge du Christ. Eliza a elle 45 ans. Il ne lui reste guère que deux ans à vivre !

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Vous avez aimé la telenovela ! Oui nos familles peuvent servir de cadre à de merveilleuses histoires pleines de rebondissements mais la vie dépasse bien souvent la fiction. Mais revenons à nos moutons après cette intermède que vous me pardonnerez, je l’espère. Que mon sosa 37 me pardonne si je l’ai choqué ou si ma vérité n’est pas conforme à la réalité. ce n’est qu’un histoire parmi tant d’autres dont j’essaie de dégager une trame. Il fallait es bons, il fallait des méchants. J’ai choisi mon bord, celui de mon sosa 37, bien évidemment. Mais rien ne prouve que selon mon scénario, tiré peut-être par les cheveux, mais tout à fait vraisemblable, que ce monsieur Joseph Leduc, dit aussi Duc n’est pas lui aussi mon sosa 36. On le saura bien un jour avec la généalogie génétique.

Mais passons aux choses sérieuses, voulez-vous bien ? Examinons l’ordonnance royale de Louis-Philippe du douze juillet 1832  qui est promulguée localement en Martinique le 1″ septembre 1832, en Guadeloupe  le 11 octobre 1832 et à l’Ile Bourbon  le 18 janvier 1833:

Ordonnance du roi sur les formalités à suivre pour les concessions d’affranchissement dans les colonies

  • Attendu que le projet de loi sur le régime législatif des colonies n’ayant pas été discuté dans la dernière session des chambres, l’adoption d’une loi sur cette matière peut entraîner de longs délais;
  • Considérant que ce qui concerne les affranchissements dans les colonies ne pourra être définitivement réglé que selon les formes qui auront été déterminées  par la loi à intervenir;
  • Voulant cependant donner, en ce qui est du ressort de l’administration publique, de nouvelles facilités  aux concessions d’affranchissements;
  • Désirant notamment appeler au plus tôt à la liberté légale les individus, qui dans quelques colonies, jouissent à divers titres de la liberté de fait ;
  • Sur le rapport de notre ministre de la marine et des colonies, etc
  • ARTICLE 1er
  • Toute personne qui voudra affranchir son esclave en fera la déclaration au fonctionnaire chargé de l’état civil dans le lieu de sa résidence.
  • Cette déclaration sera inscrite sur un registre spécial, et transmise, dans les huit jours de sa date, au procureur du roi près le tribunal de première instance, pour être affichée par ses soins, dans semblable délai, à la porte de la mairie de la commune où le déclarant  fait sa demeure habituelle, ainsi qu’à celle de l’auditoire du tribunal; ladite déclaration  devra en outre être insérée  trois fois consécutivement  dans un des journaux de la colonie.
  • 2. Les oppositions auxquelles il  pourrait y avoir lieu seront formées  dans les six mois qui suivront  l’accomplissement e ces formalités. Les oppositions devront être motivées, et contenir assignation en validité devant le tribunal de première instance ; elles seront notifiées au procureur du roi et au déclarant
  • 3. Le ministère public pourra lui-m^me former opposition à l’affranchissement dans le cas  où l’affranchi serait reconnu hors d’état de pourvoir à sa subsistance en raison  de son âge ou de ses infirmités. Cette opposition motivée, et contenant également assignation en validité, sera notifiée au déclarant avant l’expiration du délai fixé par l’article précédent.
  • 4. Le tribunal de première instance prononcera sommairement. S’il y a appel , il sera interjeté dans la quinzaine de la signification du jugement et jugé comme affaire urgente.
  • 5. S’il n’y a pas de réclamation, ou si les réclamations sont reconnues non fondées, le procureur général proposera au gouverneur un arrêté pour faire inscrire  définitivement comme libre, sur les registres de l’état-civil, l’esclave qui a été l’objet de la déclaration d’affranchissement
  • Le gouverneur statuera immédiatement.
  • 6. Les dits actes relatifs à l’affranchissement ne seront soumis qu’au droit fixe d’un franc.
  • DISPOSITION TRANSITOIRE
  • 7. Tout individu qui jouit actuellement de la liberté de fait, le cas de marronnage excepté, sera admis à former, par l’intermédiaire, soit de son patron, soit du procureur du Roi, une demande pour être définitivement reconnu libre.
  • Pareille demande pourra être formée par l’intermédiaire du procureur du Roi, par toute personne non encore légalement affranchie qui, à l’époque de la promulgation de la présente ordonnance, aura accompli huit années de service dans la milice.
  • Il sera procédé, à l’égard des demandes comprises dans les deux paragraphes  ci-dessus, conformément aux dispositions des articles  précédents
  • Le recours en cassation sera ouvert aux libres de fait contre les arrêts ‘appel mentionnés à l’article 4
  • 8. Toutes les dispositions  contraires à celles de la présente ordonnance sont et demeurent abrogées.
  • 9. Notre ministre de la Marine et des colonies, (comte de Rigny) est chargé, etc.

