Electre, Oedipe et histoires de fesses complexes

Peau d’Ane (1694) de  Charles Perrault est l’histoire d’un inceste qui par miracle ou magie ne se réalise pas et qui donc reste dans le domaine du virtuel. Jacques Demy en a fait un film éponyme en 1970 avec Catherine Deneuve et Jean-Marais dans les rôles phares du père et de sa fille. Un roi heureux jure à sa femme sur le lit de mort de celle-ci qu’il n’épousera jamais une femme qui ne soit moins belle et moins sage qu’elle.

Or il a une fille et s’aperçoit bien trop tard que c’est sa fille qui est la plus belle du monde. On fait venir des dulcinées des royaumes avoisinants et aucune n’arrive aux pieds de la gente demoiselle. Le roi se résigne, sans trop se forcer tout de même, donc à épouser sa fille car il faut, c’est la raison d’état qui l’exige, donner un héritier au royaume. Une fille ne peut siéger sur le trône en ces temps reculés.. Le roi songe même à se laisser mourir de tristesse.

 

Sa fille par contre sur les conseils de sa marraine, une fée, recule l’échéance tant qu’elle le peut. Elle aime bien son père comme on aime le sel qui donne du goût à la cuisine mais de là à l’hymen insensé , à cet amour contre-nature, il y a tout un monde qu’elle ne souhaite pas franchir. Elle hésite ! Amour filial et amour se confondent en elle. Heureusement que sa marraine la fée est là pour la piloter car sinon nul ne répondrait de rien ! On dira pour la moralité soit sauve que ce père a perdu les pédales, après une longue dépression et qu’il ne sait plus la différence entre rêve te réalité, entre bien et mal. On est en plein conte fantastique ! Pour ne pas déplaire au roi son père qui la poursuit sans relâche de ses assiduités  la princesse accepte le mariage à condition qu’il lui offre comme dot des choses impossibles comme une robe de mariée couleur de temps, une autre couleur de clair de lune, une troisième couleur de soleil. Finalement à bout d’arguments en désespoir de cause elle lui réclame  la peau d’un âne aurifère qui était la source de sa richesse. Elle part et s’en va du chateau avec ses robes et une cassette, boite à bijoux magique, et une baguette magique offertes par la fée. Elle devient alors Peau d’Ane, la souillon, la moins que rien..

Le mythe d’Electre comme celui d’Oedipe a été créé à partir de ce tabou récurrent dans de nombreuses sociétés humaines mais pas toutes. il n’y a pas de tabou universel d’ailleurs.  Les jeunes filles n’épousent pas leur papa, et les jeunes hommes n’épousent pas leur maman. Epouser son père ou sa mère  c’est  rompre ce tabou c’est faire une grave entorse à la morale. C’est un péché, une monstruosité ! Autour de ce tabou structurant pour de nombreuses sociétés humaines il y a aussi l’interdiction formelle du parricide, du matricide, du fratricide, de l’enfanticide.. Mais qu’on le veuille ou non l’inceste existe. J’en veux pour preuve la dispense papale (le pape  Clément était son beau frère cela facilite, on se rend de menus services entre beaux-frères) que le roi Antoine de Constantinople obtint pour pouvoir épouser sa fille la Belle Hélène de Constantinople , mère des oeuvres du roi Henri d’Angletterre de saint Martin de Tours et de saint Brice son frère, qui eut l’honneur d’une chanson de geste au XVeme siècle.  Celle-ci n’eut d’autre choix pour éviter le péché que prendre la poudre d’escampette par le premier bateau nuitamment et de se réfugier à la cour d’Angleterre. Elle mit 32 ans avant de revoir son père et plus de 30 ans ses deux enfants dans un périple qui la mena à Tours, à Nantes, à Gratz, à Rome. Pour des raisons que j’ignore des hommes et des femmes , voire des personnes de même sexe et de même famille, s’unissent pour célébrer les joies et les incertitudes du sexe et de l’amour. Si ce sont des personnes majeures je n’ai rien à y redire. Je ne porte de jugement moral sur aucun de ces hymens soi-disant contre-nature. a chacun sa foi ! A chacun sa morale ! Partout il y a des Electre, des Agamemnon, des Oreste, des Clytemnestre et des Eghiste. Le thème est si prégnant que depuis l’Antiquité il a été abordé par les auteurs grecs comme Homère, Eschylle, Sophocle et Euripide. Plus près de nous par Giraudoux, Cocteau, Gide, Sartre. Le cinéma n’est pas en reste avec l’Electre (1962) de Michael Cacoyannis avec une bande originale de Mikis Theodorakis et un casting comprenant Irène Papas, Yannis Fertis, Aleka Katseli, Fivo Razis.

et Pour Electre (1974) du hongrois Myklos Jancso.

Richard Strauss lui a même consacré un opus Elektra

Et même un opéra rock hongrois lui est dédié en 1995 Szerelmem Elektra avec Papadimitriu Athina, Varga Miklos, Makrai Pal, Szulak Andrea, Hegyi Barbara, Lukacshazi Gyozo.

L’inceste en France n’est reconnu que sur des enfants mineurs. Le mariage incestueux est interdit mais nul n’interdit à un couple incestueux de vivre ensemble, de copuler et d’avoir des enfants. Je crois qu’avec le temps cette ultime digue sexuelle sautera. Ce sont les religions qui ont imposé ce tabou. Avec le recul de ces religions l’homme est livré à lui-même et vit ses transgressions selon son bon vouloir. Les forces obscures qui nous hantent et qui peuvent prendre l’apparence de bonnes fées ou de vieux démons ou de lutins et farfadets sont des forces puissantes qui nous poussent à agir !

Il n’est pas dans mon propos ici de faire l’apologie de l’inceste mais de relativiser son importance entre personnes majeures. Tout en se souvenant que la majorité n’est pas la même d’une société à une autre. J’ai déjà par ailleurs évoqué cette majorité affective et sexuelle il y a quelques temps. Aux Etats-Unis dans l’Etat de New Jersey le mariage entre incestueux est autorisé. En faisant mes recherches de généalogie je vois que des dispenses en raison de liens de consanguinité sont  florès et sont très souvent accordées par le gouverneur à l’élite des colons qui fonctionnait un peu comme une caste. sur ees îles comme les Saintes et Désirade la consanguinité est effarante par exemple. Donc on pouvait se marier allègrement entre cousins proches ou éloignés, tante et neveux, nièces et oncles, etc. Il ne manque pas d’exemples dans ma propre famille en Martinique comme en Guadeloupe au cours des siècles de mariage ou d’union d’un homme successivement avec deux soeurs. De liaisons entre cousins. et même entre grand-mère et petit-fils. On chuchote même dans les chaumières des liaisons entre frère et soeur… Shame and scandal in the family ! Ainsi va le monde de l’entre-soi, ainsi va le monde ! Depuis 1791 l’inceste n’est plus réprimé en France  par la peine de mort. Il y a encore de nos jours des pays qui sanctionnent l’adultère. Il fut un temps où un enfant adultérin ou incestueux était promis à l’enfer et à la damnation. Petit à petit les barrières tombent ! Il y a encore des résistances. Par exemple en France on peut avoir une procréation issue de sa parentèle mais l’enfant ne peut être reconnu que par l’un des deux membres du couple. Et si le mariage entre incestueux est encore interdit l’union civile elle ne l’est pas.

Le film Cousin Cousine  (1975) de Jean-Charles Tacchella avec Victor Lanoux et Marie Christine Barrault illustre bien les attirances pastorales qui existent entre cousins.

 

Charles Perrauilt n’a rien inventé. bien avant lui des contes parlant de peau d’âne ou d’autres animaux, ou tout simplement d’inceste circulaient à travers la planète. Après lui les frères Grimm ont publié leur version de Peau d’Ane qui s’appelle Toutes-Fourrures ou Peau-de-Mille-Bêtes. De cette lecture est né le film Allerleirauh de Christian Theede sorti en 2012 avec une distribution  composée de Henriette Confurius (Princesse Lotte), André Kaczmarczyk (le roi Jakob), Fritz Karl (le cuisinier Mathis), Adrian Topie (Rasmus), Nina Gummich (la princesse Friederieke), Gabriella Maria Schmeide (la cuisinière Birthe), Ulrich Noethen (le roi TobaldDans cette version avant de s’enfuir la princesse Lotte met ses trois robes dans une coquille de noix magique et part pour s’échapper du roi Tobald.

« Comment les blancs sont d’anciens noirs » écrivait Blaise, la grenouille perdue

 

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« Ecoutez l’histoire !

Que vienne l’histoire !

L’histoire arrive, on la tient de la grenouille perdue, irrémédiablement perdue , perdue au pays de Mosikasika, du petit-garçon-qui-n’était-pas-encore-venu-au-monde.  ! Quand  Mosikasika vint au monde il était un tout petit poussin…

C’était au temps des histoires de nègres retranscrites, revues et corrigées poétiquement  pour la première fois en noir et blanc, noir sur blanc, histoires fantastiques et fantasmagoriques d’enfants et de termites, de lièvre et d’ombre, d’ombre sans nom qui riait derrière votre dos et vous faisait des cornes,  d’homme qui revenait toujours au même endroit à la même place, d’orchestre qui se trouvait à l’intérieur,  d’oiseau possible-impossible, de bête que personne ne connaissait, de griffes, de cornes, de silex, de petit poussin, de caïman que personne ne portait plus pour le mettre à l’eau, d’antilope Muul, d’éléphant Nzox, de roi de Guinée (Guinnaru), de Citukulumakumba, de Mu-Ungu, le Créateur, de rhinocéros et d’arbre à miel et moi, jeune créature nègre affamée de lecture et  de bourlingue livresque, je m’envolais comme je m’étais envolé avec les contes de Kompè Lapen, de Zamba, de Zingrignan.

J’en admirais les facéties de tous ces concertos en nègre majeur.  Et pourtant je n’étais pas un enfant des blancs. Ni un nègre de paille, ni un nègre rose, ni un nègre aux yeux bleus. Ni tout simplement nègre d’ailleurs. A douze ans je n’avais pas cette conscience nègre. Je n’étais qu’un enfant noir. De nègrerie en négritude en passant par les négrures je suis devenu au fil du temps nègre. Et je n’exclus pas un jour de découvrir dans les replis les plus profonds et secrets de l’ADN de ma propre nature que je suis blanc comme nègre !

Certes Cendrars aurait pu intituler son ouvrage Contes de la Brousse et de la forêt, (1932) comme celui de André Davesne et Joseph  Gouin avec des illustrations de P Lagosse.

Ou encore Contes du fleuve et de la forêt (2015) comme l’a fait André de Brousse de Montpeyroux.

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Mais il en a décidé autrement. Il a peut-être voulu faire du buzz, finalement, en cette année folle de 1929. Je ne nie pas non plus qu’il y ait chez lui tout un aspect de primitivisme qu’on retrouve chez lui comme chez d’autres comme Guillaume Appolinaire, Tristan Tzara ,comme l’a suggéré Jean-Claude Blachère aux Nouvelles Editions Africaines dans son ouvrage Le Modèle Nègre : aspects littéraires du mythe primitiviste au XXe siècle chez Appolinaire, Cendrars , Tzara. Mais toutes les analyses de fond ne retireront pas au texte sa fantaisie, sa malice et sa sagesse. Retransmettre par écrit noir sur blanc la magie nègre de l’oralité, retransmettre ce tissu volatile qui circulait de tribu en tribu, le retranscrire poétiquement, le mettre à la portée des enfants de tout âge, voilà ce que restera l’héritage de la grenouille-poète Blaise « irrémédiablement perdue » et de son chien blanc qui l’accompagne.

