la meilleure façon de vagabonder

La meilleure façon de vagabonder c’est comme la meilleure façon de marcher c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer ! Ou peut-être encore bien respirer non par ses branchies, mais par ses yeux, par ses oreilles. Et garder le nez, les mains et la bouche pour voir.

Depuis plus de 65 ans que je transite comme la truite de Schubart et Schubert dans ce vaste colombier j’ai tout fait sauf plonger et nager pour vagabonder ! J’ai volé, j’ai sauté, j’ai franchi, j’ai parcouru, j’ai longé, j’ai roulé, j’ai glissé, j’ai flotté, j’ai navigué, j’ai divagué, je suis allé à droite, à gauche, et même si je n’ai ni plongé ni nagé dans un univers liquide je me suis plongé corps et âme dans des univers autres, j’ai nagé dans des réalités diverses, j’ai escaladé des parois linguistiques, j’ai franchi des fleuves abrupts des traditions. Pas à pas. Nez à nez, bouche à bouche, coeur à coeur !

A pied, à cheval, en voiture disait-on autrefois. Je n’ai pas connu les diligences ni les chaises à porteur ni les fiacres ni les jambes-de-bois. Je n’ai jamais connu les va et vient des vagues en palanquin à dos de requin ou de dauphin;  je n’ai connu que le train, l’avion, le bus, le car, le bac, le ferry-boat, le bateau, la barque, le paquebot, le tram, le ballon, le vélo, le stop, le taxi, le hors-bord et depuis deux jours Blablacar.

Finalement je suis assez conservateur. Je n’ai par exemple jamais fait de tourisme experimental tel que le prône Lonely Planet ici avec ses 40 façons insolites de voyager et je n’ai pas lu les 500 façons de voyager dans son canapé de Gilles Dusouchet.

Chaque vagabond a ses lieux-dits. En fait on ne vagabonde pas vers ces lieux-dits, ce sont ces lieux-dits qui nous font vagabonder, qui nous font changer de perspective. Ils se constituent au fur à mesure de nos pas, un centimètre de déviation à droite ou à gauche et c’est un autre microclimat, un autre hameau, une autre frontière que l’on franchit au détriment d’un autre angle encore, qui sait encore plus enchanteur et qu’on aura par le choix conscient ou inconscient de suivre son intuition vadrouilleuse, forcément méprisée. Un autre vagabondage !

Le vagabond par essence erre de ruisseau en ruisseau, de vagabondage en vagabondage! Le mot est devenu péjoratif et c’est dommage. Un vagabond au féminin vagabonde donne, comme dans la Truite de Schubert réinventée et revisitée en complexe par Francis Blanche et les Frères Jacques mais dont les paroles originales sont de Christian Friedrich Daniel Schubart [poète allemand du 18ème siècle (1739-1791)] que Schubert [compositeur Autrichien (1797-1828)] a mis en musique sous forme de lied puis sous forme de quintette (pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse).

In einem Bächlein helle, da schoß in froher Eil
Die launische Forelle vorüber wie ein Pfeil.
Ich stand an dem Gestade und sah in süßer Ruh
Des muntern Fischleins Bade im klaren Bächlein zu

Ein Fischer mit der Rute wohl an dem Ufer stand,
Und sah’s mit kaltem Blute, wie sich das Fischlein wand.
So lang’ dem Wasser Helle, so dacht ich, nicht gebricht,
So fängt er die Forelle mit seiner Angel nicht.

Doch endlich ward dem Diebe die Zeit zulang.
Er macht das Bächlein tückish trübe
Und eh ich es gedacht, so zuckte seine Rute,
Das Fischlein, das Fischlein, zappelt dran,
Und ich mit regem Blute Sah die Betrog’ne an.

Die ihr am goldnen Quelle
Der sichern Jugend weilt,
Denkt doch an die Forelle;
Seht ihr Gefahr, so eilt!
Meist fehlt ihr nur aus Mangel
Der Klugheit. Mädchen seht
Verführer mit der Angel! –
Sonst blutet ihr zu spät.

In a clear stream in happy haste
The impulsive trout darted by like an arrow.
I stood on the bank and watch in sweet quiet
The bath of the lively fish in the clear stream.

A fisherman with his rod stood on the bank
And saw cold-bloodedly how the fish moved about
So long as the water stays clear, I thought,
He won’t catch the trout with his fishing rod.

At last the thief became impatient.
He maliciously made the stream opaque
And I thought, his rod quaked
The fish, the fish was writhing on it,
And I, filled with rage within, looked at the deceived.

You who linger at the Golden Spring
Of a safe youth,
Contemplate the trout;
Recognize her danger, and hurry!
Generally she is missing only
Wisdom. Maidens, keep an eye on
That seducer with the rod! –
Lest you bleed too late.

Christian Friedrich Daniel Schubart, “Die Forelle” in Gedichte (1782)

 

Paroles françaises de la Truite: André van Hasselt (1806-1874) et Jean-Baptiste Rongé (1825-1882)(version chantée par Tino Rossi dans La Belle Meunière de Marcel Pagnol 1948)

Au fond d’une eau limpide

La truite allait, nageant

Au cours du flot rapide

Ainsi qu’un trait d’argent

Du bord de la rivière

Je suis longtemps des yeux

La truite aventurière

Si vive en tous ses jeux

La truite aventurière

Si vive en tous ses jeux.

 

Sa ligne en main, perfide,

Plus loin un vieux pêcheur

La suit d’un oeil avide

Avec l’appât trompeur

Si l’onde reste claire

Comme un ciel de printemps

Ainsi que je l’espère

Pêcheur tu perds ton temps

Ainsi que je l’espère

Pêcheur tu perds ton temps.

 

Mais on connaît les ruses

D’un vieux pêcheur

On sait de quels moyens il use

Pour prendre qui lui plaît

Le mien troubla l’eau pure

La truite mordit l’hameçon

Que sa triste aventure

Vous serve de leçon

Que sa triste aventure

Vous serve de leçon.

 

Autre version que j’ai mémorisée plus que les autres, peut être à cause du mot vagabonde :

Voyez au sein de l’onde

Ainsi qu’un trait d’argent

La truite vagabonde,

Braver le flot changeant.

