qui aime bien chatouille bien

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Tel Aristophane, je faisais mien jusqu’à peu de temps le vieil adage stoïcien  « qui aime bien châtie bien ». « qui bene amat bene castigat » ! Qui aime bien corrige bien, essaie de rendre meilleur et cela passe parfois par des châtiments, des punitions, des brimades! Alors que j’habitais au Brésil j’ai senti que cet adage était loin de faire consensus. « Qui aime bien ne peut pas châtier » me disait-on effaré par la possibilité du châtiment amoureux. Seul Dieu peut châtier ! Qui étais-je donc pour aimer et châtier selon mon bon vouloir. Pourtant chez Socrate aimer et battre sont une seule et même chose. Mais les Grecs ne sont pas les Brésiliens ! Et au Brésil l’enfant est roi et a tôt fait de vous tancer vertement, et de vous signifier qu’étant le sang de votre sang tout doit lui être dû, pardonné, rien ne doit être expié, l’amour du clan étant plus important que la recherche de la  vérité et de l’excellence et u dépassement de soi.

Les mots ont des sens et connotations variables selon les cultures. J’ai aussi appris de certaines personnes pieuses au Brésil qu’on ne pouvait utiliser le verbe adorer qu’avec Dieu. je ne pouvais donc plus adorer les palourdes, ni les gombos, ni les feuilles de dasheen. Je ne disais donc plus adoro à la connotation déiste mais je pouvais dire adolo, ou dolo. Comme quoi une lettre change et le monde est bouleversé. D’ailleurs pendant que j’y pense le mot anglais pour bouleversant est devastating

Dans qui aime bien châtie bien il y a pour moi l’idée que ce n’est pas parce qu’on aime qu’on ne doit pas être exigent envers ceux que l’on aime et que cette exigence peut parfois mener au châtiment.

Mais maintenant que je viens de passer le cap Horn des 65 ans je change mon fusil d’épaule et je dis depuis Mayotte « qui aime bien chatouille bien ». Voila qui est neptunien à défaut d’être jupitérien du fond de l’océan indien! Je ne cours pas le risque d’être honni. C’est mieux que « qui aime bien fait des guilis-guilis » ! « Qui aime bien fait des cocegas » ! Il y aura je n’en doute pas des esprits chatouilleux et chagrins au point de vouloir chicaner sur le genre de chatouille que je préconise et qui se mettront à déchiffrer dans le texte  les mille arcanes du kamasutra.  Chatouiller c’est étymologiquement provoquer des tressaillements; kietelen en néerlandais, tickle en anglais. Et comment provoque-t-on ces tressaillements, me direz-vous, Monsieur le Marquis Chatouilleur ? Sans aller jusqu’au kamasutra, il suffit  d’aller aux aisselles, sous la plante des pieds car il ne s’agit pas de faire ronronner mais de faire tressaillir. La nuance est d’importance.Mais quoi qu’il en soit chatouiller est un verbe transitif comme aimer, il suppose un sujet et un objet et ceci dès le 15ème siècle puisque l’étymologie de chatouiller dans le cnrtl.fr cite cette phrase où chatouiller se disait alors catoillier et voulait dire tout simplement  exciter en français médiéval selon   Charles d’Orléans dans son ouvrage écrit en 1414 La retenue d’Amour, éd. P. Champion, 219-223 , 1923

« Quand Beauté vit que je la regardoye,

Tost par mes yeulx un dard au cueur m’envoye,

Quand dedens fu, mon cueur  vint esveillier,

Et tellement le print à catoillier

Que je senti que trop rioit de joye. »

Brassens créole

Chaque fois que je pense à Georges Brassens je me retrouve sur la rue des Lombards à Paris; aux Halles où autrefois dans les années quatre-vingts avant d’aller au Diable ou au Cloître des Lombards écouter du jazz ou danser de la salsa je consacrais quelques minutes à écouter un guitariste qui jouait religieusement tous les week ends et peut-être même en semaine tous les classiques de Georges Brassens. Autour de lui se dessinait une ronde hétéroclite d’inconditionnels du folk, de fidèles, de touristes, de passants, de curieux qui applaudissaient et garnissaient l’étui de sa guitare de pièces et de billets, des francs voire des dollars ou des yens. Oui l’Euro n’était pas encore né !

Brassens pour moi c’était la gouaille, l’irrévérence anarchisante, la liberté du verbe, la polissonnerie, l’anti-conformisme mais aussi la métrique exigeante. Je le savais sétois, né dans « l’encre bleue du golfe de Lion » près du cimetière marin dit Saint-Charles où reposait aussi Paul Valéry et quand je visitai Sète pour la première fois vers l’an 2000 c’est son chant coupé-décalé que je cherchais à déceler à travers les ruelles menant au cimetière le Py.

C’était un homme de la mer, admiratif et jaloux en même temps de Paul Valéry (1871-1945).  Il fit même une supplique pour être enterré sur la plage de la Corniche à Sète en-dessous d’un pin-parasol. Un troubadour méditerranéen. Et quoi que nous fussions nés sur des parallèles et des méridiens fort éloignés je me sentais une sorte de communauté spirituelle avec lui.