Dans ce contexte il est évident que la récente polémique abjecte suscitée autour du livre de Blaise Cendrars (1887-1961)  Petits contes nègres pour les enfants des blancs, paru en en 1929 m’horripile ! Ce qui choque les tenants du bien parler afro-descendant est le mot nègre quand il est écrit ou prononcé par des Blancs. Je suggère à ces bonnes âmes qui ont attendu 2018 pour lire ces contes, (ouf, il était temps, quoi que je me demande s’ils en ont lu plus que la première de couverture) cette solution bancale qu’ils apprécieront à leur juste valeur, valeur nulle : derrière « petits contes » * ou « à l’usage des  enfants  des » l’astérisque pourrait signifier ce que l’on voudrait (aussi bien nègres que blancs, que jaunes ou rouges, ou marron ou roses, métis, kako, moreno, cabo verde, mélangés, dominos, noirs, afro, africains, café, lait, afropéens, café au lait, descendants d’esclaves, afro-descendants, afro-américains, afro-brésiliens, afro-antillais, négresse verte, négresses roses, nègres blancs, domiens, nègres aux yeux bleus, nègres bambara, peuls, galeguinhos de olhos azuis, zorey, pygmées, métropolitains, black, négropolitains, white, leucodermes, mélanodermes, muzungus, que sais-je, n’ayons pas peur des néologismes au nom du vivre ensemble négrophobe/négrophile, mélanophobe/mélanophile). On en est même venu dans cette chasse à tout prix aux sorcières lexicales et étymologiques du passé, du présent et de l’avenir à faire circuler une pétition pour retirer du marché le livre qualifié de raciste.

Si l’on suivait les préconisations de ces censeurs lexicaux il faudrait donc déprogrammer et jeter aux oubliettes dans l’enfer maudit de la Bibliothèque Nationale la Rhapsodie nègre (1917) de Francis Poulenc (1899-1963), il faudrait vouer aux gémonies  Le Vieux Nègre et la Médaille (1956) de Ferdinand Oyono (1929-2011), le Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès (1948-1989),  Le Nègre des Lumières (2005), Le nègre au sang (2004), Ne m’appelez jamais nègre de Maka Kotto (1984), Chocolat , clown nègre, jeter au pilon Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer  (1989), Le nègre du  Narcisse,(1898) de Joseph Conrad (1857-1924), le Nègre et l’amiral de Raphaël Confiant (1988), Rue Case-Nègres de Joseph Zobel (le livre de 1950) et d’Euzhan Palcy (le film de 1983) et Je ne suis pas votre nègre (2017) de Raoul Peck. Il faudrait ne plus fredonner même, sous peine d’excommunication, « amour de nègre », « nég ni mové mannyè », « prière d’un petit enfant nègre », en même temps brûler tous les ouvrages porteurs sans équivoque de clichés racistes du type Loulou chez les nègres (1929) d’Alphonse Crozière (1873-1946) et laisser dans la lumière Pif et Paf chez les cannibales de 1928 de Dubus Hermin (1875-1973). Faut-il criminaliser et assigner à résidence post mortem Jean Bruller plus connu sous le pseudonyme de Vercors pour sa collaboration comme illustrateur aussi bien dans dans Loulou chez les nègres que Pif et Paf chez les Cannibales. Si cela avait été Zoulous au lieu de nègres aurait-ce été plus acceptable ? Ou alors anthrophages, ou alors sauvages, ou alors indigènes, ou alors Pygmées ? Ou Bamboula ?

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En 1936 Madame Lebreton-Belliard publie en Belgique son Poupe chez les Nègres ont je ne trouve malheureusement pas la première de couverture mais j’imagine qu’on ne fait que changer de prénom. Un prénom de fille contre un prénom de garçon. J’imagine que Poupe aurait pu bien s’amuser lors de ses aventures tropicales avec Bamboula, par exemple.

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Il y a certes une évolution humaniste chez Jean Bruller quand en 1937 il publie avec Claude Aveline Baba Diène et Morceau-de-sucre mais on est tout de même dans l’évocation de la grande fresque coloniale, de l’impérialisme colonisateur dans toute sa splendeur. Comme un avant-goût de Bibi Fricotin et Razibus Zouzou

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Il est certes important de décoloniser les esprits de part et d’autre, et principalement les esprits des jeunes enfants, qui sont la première cible des ouvrages de  Gallimard Jeunesse ou d’Albin Michel Jeunesse ou même du Livre de poche et peut être qu’une préface ou un avertissement aurait pu alerter les jeunes lecteurs pour qu’il puisse avoir une mise en perspective du mot nègre et de son histoire. D’ailleurs certains enseignants proposent des solutions intéressantes pour présenter cet ouvrage en primaire

Dès 1929 Cendrars y pense déjà puisqu’il écrit dans la préface des Contes Nègres

« un homme raisonnable ne peut parler de choses raisonnables à un autre homme raisonnable : il doit s’adresser aux enfants »

Moi j’ai toujours trouvé étonnant par exemple que l’on utilise le mot métropolitain pour parler des blancs français ou les oreilles pour parler des blancs antillais ou les békés pour parler des blanc créoles. Ou bien coolie pour parler des Indo-antillais, des mulâtres, des métis, des chabins, des chabines, des mûlatresses, des malabars. Au Brésil il ya aussi des negro, cafuso, moreno, preto, pardo, baio, galego, gazo, mulata, cabo verde, india, mestiço, amarelo, J’ai récemment passé 8 mois à Mayotte et là on appelle les blancs les muzungu. Il y a même une féminin muzunguette.

Je pense qu’il faut une réappropriation des mots Nègre et Noir par les Africains et descendants d’Africains. Se cacher derrière des solutions importées comme Black ou Brother  me parait insidieux. De la même façon que Blaise Cendrars, lié à la cendre et à la braise, à la régénération, à la résurrection tel le phénix, était un pseudonyme utilisé par l’auteur dont le nom véritable était Frédéric  Louis Sauser je pense que le mot nègre me définit plus qu’il ne m’insulte. Sauf que je revendique le droit d’être nègre et en même temps: je veux faire partie de l’arc en ciel. Ne pas en avoir honte. exactement come le mot esclave. eh oui nègre, esclave me définissent aussi, sans traumatisme. Sans rage, sans rage, sans douleur que je sache ! Comme le disait il y a bien longtemps James Brown Say it loud I’m black and I’m proud !

Je sais bien avec Senghor que le tigre ne proclame pas sa négritude mais pourtant si, quand il rugit on sait qu’il est tigre. Ce que voulait dire Senghor à mon sens c’est qu’il ne s’agit pas de proclamer, de brandir des étendards et des anathèmes, qu’il s’agit de réaliser. Vivre sa vie d’homme ou de femme nègre la tête haute, ancré dans ce vingt-et-unième siècle tout en étant pleinement conscient des luttes qui restent à mener . Il ne s’agit pas d’oublier mais de dépasser, d’aller au-delà, de bourlinguer au-delà des codes implicites que nous mêmes nous nous créons et qui nous bloquent. Pour cela il faut sortir un peu de son petit confort de martyr cathéchumène et aller de l’avant. Se méfier des prêches de toutes sortes et tracer son sillon dans la glaise sans angélisme sans haine.

Kerry James chante Musique Nègre sans que cela ne dérange personne.

Et Baldwin fait sensation dans Je ne suis pas votre nègre ! I am not your Negro

il y a une différence entre être nègre et être le nègre tel qu’il est perçu par l’autre. Bal nègre, art nègre. Moi j’aime beaucoup sang nègre. Je n’y vois aucun sens péjoratif. Negro, nigger, nigga, en anglais – nèg, vyé nèg, ti negrès, bel nèg, en kreyol – nega, nego, negão, neguinha, neguinho, preta en portugais – nègre, négro, négresse en français.

La langue évolue constamment, les livres non. C’est trahir un ouvrage que de l’expurger. Si Cendrars en 1928 a choisi « contes nègres » au lieu de contes noirs ou africains c’est qu’il était conscient de la force mythique du mot. Cendrars était en cela un pionnier, un passeur qui débroussaillait le territoire inculte d’histoires récoltées par les missionnaires et autres colons et lui redonner de la chair et du verbe, de la théâtralité. Mosikasika, le petit poussin c’est comme le Petit Poucet. Les contes animaliers d’où qu’ils viennent font partie de l’archétype humain des lacs comme des tissus colorés  au pays de Mosikasika avec son cortège de héros et d’animaux. Les animaux ne sont pas noirs ou blancs ou verts ou gris ils sont animaux, point final.

Déjà en 1921 il écrit son Anthologie nègre 320 pages pour transmettre au lecteur européen la richesse des cultures primitives africaines.

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Quand Picasso (1881-1873) avoue « l’art nègre? connais pas » en 1920 cela veut-il  dire qu’il méprise l’art africain dont il utilise pourtant la déconstruction ? Cela veut-il dire qu’il était raciste ? Je ne le pense pas .

En 1930 Cendrars écrit Comment les blancs sont d’anciens noirs avec 5 illustrations de Alfred Latour (1888-1964)

Moi je le dis tout net. Non seulement j’aime le texte de toutes ces éditions passées mais j’en aime aussi la forme. J’aime les illustrations  de Jacqueline Duhême dans l’édition de Gallimard Jeunesse qui outre les 10 contes originaux en rajoute 2 publiés en 1929 La Féticheuse et Le son de la vitesse.

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.J’aime encore plus celles de Pierre Pinsard (1906-1988), 50 bois originaux, peints à l’époque pour une édition de luxe aux editions du Sans Pareil  en 1929

Et il ya encore l’édition de 2009 aux Editions Art Spirit sur des illustrations de Francis Bernard (1900-1979)  qui datent de 1946 mais qui ont été mises en couleur par Emmanuel Pinchon. Edition de luxe tirée à 3000 exemplaires et au profit de la PEMF  (Publications de l’Ecole Moderne Française) et de la BPE (Bibliothèque pour l’Ecole)(mouvement Félicien Freinet)

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Il y a pour finir l’edition récente (2014) de la Bibliothèque Nationale de France en coopération avec Albin Michel Jeunesse toujours à partir de l’édition de 1929 enrichie cette fois de deux textes ultérieurs

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Je ne nie pas que tous ces ouvrages soient peut-être empreints de doudouisme et paternalisme, peut être même au cor défendant de Cendrars que j’admire avant tout comme poète et bourlingueur mais Rousseau et son bon sauvage et Voltaire ont ce même regard un peu décalé sur l’Autre. Mais on sent chez Cendrars cette attirance, cette fascination pour la richesse fantasmagorique des contes africains. Cela s’en ressent dans son écriture, dans le rythme de ses phrases, les répétitions. On le sent bien pendant 1h54′ lorsque le texte est lu comme dans l’édition sonore réalisée par Lydia Evandé et Meyong Bekaté sur une musique d’Eric Gérard pour le compte de Gallimard Jeunesse.

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Abbi Patrix et la Compagnie du Cercle imaginent dans l’Ombre  du zèbre n’est pas rayée un spectacle basé sur le texte de Petits contes nègres pour les enfants des blancs. La musique en background est intéressant. Je reste sur ma faim pour le rythme de la diction. Mais peut-être que dans le spectacle tout s’articule très bien. je préfère quant à moi le rythme de Lydia Ewané et Meyong Bekaté.

