Prix des Amériques Insulaires

J’aimais bien l’intitulé de ce prix défunt qui n’existe plus et qui est devenu depuis 2010 festival. Un de plus me direz vous. Amériques insulaires voilà un mot qui me plaisait bien. Je lui préférais et je préfère encore  le terme Méditerranée Américaine car les îles ne sont rien sans les terres fermes qui les bordent au delà de la mer. Mais voilà ce n’est pas moi qui décide, je ne fais pas partie de l’association qui porte ce nom ! Le premier concept était clair: il devait récompenser tout écrivain originaire d’une île du continent américain, qu’il soit caribéen, sud américain ou nord américain. Cette année c’est la onzième édition. De prix biennal l’événement est devenu festival annuel. L’association Prix des Amériques Insulaires organise donc le Festival Ecritures des Amériques du 10 au 18 novembre en Guadeloupe. Cette association créée en 2000 par  Maryse CONDE et Amédée HUYGHUES DESPOINTES a pour objet de divulguer la littérature et a été à l’origine du prix jusqu’en 2008. . Cette année Patrick Poivre d’Arvor en est l’invité spécial. Les écrivains invités pour le festival Ecritures des Amériques sont Pierre DucrozetViktor LazloAdriana LisboaWilfried N’ SondéKarla SuárezSylvain TessonLyonel Trouillot et Robert Whitaker. Il s’agit de renforcer les liens entre les écrivains de la Caraïbe et ceux d’ailleurs aux identités proches par des rencontres littéraires, séances de dédicaces, conférences, lectures publiques, interventions en milieu scolaire,  On ne peut que féliciter cette initiative. Mais pour ne pas changer je n’ai lu aucun livre d’aucuns de ces auteurs ! Ouille ouille ouille ! Aïe aïe aïe ! Woye oy oy ! Mais je suis damné , un malappris ! Comment ?! Je n’ai pas lu ces illustres personnages insulaires américains et proches ?! Je l’avoue sans honte ni bue ni ravalée : non !

Sur le site il est écrit ceci :

« De la création du Prix des Amériques insulaires, à la naissance du Festival Ecritures des Amériques, le public a accueilli plus d’une quarantaine d’écrivains venus des territoires imaginaires et géographiques bordés par l’Atlantique et apprécié aussi des littératures éloignées des frontières fondatrices de la Caraïbe. »

eh bien sachez-le parmi la brochette d’auteurs, « issus des territoires imaginaires et géographiques bordés par l’Atlantique » comme de l’en dehors « des frontières fondatrices de la Caraïbe », invités ces dernières années il y a du beau monde puisqu’on compte :

Alfred ALEXANDRE – Marie-Cécile AGNANT – Natacha APPANAH-MOURIQUAND – Bonel AUGUSTE – Neil BISSOONDATH – Nicole BROSSARD – Duccha CHARITABLE – Jean-Marie Gustave Le CLEZIO -Pierre CLITANDRE – Maryse CONDE – Raphael CONFIANT – Paule CONSTANT – Martine Le COZ – Louis-Philippe DALEMBERT – Edwige DANTICAT – Kerline DEVISE – Rosario FERRE – Pedro Juan GUTIERREZ – Simonne HENRY-VALMORE – Max JEANNE – Fabienne KANOR – Yasmina KHADRA – Jamaica KINCAID -Yanick LAHENS – Dany LAFERRIERE – Jean-René LEMOINE – Alain MABANCKOU – Céline MALRAUX – Eduardo MANET – Kettly MARS – Léonora MIANO – Jean-Euphèle MILCE – Mayra MONTERO – Scholastique MUKASONGA – Elizabeth NUNEZ – Mackenzie ORCEL – Leonardo PADURA – Ernest PEPIN – Pedro PEREZ SARDUY – Daniel PICOULY – Claude PIERRE – Gisèle PINEAU – Caryl PHILIPPS – Emmelie PROPHETE – Max RIPPON – Léone ROSS – Alberto RUY SANCHEZ LACY – Rodney SAINT ELOI – Simone SCHWARZ-BART – Shan SA – Zadie SMITH – Karla SUAREZ – Sylvain TESSON – Evelyne TROUILLOT – Lyonel TROUILLOT – Gary VICTOR, Marvin VICTOR – Zoé VALDES.

Bon il va falloir que je mette des gourdes de côté pour rattraper mon retard en lecture ! Une autre possibilité devenir rat de bibliothèque !

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Max Rippon et la route du saccharhum

 

« Entre sillage et sillon chaque trébuchement est une construction d’autres socs enfoncés dans la chair de la terre » Max Rippon

Max Rippon (1944-) est  le fils spirituel de Guy Tirolien (1917-1988). Il a d’ailleurs il y a plus de trente ans effectué la traduction en kreyol de quelques-uns des 33 poèmes  de ce dernier publiés  à Présence Africaine en 1961 et assemblés sous le vocable Balles d’or. A l’intérieur de ce recueil figure la fameuse « Prière d’un petit enfant nègre » qui date elle de 1943. Mais moi j’ai surtout mémorisé une ligne de son poème     « Redécouverte » où comme dans le Cahier d’un Retour au pays natal de    Césaire en 1939 il constate avec effroi que

« … rien n’a changé.

