qui aime bien chatouille bien

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Tel Aristophane, je faisais mien jusqu’à peu de temps le vieil adage stoïcien  « qui aime bien châtie bien ». « qui bene amat bene castigat » ! Qui aime bien corrige bien, essaie de rendre meilleur et cela passe parfois par des châtiments, des punitions, des brimades! Alors que j’habitais au Brésil j’ai senti que cet adage était loin de faire consensus. « Qui aime bien ne peut pas châtier » me disait-on effaré par la possibilité du châtiment amoureux. Seul Dieu peut châtier ! Qui étais-je donc pour aimer et châtier selon mon bon vouloir. Pourtant chez Socrate aimer et battre sont une seule et même chose. Mais les Grecs ne sont pas les Brésiliens ! Et au Brésil l’enfant est roi et a tôt fait de vous tancer vertement, et de vous signifier qu’étant le sang de votre sang tout doit lui être dû, pardonné, rien ne doit être expié, l’amour du clan étant plus important que la recherche de la  vérité et de l’excellence et u dépassement de soi.

Les mots ont des sens et connotations variables selon les cultures. J’ai aussi appris de certaines personnes pieuses au Brésil qu’on ne pouvait utiliser le verbe adorer qu’avec Dieu. je ne pouvais donc plus adorer les palourdes, ni les gombos, ni les feuilles de dasheen. Je ne disais donc plus adoro à la connotation déiste mais je pouvais dire adolo, ou dolo. Comme quoi une lettre change et le monde est bouleversé. D’ailleurs pendant que j’y pense le mot anglais pour bouleversant est devastating

Dans qui aime bien châtie bien il y a pour moi l’idée que ce n’est pas parce qu’on aime qu’on ne doit pas être exigent envers ceux que l’on aime et que cette exigence peut parfois mener au châtiment.

Mais maintenant que je viens de passer le cap Horn des 65 ans je change mon fusil d’épaule et je dis depuis Mayotte « qui aime bien chatouille bien ». Voila qui est neptunien à défaut d’être jupitérien du fond de l’océan indien! Je ne cours pas le risque d’être honni. C’est mieux que « qui aime bien fait des guilis-guilis » ! « Qui aime bien fait des cocegas » ! Il y aura je n’en doute pas des esprits chatouilleux et chagrins au point de vouloir chicaner sur le genre de chatouille que je préconise et qui se mettront à déchiffrer dans le texte  les mille arcanes du kamasutra.  Chatouiller c’est étymologiquement provoquer des tressaillements; kietelen en néerlandais, tickle en anglais. Et comment provoque-t-on ces tressaillements, me direz-vous, Monsieur le Marquis Chatouilleur ? Sans aller jusqu’au kamasutra, il suffit  d’aller aux aisselles, sous la plante des pieds car il ne s’agit pas de faire ronronner mais de faire tressaillir. La nuance est d’importance.Mais quoi qu’il en soit chatouiller est un verbe transitif comme aimer, il suppose un sujet et un objet et ceci dès le 15ème siècle puisque l’étymologie de chatouiller dans le cnrtl.fr cite cette phrase où chatouiller se disait alors catoillier et voulait dire tout simplement  exciter en français médiéval selon   Charles d’Orléans dans son ouvrage écrit en 1414 La retenue d’Amour, éd. P. Champion, 219-223 , 1923

« Quand Beauté vit que je la regardoye,

Tost par mes yeulx un dard au cueur m’envoye,

Quand dedens fu, mon cueur  vint esveillier,

Et tellement le print à catoillier

Que je senti que trop rioit de joye. »

Superman est-il animé par son cortex reptilien?

Ma chère et tendre analyste privée me propose en introspection, comme rituel d’accompagnement sur les derniers hectomètres menant à la borne km 65, la chanson de Gilberto Gil, Super-homem, qui date de 1979 et qui s’inspire du film Superman de Alexander Salkind sorti en 1978. Et me dit en souriant que derrière chaque grand homme il y a une grande anima. Derrière chaque Clarke Kent il  y a un Superman et une Lois Lane.

  https://youtu.be/4KTwdr5aTT4

Derrière chaque Superman, chaque homme d’acier ou de fer forgé il y a la fragilité masculine de Christopher Reeve qui vécut les neuf dernières années de sa vie tétraplégique. Il était né a New York un mois et 5 jours avant moi. Il est mort le 10 octobre 2004.
 https://youtu.be/oG-drSJ52x0

Un Superman selon Gil c’est celui qui assume sa portion féminine. En conséquence une Superwoman est celle qui assume sa portion masculine.

 http://gnt.globo.com/programas/papo-de-segunda/videos/4238440.htm

En termes junguiens la portion féminine inconsciente chez l’homme c’est l’anima  qui compense le conscient masculin tandis que la portion inconsciente  masculine chez la femme c’est l’animus qui compense le conscient féminin. Anima et animus couvrent des préjugés inconscients, des a priori qui vont contre balancer le conscient. Ces préjugés sont de l’ordre des humeurs et des caprices pour l’anima et au niveau des opinions pour l’animus.

 Moi je dirais plus sobrement que la portion indispensable à chacun n’est ni animus ni anima mais animale. 