J’aime encore ces tentatives de Dominique Larcher 

La poésie c’est l’art du décalage du point différent . Quand Cendrars répète avec jouissance des artifacts de la tradition orale du conte africain (pour ne pas dire nègre) quand il parle d’un pays appelé l’écho-l’écho, d’un fleuve qui s’appelle glouglou-coule-toujours, d’un village nommé Debout-Debout, je retrouve chez lui l’art du griot, du conteur, du et cric et crac et de l’onomatopée. Cendrars, son écriture est nègre alors comme la cendre qu’on se met autour des yeux pour mieux voir et mieux être vu. Nègre dans le sens des negbwa des negmawon qui s’affranchissent des codes noirs ou nègres, nègres dans le sens que l’ombre du zèbre n’est pas rayée..

Les recueils de textes oraux africains transcrits font florès depuis le début du 2Oeme siècle. il suffit de consulter la base de données de Mukanda, Recherches Documentaires sur l’Afrique Centrale de l’Université de Lorraine pour s’en rendre compte.

On a encore des

Contes nègres (Struyf I, Charles P. ) (1924).

Contes blancs d’Afrique noire (Joelle Van Hee) (1990) L’Harmattan

Mille et quatre contes du Zaïre et du Shaba (Frédéric Vandenwalle) (volumes 1 à 13)

Contes des Heures Chaudes (André Villers)

Contes bamiléké (J Verhooven)

Autour du feu. Contes de chez nous.Tomes 1 et 2 (Wembonyama Okitotsho)(1999 et 2000)

Proverbes, légendes et contes fang (Henri Trilles)(1905)

Contes et légendes pygmées (Henri Trilles) et (André Lagarde, illustrations)(1935)

La pierre de feu. Légendes, contes, fables et récits des Baboma (Pierre Daye)(René Tonnoir)(Adrien van en Bossche)(1939)

Sur des lèvres congolaises. Contes (L. Guebels) (1947)

Quarante contes indigènes de la région des Basanga (Katanga) (H Roland)(1937)

Contes du Burundi (Francis M. Rodegem, P. Reitz)(1993)

Contes noirs pour petits blancs (Gaston-Denis Périer)(1947)

et beaucoup d’autres

 

Já nasci errado, estar errado é só uma aventura a mais

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Língua é foda meu irmão! Pra se aventurar naquele matagal do intercâmbio entre elas tem que ter uma boa dose de inconsciência. E de plasticidade.

Eu falo seis idiomas. Francês, créole de Guadeloupe, inglês, espanhol, holandês, português. Claro que tem interferências entre espanhol e português. Tanto que ando perdendo meu espanhol para português e que quase não sei me comunicar mais em holandês, língua que já dominei.

Estudei por um ano português na universidade Paris VII. Era apenas para poder viajar a Portugal e entender as letras de Gilberto Gil, Djavan, etc. Quando eu cheguei mesmo no Brasil foi dose. Português de Portugal e português do Brasil não são exatamente a mesma coisa. A língua travava e muito ! Mas com muita garrafa de Brahma, Skol, Pitu, Tatuzinho, e Antartica consegui destravar.

Aprendi muito português pela televisão. A Praça é Nossa com Carlos Alberto. Entender uma piada numa lingua estrangeira é uma delícia ! Já gostava dos bordões como : « se ela me desse bola » de Clementino (Tutuca)

a Escola do Professor Raimundo com Chico Anisio. Adorei os personagens : professor Raimundo Nonato, Dona Bela, Seu Boneco, Dona Cacilda, Joselino Barbacena, Armando Volta, Zé Bonitinho, Seu Batista, Galeão Cumbica, Dona Cândida, Pedro Pedreira, Aldemar Vigário, Dona Capitu, Marina da Glória, Nerso da Capitinga, Rolando Lero, Seu Peru, Catifunda, Baltazar da Rocha, Samuel Blaustein, Bertoldo Brecha, Suppapau Uaçu me ensinaram mais do que o dicionário Aurélio ! Ainda tenho em mente o bordão « ele so pensa naquilo » da Dona Bela.

Aprendi um bocado também sobre a situação política no Brasil e seus usos e costumes com Viva o Gordo de Jô Soares e seus múltiplos personagens : Araponga, Capitão Gay, Domingão, Zezinho, General Gutierrez, Julio Flores, Reizinho, Bô Francinede, Sebastião codinome Pierre, Dona Conceição, Zé da Galera, Dom Casqueta. Também gravei ali o bordão de Sebastião o exilado brasileiro na França que liga para o Brasil e que fala: « Não é possivel. Você não quer que eu volte ». Também fala barbarismos como seje, digue…

Também me formei pela universidade dos Trapalhões : Didi, Dedé, Mussum, Zaka foram ótimos professores.

O Show da Xuxa

Sergio Malendro

Sem Censura com Leda Nagle

Cassino do Chacrinha : Aprendi demais com aquele Velho Guerreiro cujo tema de abertura do programa era assim :

Abelardo Barbosa
Está com tudo e não está prosa

Menino levado da breca
Chacrinha faz chacrinha
Na buzina e discoteca

Ó Terezinha, ó Terezinha
é um barato o cassino do Chacrinha
Ó Terezinha, ó Terezinha
é um barato o cassino do Chacrinha

Vale a pena ver de novo e suas reprises de novelas como Irmãos Coragem, Dona Flor e seus deus maridos, Que rei sou eu, etc

Globo Rural e a música do tema por Almir Sater

Os rádios, o carnaval, a micareta, os cantores inúmeros e suas inúmeras músicas. Haja coração !

A revista Ciência Hoje, A Folha de São Paulo, O Estado de São Paulo, A Tarde, O Correio da Bahia, A Tribuna da Bahia, Feira Hoje, que eu comprava ou lia no Gabinete Português de Leitura em Salvador ou na Biblioteca Estadual de Feira de Santana foi lendo também que fui aprendendo. Também dançando, namorando, comendo, cozinhando, fazendo compras na feira, batendo papo, bebericando, assistindo filmes na cinemateca da Biblioteca Pública dos Barris,

Comprei também muitos livros de poesia brasileira. Tinha uma livraria Civilização Brasileira pertinho de onde eu morava em Salvador. Li muito mas muito mesmo ! Manuel Bandeira, Carlos Drummond de Andrade, Mario Quintana, Cecília Meirelles, João Cabral do Melo, Castro Alves, Gregório de Matos, Vinicius de Morais, Haroldo de Campos e alguns outros mas quem me seduziu mesmo foi Manoel de Barros (1916-2014) e sua « Gramática Expositiva do Chão » (1969) que até hoje me inspira. Eu lembro dele como de um poeta do graveto, da pedrinha, do insignificante, da poeira, quase invisível.

Também mergulhei na literatura de Jorge Amado, Mario de Andrade e seu Macunaima e tantos outros mas adorei foi o cinema de Glauber Rocha e seu Deus e o Diabo na Terra do Sol !

Todos os sobre citados foram meus exímios mestres : cada um fez sua parte sem se preocupar do papel que jogava e fiquei assimilando, assimilando.

Mas quero aqui dissertar um pouco não como linguista e specialista de idiomas francês mas como usuário do idioma português, além do mais o idioma português do Brasil, que não é minha língua materna mas que ficou a língua da madrasta.

Apesar de português e francês terem ambos a mesma matriz latina parece que tiveram pais diferentes. Em realidade são meio-irmãos. Vivem realidades diferentes.

Minha primeira dificulade com minha lingua irmã foi essa : ser e estar. Falaram assim : ser é pra estados ou ações definitivas, estar pra estados ou ações passageiros. E logo percebi que não era bem assim.

Ser casado tem nada a ver com ser doente, e ser apaixonado por música clássica não tem nada a ver com estar apaixonado por Benilde. O português tem uma sabedoria que o francês não tem. Sabe que paixão entre seres humanos não dura mas que paixão por idéias e prazeres é intemporal. Ou pelo menos finge de acreditar. Sou católico, sou crente, sou lulista. A realidade se mostra mais complexa. Alguém pode ter sido de esquerda e depois virar pra direita. Ou mudar de religião. Em francês o verbo ser se traduz por être, verbo auxiliar fundamental da língua francesa : être malade, être marié, être divorcé, être fiancé, être catholique, être protestant, être socialiste, être de droite.

O negócio complica mais ainda com ficar (que em francês se traduz geralmente como rester): ficar gravida, ficar noiva, ficar doente, ficar apaixonado, ficar com dor, ficar com fome, com frio, com calor, com vontade, com sede , com medo, aí o francês fica confuso. As vezes usa tomber (que se traduz normalmente por cair), às vezes usa avoir (ter, haver), outro auxiliar fundamental da língua de Molière. Isso quer dizer que para um francês adoecer, se apaixonar ou engravidar são vividas como quedas:

tomber enceinte, tomber malade, tomber amoureux vs avoir mal, avoir faim, avoir froid, avoir chaud, avoir envie, avoir soif, avoir peur…

Tem momentos que ninguém sabe pra onde correr. Estar errado, ser errado, ser certo, estar certo ! O francês fica em cima do muro e usa avoir: avoir tort, avoir raison.

Você ja nasceu errado , estar errado pra você é so uma aventura a mais ! brinca minha companheira

Haja pegadinhas entre o francês e o português ! Já é difícil imaginar o que é o futuro do subjuntivo. Quando eu for, se você quiser, assim que eu puder, logo que você souber, se não lhe incomodar, se tiver tempo, se for possivel, se Deus quiser para os quais o francês tem duas atitudes. Uma com quand, dès que, aussitôt que e os primos e amigos que chamam o futuro do indicativo : quand tu iras, quand tu voudras, dès que tu pourras, dès que tu sauras. Outra com si que chama neste caso o presente do indicativo: si ça ne te gêne pas, si tu as le temps, si c’est possible, si Dieu le veut.

Até para dizer por favor tem que usar si : s’il te plaît, s’il vous plaît ! (se não te incomodar, se lhe agradar). O si fica embutido no i do il, e este il mesmo não representa ninguém. Se trata de um il impessoal. Haja « politesse » !.

Este negócio de verbo impessoal em francês é meio chato. Il pleut, il neige, il fait chaud, il fait froid, il fait beau, il fait soleil, il fait noir, il fait bon, il fait, il faut.

Está chovendo, está nevando, faz calor, faz frio, faz tempo bom, faz sol, é escuro, faz bom, é preciso. Eita língua machista. O responsavel por todo aquilo é il, o pronome masculino da terceira pessoa do singular mas que pode ser neutro também como nestes inúmeros casos. Quer dizer que em francês o neutro é masculino.

Tudo isso para concordar com a regra que quer que todo verbo conjugado (com a exceçao do imperativo) tenha que ter um subjeto aparento, quando não tem tem que inventar e il é a pessoa então que faz a ação. Um deus ex máquina , provavelmente.

Mas a coisa complica porque tem também ce, que pode se abreviar en c’, pronome demonstrativo neutro, que pode representar este papel.

c’est gentil (é lindo), c’est super (é legal), c’est bon (é gostoso), c’est fantastique (é muito legal), c’est super (é bem legal), c’est moi (sou eu) e a forma generosa de ce c’est ça.

c’est quoi, ça. (O que é isso), ça va (ta indo), ça marche (tudo bem), ça caille (faz frio, ta pelando),

O português é como o inglês: tem acento tônico chato por toda parte. O francês em relação é bem simples, sempre na última sílaba. Mas primeiro pra identificar a última sílaba tem que eliminar toda sílaba que termina com e. Exemplo lune tem apenas uma sílaba oral apesar de ter duas sílabas gráficas. Indispensable se pronuncia in-dis-pen-sable e se presta bem atenção muita gente nem fala o fonema l final. Isso tem nada a ver com o português onde toda sílaba é pronunciada. Que alívio. Não é como em francês quando você nunca sabe se pode se pronunciar a consoante final

un pas, un cas, des tracas, compas, repas não se pronuncia o s final

Na palavra un os (osso) , fala-se o s final, na palavra dos (costas), não fala mas no plural os, a mesma palavra escrita se pronuncia sem o s final.

oeuf (ovo), boeuf (boi) no singular ouve se o som f . No plural desaparece este f e muda o som do eu que vem a soar como deux !

