Entre France et France, rangée 33, sièges D, E, F, entre Ipseite, Sango et Marahaba

L’avion qui me menait à Mayotte poursuivait sa route sur Tana comme l’ appellent les nostalgiques de Madagascar française. On chantait autrefois Chandernagor, Tananarive, Colorado, le Nevada, le Labrador, etc. Donc moi je dis Antanarivo ! Je sais que Mada est comme Gwada ! Ce sont des petits noms gentils tout doux qu’on donne à des pays dont on pense que ce sont des enfants. Trouvez moi un gentil diminutif pour les Pays Bas, pour l’Allemagne, pour la France ! Vous me suivez ? Donc pour revenir à mon vol il était je dirais au quart ou à moitié plein de gens qui avaient pour destination finale Madagascar. C’est donc tout naturellement que je me retrouvais sur le siège 33 E.

 Au 33D sur la gauche donc, Francis Ra….vao se présente. Je suis français. Je pars à Madagascar en vacances, c’est le pays d’origine de mes parents. Et moi je lui dis. Vous êtes donc aussi malgache quelque part. Vous devez aimer le ravitoto, le riz et les feuillages. Il opine. Vu de ce côté là oui c’est vrai. Mais je ne parle pas malgache. je lui donne 25 ans à tout casser. Je lui parle de Thoreau, je ne sais pas pourquoi. Mais je pense que la lecture de Thoreau pourrait l’aider à trouver un but à sa quête.  Il ne parle presque rien en malgache selon lui mais il corrige tout de  même ma prononciation de  ravitoto qu’il prononce /ravtutu/ avec l’accent tonique sur le rav. Pas mal pour un Caennais. Ah si j’y avais pensé je lui aurais dit qu’au  Nord-est du Brésil dans la Chamada Diamantina pas très loin de Morro do Chapeu et de Jacobina il y a une ville qui s’appelle Caem !  Il y a une blague autour du nom Caem qui a un rapport avec les chiens mais je ne m’en souviens plus très bien. Il me dit même comme preuve de son indépendance émotionnelle par rapport à Madagascar qu’il ira faire un séjour d’une semaine à la Réunion. Pour se mettre au calme. Moi je me dis qu’il doit bien y avoir des centaines d’endroit à Madagascar pour être au calme. Madagascar serait-elle dépourvue de calme pour un descendant de malgache ? Je m’interroge. Il est né à Caen, Calvados, terre de tripes et de pommes d’Api et de bon calva. Ses références sont Lisieux, Évreux et maintenant Limoges où il enseigne les SES sciences économiques et sociales. Il écoute Ipseite, un album d’un groupe ou chanteur français inconnu pour moi, Damso. Moi je surfe entre Philip Glass et son Heroes Symphony, Sango et son album De mim para voce, et Zero Gravity et son album Gravity Room. Nous parlons voyages et amours. Je réponds à ses questions. Il élude souvent les miennes. Il a vécu un an en Ecosse à Glasgow comme Erasmus et à fait son stage de master au Burkina Faso. Je sens une quête qui semble se formuler. Je sens qu’il voudrait parcourir le monde. Je le sens tiraillé, je le sens solitaire. Je lui jette même à la figure ce gros mot de « blessure narcissique » qui frappe les descendants de migrants qui passent une partie de leur vie à se chercher en vain. Il voudrait savoir qu’elle a été ma plus grande expérience amoureuse. Au fond de moi je pense que chaque expérience bonne ou mauvaise a eu le mérite d’exister, que dans chaque expérience amoureuse il y a les traces des précédentes et le parfum des suivantes. Qu’on ne peut pas figer une expérience amoureuse en trois mots, deux dates, deux virgules, je crois qu’il y a un continuum entre toutes les femmes qu’on a aimées ou désirées et toutes celles qui se sont refusé à soi. Et que l’apprentissage de l’amour est l’apprentissage de la négociation et cela c’est l’histoire d’une vie, voire de plusieurs. Nous sommes tous à la recherche d’un être charmant, prince, princesse ou démon, qui nous complète dans une relation osmotique. Je voudrais lui dire que ma relation à l’amour est une relation rhizomique, rhizomique mais il faudrait que je lui explique de mon 33E la théorie du rhizome, du tout monde, parler de Glissant, des Antilles, du haut de mes presque 65 ans de vie, de mes 5 enfants dont je lui livre les parcours divers entre France, Brésil, Hollande et Guadeloupe. Aucun d’eux ne parle le créole. Je ne leur ai enseigné ni Dieu ni Diable, simplement l’amour des langues et du voyage. Il n’y a pas d’âge pour se plonger dans la culture de ses parents. S’y plonger ne veut pas dire tout accepter les yeux bornés par des œillères, s’y plonger signifie faire corps et seulement ensuite seulement se donner le luxe de relativiser. Je lui apprends que Macarena n’est pas au Brésil.

Au siège de droite, le 33F , c’est une jeune fille de 21 ans mahoraise originaire de la localité de Kani-Keli, Samra, qui habite en France et qui voyage avec sa dernière née qui a dix mois et qui s’appelle Maylinn. C’est  son troisième enfant. Elle a déjà eu deux garçons. C’est une mahoraise démasquée. Elle s’est mariée en France, ses parents habitent en France. Elle chante des berceuses en français pour endormir sa fille. Elle se rend à Mayotte pour y presenter à ses beaux parents qui habitent sur l’île son enfant mais aussi pour célébrer le mariage d’une amie. Quoi qu’elle ne suive pas trop la coutume, je sens bien à sa façon de me raconter le grand mariage qui aura lieu le jour de l’arrivée qu’il faut qu’elle assume sa part. C’est une question d’honneur, je dirais presque de rang, enfin c’est ainsi que moi je le comprends. Elle me parle de tapis, d’euros qu’il faut donner en cadeau, entre 50 et 100 minimum, surtout pour les filles. Mais je ne comprends pas trop l’histoire du tapis. Serait ce une sorte de clan. Elle fait une formation pour travailler en maison de retraite. Si j’osais je lui demanderais bien une invitation pour le mariage. Je serais même prête à participer à hauteur de 20 €. À Mayotte il y a une place des mariages mais il y a aussi une cité des morts. Je ne connais encore ni l’une ni l’autre mais d’ores et déjà j’ai survolé l’Afrique et posé mon pied et ses ailes à Mayotte. Et j’ai appris un nouveau mot : Marahaba qui veut dire merci. Elle ne connait pas le gombo.

Entre morte-eau et vive-eau

Au tissu blanc damassé  de mes exuvies

Le diable niché au fond des falaises  a gravé

Les mues sans feu ni lieu de ses arrière-vies.

 

Je vous salue cratères où je me suis gavé

Des mannes et méduses de vos saint-sacrements

Aux racines-échasses qui ont mille laves bravé.

 

Bénies soient  les mangroves qui rient  aux caïmans,

Béni soit l’océan aux courbes d’amazone

Qui du papier brouillard fait naître le piment.

 

A la morte-eau les nasses et sennes entonnent

Entre flux et reflux d’ étamines et de pistils

Un avé maria en l’honneur de ces mornes

 

Marqués aux tempes des marques de leur île.

Pour seul camarade je n’ai que ce diable éteint

Qui jappe comme un chien-huant dans la nuit d »argile.

 

 

 

 

 

 

Les Révérends Pères Jean-Baptiste Du Tertre et Labat adoraient le diable boucané !

 

Les Révérends Pères Du Tertre (1610-1687) et Labat (5 septembre 1663- 6 janvier 1738) , Jean-Baptiste de leur prénom, était Frères Prêcheurs, membres de la Congrégation de Saint-Louis, on dit pour simplifier aussi, Pères Blancs par opposition aux Pères Noirs , les Jésuites ! On dit aussi Dominicains ! Non ils n’étaient pas de la Dominique, île proche de la Guadeloupe, ni de la République Dominicaine.  Ils faisaient partie de l’ordre des Dominicains, fondé par Dominique de Guzman dit saint Dominique en 1215 ! C’étaient des missionnaires apostoliques dont la devise était louer, bénir, prêcher . Ils naquirent et moururent en métropole. Mais entre temps ils parcoururent les isles d’Amérique, les françaises, les anglaises, les hollandaises, chacun avec son propre tempérament, sa propre verve, sa propre vérité. L’un y fit trois séjours totalisant 6 ans et l’autre un seul et unique séjour de 11 ans entre 1693 et 1705. De retour au bercail ils écrivirent chacun leurs mémoires enrichies de cartes, figures, plans.  Le Père Du Tertre publie en 1654 la première édition de son Histoire  Générale des Isles de Saint-Christophe, Guadeloupe, Martinique habitées et autres en  4 tomes. Le Père Labat publie quant à lui 68 ans après en 1722 son Nouveau Voyage aux isles de l’Amérique qui retrace de façon épique et rabelaisienne son voyage réalisé de Paris à La Rochelle puis vers les Antilles entre 1693 et 1705

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A la Guadeloupe à cette époque il avait des  Capucins, des Dominicains, des Carmes, des Jésuites qui se répartissaient le marché du spirituel ! Parfois des épidémies réduisaient le personnel et il fallait donc toujours et toujours de jeunes et nouvelles recrues trentenaires avides d’aventures prêtes à s’expatrier vers les isles où ils pourraient à loisir évangéliser esclaves, Mores et sauvages.

Que nous apprend le bon Père du Tertre sur le diable, dans son histoire générale des isles de Saint Christophe, de la Guadeloupe.