Je pourrais citer comme ça au pied levé quelques passages, quelques rimes riches de sa poésie flamboyante

je me suis fait tout petit devant une poupée qui fait pipi quand on la touche

« le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con on est con, qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, quand on est con on est con, entre vous plus de controverses, cons caducs ou cons débutants, petits cons de la dernière averse ou vieux cons des neiges d’antan »

« quand je pense à Fernande, je bande, je bande, quand je pense à Félicie, je bande aussi, quand je pense à Léonore, mon Dieu, je bande encore mais quand je pense à Lulu alors je ne bande plus, la bandaison parfaite, papa, ça ne se commande pas »

« Non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux »

« Mourons pour les idées, d’accord, mais de mort lente »

les copains d’abord, coquin de sort, les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics mais il ya une chanson qui plus que toutes me surprit en ce sens qu’elle reprenait un poème de François Villon Mais où sont les neiges d’antan

 

« Dictes moy ou, n’en quel pays,

Est Flora, la belle Rommaine;

Archipiades, né Thaïs,

Qui fut sa cousine germaine;

Echo, parlant quand bruyt on maine,

Dessus rivière ou sus estan,

Qui beaulté ot trop plus qu’humaine ?

 

Ou est la très sage Hellois,

Pour qui chastré fut et puis moyne

Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?

Pour son amour ot ceste essoyne.

Semblablement ou est la royne,

Qui commenda que Buridan

Fust geté en ung sac en Saine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

Fust gecté en ung sac en Seine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

La royne blanche comme lis,

Qui chantoit à voix de seraine.

Berthe au grant pié, Bietris, Alis,

Haremburgis qui tint le Maine.

Et Jehanne, la bonne Lorraine,

Qu’Anglois brulèrent à Rouan;

Où sont-ilx, Vierge souveraine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

Où sont-ilz, Vierge souveraine ?

Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, n’enquerez de sepmaine,

Où elles sont, né de cest an,

Qu’à ce reffrain ne vous remaine :

Mais où sont les neiges d’antan ? »

 

Sam Alpha, le Martiniquais de Fort de France né en 1941, a eu cette idée de génie en 1991 de reprendre ces chansons immortelles et polissonnes de Brassens et de les adapter à la sauce créole. ce sera Brassens créole volume 1.

Les Amoureux des Bancs Publics (Doudou Ban Foyal) , Chanson pour l’Auvergnat (Kouplé ta la),  Les Copains d’abord (Lanmityé solid), Brave Margot (Yo té la), La prière (Mwen ka salvé ou Mawi), A l’eau de la claire fontaine (An dlo kle la fonten Didiè a), Tonton Nestor (Konpè Toto), La ronde des jurons (Jiretek), La ballade des dames du temps jadis (Mazouk jan lontan), Le pornographe (Sé mwen ki porno), La femme d’Hector (Man Hekto), Le parapluie (parapli), La princesse et le croque-note (Ti prinsès é manjé not)

 

Puis il reprend le theme en 1996 et ce sera Brassens créole volume  2.

La fille à cent sous (Méglèt), Les funérailles d’Antan (Lantérman jan lontan), Je me suis fait tout petit (Mwen viré piti), L’ancêtre (Bizayel), Oncle Archibal (Ton Awchibal), L’orage (Tonnè), Une jolie fleur (An bel ti flè), Rien à jeter (Sa mwen ké féy jété), 95 pour cent (katrèvenkenz an lé san), Le fantôme (Diabless), Le grand chêne (Mahogani), L’amandier (Prin Mouben), La rose, la bouteille, la poignée de mains (Alamanda ven é bonjou),

Puis a nouveau en 2000 et ce sera Brassens créole volume 3 qui propose Les trompettes de la renommée (Lambi mon gran non le twompét), J’ai rendez-vous avec vous (Mwen ni ranka évé vou), La mauvaise réputation (Movet not), Histoire de Faussaire (Fo istwa), LOe temps ne fait rien à l’affaire (Tan ka fé tan), Il suffit e passer le pont (Sé savann on fwaw janbé pon), Hécatombe sur le Marché de Brive la Gaillarde (Bab marché), Le mauvais sujet repenti (Mové sijé drésé), A l’ombre u coeur e ma mie (An lombraj kiyé masibol mwen), Le nombril es femmes ‘agents (Zonbi fanm gadpolis), Le gorille (Varé goril)

Sam

 

Hécatombe au marché de Brive la gaillarde adapté en créole devient sous la plume et les arrangements de Sam Alpha Bab marché. Je sais, je sais,  le folk c’est pas antillais mais on peut customiser quand même à la Douanier Rousseau. De la musique naive en quelque sorte. Comme est naïf l’art haïtien par exemple, naïf car non filtré et censuré par les codes esthétiques ambiants.

Je me sens chez moi dans le monde entier, partout où il y a des nuages

Rosa Luxemburg, 1871-1919, théoricienne du Marxisme, qui parlait le russe, le polonais, l’allemand et l’hébreu disait cette phrase à propos des ghettos. « Je me sens chez moi dans le monde entier, partout où il y a des nuages, des oiseaux et les larmes des hommes ».

Je reprendrais bien cette phrase à mon compte en prenant soin d’y ajouter un ingrédient les gombos et d’en modifier un autre: les larmes. Cela donne donc: je me sens chez moi dans le monde entier, partout où il y a des nuages, des oiseaux, les larmes de rhum et les gombos.

Eh oui je ne suis pas marxiste. Nobody’s perfect, right ! Vous vous en doutiez, non?

Entre France et France, rangée 33, sièges D, E, F, entre Ipseite, Sango et Marahaba

L’avion qui me menait à Mayotte poursuivait sa route sur Tana comme l’ appellent les nostalgiques de Madagascar française. On chantait autrefois Chandernagor, Tananarive, Colorado, le Nevada, le Labrador, etc. Donc moi je dis Antanarivo ! Je sais que Mada est comme Gwada ! Ce sont des petits noms gentils tout doux qu’on donne à des pays dont on pense que ce sont des enfants. Trouvez moi un gentil diminutif pour les Pays Bas, pour l’Allemagne, pour la France ! Vous me suivez ? Donc pour revenir à mon vol il était je dirais au quart ou à moitié plein de gens qui avaient pour destination finale Madagascar. C’est donc tout naturellement que je me retrouvais sur le siège 33 E.

