Home sweet cloud nine paradise

Enfin je vais atterrir. Après plus de deux semaines je vais atterrir. Ou alunir ou amerrir. Que sais je. Je vais me poser dans la maison jaune. M’Tsapere, je persiste et signe. C’est mon port d’attache. M’Tsapere son port de pêche, sa mosquee, ou plutôt des mosquées, sa rivière, sa mjc. J’ai trouvé par hasard en frappant aux portes. En deux semaines je n’ai frappe qu’à trois portes. La première m’avait amène vers un studio à Cavani, un peu trop loin, un peu trop en altitude,à  au moins 25 minutes de marche. Hier c’était la bonne. Bonjour madame, voilà je viens d’arriver sur le territoire, je suis déjà installé à M’Tsapere à Mandzarisoa mais je dois partir mardi. Je cherche un T2 ou un studio. Madame qui est en train de donner un biberon à un chérubin me pèse me soupese. Je suis professeur de français. Vous avez des enfants? Oui mais ils sont grands, ils sont en métropole. Et votre femme, elle va venir? Peut être en vacances en décembre. Qui vous a dit que j’avais quelque chose à louer? Personne je vous jure. J’ai eu le coup de foudre pour le jaune de votre maison et j’ai décidé de tenter ma chance. Ele me pese me soupese me dépece à travers les grilles. Enfin la grille d’entrée s’entrebaille et j’ai accès au paradis de la rue Zazaveri. Un T2 bien agencé à l’etage, non meuble, avec grande terrasse, air conditionné  et accès privatif. J’exulte. je dis: il est propre. Cela la surprend.  Pour elle il est sale. Il va falloir passer le balai, la serpilliere. Je relativise. Je voulais dire: les murs sont propres. Je veux. 400 euros hors charges. Quand on trouve le paradis on ne compte pas. Lundi soir on signera le bail. Il me faut une photocopie de votre pièce d’identite. En cinq minutes le dossier est bouclé. La propriétaire, Fatima, ne l’avait annonce nulle part et pensait le louer via Airbnb. Je lui dis être un spécialiste de Airbnb et que le problème avec Airbnb c’est qu’il faut installer wifi, télé et eau chaude. Et surtout les contrats sont courts, il faut en permanence nettoyer, ranger pour de nouveaux arrivants, que pour un proprio c’est bien plus intéressant un contrat comme celui que nous allons signer.

Ouf, j’ai du mal à y croire. Je saute presque dans la rue tellement je suis heureux. Je me sens comme dans la chanson Cloud Nine, des Temptations, I’m y a de cela…. un demi siecle…sur un petit nuage au neuvième  ciel. 

Étrange comme il y a  a des chansons qui sortent des cimetières  à pour venir vous hanter alors qu’on croyait dur comme fer les avoir pour de bon enterrees. 

La troisième tentative au culot a été la bonne. Exactement là où je voulais être. Sur un petit nuage au neuvieme paradis de M’Tsapere qui ressemble étrangement au Petit-Paris de Basse-Terre.

You can be what you wanna be

You don’t have no responsibility

On cloud nine

Every man in his mind is free

You’re a million miles from reality

On cloud nine….

You’re as free as a bird in flight

There’s no difference between day and night

It’s a world of love and harmony

You’re a million miles from reality

On cloud nine.

Ne croyez pas que suivant à la lettre les paroles de cloud nine je sois irresponsable complètement déconnecté à des millions de kilomètres de la réalité. Non nullement. Je savoure juste un instant fugace de bonheur, de ravissement. Autour de moi la pauvreté explose, dure et réelle. Je vois des enfants se baigner dans des canaux ou chuinte une eau aux allures douteuses. Dans ces mêmes eaux blanches les lessivieres lavent leur linge. Les égouts sont à ciel ouvert.Les enfants fouillent dans  l’ les poubelles non pas  à pour recuperer de quoi manger mais pour recuperer des mirecaux de  à polystyrène blanc pour se fabriquer des arles et jouer  à aux delinquants. Pour les favelas de première catégorie on peut emprunter des escaliers interminables. La misère ne s’y voit pas mais se devine malgré les antennes paraboliques de Canal Plus. Pour trois Euros et même moins on a un bon sandwich mais ce n’est pas tout le monde qui a trois Euros. Les femmes ont a vingt-cinq ans généralement un ou deux enfants âgés de 10 ans et plus. Dans cet univers de tôles et de planches je n’avais l’habitude de voir que des cochons. Nous sommes à Mayotte, le centre unième département. Nous sommes dans un des quartiers de la capitale. Dans les favelas de deuxième et troisième catégories ce sont parfois des réfrigérateurs éventrés qui font office d’escalier. Mais l’homme et la nature luttent avec courage pour la survie, pour des jours meilleurs. Il n’y a pas de jours fériés, seulement des jours et des nuits qui se succèdent. Mais que la nature est belle ! Et que les hommes et femmes sont dignes. Mahorais, Comoriens, Congolais, Antillais, Maghrébins, Senegalais, Réunionnais, Malgaches et Métropolitains. Un kaléidoscope bigarré d’aventuriers armes de leurs langues, leurs croyances, leurs cultures, leurs danses et surtout leurs rêves de nouvel Eldorado.