Légère, gracieuse

Bien loin de ses abris

La truite va joyeuse

Le long des bords fleuris (bis)

Un homme la regarde

Tenant l’appât trompeur

Ô truite prends bien garde

Voici l’adroit pêcheur

Sa mouche beau mensonge

Est là pour t’attraper

Crois moi bien vite plonge

Et crains de la happer (bis)

La mouche brille et passe

La truite peut la voir

 Brillante à la surface

De l’onde au bleu miroir

Soudaine vive et maligne

La truite au loin s’enfuit

Pêcheur en vain ta ligne

S’agite et la poursuit (bis)

Le Complexe de la Truite de Schubert

Elle était jeune fille
Sortait tout droit de son couvent
Innocente et gentille
Qui n’avait pas seize ans.
Le jeudi, jour de visite,
Elle venait chez ma mère
Et elle nous jouait la Truite
La Truite de Schubert

Un soir de grand orage
Elle dut coucher à la maison
Or malgré son jeune âge
Elle avait de l’obstination.
Et pendant trois heures de suite
Au milieu des éclairs
Elle nous a joué la Truite
La Truite de Schubert

On lui donna ma chambre
Moi je couchai dans le salon
Mais je crus bien comprendre
Que ça ne serait pas long.
En effet elle revint bien vite
Pieds nus, dans les courants d’air
Pour me chanter la Truite
La Truite de Schubert

Ce fut un beau solfège
Pizzicattis coquins
Accords, trémolos et arpèges
Fantaisie à quatre mains.
Mais à l’instant tout s’agite
Sous l’ardent aiguillon de la chair
Elle, elle fredonnait la Truite
La Truite de Schubert

Je lui dis : Gabrielle
Voyons, comprenez mon émoi
Il faut être fidèle
Ce sera Schubert ou moi.
C’est alors que je compris bien vite
En lisant dans ses yeux pervers
Qu’elle me réclamait la suite
La suite du concert

Six mois après l’orage
Nous fûmes dans une situation
Telle que le mariage
Etait la seule solution.
Mais avec un air insolite
Au lieu de dire oui au maire
Elle lui a chanté la Truite
La Truite de Schubert

C’est fou ce que nous fîmes
Contre cette obsession
On mit Gabrielle au régime
Lui supprimant le poisson.
Mais par une journée maudite
Dans le vent, l’orage et les éclairs
Elle mit au monde une truite
Qu’elle baptisa Schubert.

A présent je vis seul
Tout seul dans ma demeure
Gabrielle est partie et n’a plus sa raison.
Dans sa chambre au Touquet elle reste des heures
Auprès d’un grand bocal où frétille un poisson.
Et moi j’ai dit à Marguerite
Qui est ma vieille cuisinière
Ne me faites plus jamais de truite
Ça me donne de l’urticaire.

Mais revenons à notre truite après ce vagabondage poétique et musical, juste pour vous faire sentir dans la chair et l’âme que toute digression est vagabondage et est prolifique. On a l’impression quand on dit je suis un vagabond qu’on est un criminel, un être asocial alors qu’un vagabond c’est quelqu’un qui cherche à voir au-delà des certitudes établies. Vagabonder est accepté pour la jeunesse. Les voyages forment la jeunesse, n’est ce pas ! Tout le monde le sait ! Dans les colombiers et les ruisseaux  se forment les alevins et pigeonneaux au contact des vieux briscards. Les vagabondages aussi sont faits de fugues, d’escapades, d’écoles buissonnières, de chemins et de sentiers pas encore battus. Ma position c’est que loin de limiter le vagabondage à la jeunesse je l’étends à tous les âges. Du premier au dernier âge c’est le seul et même biberonnage. Car vagabondage à mon sens ne veut pas dire seulement vie de bohème, vie de clochard, existence marginale, vie ‘insouciance au jour le jour. Il aurait comme synonymes pour moi papillonnement, butinage, expérimentation, vérification d’hypothèses, curiosité. Il n’y a pas de curiosité malsaine. Toutes les curiosités sont saines. Vagabonder c’est être truite-voyageuse, c’est comme tous les animaux migrateurs savoir s’adapter au rythme des saisons, remonter le courant, mais c’est plus encore car les migrateurs dépendent de la meute, du troupeau, de la horde, de la bande, du banc. La truite voyageuse s’extirpe du banc quand le coeur ou la raison ou l’inconscience le lui dicte. Ell s’extrait ainsi d’un courant d’eau claire stagnante d’habitudes et vérités établies pour se confronter aux remous inconfortables et délicieux du vagabondage, élixir de jouvence.

Truite ou saumon, la seule vision de l’arc en ciel est une promesse de voyage interminable qui génère en chacun des envies de vagabondage et peut importe qu’on soit dans le processus décu ou déshonoré, qu’on soit une truite déshonorée et qu’on finisse comme toutes les truites en papillote. Comme faisait dire à un pêcheur lors ‘une pêche de nuit Alexandre Dumas dans Impressions de Voyage, La Revue des Deux Mondes T 1, 1833  :

Sans doute, il n’y a pas que vous qui aimez les truites. — Je ne sais pas pourquoi même, mais tous les voyageurs aiment les truites, — un mauvais poisson plein d’arêtes ! enfin il ne faut pas disputer des goûts. — 

Et comme chantait Mireille Darc on peut être « déshonorée mais si contente »;

C’était un grand soudard de Flandre
Il sentait le cuir et le vin
Il n’a pas demandé ma main
Il s’est contenté de me prendre
Il n’avait pas ôté son sabre
Ni ses pistolets d’assassin
Qu’il embrassait déjà mon sein
Comme un ogre qui se met à table

[Refrain] :
Ma mère surtout n’attendez
Que je me repente c’est vrai
Je suis déshonorée
Déshonorée mais si contente

Bien sûr il m’est venu des larmes
Et du refus et du dégoût
Mais très doucement tout à coup
Je me mis à rendre les armes
Etait-ce la mort ou la gloire
Etait-ce l’homme était-ce Dieu
Mais je n’ai pas baissé les yeux
Quand la Flandre a chanté victoire

[Refrain]

Il faudrait bien qu’on le punisse
Mais allez donc le rattraper
C’est un merveilleux cavalier
Et c’est pour ça que je suis triste
Car depuis ce jour-là je pense
Aux autres qu’il va honorer
Et qui seront déshonorées
Déshonorées mais si contentes

[Refrain]

 

le medley de Marie-Thérèse

Marie-Thérèse va avoir, si Dieu le veut, 87 ans le 25 juin 2018. Elle est encore assez vaillante si on oublie quelques engourdissements au bout des doigts qui ne la handicapent pas encore pour taper sur l’ordinateur ces fameux mots d’accueil pour lesquels elle est connue sur l’ensemble paroissial  de Bruguières Fenouillet  qui regroupe aux environs de Toulouse, crise de la foi et des vocations oblige, les paroisses de Bruguières, Fenouillet, Gagnac, Gratentour, Lespinasse, Saint-Jory, Saint-Sauveur. Elle a atterri dans la région vers 2008 après avoir vécu en Guadeloupe où elle est née à Saint-Claude, Deshaies et Basse-Terre, à Vernouillet dans les Yvelines, à Bagneux dans les Hauts-de-Seine puis à Romilly-sur-Seine dans l’Aube. Après la mort de son époux en 2001 elle a vendu sa maison et est repartie aux Antilles à Basse-Terre en Guadeloupe où elle est restée 4 ans. Elle a atterri à Gagnac parce que sa file aînée habitait  dans la région et lui avait trouvé une maison. Elle vit seule sans télévision avec ses poules et son jardin.

