Jour de l’an musulman

Oyez oyez bonnes gens, en ce vendredi 22 septembre 2017 de l’ère chrétienne j’ai fêté le nouvel an musulman pour la première fois de ma vie. Il va de soi que j’aurais adoré le fêter à ma manière de la même façon que je fête tous les jours de l’an, qu’ils soient profanes qu’ils soient religieux, en dansant en sautant et en matant. Eh oui je suis un fervent partisan du sauté-maté arrosé de mangeaille et buvaille. C’est ma secte, c’est ma religion, c’est mon acte de foi perpétuelle et s’il y a un dieu tout puissant et éternel du sauté-maté envoyez-le-moi  que je lui prête allégeance immédiate pour les siècles des siècles, enfin disons tant que mes vieux os me permettront de sauter-mater.

Car voyez-vous sauter-mater c’est tout un art. Les Brésiliens disent pipocar. Pipocar c’est sauter comme un grain de maïs mis en présence de matière grasse et de chaleur. Ils disent aussi pular qui veut vraiment dire sauter. On peut pular quand on saute à la corde mais aussi quand on va becqueter le fruit défendu mais tellement tentant d’une partenaire alors qu’on est légitimement époux. Là c’est « pular a cerca ». Sauter la barrière, sauter la haie. Les Hexagonaux disent sauter tout simplement et chantent en de grandes occasions « qui ne saute pas n’est pas français)
Ainsi donc selon le calendrier lunaire musulman vendredi 22 septembre 2017 est l’équivalent du premier jour de l’année. Je vous explique.

L’Islam a commencé avec le prophète Mahomet. Il habitait La Mecque où il était né en 570. Il fut très vite orphelin de père et mère et bien qu’analphabète et illettré ce descendant du clan des Hachims (qui deviendront plus tard les Hachémites), petit clan de la tribu des Quraysh, devint marchand. Il se marie à 25 ans avec sa patronne, devenue veuve, Khadija. A 49 ans avec Sawda et Aicha. A 54 ans avec Hafsa, à 55 ans avec Zaynab. Bref il aura au total 13 épouses au cours de sa vie qui dura selon certains 62 ans, selon d’autres 64. Il  pratiquait, avant que l’ange Gabriel (Djibril) ne lui apparaisse en messager d’Allah, comme tous à cette époque à la Mecque une religion syncrétique basée sur le polythéisme du din el arab et les monothéismes du judaïsme et du christianisme qui étaient l’environnement local disponible, le tout teinté d’une dose d’hanifisme jusqu’à l’âge de 40 ans. La Mecque était déjà centre de pélerinage où l’on vénérait de nombreuses idoles polythéistes autour de la Kaaba comme Hubbal, al-Lat, al-Uzza, al-Manat.. Puis, persécuté pour ses idées iconoclastes et monothéistes et ses prêches par le clan dominant, gestionnaire des marchés et de la Kaaba, il partit pour Médine (autrefois oasis de Yathrib) et y créa avec d’autres émigrés comme lui qui fuyaient le système des clans une communauté dissidente dite Oumma qui s’étendit sur toute la péninsule arabique : c’est là que commence l’islam. On appelle Hégire ou Ras as-sana ce changement d’adresse, cette rupture, cet exil qui eut lieu en l’an 622 , le 16 juillet du calendrier julien (c’est à dire au 19 juillet du calendrier grégorien) et qui marque le début de la communauté musulmane. C’est le calife Omar qui décida postérieurement de changer le calendrier. Nous commençons l’année 1439 ! Woulo ! Ras as-sana ouvre le mois de Muharralm, le premier mois du calendrier islamique. La date du premier jour de l’année est variable et dépend de la lune. En 2016 c’était le 2 octobre.
J’ai appris tout cela vendredi soir car rien dans le quartier de M’Tsapéré, rien dans l’attitude de mes collègues musulmans et aussi des jeunes musulmans avec lesquels je travaille ne laissait transparaître le bouillonnement que suscite le nouvel an dans d’autres cultures. J’ai vu le nouvel an au Brésil où on prête hommage aux saints du candomblé et ou on se vêt de blanc pour offrir des cadeaux à Iemanja, déesse de la mer. Ensuite on fait péter le champagne ou le mousseux et commence le repas du réveillon. J’ai vu le nouvel an chinois avec les dragons et les pétards ! Je m’attendais à une cavalcade de tambours et de crécelles au minimum.
Mon informateur Mohammed du bar Baraka calma mes ardeurs. Ah non c’est une fête religieuse, on fête ça à la mosquée. Il y a un sermon de l’imam puis chacun rentre chez soi. Que mange-t-on de différent ? Rien.
Bon, moi je ne crois que ce que je vois. Et effectivement dans la rue rien de spécial, dans les boubous et bonnets rien de spécial. Le nouvel an musulman est intérieur.
Ce même soir mon collègue Fahardine qui est musulman m’avait invité à le voir jouer dans un match de foot corporatif qui opposait au stade du Baobab de M’Tsapéré le CE SIM et A la Poste. Je me suis dit le match de foot est probablement le prélude à une fête, la fameuse troisième mi-temps. Arrivé à 18 heures le match qui était précédé par un autre ne commença que vers 19H15. Je n’ai même pas eu le temps de voir mon pote Fahardine faire quelques dribles ou se faire dribler. Car une idée m’était venue. Il y a dans toutes les religions, des fanatiques, des chauds partisans, des tièdes partisans et des froides fidèles. J’étais prêt à parier qu’il y aurait une petite fête quelque part à M’Tsapéré. Je m’en retournai chez moi, vêtit mon meilleur pantalon de shingteng et ma chemise bleue et blanche hawaienne . Un petit coup de rasoir après et j’étais devenu un beau gosse pour affronter ce nouvel an.
J’avais décidé de passer ma soirée chez Cousin, un bar au Baobab où je n’avais jamais mis les pieds. Pas de bol : ambiance karaoké. Oh my God ! En une heure on me revisita Belle, Là-bas, L’aigle Noir, et une chanson de Téléphone dont je ne me souviens pas le  titre mais qui narrait l’histoire d’une junkie. Sur la table d’à coté j’entendis « ca ne nous rajeunit pas » ! Je cherchais en vain ans ma mémoire un indice de cette chanson ans mon vécu musical. Niet, nada ! Mais moi je suis génération James Brown, Otis Reeding et Wilson Pickett pour les messieurs et Aretha Franklin, The Supremes et Diana Ross pour les jeunes filles. Nous n’avons pas les mêmes valeurs !

