Botei uma flor na janela de 2018

 

 

Botei uma flor na janela

Pra Iemanja ver do mar

Da lua olhando pra ela

São Jorge vai abençoar

Com a força que vem as ondas

Com os raios que vem do luar

Encontro amor e alegria

 

Desejo pro ano que vem

Tudo de bom e de bem

Para você e pra os seus

Dê boas vindas aos sonhos

Tristeza e magoas adéus

Procure pelos bons caminhos

Estradas de luz e de paz

A gente não tem que ter muito

A gente precisa ser mais.

Obrigado Iza por ter me enviado esse poema. Na realidade foi uma mensagem sonora que recebi pelo Messenger e tive que transcrever. So depois achei o video ! A maneira de cantarolar me fez lembrar a voz de Paulinho da Viola. Mas pode ser também, segundo me dizem, Jorge Vercilo, Tiago Nacaruto, Sergio Barros, Chico Buarque de Holanda e outros ! Procurei por toda parte a autoria desta obra e infelizmente até agora não cheguei à conclusão nenhuma. Fica para mais tarde em todo caso ! Por agora decidi que era Sertgio Barros mas nao tenho prova nenhuma de quando foi gravado.Vamos descobrir com certeza antes do proximo ano novo raiar ! Desejo a todos para 2018 um ano bem melhor do que 2017 e nem que seja um pouquinho abaixo de 2019. Afinal imagino que tem anos que tem um climax e que nunca mais vai subir mais alto mas assim mesmo vamos la ! No ataque ! A esperança é a ultima que morre, né ! Samba !

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Outra coisa : as obras de arte no video:

1 Lia Mittarakis ‘Rio de Janeiro, gosto de você, gosto dessa gente feliz’;

2 Helena Coelho ‘feliz ano novo’;

3 Ariane Krelling ‘São Jorge’;

4 Airton das Neves ‘à beira-mar’;

5 Duca ‘caraíva’;

6 Luciana Mariano ‘réveillon’;

7 Maldonado Díaz ‘mosaico de tradiciones en el llano’;

8 Raquel Galena ‘cidade do sonho’;

9 Valquíria Barros ‘ciranda de flores’;

10 Adriano Dias ‘roda de ciranda’;

11 Luciana Marinho ‘gaiolas’;

12 Ernane Cortat ‘o violeiro’;

13 Angela Gomes ‘a caminho do convento’;

14 Angela Gomes ‘convento da penha’;

15 Luciana Marinho ‘fazendo’;

16 Meire Lopes ‘lugarejo’

Sur le podium des mythologies de mon Tout-Monde

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Dix ans après la publication de Mythologie française par Henri Dontenville qui se penche sur les mythes fondateurs de la France parmi lesquels il cite Gargantua, Mélusine, Bayard et Aymon, les Mythologies de Roland Barthes affirment en 1957, exemples à l’appui, que les mythes qui constituent une nation sont des mythes petits-bourgeois grâce auxquels la bourgeoisie maintient sa culture de classe. Les objets sont appropriés, le vin, le lait, le tour de France sont présentés comme naturels et symboliques de la francité. L’hommage rendu à Johnny soixante ans après (qui en a même perdu du coup son Hallyday, lui même mythologique) est symptomatique de cette mythologie française.

Les mythes sont constitués par notre inconscient collectif comme le souligne Jung. Ils procèdent de la fable plus que de la raison. Johnny est le fruit d’une épopée et la passion dont il fait l’objet est celle qu’on réserve aux idoles. La question que je me pose c’est Johnny a-t-il une place sur le podium des mythologies de mon Tout-Monde ? Coche-t-il à toutes les cases des archétypes qui me fécondent ? Coche-t-il comme Che Guevara , Malcom X, Fidel Castro, Gandhi, James Brown, Jimi Hendrix, Wole Soyinka, Aimé Césaire et Edouard Glissant, Cassius Clay-Mohammed Ali,  pour ne citer qu’eux ? Est-il au même niveau ? Je ne crois pas.

Affaire à suivre. Donnons le temps au temps !

 

Hasta siempre, Comandante

 

Aprendimos a quererte

Desde  la histórica altura

Donde el sol de tu bravura

Le puso cerco a la muerte.

Aquí se queda la clara,

La entrañable transparencia,

De tu querida presencia

Comandante Che Guevara.

Tu mano gloriosa y fuerte

Sobre la historia dispara

Cuando todo Santa Clara

Se despierta para verte.

Vienes quemando la brisa

Con soles de primavera

Para plantar la bandera

Con la luz de tu sonrisa.

Tu amor revolucionario

Te conduce a nueva empresa

Donde esperan la firmeza

De tu brazo libertario.