Ensuite les actes d’affranchissement font référence à l’ordonnance royale du 9 février 1827 modifiée  par celle du 22 août 1833, et plus particulièrement à son article 30 et son alinéa 2. Que stipulent ces dernières ? Je vous en parlerai une autre fois en prenant comme base d’appui un autre de mes sosa, martiniquais celui-là, de la belle ville de Case-Pilote, dans les hauteurs de Case-Navire, un homme cette fois-ci pour m’éviter d’être traité de phallocrate libidineux.

Bruges racontée par Papageno

PAPAGENO est un Oiseleur un peu fou qui hante la Flûte Enchantée de Mozart que j’ai évoqué ici.

Il n’a pas de Papageno sans Papagena. Nous errons dans les rues de Bruges fixant à tout jamais sur l’as surface argentique les windowsill les rebords de fenêtres si richement décorés.

Quand une faim aiguë de petit déjeuner nous prit au ventre. Nous jeta mes notre dévolu sur une bakkerij une boulangerie au nom évocateur de Le pain quotidien. Petit déjeuner bio, vegan. Je pris du jambon fromage, un croissant, un expresso et une bouteille d’eau. Ma dulcinée un café au lait, un granola aux fraises avec feuilles de menthe. Un croissant. 29€.Fichtre. Mais l’endroit était vraiment delicieux. Même les toilettes étaient grée. Pee Green be green. J’eus beau faire aucun jet vert chaud ne sortit de mes entrailles et pourtant j’avais pris des feuilles de menthe et croque les cornichons. Après être arrivé sur la place principale nous voulions retrouver par nos propres moyens les canaux pour une excursion de 30 minutes. Nous nous sommes perdus. Mais ce fut un mal pour un bien car sur une place trônait la statue de Papageno transportant une cage dans laquelle se trouvait deux volatiles de bronze. Je pris la liberté alors de demander à l’oiseleur le chemin des canaux. Il nous l’indiqua en effet en jouant un petit air de son pipeaunous nous sommes retrouvé devant un baleine bleue faite de plastique récupéré dans les canaux. Dans ces objets récupérés je crus voir des sièges de WC, des cuvettes.

Heureusement un facteur belge qui passait par la nous remit sur le droit chemin. Il fallait retourner sur la place et prendre l’une des ruelles adjacentes au Belfort. Comme d’habitude nous avons compris ce que nous voulions entendre et nous avons pris une ruelle adjacente au restaurant Belfort qui elle nous a menés direct sur un snack brésilien. Après 10 minutes de rigolade tupiniquim nous revoilà sur le bon chemin. Une vespa nous invite à prendre une bière juste à côté du mur de bières. Je décline gentiment l’invitation. Tout comme je décline l’invitation à pénétré le usée de la torture ou à ma cer de bonnes frites belges. Par contre je consens après ma croisière sur les canaux de Bruges à faire le Peeping Tom, le voyeur. Tout touriste est un voyeur. Il y des voyous voyeurs et des voyants voyeurs épisodiquement mais le voyageur est par essence un voyeur. Tout voyage est voyeurisme. Le trou de la serrure post moderne c’est le portable, et le selfie signe l’apogée du trans-voyeurisme. Voyeurs et heureux de l’être.