« Des oiseaux. De l’oiseau appelé Diable

XI

Le Diable est un oiseau nocturne, ainsi nommé par les habitants des Iles, à cause de sa laideur. Il est si rare, je n’en ai jamais pu voir un seul, sinon de nuit, et en volant. Tout ce que j’en ai pu apprendre des chasseurs, est que la forme approche fort de celle du canard, qu’il a la vue affreuse, le plumage mêlé de blanc et de noir, qu’il repaire dans les plus hautes montagnes, qu’il se terre comme des lapins dans des trous qu’il fait dans la terre où il pond ses oeufs, les y couve et y élève ses petits, je n’ai pu apprendre de quelle viande il les appatelle. Quand il paraît de jour il sort si brusquement  qu’il épouvante ceux qui le regardent. il ne descend jamais de la montagne que de nuit en volant, il fait un certain cri  fort lugubre et effroyable. Sa chair est si délicate qu’il ne retourne point de chasseur de la montagne, qui ne souhaite de bon coeur avoir  une douzaine de ces diables pendus à son col »

Labat fut un diable d’homme à la fois historien, botaniste, écrivain, missionnaire chrétien, explorateur, ethnologue, ingénieur, architecte, médecin, agriculteur, rhumier, militaire, propriétaire terrien, habitant sucrier, propriétaire d’esclaves et j’en passe !On pourrait ajouter flibustier et boucanier si sa profession  n’incitait pas à une certaine réserve. Il a laissé à la postérité un fils : le kill-devil (tue-diable) baptisé guildive, conçu au départ comme médicament devenu par raffinages successifs  le rhum agricole : le rhum du Père Labat de Marie-Galante ! Peu importe si le rhum du Père Labat n’a été commercialisé qu’a partir de 1860 et est actuellement fabriqué sur 150 hectares par la Distillerie Poisson, c’est le révérend père Labat qui a posé les bases de la vinification du jus de cannes à sucre fraîches, le vesou, puis de sa distillation en rhum agricole.

Le 4 août 1693 il quitte Paris pour la Rochelle. Le 24 novembre 1693, à l’âge de 30 ans, il part de la Rochelle accompagné d’une dizaine de missionnaires à bord de la flûte La Loire qui fait partie de la flotte de 37 vaisseaux avec pour vaisseau amiral le  vaisseau du roi l’Opiniatreté, lequel possède 200 hommes d’équipage et 44 canons ainsi que quelques passagers. Direction la Françamérique, pour certains la Guyane, d’autres comme lui et ses confrères la   Martinique  ! Il y arrivera le 29 janvier 1694,  Après deux ans de service à Macouba, il part pour la Guadeloupe.

Le père Labat définissait le quartier de Basse-terre comme « un pays composé de bois, montagnes et précipices. » Arrivés avec ses guides en haut de la Soufrière il dit : « Nous voyions la Dominique, les Saintes, la Grande-Terre et Marie-Galante, comme si nous avions été dessus. Lorsque nous fûmes plus haut nous vîmes fort à clair la Martinique, Monserrat, Nieves et les autres isles voisines. Je ne crois pas qu’il y ait un plus beau point de vue au monde, mais il est situé dans un endroit incommode et trop proche d’un voisin fort dangereux. »

Cet homme a l’odeur de l’encens, du sucre, de la poudre, du soufre et du diable. Il aimait tant le soufre qu’il écrivait avec deux s souffre ou avait un ph souphre. C’est ainsi qu’il baptisa la Soufrière de Souphière ou de Souffrière ou carrément la montagne des Diables.  Pour arriver au sommet et trouver les diables il fallait franchir au moins sept ou huit rivières ou ruisseaux , escalader, hisser, passer à gué, sauté-mater. C’était un de ces gaillards rudes, il ne se déplaçait jamais sans son litre de vin de madère et son pain pour compléter son repas de diables, de grives,  de perroquets, de perdriques ou de perdrix, laissant aux nègres l’eau de vie et la farine de manioc.

Pour manger son diable pas besoin d’assiette, il adorait comme les nègres l’assiette faite en feuille de cachibou ou de balisier ! Parfois comme à l’occasion de la fête du roi le 25 août on faisait la fête. Le seul voeu que font les Dominicains c’est celui d’obéissance ! Aucun Dominicain n’a jamais fait voeu d’abstinence de mangeaille et de boisson ! et comme tout bon dominicain il ne s’aventurait nulle part dans son apostolat e prédication au moins son pain et sa bouteille de madère ! C’était le moment du boucan. Le maître de boucan mettait le vin au frais dans un ruisseau puis se chargeait de construire un ajoupa, un boucan  en pleine montagne. Pour cela il tuait un cochon, le vidait et le mettait à rôtir selon les règles boucanières sous une charge de braise. Dans la panse de ce cochon sauvage ou marron il jetait du jus de citron, du vin blanc, du poivre, du lait de coco du piment et des épices. On jetait dans ce mélange les diables . Quand on était beaucoup les jours de fêtes on tuait pour les esclaves quelques cabris qu’on faisait rôtir ! Comme il le précise dans son reportage il lui fallait  au moins deux diables rôtis à la broche pour être rassasié ! il admet que ce n’est pas la première fois qu’il mange des diables et qu’il en a déjà mangé dans un autre pays (la Martinique) mais que ceux de la Souphière sont « plus délicats et de plus facile digestion que les autres ». Ce n’est pas moi qui l’invente. Certains ont péri sous l’Inquisition, domaine de spécialité des dominicains, pour bien moins que cela ! Lisez plutôt :

« Il faut avoüer qu’un diable mangé de broche en bouche est un mets délicieux. Je croyois être rassasié ayant un diable dans le corps ; mais soit que l’air froid de la montagne, ou la fatigue du chemin eussent augmenté mon appétit ; soit que les diables de ce païs-là soient plus délicats et de plus faciles digestion que les autres, il fallut faire comme mes compagnons, et en manger un second. La nuit fut belle et sans pluye, et nous dormîmes bien, quoique les diables fissent un grand bruit en sortant de leur maisons pour aller à la mer, et en y retournant. »

S’il fallait au révérend père au moins deux de ces volatiles boucanés pour se sentir rassasié, imaginez ce qu’il ne fallait pas pour un vorace ! Pour un vorace 3 volatiles n’étaient que hors d’oeuvre qu’il fallait faire suivre soit de cochon soit de cabri boucané.

Les diablotins disparaissaient des environs du Nez Cassé entre mai et septembre puis revenaient pour y passer deux mois. Certains restant pour s’occuper des oisillons qu’on appelait cottous.

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Le père Labat était un grand amateur de diablotin, appelé aussi diable ou petrel diablotin.  L’oiseau appelé scientifiquement   pterodroma hasitata était du temps des deux chroniqueurs dominicains  chassé impitoyablement dans les hauteurs proches de  la Soufrière dans la montagne aux Diables où il nichait dans des trous caché le jour comme des lapins de garenne dans leur terrier. On le débusquait avec l’aide de chiens et de bâtons. Il poussait aussi des cris de chiens ou était-ce des cris pour effrayer les mangoustes qui en étaient elles aussi friandes !  La chair du diable était noire douce et délicieuse. Comme le diable se nourrissait exclusivement de poisson, étant un oiseau pélagique, sa chair avait un goût de poisson.

Le Père Labat s’étonnait qu’on s’étonne en métropole que les gens des îles mangent des oiseaux pendant le Carême ce qui n’était pas permis en métropole. Il répondait à cela en disant que les missionnaires étant par concession apostolique comme des évêques locaux avaient déterminé après consultation avec les médecins que la diable était viande maigre nourriture végétarienne et pouvait donc être consommé sans péril pour l’âme toute l’année. Le diable et surtout le cottou qui était fort gras et apprécié des religieux était considéré comme de la manne envoyée par le Très-Haut sur ces contrées. A la défense de notre homme je dois ajouter qu’en de nombreuses occasions dans l’histoire les oiseaux furent considérés comme du poisson et comme tel n’étaient pas considérés comme chair. Donc parfaitement adéquats pour le jeûne !

L’aliment était si prisé qu’il disparut. A partir de 1847, année du terrible tremblement de terre qui touche la Guadeloupe, le diable disparaît de la région. On croit alors l’espèce en extinction en Guadeloupe. Pendant 160 ans on n’entendait plus parler des diables. Le diable avait disparu de la montagne des oiseaux telle que l’avait connue là-bas. Il niche sur l’île Hispaniola entre Haiti  et République Dominicaine. On en trouve quelques-unités à Cuba et à Trinidad, et il y a une dizaine d’années il a été réaperçu près de Petite Terre et la Désirade.

Le pétrel diablotin  appelé bruja en espagnol, black-capped petrel en anglais, et parfois aussi  chathuant) arrivait autrefois à se retrouver juste au Camp-Jacob où je suis né ! Il est pour moi évident que mes ancêtres tel le père Labat raffolaient eux aussi de diablotin  : rôti, bouilli, en escabèche, en marinade, en colombo. Les meilleurs diables et diablotins étaient leurs petits, les cottons, qui étaient particulièrement appétissants. Certains partis en marronnage ont dû comme les diablotins être chassés dans les montagnes avec force coups de batons, de gaules avec crochets, étranglés, plumés, éviscérés, flambés, rôtis. Nous avons tous deux survécus, diables et descendants d’esclaves avec nos plumages  noirs, blancs et gris. Nous poussons toujours nos cris de chiens quand nous partons la nuit à la pêche en mer et nous sommes toujours autant piscivores et terricoles.

Les feuilles de cachibou servaient à emballer les gommes chibou et à les envoyer dans des tonneaux vers l’Europe.