Seguiremos adelante

Como junto a ti seguimos

Y con Fidel te decimos:

!Hasta siempre, Comandante!

Ces vers de Carlos Puebla écrits en 1965, deux ans avant la mort du Che, je les ai certes mille fois entendus mais sans jamais prendre le temps de les lire à tête reposée. Aujourd’hui c’est chose faite.

Je n’ai jamais été moi même un révolutionnaire et si j’avais un jour vraiment adhéré quelque chose cela aurait été à quelque chose d’anarchiste, rimant sur le mode ni dieu ni maître. Mais j’admire qui va au bout de ses idées quelles que soient ces idées. J’aime la cohérence quand bien même cette cohérence suive parfois des lignes courbes et peut faire l’objet de ruptures, de renoncements, de changements brusques de direction. Je n’ai jamais été du type à mourir pour mes idées. J’ai mes idées, elles sont ce qu’elles sont et peu m’importe leur validation par autrui.

 

A mon enterrement en Macroniaisie

« I planned my own burial », dit à qui veut la suivre cette jeune fille avenante débordante de vitalité qui nous propose quelques solutions d’enterrement trendy, pas chères et iconoclastes ! Parmi celles-ci donner son corps pour qu’il intègre des expositions comme Body Worlds – Le cycle de la vie ou Our Body ou encore Bodies qui exhibent pour certaines depuis  environ 30 ans des cadavres dépecés à travers le monde à partir de la technologie allemande de la plastination imaginée par le Dr Gunther von Hagens. Eh oui il n’y a pas de petit profit en ces temps de crise d’Emmanuélite aigüe où l’en même temps est devenu l’idéal républicain de règle et de bon goût en Macroniaisie ! Loin d’être macabre la mort est devenue fascinante parfois, dérangeante parfois, polémique toujours mais surtout et avant tout fashion, les  lampes torches des portables ayant remplacé les flammes des bougies  et la mort roulant en Harley Davidson rutilante et chromée plutôt qu’en corbillard hippomobile démodé. On pose en grandes pompes des crayons noirs à la place des chrysanthèmes sur les catafalques bleu blanc rouge comme pour rehausser les pleins et les déliés du bling bling des oraisons.

La mort qu’elle soit le fruit de guerres, de fanatiques religieux, d’accidents ou naturelle est toujours exclusivité, prime time médiatique. Voir l’autre mort c’est se croquer symboliquement l’orteil et constater ainsi au prix d’une (légère) blessure narcissique qu’on est bien vivant, alive and kicking. On se sait mortel, car la mort est la chose la mieux partagée du monde,  mais la mort de l’autre, surtout si cet alter a été un grand de ce monde, fascine le Macroniais lambda, le conforte dans sa théorie du milieu, de l’équilibre et de l’harmonie. La mort consensuelle apparaît ainsi sur les écrans des chaines news sur un mode subliminal. Toute mort devient soleil !

Il est mort, il est mort le soleil,

Quand tu m’as quittée il est mort l’été

 

chantait déja en 1967 Nicoletta. A cette époque-là encore l’amour et le soleil c’était pareil. repris par Ray Charles, non voyant, qui disait:

The sun died, the sun died with my love,

When you left me blue, the summer died too

Chacun a sa propre vision de son dernier voyage, de son  enterrement inéluctable. Léo Ferré, dans  la ligne de François Villon en fait une chanson : A mon enterrement, écrite en 1971 soit 22 ans avant sa mort.

A mon enterrement j’aurai des cheveux bleus
Des dingues et des Pop aux sabots de guitare
Des cheveux pleins de fleurs des champs dedans leurs yeux
Hennissant des chansons de nuit quand y en a marre
J’aurai des mômes de passe, ceux que j’ai pas finis
Des filles de douze ans qui gonflent sous l’outrage
Des Chinoises des Russes des Nordiques remplies
Des rues décapitées par des girls de passage

A mon enterrement

Et je ferai l’amour avec le croque-mort
Avec sa tête d’ange et ses dix-huit automnes
Douze pour la vertu et six mourant au port
Quand son navire mouillera comme un aumône
A mon enterrement j’aurai un coeur de fer
Et me suivrai tout seul sur le dernier bitume
Lâchant mon ombre enfin pour me mettre en enfer
Dans le dernier taxi tapinant dans la brume

A mon enterrement

Comme un pendu tout sec perforé de corbeaux
A mon enterrement je gueulerai quand même
J’aurai l’ordinateur facile avec les mots
Des cartes perforées me perforant le thème
Je mettrai en chanson la tristesse du vent
Quand il vient s’affaler sur la gueule des pierres
La nausée de la mer quand revient le jusant
Et qu’il faut de nouveau descendre et puis se taire

