« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit »

« Le bonheur ne se savoure pas comme un fruit, il se gagne, il n’existe que s’il se veut. « 

Cette citation d‘Alain interpelle.

Elle me fait penser à une publicité de BASF pour une cassette sur une musique de Giacomo Puccini (1858-1924), Manon Lescaut où un buste de Puccini pleure en écoutant la voix d’une soprano chanter In quelle trine morbide. L’émotion intacte. Le bonheur. Je ne sais qui est la soprano qui interprète Manon, ni rien de l’aventure qui la lie au Chevalier Després et pourtant j’ai comme une parcelle de bonheur qui m’envahit au moment où la statue de Puccini verse sa larme. La musique anime la pierre, lui donne vie. Etait-ce Maria Callas, était-ce Léontyne Price ou Angela Gheorgiu, Montserrat Caballé ou Kiri te Kanawa ?

Peu importe. Je crois qu’au contraire le bonheur se savoure comme un fruit dans la mesure où l’on sait tout le processus de développement du fruit avant qu’il ne soit mûr et digne d’être savouré. Rien n’empêche de le déguster vert ou blet non plus. A chacun sa notion de bonheur. Par exemple on peut fort bien aimer les mangues vertes ou les tomates vertes.

Il y a chez nombreux philosophes la notion que le bonheur c’est quelque chose d’exceptionnel, qui arrive en bout de course, comme une récompense après de longs efforts. Cette vision un peu religieuse s’inspire du paradis que nous n’atteindrons qu’après la mort et la resurrection. C’est là selon eux qu’existe le vrai bonheur, à la droite du Père. Et même ce bonheur-là ne sera pas donné à tous. Heureux les pauvres d’esprits ne dit-on pas car le royaume des cieux leur appartient. Ce bonheur céleste ne se savoure  pas comme un fruit, d’ailleurs il nous serait bien difficile de le mordre puisque si jugement dernier il y a nos dents  ne seront que poussière et le fruit désiré aura même dépassé le stade de pourriture . Le fruit restera à l’état virtuel.

Ce bonheur là est le type de bonheur qu’on place comme une statue sainte et que l’on observe comme un trésor. Un jour bien après notre mort nous serons heureux. Nous vivrons notre béatitude.

 

In quelle trine morbide...
nell'alcova dorata v'è un silenzio
gelido, mortal, v'è un silenzio,
un freddo che m'agghiaccia!
Ed io che m'ero avvezza
a una carezza
voluttuosa
di labbra ardenti e d'infuocate braccia...

or ho tutt'altra cosa!
O mia dimora umile,
tu mi ritorni innanzi
gaia, isolata, bianca
come un sogno gentile
di pace e d'amor!

Moi je crois aux bonheurs quotidiens, presque invisibles, faits de souvenirs et d’anticipations, un peu comme dans La Mélodie du Bonheur (The Sound of Music). Julie Andrews, la novice rebelle, amoncelle des petits bonheurs quotidiens, les joies quotidiennes qui  font aller aussi bien elle que la famille Von Trapp de l’avant.

 

 

 

God save the Mongoose King

Riki tiki tavi Mongoose is gone chantait Donovan en 1970.

La langouste s’est fait la malle. Vive la mangouste.

Le paquebot amiral de l’empire britannique The Queen Mary fait relâche dans les eaux du Maas de Rotterdam à quelques encablures du Erasmusbrug. Ce pont, emblème de Rotterdam, pose son tablier audacieux à la face du monde. A Londres sir VS Naipaul se meurt. Le World Muséum qui chante l’intégration des 160 communautés qui composent le quotidien de Rotterdam est en travaux. Les travaux sur lesquels Naipaul s’est penché sont le traumatisme des post colonialismes. Il parle d’empires déclinants et pourtant à l’aube du Brexit les sirs, les ladys, les OBE pullulent à travers l’empire britannique qui ne s’est jamais éteint et qui survit à travers le Commonwealth. La richesse commune. LE CHEVALIER Naipaul, qui a toujours renié d’une certaine façon son appartenance à Trinidad où il est né et dont les malheurs ont servi de palette à ses travaux, s’est toujours REVENDIQUÉ anglais avant tout et indien accessoirement. Lors de son discours d’acceptation du prix Nobel en 2001 ce sont ces attaches-là qui semblèrent universelles et dignes d’être évoquées par ce pur produit d’Oxford qui voyait les Caraïbes comme des plantations où travaillaient non pas des hommes mais des singes. Preuve par 9 s’il en faut du traumatisme et du déracinement subi par les engagés Dravidiens lors de leurs migrations en terre antillaise vers la moitié du XXème siècle. Certes Naipaul n’était pas croyant. Mais il croyait à la toute puissance des lunettes victoriennes à travers lesquelles il disséquait sans pitié la Caraïbe. C’était comme le disait les sages de Stockholm un tourmondiste, ce qui montre bien que ce n’était pas un tiers-mondiste. Il se servait de la matrice de la souffrance, du traumatisme comme objet d’analyse pour jeter ces anathèmes comme on jette un pavé dans l’eau. Il eut ses détracteurs et ses admirateurs et j’imagine que lors de ses voyages effectués à travers le monde il emprunta plus qu’à son tour les coursives des semblables du Queen Mary. J’imagine qu’il savait plus par cœur « God save the queen » que l’hymne de Trinidad et Tobago. Ne parlons m^me pas e celui de l’Inde.

Cet hymne créé en 1962 lors de l’indépendance de Trinidad et Tobago s’appelle Forged from the love of Liberty de Patrick Stanislaus Castagne.

J’imagine que l’ibis et le cocrico lui étaient bien plus étrangers que le chardon et les trois couronnes
God save the mooongose king.

J’imagine qu’il sera récupéré par ses détracteurs et déclaré enfant de la patrie par tous les caribbéens au même titre que des noms comme Derek Walcott et Aimé Césaire.

« History is built around achievement and creation and nothing was created in the Caribbean. »

Les vues politiques de celui que Walcott a appelé dans un poème en 2008 The Mongoose étaient pour le moins déconcertantes de mon point de vue. Il est né outsider et l’est resté toute sa vie depuis son premier roman « The Mystic Masseur » de 1957. Homme à polémique il me laisse cette phrase dans  » À Bend on the river »(1979)

The world is what it is; men who are nothing, who allow themselves to become nothing, have nothing to do in it.

Naipaul a théorisé une histoire où les caribéens souffrent d’un traumatisme post colonialiste qui fait qu’ils n’ont aucune chance de sortir de la gangrène où ils se trouvent. A ce déterminisme historique sombre qu’il promeut je préfère L’ESPÉRANCE POETIQUE prônée par Walcott avec qui il fut en éternelle opposition :

« I have been bitten, I must avoid infection
Or else I’ll be as dead as Naipaul’s fiction »(Derek Walcott)(2008, The Mongoose)

Die Zauberflöte

DIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTE

DIE ZAUBERFLÖTE

Die Zauberflöte, en français La Flûte Enchantée, est un opéra incontournable en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) qui mourut le 5 décembre 1791 à Salzburg, ville où il était d’ailleurs né, soit trois mois après sa première représentation à Vienne le 29 septembre 1791. Pour la petite histoire le vrai nom de ce compositeur était Johannes Chrisostomus Wolfgang Theophilus Mozart. Mozart substitua le Theophilus par Amadeus. Théophile contre Amédée. Le livret est de Emanuel Schikaneder.