L’anima c’est un reflet de l’âme féminine. L’animus est un reflet de l’âme masculine. 

J’ai des problèmes avec le mot âme, voyez vous. Je lui préfère le mot esprit, spirit. Comme dans l’adresse catholique en latin « Dominus vobiscum. Et cum spiritu tuo ».

L’âme me renvoie à des considérations religieuses, à cette question que pose le poete Lamartine quand il écrit dans ses Harmonies poétiques et religieuses en 1901: « objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer? ».

Le même Lamartine écrit dans le même ouvrage : “Plus nous ouvrons les yeux, plus la nuit est profonde ; Dieu n’est qu’un mot rêvé pour expliquer le monde, Un plus obscur abîme où l’esprit s’est lancé.”

Tant que les fourmis et les criquets n’auront pas d’âme moi je n’en aurai pas. Je suis donc un superanimal, à défaut d’être un superhomme. L’homme est doté de raison nous dit-on, l’animal est mu lui par l’instinct et l’intuition.

Je pense au contraire qu’un superanimal est celui qui trouve dans l’instinct, qui n’est somme toute qu’un savoir toujours revisite, et l’intuition qui est un saut dans un vide préconçu, sa raison d’être.

Les rationalistes évoquent à loisir les bas instincts de l’homme: instinct de survie, de conservation, de procréation, ces instincts qui nous rapprochent de la bestialite, ces instincts primaires des bas-fonds, installés bien au chaud et préservés dans notre cerveau reptilien, le paléo cortex.. Ces sages exaltent les instincts supérieurs volatiles circulant eux entre les deuxième et troisième cerveaux dits cerveaux limbique (méso cortex) ou supérieur (néo cortex)

Entre tous ces cortex je suis un Superman, un dieu capable de modifier le sens de rotation  de la terre, de revenir en arrière  dans le temps s’il le faut pour sauver ma portion féminine  qui est ensevelie quelque part . Il faut que je cède les bagues et les anneaux de Saturne si je ne veux  pas perdre les doigts. Doigts et bagues ne font qu’un indossociable qui s’auto-anime, reanime et desanime tout en voguant sur le vaisseau animal mu par l’instinct et l’intuition. Sont-ce la mes portions féminines ? En avant  cortex ! On verra bien. Je continue ma route, sans boussole, sans nord, en pleine ame du cyclone. Superman n’est qu’un mot rêve pour expliquer l’homme animal. por causa da mulher…..

Tu saignes du nez

Je viens de manger un délicieux et volumineux faux-filet au restaurant Chicken avec en face de moi mon ami Alexandre, professeur d’espagnol d’origine sénégalaise. Il ne mange pas. Il est dejá pres d’une heure. Lui est en vacances et prend son apéritif. Toujours du vin rouge. Sa mère vient de décéder a 91 ans au  Senegal. Il en revient. Il est en deuil, me dit-il jusqu’au 27 octobre. Cela ne l’empêche  pas de boire son ballon de picrate reglementaire a la santé d’Hipocrate. Il ne mange qu’a 15 heures à l’ heure espagnole. Chicken c’est sa cantine. Il y mange tous les jours. J’ai règle, je n’attends plus que ma monnaie. Je dois partir vite fait car je recommence à une heure. Il faudra que je prenne un taxi. Et voilà qu’ il m’ assène un magistral: « tu saignes du nez. » Craignant l’épistaxis je palpe machinalement mon nez, les deux ailes, pas de sang à l’horizon. Il rigole. Je révise dans toutes les langues le sens de tu saignes du nez: seu nariz está sangrando, your nose is bleeding, ne aw ka pisse san, zijn neus is j’ai oublié quoi. Rien. Lui rit et regarde fixement mon entrejambe. Je réalise alors que ma braguette est ouverte. Fichtre. Il rigole. « Tu saignes du nez est une expression pour dire ta braguette est ouverte. »

Moi je connaissais: « la porte du garage est restée ouverte. » Je range donc vite fait bien fait ma Cadillac, coupe le moteur, puis met le frein à main. On est dans une descente, on ne sait jamais avec ces engins-la. Imaginez que le moteur s’emballe à froid et défonce  la porte du garage à nouveau. On serait bien ! Comment contester la science vernaculaire d’un docteur en espagnol diplôme de surcroît de la Sorbonne ? Eh oui il est fier de lui. Il me dit même de vérifier dans les dictionnaires. 

Bon, je ne savais pas que mon nez se trouvait au niveau de la braguette. J’essaie de voir un rapport avec fermeture éclair. Rien. Zip, rien. boutons de braguette. Toujours rien.

Ah elle est coquinette cette langue française. Fermer sa braguette ce serait alors se boucher le nez  ?

Ah il va falloir que je me jette dans l’étymologie de l’expression. Que dit ma bible, le Cnrtl? Rien. Ça doit être une blague sénégalaise, qui sait, puisque dans Sénégal il y a nez. Mais je dis ça, je dis rien.

Bon, faisons confiance à notre ami docteur en Sorbonne et je laissons jamais saigner nos nez. Une épistaxis est si vite arrivée. 

Saigner du nez, pisser du nez, ce n’est pas le même appendice, mais l’image est éloquente.