A mon enterrement

A mon enterrement je ne veux que des morts
Des rossignols sans voix des chagrins littéraires
Des peintres sans couleurs des acteurs sans décor
Des silences sans bruits des soleils sans lumière
Je veux du noir partout à me crever les yeux
Et n’avoir jamais plus qu’une idée de voyance
Sous l’oeil indifférent du regard le plus creux
Dans la dernière métaphore de l’offense

A mon enterrement

Quant à Sanseverino voici sa version :

Les yeux humides et rougis
Fatigués et transits
La gorge nouée par le chagrin
Vous avancez en cortège
Un silencieux cortège
Mais un verre à la main
Parmi les compères
Il fallait désigner
Quelques volontaires
Quatre costauds pour me porter
À mon enterrement
Pour le transport de mon lit de mort
À mon enterrement
Vos glandes lacrymales
Ne vont pas y couper
C’est nerveux c’est normal
Vous boirez du vin
À ma santé
Quand ce sera terminé
J’ai évité la morgue
Et j’en ai fini
En crevant dans mon lit
Piétinez doucement en allant
À mon enterrement
Pas à pas…
Comme à la Nouvelle Orléans
À mon enterrement

Dommage qu’il soit trop tard
Si j’avais eu quelques dollars
Je me serais sûrement payé une fanfare

Rendez-vous là-bas pour la crémation
L’ultime cuisson
Ça brûle
Hey
Venez faire du bruit
Venez tourner d’l’oeil
Venez taper l’deuil
Sur le bois de mon cercueil

Hey…
Des hystériques et des sorciers vaudous
À mon dernier barbecue
Ça va chauffer sauvagement
À mon enterrement
Venez passer du bon temps
À mon enterrement
Quelle réussite cette réception
Y’avait d’la tristesse et d’l’espoir
Ne me laissez pas tout seul dans l’noir

À mon enterrement
À mon enterrement
À mon enterrement

Il y a la version de Bwatazik

Il y a la version de Rémi Boibessot

Moi à mon tour je l’ai déjà dit et je le redis haut et fort à mon enterrement, ne m’enterrez surtout pas, ne m’emmurez pas, je vous en conjure ! Quand bien même la Cour de Cassation, garante des bonnes moeurs, décide que cela est indécent,  laissez plutôt  les quatre vents me déraciner de l’estran, laissez-les m’ensevelir plutôt dans le flux et reflux  du large, permettez qu’ils me jettent aux crêtes des vagues et me fracassent sur le limon des rochers et si disséqué je dois être que ce soit par les poissons abyssaux ou les méduses, et si embaumé je dois être que ce soit par l’iode et le sel, et si vêtu je dois être que ce soit d’algues et de corail !

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Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse

La fable de la Fontaine Le Laboureur et ses enfants m’a toujours impressionné. C’est la neuvième fable du livre V, édité en 1668, inspiré d’Esope, écrivain grec qui a vécu entre les septième et sixième siècles avant JC.
L’original d’Esope disait ceci en prose :

Un laboureur, sur le point de terminer sa vie, voulut que ses enfants acquissent de l’expérience en agriculture. Il les fit venir et leur dit:  « Mes enfants, je vais quitter ce monde;  mais vous, cherchez ce que j’ai caché dans ma vigne, et vous trouverez tout ». Les enfants s’imaginant qu’il y avait enfoui un trésor en quelque coin, bêchèrent profondément tout le sol de  la vigne après la mort du père. De trésor, ils n’en trouvèrent point; mais la vigne bien  remuée donna son fruit au centuple.

Cette fable montre que le travail est pour les hommes un trésor.

Je  connaissais par cœur cette fable, sous la plume de La fontaine, au même titre que Le loup et l’agneau, Le lion et le rat, Le corbeau et le renard, La cigogne et la souris, La cigale et la fourmi, Le lièvre et la tortue. Il  me revient en tête cette suite d’alexandrins et d’octosyllabes faite de rimes croisées, embrassées et suivies  que je m’empresse de vous réciter, comme je la récitais à ma maîtresse: 

Travaillez, prenez de la peine:

C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage

Que nous ont laissé nos parents.

Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l’endroit; mais un peu de courage

Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.

Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût.

Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse.

