Hodie cras

santo_expeditoIntéressant. C’était il y a de cela douze ans. Nous étions le 20 avril.  3 jours auparavant j’avais été  en contact sur msn et sur le défunt  orkut avec une internaute brésilienne qui avait  été basquetteuse professionnelle au Vasco. On avait rigolé pas mal ensemble et j’ai vu à un moment donné dans l’intitulé de son email Santo Expedito. Elle me dit que le 19 tous ses problèmes allaient se résoudre grâce à Saint Expédit.

Wanda (pour ne pas la nommer) lui dis-je, saint Expedit c’est moi, je peux tout résoudre.

Mais elle ne me croit pas. Comme j’avais sous les yeux une prière à Saint Expédit que m’avait donnée avant de quitter le Brésil lors de mon dernier voyage mon ex belle-mère Dora, voila qu’opinément je lui sors mon baratin. En trois mouvements la voila conquise et elle me dit

« tu connais bien ces choses-là à mon avis. »

Dare-dare je lui réponds :

« bien sûr puisque je suis Santo Expedito en personne.

D’ailleurs pour la tester je lui demande que veut dire Hodie qui figfure en haut et à gauche de l’image du saint. Ce à quoi elle me répond :

« Homens Oram. Deus Inteligentemente Escuta « ,

ce qui signifie « Les Hommes Prient, Dieu Intelligemment Ecoute ». Moi en cachette me souvenant de mes études classiques au lycée Lakanal à Sceaux, je ressors non pas mon Gaffiot mais ma bible Google et j’interroge Hodie qui, je le pressentais, voulait dire aujourd’hui. Et retournant à mon chat sur msn je lui assène la vérité suivante :

Hodie veut dire Hoje (aujourd’hui en portugais).

Ah oui, me susurre-t-elle, je crois bien en avoir entendu parler.

Je ne savais pas alors ce que voulait dire Cras (je sais désormais grâce à l’information ci-dessous (l’article de Monique Augras de l’Université Catholique de Rio de Janeiro) que cela veut dire demain. Et qu’il ne faut pas remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui. Merci Saint Expédit ! Pour info le 23 avril c’est la Saint Georges, un autre saint guerrier ! Pour que cette rencontre ait une suite je vous transmets l’article de Monique Augras, Université Catholique (PUC) de Rio de Janeiro intitulé :

 

Secours d’urgence : le « show » de saint Expédit

Les observations qui suivent m’ont été suggérées par un travail de recherche sur le terrain des cultes populaires brésiliens, qui s’étend déjà sur plus de deux décennies. La première partie de ces recherches a d’abord porté sur les modalités de construction de la personne dans les temples du candomblé, religion d’origine africaine qui jouit aujourd’hui d’une expansion et d’une reconnaissance certaines, à tous les niveaux de la société brésilienne (Augras, 1992). Mais le terrain brésilien est particulièrement riche, il n’y a souvent pas de nette démarcation entre les diverses pratiques cultuelles (sauf au niveau des groupes pentecostaux, qui tiennent à affirmer leur spécificité, en claire opposition à toutes les autres croyances), ce qui m’a finalement amenée à m’intéresser également au culte des saints catholiques, tel qu’on peut l’observer actuellement dans les églises de la ville de Rio de Janeiro, où je réside.

Commencée tout d’abord dans quelques églises appartenant à d’anciennes confréries remontant au temps de l’esclavage – qui n’a été aboli qu’en 1888 – et qui avaient alors été créées dans le double but d’encadrer rigoureusement esclaves et affranchis et d’assurer une sépulture chrétienne à leurs adhérents, cette recherche [1] a permis, entre autres observations (Augras, 2000), de mettre en évidence un type de dévotion tout particulier, dans lequel les saints sont priés de pourvoir aux demandes précises et concrètes des fidèles. En d’autres termes, le rapport entre le saint et le dévot semble dominé par une intention de type magique.

Que le culte des saints, au Brésil ou ailleurs, ait été de tous temps marqué par l’appui, souvent fort spécialisé [2], que chaque élu est censé apporter à chaque moment de la vie de son fidèle, cela est bien connu. Mais en cette époque-ci, où on nous parle de désaffection religieuse, ou de surgissement de nouvelles formes d’ésotérisme, il n’est pas moins intéressant de voir combien tiennent bon les pratiques traditionnelles. À dire vrai, non seulement elles résistent, mais – et cela sera un des aspects que nous prétendons développer ici – elles reçoivent actuellement, au Brésil du moins, un renfort dû au développement des ressources médiatiques.

De tous temps également, l’attitude de la hiérarchie catholique par rapport à cet aspect purement magique [3] a été fort ambigüe, et aujourd’hui encore, elle semble souvent osciller entre la condamnation de pratiques par trop éloignées des consignes du Vatican II, et la tolérance envers certains détails qui, si on y regardait de trop près, pourraient bien révéler une utilisation fort pragmatique des choses sacrées…

Dans la doctrine officielle, les saints, on le sait, représentent tout d’abord un modèle de comportement. En principe, ils ont été des gens comme nous, qui se sont montrés totalement disponibles à la grâce de Dieu et par là sont devenus des guides que tout bon catholique se doit de suivre. L’énorme quantité de canonisations et béatifications proclamées par le pape actuel, Jean-Paul II, a précisément pour but l’accroissement du nombre de ces exemples à suivre pour sauver un monde qui, convenons-en, en a bien besoin ! Mais, dans la perspective de la plus stricte orthodoxie, les saints n’ont aucun pouvoir. Proches de Dieu, ils peuvent lui transmettre les appels des fidèles. Mais c’est Dieu seul qui peut les exaucer. Autrement dit, les saints ont un simple rôle de médiateurs.

Au niveau quotidien des dévots, cependant, ils sont considérés comme étant les dépositaires d’un pouvoir qui peut aller de l’aide spirituelle à surmonter les diverses afflictions de cette vie, jusqu’à l’intervention très précise – ciblée, pour-rait-on dire – dans la résolution d’un problème concret. Chômage, accumulation de dettes, maladie ou conflits familiaux, l’éventail des problèmes à résoudre est assez ample. Mais, dans notre recherche du moins, la demande des dévots présente un caractère commun, quel que soit le but visé : c’est l’urgence. Et les saints qui reçoivent actuellement le plus grand nombre de sollicitations sont ceux dont la renommée assure la diligence.

Outre qu’il met en évidence le moment critique par lequel passe actuellement la société brésilienne, ce caractère d’urgence nous semble également correspondre à l’accélération qui, dès le début du XXe siècle, a été reconnue comme une des marques de notre culture. La civilisation de la jouissance immédiate exige que tout problème soit résolu à l’instant même. Dans ce sens, la dimension magique du recours aux saints, loin de constituer une survivance archaïque d’anciennes traditions – comme on a encore souvent tendance à le penser – paraît s’inscrire dans le droit fil de la société de consommation dont la devise implicite – tout avoir, tout de suite – implique, elle aussi, la croyance à la toute-puissance magique du désir. Ce sera là un autre aspect que nous essaierons de mettre ici en évidence.

Résolution immédiate d’un problème concret, disions-nous, la demande du dévot semble se réduire essentiellement à des pratiques de nature aussi concrète que la situation à laquelle le saint est prié de porter remède. Notre travail de terrain consiste en l’observation systématique du comportement des fidèles qui fréquentent les églises du centre de la ville de Rio de Janeiro. C’est une région de passage, surtout commerçante, et les gens entrent et sortent constamment de ces églises. À dire vrai, le point de départ de cette recherche fut la remarque, il y a bien longtemps, d’une sorte de juxtaposition – pour ne pas dire une coupure – entre la dévotion aux saints et le culte catholique «officiel». En effet, pendant une messe à laquelle nous avions eu l’occasion d’assister [4], nous avions pu voir des gens entrer, aller au pied d’une statue, la toucher, lui parler, et se retirer. Et ce, au moment même de l’élévation quand, selon le dogme catholique, se produit la transsubstantiation de l’hostie en corps du Christ, moment sacré entre tous. Le contraste entre le comportement attendu des fidèles pendant la messe et celui des dévots qui, au contraire de l’adage, aimaient moins s’adresser à Dieu qu’à ses saints, nous suggéra la présence d’un culte méritant une recherche spécifique.

Or, au long de ces observations systématiques, doublées d’entretiens avec les dévots qui veulent bien s’y prêter, ce même comportement s’est montré constant. Les gens entrent dans l’église, s’adressent à une statue, la touchent, lui parlent, parfois écrivent un billet sur un coin de l’autel – ou même écrivent directement sur le mur qui jouxte l’effigie – et, la plupart du temps, font ensuite la même chose auprès d’autres effigies.

Une de nos étudiantes a même noté qu’«il n’est pas rare que certains dévots fassent ainsi le tour de tous les saints représentés [5]. Ce qui suggère que loin d’une dévotion spécifique, le dévot cherche l’appui de tous ceux qui peuvent l’aider (Daniel, 1999). Mais ce qui nous a le plus impressionnés, c’est que beaucoup de dévots ignorent le nom du saint auquels ils s’adressent. Et, apparemment, cela n’a aucune importance [6]. Il ne s’agit donc pas de la dévotion à un saint spécifique, due à sa vie exemplaire, et encore moins – c’était là notre première hypothèse de travail – d’une possible identification à ce saint. Au niveau de ces pratiques quotidiennes, aucune trace d’aspiration à l’imitation de la vie dévote, mais une relation purement utilitaire avec l’image d’un pouvoir.

Car, on aura pu le noter, nous parlons ici constamment des rapports qui s’établissent entre le dévot et l’effigie du saint. Il se dirige vers elle, il la salue, il la touche, il lui parle, et souvent lui laisse un mot. Il lui arrive même parfois de prendre sa mesure avec l’aide d’un ruban.

La chose est assez compliquée, nous l’avons observé à propos de l’effigie de saint Balthazar [7] qui, souvent, se présente couverte de rubans. Quand on lui demande une « grâce », on retire un des rubans, qui doit être coupé à la taille exacte de la statue, et quand la demande a été exaucée, il faut revenir avec 7 rubans de même longueur, qu’on suspend au poignet de l’effigie. Cette coutume semble être d’origine ibérique. Il est d’ailleurs fréquent, dans certaines églises (et couvents…), de « prendre la mesure du Petit Jésus ». Saint Antoine de Padoue, très célèbre au Brésil à cause de son origine portugaise, fait aussi l’objet de ce genre de « mesure ».

C’est donc bien l’effigie qui est porteuse de pouvoir. Le signifié disparaît au seul profit du signifiant. Le sacré est réduit à un pouvoir magique, susceptible d’être manipulé selon les exigences de désirs particuliers. C’est de l’utilisation de ces images que nous allons maintenant parler.

La force des images

La représentation figurée de Dieu et des saints, on le sait, a donné lieu à bien des controverses tout au long de l’histoire du christianisme. La distinction entre idole et icône a souvent paru bien ténue. Il n’est pas dans notre propos de retracer ici les étapes qui, du second concile de Nicée, en 787, jusqu’à celui de Trente, en 1563, ont fini par assurer le triomphe de l’iconophilie dans les pays d’observance catholique. Il n’est cependant pas inutile de souligner que l’iconophobie exprime, sur le mode paradoxal, l’extrême valeur attribuée aux images. Si leur simple présence met en danger le culte de Dieu même, on peut en déduire que toute représentation, en tant qu’análogon de son référent, évoque le risque de se substituer à celui-ci et, par conséquent, de produire une sorte de dévoiement de l’image. Tout semble se passer comme si l’image risquait de «drainer », pour ainsi dire, la force sacrée inhérente à la divinité et de s’en investir. Problème que l’église orthodoxe a résolu d’une façon singulière, en créant la tradition des icônes acheiropoiétai, c’est-à-dire, des images qui passent pour ne pas avoir été faites de la main de l’homme, et donc émanent directement de la divinité.

Pour la théologie orthodoxe, il y aurait une espèce de continuum entre l’Incarnation du Christ et l’apparition de ces icônes miraculeuses: « L’Incarnation aussi est une image [le Fils est l’image du Père, l’Eucharistie l’image du Fils]; le Christ, image, a produit des images. Les images sont vraies : leur existence est une preuve de leur vérité, c’est-à-dire une preuve de la vérité qu’elles représentent » (Spieser, 1991 :124). Logique circulaire que celle-ci, ou plutôt en forme de spirale, qui va peu à peu se déployer pour englober tout le champ de la représentation. « La vérité des images les rend sacrées », dit encore Jean-Michel Spieser dans son beau texte sur les programmes iconographiques dans les églises byzantines, « mais en fait ces images, étant sacrées, ne peuvent qu’être vraies. » (ibid.:125). On comprend désormais l’importance de l’enjeu. La représentation, c’est-à-dire la production de figures qui ont pour fonction de traduire ce qui est invisible sur le plan du visible, est donc mise elle-même au niveau de la création. En faisant voir le sacré sous une forme humaine, l’icône est un opérateur qui, en retour, rappelle au fidèle que lui-même, créé par Dieu «à son image et à sa ressemblance » est promis à un avenir d’éternité. En d’autres termes, l’icône – support visible du sacré – fonctionne dans les deux sens. Elle assure la réalité du passage entre les divers niveaux d’existence, de la création à l’incarnation, et de la vie dévote à la rencontre de Dieu après la mort. D’où sa stéréotypie stylistique, car elle ne représente pas des êtres concrets, mais bien la possibilité qu’ont les hommes d’accéder eux-mêmes au plan de la divinité [8].