Cette octogénaire alerte est depuis vitam aeternam de ces petites mains de l’Eglise, de ces abeilles ouvrières qui  vont et viennent butinant autour de la Parole de Dieu.

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Marie-Thérèse célèbre à-tout-va les obsèques. C’est son job, et elle le prend au sérieux. Elle remplace au pied levé prêtres ou diacres à toute heure pour accompagner les familles en deuil. Elle est déléguée à la célébration des funérailles. C’est l’une des animatrices principales les plus réputées.

Il y a dans cet accompagnement liturgique des funérailles tout un rituel, tout un ordonnancement et comme elle n’a pas peur de la mort c’est avec entrain qu’elle prépare les autres au grand départ vers l’au-delà de leurs proches.

Cela commence par la rédaction du mot d’accueil qui a pour but de présenter à l’assemblée, mieux encore à Dieu en action de grâce, la personne défunte. Pour ce faire elle reçoit au préalable la famille et ensemble ils décident de ce qu’il faut mettre dans ce mot d’accueil. Ce mot d’accueil, qui n’est en aucun cas un panégyrique,  évoque quelques étapes de la vie de la personne décédée ainsi que quelques aspects de sa personnalité. Pour elle cela ne doit pas prendre plus d’une page et s’il en faut plus, ma foi, on change la police et hop cela tient en une page imprimée.

Après le mot d’accueil il peut y avoir des témoignages prononcés en direct par des membres de la famille. Puis on écoute le CD qui regroupe les chansons ou la chanson qu’aimait le disparu. c’est le chant d’entrée. viennent ensuite la lecture

Marie-Thérèse qui aime les choses bien faites a préparé elle-même son enterrement depuis plus de 10 ans. Tout est prêt, ficelé, étudié. Il ne manque que la date. Le lieu ?L’heureux élu sera le petit cimetière paroissial de Gagnac-sur-Garonne. La concession perpétuelle en terre gagnacaise est achetée, le cercueil, les fleurs et la plaque payés, les pompes funèbres prévenus et déjà défrayés. Comme elle dit : elle a arrangé ses affaires. Rien ne sera laissé au hasard. Son adresse définitive est donc bel et bien programmée. Carré 3 ou Carré 4 si sa mémoire ne lui joue pas un tour, Elle a même prévu que si elle meurt pendant le Carême on chantera au lieu de l’Alleluia

Gloire et Louange à toi, seigneur Jésus

GLOIRE ET LOUANGE A TOI

Refrain : Gloire et Louange à Toi, Seigneur Jésus !

1. Christ manifesté dans la chair,
Gloire et louange à Toi.

2. Christ justifié dans l’Esprit,
Gloire et louange à Toi.

3. Christ contemplé par les Anges,
Gloire et louange à Toi.

4. Christ proclamé chez les païens,
Gloire et louange à Toi.

5. Christ qui est cru dans le monde.
Gloire et louange à Toi.

6. Christ exalté dans la gloire,
Gloire et louange à Toi, Seigneur Jésus.

 

Et elle a même préparé son CD. C’est un pot-pourri, qu’elle préfère appeler medley des chansons de sa jeunesse , des airs qui ont compté pour elle. Il comprend en vrac :

Oh mon île au soleil (Henri Salvador)

Chanson d’amour (OPHELIA)

Prendre un enfant par la main (YVES DUTEIL)

Le temps des cerises (YVES MONTAND)

 

Mille colombes (MIREILLE MATHIEU)

 

Je reviens chez nous (JEAN-PIERRE FERLAND)

 

Pour cette chanson au lieu de

Fais du feu dans la cheminée je reviens chez nous

S’il fait du soleil à Paris il en fait partout

elle chante :

J’ai vécu dans la joie avec vous sur cette terre,

Réjouissez-vous avec moi je m’en vais vers le Père

Marie-Thérèse attend la mort tranquillement. Elle a dû probablement préparer prière pénitentielle et  oraison. Elle pensait que l’heure du fatal trépas aurait sonné l’année dernière à l’été, elle s’est trompée. La seule chose qu’elle ne puisse faire c’est écrire son mot d’accueil.

Qui le lui rédigera en temps voulu à son tour pour retourner diaconesse new age  fraîche et dispose comme elle dit dans la maison du Père ?

maman

En mode comparaison

Dans la série le créole expliqué aux nuls par un nul voici aujourd’hui l’expression en mode comparaison ! C’est comme ça quand on aime : on met en orange et on réhausse avec du gras !

« vou épi mod konparézon aw' »ou bien « zot two komparézon » « ou ni on jan konparézon ! »

Dépi tan mizik-la ka swingé

Mwen asiz la pòko lévé

Pa menm an ti konpa

Misyé sa sa yé sa

É poutan i ni twèl pou fè mwen kontan

Bondié mi an konpa tonbé

La gazelle si’y lé dansé

Ti miss-la gadé mwen

Yé ti misyé ou pa byen

Gadé mwen mwen pa ka dansé konpa!

Ti christian* Hou

Chèché mannyè désidé

Ti zozyo-a lévé

Mademoiselle pa lé tann ayen

Pòko ka trouvé sa byen

I propté byen poudré

Rad ki byen èskanpé

Si’w konprann sé konpa i ké dansé hé Hé

Vini fè konpa soukwé’w (sé la ou ké konprann sa sa yé mademoiselle) (hé hé)

Hé Vini fè konpa soukwé’w (lévé anni kité kò’w alé ho ho hou ho)

Pandan mizik-la ka roulé

Tèt mafi ka soukwé

Man pran’y pou lagen kontan

Tout kò’y an manniman

I anvi nou kolé

Pou swingé san rété

Yonn ki pri

Enmen konpa pou la vie hé

Mi an voila konpa soukwé’w (gadé soulyé’w la ka pri difé mademoiselle) (hé hé)

Mi Vini fè konpa soukwé’w (ou fini pa konprann sa sa yé ho ho hou ho)

Hou a la kwakans papa!