Ce qui m’a toujours intrigué c »est pourquoi ce riche laboureur n’avait pas prodigué ses conseils à sa progéniture dans la splendeur de l’âge. Pourquoi avait-il attendu d’être mal caduc, plus mur qu’un fruit à pain pourri à l’article de la mort, pour inculquer à ses enfants la passion du labour/labeur. Il leur fallut bêcher la terre, la piocher, la sarcler, l’engraisser « deça delà, partout » jusqu’à la moisson avant qu’ils ne saisissent dans leur caillou intime que le travail est un trésor. On imagine qu’il y eut des semailles et que les semences étaient certifiées bio  et que nul engrais chimique et surtout pas du Roundup cancérigène ne fut utilisé car le laboureur d’Esope tout comme celui de La Fontaine, presque vingt siècles plus tard, pratiquaient une agriculture raisonnée respectueuse des rythmes biologiques de la terre. Mais encore faut-il que les conditions météorologiques permettent aux champs de respirer, de faire jachère, alterner les cultures, l’ombre et la lumière. On imagine qu’il n »y eut pas de sécheresse et que les oiseaux ne vinrent pas picorer les semences dans les sillons. On imagine qu’il n’y eut pas d’épidémie de phylloxéra et que les pucerons ne desséchèrent  pas les sarments et feuilles de vigne à tout jamais. Les cyclones, les tremblements de terre,  les éruptions volcaniques eurent sans doute leur mot à dire mais malgré tout cela il m’arrive de me demander parfois si le travail libère l’homme ou si c’est une calamité nécessaire pour réguler l’humanité au même titre que la peste et le choléra.

J’ai encore en tête cet hymne à l’oisiveté de Henri Salvador et son Le travail c’est la santé

Pierre Perret pense un tout petit peu différemment

Le laboureur et ses enfants

Auteur : Jean de la Fontaine
Paroles nouvelles et musique : Pierre Perret – © Editions Adèle 1995

Un vieillard cul-terreux, champion de l’infarctus
Qui en avait déjà fait deux trois éblouissants
Avant que la faucheuse ne lui secoue les puces
Fit venir ses lardons et leur dit : Tas d’ fainéants

REFRAIN

Je suis le laboureur
Vous êtes mes enfants
Je suis le travailleur
Vous les fainéants

Désormais grattez dur, fait’s vous péter la rate
Semez l’orge et le blé dans le froid et le vent
Retournez bien le champ, cloquez-y du nitrate
Un trésor est caché enfoui sous le chiendent

REFRAIN

Je suis le laboureur
Vous êtes mes enfants
Je suis le travailleur
Vous les fainéants

Les meules sur son tracteur le plus vaillant des fils
Voit ses épis de blé se transformer en or
Tandis que son frelot, qui rêv’ que de chaud-bise
S’est tiré à Nashville et là, il a fait fort !

REFRAIN

Les fils du laboureur pour plaire au vieux pecnod
En ont vraiment bavé des ronds d’ chapeau

L’un joue de la guitare, oui, c’est ce qu’il voulait
Faute d’être paysan, il est devenu star
Son frangin, ça l’a scié. Ça lui a coupé l’ sifflet
De voir qu’on peut chanter sous une pluie de dollars !

REFRAIN

Les fils du laboureur chacun dans leur sillon
Ont amassé tous deux le gros pacson

De ces deux qui ont choisi le tracteur ou l’ micro
Quel est celui le soir qui a le moins mal au dos ?
Moi je pens’ pour ma part qu’à bosser tout’ sa vie
Qu’on soit paysan ou star, on est complèt’ment cuit

REFRAIN

Pourtant les travailleurs
Savent depuis tout l’ temps
Que le travail fatigue énormément
Et qu’on soit laboureur
Plombier ou Président
On part complèt’ment naz’s
Les pieds devant

Certains disent carrément : je ne veux pas travailler comme Pink Martini et compensent en fumant

Travailler selon moi c’est s’inscrire dans une quête de sens.

Cette quête de sens est multipolaire, multidisciplinaire. L’important est de labourer et même si la terre n’est pas arable il faut faire en sorte de trouver l’instrument idéal, la recette capable d’enlever à la terre son acidité, son PH. Il n’y a pas de terre improductive, de terre stérile, calcaire, rouge ou noire, impropre aux cultures, de terre volcanique, de désert fangeux, de terre saumâtre, de parcelle marécageuse qui résiste à l’assaut persévérant de l’amour, de la patience et de la tendresse comme fumier substantiel.

On sait que dans le Coran la femme est comparée à un champ que l’homme doit labourer inlassablement. Sourate 2, Al Baqara, La Vache verset 223 :

Les femmes sont votre champ. Cultivez-le de la manière que vous l’entendrez, en ayant fait auparavant quelque acte de piété. […]

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Les instruments que l’homme a pour labourer sa femme sont aussi diversifiés que l’araire, le soc, la herse, la pioche, la bêche, la houe, le sep, l’age, la moissonneuse-batteuse, la faux, le versoir, le pic que le laboureur a à sa disposition pour travailler son champ. Encore faut-il qu’ils soient affûtés, adaptés à la terre qu’ils convoitent.  Quel que soit le geste auguste du semeur, qu’il soit laboureur à boeufs ou laboureur à pied, ce n’est pas tout champ qui travaillé, gratté, retourné,  rapportera quelque profit à moins qu’on ne considère la sueur et les larmes comme des marques de profit. Mais il y a des champs qui sont des jardins secrets, des passions, des talents que nous devons labourer sans cesse. Il nous faut suivre ainsi les conseils prodigués par Nicolas Boileau (1636-1711) dans son Art Poétique pour un labour impeccable:

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit que peu de jugement.
J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

qui aime bien chatouille bien

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Tel Aristophane, je faisais mien jusqu’à peu de temps le vieil adage stoïcien  « qui aime bien châtie bien ». « qui bene amat bene castigat » ! Qui aime bien corrige bien, essaie de rendre meilleur et cela passe parfois par des châtiments, des punitions, des brimades! Alors que j’habitais au Brésil j’ai senti que cet adage était loin de faire consensus. « Qui aime bien ne peut pas châtier » me disait-on effaré par la possibilité du châtiment amoureux. Seul Dieu peut châtier ! Qui étais-je donc pour aimer et châtier selon mon bon vouloir. Pourtant chez Socrate aimer et battre sont une seule et même chose. Mais les Grecs ne sont pas les Brésiliens ! Et au Brésil l’enfant est roi et a tôt fait de vous tancer vertement, et de vous signifier qu’étant le sang de votre sang tout doit lui être dû, pardonné, rien ne doit être expié, l’amour du clan étant plus important que la recherche de la  vérité et de l’excellence et u dépassement de soi.

Les mots ont des sens et connotations variables selon les cultures. J’ai aussi appris de certaines personnes pieuses au Brésil qu’on ne pouvait utiliser le verbe adorer qu’avec Dieu. je ne pouvais donc plus adorer les palourdes, ni les gombos, ni les feuilles de dasheen. Je ne disais donc plus adoro à la connotation déiste mais je pouvais dire adolo, ou dolo. Comme quoi une lettre change et le monde est bouleversé. D’ailleurs pendant que j’y pense le mot anglais pour bouleversant est devastating

Dans qui aime bien châtie bien il y a pour moi l’idée que ce n’est pas parce qu’on aime qu’on ne doit pas être exigent envers ceux que l’on aime et que cette exigence peut parfois mener au châtiment.

Mais maintenant que je viens de passer le cap Horn des 65 ans je change mon fusil d’épaule et je dis depuis Mayotte « qui aime bien chatouille bien ». Voila qui est neptunien à défaut d’être jupitérien du fond de l’océan indien! Je ne cours pas le risque d’être honni. C’est mieux que « qui aime bien fait des guilis-guilis » ! « Qui aime bien fait des cocegas » ! Il y aura je n’en doute pas des esprits chatouilleux et chagrins au point de vouloir chicaner sur le genre de chatouille que je préconise et qui se mettront à déchiffrer dans le texte  les mille arcanes du kamasutra.  Chatouiller c’est étymologiquement provoquer des tressaillements; kietelen en néerlandais, tickle en anglais. Et comment provoque-t-on ces tressaillements, me direz-vous, Monsieur le Marquis Chatouilleur ? Sans aller jusqu’au kamasutra, il suffit  d’aller aux aisselles, sous la plante des pieds car il ne s’agit pas de faire ronronner mais de faire tressaillir. La nuance est d’importance.Mais quoi qu’il en soit chatouiller est un verbe transitif comme aimer, il suppose un sujet et un objet et ceci dès le 15ème siècle puisque l’étymologie de chatouiller dans le cnrtl.fr cite cette phrase où chatouiller se disait alors catoillier et voulait dire tout simplement  exciter en français médiéval selon   Charles d’Orléans dans son ouvrage écrit en 1414 La retenue d’Amour, éd. P. Champion, 219-223 , 1923

« Quand Beauté vit que je la regardoye,

Tost par mes yeulx un dard au cueur m’envoye,

Quand dedens fu, mon cueur  vint esveillier,

Et tellement le print à catoillier

Que je senti que trop rioit de joye. »

Brassens créole

Chaque fois que je pense à Georges Brassens je me retrouve sur la rue des Lombards à Paris; aux Halles où autrefois dans les années quatre-vingts avant d’aller au Diable ou au Cloître des Lombards écouter du jazz ou danser de la salsa je consacrais quelques minutes à écouter un guitariste qui jouait religieusement tous les week-ends et peut-être même en semaine tous les classiques de Georges Brassens. Autour de lui se dessinait une ronde hétéroclite d’inconditionnels du folk, de fidèles, de touristes, de passants, de curieux qui applaudissaient et garnissaient l’étui de sa guitare de pièces et de billets, des francs voire des dollars ou des yens. Oui l’Euro n’était pas encore né !

