Vive la banana


Chaque fois que je mange une banane qu’elle soit verte, plantain, pomme, figue ou dessert ou Cavendish il me revient en mémoire le spectacle que proposait un amuseur public africain en face du centre Pompidou à Paris. Il jouait de la batterie sur des poubelles et toutes sortes d’objets étranges mais le clou du spectacle c’est quand il donnait un coup de baguette sur une banane attachée à une corde au climax d’un solo de batterie. Parfois il faisait mine de frapper puis se ravisait avant de désintégrer 5 minutes après la pauvre banane.

Ici à Mayotte on mange beaucoup de banane verte, cuite, comme dans le mutsuhola ou rôtie la plupart du temps en duo avec le manioc ou le fruit à pain. C’est actuellement la haute saison de la banane verte et du manioc, ainsi que du taro. Le fruit à pain se fait discret. J’imagine que bientôt ce sera lui qui fera l’objet de toutes les convoitises. Et toujours pas de gombos en vue à l’horizon.
J’aimais autrefois les poyos avec le fruit à pain et la queue de cochon.

Maintenant j’essaie les poyos rôtis avec le thon. Une tuerie. Ne pas exagérer sur le piment. Délicieux avec des achards de mangue.

Bon il n’y a pas que le macaque singe qui aime les bananes. Les guenons aussi, les ouistitis et les orang-outangs.

Par contre après Irma et Maria les bananes deviendront une denrée rare aux Antilles. Les bananeraies ont été rasées, les pieds arrachés ou sectionnés par les ventouses suceuses de la cannibale. On oublie souvent que la bananier n’est qu’une herbe, une herbe volumineuse mais une herbe quand même. Mais je me demande parfois si au lieu d’avoir à planter, à replanter des bananes après chaque déflagration cyclonique il ne faudrait pas revoir une politique agraire trop intéressée à l’exportation de biens agricoles et trop peu amène à produire localement biologiquement respectueusement des rythmes de la nature. Planteurs e banane reconvertissez vous à l’agriculture biologique. Regardez ce qui a résisté aux balafres du cyclone et prenez-en de la graine. Le chemin de l’autosuffisance alimentaire antillaise passe par une remise en question de l’intérêt bien compris des uns et des autres

Une eau naturellement parfumée à l’ozone

Le climat tropical exige qu’on se désaltère à tout bout de champ. Surtout en saison sèche qui va de juin à décembre. Les eaux se font concurrence molle. Edena, l’eau pure du cirque de Mafate, à la Réunion, lentement filtrée au coeur de la roche volcanique, qui après avoir sillonné les reliefs les plus préservés de Mafate, vient s’épancher au pied du Cimendef ! L’eau Saint Benoît de Saint-Martin d’Abbat dans le 45. L’eau Cristalline captée dans la source cristal ROC en grande profondeur à Ardenay-sur-Merise dans un site protégé  sur un territoire forestier de 10000 hectares. On croit rêver.

Et puis il y a O’jiva. L’eau mahoraise  naturellement parfumée  à l’ozone. J’ai dû m’y reprendre à deux fois pour lire ozone, je croyais lire arôme. Mais finalement quel goût à l’arôme de l’ozone. Cet ozone dont les couches sont néfastes pour l’homme. Bonnes pour l’eau ?

Je sais que quand on prend de l’eau de source avant de la mettre en bouteille on la filtre pour éliminer les traces de fer et de manganèse instables. Mais je n’avais jamais prêté attention à l’ozone comme agent filtrateur. Soit, qu’on l’utilise ainsi mais de là comme O’jiva, eau rendue potable par traitement à l’aide air enrichi à l’ozone, captée dans le réseau de Koungou, avoir l’audace de mettre en valeur un parfum d’ozone comme s’il s’agissait d’une eau jaillie du sein de la terre il y a selon moi un pas de trop qui a été franchi.

On sait que Mayotte souffre d’un manque de ressources en eau. Elle dépend pour 80 pour cent des ressources superficielles constituées des rivières et de deux retenues collinaires à Combani et Dzoumogné. Kesako? Pour 18 pour cent de ressources profondes ( les forages) et pour 2 pour cent du dessalement de l’eau de mer par le procédé dit d’osmose  inverse. Il faudrait pour bien faire une autre retenue collinaire qui permettrait de donner à l’île son indépendance hydrique. Mais cela demande des investissements que l’Etat n’est pas apparemment prêt à assumer sur le 101ème département.

Une bouteille d’un litre et demie d’eau se vend entre 0,62 € et 1€50 en fonction du réseau de distribution : Bdm (Jumbo Score, Score et Snie),  groupes Somaco, Discount, Sodifram. Ces groupes ont accepté de participer au dispositif BQP bouclier qualité prix et de publier chaque mois les prix d’une cinquantaine de produits pour montrer leur lutte contre la vie chère.

La Smae la société mahoraise des eaux a encore bien du pain sur la planche, elle qui demande à ce qu’on lui verse 88 € pour tout branchement à son réseau.

Mes intercesseurs locaux

Demain fera un mois que j’ai quitté les bords tranquilles de la Charente. Je ne traverse plus le pont Pallissy mais le pont sur la rivière Majimbini. Tout un monde sépare ces deux ponts.

En revanche l’0céan Indien en  permanence à portée de vue pour me baigner les yeux. Parfois je me demande si j’en sors gagnant ou perdant. Vivre en terre musulmane est tout un sacerdoce pour un athée fervent et pieux comme moi. J’entends tous les sons de cloche qui tintillent à mes oreilles.

Le discours de mon ami Wally, commerçant sénégalais, propriétaire de l’épicerie Zam Zam, âgé de 59 ans, qui a vécu 16 ans en Arabie Saoudite et qui est marié avec une mahoraise.

Le discours de Mohammed, le patron de snack bar comorien âgé dans les 60 ans lui aussi, qui a vécu et travaillé en métropole.

Le discours d’Olivier, un prof franco-togolais, prof de math à Mayotte et semble-t-il futur séminariste, né à Grenoble, qui a vécu en Guyane, prof de math ici.

Le discours de David qui se dit sud-africain mais que je crois congolais, qui vend ses légumes toute la sainte journée à Mamoudzou.

Le discours de mes collègues prof et éducateurs Mahorais, hommes et femmes âgés entre 25 et 45 ans avec qui je travaille et qui me donnent leur vision de Mayotte.

Le discours de Sofia, propriétaire de restaurant de cuisine mahoraise, 58 ans selon ses dires, qui a vécu comme moi à Nîmes et Kourou en Guyane Française et qui vient de rentrer de Castres pour s’installer semble-t-il définitivement au pays.

D’autres encore anonymes qui m’expliquent chacun à sa façon la société mahoraise.

Tous me disent à un moment  ou un autre comme une figure imposée en direction du bleu bite que je suis: Attention ne sors pas la nuit. Ne traverse pas les bangas ( les favelas locales). Range ton portable! Ne porte pas de pochette ! Avant de partir j’avais lu risque de palu. Faites un traitement de nivaquine. Attention aux moustiques. Attention aux mille pattes, les fameuses et terribles scolopendres dont la piqûre est extrêmement douloureuse. Attention aux islamistes. Attention à l’eau. Attention aux légumes. Attention aux fruits. Attention au sida. Attention aux comoriennes, surtout celles originaires d’Anjouan et aux malgaches qui n’en veulent qu’à ton argent. Attention au poisson que tu achètes et qu’on vend sur des brouettes. Tu penses acheter un kilo mais en réalité leurs balances sont truquées. Attention, watch out, fais gaffe, wouvè zyé.

 J’écoute, je comprends, je comprends les peurs que fait surgir le mot Islam, voire le mot Afrique dans mon entourage, voire le mot misère ou sous-développement. Mais voilà. Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Pour moi Islam, Catholicisme, Hindouisme, Vaudou , Spiritisme contribuent à la même aliénation. Ce qui m’intéresse ce sont les soupapes qui permettent à ces systèmes répressifs de fonctionner. J’ai bien compris qu’en terre musulmane le porc est tabou et que la consommation d’alcool est un péché. Je n’aime pas les hypocrisies religieuses qui consistent à afficher publiquement une image pieuse et d’être en privé le pire des mécréants. L’autre jour une femme a refusé de me serrer la main en me disant que l’islam ne le permettait pas et pourtant tous les matins je fais la bise à mes collègues femmes qui sont toutes deux musulmanes. On voit bien qu’il y a de nombreuses versions de l’islam. Tout comme il y a de nombreux sous produits ou produits connexes du catholicisme. Il y a des intégristes partout. Moi en tout cas je n’oublie pas que catholiques comme protestants et musulmans ont accepté si ce n’est justifié l’esclavage.

