Rencontre avec une Colchidienne, compatriote baroudeuse de Medee.

Médée, prêtresse d’Hecate, déesse lunaire de la sorcellerie, magicienne, fratricide, infanticide, homicide, feminicide. Medea, femme protéiforme originaire de Colchide, royaume d’Asie Mineure au bord de la Mer Noire (actuellement sous juridiction géorgienne) .

Depuis Seneque, Euripide, Apollodore, Hesiode, Ovide, Marc Antoine Charpentier, Giovanni Pacini, Pausanias, Pierre Corneille, Jean Anouilh, François-Joseph Salomon, Jiri Antonin Benda, Erich Naumann, Luigi Cherubini, Mercadante, Pier Paolo Pasolini, tout le monde s’est fait à cette idée, à cette image d’héroïne meurtrière, infanticide, fatricide.

En grec Medee signifie celle qui voit. Cette voyante extra lucide égorge ses enfants Pheres et Mermeros. Pour quelle raison ? Pour se venger de son mari qui l’a bafouée et répudiee. Son mari, en l’ occurrence Jason (un grec de Iolchos, en Thessalie, fils du roi Eson) oui ce même Jason des Argonautes et de la Toison du Bélier d’or (soit dit en passant toison, dont le père de Medee était le gardien et qu’elle a contribué à livrer à son amant argonaute par le truchement de ses pouvoirs occultes). Or ce mari, avide de pouvoir, qui lui est redevable de sa gloire après quelques années de vie commune et deux enfants veut se séparer d’elle et en épouser une autre, Creuse dite Glauce, fille du roi Creon, Roi de Corinthe, en Grèce. Medee n’est pas magicienne pour rien. Petite-Fille du soleil, nièce de Circe, fille d’AEetes, roi de Colchide et de l’Océanide Idyie. On ne joue pas en vain avec ces femmes-là. Peleas, l’oncle de Jason, qui a usurpé le trône qui était destiné à Jason le paiera de sa vie. Le frère de Medee, Absyntos se met sur son chemin pour l’empêcher de fuir avec la Toison d’Or. Elle en fait des grillades. Les cheveux de sa rivale finissent en flammes et le père de cette dernière Creon, périt en voulant sauver sa fille.

Medee, l’intrigante, impitoyable et amoureuse Colchidienne, que jamais les dieux ne châtieront: elle va de Colchide en Corinthe, de Corinthe à Athènes, d’Athènes de retour en Colchide auprès de son père puisqu’au lieu de finir sa vie aux Enfers pour ce double infanticide, précédé de plusieurs meurtres, elle finit aux Champs-Élysées en compagnie d’Achille après s’être promenée successivement aux bras de Jason et d’Égée (roi d’Athènes à qui elle aura un fils Medos) .

Mais doit-on prendre pour de l’argent comptant le récit se cette tragédie grecque telle que nous la raconte avec talent Euripide qui fut payé par les patriciens d’Athènes alors en lutte contre Sparte 5 pièces d’argent pour l’écrire.

Peut-on revisiter les mythes ? Ou sont-ils intangibles comme les tables de la loi? Pourrait-on imaginer une actualisation féminine de cette tragédie grecque essentiellement masculine ? Certains osent.

Dans l’avion qui nous menait d’Athènes à Paris nous avons fraternisé avec une grecque pontique, une comédienne qui joue en français, une alter ego de Félicien Marceau aux masques aussi impalpables et pluriels que des couches de pelures d’oignons, une poetesse. Elle nous a livré avec fougue sa vision kaleidoscopique de Medee. MEDEE ne serait pas cette sauvage sanguinaire à la santé mentale passablement compromise que nous peignent les mythes masculins depuis l’éternité des temps. Medee en tant que magicienne d’un pays obscur était redoutée et Euripide ne donnait que sa version personnelle de la chose. MEDEE SERAIT PLURIELLE. MEDEE est comme la soprano grecque Maria Callas qui a joué le rôle de Medee dans le film de Pasolini. Voire comme celle qui a joué le rôle, Julie Angélique Scio, dans l’opéra comique de Cherubini. Comme les sopranos Gwyneth Jones et Léonie Ryzanek. Comme les mezzo soprano Shirley Verret ou Grâce Bumbry. C’est une femme qui a été aussi tuée symboliquement par sa mère d’une certaine façon puisqu’ elle a été vendue comme esclave. Il n’est pas anodin que tant d’hommes et si peu de femmes, si l’on excepte la compositrice Olivia Holmes, aient souhaité s’étendre sur le mythe de la magicienne Medee, la sauvage, l’étrangere, la furie qui bouillonne, la gadedzafe, la vendeuse de simples, la physicienne alchimiste, l’androgine. Outre ceux que j’ai déjà cités notons encore Cavalli, Jean Baptiste Lully, Giovani Simone Mayr, Samuel Barber, Darius Milhaud, Pascal Dusapin, Robinson Jeffers (Medea, 1935), Michael John LaChiusa (Marie Christine, 1999), Lars Van Trier (Medea,1988) etc.

J’ai vu en elle une Medee démultipliée dans sa double spirale. Je ne doute pas qu’elle soit en mesure de cerner avec brio l’ombre archetypale de la magicienne plurielle et protéiforme et nous la retransmette illuminée transfigurée bien au-delà du brouillard épais de son chariot volant escorté de cobras chantant sa mélopée au rythme du santouri, le nez de Medee humant fièrement les cyclones sans doute aussi beau que celui de Cleopatre qui bouleversa la configuration du monde antique.

Et si le nez de Medee avait été épaté au lieu d’être grec ? Et si Medee avait été noire, africaine, Afro-Americaine, afro caribéenne, amerindienne?

Certains ont sauté sur l’occasion pour proposer dans le registre de la classica africana, la relecture des mythes gréco-romain à travers un prisme afro. Black Medea (1976) par Father Ernest Ferlita SJ, American Medea par Silas Jones (1995), Black Medea par Countee Cullen (1935), Pecong par Steve Carter (1990), Medea, queen of Colchester par Marianne McDonald (2003), Beloved par Toni Morrisson, African Medea par James Magnuson (1968), Madea par Tyler Perry, Black Medea par Wesley Enoch (2007), Demea: a play par Guy Butler (1990), The Tragedy of Medea Jackson par Edris Cooper (1992).

Les ordonnances royales ne sont pas toutes médicales à Marie-Galante

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J’ai parmi mes ancêtres des affranchis. Savoir qu’un de ces ancêtres a été affranchi est source d’étrange fierté pour de nombreux descendants d’esclaves. Certes ils étaient esclaves mais ils ont été affranchis, non. Vive Louis-Philippe, roi des Français ! Moi je suis un peu circonspect pour être honnête. C’est vrai, je suis heureux pour eux, pour leur famille, à l’époque cela fut sans doute considéré par les membres du clan comme une victoire sur l’adversité, le début d’une vie prometteuse, jalonnée de succès. Pouvoir se dire libre, être citoyen, marcher libre au vent ce n’est pas quelque chose qu’on peut négliger comme cela d’un revers de main. Donc je ne jette la pierre sur personne.