Je vais la ressortir des que je le pourrai. Mais il va falloir scruter dur les braguettes. Oh my God!

Lima Wild, artiste mahoraise

J’ai rencontré hier Lima Wild, artiste mahoraise. Si je la qualifie ainsi c’est parce qu’elle s’est elle même qualifiée de la sorte. Car tout ce que je sais d’elle se résume à cela. Son vrai nom est Halimati Boura. Elle a eu un groupe, Mouskatera. L’a-t-elle encore ? Chanter est l’ un de ses trois rêves. C’est un lion. On l’a sent sauvage, sociable et solitaire. Mais selon ce que m’a  dit Papa Diouf, le franco-sénégalais, spécialiste de ces terres de l’ océan Indien, elle fut une des divas de la chanson mahoraise puis sombra malheureusement dans l’alcoolisme. Elle tente en ce moment un comeback. Apparemment elle aurait cessé des’adonner à la dive bouteille. En la voyant chanter je la trouvais fragile et forte, une sorte de Mireille Mathieu de l’Océan Indien. Elle était accompagnée d’une petite fille. Elle me l’a présentée. « C’est ma petite fille ». Que voulait-elle dire ? C’est ma fille ou la fille de l’un de mes enfants? D’elle je ne savais rien. Mais elle a parlé à un moment sur scène des racines que nous ne devons jamais oublier. Quand on est tombé en enfer il est dur d’en ressortir. Mais les miracles existent et désormais je suivrai de plus près les faits et gestes de cette diva de la musique traditionnelle mahoraise. Elle se fait appeler Wild, sauvage en anglais. Lima est le nom en portugais brésilien d’ un type d’orange un peu au goût étrange. Une orange étrange et sauvage?

La procession de monsieur : de la mosquée à chez madame

Chez les Mahorais la procédure est simple  on va habiter chez Madame. C’est elle qui est maîtresse chez elle. En cas de divorce ou de séparation c’est l’homme qui prend ses cliques et ses claques. Bye bye mari. Moi je reste chez moi. En contrepartie si l’homme veut avoir d’autres épouses comme la loi musulmane le lui permet il suffit d’aller enregistrer la chose devant le cadi pour être en règle avec dieu. On paie une petite somme pour sceller l’arrangement entre passereaux et la choses est faite. L’homme peut aussi répudier. Il suffit de deux témoins. À la femme le patrimoine immobilier au monsieur les émois de coq. En réalité sous les apparences de la pudeur matérialisée par les salouvas et les boubous qui cachent au regard une grande partie du corps sans pour autant réussir à masquer les formes bien rebondies des demoiselles, les spécialistes de la chose s’accordent pour penser que la société mahoraise est l’une des plus permissives en matière de sexualité débridée du monde musulman. Mais tout se passe en cachette. Il n’y a pas d’exhibitionnisme ni  corporel ni sexuel. Tout se passe sous le boisseau. Il y a donc sous les couches du rigorisme apparent des salouvas et autres foulards, les masques cosmétiques une sexualité cachée exacerbée que l’islam n’a pas réussi à éliminer .  N’oublions pas que les  mahoraises sont des bantoues et que la sexualité bantoue ne s’embarrasse  pas de préceptes religieux. Des douze ans, la cause est entendue: c’est une femme, en puissance, je dirais même en toute puissance. On est certes loin de la sexualité publiquement assumée des brésiliennes et des antillaises pour ne prendre qu’elles. Mais entre quatre yeux sous l’alcôve, la femme mahoraise n’aurait rien à envier à ses congénères américaines.

Bon, moi à vrai dire, je n’en sais rien, je vous vends le poisson comme on me l’a vendu. Il a peut-être des arêtes. A vous de consommer avec précaution d’usage. Les pêcheurs qui me l’ont vendu sont Mahorais, sénégalais, comoriens, congolais. La femme mahoraise est une femme sans problème car même si la polygamie est abrogée dans les textes depuis Sarkozy, dans les faits elle continue au grand jour grâce à l’institution du cadi. Car ce qui compte pour les mahoraises c’est qu’Allah légitimise leur relation charnelle. Le Grand Mariage et ses nombreuses festivités ou hommes et femmes se côtoient sans se mélanger, ou se suivent à distance est en ce sens très révélateur. Il y a le monde des femmes, le monde des hommes avec des rôles clairement répartis. Mais la société, quoi que dominée par l’apparatchik musulman profondément machiste et paternaliste comme toutes les sociétés religieuses, est dans son essence une société matrifocale comme la plupart des sociétés caribéennes issues de la traite négrière. Le kikongo qui a donné de nombreux mots en créole et qui structure la phrase créole, est une langue bantoue comme le swahili et comme le comorien et le shimaoré. Nous avons les mêmes effluves sanguins du pays bantou, mettez un boubou à un Antillais et une keffiah: il passera sans problème pour un Mahorais ou Anjouanais ou Comorien. Et vice versa. Ce qui nous différencier ce sont les systèmes de représentation du monde, le système des clans et des tribus, le rapport à l’alcool, au corps, à la mort…etc.