Dans le bar il n’y avait que quelques tondus et trois pelés. Et j’en faisais partie. Certains venaient juste pour prendre un plat. Au choix il ne restait plus que massala de cabri, poisson au coco, romazawa malgache, entrecôte à la moutarde. Il n’y avait guère là que des wazungu. Les Mahorais n’aimeraient-ils pas le karaoké ? Peut-être pas le jour de l’an. Finalement je pris un verre de rouge, le premier que je commande ici et commençait à me morfondre dans ma peine existencielle quand surgit une gamine d’à peine dix ans qui veut montrer ses talents vocaux à notre pauvre public dispersé. Sa mère portable au poing filme la scène qui sera probablement une scène d’anthologie pour elle dans soixante ans mais qui fut pour moi le martyre. Après sa belle prestation au micro les parents applaudissent poliment et repartent dans la nuit noire avec leur progéniture. Moi j’étais déjà à trois doigts du caca nerveux !  Je fais le compte des présents. Il y a une table de 4 wazungu, deux hommes et deux femmes et un ou deux mahorais qui les accompagnent. Et il y a moi. Enfin il y avait moi car je paie mon verre (5 € tout de même pour du vin réfrigéré) et je prends la poudre d’escampette. Il n’y a pas un chat noir dans la ville. Je n’ai pas pris de taxis. Erreur, j’ai failli le regretter. Ca ne coûte pourtant presque rien la nuit. Vraiment j’exagère. Me voilà en train de remonter au rond point de Cavani remontant le morne vers Cavani sud. Mon plan: aller au bar malgache que j’ai découvert la-bas et me fondre dans l’ambiance de nouvel an que j’imagine la bas tonitruante.
Je suis seul à marcher dans les rues. Enfin seul de mon âge et vêtu disons un peu plus élégamment que d’habitude. Je commence à flairer le danger. Mais trop tard !Déjà une bande de jeunes me croise avec leurs mines patibulaires. Mais rien ne se passe. Voici venir un deuxième groupe: on les entend venir au loin ! Je bombe le torse, je rentre le ventre, je serre les fesses, la bombe arrive, et ça n’a pas loupé. Un jeune malotru se plante devant moi et me dit quelque chose. Je ne saurais vous dire s’il m’a parlé en français ou en shimaoré. Moi je lui réponds sans perdre ma gamme, la voix ferme venant du plus profond du diable vauvert de mon outre-tombe personnel : « keskya ». Je ne sais pas pourquoi ses copains rigolent et continuent leur chemin et lui comme un con, tout penaud, décontenancé, s’efface devant moi et me laisse passer. Cela a duré une fraction de seconde, je ne sais même pas si je me suis arrêté une nano-seconde. En tout cas j’ai dû l’impressionner. Ou peut être tout simplement me demandait il tout bonnement l’heure. Peut-être me souhaitait-il tout simplement bonne année ! Ou si je n’avais pas vu passer un chat noir courant derrière un rat gris ! Ah les gens sont méchants, quand même ! On voit le mal partout !Mais l’heure n’est pas aux hypothèses, heureusement je dois prendre à droite pour rejoindre le bar et la délivrance. Je hâte fermement et sûrement le pas
ô rage ô désespoir ô vieillesse ennemie, n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie. Au snack bar malgache là aussi deux tondus et trois pelés. La je ne rentre même pas.
J’ai compris : le nouvel an musulman se passe dans les mosquées. Il faut dire que la simili rencontre avec le malotru extra terrestre comorien ou mahorais m’a nettement refroidi. J’évalue maintenant mes chances d’être attaqué sur la route du retour où je dois traverser 200 mètres d’escalier à travers une favela. J’arrive au pied de cet Everest! Pas le moindre réverbère. Je sens la sueur perler. Ce serait bête de se faire occire dans ces marches d’escalier que j’emprunte tous les jours. Courage ! J’ai survécu à New York City, Jersey City, Amsterdam, Rome, Marseille, Paris, Salvador, Cayenne et Buenos Aires. Je ne vais pas me laisser abattre par la petite Mamoudzou ! C’est le nouvel an, peuchère. Par mesure de sécurité je retire mon portefeuille lourd d’environ 90 € et de mes papiers et le place bien au chaud au fond de mon slip de marque Fevi’s. Quand au portable, mon petit Wiko pas cher mais chéri, il reste lui au fond de la poche arrière du pantalon. Inch Allah !
J’arrive sur la place où je vois des ombres se profiler et tout en sifflotant pour montrer que je suis heureux d’être en vie en ce jour de l’an je hâte le pas car il n’y a âme qui vive de mon âge. Que des jeunes à pied qui vaguent et divaguent.
Ouf j’y ai réchappé. Je suis désormais dans les rues familières de M’Tsapéré. Finalement tout ça m’a creusé. Six brochettes s’il vous plaît. Je les ingurgite aussi vite qu’un verre d’eau, paie mes deux euros, prélevés non pas du portefeuille qui dort encore tranquillement dans mon slip mais d’un fond de poche. La lune est belle sur M’Tsapéré ! Et au lit moussaillon, dodo. Bonne année, Inch Allah j’irai fêter le nouvel an à l’île Maurice fin décembre ou alors quelque part où je trouverai des gombos et où je pourrai sauter-mater à loisir.