Les mouches sont toujours lourdes de vesou,

Et l’air chargé de sueur »

En 1977 Guy Tirolien publiera Feuilles Vivantes au Matin. dont le titre est tiré du dernier vers d’un poème de Saint-John Perse du livre Anabase écrit en 1924 et intitulé « Chanson » qui dit

Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire

Il y a entre Rippon et Tirolien des vases communicants étranges car Rippon est né à Grand-Bourg, Marie-Galante tandis que Tirolien est mort au même endroit. Tirolien est né à Pointe-à-Pitre tandis que Rippon a quitté   Grand-Bourg à l’âge de 11 ans pour s’installer à Pointe-à-Pitre. Les deux parcours galantais se complètent. L’un prend le français au collet tandis que l’autre fait la part belle au kreyol.

D’autres influences sont celles qu’il a reçues de poètes radicaux comme Sonny Rupaire et Hector Poulet, partisans d’une poésie créolophone et engagée que Rippon a longtemps pratiquée et surtout déclamée. Il se démarque des autres par son style, son créole basilectal marie-galantais et sa préciosité, son raffinement, sa recherche qui rendent parfois son texte hermétique mais qui font résonner en nous sans que l’on sache bien pourquoi les flux et reflux de la singularité créole.

Rippon commence en  fait quand Tirolien finit. Il publie en 1987 dans la propre maison d’édition Aicha son premier ouvrage Pawol Naïf suivi en 1989 par Feuille de Mots aux Editions Jasor.

Voici ainsi son poème extrait de : Débris de silence (2004)

Débouya sé péché ou sav

Débouya pa péché

yo fè-w akwè

konplo a nèg sé konplo a chyen

yo fè-w akwè

palé kréyol sé pawol a nèg-dalo

yo fè-w akwè

nèg ni mové mannyè

nèg ka kaka an tou

nèg sé dènyé nasyon apwé krapo

yo fè-w akwè

é ou kwè tousa dépasé kwè

ou kwè lanmè sèk

ou kwè ravèt pani rézon douvan poul

ou woufizé mèt lèspwi a-w

égal pat égal mòdan

pou péyi-la pran lèv an avan

é flangé lanm kon penn-kanno cho défouné

ou woufizé bwaré lang a manman-w

ou wounonsé tété an manmèl

ou woufizé triyé diri é pach an tré

ou lésé van vanné pawòl ki di-w

débouya sé péché

kokangé sé honté

prangad

ou woufizé tann lokans hélé an koulé

prangad

fwè gadé kò a-w an fas

kenbon

fouwé zotèy a-w an fon tè gras

pou rédé péyi-la vansé

ti-tak douvan

Max RIPPON

J’aime ses poèmes mis en musique par Urbain Rinaldo comme ici Mawonnaj, extrait lui aussi de Débris de Silences.

et autres comme Perdre pied et attendre, tiré du même opus.

Max Rippon vient de commettre un ouvrage à trois mains autour d’une graminée. A lui le texte poétique, à Alain Darré les photos sur support d’aluminium (subligraphie) faites à Marie-Galante, à Michel Gravil la composition musicale. Quant aux prises de son qui nous immergent dans les flèches de canne, les machettes, le vesou, la mélasse et le clairin, elles sont de Ludovic Sadjan.

Tout cela pour retracer l’odyssée du rhum, ou plutôt la route du rhum intime de chacun qui est d’abord la route de la canne à sucre (Saccharum officinarum) en prenant pour héroïne l’île aux cent moulins. L’ouvrage s’appelle Saccharhum. L’exposition a été présentée à Saint-Malo avant le départ de la Route du Rhum du 6 octobre au 4 novembre 2018 et sera présentée à Pointe-à-Pitre du 9 au 30 novembre.

 

Traduttore, traditore

Les traducteurs sont des traîtres. Essentiellement. Certains moins corrompus trahissent moins que d’autres mais tous autant qu’ils sont sont passibles d’être passes aux armes par les mots pour crimes de haute trahison.

Je suis actuellement en train de traduire un recueil de poésie brésilien intitulé en portugais « Ardor e Ardências. » L’ouvrage paru en 2018 à pour auteur Inaê Silva Pereira Sodré. ISBN 978-85-66783-24-7. L’ouvrage porte en frontispice la phrase de Georges Bataille parue dans L’Erotisme, 1955:

« L’érotisme est dans la conscience de l’homme ce qui met en lui l’être en question ».