 Au 33D sur la gauche donc, Francis Ra….vao se présente. Je suis français. Je pars à Madagascar en vacances, c’est le pays d’origine de mes parents. Et moi je lui dis. Vous êtes donc aussi malgache quelque part. Vous devez aimer le ravitoto, le riz et les feuillages. Il opine. Vu de ce côté là oui c’est vrai. Mais je ne parle pas malgache. je lui donne 25 ans à tout casser. Je lui parle de Thoreau, je ne sais pas pourquoi. Mais je pense que la lecture de Thoreau pourrait l’aider à trouver un but à sa quête.  Il ne parle presque rien en malgache selon lui mais il corrige tout de  même ma prononciation de  ravitoto qu’il prononce /ravtutu/ avec l’accent tonique sur le rav. Pas mal pour un Caennais. Ah si j’y avais pensé je lui aurais dit qu’au  Nord-est du Brésil dans la Chamada Diamantina pas très loin de Morro do Chapeu et de Jacobina il y a une ville qui s’appelle Caem !  Il y a une blague autour du nom Caem qui a un rapport avec les chiens mais je ne m’en souviens plus très bien. Il me dit même comme preuve de son indépendance émotionnelle par rapport à Madagascar qu’il ira faire un séjour d’une semaine à la Réunion. Pour se mettre au calme. Moi je me dis qu’il doit bien y avoir des centaines d’endroit à Madagascar pour être au calme. Madagascar serait-elle dépourvue de calme pour un descendant de malgache ? Je m’interroge. Il est né à Caen, Calvados, terre de tripes et de pommes d’Api et de bon calva. Ses références sont Lisieux, Évreux et maintenant Limoges où il enseigne les SES sciences économiques et sociales. Il écoute Ipseite, un album d’un groupe ou chanteur français inconnu pour moi, Damso. Moi je surfe entre Philip Glass et son Heroes Symphony, Sango et son album De mim para voce, et Zero Gravity et son album Gravity Room. Nous parlons voyages et amours. Je réponds à ses questions. Il élude souvent les miennes. Il a vécu un an en Ecosse à Glasgow comme Erasmus et à fait son stage de master au Burkina Faso. Je sens une quête qui semble se formuler. Je sens qu’il voudrait parcourir le monde. Je le sens tiraillé, je le sens solitaire. Je lui jette même à la figure ce gros mot de « blessure narcissique » qui frappe les descendants de migrants qui passent une partie de leur vie à se chercher en vain. Il voudrait savoir qu’elle a été ma plus grande expérience amoureuse. Au fond de moi je pense que chaque expérience bonne ou mauvaise a eu le mérite d’exister, que dans chaque expérience amoureuse il y a les traces des précédentes et le parfum des suivantes. Qu’on ne peut pas figer une expérience amoureuse en trois mots, deux dates, deux virgules, je crois qu’il y a un continuum entre toutes les femmes qu’on a aimées ou désirées et toutes celles qui se sont refusé à soi. Et que l’apprentissage de l’amour est l’apprentissage de la négociation et cela c’est l’histoire d’une vie, voire de plusieurs. Nous sommes tous à la recherche d’un être charmant, prince, princesse ou démon, qui nous complète dans une relation osmotique. Je voudrais lui dire que ma relation à l’amour est une relation rhizomique, rhizomique mais il faudrait que je lui explique de mon 33E la théorie du rhizome, du tout monde, parler de Glissant, des Antilles, du haut de mes presque 65 ans de vie, de mes 5 enfants dont je lui livre les parcours divers entre France, Brésil, Hollande et Guadeloupe. Aucun d’eux ne parle le créole. Je ne leur ai enseigné ni Dieu ni Diable, simplement l’amour des langues et du voyage. Il n’y a pas d’âge pour se plonger dans la culture de ses parents. S’y plonger ne veut pas dire tout accepter les yeux bornés par des œillères, s’y plonger signifie faire corps et seulement ensuite seulement se donner le luxe de relativiser. Je lui apprends que Macarena n’est pas au Brésil.

Au siège de droite, le 33F , c’est une jeune fille de 21 ans mahoraise originaire de la localité de Kani-Keli, Samra, qui habite en France et qui voyage avec sa dernière née qui a dix mois et qui s’appelle Maylinn. C’est  son troisième enfant. Elle a déjà eu deux garçons. C’est une mahoraise démasquée. Elle s’est mariée en France, ses parents habitent en France. Elle chante des berceuses en français pour endormir sa fille. Elle se rend à Mayotte pour y presenter à ses beaux parents qui habitent sur l’île son enfant mais aussi pour célébrer le mariage d’une amie. Quoi qu’elle ne suive pas trop la coutume, je sens bien à sa façon de me raconter le grand mariage qui aura lieu le jour de l’arrivée qu’il faut qu’elle assume sa part. C’est une question d’honneur, je dirais presque de rang, enfin c’est ainsi que moi je le comprends. Elle me parle de tapis, d’euros qu’il faut donner en cadeau, entre 50 et 100 minimum, surtout pour les filles. Mais je ne comprends pas trop l’histoire du tapis. Serait ce une sorte de clan. Elle fait une formation pour travailler en maison de retraite. Si j’osais je lui demanderais bien une invitation pour le mariage. Je serais même prête à participer à hauteur de 20 €. À Mayotte il y a une place des mariages mais il y a aussi une cité des morts. Je ne connais encore ni l’une ni l’autre mais d’ores et déjà j’ai survolé l’Afrique et posé mon pied et ses ailes à Mayotte. Et j’ai appris un nouveau mot : Marahaba qui veut dire merci. Elle ne connait pas le gombo.