Brassens pour moi c’était la gouaille, l’irrévérence anarchisante, la liberté du verbe, la polissonnerie, l’anti-conformisme mais aussi la métrique exigeante. Je le savais sétois, né dans « l’encre bleue du golfe de Lion » près du cimetière marin dit Saint-Charles où reposait aussi Paul Valéry et quand je visitai Sète pour la première fois vers l’an 2000 c’est son chant coupé-décalé que je cherchais à déceler à travers les ruelles menant au cimetière le Py.

C’était un homme de la mer, admiratif et jaloux en même temps de Paul Valéry (1871-1945).  Il fit même une Supplique pour être enterré sur la plage de la Corniche à Sète en-dessous d’un pin-parasol. Un troubadour méditerranéen. Et quoi que nous fussions nés sur des parallèles et des méridiens fort éloignés je me sentais une sorte de communauté spirituelle avec lui.

Je pourrais citer comme ça au pied levé quelques passages, quelques rimes riches de sa poésie flamboyante

Je me suis fait tout petit devant une poupée qui fait pipi quand on la touche

 

« le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con on est con, qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, quand on est con on est con, entre vous plus de controverses, cons caducs ou cons débutants, petits cons de la dernière averse ou vieux cons des neiges d’antan »

 

« Quand je pense à Fernande, je bande, je bande, quand je pense à Félicie, je bande aussi, quand je pense à Léonore, mon Dieu, je bande encore mais quand je pense à Lulu alors je ne bande plus, la bandaison parfaite, papa, ça ne se commande pas »

 

« Non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux »

 

« Mourons pour les idées, d’accord, mais de mort lente »

les copains d’abord, coquin de sort, les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics mais il y a une chanson qui plus que toutes me surprit en ce sens qu’elle reprenait un poème de François Villon Mais où sont les neiges d’antan

 

« Dictes moy ou, n’en quel pays,

Est Flora, la belle Rommaine;

Archipiades, né Thaïs,

Qui fut sa cousine germaine;

Echo, parlant quand bruyt on maine,

Dessus rivière ou sus estan,

Qui beaulté ot trop plus qu’humaine ?

 

Ou est la très sage Hellois,

Pour qui chastré fut et puis moyne

Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?

Pour son amour ot ceste essoyne.

Semblablement ou est la royne,

Qui commenda que Buridan

Fust geté en ung sac en Saine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

Fust gecté en ung sac en Seine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

La royne blanche comme lis,

Qui chantoit à voix de seraine.

Berthe au grant pié, Bietris, Alis,

Haremburgis qui tint le Maine.

Et Jehanne, la bonne Lorraine,

Qu’Anglois brulèrent à Rouan;

Où sont-ilx, Vierge souveraine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

Où sont-ilz, Vierge souveraine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, n’enquerez de sepmaine,

Où elles sont, né de cest an,

Qu’à ce reffrain ne vous remaine :

Mais où sont les neiges d’antan ? »

Sam Alpha, le Martiniquais de Fort de France né en 1941, a eu cette idée de génie en 1991 de reprendre ces chansons immortelles et polissonnes de Brassens et de les adapter à la sauce créole. Ce sera Brassens créole volume 1.

Les Amoureux des Bancs Publics (Doudou Ban Foyal) , Chanson pour l’Auvergnat (Kouplé ta la),  Les Copains d’abord (Lanmityé solid), Brave Margot (Yo té la), La prière (Mwen ka salvé ou Mawi), A l’eau de la claire fontaine (An dlo kle la fonten Didiè a), Tonton Nestor (Konpè Toto), La ronde des jurons (Jiretek), La ballade des dames du temps jadis (Mazouk jan lontan), Le pornographe (Sé mwen ki porno), La femme d’Hector (Man Hekto), Le parapluie (parapli), La princesse et le croque-note (Ti prinsès é manjé not)

Puis il reprend le filon en 1996 et ce sera Brassens créole volume  2.

La fille à cent sous (Méglèt), Les funérailles d’Antan (Lantérman jan lontan), Je me suis fait tout petit (Mwen viré piti), L’ancêtre (Bizayel), Oncle Archibal (Ton Awchibal), L’orage (Tonnè), Une jolie fleur (An bel ti flè), Rien à jeter (Sa mwen ké féy jété), 95 pour cent (katrèvenkenz an lé san), Le fantôme (Diabless), Le grand chêne (Mahogani), L’amandier (Prin Mouben), La rose, la bouteille, la poignée de mains (Alamanda ven é bonjou),