Entre Inde et Afrique

Entre Inde et Afrique la jeunesse de Mayotte danse le mgodro, le coupé decale, la danse indienne. Ici c’est Sheryl Isako et son Come  and Dance, featuring Clinton Hamerton, la c’est Watch out for this de Bumaye featuring Busy Signal, the Flexican et FS  O Green sur une chorégraphie  de Hangar Dancefloor. C’est encore Amitabh Bachchan et Shah Rukh Khan dans Say Shava Shava . 

Bollywood et Nollywood s’entrechevetrent, c’est un eternel cinema ou s’affrontent tradition et modernité, enracinement et allophonie.

Entre le film une famille indienne aux choreographies lechees et la danse dite coupe décalé aux choreographies osees on a deux versions d’une même volonte de s’ancrer dans un univers de couleurs chatoyantes, de sensualité et de rythmes assourdissants

Que faire à Mayotte à part manger, s’interroge une compatriote de Haute-Basse-Terre


La question n’est pas innocente. On a coutume de nos jours de considerer la mangeaille comme un bas plaisir. Manger, boire, danser, parler seraient des plaisirs primitifs. Eh bien je réponds. Tout est découverte. Par la gastronomie, par la danse, par la boisson, par la langue  j’entre dans la culture de l’autre, ses croyances, ses tabous, ses totems.  J’entre en contact, j’entre en langue, je me mets en phase, j’entre en transe. Ce ne sont que des portes d’entrée minimales, des ppcd et des ppcm (du plus petit commun denominateur au plus petit commun multiple, il  a ne sera pas dit que je nai rien retenu de mes annees de cancre en mathématiques) qui ouvrent une infinité d’autres. Certains font contact par le sport, d’autres par le sexe, d’autres encore par la prière ou par l’art, la musique, la peinture, le théâtre, que sais-je. Chacun possede ses propres codes d’entree. J’ai les miens, comme tout un chacun, rien de plus. Je n’en connais pas d’autres meilleurs quand les codes linguistiques ne sont pas partages. Je vais vous donner deux exemples de ma maniere de proceder.