 

C’est un conte de fées fantastique mis en musique dans la tradition du singspielArte a retransmis le 4 août 2018 en léger différé la troisième des sept représentations qui ont eu lieu ou vont avoir lieu  à Salzburg au Palais des Festivals entre juillet et août 2018 avec une distribution internationale, le tout sur une mise en scène fantastique de Lydia Steier (USA), des costumes de Ursula Kudrna et des décors de Katharina Schlipf

Dans la fosse l’Orchestre Philarmonique de Vienne sous la direction du jeune chef grec Constantino Carydis et les Choeurs de l’Opera de Vienne sous la direction de Ernst Raffelsberger

Sur scène

Tamino, le prince (Mauro Peter, le suisse)

Pamina , la fille de la reine de la nuit, (Christiane Karg)

Papageno, l’oiseleur, l’homme-oiseau, le boucher aussi (Adam Plachetka)

Papagena (Maria Nazarova)

Papagena vieille (Birgit Linauer)

Sarastro, le sorcier, le Divin sage, le Dieu, le sacerdote (Matthias Goerne)

Monostatos, le fidèle lieutenant de Sarastro (Michael Porter) mais qui dans la version originale est un génie, un prêtre

La reine de la nuit (Die Königin der Nacht) devait être Albina Shagimuratova. Malade, cette dernière a été remplacée au pied levé par Emma Posman.

Le grand-père dont le rôle avait été attribué à Bruno Ganz a finalement été dévolu à Klaus Maria Brandauer, suite à la maladie soudaine de ce lui-ci.

L’Orateur, Spreker (Tareq Nazmi)

Les trois dames:

La première dame – Erste dame (Ilse Eerens)

La deuxième dame – Zweite dame  (Paula Murrihy)

La troisième dame – Drette dame(Geneviève King)

Les trois enfants (membres du chœur de garçons de Vienne)

Merci à Arte tout d’abord pour cette initiative. L’opéra est ainsi accessible au plus grand nombre. Sur le site du festival il y a en effet 8 catégories de prix pour voir cet opéra qui se joue à guichets fermés soit dit en passant: 430€-340€-260€-190€-150€-115€-75€-30€ selon que l’on souhaite assister à cette féerie dans le parterre, au premier rang des premieres loges de face, au troisième rang des troisièmes loges de côté, etc. Merci Arte ! Danke schoen !  J’ai pu me plonger dans cette Flûte Enchantée avachi dans mon canapé sirotant une Kriek bien glacée. Mais pendant les 95 minutes et quelques qu’a duré la retransmission de cet opéra je me suis souvenu de la première fois que j’ai mis les pieds à l’Opéra Garnier.

C’était entre le 5 mai et le 19 juin 1982, je suppose, j’y étais allé voir le ballet de John Neumeier Songe d’une nuit d’Eté sur une musique de Felix Mendellssohn-Bartholdy et Györgi Ligeti, un ballet en deux actes et un prologue d’après William Shakespeare. J’avais pu me dégoter deux places au poulailler, je ne me souviens plus mais j’étais perché au troisième ou quatrième étage car j’avais profité du tarif le moins cher. Il fallait s’habiller, crois-je me souvenir, car on n’entre pas à l’Opéra en quenilles. On ne gravit pas l’escalier ‘honneur en bras de chemise. Mais ce fut malgré tout une sacrée expérience. L’opéra est une super production qui rassemble une foule de métiers comme éclairagistes, décorateurs, machinistes, couturiers, chorégraphes, metteurs en scène, musiciens, chef d’orchestre, danseurs, producteurs. D’ailleurs je crois me souvenir que si j’avais mis les pieds à l’Opéra c’est parce que j’y connaissais quelqu’un qui y travaillait comme éclairagiste.

Operagarnier

Le livret est basé sur le conte fantastique Lulu, Oder de Zauberflöte, de August Jakob Liebeskind (1758-1793) qui a intégré une collection de contes intitulé Dschinnistan, oder Auserlesene Feen- und Gestermärchen (1786-1789) de Christoph Martin Wieland (1733-1813) . Il y aurait donc  une sorte de tradition nordique des contes de fées puisque outre les frères Grimm et Hans Christian Andersen (1805-1875) dont la renommée n’est plus à faire on a Johann Karl Musäus,(1735-1787), Johann Gottfried von Herder (1744-1803), et bien sûr Liebeskind.

Pour un livret en français d’après la traduction originale  de JG Prod’homme et Jules Kienlin publiée en 1912 allez ici pour l’acte 1 et ici pour l’acte 2. Cela vous permettra d’entrere ans les subtilités de La Flûte enchantée. L’idéal serait de comprendre l’allemand pour savoir le mot exact pour définir en allemand de 1791 Monostatos et Sarastro.

Dans la version 2018 qui nous occupe ici, presque 227 ans après, les protagonistes évoluent dans une maison bourgeoise à l’atmosphère gothique au début du 20ème siècle. C’est en même temps du théâtre, de l’opéra comique, du cirque. On nage en plein mystères égyptiens sous les auspices d’Isis et d’Osiris, on évolue entre rituels maçonniques, initiatiques (tel celui du silence), oiseaux merveilleux, monstres, ours, ballons, soldats de plomb qui se transforment en princes, princesses qui se transforment en clowns, trapèzes volants,  grands-mères qui deviennent reines de la nuit, contorsionnistes, et à l’intérieur de tout cela flotte une histoire d’amour. Il y a au centre la flûte magique, le pipeau et le carillon magique qui égrennent musicalement le chant de la destinée. C’est très visuel avec des pancartes qui proclament en allemand WEISHEIT, WAHREIT, ERKENE DICHT SELBST, TAFFER KEIT. Sur les murs du Temple de la Sagesse, où règne Sarastro en frac et  chapeau haut-de-forme, tout-à-coup la guerre s’invite en images en noir et blanc, la première guerre mondiale avec ses millions de morts au nom de cette lutte interminable entre le bien et le mal. Le conte de fées s’évanouit pour faire place à la réalité brutale, sanguine et destructrice. Good and Evil. Evil and Good. Le bien et le mal se chevauchent, se confondent entre obscurité et lumière. Le monde n’est pas si manichéen que le pensait peut être Mozart. La version est poétique, magique. Le point névralgique pour moi c’est l’aria chantée par la reine de la nuit.

Il n’y a que cet air qui m’est familier. J’ai aussi savouré la chanson de Papageno et Papagena.

Il ya bien sûr une portée philosophique dans l’oeuvre chantée rappelons-le en allemand. et non en français ou en italien comme le voulait une certaine mode jusqu’à alors. Il faut savoir que Mozart était entré en franc-maçonnerie dès 1784 (d’ailleurs l’auteur du livret était son frère en franc maçonnerie) et donc forcément l’oeuvre déborde de ces références (opposition entre le jour et la nuit, le bien et le mal, le chiffre 3, le couple comique, le couple noble, les épreuves qui caractérisent le rite initiatique, le triomphe de la raison sur l’obscurantisme)

J’ai vu en son temps le film-opéra d’Ingmar Bergman Trollflöjten (1918-2007)  de 1975 qui évoque La flûte enchantée qui a sa propre lecture de la relation entre la reine de la nuit et Sarastro et où Pamina est la fille de Sarastro, ce qui amène toute une analyse psychologique sur la nature oedipienne de la relation.  Joseph Köstlinger (Tamino), Irma Urrila (Pamina), Hakan Hagegard (Papageno), Ulrik Cold (Sarastro), Ragnar Ulfung (Monastataos), Elizabeth Ericson (Papagena), Birgit Nordin (queen of the night, Nattens Drottning) font partie de cette distribution. L’originalité de ce travail c’est que nous sommes en même temps sur scène, dans les coulisses, dans la flûte de Pan de Papageno, dans le parterre, dans les loges, dans les costumes de Henny Noremark et Karin Erskine, dans la fosse avec l’orchestre symphonique de la radio suédoise sous la direction d’Erik Ericson, dans les poumons gonflés et les cordes vocales des choristes du choeur de la radio suédoise nous sommes en quelque sorte des adjuvants actifs de ce deus ex machina. Il est bon de noter que les 3  esclaves de Monastatos normalement joués par des adultes sont ici joués par des enfants silencieux. Nous sommes aussi ce silence ! Je dirais même plus nous sommes le théâtre baroque, le Drottningholm Palace Theatre, et en même temps le théâtre  Auf der Wieden de Vienne où fut représentée la   flute enchantée pour la première fois en 1791. Nous sommes tout aussi bien dans le mysticisme que dans la comédie grossière.

