Homme à fossettes, hou la la, homme à …

Ne soyez pas jaloux, quoi. Est-ce ma faute si les fées se sont penchées sur mon berceau et m’ont doté de cet instrument parfait, de ce bel organe qui fait resplendir et rougir les joues de tout un chacun. Merci aux fées , merci aux divinités, merci aux génies de m’avoir ainsi entre tous élu homme à fossettes ! Fossettes toujours au pluriel, les jumelles, l’une à droite l’autre à gauche. Parfaitement parallèles et équilibrées. Empreintes du doigt des anges, N’allez surtout pas croire que c’est génétique. Explication oiseuse et superfétatoire, s’il en est. Non, chers messieurs de la Faculté, ne vous en déplaise, mon grand zygomatique n’est ni déformé ni plus court qu’un autre et le rapport entre mes pommettes et la commissure de mes lèvres n’est pas la cause de cette petite dépression enjouée et juvénile. Homme à fossettes, dimple man, homem com covinhas, hombre de hoyuelos, excusez du peu. Je suis un envoyé spécial sur Terre. Ma mission est une bénédiction dyonisiaque : sourire et faire sourire.

Mais voyez-vous, la Nature qui sait ce qu’elle fait m’a doublement doté. Car je suis aussi des rares ceux qui possèdent des fossettes d’Apollon ! Vous ne connaissez pas ? Disons alors que je suis doté du losange de Michaelis. Vous ne voyez toujours pas ! eh bien disons alors en anglais que je possède un rhombus of Michaelis. Toujours rien ? Bon  je vous explique. C’est anatomique, docteur Watson. Vous voyez l’épine dorsale , vous descendez vous descendez juste au-dessus du sillon interfessier, vos joues du bas si vous préférez, vous verrez deux petites dépressions de chaque côté qui relient l’os iliaque du pelvis au sacrum de l’épine et qui forment un cerf-volant. Fossae lumbales laterales, sacral dimples fossettes sacro-iliaques. C’est Phoebus lui-même, fils de Zeus et Léto, qui les a creusées là ces fossettes d’ Apollon, Apollo holes, back dimples, butt dimples, salières de Vénus chez ces dames, salières d’Apollon chez ces messieurs. Et n’allez pas appeler ça des poignées d’amour, espèce d’impertinent. Non ce sont mes thumb handles, zoné érogène de mon rhomboïde intime s’il en est que jamais je ne percerai de piercing comme certains. Ni en haut ni en bas. D’ailleurs je ne les vous montrerai pas, mon rhombus, mon cerf-volant secret. Laissez-le flâner tranquillement dans l’alizé apollonien de mes hanches, mon sourire d’en bas.

A Milan le carnaval ambrosien se termine le Samedi-Gras, 4 jours après Mardi-gras

18 août 2013

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A propos de la liturgie ambrosienne pratiquée à Milan (Lombardie, Italie). J’ai fait des recherches et voilà plus ou moins ce qu’il en ressort. On sait que la liturgie catholique grosso modo est séparée en deux blocs, la liturgie de l’Ouest et celle de l’Est, l’orient. On compte à l’est:
– la tradition antochienne (rites de la liturgie Clémentine des Constitutions apostoliques, qui n’est plus utilisée, la liturgie syriaque de Saint-Jacques, utilisée par les églises suivant le rite de l’Église jacobite et syrienne de l’Est, la liturgie grecque de Saint-Jacques, utilisée une fois par an à Jérusalem, la liturgie syriaque des Maronites; la liturgie syriaque utilisée par l’église nestorienne, la liturgie de Malabar, utilisé par les chrétiens de Saint Thomas en Inde)
– la tradition byzantine (rites utilisés dans différentes langues par les Eglises orthodoxes, et la liturgie arménienne, utilisée par les églises de rite Géorgien et Arménien de l’Est)
– la tradition d’Alexandrie (rites de la liturgie grecque de Saint-Marc, qui n’est plus utilisée, la liturgie copte, qui est utilisée par les coptes – Église copte – en Egypte, et la liturgie éthiopienne, utilisée par l’église éthiopienne).

Le monde catholique à l’ouest suit de nos jours presque universellement la liturgie romaine. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. On pratiquait du 6ème au 12ème siècles une liturgie Moharabe ou wisigothe en Espagne (et le rite persiste encore de nos jours à Tolède et Salamanque). Jusqu’au 9ème siècle la France suivait la liturgie gallicane qui prévaut encore à Milan dans le rite ambrosien antique, rite utilisé dans l’archidiocèse de Milan et certaines localités des diocèses limitrophes de Bergame, Novare, Lodi et Lugano, des trois vallées tessinoises (Leventina, Blenio, Riveira) , ce dernier se trouvant en Suisse italienne. Autrefois l’ancien archidiocèse de Milan touchait outre la Lombardie, le piémont italien et du sud de la France . L’ensemble représente près de 5 millions de baptisés pour un total de 51 paroisses.. Tous les dimanches et jours de fête une messe chantée est dite à 17 heures 30 selon ce rite à l’église de Sant’Ambrogio,
Via Sant’Ambrogio, 20, à Legnano, 20025, MI
http://ambrosianeum.com
A noter qu’en France le rite gallican a persisté et réapparaît sporadiquement à Lyon et à Bayeux.
Le rite ambrosien est vivace en Lombardie. Il y est attesté depuis le 9ème siècle et il semblerait que pendant près de 200 ans Rome et Milan avaient coupé les ponts. On pourrait même considérer en y regardant de plus près que le culte ambrosien est un culte de l’Eglise réformée telle qu’on la connaît par ailleurs.
Le rite ambrosien est observé par l’archidiocèse de Milan en Italie. La réponse milanaise au Concile de Vatican II a été d’examiner et de réformer son propre rite liturgique. Cela a conduit à la publication d’un nouveau missel et d’un nouveau lectionnaire, qui tout en se réformant a réussi à conserver les caractéristiques de la messe ambrosienne. En plus de ces changements, l’Eglise de Milan a aussi révisé son office divin : Diurna Laus apparaît en 1982 et contient une nouvelle distribution des Psaumes qui se répartissent sur 4 semaines. En 1998, Liturgica Ambrosiana delle Ore est publié en 5 volumes et distribue l’année liturgique. L’Eglise de Milan a créé une distinction très claire entre les deux célébrations des prières du soir et celles du matin. Dans les laudes et vêpres romaines, la distinction est verbale alors que pour le rite ambrosien, elle est structurelle.
Dans le rite ambrosien le carnaval se termine non le Mercredi des Cendres mais Samedi Gras (Sabato Grasso) car le Carême (Quaresima) commence non pas le Mercredi des Cendres (Mercoledi delle Ceneri) mais 4 jours après c’est-à-dire le dimanche après le Mercredi des Cendres.

Ne pas confondre le samedi-gras milanais avec le Samedi-Gras antillais qui lui précède Dimanche-Gras, Lundi-Gras Mardi-Gras et Mercredi des Cendres.

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Misa criolla

Les messes chantées ont généralement cette trame sacrée, liturgique: Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus Dei.

En 1964 sort le disque Misa Criolla de l’argentin Ariel Ramirez (1921-2010) composition pour choeur, solistes et orchestre.

Les solistes sont issus de Los  Fronterizos, groupe folklorique qui existe depuis une izaine d’années alors composé à minima de un alto, deux ténors et une basse (Julio Cesar Isella, Juan Carlos Moreno, Gerardo Lopez, Eduardo Madeo, Yayo Quesada)

Au charengo  Jaime Torres

Le choeur est celui de la Cantoría de la Basílica del Socorro, sous l’harmonisation et la direction du Rev. Père Jesus Gabriel Segade.

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Je connaissais auparavant la version de 1999 avec Mercedes Sosa  , la voix argentine des sans-voix, (1935-2009) qui avait obtenu en 2000 un Grammy Award pour la meilleure musique folk latino-américaine. C’est l’autre jour Angelina Antona qui m’a informé de cette version originale de 1964. Je dois avouer que j’aime mieux l’orchestration du disque de Mercedes Sosa qui fait une grande part à la guitare. Je trouve que la première version, la version originale, est peut-être plus empreinte de religiosité tandis que celle de Mercedes Sosa serait quant à elle plus empreinte de sérénité. Affaire de goût. Bon, on peut être athée comme moi mais  savoir apprécier l’élan et les vibrations mystiques que peuvent causer l’écoute de cette messe créole.