Entre morte-eau et vive-eau

Au tissu blanc damassé  de mes exuvies

Le diable niché au fond des falaises  a gravé

Les mues sans feu ni lieu de ses arrière-vies.

 

Je vous salue cratères où je me suis gavé

Des mannes et méduses de vos saint-sacrements

Aux racines-échasses qui ont mille laves bravé.

 

Bénies soient  les mangroves qui rient  aux caïmans,

Béni soit l’océan aux courbes d’amazone

Qui du papier brouillard fait naître le piment.

 

A la morte-eau les nasses et sennes entonnent

Entre flux et reflux d’ étamines et de pistils

Un avé maria en l’honneur de ces mornes

 

Marqués aux tempes des marques de leur île.

Pour seul camarade je n’ai que ce diable éteint

Qui jappe comme un chien-huant dans la nuit d »argile.

 

 

 

 

 

 

Les Révérends Pères Jean-Baptiste Du Tertre et Labat adoraient le diable boucané !

 

Les Révérends Pères Du Tertre (1610-1687) et Labat (5 septembre 1663- 6 janvier 1738) , Jean-Baptiste de leur prénom, était Frères Prêcheurs, membres de la Congrégation de Saint-Louis, on dit pour simplifier aussi, Pères Blancs par opposition aux Pères Noirs , les Jésuites ! On dit aussi Dominicains ! Non ils n’étaient pas de la Dominique, île proche de la Guadeloupe, ni de la République Dominicaine.  Ils faisaient partie de l’ordre des Dominicains, fondé par Dominique de Guzman dit saint Dominique en 1215 ! C’étaient des missionnaires apostoliques dont la devise était louer, bénir, prêcher . Ils naquirent et moururent en métropole. Mais entre temps ils parcoururent les isles d’Amérique, les françaises, les anglaises, les hollandaises, chacun avec son propre tempérament, sa propre verve, sa propre vérité. L’un y fit trois séjours totalisant 6 ans et l’autre un seul et unique séjour de 11 ans entre 1693 et 1705. De retour au bercail ils écrivirent chacun leurs mémoires enrichies de cartes, figures, plans.  Le Père Du Tertre publie en 1654 la première édition de son Histoire  Générale des Isles de Saint-Christophe, Guadeloupe, Martinique habitées et autres en  4 tomes. Le Père Labat publie quant à lui 68 ans après en 1722 son Nouveau Voyage aux isles de l’Amérique qui retrace de façon épique et rabelaisienne son voyage réalisé de Paris à La Rochelle puis vers les Antilles entre 1693 et 1705

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A la Guadeloupe à cette époque il avait des  Capucins, des Dominicains, des Carmes, des Jésuites qui se répartissaient le marché du spirituel ! Parfois des épidémies réduisaient le personnel et il fallait donc toujours et toujours de jeunes et nouvelles recrues trentenaires avides d’aventures prêtes à s’expatrier vers les isles où ils pourraient à loisir évangéliser esclaves, Mores et sauvages.

Que nous apprend le bon Père du Tertre sur le diable, dans son histoire générale des isles de Saint Christophe, de la Guadeloupe.

« Des oiseaux. De l’oiseau appelé Diable

XI

Le Diable est un oiseau nocturne, ainsi nommé par les habitants des Iles, à cause de sa laideur. Il est si rare, je n’en ai jamais pu voir un seul, sinon de nuit, et en volant. Tout ce que j’en ai pu apprendre des chasseurs, est que la forme approche fort de celle du canard, qu’il a la vue affreuse, le plumage mêlé de blanc et de noir, qu’il repaire dans les plus hautes montagnes, qu’il se terre comme des lapins dans des trous qu’il fait dans la terre où il pond ses oeufs, les y couve et y élève ses petits, je n’ai pu apprendre de quelle viande il les appatelle. Quand il paraît de jour il sort si brusquement  qu’il épouvante ceux qui le regardent. il ne descend jamais de la montagne que de nuit en volant, il fait un certain cri  fort lugubre et effroyable. Sa chair est si délicate qu’il ne retourne point de chasseur de la montagne, qui ne souhaite de bon coeur avoir  une douzaine de ces diables pendus à son col »

Labat fut un diable d’homme à la fois historien, botaniste, écrivain, missionnaire chrétien, explorateur, ethnologue, ingénieur, architecte, médecin, agriculteur, rhumier, militaire, propriétaire terrien, habitant sucrier, propriétaire d’esclaves et j’en passe !On pourrait ajouter flibustier et boucanier si sa profession  n’incitait pas à une certaine réserve. Il a laissé à la postérité un fils : le kill-devil (tue-diable) baptisé guildive, conçu au départ comme médicament devenu par raffinages successifs  le rhum agricole : le rhum du Père Labat de Marie-Galante ! Peu importe si le rhum du Père Labat n’a été commercialisé qu’a partir de 1860 et est actuellement fabriqué sur 150 hectares par la Distillerie Poisson, c’est le révérend père Labat qui a posé les bases de la vinification du jus de cannes à sucre fraîches, le vesou, puis de sa distillation en rhum agricole.

Le 4 août 1693 il quitte Paris pour la Rochelle. Le 24 novembre 1693, à l’âge de 30 ans, il part de la Rochelle accompagné d’une dizaine de missionnaires à bord de la flûte La Loire qui fait partie de la flotte de 37 vaisseaux avec pour vaisseau amiral le  vaisseau du roi l’Opiniatreté, lequel possède 200 hommes d’équipage et 44 canons ainsi que quelques passagers. Direction la Françamérique, pour certains la Guyane, d’autres comme lui et ses confrères la   Martinique  ! Il y arrivera le 29 janvier 1694,  Après deux ans de service à Macouba, il part pour la Guadeloupe.