Kenneth Branagh et Stephen Fry proposent en 2006 une nouvelle lecture de ce singspiel qu’ils délocalisent dans le temps en le plaçant pendant la deuxième guerre mondiale avec Joseph Kaiser (Tamino), Amy Carson (Pamina), René Pape (Sarastro), Luybov Petrova (reine de la nuit), Silvia Moi (Papagena), Benjamin Jay Davis (Papageno), Tom Randle (Monostasos), Ben Uttley (le prêtre).

C’est donc à partir de ces deux références et e quelques souvenirs d’enfance et de contes de fées que je me suis plongé dans cette nouvelle lecture de ce chef d’oeuvre de Mozart qui est joué partout à travers le monde. Rien que pour la saison  2018-2019  il est joué ainsi:

au Théâtre Royal de la Monnaie – De Munt en coproduction avec l’opéra de Lille avec une mise en scène de Roméo Castelliuci et une direction d’orchestre de Antonello Manacorda et Ben Glassberg (11 représentations entre septembre et octobre 2018)

au Staatsoper Unter den Linden Berlin  avec une mise en scène de Yuval Sharon et une direction d’orchestre de Franz Welser-Most (11 représentations entre février et avril 2019)

au festival Castell Peralada avec une mise en scène de Oriol Broggi et une direction orchestrale de Josep Pons (3 représentations en août 2018)

au Festspielhaus   Baden- Baden (3 dates en juillet 2018) avec comme chef d’orchestre  Yannick Nézet-Séguin

au Garsington Opera, Wormsley, GB (11 dates entre mai et juillet 2018) avec une mise en scène de Netia Jones et une direction d’orchestre de Christian Curnyn,

Les Pitons de Llewellyn Xavier

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The Pitons est une aquarelle sur papier Arches (je suppose car la plupart de ses aquarelles portent la mention « watercolor on Arches paper ») du peintre, sculpteur, lythographe originaire de Sainte-Lucie Llewellyn Xavier, alias de Llewellyn Charles Xavier, né en 1945. Ces deux pics jumeaux – le Gros Piton qui culmine à 786 mètres et le Petit Piton qui plafonne quant à lui à 743 mètres – ont été distingués en 2004  avec le classement World Heritage (patrimoine mondial de l’humanité) par l’Unesco. Les jumeaux ou jumelles – car nul ne sait trop le sexe et le genre de ces west-indian twin peaks – se dressent près des bourgades de Soufrière et Choiseul sur le littoral sud-est de Sainte-Lucie.

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Llewellyn Xavier n’est pas n’importe qui ! OBE (Officier dans l’Ordre de l’Empire Britannique) depuis 2004 s’il vous plait! Ca vous classe tout de suite le bonhomme ! Il a étudié outre à Sainte-Lucie à la School of the Museum of Fine Arts de Boston et au Nova  Scotia College of Art and Design d’Halifax, Canada.  Il est connu pour sa technique bien personnelle de mise en valeur de la couleur, de lumière, la texture et la beauté des Caraïbes. Même s’il a produit des oeuvres sur tous types de support dès les années 60 il est connu pour son activisme artistique politique et écologique à travers la Caraïbe.

Son oeuvre maîtresse est de 1993, année où il a produit une série intitulée Global Council for Restoration of the Earth’s environment, une oeuvre qui fait intervenir outre sa peinture, du matériel recyclé, des reproductions de dessins du 18ème et 19ème siècle reproduisant des oiseaux, poissons et autres animaux, des plantes pour la plupart disparues ou en voie d’extinction.

Il a aussi produit une autre série Environment fragile où il introduit dans sa peinture des éléments comme des timbres, des pots de peinture presque vides, du carton recyclé et des éclats d’or de 24 carats. Cette série met l’accent sur la dévastation subie par l’environnement et le coût élevé que représente cette destruction pour le genre humain

Il fait partie des collections permanentes de musées et galeries aussi prestigieuses que

The Smithsonian Institution, Washington, D.C.
The Metropolitan Museum of Art, New York
The Museum of Modern Art, New York
The Studio Museum, New York
The American Museum of Natural History, New York
Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada
Howard University, Washington, D.C.
The Fitzwilliam Museum, Cambridge, England
The Victoria and Albert Museum, London
The Ulster Museum, Northern Ireland
The Walker Art Gallery, Liverpool, England
The Wolverhampton Art Gallery, England
Sussex University, Sussex, England
Oxford University, Oxford, England
The National Gallery, Jamaica
The Barbados Museum, Barbados
The State Department, USA
UNESCO
Fondation Clément, Martinique, France

L’homme, l’artiste majuscule aux 4 l, qui habite Silver Point, Mount du Cap, Cap Estate, Sainte-Lucie a exposé un peu partout :
2017 *Unix Gallery, New York, USA
*Fondation Clement, Martinique, France
*University of Texas at Austin
2016 Unix Gallery, Art Miami, Miami
Unix Gallery, New York (Future Anesthetics)
*Phillips, New York (Blue Ocean Sanctuary)
2009 *Caribbean Art Gallery, Saint Lucia, West Indies
2007 *Albemarle Gallery, London, England, (the launching of Llewellyn Xavier: His Life and Work)
2005 Whitechapel Gallery, London, England
1996 Harmony Hall, Jamaica, West Indies
1994 *Mutual Life Art Gallery, Jamaica, West Indies
The Contemporary Print Show, London, England
1993 *Barbados Museum, Barbados, West indies
*Patrick Cramer Gallery, Geneva, Switzerland
*New York Design Center, New York, USA
1982 Nova Scotia College of Art and Design, Halifax, Canada
1979 *Camera on Mass. Ave., Boston, USA, Conceptual, photographing Military Parade on
Massachusetts Ave.
*Piedmont College, North Carolina, USA, parallel to a lecture by Alex Haley, (author of Roots)
1977 *Afro/American Historical Museum, Philadelphia, USA
*Anamon Art Gallery, Toronto, Canada
*Howard University, Washington D.C., USA
1976 *Mazelow Gallery, Toronto, Canada
*The National Archives, Ottawa, Canada
*Afro/American Historical Museum, Detroit, USA
*Howard University, Washington D.C., USA
1975 Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada
1974* Mazelow Gallery, Toronto, Canada
1973 The Oxford Gallery, Oxford, England, Curator: Edward Lucie-Smith, Art Critic, Art Historian, Author
I.P.G. United Nations, New York, USA
*Gallery III, Montreal, Canada
Saratoga Gallery, New York, USA
1972 The Museum of Modern Art, New York, USA
The Studio Museum, New York, USA
*The Whitechapel Art Gallery, London, England
Third British International Print Bienniale, Bradford, England
1971 The Commonwealth Institute, London, England
*D.M. Gallery, London, England, Curator: Sir Roddy Llewellyn,
organised by Penguin Books and Jonathan Cape
*Oxford University, Oxford, England
*The Round House, London, England
*Sussex University, Sussex, England
*solo exhibition

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Bien sûr d’autres artistes peuvent légitimement arborer  les couleurs de Sainte-Lucie comme le regretté auteur d’Omeros, prix Nobel de littérature der 1992, Derek Walcott que j’ai déjà évoqué ici. Walcott se réfère souvent à Gros Piton dans son oeuvre comme ici dans Omeros LVII:

« In the midst of the sea there is a horned island

With deep green harbours

Where the Greek ships anchor.