J’ai tout de même tendance à croire que ces libertés accordées chichement le furent surtout au prix , selon moi, de nombreuses compromissions. Que de hontes ont  été bues, que de souffrances ravalées pour arriver à cette concession d’affranchissement (j’aime le mot anglais manumission, le mot portugais alforria). Il y aurait donc eu les bons esclaves dociles et méritants dont le prototype serait Uncle Tom et les autres récalcitrants et mauvais sujets. Je ne pense pas que les récalcitrants et mauvais sujets, les mauvais larrons, dont le prototype serait le nèg mawon ou le fenyan, avaient droit à la mansuétude du colon. Je ne crois pas à la charité chrétienne. Je ne crois en la matière qu’aux intérêts bien sentis de chacun. Et dans chacun je mets l’esclave et le colon. Je crois aussi aux liens du sang qui ont permis à de nombreux mulâtres de s’émanciper. Quand ce ne sont pas les liens du sang il y a les liens de la chair qui ont permis à de nombreuses négresses de s’émanciper, elles-même. Le talent, ne parle-t-on pas de nègres à talent (les musiciens, les charpentiers, les marins peut être, les cochers) était aussi une porte de sortie, tout comme l’était la guerre ( huit ans de combat acharné à défendre les intérêts de la classe dominante et hop on vous donne en guise de médaille d’ancien combattant et victime de guerre, un sauf-conduit de toute beauté, si entre temps vous n’avez perdu ni jambe ni tête ni tué la moitié de vos compatriotes).

Les actes d’affranchissement qui sont enregistrés dans les registres d’état civil des communes concernées font suite à des arrêtés des gouverneurs pris en conseil privé à Fort Royal pour la Martinique, à Basse-Terre pour la Guadeloupe et dépendances, à Cayenne pour la Guyane Française et à Saint-Denis sur l’ile Bourbon.

Exemple parmi tant d’autres d’un tel arrêté portant déclaration de liberté, celui dont a pu bénéficier mon Sosa 37, Eliza, couturière, née en 1800 à Marie-Galante et qui lors de la séance du conseil privé de la Guadeloupe du  6 août 1834      (acte 7, vue 297) est affranchie avec  ses 5 enfants (Saint-Père 15 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Champ-Fleury 12 ans et 9 mois, ouvrier charpentier, Firmin 8 ans et 9 mois, Irma 4 ans et 9 mois, Ernest 1 an et 8 mois) sur la demande de Joseph Leduc

Nous Gouverneur de la Guadeloupe et dépendances
Vu l’article 30 alinéa 2 de l’ordonnance royale du 9 février 1827 et celles du 31 août 1830 et 22 août 1833;
Vu l’ordonnance royale du 12 juillet 1832 et la dépêche ministérielle du 24 du même mois;

Vu notre arrêté du 11 octobre 1832;
Vu les déclarations faites en vertu de cette ordonnance et les pièces à l’appui de ces déclarations;
Considérant que les individus ci-après  nommés ont satisfait aux prescriptions de l’ordonnances et de l’arrêté précités;
Sur le rapport du Procureur Général
De l’avis du Conseil Privé
Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

Art 1er sont déclarés libres et seront inscrits en cette qualité sur les registres de l’Officier de l’état civil de leur quartier respectif, les nommés :

A la Basse-Terre et banlieue (14), quartier des Habitants (5) quartier de Bouillante (6), quartier de la Pointe-Noire (11), quartier de Deshaies (6), quartier de Vieux-Fort (2), quartier des Trois-Rivières (7), quartier de la Capesterre (10), île Saint-Martin (7), île Marie-Galante (27 parmi lesquels : Eliza et ses enfants: St Père, Champ-Fleury, Firmin, Irma et Ernest – Le sieur Joseph Leduc,  la Pointe à Pitre (9), quartier des Abymes (2), quartier de Morne-à-l’Eau (22),quartier du Moule (7), quartier du Petit Canal (2), quartier de Sainte-Rose (1), quartier du Petit-bourg (1), quartier de Sainte-Anne (2)

Article 2. Le Procureur général est chargé de l’exécution du présent arrêté , qui sera enregistré

Cet arrêté du 6 août 1834 est transcrit sur le registre d’état civil de  Grand-Bourg, Marie Galante (autrefois appelé Joinville) par acte 148 du 27 août 1834 (vues Anom 52 et 53).

L’an mil huit cent trente quatre le vingt-septième jour du mois d’août pardevant nous Marie-Joseph Ventre, officier de l’Etat civil de l’île Marie Galante résidant au Grand- Bourg  est comparue la nommée Elisa, âgée de trente quatre ans et neuf mois,, couturière domiciliée au Grand-Bourg laquelle nous a présenté un arrêté de Monsieur le gouverneur de la Guadeloupe en date du  six de ce mois qui déclare la dite comparante et ses enfans Saint-Père,  de quinze ans et neuf mois,  Champfleury de douze ans et neuf mois,  ouvriers charpentier, Firmin de huit ans et neuf mois, Irma de quatre ans et neuf mois,  et Ernest d’un an et neuf mois, libres et elle nous a requis ed faire sur nos registres l’inscription  prescrite par l’article cinq de l’ordonnance du roi du douze juillet mil huit cent trente-deux, à cet effet nous avons dressé le présent acte. En avons fait mention au bas du dit arrêté et avons signé après lecture de cet acte pour la requérante qui interpellée de signer  a déclaré ne le savoir.

Mais qu’étaient donc ces ordonnances pas médicales pour un sou et qui pourtant furent la base juridique pour entamer la procédure tendant à soulager le corps et l’âme de bon nombre d’esclaves au cours des 18ème et 19ème siècles ? Le médicament nommé « liberté » était si radical que sur la période 1832 – 1848 (date de l’abolition définitive) le taux d’affranchissement a été doublé. J’imagine (car il est difficile de se mettre à la place d’un affranchi, que ce fut comme passer son bac et recevoir les résultats, ou comme avoir son permis de conduire) ! J’imagine que ce fut comme une seconde naissance et que la mère pleura de joie et bénit le Seigneur ou les dieux ou esprits  en qui elle croyait. j’imagine que tout cela fut sabré dignement avec force guildive de Marie-Galante. et qu’on convia toute la parentèle à cet événement extraordinaire. certains crièrent bien avant Martin Luther King.

free at last, free at last, Lord Almighty, we are free at last.

On se para de bijoux et e beaux atours, yépa, on dansa, on sauta-mata, on chanta la vie est belle ! La Guadeloupe c’est le Paradis ! Grand-Bourg Campagne c’est  l’enfer transformé en Eden. On fit du bon boudin, on rôtit du bon cabri et cochon, force malanga et fruit à pain, on fit agapes sur agapes . J’imagine que le père de ces enfants là se joignit à tout ce beau monde. J’imagine que ce fut Joseph Leduc propriétaire âgé de 53 ans en 1834, qui pourtant jamais ne reconnut ces enfants là. La vie continua son petit train train colonial. Eliza eut encore deux enfants, deux jumelles,  en 1839, un quatorze janvier, Joséphine Cécilia et Virginie Cécile. Acte 2 du 21 janvier 1839. C’est Joseph Leduc qui fait la déclaration de naissance, il est dit que Eliza a accouché chez lui. Il est clair que tout ce beau monde a quelques accointances charnelles. Mais je suis sans doute mauvaise langue.

Mais l’enfer a les bras longs et en cette même année  1839 pourtant si bien commencée avec la naissance de ses jumelles Eliza l’affranchie va perdre en quelques mois trois enfants: Irma, le 18 septembre 1839, Ernest, le 27 septembre 1839 et finalement l’une des deux jumelles, née libre pourtant, Joséphine Cécilia, le 14 novembre 1839. Eliza mourra elle même en 1847 , un 27 novembre, 13 ans après son émancipation. entre temps elle aura reconnu en 1844  (acte 13, 7 août 1844) ses quatre enfants survivants : Saint Père, Champfleury, Firmin, Virginie Cécile puisqu’apparemment leur père fait l’oreille sourde.