Le père Labat définissait le quartier de Basse-terre comme « un pays composé de bois, montagnes et précipices. » Arrivés avec ses guides en haut de la Soufrière il dit : « Nous voyions la Dominique, les Saintes, la Grande-Terre et Marie-Galante, comme si nous avions été dessus. Lorsque nous fûmes plus haut nous vîmes fort à clair la Martinique, Monserrat, Nieves et les autres isles voisines. Je ne crois pas qu’il y ait un plus beau point de vue au monde, mais il est situé dans un endroit incommode et trop proche d’un voisin fort dangereux. »

Cet homme a l’odeur de l’encens, du sucre, de la poudre, du soufre et du diable. Il aimait tant le soufre qu’il écrivait avec deux s souffre ou avait un ph souphre. C’est ainsi qu’il baptisa la Soufrière de Souphière ou de Souffrière ou carrément la montagne des Diables.  Pour arriver au sommet et trouver les diables il fallait franchir au moins sept ou huit rivières ou ruisseaux , escalader, hisser, passer à gué, sauté-mater. C’était un de ces gaillards rudes, il ne se déplaçait jamais sans son litre de vin de madère et son pain pour compléter son repas de diables, de grives,  de perroquets, de perdriques ou de perdrix, laissant aux nègres l’eau de vie et la farine de manioc.

Pour manger son diable pas besoin d’assiette, il adorait comme les nègres l’assiette faite en feuille de cachibou ou de balisier ! Parfois comme à l’occasion de la fête du roi le 25 août on faisait la fête. Le seul voeu que font les Dominicains c’est celui d’obéissance ! Aucun Dominicain n’a jamais fait voeu d’abstinence de mangeaille et de boisson ! et comme tout bon dominicain il ne s’aventurait nulle part dans son apostolat e prédication au moins son pain et sa bouteille de madère ! C’était le moment du boucan. Le maître de boucan mettait le vin au frais dans un ruisseau puis se chargeait de construire un ajoupa, un boucan  en pleine montagne. Pour cela il tuait un cochon, le vidait et le mettait à rôtir selon les règles boucanières sous une charge de braise. Dans la panse de ce cochon sauvage ou marron il jetait du jus de citron, du vin blanc, du poivre, du lait de coco du piment et des épices. On jetait dans ce mélange les diables . Quand on était beaucoup les jours de fêtes on tuait pour les esclaves quelques cabris qu’on faisait rôtir ! Comme il le précise dans son reportage il lui fallait  au moins deux diables rôtis à la broche pour être rassasié ! il admet que ce n’est pas la première fois qu’il mange des diables et qu’il en a déjà mangé dans un autre pays (la Martinique) mais que ceux de la Souphière sont « plus délicats et de plus facile digestion que les autres ». Ce n’est pas moi qui l’invente. Certains ont péri sous l’Inquisition, domaine de spécialité des dominicains, pour bien moins que cela ! Lisez plutôt :

« Il faut avoüer qu’un diable mangé de broche en bouche est un mets délicieux. Je croyois être rassasié ayant un diable dans le corps ; mais soit que l’air froid de la montagne, ou la fatigue du chemin eussent augmenté mon appétit ; soit que les diables de ce païs-là soient plus délicats et de plus faciles digestion que les autres, il fallut faire comme mes compagnons, et en manger un second. La nuit fut belle et sans pluye, et nous dormîmes bien, quoique les diables fissent un grand bruit en sortant de leur maisons pour aller à la mer, et en y retournant. »

S’il fallait au révérend père au moins deux de ces volatiles boucanés pour se sentir rassasié, imaginez ce qu’il ne fallait pas pour un vorace ! Pour un vorace 3 volatiles n’étaient que hors d’oeuvre qu’il fallait faire suivre soit de cochon soit de cabri boucané.

Les diablotins disparaissaient des environs du Nez Cassé entre mai et septembre puis revenaient pour y passer deux mois. Certains restant pour s’occuper des oisillons qu’on appelait cottous.

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Le père Labat était un grand amateur de diablotin, appelé aussi diable ou petrel diablotin.  L’oiseau appelé scientifiquement   pterodroma hasitata était du temps des deux chroniqueurs dominicains  chassé impitoyablement dans les hauteurs proches de  la Soufrière dans la montagne aux Diables où il nichait dans des trous caché le jour comme des lapins de garenne dans leur terrier. On le débusquait avec l’aide de chiens et de bâtons. Il poussait aussi des cris de chiens ou était-ce des cris pour effrayer les mangoustes qui en étaient elles aussi friandes !  La chair du diable était noire douce et délicieuse. Comme le diable se nourrissait exclusivement de poisson, étant un oiseau pélagique, sa chair avait un goût de poisson.

Le Père Labat s’étonnait qu’on s’étonne en métropole que les gens des îles mangent des oiseaux pendant le Carême ce qui n’était pas permis en métropole. Il répondait à cela en disant que les missionnaires étant par concession apostolique comme des évêques locaux avaient déterminé après consultation avec les médecins que la diable était viande maigre nourriture végétarienne et pouvait donc être consommé sans péril pour l’âme toute l’année. Le diable et surtout le cottou qui était fort gras et apprécié des religieux était considéré comme de la manne envoyée par le Très-Haut sur ces contrées. A la défense de notre homme je dois ajouter qu’en de nombreuses occasions dans l’histoire les oiseaux furent considérés comme du poisson et comme tel n’étaient pas considérés comme chair. Donc parfaitement adéquats pour le jeûne !