Je sais que de nombreuses personnes âgées boivent leur bière en cachette pendant le Ramadan à l’heure où ils jurent par monts et par vaux qu’ils pratiquent le jeûne. Il en a probablement été de même autrefois pendant le Carême quand la foi chrétienne était encore solidement ancrée dans les moeurs. Ce que je sais c’est qu’officiellement à Mayotte il est interdit aux épiceries de vendre des boissons alcoolisées entre 20 heures et 8 heures du matin en semaine et le dimanche à partir de 14 heures jusqu’au lendemain 8 heures du matin. Il suffit de prévoir son stock. Mais de toute façon on trouvera toujours un commerçant malgache pour vous servir votre breuvage préféré. Ce qui est sûr c’est que le matin de bonne heure les cadavres de canettes jonchent les trottoirs aux abords des lieux de perdition.

La cible préférée des petits bandits locaux ce sont les wazungu, les zorey, quoi. Les Français de souche qui viennent s’installer ici. Ce sont des minorités visibles. Moi je fais partie des minorités invisibles. Personne ne peut à priori supposer que je ne suis pas Mahorais ou Comorien. Sauf quand j’ouvre la bouche. Souvent on me fait des sourires entendus à l’occasion d’une blague mais je n’y comprends rien. Les autres étrangers se rient bien des aventures et des violences que subissent les wazungu. Ils sont vus pour la plupart comme des colonisateurs qui perçoivent de hauts salaires, louent de grosses villas, vivent en circuit fermé entre le Camion Rouge et le Camion Blanc, entre les courses à Jumbo et les activités chez les Naturalistes . De nombreux fonctionnaires, enseignants, policiers, responsables associatifs. Wazungu n’est pas l’équivalent du gringo sud américain. Le wazungu est blanc et son féminin est la wazunguette . Moi je ne vois pas foncièrement de différence entre un fonctionnaire wazungu et un autre qui ne l’est pas. J’ai l’impression que le rêve de tout jeune Mahorais est de partir en France. Souvent je vois la Tour Eiffel qui brille sur les portables. Puis quand vient l’âge on rentre au pays où on navigue entre deux terres et trois îles. On peut être né en Grande Comore, avoir vécu longtemps en Europe puis s’installer à Mayotte tout en rêvant de s’installer un jour sur son île natale où selon tous les Comoriens il fait bon vivre malgré la pauvreté. Mayotte est pleine de femmes et d’hommes venus des Comores, de Madagascar prêts à tout pour vivre une vie meilleure. Ce sont les petites mains de Mayotte, les pêcheurs, les maçons, les peintres, les agriculteurs, les lavandières, les revendeurs de fruits et légumes ce sont ces derniers qui font vivre l’île au jour le jour. Car les Mahorais occupent les fonctions nobles. Ce sont les aristocrates. Les classes possédantes, les Français plus français que les Français. Alors que pour beaucoup d’autres la France c’est la souffrance. Au bataillon de wazungu viennent s’ajouter le bataillon des Francos : les franco marocains, Franco algériens, Franco tunisiens, Franco togolais, Franco sénégalais, franco comoriens, Franco congolais, Franco réunionnais, Franco malgaches, franco guyanais, franco martiniquais et franco guadeloupéens. C’est la France en marche, ce 101ème département, mais la France en marche arrière . Et l’ennui c’est que je collabore à cette entreprise condamnée à maintes reprises par les Nations-Unies.

Fêtes nationales. Et si on revisitait le 14 juillet !?

Coq_Gaulois_2016

Allons enfants ! Que dire?  allons enfants ! Que penser ? Je suis un peu perplexe, chers enfants de la patrie. Je conçois aisément qu’on ne puisse pas cautionner toutes les fêtes qui s’égrènent tout au cours des 365 jours que représente une année et qu’effectivement quand on a évoqué les termes liberté, égalité, fraternité on en est souvent resté au vœu mieux. Il y a une lutte des classes quoi qu’on le dise et, toute liberté étant, je ne crois pas que de mon vivant un analphabète sera élu president de la république une et indivisible ! Pourtant en théorie il est l’égal de Macron et de Hollande et avant ces deux-la Sarkozy , Chirac, Mitterrand, Giscard d’Estaing, Pompidou et de Gaulle. En théorie l’immigré qui arrive en France est l’égal de Napoléon et de Louis XIV mais aussi de Marat, Robespierre, Danton, Fouquier. En théorie il est même l’égal de Dieu puisque les rois tiraient leur mandat des dieux ! De la même façon je pourrais dire je ne suis pas catholique, pas noir, je ne suis pas.juif, je ne suis pas musulman, je ne ne suis pas😍 femme, je ne suis pas gay, je ne suis pas breton donc je boycotte tout événement toute fête liée à ces catégories. À la limite je peux trouver ridicules Noël, Pâques, la Pentecôte, le 14 juillet, le 8 mai, le 2 novembre et le 11 novembre pour ne citer qu’eux. Mais je me dois me semble-t-il de respecter ceux pour qui ces dates font sens. Le 14 juillet fait partie de l’imaginaire hexagonal. Moi qui ai beaucoup vécu à l’étranger c’est le seul jour de l’année où la communauté française avec toutes ses différences se retrouve pour fêter autour d’un verre de vin ou de champagne et de quelques victuailles. L’esprit de 1789 est loi, je ne le conteste pas et il y aurait beaucoup à redire sur la déclaration des droits de 1789 mais même si à l’époque il y avait des Noirs en esclavage il ne faut pas oublier qu’il  y eut des hommes pour écrire ans le marbre pour la première fois que les hommes étaient égaux. Ce n’est pas rien que de le rappeler. Il fallut encore du temps pour réaliser le rêve et encore dans les années 60 Martin Luther King avait un rêve. I had a dream, disait il ! s’il devait rêver c’est qu encore en 1960 l’apartheid sévissait aux Etats-unis, sévissait en Afrique du Sud, encore ans les années 60 la France avait des colonies et encore aujourd’hui on voit bien que les idéaux de 1789 sont bafoués non seulement à travers le monde mais encore sur le territoire national. Certes on se console en disant que la France n’est pas la plus mal lotie. On évoque la liberté de la femme, la liberté de la presse, mais les libertés élémentaires comme le droit au logement, le droit à la sécurité pourtant écrits en lettres capitales d’or dans la constitution sont bafoués. Le droit à l’éducation égale pour tous est bafoué. certes on peut encore étudier gratuitement en France mais jusqu’à quand. Je ne dis pas que la France est un enfer, je ne dis pas non plus que c’est un paradis, je dis que le vivre ensemble est menacé par de tels discours qui restent ans le déni. Qu’on ne veuille participer à l’unanimité républicaine et chanter la Marseillaise, chant de guerre sanglant, je le conçois mais faire concurrencer les mémoires, je suis un peu mal à l’aise, je l’avoue.

J’ai des propositions pour contrecarrer la pente funeste qui semble s’ouvrir devant nous comme un champ béant de ruines identitaires! Il faudrait d’abord selon moi pour que l’égalité soit plus égale ou moins inégale, choisissez la formulation qui vous parle le mieux, il faudrait que beaucoup plus de religions aient droit à des jours fériés. Je trouve anormal moi que la religion chrétienne truste les jours fériés. J’ai une alternative. Au nom de la charité chrétienne on devrait avoir droit tout un chacun à un certain nombres de jours de congés et de ponts à prendre par an en fonction de sa religion ou de sa non religion. Voilà quelque chose qui pourrait jouer en faveur de l’égalité. On se replie toujours devant le sacro-saint argument de la tradition républicaine comme si on s’arque-boutait sur les dernières légions de l’identité française. Au nom de cette tradition ancestrale l’égalité ne serait pas bonne pour tous ! on aurait un mariage pour tous, qui serait laïque et dynamique. Mais pas d’Etre Suprême pour tous ! Je donne un exemple le concordat de 1905. Comment expliquer que ce concordat continue aujourd’hui en Alsace, en Guyane et en Polynésie française. En plus c’est de l’argent versé à fonds perdus puisque le catholicisme européen est en déshérance et qu’il ne survit en fait que par les communautés issues de l’immigration qui croient encore en une entité divine supérieure alors que depuis 1789 la France a basculé dans le culte de l’Etre Suprême ! Comment expliquer qu’en ces temps de crise l’Etat continue de financer l’Eglise, de payer des pasteurs. Les lobbyes, attention ! voila où je place moi l’Egalité majuscule. Il y a eu le mariage pour tous il devra y avoir l’Etre Suprême pour tous ! Et moi qui vous parle je suis athée !

Et on pourrait aussi changer l’hymne républicain la Marseillaise. On pourrait changer le buste de Marianne dans les mairies et mettre un coq par exemple. Pourquoi une femme ? vous êtes vous seulement posés la question ? Pourquoi pas ? je suis d’accord que le Vivre Ensemble est à la mode:  il veut être une tentative d’harmonie laïque. Il ne suffit pas de parler il faut agir, mouiller sa chemise.