SUIT LA PHRASE DE L’AUTEUR

« GOZAR NÃO É ERRADO NEM PECADO, É GOSTOSO. »

MA PROPOSITION DE TRADUCTION: Jouir n’est ni mal ni péché mais jouissif .

Le titre m’a interrogé ! Ardeur et Ardences ou Ardeur et Ardances ? Dans Ardences on a ardeur et résistance donc résilience. Lequel des deux choisir. Ardor en portugais est masculin , ardeur est féminin. Je m’inquiète car cette ardeur est au centre du livre. J’y vois une femme aux proies des Ardences de son ardeur que chevauche une divinité afro brésilienne, la Pomba gira, que je pourrais appeler Maîtresse Erzulie, maîtresse, déesse, divinité, sorte d’Exu (Eshu), garde barrières maîtresse des chemins et des carrefours, épouse d’Elegba, qui lui ouvre les portes de la jouissance. La voilà devenue Esmeralda volant tel un oiseau de feu jusqu’à Séville et Grenade en Espagne. Oiseau lyre ou livre ouvert dont le corps se laisse lécher, feuilleter, déchiffrer comme un texte par un lecteur Roi qui transperce de sa dague les lignes, les phrases, les virgules et les réticences qui mènent à la possession et à la jouissance.

Certes le livre s’explore dans le cadre d’un panthéon afro brésilien. Pomba gira c’est l’Exu féminin, toute de noire et rouge vêtue. MAÎTRESSE Erzulie dans la cosmogonie rada du vaudou haïtien. Comment traduire ce Pomba Gira. J’ai proposé maîtresse, déesse, divinité. Qui se fait aussi appeler Padilha. MAIS J’AURAIS PU TOUT AUSSI BIEN L’APPELER CAVALIÈRE OU AMAZONE. L’IMPORTANT CE SONT LES IMAGES QUE L’ON CRÉE PAR LE TRUCHEMENT DES MOTS.

Et bien que je domine le portugais, je m’interroge pour:

1. Esquipa ! Que je traduis par appareille alors que envole-toi ou détale ou trotte auraient pu tout aussi bien s’appliquer.

2. Gira. je traduis par tourne mais pourquoi pas tourbillonne d’autant plus qu’on aura plus tard rodopia (tourner comme une toupie) et roda (tourne).

3. Atesta teu Cavalo. Teste ton cheval, chevauche ton Cheval, Dompte ton Cheval.

4. VIRILHA c’est l’aîne mais ce mot me déplaît, je le trouve trop médical, et le pubis trop spécifique, je préfère entrejambe équivalent à crotch en anglais.

Au diable la perfection, au diable la fidélité. On ne traduit pas, on adapte, on réinvente des équivalences crédibles en fonction de son public cible.

C’est en littérature comme en publicité. Ce n’est pas parce qu’une campagne véhiculée aux États-Unis a fait le buzz que son alternative ego double en français va cartonner. Il ne suffit pas de traduire, de faire du mot à mot. Il faut être crédible.

J’ai vu récemment une pub qui m’a intrigué. C’est une pub pour la montre connectée  Watch Series 4 d’Apple. C’est un homme qui boit son café dans son salon avec son double et qui regarde sa montre. Surgit alors au bas de sa rue un, puis au fur à mesure plusieurs clones de lui-même qui continuent la course. A la fin les cinq s’arrêtent épuisés. C’est alors que surgit du diable vauvert un sixième clone qui déboule et plonge dans la mer. Vient alors la phrase.

En français :

Il y a  un meilleur vous en vous !

Tandis que l’original en anglais dit :

There’s a better you in you !

Cowboy aux frontières de l’extrême Far West Indies liquide

Quand je pense à l’extrême je plonge mes yeux dans l’extrême horizon de mes propres extrémités inférieures comme supérieures et j’essaie de matérialiser par des bouées les champs sémantiques des extrêmes. L’orient extrême, l’occident extrême, l’extrême couchant alias extrême ponant et l’extrême levant.

Me voici donc bien installé sur l’estran, cowboy anachronique en selle sur une vague appelée Jolly Jumper, la moitié de mes extrémités enfoncée sous mon poids dans le sable, entouré de trous de crabes et de pélicans plongeurs qui me devisagent au loin sur cette Grande Anse du Far West Indies. Je ne vois guère que leurs traces fugitives pattes et becs qui ricanent dans le sable mouillé . Je suis aux frontières de l’ extrême. Les extrêmes sont à la mode. LES EXTRÊMES SONT TENDANCE. Le mot extrême qui s’utilisait jadis en antéposition dans ses constructions lexicales comme dans les formulations comme l’Extrême-Orient, extrême-droite, extrême-gauche, extrême-onction, s’utilise désormais en postposition comme pour en adoucir les traits, nous la retirer de l’horizon lointain, du Far West pour la rendre plus visible dans le centre extrême ou l’extrême insoumission que d’aucuns appellent de leurs vœux comme dernière extrémité pour sauver les démocraties de l’extrême- onction programmée.