It was a place of light with lunminous valleys

Under thunderous clouds. a Genoan wanderer

saying the beads of the Antilles named the place

for a blinded saint. Later others would name her

for a wild wife. Her mountains tinkle with springs

among moss-bearded forests, and the screeching of birds

stitches its tapestry. The white egret makes rings

stalking its pools. African fishermen make boards

from trees as tall as their gods with their echoing

axes, and a volcano , stinking with sulphur,

has made it a healing place.

Mais le plus remarquable c’est le drapeau saint-lucien qui arbore avec fierté les couleurs de ses twin peaks, ses deux Pitons : Petit Piton est couleur or, Gros Piton est couleur noire et blanc. Ces deux triangles dressent leurs cimes vers le ciel cobalt à parir de leur base la mer cobalt. L’auteur de ce drapeau est l’artiste saint-lucien Dunstan Saint-Omer (1927-2015)

Je suis tout d’autant plus naturellement  porté à pénétrer l’univers d’aquarelle de LX à travers la représentation des Pitons que je suis moi même né au pied de la Soufrière qui soit dit en passant culmine elle à 1467 mètres (contre je le rappelle respectivement 743 mètres et 786 mètres pour les Pitons)(quoi qu’en feet leur altitude se porte à 2,438 et 2,619 pieds). La vieille dame, comme on l’appelle n’a rien à envier aux deux pitons jumeaux et pourtant l’icone américaine Ophrah Winfrey a déclaré que les Pitons de Sainte-Lucie était l’une des 5 merveilles au monde à visiter pour ne pas mourir idiot.

Je n’ai pas d’avis sur la question n’ayant jamais visité ces deux pitons jumeaux, ces deux aiguilles géantes qui intègrent la chaîne de Qualibou aka Soufrière. The babies séparées par un autre piton qui leur sert de cordon ombilical le piton Mitan! Et je ne crois pas que le charme et la grandeur dépende de la taille.

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Tout est affaire de silhouette. Et peut-être aussi de bière puisqu’il y a une bière appelée Piton à St Lucia et aucune appelée Soufrière en Guadeloupe. Les pitons sont le symbole de Ste Lucie et figurent sur le drapeau national. Les Pitons n’ont rien à voir avec l’Everest et le Népal, (ils sont 15 fois plus petits que l’Everest, c’est dire), ils sont des pics de verdure, deux cones forestiers qui plongent dans la mer. C’est peut-être cet ancrage dans la mer, qui fait sa classe.  il y a tant d’histoires dans ces flancs, des histoires d’esclaves marrons, des histoires de boucaniers, des histoires d’amérindiens Caraïbes et Arawaks, des histoires de navigateurs qui y ont accroché leurs amarres ! Ce sont comme des aimants pour les montagnards (mountaineers) et autres randonneurs, marcheurs et aventuriers, trekkers  avides d’Himalaya antillais. Je ne suis pas si téméraire, quoi que haut-montagnard, haut-basse-terrien de naissance, iodé et boucané  entre mer , terre et Pindorama antique, je ne me suis guère aventuré plus haut que le premier plateau de la Soufrière. Que Lucie de Syracuse, cette vierge italienne oubliée, me vienne en aide et me donne la force un jour d’escalader les flancs de ces « géants » géologiques. Et si elle ne peut rien pour moi, qu’à cela ne tienne, j’escaladerai de mes lèvres, telle la montagne mystique, les parois abruptes d’une bonne bouteille bien fraîche de Piton lager beer

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Banquet romain à la Taberna Romana

Ce soir à Saintes redevenue Santonum à l’occasion des fêtes des 2000 ans de la construction de son arc de triomphe Germanicus et de son pont de pierre érigé au-dessus de la Charente on a joué en plein jardin public aux Romains. Banquet oblige en ce 28 juillet MMXVIII ! Repas théâtralisé (200 places) ! Entre déclamation de textes littéraires d’Ovide sur l’amour, spectacle sur le triclinium, combats de gladiateurs, pentabond et animation musicale on s’est régalé !

Au menu
Les Apéritifs :

Dactilis (Dattes au muscat et au poivre)
Samsa (Pulpe d’olives noires à l’anis)
Oliva (Olives au defrutum)

Les Boissons pour apéritif

Myrtites (Vin rouge aromatisé aux baies de myrtes)
Absintites (Vin blanc aromatisé aux feuilles d’absinthe)
Valetudo Potio (Jus de fruits à la cannelle)

Les entrées

Persica Pêches acidulée, à la sarriette
Fegatum (Foie gras aux figues)
Esicia (Saucisse de crevette, sauce au fenouil et miel)
Le plat principal

Bubula (Joue de bœuf à la cervoise)
Far (Epeautre au romarin et raisins)
Apium (Rave au caramel de vinaigre au miel)
Paniculi (Pains individuels au laurier)

Le dessert

Bellaria Assortiment de douceurs :
Dulcium (Gâteau au miel)
Patina (Flan aux pommes et poivre)
Arida mala (Pommes soleil)

Felix convivium mais 35€ quand même ! Et seule ombre au tableau, seulement un verre de vin pour accompagner les mets. La bouteille supplémentaire de ce divin breuvage coûtait la bagatelle de 12€. Donc pas de bis repetita placent. Et à la fin du repas, cerise sur le gâteau, nous furent servis par des esclaves souriants des gâteaux secs salés et des olives noires conformément à la tradition romaine qui faisait ce geste afin que les convives puissent continuer à boire dans les meilleures dispositions.

Certains auraient voulu sans doute que cela se termine en orgie. Ce ne fut pas le cas.

Pour mettre l’ambiance la viiieme légion a défilé dans les rues du vieux Saintes

Kurt Vonnegut

That Kurt Vonnegut used do be may favorite writer. Read Player Piano, Breakfast of Champions, Slaughterhouse Five (was it really five, I really don’t remember). Didn’t know that book, though, A man without a country….And who’s the fuck is Mr Jingles !? THAT CAT?

Chapeau melon et bottes de cuir : a suit is a man’s armour selon double zero seven et ses ersatz

Dans les années 60 (de 1961 à 1969) cette série british qui mêlait allègrement espionnage, contre-espionnage, MI 5, MI 6  et science-fiction, me passionnait. En langue originale c’était The Avengers avec Patrick Macnee (John Steed) et Honor Blackman (Cathy Gale) Diana Rigg ( Emma Peel, l’épitomé de l’élégance, saison 4 et 5) ou Linda Thorson (Tara King)(saison 6) dans les rôles principaux. Deux agents secrets de sa Majesté aux prises avec toutes sortes de « villains ». Une débauche de mode british, parapluie (umbrella), chapeau melon (bowler hat) (qui peuvent en cas de besoin s’avérer des armes redoutables), costume 3 pièces cravate  toujours impeccable, jamais froissé, fait sur mesure pour monsieur by Audrey Liddle et Ambren Garland, ses costumiers qui se faisaient tailler les vêtements sur Regent street par Bailey and Weatherhill et à un certain moment  Pierre Cardin  et garde-robe de cuir et autres matières moulantes trendy pour Emma Peel by John Bates (saison 4) et Alun Hughes (saison 5).

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Ce dernier continuera avec Tara King (saison 6) sauf pour 6 épisodes où va intervenir  Harvey Gould. Le charme, l’humour, le flegme  et la sophistication à l’état pur. Et les voitures british, que du vintage : des Bentley, des Jaguar, des Rolls Royce , des Vauxhall, des Lotus  en veux-tu en voilà. 161 épisodes de 50 minutes qui à la fin étaient diffusés dans 90 pays. J’en retiens une phrase :

A suit is a man’s armour.        Le costume c’est l’armure de l’homme.