Mas o português do brasil tem suas chatices. Os r de rua, roer, e o rato roeu o rabo do rei de roma (foi assim que aprendi na marra esse trava-línguas, agora voltando atrás seria melhor roer a coroa, ou o coração, a cara, o couro, o rim, o trono, o carro, pior ainda o carro caro). O r brasileiro foi minha principal tortura. E até depois de mais de 30 anos de prática do idioma chego a tremer cada vez que eu peço suco de laranja. Mas não desanimo. Um dia chego lá ! No topo do morro morrerei dançando forró com minha eterna namorada segurando ela carinhosamente como uma garrafinha de suco de laranja!

O negócio complicado, quer dizer o mais complicado dois ainda muitos complicados, é como no caso do inglês onde colocar o acento tônico. Tem oxitonas, paroxitonas, proparoxitonas e sei lá quantos mais tonas. Deus é mais ! E como em inglês tem a regra e as exceções que confirmam a regra. Eu duvido se fala assim insistindo na sílaba vi mas não precisa de acento para materializar o acento tônico. Mas tenho minhas dúvidas, preciso mudar o stress para a primeira sílaba. Isso eu internalizei à força de ouvir ou de levar porrada.

Demorei para entender a diferença entre o o aberto de avo (grand-mère) et o o fechado de avô (grand père) e ainda hoje não sinto a diferença. Já me explicaram várias vezes a acentuação gráfica mas meu ouvido parece que fica surdo em entender as diferenças entre carne de boi e um motoboy. Não sei mas se falo certo falando oi pelo cual uso o oi do inglês voice. Eu já internalizei que ou se fala o como o moto, loto, bobo francês e não como o o com acento dos coto, bobo brasileiros. Mas toda palavra que tem a mesma grafia em português que em francês posa problema . Eu sei que moto não se fala moto como en francês, igual para loto, bobo de camarão, alho porro não se fala como poireau, já sei,

a que hora é ? que horas são ? São nove horas, é uma hora. Minha tendência, ja que em francês so se fala il est cinq heures, il est midi, é de usar em português sempre são para não me complicar. Já me falaram tanto que é que horas são, já ouvi muito que hora é essa mas o cérebro insiste em dizer são uma hora! Barbarismo feio, né !

Eu assim falo são uma hora e sou (ou estou) errado. Erradissimo ! Principalmente para alguém que passou mais de 15 anos no Brasil convivendo com brasileiros hà mais de 30 anos ! Posso falar com toda sem vergonhice é quatro da manha. Em vez do certo e legítimo : são quatro da manha. Até eu fico me perdendo. Agora é comum ouvir essa coisa errada entre brasileiros. Alivia um pouco a dor mas não sara a raiva ! é isso que me complica ainda mais ainda. Bem sei que ser comum não quer dizer ser correto. Mas quero comunicar.

Já sei que que nem não é muito bom mas ja ouvi falar tanto que virou minha maneira de ser baiano.

Usando palavras ou expressões como eita, Deus é mais, é foda, porra, né, ta, veja bem, digai, ta vendo, da pra entender, sacou ?, caiu minha ficha, vixe, opaio,

Tinha muitas dificuldades em entender a diferença entre aqui, cá, la , ali e aí. Porque em francês apesar de ter ici et (là-bas) não tem lugares intermediários bem definidos. ici quer dizer aqui e quer dizer lá. Em princípio. Na realidade pouco importa a distança, geralmente a palavra utilizada vai ser lá.

Exemplo: alguém bate na porta. Vou até a porta e vou falar: qui est là ? e a pessoa fica talvez a 20 centimetros da porta.

Se eu entendi bem a gradação brasileira vai de aqui, aí, ali, lá. Para entender cá tem que utilizar a expressao lá e cá. vem cá ! Só que até agora não entendi a diferença entre vem cá e vem aí ou vem aqui. Mas gosto demais de usar vem cá. Em francês poderia se traduzir por perifrase viens voir, viens ici, viens là, pouco importa. De lá pra cá eu usaria em relação ao tempo. Entre 1986 que foi minha vez no Brasil e agora 2018, de lá pra cá, muita coisa mudou là como cá ! No Brasil como na França.

Houve um tempo que o povo falava Lula là ! agora fala Lula pra aqui Lula pra lá, Lula pra cá, Lula ali, Lula aí ! Um dia chego lá !

Bestiaires, encres flottantes, ours à lunettes et peintres de la nubeselva

 

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Au 31eme FILBO Feira Internacional de Livros de Bogota qui a lieu à Bogota du 17 avril au 2 mai on peut trouver parmi des milliers de livres de toute provenance Animalario. C‘est  un bestiaire, un volucraire, un lapidaire fantasmé par le binôme colombien composé de Blanca Moreno au dessin  et Roberto Triana Arenas à l’écriture qui répond à la double exigence latine du placere et docere. Il faut plaire et instruire. Ils ne sont ni théologue ni zoologue. Mais tout bestiaire ayant la prétention de servir une morale peut-être y a-t-il dans cet opus une morale écologique chrétienne !

Le livre est paru en 2014  aux éditions Taller Arte dos Grafico, de Bogota avec un tirage de 300 exemplaires numérotés  et signés des auteurs. Les auteurs ont créé un opéra à quatre mains: le langage poétique et artistique s’entremêlent  pour présenter des visions fulgurantes . En 1980 le même Triana avait publié un autre livre intitulé Bestiario avec des lithographies  de l’italien Sandro Chia.

Rien ne se crée, tout se recycle disait Lavoisier. En l’occurrence il y a une approche européenne des animaux qui va de Pline Le Vieux et passe entre autres par Linné, Cuvier et Buffon, une approche  qu’ont suivie zoologues, paléontologues et naturalistes du monde entier et qui se poursuit ici mais avec une vision non pas italo-colombienne  mais cette fois-ci autochtone colombo-colombienne sur les animaux. Bien avant les bestiaires Hérodote (-480/-425), Aristote (-384/-322) et son Historia Animalium , Pline l’ancien (23-79) et son Naturalis Historia ont tour à tour tenté de poser des jalons et es passerelles entre gente animée, entre gente animale et gente humaine.

Les bestiaires étaient censés à partir d’animaux réels ou imaginaires dresser des portraits moraux ou moqueurs des contemporains de leurs auteurs. C’étaient en fait des fables moralisantes peintes ou dessinées.

Bien avant ces bestiaires encore, la Bible dans le Nouveau et l’Ancien Testament fait apparaître des animaux qui servent de support textuel à des considérations religieuses et ou à l’enseignement de  valeurs morales. Parmi les animaux qui apparaissent le plus souvent dans la Bible on retrouve  8 de ces animaux représentés dans Animalario : l’ours, le loup, le renard, le chien, le sanglier, le vautour,  l’araignée, le caméléon

Le Phisiologus Physiologos. Le bestiaire des bestiaires. Texte traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2004, 325 p.
33 euros / ISBN : 2-84137-171-9. (le livre de bestiaire) est l’un des premiers ouvrages sérieux en latin sur l’histoire naturelle. Il est attribué par certains à saint Epiphane. C’est un mélange subtil d’allégorie chrétienne et de science mystique venu du plus profond des âges et relevant de traditions culturelles aussi diverses que la Grèce, l’Egypte qui prétend fournir des explications exégétiques.

Le Livre XII – Des Animaux, in Etymologies d’Isidore de Séville (entre 560 et 570 -636) interprétation scientifique

Le Bestiaire de Philippe de Thaon (le premier en langue vulgaire à avoir utilisé le mot bestiaire dont deux animaux sont communs à ceux de Moreno : renard (gupil) et salamandre (sylio) : interprétations moralisatrices

Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de Normandie, trouvère du XIIEme siècle (deux animaux communs à Moreno renard (Goupil) et salamandre ):interprétations exégétiques

Richard de Fournival et son Bestiaire d’Amour ( bestiaire à visée courtoise : 4 animaux communs : loup, renard, chien, vautour)

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Ana Maria Sybilla Merian (1647-1717)(Allemagne) artiste peintre florale et naturaliste et son Metamorphosis Insectorum Surinamensium de 1705 dans lequel elle croque des plantes hôtes avec es petits animaux qui peuplent ces plantes.,

Albert Eckhout (1610-1665),

Jean-Baptiste Debret, (1768-1848)

Cabocle Indian hunting birds with a bow and arrow, from 'Voyage Pittoresque et Historique au Bresil', published in 1839 (colour litho)

Friedrich Alexander von Humboldt (1769-1859)

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Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

Estudo de pássaros na selva. Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

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Jean-Jacques Audubon, (1785-1851), peintre naturaliste et son Birds of America (1838)

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Etienne Denisse (1785-1861), botaniste, auteur de Flore d’Amérique, (1843)

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Ernst Haeckl (1834-1919) et son Kunstformen der Natur publié en 1904

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.07627
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Autant pour comprendre les bestiaires médiévaux il faut se replonger dans le contexte de l’époque pour en avoir une lecture, autant pour comprendre ce bestiaire qui insiste sur sa colombianité il faut tenter de saisir la charge psychologique investie ans cahacun e ses animaux en Colombie. Il y a aussi la nécessité de lier le texte au contexte donc et le dessin à une proto-structure originale pour laquelle  la référence est la vision occidentale moyennâgeuse de l’animal. L’animal est ce qu’il est mais surtout ce que l’on y met. De la même façon que les peintres et plus spécifiquement les botanistes peintres s’attachent à peindre le plus fidèlement la flore ils traduisent aussi des mythes qui entourent ces fleurs ou plantes. De même les spécialistes de la faune  malgré leur regard scientifique tentent de donner une représentation qui leur est personnelle un peu anthropologique des animaux. qui est une sorte d’alter ego de l’homme et qui permet à travers lui de  moquer, ridiculiser, faire sourire ou pleurer ses contemporains.

Il n’est pas indifférent que dans ce bestiaire il n’y ait pas de lion et que le premier animal soit l’ours qui en fait la couverture. il n’est pas indifférent qu’outre les 19 animaux qui composent cette fresque il y  en a un vingtième qui porte le nom de la bête et qu’on imagine être un mélange d’aptalon, de serre, de caladre et nicorace. Il y aurait bel et bien donc une filiation assumée entre les auteurs des bestiaires de l’ère médiévale et nos deux sud-américains ancrés dans la post-modernité de ce premier quart de 21ème siècle..

Animalario Universal del Professor Revillod ,  Almanaque ilustrado de la fauna mundial de  Javier Saez Castan (illustrations) et Miguel Murugarren (texte) publié au Mexique en 2003 est composé de 21 planches  d’animaux divisés chacun en trois parties qui alternées peuvent donner pèle-mêle jusqu’à 4096 animaux différents. On a droit aux animaux familiers tels l’éléphant (elefante), le tatou (armadillo),  le rhinocéros (rinoceronte), le kangourou (canguru),  la vache (vaca), le coelacanthe (coelacanto), le chien (perro), le tigre (tigre) la puce (pulga), le casoar (casuario), le kiwi (kiwi) , le chameau (camello), le sibérien (siberiano), le poisson rouge (carpin dorado), la truie (cochina), le lapin (conejo), le corbeau (corvo), et par le truchement fantaisiste  et aléatoire d’une sorte de poésie combinatoire digne de l’oulipo et de Raymond Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes à des animaux fantastiques, du type cadavres exquis  tels le tasibegue, le rolaguro, la tacetuna, le cargante, l’elesibegre, le tawicanto, le pulpindorado.