Hé Johnny (mademoisellle ki sa’w vini fè la)

Ou konpa-rézon

(Di mwen poutji ou pa ka dansé konpa)

Ou konpa-rézon

(Gadé mannyè mizik ka tonbé)

Ou konpa-rézon

Pé pa di mwen ou pa anvi dansé

Ou konpa-rézon (lévé’w lésé mizik-tala chayé’w)

Ou konpa-rézon (san menm sonjé ou ké ja ka dansé)

Ou konpa ho ho ho

Ou konpa ho ho ho ho (hoooo hooo)

Ou konpa ho ho ho

Ou konpa ho ho ho ho

Ou Konpa ho ho ho (ha ha ha hou)

Ou konpa ho ho ho ho

Ou Konpa ho ho ho

Ou konpa ho ho ho ho

Ou konpa-rézon (mademoiselle finalement tu as vu ça)

Ou konpa-rézon (hum comment tu es comment tu es quand tu danses le konpa)

Konpa-rézon

Di mwen ki mannyè ou santi mizik-la (ou konpa-rézon)

Aprézan ki dansé konpa

Gadé sa

Ti mafi

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé, hé, hé, hé ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho

Hou Konprann sé kon sa

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé hé, hé hé, ho ho)

Hé hé hé hé ho ho (hé héééé hé hé)

A la la kwakans papa

Ah ha ha hou

Konpa, ho ho

Konpa, ho ho

Konpa, ho ho

Di mwen poutji ou pa ka dansé konpa, dansé konpa

Mademoiselle mademoiselle mademoiselle tu as vu ça hein

A dé, vlopé

Etre konparézon c’est faire des façons. Ou ni on manni konparézon, an vyé manni konparézon ! Ici dans la chanson de Kwak ou de Jean-Luc Guanel une femme konparézon c’est une femme en boite qui a envie de danser mais qui fait sa belle, qui n’a peut être pas envie de suer ou de froisser son joli corsage avec un malappris. Un peu hautaine, un peu prétentieuse ! Elle attend peut être un meilleur parti, un prince charmant, qui sait !?. Moi j’étais plutôt du genre agoulou granfal pour danser.  Mais combien de fois ai-je été largué sur une piste de danse dans mes jeunes années de coq par une femme trop konparézon pour moi ! Les femmes konparézon vous dévisagent des pieds à la tête avant de vous signaler votre abjection par un strident tchipp ! Leur seul regard froisse les plis pourtant impeccables de votre pantalon et vous cisaille le kiki!

Mais c’est surtout ma mère qui emploierait cette expression à mon égard quand je lui aurais fait une réflexion qu’elle jugerait impudente ou impertinente.

il faudrait un vlog pour expliquer le mode comparaison.Peut-être un de ces jours je céderai à la tentation et que pour faire plaisir à ma fille Erica je m’adonnerai au charme jouissif de la vidéo. Peut-être même pourrai-je coupler l’un et l’autre en une écriture intime. en attendant :

Tout d’abord sache cher et fidèle  lecteur, chère et fidèle lectrice que pour faire comparaison il ne faut ni compas ni raison. Elémentaire !    En mode grille, en mode loupe en mode comparaison que de modes d’analyse.

Ma mère en disant ces morceaux choisis que j’ai cités plus haut me les adressait la bouche pincée, parfois avec un sourire parfois sans. Ca pouvait varier avec ou ni on mode aristocrate ! tout ça parce que je ne mangeais ni aile, ni cuisse ni croupion de poulet ! Comparaison ! Figure de style s’il en est ! Moins subtile que métaphore mais vaillante tout de même !

« action de comparer pour faire ressortir les ressemblances et les différences » du latin comparisun ! Depuis 1174 et Thomas d’Aquin, le saint, dans son ouvrage De Potentia. Ma mère bien au fait des choses de l’Eglise aurait dû m’encourager dans la voie de la comparaison encouragée par Aristote lui même !.

Pour qu’il y ait comparaison, nous disent les spécialistes de la chose littéraire, il; faut qu’il y ait comparé, comparant et outil de comparaison.

Les Antilles ne sont pas en reste ! Voyez plutôt cet ouvrage de Hector Poulet et Jude Duranty,  Konparézon siparézon

konparezon

Parfois c’était plus global j’entendais « nég two konparézon » ! il y aurait des konparézon san ayen et des konparézon kini. Moi je nes ais ou j’étais comment moi konkonm san grén pouvais je être konparézon. A-priori pensais-je, préjugés ! Non je n’étais pas si konparézon que ça ! Ma mère en revanche, mon père, certains de mes frères et soeurs l’étaient à leur manière, bien plus que moi..

Ou tro komparézon ! J’aime trop critiquer, me mêler, avoir des opinions sur la vie des autres, j’émets trop de jugements sur les autres.     Pire konparézon pa ni sézon ! Avec l’âge le konparézon devient encore plus konparézon ! C’est dans l’ADN de la personne ! C’est vrai même ma chère et tendre  me le dit au moins une fois par semaine quand ce n’est pas par jour. Elle ne me dit pas en créole bien sûr puisqu’elle est brésilienne. elle me dit ainsi :

Para de ser juiz ! Arrête de jouer au juge !

Mais moi je revendique justement cette konparézon !

Je serais un « m »as tu vu » ? Un personnage pas trop recommendable, hautain, supérieur, snob, distant et maldisant ! Que nenni les amis ! J’aime réfléchir, penser, ratiociner, échafauder des hypothèses, bref faire fonctionner mon caillou. Et pour moi il n’y a pas de sujet tabou, les sciences, la politique, la religion, la gastronomie, la psychanalyse, le sexe, rien n’échappe à mon investigation, à ma reformulation ! je suis comme un enfant éternel, un Peter Pan si vous préférez  qui veut toujours savoir le pourquoi et le comment ! et Peter Pan n’était pas hautain que je sache !

Si je suis végétarien ou pesco végétarien c’est sans doute parce que je suis konparézon !

Si j’e ne mange plus de piment comme autrefois, konparézon !

Si j’ai une belle voiture décapotable, konparézon ! Si je marche à pied, konparézon !

Bref vous m’avez compris, on est toujours konparézon pour quelqu’un quoi qu’on fasse ! L’important c’est dêtre honnête par rapport à soi et à ses proches. Le reste ce n’est que konparézon !