Aujourd’hui j’ai décidé enfin de visiter la capitale Mamoudzou. Un dimanche quand presque tout est fermé, sauf justement quelques supermarchés, les églises et les mosquées. Je portais mon chapeau mon Stetson, histoire de protéger ma tête des rayons ardents du soleil de 10 h du mat. Ce n’est pas très commun de porter un Stetson ici. La norme c’est de porter un bonnet, un kofiah musulman. Il y en a de très beaux et je vais un de ces jours m’en procurer un, peut être aussi un boubou. Histoire de me tirer un portrait Mahorais. Sans que je le veuille ce chapeau me signale comme quelqu’un d’étrange. Je passe devant un revendeur de dachine. Comme j’adore les dachines il a du voir une flamme dans mes yeux. Je lui demande le prix juste pour info. Je sais que le prix normal est 2,5 € le kilo. Il me dit effectivement ce prix mais ajoute je les achète 2€ et je les revends, je ne fais que 50 cts de bénéfice. J’aime sa franchise. Il me demande si je vais partir de Mayotte si c’est bientôt la fin de mes vacances. Je dis non que je viens d’arriver et que je  travaille ici. Que je suis de Guadeloupe. Il me dit qu’il est d’Afrique du Sud et qu’il est ici depuis deux ans qu’il a ses papiers. South Africa ?! J’embraie en  anglais. Je lui dis que je recherche un nouveau logement à partir du 29 août. Il me dit qu’il paye 60 € de loyer plus les charges en eau et électricité. Il vend des légumes tous les jours à la sortie de Sodifram. Et il peint. Mais son véritable métier c’est la cuisine. Il me montre des copeaux de manioc sèches au soleil qu’il veut me vendre 6 € . C’est la première fois que je vois ces copeaux de manioc. Je lui en montre certains qui me semblent moisis. Il me répond que ce sont les meilleurs et que plus ces copeaux deviennent noirs plus ils sont appréciés des Mahorais. Il me donne en 5 minutes au moins 5 plats qu’il sait faire à base de poisson, de langouste, de poulpe. Je lui dis que bien que je sois enseignant j’ai déjà eu moi aussi deux aventures comme propriétaire de restau, une à Nîmes en France et l’autre à Feira de Santana au Brésil. Il évoque la possibilité d’un partenariat. Je lui dis que je ne suis pas contre, que c’est une idée à creuser. Ce serait un à côté mais il faut qu’il assume l’intendance mais que tout cela ne sera possible que quand j’aurai trouve un studio ou un deux pièces sur MTsapere où il me dit habiter lui aussi. Je lui dis en vouloir un aux alentours de 200 €. Nous échangeons nos numeros de téléphones. Et voilà grâce à ce regard de vorace je trouverai peut être un appart, un associé, et peut être un futur ami. 
30 minutes plus tard, je suis à Mgombani et je vois un homme d’age certain comme moi même au crâne brillant en train d’essayer de faire tomber avec une sorte de gaule en fer quelque chose d’un arbre. Je m’approche et je lui demande ce qu’il essaie de faire tomber. Il essaie de faire tomber des citrons de son arbre. Il me raconte que les gens lui volent ces citrons qui ont pignon sur rue pour les revendre sur le marché. Il était en vacances en métropole et ils en ont profité. Malheureusement en cette saison les citrons sont tout petits et n’ont aucune valeur marchande car ils n’ont aucune eau. Cela explique pourquoi je n’en voyais pas sur les marches ou je ne vois que deux fruits : oranges et ananas. Il ne comprend pas pourquoi on s’acharne sur son arbre, on lui arrache les feuilles car les feuilles de citronnier sont bonnes pour faire des tisanes. Il comprend qu’on puisse prélever quelques feuilles mais casser des branches pour essayer de faire des plants , ça non. Et voilà qu’il me montre un autre arbre que je ne connaissais pas. Il me dit que même les fruits de cet arbre ne peuvent pas dormir tranquille. Pour moi cet arbre n’avait rien de particulier. Il me dit c’est du tamarin. Je dis non, je connais le tamarin. Il me confirme c’est du tamarin d’Inde. On l’utilise pour faire des achards. C’est très bon pour accompagner le poisson. Il me parle d’un endroit pour acheter le poisson fumé. Et me fait gouter un de ces tamarins d’Inde. C’est très rafraichissant. Il me dit venir d’Anjouan, me raconte qu’il a vécu à Madagascar, qu’il y a travaille dans l’industrie du textile. A quelques mois près nous avons le même âge. Ses enfants habitent en France. Sa femme est assise sur le perron de la porte. Il me montre son pied d’ylang ylang, son pied de jasmin dont on lui préleve régulièrement des gerbes qu’on revend au marché. Il n’a en lui aucune colère. Je dirai même qu’il a une bonne bouille de bon vivant. Nous avons parle entre 20 minutes et une demi heure. Nous nous serrons la main. Je me présente, lui aussi. Je sais que nous nous reverrons car non loin de chez lui j’ai remarque un endroit où je sais par intuition que les brochettes sont de première qualité.

Voilà deux scènes représentatives de la façon dont j’envisage mes voyages. Ils se basent sur la rencontre. 

Je peux donc répondre enfin à ma compatriote des hauts plateaux de Guadeloupe. Je me place dans une globalité qui se nomme Tout Monde. Mayotte est l’une des rhizomes multiples de ce Tout Monde.C’est une île et comme toutes les îles on peut s’y adonner à la plongée sous marine, à l’observation des baleines, des tortues de mer ou a la recherche des coelacanthes ou des maki. On peut s’y adonner au trekking puisque c’est une île volcanique. On peut aussi s’adonner au farniente sur des plages paradisiaques. Mais la vocation de toute île est une incitation permanente à l’envol vers le large. De la meme façon qu’on peut de la Guadeloupe visiter Marie Galante, les Saintes, Desirade, qu’on peut aller sur Martinique, Sainte Lucie, Porto Rico, Saint Martin, Saint Barthelemy, Cuba, Panama, le sud des États Unis et l’Amerique du Sud on peut de Mayotte visiter les Comores, Madagascar, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Kenya, Maurice, Rodrigues, la Réunion puis s’enfoncer si on le desire dans l’Afrique profonde. On peut aussi tourner son regard vers l’Inde. Il est très symptomatique qu’on trouve ici deux chaînes communautaires spécialisées, une indienne et une autre africaine. Mayotte est en océan Indien, ce n’est pas pour rien donc on peut aussi aller un peu plus loin vers le Sri Lanka, l’Inde, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna… mon rêve à moi c’est après avoir visite Comores, Madagascar, Mozambique, Afrique du Sud, Tanzanie, Kenya, Maurice, Réunion, Seychelles, Rodrigues c’est de connaître le Sri Lanka et la Papouasie Nouvelle Guinée. Mais je garde les pieds sur terre. Je suis à Mayotte. Il y a toute une île à découvrir et des milliers de vies de chats à neuf vies n’y suffiront pas