Histoire Générale des Isles de Saint-Christophe, Guadeloupe, Martinique et autres isles de l’Amérique

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 1

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 2

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 3

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 4

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 5

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 6

Oremus ! Prions Notre Dame du Très Saint Rosaire de la Guadeloupe d’Estrémadure!

Guadalupe

 

Je ne suis pas croyant au sens qu’on donne ordinairement au mot croyant ! Je ne crois ni aux prières ni aux suppliques ni aux neuvaines d’où qu’elles viennent et quoi que soient les raisons qui les motivent ! Je crois que confier à une entité quelle qu’elle soit le soin d’intercéder, de réaliser  un voeu à notre place, évite qu’on se prenne en main et qu’on lutte pour obtenir ce que l’on veut ! Donc quand on dit « si Dieu le veut », ou « s’il plaît à Dieu » « que la volonté de Dieu soit faite » cela veut dire pour moi qu’on abdique d’une certaine manière de son autonomie pour un deus ex machina qui, selon moi,  est beaucoup moins efficace que n’importe quel vulgus pecus.

Mes parents ont toujours dit « demain s’il plaît à dieu ! ». Oh je sais bien que nul n’est autonome et que notre machine interne peut s’arrêter du jour au lendemain sans crier gare mais  je me fie à mes propres  analyses, à mon propre instinct. J’écoute, certes, à droite, à gauche, je me renseigne  et je prends mes propres décisions. Il m’arrive bien sûr de dépendre des décisions des autres mais je ne demande jamais d’intervention divine pour me montrer la voie, pour faire jaillir une lumière. Et si les choses ne marchent pas exactement comme j’aurais voulu qu’elles aillent alors je ne m’en prends qu’à moi-même. Je ne me crois jamais persécuté ni maudit ! Je dirais même que je me crois béni ! Mais pas par un ou plusieurs dieux et déesses, esprits, anges ou dragons célestes ! Béni par le hasard, par la Providence comme on disait autrefois ! Parfois on est au bon endroit et à la bonne heure, at the right time in the right place, et parfois non ! Voilà qui doit vous surprendre ! Je ne crois ni en Dieu, ni ne la Sainte vierge, ni aux saints d’ici et d’ailleurs. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne crois pas au surnaturel. il y a des choses que je ne m’explique pas mais je ne cherche pas à leur donner une explication rationnelle. Je les accepte telles que je les vois ou que je ne les vois pas. Je ne crois pas non plus d’ailleurs aux spécialistes qui prétendent tout savoir sur tout ! Je ne crois pas à ceux qui veulent peupler Mars alors qu’ils ne savent même pas peupler l’océan qui pourtant est là tout près avec ses abysses insondables. Je crois raisonnablement en les tentatives de la science d’expliquer le monde, mais à vouloir mettre tout dans un moule fait de formules, codes et cases on réduit grandement la complexité du monde. Or la vie est complexité. Je fonctionne pour moi comme je fonctionne pour mon frigo: je ne sais pas comment il fonctionne et cela ne m’intéresse pas à vrai dire. Ce qui m’intéresse c’est qu’il fonctionne et qu’il garde au frais ou qu’il congèle les choses que je lui confie. Ma télé, mon portable fonctionnent parce que des scientifiques ont imaginé qu’un jour ce serait bien de communiquer sans fil et si je peux communiquer par le biais de ce site je le leur dois. Donc je ne leur jette pas la pierre tout comme je ne jette pas la pierre à ceux qui ressentent le besoin d’une béquille divine dans leur vie, à ceux qui ont la foi, avec un F majuscule, la Foi donc. Moi, sans vouloir diminuer mes mérites ni les exagérer j’ai la foi en moi, et foi avec f minuscule ! c’est déjà beaucoup ! C’est une foi inébranlable en ses capacités, en ses limites et en ses qualités ! Oui j’ai la foi pyrotechnique en mes limites : je ne suis qu’une fourmi rouge à l’échelle de l’univers mais je crois pouvoir dire sans commettre de sacrilège que je suis mon propre dieu. D’ailleurs je n’aime pas trop le mot dieu. Disons que je serais ma propre entité, je serais en même temps, si je devais expliquer ce que je suis à un catholique ou plus généralement à un chrétien, je serais en même temps l’esprit du père, du fils et du saint-esprit, l’esprit du diable, des anges, es démons, de tous les saints et de la sainte vierge et les prophètes tous unis en un seul Moi. Je suis multiple, je suis tout Monde, je suis mon propre panthéon chaque seconde revisité, je suis mes propres mythes, mes propres archanges, je suis Olodum-Mahomet, je suis Allah-Bouddah, je suis Xango-Vishnou, je suis Jupiter-Osiris, je suis Moctezuma-Jésus, Christ-Paryaqaqa, Damballah-Krishna, je suis mort et ressuscité matin, midi et soir ! Je suis Yaveh- Tupan, Kuninotokotachi (国之常立 – Wira Qocha ! Je suis Jean-Marie Baltimore, je suis guépard, je suis singe, je suis moi, je suis eux, ils sont moi, nous sommes en osmose totale ! Appelez moi hérétique si vous voulez, mettez moi à l’index ! Je suis mon Michel-Ange, mon propre dieu sur terre avec mes démons, mon propre génie au sens d’esprit ! Avoir la foi en soi ce n’est pas se croire divin au-dessus des contingences de tout un chacun, je vis tout simplement en ayant foi en moi et en les autres ! Oui car cela ne sert à rien d’avoir la foi en soi si on ne l’a pas aussi chevillée au corps pour les autres ! Je ne crois pas aux séparations artificielles entre le corps et l’âme. on est en même temps corps et âme, corps et biens ! L’âme c’est ce que l’on ne comprend pas très bien, l’impalpable, l’inconscient,c’est un peu l’esprit des autres qui se fait chair en notre esprit, ce sont les yeux de la chair tous comme  les yeux de l’âme des autres.

La fin du monde ? Je ne la verrai probablement pas de mon vivant ! La création du monde ? Je n’étais pas là, je ne sais pas et je hais ceux qui disent qu’ils savent ! Il y a eu un Gondwana il y a des millions d’années ? Je veux bien ! Moi je me dis s’ils ne sont pas capables de prédire un tsunami, l’éruption d’un volcan, s’ils ne sont pas capables de nous lire ne serait-ce que les lignes de la main ce ne sont que de vulgaires charlatans. Moi, en tout cas, toute honte bue, je fais encore plus confiance à l’esprit du rhum

Aux Antilles la prière est de rigueur que ce soit en musique (Prière de l’esclave) qu’en poésie (Prière d’un petit enfant noir). Normal pour un pays qui tire son nom nom de la Nuestra Señora Santa Maria de Guadalupe d’Estrémadure. Notre vierge de la Guadeloupe possède monastère en Espagne et est de toutes les prières en Espagne comme en Amérique. On demande son intercession pour avoir un enfant (elle sait féconder les entrailles les plus rebelles), pour trouver un travail (elle a ses entrées au Pôle Emploi), pour trouver un bon mari (elle a son philtre d’amour spécial), pour trouver une bonne épouse (elle fait disparaître toutes traces de jalousie chez la personne), pour obtenir un diplôme (elle est de toutes les formations du brevet des collèges au doctorat), pour toucher au loto et au tiercé (elle a une martingale infaillible), pour garder la santé (son invocation est encore plus efficace que tous les feuillages que la nature nous fournit ), pour trouver un logement (elle a toutes les clés), elle a ses entrées à la CAF, aux Impôts à la Sécu ! Rein n’échappe à l’intercession de cette vierge !

C’est notre intermédiaire, notre agence immobilière, notre conseillère conjugale, notre assistante sociale, notre mère, notre soeur, notre médecin, notre psychologue, notre psychiatre, notre infirmière, notre guide spirituelle qui éloigne de notre chemin la drogue, l’alcool et l’infidélité ! Louée soit Notre Dame du Très Saint Rosaire de Marie de la Guadeloupe d’Estrémadure !

Priez priez ! C’est le seul recours ! elle offre pitié et compassion à ceux qui la supplient et implorent. On lui promet une vie de prière et de pélerinage afin qu’elle exauce nos voeux les plus fous ! Sainte Vierge de Miséricorde, bénie entre toutes les mères

Pour obtenir le permis de conduire, pour obtenir l’asile, faites brûler un ou deux cierges !

Vous voulez entrer dans la politique, faites votre apparition dans le monastère de Caceres !

Pour obtenir la retraite, pour obtenir un prêt bancaire, priez Notre Dame. Priez priez bondyé , égrénez votre rosaire de notre père, je vous salue, je crois en dieu,

D’ailleurs l’académie de Guadeloupe le sait si bien qu’elle a même un texte sur le sujet titré le bain et la prière titré de l’ouvrage de Joseph  Zobel  La Rue Case-Nègres, avec épreuve de compréhension écrite, s’il vous plaît !

Non, définitely à Karukera on ne rigole pas avec la prière.   Nous sommes sous la juridiction morale et spirituelle de Santa Maria de Guadalupe de Estremadura depuis le 4 novembre 1493.  et depuis lors il y a comme inscrits dans les gènes de nous autres une obligation perpétuelle vitam aeternam à consacrer chaque année un minimum de quatorze neuvaines par an à cette sainte protectrice. Merci Cristobal Colon !

On a beaucoup prié depuis la prière d’un petit enfant nègre de Guy Tirolien (1917-1988) et sa traduction par Max Rippon en kreyol dont je vous ai parlé ici,  Maintenant il y a aussi la fameuse Prière de l’Esclave qui date de 1958 de Daniel Forestal dont je vous ai mis le lien de deux interprétations: l’une de Chabela, très salsa et l’autre de Daniel Forestal (1933-2016) , la version originale ! Ainsi vont les prières, pareillement, certaines tiennent plus du boléro ou de la valse créole, d’autres de la salsa. La musique est une sorte de prière et on peut prier  en cha-cha-cha en biguine, en calypso, en zouk, en mazurka sans que cela prête à conséquence.