Eliza mourra finalement le 27 novembre 1847 à Grand-Bourg Campagne (acte de décès 16).

Two

J’ai l’esprit au ras des pâquerettes et en l’occurrence au ras du semen-contra. Cela m’a  conduit à fouiller dans la vie de ce bon monsieur Leduc, Joseph de son prénom. Monsieur est veuf depuis 1815 quand son épouse bien aimée Louise Marguerite Lacavé Déruisseau, à qui il a juré fidélité exclusive devant Dieu et devant les hommes, meurt en 1815 dans la fleur de l’âge. Devenu veuf le pauvre homme se lamente . Il est encore gaillard ! 34 ans pardi c’est la toute jeunesse ! il a deux filles à éduquer: Irmène née en 1808 et donc âgée de 7 ans à la mort de sa mère et Marie Louise Célina née en 1812 et âgée de 3 ans. Elisa qui est déjà à son service et qui aidait madame son épouse est avenante. il résiste, certes, mais le démon de midi est ce qu’il est et madame s’occupe de monsieur corps et biens. La journée ce sont les filles, . Monsieur maintient les apparences parce que sa fille aînée veille. Elle veille tant qu’elle  se mariera huit mois après la mort de son père en novembre 1841. Monsieur rêve d’avoir des garçons ! qu’à cela ne tienne !   Dès 1818  Saint-Père apparaît, beau comme un pape ! Mais l’homme est gourmand, il en réclame un second, il a deux filles, normal, d’avoir aussi deux garçons pour l’épauler dans ses vieux jours. Eliza qui a appris la couture lui tricote de telles caresses que suivent Champfleury et Firmin. Irma et Ernest viendront compléter cette belle famille antillaise anbaféy ! Ce que voudrait Eliza c’est que Joseph reconnaisse ses enfants, même naturels. Mais ce dernier ne le peut à cause de ses filles qui font le blocage. Mais il l’aie à sa façon : ses « fils » apprennent la charpenterie. il faut leur donner un métier. Peut-être même ne le veut-il pas ! peut-être que la petite société de Grand-bourg ne lui pardonnerait pas ! En 1833 profitant de l’aubaine il consent à l’affranchissement de sa bonne pour enfants pour bons et loyaux services rendus dans l’éducation de ses filles et dans le maintien de son habitation car la toute dernière,, Marie-Louise Célina Leduc a maintenant 21 ans. Deux ans avant de mourir leur père baptise deux de ses enfants jumelles. Le coup de grâce pour Marie Louise Célina  qui ne le pardonnera jamais à son père et à fortiori à sa belle-mère. C’est le poison qui aura raison de la vie de trois des enfants illégitimes. La chair de sa chair a tué la chair de sa chair ! Le père Joseph entre dans une profonde dépression. Il meurt. Et là c’est la débandade. Eliza et tous ses enfants d’ Eliza doivent débarrasser le plancher illico. Ils ne sont plus les bienvenus. Maintenant on se déchire pour l’héritage. Heureusement le sieur Joseph avait prévu l’avenir de ses enfants et laissé ses dernières volontés chez son notaire. C’est le coeur triste qu’en 1844 Eliza reconnait ses enfants. Elle aurait pu le faire bien avant mais elle attendait, fleur bleue, que son homme le fasse. Maintenant qu’il est mort, adieu robe blanche, diadème vache, cochon, duc,  mariage ! On ne peut plus tergiverser d’autant plus que sa santé s’est délabrée. C’est que ce monsieur là aimait la bagatelle plus que tout et ne rechignait pas à la tâche quand il s’agissait de donner ses coups de boutoir. Eliza n’a plus ses 20 ans. Le 12 novembre 1845 sa rivale oedipienne meurt à l’âge de 33 ans. Célibataire à l’âge du Christ. Eliza a elle 45 ans. Il ne lui reste guère que deux ans à vivre !

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Vous avez aimé la telenovela ! Oui nos familles peuvent servir de cadre à de merveilleuses histoires pleines de rebondissements mais la vie dépasse bien souvent la fiction. Mais revenons à nos moutons après cette intermède que vous me pardonnerez, je l’espère. Que mon sosa 37 me pardonne si je l’ai choqué ou si ma vérité n’est pas conforme à la réalité. ce n’est qu’un histoire parmi tant d’autres dont j’essaie de dégager une trame. Il fallait es bons, il fallait des méchants. J’ai choisi mon bord, celui de mon sosa 37, bien évidemment. Mais rien ne prouve que selon mon scénario, tiré peut-être par les cheveux, mais tout à fait vraisemblable, que ce monsieur Joseph Leduc, dit aussi Duc n’est pas lui aussi mon sosa 36. On le saura bien un jour avec la généalogie génétique.

Mais passons aux choses sérieuses, voulez-vous bien ? Examinons l’ordonnance royale de Louis-Philippe du douze juillet 1832  qui est promulguée localement en Martinique le 1″ septembre 1832, en Guadeloupe  le 11 octobre 1832 et à l’Ile Bourbon  le 18 janvier 1833:

Ordonnance du roi sur les formalités à suivre pour les concessions d’affranchissement dans les colonies

  • Attendu que le projet de loi sur le régime législatif des colonies n’ayant pas été discuté dans la dernière session des chambres, l’adoption d’une loi sur cette matière peut entraîner de longs délais;
  • Considérant que ce qui concerne les affranchissements dans les colonies ne pourra être définitivement réglé que selon les formes qui auront été déterminées  par la loi à intervenir;
  • Voulant cependant donner, en ce qui est du ressort de l’administration publique, de nouvelles facilités  aux concessions d’affranchissements;
  • Désirant notamment appeler au plus tôt à la liberté légale les individus, qui dans quelques colonies, jouissent à divers titres de la liberté de fait ;
  • Sur le rapport de notre ministre de la marine et des colonies, etc
  • ARTICLE 1er
  • Toute personne qui voudra affranchir son esclave en fera la déclaration au fonctionnaire chargé de l’état civil dans le lieu de sa résidence.
  • Cette déclaration sera inscrite sur un registre spécial, et transmise, dans les huit jours de sa date, au procureur du roi près le tribunal de première instance, pour être affichée par ses soins, dans semblable délai, à la porte de la mairie de la commune où le déclarant  fait sa demeure habituelle, ainsi qu’à celle de l’auditoire du tribunal; ladite déclaration  devra en outre être insérée  trois fois consécutivement  dans un des journaux de la colonie.
  • 2. Les oppositions auxquelles il  pourrait y avoir lieu seront formées  dans les six mois qui suivront  l’accomplissement e ces formalités. Les oppositions devront être motivées, et contenir assignation en validité devant le tribunal de première instance ; elles seront notifiées au procureur du roi et au déclarant
  • 3. Le ministère public pourra lui-m^me former opposition à l’affranchissement dans le cas  où l’affranchi serait reconnu hors d’état de pourvoir à sa subsistance en raison  de son âge ou de ses infirmités. Cette opposition motivée, et contenant également assignation en validité, sera notifiée au déclarant avant l’expiration du délai fixé par l’article précédent.
  • 4. Le tribunal de première instance prononcera sommairement. S’il y a appel , il sera interjeté dans la quinzaine de la signification du jugement et jugé comme affaire urgente.
  • 5. S’il n’y a pas de réclamation, ou si les réclamations sont reconnues non fondées, le procureur général proposera au gouverneur un arrêté pour faire inscrire  définitivement comme libre, sur les registres de l’état-civil, l’esclave qui a été l’objet de la déclaration d’affranchissement
  • Le gouverneur statuera immédiatement.
  • 6. Les dits actes relatifs à l’affranchissement ne seront soumis qu’au droit fixe d’un franc.
  • DISPOSITION TRANSITOIRE
  • 7. Tout individu qui jouit actuellement de la liberté de fait, le cas de marronnage excepté, sera admis à former, par l’intermédiaire, soit de son patron, soit du procureur du Roi, une demande pour être définitivement reconnu libre.
  • Pareille demande pourra être formée par l’intermédiaire du procureur du Roi, par toute personne non encore légalement affranchie qui, à l’époque de la promulgation de la présente ordonnance, aura accompli huit années de service dans la milice.
  • Il sera procédé, à l’égard des demandes comprises dans les deux paragraphes  ci-dessus, conformément aux dispositions des articles  précédents
  • Le recours en cassation sera ouvert aux libres de fait contre les arrêts ‘appel mentionnés à l’article 4
  • 8. Toutes les dispositions  contraires à celles de la présente ordonnance sont et demeurent abrogées.
  • 9. Notre ministre de la Marine et des colonies, (comte de Rigny) est chargé, etc.