Mais le catholicisme romain, dans lequel se situe notre terrain, n’a guère exploité cette dimension. Il semble bien qu’actuellement le seul exemple d’image achiropite se réduise à celui du saint Suaire de Turin, qui fait toutefois l’objet de fortes polémiques. Tout au plus pourrions-nous ranger dans cette catégorie les statuettes – toutes miraculeuses – de Notre-Dame, trouvées dans les eaux [9] mais, à la rigueur, personne ne dit clairement quelle pourrait être leur origine. Le même flou artistique semble d’ailleurs envelopper toutes les effigies auxquelles la tradition attribue des pouvoirs particuliers. Jean Pirotte (1991), qui a étudié l’évolution de la valeur attribuée aux images saintes distribuées par les prêtres en Belgique, souligne combien les rapports de l’Église à l’imagerie sont marqués par l’ambiguïté. De nos jours, il est bien évident que le culte de certaines effigies ressortit surtout à d’anciennes traditions, qu’il ne serait peut-être pas très habile de dénoncer, mais qu’il vaut mieux laisser tomber tout doucettement en désuétude. D’autant plus que nous pouvons observer que le culte de saints purement légendaires, et déclarés officiellement ineptes, comme ce fut récemment le cas de saint Georges, n’en continue pas moins à être célébré. Il semble que l’imaginaire populaire suive son cours propre, sans prendre très au sérieux les recommandations de la hiérarchie ecclésiastique. Au Brésil du moins, et ce, malgré une tentative déjà ancienne d’encadrer le comportement des fidèles dans des modèles plus conformes aux désirs de Rome [10], saints historiquement situés et saints purement légendaires sont honorés dans les mêmes églises, et avec la même ferveur.

De même, à l’issue d’une recherche portant sur le culte des saints dans la province espagnole de Saragosse dans les années 80, Ana Maria Rivas Rivas (1997) met en relief cet enchevêtrement entre dévotions traditionnelles et pratiques contemporaines, et note que, la plupart du temps, le saint se confond avec son effigie qui, loin d’être considérée comme une simple représentation figurée, est vue comme la dépositaire du pouvoir attribué à ce saint: « Le symbole dominant des rituels décrits est la statue, l’effigie sacrée qui concentre sur elle la plus grande condensation de signifiés.» (1997 : 109).

Or, le travail sur le terrain des pratiques de dévotions à Rio de Janeiro permet de vérifier que non seulement l’effigie est le saint, mais qu’on trouve plusieurs cas dans lesquels c’est l’image qui semble créer le saint. Image au sens iconographique du terme, mais aussi image verbale : nous allons maintenant, à titre d’exemple, analyser le cas d’un personnage qui reçoit actuellement un culte fervent, marqué particulièrement par une dimension toute médiatique. Nous espérons montrer ici comment se mêlent inextricablement interêts spirituels et matériels, ferveur et manipulation, réponse à l’affliction et exaspération de la consommation, ainsi que les aspects politiques et institutionnels – qui sont toujours présent dans la gestion du sacré…

Du nom à l’image : la production du culte de saint Expédit

Dès le début de notre recherche, notre attention fut attirée par la soudaine visibilité du culte d’un saint jusque-là à peu près ignoré, celui de saint Expédit. Il n’était pas inconnu au Brésil, puisque des chapelles lui avaient même été dédiées: à São Paulo, qui en est la ville la plus importante, il était déjà l’objet d’un culte fervent parmi les soldats de la Police Militaire [11]. Près de la ville de Rio de Janeiro, à Niterói (ancienne capitale de l’État de Rio), il possède également sa chapelle, dont la fondation ne doit guère remonter au-delà du siècle dernier [1926 ?]. Mais la plupart des gens – et nous-mêmes, il faut bien le dire – n’en avaient pas entendu parler.

Or, tout à coup, lors du deuxième semestre de 1998, on trouve partout à Rio des images pieuses représentant St Expédit avec, à l’avers, un texte intitulé Prière de saint Expédit, introduit par ces mots :

« Si vous avez un PROBLÈME DIFFICILE À RÉSOUDRE, et si vous avez besoin d’une AIDE URGENTE, demandez l’aide de Saint Expédit, qui est le Saint des Affaires qui ont besoin d’une Solution Rapide et donc l’invocation ne Tarde Jamais. » [nous repectons les majuscules] Après le texte de la prière proprement dite à « Mon Saint Expédit des Causes Justes et Urgentes », vient la recommandation :

« En remerciement, j’ai [sic] fait imprimer et distribuer mille exemplaires de cette prière, pour diffuser les bienfaits du grand saint Expédit. Vous aussi, faites-les imprimer tout de suite après avoir fait votre demande [au saint].» En effet, il doit bien s’en imprimer des milliers, car on en est inondés. Ces images se retrouvent partout. Pas seulement dans les églises, où elles s’amoncellent souvent en piles plus ou moins discrètes, au coin des autels et même dans les bénitiers secs, mais dans la rue, collées ça et là, chez les commerçants, sur les étals des foires et marchés, dans les taxis et, évidemment, dans mon casier de professeur à l’université…

Bientôt la grande presse fait état de cette avalanche. Suivant la piste indiquée tout en bas de la prière [12], et qui suggère également l’achat d’un livre intitulé « Saint Expédit : Un show de grâces », il est facile de découvrir l’origine de ces images, d’autant plus que l’auteur du livre n’est autre que le propriétaire de l’imprimerie qui ne se fait vraiment pas prier pour raconter sa vie.

Né en 1952 dans l’État de Sta Catarina, élevé dans la foi catholique la plus fervente, il avait même pensé à entrer au séminaire, mais il se maria et fonda une imprimerie qui, par suite des problèmes économiques par lesquels passa le Brésil au début des années 90, fit faillite. Un jour de l’année 1996 qu’il déambulait dans les faubourgs de São Paulo à la recherche d’embauche, il fut abordé, dit-il, par une très vieille dame qui lui demanda à brûle-pourpoint s’il était catholique, et lui recommanda de lire la prière de St Expédit, dont la chapelle était toute proche. Il y trouva des tas d’exemplaires de la prière, « imprimée noir sur blanc», dit-il, et portant la recommandation d’en faire faire un millier en remerciement. Geraldes fit le vœu d’en imprimer dix mille, et sa vie s’améliora petit à petit. Il obtint d’un ami imprimeur le dessin d’un format réduit, « pour que les gens puissent mettre la prière de St Expédit dans leur portefeuille », et il avoue être l’auteur de l’avertissement reproduit ci-dessus. Les commandes affluèrent et, le 19 avril 1997 (jour de la fête du saint), lorsqu’il apporta dix mille affiches représentant l’image du saint à sa chapelle, les dévots se les arrachèrent.

Le succès fut tel que, peu après, le prêtre de la paroisse où habite l’imprimeur résolut de fonder une chapelle dédiée au saint, dans la même rue [13]. L’année suivante, en avril 1998, les personnes qui s’occupaient de la chapelle de Niterói entrèrent en contact avec l’imprimeur qui, évidemment, leur envoya force images, portant dans le fond, la photo de cette chapelle.

Depuis, les chapelles de St Expédit se multiplient au Brésil. Il va sans dire que l’imprimerie de notre héros s’appelle désormais « Éditions St Expédit». Outre le site déjà cité, d’autres ont été créés sur Internet, par d’autres dévots. Le journal Folha de São Paulo, en avril 2000, en signale plusieurs, qui ont pour objet de divulguer les grâces obtenues par l’intercession du saint. C’est plus pratique que les images, disent les créateurs des sites, et un très célèbre représentant de la « théologie de la libération », l’ex-franciscain Leonardo Boff, assure qu’il n’y voit aucun mal, sauf si les gens ont «un rapport mercantile avec la religion, exigeant une solution immédiate » de leurs problèmes [14]. Or c’est exactement ce que font les dévots :

« Répondez à ma demande – «Faites la demande » – Aidez-moi à surmonter ces Heures Difficiles, protégez-moi de tous ceux qui peuvent me porter préjudice. Protégez Ma Famille, et répondez à ma demande avec urgence » (Prière au dos de l’image).

« Ce Saint Martyr est toujours invoqué pour résoudre des affaires urgentes, auxquelles un retard pourra (sic) causer du tort. C’est le Saint de l’avant-dernière heure, celui dont la réponse est immédiate, mais qui exige que l’engagement pris soit également rempli, immédiatement, sans délai» [prière recueillie à São Paulo, d’un autre imprimeur, c’est nous qui soulignons].

Ici, on le voit, la logique qui prévaut est celle du «donnant, donnant». St Expédit exauce immédiatement ce qu’on lui demande, mais exige qu’on lui donne ce qu’on lui doit, de façon tout aussi immédiate… Il est vrai qu’au Brésil, accomplir un vœu se dit payer une promesse. En tout cas, ce niveau d’exigence de la part du saint nous semble chargé de fort relents magiques, car il suggère la possibilité d’un quelconque châtiment (tout au moins le refus de l’aide sollicitée), en cas de non-respect de l’engagement, tout comme les entités des cultes d’origine africaine sont censées le faire. Le style est le même.

En outre, Expédit est qualifié de « Saint des Causes Justes et Urgentes ». Est-ce à dire qu’on pourrait, imprudemment, le confondre avec d’autres protecteurs, bien peu catholiques ceux-là, capables d’exaucer des demandes injustes ? Les billets que nous avons trouvés dans maintes églises donnent à penser que les cultes populaires sont, à Rio du moins, plutôt poreux… Et que les divers « puissants de l’au-delà » (Daniel, 1999) ne sont, au niveau des dévots, pas toujours différenciés.

On aura pu remarquer que le culte lui-même de St Expédit est marqué par la rapidité galopante de son expansion. Peu divulgué jusqu’en 1997, il devient, grâce à la gratitude de l’imprimeur qui inonde São Paulo d’abord et Rio ensuite, de milliers d’images pieuses, le prototype de ce que nous avons appelé les «saints de la crise », catégorie qui groupe des intercesseurs plus traditionnels tels que Ste Edwiges, protectrice des endettés, St Jude Thaddée, patron des cas désespérés, et Ste Rita-des-impossibles, saints déjà bien connus auparavant, mais dont le culte a gagné une grande visibilité à la fin des années 90.

On peut se demander si le succès remporté par St Expédit n’est justement pas en proportion inverse de sa relative invisibilité antérieure. En d’autres termes, n’aurait-il pas pris tout ce relief en conséquence de son obscurité ? Lorsque les grands intercesseurs traditionnels sont assaillis par les demandes des fidèles, le recours à un saint seulement connu par son nom, qui a tout l’air d’être synonyme de rapidité, n’a-t-il pas plus de chance d’être exaucé ? Et, ce qui est important, tout de suite ?

En vérité, si on consulte les traités hagiographiques, on n’y trouve du saint que le nom. Les auteurs des Petits Bollandistes (Guérin, 1880) qui d’habitude ne se font pas faute de narrer maintes légendes fantastiques [15] signalent seulement que, le 19 avril, le Martyrologe Romain célèbre la mémoire des « saints martyrs Hermogène, Caius, Expédit, Aristonique, Rufus et Galatas», mis à mort à Mélitène, en Arménie. Parmi les diverses encyclopédies catholiques dont dispose la bibliothèque de notre université, seul le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques lui consacre un article, pour dire qu’on ignore tout de sa vie, et que son culte, inconnu du haut moyen âge, aurait été signalé au XVIe siècle, mais se serait surtout répandu vers le milieu du XIXe siècle, en France et en Italie, se revêtant dès lors de « formes superstitieuses » [déjà…]. L’opinion des auteurs de ce dictionnaire est qu’en fait, Expédit n’a jamais existé.

Il s’agirait, une fois de plus, de l’erreur d’un copiste qui, au lieu de transcrire correctement le nom de saint Elpidus, l’aurait remplacé par Expeditus, et l’ignorance du latin aurait fait le reste [16]: « Il a dû prendre naissance d’un véritable calembour qui a fait du saint le patron des causes pressantes. » (DHGE, vol.6 :257). Calembour, en effet, car en latin, expeditus ne veut pas dire « expéditif », mais bien « libre, dégagé », du verbe expedire, « dégager, débarasser, démêler ». Le Quicherat cite, en exemple, le corps de soldats romains dit « expeditus », c’est-à-dire, « armé à la légère ». Or c’est précisément ce corps d’armée qui, dûment exploité, va donner naissance à la légende de St Expédit. Celui-ci sera désormais un légionnaire romain et même, pourquoi pas ?, un « commandant-en-chef de la légion ». Le voici donc représenté vêtu de la cuirasse, de la jupette et des jambières du soldat romain, avec une grande cape rouge qui, à mesure que les images se multiplient, semble bien s’allonger un peu plus à chaque fois, de même que son casque, posé par terre, porte chaque jour plus de dorures. De la main gauche, il tient la palme du martyre et, de la droite, il brandit une croix qui porte l’inscription « hodie », tandis qu’il foule aux pieds un corbeau dont le bec émet l’adverbe latin «cras ».