 

Carmen et les matadors antillaises

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 https://youtu.be/bjYJZNI6pP0

Dans Carmen de Bizet on voit les amours d’une bohémienne cigarière et d’un brigadier Don José, qui devient contrebandier par amour pour elle et qui finit par la poignarder dans une crise de jalousie quand elle apparaît aux arènes en compagnie de son nouvel amant le torero Escamillo.

 

J’aime surtout quand elle chante ceci ; « j’irai danser la séguedille et boire du manzanilla. » Je n’ai jamais dansé la séguedille ni bu la manzanilla.  Manzanilla évoque manzana, la pomme, donc j’imagine que manzanilla c’est un type de Calvados. Quant à séguedille il évoque pour moi Séga, les rythmes réunionnais. Je suis certain d’être à côté de la plaque. Eh oui justement ce n’est pas un alcool de pomme mais un vin. Je ne suis pas spécialiste en touradas ni en corridas. Je n’en ai vu que deux dans ma vie, une à Nîmes et l’autre à Cascais au Portugal. Et encore à Nîmes c’était ce qu’on appelle un toro-piscine pour rigoler. Au Portugal ça rigolait moins mais il n’y eut pas de sang versé. Par contre aux

Antilles on ne compte pas les femmes matador. Les matadors tombent en pâmoison comme  Carmen pour les toréadors. Et les hommes de pouvoir comme les militaires sauf qu’aux Antilles il n’y a pas de praza de los toros , pas d’arènes mais des pitts où se défient à coups d’ergots des coqs de combat nourris au bon grain de maïs, au rhum blanc et au miel, massés, choyés, vitaminés , huilés, shampooinés. Plus le coq est vaillant et plus il est adoré, plus il est dorlotté. Coq game, matador même combat. Pas besoin d’être bohémienne pour être matador. Les premières matadors étaient des femmes libres, des affranchies. Des femmes qui tenaient tête aux hommes. Différentes des favorites et des potomitan. Les matadors représentent les femmes fatales, les fanm grenn, comme on dit, des femmes couillues, si vous voulez, des maîtresses femmes. Il suffit encore de nos jours de voir leur tenue d’apparat. Jupon blanc sous jupe, fichu, coiffe madras, bijoux, rouge à lèvres prononcé.

Pas besoin d’être andalou pour comprendre la fascination que ce genre de femme exerce aussi bien sûr la gentillesse masculine que la gente féminine. Prosper Mérimée et Georges Bizet n’y ont pas été insensibles en tout cas. Ni les diva en nombre qui ont depuis 1875 représenté Carmen, l’héroïne de cet opéra comique, l’un des opéras-comiques les plus joués au monde. Maria Ewing, Maria Callas, Léontine Price, Jessye Norman, Marylin Horne, Grâce Bumbry pour ne citer qu’elles ont fait trembler leur corps de mezzo soprano devant les ardeurs du ténor don José et du baryton Escamillo. Et moi comme spectateur combien de fois ai-je rêvé être parmi les banderillos, les picadors et les chulos de cette corrida sensuelle. Pour être aux pieds de cette Carmencita on imagine que tout homme peut se damner et se perdre en éventails, lorgnettes, oranges et cigarettes. Depuis Carmen on sait que « l’amour est un enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi » mais bien avant aux Antilles on savait. Le problème dans Carmen c’est que Carmen meurt poignardée.

J’ai vu en son temps le film Carmen de Carlos Saura et celui de Francesco Rosi et l’atmosphère y est également torride. J’ai aussi vu la Carmen Cubana. Imaginons une Guadeloupe andalouse. Imaginons seulement. Une Carmen Gwadada rôdant autour du Pitt, regardant les coqs se becqueter à qui mieux mieux. J’ai du mal. Par contre une Carmen défiant des hommes en plein gwoka, choisissant son partenaire, le jetant si nécessaire sans aucun doigté, aucune élégance, je le sens bien. Nos matadors américaines, nos matadors créoles sont un peu comme les cartes maîtresses d’un jeu de cartes nommé l’hombre. Les deux premiers matadors sont spadille et baste, l’épée et le bâton. On les appelle aussi les atouts permanents, les triomphes. Ce sont les deux as noirs l’as de pique (spadille) et l’as de trèfle (baste). Les deux as noirs. Il y a aussi d’autres atouts : la manille ( un 2 d’atout noir ou le 7 d’atout rouge) et le ponte (l’as d’atout).

Mais les vraies matadors ont l’atout primordial : elles sont nées sous le signe du désir et du pouvoir ! C’est ainsi que fonctionne l’Hombre, ce jeu espagnol qui a donné des jeux comme le boston, la manille, le tarot, la belote. De la même façon la matador à travers les pointes de sa coiffe madras annonce la couleur. De deux à quatre pointes. Comme les quatre couleurs espagnoles les noires, espadas et bastos, les rouges copos et oros. Cœur pris, cœur à prendre, faites vos jeux !Misez ! Les paris sont ouverts. Coiffes suprêmes calendées, chaudières, avec éventail, viva españa, olé, que les taureaux mugissent, que virevoltent les banderilles, que coule la manzana, fini le zouk love, fini le ti punch pour séduire les matadors prenez vite quelques cours de séguedille et trinquez au manzanilla, sinon vous risquez l’estocade.


et si on revisitait un peu le bon boudin noir antillais traditionnel !

Depuis que je mange du boudin noir antillais (depuis donc environ 65 ans, puisque dans le biberon de mon enfance je prenais du boudin délayé très finement dans mon lait Guigoz, délayé, avec juste la petite pointe de piment et de bois d’inde et de muscade qui fait la différence entre un bon boudin noir, une morcilla de Leon ou  une morcilla de Burgos, (sosa, grasosa y picosa), un bon blood pudding Haggis au sang de brebis écossaise (à base e poumon, coeur, foie et intestin d’ovin), un bon black beef pudding (strictly beef, de la Trinidad) un Bajan Black Pudding (à la mode de Barbade à base de patate douce râpée, concombre râpé, thym, oignons, échalotes, piment) , un boudin à la mode colombienne ( riz, coriandre vert, ciboulette, pomme de terre), la morcilla fresca de la abuela  (au sang de cabri, saindoux de cabri, blette, persil, menthe, poivron, oignon, ail ), les morcillas de calderon ( à la mode équatorienne), la rellena de dona maria , un boudin traditionnel réunionnais), plus je découvre toutes sortes de manières toutes aussi traditionnelles à travers le monde de faire le boudin (qu’il s’appelle rellena, morcilla, black pudding) et plus j’en redemande ! Avec l’âge les papilles se bonifient comme du rhum vieux et une seul bouchée et la chose vous ramène à des années lumière au boudin d’antan, celui qui a bercé vos premiers gazouillis, vos premiers pas hésitants sur cette terre !

Pour moi qui suis presque végétarien puisque je suis pesco-végétarien (je mange encore du poisson et des fruits de mer) manger du boudin reste mon dernier vestige d’omnivore antillais mais pour combien de temps encore. Je sais qu’il y a du boudin de coryphène, de marlin ou thon, de morue et de lambi, qu’il y en a désormais aussi à base de  giromon ou de papaye avec des boyaux synthétiques et je suis sûr qu’on peut faire de merveilleux boudins végétariens à base de riz, cives, pain rassis, lait de coco, bois d’inde et clous de girofle, d’oignons et d’ail, avec de la betterave et du piment cuits dans des boyaux synthétiques. Je suis sûr qu’on n’y verrait que du feu ! Eh bien quand j’aurais franchi cette étape, je dirais haut et fort : je suis végétarien, voila ma gloire, mon espérance et mon soutien !

C’est assez inexplicable cette passion pour le boudin, c’est dans mes gènes, c’est dans mon  sang (c’est bien le cas de le dire). Si on me donnait à choisir entre un verre de sang bien frais à boire en apéro à la place d’une flûte de cognac champagnisé je choisirais le cognac champagnisé  oui car tout de même je ne suis pas apparenté à la famille de Monsieur le  Comte de Dracula et pourtant je ne résiste pas à un bon petit morceau de boudin.