Mrs Peel est une veuve puisqu’elle a perdu son mari pilote d’essai. Elle est riche, belle et indépendante. Elle occupe un appartement chic (une penthouse) et est une femme libre, qui domine le judo et le karaté, une rose d’Angleterre, qui occupa, je peux le confesser, nombre de mes fantasmes de jeune ado. Au volant de sa Lotus Elan elle était irrésistible. Entre 1976 et 1977 ce furent les New Avengers toujours avec Patrick Macnee mais avec d’autres agents secrets pour lui donner la réplique comme Joana Lumley (as Purdey) et Gareth Hunt (as Mike Gambit)

J’adorais le thème musical d’ Avengers de Laurie Johnson. En 1998 un film est sorti Avengers avec  Ralph Fiennes dans le rôle de Steed et Uma Thurman dans le rôle de Dr Peel. Dans ce film on entend la voix off (cameo) de Patrick Macnee qui joue le rôle d’Invisible James. Sean Connery, James Bond originel, y joue le rôle  de Sir August de Winter , un méchant. Comme souvent la copie n’égale pas l’original. Certes on a toujours les mêmes personnages, les mêmes vêtements mais l’esprit n’y est plus. Les costumes sont d’Anthony Powell mais chez le Steed de la série de télévision la mode qui nous est donnée à voir est du type équestre (le nom Steed d’ailleurs évoque cet aspect équestre) presque edwardienne tandis que la mode sur Avengers 1998 est la mode de la City. Je retiendrai pourtant sur la bande  musicale du film sous la direction de Bruce Wooley dans laquelle figure Storm chanté par Grace Jones  and the Radio Science Orchestra.

Steed (1922-2015) n’est plus  Peel (1938-) continue. Ainsi va la vie. Roger Moore, le protagoniste du Saint est encore là, alive and kicking, tout comme un autre 007 Sean Connery.

007 fruit de l’imagination de Ian Flemming (1908-1964) a connu le noir et blanc puis la couleur. Sujet indéfectible de Sa Majesté il apparaît dans Casino royale (1953), Live and let live (1954), Moonraker (1955), Diamonds are forever (1956), From Russia with Love (1957), Dr. No (1958), Goldfinger (1959), For your eyes only (1960), Thunderball (1961), The spy who loved me (1962), On her Majesty’s Secret Service (1963), You only live twice (1964), The man with the golden gun (1965) et Octopussy and the living daylights (1966). Même  Patrick Macnee  lui aussi joua le rôle de Sir Godfrey Tilbett dans A view to a kill dans un James Bond tout comme deux de ses partenaires : Honor Blackman qui prit le nom de Pussy Galore dans Goldfinger (1964) et Diana Rigg qui devient Contessa Teresa di Vicenzo et fut la seule à passer la bague au doigt à Bond, James Bond dans On her Majesty’s Secret Service (1969)

Là encore ce ne sont pas les histoires, les synopsis qui restent mais la musique de John Barry et des titres  comme Goldfinger (1964), Moonraker et Diamonds are forever et la voix de Shirley Bassey  ainsi que Live and let die de Paul MacCartney and Wings sans oublier Thunderball de Tom Jones

 

 

 

Invitation au voyage à Cythère et Cerigo

Ce poème de Charles Baudelaire (1821-1867) m’a toujours intrigué. Il fut un temps où je le connaissais par coeur. « L’invitation au voyage » a été tirée de Les Fleurs du Mal (1857). Je ne crois pas que le voyage ne soit qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Le là-bas de Baudelaire est un ailleurs poétique, fait ici de pentasyllabes et d’heptasyllabes alternés méthodiquement, un ailleurs qui hésite entre spleen et idéal mythique, exotique, un panaché d’orient et d’ambre, c’est un ailleurs qui se vit à deux, je dirais même tout seul car « mon enfant , ma soeur » c’est le poète lui même, son reflet à travers les soleils mouillés et les ciels brouillés, le poète qui se regarde dans sa persona, le miroir de la poésie, ce pays qui lui ressemble, et dont il possède « la langue natale », c’est donc un voyage intérieur, un pélerinage entre l’ombre et l’anima, qui exclut les habitants de chair et d’os du pays réduits à la simple expression de pourvoyeurs de vaisseaux, de statues de ville qui ne sont là que pour assouvir le moindre désir d’or et d’hyacinthe,  de fête galante sur l’île de Cythère  ou Cerigo où résident les fulgurances du poète et son alter ego narcissique. Le soleil et la mer sont aux ordres introvertis d’Aphrodite. Tout semble géométriquement calibré pour le poète-voyageur en lui-même qui n’a plus qu’à chasser dans son couchant la rosée couchante du soleil et les oeufs brouillés du ciel névrosé qui ne sont que des échos de ses mondes intérieurs .

L’invitation au voyageMon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Le refrain est obsédant comme le refrain d’une chanson. En deux vers ils nous martelle son idéal poétique  en heptasyllabes :
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté

Il y a une autre   Invitation au voyage de Baudelaire  dans le 28ème de ses Petits Poèmes en prose  de 1869. Là l’enfant, la soeur est devenu une vieille amie, un ange, une tulipe noire, un dahlia bleu. Mais c’est toujours le poète et son double narcissique qui fait son voyage intérieur dans son Self singulier, ce pays de Cocagne qui est presque un au-delà mystique, un labyrinthe d’îles au centre d’un Elysée qu’on sent traversé de parfums animaux et aphrodisiaques d’ambre. de musc, de benjoin et d’encens. Un voyage spirituel dans les méandres insoupçonnés de son ombre qui erre dans un espace mythologique entre Crète et Péloponnèse, comme un Embarquement pour Cythère (Titre original Pélerinage à l’île de Cythère, rebaptisé Fête Galante -1817, de Jean-Antoine Watteau 1684-1821) dont la barque charrierait comme des Amours volatiles flottant au gré des vents de la Mer Egée et de la Méditerranée des tableaux de Vermeer, Ruysdael et Le Lorrain. Le poète a dans son carquois tout un attirail de flèches archétypiques dont il se sert pour se chasser lui-même.

XVIII

L’INVITATION AU VOYAGE

Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie. Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord, et qu’on pourrait appeler l’Orient de l’Occident, la Chine de l’Europe, tant la chaude et capricieuse fantaisie s’y est donné carrière, tant elle l’a patiemment et opiniâtrement illustré de ses savantes et délicates végétations.

Un vrai pays de Cocagne, où tout est beau, riche, tranquille, honnête ; où le luxe a plaisir à se mirer dans l’ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer ; d’où le désordre, la turbulence et l’imprévu sont exclus ; où le bonheur est marié au silence ; où la cuisine elle-même est poétique, grasse et excitante à la fois ; où tout vous ressemble, mon cher ange.

Tu connais cette maladie fiévreuse qui s’empare de nous dans les froides misères, cette nostalgie du pays qu’on ignore, cette angoisse de la curiosité ? Il est une contrée qui te ressemble, où tout est beau, riche, tranquille et honnête, où la fantaisie a bâti et décoré une Chine occidentale, où la vie est douce à respirer, où le bonheur est marié au silence. C’est là qu’il faut aller vivre, c’est là qu’il faut aller mourir !

Oui, c’est là qu’il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l’infini des sensations. Un musicien a écrit l’Invitation à la valse ; quel est celui qui composera l’Invitation au voyage, qu’on puisse offrir à la femme aimée, à la sœur d’élection ?

Oui, c’est dans cette atmosphère qu’il ferait bon vivre, — là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et plus significative solennité.

Sur des panneaux luisants, ou sur des cuirs dorés et d’une richesse sombre, vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes, comme les âmes des artistes qui les créèrent. Les soleils couchants, qui colorent si richement la salle à manger ou le salon, sont tamisés par de belles étoffes ou par ces hautes fenêtres ouvragées que le plomb divise en nombreux compartiments. Les meubles sont vastes, curieux, bizarres, armés de serrures et de secrets comme des âmes raffinées. Les miroirs, les métaux, les étoffes, l’orfévrerie et la faïence y jouent pour les yeux une symphonie muette et mystérieuse ; et de toutes choses, de tous les coins, des fissures des tiroirs et des plis des étoffes s’échappe un parfum singulier, un revenez-y de Sumatra, qui est comme l’âme de l’appartement.