Mais revenons aux sens premiers d’extrême. A travers deux proverbes :

Aux maux extrêmes les extrêmes remèdes.

Les extrêmes se touchent.

Extrême, dixit le cntrl, tiré du latin extremus, superlatif de exter, en dehors. Signifiant le plus à l’extérieur, le dernier, le pire, l’extrême.

Oh je sais tout n’est affaire que de proportion puisque, nous disent par ailleurs les arithmeticiens, le produit des extrêmes est égal aux produits des moyens.

Les frontières de l’extrême reculent sans arrêt. Il y a une surenchère permanente. Plus le sport est extrême plus il attire la jeunesse, plus le discours est extrême plus il attire le chaland.

Je suis né moi-même dans l’extrême, puisque né à EXTRA-MUROS. EN DEHORS DES MURS, EN DEHORS DU BOURG. DEWO. L’extrême extase de l’en-dehors…

Au bout du petit matin, trois points de suspension

« Au bout du petit matin…  » .

Trois points de suspension qui finissent en « immobile verrition » . Voilà en sept mots deux paroles et je ne sais combien de signes ou d’espaces le manifeste de CESAIRE Aimé en 1939. Bientôt 80 ans après, « Cahier d’un retour au pays natal » peut s’acheter d’occasion chez Gibert, boulevard Saint Michel à Paris pour 3,80€.

Moi je peux m’identifier sans effort aux bouts du petit matin. Ce qui pose problème c’est « immobile verrition » . C’est un néologisme en 1939. C’en est toujours un en 2018. NÉGRITUDE ÉTAIT LUI AUSSI UN NÉOLOGISME MAIS LE MOT À FAIT SON CHEMIN. Verrition est resté quant à lui coincé dans les lacs immobiles de l’histoire littéraire. Dans mon réseau conceptuel j’ai ver, vers, verre, vair, vert mais verrition est aux abonnés absents. Je nage donc dans l’obscur immobile. Mais Brillât Savarin, Jean Anthelme de son prénom, éclaire sous une autre lumière, celle de la belle aurore, ce que je croyais être un néologisme puisque plus de 100 ans avant Césaire il écrit dans « Physiologie du goût » (1825)(1, 14) que la verrition est un mouvement de la langue par au-dessus par en dessous pour débarrasser les dents des restes de nourriture qui peuvent s’accumuler dans les interstices entre les dents et les gencives.

Un mouvement immobile de la langue voilà toute la gageure. À ne pas confondre avec d’autres mouvements de la langue comme la spication et la rotation.

Quelque chose qui tient au balayage c’est à dire au nettoyage, l’asseptie, à la propreté . Il y a dans verrition le mot portugais « varrer » qui signifie balayer. Le balayage : « varredura » , le balai: « vassoura » . Il n’y a pas de verrition sans langue ou alors la brosse à dents ou le cure-dents (palito de dente) doivent être mis à contribution entre dents et gencives.

On peut même dire que s’embrasser c’est curer, récurer la bouche de l’autre de sa langue.

Mais alors comment pratiquer ce baiser tantrique, immobile, imperceptible dans sa lenteur comme nous y convoque Césaire?

Qu’avait donc en tête le néologiste de 26 ans à Paris quand il concluait pour solde de tout conte son texte fondateur par « la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition ? »

Un cunnilingus peut être immobile. Au bout du petit matin. Voilà qui fait sens. Et va à contre sens des idées reçues.

Ainsi le cahier d’un retour au pays natal serait le cahier d’un retour à la vulve natale.

À l’aube de cette révélation de nouvelle négritude je recommence la lecture des dernières lignes de l’opus:

monte, Colombe

monte

monte

monte

Je te suis, imprimée en mon ancestrale cornée blanche.

monte lécheur de ciel

et le grand trou noir où je voulais me noyer l’autre lune

c’est là que je veux pêcher maintenant la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition!

Au bout du petit matin la belle Aurore balaie son oreiller. Ce que nul ne saurait reprocher à une dame, mère de gastronome.

Fille de Bacchus et de Vénus

Orion dort. Plante du pied gauche lovée dans la cheville droite, le bras gauche replié au niveau du coude à hauteur de l’oeil gauche et masquant la vue, la main droite comme soupesant la tête du côté droit au niveau de l’oreille dans la position du discobole, Orion dort, couché de trois-quarts sur le dos. Il porte un short orange liseré de noir et sa chemise à rayures où l’orange est repris en fines bandelettes alternant des trainées blanches et marron.

Il tousse. Inconsciemment sans doute, il palpe mentalement son pied gauche.

Où en est ce gros orteil, l’affreux hallux qui me lancinait à l’heure du sommeil ?