Du bon sang de porc, hummmm, je ne sais pas si c’est du goret ou de la truie, ou si c’est un cochon planche ou un cochon sauvage, un sanglier, une laie, un marcassin, mais je suce son sang, je le suce, je le suce car on suce un boudin, le boudin ne se mange pas, le boudin ne se croque pas, le boudin ne se vale pas comme un agoulou granfal  ! il se suce, monsieur, il se suce, comme on suce une glace à l’eau e vie. c’est comme si vous disiez je vais manger une canne à sucre. Pon moun pa ka manjé kann, yo ka sisé on moso kann, misyé ! Manjé on moso bouden c’est bien mais si on le suce c’est encore meilleur avec un petit morceau de pain dans la main et on alterne un coup de bec dans le boudin, un coup de dent dans le moso pen ! Et si un jour la Guadeloupe devenait indépendante j’imagine qu’on mettrait dans la constitution à l’article premier :  tout homme à le droit à la vie, la liberté, la sécurité, le boudin et la recherche du bonheur

Mais je suis démodé ! ca c’est le boudin de mon papa ! Le boudin antan lontan ! le boudin tout simple qui se suffisait à lui-même ! Quand on égorgeait le cochon et qu’on récupérait son sang par une entaille bien placée dans sa gorge pendant que ses petits cris désespérés retentissaient dans l’air chaud. Ca jaillissait limpide et clair comme un ruisseau et ça remplissait la bassine. Et pour que le sang ne coagule pas qu’est ce qu’on mettait dedans ? Du sel et du vinaigre ! et puis il fallait récupérer les boyaux du cochon et les mettre à tremper dans une eau citronnée avec du jus d’orange, et ensuite les laver à grande eau et les mettre à égoutter !! On mettait dès la veille le pain rassis à tremper dans le lait. On avait déjà sa cive, son piment, son bois d’inde, ses rillettes de porc ou sa chair à saucisse maison, son thym, sa noix de muscade, son clou de girofle, son ail,  son grand faitout, son saindoux, sa ficelle, son entonnoir, les épluchures d’oignon et de l’eau. On était paré pour la farce ! Le lendemain à l’école il y avait devoir de calcul . L’instituteur dictait le problème : Monsieur et Madame Zingrignan préparent trois bassines de  boudin. A raison de 10 centimètres de boyau par morceau, pesant 80 grammes chaque morceau, combien de litres de sang de cochon, de mètres de boyau et de kilos de pain rassis ils devront se procurer pour donner à chacun de leurs 10 enfants au moins 4 morceaux de boudin. Tout ça sans calculettes ! Apajé ! Il fallait savoir lire le problème entre les lignes : faire du boudin pour la famille c’est préparer aussi au moins quatre morceaux pour la famille élargie (les cousins, les cousines, les neveux, les nièces, les tantes, les oncles, les grands-mères, les grands-pères, sans parles des bons zanmis. Il fallait garder la part de tout un chacun, sinon: désagréments, shame and scandal in the family !

Mais je m’aperçois que depuis quelques années le boudin créole évolue à une vitesse grand V dans la mondialisation heureuse et gustative. Je vois sur le net des recettes de boudin burger (boudin, pomme, salade), hot dog de boudin (où la saucisse est remplacé par du boudin avec comme fromage du reblochon, et une petite sauce à l’ananas) , croque monsieur au boudin antillais (boudin antillais, ananas), pizza au boudin (sauce korma, boudin, ananas), hachis parmentier au boudin (boudin, pommes de terre, pommes golden), boudin antillais à la cuillère (boudin, pomme), riz à l’antillaise (boudin ,riz, banane, pomme, raisins secs), parmentier de boudin , patate douce et crumble de cacahuètes , rougail saucisses et boudin antillais

N’en jetez plus, la cour est pleine ! Comme je l’ai déjà dit en préambule à ce mini exposé on trouve toutes qualités de boudin  aux Antilles, le traditionnel boudin noir mais aussi des boudins au lambi et au crabe, des boudins à la morue et au coryphène, des boudins au giromon et à la papaye pour toucher le marché des gens qui ne mangent pas de sang comme les végétariens, les Adventistes du Septième jour et pour les Musulmans, à cause du sang de porc. Mais là tout à coup je ne sais plus qu’en penser ! D’un côté la créativité humaine est sans limites donc pourquoi pas ! C’ets ça le Tout-Monde ! s’approprier, se désapproprier, mélanger, foutéy la météy la, c’est créole donc c’est métissé, c’est bigarré, c’est panaché. Alors moi aussi, permettez-moi d’entrer dans ce melting pot et de proposer à mon tour mes quinze recettes exquises au boudin antillais :

1- boudin antillais à la mode de Leon ! on mélange le boudin antillais avec beaucoup d’oignon et des flocons d’avoine

2- boudin antillais à la mode de Burgos ! on mélange le boudin antillais avec du riz  et on fait le tout cuire ensemble

3- boudin antillais à la Haggis : ce boudin est élaboré à base de sang de brebis antillaise. Il est servi avec un purée de pommes de terre et une purée de navet et une petite sauce au rhum de Gwada.

4- boudin antillais à la Balmoral. Au lieu de mettre le boudin dans un boyau de brebis on met la préparation à l’intérieur d’une poitrine de poulet boucané que l’on enroule sur elle même

5- bokit de boudin créole

6- donbrés de boudins

7- crabe farci de boudin créole

8- accras de boudin

9- chiquetaille de boudin créole

10- cassoulet de boudin antillais

11- couscous royal au boudin créole

12- paella au boudin

13- colombo de boudin

14- matoutou crabes épi boudin et pour terminer, last but not least,

15- fricassée de chatrou au boudin antillais

Pour terminer je dois avouer que de toutes les recettes que j’ai vues celles qui m’a le plus intrigué c’est le boudin de Barbade avec la patate douce râpée et le concombre râpé. La recette se trouve dans l’ouvrage de feu Austin Clarke (1934-2016) : « Pig tails n’  breadfruit. Rituals of Slave food. A Barbadian Memoir » (1999), le barbadien ! Laké cochon et fouyapen !

Dans cet ouvrage formidable, essentiel même, de mémoire autour de ce qu’on appelle slave food, ce que mangeaient nos ancêtres esclaves de la Caraïbe, Austin Clarke ironise en référence à la patate douce comparée à ce que disait Gertrude Stein dans son ouvrage Geography of Things à travers le poème « Sacred Emily : « a rose is a rose is a rose ».

Pour Austin Clarke “a sweet potato is not a sweet potato, like a carrot is a carrot or a rose is a rose is a rose. Oh no! Some sweet potatoes are `six weeks potatoes´, some are “eight weeks,” and so on” (Pig Tails,71)

Austin Clarke (1934-2016) est un grand amateur de boudin puisqu’il a écrit textuellement : «  »Gimme Saturdays seven days of the week! Saturday [is] the day for making black pudding and souse, the best food in the world. »

Le black pudding and souse with breadfruit est tout ce qu’il y a de plus traditionnel à la Barbade. C’est un boudin à base de sang de porc et patate douce, assaisonnée comme il se doit avec les épices et aromates habituels : clou de girofle en poudre, piments, cive, thym, marjolaine, poivre servi avec le souse qui lui est fait à partir de la tête de cochon (pig head) et des pieds de cochon (trotters) et du concombre.

Comme pour toutes les nourritures d’esclave (slave food) on fait avec ce que l’on a sous la main dans chaque île. En Guadeloupe la base c’est sang + pain rassis, à la Barbade sang + patate douce, au Guyana sang + riz ainsi que dans beaucoup de régions, mais on peut avoir aussi bien sang + farine de manioc , sang + farine de blé et on peut même oublier le sang et faire par exemple un boudin à base de giromon ou simplement à base de patate douce.

Ce que j’ai apprécié dans cette recette de la  Barbade c’est que depuis les années 80 on a abandonné le sang dans le boudin pour des raisons de santé et d’hygiène. ils ont remplacé le sang par des colorants comme du sucre brun mais aussi du browning qu’on peut remplacer si l’on veut par du cassareep (réduction de jus de cassave du Guyana) ou par du sirop de batterie. Tout cela pour donner la couleur noire au boudin original. Ce qui signe la boudin ce n’est pas le sang c’est la patate douce râpée et le concombre râpé et la marjolaine, le tout mélangé au thym, à la poudre de clou de girofle, au piment, à l’oignon, à la noix de muscade, au poivre, au sel, au sucre roux, à l’échalote et à la ciboulette. Si on veut éviter aussi le boyau naturel on utilise le boyau synthétique ou alors on peut le préparer dans de petits ramequins en céramique ou faire revenir tout ça ans une poëlle avec un peu d’huile d’olive. C’est la direction que je vais choisir désormais pour mon boudin à la patate douce ou mon boudin au giromon. Dommage quand même je ne pourrai pas sucer mon ramequin ! ah non tout mais pas ça ! je prendrai des petits boyaux synthétiques ! car je veux bien abandonner le sang, abandonner le porc, mais sucer, alors ça, jamais !

 

cuisines créoles de Louisiane et du Mississippi à la fin du 19ème siècle

Selon William Makepeace Thackeray, New Orleans, c’est  » the old Franco-Spanish city on the banks of the Misssissipi, where, of all cities in the world, you can eat and drink the most and suffer the least… At Bordeaux itself claret is not better to drink than at New Orleans… we had a bouillabaisse than which a better was never eaten at Marseilles » (traduction : La Nouvelle Orléans, la ville franco-espagnole sur les rives du Mississipi, où, parmi toutes les villes du monde, on peut manger et boire le plus et souffrir le moins…Même à Bordeaux le claret n’est pas meilleur à boire qu’à la Nouvelle Orléans… Nous y avons dégusté une bouillabaisse qu’on n’aurait pas mieux dégusté à Marseille)

En 1885 paraît aux Etats-Unis à la Nouvelle Orléans l’ouvrage La Cuisine Créole de Lafcadio Hearn. Le titre complet est « La cuisine créole, a collection of culinary recipes from leading chefs and noted Creole housewives who have made New Orleans famous for  its cuisine » . Sur 268 pages l’ouvrage, pionnier sur la cuisine de La Nouvelle Orléans, décrit cette cuisine métissée et cosmopolite s’il en est, au croisement de l’Afrique, du monde Amérindien et de la cuisine européenne (surtout française). L’auteur néanmoins ne mentionne pas dans sa préface toutes ces origines. Il évoque bien des origines, dans l’ordre suivant : américaine, française, espagnole, italienne, antillaise (west-indian), mexicaine mais n’évoque en aucun cas tout du moins dans la préface les traditions africaines et amérindiennes. A moins qu’il n’inclue les Africains dans la cuisine antillaise et les Amérindiens dans la cuisine américaine.