Danser, verbe transitif et intransitif

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Danser est pour moi un mot magique équivalent pour moi à voyager, manger, dormir, boire, aimer, apprendre, transmettre, respirer, rêver, marcher, regarder, écouter, sentir, toucher, goûter. Il fait tout naturellement partie de mes 15 verbes, ces 15 verbes qui m’accompagnent comme des fées fidèles. 10 du premier groupe, celui des réguliers, 5 du troisième groupe, celui des irréguliers. Je n’ai obédience que pour ces 15 BPM qu’ils soient transitifs directs ou indirects ou essentiellement intransitifs.

Cela veut dire que par le seul fait de danser je voyage, je dors, j’aime, j’apprends, je transmets, je respire, je rêve, je marche, je regarde, j’écoute, je sens, je touche, je goûte. C’est à un océan de tempos que j’ai affaire ! Des tempos donnés par ces quinze métronomes personnels. Il n’y a pas chez moi de battue de chef d’orchestre ni de tempo donné par un chef de choeur. Mes tempos ne sont pas non plus marqués dans ma tête. Les largo, lento, adagio, andante, moderato, allegretto, allegro, presto se chevauchent  portés par mon gulf stream intérieur, ce fleuve d’eau tiède qui fourmille de fourmis rouges et de crabes farceurs me saisit à bras le corps et me met au défi de bouger.

Je peux tourner à 1000 BPM sur des morceaux comme Thousand de Moby

ou à 400000 comme sur The Lost Temple du groupe speedcore Aexhloria.

Je peux être aussi minimaliste comme sur Flesh de A split second

Mais la danse la plus jouissive c’est quand justement je ne danse pas . Quand je marche ! Marcher est une danse ! Marcher c’est garder contact avec le sol ! Quand je cours ! courir c’est presque voler ! Quand je saute par dessus une flaque d’eau, quand je dévale les marches d’un escalier, je danse ! Le tout sur un rythme cardiaque toujours recommencé !

Un rocking-chair nommé Inquiétude

Rocking chair ou fauteuil à bascule, mecedora ou silla momposina, les rocking-chairs colombiens  et plus particulièrement ceux fabriqués dans la Caraïbe colombienne évoquent pour moi un passé de plus de 55 ans. 1961. Nous avons laissé derrière nous sur le cours Nolivos dans notre galetas du premier étage au-dessus de la boulangerie notre fauteuil à bascule. Je ne sais plus par quel biais il était parvenu jusqu’à nous. Je le relie à mon grand-père Hubbel de Saint-Claude, Aquilin Claironisse dit Maurice de son prénom, fils de Joseph Amélius, mais je me trompe sûrement. Ce que je sens surtout encore c’est l’odeur du bois verni, je revois les accoudoirs et l’assise qui se désagrègent dans le vide de mes souvenirs mais j’ai encore parfaitement en tête le crissement, le couinement presque de ce meuble sur le parquet du galetas. Ce couinement cessa puisque nous avons abandonné à un autre sort que j’ignore notre rocking-chair en prenant le paquebot Irpinia à l’été 1961 irection Le Hâvre. Loup y es-tu ? Je ne sais pas si ma famille a gagné au change de troquer ce fauteuil pour les tables et armoires en formica jaune et rouge ! Désolé monsieur Ségalot, ce rocking-chair, ça oui, ça c’était du meuble !

Autrefois on appelait ces fauteuils au  XIXéme siècle inquiétude. Et le soir aux devantures des maisons on se balançait ans la brise u soir et on saluait ici l’un là l’autre, on prenait des nouvelles, on socialisait. Les vieux comme les jeunes prenaient ainsi leur serein tranquillement dans ce doux balancement où les os frémissaient comme les branches e sassafras caressées par l’alizé.

Hier soir lors au festival de danse de Mamoudzou j’ai pu assister à la MJC de M’Gombani au spectacle de danse Inquiétude, conçu par  le colombien Edward Aleman de la compagnie El Nucleo. Cet artiste né en 1985 joue et déjoue les aller-retour de cette inquiétude par des aller-retour sur son passé, sa mémoire. Il se idt fils de Mompox, fils de Maximo, lui-même fils de Maximo, lui-même fils de Maximo. Tout un héritage se lit à partir de ce fauteuil à bascule qui ne dit mot et qui pourtant consent à occuper la place centrale. On a envie de l’applaudir autant que son comparse qui joue, fait l’acrobate, et en même temps, danse et se faufile comme un fil de mémoire dans le chas de  l’aiguille.

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Mais j’en veux à la compagnie El Nucleo. Ils ont choisi pour symboliser cette inquiétude un fauteuil à bascule fabriqué à Marseille par l’atelier Sud Side. Je ne nie pas la compétence de cet atelier mais pourquoi ne pas jouer l’authenticité jusqu’au bout. Je n’ai rien contre ce fauteuil à bascule de chrome, acier ou d’autre métal brillant. J’aurais préféré le bois. Du manguier, du baobab, que sais-je, du gommier dont on fait les esquifs frêles mais têtus. Oh je ne nie pas sa résistance à l’effort, cette sensation d’équilibre qu’il promeut mais ce n’est pas le rocking-chair de mon enfance. Certes on peut revisiter la mémoire et lui donner de fortes couches de solidité et de brillance. Oui la mémoire n’est pas réduite au passé et c’est une union aux acquets entre présent et passé.

Or la mémoire que semble vouloir nous faire partager l’artiste est une mémoire colombienne, caribéenne, la mémoire de Mompox, bourgade baroque sur l’île de Margarita, en Colombie. Mompox dont  Gabriel Garcia Marquez disait que c’était une ville « dont nous rêvons parfois, mais qui n’existe pas ».

Oui j’aurais aimé une inquiétude qui vibre au son de la voix de Toto la Momposina quand elle chante   yo me llamo cumbia et qui aurait dansé la cumbia avec son comparse.

 

 

Aimez-vous Toto la Momposina?

C’est bien moins chic, me direz-vous, qu’Aimez-vous Brahms, de Françoise Sagan (1935-2004) ! Françoise Sagan l’éternelle désabusée désenchantée qui disait bonjour tristesse! Et je n’ai encore ni lu son roman de 1959 ni vu le film d’Anatole Litvak de 1961 avec Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins sorti sous le titre Goodbye Again. Je suis nul, nul, nul ! Mais je me soigne !

Je ne connais pas Brahms, Johannes Brahms (1833-1897), je l’avoue ! Mea culpa, mea maxima culpa ! ! Je ne connais que le troisième mouvement de sa symphonie numéro 3 en F majeur sur laquelle Sagan a plaqué les paroles de Quand tu dors près de moi. Mais je sais que le it mouvement a été utilisé auparavant en 1946 dans le film Undercurrent de Vincente Minnelli avec la participation de Katharine Hepburn, Robert Taylor et Robert Mitchum. Et même Gainsbourg Serge y est allé de sa petite version avec son Baby Alone in Babylone chanté par Birkin Jane.