Bruxelles et le mystère des six boîtes noires et du cheval de bois polychrome

Je suis à Bruxelles depuis hier soir. Arrivée à Bruxelles Midi.

Métro 2 direction Élisabeth, huit stations jusqu’ à Botanique. Nous avions réservé pour trois nuits via booking.com dans un apart-hotel BCCA (Bruxelles City Center Appartments) 34 rue de l’Association. Malheureusement suite à des retards dans les transports notre arrivée qui était prévue pour environ 16 h s’est effectuée vers 21h10. Et là, catastrophe. Tout est fermé. On appuie sur le bouton pour appeler le veilleur de nuit: personne.

21 heures il faut appeler un numéro pour avoir les clés et le code d’entrée dans l’immeuble. Mon téléphone est déchargé . J’appelle sur celui de ma compagne qui est en meilleur état. On me dit que j’ai reçu tous les renseignements par e-mail. Et que je dois récupérer les clés de l’appartement dans l’une des six boîtes noires que je trouverai au bout du couloir en bas de l’escalier. J’aurais reçu le code de la boîte et le numéro de l’ appartement via email. Je me souviens bien avoir reçu des emails mais aucun numéro d’appartement ni aucun code. Il consent toutefois à me donner le code d’entrée de l’immeuble. La porte s’ouvre, alleluiah.

Je lui dis que je vais consulter mes mails. Je lui dis que j’ai bien un code pin que m’a donné booking.com. Il me dit que ce n’est pas celui-ci. Le code serait les quatre derniers chiffres de ma réservation. Je suis parti de chez moi à Saintes ce matin vers 5 h. Il est 21h15. Je commence doucement à chauffer du côté des meninges. Mais quoi que bouillonnant je conserve mon sang froid. À quoi bon s’énerver nous avons l’accès aux appartements. On avance. Je promets de le rappeler si je ne trouve pas le mail en question.

Six boîtes noires, six, se dressent en effet mais laquelle est la nôtre ? Je recharge mon téléphone sur l’une des prises situées dans le couloir. Je fouille de fond en comble tous les messages, mes doigts passent et repassent sur tout ce que j’ai pu recevoir de booking.com depuis le 23 juillet, date de la reservation. Rien, nada, le néant. Pas de numéro d’appartement. En désespoir de cause je digite mes quatre numéros sur le clavier des six boîtes noires. Sistematiquement. Rien. Aucune boîte de s’ouvre. Je retourne sur mes emails car je viens de me dire que le message a pu se perdre dans les limbes des spams. Rien non plus. L’agitation nerveuse est à son paroxysme. J’essaie à nouveau sur les six boîtes avec le code pin de booking.com. Rien. Enfer et malédiction. Je prie les esprits du Manneken Pis et de Baudoin Premier ou de Leopold Deux de m’ accorder une sorte de trêve divine. Je suis fatigué . Je voudrais m’allonger. Allez je recommence une dernière fois, je suis têtu. Il y a sûrement une logique la-dedans. Mais je finis par réaliser qu’il y a plus de moins que de plus dans cette histoire à dormir debout. D’autant plus que je meurs d’envie de me soulager d’un besoin naturel et que dans ces moments-là je suis plutôt du genre nerveux. Allez je me résous à rappeler le quidam, le dit veilleur de nuit . Une fois, deux fois. Boîte vocale. Il est déjà 22h20, une heure que je suis à la lutte. Nous avons vu passer une bonne dizaine de personnes se rendant à leurs appartements. L’un passablement éméché nous raconte ce que je sais en dix langues. J’ai reçu un mail qui me donne le numéro de ma chambre et bla Bla bla. Finalement il est 22h30. Stop. Je stoppe les frais pour ce soir. J’abandonne. Nous repartons valises au bras, la queue basse à la quête d’un nouvel hôtel. Le premier hôtel rencontré est complet. ALLEZ À L’HÔTEL DU Congrès, nous conseille-t-on. Ah merci c’est gentil. Les terrasses des cafés sont bondées. J’ai une envie de bière qui me fait presque oublier mon envie de me soulager de ce besoin naturel pressant qui me persécute depuis déjà une bonne heure. Je pense bien à un moment le soulager entre véhicules stationnés mais dans la ville du Manneken Pis cela ferait piètre figure. Finalement nous y sommes.