Dans la préface il indique quelques plats traditionnels de la cuisine créole avec le gombo filé, la bouillabaisse, le court-bouillon, le jambalaya, la salade à la russe, la bisque d’écrevisses à la créole, le pousse café, le café brûlé, le brûlot ! Mais on retrouve aussi es recettes de okra gumbo, grenouilles frites, pain perdu, sangaree entre autres élices créoles !

Dans sa table des matières la subdivision est la suivante :

1) soups, broths – 2) fish, etc. – 3) cold meat  – 4) sauces for meats and game – 5) entrees – 6) mutton, beef and hams – 7) fowls and game – 8) vegetables – 9) eggs, omelets, etc. – 10) salads and relishes – 11) pickles –  12) bread and yeast – 13) rusks, doughnuts and waffles – 14) cakes and confections –  15) desserts – 16) puddings, pies and mince meats  –  17) preserves, syrups and fruit jellies – 18) brandied fruits, wines and cordials – 19) delicate preparations for the sick and  convalescent – 20) coffee, tea, chocolate, etc – 21) candies and cream drops – 22) chefs d’oeuvre – 23) hints on house cleaning

Cet ouvrage est à rapprocher de l’ouvrage plus conséquent The Picayune’s Creole Cookbook de 456 pages édité par le journal Picayune (en lecture plus haut la 4ème edition de 1910) qui propose  l’organisation suivante ou chaque catégorie est proposée avec un équivalent français :

 beef (du boeuf)- beverages creole household (boissons de ménage) – birds (des oiseaux) – breads (des pains) – breakfast cakes – cakes (des gâteaux) – cakes layers (des gâteaux) – canapés (canapés) – cereals – cheese (du fromage) – coffee, chocolate, cocoa, tea (café, chocolat, cacaco, thé) – compotes (des compotes) – coups de milieu (middle course drink) – cream custards and other desserts (des flans et autres desserts) – cream esserts (des crèmes) – cream esserts, bavarian (bavaroise)- creole candies – eggs (des oeufs) – fish (du poisson) – frappés – frogs (des grenouilles) – game (du gibier) – hors d’oeuvres (relishes) – ice creams (des crèmes à la glace) – icings for cakes (glaces pour gâteaux) – jams, jellies (les confitures) – lamb (agneau) – Louisiana rice (riz de la Louisiane) – macaroni,   spaghetti – marmelades (des marmelades)- melons (des melons) -menus – mutton (mouton) – pastry and pies (pâtisseries) – pickling and canning (conservation des substances alimentaires et végétales) – pork (du cochon) – poultry (de la volaille) -preserves (conserves) – puddings, dumplings (poudings, échaudes) – pudding sauces (sauces des poudings) – punch (ponch) – quenelle (forcements) – ratafias (ratafias) -salads (salades) – sauces for fish, meats, poultry, game etc. (Sauces pour les poissons, des viandes, la volaille, le gibier, etc.) – sausage (saucisses) – sherbets (sorbets) – soups – soup meats (le bouilli) – stuffings and dressings for poultry, game, fish, etc. (farcis) – suggestions to housekeeper – sweetbreads (ris de veau) – sewwet entremets (es entrelmets sucrés),- syrups (des sirops) – tripe (double gras) -veal (du veau) – wines domestic (liqueurs de fruits)

Cet ouvrage propose au chapitre gumbo le gumbo zherbes ou green gumbo, le gumbo filé et l’okra gumbo ou gumbo pévi. Mais aussi le turkey gumbo (gombo dend), l’oyster gumbo (gombo zuyt), le squirrel gumbo (gonbo zékirèy), le rabbit gumbo (gonbo lapen) -le crab gumbo (gonbo krab), le cabbage gumbo (gonbo chou), le shrimp gumpo ou gumbo chevrettes (gonbo kribich) –

L’auteur de La Cuisine Créole, Lafcadio Hearn, est un anglais né en Grèce en 1850 de père irlandais et de mère grecque, élevé à Dublin en Irlande qui vient aux Etats-Unis, après un passage à Londres puis à Paris,  pour travailler à New York en 1869 puis à Cincinnati comme reporter d’abord au Cincinnati Enquirer puis au Cincinnatti Commercial et qui a vécu à New Orleans de 1877 à 1887. Il a aussi vécu aux Antilles Françaises, comme correspondant du journal Harper’s Monthly  plus précisément en Martinique, terre des Revenants selon lui, qui lui a servi de base pour visiter Dominique, Barbade, Saint-Christophe, Guyane, Trinité, Grenade, Sainte-Lucie   pendant deux ans, de 1887 à 1889 et a même écrit un ouvrage sur cette expérience Two years in the French West Indies   (1890). Il aussi écrit en 1885 un recueil de proverbes créoles appelé symptomatiquement Gumbo zhebes, a Little Dictionary of creole proverbs selected from six creole dialects et qui reproduit des proverbes créoles de toutes origines : Guadeloupe, Martinique, Maurice, Louisiane, etc. Il part au Japon en 1890 et y mourra en 1904 après avoir écrit de nombreux ouvrages, des contes et des recueils de nouvelles (Kwaidan : stories and studies of strange things par exemple, dont un film japonais a été tiré à partir de 4 des nouvelles en 1964 par le metteur en scène japonais Masaki Kobayashi, qui obtint le prix du jury du festival de Cannes 1965 ) sur le Japon dont il prit la nationalité en 1896. Glimpses of Unfamiliar Japan nous transmet sa vision du Japon d’alors, un Japon qu’il connaissait de l’intérieur puisque outre le fait d’avoir vécu à Matsue, Kumamoto, Kobé et Tokyo, d’y avoir exercé le poste de professeur d’anglais, de conférencier, de chroniqueur, il y a aussi épousé une japonaise Setsu Koizumi et y a donné naissance à un enfant.

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Lafcadio, de son vrai nom Patrick Lafcadio Hearn  mais qui deviendra en 1896 Koizumi Yakumo  n’était pas un cuisinier lui-même. C’était dirons-nous un gourmet, une sorte d’ethnologue culinaire avant l’heure, qui aimait partager ses voyages, impressions, les saveurs qu’il rencontrait. Il était aveugle d’un oeil mais sa plume et sa langue étaient parfaitement efficaces et clairvoyantes. Il a traduit en anglais de nombreux auteurs français comme Victor Hugo, Emile zola, Théophile Gautier, Guy de Maupassant, Pierre Loti, Gérard de Nerval, Prosper Mérimée, Gustave Flaubert, Anatole France

Sa bibliographie créole est assez impressionnante .

Études créoles :

  • La Cuisine creole: A Collection of Culinary Recipes From Leading Chefs and Noted Creole Housewives, Who Have Made New Orleans Famous for Its Cuisine, [1885], nouv. éd., Applewood Books, 2011, 276 p. (ISBN 978-1429097444).
  • Gombo Zhebes: Little dictionary of Creole proverbs: selected from six Creole dialects, [1885], nouv. éd., Aurian Society Publications, 1977, 42 p. (ASIN B0006XQ2ZI).
  • A Midsummer Trip to the West Indies, 1888 (ASIN B00ICTYHIW), [1] [archive].
  • Youma: The Story of a West-Indian Slave, [1890], nouv. éd., Kessinger Publishing, 2007, 196 p. (ISBN 978-0548154441).
  • Two Years in the French West Indies, [1890], nouv. éd., Echo Library, 2006, 252 p. (ISBN 978-1406811261).
  • Youma. Roman martiniquais, trad. Marc Logé, Mercure de France, 1923, 234 p. (ASIN B0000DOQZX).
  • Esquisses martiniquaises, trad. Marc Logé, Mercure de France, [1924], nouv. éd., L’Harmattan, 2004, tome 1 (ISBN 978-2747557917) ; tome 2 (ISBN 978-2747557924).
  • Contes des Tropiques, trad. Marc Logé, Mercure de France, 1926 (ASIN B0158U7WIE).
  • Un voyage d’été aux Tropiques, trad. Marc Logé, Mercure de France, [1931], nouv. éd., 1960 (ISBN 9782715204164).
  • Fantaisies créoles, suivi de Rêveries floridiennes, trad. Marc Logé, Mercure de France, 1938, 196 p. (ASIN B01CILAG8E).
  • Trois fois bel conte, trad. Serge Denis, Mercure de France, 1939, 174 p. (ASIN B001822A2A).
  • Réédition : Aux vents caraïbes, avant-propos de Raphaël Confiant, Éditions Hoëbeke, coll. « Étonnants voyageurs », 2004, 430 p. (ISBN 978-2842302016). Contient : Un voyage d’été aux Tropiques, Esquisses martiniquaises, Contes des tropiques.

la grenouille u Picayune dit :

I’m the Picayune’s weather prophet

It’s Froggie so faithful and true

Tante Zoë has asked me to help her

In serving so nicely to you

Th dishes the Picayune bade her

Prepare as a Creole cook can

That men might grow wiser and better

(Je suis le prophète météo de Picayune

Sa Grenouille si fidèle et si vraie

Tante Zoë m’a demandé de l’aider

A vous servir en toute élégance

Les plats que  Picayune m’a prié

De préparer comme seule une cuisinière créole le peut

Pour que tous puissent grandir plus sages et meilleurs.)