En 1958 sort bien avant  le phénomène de la Misa Criolla de Ramirez la Missa Luba qui elle repose sur les choeurs et les tambours, c’est une version congolaise sous la direction du Père Guido Haazem (1921-2004) religieux issu de l’Ordre des Frères Mineurs et Les Troubadours du Roi Baudouin (une chorale qu’il fonde dès 1953 à Kamina au centre du Katanga alors belge). Les troubadours vont alors faire une tournée européenne dès 1958  en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Ils sont chez Philips dès 1963 et certaines des plages de leur album seront partie intégrante de films connus comme L’Evangile selon Saint-Mathieu (1964) de Pier Paolo Pasolini ou The singing Nun (1966) de Henry Koster avec Debbie Reynolds ou encore If (1968) de Lindsay Anderson   avec Malcom McDowell deux de leurs morceaux figureront même pendant 11 semaines  au hit parade britannique (Sanctus et Benedictus en 45T) en 1969 après la sortie du filme If. Philips éditera en Europe leur premier album en 1963, soit un an avant la Misa Criolla

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Un peu avant en 1956 l’abbé Robert Wedrahogo propose sa Messe des Savanes , qui est une chorale africaine à quatre voix, des séminaristes membres du petit séminaire de Pabré (Haute-Volta)(Le Burkina-Faso d’aujourd’hui) accompagnée de tambours et tam-tams. On y sent l’influence des danses voltaïques et même l’influence arabe pour l’une des plages du disque qui en comporte au total 6. Cette messe sera éclipsée par la Misa Luba  dès 1958

La Misa Flamenca (1966) est quant à elle arrangée par Ricardo Fernández de la Torre et José Alcaraz Torregrosa. A ce disque participent  Rafael Romero, Pericón de Cádiz, Chocolate, Pepe “el Culata” et Los Serranos au chant; Víctor Monje “Serranito” et Ramón de Algeciras à la guitare flamanca  et finalement les chorales Maitea et Easo.

D’autres misas flamencas suivront dont les plus célèbres sont celles de Fosforito (1975); Paco Peña (1991); Enrique Morente (1991); Alfredo Arrebola (2005); et Curro Piñaña (2007).

En 1966 on trouve en face B de la Misa flamenca la Misa Mozarabe. Les mozarabes sont des Chrétiens qui ont conservé leur religion catholique durant l’occupation maure de l’Espagne qui a duré presque 800 ans. A Tolède cette occupation a duré jusqu’en 1085-1086 bien que la Reconquista ne se termine officiellement qu’en janvier 1492 à la chute du royaume mahométan de Grenade. Sommés d’abandonner le chant mozarabe pour le chant grégorien de rentrer dans le rang et de suivre la liturgie en latin romaine ils se sont révoltés et le pape a fini par accorder à six paroisses de Tolède de conserver leur rite qualifié aussi de rite hispano-wisigoth. La version de 1966 est due au Père Gonzalez Barron. Le Choeur du Séminaire de Tolède ainsi que le Choeur du Colegio de Infantes sont sous la direction du Père Alfonso Maria Frechel et du Père Alonso. L’orchestre d’instruments anciens andalous fait part belle à la harpe  et est sous la direction du même José Alcaraz Torregrosa vu plus haut pour sa participation à la Misa Flamenca.

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La trame de cette messe est différente des autres :

Introito – Officium – Gloria

Psallendo – Sacrificium – Pacem Meam

Sanctus – Credo – Pater Noster

Accedentes – Post Communionem

 

 

Les feux de la Saint-Jean no sertão do Gâtinais : ode to José Maria

Que sont devenus les feux de la Saint-Jean? MOI JEAN-MARIE DONC JEAN COMPOSÉ JE M’INTERROGE CAR C’EST MA FÊTE, LA SAINT-JEAN. SAINT JEAN BAPTISTE, COUSIN DE JESUS, NE SIX MOIS AVANT LUI. C’est la fête de tous les Jean, les John, les Juan, les Giovanni, les Yann, les Jehan, les João….

Autrefois à la Saint-Jean les jeunes filles remplissaient une bassine d’eau et se concentraient pour y voir apparaître le contour de leur futur mari, celui que Saint Jean leur avait réservé. AUTREFOIS C’ÉTAIT À QUI SAUTERAIT LE PLUS HAUT AU DESSUS DES BÛCHERS DRESSES POUR CONQUERIR LE COEUR DE CES JOUVENCELLES

D’AUTRES GRIMPAIENT AU MAT DE COCAGNE POUR MONTRER LEUR HARDIESSE DEVANT CES GENTES DEMOISELLES EN HAUTE PAMOISON.

Disparus des campagnes à tel point qu’on se demanderait presque s’ils ont jamais existé. C’était autrefois les feux qu’on allumait au solstice d’été pour fêter les moissons. On dansait autour d’énormes brasiers, on buvait, dansait et mangeait. Il y a bien la fête de la musique mais elle n’a pas cette dimension bucolique. Autrefois on savait que Saint Pierre le 29 juin était le saint patron des veuves et des femmes célibataires que Saint Antoine avait délaissées. Antoine le 13 juin présidait aux amours et au mariage et Saint Jean dans la nuit du 23 au 24 juin répandait sa braise. Leurs rôles étaient bien répartis. On les invoquait, les priait. Que de litanies furent prononcées au mois de juin. Là c’était le maïs là, c’était le blé qu’on remettait au bon vouloir des divinités agrestes. Ceres veillait sur les semailles et les récoltes de céréales. C’était au temps où fiançailles, épousailles semailles et funérailles rimaient ensemble et chantaient toutes en choeur avec buvaille et mangeaille.

Au Brésil la Saint-Jean reste synonyme de prières exaucées, de voeux réalisés, de canjica, de forro, de feux de joie de l’hiver, de liqueur de génépi, de quadrille, de cacahuète, de maïs et d’ orange. Mais ici en France à défaut de canjica nous avons chanté la Paella. Quem não tem canjica se vira com Paella.

En cette année de grâce 2018 de notre ère j’ai passé une excellente Saint-Jean placée sous le signe des retrouvailles, de la mangeaille et de la buvaille mais aussi et surtout autour des funérailles. C’est donc autour d’une paella de 90 cm de circonférence dans le sertão du Gâtinais à La Merville, lieu dit dépendant de Pers-en-Gatinais dans le Loiret que nous nous sommes retrouvés pour célébrer la mémoire de l’artiste José Maria Piquer (1926-1979). La veuve de ce dernier, Andrée, et leurs deux fils ainsi qu’ une foule d’amis qui avaient à un moment de sa vie croisé l’artiste, étaient venus nombreux. C’était aussi pour moi un moment de retrouvailles avec un copain d’école que j’avais plus revu depuis 50 ans, Ariel Antona. Moment aussi de découverte avec la mère d’Ariel, Angelina qui nous apprit que sa fille Violetta Cousin et le mari de cette dernière Charles Cousin demeuraient comme nous dans l’Etat de Bahia entre Salvador et Cachoeira. Et que Violetta était adepte du candomblé. Mieux encore. Angelina habitait au-dessus de mon frère Patrick à Sceaux-les- Blagis. Autre rencontre extraordinaire: un autre polyglot trotter Alain Faure me racontait sa vie qui paraissait un roman d’aventure aux parfums de punch rare de pomme liane. GUADELOUPE, GUYANE, ETATS-UNIS ALLEMAGNE. Une hôtesse de l’air Dominique racontait sa vie entre États-Unis, Argentine, Inde, France et Espagne. Tout cela autour de flûtes de Champagne Philippe Fays et de bon vin qui coulaient à flots. A l’ombre des noyers plana alors le chant invisible de Bobbie Gentry (1944) et son Ode to Billie Joe (1967) qui me revint soudain en tête en parlant avec Alain qui l’avait intimement connue. Je la transformai en Ode to José Maria. Le fleuve Mississippi était devenu Loing. Du 3 juin on était passé au 21 juin. Ce n’était pas un adolescent qui s’était suicidé du pont Tallahatchie mais un fumeur invétéré de cigarettes qui avait connu une mort précoce.