Cette représentation n’est point brésilienne, elle est déjà signalée par Louis Réau dans son traité sur l’iconographie de l’art chrétien (1958), mais il ne la date malheureusement pas, si bien que nous ignorons jusqu’à présent quelle peut être l’ancienneté de ces attributs. On serait tenté d’y voir la main d’un religieux bien intentionné [et francophone !] qui, à partir d’une certaine ressemblance phonétique entre les mots cras et croasser, aurait introduit la légende selon laquelle :

« A l’instant même de sa conversion, apparut un corbeau qui, symbolisant l’Esprit du Mal, lui dit: “Cráss… Cráss… Cráss…” ce qui, en latin, veut dire : “Demain… Demain… Demain…” Cela signifie que l’Esprit du Mal, au moment même de la conversion de saint Expédit au christianisme, essaya de le convaincre de prendre son temps, en lui disant que rien ne pressait – attends demain pour te convertir ! Mais saint Expédit, en bon soldat, réagit énergiquement, en écrasant le corbeau de son pied droit, et cria “Hodie… Hodie… Hodie… je ne souffrirai aucun retard. Je n’attendrai pas demain, je veux être chrétien dès aujourd’hui.” » C’est pourquoi on le connaît comme un saint qui résout les problèmes avec rapidité, le Saint de la Dernière Heure » (Geraldes, 1999).

À dire vrai, cette fable n’est guère plus absurde que toutes celles qui abondent dans les pages des traités hagiographiques. D’ailleurs la vraisemblance n’est pas ce qui nous préoccupe ici. Ce qui nous intéresse, c’est la réinvention – au sens étymologique, de re-trouvaille – d’un saint taillé sur mesures pour répondre aux problèmes qui assaillent aujourd’hui les dévots. En fort contraste avec la réputation bien établie selon laquelle tous les habitants de l’Amérique Latine – et pas seulement les brésiliens – seraient généralement portés sur la procrastination, l’ajournement est désormais le fait du démon. Car il s’agit de résoudre, le plus vite possible, aujourd’hui même, le problème qui m’afflige. Ste Edwiges peut adoucir le cœur de mes créanciers, Ste Rita ou St Thadée peuvent m’aider à surmonter ce qui paraissait impossible à affronter, mais seul St Expédit m’assure une solution immédiate.

On aura remarqué le glissement sémantique : pour un chrétien, parler de la « dernière heure » semble faire allusion à l’heure de la mort, mais le contexte du culte de St Expédit montre que, s’il s’agit bien ici d’un dernier recours, il ne peut guère être entendu en tant que question spirituelle. C’est d’un secours de toute urgence dont le dévot a besoin, pour éviter, in extremis, la saisie de ses biens ou la perte de son emploi. De ce point de vue, toute heure est la dernière, car le dévot se trouve littéralement à toute extrémité. Angoisse due bien évidemment aux difficultés de l’heure, mais aussi exaspération de l’immédiatisme contemporain. Car si le discours des premiers dévots de St Expédit, comme c’est le cas de Renato Tadeu Geraldes que nous avons systématiquement cité ici (Geraldes, 1999), montre que le recours au saint s’est produit dans un moment objectivement désespéré, il n’en est pas moins vrai que celui-ci semble désormais invoqué à tout propos. Son succès est tel qu’il est devenu – qu’on nous passe l’expression – une sorte de « commis-voyageur » des autres saints.

Cela se vérifie au niveau des images. Les éditions St Expédit impriment à tour de bras, dans un style iconographique aisément identifiable, des images pieuses diffusées à des millions d’exemplaires, des saints les plus populaires [17]. D’autres imprimeurs lui emboîtent le pas. La distribution d’images à tous les coins de rue s’intensifie. La pratique de faire imprimer un millier en remerciement s’étend au culte d’autres saints. Si on lit attentivement la notice, on remarque qu’il y a des prix concurrentiels : des R$ 38,00, francs de port, on passe parfois à R$ 35,00, et même à R$ 20,00, mais avec une taxe postale de R$ 15,00… D’autres, par contre, n’affichent pas leurs prix. Nous sommes littéralement sur le terrain mercantile que dénonçait Leonardo Boff.

En outre, au niveau des images mêmes, nous voyons sur la couverture de publications religieuses de style traditionnel, la figure de St Expédit qui semble n’être là que pour attirer l’acheteur.

Le caractère spectaculaire du culte du saint – Geraldes intitule son opuscule « Saint Expédit : un show de grâces » – se situe, il faut bien le dire, dans la mouvance d’une nouvelle facette des pratiques catholiques, originaire encore de São Paulo, et qui est la transformation de la messe en un authentique happening de masse. Le mouvement de « rénovation charismatique » nous vient des USA et a été adopté au Brésil, il y a une bonne quinzaine d’années, dans le but assez évident de faire face à l’expansion des sectes pentecostales. Le mouvement charismatique met l’accent sur les aspects affectifs et émotionnels de la foi, et organise des messes chantées et dansées. D’abord limité aux jeunes des classes aisées et même très aisées, ce mouvement semble avoir misé sur ces nouveaux « prêtres danseurs » dont la star est incontestablement Marcelo Rossi, qui attire des centaines de milliers de participants à ses messes-spectacles, et dont les CD se vendent par millions. Il n’est pas possible de développer ici une analyse de ce phénomène, mais nous nous devons de le signaler, car il fait partie de la scène religieuse actuelle. En outre, le mouvement charismatique a remis les chapelets à la mode, il s’en fabrique désormais des milliers, et leur utilisation va de l’instrument traditionnel des prières à la Vierge à la transformation en colliers ou en bracelets de pierres précieuses…

Il s’agit donc bien d’une multiplication médiatique, dans laquelle chaque élément produit une chaîne qui se dédouble en divers niveaux de production, à un rythme chaque fois accéléré, et dont le résultat est cette véritable inflation d’images et de demandes, et de distribution d’images. Que la vieille foi catholique y trouve son compte, à quel point, et à quels risques, ce n’est point notre propos de l’estimer ici.

Ce qui attire notre attention, par contre, c’est ce glissement du rôle attribué aux saints, ce passage de la médiation à la médiatisation [18], dans lequel le champ du sacré semble se réduire à un marché magique où prime la satisfaction immédiate des besoins les plus concrets. Certes, et nous l’avons déjà souligné, le culte des saints s’est toujours accompagné, au cours de l’histoire, de pratiques plus ou moins magiques et «superstitieuses ». Mais maintenant, il semble que la scène soit dominée par cette prolifération de demandes et d’images qui, dans une progression géométrique, s’éloignent chaque fois plus de la perspective du salut. Salut qui, pour un chrétien, devrait être à l’horizon de son espérance.

Le culte de St Expédit, par la forme qu’il a actuellement pris au Brésil, nous offre le plus vif exemple de la voracité et de l’immédiatisme de la société de consommation. Son image illustre la perte de toute temporalité. Car, en foulant aux pieds l’oiseau qui parle du lendemain, Expédit anéantit l’idée même d’avenir…

Bibliographie

• AUGRAS, Monique, Le double et la métamorphose: L’identité mythique dans le candomblé brésilien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1992.

• AUGRAS, Monique, Existências lendárias : hagiografia e subjetividade, Rapport de recherche pour le CNP Q, PUC-Rio, 2000, 182 p.

• BAKHTINE, Mikhail, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984.

• BRANDÃO, Carlos Rodrigues, Religião e catolicismo do povo, Curitiba, Univ. Catol. do Paraná, 1977.

• CASSAGNES-BROUQUET, Sophie, Vierges Noires, Rodez, Éditions du Rouergue, 2000.

• CERTEAU, Michel de, Uma variante : a edificação hagiográfica. In A escrita da história, Rio de Janeiro, Forense, 1982, 266-278.

• DANIEL, Renata Del C., Os poderosos do Além, monographie de conclusion du cours de formation en Psychologie, PUC-Rio, 1999.

• Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, Letouzey et An é, 1924/ 1963, 15 vol.

• GERALDES, Renato T., Santo Expedito : « Um show de graças », São Paulo, Edit. Santo Expedito Ltda, 1999.

• GUÉRIN, Paul, (org.), Les Petits Bollandistes, etc., Paris, Blond et Barral, 1880, 17 vol.

• MAUSS, Marcel, Œuvres – 1. Les fonctions sociales du sacré, Paris, Minuit, 1968.

• PIROTTE, Jean, L’imagerie de dévotion aux XIXe et XXe siècles et la société ecclésiale. In F. DUNAND et al., L’image et la production du sacré, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991, 233-249.

• RÉAU, Louis, Iconographie de l’art chrétien, t.III – Iconograhie des saints, Paris, PUF, 1958, 3 vol.

• RIVAS RIVAS, Ana Maria, Le pouvoir symbolique des images religieuses. Bastidiana, 19/20 : 99-116, juil./déc.1997.

• SPIESER, Jean-Michel, Les programmes iconographiques des églises byzantines après l’iconoclasme. In F. DUNAND et al., L’image et la production du sacré, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991, 121-138.

NOTES

[1] Réalisée grâce à l’appui du Centro Nacional de Pesquisa e Tecnologia (CNPq), l’équivalent brésilien du CNRS, avec une importante participation de nos étudiants.

[2] Il n’est que de compulser les listes établies par Louis Réau dans son Iconographie des saints (1958) pour le vérifier.

[3] Sans vouloir entrer dans une discussion d’ordre théorique, nous désignerons ici comme « magique » tout recours à l’utilisation de pouvoirs supra-naturels pour obtenir la réalisation concrète d’un désir.

[4] C’était, en 1986, une messe pour le repos de l’âme d’un haut dignitaire du temple de candomblé où nous menions alors nos recherches…

[5] Inspirée par les observations de Marcel Mauss (1968) sur le sens de la rotation des rondes, notre équipe a même cherché à vérifier si ce «tour des saints » suivait un sens constant, mais nous ne sommes arrivés à aucune conclusion.

[6] Lors de l’interview télévisée d’un des joueurs de l’équipe brésilienne pendant le Mon- dial de 1998, celui-ci déclare, en montrant la médaille que sa mère lui a donnée : « Je ne sais pas de quel saint il s’agit, mais j’y crois ! »

[7] Qui, comme on s’en doute, n’est autre que l’un des rois mages.

[8] Bakhtine (1984) établit une correspondance entre hagiographie et création d’icô- nes : dans les deux cas, la forme reste traditionnelle et conventionnelle, car la vie du saint est significative en Dieu, et non par elle-même. Il n’y donc pas de place (ou si peu…) dans la vie des saints, pour la variation individuelle, aspect que Certeau (1982) a également mis en évidence.

[9] C’est le cas de « Notre-Dame Apparue » [Nossa Senhora Aparecida], statue de N.-D. de la Conception, trouvée dans les filets de trois pêcheurs de l’État de São Paulo au XVIIIe siècle, et qui est aujourd’hui la sainte patronne du Brésil. Voir à ce sujet Cassagnes-Brouquet (2000:34-36).

[10] La seconde moitié du XIXe siècle y fut marquée par l’action énergique des « évêques réformateurs » mandatés par Rome pour en finir avec le culte des saints «populai- res », d’origine portugaise et le remplacer par des dévotions telles que celle du Sacré Cœur. Malgré les recommandations qui prônaient des interventions plutôt «mus- clées » – l’évêque de São Paulo en arrivant à ordonner, en cas de désobéissance, de « mettre à bas les chapelles des cultes populaires » (Brandão, 1977:156) – le fait est que ces cultes traditionnels continuèrent, aussi florissants que par le passé.

[11] À quelque chose près, l’équivalent de la Gendarmerie.

[12] Imprimerie Saint Expédit. R$ 38,00 le millier, franc de port, avril 1997. Demandez aussi le livre : « Saint Expédit, un show de grâces». Numero vert 0800.55.1904, ou à São Paulo, tel. 6951.2099. VISITEZ NOTRE PAGE SUR INTERNET : http.// www. santinho. com. br

[13] Geraldes (1999 :71) se demande si c’est une «simple coïncidence » (sic). On vient d’ailleurs de découvrir qu’il y a, dans l’État de São Paulo, un village qui s’appelle Santo Expedito et qui, tout comme celui de Saint-Valentin en Bas-Berry, semble promis à un bel avenir.

[14] Interview publiée par la Folha de São Paulo, cahier Cotidiano, p.3 «Rede cria pagador de promessa virtual», 9 de abril de 2000.

[15] Le titre exact du traité, qui se compose de 17 volumes, est le suivant: Les Petits Bollandistes – Vie des Saints de l’Ancien et du Nouveau Testaments, des Mar- tyrs, des Pères, des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, des Vénérables et autres personnes mortes en odeur de sainteté – Notice sur les congrégations et les or- dres religieux – Histoire des Reliques, des Pélerinages, des Dévotions populaires (suite note 15) et des Monuments dûs à la piété depuis le commencement du monde et jusqu’à aujourd’hui.

[16] À dire vrai, je n’ai pas trouvé, non plus, trace d’un quelconque saint Elpidus…

[17] Suivant la revue Época (op.cit.), en 1998, l’éditeur en aurait imprimé 18,7 millions, et projetait d’en produire 76 millions dans l’année 2000.

[18] Cet aspect a été fort bien mis en relief par les commentaires qui ont suivi notre intervention, intitulée «Le sacré en miettes : fonction des images dans les cultes po- pulaires brésiliens », au séminaire du doctorat en sciences de l’éducation animé par nos éminents collègues Dany Dufour et Patrick Berthier à l’université de Paris-VIII, qui nous avaient permis d’exposer une première version de nos observations, en février 2001. Je remercie également le professeur Claúdia Garcia, ma collègue à la PUC, d’avoir attiré mon attention sur le fait qu’en tuant le corbeau, St Expédit détruit toute perspective temporelle.

Bestiaires, encres flottantes, ours à lunettes et peintres de la nubeselva

 

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Au 31eme FILBO Feira Internacional de Livros de Bogota qui a lieu à Bogota du 17 avril au 2 mai on peut trouver parmi des milliers de livres de toute provenance Animalario. C‘est  un bestiaire, un volucraire, un lapidaire fantasmé par le binôme colombien composé de Blanca Moreno au dessin  et Roberto Triana Arenas à l’écriture qui répond à la double exigence latine du placere et docere. Il faut plaire et instruire. Ils ne sont ni théologue ni zoologue. Mais tout bestiaire ayant la prétention de servir une morale peut-être y a-t-il dans cet opus une morale écologique chrétienne !