    Entre France et France, rangée 33, sièges D, E, F, entre Ipseite, Sango et Marahaba

    L’avion qui me menait à Mayotte poursuivait sa route sur Tana comme l’ appellent les nostalgiques de Madagascar française. On chantait autrefois Chandernagor, Tananarive, Colorado, le Nevada, le Labrador, etc. Donc moi je dis Antanarivo ! Je sais que Mada est comme Gwada ! Ce sont des petits noms gentils tout doux qu’on donne à des pays dont on pense que ce sont des enfants. Trouvez moi un gentil diminutif pour les Pays Bas, pour l’Allemagne, pour la France ! Vous me suivez ? Donc pour revenir à mon vol il était je dirais au quart ou à moitié plein de gens qui avaient pour destination finale Madagascar. C’est donc tout naturellement que je me retrouvais sur le siège 33 E.

     Au 33D sur la gauche donc, Francis Ra….vao se présente. Je suis français. Je pars à Madagascar en vacances, c’est le pays d’origine de mes parents. Et moi je lui dis. Vous êtes donc aussi malgache quelque part. Vous devez aimer le ravitoto, le riz et les feuillages. Il opine. Vu de ce côté là oui c’est vrai. Mais je ne parle pas malgache. je lui donne 25 ans à tout casser. Je lui parle de Thoreau, je ne sais pas pourquoi. Mais je pense que la lecture de Thoreau pourrait l’aider à trouver un but à sa quête.  Il ne parle presque rien en malgache selon lui mais il corrige tout de  même ma prononciation de  ravitoto qu’il prononce /ravtutu/ avec l’accent tonique sur le rav. Pas mal pour un Caennais. Ah si j’y avais pensé je lui aurais dit qu’au  Nord-est du Brésil dans la Chamada Diamantina pas très loin de Morro do Chapeu et de Jacobina il y a une ville qui s’appelle Caem !  Il y a une blague autour du nom Caem qui a un rapport avec les chiens mais je ne m’en souviens plus très bien. Il me dit même comme preuve de son indépendance émotionnelle par rapport à Madagascar qu’il ira faire un séjour d’une semaine à la Réunion. Pour se mettre au calme. Moi je me dis qu’il doit bien y avoir des centaines d’endroit à Madagascar pour être au calme. Madagascar serait-elle dépourvue de calme pour un descendant de malgache ? Je m’interroge. Il est né à Caen, Calvados, terre de tripes et de pommes d’Api et de bon calva. Ses références sont Lisieux, Évreux et maintenant Limoges où il enseigne les SES sciences économiques et sociales. Il écoute Ipseite, un album d’un groupe ou chanteur français inconnu pour moi, Damso. Moi je surfe entre Philip Glass et son Heroes Symphony, Sango et son album De mim para voce, et Zero Gravity et son album Gravity Room. Nous parlons voyages et amours. Je réponds à ses questions. Il élude souvent les miennes. Il a vécu un an en Ecosse à Glasgow comme Erasmus et à fait son stage de master au Burkina Faso. Je sens une quête qui semble se formuler. Je sens qu’il voudrait parcourir le monde. Je le sens tiraillé, je le sens solitaire. Je lui jette même à la figure ce gros mot de « blessure narcissique » qui frappe les descendants de migrants qui passent une partie de leur vie à se chercher en vain. Il voudrait savoir qu’elle a été ma plus grande expérience amoureuse. Au fond de moi je pense que chaque expérience bonne ou mauvaise a eu le mérite d’exister, que dans chaque expérience amoureuse il y a les traces des précédentes et le parfum des suivantes. Qu’on ne peut pas figer une expérience amoureuse en trois mots, deux dates, deux virgules, je crois qu’il y a un continuum entre toutes les femmes qu’on a aimées ou désirées et toutes celles qui se sont refusé à soi. Et que l’apprentissage de l’amour est l’apprentissage de la négociation et cela c’est l’histoire d’une vie, voire de plusieurs. Nous sommes tous à la recherche d’un être charmant, prince, princesse ou démon, qui nous complète dans une relation osmotique. Je voudrais lui dire que ma relation à l’amour est une relation rhizomique, rhizomique mais il faudrait que je lui explique de mon 33E la théorie du rhizome, du tout monde, parler de Glissant, des Antilles, du haut de mes presque 65 ans de vie, de mes 5 enfants dont je lui livre les parcours divers entre France, Brésil, Hollande et Guadeloupe. Aucun d’eux ne parle le créole. Je ne leur ai enseigné ni Dieu ni Diable, simplement l’amour des langues et du voyage. Il n’y a pas d’âge pour se plonger dans la culture de ses parents. S’y plonger ne veut pas dire tout accepter les yeux bornés par des œillères, s’y plonger signifie faire corps et seulement ensuite seulement se donner le luxe de relativiser. Je lui apprends que Macarena n’est pas au Brésil.