Un vrai pays de Cocagne, te dis-je, où tout est riche, propre et luisant, comme une belle conscience, comme une magnifique batterie de cuisine, comme une splendide orfévrerie, comme une bijouterie bariolée ! Les trésors du monde y affluent, comme dans la maison d’un homme laborieux et qui a bien mérité du monde entier. Pays singulier, supérieur aux autres, comme l’Art l’est à la Nature, où celle-ci est réformée par le rêve, où elle est corrigée, embellie, refondue.

Qu’ils cherchent, qu’ils cherchent encore, qu’ils reculent sans cesse les limites de leur bonheur, ces alchimistes de l’horticulture ! Qu’ils proposent des prix de soixante et de cent mille florins pour qui résoudra leurs ambitieux problèmes ! Moi, j’ai trouvé ma tulipe noire et mon dahlia bleu !

Fleur incomparable, tulipe retrouvée, allégorique dahlia, c’est là, n’est-ce pas, dans ce beau pays si calme et si rêveur, qu’il faudrait aller vivre et fleurir ? Ne serais-tu pas encadrée dans ton analogie, et ne pourrais-tu pas te mirer, pour parler comme les mystiques, dans ta propre correspondance ?

Des rêves ! toujours des rêves ! et plus l’âme est ambitieuse et délicate, plus les rêves l’éloignent du possible. Chaque homme porte en lui sa dose d’opium naturel, incessamment sécrétée et renouvelée, et, de la naissance à la mort, combien comptons-nous d’heures remplies par la jouissance positive, par l’action réussie et décidée ? Vivrons-nous jamais, passerons-nous jamais dans ce tableau qu’a peint mon esprit, ce tableau qui te ressemble ?

Ces trésors, ces meubles, ce luxe, cet ordre, ces parfums, ces fleurs miraculeuses, c’est toi. C’est encore toi, ces grands fleuves et ces canaux tranquilles. Ces énormes navires qu’ils charrient, tout chargés de richesses, et d’où montent les chants monotones de la manœuvre, ce sont mes pensées qui dorment ou qui roulent sur ton sein. Tu les conduis doucement vers la mer qui est l’Infini, tout en réfléchissant les profondeurs du ciel dans la limpidité de ta belle âme ; — et quand, fatigués par la houle et gorgés des produits de l’Orient, ils rentrent au port natal, ce sont encore mes pensées enrichies qui reviennent de l’infini vers toi.

 

Victor Hugo dans son recueil Contemplations propose un voyage en 1855 à « Cérigo, qui fut jadis Cythère ». Cérigo c’est l’ombre de Cythère, le poète se fait « roc solitaire », « deuil », « nuit », « écueil » et apostrophe la lave rose, la roche verte et nouvelle qu’il fut jadis : »Cerigo, qu’as-tu fait de Cythère ?

CÉRIGO

I

Tout homme qui vieillit est ce roc solitaire
Et triste, Cérigo, qui fut jadis Cythère,
Cythère aux nids charmants, Cythère aux myrtes verts,
La conque de Cypris sacrée au sein des mers.
La vie auguste, goutte à goutte, heure par heure,
S’épand sur ce qui passe et sur ce qui demeure ;
Là-bas, la Grèce brille agonisante, et l’oeil
S’emplit en la voyant de lumière et de deuil :
La terre luit ; la nue est de l’encens qui fume ;
Des vols d’oiseaux de mer se mêlent à l’écume ;
L’azur frissonne ; l’eau palpite ; et les rumeurs
Sortent des vents, des flots, des barques, des rameurs ;
Au loin court quelque voile hellène ou candiote.
Cythère est là, lugubre, épuisée, idiote,
Tête de mort du rêve amour, et crâne nu
Du plaisir, ce chanteur masqué, spectre inconnu.
C’est toi ? qu’as-tu donc fait de ta blanche tunique ?
Cache ta gorge impure et ta laideur cynique,
Ô sirène ridée et dont l’hymne s’est tu !
Où donc êtes-vous, âme ? étoile, où donc es-tu
L’île qu’on adorait de Lemnos à Lépante,
Où se tordait d’amour la chimère rampante,
Où la brise baisait les arbres frémissants,
Où l’ombre disait : J’aime ! où l’herbe avait des sens,
Qu’en a-t-on fait ? où donc sont-ils, où donc sont-elles,
Eux, les olympiens, elles, les immortelles ?
Où donc est Mars ? où donc Éros ? où donc Psyché ?
Où donc le doux oiseau bonheur, effarouché ?
Qu’en as-tu fait, rocher, et qu’as-tu fait des roses ?
Qu’as-tu fait des chansons dans les soupirs écloses,
Des danses, des gazons, des bois mélodieux,
De l’ombre que faisait le passage des dieux ?
Plus d’autels ; ô passé ! splendeurs évanouies !
Plus de vierges au seuil des antres éblouies ;
Plus d’abeilles buvant la rosée et le thym.
Mais toujours le ciel bleu. C’est-à-dire, ô destin !
Sur l’homme, jeune ou vieux, harmonie ou souffrance,
Toujours la même mort et la même espérance.
Cérigo, qu’as-tu fait de Cythère ? Nuit ! deuil !
L’éden s’est éclipsé, laissant à nu l’écueil.
Ô naufragée, hélas ! c’est donc là que tu tombes !
Les hiboux même ont peur de l’île des colombes,
Ile, ô toi qu’on cherchait ! ô toi que nous fuyons,
Ô spectre des baisers, masure des rayons,
Tu t’appelles oubli ! tu meurs, sombre captive !
Et, tandis qu’abritant quelque yole furtive,
Ton cap, où rayonnaient les temples fabuleux,
Voit passer à son ombre et sur les grands flots bleus
Le pirate qui guette ou le pêcheur d’éponges
Qui rôde, à l’horizon Vénus fuit dans les songes.

II

Vénus ! que parles-tu de Vénus ? elle est là.
Lève les yeux. Le jour où Dieu la dévoila
Pour la première fois dans l’aube universelle,
Elle ne brillait pas plus qu’elle n’étincelle.
Si tu veux voir l’étoile, homme, lève les yeux.
L’île des mers s’éteint, mais non l’île des cieux ;
Les astres sont vivants et ne sont pas des choses
Qui s’effeuillent, un soir d’été, comme les roses.
Oui, meurs, plaisir, mais vis, amour ! ô vision,
Flambeau, nid de l’azur dont l’ange est l’alcyon,
Beauté de l’âme humaine et de l’âme divine,
Amour, l’adolescent dans l’ombre te devine,
Ô splendeur ! et tu fais le vieillard lumineux.
Chacun de tes rayons tient un homme en ses nœuds.
Oh ! vivez et brillez dans la brume qui tremble,
Hymens mystérieux, cœurs vieillissants ensemble,
Malheurs de l’un par l’autre avec joie adoptés,
Dévouement, sacrifice, austères voluptés,
Car vous êtes l’amour, la lueur éternelle !
L’astre sacré que voit l’âme, sainte prunelle,
Le phare de toute heure, et, sur l’horizon noir,
L’étoile du matin et l’étoile du soir !
Ce monde inférieur, où tout rampe et s’altère,
A ce qui disparaît et s’efface, Cythère,
Le jardin qui se change en rocher aux flancs nus ;
La terre a Cérigo ; mais le ciel a Vénus.

Juin 1855.