Hôtel du Congrès. La nuit est à 65€ et les petits déjeuners à 9€ par personne. WI-FI Télé salle de bains. La chambre est immense mais pas d’air conditionné malgré la chaleur qui sévit. Mais nous n’allons pas faire la fine bouche. La chambre 314 nous est attribuée. Il est 23 heures. Bruxelles commence. Demain à 11 heures nous retournerons à Brussels appartements au 34 rue de l’association pour prendre possession des clés de notre appartement et qui sait être dédommagé de cette nuit à l’hôtel du Congrès. Je ne me fais pas trop d’illusion.

Après bien entendu comme il se doit avoir pris notre petit déjeuner continental sous le galop d’un cheval de bois polychrome récupéré d’un restaurant fermé en 1994 qui était attenant à l’hôtel. L’hôtel possède deux de ces chevaux de bois, vestiges d’un ancien carousel.

Nous nous rendons donc le matin vers 11 heures et après avoir expliqué notre histoire à la réceptionniste de l’ appart hôtel elle ne nous facture que deux nuits. Super. On respire. On emménage enfin dans notre appartement. A nous Bruxelles.

Die Zauberflöte

DIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTE

DIE ZAUBERFLÖTE

Die Zauberflöte, en français La Flûte Enchantée, est un opéra incontournable en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) qui mourut le 5 décembre 1791 à Salzburg, ville où il était d’ailleurs né, soit trois mois après sa première représentation à Vienne le 29 septembre 1791. Pour la petite histoire le vrai nom de ce compositeur était Johannes Chrisostomus Wolfgang Theophilus Mozart. Mozart substitua le Theophilus par Amadeus. Théophile contre Amédée. Le livret est de Emanuel Schikaneder.

 

C’est un conte de fées fantastique mis en musique dans la tradition du singspielArte a retransmis le 4 août 2018 en léger différé la troisième des sept représentations qui ont eu lieu ou vont avoir lieu  à Salzburg au Palais des Festivals entre juillet et août 2018 avec une distribution internationale, le tout sur une mise en scène fantastique de Lydia Steier (USA), des costumes de Ursula Kudrna et des décors de Katharina Schlipf

Dans la fosse l’Orchestre Philarmonique de Vienne sous la direction du jeune chef grec Constantino Carydis et les Choeurs de l’Opera de Vienne sous la direction de Ernst Raffelsberger

Sur scène

Tamino, le prince (Mauro Peter, le suisse)

Pamina , la fille de la reine de la nuit, (Christiane Karg)

Papageno, l’oiseleur, l’homme-oiseau, le boucher aussi (Adam Plachetka)

Papagena (Maria Nazarova)

Papagena vieille (Birgit Linauer)

Sarastro, le sorcier, le Divin sage, le Dieu, le sacerdote (Matthias Goerne)

Monostatos, le fidèle lieutenant de Sarastro (Michael Porter) mais qui dans la version originale est un génie, un prêtre

La reine de la nuit (Die Königin der Nacht) devait être Albina Shagimuratova. Malade, cette dernière a été remplacée au pied levé par Emma Posman.

Le grand-père dont le rôle avait été attribué à Bruno Ganz a finalement été dévolu à Klaus Maria Brandauer, suite à la maladie soudaine de ce lui-ci.