L’idée de vouloir affirmer par l’art autochtone est ainsi reprise par un autre peintre animalier colombien de la région d’Antoquia Bryan Sanchez

Loin de moi l’idée de vouloir psychanalyser les auteurs mais ayant dans l’esprit l’ouvrage Bestiario de l’argentin Julio Cortazar je dois noter pourtant le fait que seuls deux animaux marins soient représentés (le poulpe et la méduse) soit deux sur 20 animaux ce qui caractérise un rapport de un sur 10. Ceci est compréhensible vue l’altitude de Bogota où les cris de la méduse et du poulpe ne parviennent pas à se hisser jusqu’aux nuages de la « nubeselva ».

Dans cette hypothèse de travail je dois dire que j’ai été un peu surpris par la première planche qui introduit ce bestiaire qui est un ours ! Un ours à lunettes, me semble-t-il (Tremarctos ornatus), animal vulnérable s’il en est et le seul représentant de la classe des ursidés en Amérique Latine.  Que veut-on exprimer de sa vision du monde quand on pose comme un préalable en page de couverture cet ours, sinon un regard écologique ? il y aurait donc bien une morale dans ce bestiaire même si les auteurs ne s’en vantent pas : une morale écologique ?

voyons tout ça de plus près ! Il y a dans ces vingt illustrations un ours (bear, oso, urso) donc, un tapir (tapir, tapir, anta), une araignée (spider, araña, aranha), un renard (fox, zorra, raposa), un colibri (humming bird, colibri, beija-flor), un faucon (falcon, halcon, falcão), une tortue terrestre (tortoise, tortuga, tartaruga), un caméleon (chameleon, cameleon, cameleao), un chien (perro, dog; cachorro) , un vautour (vulture, buitre, urubu), un poulpe (octopus, pulpo, povo), une mite (moth, polilla, traça), un tatou (armadillo, armadillo, tatu), une méduse (jellyfish, medusa, agua-viva), une salamandre (salamander, salamandra, salamandra), un iguane (iguana, iguana, iguana), un loup (wolf, lobo, lobo), un  sanglier (boar, jabali, javali), une bête (beast, bestia, besta) qui tentent d’entrer chacun en résonnance avec un court poéme.

El OSO

(la miel)animalario-146x300533762116.jpg

Siempre fui agria

no para su lengua

fluia con recato

si de mi se alejaba

escondia mis néctares

Hasta que él no llegara

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J’ai autrefois connu personnellement dans sa période anglaise Blanca Moreno, il y a donc de cela une trentaine d’années et plus. Et elle s’est rapidement spécialisée dans l’art naturaliste. La nature morte. La nature vivante, peu importe. La nature pleine et entière dans un rapport presque ésotérique à l’eau. A l’instar de Gonzalo Ariza Velez (1912-1995) originaire lui aussi tout comme elle de Bogota elle s’est consacrée à ce que Ariza appelait « la nubeselva » la forêt entre 1400 et 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Comme Ariza    Moreno a emprunté à la tradition japonaise et s’inspire dans Animalario de Katsushica Hokusai (1760-1849), l’homme aux 120 noms, auteur prolifique. J’aime ses représentations de la nature vierge de toute figure humaine ou animale.

Mais il a eu aussi une production de shungas, des planches érotiques  dites images du printemps, des estampes qui mettent par exemple en scène comme ci dessous la célèbre  femme aux deux poulpes-pieuvres.

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Dans Animalia Blanca Moreno s’est inspirée notamment e 3 haikus érotiques dont les illustrations mettent en scène des animaux.

Mais elle compte parmi ses influences tout ce qui touche aussi à l’art islamique naturaliste mohgol et perse et en particulier  l’oeuvre d’  Ustad Mansur (17eème siècle).

J’ai toujours pensé que Blanca Moreno, bien qu’appartenant elle aussi à la sphère de la « nubeselva », avait en elle quelque chose de profond, une écheveau de racines rhizomiques la reliant de manière presque organique à ce que j’appelerais  pour paraphraser nubeselva « la selvarhizofora ». Il me semble qu’il y a un coeur de mangrove nocturne qui pulse en elle. L’élément eau lui est consubstantiel. Je la vois flotter comme un diablotin hybride entre les palétuviers  rouges, s’entremêler dans l’obscur humide aux pieuvres miaulantes dans les racines en échasses où pullule la vie. Les moustiques, les crabes, les palourdes, les huîtres, les hérons !  Sanctuaires de faune et de flore où les fleuves se faufilent comme des papillons-deuil dans la vase dessinant leur souffle à la surface des nuages .

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Et je lui ai fait un jour la remarque qu’on ne voyait jamais apparaître d’animaux dans ses tableaux. Ce à quoi elle m’ a répondu en janvier 2007:

« Sabes?? los animalitos andan metidos detras de las hojas…(de los arboles). Tambien las montañas y bosques viven flotando dentro de mi .. It is always that way that I paint…When I do, I feel boundaries do not exist any more. »

Thus spoke Blanca Moreno, en réponse à mon interrogation sur l’absence étrange d’animaux dans ses tableaux exposés en ce moment à la galerie .

« Les animaux vont et viennent bien installés à l’abri des feuilles… (des arbres). Par ailleurs les montagnes et les bois vivent en flotaison en mon for intérieur… C’est toujours ainsi que je peins… C’est alors que je ressens que les frontières n’existent plus. »

Suite à cette réponse  j’étais écrivait alors ceci :
« Voici Blanca Moreno, que je proclame dès à présent chef de file de l’infra-réalisme merveilleux. Car maintenant tout est fantamagoriquement clair. Son merveilleux ne saurait être accessible qu’à travers l’utilisation de rayonnements infrarouges, ultraviolets et x . Au-delà de l’observation à l’oeil nu qui vous montrera une couche picturale tout à fait normale (si ce n’est quelques craquelures, témoins de l’ancienneté du tableau), je vous invite d’ores et déjà à l’examen de l’un de ses tableaux au microscope binoculaire. Il s’agit du célèbre « Platanillos » (Balisiers) .
Ce dernier montre que la plupart des motifs végétaux du tableau (feuilles, troncs, branches, bractées) du tableau ont été retravaillés ou ajoutés par l’artiste. La réflectographie par infrarouge permet de pénétrer plus en avant dans la couche picturale. L’analyse par cette technique fait apparaître le dessin préparatoire qui se trouve sous la couche de peinture. Par exemple ici on constate que c’est la fin de la saison de pluies, nous sommes entre Pâques et juin, sous chaque feuille s’ébat une colonie de fourmis coupeuses de feuilles rouge orangé en plein vol nuptial par un lendemain de carnaval. L’analyse fait aussi apparaître quelques surpeints au niveau des troncs d’arbres (en fait à l’origine des palétuviers à échasses). On aperçoit aussi des milliers de trous de crabes et des fourmis à gros cul qui s’y aventurent désorientées à la recherche de leur reine. La radiographie révèle une foule de détails : grain, fissures, défauts, vides, joints, ailes, repentirs, ajouts, retouches, mandibules, insectes à l’état de nymphes ou d’imago, etc
Grâce aux rayons X on se rend compte que la tache rouge (la bractée de balisier bordée de poupre et de vert) correspond à une tête de troglodyte siffleur masquée par un surpeint. Si on observe attentivement on découvre qu’elle a été modifiée : elle était au départ peinte de profil.
Oui, bien installée à l’abri des feuilles de balisier c’est une vraie ménagerie de troglodytes qui est ainsi exposée au-delà de la paix apparente de ce paysage tropical de zingibérales idéales : à calotte noire, à gorge brune, à face pale, à long bec, à miroir, à nuque rousse, à poitrine grise, à poitine tachetée, à ailes blanches, à bec court, à bec fin, à tête blanche, à ventre blanc, à ventre noir, arada, austral, barré, bicolore, chanteur, d’Apolinar, de Bewick, de Boucard, de Caroline, de Cobb, de Socorro, de Zapata, des cactus, des canyons, des marais, des rochers, des ruisseaux, des volcans, du Merida, du Sinaloa, du Yucatan, familier, fascié, flûtiste, géant, gris, grivelé, mignon, modeste, montagnanrd, rayé, roux, rufalbin, tacheté, zoné, à favoris, à moustaches, à sourcils roux, à ventre fauve, balafré, bridé, brun, coraya, de Branicki, de Clarion, de Cozumel, de Nava, de Niceforo, de Sclater, denté, des Antilles, des Guarayos, des halliers, des Santa Marta, des tépuis, fauve, ferrugineux, inca, joyeux, maculé, moine, ocre, olivâtre, philimèle, rossignol, zébré.
C’est une vraie explosion de cris et de chants, de queues qui remuent et de couleur qui tente de s’affranchir des bleus et verts et bleus et verts et bruns d’une mangrove décidément indomptable. Puis tout à coup s’impose le silence. Et si l’on prête l’oreille au delà des inflorescences, on entend par delà les mousses et les lichens le chant parfait des troglodytes siffleurs : twit twit twit !!!! Also sprach Blanca Moreno, grande amatrice devant l’éternel de caviar de Santander. »

Du 27 février 2007 au 27 mars 2007 Blanca Moreno exposait à Bogota à la Galeria de Arte Fenalco. L’exposition avait pour titre : Memorias de Lugar. Mémoires de lieu. Elle ajoute alors en préambule à l’exposition :

« Il y a un endroit qui bouge en moi. Parfois c’est le vent qui remue les feuilles vertes de la forêt qui vit dans mes poumons. Parfois encore ce sont des milliers de lumières qui parcourent mon torrent sanguin, frénétiques et délicates comme un roucoulement. Je m’assieds sur une rive ou l’autre et j’observe le va-et-vient. Alors celui qui peint disparaît. Le jeu mystérieux commence et nous sommes plus débordants de vitalité, plus libres et plus vulnérables.
De cette vraie dynamique, vestiges silencieux, surgissent, les peintures. »

Blanca Moreno, 2007

 

Dans Animalia elle utilise la technique ebru  (art des nuages), technique turque de peindre sur l’eau, appelée aussi papier marbré. Cette technique vient elle aussi du Japon  où elle est apparue au XIème siècle sous le nom de suminagashi (encres flottantes) puis s’est répandue à travers l’Asie Centrale à partir de l’Inde pour arriver en Turquie vers le XVIème siècle. Pour réaliser cette technique il faut de l’eau distillée à laquelle on ajoute de la gomme adragante et du fiel de boeuf. Le liquide devient visqueux  (certains préfèrent la poudre d’algues, moi j’imagine bien des gombos, des mucilages).

Les animaux représentés par Blanca Moreno en 2014  dans Animalario forment un bestiaire où chacun des auteurs arrive à cloche-pied pour ne pas emprunter le nuage de l’autre. Il s’agit de ne pas réveiller les animaux, « los animalitos », mais aussi les fieras. La bestia montre les crocs telle une hyène qui ne dit pas son nom. Peut-être cette bestia voudrait-elle simplement elle aussi  à l’heure des grillons (« la hora de los grillos« ), à cette heure si paisible, se retrouver sous les racines en échasses d’un palétuvier rouge à souffler sur l’eau pour simplement faire des vagues d’encre qui feront elles aussi un tableau aléatoire dans la mer des Caraïbes. Mais la question continue, lancinante : les ours à lunettes peuvent-ils décemment surfer sur  les vagues dans la mangrove ?