L’aliment était si prisé qu’il disparut. A partir de 1847, année du terrible tremblement de terre qui touche la Guadeloupe, le diable disparaît de la région. On croit alors l’espèce en extinction en Guadeloupe. Pendant 160 ans on n’entendait plus parler des diables. Le diable avait disparu de la montagne des oiseaux telle que l’avait connue là-bas. Il niche sur l’île Hispaniola entre Haiti  et République Dominicaine. On en trouve quelques-unités à Cuba et à Trinidad, et il y a une dizaine d’années il a été réaperçu près de Petite Terre et la Désirade.

Le pétrel diablotin  appelé bruja en espagnol, black-capped petrel en anglais, et parfois aussi  chathuant) arrivait autrefois à se retrouver juste au Camp-Jacob où je suis né ! Il est pour moi évident que mes ancêtres tel le père Labat raffolaient eux aussi de diablotin  : rôti, bouilli, en escabèche, en marinade, en colombo. Les meilleurs diables et diablotins étaient leurs petits, les cottons, qui étaient particulièrement appétissants. Certains partis en marronnage ont dû comme les diablotins être chassés dans les montagnes avec force coups de batons, de gaules avec crochets, étranglés, plumés, éviscérés, flambés, rôtis. Nous avons tous deux survécus, diables et descendants d’esclaves avec nos plumages  noirs, blancs et gris. Nous poussons toujours nos cris de chiens quand nous partons la nuit à la pêche en mer et nous sommes toujours autant piscivores et terricoles.

Les feuilles de cachibou servaient à emballer les gommes chibou et à les envoyer dans des tonneaux vers l’Europe.

Histoire Générale des Isles de Saint-Christophe, Guadeloupe, Martinique et autres isles de l’Amérique

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 1

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 2

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 3

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 4

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 5

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique (1724) Tome 6

Oremus ! Prions Notre Dame du Très Saint Rosaire de la Guadeloupe d’Estrémadure!

Guadalupe

 

Je ne suis pas croyant au sens qu’on donne ordinairement au mot croyant ! Je ne crois ni aux prières ni aux suppliques ni aux neuvaines d’où qu’elles viennent et quoi que soient les raisons qui les motivent ! Je crois que confier à une entité quelle qu’elle soit le soin d’intercéder, de réaliser  un voeu à notre place, évite qu’on se prenne en main et qu’on lutte pour obtenir ce que l’on veut ! Donc quand on dit « si Dieu le veut », ou « s’il plaît à Dieu » « que la volonté de Dieu soit faite » cela veut dire pour moi qu’on abdique d’une certaine manière de son autonomie pour un deus ex machina qui, selon moi,  est beaucoup moins efficace que n’importe quel vulgus pecus.

Mes parents ont toujours dit « demain s’il plaît à dieu ! ». Oh je sais bien que nul n’est autonome et que notre machine interne peut s’arrêter du jour au lendemain sans crier gare mais  je me fie à mes propres  analyses, à mon propre instinct. J’écoute, certes, à droite, à gauche, je me renseigne  et je prends mes propres décisions. Il m’arrive bien sûr de dépendre des décisions des autres mais je ne demande jamais d’intervention divine pour me montrer la voie, pour faire jaillir une lumière. Et si les choses ne marchent pas exactement comme j’aurais voulu qu’elles aillent alors je ne m’en prends qu’à moi-même. Je ne me crois jamais persécuté ni maudit ! Je dirais même que je me crois béni ! Mais pas par un ou plusieurs dieux et déesses, esprits, anges ou dragons célestes ! Béni par le hasard, par la Providence comme on disait autrefois ! Parfois on est au bon endroit et à la bonne heure, at the right time in the right place, et parfois non ! Voilà qui doit vous surprendre ! Je ne crois ni en Dieu, ni ne la Sainte vierge, ni aux saints d’ici et d’ailleurs. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne crois pas au surnaturel. il y a des choses que je ne m’explique pas mais je ne cherche pas à leur donner une explication rationnelle. Je les accepte telles que je les vois ou que je ne les vois pas. Je ne crois pas non plus d’ailleurs aux spécialistes qui prétendent tout savoir sur tout ! Je ne crois pas à ceux qui veulent peupler Mars alors qu’ils ne savent même pas peupler l’océan qui pourtant est là tout près avec ses abysses insondables. Je crois raisonnablement en les tentatives de la science d’expliquer le monde, mais à vouloir mettre tout dans un moule fait de formules, codes et cases on réduit grandement la complexité du monde. Or la vie est complexité. Je fonctionne pour moi comme je fonctionne pour mon frigo: je ne sais pas comment il fonctionne et cela ne m’intéresse pas à vrai dire. Ce qui m’intéresse c’est qu’il fonctionne et qu’il garde au frais ou qu’il congèle les choses que je lui confie. Ma télé, mon portable fonctionnent parce que des scientifiques ont imaginé qu’un jour ce serait bien de communiquer sans fil et si je peux communiquer par le biais de ce site je le leur dois. Donc je ne leur jette pas la pierre tout comme je ne jette pas la pierre à ceux qui ressentent le besoin d’une béquille divine dans leur vie, à ceux qui ont la foi, avec un F majuscule, la Foi donc. Moi, sans vouloir diminuer mes mérites ni les exagérer j’ai la foi en moi, et foi avec f minuscule ! c’est déjà beaucoup ! C’est une foi inébranlable en ses capacités, en ses limites et en ses qualités ! Oui j’ai la foi pyrotechnique en mes limites : je ne suis qu’une fourmi rouge à l’échelle de l’univers mais je crois pouvoir dire sans commettre de sacrilège que je suis mon propre dieu. D’ailleurs je n’aime pas trop le mot dieu. Disons que je serais ma propre entité, je serais en même temps, si je devais expliquer ce que je suis à un catholique ou plus généralement à un chrétien, je serais en même temps l’esprit du père, du fils et du saint-esprit, l’esprit du diable, des anges, es démons, de tous les saints et de la sainte vierge et les prophètes tous unis en un seul Moi. Je suis multiple, je suis tout Monde, je suis mon propre panthéon chaque seconde revisité, je suis mes propres mythes, mes propres archanges, je suis Olodum-Mahomet, je suis Allah-Bouddah, je suis Xango-Vishnou, je suis Jupiter-Osiris, je suis Moctezuma-Jésus, Christ-Paryaqaqa, Damballah-Krishna, je suis mort et ressuscité matin, midi et soir ! Je suis Yaveh- Tupan, Kuninotokotachi (国之常立 – Wira Qocha ! Je suis Jean-Marie Baltimore, je suis guépard, je suis singe, je suis moi, je suis eux, ils sont moi, nous sommes en osmose totale ! Appelez moi hérétique si vous voulez, mettez moi à l’index ! Je suis mon Michel-Ange, mon propre dieu sur terre avec mes démons, mon propre génie au sens d’esprit ! Avoir la foi en soi ce n’est pas se croire divin au-dessus des contingences de tout un chacun, je vis tout simplement en ayant foi en moi et en les autres ! Oui car cela ne sert à rien d’avoir la foi en soi si on ne l’a pas aussi chevillée au corps pour les autres ! Je ne crois pas aux séparations artificielles entre le corps et l’âme. on est en même temps corps et âme, corps et biens ! L’âme c’est ce que l’on ne comprend pas très bien, l’impalpable, l’inconscient,c’est un peu l’esprit des autres qui se fait chair en notre esprit, ce sont les yeux de la chair tous comme  les yeux de l’âme des autres.