Pour info l’année juive a commencé aussi cette semaine le 20 septembre à 19h34 et se termine le 22 septembre, Roch Hachana. Nous sommes entrés dans l’an 5778

Inch Allah

Inch Allah, ici à Mayotte, se Deus quiser au Brésil, s’il plaît à Dieu, aux Antilles, demain est toujours laissé au bon vouloir, au caprice du Roi. Appelez ce roi Allah, Dieu, Deus, Bondye, God be change rien à l’affaire. Demain ne nous appartient pas selon les croyants, nous ne sommes que des fetus de paille entre les griffes des Éternels et Tout-Puissants. Du foetus au tombeau notre destinée serait tracée au scalpel par des dieux ex machina qui se joueraient en parties de dominos ou de chamboule-tout nos destinées. Demain, amanhã, tomorrow, domani serait donc du domaine de l’imprévisible, de l’inaccessible, de l’inatteignable, de l’indicible, du divin. 

C’est sans doute pour cette raison, cette appartenance au divin, que demain s’est fait la spécialité des devins, des oracles, des liseurs de bonne aventure, des marabouts, des gadedzafe, des voyants, des cartomanciennes et des pythies. Demain nous disent-ils tous en choeur est inscrit dans les lignes de votre main, dans le marc de café, dans les coquillages, les fameux búzios, dans les aléas jacta est, dans les volutes de fumée, dans les vapeurs d’alcool, dans les cartes, dans les astres et la conjonction des lunes et des planetes. 

Demain selon d’autres est lié intimement à nos gènes, à nos chromosomes, ceux hérités de nos mères, ceux hérités de nos peres. Tout serait dessiné, planifié, soigneusement mis en archive avant même notre conception.

Autrefois tout souverain qui se respectait avant de prendre une décision quelconque ayant trait au futur ne manquait pour rien au monde de consulter les augures. On faisait appel au chaman en charge, au druide, au sorcier , au mage de service et après avoir sacrifié bouc, veau, vache, donzelle ou donzeau a la divinité dominante du lieu pour lui offrir un bol de sang bien frais on en consultait les entrailles. Oui on devait décider si elles étaient de bon ou de mauvais augure. Et malheur au devin voyant magnetiseur qui se trompait dans ses prédictions.

Moi je me plais à penser que chaque être humain est nourri par ses propres cycles irrationnels. Appelez ces cycles dieux ou démons, esprits, elfes, peu importe. Moi je les nomme cycles irrationnels. Ce sont des moments saisonniers qui reviennent en boucle dans notre vie toujours aux mêmes périodes de l’année. Moi c’est février et septembre. Ce sont des phases cycloniques ou demain n’a plus de sens car hier et aujourd’hui se battent en duel dans un calme impressionnant au milieu de l’oeil du cyclone.

Dans la mesure ou demain défie toutes les logiques, je me plais à vivre aujourd’hui pleinement. Je ne thesaurise pas mon futur. Je peux en dresser quelques esquisses mais aussi vite que je les ai esquissees je les efface et je je laisse mon crayon tracer des signes cabalistiques qui a vue d’oeil ne sont guère que des gribouillis mais qu’avec le temps j’ai appris à décoder et à re signifier.

Et pour paraphraser Rosemonde Gérard dans son poème à Edmond Rostand et en même temps Jacques Faizant et ses amoureux à l’ancienne qui se becotent sur   les bancs publics je dirai ceci à ce fameux demain intouchable si séduisant, lointain et secret: je t’aime aujourd’hui bien plus qu’hier et bien moins que demain.

Retour de La Mecque

Les 5 piliers de la religion musulmane sont

la Chabada : la foi en Dieu et  en son prophète Mohammed,

la Salât: les 5 prières quotidiennes,

la Zakat : l’obligation de faire l’aumône en fonction de ses moyens,

le Siyam: le jeûne pendant le mois de Ramadan,

le Hajj ou le pélerinage dans les lieux saints de l’Islam à La Mecque et Médine en Arabie Saoudite au moins une fois dans sa vie.