Quand tu dors près de moi

Tu murmures parfois

Le nom mal oublié

De cet homme que tu aimais.

Et tout seul près de toi

Je me souviens tout bas

Toutes ces choses que je crois

Mais que toi, ma chérie, tu ne crois pas.

Les gestes étourdissants

Etourdis de la nuit

Les mots émerveillés

Merveilleux de notre amour …

Si cet air te rejoint

Si tu l’entends soudain

Je t’en prie comme moi

Ne dis rien

Mais rappelle-toi, chérie.

Aimez-vous Toto la Momposina ? Bien je ne suis pas plus colombien que je ne suis allemand mais j’aime bien danser la cumbia, maladroitement peut-être mais j’aime car la cumbia c’est aussi la Caraïbe. Baranquilla, Santa Marta, Cartagena, Monteria ! Cette chanson Yo me llamo cumbia du compositeur Mario Gareña est interprétée magistralement par Toto la Momposina.

Momposina car originaire de l’île de Margarita où se trouve Santa Cruz de Mompox, Margarita, la plus grande des îles colombiennes une île sur un fleuve appelé Magdalena qui se scinde en deux bras à hauteur de El Banco pour se retrouver à Boca de Tacaloa. Mompox où se sont réfugiés au temps de la conquête espagnole amérindiens puis esclaves noirs.

Mompox est depuis 1995 avec Cartagena l’une des deux seules villes enregistrées au patrimoine historique et culturel de l’humanité. Son isolement lui a permis de préserver son architecture et sa culture. On peut aller à Mompox mordre à pleines dents au réalisme magique en voiture ou en car. Au départ de Cartagena, Medellin, Valledupar ou Bogota tous les chemins mènent à Mompox. Le bac ou le ferry, le pont ou le bateau vous déposeront sans coup férir au coeur du 16ème siècle baroque.

La bourgade se trouve dans l’Etat de Bolivar à 248 km au sud de Cartagena et à 786 km au nord de Bogota. C’est le paradis des ciénagas, marais, marécages, marais marécageux, du colonel Aureliano Buendia de Cien años de soledad, c’est ma Caraïbe fantasmée, mon Macondo, c’est un peu quelque part la planète proche, un peu cousine issue de germaine de Wolfok que j’espère un jour proche visiter et ramener des petits poissons en or. Qui sait pour la Semaine Sainte de 2019?Santa Cruz de Mompox est connue pour son architecture baroque et son orfèvrerie et a été en 1987 le théâtre du film tiré du roman de Gabriel Garcia Marquez « Chronique d’une mort annoncée ».

Yo me llamo cumbia, yo soy la reina por donde voy,
no hay una cadera que se este quieta donde yo estoy,
mi piel es morena como los cueros de mi tambor,
y mis hombros son un par de maracas que besa el sol. (bis)

Tengo en la garganta una fina flauta que Dios me dio,
canuto de millo, olor de tabaco, aguardiente y ron,
tomo mi mochila, enciendo la vela y repica el son,
y enredo en la luna y en las estrellas toda mi voz. (bis)

Como soy la reina, me hace la corte un fino violin,
me enamora un piano, me sigue un saxo y oigo un clarin,
y toda la orquesta forma una fiesta en torno de mi,
y yo soy la cumbia, la hembra coqueta y bailo feliz. (bis)

Yo naci en las bellas playas caribes de mi pais,
soy Barranquillera, Cartagenera, yo soy de ahi,
soy de Santa Marta, soy Monteriana, pero eso si,
yo soy Colombiana, ¡oh! tierra hermosa donde naci. (bis)

I am Caribbean people

Autrefois pour savoir à la télé ce qui se passait au pays c’était la croix et la bannière. Il n’était pas plus facile de se procurer  France Antilles du groupe Hersant ! Parfois quelque chose filtrait sur France 3, le temps d’un carnaval ou d’une alerte cyclonique, d’une grève un peu violente, ou d’un accident d’avion, ou le temps de la visite d’une personnalité politique en outre-mer. Parfois sur RFO puis est venue France 0. Il y avait aussi Media Tropical, la radio ! Depuis les chaines antillaises sont florès . Sur Orange j’ai ainsi accès à Indies Live (canal 153), Canal 10 Guadeloupe (canal 395), Outre Mer 5 OMTV5 (canal 396), Télé Antilles (canal 398), MFMTV (canal 399), KMT (canal 401), Eclair TV (Canal 402), HILIVE (582), Télé Sud (585), Sud Première (587) ! I am caribbean people ! So I listen to BBlack, right !? I love zouk, soca, reggae, caribbean soul, salsa so naturally I love BBlack caribbean et toutes les autres! D’autant plus qu’elles sont incluses dans mon abonnement Orange !  ! C’est une chaîne musicale comme beaucoup ! Je m’étonne d’avoir la patience de l’écouter en boucle tout un samedi moi qui aime plutôt le jazz mais parfois il faut que le sang pulse ! Je passe de la Guadeloupe à la Martinique, de la Martinique à Haïti mais je n’ai aucun contact avec Trinidad, les îles Vierges, Cuba, Jamaïque, Sainte-Lucie, Antigua, Barbade, Bermudes, République Dominicaine. Décidément la globalisation est à vitesse variable !  A moins de se brancher sur les radios ou télé locales en streaming via Internet!

Mais revenons à BBLACK ! Leur speech : « Loin de l’ostracisme, des clichés exotiques, des concepts étriqués, au-delà de la démarche communautaire BBLACK Caribbean  propose une programmation ambitieuse. BBLACK valorise les cultures noires: Mode, Gastronomie, Danse, Evènement, Cinéma et… Lifestyle ! »

Mais qui est donc derrière l’entreprise BBLACK CARIBBEAN TV ?