L’histoire on le sait bien à toujours été racontée par les vainqueurs mais cela ne veut pas dire que les perdants ont toujours raison, notre jeune homme qui boycotte haut et fort le 14 juillet ne va pas jusqu’à boycotter la langue française qui fut aussi langue de domination. Deux poids deux mesures. On peut avoir des références autour de Nat Turner, Mohammed Ali et Malcom X et Marcus Garvey, Grover Washington, James Brown, Abebe Bikila, Senghor, Bokassa, Obama, Desmond Tutu, Christophe, MaToussaint Louverture,  Césaire, Pelé, Mickael Jackson, Marvin Gaye, Henri Salvador, Yannick Noah et qui sais-je encore mais avoir aussi de l’admiration pour des gens comme Kennedy, De Gaulle, Paul VI, Mao-Tsé-Tung. Ho-chi-minh, Roosevelt, Lenine, Gorbatchev et Gandhi, Lula, Dilma, Fidel Castro, Che Guevara par exemple. Je ne crois pas que la couleur fasse l’homme. La valeur d’un homme ne se mesure pas à l’aune de sa couleur ! Lutter pour une meilleure égalité, lutter pour une meilleure représentativité, pour une société moins archaïque moins arqueboutée sur des principes moyennageux et obscurantistes, oui, lutter pour une meilleure prise en compte des traumatismes de l’esclavage et de la colonisation, oui, mais surtout avant tout rentrer dans un dynamique d’échange fraternel, de proximité avec l’autre. Certes on pourra toujours dire et ressasser en boucle « liberté que de maux on commet en ton nom »et conjuguer le verbe commettre à tous les temps de l’indicatif et du subjonctif et du conditionnel passé, présent et même futur mais Rome ne s’est pas faite en un.jour. Le combat continue à tous les temps de la conjugaison. Mais le discours de haine ou de séparatisme selon moi ne permet pas d’avancer. Au contraire. Pour terminer je voudrais que l’interlocuteur dégoûté par le 14 juillet, jour chômé et payé, me dise s’il a travaillé le 14 juillet ou s’il a fait la fête. Car il faut être cohérent, le 14 juillet ne veut rien dire pour toi, va travailler mon ami, et laisse les autres en paix.  Le 14 Juillet est traditionnellement un jour de cohésion nationale comme le 4 juillet aux USA. Tous les pays à travers le monde ont une fête qui tente de sceller un pacte national. On sait bien qu’il y a des factions, des tribus, des rebelles, des insatisfaits, des chapelles, des castes, des misfits, des irrécupérables, des forts en gueule, des extrémistes, des huluberlus, des malfaisants, des malades, des tèbès, des flègèdès, des mowfwazé, des soukouyan, des intégristes, des désintégristes, des racistes, des fascistes et des partisans de tous les -istes  à droite comme à gauche en marche dans toutes les communautés mais le coeur de cible en termes de marketing du 14 juillet c’est l’homme et la femme de bon coeur et de bon sens. Celui qui quand il chante « aux armes citoyens » sait que les armes ont changé. Les armes font appel à la pensée, à la réflexion et à la compréhension. Ce sont ces types de bataillons que nous devons former pour que le sang ne soit plus versé et que le sens prenne le pouvoir. Allez je vous propose le nouvel hymne de la république du sens. il s’appelle  La ballade des gens heureux ! Vive la République, Vive le bonheur, Vive la France !

Libewté, égalité, fwatewnité : les mortels sont égaux

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Si je l’avais oublié, si j’avais eu le toupet de l’oublier, c’est au son du clairon que Facebook m’a rappelé ce chapitre lointain de l’Evangile Républicain.

« Liberté, Égalité, Fraternité
Nous vous souhaitons un excellent 14 juillet en compagnie de vos amis et de la famille. »

Aujourd’hui 14 juillet 2017, il y a 228 ans le peuple s’est soulevé contre l’oppresseur d’alors, le roi et l’Eglise absolutistes pour tomber dans les bras croisés de la bourgeoisie. Il leur fallut presque 5 ans pour accorder cette même  liberté, cette même égalité, cette même  fraternité à ceux qui dans les colonies françaises d’alors revendiquaient cette même liberté. Ce fut le  16 pluviôse an 2 c’est à dire le 4 février 1794. L’esclavage des Nègres fut aboli par la Convention Montagnarde au nom de la République Française Une et Indivisible .

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Les Nègres et Sangs-Mêlés de Guadeloupe connurent enfin leur premier carnaval. Ce fut un seul mélange pyrotechnique de samba, de carmagnole et de gwoka ! Ils chantaient « Liberté, liberté ouvre tes ailes au-dessus de nous, et que la voix de l’égalité soit toujours notre voix ! comme le chanterait en 1989 au carnaval de Rio l’école de Samba Imperatriz Leopoldinense : »Liberdade liberdade abra as asas sobre nos, e que a voz da igualdade seja sempre a nossa voz »

Serfs, esclaves tous ensemble, tous ensemble aux Champs-Elysées, aux Champ d’Arbaud, au soleil sous la pluie, à midi ou à minuit ! C’était idyllique ! On plantait partout l’arbre vert de la liberté, la nouvelle Croix révolutionnaire sous lequel on érigeait l’autel de la Patrie, ici  un pommier, là un manguier, ici on dansait la carmagnole, vive le son, vive le son, on dansait la carmagnole, vive le son du canon, là on dansait la bamboula libérée, la bamboula effrénée en faisant un doigt d’honneur à Louis Egalité. « Liberdade liberdade abra as asas sobre nos, e que a voz da igualdade seja sempre a nossa voz » !

« Les mortels sont égaux, ce n’est pas la naissance mais la seule vertu qui fait la différence ! » lisait-on sur les estampes !

Mais il faut le savoir, bien avant cela, au Cap-Français, à Saint-Domingue le 27 août 1793 Léger-Félicité Sonthonnax et Etienne Polverel avaient devancé la métropole et décrété l’abolition de l’esclavage dans la colonie de Saint-Domingue . Les circonstances les y avaient contraints  depuis la cérémonie du Bois Caïman dans la nuit du 22 au 23 août 1791 sous l’autorité de Boukman et des dignitaires vaudous et les événements qui avaient suivi : l’insurrection générale des esclaves du Nord à  Saint Domingue, l’avènement à la tête des insurgés de Toussaint-Louverture, la pression contre-révolutionnaire de l’Espagne et de l’Angleterre, monarchies contestant les lubies françaises de République. Il fallait obtenir le ralliement de Toussaint Louverture et ses 3000 partisans qui s’étaient ralliés à l’Espagne.  Ce furent les raisons objectives de cette pré-abolition de l’esclavage. proclamée le 29 août 1793 !  N’oublions pas aussi que dès le 24 mars 1792 l’assemblée législative avait voté un décret, sanctionné le 4 avril par Louis XVI, qui avait encore toute sa tête, (ce « fils de Saint-Louis » ne la perdra que le dimanche 21 janvier 1793 à 10h23) accordant la citoyenneté à tous les hommes de couleur et nègres libres. C’est donc juste un élargissement  de ce décret que promeuvent les Commissaires de la République , délégués aux îles françaises sous le vent à Saint-Domingue,  Léger-Félicité Sonthonnax et Etienne Polverel, pour y « rétablir l’orddre et la tranquillité ».

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« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit : Voilà, citoyens, l’évangile de la France ; il est plus que temps qu’il soit proclamé dans tous les départements de la République. Envoyés par la Nation, en qualité de Commissaires civils à Saint-Domingue, notre mission était d’y faire exécuter la loi du 4 avril, de la faire régner dans toute sa force, & d’y préparer graduellement, sans déchirement et sans secousse, l’affranchissement général des esclaves. (…). Dans ces circonstances, le commissaire civil délibérant sur la pétition individuelle, signée en assemblée de commune. Exerçant les pouvoirs qui lui ont été délégués par l’art. III du décret rendu par la convention nationale le 5 mars dernier ; A ordonné & ordonne ce qui suit pour être exécuté dans la province du Nord.
Article premier.
La déclaration des droits de l’homme & du citoyen sera imprimée, publiée & affichée partout où besoin sera, à la diligence des municipalités, dans les villes & bourgs, & des commandants militaires dans les camps et postes.
Article II.
Tous les nègres & sang-mêlés, actuellement dans l’esclavage, sont déclarés libres pour jouir de tous les droits attachés à la qualité de citoyens français ; ils seront cependant assujettis à un régime dont les dispositions sont contenues dans les articles suivants. »

Il fallut donc 4 ans pour que l’idéal républicain révolutionnaire de 1789 trouve son application en Guadeloupe en août 1793 avec cette première abolition, celle de 1794 étant donc la deuxième et celle de 1848 la troisième. Mais cette liberté et égalité et fraternité des mortels était une liberté assujettie à certaines clauses, certaines réserves.