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En mode comparaison

Dans la série le créole expliqué aux nuls par un nul voici aujourd’hui l’expression en mode comparaison ! C’est comme ça quand on aime : on met en orange et on réhausse avec du gras !

« vou épi mod konparézon aw' »ou bien « zot two komparézon » « ou ni on jan konparézon ! »

Dépi tan mizik-la ka swingé

Mwen asiz la pòko lévé

Pa menm an ti konpa

Misyé sa sa yé sa

É poutan i ni twèl pou fè mwen kontan

Bondié mi an konpa tonbé

La gazelle si’y lé dansé

Ti miss-la gadé mwen

Yé ti misyé ou pa byen

Gadé mwen mwen pa ka dansé konpa!

Ti christian* Hou

Chèché mannyè désidé

Ti zozyo-a lévé

Mademoiselle pa lé tann ayen

Pòko ka trouvé sa byen

I propté byen poudré

Rad ki byen èskanpé

Si’w konprann sé konpa i ké dansé hé Hé

Vini fè konpa soukwé’w (sé la ou ké konprann sa sa yé mademoiselle) (hé hé)

Hé Vini fè konpa soukwé’w (lévé anni kité kò’w alé ho ho hou ho)

Pandan mizik-la ka roulé

Tèt mafi ka soukwé

Man pran’y pou lagen kontan

Tout kò’y an manniman

I anvi nou kolé

Pou swingé san rété

Yonn ki pri

Enmen konpa pou la vie hé

Mi an voila konpa soukwé’w (gadé soulyé’w la ka pri difé mademoiselle) (hé hé)

Mi Vini fè konpa soukwé’w (ou fini pa konprann sa sa yé ho ho hou ho)

Hou a la kwakans papa!

Hé Johnny (mademoisellle ki sa’w vini fè la)

Ou konpa-rézon

(Di mwen poutji ou pa ka dansé konpa)

Ou konpa-rézon

(Gadé mannyè mizik ka tonbé)

Ou konpa-rézon

Pé pa di mwen ou pa anvi dansé

Ou konpa-rézon (lévé’w lésé mizik-tala chayé’w)

Ou konpa-rézon (san menm sonjé ou ké ja ka dansé)

Ou konpa ho ho ho

Ou konpa ho ho ho ho (hoooo hooo)

Ou konpa ho ho ho

Ou konpa ho ho ho ho

Ou Konpa ho ho ho (ha ha ha hou)

Ou konpa ho ho ho ho

Ou Konpa ho ho ho

Ou konpa ho ho ho ho

Ou konpa-rézon (mademoiselle finalement tu as vu ça)

Ou konpa-rézon (hum comment tu es comment tu es quand tu danses le konpa)

Konpa-rézon

Di mwen ki mannyè ou santi mizik-la (ou konpa-rézon)

Aprézan ki dansé konpa

Gadé sa

Ti mafi

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé, hé, hé, hé ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho

Hou Konprann sé kon sa

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé héééé hé hé)

A la la kwakans papa

Ah ha ha hou

Konpa, ho ho

Konpa, ho ho

Konpa, ho ho

Di mwen poutji ou pa ka dansé konpa, dansé konpa

Mademoiselle mademoiselle mademoiselle tu as vu ça hein

A dé, vlopé

Etre konparézon c’est faire des façons. Ou ni on manni konparézon, an vyé manni konparézon ! Ici dans la chanson de Kwak ou de Jean-Luc Guanel une femme konparézon c’est une femme en boite qui a envie de danser mais qui fait sa belle, qui n’a peut être pas envie de suer ou de froisser son joli corsage avec un malappris. Un peu hautaine, un peu prétentieuse ! Elle attend peut être un meilleur parti, un prince charmant, qui sait !?. Moi j’étais plutôt du genre agoulou granfal pour danser.  Mais combien de fois ai-je été largué sur une piste de danse dans mes jeunes années de coq par une femme trop konparézon pour moi ! Les femmes konparézon vous dévisagent des pieds à la tête avant de vous signaler votre abjection par un strident tchipp ! Leur seul regard froisse les plis pourtant impeccables de votre pantalon et vous cisaille le kiki!

Mais c’est surtout ma mère qui emploierait cette expression à mon égard quand je lui aurais fait une réflexion qu’elle jugerait impudente ou impertinente.

il faudrait un vlog pour expliquer le mode comparaison.Peut-être un de ces jours je céderai à la tentation et que pour faire plaisir à ma fille Erica je m’adonnerai au charme jouissif de la vidéo. Peut-être même pourrai-je coupler l’un et l’autre en une écriture intime. en attendant :

Tout d’abord sache cher et fidèle  lecteur, chère et fidèle lectrice que pour faire comparaison il ne faut ni compas ni raison. Elémentaire !    En mode grille, en mode loupe en mode comparaison que de modes d’analyse.

Ma mère en disant ces morceaux choisis que j’ai cités plus haut me les adressait la bouche pincée, parfois avec un sourire parfois sans. Ca pouvait varier avec ou ni on mode aristocrate ! tout ça parce que je ne mangeais ni aile, ni cuisse ni croupion de poulet ! Comparaison ! Figure de style s’il en est ! Moins subtile que métaphore mais vaillante tout de même !

« action de comparer pour faire ressortir les ressemblances et les différences » du latin comparisun ! Depuis 1174 et Thomas d’Aquin, le saint, dans son ouvrage De Potentia. Ma mère bien au fait des choses de l’Eglise aurait dû m’encourager dans la voie de la comparaison encouragée par Aristote lui même !.

Pour qu’il y ait comparaison, nous disent les spécialistes de la chose littéraire, il; faut qu’il y ait comparé, comparant et outil de comparaison.

Les Antilles ne sont pas en reste ! Voyez plutôt cet ouvrage de Hector Poulet et Jude Duranty,  Konparézon siparézon

konparezon

Parfois c’était plus global j’entendais « nég two konparézon » ! il y aurait des konparézon san ayen et des konparézon kini. Moi je nes ais ou j’étais comment moi konkonm san grén pouvais je être konparézon. A-priori pensais-je, préjugés ! Non je n’étais pas si konparézon que ça ! Ma mère en revanche, mon père, certains de mes frères et soeurs l’étaient à leur manière, bien plus que moi..

Ou tro komparézon ! J’aime trop critiquer, me mêler, avoir des opinions sur la vie des autres, j’émets trop de jugements sur les autres.     Pire konparézon pa ni sézon ! Avec l’âge le konparézon devient encore plus konparézon ! C’est dans l’ADN de la personne ! C’est vrai même ma chère et tendre  me le dit au moins une fois par semaine quand ce n’est pas par jour. Elle ne me dit pas en créole bien sûr puisqu’elle est brésilienne. elle me dit ainsi :

Para de ser juiz ! Arrête de jouer au juge !

Mais moi je revendique justement cette konparézon !

Je serais un « m »as tu vu » ? Un personnage pas trop recommendable, hautain, supérieur, snob, distant et maldisant ! Que nenni les amis ! J’aime réfléchir, penser, ratiociner, échafauder des hypothèses, bref faire fonctionner mon caillou. Et pour moi il n’y a pas de sujet tabou, les sciences, la politique, la religion, la gastronomie, la psychanalyse, le sexe, rien n’échappe à mon investigation, à ma reformulation ! je suis comme un enfant éternel, un Peter Pan si vous préférez  qui veut toujours savoir le pourquoi et le comment ! et Peter Pan n’était pas hautain que je sache !

Si je suis végétarien ou pesco végétarien c’est sans doute parce que je suis konparézon !

Si j’e ne mange plus de piment comme autrefois, konparézon !

Si j’ai une belle voiture décapotable, konparézon ! Si je marche à pied, konparézon !

Bref vous m’avez compris, on est toujours konparézon pour quelqu’un quoi qu’on fasse ! L’important c’est dêtre honnête par rapport à soi et à ses proches. Le reste ce n’est que konparézon !

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage

Et même le renard le dit au petit prince : si tu veux un ami il faut l’apprivoiser et pour apprivoiser il faut être patient. Et vlan !

Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un puits de patience. Je ne crois pas trop aux proverbes mais je crois beaucoup à celui-ci qui n’encourage pas à la patience. C’est un véritable éloge de l’impatience.

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Bien mieux que :

Patience et longueur de temps font plus que force et rage.

Dans patience il y a le mot attente et dans le mot attente je vois la salle ‘attente où se traînent les patients perclus par le doute. Je ne crois en aucune certitude. Je me crée des certitudes passagères qui me permettent d’avancer. Mon univers est toujours en expansion. Je place toujours une limite à mes attentes. Attendre vitam aeternam, trop peu pour moi. Atteindre le but de l’attente n’est pas toujours chose facile. Dans la salle d’attente, je suis patient, je dépends. Car être patient c’est souffrir, endurer, supporter, pâtir. Certains en éprouvent une jouissance toute mystique. L’attente du Messie ! l’attente du Jugement Dernier ! L’attente du médicament miracle !Je ne crois pas aux châtiments. Je ne crois pas aux supplices !

en philosophie il ya l’agent et le patient. Permettez que je choisisse l’action à la passivité.

Par ailleurs patient qui vient en latin du participe passé du verbe  pati (souffrir, supporter, endurer)  n’a rien à envier à  à Passion qui a exactement la même origine linguistique. Penser à la Passion du christ, tenez, qui commence demain Vendredi-Saint.. Patient et Passion même combat masochiste ?! ah non patience ou passion on en pâtis tout autant !

Je pense que la patience donne la fausse assurance d’un confort intellectuel. Je prends mon temps, se it-on ! . Tout va se réaliser un jour. Laissons faire la nature, Laissons faire le temps. Moi je préfère brusquer le temps, narguer la nature, titiller les heures. Défier l’interdit. Je me fixe des limites, toujours. Je me fixe des plans. Autrefois ils étaient de 5 ans. Maintenant je me donne chaque année un plan d’action. un plan de vie, un plan d’attaque. Ne pas subir, enfin le moins possible. Etre mon propre fer de lance ! Interroger mon instinct. L’apprivoiser. Oui si j’ai de la patience c’est avec mon instinct qui ne m’a jamais desservi. Je revendique cette impatience, ce droit à l’impatience au sens anglais de eager, eagerness comme dans le film Les corps impatients (Xavier Gianolli, 2003) Eager bodies en anglais qui suit justement une patiente atteinte du cancer  il y a le désir, l’appétit, la voracité, l’enthousiasme de l’impatience, l’avidité, le désir. L’envie. L’émerveillement ! Eager to learn, eager to please, eager to help, eager to work, eager to know.   On sent la soif, on sent la faim ! On sent la tension  vers l’objet !Le contraire de l’impatience c’est la résignation, l’accommodement. Etre impatient c’est se faire violence et faire fi des conventions pour que les chasses aux papillons ne cessent pas du jour au lendemain. C’est une négociation permanente avec soi et les autres avec les maladies, les nuisibles, les courants d’air et autres parasites

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Je viens de voir effaré qu’il y a 81 proverbes de par le monde qui parlent de patience. En fait je n’en ai comptabilisé que 75. J’ai eu la patience de faire les couper-coller et de les mettre en forme. Pas si impatient que ça finalement. : eh oui pour écrire il faut quand même un chouia de patience et ne pas se fâcher à chaque quart de seconde avec la feuille blanche ou l’écran….