Le livre est paru en 2014  aux éditions Taller Arte dos Grafico, de Bogota avec un tirage de 300 exemplaires numérotés  et signés des auteurs. Les auteurs ont créé un opéra à quatre mains: le langage poétique et artistique s’entremêlent  pour présenter des visions fulgurantes . En 1980 le même Triana avait publié un autre livre intitulé Bestiario avec des lithographies  de l’italien Sandro Chia.

Rien ne se crée, tout se recycle disait Lavoisier. En l’occurrence il y a une approche européenne des animaux qui va de Pline Le Vieux et passe entre autres par Linné, Cuvier et Buffon, une approche  qu’ont suivie zoologues, paléontologues et naturalistes du monde entier et qui se poursuit ici mais avec une vision non pas italo-colombienne  mais cette fois-ci autochtone colombo-colombienne sur les animaux. Bien avant les bestiaires Hérodote (-480/-425), Aristote (-384/-322) et son Historia Animalium , Pline l’ancien (23-79) et son Naturalis Historia ont tour à tour tenté de poser des jalons et es passerelles entre gente animée, entre gente animale et gente humaine.

Les bestiaires étaient censés à partir d’animaux réels ou imaginaires dresser des portraits moraux ou moqueurs des contemporains de leurs auteurs. C’étaient en fait des fables moralisantes peintes ou dessinées.

Bien avant ces bestiaires encore, la Bible dans le Nouveau et l’Ancien Testament fait apparaître des animaux qui servent de support textuel à des considérations religieuses et ou à l’enseignement de  valeurs morales. Parmi les animaux qui apparaissent le plus souvent dans la Bible on retrouve  8 de ces animaux représentés dans Animalario : l’ours, le loup, le renard, le chien, le sanglier, le vautour,  l’araignée, le caméléon

Le Phisiologus Physiologos. Le bestiaire des bestiaires. Texte traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2004, 325 p.
33 euros / ISBN : 2-84137-171-9. (le livre de bestiaire) est l’un des premiers ouvrages sérieux en latin sur l’histoire naturelle. Il est attribué par certains à saint Epiphane. C’est un mélange subtil d’allégorie chrétienne et de science mystique venu du plus profond des âges et relevant de traditions culturelles aussi diverses que la Grèce, l’Egypte qui prétend fournir des explications exégétiques.

Le Livre XII – Des Animaux, in Etymologies d’Isidore de Séville (entre 560 et 570 -636) interprétation scientifique

Le Bestiaire de Philippe de Thaon (le premier en langue vulgaire à avoir utilisé le mot bestiaire dont deux animaux sont communs à ceux de Moreno : renard (gupil) et salamandre (sylio) : interprétations moralisatrices

Le bestiaire divin de Guillaume, clerc de Normandie, trouvère du XIIEme siècle (deux animaux communs à Moreno renard (Goupil) et salamandre ):interprétations exégétiques

Richard de Fournival et son Bestiaire d’Amour ( bestiaire à visée courtoise : 4 animaux communs : loup, renard, chien, vautour)

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Ana Maria Sybilla Merian (1647-1717)(Allemagne) artiste peintre florale et naturaliste et son Metamorphosis Insectorum Surinamensium de 1705 dans lequel elle croque des plantes hôtes avec es petits animaux qui peuplent ces plantes.,

Albert Eckhout (1610-1665),

Jean-Baptiste Debret, (1768-1848)

Cabocle Indian hunting birds with a bow and arrow, from 'Voyage Pittoresque et Historique au Bresil', published in 1839 (colour litho)

Friedrich Alexander von Humboldt (1769-1859)

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Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

Estudo de pássaros na selva. Johann Moritz Rugendas (1802-1858)

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Jean-Jacques Audubon, (1785-1851), peintre naturaliste et son Birds of America (1838)

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Etienne Denisse (1785-1861), botaniste, auteur de Flore d’Amérique, (1843)

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Ernst Haeckl (1834-1919) et son Kunstformen der Natur publié en 1904

http://hdl.loc.gov/loc.pnp/ds.07627
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Autant pour comprendre les bestiaires médiévaux il faut se replonger dans le contexte de l’époque pour en avoir une lecture, autant pour comprendre ce bestiaire qui insiste sur sa colombianité il faut tenter de saisir la charge psychologique investie ans cahacun e ses animaux en Colombie. Il y a aussi la nécessité de lier le texte au contexte donc et le dessin à une proto-structure originale pour laquelle  la référence est la vision occidentale moyennâgeuse de l’animal. L’animal est ce qu’il est mais surtout ce que l’on y met. De la même façon que les peintres et plus spécifiquement les botanistes peintres s’attachent à peindre le plus fidèlement la flore ils traduisent aussi des mythes qui entourent ces fleurs ou plantes. De même les spécialistes de la faune  malgré leur regard scientifique tentent de donner une représentation qui leur est personnelle un peu anthropologique des animaux. qui est une sorte d’alter ego de l’homme et qui permet à travers lui de  moquer, ridiculiser, faire sourire ou pleurer ses contemporains.

Il n’est pas indifférent que dans ce bestiaire il n’y ait pas de lion et que le premier animal soit l’ours qui en fait la couverture. il n’est pas indifférent qu’outre les 19 animaux qui composent cette fresque il y  en a un vingtième qui porte le nom de la bête et qu’on imagine être un mélange d’aptalon, de serre, de caladre et nicorace. Il y aurait bel et bien donc une filiation assumée entre les auteurs des bestiaires de l’ère médiévale et nos deux sud-américains ancrés dans la post-modernité de ce premier quart de 21ème siècle..

Animalario Universal del Professor Revillod ,  Almanaque ilustrado de la fauna mundial de  Javier Saez Castan (illustrations) et Miguel Murugarren (texte) publié au Mexique en 2003 est composé de 21 planches  d’animaux divisés chacun en trois parties qui alternées peuvent donner pèle-mêle jusqu’à 4096 animaux différents. On a droit aux animaux familiers tels l’éléphant (elefante), le tatou (armadillo),  le rhinocéros (rinoceronte), le kangourou (canguru),  la vache (vaca), le coelacanthe (coelacanto), le chien (perro), le tigre (tigre) la puce (pulga), le casoar (casuario), le kiwi (kiwi) , le chameau (camello), le sibérien (siberiano), le poisson rouge (carpin dorado), la truie (cochina), le lapin (conejo), le corbeau (corvo), et par le truchement fantaisiste  et aléatoire d’une sorte de poésie combinatoire digne de l’oulipo et de Raymond Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes à des animaux fantastiques, du type cadavres exquis  tels le tasibegue, le rolaguro, la tacetuna, le cargante, l’elesibegre, le tawicanto, le pulpindorado.

L’idée de vouloir affirmer par l’art autochtone est ainsi reprise par un autre peintre animalier colombien de la région d’Antoquia Bryan Sanchez

Loin de moi l’idée de vouloir psychanalyser les auteurs mais ayant dans l’esprit l’ouvrage Bestiario de l’argentin Julio Cortazar je dois noter pourtant le fait que seuls deux animaux marins soient représentés (le poulpe et la méduse) soit deux sur 20 animaux ce qui caractérise un rapport de un sur 10. Ceci est compréhensible vue l’altitude de Bogota où les cris de la méduse et du poulpe ne parviennent pas à se hisser jusqu’aux nuages de la « nubeselva ».

Dans cette hypothèse de travail je dois dire que j’ai été un peu surpris par la première planche qui introduit ce bestiaire qui est un ours ! Un ours à lunettes, me semble-t-il (Tremarctos ornatus), animal vulnérable s’il en est et le seul représentant de la classe des ursidés en Amérique Latine.  Que veut-on exprimer de sa vision du monde quand on pose comme un préalable en page de couverture cet ours, sinon un regard écologique ? il y aurait donc bien une morale dans ce bestiaire même si les auteurs ne s’en vantent pas : une morale écologique ?

voyons tout ça de plus près ! Il y a dans ces vingt illustrations un ours (bear, oso, urso) donc, un tapir (tapir, tapir, anta), une araignée (spider, araña, aranha), un renard (fox, zorra, raposa), un colibri (humming bird, colibri, beija-flor), un faucon (falcon, halcon, falcão), une tortue terrestre (tortoise, tortuga, tartaruga), un caméleon (chameleon, cameleon, cameleao), un chien (perro, dog; cachorro) , un vautour (vulture, buitre, urubu), un poulpe (octopus, pulpo, povo), une mite (moth, polilla, traça), un tatou (armadillo, armadillo, tatu), une méduse (jellyfish, medusa, agua-viva), une salamandre (salamander, salamandra, salamandra), un iguane (iguana, iguana, iguana), un loup (wolf, lobo, lobo), un  sanglier (boar, jabali, javali), une bête (beast, bestia, besta) qui tentent d’entrer chacun en résonnance avec un court poéme.

El OSO

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Siempre fui agria

no para su lengua

fluia con recato

si de mi se alejaba

escondia mis néctares

Hasta que él no llegara

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J’ai autrefois connu personnellement dans sa période anglaise Blanca Moreno, il y a donc de cela une trentaine d’années et plus. Et elle s’est rapidement spécialisée dans l’art naturaliste. La nature morte. La nature vivante, peu importe. La nature pleine et entière dans un rapport presque ésotérique à l’eau. A l’instar de Gonzalo Ariza Velez (1912-1995) originaire lui aussi tout comme elle de Bogota elle s’est consacrée à ce que Ariza appelait « la nubeselva » la forêt entre 1400 et 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Comme Ariza    Moreno a emprunté à la tradition japonaise et s’inspire dans Animalario de Katsushica Hokusai (1760-1849), l’homme aux 120 noms, auteur prolifique. J’aime ses représentations de la nature vierge de toute figure humaine ou animale.

Mais il a eu aussi une production de shungas, des planches érotiques  dites images du printemps, des estampes qui mettent par exemple en scène comme ci dessous la célèbre  femme aux deux poulpes-pieuvres.

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Dans Animalia Blanca Moreno s’est inspirée notamment e 3 haikus érotiques dont les illustrations mettent en scène des animaux.

Mais elle compte parmi ses influences tout ce qui touche aussi à l’art islamique naturaliste mohgol et perse et en particulier  l’oeuvre d’  Ustad Mansur (17eème siècle).

J’ai toujours pensé que Blanca Moreno, bien qu’appartenant elle aussi à la sphère de la « nubeselva », avait en elle quelque chose de profond, une écheveau de racines rhizomiques la reliant de manière presque organique à ce que j’appelerais  pour paraphraser nubeselva « la selvarhizofora ». Il me semble qu’il y a un coeur de mangrove nocturne qui pulse en elle. L’élément eau lui est consubstantiel. Je la vois flotter comme un diablotin hybride entre les palétuviers  rouges, s’entremêler dans l’obscur humide aux pieuvres miaulantes dans les racines en échasses où pullule la vie. Les moustiques, les crabes, les palourdes, les huîtres, les hérons !  Sanctuaires de faune et de flore où les fleuves se faufilent comme des papillons-deuil dans la vase dessinant leur souffle à la surface des nuages .

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Et je lui ai fait un jour la remarque qu’on ne voyait jamais apparaître d’animaux dans ses tableaux. Ce à quoi elle m’ a répondu en janvier 2007:

« Sabes?? los animalitos andan metidos detras de las hojas…(de los arboles). Tambien las montañas y bosques viven flotando dentro de mi .. It is always that way that I paint…When I do, I feel boundaries do not exist any more. »

Thus spoke Blanca Moreno, en réponse à mon interrogation sur l’absence étrange d’animaux dans ses tableaux exposés en ce moment à la galerie .