Bref.  À la fin de la procession entre la mosquée de Doujani et l’appartement à l’étage de Madame à 300 mètres environ de la mosquée, le marié entre chez sa femme après force prières et incantations. Le premier cercle des privilégiés, les témoins, les amis proches, les dignitaires religieux, les notables  politiques et économiques, les parents, les frères et soeurs participent au repas. Il leur est permis de voir le couple princier. Lequel couple vit déjà sur place depuis belle lurette puisqu’ils  y ont eu leur fille. Leur appartement qui est récent a été construit au-dessus de la maison qu’on appelle ici la maison familiale. La maison familiale c’est celle  de la mère. Moi je fais partie du deuxième cercle, pourtant je ne connais le père du marié que depuis deux mois. Je m’ interroge néanmoins  sur le fait que le père biologique du  marié qui a le visage et  le cou grêlés ne fasse partie que du deuxième cercle comme moi. Alors que celui qui l’a élevé, mon ami Wally, est dans le premier  cercle. Juste après la procession j’ ai pu voir le père biologique raccompagner le père de son ex-femme. J’avais trouvé admirable  cette communauté spirituelle entre ex membres d’une même famille. J’avais vu aussi les deux pères lors de la cérémonie  sur la place de la mosquée  anjouanaise. Le père biologique était au premier rang mais c’est celui  qui a élevé l’enfant qui avait  une position prédominante au pinacle.

Nous voilà 30 installés à plusieurs tables, que des hommes, la plupart âgés de plus de 50 ans dans une autre maison toute proche que je crois être celle de l’oncle du marié. La table est chargée de victuailles, du boeuf kangué, du riz, du pilau, du giraumon, une salade de concombre avec des oeufs et de la tomate, du jus de tamarin frais et bien glacé, de l’eau, aucun alcool, Islam oblige. Je meurs de faim car on m’ a invité à midi midi et demie et je croyais manger vers ces heures là. Il est près de 16 h30 quand nous passons à table. Les gens sautent sur les plats comme des morts de faim, des dévorants. Un vieux à la main tremblotante réussit à se servir trois fois une assiette fêtée de viande qui outrepasse les limites de la décence. Ici c’est au plus rapide, au plus rappia comme dirait ma mère…Pourtant dès qu’ un plat se vide des jeunes filles de chargent de le remplir à nouveau. Nous sommes aux petits soins. J’ imagine les délices par lesquels doivent passer le premier cercle puisque nous au deuxième cercle sommes si gentiment choyés. On m’attache une fleur de jasmin à la boutonniere. Je me laisse faire. J’ai vu tout à l’heure une femme jeter du riz sur les mariés. Quand le marié est entré chez lui on a caché le visage de l’épouse. Seuls les initiés, ceux du déjeuner du premier cercle pourront la voir. Les autres devront payer s’ils veulent la voir. Mon naturel radin reprend le dessus. Je la verrai bien un jour quand elle viendra voir son beau-père. Oh mais y a pas écrit bécasse sur mon front, quand même ! Vient l’heure des desserts. Je prends du raisin. Voilà. C’est est fini. On nous remet un sac souvenir chargé de pâtisseries diverses et de deux canettes de boisson non alcoolisée. Je remercie mes hôtes de leur hospitalité. Je me retrouve avec deux connaissances du jour, des enseignants franco-sénégalais qui étaient aussi de la fête et d’ un commun accord nous nous retrouvons un moment au pavillon des femmes pour récupérer leurs épouses, dont l’une est sénégalaise et l’autre mozambicaine, qui y mangeaient et nous partons en voiture prendre au Cinq Cinq près de la barge de Mamoudzou une pinte de bière bien méritée. Je  retire le keffiah de la tête car non compatible avec la consommation de bière. Fin.

Home sweet cloud nine paradise

Enfin je vais atterrir. Après plus de deux semaines je vais atterrir. Ou alunir ou amerrir. Que sais je. Je vais me poser dans la maison jaune. M’Tsapere, je persiste et signe. C’est mon port d’attache. M’Tsapere son port de pêche, sa mosquee, ou plutôt des mosquées, sa rivière, sa mjc. J’ai trouvé par hasard en frappant aux portes. En deux semaines je n’ai frappe qu’à trois portes. La première m’avait amène vers un studio à Cavani, un peu trop loin, un peu trop en altitude,à  au moins 25 minutes de marche. Hier c’était la bonne. Bonjour madame, voilà je viens d’arriver sur le territoire, je suis déjà installé à M’Tsapere à Mandzarisoa mais je dois partir mardi. Je cherche un T2 ou un studio. Madame qui est en train de donner un biberon à un chérubin me pèse me soupese. Je suis professeur de français. Vous avez des enfants? Oui mais ils sont grands, ils sont en métropole. Et votre femme, elle va venir? Peut être en vacances en décembre. Qui vous a dit que j’avais quelque chose à louer? Personne je vous jure. J’ai eu le coup de foudre pour le jaune de votre maison et j’ai décidé de tenter ma chance. Ele me pese me soupese me dépece à travers les grilles. Enfin la grille d’entrée s’entrebaille et j’ai accès au paradis de la rue Zazaveri. Un T2 bien agencé à l’etage, non meuble, avec grande terrasse, air conditionné  et accès privatif. J’exulte. je dis: il est propre. Cela la surprend.  Pour elle il est sale. Il va falloir passer le balai, la serpilliere. Je relativise. Je voulais dire: les murs sont propres. Je veux. 400 euros hors charges. Quand on trouve le paradis on ne compte pas. Lundi soir on signera le bail. Il me faut une photocopie de votre pièce d’identite. En cinq minutes le dossier est bouclé. La propriétaire, Fatima, ne l’avait annonce nulle part et pensait le louer via Airbnb. Je lui dis être un spécialiste de Airbnb et que le problème avec Airbnb c’est qu’il faut installer wifi, télé et eau chaude. Et surtout les contrats sont courts, il faut en permanence nettoyer, ranger pour de nouveaux arrivants, que pour un proprio c’est bien plus intéressant un contrat comme celui que nous allons signer.