La fin du monde ? Je ne la verrai probablement pas de mon vivant ! La création du monde ? Je n’étais pas là, je ne sais pas et je hais ceux qui disent qu’ils savent ! Il y a eu un Gondwana il y a des millions d’années ? Je veux bien ! Moi je me dis s’ils ne sont pas capables de prédire un tsunami, l’éruption d’un volcan, s’ils ne sont pas capables de nous lire ne serait-ce que les lignes de la main ce ne sont que de vulgaires charlatans. Moi, en tout cas, toute honte bue, je fais encore plus confiance à l’esprit du rhum

Aux Antilles la prière est de rigueur que ce soit en musique (Prière de l’esclave) qu’en poésie (Prière d’un petit enfant noir). Normal pour un pays qui tire son nom nom de la Nuestra Señora Santa Maria de Guadalupe d’Estrémadure. Notre vierge de la Guadeloupe possède monastère en Espagne et est de toutes les prières en Espagne comme en Amérique. On demande son intercession pour avoir un enfant (elle sait féconder les entrailles les plus rebelles), pour trouver un travail (elle a ses entrées au Pôle Emploi), pour trouver un bon mari (elle a son philtre d’amour spécial), pour trouver une bonne épouse (elle fait disparaître toutes traces de jalousie chez la personne), pour obtenir un diplôme (elle est de toutes les formations du brevet des collèges au doctorat), pour toucher au loto et au tiercé (elle a une martingale infaillible), pour garder la santé (son invocation est encore plus efficace que tous les feuillages que la nature nous fournit ), pour trouver un logement (elle a toutes les clés), elle a ses entrées à la CAF, aux Impôts à la Sécu ! Rein n’échappe à l’intercession de cette vierge !

C’est notre intermédiaire, notre agence immobilière, notre conseillère conjugale, notre assistante sociale, notre mère, notre soeur, notre médecin, notre psychologue, notre psychiatre, notre infirmière, notre guide spirituelle qui éloigne de notre chemin la drogue, l’alcool et l’infidélité ! Louée soit Notre Dame du Très Saint Rosaire de Marie de la Guadeloupe d’Estrémadure !

Priez priez ! C’est le seul recours ! elle offre pitié et compassion à ceux qui la supplient et implorent. On lui promet une vie de prière et de pélerinage afin qu’elle exauce nos voeux les plus fous ! Sainte Vierge de Miséricorde, bénie entre toutes les mères

Pour obtenir le permis de conduire, pour obtenir l’asile, faites brûler un ou deux cierges !

Vous voulez entrer dans la politique, faites votre apparition dans le monastère de Caceres !

Pour obtenir la retraite, pour obtenir un prêt bancaire, priez Notre Dame. Priez priez bondyé , égrénez votre rosaire de notre père, je vous salue, je crois en dieu,

D’ailleurs l’académie de Guadeloupe le sait si bien qu’elle a même un texte sur le sujet titré le bain et la prière titré de l’ouvrage de Joseph  Zobel  La Rue Case-Nègres, avec épreuve de compréhension écrite, s’il vous plaît !

Non, définitely à Karukera on ne rigole pas avec la prière.   Nous sommes sous la juridiction morale et spirituelle de Santa Maria de Guadalupe de Estremadura depuis le 4 novembre 1493.  et depuis lors il y a comme inscrits dans les gènes de nous autres une obligation perpétuelle vitam aeternam à consacrer chaque année un minimum de quatorze neuvaines par an à cette sainte protectrice. Merci Cristobal Colon !