It was the third of June,
another sleepy, dusty Delta day.
I was out choppin’ cotton
and my brother was balin’ hay.
And at dinner time we stopped,
and we walked back to the house to eat.
And mama hollered at the back door
« y’all remember to wipe your feet. »
And then she said she got some news this mornin’ from Choctaw Ridge
Today Billy Joe MacAllister jumped off the Tallahatchie Bridge.

Papa said to mama as he passed around the blackeyed peas,
« Well, Billy Joe never had a lick of sense,
pass the biscuits, please. »
« There’s five more acres in the lower forty I’ve got to plow. »
Mama said it was shame about Billy Joe, anyhow.
Seems like nothin’ ever comes to no good up on Choctaw Ridge,
And now Billy Joe MacAllister’s jumped off the Tallahatchie Bridge

And brother said he recollected when he and Tom and Billy Joe
Put a frog down my back at the Carroll County picture show.
And wasn’t I talkin’ to him after church last Sunday night?
« I’ll have another piece of apple pie, you know it don’t seem right.
I saw him at the sawmill yesterday on Choctaw Ridge,
And now you tell me Billy Joe’s jumped off the Tallahatchie Bridge. »

Mama said to me « Child, what’s happened to your appetite?
I’ve been cookin’ all morning and you haven’t touched a single bite.
That nice young preacher, Brother Taylor, dropped by today,
Said he’d be pleased to have dinner on Sunday. Oh, by the way,
He said he saw a girl that looked a lot like you up on Choctaw Ridge
And she and Billy Joe was throwing somethin’ off the Tallahatchie Bridge. »

A year has come ‘n’ gone since we heard the news ’bout Billy Joe.
Brother married Becky Thompson, they bought a store in Tupelo.
There was a virus going ’round, papa caught it and he died last spring,
And now mama doesn’t seem to wanna do much of anything.
And me, I spend a lot of time pickin’ flowers up on Choctaw Ridge,
And drop them into the muddy water off the Tallahatchie Bridge.

Je ne sais l’heure à laquelle Jose Maria Piquer était passé de vie à trépas mais le poème de Federico Garcia Lorca A las cinco de la tarde qui raconte la mort d’un torero prit place en moi. Ignacio Sanchez Mejias et José Maria Piquer ne faisaient qu’un.

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A las cinco de la tarde.
Eran las cinco en punto de la tarde.
Un niño trajo la blanca sábana
a las cinco de la tarde.
Una espuerta de cal ya prevenida
a las cinco de la tarde.
Lo demás era muerte y sólo muerte
a las cinco de la tarde.

El viento se llevó los algodones
a las cinco de la tarde.
Y el óxido sembró cristal y níquel
a las cinco de la tarde.
Ya luchan la paloma y el leopardo
a las cinco de la tarde.
Y un muslo con un asta desolada
a las cinco de la tarde.
Comenzaron los sones de bordón
a las cinco de la tarde.
Las campanas de arsénico y el humo
a las cinco de la tarde.
En las esquinas grupos de silencio
a las cinco de la tarde.
¡Y el toro solo corazón arriba!
a las cinco de la tarde.
Cuando el sudor de nieve fue llegando
a las cinco de la tarde
cuando la plaza se cubrió de yodo
a las cinco de la tarde,
la muerte puso huevos en la herida
a las cinco de la tarde.
A las cinco de la tarde.
A las cinco en Punto de la tarde.

Un ataúd con ruedas es la cama
a las cinco de la tarde.
Huesos y flautas suenan en su oído
a las cinco de la tarde.
El toro ya mugía por su frente
a las cinco de la tarde.
El cuarto se irisaba de agonía
a las cinco de la tarde.
A lo lejos ya viene la gangrena
a las cinco de la tarde.
Trompa de lirio por las verdes ingles
a las cinco de la tarde.
Las heridas quemaban como soles
a las cinco de la tarde,
y el gentío rompía las ventanas
a las cinco de la tarde.
A las cinco de la tarde.
¡Ay, qué terribles cinco de la tarde!
¡Eran las cinco en todos los relojes!
¡Eran las cinco en sombra de la tarde!

 

Vers 3 heures ce fut l’heure e passer à table et de déguster la Paella de Gaston, frère du défunt. Ce n’était pas une paella c’était une paellissima bellissima !

Avant la Paella des mises en bouche avaient proposées pour accompagner vins ou champagne. Il s’agissait de légumes frais coupés en petites portions que l’on trempait dans de la mayonnaise maison. J’ai apprécié les radis, les fanes de radis, les courgettes, le fenouil, le chou-fleur. Delícia. La Paella proposée était à base de poulet, crevettes, moules, petits pois, riz et chorizo épicé. Délicieuse. Puis vint le dessert . Un mélange de glace à la mangue, de granité au Cinzano, de mûres et de framboises, de papaye et de pastèque. Moi le gourmand j’ étais aux anges, rassasié, repu, heureux. DANS LES NUAGES SUBTILS DE LA SEPTIEME DIMENSION GASTRONOMIQUE ET SOCIALE JE CONNUS L’OUVERTURE DU PERICARDE ET LA COHÉRENCE CARDIAQUE. Nous étions dans la roça de Gatinais. Ai não me aguentei mais e comecei a dançar quadrilha na minha mente ao redor do puf de Mijanou Bardot com o som de  Mastruz com Leite. Melhor do que esse São João de hoje so aquele que vivi na roça da Chapada Diamantina alguns anos atras entre Rio de Contas e Livramento de Nossa Senhora (Bahia) com meu amigo falecido Jaldo e a esposa Jaciara.

Ah je peux vous dire que ma langue a chanté et sauté-maté sur le xote et le baião de ce São João octombule.

Je sirotais en sourdine avec Luiz Gonzaga et je vis dans ma flûte le champagne devenir licor de genipapo dont les bulles effervescentes se transformaient en ballons multicolores.

Olha pro céu, meu amor
Vê como ele está lindo
Olha praquele balão multicor
Como no céu vai sumindo

 

Foi numa noite igual a esta
Que tu me deste o coração
O céu estava assim em festa
Pois era noite de São João

Havia balões no ar
Xote, baião no salão
E no terreiro o teu olhar
Que incendiou meu coração

Olha pro céu, meu amor
Vê como ele está lindo
Olha praquele balão multicor
Como no céu vai sumindo

Olha pro céu, meu amor
Vê como ele está lindo
Olha praquele balão multicor
Como no céu vai sumindo

 

Nous n’avons dansé ni forro,  ni quadrille, ni zarzuela, nous n’avons pas chanté mais ce fut une fête mémorable que ce 23 juin 2018. Nous eûmes même droit à une exposition des oeuvres de José Maria Piquer autour de la grande salle et son imposante cheminée où nous sommes retrouvés à 31. TOUTE L’OCTOMBULIE SE TROUVAIT RÉUNIE. LE JOURNAL DE MINUIT ET DES POUSSIÈRES L’ OCTOMBULE AVAIT DÉLÉGUÉ SES PLUS FINS OCTOMBULISTES DE FRANCE, DE SUISSE, D’ESPAGNE, DE NAVARRE, DU BRÉSIL, D’ARGENTINE ET DE GUADELOUPE POUR COUVRIR L’ÉVÉNEMENT MAJEUR DE LA SAINT-JEAN 2018 ORGANISÉ PAR LES DEUX FREROTS BROTHERS ET LEUR UNCLE IN CHEF GASTON D’ARCACHON.

Eloge du cangote

J’ai découvert au Brésil une partie de mon anatomie dont j’ignorais jusqu’alors la simple existence. On l’appelle là-bas le cangote.