BBLACK CARIBBEAN (canal 156) fait partie d’un groupe international musical  BBLACK! dirigé par le guadeloupéen Sébastien Gadjard depuis le 20 janvier 2011 et basé à Bruxelles et Paris comprenant aussi les chaines musicales BBLACK CLASSIC (chaine 155), BBLACK AFRICA

J’ai eu parfois l’occasion de me brancher sur TRACE Urban (canal 150) ou TRACE TROPICAL (canal 162) qui exploitent le même filon. Mais j’aime aussi Ofive (canal 154)

Mais écouter pour écouter pourquoi ne pas écouter les chaines radio car à ce moment là les choix sont inépuisables Radio Guadeloupe, RCI Guadeloupe, Belradio Guadeloupe, Radio Zouk, Media Tropical, Tropiques FM, NRJ Zouk, Radio Nova, Latina, NRJ Latino, NRJ Reggae, 1ère Guadeloupe, Radio Kréol…

Bon visionnage ou bonne écoute, vous avez le choix ! Moi je choisis Guadeloupe 1ere RCI   Belradio Guadeloupe

 

Strange Fruit by Billie Holiday

Parfois il y a d’étranges fruits qui pendent comme des gousses sanguinolentes rôties au soleil et baladées par le vent en haut des peupliers et autres zamanas. Ce sont des corps d’hommes lynchés. Et c’est en leur mémoire que cette chanson a été écrite par Abel Meeropol puis interprétée par Billie Holiday, Lady Day :

Southern trees bear a strange fruit

Blood on the leaves and blood at the root

Black bodies swinging in the southern breeze

Strange fruit hanging from the poplar trees

Une version par Carmen McRae

 

Pastoral scene of the gallant south

The bulging eyes and the twisted mouth

Scent of magnolias, sweet and fresh

Then the sudden smell of burning flesh

Une version par Cassandra Wilson

Here is fruit for the  crows to pluck

For the rain to gather, for the wind to  suck

For the sun to rot, for the trees to drop

Here is a strange and bitter crop

Et une version par Nina Simone :

un rimèd razyé qui aime se faire manger amer : le pawoka

Parfois au détour d’une rue ou d’une route je crois reconnaître une plante, un fruit oublié dans les limbes de ma mémoire.  Et petit à petit j’en dresse la cartographie et que vois-je ? tous des rimèd razyé ! Alors je consulte quelques sites pour décortiquer tout ça, voir ce qui relève de ma fantaisie, du rêve car j’ai tant voyagé, les mémoires se bousculent et entrent en concurrence. Je consulte alors les sites pawoka ou La sorcière et le médecin ou encore Agarta. Mais aujourd’hui je viens de retrouver quelque chose que je croyais perdu dans le triangle des Bermudes. Nous parlions avec une collègue réunionnaise de ce qu’elle appelle légumes lontan. Elle a mentionné  le patole, une sorte de long haricot, qu’on appelle dodoki ici à Mayotte, que je n’ai pas reconnu, puis a embrayé sur le margose. Je ne voyais pas de quoi elle voulait parler mais quand finalement après m’en avoir parlé pendant plus de 15 minutes les yeux révulsés de plaisir évoquant ces agapes d’enfant moi même j’ai commencé à voir une auréole pousser au-dessus de ma tête . Cette margose-la me rappelait quelque chose de mon enfance. Mis pas un aliment !

Il s’agit du paroka, pawoka si vous préférez, qu’on appelle margose à la Réunion et qui paraît-il est délicieux avec le rougail morue. La-bas on mange le fruit.  Il y a même une chanson à la Réunion qui dit comme ça « margose amer, les grains c’est doux » (Margozamer, chanson de Dominique Barret) oui car le margose est extrêmement amer à l’extérieur, quoi que les descendants d’indiens aux Antilles aiment bien le cuisiner frit en tranches  assaisonné au curcuma et au curry. (voir le site saveursmadras.unblog.fr d’une demoiselle Kichenin) Il paraît que ça accompagne divinement le riz coco ! A essayer donc ! Avis aux amateurs !

On peut aussi à la Réunion préparer un rougail avec le margose vert ! Il suffit de piler du piment vert avec du sel ajouter de l’oignon et mélanger tout cela avec le margose débité en tranches. Ou un cari avec le canard, le poulet ! Ou bien cru en salade avec vinaigre, oignon, ail, sel, poivre. Plus on laisse tremper dans le vinaigre plus l’amertume s’évanouit ! On peut aussi pour faire diminuer l’amertume tremper quelques heures le margose dans de l’eau salée en renouvelant l’eau autant de fois qu’on le désire en fonction de l’amertume désirée. Tiens j’essaierais bien dans mon colombo chatrou ou fricassée chatrou !

Le goût oscille entre celui du poivron, du concombre et de la chayotte, en super amer ! Le pawoka s’appelle aussi  et ce n’est pas par hasard  pomme coolie  ou pomme zindyen, en français gourde amère, en anglais bitter melon, bitter squash, balsam-pear et en latin Momordica charatia. Il fait partie des plantes médicinales indiennes importées aux Antilles dès la moitié du 19ème siècle.  En anglais on l’appelle encore bitter gourd ou bitter lemon. Bon contre la grippe, bon pour hypertension, bon pour le diabète. Ce légume lontan, ce riméd razyé est riche en potassium, en vitamine A, B1, B2, B3 ! Enjoy !

En Inde le bitter gourd masala est une recette intéressante à base du pawoka appelé la-bas en sanskrit  karela. D’ailleurs le légume est originaire de l’Inde et est consommé en Inde, au Pakistan, au Bangladesh au Népal et une bonne partie de l’Asie!

Préparation & ingrédients: 1.retirer la peau 2. évider et retirer les graines  3.nettoyer avec du lait fermenté ou caillé à défaut de babeurre (buttermilk) additionné de sel 4. mettre à bouillir un peu avec du curcuma dilué dans de l’eau 5.preparer une pâte avec des oignons, du piment vert, sel, de la poudre de piment rouge, du masala en poure (Coriandre+Cumin+cannelle) et de la pâte de gingembre: 6. Faire revenir cette pâte dans de l’huile puis en garnir chaque margose (pawoka) 7. Mettre tous les pawoka farcis à frire dans de l’huile

 

La même recette traditionnelle vue par une mamie de 104 ans Mastanamma ! Ici on ajoute des cacahuètes entières , les feuilles de cari ainsi que les graines d’assaisonnement (tempering seeds ( ail, piment séché rouge, graines de cumin)

Tout cela semble excellent et bon pour la santé comme pour l’âme ! Mais moi quand je vois la photo de cette plante je replonge en enfance ! Allez on plonge ensemble ! quand je vois cette épicarpe jaune et les grains rouges qui en jaillissent je me souviens que je jouais avec cette plante. Je revois même les fleurs. Je crois que je collectionnais les graines de cette plante. D’ailleurs j’ai toujours aimé collectionner les graines. Pas plus tard que la semaine dernière j’ai mis à sécher des graines de jaquier. C’est une constante. Je prolonge le plaisir de la dégustation par celui de la dessification de la graine pour une éventuelle plantation qui, on l’espère, fleurira un jour et me permettra de revenir à la case départ.