« Les animaux vont et viennent bien installés à l’abri des feuilles… (des arbres). Par ailleurs les montagnes et les bois vivent en flotaison en mon for intérieur… C’est toujours ainsi que je peins… C’est alors que je ressens que les frontières n’existent plus. »

Suite à cette réponse  j’étais écrivait alors ceci :
« Voici Blanca Moreno, que je proclame dès à présent chef de file de l’infra-réalisme merveilleux. Car maintenant tout est fantamagoriquement clair. Son merveilleux ne saurait être accessible qu’à travers l’utilisation de rayonnements infrarouges, ultraviolets et x . Au-delà de l’observation à l’oeil nu qui vous montrera une couche picturale tout à fait normale (si ce n’est quelques craquelures, témoins de l’ancienneté du tableau), je vous invite d’ores et déjà à l’examen de l’un de ses tableaux au microscope binoculaire. Il s’agit du célèbre « Platanillos » (Balisiers) .
Ce dernier montre que la plupart des motifs végétaux du tableau (feuilles, troncs, branches, bractées) du tableau ont été retravaillés ou ajoutés par l’artiste. La réflectographie par infrarouge permet de pénétrer plus en avant dans la couche picturale. L’analyse par cette technique fait apparaître le dessin préparatoire qui se trouve sous la couche de peinture. Par exemple ici on constate que c’est la fin de la saison de pluies, nous sommes entre Pâques et juin, sous chaque feuille s’ébat une colonie de fourmis coupeuses de feuilles rouge orangé en plein vol nuptial par un lendemain de carnaval. L’analyse fait aussi apparaître quelques surpeints au niveau des troncs d’arbres (en fait à l’origine des palétuviers à échasses). On aperçoit aussi des milliers de trous de crabes et des fourmis à gros cul qui s’y aventurent désorientées à la recherche de leur reine. La radiographie révèle une foule de détails : grain, fissures, défauts, vides, joints, ailes, repentirs, ajouts, retouches, mandibules, insectes à l’état de nymphes ou d’imago, etc
Grâce aux rayons X on se rend compte que la tache rouge (la bractée de balisier bordée de poupre et de vert) correspond à une tête de troglodyte siffleur masquée par un surpeint. Si on observe attentivement on découvre qu’elle a été modifiée : elle était au départ peinte de profil.
Oui, bien installée à l’abri des feuilles de balisier c’est une vraie ménagerie de troglodytes qui est ainsi exposée au-delà de la paix apparente de ce paysage tropical de zingibérales idéales : à calotte noire, à gorge brune, à face pale, à long bec, à miroir, à nuque rousse, à poitrine grise, à poitine tachetée, à ailes blanches, à bec court, à bec fin, à tête blanche, à ventre blanc, à ventre noir, arada, austral, barré, bicolore, chanteur, d’Apolinar, de Bewick, de Boucard, de Caroline, de Cobb, de Socorro, de Zapata, des cactus, des canyons, des marais, des rochers, des ruisseaux, des volcans, du Merida, du Sinaloa, du Yucatan, familier, fascié, flûtiste, géant, gris, grivelé, mignon, modeste, montagnanrd, rayé, roux, rufalbin, tacheté, zoné, à favoris, à moustaches, à sourcils roux, à ventre fauve, balafré, bridé, brun, coraya, de Branicki, de Clarion, de Cozumel, de Nava, de Niceforo, de Sclater, denté, des Antilles, des Guarayos, des halliers, des Santa Marta, des tépuis, fauve, ferrugineux, inca, joyeux, maculé, moine, ocre, olivâtre, philimèle, rossignol, zébré.
C’est une vraie explosion de cris et de chants, de queues qui remuent et de couleur qui tente de s’affranchir des bleus et verts et bleus et verts et bruns d’une mangrove décidément indomptable. Puis tout à coup s’impose le silence. Et si l’on prête l’oreille au delà des inflorescences, on entend par delà les mousses et les lichens le chant parfait des troglodytes siffleurs : twit twit twit !!!! Also sprach Blanca Moreno, grande amatrice devant l’éternel de caviar de Santander. »

Du 27 février 2007 au 27 mars 2007 Blanca Moreno exposait à Bogota à la Galeria de Arte Fenalco. L’exposition avait pour titre : Memorias de Lugar. Mémoires de lieu. Elle ajoute alors en préambule à l’exposition :

« Il y a un endroit qui bouge en moi. Parfois c’est le vent qui remue les feuilles vertes de la forêt qui vit dans mes poumons. Parfois encore ce sont des milliers de lumières qui parcourent mon torrent sanguin, frénétiques et délicates comme un roucoulement. Je m’assieds sur une rive ou l’autre et j’observe le va-et-vient. Alors celui qui peint disparaît. Le jeu mystérieux commence et nous sommes plus débordants de vitalité, plus libres et plus vulnérables.
De cette vraie dynamique, vestiges silencieux, surgissent, les peintures. »

Blanca Moreno, 2007

 

Dans Animalia elle utilise la technique ebru  (art des nuages), technique turque de peindre sur l’eau, appelée aussi papier marbré. Cette technique vient elle aussi du Japon  où elle est apparue au XIème siècle sous le nom de suminagashi (encres flottantes) puis s’est répandue à travers l’Asie Centrale à partir de l’Inde pour arriver en Turquie vers le XVIème siècle. Pour réaliser cette technique il faut de l’eau distillée à laquelle on ajoute de la gomme adragante et du fiel de boeuf. Le liquide devient visqueux  (certains préfèrent la poudre d’algues, moi j’imagine bien des gombos, des mucilages).

Les animaux représentés par Blanca Moreno en 2014  dans Animalario forment un bestiaire où chacun des auteurs arrive à cloche-pied pour ne pas emprunter le nuage de l’autre. Il s’agit de ne pas réveiller les animaux, « los animalitos », mais aussi les fieras. La bestia montre les crocs telle une hyène qui ne dit pas son nom. Peut-être cette bestia voudrait-elle simplement elle aussi  à l’heure des grillons (« la hora de los grillos« ), à cette heure si paisible, se retrouver sous les racines en échasses d’un palétuvier rouge à souffler sur l’eau pour simplement faire des vagues d’encre qui feront elles aussi un tableau aléatoire dans la mer des Caraïbes. Mais la question continue, lancinante : les ours à lunettes peuvent-ils décemment surfer sur  les vagues dans la mangrove ?

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Vendredi 13

Aujourd’hui c’est vendredi 13 avril 2018. Il y a 65 ans ma chère et tendre poussait son cri primal dans les hauteurs de Ventura, un petit hameau perdu à la périphérie de Morro do Chapéu, Chapada Diamantina, Bahia, Brésil. L’accouchement se fit à la maison. L’accoucheuse se nommait Teodora. Le 13 avril 1953 n’étant pas un vendredi mais un lundi les heureux géniteurs Belo (Belisario) et Bilia (Maria de Lourdes) ne s’empressèrent pas d’enfourcher le cheval le plus fougueux pour aller déclarer au bourg au plus tôt celle qu’on appellerait Benilde. Il leur fallut au moins sept ans pour faire l’acte de naissance. Il n’y eut aucun empressement sinon l’obligation pour papa Belo de préparer en toute hâte la meladinha qui allait consolider l’entrée dans le monde de la dita cuja

Mr Belo n’était pas superstitieux, mais lundi ou pas, il n’hésita pas à jouer une petite mise de 13 contos de réis qu’il gardait sous son matelas pour l’heureux évènement sur le Papillon (borboleta), l’Autruche (avestruz) et le Chat (gato) au jeu du bicho sans oublier l’animal totémique : le lapin (coelho). Puis il prit la Marinette, le bus local, et une fois arrivé au bourg joua à la loterie fédérale les numéros de la chance: treize quatre as neuf cinq trois. Et pour un bon protègement de celle qui deviendrait par défaut son aînée il l’affubla sur recommandation expresse de son épouse d’un Benilde qui était le nom de la meilleure amie de cette dernière. Et aussi en passant celui d’une martyre dont les cendres furent jetées dans le Rio Guadalquivir à Córdoba, en terre andalouse, Espagne. Un troisième protègement fut de lui donner un prénom en B car les deux premières grossesses qui avaient précédé la naissance de Benilde et qui terminaient en -ton, les dénommés Ivanilton et Adenilton, s’étaient soldées par la mort des deux nouveaux-nés victimes de la maladie qui sévissait alors, le terrible mal de sete dias. La maladie des sept jours. Tous deux étaient décédés avant ces sept jours fatidiques des suites d’un tétanos du nombril dû à une mauvaise stérilisation des ciseaux. C’était chose commune en ces contrées. La maman devant cette tragédie se débarrassa des trousseaux qu’elle avait préparés pour les deux premiers garçons de telle sorte que ce lundi treize avril d’auguste mémoire rien n’avait été préparé pour accueillir et surtout vêtir dignement la nouvelle âme de Ventura. Très vite on abrégea Benilde en Bena. On hésita entre Benilde et Ida, sainte du jour. On l’appela donc Dida. Mais le papa jura pour préserver l’enfant qu’il fabriquerait de ses mains des statues en terre cuite de Sainte Benilde vitam aeternam pourvu qu’elle eut la vie sauve. Une vision de Notre Dame étincelante comme un diamant LUI APPARUT ET LUI DONNA LES INGRÉDIENTS DE LA MELADINHA SACRÉE DONT IL FALLAIT OINDRE LE NOMBRIL DE L’ENFANT NOUVEAU-NÉ DONT ON CRAIGNAIT QU’ELLE NE RÉUSSISSE À FRANCHIR LE CAP FATIDIQUE DES SEPT JOURS. IL FALLAIT AUSSI LE SEPARER DU PLACENTA MATERNEL NON PAR DES CISEAUX MAIS PAR UN DIAMANT ! CETTE INJONCTION DU CIEL FIT QUE DÈS LE PREMIER JOUR ON BADIGEONNA LE NOMBRIL DE LA DITA CUJA SECTIONNE AU DIAMANT EN LIEU D’ARNICA D’UNE MELADINHA DE MIEL D’ABEILLE SANS DARD, DE CACHAÇA PURA D’ALAMBIC ET DE CITRON VERT. L’ENFANT FUT SAUVÉE. ALLÉLUIA!

Sept jours passèrent. Il fallut acheter en toute hâte la layette.

ELLE SURVÉCUT, survivante de la déception, car personne ne s’attendait à ce qu’elle survive, NON SEULEMENT 7 JOURS MAIS 23741 JOURS AU DERNIER DÉCOMPTE DU 13 AVRIL 2018. IL FALLUT CERTES BEAUCOUP DE LAIT DE CHÈVRE CAR ELLE AVAIT UNE INTOLÉRANCE AU LAIT DE VACHE ET POUR EMPIRER TOUT ÇA SA MÈRE N’AVAIT PAS DE LAIT. Mais la NORDESTINA survécut.

Et aujourd’hui en son honneur le soleil ardent du Nordeste brille sur la Baie des Anges. TIMIDEMENT CERTES MAIS IL BRILLE. NICE EST DEVENU SERTAO ET LA VOIX IMMENSE DU TROVADOR LUIS GONZAGA PLANE AU-DESSUS DE LA BAIE DES ANGES soudainement transformée en Serra de la Chapada Diamantina:

le medley de Marie-Thérèse

Marie-Thérèse va avoir, si Dieu le veut, 87 ans le 25 juin 2018. Elle est encore assez vaillante si on oublie quelques engourdissements au bout des doigts qui ne la handicapent pas encore pour taper sur l’ordinateur ces fameux mots d’accueil pour lesquels elle est connue sur l’ensemble paroissial  de Bruguières Fenouillet  qui regroupe aux environs de Toulouse, crise de la foi et des vocations oblige, les paroisses de Bruguières, Fenouillet, Gagnac, Gratentour, Lespinasse, Saint-Jory, Saint-Sauveur. Elle a atterri dans la région vers 2008 après avoir vécu en Guadeloupe où elle est née à Saint-Claude, Deshaies et Basse-Terre, à Vernouillet dans les Yvelines, à Bagneux dans les Hauts-de-Seine puis à Romilly-sur-Seine dans l’Aube. Après la mort de son époux en 2001 elle a vendu sa maison et est repartie aux Antilles à Basse-Terre en Guadeloupe où elle est restée 4 ans. Elle a atterri à Gagnac parce que sa file aînée habitait  dans la région et lui avait trouvé une maison. Elle vit seule sans télévision avec ses poules et son jardin.

Cette octogénaire alerte est depuis vitam aeternam de ces petites mains de l’Eglise, de ces abeilles ouvrières qui  vont et viennent butinant autour de la Parole de Dieu.

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Marie-Thérèse célèbre à-tout-va les obsèques. C’est son job, et elle le prend au sérieux. Elle remplace au pied levé prêtres ou diacres à toute heure pour accompagner les familles en deuil. Elle est déléguée à la célébration des funérailles. C’est l’une des animatrices principales les plus réputées.

Il y a dans cet accompagnement liturgique des funérailles tout un rituel, tout un ordonnancement et comme elle n’a pas peur de la mort c’est avec entrain qu’elle prépare les autres au grand départ vers l’au-delà de leurs proches.

Cela commence par la rédaction du mot d’accueil qui a pour but de présenter à l’assemblée, mieux encore à Dieu en action de grâce, la personne défunte. Pour ce faire elle reçoit au préalable la famille et ensemble ils décident de ce qu’il faut mettre dans ce mot d’accueil. Ce mot d’accueil, qui n’est en aucun cas un panégyrique,  évoque quelques étapes de la vie de la personne décédée ainsi que quelques aspects de sa personnalité. Pour elle cela ne doit pas prendre plus d’une page et s’il en faut plus, ma foi, on change la police et hop cela tient en une page imprimée.

Après le mot d’accueil il peut y avoir des témoignages prononcés en direct par des membres de la famille. Puis on écoute le CD qui regroupe les chansons ou la chanson qu’aimait le disparu. c’est le chant d’entrée. viennent ensuite la lecture

Marie-Thérèse qui aime les choses bien faites a préparé elle-même son enterrement depuis plus de 10 ans. Tout est prêt, ficelé, étudié. Il ne manque que la date. Le lieu ?L’heureux élu sera le petit cimetière paroissial de Gagnac-sur-Garonne. La concession perpétuelle en terre gagnacaise est achetée, le cercueil, les fleurs et la plaque payés, les pompes funèbres prévenus et déjà défrayés. Comme elle dit : elle a arrangé ses affaires. Rien ne sera laissé au hasard. Son adresse définitive est donc bel et bien programmée. Carré 3 ou Carré 4 si sa mémoire ne lui joue pas un tour, Elle a même prévu que si elle meurt pendant le Carême on chantera au lieu de l’Alleluia

Gloire et Louange à toi, seigneur Jésus

GLOIRE ET LOUANGE A TOI

Refrain : Gloire et Louange à Toi, Seigneur Jésus !