Il y a quelques conditions pour pouvoir aller à La Mecque néanmoins. Etre musulman, pubère, être capable mentalement  et financièrement, ne pas avoir de dettes, ne pas être vantard. Etre à jour de ses vaccins (et je suis sérieux, vous devrez être dix jours avant votre voyage  être vacciné  contre  hépatite  a, rougeole, poliomyélite, fièvre jaune, méningocoques a, c, y   et W35, tétanos, diphtérie). Il vous faudra payer votre billet aller retour, votre hôtel, vos frais de bouche  ainsi qu’une taxe incompressible  de 250 € pour visiter ces lieux saints. Il vous faudra aussi payer un guide  accompagnateur  obligatoire. Visa de un mois, dit visa hajj, passeport en cours de validité. On peut y aller calmement à une autre époque de l’année mais la on a affaire à l’Omra et non au hajj. Et ce n’est pas le même cachet.

Celui qui revient de La Mecque est comme revêtu du sceau de sainteté. On l’entoure, on l’accueille. On le fête. On le vénère. On le chante. On devient hadj pour un homme. La femme musulmane peut pratiquer le hajj si elle est accompagnée d’un homme, son mari ou un membre de sa famille.

 À Mayotte la cérémonie de retour s’appelle hadja. La maison du hadj est décorée à l’extérieur de fleurs de bougainvillées mauves et de noix de cocos jaunes. Telle une mariée, ou une célébrité, celle qui a fait le pèlerinage est embrassée, touchée comme une sainte. Ce soir toute vêtue de blanc avec un diadème de fleurs la pèlerine serre les mains des notables venus en boubous et bonnets l’accueillir. Sur une table dressée à l’extérieur ces derniers trouvent un sac en plastique contenant de l’eau , une noix de coco et de menues victuailles que chacun emporte chez lui. Pendant ce temps les musiciennes chantent et dansent  alors qu’auparavant celui qui semble être le dignitaire religieux, l’imam local, scande sa prière.

Certains convives tentent d’arracher des noix de coco en grappes qui font partie de la décoration. Je suppose que c’est un porte bonheur. J’ai cru voir des chapelets bleus et blancs pendre à des noix de coco pas vertes mais jaunes.

Le hajj à lieu lors du dernier mois du calendrier lunaire musulman entre le 8 et le 13 du Dhal Hijja. En 2017 après Jésus Christ on en est à l’an 1439 de l’Hégire.

Pourquoi La Mecque me direz-vous ? Le catholicisme à Lourdes, le Vatican, Jerusalem, Fatima, Saint Jacques de Compostelle depuis la nuit des temps. L’islam à La Mecque, Médine. Autrefois les musulmans se tournaient vers Jérusalem car ne l’oublions pas avant d’être musulman Mohammed oscillait dans un environnement religieux syncrétique entre  judaïsme, catholicisme et  polythéisme.

Le hajj existe en 3 versions: le Tamattou, l’Al Qiran, l’Al Ifrad. Je ne sais quelle formule a suivie notre désormais presque sainte mahoraise, je ne sais si elle était accompagnée de son frère ou de son mari, si elle a suivi les pas de Hajar, l’épouse du prophète Ibrahim, si elle a bu l’eau de la source Zamzam, si elle a parcouru 7 fois dans le sens inverse des aiguilles de sa montre la Kabbah, si elle a revêtu l’ihram blanc des hommes, si elle a touché la pierre noire. J’ignore si elle est allée à Arafat, à Mina, si elle a fait 7 fois le trajet de Safa à Marwa. Tout ce que je sais c’est que ce fut son jour de gloire dans le quartier de M’Tsapéré. Certains pleuraient en la touchant et moi même je me suis rangé parmi les dignitaires d’un certain âge, eh oui il faut bien que l’âge donne droit à certains privilèges, qui ont pu lui serrer la main pendant que confettis et pétales de fleurs voletaient.

J’ai donc pris un peu de parfum de sainteté de La Mecque au passage. Appelez-moi Hadj !

Il y a 6 points de passage obligés dits miqat pour les pélerins en fonction de leur pays d’origine. Pour Mayotte c’est Jedda. J’imagine que l’aventure a coûté une bagatelle de 5000 € à notre vaillante mahoraise. Elle a parcouru les 5 piliers de l’islam, le paradis lui est ouvert, la mort sera douce. Déjà le paradis fourbit les trompettes et met les anges en branle pour l’accueillir. J’ai cru un instant la voir flotter en lévitation au-dessus du sol.

Mes intercesseurs locaux

Demain fera un mois que j’ai quitté les bords tranquilles de la Charente. Je ne traverse plus le pont Pallissy mais le pont sur la rivière Majimbini. Tout un monde sépare ces deux ponts.

En revanche l’0céan Indien en  permanence à portée de vue pour me baigner les yeux. Parfois je me demande si j’en sors gagnant ou perdant. Vivre en terre musulmane est tout un sacerdoce pour un athée fervent et pieux comme moi. J’entends tous les sons de cloche qui tintillent à mes oreilles.

Le discours de mon ami Wally, commerçant sénégalais, propriétaire de l’épicerie Zam Zam, âgé de 59 ans, qui a vécu 16 ans en Arabie Saoudite et qui est marié avec une mahoraise.

Le discours de Mohammed, le patron de snack bar comorien âgé dans les 60 ans lui aussi, qui a vécu et travaillé en métropole.