    Au siège de droite, le 33F , c’est une jeune fille de 21 ans mahoraise originaire de la localité de Kani-Keli, Samra, qui habite en France et qui voyage avec sa dernière née qui a dix mois et qui s’appelle Maylinn. C’est  son troisième enfant. Elle a déjà eu deux garçons. C’est une mahoraise démasquée. Elle s’est mariée en France, ses parents habitent en France. Elle chante des berceuses en français pour endormir sa fille. Elle se rend à Mayotte pour y presenter à ses beaux parents qui habitent sur l’île son enfant mais aussi pour célébrer le mariage d’une amie. Quoi qu’elle ne suive pas trop la coutume, je sens bien à sa façon de me raconter le grand mariage qui aura lieu le jour de l’arrivée qu’il faut qu’elle assume sa part. C’est une question d’honneur, je dirais presque de rang, enfin c’est ainsi que moi je le comprends. Elle me parle de tapis, d’euros qu’il faut donner en cadeau, entre 50 et 100 minimum, surtout pour les filles. Mais je ne comprends pas trop l’histoire du tapis. Serait ce une sorte de clan. Elle fait une formation pour travailler en maison de retraite. Si j’osais je lui demanderais bien une invitation pour le mariage. Je serais même prête à participer à hauteur de 20 €. À Mayotte il y a une place des mariages mais il y a aussi une cité des morts. Je ne connais encore ni l’une ni l’autre mais d’ores et déjà j’ai survolé l’Afrique et posé mon pied et ses ailes à Mayotte. Et j’ai appris un nouveau mot : Marahaba qui veut dire merci. Elle ne connait pas le gombo.

    Ojourd’hui c’est J – 1, c’est le saint amour, je vais cuisiner une bon colombo de lune gibbeux descendante


    Ojourd’hui c’est J-1. C’est le saint Amour et deux main ce sera la sein Laurent qui  sera suivie du saintes Claire. Jus Piter est entrée dans la constellation du Vierge et dans quelques zeures le lune entrera quant tà elle dans celui de la Ballle Anse. Nous sommes en lune gibbeux des cent dante. Le lune vient d’atteindre son majorité légal, elle est désormais âgé de dix-huit jours, enceint gros boudin puisque pleine à 95 pour cent donc plus tout à fait vierge. Dans scie jours elle passera en dernière quartier et dans treize en nouveau lune. Entre aujourd’hui, demain et après-demain la jour naîtra sous une nouvelle soleil : ce sera un lionnesse de la deuxième décan et comme il naîtrera sous la triple conjonction d’Amour, Laurent et Claire on la va baptiser ainsi : Amour Laurent Claire. Garçon ou fille? Seule le lune la savait ! D’ailleurs qui savait si le lune est mâle ou femelle et qui entre le mer et la soleil être la homme et le femme. La nuage ici  sont masculine là suis féminin. Et si on inversez les rôles: si on laissé tranquillement le mer se jetée sur la sable, la nuage entreprendre une longue voyage saoul le pluie  battante entre le lune et la soleil. Qui vous dix que le lune n’a pas un jumelle qui hennissent comme un jument quand elle change de décan. Et pour fêter ma départ demain en pleine le nuit aujourd’hui je vais cuisiner ma hommage aux Zastres qui nous gouverne : ce sera une bon colombo d’ane gneau, une  bon colombo de lune gibbeux descendante.

    je vous sers un petit café au gombo ?