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Le perroquet au nid de Lune

Aux funérailles du perroquet au nid de lune le 1er avril 2014 l’assistance a chanté en dansant dans le cimetière Montparnasse dans ce quartier qu’elle et sa mère avaient essaimé une grande partie de leur existence. L’assistance a chanté en guise de poisson d’avril les chansons épitaphes des deux femmes musiciennes et de leurs Horizons créoles, une chanson qui synthétise bien un peu ce qu’est le patrimoine créole qui inclut Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Maurice, Haïti, Sainte-Lucie, Dominique, etc.

http://dai.ly/xpzntu

il était une fois un petit perroquet Cécile Aimée Henriette Jean-Louis née à Bordeaux en 1918. C’est une bordelaise donc ! Ses deux parents Jean Symphorien Henri Jean-Louis (Sainte-Anne 1874-Saint-Claude 1958) et Fernande Luce Blanche de Virel (Pointe-à-Pitre 1881-Paris 1953) sont guadeloupéens, elle est guadeloupéenne alors.

Papa , fils de Louis Joseph Jean-Louis (1821-1896) et de Laetitia Lantin ont des terres à Sainte-Anne. Il se fait appeler au choix Bag, Jilili, le Juge, Baghio’o, Jean-Louis le Jeune . Il étudie à l’Ecole des frères de la Doctrine Chrétienne, puis au lycée de Pointe-à-Pitre. Il devient bachelier en lettres en 1894. Il  part vivre en France à 22 ans  et s’engage en 1896 dans le 15eme régiment des Dragons à Libourne, près de Bordeaux . Pour payer son voyage il vend, à l’insu de ce son père  30 boeufs sur le marché de Pointe-à-Pitre. Il rentre en Guadeloupe en 1897 après la mort de son père. Il y rencontre sa future femme avec qui il vit maritalement jusqu’en 1903, date de leur mariage à Pointe-à-Pitre. De 1898 à 1902 ils partent tous deux en France où ils mêlent vie studieuse et bohême. Lui prépare une licence de lettres à Paris, elle étudie au conservatoire  national de Musique. il repart avec une licence de lettres et elle avec un  1er prix de violon et un deuxième prix de piano. ils rentrent à nouveau en Guadeloupe et Fernande commence à enseigner la musque alors que lui entre aux Contributions.  Ils se marient en 1903 à Pointe-à-Pitre..  Edward naît en septembre 1906 à Sainte-Rose, Henriette  à Pointe-à-Pitre en avril 1908 et meurt de noyade en 1915. Entre 1909 et 1911 ils sont à Fort-de-France suite à une mise en disponibilité d’Henri pour étudier l’agriculture pendant 3 ans à Saint-Pierre en Martinique. Victor naît ainsi à Fort-de-France en décembre 1910. Le couple retourne en Guadeloupe en 1912. Henriette naît en 1912 à Pointe-à-Pitre. En juillet 1913 nouveau congé administratif en France pour terminer ses études universitaires. En 1916 il est licencié en droit à la Sorbonne. L’année où Cécile naît en janvier il devient donc juriste en novembre  après avoir travaillé pendant 20 ans  au service des contributions. C’est le premier magistrat noir des Antilles. Il est nommé en Martinique de 1918 à 1921. En 1923 il est nommé président du tribunal de 1ere instance de Brazzaville et substitut du procureur. C’est une mutation qui lui permet de s’échapper de sa famille  car il a alors des disputes depuis plusieurs années avec sa femme (il est volage et s’énerve facilement). Le 21 octobre 1923 il part de Fort de France pour Le Havre. Edward et Victor rentrent avec lui en France pour étudier au collège  Sainte-Barbe à Paris, rue Valette où ils sont mis en pension. Ensuite le père part de Bordeaux pour le Congo en bateau où il arrive le 15 décembre 1923 par le paquebot Europe. Parallèlement Fernande part en octobre 1924 pour Saint-Nazaire avec ses deux filles Jane et Moune et s’installe à Paris.  De mai 1925 à janvier 1926 Henri est en congé administratif en France. Apprenant qu’il est muté à Madagascar il démissionne et s’inscrit au barreau de Brazzaville comme avocat tout en résidant à Port Gentil au Gabon où il a une maîtresse, une seconde épouse à vrai dire  Marianne Ankombié Rapontchombo (Pointe-Denis, Gabon 1886-Pointe-Denis, Gabon 1951) troisième enfant du deuxième roi du Gabon Jean Félix Marie Adande Rapontchombo (1844-1911) et petite-fille d’Antchouwe Kowe Rapotchombo dit le roi Denis (1780), chef de la tribu Mpongwé, un chef pacifique et vénéré, celui-là même qui a signé  le traité de protectorat  franco-gabonais par lequel la France de Louis-Philippe le 9 février 1839 met le premier pied dans la colonisation du Gabon en obtenant l’autorisation   de créer un établissement sur la rive gauche de l’estuaire et lui cède une partie de la Pointe qui fait face à Libreville.. Denis obtint même la Légion d’Honneur et fut décoré par le Vatican. Cette Marianne est une grande prêtresse du rite Niembé, un rite initiatique réservé uniquement aux femmes en opposition avec le rite Bwiti .

Henri se passionne pour toute cette culture africaine et pour le panafricanisme , la décolonisation, l’autonomie et l’indépendance des peuples noirs. c’est cela qui le met en délicatesse perpétuelle avec les autorités coloniales de l’époque. Les sociétés créoles sont corsetées, bloquées et hiérarchisées par le système esclavagiste. Il déconce les abus les plus révoltants mais ce faisant il est victime de rétorsions, et le sera toute sa vie. C’est un rebelle, un esprit contestataire qui refuse l’ordre établi. il refuse de se mettre au service de l’oligarchie coloniale ! Avec Marianne il apprend les vertus des plantes médicinales et magiques comme l’iboga (Tabernanthe iboga), il s’exerce au déchiffrage du langage tambourinaire. Il a une activité débordante et va exercer sa profession d’avocat en défense des causes qu’il défend mais aussi car il faut vivre pour des compagnies dont les intérêts divergent de ses intérêts de février 1926 à septembre 1931. Puis il est journaliste. Il est alors radié car condamné dans un procès à verser à son client des sommes exorbitantes en dommages et intérêts. 17 ans après le conseil d’Etat annulera cette sentence et il pourra recommencer la pratique du métier d’avocat , ce qu’il fera à Basse-Terre à l’âge de 76 ans.  il fait des aller retour sur Paris et se mêle au monde politique et musical des Afro-antillais de Paris . Il devient journaliste à Paris. En 1933 il retourne en Guadeloupe à Sainte-Anne. En 1936 il est en Martinique où il publie un journal le Progrès colonial de Saint-Pierre.  1936-1939 il est interdit de séjour aux Antilles pour atteinte à la sûreté e l’Etat et doit s’exiler à Trinidad où il va ouvrir une école de français et latin . il rencontre Marcus Garvey en 1937. Quand vient la guerre il rentre aux Antilles il participe à la  2ème conférence des Indes Occidentales  à Saint-Thomas en 1946. Et il représente la Guadeloupe en 1948 à la 3ème conférence des Indes Occidentales de Basse-Terre. C’est depuis des années, un poète, un essayiste, un dramaturge, il écrit des tonnes. Il s’est donné le nom de Baghio’o en honneur à son ancêtre  Jean-Louis Baghio’o, charpentier, à Pointe-à-Pitre qui était témoin dans l’affaire Bissette en 1849 dont les archives du procès figurent à la BNF. en 1958 il meurt à Sainte-Anne. Ses ancêtres seraient issus du Mali, de Tombouctou, fils de sultan.  A la fin de sa vie il tentera de traduire l’Odyssée ! Elle est donc africaine aussi, un peu congolaise, un peu gabonaise, un peu malienne, une Baghio’o ! C’ets aussi un peu une martiniquaise et une trinidadienne.

Sa mère Fernande Lucie Blanche de Virel est une musicienne accomplie qui est diplômée au Conservatoire National de Musique de Paris en 1902 comme pianiste (2eme prix) et violon (1er prix). Compositrice, parolière, chanteuse, violoniste, pianiste et pédagogue. Selon le magazine Life de 1947 sa mère est une sorte de Stephen Foster de Guadeloupe. Sa grand-mère Marie de Virel était une grande chanteuse violoniste et a été lauréate en composition de l’exposition universelle de 1893. Son arrière-grand-père Cyr Baltazar dit Achille de Rivel était musicien né à Gustavia,   Saint Barthélémy. ! Son arrière-arrière-grand-mère Ursule Bigard (dcd 1827 à Gustavia)  était originaire de Saint-Barth  était musicienne et  a eu 3 enfants naturels avec un béké de Saint-Barth Louis Philippe Hercule Fresne  de Virel, comte  de Virel qui avait récemment fui la France à cause de ses idées politiques lors de la Révolution française. il faut se rappeler que même si St Barth a été française bien avant, à l’époque Saint Barth était suédoise et le restera jusqu’en 1877. Les origines des de Virel sont bretonnes, du Morbihan.. Cécile est bretonne donc et de sang bleu de surcroit  ! Et musicienne comme maman puisque apprendra le piano, le violon, le chant et la guitare ! elle deviendra artiste lyrique et sera décorée de la Légion d’honneur. Elle sera aussi suédoise puisque son arrière-arrière-grand-mère l’était et bien sûr saint-barthélémienne.

La famille habite Paris . maman donne des cours et joue dans les cabarets et dès l’âge de 7 ans  Moune chante  dans le salon littéraire de Germaine Casse, une peintre tropicaliste d’origine guadeloupéenne dont le père avait été député de Guadeloupe. Elle prend des cours de chant ! Sa mère joue au piano avec Alexandre Stellio dans son cabaret Tagada Biguine.  à 16 ans  Moumoune dite Moune  de Virel se produit à Montparnasse dans un restau russe le Cabaret des Fleurs au 47 rue du Montparnasse. Puis à 17 ans c’est au tour de la Boule Blanche  33 rue Vavin, où elle devient Moune de Rivel ! Nous sommes en 1934. Moune de Rivel tombe amoureuse d’un libraire de Cologne, un allemand, Hermann Bröders. De leurs oeuvres naîtra le 19 juin 1934 son fils Alban JEAN-LOUIS alors qu’elle n’a que 16 ans. Quelque part elle est allemande aussi !