Le discours d’Olivier, un prof franco-togolais, prof de math à Mayotte et semble-t-il futur séminariste, né à Grenoble, qui a vécu en Guyane, prof de math ici.

Le discours de David qui se dit sud-africain mais que je crois congolais, qui vend ses légumes toute la sainte journée à Mamoudzou.

Le discours de mes collègues prof et éducateurs Mahorais, hommes et femmes âgés entre 25 et 45 ans avec qui je travaille et qui me donnent leur vision de Mayotte.

Le discours de Sofia, propriétaire de restaurant de cuisine mahoraise, 58 ans selon ses dires, qui a vécu comme moi à Nîmes et Kourou en Guyane Française et qui vient de rentrer de Castres pour s’installer semble-t-il définitivement au pays.

D’autres encore anonymes qui m’expliquent chacun à sa façon la société mahoraise.

Tous me disent à un moment  ou un autre comme une figure imposée en direction du bleu bite que je suis: Attention ne sors pas la nuit. Ne traverse pas les bangas ( les favelas locales). Range ton portable! Ne porte pas de pochette ! Avant de partir j’avais lu risque de palu. Faites un traitement de nivaquine. Attention aux moustiques. Attention aux mille pattes, les fameuses et terribles scolopendres dont la piqûre est extrêmement douloureuse. Attention aux islamistes. Attention à l’eau. Attention aux légumes. Attention aux fruits. Attention au sida. Attention aux comoriennes, surtout celles originaires d’Anjouan et aux malgaches qui n’en veulent qu’à ton argent. Attention au poisson que tu achètes et qu’on vend sur des brouettes. Tu penses acheter un kilo mais en réalité leurs balances sont truquées. Attention, watch out, fais gaffe, wouvè zyé.

 J’écoute, je comprends, je comprends les peurs que fait surgir le mot Islam, voire le mot Afrique dans mon entourage, voire le mot misère ou sous-développement. Mais voilà. Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Pour moi Islam, Catholicisme, Hindouisme, Vaudou , Spiritisme contribuent à la même aliénation. Ce qui m’intéresse ce sont les soupapes qui permettent à ces systèmes répressifs de fonctionner. J’ai bien compris qu’en terre musulmane le porc est tabou et que la consommation d’alcool est un péché. Je n’aime pas les hypocrisies religieuses qui consistent à afficher publiquement une image pieuse et d’être en privé le pire des mécréants. L’autre jour une femme a refusé de me serrer la main en me disant que l’islam ne le permettait pas et pourtant tous les matins je fais la bise à mes collègues femmes qui sont toutes deux musulmanes. On voit bien qu’il y a de nombreuses versions de l’islam. Tout comme il y a de nombreux sous produits ou produits connexes du catholicisme. Il y a des intégristes partout. Moi en tout cas je n’oublie pas que catholiques comme protestants et musulmans ont accepté si ce n’est justifié l’esclavage.

Je sais que de nombreuses personnes âgées boivent leur bière en cachette pendant le Ramadan à l’heure où ils jurent par monts et par vaux qu’ils pratiquent le jeûne. Il en a probablement été de même autrefois pendant le Carême quand la foi chrétienne était encore solidement ancrée dans les moeurs. Ce que je sais c’est qu’officiellement à Mayotte il est interdit aux épiceries de vendre des boissons alcoolisées entre 20 heures et 8 heures du matin en semaine et le dimanche à partir de 14 heures jusqu’au lendemain 8 heures du matin. Il suffit de prévoir son stock. Mais de toute façon on trouvera toujours un commerçant malgache pour vous servir votre breuvage préféré. Ce qui est sûr c’est que le matin de bonne heure les cadavres de canettes jonchent les trottoirs aux abords des lieux de perdition.

La cible préférée des petits bandits locaux ce sont les wazungu, les zorey, quoi. Les Français de souche qui viennent s’installer ici. Ce sont des minorités visibles. Moi je fais partie des minorités invisibles. Personne ne peut à priori supposer que je ne suis pas Mahorais ou Comorien. Sauf quand j’ouvre la bouche. Souvent on me fait des sourires entendus à l’occasion d’une blague mais je n’y comprends rien. Les autres étrangers se rient bien des aventures et des violences que subissent les wazungu. Ils sont vus pour la plupart comme des colonisateurs qui perçoivent de hauts salaires, louent de grosses villas, vivent en circuit fermé entre le Camion Rouge et le Camion Blanc, entre les courses à Jumbo et les activités chez les Naturalistes . De nombreux fonctionnaires, enseignants, policiers, responsables associatifs. Wazungu n’est pas l’équivalent du gringo sud américain. Le wazungu est blanc et son féminin est la wazunguette . Moi je ne vois pas foncièrement de différence entre un fonctionnaire wazungu et un autre qui ne l’est pas. J’ai l’impression que le rêve de tout jeune Mahorais est de partir en France. Souvent je vois la Tour Eiffel qui brille sur les portables. Puis quand vient l’âge on rentre au pays où on navigue entre deux terres et trois îles. On peut être né en Grande Comore, avoir vécu longtemps en Europe puis s’installer à Mayotte tout en rêvant de s’installer un jour sur son île natale où selon tous les Comoriens il fait bon vivre malgré la pauvreté. Mayotte est pleine de femmes et d’hommes venus des Comores, de Madagascar prêts à tout pour vivre une vie meilleure. Ce sont les petites mains de Mayotte, les pêcheurs, les maçons, les peintres, les agriculteurs, les lavandières, les revendeurs de fruits et légumes ce sont ces derniers qui font vivre l’île au jour le jour. Car les Mahorais occupent les fonctions nobles. Ce sont les aristocrates. Les classes possédantes, les Français plus français que les Français. Alors que pour beaucoup d’autres la France c’est la souffrance. Au bataillon de wazungu viennent s’ajouter le bataillon des Francos : les franco marocains, Franco algériens, Franco tunisiens, Franco togolais, Franco sénégalais, franco comoriens, Franco congolais, Franco réunionnais, Franco malgaches, franco guyanais, franco martiniquais et franco guadeloupéens. C’est la France en marche, ce 101ème département, mais la France en marche arrière . Et l’ennui c’est que je collabore à cette entreprise condamnée à maintes reprises par les Nations-Unies.