Même si l’esclavage est aboli et qu’ il est remplacé par le travail forcé, même si le fouet est interdit et même si le code noir est aboli, même si on fait l’apologie non pas de la naissance mais de la vertu, on verra plus tard aussi bien en France que dans les colonies que le peuple restera toujours envers et contre tout la brebis galeuse de toutes les Républiques, de simples variables ‘ajustement ! Jusqu’aux républiques noires haïtiennes promues par Christophe et ses avatars.

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Napoléon allait siffler la fin de la récréation révolutionnaire par son coup d’Etat du 18 Brumaire An VIII (9 novembre 1799) et malgré (ou à cause de) son épouse Joséphine de Beauharnais allait mettre un hola  le 20 mai 1802 et rétablir l’esclavage dans les colonies où il avait été aboli car certaines comme la Martinique se laissèrent capturer par les monarchistes Anglais pour éviter de tomber entre les mains de ceux qu’elles appelaient la chienlit.

14juillet

Que tout cela ne vous empêche pas ‘aller vous amuser ! C’est l’été ! vivent les défilés, vivent les militaires, vivent les guerres, vivent les paix, vivent les bals populaires, les bals des pompiers, moi même, je ne dérogerai pas à la règle citoyenne :  je vais otut de suite à Saintes voir le défilé suivi du pot du citoyen offert par la Municipalité. Il y aura ce soir des feux d’artifice mais surtout je danserai sous la voile du Bar des Amis dans les Jardins de l’Abbaye ce soir à partir de 21h30 heures avec le Bal O’Gadjo  et sa rencontre fusion entre musiques européennes et musiques du monde et à partir de demain tous les soirs jusqu’au 22 juillet , une fois la nuit tombée, Doña Amelia y su Combo , la musique traditionnelle colombienne, si señor, soy salsero tambien, soy hijo primogenito de dios, soy livre, soy mortal, soy caribeño, soy hijo de nuestra señora de Guadalupe de Estremadura ! Doña Amelia y su Combo c’est Alexander Calvo, à l’euphonium, Juliette Macquet, à la flûte, Cristian Ospina, à la batterie et Amélie Lejosne, à la contrebasse ! C’est un peu colombien, un peu français, c’est poivre et sel et un peu piment, c’est métissé, c’est tout-monde, c’est tout moi !

 

souvenirs de congés bonifiés comme le café

Heureux les fonctionnaires de l’Ultramarinade car ils auront droit aux congés bonifiés ! La Guadeloupe est-elle le centre de mes intérêts matériels et moraux ? Se poser la question c’est déjà y répondre. Moi je réponds à l’administration: oui. Pas folle la guêpe ! Donnez mwen mon congé bonifié tout de suite et que ça saute ! Ne chipotez pas sur mes droits. J’ai quitté la Guadeloupe il y a plus de 50 ans ? Et alors ? Est-ce ma faute si le Bumidom m’a déraciné ?Arrêtez avec vos calculs d’apothicaire vicieux et misérable et donnez-mwen mes affaires ou je vous traîne devant la Cour d’Etat, espèce de bureaucrate ! Apajé ! Tout ça pour un ti congé extra de 65 jours payé avec un ti bonus de 35  pour cent et plus et sept passages avion aller-retour en classe touriste! C’est un droit acquis et je me battrai jusqu’aux bout des ongles pour le maintenir pour tous ceux qui n’ont pas pu en jusqu’à présent en bénéficier !

L’utopie est belle ! Mais au fond de moi, dans le fondok du trou béant de mon subconscient je sais bien depuis nanninanan, depuis que j’ai lu Glissant  que la Guadeloupe est l’une des racines de mon identité rhizomique, que j’appelle identité wolfokienne. Elle n’est ni au centre ni à la périphérie de mes intérêts matériels et moraux. Elle contribue à mon identité comme y ont contribué la France, les Etats-Unis, la Hollande, le Brésil et toutes les personnes que j’ai croisées, tous les livres que j’ai lus, toutes les personnes que j’ai aimées ou détestées.

Tous les 36 mois tout originaire d’un département d’outre-mer travaillant dans une collectivité publique peut bénéficier aux frais de la princesse d’un mois supplémentaire de congé et d’un salaire différencié qui tient compte de la vie chère et de l’éloignement de son centre d’intérêts matériels et moraux et de billets d’avion aller -retour pour toute la maisonnée. C’est l’Etat magique et providentiel qui régale ! L’Etat magique prend même en charge jusqu’à 15 kilos par personne de fret supplémentaire. Ce n’est pas négligeable quand on part avec ses enfants. On peut ainsi ramener des cubitainers de rhum pour la famille et les copains, de l’igname, du dachine, du fouyapen, des gombo, des wassous, du  lambi, des kilos de colombo,  du sirop de batterie, de la confiture de goyave, de la farine de manioc et des mètres linéaires de madras pour peupler la grisaille de l’hiver métropolitain.

Ainsi pendant les grandes vacances, à Noël, à Pâques, à la Toussaint ou pendant le carnaval, périodes de pointe s’il en est pour le transport aérien en direction de ces paradis tropicaux, l’Etat régale au prix fort !

Je vais vous dire la vérité vraie et véridique. La dernière fois que j’ai pu bénéficier d’un congé bonifié, je suis rentré avant la fin de mes 2 mois, je n’en pouvais plus. Mes enfants qui étaient tout petits s’ennuyaient, moi même qui ne pouvais pas sortir le soir m’ennuyais, puisque je devais rester à la maison pour les surveiller, la journée il faisait trop chaud pour eux et le soir ils étaient fatigués et je me suis surpris à passer la journée à regarder le tour de France à la télé. J’étais une bonne partie du séjour chez ma mère qui après presque 40 ans en France était revenue après la mort de mon père au bercail et qui elle ne vivait et respirait que pour l’église du Carmel à Basse-Terre. On faisait de petites excursions mais avec des enfants de 16 ans, 7 ans et 5 ans c’était un peu compliqué pour satisfaire les besoins et envies e chacun. Moi par exemple je ne pouvais pas me consacrer comme je voulais à mes recherches généalogiques à Gourbeyre. Deux mois dans un espace aussi clos pour moi qui ai vécu au Brésil c’était un enfermement. En plus à part les bokits et les boudins et le poulet boucané les accras et les floups tout était horriblement cher (comparé à ce que j’aurais dépensé au Brésil pour des vacances, mais malheureusement l’Etat ne payait pas pour mes vances au Brésil ou pourtant mes enfants et leurs mères avaient des intérêts matériels et moraux tout à fait sérieux ). Pas de bus le soir. il fallait que je loue une voiture donc, qui ne me servait pas à grand chose. Je n’ai pas mangé de wassous ni de lambi ni de langouste. Les bons souvenirs pour mes tout petits ont été Deshaies et Bouillante, Basse-Terre probablement pour ma grande. Quant à moi qui suis parti des Antilles à l’âge de 9 ans  je la regarde toujours à travers le regard du souvenir. Et une fois que j’ai fait le pélérinage Saint-Claude, Deshaies, Basse-Terre, localités chères à mon coeur et peuplées d’images et de visages, je ne suis qu’un touriste comme les autres. La famille, me dites-vous ! Tant qu’il y avait ma grand-mère c’était encore la fête. Elle me trimballait à droite et à gauche et elle aimait bouger ! Elle me faisait rencontrer les parents et elle en profitait pour les revoir elle aussi. Je faisais aussi des visites protocolaires à ma marraine, mes tantes, à mes oncles, à mes grands-tantes quand ils étaient encore vivants, je voyais des cousins, des cousines, avec qui je n’avais plus aucun lien, aucune affinité, et coup de grâce je parlais kreyol comme une vache espagnole.