Ensuite les actes d’affranchissement font référence à l’ordonnance royale du 9 février 1827 modifiée  par celle du 22 août 1833, et plus particulièrement à son article 30 et son alinéa 2. Que stipulent ces dernières ? Je vous en parlerai une autre fois en prenant comme base d’appui un autre de mes sosa, martiniquais celui-là, de la belle ville de Case-Pilote, dans les hauteurs de Case-Navire, un homme cette fois-ci pour m’éviter d’être traité de phallocrate libidineux.

Die Zauberflöte

DIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTEDIE ZAUBERFLÖTE

DIE ZAUBERFLÖTE

Die Zauberflöte, en français La Flûte Enchantée, est un opéra incontournable en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) qui mourut le 5 décembre 1791 à Salzburg, ville où il était d’ailleurs né, soit trois mois après sa première représentation à Vienne le 29 septembre 1791. Pour la petite histoire le vrai nom de ce compositeur était Johannes Chrisostomus Wolfgang Theophilus Mozart. Mozart substitua le Theophilus par Amadeus. Théophile contre Amédée. Le livret est de Emanuel Schikaneder.

 

C’est un conte de fées fantastique mis en musique dans la tradition du singspielArte a retransmis le 4 août 2018 en léger différé la troisième des sept représentations qui ont eu lieu ou vont avoir lieu  à Salzburg au Palais des Festivals entre juillet et août 2018 avec une distribution internationale, le tout sur une mise en scène fantastique de Lydia Steier (USA), des costumes de Ursula Kudrna et des décors de Katharina Schlipf

Dans la fosse l’Orchestre Philarmonique de Vienne sous la direction du jeune chef grec Constantino Carydis et les Choeurs de l’Opera de Vienne sous la direction de Ernst Raffelsberger

Sur scène

Tamino, le prince (Mauro Peter, le suisse)

Pamina , la fille de la reine de la nuit, (Christiane Karg)

Papageno, l’oiseleur, l’homme-oiseau, le boucher aussi (Adam Plachetka)

Papagena (Maria Nazarova)

Papagena vieille (Birgit Linauer)

Sarastro, le sorcier, le Divin sage, le Dieu, le sacerdote (Matthias Goerne)

Monostatos, le fidèle lieutenant de Sarastro (Michael Porter) mais qui dans la version originale est un génie, un prêtre

La reine de la nuit (Die Königin der Nacht) devait être Albina Shagimuratova. Malade, cette dernière a été remplacée au pied levé par Emma Posman.

Le grand-père dont le rôle avait été attribué à Bruno Ganz a finalement été dévolu à Klaus Maria Brandauer, suite à la maladie soudaine de ce lui-ci.

L’Orateur, Spreker (Tareq Nazmi)

Les trois dames:

La première dame – Erste dame (Ilse Eerens)

La deuxième dame – Zweite dame  (Paula Murrihy)

La troisième dame – Drette dame(Geneviève King)

Les trois enfants (membres du chœur de garçons de Vienne)

Merci à Arte tout d’abord pour cette initiative. L’opéra est ainsi accessible au plus grand nombre. Sur le site du festival il y a en effet 8 catégories de prix pour voir cet opéra qui se joue à guichets fermés soit dit en passant: 430€-340€-260€-190€-150€-115€-75€-30€ selon que l’on souhaite assister à cette féerie dans le parterre, au premier rang des premieres loges de face, au troisième rang des troisièmes loges de côté, etc. Merci Arte ! Danke schoen !  J’ai pu me plonger dans cette Flûte Enchantée avachi dans mon canapé sirotant une Kriek bien glacée. Mais pendant les 95 minutes et quelques qu’a duré la retransmission de cet opéra je me suis souvenu de la première fois que j’ai mis les pieds à l’Opéra Garnier.

C’était entre le 5 mai et le 19 juin 1982, je suppose, j’y étais allé voir le ballet de John Neumeier Songe d’une nuit d’Eté sur une musique de Felix Mendellssohn-Bartholdy et Györgi Ligeti, un ballet en deux actes et un prologue d’après William Shakespeare. J’avais pu me dégoter deux places au poulailler, je ne me souviens plus mais j’étais perché au troisième ou quatrième étage car j’avais profité du tarif le moins cher. Il fallait s’habiller, crois-je me souvenir, car on n’entre pas à l’Opéra en quenilles. On ne gravit pas l’escalier ‘honneur en bras de chemise. Mais ce fut malgré tout une sacrée expérience. L’opéra est une super production qui rassemble une foule de métiers comme éclairagistes, décorateurs, machinistes, couturiers, chorégraphes, metteurs en scène, musiciens, chef d’orchestre, danseurs, producteurs. D’ailleurs je crois me souvenir que si j’avais mis les pieds à l’Opéra c’est parce que j’y connaissais quelqu’un qui y travaillait comme éclairagiste.

Operagarnier

Le livret est basé sur le conte fantastique Lulu, Oder de Zauberflöte, de August Jakob Liebeskind (1758-1793) qui a intégré une collection de contes intitulé Dschinnistan, oder Auserlesene Feen- und Gestermärchen (1786-1789) de Christoph Martin Wieland (1733-1813) . Il y aurait donc  une sorte de tradition nordique des contes de fées puisque outre les frères Grimm et Hans Christian Andersen (1805-1875) dont la renommée n’est plus à faire on a Johann Karl Musäus,(1735-1787), Johann Gottfried von Herder (1744-1803), et bien sûr Liebeskind.

Pour un livret en français d’après la traduction originale  de JG Prod’homme et Jules Kienlin publiée en 1912 allez ici pour l’acte 1 et ici pour l’acte 2. Cela vous permettra d’entrere ans les subtilités de La Flûte enchantée. L’idéal serait de comprendre l’allemand pour savoir le mot exact pour définir en allemand de 1791 Monostatos et Sarastro.