Puis à nouveau en 2000 et ce sera Brassens créole volume 3 qui propose: Les trompettes de la renommée (Lambi mon gran non le twompét), J’ai rendez-vous avec vous (Mwen ni ranka évé vou), La mauvaise réputation (Movet not), Histoire de Faussaire (Fo istwa), Le temps ne fait rien à l’affaire (Tan ka fé tan), Il suffit de passer le pont (Sé savann on fwaw janbé pon), Hécatombe sur le Marché de Brive-la-Gaillarde (Bab marché), Le mauvais sujet repenti (Mové sijé drésé), A l’ombre du coeur de ma mie (An lombraj kiyé masibol mwen), Le nombril des femmes d’agents (Zonbi fanm gadpolis), Le gorille (Varé goril)

Sam

 

Hécatombe au marché de Brive la gaillarde adapté en créole devient sous la plume et les arrangements de Sam Alpha Bab marché. Je sais, je sais,  le folk c’est pas antillais mais on peut customiser quand même à la Douanier Rousseau. De la musique naïve en quelque sorte. Comme est naïf l’art haïtien par exemple, naïf car non filtré et censuré par les codes esthétiques ambiants.

Je me sens chez moi dans le monde entier, partout où il y a des nuages

Rosa Luxemburg, 1871-1919, théoricienne du Marxisme, qui parlait le russe, le polonais, l’allemand et l’hébreu disait cette phrase à propos des ghettos. « Je me sens chez moi dans le monde entier, partout où il y a des nuages, des oiseaux et les larmes des hommes ».

Je reprendrais bien cette phrase à mon compte en prenant soin d’y ajouter un ingrédient les gombos et d’en modifier un autre: les larmes. Cela donne donc: je me sens chez moi dans le monde entier, partout où il y a des nuages, des oiseaux, les larmes de rhum et les gombos.

Eh oui je ne suis pas marxiste. Nobody’s perfect, right ! Vous vous en doutiez, non?

Entre France et France, rangée 33, sièges D, E, F, entre Ipséité, Sango et Marahaba

L’avion qui me menait à Mayotte poursuivait sa route sur Tana comme l’ appellent les nostalgiques de Madagascar française. On chantait autrefois Chandernagor, Tananarive, Colorado, le Nevada, le Labrador, etc. Donc moi je dis Antanarivo ! Je sais que Mada est comme Gwada ! Ce sont des petits noms gentils tout doux qu’on donne à des pays dont on pense que ce sont des enfants. Trouvez moi un gentil diminutif pour les Pays-Bas, pour l’Allemagne, pour la France ! Vous me suivez ? Donc pour revenir à mon vol il était je dirais au quart ou à moitié plein de gens qui avaient pour destination finale Madagascar. C’est donc tout naturellement que je me retrouvais sur le siège 33 E.

Au 33D sur la gauche donc, Francis Ra….vao se présente.

Je suis français. Je pars à Madagascar en vacances, c’est le pays d’origine de mes parents.

Et moi je lui dis:

Vous êtes donc aussi malgache quelque part. Vous devez aimer le ravitoto, le riz et les feuillages.

Il opine.

Vu de ce côté-là, oui, c’est vrai. Mais je ne parle pas malgache.

Je lui donne 25 ans à tout casser. Je lui parle de Thoreau, je ne sais pas pourquoi. Mais je pense que la lecture de Thoreau pourrait l’aider à trouver un but à sa quête.  Il ne parle presque rien en malgache selon lui mais il corrige tout de  même ma prononciation de  ravitoto qu’il prononce /ravtutu/ avec l’accent tonique sur le rav. Pas mal pour un Caennais. Ah si j’y avais pensé je lui aurais dit qu’au  Nord-est du Brésil dans la Chamada Diamantina pas très loin de Morro do Chapeu et de Jacobina il y a une ville qui s’appelle Caem !  Il y a une blague autour du nom Caem qui a un rapport avec les chiens mais je ne m’en souviens plus très bien. Il me dit même comme preuve de son indépendance émotionnelle par rapport à Madagascar qu’il ira faire un séjour d’une semaine à la Réunion. Pour se mettre au calme. Moi je me dis qu’il doit bien y avoir des centaines d’endroit à Madagascar pour être au calme. Madagascar serait-elle dépourvue de calme pour un descendant de malgache ? Je m’interroge. Il est né à Caen, Calvados, terre de tripes et de pommes d’api et de bon calva. Ses références sont Lisieux, Évreux et maintenant Limoges où il enseigne les SES (sciences économiques et sociales). Il écoute en boucle Ipséité, un album d’un  chanteur rap belge d’origine congolaise inconnu jusqu’alors pour moi, Damso. J’espionne ce son et il se trouve que j’aime bien Kin la belle. Kin c’est pour Kinshasa, capitale de la RDC (République Démocratique du Congo).