Ta la té rèd menm ! alors que je parle couramment – c’est écrit sur mon CV -anglais et portugais – je bégaie quand je parle créole – que voulez-vous je suis un négropolitain, pire un mondopolitain, un wolfokpolitain, un déraciné loin de mon île ultramarine amis mais aussi un enraciné dans le Tout-Monde ! Alors n’allez surtout pas dire à mes enfants qu’ils sont guadeloupéens. D’ailleurs aucun n’y est né, deux sont nés au brésil, trois en France, quatre sont de double nationalité française et brésilienne, une est de double nationalité française et hollandaise avec influences indonésienne et surinamienne. Alors guadeloupéen ce n’est pas vraiment une préoccupation pour eux ! Y passer une semaine ou deux, au grand maximum, comme on passe une semaine à Bali ou à Sidney. Ils vont peut-être zouker et avoir la gwada attitude un jour ou l’autre – ça c’est chic – i’m gwadada, je suis du neuf sept un, mais sinon il n’y a personne au numéro que vous avez demandé. Grâce aux congés bonifiés j’ai pu faire ma b.a. : je les ai emmenés chez moi, au pays. L’un a même fait ses premiers pas sur le sable de Deshaies. J’ai fait mon devoir comme on dit. Après ils feront leur chemin, leur propre chemin individuel pour découvrir où est leur chez eux. Seuls eux d’entre eux n’y ont jamais mis les pieds mais je me console en pensant que ce n’est pas seulement la Guadeloupe. Ma fille aînée dont la mère et grand-mère sont nées en Indonésie et dont le grand-père est né au Surinam n’a jamais mis les pieds ni en Indonésie, ni au Surinam ni en Guadeloupe. Peut-être faut-il donner du temps au temps puisque la mère de cette dernière n’a été au Surinam pour la première fois pour visiter la terre de feu son père que passés ses 60 ans au moment de sa retraite. Quant à moi je rêve parfois d’un retour au pays natal mais ça reste du domaine du rêve. En fait j’aimerais juste y mourir – pas tout de suite quand même, laissez-moi voyager, vagabonder encore, laissez moi flâner, laissez-moi driver encore un ti krazi- pour retrouver mon nombril planté sous un pied de coco du côté de la Soufrière !

Les intérêts dont parle l’Administration sont aussi simples qu’être né aux Antilles, y avoir de proches parents, ou y avoir étudié avant d’entrer  dans l’administration, ou y payer ses impôts, locaux ou fonciers, bref il faut obéir à certains critères.

Tout d’abord il faut se souvenir qu’avant cette réglementation qui date de 1978, les Antillais devaient cumuler plusieurs années sans partir en vacances pour pouvoir partir aux Antilles. De leur côté les métropolitains qui travaillaient aux Antilles ou dans les autres Dom pouvaient eux bénéficier de facilités identiques. la décision de 1978 a été juste une mesure d’égalité de droit au nom sacré de la continuité territoriale.

Mais en y réfléchissant, même si j’ai pu garder le lien avec les Antilles grâce à mes deux parents qui étaient fonctionnaires et qui par eux reprises m’ont emmené dans leurs bagages, même si, grâce à cette mesure j’ai pu faire connaitre à 3 de mes enfants les Antilles, et ceci à deux reprises, je me pose la question : est-elle juste ?

Il y a en France des communautés de toutes origines, français comme moi, venus de terres encore plus lointaines et qui ne peuvent pas bénéficier de tels avantages. Est-ce juste ? Ne sommes-nous pas privilégiés ! Il ne s’agit pas pour moi de cautionner l’abolition de ces privilèges mais de réfléchir à ce qu’est l’égalité. On peut certes faire jouer l’égalité par le haut et se dire  que tout français d’origine étrangère dont le centre des intérêts matériels et moraux se trouve dans une terre en dehors de la métropole devrait pouvoir bénéficier de cette disposition dite de congés bonifiés.

C’est clairement un privilège ! A un Corse qui enrageait que je puisse partir en bonifié et lui non j’ai un jour répondu avec un grand sourire: « pour une fois qu’on a droit à un petit privilège, nous les Antillais, je ne vais pas  renoncer à mes 65 jours de congés ». Mais l’argument est un peu trop facile. Plus de 30000 fonctionnaires antillais prennent chaque année leurs vacances vers la terre-patrie. Autrefois quand les transports étaient en bateau je comprends que, au nom de la continuité territoriale, cet avantage ait pu faire sens mais maintenant c’est un peu abusé, je trouve.

Maintenant dans le cadre de ce régime très spécial on n’a plus besoin de cumuler donc on peut partir tous les 3 ans aux frais de la princesse et tous les ans voire deux fois par an ou plus à ses propres frais.

Et je ne parle même pas de ce droit dans le secteur privé !

Que dit en relation à tout cela le bon roi Emmanuel Premier ! Voici ce qu’il disait en réponse à une question d’un  originaire d’outre mer lors de la réunion qu’il a tenue le 8 avril 2017 à son QG de campagne avec les représentants associatifs des domiens en tant que candidat à la présidentielle : la question était ;

Question : « Monsieur MACRON bonjour, pour faire écho à ce qui a été dit par mon président, Monsieur Jean-Michel MARTIAL, je suis fonctionnaire de la fonction publique hospitalière. On parle d’égalité des chances. Je voudrais vous poser une question : si vous arrivez au pouvoir, il y a toute une série de dysfonctionnements par rapport à des congés. Par exemple, le congé bonifié des fonctionnaires de la territoriale dont l’État, au quotidien, se permet de… On dénie aux Antillais le droit d’être… subitement on leur dit “ça fait vingt ans que vous vivez en France, vous perdez votre antillanité”. Donc on leur retire le congé bonifié. Je voudrais savoir : quelle est votre position là-dessus ? Ce n’est pas une question mesquine, mais c’est une question qui concerne beaucoup de nos compatriotes qui travaillent dans les mairies, dans les hôpitaux, et il faudra, à la limite, l’expliciter plus clairement. Comment vous voyez les choses ? »

La réponse fut :

« Pour ce qui est de la fonction publique hospitalière et des congés bonifiés, je prends note de votre sujet. Je ne vais pas vous faire de clientélisme. Mon point n’est pas de changer drastiquement le système, de vous faire des promesses ou de vous garantir telle ou telle chose qui n’existe pas aujourd’hui. Je ne vais pas vous mentir, sinon vous diriez que je fais un tapis rouge pour les campagnes, aux Ultramarins.

Comme vous m’avez compris, ce n’est pas le cas, mais je vous parle comme à des gens qui ont des responsabilités associatives et politiques et qui sont concernés par les sujets des Ultramarins vivant en Hexagone et les sujets de l’Outre-mer plus largement. On regardera donc s’il y a des problèmes spécifiques qui existent sur les congés bonifiés après 20 ans et qui justifient, dans certains cas familiaux, de faire des aménagements mais je ne compte pas, sur ce sujet, changer les règles existantes. »

Dont acte mais cyclone echaude craint l’eau froide alors messieurs et dames de l’Ultramarinade réveillez vous. Au nom de l’égalité cet avantage dont vous avez pu jouir et dont vous jouissez encore, jouissez en à gorges déployées. Prenez une ration douce de jouissance. Une ration doublement douce et préparez vous à des lendemains amers. Ce qui est pris n’est plus à prendre. Prenez et multipliéz vos bonifies et préparez vous à boire votre café bonifie amer, sans le sucre roux, sans le miel, sans le sirop de batterie de l’Etat magique. 

Le perroquet au nid de Lune

Aux funérailles du perroquet au nid de lune le 1er avril 2014 l’assistance a chanté en dansant dans le cimetière Montparnasse dans ce quartier qu’elle et sa mère avaient essaimé une grande partie de leur existence. L’assistance a chanté en guise de poisson d’avril les chansons épitaphes des deux femmes musiciennes et de leurs Horizons créoles, une chanson qui synthétise bien un peu ce qu’est le patrimoine créole qui inclut Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Maurice, Haïti, Sainte-Lucie, Dominique, etc.

http://dai.ly/xpzntu

il était une fois un petit perroquet Cécile Aimée Henriette Jean-Louis née à Bordeaux en 1918. C’est une bordelaise donc ! Ses deux parents Jean Symphorien Henri Jean-Louis (Sainte-Anne 1874-Saint-Claude 1958) et Fernande Luce Blanche de Virel (Pointe-à-Pitre 1881-Paris 1953) sont guadeloupéens, elle est guadeloupéenne alors.