Dans la version 2018 qui nous occupe ici, presque 227 ans après, les protagonistes évoluent dans une maison bourgeoise à l’atmosphère gothique au début du 20ème siècle. C’est en même temps du théâtre, de l’opéra comique, du cirque. On nage en plein mystères égyptiens sous les auspices d’Isis et d’Osiris, on évolue entre rituels maçonniques, initiatiques (tel celui du silence), oiseaux merveilleux, monstres, ours, ballons, soldats de plomb qui se transforment en princes, princesses qui se transforment en clowns, trapèzes volants,  grands-mères qui deviennent reines de la nuit, contorsionnistes, et à l’intérieur de tout cela flotte une histoire d’amour. Il y a au centre la flûte magique, le pipeau et le carillon magique qui égrennent musicalement le chant de la destinée. C’est très visuel avec des pancartes qui proclament en allemand WEISHEIT, WAHREIT, ERKENE DICHT SELBST, TAFFER KEIT. Sur les murs du Temple de la Sagesse, où règne Sarastro en frac et  chapeau haut-de-forme, tout-à-coup la guerre s’invite en images en noir et blanc, la première guerre mondiale avec ses millions de morts au nom de cette lutte interminable entre le bien et le mal. Le conte de fées s’évanouit pour faire place à la réalité brutale, sanguine et destructrice. Good and Evil. Evil and Good. Le bien et le mal se chevauchent, se confondent entre obscurité et lumière. Le monde n’est pas si manichéen que le pensait peut être Mozart. La version est poétique, magique. Le point névralgique pour moi c’est l’aria chantée par la reine de la nuit.

Il n’y a que cet air qui m’est familier. J’ai aussi savouré la chanson de Papageno et Papagena.

Il ya bien sûr une portée philosophique dans l’oeuvre chantée rappelons-le en allemand. et non en français ou en italien comme le voulait une certaine mode jusqu’à alors. Il faut savoir que Mozart était entré en franc-maçonnerie dès 1784 (d’ailleurs l’auteur du livret était son frère en franc maçonnerie) et donc forcément l’oeuvre déborde de ces références (opposition entre le jour et la nuit, le bien et le mal, le chiffre 3, le couple comique, le couple noble, les épreuves qui caractérisent le rite initiatique, le triomphe de la raison sur l’obscurantisme)

J’ai vu en son temps le film-opéra d’Ingmar Bergman Trollflöjten (1918-2007)  de 1975 qui évoque La flûte enchantée qui a sa propre lecture de la relation entre la reine de la nuit et Sarastro et où Pamina est la fille de Sarastro, ce qui amène toute une analyse psychologique sur la nature oedipienne de la relation.  Joseph Köstlinger (Tamino), Irma Urrila (Pamina), Hakan Hagegard (Papageno), Ulrik Cold (Sarastro), Ragnar Ulfung (Monastataos), Elizabeth Ericson (Papagena), Birgit Nordin (queen of the night, Nattens Drottning) font partie de cette distribution. L’originalité de ce travail c’est que nous sommes en même temps sur scène, dans les coulisses, dans la flûte de Pan de Papageno, dans le parterre, dans les loges, dans les costumes de Henny Noremark et Karin Erskine, dans la fosse avec l’orchestre symphonique de la radio suédoise sous la direction d’Erik Ericson, dans les poumons gonflés et les cordes vocales des choristes du choeur de la radio suédoise nous sommes en quelque sorte des adjuvants actifs de ce deus ex machina. Il est bon de noter que les 3  esclaves de Monastatos normalement joués par des adultes sont ici joués par des enfants silencieux. Nous sommes aussi ce silence ! Je dirais même plus nous sommes le théâtre baroque, le Drottningholm Palace Theatre, et en même temps le théâtre  Auf der Wieden de Vienne où fut représentée la   flute enchantée pour la première fois en 1791. Nous sommes tout aussi bien dans le mysticisme que dans la comédie grossière.

Kenneth Branagh et Stephen Fry proposent en 2006 une nouvelle lecture de ce singspiel qu’ils délocalisent dans le temps en le plaçant pendant la deuxième guerre mondiale avec Joseph Kaiser (Tamino), Amy Carson (Pamina), René Pape (Sarastro), Luybov Petrova (reine de la nuit), Silvia Moi (Papagena), Benjamin Jay Davis (Papageno), Tom Randle (Monostasos), Ben Uttley (le prêtre).

C’est donc à partir de ces deux références et e quelques souvenirs d’enfance et de contes de fées que je me suis plongé dans cette nouvelle lecture de ce chef d’oeuvre de Mozart qui est joué partout à travers le monde. Rien que pour la saison  2018-2019  il est joué ainsi:

au Théâtre Royal de la Monnaie – De Munt en coproduction avec l’opéra de Lille avec une mise en scène de Roméo Castelliuci et une direction d’orchestre de Antonello Manacorda et Ben Glassberg (11 représentations entre septembre et octobre 2018)

au Staatsoper Unter den Linden Berlin  avec une mise en scène de Yuval Sharon et une direction d’orchestre de Franz Welser-Most (11 représentations entre février et avril 2019)

au festival Castell Peralada avec une mise en scène de Oriol Broggi et une direction orchestrale de Josep Pons (3 représentations en août 2018)

au Festspielhaus   Baden- Baden (3 dates en juillet 2018) avec comme chef d’orchestre  Yannick Nézet-Séguin

au Garsington Opera, Wormsley, GB (11 dates entre mai et juillet 2018) avec une mise en scène de Netia Jones et une direction d’orchestre de Christian Curnyn,

Jubilado, aposentado, retired, pensioenist, retraité: heu-reux

Aujourd’hui enfin le divin jeune homme pénètre dans ce territoire si doux et redouté à la fois. Il vient de franchir allègrement le Cap de la Bonne Espérance. Il cingle comme un esquif mort de faim vers l’azur transfiguré par les alizés . Officiellement notre homme est retraité . Premier août 2018. Sonnez hautbois, résonnez musettes, chantons tous l’avènement du jeune homme. Trinquons tous en chœur. Et grignotons de délicieux chips de légumes.

Et chantons notre hymne à la joie:

« Je n’ai pas changé. Je suis toujours ce jeune vieillard étranger. »

Je viens de me peser. 91,8 kilos. Lai lai lai. J’ai pris ma tension 11.8/8.8 LAI LAI LAI. 70 pulsations par minute. J’ai pris mon petit café avec trois tout petits morceaux de sucre de canne roux. Jubilado, aposentado, retired, retraité. Heu-reux !

Un petit thon rouge salade couscous pour marquer le coup en tête à tête.

Martin Luther King aurait sans doute dit: « Free at last, free at last. Thank God almighty, we are free at last » .

J’aimerais qu’on me chante comme Dalida à ce jeune homme étranger : « Tu n’as pas changé »

Heu-reux, aurait dit Fernand Raynaud.

Bah moi suis heureux. Je m’excuse, c’est vrai. J’suis heureux. J’suis cantonnier. Parce que moi, j’travaille dans les petits chemins vicinaux. Vous m’avez peut- être aperçu déjà dans mon fossé, appuyé sur ma faux. Quand il pleut j’travaille pas, quand y a d’la neige je scie du bois. Heu-reux ! Y en a qui tiennent le haut du pavé moi j’tiens le bas du fossé . J’suis heureux. J’suis payé au mois. Quand il pleut, j’travaille pas l’hiver. Qu’est ce que j’suis heureux ! Quand j’rentre le soir. Vous savez qu’ y en a, quand ils ont fini leur boulot vers les sept-huit heures de l’après- midi, ils prennent le métro ou l’autobus, ils attendent des heures. Moi, quand j’ai fini mon boulot vers les quatre heures de l’après midi, quand j’rentre c’est bien rare si dans mon panier j’ai pas quelques champignons. Ou quelques amandes, ou des noisettes ou bien des airelles. Les airelles, ce sont des fruits très délicats que vous n’ pouvez pas connaître, vous. Parce que ça n’supporte pas le voyage. Alors c’est bon pour les cantonniers. Heu-reux ! Y a qu’un seul jour où j’m’ennuie dans la vie c’est lorsque je suis obligé d’aller à Paris. Parce qu’on a une tante qui invite tous ses neveux. Et nous sommes tous réunis autour de la table. Y en a un il a pas eu d’ chance dans sa vie. Pauvre malheureux. Il a réussi à tous ses examens. Il est devenu chef d’entreprise. Il a sept cents employés sous ses ordres. Quel est ce mot qui revient sans arrêt dans sa conversation ? Ah mais j’avais entendu parler de ce mot là. Ah oui. Impôt. Qu’est ce que ça veut dire ? J’en ai parlé à mon copain, c’est le patron du p’tit café Au Joyeux Cor de Chasse. C’est à l’orée du bois, juste à la sortie du village. Il a dit impôt impôt. P’têtre qu’ils pensent qu’à boire à Paris ? Alors on a bu un pot.