    Parfois, je dirais même souvent, je m’étonne qu’on oublie les recettes tropicales d’antan. Le monde s’homogénéise, se pasteurise  ! On traverse les océans, on franchit les espaces et toujours la sacro-sainte frites, le sacré saint hamburger, la sacrée sainte bière de malt et d’orge, la sacrée sainte farine de blé. De temps en temps une petite cuillerée de maïs ou de seigle, ou d’avoine pour se donner bonne conscience, un sucre d’orge et hop on retombe dans la guimauve, la bouillie, la purée de patate. Il est bon de jeter un petit coup d’oeil dans le rétroviseur  car souvent dans le passé se trouvent les solutions pour l’avenir.

    Prenons l’exemple du gombo (comme ça au hasard) :

     

    J’ai déjà suffisamment évoqué ça et là dans ce blog la passion qui me lie à ce légume visqueux ! Abelmoschus a un frère jumeau qui s’appelle Hibiscus cannabinus, le gonkura, appelé aussi chanvre de dakan, jute, kenaf, dont les feuilles sont utilisées en Inde pour faire du chutney. ah la généalogie du gombo est gourmande et passionnante. Et j’apprends ainsi que l’empereur Bhulokamala Someshwara III de la dynastie  des Chalukyan de l’Ouest qui régna entre 1126 et 1138 , surnommé « le lotus de la terre », appréciait lui aussi plus que de raison le gombo selon Charaka. Bienvenue dans le clan !

    Je viens de retrouver un article dans le très sérieux  Journal de Chimie Médicale, Pharmacie et Toxicologie daté de  janvier 1835. Il y a de cela donc 182 ans on savait que le café à base gombo était meilleur marché, aussi bon et meilleur pour la santé que le café. C’était un médicament comme la guimauve ! On prend encore de nos jours ce café au Panama, en Turquie. Certains l’imprègnent de café pour lui donner le goût de café mais en lui même il a son gout spécial qui vaudrait la peine d’être savouré !

    Car à bien y réflêchir avant le café le monde tournait déjà ! Idem avec la pomme de terre ! Avant nos nouvelles dépendances au café et au tabac que buvaient et que fumaient  les gens ? Avant le coca-cola ? Quoi qu’il en soit, et quoi que soit le nom sous lequel il existe et est encore consommé de nos jours, café de gombo, okra coffee, café de quiabo au Brésil, café de quimbombo au Panama, café de bhindi en Inde, café de lalo c’est un excellent succédané, un excellent substitut pour le café qui on le sait a comme inconvénient majeur la caféine ! Comment expliquer qu’alors qu’on trouve partout outre le café la chicorée en France on ne trouve pas dans les pays qui produisent le gombo le café de gombo. Cherchez dans les boutiques bio spécialisées, fouillez leurs catalogues, elles  pourtant si promptes à remettre au gout du jour les dernières panacées, on n’y trouve le gombo ni en poudre, comme épaississant naturel ni en grains  séchés, ni en gélules, ni en comprimés, ni nature ! Il y a certainement des intérêts économiques en jeu. Osons le dire : des lobbys ! Mais nous pouvons tous à notre échelon produire notre propre café, planter, récolter, voire acheter des graines de gombo séchées, comme autrefois on achetait le café en grains  et qu’on le torréfiait, puis moulait. Je crois beaucoup à une qualité de vie. Ce n’est pas nouveau : il n’y a rien de nouveau depuis Henry David Thoreau (1817-1862) et son retour à la nature et à l’autosuffisance. Il est aussi connu pour ses idées autour de la  désobéissance civile qui souvent m’inspirent par leur bon sens. Ce visionnaire écrivait en 1854 ceci à propos de la glycine tubéreuse, un légume racine que mangeaient les Amérindiens , dans son chef d’oeuvre Walden or Life in the Woods:’

    « Digging one day for fish-worms I discovered the ground-nut (Apios tuberosa) on its string, the potato of the aborigines….Cultivation has well nigh exterminated it….This tuber seemed like a faint promise of Nature to rear her own children and feed them simply here at some future period. In these days of fatted cattle and waving grain-fields, this humble root, which was once the totem of an Indian tribe, is quite forgotten…; but let wild Nature reign here once more, and the tender and luxurious English grains will probably disappear before a myriad of foes…but the now almost exterminated ground-nut will perhaps revive and flourish in spite of frosts and wildness, prove itself indigenous, and resume its ancient importance and dignity as the diet of the hunter tribe. » House-Warming, pp. 200-201