On a beaucoup prié depuis la prière d’un petit enfant nègre de Guy Tirolien (1917-1988) et sa traduction par Max Rippon en kreyol dont je vous ai parlé ici,  Maintenant il y a aussi la fameuse Prière de l’Esclave qui date de 1958 de Daniel Forestal dont je vous ai mis le lien de deux interprétations: l’une de Chabela, très salsa et l’autre de Daniel Forestal (1933-2016) , la version originale ! Ainsi vont les prières, pareillement, certaines tiennent plus du boléro ou de la valse créole, d’autres de la salsa. La musique est une sorte de prière et on peut prier  en cha-cha-cha en biguine, en calypso, en zouk, en mazurka sans que cela prête à conséquence.

 

Carmen et les matadors antillaises

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 https://youtu.be/bjYJZNI6pP0

Dans Carmen de Bizet on voit les amours d’une bohémienne cigarière et d’un brigadier Don José, qui devient contrebandier par amour pour elle et qui finit par la poignarder dans une crise de jalousie quand elle apparaît aux arènes en compagnie de son nouvel amant le torero Escamillo.

 

J’aime surtout quand elle chante ceci ; « j’irai danser la séguedille et boire du manzanilla. » Je n’ai jamais dansé la séguedille ni bu la manzanilla.  Manzanilla évoque manzana, la pomme, donc j’imagine que manzanilla c’est un type de Calvados. Quant à séguedille il évoque pour moi Séga, les rythmes réunionnais. Je suis certain d’être à côté de la plaque. Eh oui justement ce n’est pas un alcool de pomme mais un vin. Je ne suis pas spécialiste en touradas ni en corridas. Je n’en ai vu que deux dans ma vie, une à Nîmes et l’autre à Cascais au Portugal. Et encore à Nîmes c’était ce qu’on appelle un toro-piscine pour rigoler. Au Portugal ça rigolait moins mais il n’y eut pas de sang versé. Par contre aux

Antilles on ne compte pas les femmes matador. Les matadors tombent en pâmoison comme  Carmen pour les toréadors. Et les hommes de pouvoir comme les militaires sauf qu’aux Antilles il n’y a pas de praza de los toros , pas d’arènes mais des pitts où se défient à coups d’ergots des coqs de combat nourris au bon grain de maïs, au rhum blanc et au miel, massés, choyés, vitaminés , huilés, shampooinés. Plus le coq est vaillant et plus il est adoré, plus il est dorlotté. Coq game, matador même combat. Pas besoin d’être bohémienne pour être matador. Les premières matadors étaient des femmes libres, des affranchies. Des femmes qui tenaient tête aux hommes. Différentes des favorites et des potomitan. Les matadors représentent les femmes fatales, les fanm grenn, comme on dit, des femmes couillues, si vous voulez, des maîtresses femmes. Il suffit encore de nos jours de voir leur tenue d’apparat. Jupon blanc sous jupe, fichu, coiffe madras, bijoux, rouge à lèvres prononcé.

Pas besoin d’être andalou pour comprendre la fascination que ce genre de femme exerce aussi bien sûr la gentillesse masculine que la gente féminine. Prosper Mérimée et Georges Bizet n’y ont pas été insensibles en tout cas. Ni les diva en nombre qui ont depuis 1875 représenté Carmen, l’héroïne de cet opéra comique, l’un des opéras-comiques les plus joués au monde. Maria Ewing, Maria Callas, Léontine Price, Jessye Norman, Marylin Horne, Grâce Bumbry pour ne citer qu’elles ont fait trembler leur corps de mezzo soprano devant les ardeurs du ténor don José et du baryton Escamillo. Et moi comme spectateur combien de fois ai-je rêvé être parmi les banderillos, les picadors et les chulos de cette corrida sensuelle. Pour être aux pieds de cette Carmencita on imagine que tout homme peut se damner et se perdre en éventails, lorgnettes, oranges et cigarettes. Depuis Carmen on sait que « l’amour est un enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi » mais bien avant aux Antilles on savait. Le problème dans Carmen c’est que Carmen meurt poignardée.

J’ai vu en son temps le film Carmen de Carlos Saura et celui de Francesco Rosi et l’atmosphère y est également torride. J’ai aussi vu la Carmen Cubana. Imaginons une Guadeloupe andalouse. Imaginons seulement. Une Carmen Gwadada rôdant autour du Pitt, regardant les coqs se becqueter à qui mieux mieux. J’ai du mal. Par contre une Carmen défiant des hommes en plein gwoka, choisissant son partenaire, le jetant si nécessaire sans aucun doigté, aucune élégance, je le sens bien. Nos matadors américaines, nos matadors créoles sont un peu comme les cartes maîtresses d’un jeu de cartes nommé l’hombre. Les deux premiers matadors sont spadille et baste, l’épée et le bâton. On les appelle aussi les atouts permanents, les triomphes. Ce sont les deux as noirs l’as de pique (spadille) et l’as de trèfle (baste). Les deux as noirs. Il y a aussi d’autres atouts : la manille ( un 2 d’atout noir ou le 7 d’atout rouge) et le ponte (l’as d’atout).

Mais les vraies matadors ont l’atout primordial : elles sont nées sous le signe du désir et du pouvoir ! C’est ainsi que fonctionne l’Hombre, ce jeu espagnol qui a donné des jeux comme le boston, la manille, le tarot, la belote. De la même façon la matador à travers les pointes de sa coiffe madras annonce la couleur. De deux à quatre pointes. Comme les quatre couleurs espagnoles les noires, espadas et bastos, les rouges copos et oros. Cœur pris, cœur à prendre, faites vos jeux !Misez ! Les paris sont ouverts. Coiffes suprêmes calendées, chaudières, avec éventail, viva españa, olé, que les taureaux mugissent, que virevoltent les banderilles, que coule la manzana, fini le zouk love, fini le ti punch pour séduire les matadors prenez vite quelques cours de séguedille et trinquez au manzanilla, sinon vous risquez l’estocade.