Mon deuxième cousin germain c’est le comique de la famille. Qu’est ce qu’il m’fait rire, cuila alors ! Il est professeur de philosophie. Il passe sa vie à étudier ce que les autres pensent. Des nuits entières, il disserte. Le rapport, je l’ai appris par cœur tellement ça m’a fait rire, J’suis cantonnier, J’suis cantonnier des chemins vicinaux. Il disserte sur le rapport qu’il y a entre la pensée de Blaise Pascal qui a dit : « oui, moi je crois. Parce que j’ai la foi. Et c’est pour ça que j’crois. » Par rapport à l’anticlericalisme de Voltaire qui a dit: « moi je n’ crois pas mais j’ai la foi en ce que je n’crois pas et c’est pour ça que je n’crois pas » . Et moi pendant ce temps là la nuit je dors. Heu-reux.

Mon troisième cousin Germain je n’ose pas trop en parler parce que c’est le diminué de la famille. Quand il est en voiture il peut pas voyager comme tout le monde. Alors il lui faut une cocarde bleu blanc rouge à son pare-brise. Il est député ou sénateur. Alors il lui faut un flic devant, un flic derrière pour laisser passer.

Et le quatrième c’est le plus chouette de tous, c’est le toubib, lui il connaît la vie. Quand son regard rencontre le mien nous nous comprenons. Il est chouette. Il me sort toujours de l’embarras. L’autre fois y a le philosophe qui a dit « tu es heureux, heureux, essaie de le prouver d’une façon concrète que tu es heureux » . Alors le toubib à répondu pour moi . « Tu as déjà vu, toi, des cantonniers qui faisaient grève ? » Heu. Je suis heu-reux.

Tout ce que je sais c’est que je suis encore un morphal. J’ai toujours envie comme à 17ans de mordre dans la vie, de créer mon destin comme on crée une œuvre d’art, de ne pas être le jouet des circonstances au gré du bon vouloir des Deus ex machina qui nous entourent. Avoir envie est fondamental. Avoir envie est à la racine de tour ce qui me meut. Ce n’est pas tant la quantité, le calibre de l’envie que sa qualité, son intensité. Une envie permanente de femme enceinte pour nourrir les jumeaux morphales qui baignent dans son phalle. Une envie même quand elle est mort-née est une envie qui laisse des traces indélébiles. Dans envie il y a « en » il y a « vie » . J’ai envie car je suis en vie. A l’instinct de vie je préfère l’instinct d’envie. La vie ou le vit. La bourse ou la vie. Choix cornélien que cet instinct vital qui condamne à mettre au ban tout plan quinquennal.

65 ans et neuf mois pour arriver on top of the Hill.

Je pense en ce jour de lancement de mon « magical mystery tour » personnel à la chanson des Beatles  » Fool on the Hill » .

« Day after day

Alone on a hill

The man with the foolish grim

Is sitting perfectly still

And nobody wants to know him

They can see that he’s just a fool

But he never gives an answer

But the fool on the hill

Sees the sun going down

And the eyes in his head

See the world spinning round.

His head in a cloud

The man with a foolish grin

Is talking perfectly loud

But nobody wants to hear him

They can see that he’s just a fool

But he never gives answer

But the fool on the hill

Sees the sun going down

And his eyes in his head

See the world spinning round. »

Cela traduit peut-être l’impression que j’ai aujourdhui d’être tout-à-coup mais en même temps depuis toujours un « fool on a hill with a foolish grin ».

Oui l’envie se caractérise par ce foolish grin. Sans ce « foolish grin » pas de vie, pas d’envie.

Me revient aussi un refrain de Joe Dassin qui parlait lui aussi de « fou sur la colline » à sa façon.

« Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline

De l’attendre avec un petit bouquet d’églantines

J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu

J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue »

Alors pour la postérité avant que ma trace d’actif ne soit à jamais effacée des tables de la planète Earth permettez ce petit album fugace et fou pour entrer de plain-pied dans le meilleur âge. Le troisième. La troisième mi-temps.

Dix photos pour un jubilé.

The cave you fear to enter holds the treasure you seek

On voit beaucoup de toutes parts illustrée de photos suggestives cette citation attribuée à Joseph Campbell, (1904-1987), un anthropologue américain en mythologie comparée et religion comparée. Il a beaucoup écrit et beaucoup communiqué à travers ses conférences.

« The cave you fear to enter holds the treasure you seek. »

correspond à ce qu’il a écrit par ailleurs

« where you stumble there is your treasure. The very cave you are afraid to enter turns out to be the source of what you are looking for. The damned thing in the cave that was so dreaded has become the center ».

Il poursuit avec ceci:

« The ultimate aim of the quest must be neither release nor ecstasy for oneself, but the wisdom and the power to serve others »

Il dit par ailleurs :

« It’s only when a man tames his own demons that he becomes the king of himself, if not of the world »

Campbell est connu pour sa théorie du monomythe (aussi appelée de voyage du héros) exposée dans son ouvrage de 1949 Le héros aux mille et un visages (The Hero with a Thousand Faces) selon laquelle nous sommes tout un CHACUN, VOUS COMME MOI, LES VARIANTES D’UN SEUL ET MÊME HERO archétypal, nous sommes chacun à notre manière des héros voyageurs tels le Roi Arthur, des Aladin, des Sinbad, des Néo (Thomas A. Henderson dans la serie The Matrix), des Frodo Baggins (Frodo Bessac ou Frodon Sacquet selon la version, le hobbit dans Lord of the Rings – le Seigneur des Anneaux – de J.R.R. Tolkien), des Ti Jean, des Marty MacFly (Back to the future), des Harry Potter, des James Bond, des Indiana Jones, es des Kompè Kondenn, des Luke Skywalker (Star Wars) parcourant les douze étapes D’UN SEUL ET MEME voyage mythologique et archétypal pour reprendre les termes de Carl Gustav Jung qui définit un archétype comme un modèle primitif structurant l’inconscient collectif qui apparaît dans l’imaginaire de tout un chacun quel que soit sa culture. Nous aurions en nous des couches d’expériences millénaires à l’intérieur de notre propre expérience. Le précurseur fut Vladimir Propp (1895-1970), le folkloriste russe qui a partir de l’analyse des contes merveilleux russes essaie de dégager dans son livre de 1928, La morphologie du conte, 32 fonctions narratives récurrentes dans le déroulent d’une intrigue. Une autre influence notable est celle d’ Algirdas Julien Greimas (1917-1992), linguiste et sémiologue lituanien qui publie son texte fondateur en 1966 Sémantique structurale -Recherche de méthode.