Quelques traducteurs vous le traduiront par « cou » d’autres par « nuque ». Or il y a en portugais brésilien les mots « pescoço » pour cou et « nuca » pour nuque. Le cangote est une partie du cou située juste en dessous de l’oreille et siège selon les connaisseurs de terminaisons nerveuses si sensibles que le seul fait d’effleurer du nez ou des lèvres cette partie de l’anatomie peut vous faire frissonner jusqu’aux bouts des orteils. En portugais on dira plutôt jusqu’à la canela (le tibia). La canela c’est une autre partie du corps, le tibia, un os saillant sensible s’il en est. Je le répète : un bisou léger posé sur le cangote, le haut de la nuque si vous préférez, une morsure imperceptible, un souffle chaud sorti du fond de vos entrailles, se répand comme de la poudre électrique génératrice de chair de poule (goose bumps) jusqu’à la canela (le tibia) de l’être aimé . Oh la la.

Le cangote est l’endroit où l’on met les nouveaux-nés à faire leur rot. C’est l’endroit où on les met à s’endormir aussi. C’est donc aussi un lieu privilégié de la petite enfance. Qui n’a jamais porté son enfant sur les épaules (shoulders) à califourchon ! Il n’y a rien de plus confortable pour l’enfant que le cangote, véritable no man’s land de tendresse.

Le cangote est donc une zone érogène exceptionnelle.

Il y a aussi au Brésil le colo. « Me pega no seu colo » pourrait se traduire en français par « prends-moi dans tes bras » ou « prends-moi sur les genoux ». Mais colo est bien plus que bras qui existe en portugais sous le nom de « braço » . « Menino de colo » signifie enfant qui ne sait pas marcher et qui est porté contre le sein en général de sa mère. Une femme adulte peut réclamer elle aussi son colo. Une petite place contre votre coeur où elle se blottira. Bien différent de « dar um abraço » (prendre dans ses bras). Le colo ou son diminutif le colinho est du domaine presque du religieux. On pense à la Vierge Marie donnant sa tétée au petit Jésus. C’est un geste de protection et de tendresse toute paternelle quand le mot s’applique à un homme.

L’être humain n’est pas le seul à posséder un cangote. Les taureaux par exemple ont aussi un cangote bien rebondi qu’on appelle « cupim ». Il est délicieux en churrasco. On dit volontiers au Brésil « beijo no cangote ». Ou encore « cheiro no cangote ». « FUNGAR NO CANGOTE ». Embrasser ou renifler, deux attitudes très animales qui renvoient tout aussi bien à l’enfance qu’à la tendresse et à la sexualité. Ne pas confondre nuque, cou et cangote. Colo, canela et cangote. Les 3 C tous reliés par des réseaux complexes et millénaires au point G de l’extase et de la jouissance. Qu’en dit le kamasutra?

La réalité dépasse la fiction

On croit être créatif, on imagine des scénarios invraisemblables. J’ai commis un ouvrage qui n’est pas publié et qui s’appelle Archipel des Reliques. C’est un roman qui raconte une histoire un peu étrange tirée de la vie telle que je l’imagine de ma grand-mère que je n’ai pas connue et qui était gadédzafè. Je lui ai imaginé une vie et une mort ainsi que des amours impossibles. J’imagine qu’elle est la symbiose entre son père qui est mort  indigent à l’hospice en 1900 et elle qui est morte en 1933. Mon père est la seule personne qui m’ait jamais parlé d’elle. Elle est morte d’un coup de colère sur le marché de Saint-Claude. Mon père avait dix ans à l’époque . Je crois qu’il a un peu sublimé le personnage. Elle vendait des simples sur le marché et avait comme il se devait pour tout gadédzafè un rapport constant et privilégié avec les forces occultes.

J’ai donc forcé un peu la dose et créé un personnage qui rentrerait en contact avec une divinité du troisième type et en tomberait amoureuse. Cette divinité prendrait l’apparence d’un cyclone fait homme. Bon gardons le suspense. Vous voulez en savoir plus. Rendez-vous ici.

Or il se trouve qu’hier en discutant avec un cousin dont la grand-mère était la fille de mon aïeule qui répondait au doux surnom de Fillotte il me raconte que cette fille, donc ma tante, la soeur aînée de mon père,  était initiée elle aussi sinon aux esprits du moins aux plantes et à la divination par les cartes. Et que lui-même tout jeune aurait été instruit de ces choses-là. Il était le confident de sa grand-mère avec qui il passait beaucoup de temps.

Mon père ayant été élevé à la mort de sa mère (il avait alors 10 ans) par sa soeur aînée la considérait un peu comme sa mère. Ce fut pour elle sa dernière pensée. Enfin celle qu’il partagea avec moi la veille de sa mort.

Ne dis rien à Fifine. Elle est déjà bien âgée.

Il ne voulait pas qu’on fasse part de sa mort à sa soeur pour ne pas l’ennuyer inutilement.

Or ne voilà-t-il pas que ce cousin me raconte que cette grand-mère, son arrière-grand-mère, ma grand-mère,  a été transportée le jour de sa mort en berceuse (c’est le mot qu’il a employé) du marché au domicile de mon grand-père qui était le mari de ma tante et en même temps le père de ma mère.

En berceuse ? me suis-je exclamé incrédule !

Quand le cousin en question me dit « berceuse » moi j’ai compris « berceau ». Mais berceau comme berceuse quelle drôle d’idée.   Puis j’ai réalisé  que je ne savais pas ce qu’était une berceuse. Une berceuse pour moi c’est une chanson que l’on chante à un enfant pour l’endormir. Mais dans le contexte je ne vois pas pourquoi on aurait transporté un corps défunt dans une berceuse.  Dans une brouette je comprendrais encore mais une berceuse. Même un berceau c’est un peu ahurissant. on ne trouve pas de berceau sur les marchés, et on n’en trouvait sûrement pas sur les marchés et surtout sur le marché de Saint-Claude en 1933.    Un hamac à la rigueur, c’est un morceau de toile qui permet à deux de transporter un corps mais une berceuse… D’où venait cette berceuse ? Etait-elle déjà dans la famille ? L’a-t-on amenée là d’urgence pour transporter la défunte. Ou une âme charitable l’aurait-elle prêtée ?

Sur le coup je n’ai pas voulu lui demander des précisions sur cette berceuse. Je voulais rester sur le charme. Oui mourir et être porté à deux pas du cimetière en berceuse. C’est beau quand même vous ne trouvez pas ! A deux pas, oui parce que mon grand-père et son épouse, la soeur de mon père, habitaient à deux pas du cimetière, ruelle de l’Externat à Saint-Claude.

Drôle de mort pour une gadédezafè morte d’un coup de sang ! Pas la peine de vendre des feuillages pour mourir de la sorte à même pas 40 ans.

Ca m’a trottiné dans la tête toute la nuit puis le lendemain en fin de journée je me suis résolu à chercher dans le dictionnaire le sens d’une berceuse. Si mon cousin lui-même m’avait transmis cette information cocasse c’est que ça l’avait choqué lui aussi. Mais lui savait ce qu’était une berceuse et moi pas !

Je vais donc sur mon site préféré CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) et voilà en ameublement une berceuse est « un fauteuil à bascule sur lequel on peut se balancer légèrement. synonyme : Rocking-Chair. » synonyme canadien chaise berçante. Et du coup je souris car j’ai écrit un hymne au fauteuil à bascule. J’avais dans mon livre créé une profession pour le père de mon héroïne, fabricant de fauteuil à bascule. J’avais aussi ici même évoqué un autre nom pour le fauteuil à bascule qu’on appelait aussi autrefois    inquiétude. Voir ici mon article écrit en début d’année où je parle d’un rocking-chair qui était dans notre appartement à Basse-Terre avant que nous ne quittions la Guadeloupe en 1961. Et je me posais la question de sa provenance faisant allusion justement à ce grand-père. Eh bien peut-être aurais-je dû voir plus loin que le bout de mon nez et peut-être me suis-je balancé dans le fauteuil à bascule qui a transporté le corps sans vie de ma grand-mère.

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On a donc transporté le corps inanimé de ma grand-mère en inquiétude, en berceuse, en rocking-chair, en rocking-chair de la place du marché à la ruelle de l’Externat. Il est vrai qu’autrefois il y avait la chaise à porteurs pour transporter les gens dits de qualité alors pourquoi pas le fauteuil à bascule à porteurs, le rocking-chair à porteurs, l’inquiétude à porteurs, la berceuse à porteurs.