Ouf, j’ai du mal à y croire. Je saute presque dans la rue tellement je suis heureux. Je me sens comme dans la chanson Cloud Nine, des Temptations, I’m y a de cela…. un demi siecle…sur un petit nuage au neuvième  ciel. 

Étrange comme il y a  a des chansons qui sortent des cimetières  à pour venir vous hanter alors qu’on croyait dur comme fer les avoir pour de bon enterrees. 

La troisième tentative au culot a été la bonne. Exactement là où je voulais être. Sur un petit nuage au neuvieme paradis de M’Tsapere qui ressemble étrangement au Petit-Paris de Basse-Terre.

You can be what you wanna be

You don’t have no responsibility

On cloud nine

Every man in his mind is free

You’re a million miles from reality

On cloud nine….

You’re as free as a bird in flight

There’s no difference between day and night

It’s a world of love and harmony

You’re a million miles from reality

On cloud nine.

Ne croyez pas que suivant à la lettre les paroles de cloud nine je sois irresponsable complètement déconnecté à des millions de kilomètres de la réalité. Non nullement. Je savoure juste un instant fugace de bonheur, de ravissement. Autour de moi la pauvreté explose, dure et réelle. Je vois des enfants se baigner dans des canaux ou chuinte une eau aux allures douteuses. Dans ces mêmes eaux blanches les lessivieres lavent leur linge. Les égouts sont à ciel ouvert.Les enfants fouillent dans  l’ les poubelles non pas  à pour recuperer de quoi manger mais pour recuperer des mirecaux de  à polystyrène blanc pour se fabriquer des arles et jouer  à aux delinquants. Pour les favelas de première catégorie on peut emprunter des escaliers interminables. La misère ne s’y voit pas mais se devine malgré les antennes paraboliques de Canal Plus. Pour trois Euros et même moins on a un bon sandwich mais ce n’est pas tout le monde qui a trois Euros. Les femmes ont a vingt-cinq ans généralement un ou deux enfants âgés de 10 ans et plus. Dans cet univers de tôles et de planches je n’avais l’habitude de voir que des cochons. Nous sommes à Mayotte, le centre unième département. Nous sommes dans un des quartiers de la capitale. Dans les favelas de deuxième et troisième catégories ce sont parfois des réfrigérateurs éventrés qui font office d’escalier. Mais l’homme et la nature luttent avec courage pour la survie, pour des jours meilleurs. Il n’y a pas de jours fériés, seulement des jours et des nuits qui se succèdent. Mais que la nature est belle ! Et que les hommes et femmes sont dignes. Mahorais, Comoriens, Congolais, Antillais, Maghrébins, Senegalais, Réunionnais, Malgaches et Métropolitains. Un kaléidoscope bigarré d’aventuriers armes de leurs langues, leurs croyances, leurs cultures, leurs danses et surtout leurs rêves de nouvel Eldorado.


Entre Inde et Afrique

Entre Inde et Afrique la jeunesse de Mayotte danse le mgodro, le coupé décalé, la danse indienne. Ici c’est Sheryl Isako et son Come  and Dance, featuring Clinton Hamerton, là c’est Watch out for this de Bumaye featuring Busy Signal, the Flexican et FS  O Green sur une chorégraphie  de Hangar Dancefloor. C’est encore Amitabh Bachchan et Shah Rukh Khan dans Say Shava Shava .

Bollywood et Nollywood s’entrechevètrent, c’est un éternel cinéma où s’affrontent tradition et modernité, enracinement et allophonie.

Entre le film Une famille indienne aux choréographies léchées et la danse dite coupé décalé aux choréographies osées on a deux versions d’une même volonté de s’ancrer dans un univers de couleurs chatoyantes, de sensualité et de rythmes assourdissants

Que faire à Mayotte à part manger, s’interroge une compatriote de Haute-Basse-Terre


La question n’est pas innocente. On a coutume de nos jours de considerer la mangeaille comme un bas plaisir. Manger, boire, danser, parler seraient des plaisirs primitifs. Eh bien je réponds. Tout est découverte. Par la gastronomie, par la danse, par la boisson, par la langue  j’entre dans la culture de l’autre, ses croyances, ses tabous, ses totems.  J’entre en contact, j’entre en langue, je me mets en phase, j’entre en transe. Ce ne sont que des portes d’entrée minimales, des ppcd et des ppcm (du plus petit commun denominateur au plus petit commun multiple, il  a ne sera pas dit que je nai rien retenu de mes annees de cancre en mathématiques) qui ouvrent une infinité d’autres. Certains font contact par le sport, d’autres par le sexe, d’autres encore par la prière ou par l’art, la musique, la peinture, le théâtre, que sais-je. Chacun possede ses propres codes d’entree. J’ai les miens, comme tout un chacun, rien de plus. Je n’en connais pas d’autres meilleurs quand les codes linguistiques ne sont pas partages. Je vais vous donner deux exemples de ma maniere de proceder.