Il y aurait selon Campbell 12 étapes narratives de ce voyage du héros, voyage qui le mène du monde ordinaire au nouveau monde et le retourne au monde ordinaire.

Voyage-du-héros

  1. Le monde ordinaire.

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3. La refus de l’appel, de l’aventure, peur, réticences
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4. La rencontre avec le sage, mentor, le guide. Encouragement + arme/objet magique
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5. Le passage du seuil (obstacle) entre le monde ordinaire et le nouveau monde. Pas de possibilité de marche arrière
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6. La rencontre avec les alliés, les ennemis et les épreuves (éléments perturbateurs)
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7. Approche et irruption au coeur, l’endroit le plus dangereux, de la caverne, la forêt, le désert, l’île déserte où l’objet de la quête se trouve en profondeur
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8. Dernière épreuve (épreuve suprême) : Mort et résurrection par affrontement
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9. La récompense : l’épée, le Graal, la Toison d’Or, l’élixir, l’objet de la quête, le savoir acquis
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10. Le chemin du retour et vengeance de l’ennemi
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11. La renaissance, la transformation à travers l’expérience vécue dans le nouveau monde et l’utilisation du savoir acquis lors du voyage
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12. Le retour au point de départ avec l’objet de la quête, un savoir, un objet, un elixir. Pour donner un sens à l’aventure il faut que l’objet/le savoir contribue à l’amélioration ou à l’harmonie du monde. Dénouement et épilogue
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Ainsi toute aventure serait mythologique et tout voyage serait une relecture inconsciente des odyssées antiques et mythiques qui nous ont précédé. Nous serions tous les héros en même temps dans leur quête d’un objet, chacun ayant un objet de prédilection. Cette structure des contes et des narratologies a été bien sûr reprise par les scénaristes de toute origine pour écrire leurs scénarios de films. Les héros partent toujours dans les films d’une situation ordinaire pour plonger ensuite dans une situation extraordinaire pour enfin retourner à la situation de base une fois la quête atteinte.

Cette théorie du monomythe a amené a élaborer aussi une psychologie ou psychanalyse des contes. Car toutes ces fonctions du conte renvoient aussi à des fonctions psychologiques. Voir la Psychanalyse des Contes de Fées, de Bruno Bettelheim (1976). Titre original : The uses of Enchantment: The Meaning and Importance of Fairy Tales

J’ai toujours eu une certaine résistance en relation à l’universalité des mythes. ces théories ont été élaborées au début du siècle avec une vision de domination. Je ne vois pas pourquoi ce qui fait fonctionner les contes russes devrait être défini comme un universel, intemporel, omnipotent. je ne vois pas ce qui fait fonctionner le christianisme servir à élaborer un universalisme des faits religieux. Je ne vois pas comment la construction des langues indo-européennes peut expliquer les langues océaniennes ou africaines. Je crois que le fait de vouloir une filiation phylo-génétique en tout dans un effort de comparaison extensive est un peu reductive. J’ai toujours en cela eu une certaine résistance à l’explication de Noah Chomsky pour lequel le langage, dans sa vision structuraliste, est déterminé par un appareil inné, le LAD, the language acquisition device, une sorte de moteur universel, un instinct structurel, qui nous permettrait d’acquérir une langue étrangère. Je ne nie pas qu’il y ait des universaux, sauf que je crois qu’il y a des variables beaucoup plus importantes comme l’ont souligné Jerome Bruner (1915-2016) et Lev Vygotsky (1896-1934) qui eux insistent sur l’environnement, la médiation sociale la différenciation pédagogique et l’accompagnement tutoriel.

On nous dit assez que nager est instinctif pour l’homme. On jette des enfants dans l’eau et ils nagent. Pourtant je n’ai jamais vu un parent jeter son enfant dans l’eau. Bien évidemment on peut considérer que nager est aussi un voyage intérieur et que son apprentissage est aussi un voyage initiatique pour certains comme moi-même qui ne sait pas nager.

Que serait la France sans l’Afrique?

Le site brésilien CONVERSA AFIADA, un blog politique indépendant dirigé par Paulo Henrique Amorim ex journaliste vedette de Rede Globo et désormais de la Rede Record où il a un programme dominical appelé Domingo Especial, a publié un article début juillet intitulé O que seria da França sem a África ?

Avec comme sous-titre: Dà nisso permitir a entrada de imigrantes. (Voilà à quoi ça mène de permettre l’entrée d’immigrants).

Je traduis:

le Camerounais Samuel Umtiti fait une passe à l’Angolais Blaise Matuidi, de l’Angolais le ballon va au Togolais Corentin Tolisso, le Togolais fait une passe aérienne au Malien N’golo Kante, le Malien fait une passe en profondeur au Camerounais M’Bappe, qui prolonge sur Dembélé du Mali, lequel transmet au Guinéen Paul Pogba, qui est bien placé et…. Buuuut.! LA FRANCE marque..!

Dans cet article le journaliste Paulo Henrique Amorim met en avant avec humour la forte présence africaine dans l’équipe de France.

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L’équipe constituée par les 23 est en effet une équipe fortement multiethnique et cette diversité n’échappe à personne. Sur les 23 joueurs sélectionnés en Équipe de France 21 sont nés sur le territoire français dont 20 dans l’hexagone. Les deux seuls nés en dehors de France sont Samuel Umtiti né le 14 novembre 1993 à Yaoundé au Cameroun et Steve Mandanda né le 28 mars 1985 à Kinshasa en République Démocratique du Congo. Le seul né en dehors de l’hexagone est Thomas Lemar né à Baie-Mahault, Guadeloupe le 12 novembre 1995. Pour le reste les 20 autres protagonistes sont tous nés en France métropolitaine :

A Bastia Adil Rami

A Beaumont-sur-Oise Presnel Kimpembe

A Chambéry Olivier Giroud

A Colombes Steven Nzonzi

A Lagny-sur-Marne Paul Pogba

A Lille Raphaël Varane

A Longjumeau Benjamin Mendy

A Lyon Nabil Fekir

A Mâcon Antoine Griezmann

A Marseille Lucas Hernandez

A Maubeuge Benjamin Pavard

A Nice Hugo Lloris

A Orléans Florian Thauvin

A Paris N’Golo Kante

A Paris Kylian M’Bappe

A Paris Alphonse Aerola

A Tarare Corentin Tolisso

A Toulouse Blaise Matuidi

A Troyes Djibril Sidibé

A Vernon Ousmane Dembélé

Ce sur quoi s’attarde avec humour grinçant mais humour quand même c’est l’origine ethnique des participants. Et surtout sur leur appartenance au continent africain. Car dans  les faits sur les sept  qu’il cite seul un est né en Afrique. Il n’en reste pas moins que certains ont  la double nationalité. Ce sont les fameux binationaux. Mais ils ont choisi à un certain moment de leur vie pour des raisons qui leur sont propres de défendre le drapeau tricolore. D’autres ne sont pas africains mais n’en sont pas moins descendants de migrants. On oublie les migrations intra-européennes bien souvent. Sans aller plus loin voici ce que révèle une recherche rapide sur l’origine des 23 sélectionnés :

Algérie (Mbappé , Fekir)

Angola (Matuidi)

Cameroun (Umtiti, Mbappé)

Congo (Mandanda , Kimpembé , Nzonzi)

Espagne (Lloris)

Guinée Conakry (Pogba)

Haïti (Kimpembé )

Mali (Dembélé, Kante, Sidibé)

Maroc (Rami)

Martinique (Varane)

Philippines (Areola)

Portugal (Griezmann)

Mauritanie (Dembélé)

Sénégal (Dembélé, Mendy)

Togo (Tolisso)

Ces dites origines franco-francaises dans le cas de Giroud si on étudie généalogiquement à partir des grands-parents font ressortir aussi des branches italiennes. Voire allemande pour Antoine Griezmann si l’on remonte au 19ème siècle. Seul Benjamin Pavard pouvant évoquer des origines 100 pour 100 françaises sur plus de générations.