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La réalité rejoint la fiction voire la dépasse. Voici ce que j’écrivais sur le père de Fillotte qui était selon moi fabricant de fauteuils à bascule. En d’autres mots fabricant d’inquiétudes. Le fauteuil à bascule se trouve dans le salon de coiffure de Mayotte Guimbo, sa demi-soeur.  C’est sous ce fauteuil que dort le raccoon rouge sérénissime de Fillotte et c’est encore dans ce fauteuil qui se trouve chez sa soeur qu’elle a un cauchemar en plein après midi.  Il est dit parfois de mer, en bois de mer, parfois en bois de laurier rose. Peut-être le ferais-je d’écume comme les pipes d’écume que les marins d’antan jetaient à la mer à leur arrivée à bon port.

Selon Anicet Guimbo, il fallait pas moins de 178 étapes de fabrication pour arriver au meuble parfait, 100% massif, véritable bijou artisanal, son fauteuil à bascule !Et cela sans compter l’assemblage, le ponçage, le polissage et la finition !
Philémon Guimbo, son père, lui avait édicté sur son lit de mort les tables de la loi, les Dix Paroles du Fauteuil à Bascule:

Première Parole : Ecoute bien ce que j’ai à te dire. Ne me fais pas attraper désordre avec toi de l’endroit où je serai. Je te surveille.. Enfonce-toi bien ça dans la tête. Je te surveille bien !  Tu utiliseras toujours du bois de plus de quarante ans, du bois arrivé à maturité, du bois dur, sans noeuds, sans défauts naturels, pas de bois de coeur ni d’aubier.
Deuxième Parole : : Tu ne feras ni chaise, ni banc ni tabouret ni pliant. tu ne tailleras de ta main que fauteuils à bascule, inquiétudes, berceuses ou rocking-chairs devant ma face. Tu calculeras  18 pouces un quart de profondeur d’assise, 26 pouces d’écart entre les deux accoudoirs, 19 pouces et quart d’écart entre les montants de devant, 32 pouces entre le haut du fauteuil et l’assise, et ainsi de suite. Dans mon fauteuil tous pourront s’asseoir quelque soit leur taille, morphologie (proportion tronc-jambes, cambrure lombaire, basculement du bassin…). Les 4 barreaux du dossier composant le dossier ne mesureront pas plus d’un demi-pouce et seront étudiés pour s’adapter aux muscles du dos, mais aussi aux ischions…
Troisième Parole :  Tu feras chanter joues de mortaises et flancs de ténons jusqu’à ce qu’il s’imbriquent parfaitement. Tu feras bien sûr aussi appel à queues d’aronde et chevillage bois.
Quatrième Parole :  Tu appliqueras toujours teinte d’origine végétale avant les trois couches de résine incolore.
Cinquième Parole :  Tu veilleras comme sur toi-même sur gouge, maillet, scie à guicher, ciseau à bois, coins, forêts, tarières, chignole, rabot, plane et villebrequin.
Sixième Parole :  Lors de la finition tu alloueras 48 h de séchage entre chaque couche de vernis.
Septième Parole : Tu honoreras scrupuleusement les 178 étapes de ma fabrication.
Huitième Parole :  Ta colle sera toujours d’origine animale.
Neuvième Parole : Comme essence de bois tu utiliseras de préférence du mesquite, du poirier ou du jacaranda.
Dixième Parole :  Quant à mon inclinaison, l’angle formé entre la tangente à la courbe du dossier et le plan de l’assise sera de 7 1/2 degrés.

Il y a dans l’histoire la procession des cercueils où l’on va honorer une divinité. Les dévots défilent en cercueil pour remercier une grâce exaucée. Dans ma version originale elle allait défiler en cercueil ou en corbillard blanc . C’est en fauteuil à bascule que Fillotte choisira désormais de défiler. Ce fauteuil à bascule sera fabriqué par justement l’alter ego de Cyclone sur terre. Voici le passage tel que je viens de le modifier qui en parle.

 

Cela sentait la cire d’abeille et l’essence de térébenthine quand Mademoiselle la Chevalière s’était présentée pour la troisième fois le mercredi matin de grand bonne heure à l’entrée de l’atelier de son cousin Maurice de Tito-Dandy. Elle avait trouvée porte close ! Il était sans doute plus facile de joindre le photographe-charpentier de marine à son quartier-général, chez Colin, mais le patron du temple de perdition n’ouvrait qu’à cinq heures. Et quel prétexte inventer pour venir réveiller les gens ? Personne n’achète, ne loue ni n’emprunte une berceuse funèbre  avant cinq heures du matin même pour fêter saint Coeur du Matin ! D’ailleurs on ne savait que par bribes des allées et venues du bohémien mais qui ne tente rien n’a rien ! Alors elle avait fait les cent pas, fait mille détours, vingt quatre-chemins de traverse entre église, marché et cimetière, épiant un signe quelconque de sa présence, mettant sur pied toute une stratégie de reconquête pour récupérer son innocence. L’important était de s’approcher de lui au plus près. Si cela ne suffisait pas, l’amadouer, se disant prête à payer rubis sur l’ongle ce qu’il faudrait pour la mise en route en urgence urgentissime de la fabrication de son inquiétude pour la procession de la Treizaine à Saint-Antoine-des-Divins-Plaisirs.

Immédiatement elle préciserait à la personne :

– Quelque chose de très simple, de très frais, sans capitonnage inutile de satin de soie naturelle mauve, sans repose-pieds et sans appui-tête.

En revanche elle spécifierait le matériau : surtout pas de l’aluminium, ah ça non. C’était un matériau un peu trop définitif à son goût, vu qu’il fondait à six cent soixante degrés Celsius et ne consentait à s’évaporer qu’à deux mille trois cent vingt-sept degrés Celsius. Imaginez s’il avait fallu faire la conversion en Fahrenheit ! Par combien aurait-il fallu multiplier encore ? Et pas de rocking-chair hermétique en tôle galvanisée non chromatée non plus car elle n’avait ni gale, ni lèpre, ni béribéri ! Ca aurait pu à la limite être du bois naturel, du plus bel aspect, du cent un pour cent palétuvier rouge séché au grand air pendant deux ans, avec pour seule et unique finition, car tout de même elle n’était pas une indigente, un bon lustrage à la peau de requin.

Et pas quelque chose à la va-te-faire-fiche, évidemment ! Sur sa lancée elle soufflerait :

– Et ton bois de coeur, j’ai dit, n’oublie pas, dur comme il est, rouge et brillant comme il est, s’il te plaît, malgré ses moulures de fruit à pain et ses clous galvanisés, si ce n’est pas trop te demander, garde-le pour le jour de ton dernier voyage! Car ce que je veux vraiment, je vais te le dire maintenant ! Je veux un fauteuil à bascule, cent pour cent naturel, une berceuse, endurcie naturellement, pour une promenade non toxique, une berceuse de quatorze kilos, ni plus ni moins, solide et légère, et bon pour l’environnement, avec un petit matelas de calicot et des poignées sur le côté !

Maurice, en fin commerçant roublard et vicieux comme un rat qu’il était malgré ses airs de sainte-nitouche, n’ayant en stock que les huit planches de courbaril de vingt millimètres d’épaisseur et de deux mètres trente-trois de long nécessaires à l’entreprise, et n’ayant en outre jamais entendu parler de sa vie de berceuse pour procession, feindrait de ne rien entendre et se mettrait tranquillement à ranger au ralenti chignole, racloir, ciseau, papier émeri, rabot, toupie, scie égoïne tandis que dans son cerveau commencerait l’esquisse d’un coffrage. Dans le hall d’exposition, en réalité un seul capharnaüm, inclinés contre le mur, se tenaient pour sûr déjà entre planches de sept pieds, sciure et copeaux sept à dix cercueils vides et sans couvercle à clouer ou à visser ou à agrafer qui ne verraient leurs heureux commanditaires qu’à l’heure dite, le matin de la procession pour un premier et dernier essayage, le jour dit sur le parvis.