     A l’heure où j’apprends que les oeufs contaminés aux insecticides commercialisés  en France viennent de Hollande, je me félicite quand à moi d’essayer au maximum de mes possibilités de manger local où que je sois. Nous laissons tous notre empreinte en gaz carbonique, moi j’essaie que mon empreinte soit la plus invisible possible. Cela peut tenir à un grain de gombo  qui dans deux jours deviendront pour moi mon légume local. Alors, chiche, un petit kawa au gombo, ça vous tente ?

    composition française : hipo, haram, gandia, trembo, mrengué, kapoï, rumbu, mievi, douka, m’godro

    Avec les dix mots suivants racontez une histoire : hipo, haram, gandia, trembo, mrengué, kapoï, rumbu, mievi, douka, m’godro. – Accusé Compère Zamba levez-vous ! – Oui Monsieur le juge ! -Vous avez été surpris dans la nuit du samedi 29 au dimanche  30 juillet 2017 en train de vous fournir en bière Hipo chez […]

    des brèdes en veux-tu en voilà du kikongo au shimaoré au français en passant par le kreyol

    Ce qui m’intéresse aujourd’hui ce sont les passerelles d’herbages. Nous aimons manger des herbages aussi bien en Guadeloupe, en Martinique, qu’à la Réunion, à l’Ile Maurice, aux Comores, à Madagascar, à Mayotte, aux Seychelles, à Rodrigues.

    J’aime le mot brède. Je le croyais ancré à la Réunion mais voila que je découvre qu’à Mayotte, aux Comores, à Maurice, on brède à tout va. La logique voudrait que le mot qui existe depuis le 18eme siècle soit commun à toutes ces cultures. Dans l’Océan Indien tout le monde dit brède. Dans la mer des Caraibes on dit zèb, greens, herbages, zherbes comme on dit en Louisianne, feuillages, féy. tiens ça se rapproche de feliki, en shimaoré ! On fait des gumbos, des callaloos, des calalous. et à la Réunion on appelle les gombos lalou ! Personne ne sait comment on dit ?   Comment on dit gombo en shimaoré ?

    Brède me fait penser à bread en anglais, le pain ! Alors on pourrait imaginer que les feuilles de fruit à pain auraient été les premières feuilles comestibles, le breadfruit anglais qui en shimaoré est frampe. J’imagine que l’épinard va être fade en comparaison au brède muhogo (celui là je l’ai repéré  puisque il me fait penser à la maniçoba brésilienne, des feuilles de manioc pilées, qu’on cuit très longtemps pour en éliminer les poisons) et qu’on sert ou avec de la viande de zébu ou avec du poisson. J’ai adoré au Brésil. J’adorerai à Mayotte. On peut aussi avec ces brèdes, ces feuillages, ces herbages,  quoi, ces zèb,  on peut préparer avec du lait de coco un mataba coco     . eh bien non, brèdes ne vient pas de bread mais de bredo, une plante portugaise qui se mange encore de nos jours au Brésil  !

    Le mot mahorais pour dire brèdes est féliki :

    manioc

    Les feliki les plus utilisées sont:

    Brèdes manioc (feliki muhogo) avec lesquels on fait le mataba mahoré ou le ravitoto de Madagascar
    Brèdes mourongue ou médaille (feliki uvunge)
    Brèdes chouchou (feliki)
    Brède Petsaï (chou de chine)
    Brède songe ou taro plante ( feliki majimbi)(colocasie)
    Brède lastron (pissenlit)
    Brèdes épinards
    Brèdes morelle ou Brèdes bleu (feliki n’gnongo) à petit grains et gros grains

    Brèdes bleu (Solanum americanum )
    Brèdes mafane ou madame (cresson de para) (feliki mafana)( Acmella oleracea ) pour préparer le plat malgache romazava
    Brèdes patate (feuille de patate douce)
    Brèdes patate douce tropicale (féliki batata)
    Brèdes citrouille (feuille de citrouilles) (feliki trango)
    Brèdes liseron d’eau (plante originaire d’Asie poussant dans les cours d’eau)(ipoméa aquatica)

    brèdes bokchoy (brèdes tom pouce)

    brèdes petsai (brèdes chou chinois)

    brèdes poirée (blette)

    brèdes pariétaire, parientére ou paillaterre (amarante)

    brèdes mamzelle (lobélie)