La place de la mosquée

Sur les places des églises, devant le parvis autrefois les fidèles catholiques se rassemblaient. L’église était le centre du village, l’endroit autour duquel toute vie sociale s’organisait. On n’y allait guère que le dimanche ou à l’occasion d’un mariage, d’un baptême d’une première communion, d’une confirmation ou d’une renonce ou à l’heure du trépas. À la fin de la messe dominicale on restait entre soi à prendre les nouvelles des autres catéchumènes et puis on s’éparpillait dans l’espace tout endimanché vers le repas de midi.

Chaque religion a ses rituels. Et l’un des rituels de l’islam c’est les 5 prières. A l’aube, vers midi, au crépuscule, vers quatre heures du matin et je ne sais plus quand encore les fidèles se pressent dans les mosquées. Otent leurs chaussures, se lavent pieds et mains, se rincent la bouche, se lavent le visage pour pénétrer purifiés dans l’enceinte sacrée. C’est presque la cohue à midi et à 18 heures. Dès l’appel à la prière du muezzin démultiplié dans l’air par la puissance des hauts-parleurs toute la gent masculine se précipite. Aucune femme. Les femmes sont priées de prier à la maison et de ne pas troubler les hommes qui prient. Oh cela ne dure guère que 15 minutes. Chacun repart aussi vite qu’il était venu vaquer à ses activités. Les commerces ouvrent et ferment en fonction des horaires des prières. En fin d’après midi les jeunes jouent au foot pieds nus pour la plupart des parties endiablées. D’autres comme moi sont assis tout autour de la place et discutent ou consultent leur mail ou se  donnent rendez-vous. Les enfants sont habitués des tout petits à ces horaires sinon impossibles mais disons pour le moins exigeants. L’école coranique à lieu en effet tous les jours des l’aube avant l’école publique et a lieu aussi le soir et le samedi matin. Le vendredi c’est le dimanche des catholiques. Et même les femmes les plus européanisées aiment à porter le salouva traditionnel. Salouva qui soit-dit en passant est fabriqué non pas à Mayotte mais en Tanzanie. Sur chacun de ces salouvas il y a des phrases écrites en swahili. Le shimaoré étant apparenté au swahili la traduction devrait en être aisée. Le vendredi c’est comme  un jour de mariage.

L’islam encadre donc la vie publique vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Certains portent bonnet et boubou, d’autres sont vêtus normalement. Mais le short est interdit à la mosquée ainsi que les chaussures.

On pourrait faire un parallèle avec les églises protestantes qui encadrent elles aussi les fidèles dans un rituel exigeant d’étude biblique voire au catholicisme d’autrefois avec ses matines, ses vêpres, ses sons de cloche à heure précise, son cathéchisme.

J’entends que chaque religion veuille préserver ses prérogatives traditionnelles en musclant son discours de piété mais je m’étonne tout de même que les enfants de Mayotte soient formés à la religion en arabe, apprennent à écrire arabe souvent au détriment du français. Je ne fais pas de hiérarchie entre arabe et français, je dis simplement que j’imagine mal des enfants français allant à l’église catholique et étudiant le latin. L’église d’autrefois priait en latin mais plusieurs conciles ont réactualisé le discours. Je sais que langue et foi sont ancrées dans une tradition millénaire. Le judaïsme se conjugue aisément avec l’hébreu et le vaudou et le candomblé avec des langues africaines bantoues. Je m’étonne que dans les écoles coraniques où on se soucie si bien de l’âme des jeunes enfants on ne se soucie pas plus de leur situation d’allophones dans leur propre pays. Une langue est aussi un continuum. S’il n’y a pas de continuum linguistique entre famille, mosquée, école coranique, vie publique, vie scolaire, l’éducation prise au sens noble a des soucis à se faire.

Le cimetière de Manzarisoa entre histoire et infini

Quelque part entre les favelas de M’Tsapéré il y a un étrange îlot de verdure, une sorte de quadrilatère planté ici et là de pieds de fruit à pain et de manguiers. Des fleurs roses posent et semblent émettre un cri de silence strident dans la verdure.