Aujourd’hui j’ai décidé enfin de visiter la capitale Mamoudzou. Un dimanche quand presque tout est fermé, sauf justement quelques supermarchés, les églises et les mosquées. Je portais mon chapeau mon Stetson, histoire de protéger ma tête des rayons ardents du soleil de 10 h du mat. Ce n’est pas très commun de porter un Stetson ici. La norme c’est de porter un bonnet, un kofiah musulman. Il y en a de très beaux et je vais un de ces jours m’en procurer un, peut être aussi un boubou. Histoire de me tirer un portrait Mahorais. Sans que je le veuille ce chapeau me signale comme quelqu’un d’étrange. Je passe devant un revendeur de dachine. Comme j’adore les dachines il a du voir une flamme dans mes yeux. Je lui demande le prix juste pour info. Je sais que le prix normal est 2,5 € le kilo. Il me dit effectivement ce prix mais ajoute je les achète 2€ et je les revends, je ne fais que 50 cts de bénéfice. J’aime sa franchise. Il me demande si je vais partir de Mayotte si c’est bientôt la fin de mes vacances. Je dis non que je viens d’arriver et que je  travaille ici. Que je suis de Guadeloupe. Il me dit qu’il est d’Afrique du Sud et qu’il est ici depuis deux ans qu’il a ses papiers. South Africa ?! J’embraie en  anglais. Je lui dis que je recherche un nouveau logement à partir du 29 août. Il me dit qu’il paye 60 € de loyer plus les charges en eau et électricité. Il vend des légumes tous les jours à la sortie de Sodifram. Et il peint. Mais son véritable métier c’est la cuisine. Il me montre des copeaux de manioc sèches au soleil qu’il veut me vendre 6 € . C’est la première fois que je vois ces copeaux de manioc. Je lui en montre certains qui me semblent moisis. Il me répond que ce sont les meilleurs et que plus ces copeaux deviennent noirs plus ils sont appréciés des Mahorais. Il me donne en 5 minutes au moins 5 plats qu’il sait faire à base de poisson, de langouste, de poulpe. Je lui dis que bien que je sois enseignant j’ai déjà eu moi aussi deux aventures comme propriétaire de restau, une à Nîmes en France et l’autre à Feira de Santana au Brésil. Il évoque la possibilité d’un partenariat. Je lui dis que je ne suis pas contre, que c’est une idée à creuser. Ce serait un à côté mais il faut qu’il assume l’intendance mais que tout cela ne sera possible que quand j’aurai trouve un studio ou un deux pièces sur MTsapere où il me dit habiter lui aussi. Je lui dis en vouloir un aux alentours de 200 €. Nous échangeons nos numeros de téléphones. Et voilà grâce à ce regard de vorace je trouverai peut être un appart, un associé, et peut être un futur ami. 
30 minutes plus tard, je suis à Mgombani et je vois un homme d’age certain comme moi même au crâne brillant en train d’essayer de faire tomber avec une sorte de gaule en fer quelque chose d’un arbre. Je m’approche et je lui demande ce qu’il essaie de faire tomber. Il essaie de faire tomber des citrons de son arbre. Il me raconte que les gens lui volent ces citrons qui ont pignon sur rue pour les revendre sur le marché. Il était en vacances en métropole et ils en ont profité. Malheureusement en cette saison les citrons sont tout petits et n’ont aucune valeur marchande car ils n’ont aucune eau. Cela explique pourquoi je n’en voyais pas sur les marches ou je ne vois que deux fruits : oranges et ananas. Il ne comprend pas pourquoi on s’acharne sur son arbre, on lui arrache les feuilles car les feuilles de citronnier sont bonnes pour faire des tisanes. Il comprend qu’on puisse prélever quelques feuilles mais casser des branches pour essayer de faire des plants , ça non. Et voilà qu’il me montre un autre arbre que je ne connaissais pas. Il me dit que même les fruits de cet arbre ne peuvent pas dormir tranquille. Pour moi cet arbre n’avait rien de particulier. Il me dit c’est du tamarin. Je dis non, je connais le tamarin. Il me confirme c’est du tamarin d’Inde. On l’utilise pour faire des achards. C’est très bon pour accompagner le poisson. Il me parle d’un endroit pour acheter le poisson fumé. Et me fait gouter un de ces tamarins d’Inde. C’est très rafraichissant. Il me dit venir d’Anjouan, me raconte qu’il a vécu à Madagascar, qu’il y a travaille dans l’industrie du textile. A quelques mois près nous avons le même âge. Ses enfants habitent en France. Sa femme est assise sur le perron de la porte. Il me montre son pied d’ylang ylang, son pied de jasmin dont on lui préleve régulièrement des gerbes qu’on revend au marché. Il n’a en lui aucune colère. Je dirai même qu’il a une bonne bouille de bon vivant. Nous avons parle entre 20 minutes et une demi heure. Nous nous serrons la main. Je me présente, lui aussi. Je sais que nous nous reverrons car non loin de chez lui j’ai remarque un endroit où je sais par intuition que les brochettes sont de première qualité.