L’Orateur, Spreker (Tareq Nazmi)

Les trois dames:

La première dame – Erste dame (Ilse Eerens)

La deuxième dame – Zweite dame  (Paula Murrihy)

La troisième dame – Drette dame(Geneviève King)

Les trois enfants (membres du chœur de garçons de Vienne)

Merci à Arte tout d’abord pour cette initiative. L’opéra est ainsi accessible au plus grand nombre. Sur le site du festival il y a en effet 8 catégories de prix pour voir cet opéra qui se joue à guichets fermés soit dit en passant: 430€-340€-260€-190€-150€-115€-75€-30€ selon que l’on souhaite assister à cette féerie dans le parterre, au premier rang des premieres loges de face, au troisième rang des troisièmes loges de côté, etc. Merci Arte ! Danke schoen !  J’ai pu me plonger dans cette Flûte Enchantée avachi dans mon canapé sirotant une Kriek bien glacée. Mais pendant les 95 minutes et quelques qu’a duré la retransmission de cet opéra je me suis souvenu de la première fois que j’ai mis les pieds à l’Opéra Garnier.

C’était entre le 5 mai et le 19 juin 1982, je suppose, j’y étais allé voir le ballet de John Neumeier Songe d’une nuit d’Eté sur une musique de Felix Mendellssohn-Bartholdy et Györgi Ligeti, un ballet en deux actes et un prologue d’après William Shakespeare. J’avais pu me dégoter deux places au poulailler, je ne me souviens plus mais j’étais perché au troisième ou quatrième étage car j’avais profité du tarif le moins cher. Il fallait s’habiller, crois-je me souvenir, car on n’entre pas à l’Opéra en quenilles. On ne gravit pas l’escalier ‘honneur en bras de chemise. Mais ce fut malgré tout une sacrée expérience. L’opéra est une super production qui rassemble une foule de métiers comme éclairagistes, décorateurs, machinistes, couturiers, chorégraphes, metteurs en scène, musiciens, chef d’orchestre, danseurs, producteurs. D’ailleurs je crois me souvenir que si j’avais mis les pieds à l’Opéra c’est parce que j’y connaissais quelqu’un qui y travaillait comme éclairagiste.

Operagarnier

Le livret est basé sur le conte fantastique Lulu, Oder de Zauberflöte, de August Jakob Liebeskind (1758-1793) qui a intégré une collection de contes intitulé Dschinnistan, oder Auserlesene Feen- und Gestermärchen (1786-1789) de Christoph Martin Wieland (1733-1813) . Il y aurait donc  une sorte de tradition nordique des contes de fées puisque outre les frères Grimm et Hans Christian Andersen (1805-1875) dont la renommée n’est plus à faire on a Johann Karl Musäus,(1735-1787), Johann Gottfried von Herder (1744-1803), et bien sûr Liebeskind.

Pour un livret en français d’après la traduction originale  de JG Prod’homme et Jules Kienlin publiée en 1912 allez ici pour l’acte 1 et ici pour l’acte 2. Cela vous permettra d’entrere ans les subtilités de La Flûte enchantée. L’idéal serait de comprendre l’allemand pour savoir le mot exact pour définir en allemand de 1791 Monostatos et Sarastro.

Dans la version 2018 qui nous occupe ici, presque 227 ans après, les protagonistes évoluent dans une maison bourgeoise à l’atmosphère gothique au début du 20ème siècle. C’est en même temps du théâtre, de l’opéra comique, du cirque. On nage en plein mystères égyptiens sous les auspices d’Isis et d’Osiris, on évolue entre rituels maçonniques, initiatiques (tel celui du silence), oiseaux merveilleux, monstres, ours, ballons, soldats de plomb qui se transforment en princes, princesses qui se transforment en clowns, trapèzes volants,  grands-mères qui deviennent reines de la nuit, contorsionnistes, et à l’intérieur de tout cela flotte une histoire d’amour. Il y a au centre la flûte magique, le pipeau et le carillon magique qui égrennent musicalement le chant de la destinée. C’est très visuel avec des pancartes qui proclament en allemand WEISHEIT, WAHREIT, ERKENE DICHT SELBST, TAFFER KEIT. Sur les murs du Temple de la Sagesse, où règne Sarastro en frac et  chapeau haut-de-forme, tout-à-coup la guerre s’invite en images en noir et blanc, la première guerre mondiale avec ses millions de morts au nom de cette lutte interminable entre le bien et le mal. Le conte de fées s’évanouit pour faire place à la réalité brutale, sanguine et destructrice. Good and Evil. Evil and Good. Le bien et le mal se chevauchent, se confondent entre obscurité et lumière. Le monde n’est pas si manichéen que le pensait peut être Mozart. La version est poétique, magique. Le point névralgique pour moi c’est l’aria chantée par la reine de la nuit.