    Du kikongo au shimaoré en passant par le français est un ouvrage de Richard Zingoula, paru en 2012. Le kikongo est une des langues des Kongos, disséminés entre Congo Brazzaville, Angola et République Démocratique du Congo ex Zaire, ex Congo Kinshasa). Le shimaoré est une des langues des Comores, archipel de l’Océan Indien. Les deux langues appartiennent au socle bantou. Beaucoup de mots créoles de Guadeloupe ont  une origine africaine et plus précisément une origine kikongo. Il aurait été intéressant de faire non pas un dictionnaire trilingue mais quadrilingue qui montrerait les passerelles entre kreyol en tous genres, kikongo, français et shimaoré !

    mataba, nkowa, nyunyi (oiseau), mwana (enfant), nyoshi (abeille), nkuni, nyoka (serpent) sont les passerelles entre kikongo et shimaoré

    Mais j’ai une question : très bien, on dit féliki pour herbages mais ce qui m’intéresse c’est les gombo comment on dit gombo en shimaoré ou en kibushi. J’espère que c’est ki-ngombo comme en kikongo !

    Pour terminer voici ce qui se dit sur les mots d’origines kikongo dans le lexique kreyol de Gwada et Madinina.

    QUELQUES MOTS KREYOL D’ORIGINE KIKONGO EN MARTINIQUE :

    Djembo : ça ressemble au Genbo guadeloupéen, qui veut dire chauve-souris (d’où la fameuse chanson de Carnaval : « Genbo la (pilipipip !) an zafè ay’  » .
    Matoutou : nom du plat de crabes dégusté à Pâques (préparé au colombo, sorte de curry, vive « la créolité » ), donc j’imagine que ça désigne l’animal utilisé dans ledit plat ;  – Matoutou-falèz désigne une mygale . « en Fongbè, atoutou = mets à base de crabes mélangés à de la farine de maïs ». En Kikongo matoutou = « souris »
    Mabouya : désigne une espèce de lézard albinos, jaune, avec des yeux rouges, réputé pour sortir la nuit et se coller sur toi s’il te saute dessus ; par extension, a désigné dans une certaine chanson de kompa haïtien la femme qui danse en remuant beaucoup son postérieur et en se collant au danseur (« Fanm’ ka dansé kon Mabouya ! » )
    Gonbo : légume vert fort apprécié en Afrique, et également ici ..
    Makandja : c’est une variété de grosse banane dessert .
    – Banboula = « sanblé éti moun ka dansé épi tanbou bèlè » : assemblée de personnes, en vue de danser (et chanter) le bèlè. En Kikongo = « festin ».

    – Ababa : un sourd muet, un imbécile. En Kikongo, BABA signifie sourd muet.

    – Agoulou : quelqu’un qui mange comme un cochon. En Kikongo NGULU veut dire un porc et aussi une personne qui mange comme un porc.

    – Kaya : feuille de cannabis. En Kikongo MAKAYA veut dire des feuilles.

    – Malanga : un légume comestible appelé aussi CHOU CARAIBE. En Kikongo MALANGA, des tuberculoses comestibles.

    – Moun : une personne. En Kikongo MUNTU veut dire une personne (pluriel donne BANTU).

    Zonbi : Etre surnaturel maléfique. En Kikongo NZAMBI, nom sacré de DIEU.

    QUELQUES MOTS D’ORIGINE KIKONGO DANS LA LANGUE KREYOL DE GWADA (GUADELOUPE) :

     – Awa : non

    Tak-tak : Espèce de poisson. En Kikongo NTAKATAKA un poisson.

    Po : Bruit de chute. En Kikongo POO  bruit de chute.

    Ki : Lequel. En Kikongo NKI veut dire QUEL, LEQUEL ?

    Ba : Pour, donner. En Kikongo BA, pour, donner.

    Kongoliyo : Myriapode, mille-pattes. En Kikongo, NKONGOLO, myriapode.

    Gyenbo/Genbo : Chauve-souris. En Kikongo NGEMBO , roussette, une sorte de chauve-souris.

    Gonbo : Un légume vert. En Kikongo NGOMBO, est aussi un légume vert.

    Dendé : Noix de palmier. En Kikongo NDENDE, huile de palme.

    Malanga : Espèce d’igname. En Kikongo MALANGA, igname.

    Bonda : Derrière, fesse. En Kikongo MBUNDA, derrière, anus.

    Foufoun : Organe sexuel féminin. En Kikongo FUNI/FUNU, organe sexuel féminin.

    Kokot : Vagin, clitoris. En Kikongo KOKODI, clitoris.

    Bobo : Plaie. En Kikongo BOOBO, plaie.

    Lota : Mycose. En Kikongo LOOTA, mycose, maladie de la peau.

     sont des passerelles entre kreyol gwada ou madinina et kikongo.