Quelque part au centre de ce nulle part un énorme buisson d’épées-de-saint-Jacques vertes. Ces épées-de-saint-Jacques qu’on appelle au Brésil espada de Ogum sont des plantes grasses vertes striées de jaune qui assurent la protection des habitations. Leur office est de terrasser les démons. Leur présence ici  a Mayotte me rappelle qu’ici comme ailleurs au Brésil, dans l’Etat de Bahia, aux Antilles, en Guadeloupe, l’esclavage a sévi. Et qu’ici comme ailleurs on navigue entre histoire  et infini, infini étant pris dans le sens d’irrationnel, d’impalpable. Le temps à fait son œuvre mais je repère les traces de petits quadrilatères de pierre dont on ne sait si ce furent des tombes. Je pense à un cimetière d’esclaves. L’endroit a été clos. On voit les grilles vertes qui ont clos l’enceinte. Mais à plusieurs endroits le grillage à été défoncé. Dans ce havre de paix aucune âme ne pénètre. Les enfants jouent à la frontière de ce périmètre. Quel interdit les empêche de pénétrer dans un tel paradis? Parfois je pense qu’autrefois une rivière passait par là, car cet espace est vallonné, et que jadis des lavandières y faisaient leur lessive. À deux pas, séparé de ce parc étrange, il y a un terrain désaffecté où les jeunes jouent au foot, où ont lieu les répétitions de cérémonies de mariage coutumier. Les tambours y résonnent au milieu des graffitis. On se croirait aux portes de ce quadrilatère aux portes du triangle des Bermudes.

Le cimetière n’est pas désaffecté. Il y a une partie semble-t-il catholique, une autre musulmane. Le jour de l’an musulman le 22 septembre 2017, soit en l’an 1439 de l’ère musulmane, j’ai vu un groupe de personnes, tous des hommes, à la nuit tombée, sous la lumière de torches, creuser la terre, la bêcher, la retourner. Puis amener sur place de leur domicile d’énormes roches qui ont servi à circonscrire l’espace du tombeau où est enseveli un parent ou un ancêtre.

Mon premier mazaraka

Un mazaraka c’est à Mayotte un mariage. Sur l’île de la Grande Comore cela s’appelle un yada. C’est un mariage simple juste pour dire, pour faire savoir, pour officialiser les épousailles. Mais ce n’est qu’un échelon, une toute petite marche, par rapport à l’apothéose, le grand mariage, qui lui rime avec extravagance, richesse. On va à la mosquée, on prie puis tout le monde est convié à manger et boire. Au menu du jour du riz, du lait caillé, du kandé (de la viande de boeuf), des tripes de boeuf en sauce, un rougail et du mataba. 

C’est tout à fait par hasard que j’ai été invité. Je me baladais comme d’habitude et je vois dans une ruelle à huit heures du matin quatre ou cinq feux de bois. Sur l’un d’eux une marmite bout déjà. Ce sont des brèdes. Je vois aussi une vingtaine de boîtes de lait de coco, des ambrevades encore dans leur sac plastique, les tripes de boeuf. Je pense. Il doit y avoir une brochetterie en plein air le samedi midi. Je m’approche de celui qui semble être le propriétaire. Vous allez faire des brochettes? Oui me répond-il. De poulet, de poisson, de viande? Seulement de poulet et de viande. Et des plats, je vois un sac de 20 kilos de riz, vous devez faire des plats. Sa femme approche, souriante. Oui on va faire du mataba, des brèdes, du riz et du kangué. Super, ce sera prêt pour quelle heure? Treize heures. Et vous faites le plat à combien? C’est gratuit. C’est gratuit? Mais pour quelle raison? C’est une fête religieuse. Quelle fête religieuse? C’est le mariage de notre fille. Ooh excusez moi, j’ai cru que vous étiez une brochetterie au grand air. Mais il n’y a pas de problème. Venez à 13 heures manger avec nous. Oui ce sera avec plaisir mais laissez moi vous donner au moins un coup de main. Mais non cuisiner c’est le travail des femmes. Je lui demande si je peux venir comme je suis là en short, en tunique indienne et en sandales. Non, vous mettez un pantalon et une chemise. Je dois amener quelque chose, une boisson ? Non, vous êtes invité.

Je rentre chez moi, je me pomponne, me mets sur mon 31 avec mon vieux pantalon de shingteng. Ma belle chemise mauve et mes souliers de cuir marron achetés en promotion à Montpellier. J’arrive à 13 heures pile. Les hommes sont déjà là assis par terre en cercles comptant sept ou huit personnes. Je dois ôter mes chaussures pour m’asseoir sur les nattes. 90 pour cent des hommes portent koffyah et boubou. Le père de la mariée m’installe à une table où se trouvent les plus anciens et remet à tous ces seniors un sac jaune contenant 3 boissons (une bouteille d’eau, un Coca, et une Oasis Tropical) et 3 morceaux de gâteau enveloppés dans du papier alu. Mon guide est un professeur d’arabe et anglais à la retraite. Il m’explique un peu les plats. Surtout le lait caillé qu’on peut mélanger au riz et manger salé ou sucré. C’est délicieux. On m’offre aussi une sorte de coca à base de fraise. Pas d’alcool. Pas de fourchette, pas de couteau. Juste une grande cuillère. Et on me dit que si je veux je peux manger à la main. Très rapidement tout le monde s’éclipse. Je prends moi aussi congé. Je remercie le père de la mariée. Mais c’est lui qui me remercie. On m’explique que j’ai mangé et que manger c’est un travail. J’ai donc travaillé pour lui même si je n’ai pas prié. Je leur demande de m’appeler pour travailler à nouveau e cette façon  dès qu’ils en auront besoin, que je veux bien faire cet effort… je récupère mes chaussures. Je pars avec mon sac de victuailles. Je n’ai vu ni le marié ni la mariée mais j’ai bien mangé.