Papa , fils de Louis Joseph Jean-Louis (1821-1896) et de Laetitia Lantin ont des terres à Sainte-Anne. Il se fait appeler au choix Bag, Jilili, le Juge, Baghio’o, Jean-Louis le Jeune . Il étudie à l’Ecole des frères de la Doctrine Chrétienne, puis au lycée de Pointe-à-Pitre. Il devient bachelier en lettres en 1894. Il  part vivre en France à 22 ans  et s’engage en 1896 dans le 15eme régiment des Dragons à Libourne, près de Bordeaux . Pour payer son voyage il vend, à l’insu de ce son père  30 boeufs sur le marché de Pointe-à-Pitre. Il rentre en Guadeloupe en 1897 après la mort de son père. Il y rencontre sa future femme avec qui il vit maritalement jusqu’en 1903, date de leur mariage à Pointe-à-Pitre. De 1898 à 1902 ils partent tous deux en France où ils mêlent vie studieuse et bohême. Lui prépare une licence de lettres à Paris, elle étudie au conservatoire  national de Musique. il repart avec une licence de lettres et elle avec un  1er prix de violon et un deuxième prix de piano. ils rentrent à nouveau en Guadeloupe et Fernande commence à enseigner la musque alors que lui entre aux Contributions.  Ils se marient en 1903 à Pointe-à-Pitre..  Edward naît en septembre 1906 à Sainte-Rose, Henriette  à Pointe-à-Pitre en avril 1908 et meurt de noyade en 1915. Entre 1909 et 1911 ils sont à Fort-de-France suite à une mise en disponibilité d’Henri pour étudier l’agriculture pendant 3 ans à Saint-Pierre en Martinique. Victor naît ainsi à Fort-de-France en décembre 1910. Le couple retourne en Guadeloupe en 1912. Henriette naît en 1912 à Pointe-à-Pitre. En juillet 1913 nouveau congé administratif en France pour terminer ses études universitaires. En 1916 il est licencié en droit à la Sorbonne. L’année où Cécile naît en janvier il devient donc juriste en novembre  après avoir travaillé pendant 20 ans  au service des contributions. C’est le premier magistrat noir des Antilles. Il est nommé en Martinique de 1918 à 1921. En 1923 il est nommé président du tribunal de 1ere instance de Brazzaville et substitut du procureur. C’est une mutation qui lui permet de s’échapper de sa famille  car il a alors des disputes depuis plusieurs années avec sa femme (il est volage et s’énerve facilement). Le 21 octobre 1923 il part de Fort de France pour Le Havre. Edward et Victor rentrent avec lui en France pour étudier au collège  Sainte-Barbe à Paris, rue Valette où ils sont mis en pension. Ensuite le père part de Bordeaux pour le Congo en bateau où il arrive le 15 décembre 1923 par le paquebot Europe. Parallèlement Fernande part en octobre 1924 pour Saint-Nazaire avec ses deux filles Jane et Moune et s’installe à Paris.  De mai 1925 à janvier 1926 Henri est en congé administratif en France. Apprenant qu’il est muté à Madagascar il démissionne et s’inscrit au barreau de Brazzaville comme avocat tout en résidant à Port Gentil au Gabon où il a une maîtresse, une seconde épouse à vrai dire  Marianne Ankombié Rapontchombo (Pointe-Denis, Gabon 1886-Pointe-Denis, Gabon 1951) troisième enfant du deuxième roi du Gabon Jean Félix Marie Adande Rapontchombo (1844-1911) et petite-fille d’Antchouwe Kowe Rapotchombo dit le roi Denis (1780), chef de la tribu Mpongwé, un chef pacifique et vénéré, celui-là même qui a signé  le traité de protectorat  franco-gabonais par lequel la France de Louis-Philippe le 9 février 1839 met le premier pied dans la colonisation du Gabon en obtenant l’autorisation   de créer un établissement sur la rive gauche de l’estuaire et lui cède une partie de la Pointe qui fait face à Libreville.. Denis obtint même la Légion d’Honneur et fut décoré par le Vatican. Cette Marianne est une grande prêtresse du rite Niembé, un rite initiatique réservé uniquement aux femmes en opposition avec le rite Bwiti .

Henri se passionne pour toute cette culture africaine et pour le panafricanisme , la décolonisation, l’autonomie et l’indépendance des peuples noirs. c’est cela qui le met en délicatesse perpétuelle avec les autorités coloniales de l’époque. Les sociétés créoles sont corsetées, bloquées et hiérarchisées par le système esclavagiste. Il déconce les abus les plus révoltants mais ce faisant il est victime de rétorsions, et le sera toute sa vie. C’est un rebelle, un esprit contestataire qui refuse l’ordre établi. il refuse de se mettre au service de l’oligarchie coloniale ! Avec Marianne il apprend les vertus des plantes médicinales et magiques comme l’iboga (Tabernanthe iboga), il s’exerce au déchiffrage du langage tambourinaire. Il a une activité débordante et va exercer sa profession d’avocat en défense des causes qu’il défend mais aussi car il faut vivre pour des compagnies dont les intérêts divergent de ses intérêts de février 1926 à septembre 1931. Puis il est journaliste. Il est alors radié car condamné dans un procès à verser à son client des sommes exorbitantes en dommages et intérêts. 17 ans après le conseil d’Etat annulera cette sentence et il pourra recommencer la pratique du métier d’avocat , ce qu’il fera à Basse-Terre à l’âge de 76 ans.  il fait des aller retour sur Paris et se mêle au monde politique et musical des Afro-antillais de Paris . Il devient journaliste à Paris. En 1933 il retourne en Guadeloupe à Sainte-Anne. En 1936 il est en Martinique où il publie un journal le Progrès colonial de Saint-Pierre.  1936-1939 il est interdit de séjour aux Antilles pour atteinte à la sûreté e l’Etat et doit s’exiler à Trinidad où il va ouvrir une école de français et latin . il rencontre Marcus Garvey en 1937. Quand vient la guerre il rentre aux Antilles il participe à la  2ème conférence des Indes Occidentales  à Saint-Thomas en 1946. Et il représente la Guadeloupe en 1948 à la 3ème conférence des Indes Occidentales de Basse-Terre. C’est depuis des années, un poète, un essayiste, un dramaturge, il écrit des tonnes. Il s’est donné le nom de Baghio’o en honneur à son ancêtre  Jean-Louis Baghio’o, charpentier, à Pointe-à-Pitre qui était témoin dans l’affaire Bissette en 1849 dont les archives du procès figurent à la BNF. en 1958 il meurt à Sainte-Anne. Ses ancêtres seraient issus du Mali, de Tombouctou, fils de sultan.  A la fin de sa vie il tentera de traduire l’Odyssée ! Elle est donc africaine aussi, un peu congolaise, un peu gabonaise, un peu malienne, une Baghio’o ! C’ets aussi un peu une martiniquaise et une trinidadienne.

Sa mère Fernande Lucie Blanche de Virel est une musicienne accomplie qui est diplômée au Conservatoire National de Musique de Paris en 1902 comme pianiste (2eme prix) et violon (1er prix). Compositrice, parolière, chanteuse, violoniste, pianiste et pédagogue. Selon le magazine Life de 1947 sa mère est une sorte de Stephen Foster de Guadeloupe. Sa grand-mère Marie de Virel était une grande chanteuse violoniste et a été lauréate en composition de l’exposition universelle de 1893. Son arrière-grand-père Cyr Baltazar dit Achille de Rivel était musicien né à Gustavia,   Saint Barthélémy. ! Son arrière-arrière-grand-mère Ursule Bigard (dcd 1827 à Gustavia)  était originaire de Saint-Barth  était musicienne et  a eu 3 enfants naturels avec un béké de Saint-Barth Louis Philippe Hercule Fresne  de Virel, comte  de Virel qui avait récemment fui la France à cause de ses idées politiques lors de la Révolution française. il faut se rappeler que même si St Barth a été française bien avant, à l’époque Saint Barth était suédoise et le restera jusqu’en 1877. Les origines des de Virel sont bretonnes, du Morbihan.. Cécile est bretonne donc et de sang bleu de surcroit  ! Et musicienne comme maman puisque apprendra le piano, le violon, le chant et la guitare ! elle deviendra artiste lyrique et sera décorée de la Légion d’honneur. Elle sera aussi suédoise puisque son arrière-arrière-grand-mère l’était et bien sûr saint-barthélémienne.

La famille habite Paris . maman donne des cours et joue dans les cabarets et dès l’âge de 7 ans  Moune chante  dans le salon littéraire de Germaine Casse, une peintre tropicaliste d’origine guadeloupéenne dont le père avait été député de Guadeloupe. Elle prend des cours de chant ! Sa mère joue au piano avec Alexandre Stellio dans son cabaret Tagada Biguine.  à 16 ans  Moumoune dite Moune  de Virel se produit à Montparnasse dans un restau russe le Cabaret des Fleurs au 47 rue du Montparnasse. Puis à 17 ans c’est au tour de la Boule Blanche  33 rue Vavin, où elle devient Moune de Rivel ! Nous sommes en 1934. Moune de Rivel tombe amoureuse d’un libraire de Cologne, un allemand, Hermann Bröders. De leurs oeuvres naîtra le 19 juin 1934 son fils Alban JEAN-LOUIS alors qu’elle n’a que 16 ans. Quelque part elle est allemande aussi !

Elle écume les cabarets de Montparnasse: la Tomate, la Canne à Sucre. Chez ses parents ou sur scène elle croise des artistes de premier plan comme Léona Gabriel (1891-1971), René Maran (qui a gagné le Prix Goncourt de 1921), Marie Madeleine Carbet, Alexandre Stellio,  Archange Saint-hilaire ! Dans ce Montparnasse des années folles et ‘avant-guerre elle croisera Fujica, Brassens, Kiki e Montparnasse mais aussi Maïotte Almaby, Albert Lirvat, Stella Félix, Martine Allais, et Jenny Alpha.