Elle écume les cabarets de Montparnasse: la Tomate, la Canne à Sucre. Chez ses parents ou sur scène elle croise des artistes de premier plan comme Léona Gabriel (1891-1971), René Maran (qui a gagné le Prix Goncourt de 1921), Marie Madeleine Carbet, Alexandre Stellio,  Archange Saint-hilaire ! Dans ce Montparnasse des années folles et ‘avant-guerre elle croisera Fujica, Brassens, Kiki e Montparnasse mais aussi Maïotte Almaby, Albert Lirvat, Stella Félix, Martine Allais, et Jenny Alpha.

Pendant la guerre elle se réfugie en Bretagne pour se rapprocher de ces origines bretonnes avec son fils, sa mère et sa soeur et les 4 enfants de cette dernière . Il faut savoir que les DE RIVEL qui étaient devenus une famille d’industriels avaient un château, le château de Trédion qui a appartenu à la famille de 1834 à 1978.

Apres guerre elle joue à Paris à la Canne à sucre puis part aux States et joue à New York au Café Society. Elle restera là-bas 2 ans. On la compare à Lena Horne et  Hazel Scott ! Alors qu’en France on la compare à Joséphine Baker ! A Baltimore elle se marie le 31 juillet 1946 avec le pianiste de jazz américain Ellis Larkins (1923-2002) qui enregistrera deux disques avec Ella Fitzgerald et qui est connu pour être le premier Noir à être entré dans la prestigieuse Peabody Conservatory of Music de Baltimore. Elle même va en profiter pour prendre des cours de composition et d’harmonie moderne à la Julliard School of Music. Elle divorcera à Paris  deux ans après le 5 juillet 1949  et puisque son premier mari sur papier  est l’américain Ellis elle est donc quelque part aussi américaine.

Avant son divorce elle ouvre peu de temps avant un restaurant « Chez Moune » à deux adresses différentes puis loue une cave aux Champs-Elysées qu’elle baptise  « Le Perroquet au Nid »  au 49 rue de Ponthieu qu’elle inaugure le 8 juillet 1949. Elle fermera au bout d’un an ne voulait pas céder au chantage de la pègre locale qui voulait qu’elle les paie pour sa protection. Mais le temps que cela dura cet endroit fut un festival de swing antillais et de bonne humeur !

Elle est morte à Paris en 2014, elle est parisienne.

 

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Moune de Rivel a bercé les oreilles de ma mère. Moune est le iminutif e Moumoune mais moi j’y vois une francisation de Moon c’est à dire Lune !  parfois encore je pense que moune veut dire « Moun de Rivel, moune pris dans le sens de ti moun ou gran moun! Alors Rivel devient un pays ! un pays imaginaire, un tout-Monde ! Je suis donc rivélien autant qu’on puisse l’être !

Et pourtant ! Longtemps moi j’ai considéré ce qu’elle faisait comme de la musique doudouiste. Du type « adieu foulard, adieu madras. » J’entendais ma mère chanter comme un pinson tous les tubes du hit-parade de celle que les Américains appelaient après-guerre « the parisian chanteuse »:

« si ni on bagay ki cho, sé bigin/Si ni on bagay ki ou sé bigin/sin ni on bagay ki bon sé bigin »,

« Mwen pa ni papa mwen pa ni manman pou véyé ko mwen, an pa ni ti sè an pa ni ti frè pou konseyé mwen » ou bien

« pa lévé lan men si krapo », ou surtout

« fanm ki dou fanm ki agasan, fanm ki dou mari yo pa ka lagé yo » ou encore

« bay koko pou chabon a ka monsieur blandin » et enfin

« Amédé ka travay /lendi mawdi jédi, mé los sanmdi rivé/ i vlé soulyé vèwni »

Je trouvais tout ça un peu suranné, folkorique sympa, mais suranné. Même si je participais comme danseur lors des carnavals dans l’association antillaise le « Rayon de Soleil » de Bagneux où c’était le règne de la biguine et du boléro ou du gwoka, pour moi ce n’était qu’un passe-temps, la biguine c’était la chose des anciens. Moi j’étais funk,  rythm and blues à bloc :      James Brown, Arthur Conley, Wilson Pickett, Jackson Five, Aretha Franklin , Otis Reeding, Diana Ross and the Supremes, Smokey Robinson, Stevie Wonder, Ike and Tina Turner, Dionne Warwick  et consorts. Et c’est vrai que pour un jeune ti boug comme moi dans les années 60 disons que j’avais d’autres intérêts. Je considérais alors que Moune de Rivel c’était de la musique pour les vieilles dames ! D’ailleurs mon père n’écoutait pas Moune de Rivel. Il n’y avait que ma mère qui achetait ses disques 33 tours. Ensuite qu’elle idée que d’aller se faire appeler Moune quand on a un aussi joli prénom que Cécile Jean-Louis. Pour de Rivel j’ai compris depuis que je sais le nom de sa mère Fernande de Virel que c’est un jeu de mots sur le nom. Ce  « de » aussi, cette particule me gênait.  Moi qui à cette époque croyait en l’indépendance tout ce qui semblait rattaché à la bourgeoisie créole m’horripilait. Et quoi qu’on en dise Moune de Rivel descendait de cette bourgeoisie créole. Pour être diplômée du conservatoire de Paris  en piano et violon en 1903 comme sa mère il fallait l’argent pour prendre le bateau, se loger, se nourrir, survivre, venir étudier à Paris. Son père Henri Jean-Louis Baghio’o,  idem, fils de propriétaires terriens, noir et riche ! tout cela je ne le savais pas mais je le pressentais ! car la Martinique et la Guadeloupe qu’on me chantait étaient des îles trop idylliques pour être honnêtes. Par contre j’appréciais que les chansons soient chantées en créole et quand je m’en donnais parfois la peine je voyais qu’il y avait beaucoup d’humour dans les textes et que le rythme finalement tournait bien. Mais ce n’était plus mon époque, je n’y pouvais rien ! Mais avec l’âge je me suis surpris l’air de rien petit à petit à reconsidérer, à resignifier Moune de Rivel et à la replacer dans son temps, dans son univers colonial et poost-colonial  il faut maintenant que je reconnaisse mes erreurs de perception.

Même si les descendants de  DE   VIREL et de JEAN-LOUIS eurent la vie belle, des berceaux dorés, il surent tirer parti des possibilités que leur proposait le système éducatif, le système administratif pour trouver des solutions certes individuelles mais néanmoins courageuses dans un cadre colonial anxiogène, ne l’oublions pas, pour réaliser leurs rêves. C’étaient tous des  originaux, dans le sens noble du mot, un peu loufoques parfois, un peu lunatiques, un peu troublants, désaxés en quelque sorte, des misfits, des illuminés et en même temps tout le monde a le droit d’avoir des années folles !  Quand je vois ces destins exceptionnels, car ils le sont au moins à 20 titres, quand je vois par exemple Henri  JEAN-LOUIS remporter sa lutte contre l’administration au bout de 17 ans par une décision de la  Cour d’Etat, je ne peux que rester bouche bée, ababa ! quand je vois le nombre d’ouvrages de tous types qu’Henri a écrits, que son fils Victor (1910-1994) plus connu sous le nom de Jean-Louis Baghio’o a écrits, le nombre  de chansons qu’ont écrites Moune de Rivel et sa mère, quand je vois cette lignée mirobolante et fantasmagorique de musiciens qui de génération en génération ont vécu la musique à son plus haut niveau, quand je pense au mariage d’Henri le bigame avec la fille du roi du Gabon, l’exil à Trinidad, quand je vois que Moune a élevé toute seule (avec l’aide probablement de sa mère et de sa soeur)  son fils dès l’âge de 16 ans et a pu mener de front cette carrière fabuleuse de chanteuse, compositrice, actrice, fondatrice du Conservatoire des Musiques Créoles,  productrice de programmes de radio, peintre, quand je vois ce que cette famille de Sainte-Anne et Gosier pour faire simple ont réalisé de leur vivant , quand je vois tout ça et tout ce que je ne sais pas, que je ne vois pas, qui n’est pas dit et ne le sera jamais, alors je pense que l’excellent court métrage de Barcha Bauer « La lune Lévé » réalisé en 2011 soit 3 ans avant le décès de Moune qui était atteinte depuis 2004 par la maladie d’Alzheimer est un amuse-gueules, un apéritif, un titillement de neurones avant ce que leur histoire, qui pour moi est de la grande Histoire, une épopée, une fresque de nos sociétés créoles ancrées ans le Tout-Monde. Quel sera le metteur en scène qui aura la sensibilité pour traduire cette grande fresque, cette grande mosaïque humaine, je ne sais pas, quels seront les acteurs, je ne me risquerai pas à un casting mais je le dis haut et fort : Les créoles le méritent ! C’est une histoire créole qui sous-tend une histoire noire, une histoire amérindienne, une histoire française, une histoire africaine, une histoire américaine, une histoire européenne, une histoire caribéenne ! c’est aussi une histoire littéraire, une histoire judiciaire, une histoire d’amour, de combats et de haine, de rancoeur et de désir de liberté, un rêve, une histoire politique, généalogique tourmentée : c’est une histoire créole dans la veine du réalisme magique et merveilleux faite de mille horizons créoles insoupçonnables

 

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