L’idée viendrait alors à Magdeleine de se faire faire le tour du propriétaire, se faire montrer ce qu’il avait en magasin avant qu’elle ne se décide une bonne fois pour toutes. Il lui montrerait donc, admettons, un six-pans pour enfant en bois de rose en forme de noix d’acajou, verni au tampon :

– Celui-là c’est Agénor Aristide qui a passé commande. Il a fait le voeu, le voeu a été exaucé. Il va falloir maintenant payer sa dette, manifester sa gratitude aux Intercesseurs.

Elle ferait sa fine bouche. Il lui soumettrait peut-être alors un modèle grand luxe, une Cadillac en laurier rose avec moulures en acajou et capitonnage en soie naturelle mauve, un modèle sarcophage de toute beauté, garanti cinq ans :

– Tiens ! Tu vois celui-là, c’est pour Zéphyrin, le fils aîné de la mère Antoinette. Tu sais bien, celui-là même qu’on appelait Dame-Jeanne Ambulante. Regarde moi ça comme il brille. Faut dire que c’est du mahogany, pas du vulgaire panneau de particules plaqué de feuilles de mahogany, non. Si tu savais comme j’ai dû le cirer, ce coffre-fort, le frotter à la brosse de chiendent, le lustrer à la peau de requin. Quinze jours de travail, que ça a coûté !

Il s’approcherait ensuite d’un pans-coupés ou cercueil italien sans emblème, sans garniture, en forme de requin mais avec pieds de cuivre. Puis ce serait le tour probablement d’un cintré en forme de canot avec garniture de cretonne, repose-pieds et appui-tête.

Mais finalement, prenant son courage à deux mains, elle murmurerait d’une voix de chatte angora pour le tester :

– En forme de fauteuil à bascule !

– Et pourquoi pas en forme de dent de jaguar ? allait-il rétorquer, cet espèce de dépravé. Il faudrait alors le remettre immédiatement à sa place par quelque chose comme :

– Ne me dis pas que tu ne sais pas tracer une inquiétude. C’est aussi facile que de tracer une noix pour un cercueil pour enfant.

Pourvu alors qu’il ne renchérisse pas avec :

– Verte ou rouge, la berceuse ?

Auquel cas elle lui répondrait du tac au tac :

– Mais bleu indigo, voyons, mon cher ! Mais si tu n’en as envie, tu peux aussi le couvrir à la feuille d’or. Je n’y vois aucun inconvénient. Tant que c’est toi qui paies la facture

Puis Mademoiselle la Chevalière resterait de marbre. Maurice lui proposerait sans doute alors comme une échappatoire toute sa panoplie de bois nobles et incorruptibles à prix d’ami : acajou, palissandre, laurier rose, jacaranda, citrin, bois de campêche. Puis il tenterait une diversion sur des bois importés comme l’orme, le chêne de Hongrie et le noyer. Rien n’y ferait … Elle le connaissait comme si elle l’avait fait, le thanatologue à la gomme ! Ensuite il envisagerait même toutes qualités de rocking-chairs en bois massif avec siège matelassé inclus dans la facture hors taxe : mélèze, acajou, fraké, chêne, zingana, orme, ébiara, gommier, bois de Vienne. Il lui ferait encore miroiter doctement les avantages de bois comme le grenadier, le goyavier, ou le giroflier, et autre corossolier, cousin de cachiman et de pomme cannelle, selon lui essences mal dessinées pleines de noeuds pas du tout francs et difficiles à cintrer mais dans le cas présent hautement recommandables. Mais alors, de guerre lasse, elle lui signifierait qu’une fois abattu, écimé, débarrassé de son houppier, ébranché et écorcé, tout arbre même blessé et piqué d’insectes était arbre biodégradable, combustible et sublimable aux yeux des saints intercesseurs et que, si même du bois de palétuvier rouge, noir, blanc ou gris ou même orange de dix-huit millimètres et sans garniture étanche, suffisait à l’affaire, il n’y avait aucune raison pour que son fauteuil à bascule funéraire fît partie du domaine de l’impossible.

Car primo, il ne s’agissait pas en l’occurrence de se faire ensevelir dans un caveau sous cent vingt pelletées de terre rouge, non monsieur, il ne s’agissait ni d’inhumation ni de crémation, Dieu l’en délivre, mais d’une promenade sans corbillard à chevaux et sans désinfectant de poudre de tan ou de charbon pulvérisé entre église et cimetière pour s’acquitter d’un voeu sans chichis ni fioritures, et deuxio le transport du corps, ce corps impeccablement dessiné qu’il voyait pétillant droit devant ses yeux, serait inférieur à deux heures.

Alors, voyant que mademoiselle ne voudrait pas de son cercueil de palétuvier coupé au dernier quartier de lune, il devrait se résoudre à répondre à ses desiderata, d’autant plus qu’elle menacerait déjà d’aller jusqu’au fin fond du Ghana en quête de son cercuei-berceuse

– Rest in Peace, ma fille. Tu l’auras ta berceuse ! finirait-il par soupirer tout en lui prenant les mesures à l’aide de son double mètre, sans oublier de laisser suffisamment de jeu aux épaules. Ce serait quarante-cinq centimètres de coffrage pour l’estomac, trente pour les pieds et trente pour la tête. Et elle sortirait l’argent cash bien roulé de son soutien-gorge et c’est là que les Athéniens s’atteindraient, parole de Magdeleine à qui personne ne résistait entre mardi et mercredi ! Et d’ailleurs, si d’aventure il osait lui résister, elle lui administrerait un de ces soufflets ! Et ensuite il viendrait, juré, manger dans la paume de sa main. Alors de ces négatifs, à la première occasion qui se présenterait, elle ne ferait que chiquetaille de morue, parole de femelle femme ! Parole de femelle femme allumeuse, incendiaire, phosphorescente à l’instar de sa mère et de sa grand-mère.

Quand je pense à cette berceuse je revois une photo que j’ai perdue de vue qui me ramène au mariage de mon parrain et de sa femme à Saint-Claude en Guadeloupe. J’étais page, tout chic dans mon costume croisé bleu  taillé sur mesure par Monsieur Valéry Jacquet, tailleur à Saint-Claude, demeurant rue de l’école. J’étais page de Pierre et de Bertha. J’étais accompagné de Gisèle.

J’imagine que Man Alexandre, qui était la femme d’Alexandre Louiserre, qu’on appela ensuite je ne sais pourquoi Man Dijoux, avait fourni les gâteaux, à moins que ce ne soit sa fille Henriette. Ma mère n’était pas là, elle me l’a confirmé. Elle était pour des raisons absconses en mauvais termes à ce moment-là avec son demi-frère. Mais ce fut mon entrée dans le grand bain du monde. Et c’est là que ma mémoire commence.

 

Réflexions autour de trois bouteilles d’huiles essentielles

Cela aurait pu être tout simplement une nature morte aux trois huiles essentielles. Huile d’olive, huile e colza et huile de palme. Huile de colza pour le tout venant, huile ‘olive pour les salades et huile de palme pour lees spécialités bahianaises. C’est devenu un sujet de polémique nationale. Hystérie collective ? Enfin pas vraiment. Je dirais plutôt intérêts catégoriels bien protégés, l’intérêt colllectif cachant toujours l’arbre de l’intérêt individuel ! Bas les masques ! Les producteurs français de colza et de tournesol, fabricants de biocarburants et d’huile domestique montent au créneau et bloquent les raffineries de France et de Navarre. Total a commis le péché de trop. Importer du bio carburant d’Argentine ne prêtait pas trop à conséquences (tout de même 75 pour cent de cette huile était d’origine huile de palme) mais  vouloir raffiner en France, ans les Bouches-du-Rhône de l’huile de palme. C’en fut trop. Ce fut la goutte d’huile qui mit le feu dans la boutique ! Malgré la promesse par Total (mais on sait bien que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent) de faire un mix où les producteurs de colza auraient droit à 50000 tonnes de leur colza dans la production du biocarburant qui serait produit . 50000 tonnes, une goutte d’eau par rapport à la part réservée à l’huile de palme évaluée à 300000 tonnes, soit 6 fois plus. C’est alors que les arguments ont fusé. Huile mauvaise pour la santé (on en avait déjà parlé avec le Nutella), huile qui favorise la déforestation notamment en Indonésie et en Malaisie qui produisent 80 pour cent de l’huile de palme du monde. Déforestation responsable en l’occurrence de la disparition à plus ou moins longue échéance de la biodiversité mettant en danger l’existence et la survie d’animaux comme  l’orang-outang,  le tigre de Sumatra, le gibbon. En 25 ans la consommation a été multipliée par 4, en 50 ans par 50. Etrange. Huile de palme, symbole de tous les maux, effet collatéral de la mondialisation ?