 

Moi je surfe entre Philip Glass et son Heroes Symphony,

Sango, le brésilien et son album De mim para você

, et Zero Gravity et son album Gravity Room.

 

Nous parlons voyages et amours. Je réponds à ses questions. Il élude souvent les miennes. Il a vécu un an en Ecosse à Glasgow comme Erasmus et à fait son stage de master au Burkina Faso. Je sens une quête qui semble se formuler. Je sens qu’il voudrait parcourir le monde. Je le sens tiraillé, je le sens solitaire. Je lui jette même à la figure ce gros mot de « blessure narcissique » qui frappe les descendants de migrants qui passent une partie de leur vie à se chercher en vain. Il voudrait savoir qu’elle a été ma plus grande expérience amoureuse. Au fond de moi je pense que chaque expérience bonne ou mauvaise a eu le mérite d’exister, que dans chaque expérience amoureuse il y a les traces des précédentes et le parfum des suivantes. Qu’on ne peut pas figer une expérience amoureuse en trois mots, deux dates, deux virgules, je crois qu’il y a un continuum entre toutes les femmes qu’on a aimées ou désirées et toutes celles qui se sont refusé à soi. Et que l’apprentissage de l’amour est l’apprentissage de la négociation et cela c’est l’histoire d’une vie, voire de plusieurs. Nous sommes tous à la recherche d’un être charmant, prince, princesse ou démon, qui nous complète dans une relation osmotique. Je voudrais lui dire que ma relation à l’amour est une relation rhizomique, rhizomique mais il faudrait que je lui explique de mon 33E la théorie du rhizome, du Tout-Monde, parler de Glissant, des Antilles, du haut de mes presque 65 ans de vie, de mes 5 enfants dont je lui livre les parcours divers entre France, Brésil, Hollande et Guadeloupe. Aucun d’eux ne parle le créole. Je ne leur ai enseigné ni Dieu ni Diable, simplement l’amour des langues et du voyage. Il n’y a pas d’âge pour se plonger dans la culture de ses parents. S’y plonger ne veut pas dire tout accepter les yeux bornés par des œillères, s’y plonger signifie faire corps et seulement ensuite seulement se donner le luxe de relativiser. Je lui apprends que Macarena n’est pas au Brésil.

Au siège de droite, le 33F , c’est une jeune fille de 21 ans mahoraise originaire de la localité de Kani-Keli, Samra, qui habite en France et qui voyage avec sa dernière née qui a dix mois et qui s’appelle Maylinn. C’est  son troisième enfant. Elle a déjà eu deux garçons. C’est une mahoraise démasquée. Elle s’est mariée en France, ses parents habitent en France. Elle chante des berceuses en français pour endormir sa fille. Elle se rend à Mayotte pour y présenter à ses beaux-parents qui habitent sur l’île son enfant mais aussi pour célébrer le mariage d’une amie. Quoi qu’elle ne suive pas trop la coutume, je sens bien à sa façon de me raconter le grand mariage qui aura lieu le jour de l’arrivée qu’il faut qu’elle assume sa part. C’est une question d’honneur, je dirais presque de rang, enfin c’est ainsi que moi je le comprends. Elle me parle de tapis, d’euros qu’il faut donner en cadeau, entre 50 et 100 minimum, surtout pour les filles. Mais je ne comprends pas trop l’histoire du tapis. Serait-ce une sorte de clan ? Elle fait une formation pour travailler en maison de retraite. Si j’osais je lui demanderais bien une invitation pour le mariage. Je serais même prête à participer à hauteur de 20 €. À Mayotte il y a une place des mariages mais il y a aussi une cité des morts. Je ne connais encore ni l’une ni l’autre mais d’ores et déjà j’ai survolé l’Afrique et posé mon pied et ses ailes à Mayotte. Et j’ai appris un nouveau mot : Marahaba qui veut dire merci. Elle ne connaît pas le gombo.

Entre morte-eau et vive-eau

Au tissu blanc damassé  de mes exuvies

Le diable niché au fond des falaises  a gravé

Les mues sans feu ni lieu de ses arrière-vies.

 

Je vous salue cratères où je me suis gavé

Des mannes et méduses de vos saint-sacrements

Aux racines-échasses qui ont mille laves bravé.

 

Bénies soient  les mangroves qui rient  aux caïmans,

Béni soit l’océan aux courbes d’amazone

Qui du papier brouillard fait naître le piment.

 

A la morte-eau les nasses et sennes entonnent

Entre flux et reflux d’ étamines et de pistils

Un avé maria en l’honneur de ces mornes

 

Marqués aux tempes des marques de leur île.

Pour seul camarade je n’ai que ce diable éteint

Qui jappe comme un chien-huant dans la nuit d »argile.