Les 75 proverbes, adages et dictons autour du maître mot patience : lisez-les tous si vous êtes patients. Moi je les ai survolés !

1 On connaît l’humilité d’un homme dans son élévation, et sa patience dans l’adversité.
Proverbe danois ; Les proverbes et dictons du Danemark (1956)

 

2 Lorsque tu as entrepris quelque chose, prends patience.
Proverbe arabe ; Le dictionnaire des proverbes et dictons arabes (1980)

 

3 Avec de la paille et du temps, les nèfles blettissent.
Proverbe breton ; Dictons, maximes et proverbes bretons (2001)

 

4 À force de temps je t’aurai, disait le chêne à la citrouille.
Proverbe provençal ; Dictons d’oc et proverbes de Provence (1965)

 

5 Patience laissa brûler sa maison.
Proverbe français ; Les proverbes et dictons communs (1611)

 

6 Qui a patience a paradis.
Proverbe français ; Les proverbes et dictons communs (1611)

 

7 Patience, médecine de pauvre.
Proverbe provençal ; Dictons d’oc et proverbes de Provence (1965)

 

8 La patience conduit au salut, la précipitation court au malheur.
Proverbe turc ; Mille et un proverbes turcs (1878)

 

9 La patience mène à bien, la précipitation à rien.
Proverbe turc ; Les proverbes et dictons de la Turquie (1956)

 

10 Tout mal guérit par patience.
Proverbe français ; Dictionnaire des sentences et proverbes français (1892)

 

11 Un bon cœur penche vers l’indulgence, un cœur étroit ne dépasse pas la patience.
Proverbe chinois ; Le livre de la sagesse chinoise (1876)

 

12 La patience est une médecine de la vie.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

13 La patience est le bouclier de l’âme.
Proverbe allemand ; Proverbes allemands traduits en français (1876)

 

14 Les gouttes d’eau creusent à la longue le rocher sur lequel elles tombent.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

15 La patience donne la bienveillance et pardonne toutes les fautes (dettes).
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

16 Avec de la patience, point de malheur, et avec de la tristesse, aucun avantage.
Proverbe arabe ; Les proverbes du peuple arabe (1803)

 

17 La patience dévore le diable.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

18 À la patience on reconnaît l’homme.
Proverbe allemand ; Proverbes allemands traduits en français (1876)

 

19 Prends patience, tu verras des miracles.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

20 La patience et quelques cris, sont les meilleurs remèdes.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

21 La patience donne le courage, le courage enfante l’espérance, et l’espérance ne laisse pas tomber dans la honte.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

22 La victoire de la patience seule est solide.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

23 À qui Dieu donne une femme, il lui donne aussi la patience.
Proverbe allemand ; Proverbes et dictons allemands (1828)

 

24 Peu à peu, la laine se transforme en tapis.
Proverbe persan ; Dictionnaire des proverbes et dictons persans (1980)

 

25 Petit à petit fuseau fait fil.
Proverbe breton ; Dictionnaire des proverbes et dictons bretons (1980)

 

26 La patience poussée à bout se change en fureur.
Proverbe français ; Recueil d’apophtegmes et axiomes (1855)

 

27 L’oiseau pris dans les filets doit prendre patience.
Proverbe indien ; Les proverbes en hindi (1988)

 

28 Qui veut durer et avoir le dessus, doit posséder patience et vertu.
Proverbe français ; Recueil d’apophtegmes et axiomes (1855)

 

29 La patience est la force des faibles.
Proverbe français ; Dictionnaire des proverbes français (1749)

 

30 La souffrance transige avec la patience.
Proverbe français ; Dictionnaire des proverbes français (1749)

 

31 La patience est l’art d’espérer dans les maux.
Proverbe français ; Dictionnaire des proverbes français (1749)

 

32 Pour un procès il faut trois sacs : sac de papier, sac d’argent, sac de patience.
Proverbe français ; Recueil d’apophtegmes et axiomes (1855)

 

33 Qui ne se lasse point vient à bout de tout.
Proverbe espagnol ; Maximes et sentences espagnoles (1859)

 

34 La patience et le silence sont les meilleurs remèdes contre la colère.
Proverbe danois ; Dictionnaire des proverbes danois (1757)

 

35 Petit à petit le raisin devient sucré.
Proverbe grec ; Maximes de la Grèce antique (1855)

 

36 La patience adoucit les maux qu’on ne saurait guérir.
Proverbe latin ; Proverbes et dictons latins (1757)

 

37 Quelques malheurs qui nous arrivent, le courage et la patience nous les feront surmonter.
Proverbe latin ; Proverbes et dictons latins (1757)

 

38 Le temps et la patience adoucissent les plus cruelles blessures.
Proverbe polonais ; Trésor des proverbes polonais (2005)

 

39 La science s’acquiert avec la patience.
Proverbe italien ; Proverbes et dictons italiens (1894)

 

40 La patience s’acquiert avec l’expérience.
Proverbe italien ; Proverbes et dictons italiens (1894)

 

41 La patience apporte des roses.
Proverbe tchèque ; Recueil de proverbes tchèques (1937)

 

42 C’est le fait du démon de se hâter, et celui de l’homme de savoir patienter.
Proverbe turc ; Mille et un proverbes turcs (1878)

 

43 Avec du zèle et de la patience un rat troue une planche.
Proverbe turc ; Mille et un proverbes turcs (1878)

 

44 À force de frotter, la corde casse la pierre.
Proverbe kényan ; Le proverbe kiswahili du Kénya (1993)

 

45 Une petite hache coupe un gros morceau de bois.
Proverbe guadeloupéen ; Recueil de proverbes créoles (1877)

 

46 Lorsque tu combattras par la patience, tu seras victorieux.
Proverbe arabe ; Les proverbes de Meïdani (1828)

 

47 La patience adoucit les maux qu’on ne saurait guérir.
Proverbe latin ; Proverbes et sentences latines (1825)

 

48 Tout Européen qui vient en Inde gagne de la patience, s’il n’en a pas ; et il la perd, s’il en a.
Proverbe indien ; Les proverbes en hindi (1988)

 

49 La patience est un remède universel à tous les maux.
Proverbe nigérian ; Proverbes du Nigeria (1956)

 

50 Une calebasse de vin se remplit goutte par goutte.
Proverbe nigérian ; Le pays igbo du Nigéria (2010)

51 La patience engendre la richesse.
Proverbe touareg ; Proverbes des Touaregs Kel-Adagh (2010)

 

52 La goutte incessante creuse la pierre.
Proverbe libanais ; Mille et un proverbes libanais (1968)

 

53 La patience aplanit les montagnes.
Proverbe libanais ; Mille et un proverbes libanais (1968)

 

54 Le temps est la clef de tout.
Proverbe africain ; Pensées africaines (2004)

 

55 Avec de la patience, le raisin finit par devenir sucré.
Proverbe kurde ; Les proverbes du Kurdistan (1936)

 

56 La patience est un remède à tous maux.
Proverbe russe ; Proverbes de la Russie (1956)

 

57 La patience est une herbe qui ne se trouve que dans le jardin des capucins.
Proverbe flamand ; Dictionnaire des proverbes flamands (1863)

 

58 La patience est amère, mais elle devient douce avec le temps.
Proverbe libyen ; Proverbes de la Libye (1956)

 

59 Il faut vaincre par la digne patience ceux qui vous offensent par orgueil.
Proverbe tamoul ; Le Koural – VIe siècle.

 

60 La patience vaut mieux que trop de bravoure.
Proverbe espagnol ; Maximes et sentences espagnoles (1859)

 

61 Avec du temps et de la patience on vient à bout de tout.
Proverbe espagnol ; Proverbes et locutions espagnoles (1835)

 

62 La patience édifie, l’impatience renverse.
Proverbe danois ; Dictionnaire des proverbes danois (1757)

 

63 Qui manque de patience manque de sagesse.
Proverbe danois ; Dictionnaire des proverbes danois (1757)

 

64 On ne peut pas sevrer un bébé en un jour.
Proverbe américain ; Recueil de proverbes américains (1964)

 

65 La patience rend tout homme maître.
Proverbe italien ; Proverbes et sentences italiennes (1876)

 

66 La patience d’un cœur est en proportion de sa grandeur.
Proverbe arabe ; Proverbes et locutions arabes (1835)

 

67 Si tu es enclume, prends patience ; si tu es marteau, frappe fort.
Proverbe turc ; Proverbes de la Turquie (1956)

 

68 La patience et la détermination conquièrent tout.
Proverbe américain ; Proverbes et dictons américains (1876)

 

69 La patience est un remède à toutes les afflictions.
Proverbe en latin ; Proverbes en latin (1757)

 

70 Il n’est point d’affaire, avec de la patience, dont on ne puisse venir à bout.
Proverbe turc ; Proverbes de la Turquie (1956)

 

71 La patience est une herbe qui ne pousse point dans tous les jardins.
Proverbe espagnol ; Proverbes et locutions espagnoles (1835)

 

72 L’enfant ne devient pas homme en un jour.
Proverbe zaïrois ; Proverbes et dictons zaïrois (1994)

 

73 Les termites disent : Petit à petit, cela s’amoncelle.
Proverbe camerounais ; Proverbes bamouns du Cameroun (1976)

 

74 La patience vaut mieux que la hâte, et cela en toute chose.
Proverbe malgache ; Les proverbes malgaches (1915)

 

75 La patience ne connaît pas le temps.
Proverbe sénégalais ; Proverbes et dictons sénégalais (1976)

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Un rocking-chair nommé Inquiétude

Rocking chair ou fauteuil à bascule, mecedora ou silla momposina, les rocking-chairs colombiens  et plus particulièrement ceux fabriqués dans la Caraïbe colombienne évoquent pour moi un passé de plus de 55 ans. 1961. Nous avons laissé derrière nous sur le cours Nolivos dans notre galetas du premier étage au-dessus de la boulangerie notre fauteuil à bascule. Je ne sais plus par quel biais il était parvenu jusqu’à nous. Je le relie à mon grand-père Hubbel de Saint-Claude, Aquilin Claironisse dit Maurice de son prénom, fils de Joseph Amélius, mais je me trompe sûrement. Ce que je sens surtout encore c’est l’odeur du bois verni, je revois les accoudoirs et l’assise qui se désagrègent dans le vide de mes souvenirs mais j’ai encore parfaitement en tête le crissement, le couinement presque de ce meuble sur le parquet du galetas. Ce couinement cessa puisque nous avons abandonné à un autre sort que j’ignore notre rocking-chair en prenant le paquebot Irpinia à l’été 1961 direction Le Hâvre. Loup y es-tu ? Je ne sais pas si ma famille a gagné au change de troquer ce fauteuil pour les tables et armoires en formica jaune et rouge ! Désolé monsieur Ségalot, ce rocking-chair, ça oui, ça c’était du meuble !

Autrefois on appelait ces fauteuils au  XIXéme siècle inquiétude. Et le soir aux devantures des maisons on se balançait ans la brise u soir et on saluait ici l’un là l’autre, on prenait des nouvelles, on socialisait. Les vieux comme les jeunes prenaient ainsi leur serein tranquillement dans ce doux balancement où les os frémissaient comme les branches e sassafras caressées par l’alizé.