Mais une fois de plus pour comprendre la cuisine antillaise d’autrefois, surtout celle qui revendique ses racines hindoues,  il faut se plonger dans la cuisine trinidadienne. Moi je fais ça systématiquement. Et voilà que je découvre qu’à Trinidad et Tobago le pawoka se fait appeler caraili et qu’on le mange comme à la Réunion avec de la morue par exemple. Voyez moi ça ! De l’authentique trinbagonian cuisine !

Mais le plat par excellence avec le pawoka, enfin le caraili/caraaili/carailli, est le kalounji (kaloungi).

Ce sont des pawoka frits dans l’huile après avoir été bouillis 5 minutes dans l’eau salée et être vidées de leurs graines. On les fait frire alors avec une farce qui peut être soit du  mango kuchela, (mangue verte râpée, oignons, ail, piment, amchar masala – mélange  d’épices comme les graines de coriandre, les graines de cumin (geera), les graines de fenouil, les graines de moutarde noire, les graines de fénugrec (methi), roussies dans une poëlle – revenus dans l’huile de coprah), de la viande, du poisson, des crevettes, ou des légumes, etc.

Si par exemple on veut avoir une alternative au poivre on peut utiliser soit de la poudre de clou de girofle, soit de l’amchar masala, soit du mango chutney ou du mango kuchela

Esclavage, vice-championne du carnaval de Rio 2018

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Il y a de cela presque 130 ans le 13 mai 1888 la loi Aurea était promulguée au Brésil par la princesse régente Isabel. Elle avait été précédée en 1871 par la loi du ventre libre qui déclarait libres les enfants nés d’esclaves. Avec cette loi l’esclavage était aboli. Le G.R.E.S Paraiso do Tuiuti,  originaire de la favela du même nom dans le quartier de São Cristovão, vice-championne du carnaval 2018, a enchanté les tribunes au moment du défilé des écoles de samba sur l’avenue Marques de Sapucai avec cette question qui taraude encore de nombreux Brésiliens de toutes couleurs. Quelle que soit la teinte de l’arc-en-ciel qui nous caractérise la question posée est : »Mon dieu, Mon dieu, l’esclavage est-il aboli? »

L’esclavage était donc le thème du défilé  avec cette question Meu Deus, meu Deus Esta extinta a escravidão ? L’esclavage est-il éteint ? Le seul fait de se poser la question en 2018 interroge au Brésil comme elle interroge dans de nombreux pays à travers le monde des Etats-Unis aux Antilles. Si on se pose la question c’est qu’elle n’est pas résolue ! Par ailleurs une nouveauté : une femme Grazzi Brasil chantant le thème d’ouverture.

Les compositeurs Claudio Russo, Moacyr Luz, Dona Zezé, Jurandir et Aníbal, ont fait une nouvelle narration de l’histoire de l’esclavage au Brésil à travers leurs 29 ailes (asas) montrant l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes aussi bien dans le champ rural que dans le domaine urbain, dans les quilombos et senzalas d’aujourd’hui, les favelas, désormais appelées pieusement de communautés (comunidades) où règnent tous les trafics (rogues, sexe, armes) et l’insécurité à tel point que juste après le carnaval les troupes militaires fédérales sont intervenues et ont assumé le pouvoir de police à Rio de Janeiro. Un défilé à forte connotation politique donc puisque les réformes engagées par le président Temer sont caractérisées comme un recul, un retour en arrière vers  des pratiques anciennes  datant de la Colonie et de l’Empire où la préservation du système esclavagiste et la surexploitation du travail était la principale caractéristique des élites économiques. Récemment les lois rétrogrades gouvernant le travail ont été promulguées et les conditions pour dénoncer un travail esclave renforcées donnant naissance à ce qu’on peut appeler un esclavage social.

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Bien que beaucoup d’historiens expliquent que la corruption est un des piliers du brésil d’autres comme Luiz Felipe de Alencastro  (voir son ouvrage Trato dos viventes) affirment que l’esclavage est le pilier de la formation historique brésilienne car l’empire portugais d’outre mer n’a pu se former que par et grâce à la traite négrière et la construction de réseaux commerciaux dans l’Atlantique Sud.

Que disent les paroles :

Não sou escravo de nenhum senhor
Meu Paraíso é meu bastião
Meu Tuiuti o quilombo da favela
É sentinela da libertação

Irmão de olho claro ou da Guiné
Qual será o seu valor? Pobre artigo de mercado
Senhor eu não tenho a sua fé, e nem tenho a sua cor
Tenho sangue avermelhado
O mesmo que escorre da ferida
Mostra que a vida se lamenta por nós dois
Mas falta em seu peito um coração
Ao me dar a escravidão e um prato de feijão com arroz

Eu fui mandinga, cambinda, haussá
Fui um rei egbá preso na corrente
Sofri nos braços de um capataz
Morri nos canaviais onde se plantava gente

Ê calunga! Ê ê calunga!
Preto Velho me contou, Preto Velho me contou
Onde mora a senhora liberdade
Não tem ferro, nem feitor

Amparo do rosário ao negro Benedito
Um grito feito pele de tambor
Deu no noticiário, com lágrimas escrito
Um rito, uma luta, um homem de cor

E assim, quando a lei foi assinada
Uma lua atordoada assistiu fogos no céu
Áurea feito o ouro da bandeira
Fui rezar na cachoeira contra bondade cruel

Meu Deus! Meu Deus!
Se eu chorar não leve a mal
Pela luz do candeeiro
Liberte o cativeiro social

 

 

Moi j’aurais une lecture un peu différente et à l’esclavage social j’ajouterais l’esclavage religieux. D’ailleurs dans le titre on voit bien les références religieuses de toutes origines : Meu Deus, meu Deus , Fui rezar na cachoeira, Amparo o rosario ao negro Benedito, preto velho, não tenho a sua fé, irmão, meu paraiso é meu bastião. Nao sou escravo de nenhum senhor pourrait sembler équivoque. En voulant signifier qu’on n’est esclave d’aucun maître d’aucun seigneur on n’épouse pas les idées anarchistes « ni dieu ni maître » et on accepte justement les théories religieuses qui ont justifié pendant des siècles l’esclavage. En d’autres mots l’esclavage continue parce que entre autres choses le joug des dieux reste permanent sur l’âme des damnés ! Et ce joug-la, cette exploitation de l’homme par les dieux et leurs représentants auto-proclamés sur terre, qu’ils soient rois, princes ou présidents, on n’en verra pas e sitôt la fin ! La libération de cette captivité n’est pas une question de larmes mais une question d’action, de révoltes. Les carnavals sont télévisés mais comme disait Gil Scott Heron : the revolution will not be televised