 

On comprend mieux maintenant Un Voyage à Cythère de Baudelaire publié lui aussi en 1855 dans les Fleurs du Mal. L’invitation au luxe au calme à la volupté, l’invitation au voyage intérieur fantasmé et onirique fait d’amour et de langueur se mue en un paysage désolé, ou le poète voit son double, son ombre, habitant de Cythère, noir et sanglant, pendu haut et court en haut d’un gibet, déchiqueté, châtré. Le poète doit accepter cette partie inconsciente lancinante de lui-même, comme un gouffre sans fond où l’atroce et le beau, la folie, la crise existentielle, ou mystique coexistent comme des charognards aboyant et coassant autour du sexe des anges. Le poète est comme le dit en d’autres mots Hugoun « pirate », « un chasseur d’éponges, » un autre Gérard de Nerval (1808-1855), un jumeau, mort lui-même pendu en janvier 1855 à un réverbère rue de la Vieille Lanterne et qui dans son ouvrage Voyage en Orient (1851) voit ou a la vision prémonitoire d’un homme pendu au gibet sur l’île de Cythère..

VII.

UN VOYAGE À CYTHÈRE.

Mon cœur se balançait comme un ange joyeux,
Et planait librement à l’entour des cordages ;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
Comme un ange enivré d’un soleil radieux.

Quelle est cette île triste et noire ? — C’est Cythère,
Nous dit-on, — un pays fameux dans les chansons,
Eldorado banal de tous les vieux garçons.
— Regardez, après tout, c’est une pauvre terre.

— Île des doux secrets et des fêtes du cœur !
De l’antique Vénus le superbe fantôme
Au-dessus de tes mers plane comme un arôme,
Et charge les esprits d’amour et de langueur !

Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où tous les cœurs mortels en adoration
Font l’effet de l’encens sur un jardin de roses

Ou du roucoulement éternel d’un ramier !
— Cythère n’était plus qu’un terrain des plus maigres,
Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
— J’entrevoyais pourtant un objet singulier ;

Ce n’était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse errant parmi les fleurs
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entre-bâillant sa robe à des brises légères.

Mais voilà qu’en rasant la côte d’assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,

 

Nous vîmes que c’était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.

De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
Dans tous les coins saignans de cette pourriture.
Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
Le museau relevé, tournoyait et rôdait ;
Une plus grande bête au milieu s’agitait,
Comme un exécuteur entouré de ses aides.

Habitant de Cythère, enfant d’un ciel si beau,
Silencieusement tu souffrais ces insultes
En expiation de tes infâmes cultes
Et des péchés qui t’ont interdit le tombeau.

Pauvre pendu muet, tes douleurs sont les miennes !
Je sentis à l’aspect de tes membres flottans,
Comme un vomissement, remonter vers mes dents
Le long fleuve de fiel de mes douleurs anciennes.

Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
J’ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
Des corbeaux lancinans et des panthères noires
Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.

Le ciel était charmant, la mer était unie ;
— Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
Hélas ! — et j’avais, comme en un suaire épais,
Le cœur enseveli dans cette allégorie.

Dans ton île, ô Vénus, je n’ai trouvé debout
Qu’un gibet symbolique où pendait mon image.
— Ah ! Seigneur ! donnez-moi la force et le courage
De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !

 

Les rictus et versus de l’Octombule

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J’ai d’abord essayé de comprendre le sens du mot Octombule et je me suis fourvoyé dans noctambule. C’est en voyant le numéro Zéro intitulé Octonbule que j’ai compris l’origine profonde de l’Octombule: la petite bourgade d’Octon dans le 34, Coeur d’Hérault, mais aussi Occitanie. Et qui dit Occitanie dit Septimanie jusqu’au Moyen-Âge! Octon, petit village occitan pas encore occis par le temps, petit village septimancipé alerte et bandant donc de moins de 500 âmes, les Octonais, siège d’un village des Art-et-Métiers. Une feuille de chou contemporaine recto verso qui se lit non pas recto verso mais rictus versus, J’ai tout de suite accroché d’autant plus que la feuille de chou était proposée à 0,10€ et qu’il ne rendait pas la monnaie. Cocasse, impertinent, avide de jeux de mots, poétique, voilà ce que fut ma première impression. Ma chère et tendre cherchait déjà au fond de son porte-monnaie la précieuse pièce qui allait nous permettre d’entrer dans les arcanes de cette feuille de chou insolite imprimée en noir et blanc. Après avoir mangé une paella et goûté au dessert je commençais à entrer en état de somnambulisme quand tout à coup cette page me tira des effluves de Champagne Philippe Fays qui m’avaient transporté. On (Philippe Gerbaud, amiral en chef de ce radeau ivre et illustrateur) (décidément c’était la journée des Philippe) m’offrit un exemplaire de ce fanzine que je m’empressai d’enrouler comme un précieux papyrus pour pouvoir le lire le lendemain bien au calme de retour dans ma belle ville de Saintes. Las, au moment de partir je fus attiré par l’appel mystérieux du fromage qui flânait tranquillement sur une table et que je n’avais pas encore bécoté. N’écoutant que mon odorat et mon instinct de renard je me précipitai sur le fromage et délaissai un instant l’Octombule . Le journal de minuit et des poussières,  un journal qui se veut un pont entre des êtres étranges nommés Octombuliens et d’autres êtres non moins étranges, les Attributis. Voilà tout ce que je savais de l’animal. Mais à cause de ce fromage j’ai égaré la proie. S’il y avait un renard dans le coin il m’aurait sans doute dit :

Mon bon monsieur, apprenez que toute feuille de chou vit aux dépens de celui qui la goûte. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute !

Heureusement le lendemain Internet me permet de retrouver la trace de ce dont je vous propose ici les tout derniers rictus et versus . Merci Facebook.

Si vous souhaitez consulter les numéros zéro (quand il se faisait appeler encore L’octonbule avec un n) au numéro Ztreize c’est par ici.

Pour le reste voici ce que dit   Philippe Gerbaud dans la présentation du numéro Z-dix-Fuite de l’OCTOMBULE:

« Merci aux contributrices et contributeurs de L’OCTOMBULE Zdix-Fuite car elles et ils n’ont pas esquivé le sujet proposé pour bâtir ce frêle esquif ou l’on s’esclaffe (parfois).

Ainsi, sans mal, par ordre Alpha :
Alexandre Vélez, Anne-Marie Liotard, Bellelurette, Cecile Sternisa, Comérode, Elisabeth Popeye, Elledipi, Fillault, -H-, hopla, Horst, Hyafil, Ifren et Paco, Internationalskaja Jamminski, Léo Gartien, Liane la Gitane, Marc Daum, Marie Cayol, Médéric, Mireille Gealageas, Nathalie Bardouil, Olé, Peggy Wood, Philippe Bissières, Ruth, Stéphan Riegel, Toni Von Bonjour, Vincent Valade, Violette, Xavier Dole.
Merci à Henry IV Ayrade qui administre les corrections. Merci à l’Inuit d’InOcto pour les belles couches de noir.

L’Octombule n’est pas si facile à trouver même dans les meilleures pâtisseries, vous pouvez proposer des lieux de distribution, ou MIEUX ENCORE devenez un centre de grande distribution à Minuit et des Poussières. »

 

Electre, Oedipe et histoires de fesses complexes

Peau d’Ane (1694) de  Charles Perrault est l’histoire d’un inceste qui par miracle ou magie ne se réalise pas et qui donc reste dans le domaine du virtuel. Jacques Demy en a fait un film éponyme en 1970 avec Catherine Deneuve et Jean-Marais dans les rôles phares du père et de sa fille. Un roi heureux jure à sa femme sur le lit de mort de celle-ci qu’il n’épousera jamais une femme qui ne soit moins belle et moins sage qu’elle.