Etrangement aucune douleur ne se fait sentir. Son pied droit masse inlassablement son pied gauche, on dirait deux frères de la Côte ! A la recherche de l’or de la douleur comme un trésor caché sur une quelconque île déserte dont nul cyclone ne peut dissiper la brume. Disparue. La crise aurait-elle cessé ? Il en sourit. Ce soir à 19 heures il pourra être de la fête.

Mais déjà le corps à jeun se met en branle. Il tousse et surgis de l’antan en extinction, de sa cage thoracique volètent jusqu’à cinq diablotins qu’il croyait disparus, diablotins nocturnes qu’il chassait pour leur chair d’ébène dans une autre incarnation sur les pentes de la Soufrière. Ces derniers se dissipent en jappant comme les notes pélagiques d’un piano mécanique, certains qu’ils reviendront en British shorthair au bercail ce soir bien longtemps après que la fête ait terminé .

ah ces diablotins ! Qu’ils se moquent !

Orion, semblent-ils tous dire ! Orion gâteux, Orion goutteux ! !

Goûteux, se permet-il de rectifier. Goûteux, Messieurs, avec un seul t et un accent circonflexe sur le premier u, g-o-u-t-e-u-x, épelle-t-il, pédagogue !

Allez empêcher un diablotin même éteint d’être farceur !

Ne l’ont-ils pas, ces crapules, pas plus tard qu’hier matin, soumis tels de révérends pères dominicains à la pénitence salutaire:

5 fois à genoux l’oraison dominicale, cinq fois à genoux la salutation angélique !

Mais il sourit sous cape, sous les draps bleus qui l’enveloppe bien au chaud sous la bulle de cette matinée de fin août qui s’annonce chaude ! Oh, il ne faudra pas abuser. Allez, juste une petite goutte de Bourgogne et deux phalanges de Père Labat en apéritif on the rocks avec du jus de canne, du citron vert et de l’angostura comme il se doit.

Je suis quand même fils de Bacchus et de Vénus ! Fils illégitime, soit ! Mais fils quand même, même si ce ne fut des oeuvres d’un bon, vrai et légitime mariage !

Macunaíma, (soap) opéra tupi en Ursa Major

Macunaíma c’est le chef d’oeuvre de Mário de Andrade (1893-1945) publié au Brésil en 1928. Cet ouvrage foisonnant a dû attendre 51 ans pour avoir une traduction en français (Flammarion 1979, traduction de Jacques Thiérot, 246 pages, avec une préface du poète brésilien Haroldo Eurico Browne de Campos (1929-2003). En 1997 une édition critique coordonnée par Pierre Rivas est publiée par Stock/Unesco qui revoit et corrige la version de 1979 et l’enrichit d’un glossaire (le total de pages se porte désormais à 345 pages. Notre compréhension de Macounaïma s’enrichit donc d’un tréma et d’un o et e 99 pages . Ce héros sans caractère, fils de la peur de la nuit, indien Tapanhumas, selon les termes mêmes du titre naît dans la Forêt Vierge de Uraricoera et finit constellation, satellisé dans la Grande Ourse. C’est donc l’histoire d’un voyage magique où l’indien change de peau comme de chemise. On croit ce Candide noir, mais le voilà tout-à-coup blanc aux yeux bleus à la faveur ou défaveur d’une pluie ensorceleuse, puis insecte, puis poisson puis même canard. Cette odyssée picaresque en incarnations successives s’apparente en surface au Gulliver’s Travels de Jonathan Swift, à Le tour du monde en 80 jours, de Jules Verne, à Moby Dick de Hermann Melville, voire In the Heart of Darkness de Joseph Conrad. Ce n’est pas non plus un voyage individuel car Macunaíma voyage avec ses deux frères Manaape (le noir) et Jiguê (le mulâtre). Oh le but de ce voyage riche en péripéties et personnages étonnants c’est São Paulo avec une petite pause à Rio de Janeiro. Étrange voyage à rebours qui mène du monde dit sauvage au monde dit civilisé, du monde dit primitif au monde dit supérieur, alors que tous les autres voyages cités ont un parcours entendu de la civilisation au sous-monde. On sort de la lumière du progrès de l’ordre pour se confronter aux ténèbres, au sauvage, à l’imprévu, aux rites magiques des pombagiras. En ce sens le périple de Macunaíma et de ses frères est une gageure. C’est une quête mais non une quête d’idéal, c’est la quête du muiraquitã, la pierre sacrée qui donne le pouvoir, qui donne l’identité. Tout ce voyage est en quelque sorte une quête d’identité qui s’achève en eau de boudin dévoré par une iara mangeuse d’hommes et en même temps un parcours initiatique à la modernité : les machines, la politique, les classes possédantes, la guerilla urbaine, le racisme. Or lors de son retour il se fait voler cette pierre et donc revient au pays, à la case départ les bras ballants. Pas étonnant alors que les dieux l’envoient balader dans une autre dimension. Les dieux de tout acabit et de toute dénomination qui sont les véritables héros de cette fable baroque, où se croisent et se décroisent aux détours des chapitres les mythes, le ludique, le grotesque, le sexe, le cannibalisme et l’oraliture. C’est un feuilleton, un soap opéra grotesque et merveilleux, fourmillant et virevoltant. Ce n’est pas à travers un fleuve linéaire que se déroule l’intrigue. Non l’intrigue ne se déroule pas, elle se déroute. Panurges, Pantagruels, Gargantuas de toutes textures et de toutes tessitures sont convoqués et interviennent par leurs touches quand elles ne laissent pas des Sanchos Panças, Ulysses et Marcos Polos desvairados le faire. Les rires fusent et se figent. Est-ce vraiment d’une comédie qu’il s’agit ? Ou serait-on en face d’un western feijoada ou d’un thriller moqueca. On a beau convoquer Till de De Coster et Panurge de Rabelais on se retrouve non pas dans Les Mille et Une Nuits mais Les Mille et Un Hamacs aux couleurs chatoyantes comme les plumes d’un perroquet infini. VEI, CY, Macunaima, astres merveilleux de cette fable herzogienne nous semblent des Fitzcarraldo déjantés et descarados de la Grande Ourse qui prend tout à coup les formes d’un perroquet ou d’un toucan..