Hier soir lors au festival de danse de Mamoudzou j’ai pu assister à la MJC de M’Gombani au spectacle de danse Inquiétude, conçu par  le colombien Edward Aleman de la compagnie El Nucleo. Cet artiste né en 1985 joue et déjoue les aller-retour de cette inquiétude par des aller-retour sur son passé, sa mémoire. Il se dit fils de Mompox, fils de Maximo, lui-même fils de Maximo, lui-même fils de Maximo. Tout un héritage se lit à partir de ce fauteuil à bascule qui ne dit mot et qui pourtant consent à occuper la place centrale. On a envie de l’applaudir autant que son comparse qui joue, fait l’acrobate, et en même temps, danse et se faufile comme un fil de mémoire dans le chas de  l’aiguille.

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Mais j’en veux à la compagnie El Nucleo. Ils ont choisi pour symboliser cette inquiétude un fauteuil à bascule fabriqué à Marseille par l’atelier Sud Side. Je ne nie pas la compétence de cet atelier mais pourquoi ne pas jouer l’authenticité jusqu’au bout. Je n’ai rien contre ce fauteuil à bascule de chrome, acier ou d’autre métal brillant. J’aurais préféré le bois. Du manguier, du baobab, que sais-je, du gommier dont on fait les esquifs frêles mais têtus. Oh je ne nie pas sa résistance à l’effort, cette sensation d’équilibre qu’il promeut mais ce n’est pas le rocking-chair de mon enfance. Certes on peut revisiter la mémoire et lui donner de fortes couches de solidité et de brillance. Oui la mémoire n’est pas réduite au passé et c’est une union aux acquets entre présent et passé.

Or la mémoire que semble vouloir nous faire partager l’artiste est une mémoire colombienne, caribéenne, la mémoire de Mompox, bourgade baroque sur l’île de Margarita, en Colombie. Mompox dont  Gabriel Garcia Marquez disait que c’était une ville « dont nous rêvons parfois, mais qui n’existe pas ».

Oui j’aurais aimé une inquiétude qui vibre au son de la voix de Toto la Momposina quand elle chante   yo me llamo cumbia et qui aurait dansé la cumbia avec son comparse.

 

 

My bucket list ou les 65 items que je souhaite réaliser dans les quelques années (mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes) qu’il me reste à vivre

Never too late ! Ce soir c’est MARDI-GRAS et je me déguise  à six mois de la retraite en Carter Chambers. Et je publie moi aussi ma bucket list. Comme dans le film éponyme starring Jack Nicholson et Morgan Freeman, The Bucket List (Sans plus attendre, en vf). C’est la mode des to-do lists before you die, before you kick the bucket. Bucket veut dire seau. Et seau me fait penser à Champagne et à eau et à sable. Kick the bucket veut dire casser sa pipe. Bon je m’égare… Disons que je suis Carter Chambers dans le film et que je suis a terminally ill man. MÊME SI JE N’AI NI JET PRIVE NI EDWARD COLE POUR FINANCER mes rêves et expectatives, MEME SI JE NE SUIS PAS MÉCANICIEN AUTO ET QUE JE NE RÊVE PAS DEVENIR PROF D’HISTOIRE voici mes 65 ITEMS, mes énormes grains de sable que je souhaite réaliser sans plus attendre dans les quelques cyclones qu’il me reste à vivre. Ce n’est pas comme une liste de courses, ce sont des projets, des envies, des lubies, des tentatives de vaincre des peurs bien enracinées souvent qui peut être ne se matérialiseront jamais mais qui sont ces petits riens, ces petits rêves à priori impossibles qui soutiennent telles des pierres de corail le lagon de mon quotidien. I WISH I COULD CROSS A FEW OF THOSE ITEMS.

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1. Passer Mardi-Gras à Port of Spain

2. Passer un dimanche et lundi de carnaval sur le sambodrome de Rio et assister au défilé des écoles de samba

3. Danser la salsa à La Havane en octobre

4. Faire le tour de la Guadeloupe en bateau

5. Visiter les Baltimore d’ Antigua

6. Visiter les Baltimore des Îles Vierges

7. Participer à une chorale jazz

8. Manger dans un restaurant d’un chef étoilé caribéen

9. Visiter le Mato Grosso brésilien

10. Passer une année à Basse-Terre en Guadeloupe

11. Traduire en créole ou en français Omeros de Derek Walcott

12. Visiter Sainte-Lucie

13. Visiter les Terres Sainville en Martinique

14. Retrouver quelques chaînons manquants dans mon arbre généalogique

15. Prendre des cours d’aquagym

16. Faire de la plongée sous – marine

17. Préparer une feijoada de fruits de mer avec lambi, langouste, poulpe (chatrou), crabe, encornets, palourdes, riz noir et pois d’angole

18. Préparer un callaloo avec feuilles de dachine, gombo, lambi, langouste, poulpe (chatrou). crabe, encornets, palourdes et dombrés.

19. Participer à une école de samba brésilienne

20. Parler créole comme je parle portugais

21. Vivre dans une cabane perchée dans un manguier

22. Construire une maison en bois en conservant et épousant les structures d’un flamboyant

23. Publier mon recueil de poèmes Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

24. Publier mon roman Archipel des Reliques

25. Voir les neiges du Kilimanjaro

26. Passer un anniversaire quelque part au Mexique le jour de la fête des Morts

27. Avoir le permis bateau

28. Voir parfaitement sans lunettes

29. Visiter le Mozambique

30. Visiter le Burkina- Faso

31. Avoir 1000 articles dans mon blog

32. Rencontrer un chaman  en Papouasie-Nouvelle-Guinée

33. Vivre jusqu’à pas d’âge en bonne santé

34. Déguster un café de quimbombo en Équateur

35. Faire de l’aquarelle

36. Faire de la planche à voile

37. Ouvrir un restaurant pescétarien

38. Devenir 100 pour cent pescétarien

39. Avoir un potager du type jardin créole

40. Manger de la tortue

41. M’investir dans une association

42. Adopter un enfant

43. Faire une expérience de woofing

44. Avoir une Vespa

45. Faire du planeur

46. LAUGH UNTIL I CRY

47. SKYDIVING

48. SEE THE PYRAMIDS

49. Apprendre à réparer une voiture

50. Go on a safari and HUNT THE BIG FIVE

51. Get a tattoo

52. Visit the Taj Mahal

53. FIND THE JOY IN MY LIFE

54. Assister à un match de foot au Maracana

55. Faire du théâtre

56. Participer à un groupe de danse folklorique (quadrille)

57. Chanter dans un groupe de jazz

58. Jouer de la bossa nova à la guitare

59. Passer mes vacances  sur une plage dans un camp  naturiste

60. Apporter de la joie et de l’amour à : my significant other, siblings, kids and friends

61. Faire du jet-ski

62. Faire du ski

63. Jouer au bridge

64. Faire un vlog

65. Lire un livre par semaine

 

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Comme le dit la chanson je dis avec Charlie Winston : Kick the Bucket

If you say this is pop, to be singing to a tune with a rhythm like this, would it be so unpopular for a singer like me to be bringing up the fact that we’re all gonna go ? Some people swear, they say they know where.
For me it’s a mystery. But which ever way you see it
you have to admit it and live it and live it !

We all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! The end !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Blew up my TV. It’ was numbing my brain to be thinking the same as million other people all feeling afraid of the same thing.
But there’s is nothing to lose, cause we’re all on a bike and we’re cycling through, getting off on our injuries – but you gotta get back on it and live it and live it to love it and live and love life.

Cause we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

This is not a sad song !
I don’t bring it up to get you down,
It’s a celebration of all the red cells
going round and round in your body !

I don’t mean to preach or to sound lilke a teacher. No ! I only wanna cut the crap and , looking back, everybody’s had to face the facts.

That we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

J’ouvert

Tapi dans la mangrove,

Bondissant, sautant-matant…

Le ciel aux trois quarts nu

De giraumon, de pissat, et de sang.

Assis sur le trottoir, le ciel

Tousse Kein hein Kein hein

Ivre de parfums rouges errants

De brocarts, et de confettis à ses trousses…

Assis à marée basse,

Électrique. ..

Insensible aux chevaux des dieux qui tournoient

Au-dessus des tambours qui chavirent

Insensibles aux orgues charnelles

Des moites guérisseuses …

Le ciel caracole

Glisse contorsionniste

Mascarade immobile

Démêlant le cours des amours burlesques…

Entre les atolls obscurs de pistaches et de bonbons

D’anges et de démons…

Cabriole, tiède et poisseux,

Cisaille à contre-jour

L’orpailleur en transe

Aboyant dans le sérail

De mes âmes sevrées, esseulées…

L’aube culbute

Dans les lambeaux du gouffre

Dans les calypsos du soleil

D’où sourdent, dégénérées

Les jambes et les larmes

Qui fraient encore, exotiques,

Sur les pilotis du carnaval nocturne

D’où va saillir le jour.

From Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

Daniel Thaly, les Doudouistes et moi

Il est de bon ton de se moquer un siècle après des Doudouistes.

S’il fallait éliminer les doudouistes de la carte postale antillaise il ne resterait pas grand-monde. Exit Moune de Rivel, exit La Compagnie Créole, exit Henri Salvador (Dans mon île), exit Gilles Sala (Petite Poupée des Antilles), exit Casimir Létang (Guadeloupe Trésor des Antilles) exit Adieu foulard, adieu Madras, exit Les montagnes sont belles, les montagnes de Karukera. A bas le folklore, à bas les cartes postales, vive la réalité, nous somme-t-on de choisir. Le poète sera social ou ne sera pas ! Faites disparaître cet exotisme lascif que je ne saurais voir ! Faites taire les colibris, faites les cyclones murmurer en silence, faites les frangipaniers se murer dans le silence de la nuit et que le soleil n’apparaisse que rouge ! Honnies soient les doudous et leurs formes alanguies ! Honnis les bourgs paresseux, honnies les baies langoureuses, honnis les coupeurs de canne : pas de place pour la nostalgie épicurienne ! Rangez au fond des armoires photos jaunies et hamacs ! Honnis ces paradis créoles de pacotille ! Permettez tout de même que je m’y plonge  avec L’île lointaine de Daniel Thaly (1879-1950):

Je suis né dans une île amoureuse du vent
Où l’air a des senteurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Le flot tiède et bleu de la mer des Antilles.

Sous les brises, au chant des arbres familiers,
J’ai vu des horizons où planent des frégates
Et respiré l’encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d’aromates.

Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l’infini la mer splendide et nue
Ainsi qu’un grand désert mouvant de sable bleu
Border la perspective immense de la vue.

À l’heure où sur ses pics s’allument les boucans,
Un hibou miaulait au cœur de la montagne
Et j’écoutais, pensif, au pied des noirs volcans
L’oiseau que la chanson de la nuit accompagne.

Contre ces souvenirs en vain je me défends.
Je me souviens des airs que les femmes créoles
Disent au crépuscule à leurs petits enfants,
Car ma mère autrefois m’en apprit les paroles.

Et c’est pourquoi toujours mes rêves reviendront
Vers ces plages en feu ceintes de coquillages,
Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
Dans le balancement des fleurs et des feuillages.

Et c’est pourquoi du temps des hivers lamentables
Où des orgues jouaient au fond des vieilles cours,
Dans les jardins de France où meurent les érables
J’ai chanté ses forêts qui verdissent toujours.

Ô charme d’évoquer sous le ciel de Paris
Le souvenir pieux d’une enfance sereine,
Et, dans un Luxembourg aux parterres flétris,
De respirer l’odeur d’une Antille lointaine !

Ô charme d’aborder en rêve au sol natal
Où pleure la chanson des longs filaos tristes,
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faîte des palmistes.

Oui la nostalgie n’a pas bonne presse décidément.