1. Christ manifesté dans la chair,
Gloire et louange à Toi.

2. Christ justifié dans l’Esprit,
Gloire et louange à Toi.

3. Christ contemplé par les Anges,
Gloire et louange à Toi.

4. Christ proclamé chez les païens,
Gloire et louange à Toi.

5. Christ qui est cru dans le monde.
Gloire et louange à Toi.

6. Christ exalté dans la gloire,
Gloire et louange à Toi, Seigneur Jésus.

 

Et elle a même préparé son CD. C’est un pot-pourri, qu’elle préfère appeler medley des chansons de sa jeunesse , des airs qui ont compté pour elle. Il comprend en vrac :

Oh mon île au soleil (Henri Salvador)

Chanson d’amour (OPHELIA)

Prendre un enfant par la main (YVES DUTEIL)

Le temps des cerises (YVES MONTAND)

 

Mille colombes (MIREILLE MATHIEU)

 

Je reviens chez nous (JEAN-PIERRE FERLAND)

 

Pour cette chanson au lieu de

Fais du feu dans la cheminée je reviens chez nous

S’il fait du soleil à Paris il en fait partout

elle chante :

J’ai vécu dans la joie avec vous sur cette terre,

Réjouissez-vous avec moi je m’en vais vers le Père

Marie-Thérèse attend la mort tranquillement. Elle a dû probablement préparer prière pénitentielle et  oraison. Elle pensait que l’heure du fatal trépas aurait sonné l’année dernière à l’été, elle s’est trompée. La seule chose qu’elle ne puisse faire c’est écrire son mot d’accueil.

Qui le lui rédigera en temps voulu à son tour pour retourner diaconesse new age  fraîche et dispose comme elle dit dans la maison du Père ?

maman

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage

Et même le renard le dit au petit prince : si tu veux un ami il faut l’apprivoiser et pour apprivoiser il faut être patient. Et vlan !

Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un puits de patience. Je ne crois pas trop aux proverbes mais je crois beaucoup à celui-ci qui n’encourage pas à la patience. C’est un véritable éloge de l’impatience.

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Bien mieux que :

Patience et longueur de temps font plus que force et rage.

Dans patience il y a le mot attente et dans le mot attente je vois la salle ‘attente où se traînent les patients perclus par le doute. Je ne crois en aucune certitude. Je me crée des certitudes passagères qui me permettent d’avancer. Mon univers est toujours en expansion. Je place toujours une limite à mes attentes. Attendre vitam aeternam, trop peu pour moi. Atteindre le but de l’attente n’est pas toujours chose facile. Dans la salle d’attente, je suis patient, je dépends. Car être patient c’est souffrir, endurer, supporter, pâtir. Certains en éprouvent une jouissance toute mystique. L’attente du Messie ! l’attente du Jugement Dernier ! L’attente du médicament miracle !Je ne crois pas aux châtiments. Je ne crois pas aux supplices !

en philosophie il ya l’agent et le patient. Permettez que je choisisse l’action à la passivité.

Par ailleurs patient qui vient en latin du participe passé du verbe  pati (souffrir, supporter, endurer)  n’a rien à envier à  à Passion qui a exactement la même origine linguistique. Penser à la Passion du christ, tenez, qui commence demain Vendredi-Saint.. Patient et Passion même combat masochiste ?! ah non patience ou passion on en pâtis tout autant !

Je pense que la patience donne la fausse assurance d’un confort intellectuel. Je prends mon temps, se it-on ! . Tout va se réaliser un jour. Laissons faire la nature, Laissons faire le temps. Moi je préfère brusquer le temps, narguer la nature, titiller les heures. Défier l’interdit. Je me fixe des limites, toujours. Je me fixe des plans. Autrefois ils étaient de 5 ans. Maintenant je me donne chaque année un plan d’action. un plan de vie, un plan d’attaque. Ne pas subir, enfin le moins possible. Etre mon propre fer de lance ! Interroger mon instinct. L’apprivoiser. Oui si j’ai de la patience c’est avec mon instinct qui ne m’a jamais desservi. Je revendique cette impatience, ce droit à l’impatience au sens anglais de eager, eagerness comme dans le film Les corps impatients (Xavier Gianolli, 2003) Eager bodies en anglais qui suit justement une patiente atteinte du cancer  il y a le désir, l’appétit, la voracité, l’enthousiasme de l’impatience, l’avidité, le désir. L’envie. L’émerveillement ! Eager to learn, eager to please, eager to help, eager to work, eager to know.   On sent la soif, on sent la faim ! On sent la tension  vers l’objet !Le contraire de l’impatience c’est la résignation, l’accommodement. Etre impatient c’est se faire violence et faire fi des conventions pour que les chasses aux papillons ne cessent pas du jour au lendemain. C’est une négociation permanente avec soi et les autres avec les maladies, les nuisibles, les courants d’air et autres parasites

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Je viens de voir effaré qu’il y a 81 proverbes de par le monde qui parlent de patience. En fait je n’en ai comptabilisé que 75. J’ai eu la patience de faire les couper-coller et de les mettre en forme. Pas si impatient que ça finalement. : eh oui pour écrire il faut quand même un chouia de patience et ne pas se fâcher à chaque quart de seconde avec la feuille blanche ou l’écran….

Les 75 proverbes, adages et dictons autour du maître mot patience : lisez-les tous si vous êtes patients. Moi je les ai survolés !

1 On connaît l’humilité d’un homme dans son élévation, et sa patience dans l’adversité.
Proverbe danois ; Les proverbes et dictons du Danemark (1956)

 

2 Lorsque tu as entrepris quelque chose, prends patience.
Proverbe arabe ; Le dictionnaire des proverbes et dictons arabes (1980)

 

3 Avec de la paille et du temps, les nèfles blettissent.
Proverbe breton ; Dictons, maximes et proverbes bretons (2001)

 

4 À force de temps je t’aurai, disait le chêne à la citrouille.
Proverbe provençal ; Dictons d’oc et proverbes de Provence (1965)

 

5 Patience laissa brûler sa maison.
Proverbe français ; Les proverbes et dictons communs (1611)

 

6 Qui a patience a paradis.
Proverbe français ; Les proverbes et dictons communs (1611)

 

7 Patience, médecine de pauvre.
Proverbe provençal ; Dictons d’oc et proverbes de Provence (1965)

 

8 La patience conduit au salut, la précipitation court au malheur.
Proverbe turc ; Mille et un proverbes turcs (1878)

 

9 La patience mène à bien, la précipitation à rien.
Proverbe turc ; Les proverbes et dictons de la Turquie (1956)

 

10 Tout mal guérit par patience.
Proverbe français ; Dictionnaire des sentences et proverbes français (1892)

 

11 Un bon cœur penche vers l’indulgence, un cœur étroit ne dépasse pas la patience.
Proverbe chinois ; Le livre de la sagesse chinoise (1876)

 

12 La patience est une médecine de la vie.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

13 La patience est le bouclier de l’âme.
Proverbe allemand ; Proverbes allemands traduits en français (1876)

 

14 Les gouttes d’eau creusent à la longue le rocher sur lequel elles tombent.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

15 La patience donne la bienveillance et pardonne toutes les fautes (dettes).
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

16 Avec de la patience, point de malheur, et avec de la tristesse, aucun avantage.
Proverbe arabe ; Les proverbes du peuple arabe (1803)

 

17 La patience dévore le diable.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

18 À la patience on reconnaît l’homme.
Proverbe allemand ; Proverbes allemands traduits en français (1876)

 

19 Prends patience, tu verras des miracles.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

20 La patience et quelques cris, sont les meilleurs remèdes.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

21 La patience donne le courage, le courage enfante l’espérance, et l’espérance ne laisse pas tomber dans la honte.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

22 La victoire de la patience seule est solide.
Proverbe allemand ; Dictionnaire des proverbes et dictons allemands (1980)

 

23 À qui Dieu donne une femme, il lui donne aussi la patience.
Proverbe allemand ; Proverbes et dictons allemands (1828)

 

24 Peu à peu, la laine se transforme en tapis.
Proverbe persan ; Dictionnaire des proverbes et dictons persans (1980)

 

25 Petit à petit fuseau fait fil.
Proverbe breton ; Dictionnaire des proverbes et dictons bretons (1980)

 

26 La patience poussée à bout se change en fureur.
Proverbe français ; Recueil d’apophtegmes et axiomes (1855)

 

27 L’oiseau pris dans les filets doit prendre patience.
Proverbe indien ; Les proverbes en hindi (1988)

 

28 Qui veut durer et avoir le dessus, doit posséder patience et vertu.
Proverbe français ; Recueil d’apophtegmes et axiomes (1855)

 

29 La patience est la force des faibles.
Proverbe français ; Dictionnaire des proverbes français (1749)

 

30 La souffrance transige avec la patience.
Proverbe français ; Dictionnaire des proverbes français (1749)

 

31 La patience est l’art d’espérer dans les maux.
Proverbe français ; Dictionnaire des proverbes français (1749)

 

32 Pour un procès il faut trois sacs : sac de papier, sac d’argent, sac de patience.
Proverbe français ; Recueil d’apophtegmes et axiomes (1855)

 

33 Qui ne se lasse point vient à bout de tout.
Proverbe espagnol ; Maximes et sentences espagnoles (1859)

 

34 La patience et le silence sont les meilleurs remèdes contre la colère.
Proverbe danois ; Dictionnaire des proverbes danois (1757)

 

35 Petit à petit le raisin devient sucré.
Proverbe grec ; Maximes de la Grèce antique (1855)

 

36 La patience adoucit les maux qu’on ne saurait guérir.
Proverbe latin ; Proverbes et dictons latins (1757)

 

37 Quelques malheurs qui nous arrivent, le courage et la patience nous les feront surmonter.
Proverbe latin ; Proverbes et dictons latins (1757)

 

38 Le temps et la patience adoucissent les plus cruelles blessures.
Proverbe polonais ; Trésor des proverbes polonais (2005)

 

39 La science s’acquiert avec la patience.
Proverbe italien ; Proverbes et dictons italiens (1894)

 

40 La patience s’acquiert avec l’expérience.
Proverbe italien ; Proverbes et dictons italiens (1894)

 

41 La patience apporte des roses.
Proverbe tchèque ; Recueil de proverbes tchèques (1937)

 

42 C’est le fait du démon de se hâter, et celui de l’homme de savoir patienter.
Proverbe turc ; Mille et un proverbes turcs (1878)

 

43 Avec du zèle et de la patience un rat troue une planche.
Proverbe turc ; Mille et un proverbes turcs (1878)

 

44 À force de frotter, la corde casse la pierre.
Proverbe kényan ; Le proverbe kiswahili du Kénya (1993)

 

45 Une petite hache coupe un gros morceau de bois.
Proverbe guadeloupéen ; Recueil de proverbes créoles (1877)

 

46 Lorsque tu combattras par la patience, tu seras victorieux.
Proverbe arabe ; Les proverbes de Meïdani (1828)

 

47 La patience adoucit les maux qu’on ne saurait guérir.
Proverbe latin ; Proverbes et sentences latines (1825)

 

48 Tout Européen qui vient en Inde gagne de la patience, s’il n’en a pas ; et il la perd, s’il en a.
Proverbe indien ; Les proverbes en hindi (1988)

 

49 La patience est un remède universel à tous les maux.
Proverbe nigérian ; Proverbes du Nigeria (1956)

 

50 Une calebasse de vin se remplit goutte par goutte.
Proverbe nigérian ; Le pays igbo du Nigéria (2010)

51 La patience engendre la richesse.
Proverbe touareg ; Proverbes des Touaregs Kel-Adagh (2010)

 

52 La goutte incessante creuse la pierre.
Proverbe libanais ; Mille et un proverbes libanais (1968)

 

53 La patience aplanit les montagnes.
Proverbe libanais ; Mille et un proverbes libanais (1968)

 

54 Le temps est la clef de tout.
Proverbe africain ; Pensées africaines (2004)

 

55 Avec de la patience, le raisin finit par devenir sucré.
Proverbe kurde ; Les proverbes du Kurdistan (1936)

 

56 La patience est un remède à tous maux.
Proverbe russe ; Proverbes de la Russie (1956)

 

57 La patience est une herbe qui ne se trouve que dans le jardin des capucins.
Proverbe flamand ; Dictionnaire des proverbes flamands (1863)

 

58 La patience est amère, mais elle devient douce avec le temps.
Proverbe libyen ; Proverbes de la Libye (1956)

 

59 Il faut vaincre par la digne patience ceux qui vous offensent par orgueil.
Proverbe tamoul ; Le Koural – VIe siècle.

 

60 La patience vaut mieux que trop de bravoure.
Proverbe espagnol ; Maximes et sentences espagnoles (1859)

 

61 Avec du temps et de la patience on vient à bout de tout.
Proverbe espagnol ; Proverbes et locutions espagnoles (1835)

 

62 La patience édifie, l’impatience renverse.
Proverbe danois ; Dictionnaire des proverbes danois (1757)

 

63 Qui manque de patience manque de sagesse.
Proverbe danois ; Dictionnaire des proverbes danois (1757)

 

64 On ne peut pas sevrer un bébé en un jour.
Proverbe américain ; Recueil de proverbes américains (1964)

 

65 La patience rend tout homme maître.
Proverbe italien ; Proverbes et sentences italiennes (1876)

 

66 La patience d’un cœur est en proportion de sa grandeur.
Proverbe arabe ; Proverbes et locutions arabes (1835)

 

67 Si tu es enclume, prends patience ; si tu es marteau, frappe fort.
Proverbe turc ; Proverbes de la Turquie (1956)

 

68 La patience et la détermination conquièrent tout.
Proverbe américain ; Proverbes et dictons américains (1876)

 

69 La patience est un remède à toutes les afflictions.
Proverbe en latin ; Proverbes en latin (1757)

 

70 Il n’est point d’affaire, avec de la patience, dont on ne puisse venir à bout.
Proverbe turc ; Proverbes de la Turquie (1956)

 

71 La patience est une herbe qui ne pousse point dans tous les jardins.
Proverbe espagnol ; Proverbes et locutions espagnoles (1835)

 

72 L’enfant ne devient pas homme en un jour.
Proverbe zaïrois ; Proverbes et dictons zaïrois (1994)

 

73 Les termites disent : Petit à petit, cela s’amoncelle.
Proverbe camerounais ; Proverbes bamouns du Cameroun (1976)

 

74 La patience vaut mieux que la hâte, et cela en toute chose.
Proverbe malgache ; Les proverbes malgaches (1915)

 

75 La patience ne connaît pas le temps.
Proverbe sénégalais ; Proverbes et dictons sénégalais (1976)

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Sexe, paradis et interjections

Au summum du plaisir croyants comme incroyants, athées comme agnostiques, pratiquants comme non pratiquants ont à leur disposition dans toutes les cultures pour leurs soupirs, gémissements, râles et autres chuchotements toute une gamme d’interjections lubriques pour se signifier à soi entre spasmes et couinements subtils comme à leur partenaire qu’ils atteignent le paroxysme du plaisir. Il n’y a pas que les hummmmmmm, les ouille ouille ouille, les aïe aïe aïe, les oh oui, les ah, les woye, les waye créoles. Il n’y a pas que les lekker hollandais, les que rico espagnols, les ik kom klaar hollandais encore, les kwa kwa kwa des Indiens Matis d’Amazoni ou les ino ino ino (jaguar jaguar jaguar) de leurs voisins les Indiens Marubo. La panoplie est bien plus large pour évoquer cet instant flottant entre souffrance et plaisir. On invoque souvent alors à l’heure de l’orgasme des divinités, des prophètes, des saints et des saintes. On peut même jouir en latin comme dans une prière par un Gloria, un Hosanna ou un Alléluia.