Il n’y a que cet air qui m’est familier. J’ai aussi savouré la chanson de Papageno et Papagena.

Il ya bien sûr une portée philosophique dans l’oeuvre chantée rappelons-le en allemand. et non en français ou en italien comme le voulait une certaine mode jusqu’à alors. Il faut savoir que Mozart était entré en franc-maçonnerie dès 1784 (d’ailleurs l’auteur du livret était son frère en franc maçonnerie) et donc forcément l’oeuvre déborde de ces références (opposition entre le jour et la nuit, le bien et le mal, le chiffre 3, le couple comique, le couple noble, les épreuves qui caractérisent le rite initiatique, le triomphe de la raison sur l’obscurantisme)

J’ai vu en son temps le film-opéra d’Ingmar Bergman Trollflöjten (1918-2007)  de 1975 qui évoque La flûte enchantée qui a sa propre lecture de la relation entre la reine de la nuit et Sarastro et où Pamina est la fille de Sarastro, ce qui amène toute une analyse psychologique sur la nature oedipienne de la relation.  Joseph Köstlinger (Tamino), Irma Urrila (Pamina), Hakan Hagegard (Papageno), Ulrik Cold (Sarastro), Ragnar Ulfung (Monastataos), Elizabeth Ericson (Papagena), Birgit Nordin (queen of the night, Nattens Drottning) font partie de cette distribution. L’originalité de ce travail c’est que nous sommes en même temps sur scène, dans les coulisses, dans la flûte de Pan de Papageno, dans le parterre, dans les loges, dans les costumes de Henny Noremark et Karin Erskine, dans la fosse avec l’orchestre symphonique de la radio suédoise sous la direction d’Erik Ericson, dans les poumons gonflés et les cordes vocales des choristes du choeur de la radio suédoise nous sommes en quelque sorte des adjuvants actifs de ce deus ex machina. Il est bon de noter que les 3  esclaves de Monastatos normalement joués par des adultes sont ici joués par des enfants silencieux. Nous sommes aussi ce silence ! Je dirais même plus nous sommes le théâtre baroque, le Drottningholm Palace Theatre, et en même temps le théâtre  Auf der Wieden de Vienne où fut représentée la   flute enchantée pour la première fois en 1791. Nous sommes tout aussi bien dans le mysticisme que dans la comédie grossière.

Kenneth Branagh et Stephen Fry proposent en 2006 une nouvelle lecture de ce singspiel qu’ils délocalisent dans le temps en le plaçant pendant la deuxième guerre mondiale avec Joseph Kaiser (Tamino), Amy Carson (Pamina), René Pape (Sarastro), Luybov Petrova (reine de la nuit), Silvia Moi (Papagena), Benjamin Jay Davis (Papageno), Tom Randle (Monostasos), Ben Uttley (le prêtre).

C’est donc à partir de ces deux références et e quelques souvenirs d’enfance et de contes de fées que je me suis plongé dans cette nouvelle lecture de ce chef d’oeuvre de Mozart qui est joué partout à travers le monde. Rien que pour la saison  2018-2019  il est joué ainsi:

au Théâtre Royal de la Monnaie – De Munt en coproduction avec l’opéra de Lille avec une mise en scène de Roméo Castelliuci et une direction d’orchestre de Antonello Manacorda et Ben Glassberg (11 représentations entre septembre et octobre 2018)

au Staatsoper Unter den Linden Berlin  avec une mise en scène de Yuval Sharon et une direction d’orchestre de Franz Welser-Most (11 représentations entre février et avril 2019)

au festival Castell Peralada avec une mise en scène de Oriol Broggi et une direction orchestrale de Josep Pons (3 représentations en août 2018)

au Festspielhaus   Baden- Baden (3 dates en juillet 2018) avec comme chef d’orchestre  Yannick Nézet-Séguin

au Garsington Opera, Wormsley, GB (11 dates entre mai et juillet 2018) avec une mise en scène de Netia Jones et une direction d’orchestre de Christian Curnyn,