Voilà deux scènes représentatives de la façon dont j’envisage mes voyages. Ils se basent sur la rencontre. 

Je peux donc répondre enfin à ma compatriote des hauts plateaux de Guadeloupe. Je me place dans une globalité qui se nomme Tout Monde. Mayotte est l’une des rhizomes multiples de ce Tout Monde.C’est une île et comme toutes les îles on peut s’y adonner à la plongée sous marine, à l’observation des baleines, des tortues de mer ou a la recherche des coelacanthes ou des maki. On peut s’y adonner au trekking puisque c’est une île volcanique. On peut aussi s’adonner au farniente sur des plages paradisiaques. Mais la vocation de toute île est une incitation permanente à l’envol vers le large. De la meme façon qu’on peut de la Guadeloupe visiter Marie Galante, les Saintes, Desirade, qu’on peut aller sur Martinique, Sainte Lucie, Porto Rico, Saint Martin, Saint Barthelemy, Cuba, Panama, le sud des États Unis et l’Amerique du Sud on peut de Mayotte visiter les Comores, Madagascar, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Kenya, Maurice, Rodrigues, la Réunion puis s’enfoncer si on le desire dans l’Afrique profonde. On peut aussi tourner son regard vers l’Inde. Il est très symptomatique qu’on trouve ici deux chaînes communautaires spécialisées, une indienne et une autre africaine. Mayotte est en océan Indien, ce n’est pas pour rien donc on peut aussi aller un peu plus loin vers le Sri Lanka, l’Inde, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna… mon rêve à moi c’est après avoir visite Comores, Madagascar, Mozambique, Afrique du Sud, Tanzanie, Kenya, Maurice, Réunion, Seychelles, Rodrigues c’est de connaître le Sri Lanka et la Papouasie Nouvelle Guinée. Mais je garde les pieds sur terre. Je suis à Mayotte. Il y a toute une île à découvrir et des milliers de vies de chats à neuf vies n’y suffiront pas

    Entre France et France, rangée 33, sièges D, E, F, entre Ipseite, Sango et Marahaba

    L’avion qui me menait à Mayotte poursuivait sa route sur Tana comme l’ appellent les nostalgiques de Madagascar française. On chantait autrefois Chandernagor, Tananarive, Colorado, le Nevada, le Labrador, etc. Donc moi je dis Antanarivo ! Je sais que Mada est comme Gwada ! Ce sont des petits noms gentils tout doux qu’on donne à des pays dont on pense que ce sont des enfants. Trouvez moi un gentil diminutif pour les Pays Bas, pour l’Allemagne, pour la France ! Vous me suivez ? Donc pour revenir à mon vol il était je dirais au quart ou à moitié plein de gens qui avaient pour destination finale Madagascar. C’est donc tout naturellement que je me retrouvais sur le siège 33 E.

     Au 33D sur la gauche donc, Francis Ra….vao se présente. Je suis français. Je pars à Madagascar en vacances, c’est le pays d’origine de mes parents. Et moi je lui dis. Vous êtes donc aussi malgache quelque part. Vous devez aimer le ravitoto, le riz et les feuillages. Il opine. Vu de ce côté là oui c’est vrai. Mais je ne parle pas malgache. je lui donne 25 ans à tout casser. Je lui parle de Thoreau, je ne sais pas pourquoi. Mais je pense que la lecture de Thoreau pourrait l’aider à trouver un but à sa quête.  Il ne parle presque rien en malgache selon lui mais il corrige tout de  même ma prononciation de  ravitoto qu’il prononce /ravtutu/ avec l’accent tonique sur le rav. Pas mal pour un Caennais. Ah si j’y avais pensé je lui aurais dit qu’au  Nord-est du Brésil dans la Chamada Diamantina pas très loin de Morro do Chapeu et de Jacobina il y a une ville qui s’appelle Caem !  Il y a une blague autour du nom Caem qui a un rapport avec les chiens mais je ne m’en souviens plus très bien. Il me dit même comme preuve de son indépendance émotionnelle par rapport à Madagascar qu’il ira faire un séjour d’une semaine à la Réunion. Pour se mettre au calme. Moi je me dis qu’il doit bien y avoir des centaines d’endroit à Madagascar pour être au calme. Madagascar serait-elle dépourvue de calme pour un descendant de malgache ? Je m’interroge. Il est né à Caen, Calvados, terre de tripes et de pommes d’Api et de bon calva. Ses références sont Lisieux, Évreux et maintenant Limoges où il enseigne les SES sciences économiques et sociales. Il écoute Ipseite, un album d’un groupe ou chanteur français inconnu pour moi, Damso. Moi je surfe entre Philip Glass et son Heroes Symphony, Sango et son album De mim para voce, et Zero Gravity et son album Gravity Room. Nous parlons voyages et amours. Je réponds à ses questions. Il élude souvent les miennes. Il a vécu un an en Ecosse à Glasgow comme Erasmus et à fait son stage de master au Burkina Faso. Je sens une quête qui semble se formuler. Je sens qu’il voudrait parcourir le monde. Je le sens tiraillé, je le sens solitaire. Je lui jette même à la figure ce gros mot de « blessure narcissique » qui frappe les descendants de migrants qui passent une partie de leur vie à se chercher en vain. Il voudrait savoir qu’elle a été ma plus grande expérience amoureuse. Au fond de moi je pense que chaque expérience bonne ou mauvaise a eu le mérite d’exister, que dans chaque expérience amoureuse il y a les traces des précédentes et le parfum des suivantes. Qu’on ne peut pas figer une expérience amoureuse en trois mots, deux dates, deux virgules, je crois qu’il y a un continuum entre toutes les femmes qu’on a aimées ou désirées et toutes celles qui se sont refusé à soi. Et que l’apprentissage de l’amour est l’apprentissage de la négociation et cela c’est l’histoire d’une vie, voire de plusieurs. Nous sommes tous à la recherche d’un être charmant, prince, princesse ou démon, qui nous complète dans une relation osmotique. Je voudrais lui dire que ma relation à l’amour est une relation rhizomique, rhizomique mais il faudrait que je lui explique de mon 33E la théorie du rhizome, du tout monde, parler de Glissant, des Antilles, du haut de mes presque 65 ans de vie, de mes 5 enfants dont je lui livre les parcours divers entre France, Brésil, Hollande et Guadeloupe. Aucun d’eux ne parle le créole. Je ne leur ai enseigné ni Dieu ni Diable, simplement l’amour des langues et du voyage. Il n’y a pas d’âge pour se plonger dans la culture de ses parents. S’y plonger ne veut pas dire tout accepter les yeux bornés par des œillères, s’y plonger signifie faire corps et seulement ensuite seulement se donner le luxe de relativiser. Je lui apprends que Macarena n’est pas au Brésil.