Que celui qui n’a jamais murmuré bondyéségné ou oh mon dieu au moment de l’extase me jette la première pierre. Oh Doux Jésus peut gémir celle en qui on vient de faire rugir le petit Jésus dans la crèche. Sainte Vierge ! Ces figures tutélaires assaillent l’âme de celui qui jouit et qui sait que jouir est une petite mort et qu’avant de mourir il faut invariablement payer son tribut aux esprits. Nul ne peut avoir accès à ces mini paradis sur terre sans ces mots émis en plein vertige des sens. Jésus Marie Joseph crie l’un succombant presque sous les coups de boutoir des stimuli. C’est la même extase que celle de sainte Thérèse de Jésus sur la statue de marbre de Bernin (Gian Lorenzo Bernini) (1654) et celle de Marie Madeleine en extase au pied de la Croix de Guido Reni! C’est la même communion charnelle qui est proposée à travers l’ostie -chair et sang.

Que dit sainte Thérèse quand elle raconte son moment d’extase, appelé transverbération, moment où elle se fait transpercer par la lance bouillonnant de feu d’un ange chérubin et où la douleur et la mort confinent au plaisir:

« J’ai vu dans sa main une longue lance d’or, à la pointe de laquelle on aurait cru qu’il y avait un petit feu. Il m’a semblé qu’on la faisait entrer de temps en temps dans mon cœur et qu’elle me perçait jusqu’au fond des entrailles; quand il l’a retirée, il m’a semblé qu’elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur était si grande qu’elle me faisait gémir; et pourtant la douceur de cette douleur excessive était telle, qu’il m’était impossible de vouloir en être débarrassée. L’âme n’est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n’est pas physique, mais spirituelle, même si le corps y a sa part. C’est une si douce caresse d’amour qui se fait alors entre l’âme et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bonté de la faire éprouver à celui qui peut croire que je mens. ».

Mais d’où nous viennent ces spasmes de Sainte mystique. Comment cette extase, cette illumination, cette rencontré spirituelle, cette expérience numineuse se fait-elle chair et vocabulaire à travers les interjections ?

Ah interjections sans vous le coït serait océan de tristesse. Comment pourrions-nous autrement par le verbe partager l’émotion de la chair ? Parfois on manipule bien évidemment . On dit chéri ou chérie ou mon amour mais ce ne sont que des succédanés de chérubin comme ohmygosh est un succédané de oh my God.

Les interjections dites égophoriques ou endopathiques – telles que les décrit l’anthropologue Philippe Erikson dans le récent numéro 67 de la revue anthropologique Terrain consacré à la jouissance et intitulé Jouir? – sont selon moi des manifestations orales ancrées dans notre inconscient collectif aux frontières duquel la mort et la souffrance se livrent un duel arbitré par le désir inné de recherche du plaisir et de survie.

les cimetières mahorais ou la mort en nue-propriété

S’il y a quelque chose qui m’a frappé à Mayotte c’est la façon dont les gens traitent leurs morts. J’ai à ce sujet déjà évoqué ici la mort d’un voisin, Chéréli. Quant à leurs cimetières. j’ai déjà évoqué ici le cas du cimetière de Manzarisoa. C’est pour moi un cimetière abandonné, ou quasi abandonné. Enfin c’est l’impression qu’il m’a donné quand je l’ai vu pour la première fois au mois d’août dernier. Maintenant en pleine saison des pluies c’est la jungle. Là où je croyais en août voir un cimetière d’esclaves étant donné l’extrême dénuement du lieu et l’anarchie apparente je me retrouve maintenant en pleine jungle équatoriale et pourtant on est bien loin de l’équateur. Disons plus prosaïquement qu’on se croirait en pleine brousse. Les herbes ont poussé de façon exponentielle et on ne distingue plus une tombe en pleine terre de l’autre. Il n’y a pas un signe ou alors il est extrêmement discret pour différencier une tombe de l’autre, pas de fleurs, pas de plantes vertes en pots, pas de poèmes, pas de photos, pas de plaques, pas de stèle, pas de mausolée, pas un croissant, pas de bougie, pas une lune, pas une prière du Coran. tout juste peut-on lire le nom et le prénom du défunt.

La mort est en nue propriété en terre musulmane ! Il n’est pas interdit d’aller vénérer un mort sur sa tombe mais cela ne se fait pas. Le mort a droit à ses moments forts au sein de la maison familiale encadrée par les dignitaires et les fidèles de la mosquée mais le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On fait certes certaines exceptions pour le tombeau du Prophète (qui ne se trouve techniquement pas dans la mosquée mais sur une pièce attenant à la mosquée qui était l’appartement de sa femme Aicha et qui fait partie de la mosquée actuelle à Médine) ou le tombeau de Moïse qui serait en Cisjordanie sur le mont Nébo, haut lieu de pélérinage, mais nul ne s’aventurerait à prier sur la tombe de la mère du prophète, Sayda Amina Bint Wahb, qui était polythéiste alors que le prophète lui_même le faisait. en fait on peut prier pour un mort mais pas l’invoquer comme on invoque un esprit

J’ai pu toutefois constater que l’endroit qui est planté d’ arbres à pain est souvent envahi par des enfants qui dépouillent les arbres de leurs fruits et les grilles qui en août séparaient la rue adjacente du cimetière sont aux trois quarts défoncées.

Bref le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On n’aime pas trop frayer avec la mort, symbole de l’effroi. Il n’y a pas ici de carré musulman comme en métropole avec des tombes bien alignées. Ici on considère que 100 pour cent des habitants sont musulmans donc les catholiques, les chrétiens, les juifs, les bouddhistes les autres religions sont incités à se faire enterrer ailleurs. De la même façon la plupart des mahorais qui décèdent en métropole choisissent de se faire rapatrier post mortem à Mayotte pour avoir des funérailles et un cimetière en adéquation avec leur culte.

Très bien qu’on laisse faire la nature, très bien qu’on ne différencie pas dans la mort le riche du pauvre, mais il y a dans certaines villes un cimetière pour enfants et un pour adultes, mais que faire des non-croyants. Il y a à Petite Terre un cimetière catholique hanté par les frangipaniers et l’ylang-ylang. Ici l’enterrement doit être réalisé dans les vingt-quatre heures alors que la loi française demande avant l’ensevelissement ou la crémation un minimum de vingt-quatre heures après que le décès ait été constaté. De plus l’incinération comme l’autopsie sont interdites. Il faut laisser le corps dans son intégralité. Les pratiques de lavage du corps sont codifiées. on doit entourer le corps de l’homme de 3 couches de linceul, celui de la femme de cinq. Le corps est ensuite transporté entre la mosquée et le cimetière dans un cercueil mais est ensuite jeté en pleine terre. Seules quelques pierres matérialisent la tombe et l’enterrement peut être réalisé de jour comme de nuit.

Pourtant à Tsigoni où se trouve la plus ancienne mosquée de Mayotte, une mosquée swahilie comme celles de Domoni a Anjouan ou Tongoni en Tanzanie en pierre de corail dont le mihrab daterait de 1538 on trouve des tombes shiraziennes (ex Perse, Iran d’aujourd’hui), deux mausolées tournées vers la qibla qui seraient les tombes  de la femme et de la fille du sultan Haissa, lui-même fils du sultan Mohammed à Anjouan. Ailleurs pas très loin de Tsingoni en direction de Combani  se trouve le Tombeau du Premier Arabe. Il y a donc en terre musulmane des tombeaux plus sacrés que d’autres. Comme celui encore de la pointe Mahabou où repose le sultan Andriantsiouli  devenu Andriamangavakarivo dans le monde des esprits, qui vendit Mayotte à la France. Au pied de ce tombeau on célèbre des maoulida shengé, des douas, des badris, des roumbos où les ziyaras sont invoqués

Les femmes mariées devenues veuves portent le deuil pendant la période de viduité (idda) qui est de 4 mois et 10 jours sauf si elles sont impubères ou ménopausées auquel cas le délai se trouve ramené à 3 mois. Dans cette période la femme doit continuer d’habiter dans le domicile conjugal, ne peut découcher, ne peut porter de parure, se teindre les cheveux, mettre du khol autour des yeux, porter du rouge ou du jaune, porter du parfum, du fard, etc Le noir n’est pas la couleur du deuil en terre musulmane, mais le blanc. En dehors de son mari la femme a 3 jours de deuil à sa disposition. autant que les hommes, trois jours, quelque soit la situation matrimoniale. Le deuil de la femme enceinte cesse le jour de l’accouchement.. J’ai vu de nombreuses femmes vêtues de strict noir et coiffées de voiles mais ce sont là selon moi des femmes qui pratiquent un des différents cultes un peu plus radicaux de l’islam local.

L’idée qui m’est chère de me faire ensevelir dans la mer n’ est acceptée par l’islam qu’en cas d’impossibilité absolue d’enlever dans la terre. Inhumation en eaux marines ou en rivières. Mais pas d’aquamation please.

Esclavage, vice-championne du carnaval de Rio 2018

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Il y a de cela presque 130 ans le 13 mai 1888 la loi Aurea était promulguée au Brésil par la princesse régente Isabel. Elle avait été précédée en 1871 par la loi du ventre libre qui déclarait libres les enfants nés d’esclaves. Avec cette loi l’esclavage était aboli. Le G.R.E.S Paraiso do Tuiuti,  originaire de la favela du même nom dans le quartier de São Cristovão, vice-championne du carnaval 2018, a enchanté les tribunes au moment du défilé des écoles de samba sur l’avenue Marques de Sapucai avec cette question qui taraude encore de nombreux Brésiliens de toutes couleurs. Quelle que soit la teinte de l’arc-en-ciel qui nous caractérise la question posée est : »Mon dieu, Mon dieu, l’esclavage est-il aboli? »

L’esclavage était donc le thème du défilé  avec cette question Meu Deus, meu Deus Esta extinta a escravidão ? L’esclavage est-il éteint ? Le seul fait de se poser la question en 2018 interroge au Brésil comme elle interroge dans de nombreux pays à travers le monde des Etats-Unis aux Antilles. Si on se pose la question c’est qu’elle n’est pas résolue ! Par ailleurs une nouveauté : une femme Grazzi Brasil chantant le thème d’ouverture.

Les compositeurs Claudio Russo, Moacyr Luz, Dona Zezé, Jurandir et Aníbal, ont fait une nouvelle narration de l’histoire de l’esclavage au Brésil à travers leurs 29 ailes (asas) montrant l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes aussi bien dans le champ rural que dans le domaine urbain, dans les quilombos et senzalas d’aujourd’hui, les favelas, désormais appelées pieusement de communautés (comunidades) où règnent tous les trafics (rogues, sexe, armes) et l’insécurité à tel point que juste après le carnaval les troupes militaires fédérales sont intervenues et ont assumé le pouvoir de police à Rio de Janeiro. Un défilé à forte connotation politique donc puisque les réformes engagées par le président Temer sont caractérisées comme un recul, un retour en arrière vers  des pratiques anciennes  datant de la Colonie et de l’Empire où la préservation du système esclavagiste et la surexploitation du travail était la principale caractéristique des élites économiques. Récemment les lois rétrogrades gouvernant le travail ont été promulguées et les conditions pour dénoncer un travail esclave renforcées donnant naissance à ce qu’on peut appeler un esclavage social.

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Bien que beaucoup d’historiens expliquent que la corruption est un des piliers du brésil d’autres comme Luiz Felipe de Alencastro  (voir son ouvrage Trato dos viventes) affirment que l’esclavage est le pilier de la formation historique brésilienne car l’empire portugais d’outre mer n’a pu se former que par et grâce à la traite négrière et la construction de réseaux commerciaux dans l’Atlantique Sud.