Jubilado, aposentado, retired, pensioenist, retraité: heu-reux

Aujourd’hui enfin le divin jeune homme pénètre dans ce territoire si doux et redouté à la fois. Il vient de franchir allègrement le Cap de la Bonne Espérance. Il cingle comme un esquif mort de faim vers l’azur transfiguré par les alizés . Officiellement notre homme est retraité . Premier août 2018. Sonnez hautbois, résonnez musettes, chantons tous l’avènement du jeune homme. Trinquons tous en chœur. Et grignotons de délicieux chips de légumes.

Et chantons notre hymne à la joie:

« Je n’ai pas changé. Je suis toujours ce jeune vieillard étranger. »

Je viens de me peser. 91,8 kilos. Lai lai lai. J’ai pris ma tension 11.8/8.8 LAI LAI LAI. 70 pulsations par minute. J’ai pris mon petit café avec trois tout petits morceaux de sucre de canne roux. Jubilado, aposentado, retired, retraité. Heu-reux !

Un petit thon rouge salade couscous pour marquer le coup en tête à tête.

Martin Luther King aurait sans doute dit: « Free at last, free at last. Thank God almighty, we are free at last » .

J’aimerais qu’on me chante comme Dalida à ce jeune homme étranger : « Tu n’as pas changé »

Heu-reux, aurait dit Fernand Raynaud.

Bah moi suis heureux. Je m’excuse, c’est vrai. J’suis heureux. J’suis cantonnier. Parce que moi, j’travaille dans les petits chemins vicinaux. Vous m’avez peut- être aperçu déjà dans mon fossé, appuyé sur ma faux. Quand il pleut j’travaille pas, quand y a d’la neige je scie du bois. Heu-reux ! Y en a qui tiennent le haut du pavé moi j’tiens le bas du fossé . J’suis heureux. J’suis payé au mois. Quand il pleut, j’travaille pas l’hiver. Qu’est ce que j’suis heureux ! Quand j’rentre le soir. Vous savez qu’ y en a, quand ils ont fini leur boulot vers les sept-huit heures de l’après- midi, ils prennent le métro ou l’autobus, ils attendent des heures. Moi, quand j’ai fini mon boulot vers les quatre heures de l’après midi, quand j’rentre c’est bien rare si dans mon panier j’ai pas quelques champignons. Ou quelques amandes, ou des noisettes ou bien des airelles. Les airelles, ce sont des fruits très délicats que vous n’ pouvez pas connaître, vous. Parce que ça n’supporte pas le voyage. Alors c’est bon pour les cantonniers. Heu-reux ! Y a qu’un seul jour où j’m’ennuie dans la vie c’est lorsque je suis obligé d’aller à Paris. Parce qu’on a une tante qui invite tous ses neveux. Et nous sommes tous réunis autour de la table. Y en a un il a pas eu d’ chance dans sa vie. Pauvre malheureux. Il a réussi à tous ses examens. Il est devenu chef d’entreprise. Il a sept cents employés sous ses ordres. Quel est ce mot qui revient sans arrêt dans sa conversation ? Ah mais j’avais entendu parler de ce mot là. Ah oui. Impôt. Qu’est ce que ça veut dire ? J’en ai parlé à mon copain, c’est le patron du p’tit café Au Joyeux Cor de Chasse. C’est à l’orée du bois, juste à la sortie du village. Il a dit impôt impôt. P’têtre qu’ils pensent qu’à boire à Paris ? Alors on a bu un pot.