À la sortie les femmes cuisinent. Les cuisinières n’ont toujours pas mangé, me disent-elles. Mais je suis sûr que vous avez goûté. Bien sûr, me répondent-elles en riant. Elles sont en train de concocter dans un énorme faitout des brèdes mourongues. Le mariage ne fait que commencer. J’ai fait ma part de travail. Je me suis fait de nouvelles connaissances. Vivent les mariés. Le mois d’août s’achève.

 Je n’ai rien vu, il n’y a eu ni chants ni  danses mais en rentrant chez moi j’entends les échos des femmes d’Anjouan qui chantent leur mélopée. Je les ai souvent entendues mais jamais  vues. Je sais où elles sont. Je vais au spectacle. Là encore c’est gratuit. La cérémonie s’appelle Tahri. C’est une répétition. Il n’y a que des femmes si on omet les 3 hommes de la sono, un caméraman et un photographe. Et un homme âgé portant koffiah et boubou que je décide être le père de la mariée. Au centre dix-sept instrumentistes tambourinaires vêtues de jaune et blanc et parmi elles une ou deux solistes au chant assises sur des chaises vertes. Oui aussi douze femmes qui  portent des couleurs différentes, le meme imprime. Aux cheveux toutes ont un diadème de fleurs blanches. Je remarque aussi ds colliers de fleurs blanches et rouges. Il y encore 6 jeunes filles arborant des salouvas imprimés de rouge. J’essaie d’identifier la mariée. Tout le monde chante. Tout le monde danse. Il y a aussi l’assistance, le troisième cercle. Je ne rentre pas, je reste une heure debout. Espace de femmes et enfants ce soir. Je suis pour ainsi dire le seul homme extérieur qui regarde le spectacle.

Comme ce midi était l’espace des hommes. Le rythme est torride mais où est donc la mariée? Je cours sur internet pour retrouver un article sur Plaisirs d’Anjouan.

Qui remercier?

Je lis ici et là des victoires, des réussites, des étapes remportées et à chaque fois vient la suite interminable des remerciements. D’abord à Dieu et à tous ses saints, prophètes et disciples, à la lune, au soleil et aux vagues de la mer, à Oxum à Iemanja et à Legba. Merci Seigneur pour cette grâce, merci encore à toute la galaxie d’étoiles filantes pour leur soutien sans faille dans l’épreuve, une litanie de mercis que seul un chapelet à mille grains de buis bénis à l’eau bénite ou au rhum pourrait contenir. Je m’étonne cependant qu’on ne remercie jamais ces mêmes entités auxquelles on voue une dévotion aveugle quand on fait face à l’échec, à la solitude, à la déprime, à la démence, à la disgrâce. Je ne lis jamais, c’est étrange, merci, Seigneur, de m’avoir mis à la porte de mon boulot, merci Seigneur pour la perte de cet enfant, merci Seigneur pour toutes ses trahisons que j’ai subies, pour toutes ces disgrâces infiniment cruelles qui m’ont meurtri et dont tu es la cause puisque tu es potentat plénipotent omnipotent. On devrait pouvoir non pas se résigner à l’échec mais le considérer comme le pendant inévitable de la réussite. La défaite et la victoire sont dans le même continuum tout comme l’amour et la haine. Qui aime bien châtie bien, ne dit-on pas. Donc chaque fois que vous tombez, chaque fois que vous chutez, chaque fois que vous chancelez, remerciez aussi ceux qui sont la cause de votre prétendue infortune. C’est dans le cyclone qu’on voit la force du roseau. Et plutôt que de remercier Dieu, remerciez vos proches, ceux qui vous soutiennent au jour le jour tout comme ceux qui vous maltraitent. Fuyez l’indifférence, fuyez la médiocrité comme on fuit un gentil cancrelat, l’excellence n’est ni dans le mal ni dans le bien. L’excellence est dans le mal et dans le bien. Du mal vient le bien et du bien vient le mal. De la même façon que tout corps plongé dans un liquide remonte à la surface, il n’y a lieu de remercier quiconque pas même soi même pour ses joies et ses peines, pour des grâces et des disgrâces obtenues. Remerciez si vous voulez les conjonctures bonnes ou mauvaises, les coïncidences, les atermoiements, les résistances, les hasards, les inconsequences, mais ne remerciez et ne condamnez personne. Ni pour vous avoir mis au monde ni pour vous avoir abandonné dans ce vaste roller-coaster qu’on appelle aéroport. Le monde vous attend les bras ouverts. Sautez sans parachute, fermez les yeux and enjoy whatever happens, good or bad, best and worse 

contenu, contenant, continent, container à la dérive vers Pangée ultime

Il y a un énorme arbitraire dans la définition du mot continent qui dans sa plus simple expression est une terre continue émergée (dixit wikipedia). Or les continents aussi par définition dérivent. Un jour ( dans 250 millions d’années, une broutille à l’ère géologique) se reconstituera Pangée Ultime, ou pas  (dixit Margot et Caetano Veloso) […]