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L’ouvrage a eu une adaption pour le cinéma en 1969 par Joaquim Pedro de Andrade avec la participation de Grande Otelo (Macunaíma noir, le fils de Macunaíma), Paulo José (Macunaíma blanc, la mère de Macunaíma), Jardel Filho (Venceslau Pietro Pietra), Dina Sfat (Ci), Milton Gonçalves (Jiguê), Rodolfo Arena (Maanape), Maria do Rosário, (Iquirí), Joanna Fomm (Sofara), Rafael de Carvalho (Caapora), Nazareth Ohana, Zezé Macedo, Wilza Carla, Myriam Muniz (femme de Venceslau), Edy Siqueira, Carmem Palhares, Maria Clara Pelegrino (bonne de Venceslau), Waldir Onofre, Hugo Carvana (homme au canard), Maria Leticia, Guara Rodrigues (Bum) (sous le nom de Guaracy Rodrigues), Maria Lucia Dahl (Iara), Tite de Lemos (voix du narrateur), Leovegildo Cordeiro, Márcia Tânia, Maria Carolina Withaker

La bande originale est composée de Hetor Villa-Lobos , Borodine, Strauss,

Mandu Sarará, de Mario de Andrade et Jards Macalé ,

Tapera Tapejara, de Mario de Andrade et Jards Macalé

Cecy e Pery, de Principe Pretinho avec Dalva de Oliveira

Sob uma cascata, de Francisco Alves

E papo firme, de Renato Correa et Donaldson Gonçalves avec Roberto Carlos

Arranha-Céu, de Orestes Barbosa et Sílvio Caldas, avec Silvio Caldas
Cinderela, de Adelino Moreira avec Angela Maria

Respeita Januario, de Luiz Gonzaga et Humberto Teixeira, avec Luiz Gonzaga

Mulher, de Custodio Mesquita et Sady Cabral, avec Sílvio Caldas

Manganga, de Geraldo Nunes, avec Wilson Simonal,

Toda Colorida, avec Jorge Bem

As tuas Mãos, de Pernambuco et Antonio Maria

Paisagens da minha terra, de Lamartine Babo, avec Francisco Alves

En 1973 cette samba enredo Macunaima de Norival Reis et Davi Antônio Correia est chantée par Clara nunes

Samba enredo do Portela lors du carnaval 1975 :

Portela apresenta

folclore tradições

Milagres do sertão à mata virgem

Assombrada com mil tentações

Cy, a rainha mãe do mato, oi

Macunaíma fascinou

Ao luar se fez poema

Mas ao filho encarnado

Toda maldição legou

Macunaíma índio branco catimbeiro

Negro sonso feiticeiro

Mata a cobra e dá um nó

Cy, em forma de estrela

À Macunaíma dá

Um talismã que ele perde e sai a vagar

Canta o uirapuru e encanta

Liberta a mágoa do seu triste coração

Negrinho do pastoreio foi a sua salvação

E derrotando o gigante

Era uma vez Piaiman

Macunaíma volta com o muiraquitã

Marupiara na luta e no amor

Quando para a pedra para sempre o monstro levou

O nosso herói assim cantou

Vou-me embora, vou-me embora

Eu aqui volto mais não

Vou morar no infinito

E virar constelação

Adaption pour le théâtre aussi grâce à Antunes Filho et la Companhia Paulista de Teatro en 1978

Une adaption en opéra tupi en 2008 par Iara Rennó avec la participation de noms illustres comme Tom Zé, Tetê Espíndola, Anelis Assumpção, Funk Buia, Siba, Moreno Veloso, Buguinha Dub, Barbatuques, Arrigo Barnabé, Kassin, Maurício Takara, Daniel Ganjaman, Alexandre Basa, Beto Villares, Benjamin Taubkin, Quincas Moreira, Toca Ogã, Da Lua, Bocato, Fuloresta, Dante Ozetti,