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Pour la santé elle contient notamment 50 pour cent d’acides gras saturés , soit cinq fois plus par exemple que le colza. Mais quand on mange du beurre on en absorbe même plus. J’ai lu aussi que l’huile de palme servait aussi au travail esclave des enfants. Il est vrai que l’exploitation même industrielle du palmier à huile n’est pas mécanisée et utilise de la main d’oeuvre infantile car il faut grimper 15 mètres en haut des palmiers pour récolter les grappes à coups de sabre. Mais qu’on se le dise c’est la même chose pour le coco. Et je n’ai pas vu de manifestation de protestation contre le producteurs de lait de coco ni d’huile de coprah.

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Le palmier à huile  Elaeis guineensis , originaire de l’Afrique de l’Ouest et que l’on retrouve de la Guinée à l’Angola, est la base de cette huile que l’on maudit à corps et à cris en Europe.  L’huile est pourtant consommée tous les jours au Brésil depuis le 17ème siècle où elle a été importée d’Afrique et encore aujourd’hui elle est produite et consommée dans beaucoup de pays africains. Ayant habité au Brésil 15 ans et plus spécifiquement dans l’Etat de Bahia, j’ai toujours chez moi une bouteille d’huile de palme qu’on appelle au Brésil azeite de dendê. On trouve cette huile dans les magasins exotiques .La bouteille que j’ai n’a même pas d’étiquette.  J’ai reconnu l’huile à sa couleur rouge-orange chez le Pakistanais où je me la suis procurée. Je l’ai payée 3 €.   Pour savoir sa provenance il faut regarder au cul de la bouteille en plastique. Il y est écrit : Tel (021) 221380 PETO5LT KANE EM GHANA. Ce sont les producteurs de la bouteille vide.

La production au Brésil se trouve concentrée dans l’Etat du Para, en Amazonie. 80 pour cent de l’huile de palme qu’on appelle là-bas azeite de dendê est produite dans cet état.     On n’imaginerait pas la cuisine bahianaise sans cet ingrédient reminiscent de la culture gastronomique africaine et des religions afro-brésiliennes comme le candomblé. Car l’huile à ses qualités tout de même. Je ne parle même pas des vitamines E ou A. Peu me chaut. C’est une oléagineuse prolifique qui rend dix fois plus d’huile par hectare que le soja, 4 fois plus que  l’arachide et deux fois plus que le coco. Je parle de sa faculté à ne pas rancir, à supporter les hautes températures par exemple quand on souhaite frire des acarajés, plat élémentaire de la cuisine bahianaise, ou pour faire une moqueca de poissons ou  une mariscada, un caruru, un vatapa, un bobo, un xinxim. Eita tempero gostoso ! C’est elle qui donne cette teinte jaune orangée aux plats. C’est un élément de partage avec les orixas, les divinités du panthéon du candomblé.

Enfin l’un des avantages de cette huile, la première en fait pour les industriels, c’est la moins chère. Elle concurrence par son prix c’est évident l’huile produite par les producteurs européens de colza et de tournesol. Certes le cahier des charges est différent, tant au niveau réglementaire, social et environnemental, certes, certes, certes, mais alors pourquoi ne boycottent-ils pas aussi le café, le sucre de canne, le lait de coco, le riz thaïlandais, le thé, le piment, la banane, le cacaoyer, le pétrole, le gas, etc. tous autant qu’ils le sont aussi ravageurs pour l’environnement que le pauvre dendezeiro qui n’en demandait pas tant. Ils ne les boycottent pas tout simplement car ils n’ont pas la possibilité d’avoir une production locale suffisante pour couvrir le besoin du marché, cela ne menace pas leur marché.

Le traitement est pire que la maladie soulignent certaines ONG environnementales démontrant que le diesel fossile est moins émetteur de gaz à effet de serre que les biodiesels plus respectueux l’environnement qui sont censés le remplacer à plus ou moins long terme comme le soja, l’huile de palme, le colza (rapeseed)

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Cette étude est nettement défavorable à l’huile de palme qui polluerait trois fois plus que l’énergie fossile. Pour les partisans de l’huile de palme comme par exemple ici, Christine et les Huiles Essentielles

Cette huile de palme authentique a été produite au Ghana par une coopérative de femmes où la conversion / destruction de la forêt n’est pas une pratique utilisée. Ces femmes font ainsi vivre leur famille. L’huile de palme du Ghana est utilisée dans les plats traditionnels depuis des siècles et fait partie du régime alimentaire africain.

l’huile a une teneur en acides insaturés plus élevée que les huiles de palmiste ou de noix de coco.

Elle est uniquement riche en pro-vitamine A, en vitamine E et en lycopène, qui sont de puissants anti-oxydants.

  • C’est une bonne source naturelle de nutriments vitaux Oméga 3 et 6.
  • Elle n’a pas d’acides gras trans, n’est pas hydrogénée et ne contient pas de colorants artificiels ni de conservateurs. C’est un anti-oxydant
  • Elle contient 10 à 15 fois plus de carotène que la carotte

Utilisation cosmétique :

savons

crèmes peau sèches, fragiles, en détresse

soins soleil ou après soleil

cheveux secs, frisés crépus : en masque ou dans les cakes shampoings

L’huile de palme colore la mousse mais pas la peau dans les produits rincés

Elle donne une jolie couleur ensoleillée dans les crèmes et les baumes

inci: Elaeis guineensis oil.

pot verre  de 100ml

Lot : huilpalmghana n°

 

Le palmier à huile qu’on appelle dendezeiro au Brésil est la cible des producteurs d’oléoprotéagineux français. La plus grosse entreprise de biocarburants en France est leader européen dans ce domaine et s’appelle Avril. Le biodiesel qu’elle produit est disponible à la pompe sous le nom de bioester.

 

Bon je veux bien qu’on parle de biocarburants quoique le mot est un peu ambigu on devrait parler plutôt de agrocarburants car qu’ils soient à base de colza, de tournesol ou de soja ou de canne à sucre ils monopolisent des surfaces cultivées qui si le biocarburant n’existait pas serait utilisé pour l’alimentation humaine. Et même Avril qui est le premier en ligne de mire par la volonté de Total d’implanter sa bioraffinerie à Mède dans les Bouches du Rhône est dans le capital d’une société qui  travaille sur  l’huile e palme et il lui arrive e mettre jusquà 10 pour cent d’huile de palme  dans son bioester. Donc on voit bien que c’est une affaire de gros sous. Chacun voit midi à sa fenêtre. Et moi de la mienne !

Moi en tout cas je dis avec  Nilze Carvalho ou Zeca Pagodinho: bota dendê no meu caruru ! Et honni soit qui mal y pense !