    Au siège de droite, le 33F , c’est une jeune fille de 21 ans mahoraise originaire de la localité de Kani-Keli, Samra, qui habite en France et qui voyage avec sa dernière née qui a dix mois et qui s’appelle Maylinn. C’est  son troisième enfant. Elle a déjà eu deux garçons. C’est une mahoraise démasquée. Elle s’est mariée en France, ses parents habitent en France. Elle chante des berceuses en français pour endormir sa fille. Elle se rend à Mayotte pour y presenter à ses beaux parents qui habitent sur l’île son enfant mais aussi pour célébrer le mariage d’une amie. Quoi qu’elle ne suive pas trop la coutume, je sens bien à sa façon de me raconter le grand mariage qui aura lieu le jour de l’arrivée qu’il faut qu’elle assume sa part. C’est une question d’honneur, je dirais presque de rang, enfin c’est ainsi que moi je le comprends. Elle me parle de tapis, d’euros qu’il faut donner en cadeau, entre 50 et 100 minimum, surtout pour les filles. Mais je ne comprends pas trop l’histoire du tapis. Serait ce une sorte de clan. Elle fait une formation pour travailler en maison de retraite. Si j’osais je lui demanderais bien une invitation pour le mariage. Je serais même prête à participer à hauteur de 20 €. À Mayotte il y a une place des mariages mais il y a aussi une cité des morts. Je ne connais encore ni l’une ni l’autre mais d’ores et déjà j’ai survolé l’Afrique et posé mon pied et ses ailes à Mayotte. Et j’ai appris un nouveau mot : Marahaba qui veut dire merci. Elle ne connait pas le gombo.

    Ojourd’hui c’est J – 1, c’est le saint amour, je vais cuisiner une bon colombo de lune gibbeux descendante


    Ojourd’hui c’est J-1. C’est le saint Amour et deux main ce sera la sein Laurent qui  sera suivie du saintes Claire. Jus Piter est entrée dans la constellation du Vierge et dans quelques zeures le lune entrera quant tà elle dans celui de la Ballle Anse. Nous sommes en lune gibbeux des cent dante. Le lune vient d’atteindre son majorité légal, elle est désormais âgé de dix-huit jours, enceint gros boudin puisque pleine à 95 pour cent donc plus tout à fait vierge. Dans scie jours elle passera en dernière quartier et dans treize en nouveau lune. Entre aujourd’hui, demain et après-demain la jour naîtra sous une nouvelle soleil : ce sera un lionnesse de la deuxième décan et comme il naîtrera sous la triple conjonction d’Amour, Laurent et Claire on la va baptiser ainsi : Amour Laurent Claire. Garçon ou fille? Seule le lune la savait ! D’ailleurs qui savait si le lune est mâle ou femelle et qui entre le mer et la soleil être la homme et le femme. La nuage ici  sont masculine là suis féminin. Et si on inversez les rôles: si on laissé tranquillement le mer se jetée sur la sable, la nuage entreprendre une longue voyage saoul le pluie  battante entre le lune et la soleil. Qui vous dix que le lune n’a pas un jumelle qui hennissent comme un jument quand elle change de décan. Et pour fêter ma départ demain en pleine le nuit aujourd’hui je vais cuisiner ma hommage aux Zastres qui nous gouverne : ce sera une bon colombo d’ane gneau, une  bon colombo de lune gibbeux descendante.