Or il a une fille et s’aperçoit bien trop tard que c’est sa fille qui est la plus belle du monde. On fait venir des dulcinées des royaumes avoisinants et aucune n’arrive aux pieds de la gente demoiselle. Le roi se résigne, sans trop se forcer tout de même, donc à épouser sa fille car il faut, c’est la raison d’état qui l’exige, donner un héritier au royaume. Une fille ne peut siéger sur le trône en ces temps reculés.. Le roi songe même à se laisser mourir de tristesse.

 

Sa fille par contre sur les conseils de sa marraine, une fée, recule l’échéance tant qu’elle le peut. Elle aime bien son père comme on aime le sel qui donne du goût à la cuisine mais de là à l’hymen insensé , à cet amour contre-nature, il y a tout un monde qu’elle ne souhaite pas franchir. Elle hésite ! Amour filial et amour se confondent en elle. Heureusement que sa marraine la fée est là pour la piloter car sinon nul ne répondrait de rien ! On dira pour la moralité soit sauve que ce père a perdu les pédales, après une longue dépression et qu’il ne sait plus la différence entre rêve te réalité, entre bien et mal. On est en plein conte fantastique ! Pour ne pas déplaire au roi son père qui la poursuit sans relâche de ses assiduités  la princesse accepte le mariage à condition qu’il lui offre comme dot des choses impossibles comme une robe de mariée couleur de temps, une autre couleur de clair de lune, une troisième couleur de soleil. Finalement à bout d’arguments en désespoir de cause elle lui réclame  la peau d’un âne aurifère qui était la source de sa richesse. Elle part et s’en va du chateau avec ses robes et une cassette, boite à bijoux magique, et une baguette magique offertes par la fée. Elle devient alors Peau d’Ane, la souillon, la moins que rien..

Le mythe d’Electre comme celui d’Oedipe a été créé à partir de ce tabou récurrent dans de nombreuses sociétés humaines mais pas toutes. il n’y a pas de tabou universel d’ailleurs.  Les jeunes filles n’épousent pas leur papa, et les jeunes hommes n’épousent pas leur maman. Epouser son père ou sa mère  c’est  rompre ce tabou c’est faire une grave entorse à la morale. C’est un péché, une monstruosité ! Autour de ce tabou structurant pour de nombreuses sociétés humaines il y a aussi l’interdiction formelle du parricide, du matricide, du fratricide, de l’enfanticide.. Mais qu’on le veuille ou non l’inceste existe. J’en veux pour preuve la dispense papale (le pape  Clément était son beau frère cela facilite, on se rend de menus services entre beaux-frères) que le roi Antoine de Constantinople obtint pour pouvoir épouser sa fille la Belle Hélène de Constantinople , mère des oeuvres du roi Henri d’Angletterre de saint Martin de Tours et de saint Brice son frère, qui eut l’honneur d’une chanson de geste au XVeme siècle.  Celle-ci n’eut d’autre choix pour éviter le péché que prendre la poudre d’escampette par le premier bateau nuitamment et de se réfugier à la cour d’Angleterre. Elle mit 32 ans avant de revoir son père et plus de 30 ans ses deux enfants dans un périple qui la mena à Tours, à Nantes, à Gratz, à Rome. Pour des raisons que j’ignore des hommes et des femmes , voire des personnes de même sexe et de même famille, s’unissent pour célébrer les joies et les incertitudes du sexe et de l’amour. Si ce sont des personnes majeures je n’ai rien à y redire. Je ne porte de jugement moral sur aucun de ces hymens soi-disant contre-nature. a chacun sa foi ! A chacun sa morale ! Partout il y a des Electre, des Agamemnon, des Oreste, des Clytemnestre et des Eghiste. Le thème est si prégnant que depuis l’Antiquité il a été abordé par les auteurs grecs comme Homère, Eschylle, Sophocle et Euripide. Plus près de nous par Giraudoux, Cocteau, Gide, Sartre. Le cinéma n’est pas en reste avec l’Electre (1962) de Michael Cacoyannis avec une bande originale de Mikis Theodorakis et un casting comprenant Irène Papas, Yannis Fertis, Aleka Katseli, Fivo Razis.

et Pour Electre (1974) du hongrois Myklos Jancso.

Richard Strauss lui a même consacré un opus Elektra

Et même un opéra rock hongrois lui est dédié en 1995 Szerelmem Elektra avec Papadimitriu Athina, Varga Miklos, Makrai Pal, Szulak Andrea, Hegyi Barbara, Lukacshazi Gyozo.

L’inceste en France n’est reconnu que sur des enfants mineurs. Le mariage incestueux est interdit mais nul n’interdit à un couple incestueux de vivre ensemble, de copuler et d’avoir des enfants. Je crois qu’avec le temps cette ultime digue sexuelle sautera. Ce sont les religions qui ont imposé ce tabou. Avec le recul de ces religions l’homme est livré à lui-même et vit ses transgressions selon son bon vouloir. Les forces obscures qui nous hantent et qui peuvent prendre l’apparence de bonnes fées ou de vieux démons ou de lutins et farfadets sont des forces puissantes qui nous poussent à agir !

Il n’est pas dans mon propos ici de faire l’apologie de l’inceste mais de relativiser son importance entre personnes majeures. Tout en se souvenant que la majorité n’est pas la même d’une société à une autre. J’ai déjà par ailleurs évoqué cette majorité affective et sexuelle il y a quelques temps. Aux Etats-Unis dans l’Etat de New Jersey le mariage entre incestueux est autorisé. En faisant mes recherches de généalogie je vois que des dispenses en raison de liens de consanguinité sont  florès et sont très souvent accordées par le gouverneur à l’élite des colons qui fonctionnait un peu comme une caste. sur ees îles comme les Saintes et Désirade la consanguinité est effarante par exemple. Donc on pouvait se marier allègrement entre cousins proches ou éloignés, tante et neveux, nièces et oncles, etc. Il ne manque pas d’exemples dans ma propre famille en Martinique comme en Guadeloupe au cours des siècles de mariage ou d’union d’un homme successivement avec deux soeurs. De liaisons entre cousins. et même entre grand-mère et petit-fils. On chuchote même dans les chaumières des liaisons entre frère et soeur… Shame and scandal in the family ! Ainsi va le monde de l’entre-soi, ainsi va le monde ! Depuis 1791 l’inceste n’est plus réprimé en France  par la peine de mort. Il y a encore de nos jours des pays qui sanctionnent l’adultère. Il fut un temps où un enfant adultérin ou incestueux était promis à l’enfer et à la damnation. Petit à petit les barrières tombent ! Il y a encore des résistances. Par exemple en France on peut avoir une procréation issue de sa parentèle mais l’enfant ne peut être reconnu que par l’un des deux membres du couple. Et si le mariage entre incestueux est encore interdit l’union civile elle ne l’est pas.

Le film Cousin Cousine  (1975) de Jean-Charles Tacchella avec Victor Lanoux et Marie Christine Barrault illustre bien les attirances pastorales qui existent entre cousins.

 

Charles Perrauilt n’a rien inventé. bien avant lui des contes parlant de peau d’âne ou d’autres animaux, ou tout simplement d’inceste circulaient à travers la planète. Après lui les frères Grimm ont publié leur version de Peau d’Ane qui s’appelle Toutes-Fourrures ou Peau-de-Mille-Bêtes. De cette lecture est né le film Allerleirauh de Christian Theede sorti en 2012 avec une distribution  composée de Henriette Confurius (Princesse Lotte), André Kaczmarczyk (le roi Jakob), Fritz Karl (le cuisinier Mathis), Adrian Topie (Rasmus), Nina Gummich (la princesse Friederieke), Gabriella Maria Schmeide (la cuisinière Birthe), Ulrich Noethen (le roi TobaldDans cette version avant de s’enfuir la princesse Lotte met ses trois robes dans une coquille de noix magique et part pour s’échapper du roi Tobald.