Mon deuxième cousin germain c’est le comique de la famille. Qu’est ce qu’il m’fait rire, cuila alors ! Il est professeur de philosophie. Il passe sa vie à étudier ce que les autres pensent. Des nuits entières, il disserte. Le rapport, je l’ai appris par cœur tellement ça m’a fait rire, J’suis cantonnier, J’suis cantonnier des chemins vicinaux. Il disserte sur le rapport qu’il y a entre la pensée de Blaise Pascal qui a dit : « oui, moi je crois. Parce que j’ai la foi. Et c’est pour ça que j’crois. » Par rapport à l’anticlericalisme de Voltaire qui a dit: « moi je n’ crois pas mais j’ai la foi en ce que je n’crois pas et c’est pour ça que je n’crois pas » . Et moi pendant ce temps là la nuit je dors. Heu-reux.

Mon troisième cousin Germain je n’ose pas trop en parler parce que c’est le diminué de la famille. Quand il est en voiture il peut pas voyager comme tout le monde. Alors il lui faut une cocarde bleu blanc rouge à son pare-brise. Il est député ou sénateur. Alors il lui faut un flic devant, un flic derrière pour laisser passer.

Et le quatrième c’est le plus chouette de tous, c’est le toubib, lui il connaît la vie. Quand son regard rencontre le mien nous nous comprenons. Il est chouette. Il me sort toujours de l’embarras. L’autre fois y a le philosophe qui a dit « tu es heureux, heureux, essaie de le prouver d’une façon concrète que tu es heureux » . Alors le toubib à répondu pour moi . « Tu as déjà vu, toi, des cantonniers qui faisaient grève ? » Heu. Je suis heu-reux.

Tout ce que je sais c’est que je suis encore un morphal. J’ai toujours envie comme à 17ans de mordre dans la vie, de créer mon destin comme on crée une œuvre d’art, de ne pas être le jouet des circonstances au gré du bon vouloir des Deus ex machina qui nous entourent. Avoir envie est fondamental. Avoir envie est à la racine de tour ce qui me meut. Ce n’est pas tant la quantité, le calibre de l’envie que sa qualité, son intensité. Une envie permanente de femme enceinte pour nourrir les jumeaux morphales qui baignent dans son phalle. Une envie même quand elle est mort-née est une envie qui laisse des traces indélébiles. Dans envie il y a « en » il y a « vie » . J’ai envie car je suis en vie. A l’instinct de vie je préfère l’instinct d’envie. La vie ou le vit. La bourse ou la vie. Choix cornélien que cet instinct vital qui condamne à mettre au ban tout plan quinquennal.

65 ans et neuf mois pour arriver on top of the Hill.

Je pense en ce jour de lancement de mon « magical mystery tour » personnel à la chanson des Beatles  » Fool on the Hill » .

« Day after day

Alone on a hill

The man with the foolish grim

Is sitting perfectly still

And nobody wants to know him

They can see that he’s just a fool

But he never gives an answer

But the fool on the hill

Sees the sun going down

And the eyes in his head

See the world spinning round.

His head in a cloud

The man with a foolish grin

Is talking perfectly loud

But nobody wants to hear him

They can see that he’s just a fool

But he never gives answer

But the fool on the hill

Sees the sun going down

And his eyes in his head

See the world spinning round. »

Cela traduit peut-être l’impression que j’ai aujourdhui d’être tout-à-coup mais en même temps depuis toujours un « fool on a hill with a foolish grin ».

Oui l’envie se caractérise par ce foolish grin. Sans ce « foolish grin » pas de vie, pas d’envie.

Me revient aussi un refrain de Joe Dassin qui parlait lui aussi de « fou sur la colline » à sa façon.

« Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline

De l’attendre avec un petit bouquet d’églantines

J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu

J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue »

Alors pour la postérité avant que ma trace d’actif ne soit à jamais effacée des tables de la planète Earth permettez ce petit album fugace et fou pour entrer de plain-pied dans le meilleur âge. Le troisième. La troisième mi-temps.

Dix photos pour un jubilé.

Kurt Vonnegut

That Kurt Vonnegut used do be may favorite writer. Read Player Piano, Breakfast of Champions, Slaughterhouse Five (was it really five, I really don’t remember). Didn’t know that book, though, A man without a country….And who’s the fuck is Mr Jingles !? THAT CAT?