Pendant la guerre elle se réfugie en Bretagne pour se rapprocher de ces origines bretonnes avec son fils, sa mère et sa soeur et les 4 enfants de cette dernière . Il faut savoir que les DE RIVEL qui étaient devenus une famille d’industriels avaient un château, le château de Trédion qui a appartenu à la famille de 1834 à 1978.

Apres guerre elle joue à Paris à la Canne à sucre puis part aux States et joue à New York au Café Society. Elle restera là-bas 2 ans. On la compare à Lena Horne et  Hazel Scott ! Alors qu’en France on la compare à Joséphine Baker ! A Baltimore elle se marie le 31 juillet 1946 avec le pianiste de jazz américain Ellis Larkins (1923-2002) qui enregistrera deux disques avec Ella Fitzgerald et qui est connu pour être le premier Noir à être entré dans la prestigieuse Peabody Conservatory of Music de Baltimore. Elle même va en profiter pour prendre des cours de composition et d’harmonie moderne à la Julliard School of Music. Elle divorcera à Paris  deux ans après le 5 juillet 1949  et puisque son premier mari sur papier  est l’américain Ellis elle est donc quelque part aussi américaine.

Avant son divorce elle ouvre peu de temps avant un restaurant « Chez Moune » à deux adresses différentes puis loue une cave aux Champs-Elysées qu’elle baptise  « Le Perroquet au Nid »  au 49 rue de Ponthieu qu’elle inaugure le 8 juillet 1949. Elle fermera au bout d’un an ne voulait pas céder au chantage de la pègre locale qui voulait qu’elle les paie pour sa protection. Mais le temps que cela dura cet endroit fut un festival de swing antillais et de bonne humeur !

Elle est morte à Paris en 2014, elle est parisienne.

 

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Moune de Rivel a bercé les oreilles de ma mère. Moune est le iminutif e Moumoune mais moi j’y vois une francisation de Moon c’est à dire Lune !  parfois encore je pense que moune veut dire « Moun de Rivel, moune pris dans le sens de ti moun ou gran moun! Alors Rivel devient un pays ! un pays imaginaire, un tout-Monde ! Je suis donc rivélien autant qu’on puisse l’être !

Et pourtant ! Longtemps moi j’ai considéré ce qu’elle faisait comme de la musique doudouiste. Du type « adieu foulard, adieu madras. » J’entendais ma mère chanter comme un pinson tous les tubes du hit-parade de celle que les Américains appelaient après-guerre « the parisian chanteuse »:

« si ni on bagay ki cho, sé bigin/Si ni on bagay ki ou sé bigin/sin ni on bagay ki bon sé bigin »,

« Mwen pa ni papa mwen pa ni manman pou véyé ko mwen, an pa ni ti sè an pa ni ti frè pou konseyé mwen » ou bien

« pa lévé lan men si krapo », ou surtout

« fanm ki dou fanm ki agasan, fanm ki dou mari yo pa ka lagé yo » ou encore

« bay koko pou chabon a ka monsieur blandin » et enfin

« Amédé ka travay /lendi mawdi jédi, mé los sanmdi rivé/ i vlé soulyé vèwni »

Je trouvais tout ça un peu suranné, folkorique sympa, mais suranné. Même si je participais comme danseur lors des carnavals dans l’association antillaise le « Rayon de Soleil » de Bagneux où c’était le règne de la biguine et du boléro ou du gwoka, pour moi ce n’était qu’un passe-temps, la biguine c’était la chose des anciens. Moi j’étais funk,  rythm and blues à bloc :      James Brown, Arthur Conley, Wilson Pickett, Jackson Five, Aretha Franklin , Otis Reeding, Diana Ross and the Supremes, Smokey Robinson, Stevie Wonder, Ike and Tina Turner, Dionne Warwick  et consorts. Et c’est vrai que pour un jeune ti boug comme moi dans les années 60 disons que j’avais d’autres intérêts. Je considérais alors que Moune de Rivel c’était de la musique pour les vieilles dames ! D’ailleurs mon père n’écoutait pas Moune de Rivel. Il n’y avait que ma mère qui achetait ses disques 33 tours. Ensuite qu’elle idée que d’aller se faire appeler Moune quand on a un aussi joli prénom que Cécile Jean-Louis. Pour de Rivel j’ai compris depuis que je sais le nom de sa mère Fernande de Virel que c’est un jeu de mots sur le nom. Ce  « de » aussi, cette particule me gênait.  Moi qui à cette époque croyait en l’indépendance tout ce qui semblait rattaché à la bourgeoisie créole m’horripilait. Et quoi qu’on en dise Moune de Rivel descendait de cette bourgeoisie créole. Pour être diplômée du conservatoire de Paris  en piano et violon en 1903 comme sa mère il fallait l’argent pour prendre le bateau, se loger, se nourrir, survivre, venir étudier à Paris. Son père Henri Jean-Louis Baghio’o,  idem, fils de propriétaires terriens, noir et riche ! tout cela je ne le savais pas mais je le pressentais ! car la Martinique et la Guadeloupe qu’on me chantait étaient des îles trop idylliques pour être honnêtes. Par contre j’appréciais que les chansons soient chantées en créole et quand je m’en donnais parfois la peine je voyais qu’il y avait beaucoup d’humour dans les textes et que le rythme finalement tournait bien. Mais ce n’était plus mon époque, je n’y pouvais rien ! Mais avec l’âge je me suis surpris l’air de rien petit à petit à reconsidérer, à resignifier Moune de Rivel et à la replacer dans son temps, dans son univers colonial et poost-colonial  il faut maintenant que je reconnaisse mes erreurs de perception.

Même si les descendants de  DE   VIREL et de JEAN-LOUIS eurent la vie belle, des berceaux dorés, il surent tirer parti des possibilités que leur proposait le système éducatif, le système administratif pour trouver des solutions certes individuelles mais néanmoins courageuses dans un cadre colonial anxiogène, ne l’oublions pas, pour réaliser leurs rêves. C’étaient tous des  originaux, dans le sens noble du mot, un peu loufoques parfois, un peu lunatiques, un peu troublants, désaxés en quelque sorte, des misfits, des illuminés et en même temps tout le monde a le droit d’avoir des années folles !  Quand je vois ces destins exceptionnels, car ils le sont au moins à 20 titres, quand je vois par exemple Henri  JEAN-LOUIS remporter sa lutte contre l’administration au bout de 17 ans par une décision de la  Cour d’Etat, je ne peux que rester bouche bée, ababa ! quand je vois le nombre d’ouvrages de tous types qu’Henri a écrits, que son fils Victor (1910-1994) plus connu sous le nom de Jean-Louis Baghio’o a écrits, le nombre  de chansons qu’ont écrites Moune de Rivel et sa mère, quand je vois cette lignée mirobolante et fantasmagorique de musiciens qui de génération en génération ont vécu la musique à son plus haut niveau, quand je pense au mariage d’Henri le bigame avec la fille du roi du Gabon, l’exil à Trinidad, quand je vois que Moune a élevé toute seule (avec l’aide probablement de sa mère et de sa soeur)  son fils dès l’âge de 16 ans et a pu mener de front cette carrière fabuleuse de chanteuse, compositrice, actrice, fondatrice du Conservatoire des Musiques Créoles,  productrice de programmes de radio, peintre, quand je vois ce que cette famille de Sainte-Anne et Gosier pour faire simple ont réalisé de leur vivant , quand je vois tout ça et tout ce que je ne sais pas, que je ne vois pas, qui n’est pas dit et ne le sera jamais, alors je pense que l’excellent court métrage de Barcha Bauer « La lune Lévé » réalisé en 2011 soit 3 ans avant le décès de Moune qui était atteinte depuis 2004 par la maladie d’Alzheimer est un amuse-gueules, un apéritif, un titillement de neurones avant ce que leur histoire, qui pour moi est de la grande Histoire, une épopée, une fresque de nos sociétés créoles ancrées ans le Tout-Monde. Quel sera le metteur en scène qui aura la sensibilité pour traduire cette grande fresque, cette grande mosaïque humaine, je ne sais pas, quels seront les acteurs, je ne me risquerai pas à un casting mais je le dis haut et fort : Les créoles le méritent ! C’est une histoire créole qui sous-tend une histoire noire, une histoire amérindienne, une histoire française, une histoire africaine, une histoire américaine, une histoire européenne, une histoire caribéenne ! c’est aussi une histoire littéraire, une histoire judiciaire, une histoire d’amour, de combats et de haine, de rancoeur et de désir de liberté, un rêve, une histoire politique, généalogique tourmentée : c’est une histoire créole dans la veine du réalisme magique et merveilleux faite de mille horizons créoles insoupçonnables

 

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Prière d’un petit enfant nègre (revisited)

 

Plus de 55 ans après La prière d’un petit enfant nègre, parue en 1961, dans le recueil Balles d’Or, de Guy Tirolien (1917-1988), même si elle a pu faire le tour du monde (francophone) au temps des décolonisations africaines a sans doute perdu de son acuité. Les crises sont passées par là ! Les réformes de l’éducation aussi ! Les beaux messieurs de la ville d’autrefois ont été remplacés par les petits enfants nègres qui ne voulaient pas aller à l’école, qui probablement ne savent plus danser le soir, ni marcher les pieds nus. Et paradoxalement les vieux messieurs d’autrefois ce sont eux qui dansent et marchent nus car ils ne sont plus soumis aux lois implacables du marché, et du paraître. Il y a ainsi des moments pour tout ! Les beaux messieurs de la ville ont encore partout à travers le monde de beaux jours devant eux et s’ils ne dansent pas, s’ils ne font pas la sieste sous les manguiers, c’est aussi parce qu’il y a de moins en moins de manguiers, de moins en moins de ravines, de moins en moins de « rouges sentiers », de moins en moins d’usines.