Un disque en est sorti Macunaíma, ópera tupi avec comme morceaux Macunaíma 5’36, Mandu Sarará 4’40, Nina Macunaima 4’49, Conversa 4’02, Quando mingua a Luna 3’56, Jardinheiro, Naipi, Bamba querê, Dói Dói Dói, Na Beira do Uraricoera, Valei-me, Ruda, Tapera, Boi

On a même eu un opéra ballet en 2014 avec cette même Iara Rennó

Bata me um abacate, viu, seu Macunaíma

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Rá, rá, rá, como fala o santo « se eu soubesse » ou sei lá o nome do dito cujo. Eita gente eleição à vista ! Embora cantar então, cantar o eleitor claro. Todo eleitor, sabia, tem cara bonita e respira o Brasil antes da eleição. Depois é outro departamento. Mas tudo bem. Aquele Macunaíma sem caráter já falava no seu tempo, aliás já em 1928, pouca saúde e muita saúva, os males do Brasil são. Ele nem nome tinha mas votava sim ! Ordem e Progresso, é outra coisa ! Né Itamar ! Vamos cantar juntos Adeus Planalto !

Eu não nasci e não vivo no Brasil, então

Eu fui a Brasília pra no Planalto

Beber abacatada

Fui pra beber, não bebi, que decepção senti

Bebii quase nada.

Eu não comi Vei, a Sol, muiraquitãs nem cunhãs

Urraricoera

Eu não comi Piaimã, não comi Uiara, Capê

Comi quase nada

Eu não provei Cuianogue, não provei Ci nem Nhamundá,

Macunaíma,

Eu não provei Imperador, não provei nem Mato Virgem

Provei quase nada

Eu fui a Brasília pra no Planalto

Me encher com abacate

Fui pra encher, não enchi, que decepção senti

Comi quase nada.

Eu não comi Maanape, nem Jiguê nem

Cobra preta, Ai que preguiça

Sauva também não comi , lua, India Tapamunhas

Comi quase nada

Eu não belisquei Rio Negro, ilha de Marapatá

Nem Icamiabas

Eu não belisquei Ursa Maior, Grande Otelo nem Paulo José

Belisquei quase nada

Eu fui a Brasília pra no Planalto

Bicar no abacate

Eu fui pra bicar, não biquei, que decepção senti

Biquei quase nada.

Não papei o Venceslau Pietro Pietra nem Sofara

Ai que preguiça

Eu não papei Joana Fomm, Milton Gonçalves nem Myriam Muniz

Papei quase nada

Não engoli preto retinto, filho do medo da morte

Nem Caapora

Não engoli ordem nem progresso, herói da nossa gente,

Engoli quase nada

« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit »

« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit, il se gagne, il n’existe que s’il se veut. « 

Cette citation d‘Alain (1868-1951) interpelle.

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Elle me fait penser à une publicité de BASF pour une cassette sur une musique de Giacomo Puccini (1858-1924), Manon Lescaut où un buste de Puccini pleure en écoutant la voix d’une soprano chanter In quelle trine morbide. L’émotion intacte. Le bonheur. Je ne sais qui est la soprano qui interprète Manon, ni rien de l’aventure qui la lie au Chevalier Després et pourtant j’ai comme une parcelle de bonheur qui m’envahit au moment où la statue de Puccini verse sa larme. La musique anime la pierre, lui donne vie. Etait-ce Maria Callas, était-ce Léontyne Price ou Angela Gheorgiu, Montserrat Caballé ou Kiri te Kanawa ?

Peu importe. Je crois qu’au contraire le bonheur se savoure comme un fruit dans la mesure où l’on sait tout le processus de développement du fruit avant qu’il ne soit mûr et digne d’être savouré. Rien n’empêche de le déguster vert ou blet non plus. A chacun sa notion de bonheur. Par exemple on peut fort bien aimer les mangues vertes ou les tomates vertes.

Il y a chez nombreux philosophes la notion que le bonheur c’est quelque chose d’exceptionnel, qui arrive en bout de course, comme une récompense après de longs efforts. Cette vision un peu religieuse s’inspire du paradis que nous n’atteindrons qu’après la mort et la resurrection. C’est là selon eux qu’existe le vrai bonheur, à la droite du Père. Et même ce bonheur-là ne sera pas donné à tous. Heureux les pauvres d’esprits ne dit-on pas car le royaume des cieux leur appartient. Ce bonheur céleste ne se savoure  pas comme un fruit, d’ailleurs il nous serait bien difficile de le mordre puisque si jugement dernier il y a nos dents  ne seront que poussière et le fruit désiré aura même dépassé le stade de pourriture . Le fruit restera à l’état virtuel.