Seppuku, pinceaux couleur mort et miroir sans tain

 

Bernard Buffet (1928-1999) s’est donné la mort  le 4 octobre 1999 après avoir croqué la mort et les horreurs de la guerre sous toutes les nuances noires, grises et ocres de ses palettes à 71 ans  dans son atelier de peinture à Tourtour dans le Haut-Var. Pour ne pas avoir à mettre trois zéros hiératiques dans la date qui signerait un de ces tableaux il prit le parti ultime de perdre le souffle et de devenir son propre croque-mort. Il ne mettrait pas les pieds dans les années 2000. Il s’est donc mis la tête dans un sac en plastique noir et a attaché consciencieusement un morceau de scotch autour. Sur le plastique sombre le peintre anguleux avait signé en tremblant les 13 lettres de son  nom en quatre exemplaires uniques et numérotés d’un pinceau et deux tubes de peinture. Sa mort dans le Midi par un bel après-midi d’octobre fut donc une mise en scène audacieuse, une oeuvre d’art singulière, une nature morte sans ligne de fuite absurde, austère, misérabiliste, snob et authentiquement figurative, son plus beau tableau sans doute. Bonjour Asphyxie, aurait pu écrire Françoise Sagan ou chanter    Juliette    Gréco ! Sa muse et épouse Annabel Schwob de Lure (1928-2005), dont il eut trois enfants après avoir été l’amant de Pierre Bergé pendant 8 ans,  chanta quant à elle  Les gommes qui ne savent pas effacer la tristesse ! La mère d’Annabel s’était suicidée, sa propre mère était morte le laissant tout jeune orphelin, la route était toute tracée pour Bernard qui résolut de conjuguer le verbe asphyxier à tous les temps et à tous les modes non pas  à bout portant  mais à petit feu tout au long de sa vie pour échouer comme un cigale en Rolls dans la Provence de Cézanne.

 

J’imagine que pour un peintre millionnaire et mondain être atteint de  la maladie de Parkinson est le dernier des outrages. Mais il me semble que pour en arriver à l’extrême il faut que l’ennui se dresse impérieux en barricade infranchissable devant la vie. Quand l’art est sa raison de vivre  se donner une mort précoce apparaît comme la seule solution finale envisageable pour un clown triste orphelin écorché, le comble de son expressionnisme.

« L’expressionnisme se définit comme la projection d’une subjectivité qui consiste à déformer la réalité afin d’aspirer le spectateur à une réaction émotionnelle. »

On se donne alors la mort comme on se fait un cadeau empoisonné.  Ce fut  une mort de samouraï expressionniste.  Hara-kiri ou seppuku, peu importe, ce fut un lent suicide de 71 ans. Loin du Japon qui pourtant par la volonté de  Kiichiro Okano lui avait offert son premier musée à Surugadaire, au pied du mont Fuji où il avait dans ses dernières volontés demandé de disperser ses cendres! Ce sont les tableaux, les squelettes qu’il éventra, qu’il lamina, qu’il étouffa, qu’il éviscéra , qu’il écorcha, qu’il décortiqua de ses pinceaux  et de ses tubes de couleur mort, et non sa propre chair, juste en dessous du nombril de la lame horizontalement mortelle d’un sabre court. Mourir en samouraï n’est pas à la portée du tout venant, fût on le plus expressionniste des artistes de sa génération. On dit que l’homme était catholique. Il peignait des croix, des  nativités, des sépulchres, des tombes, l’enfer, la guerre, la désolation, la misère. La mort l’attirait peut-être par ce côté obscur de l’intime qu’affectionnaient d’autres peintres avant lui comme les belges flamands  James Ensor et  Constant Permeke dont il s’inspira. BB n’était pas seulement Brigitte Bardot mais aussi Bernard Buffet, l’autre BB.    Brigitte, la Bardot, aurait bien pu faire elle aussi harakiri la vieillesse venant. Non car les Japonaises ne se font pas harakiri, elles ne s’éventrent pas, elles se tranchent le cou. Comment peut-on se trancher le cou quand on défend par monts et par vaux la souffrance animale. Non elle se sublime en se consacrant à la souffrance animale. BB, l’autre se consacre toute la vie à la souffrance humaine, mais peut-être plus encore à sa souffrance personnelle. Son père était miroitier. Il en vint à voir la mort dans son miroir sans tain. Le noir, l’obscur furent son fonds de commerce. « Le Raphael des beaufs » comme certaines mauvaises langues le baptisèrent symbolisait plus qu’un autre l’esprit existentialiste. Mais comment peut-on se faire harakiri, quand on se dit chrétien. Etre chrétien c’est croire en la vie éternelle, à la rémission des pêchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle…

Je n’ai rien contre la mort et ses représentations qu’elles soient expressionnistes, impressionnistes, abstraites. J’aime chez « Bernard Buffet froid », selon le mot de Dali,  ses natures mortes qui figurent des animaux et des légumes. Nature morte aux lapins, aux tomates ananas, au potiron, à l’oeuf sur le plat. On a beau dire mais  manger c’est surtout s’alimenter de mort et de pourriture pour sustenter la vie immobile, la still life, comme on dit en anglais…

Daddy we aint pray yet

Papa on n’a pas encore fait notre prière, dit la vidéo !

You can’t touch me Lucifer, you can’t touch me !  Jesus, plead your blood over your family. (Tu ne peux pas me toucher  Lucifer, tu ne peux pas me toucher… Jésus, invoque ton sang sur ta famille)

Devil cah touch we blood ah Jesus (Le diable ne peut pas toucher notre sang de Jésus)

Plead D blood ah jesus ova ya famalay

The blood of Jesus break every chain, and remove all stain ( le sang de Jesus  rompt les chaînes et efface toute tache)

Voilà une chanson qui pourrait me faire pénétrer tous les dimanches dans les enceintes sacrées des temples ou des églises pour chanter et danser. La foi n’a pas à être austère !Le sang non plus ! Qui plus est le sang de YHWH ou de Christ ou de Yaeshuah ou de Jésus ! Quand le sang est joyeux, il communique. La sangre altera ! Quand la foi est joyeuse elle communique, elle aussi par toutes les pores de la peau!

My pores does raise every time I hear this tune ! Merci Jésus pour ton sacrifice ! Yépa !

Jesus, Plead your blood ova ya famalay

De la même façon que bon sang ne saurait mentir, bonne foi ne peut tricher. Et voilà comment sur un rythme endiablé auquel même Lucifer, Satan et leurs malins acolytes ne sauraient résister Blessed Messenger et son tube évangélique Famalay (qui veut dire famille) demande à Jésus d’invoquer son sang sur sa famille, c’est à dire vous et moi.

Jesus, plead your blood over your famalay !

Oublié les autodafés tristes entendus parfois au Brésil:

Sangue de Jesus tem poder !

La musique trinidadienne m’a converti l’espace d’un instant dans sa toute puissante sainte trinité caribéenne! J’exulte avec le Messager béni, je suis entre les mains du Père, du fils et du Saint-Esprit !

Jesus, plead your blood over your famalay, plead the blood over your famalay

C’est la première fois que j’entends ce type, ce Blessed Messenger (Messager Béni) de son vrai nom Tyronne Dominic Walters. Il est originaire de Bethel, Tobago, Trinidad et Tobago. J’ai reçu la vidéo à 23h55 de ~Prosemc (indicatif téléphonique 340, Iles Vierges    Américaines, USVI) sans un mot sur groupe Whatsup de Descendants de Baltimore d’Antigua dont je fais part. Un vrai coup de massue sur le coup de minuit. J’ai sauté-maté en silence dans le sang de Jésus ! Etait-ce soca, était-ce calypso, était-ce gospel, était-ce chrétien ? Pour moi en tout cas c’est la meilleure chanson que j’ai entendue cette année toutes catégories.

Deus é Mãe !

Deus se todavia existe é Mãe !Quem pare é mulher, por isso se Deus é Mulher Deus é Mãe !

Elza Soares sabe disso, grande guerreira ! Deus ha de ser : 39’44″ »

Deus é mãe
E todas as ciências femininas
A poesia, as rimas
Querem o seu colo de madona
A poesia, as rimas
Querem o seu colo de madona
Pegar carona nesse seu calor divino
Transforma qualquer homem em menino
Ser pedra bruta nesse seu colar de braços
Amacia a dureza dos fatos
Deus é mãe
E todas as ciências femininas
A poesia, as rimas
Querem o seu colo de madona
A poesia, as rimas
Querem o seu colo de madona
Pegar carona nesse seu calor divino
Transforma qualquer homem em menino
Ser pedra bruta nesse seu colar de braços
Amacia a dureza dos fatos
Deus é mulher
Deus há de ser
Deus há de entender
Deus há de querer
Que tudo vá para melhor
Se for mulher, Deus há de ser
Deus há de ser fêmea
Deus há de ser fina
Deus há
Deus é mãe.