Tout d’abord il faut voir que cette école qui est dénoncée l’est dans un cadre religieux qui lui n’est pas absolument pas remis en cause. Ce « Seigneur, je ne veux plus aller à leur école » aurait été bien plus porteur si on lui avait adjoint un « Seigneur je ne veux plus aller à leur église. » Ensuite c’est une prière, donc ce n’est qu’un voeu pieux dont on espère un hypothétique exaucement ! Demain malgré ses protestations, ses larmes, ses geignements, l’enfant (quel âge a-t-il d’ailleurs)  ira à l’école et malgré ses atermoiements s’il n’étudie pas il finira malgré lui, au mieux, à l’Usine. Certes je ne veux plus aller à leur école ne veut pas dire je ne veux plus aller à l’école. Cela veut dire je ne veux pas aller à une école qui soit le produit d’une domination . Je ne veux pas composer avec cette civilisation occidentale qui me nie. Je veux que ma Négritude fasse partie intégrante de mon éducation ! Il y a certes une dimension politique mais en même temps une dimension parodique. car si on avait intitulé tout simplement le poème prière d’un enfant, on verrait que tout enfant pourrait s’y retrouver car il ne s’agit pas tant, selon moi, de proposer une école qui soit proche, physiquement, culturellement et politiquement, il s’agit surtout d’une école qui réponde à l’aspiration et aux rêves des enfants. On aurait tort d’opposer éducation traditionnelle (liée à la nature, à l’inconscient collectif, à l’identité racinaire, aux Ancêtres et à la tradition et ancrée presque arc-boutée sur le passé) et éducation tournée vers le monde (la technologie, le profit, l’Occident). Selon moi la concept là encore d’identité rhizomatique de Glissant permet de contourner le paradigme. A l’enfant il doit être permis de s’abreuver de toutes les énergies, c’est en les mobilisant, les unes avec les autres, en tentant de leur trouver un point d’équilibre qu’on parvient à en tirer la substantifique moelle.  Sur ce, ma mère qui a dû elle aussi marcher quand elle était toute petite pendant des kilomètres pour aller à l’école, qu »il pleuve ou qu’il vente et quelle que soit la température me disait que c’était pour elle une joie et qu’elle ne profitait pour faire le chemin avec ses amies, cueillir des mangues, bavarder. Moi même tout petit pour aller à l’école de Saint-Phis où j’habitais à Basse-Terre, dans leur école (qui en plus était une école de soeurs, l’Institution Jeanne d’Arc) il fallait que je me lève de bonne heure mais j’y allais en « taxi ». On voit encore de nos jours partout dans le monde des enfants qui doivent se lever à  cinq heures du matin et passer 3 heures en transport aller-retour en canot et à la rame et pour qui c’est un plaisir d’aller à cette école. Car aller à l’école c’est aussi parcourir un chemin d’indépendance, loin du regard des parents, c’est aussi tisser des liens d’amitié, c’est l’occasion de s’affranchir du contrôle parental. Il n’y a pas de déterminisme ! J’ai enseigné en France, au Brésil et en Guyane Française et je dois dire que j’ai rarement vu d’enfants fatigués , nés fatigués dans la cour de récréation. Par ailleurs cela fait partie de l’archétype de l’enfant de vouloir jouer, découvrir, la question est de savoir si l’école doit être le lieu de la vie ou le lieu des apprentissages.

Seigneur, je suis très fatigué.
Je suis né fatigué.
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.

Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancré
Vomit dans la campagne son équipage nègre…

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut.
Mais moi, je ne veux pas
Devenir, comme ils disent,
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.

Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
Ecouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.

Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?

Et puis elle est vraiment trop triste leur école,
Triste comme
Ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

Et voici comment est traité ce texte à Bouillante en Guadeloupe dans justement l’école ‘aujour’hui

Mister Macron, make French great again

 

 

Mister president la presse vous encense ! La France En Marche est au pâmoison ! Vous, l’Ange Emmanuel, avez osé dire au président de la Toute-Puissante Amérique qu’il fallait rendre la planète great again ! Et en anglais en plus ! Wow ! Belle performance ! Je lis sur LCI et j’entends sur les réseaux sociaux que vous avez été champion de France toutes catégories des retweets. Jamais on n’avait autant retweeté un Français. Vous êtes en un tweet opportuniste devenu l’égal de John Fitzgerald Kennedy et de Barack Obama, chef de file de la planète écologique, vous qui n’avez pas prononcé plus de deux fois le mot écologie dans votre campagne ! On vous  retweeté en France , aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Mexique et même aux Comores très probablement. Vous avez été retweeté deux fois plus que l’ancien recordman de France , le  Le Luron cynique, Cyril Hanouna !  oh la jolie punchline que voilà ! Make the Planet great again ! Copie géniale conforme dit-on partout entre communicants de Make America Great Again ! Je ne doute pas que vous formiez le voeu de Make France Great Again mais j’ai de sérieux doutes sur votre capacité à dépasser les clivages que vous dénoncez. Car à peine avez-vous prononcé vos voeux écologiques pour la planète ne voila–il pas que vous  vous faites signaler par « un trait d’humour malheureux » selon vos propres services élyséens.  Ce serait un mauvais procès qui serait fait au président elect que vous êtes. Vous ne seriez pas raciste, comme justement votre alter ego Mr Trump, Donald de son prénom ! Le kwasa-kwassa, ce petit bateau comorien qui transporte d’île en île de malheureux Comoriens en mal d’Eldorado vers Mayotte, le 101eme épartement, « pêche peu et amène du comorien » avez-vous dit  d’un air malicieux ! J’ai donc bien compris que de façon subliminale vous annonciez que vous ne seriez ni un président normal ni un président académicien garant  de la langue française puisque c’est en anglais que vous vous êtes exprimé pour épicer votre propos. Puis-je me permettre en toute grammaticalité de vous reprendre en français. Si vous avez utilisé le verbe « amener » c’est que vous considérez, à juste titre, que les Comoriens sont des êtres humains. On apporte quelque chose, on amène quelqu’un. Je ne doute pas que vous souhaitiez  aussi Make  French great again mais vous vous trompez d’article. L’article partitif « du » serait tout à fait approprié pour apporter des crevettes mais pas des crevettiers, des crevettes comoriennes mais pas du Comorien. Mais il me vient tout à coup une lecture  qui pourrait vous donner raison et qui pourrait alors justifier de l’emploi de l’article partitif « du » (pour une meilleure compréhension: partitif en français et uncountable en anglais sont synonymes): il se pourrait que certaines victimes de ces traversées entre Comores qui se soient noyées en mer aient pu être réduites en infime bouillie par les requins et autres représentants de la faune marine de la région et que donc une infime partie de leurs corps et âmes aient été ingurgitées par des crevettes qui « paissaient » tranquillement dans les pavages jusqu’à ce que les crevettiers les aient pêchées et mises sur le marché.    En effet dans ce cas on mangerait non seulement de la crevette comorienne mais aussi du comorien ! Je laisse aux Comoriens la libre interprétation de la chose ! On comprend mieux votre Make the Planet Great Again à l’aune de cet épisode instructif de haute transition écologique. Pour clore ce chapitre malencontreux : à  moins que vous ne souhaitiez aussi modifier par ordonnance l’emploi de l’article partitif dans la langue française, je ne saurai vous tenir grief de cette faute de grammaire car je vous crois trop  entouré de communicants en tous genres pour la commettre même si je crois que quand on chasse le naturel le bio divers revient toujours au galop ! Sur un autre article que je vous avais déjà consacré il y a quelques mois pressentant l’imposture: Emmanuel Macron, the new neutral je disais que vous étiez le nouveau neutre, la couleur passe-partout, quoi. Et je n’avais pas tout à fait tort puisque désormais le racisme neutre que vous avez probablement théorisé pendant que vous étiez En Marche tient désormais la barre:  l’Ange Emmanuel est à l’Elysée ! !

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