Ce bonheur là est le type de bonheur qu’on place comme une statue sainte et que l’on observe comme un trésor. Un jour bien après notre mort nous serons heureux. Nous vivrons notre béatitude.

 

In quelle trine morbide...
nell'alcova dorata v'è un silenzio
gelido, mortal, v'è un silenzio,
un freddo che m'agghiaccia!
Ed io che m'ero avvezza
a una carezza
voluttuosa
di labbra ardenti e d'infuocate braccia...

or ho tutt'altra cosa!
O mia dimora umile,
tu mi ritorni innanzi
gaia, isolata, bianca
come un sogno gentile
di pace e d'amor!

Moi je crois aux bonheurs quotidiens, presque invisibles, faits de souvenirs et d’anticipations, un peu comme dans La Mélodie du Bonheur (The Sound of Music). Julie Andrews, la novice rebelle, amoncelle des petits bonheurs quotidiens, les joies quotidiennes qui  font aller aussi bien elle que la famille Von Trapp de l’avant.

 

 

 

God save the Mongoose King

« Riki tiki tavi Mongoose is gone » chantait Donovan en 1970.

La langouste s’est fait la malle. Vive la mangouste.

 

 

Le paquebot amiral de l’empire britannique The Queen Mary fait relâche dans les eaux du Maas de Rotterdam à quelques encablures du Erasmusbrug. Ce pont, emblème de Rotterdam, pose son tablier audacieux à la face du monde. A Londres sir VS Naipaul se meurt. Le World Muséum qui chante l’intégration des 160 communautés qui composent le quotidien de Rotterdam est en travaux. Les travaux sur lesquels Naipaul s’est penché sont le traumatisme des post colonialismes. Il parle d’empires déclinants et pourtant à l’aube du Brexit les sirs, les ladys, les OBE pullulent à travers l’empire britannique qui ne s’est jamais éteint et qui survit à travers le Commonwealth. La richesse commune. LE CHEVALIER Naipaul, qui a toujours renié d’une certaine façon son appartenance à Trinidad où il est né et dont les malheurs ont servi de palette à ses travaux, s’est toujours REVENDIQUÉ anglais avant tout et indien accessoirement. Lors de son discours d’acceptation du prix Nobel en 2001 ce sont ces attaches-là qui semblèrent universelles et dignes d’être évoquées par ce pur produit d’Oxford qui voyait les Caraïbes comme des plantations où travaillaient non pas des hommes mais des singes. Preuve par 9 s’il en faut du traumatisme et du déracinement subi par les engagés Dravidiens lors de leurs migrations en terre antillaise vers la moitié du XXème siècle. Certes Naipaul n’était pas croyant. Mais il croyait à la toute puissance des lunettes victoriennes à travers lesquelles il disséquait sans pitié la Caraïbe. C’était comme le disaient les sages de Stockholm un tourmondiste, ce qui montre bien que ce n’était pas un tiers-mondiste. Il se servait de la matrice de la souffrance, du traumatisme comme objet d’analyse pour jeter ses anathèmes comme on jette un pavé dans l’eau. Il eut ses détracteurs et ses admirateurs et j’imagine que lors de ses voyages effectués à travers le monde il emprunta plus qu’à son tour les coursives des semblables du Queen Mary. J’imagine qu’il savait plus par cœur « God save the queen » que l’hymne de Trinidad et Tobago. Ne parlons même pas de celui de l’Inde.

Cet hymne créé en 1962 lors de l’indépendance de Trinidad et Tobago s’appelle Forged from the love of Liberty de Patrick Stanislaus Castagne.

J’imagine que l’ibis et le cocrico lui étaient bien plus étrangers que le chardon et les trois couronnes
God save the mooongose king.

J’imagine qu’il sera récupéré par ses détracteurs et déclaré enfant de la patrie par tous les caribbéens au même titre que des noms comme Derek Walcott et Aimé Césaire.

« History is built around achievement and creation and nothing was created in the Caribbean. »

Les vues politiques de celui que Walcott a appelé dans un poème en 2008 The Mongoose étaient pour le moins déconcertantes de mon point de vue. Il est né outsider et l’est resté toute sa vie depuis son premier roman « The Mystic Masseur » de 1957. Homme à polémique il me laisse cette phrase dans  » A Bend on the river »(1979)

The world is what it is; men who are nothing, who allow themselves to become nothing, have nothing to do in it.

Naipaul a théorisé une histoire où les Caribéens souffrent d’un traumatisme post colonialiste qui fait qu’ils n’ont aucune chance de sortir de la gangrène où ils se trouvent. A ce déterminisme historique sombre qu’il promeut je préfère L’ESPÉRANCE POETIQUE prônée par Walcott avec qui il fut en éternelle opposition :

« I have been bitten, I must avoid infection
Or else I’ll be as dead as Naipaul’s fiction »(Derek Walcott)(2008, The Mongoose)