Que disent les paroles :

Não sou escravo de nenhum senhor
Meu Paraíso é meu bastião
Meu Tuiuti o quilombo da favela
É sentinela da libertação

Irmão de olho claro ou da Guiné
Qual será o seu valor? Pobre artigo de mercado
Senhor eu não tenho a sua fé, e nem tenho a sua cor
Tenho sangue avermelhado
O mesmo que escorre da ferida
Mostra que a vida se lamenta por nós dois
Mas falta em seu peito um coração
Ao me dar a escravidão e um prato de feijão com arroz

Eu fui mandinga, cambinda, haussá
Fui um rei egbá preso na corrente
Sofri nos braços de um capataz
Morri nos canaviais onde se plantava gente

Ê calunga! Ê ê calunga!
Preto Velho me contou, Preto Velho me contou
Onde mora a senhora liberdade
Não tem ferro, nem feitor

Amparo do rosário ao negro Benedito
Um grito feito pele de tambor
Deu no noticiário, com lágrimas escrito
Um rito, uma luta, um homem de cor

E assim, quando a lei foi assinada
Uma lua atordoada assistiu fogos no céu
Áurea feito o ouro da bandeira
Fui rezar na cachoeira contra bondade cruel

Meu Deus! Meu Deus!
Se eu chorar não leve a mal
Pela luz do candeeiro
Liberte o cativeiro social

 

 

Moi j’aurais une lecture un peu différente et à l’esclavage social j’ajouterais l’esclavage religieux. D’ailleurs dans le titre on voit bien les références religieuses de toutes origines : Meu Deus, meu Deus , Fui rezar na cachoeira, Amparo o rosario ao negro Benedito, preto velho, não tenho a sua fé, irmão, meu paraiso é meu bastião. Nao sou escravo de nenhum senhor pourrait sembler équivoque. En voulant signifier qu’on n’est esclave d’aucun maître d’aucun seigneur on n’épouse pas les idées anarchistes « ni dieu ni maître » et on accepte justement les théories religieuses qui ont justifié pendant des siècles l’esclavage. En d’autres mots l’esclavage continue parce que entre autres choses le joug des dieux reste permanent sur l’âme des damnés ! Et ce joug-la, cette exploitation de l’homme par les dieux et leurs représentants auto-proclamés sur terre, qu’ils soient rois, princes ou présidents, on n’en verra pas e sitôt la fin ! La libération de cette captivité n’est pas une question de larmes mais une question d’action, de révoltes. Les carnavals sont télévisés mais comme disait Gil Scott Heron : the revolution will not be televised

 

 

My bucket list ou les 65 items que je souhaite réaliser dans les quelques années (mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes) qu’il me reste à vivre

Never too late ! Ce soir c’est MARDI-GRAS et je me déguise  à six mois de la retraite en Carter Chambers. Et je publie moi aussi ma bucket list. Comme dans le film éponyme starring Jack Nicholson et Morgan Freeman, The Bucket List (Sans plus attendre, en vf). C’est la mode des to-do lists before you die, before you kick the bucket. Bucket veut dire seau. Et seau me fait penser à Champagne et à eau et à sable. Kick the bucket veut dire casser sa pipe. Bon je m’égare… Disons que je suis Carter Chambers dans le film et que je suis a terminally ill man. MÊME SI JE N’AI NI JET PRIVE NI EDWARD COLE POUR FINANCER mes rêves et expectatives, MEME SI JE NE SUIS PAS MÉCANICIEN AUTO ET QUE JE NE RÊVE PAS DEVENIR PROF D’HISTOIRE voici mes 65 ITEMS, mes énormes grains de sable que je souhaite réaliser sans plus attendre dans les quelques cyclones qu’il me reste à vivre. Ce n’est pas comme une liste de courses, ce sont des projets, des envies, des lubies, des tentatives de vaincre des peurs bien enracinées souvent qui peut être ne se matérialiseront jamais mais qui sont ces petits riens, ces petits rêves à priori impossibles qui soutiennent telles des pierres de corail le lagon de mon quotidien. I WISH I COULD CROSS A FEW OF THOSE ITEMS.

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1. Passer Mardi-Gras à Port of Spain

2. Passer un dimanche et lundi de carnaval sur le sambodrome de Rio et assister au défilé des écoles de samba

3. Danser la salsa à La Havane en octobre

4. Faire le tour de la Guadeloupe en bateau

5. Visiter les Baltimore d’ Antigua

6. Visiter les Baltimore des Îles Vierges

7. Participer à une chorale jazz

8. Manger dans un restaurant d’un chef étoilé caribéen

9. Visiter le Mato Grosso brésilien

10. Passer une année à Basse-Terre en Guadeloupe

11. Traduire en créole ou en français Omeros de Derek Walcott

12. Visiter Sainte-Lucie

13. Visiter les Terres Sainville en Martinique

14. Retrouver quelques chaînons manquants dans mon arbre généalogique

15. Prendre des cours d’aquagym

16. Faire de la plongée sous – marine

17. Préparer une feijoada de fruits de mer avec lambi, langouste, poulpe (chatrou), crabe, encornets, palourdes, riz noir et pois d’angole

18. Préparer un callaloo avec feuilles de dachine, gombo, lambi, langouste, poulpe (chatrou). crabe, encornets, palourdes et dombrés.

19. Participer à une école de samba brésilienne

20. Parler créole comme je parle portugais

21. Vivre dans une cabane perchée dans un manguier

22. Construire une maison en bois en conservant et épousant les structures d’un flamboyant

23. Publier mon recueil de poèmes Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

24. Publier mon roman Archipel des Reliques

25. Voir les neiges du Kilimanjaro

26. Passer un anniversaire quelque part au Mexique le jour de la fête des Morts

27. Avoir le permis bateau

28. Voir parfaitement sans lunettes

29. Visiter le Mozambique

30. Visiter le Burkina- Faso

31. Avoir 1000 articles dans mon blog

32. Rencontrer un chaman  en Papouasie-Nouvelle-Guinée

33. Vivre jusqu’à pas d’âge en bonne santé

34. Déguster un café de quimbombo en Équateur

35. Faire de l’aquarelle

36. Faire de la planche à voile

37. Ouvrir un restaurant pescétarien

38. Devenir 100 pour cent pescétarien

39. Avoir un potager du type jardin créole

40. Manger de la tortue

41. M’investir dans une association

42. Adopter un enfant

43. Faire une expérience de woofing

44. Avoir une Vespa

45. Faire du planeur

46. LAUGH UNTIL I CRY

47. SKYDIVING

48. SEE THE PYRAMIDS

49. Apprendre à réparer une voiture

50. Go on a safari and HUNT THE BIG FIVE

51. Get a tattoo

52. Visit the Taj Mahal

53. FIND THE JOY IN MY LIFE

54. Assister à un match de foot au Maracana

55. Faire du théâtre

56. Participer à un groupe de danse folklorique (quadrille)

57. Chanter dans un groupe de jazz

58. Jouer de la bossa nova à la guitare

59. Passer mes vacances  sur une plage dans un camp  naturiste

60. Apporter de la joie et de l’amour à : my significant other, siblings, kids and friends

61. Faire du jet-ski

62. Faire du ski

63. Jouer au bridge

64. Faire un vlog

65. Lire un livre par semaine

 

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Comme le dit la chanson je dis avec Charlie Winston : Kick the Bucket

If you say this is pop, to be singing to a tune with a rhythm like this, would it be so unpopular for a singer like me to be bringing up the fact that we’re all gonna go ? Some people swear, they say they know where.
For me it’s a mystery. But which ever way you see it
you have to admit it and live it and live it !

We all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! The end !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Blew up my TV. It’ was numbing my brain to be thinking the same as million other people all feeling afraid of the same thing.
But there’s is nothing to lose, cause we’re all on a bike and we’re cycling through, getting off on our injuries – but you gotta get back on it and live it and live it to love it and live and love life.

Cause we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

This is not a sad song !
I don’t bring it up to get you down,
It’s a celebration of all the red cells
going round and round in your body !

I don’t mean to preach or to sound lilke a teacher. No ! I only wanna cut the crap and , looking back, everybody’s had to face the facts.

That we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Les théismes sont machistes par essence

Judaïsme, Christianisme, Islam, voila 3 religions monothéistes avec leurs innombrables chapelles qui se retrouvent en un point. Machistes. Sexistes. Patriarcales. Avatars qu’on le veuille ou non de religions hénothéistes puis polythéistes.

L’hindouisme ou brahmanisme ancien serait la plus ancienne des religions dérivant elle même du védisme. Le brahmanisme aurait donné naissance au bouddhisme, au janaïsme et au jinisme. Puis aurait eu lieu le mazdéisme en Iran qui aurait donné naissance au zoroastrisme (Zarathoustra) qui  à son tour aurait engendré le judaïsme, mère du catholicisme et de l’Islam. Le bouddhisme serait apparu après le judaïsme.  Certes ceci n’est pas le privilège des religions monothéistes les polythéistes de tous bords ne s’en tirent guère mieux dans les faits. Peut-on croire que le fait que le panthéon grec ou romain contienne de nombreuses divinités ait diminué le sexisme et le machisme de la population. Non, Héra/Junon, Aphrodite/Vénus, Athéna/Minerve, Artemis/Diane, Demeter/Cérès et Hestia-Vesta, qui représentaient pourtant la moitié des divinités de l’Olympe n’ont pas rendus Grecs et Romains moins sexistes. Et dans le polythéisme hindou le fait d’avoir dans leur panthéon des divinités féminines comme Karli, Malyenmen, Pandialé, Lakshmi, Sarasvati, Petyaie n’absout pas les hindous de sexisme et machisme. Que les déesses soient africaines, aztèques (Chicometoatl ou Tonantzin), bouddhistes (Prajnaparamuta, Yogini, Cunda, Tara), égyptiennes (Isis, Neith, Mut, Meshkent, Ma’at), gauloises, inca (Mama Quilla), mayas (Ixchel), scandinaves (walkyries, Nornes), afro-américaines (orixas comme Iemanja, Iansa, Oxum, etc) elles sont toujours de plusieurs types : soit des divinités guerrières, soit des déesses appartenant à un couple, soit des déesses-reines, soit des déesses-mères, soit des déesses tutélaires associées aux cours d’eau , sources, aux montagnes et aux villes.

On est tenté de dire que les religions polythéistes seraient moins sexistes grâce à l’intervention de ces déesses et Olivier Herrenschmidt tente d’en faire la démonstration quand il publie en 1989 Les Meilleurs Dieux sont Hindous (Editions L’Age d’Homme)

Il suffit de lire cet article sur le voile porté indifféremment par les Israélites, puis les Chrétiennes puis les Musulmanes comme signe de soumission à Dieu, quel qu’il soit et surtout aux hommes, créés à l’image de Dieu.

Prenons le christianisme : La femme c’est un démon, une sorcière, une tentatrice, fabriqué à partir d’une des côtes de l’homme. en quelque sorte, c’est Eve qui a croqué la pomme, c’est elle qui en paie en saignant un tribut lunaire tous les 28 jours. La seule femme qui ait égard à leurs yeux c’est Marie dans le rôle de la coadjuvante vierge. Le premier rôle c’est Dieu, le Père tout puissant, ce n’est donc pas une femme. Les anges quoi qu’il n’ont pas de sexe sont toujours des hommes puisqu’ils portent des noms d’hommes tout comme les archanges, les prophètes, les apôtres, les disciples, les évêques, les prètres, les cardinaux, les papes (quoi qu’il est fait état ‘une papesse à Avignon, exception qui confirme la règle). La sainte-Trinité est affaire d’hommes : le Père (Yahwé, Élohim, Adonaï, Kyrios, Theos), le Fils et le saint Esprit. ah vous avez des doutes sur le saint esprit. LOe Saint-Esprit pourrait selon vous être

Il n’y a que les nonnes qui ont capacité à se rapprocher de Dieu (si elles sont vierges) car rappelons-le pour se rapprocher de Dieu il faut être vierge et ne pas avoir commis le péché de chair.

J’ai déjà évoqué le cas des femmes en terre islamique qui sont des champs que l’homme se doit de labourer. Il est aussi permis à chaque homme un harem de quatre femmes. Quant à ceux qui pratiquent le judaïsme ils remercient tous les jours Dieu dans leurs prières de ne pas les avoir fait naître femmes. Les imams, les muezzins, les cadis, le Coran, les rabbins, la Torah, les curés, la Bible, tous des hommes, tous unis dans le même combat, dans le même élan pour préserver leurs valeurs patriarcales.

Certes ces religions sont fort anciennes et en ces temps reculés le machisme, le patriarcat était la règle.

Et même l’athéisme n’est pas exempt de ces représentations sexistes qu’on pourrait croire enracinées dans le passé très lointain mais qui pourtant continuent ancrées au plus profond des hommes, au plus profond de la psyché masculine. Or travailler sur l’inconscient collectif, celui es hommes comme celui es femmes, car à mon humble avis, les femmes dans leur rôle traditionnel d’éducatrices sont les mieux en capacité de faire évoluer les représentations sexistes et machistes de leurs rejetons. En ne  cantonnant pas les garçons à des rôles essentiellement masculins, en les intégrant à la sphère féminine, à leur anima et vice-versa à faire surgir et laisser vivre chez les filles leur animus.

Seule cette coalition, cette cohabitation bienheureuse, choisie, voulue et bien comprise d’animus et d’anima peut mener à mon sens à plus ou moins brève échéance à une prise de  recul généralisée sur les idéaux machistes et sexistes que les théismes distillent depuis l’inconscient collectif de la nuit des temps.