Certains de ces joueurs n’ont jamais mis leurs pieds dans leur pays d’origine. Je le rappelle 21 sont nés en France. Certains par leurs parents ont deux origines, d’autres 3. Certains ont vécu dans d’autres pays que celui de leur naissance avant de venir en France. C’est un phénomène normal. Deux de mes 5 enfants n’ont jamais mis les pieds en Guadeloupe où je suis né. L’une n’a jamais mis les pieds ni en Indonésie, pays de naissance de sa mère, ni en Guadeloupe, pays de naissance de son père, ni au Surinam pays de naissance de son grand-père. Elle a la double nationalité française et néerlandaise.

Ce que je veux souligner c’est que le regard que porte Amorim sur les Bleus n’est pas exempt de cynisme malgré l’exactitude du propos. Il aurait dû inclure dans son propos l’Afrique du Nord (Algérie, Maroc) , les Antilles (Guadeloupe, Martinique, Haiti), inclure les Philippines et les migrations intra européennes.

Mais le but avoué en filigrane d’Amorim c’est peut être de montrer une certaine ambivalence française du monde du football. Tous Français en cas de victoire, tous migrants en cas de défaite. Black blanc beur = bleu mais seulement quand le coq gaulois chante cocorico.

On pourrait alors dire que les huit équipes qualifiées pour les quarts de finale de cette coupe du monde de la Fifa 2018 en Russie voient l’affrontement de deux mondes surprenants. France (18), Angleterre (11), Belgique (11), Suède (3) : le bloc des pays en voie de développement multiethnique contre Russie, Croatie, Uruguay et Brésil, le bloc des pays en voie de recroquevillement ethnique. Entre développement et recroquevillement faites vos jeux.

Je corrige Amorim. En regardant les compositions des équipes de Belgique, Angleterre, je les vois aussi diverses que celle de l’équipe de France. On parle en Angleterre de BME (Black and minority-ethnic).

Même si le football est un microcosme il reflète le mélange de races, le melting pot qui s’opère en profondeur en Europe depuis les années 80. Qu’il soit qualifié de multiethnique et multiculturelle ou de pluriethnique et pluriculturelle c’est une réalité qui reflète de plus en plus le visage pluriel de nombreux pays dans le monde. Voyez la diversité par exemple affichée par l’équipe suisse arrivée en huitièmes de finale

Angleterre : 11 représentants de la diversité portent haut les couleurs des 3 lions dont sept nés en territoire anglais et quatre nés dans des ex colonies britanniques comme la Jamaïque, le Ghana, le Nigéria .

Belgique (11 chez les Diables Rouges) : RD Congo (Lukaku, Kompany, Batshuayi, Tielemans, Boyata ), Maroc (Fellaini, Chadli), Mali (Dembélé), Martinique (Witsel), Kosovo (Januzaj), Espagne, Portugal (Carrasco)

La Suède (3) : Kenya (Olson), Congo (Thelin), Liban, Turquie (Durmaz)

La Croatie (0), la Russie (0) semblent nettement plus identitaires.

Le Brésil et l’Uruguay sont des nations fidèles à leur image sud-américaine de melting pot mais n’intègrent pas des joueurs de culture ou d’origine ethnique différente dans leur équipe nationale. Quelle est la tendance qui dominera la coupe du monde ? Je ne saurais le dire. Je remarque simplement pour mettre de l’eau dans le moulin que bon nombre des joueurs des équipes de Tunisie et de Maroc sont nés en Europe. Chemin inverse donc. et on s’aperçoit par ailleurs que le Brésil qui était un pays où on émigrait volontiers est désormais un pays (a univeau sportif toute fois) où l’on émigre ésormais volonteirs. Preuve en est ces Brésiliens qui ont pris la nationalité espagnole, portugaise, italienne, russe, etc

En Italie Kaka, Eder, Thiago Mota, Bruno Henrique, Gabriel Boschilia, Eduardo Henrique, Eduardo Sasha, Guillerme Lazaroni, Amauri

En Allemagne : Paulo Rink

Au Portugal : Deco, Pepe,

En Croatie Eduardo a Silva

En Espagne Diego Costa , Marcos Senna,

Au Chili Marcos Gonzalez, etc etc etc

Je dirais pour parodier Amorim: qu’adviendrait-il du Brésil  sans l’Afrique ?? Car le Brésil, et l’Uruguay bien évidemment, sans le sang des Africains ne seraient pas les nations de football qu’elles sont (pour combien de temps encore).

Way before I was a thought

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Nous sommes projections millénaires. Produits d’archétypes inconscients de générations en générations. Nous sommes issus de lignages qui peuvent paraître incohérents ou indéchiffrables mais qui obéissent à des forces inconscientes.  Avant d’être fils ou fille de x ou d’y, de la conscience nous sommes donc fils ou fille de l’inconscient. Or l’inconscient n’est ni raisonnable ni déraisonnable. C’est un élan vital qui nous meut bien avant que ne se matérialise en nos parents la simple idée de notre gestation.

Bien avant que nous ne soyons de chair et d’os nous existons comme pensée, comme désir, comme promesse de  future descendance, comme ébauche de terre promise, comme projections. Il nous faut bien plus que les 130 minutes que dure  Il Fiore delle mille e una notte, en français Les Mille et une nuits (1974) de Pier Paolo Pasolini pour pour passer de l’idée, du concept, du désir de la fleur à l’embryon. De même que

La verita non sta in un solo sogno, ma in molti sogni (« La vérité ne réside pas dans un seul rêve mais dans une multitude de  rêves ») 

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C’est pour cela que l’expression anglaise « way before I was a thought » qui voudrait vouloir dire « way before I was born » laisse à désirer. De la même manière que la mort résiste à l’absence physique par le souvenir, la naissance est précédée  de vie qui n’est pas seulement utérine mais inconsciente et intemporelle.

Nous sommes le produit en éternelle mutation des désirs de nos prédécesseurs.

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Dans la chanson de nos pères

Dans la chanson de nos pères
 
Monsieur de Malborough est mort
Si c’était un pauvre hère
On n’en dirait rien  encore
Mais la dame à sa fenêtre
Pleurant sur son triste sort
Dans mille ans, deux mille peut-être
Se désolera encore
 
File la laine, file les jours,
Garde ma peine et mon amour
Livre d’images des rêves lourds
Ouvre la page à l’éternel retour
 
 
Hennins aux rubans de soie
Chansons bleues des troubadours
Regrets des festins de joie
Ou fleurs du joli tambour
Dans la grande cheminée
S’éteint le feu du bonheur
Car la dame abandonnée
Ne retrouvera son coeur
 
File la laine, file les jours,
Garde ma peine et mon amour
Livre d’images des rêves lourds
Ouvre la page à l’éternel retour
 
Croisés des grandes batailles
Sachez vos lances manier
Ajustez  cottes de mailles
Armures et boucliers
Si l’ennemi vous assaille
Gardez-vous de trépasser
Car derrière vos murailles
On attend sans se lasser
 
File la laine, file les jours,
Garde ma peine et mon amour
Livre d’images des rêves lourds
Ouvre la page à l’éternel retour
 
Hier comme ça sans crier gare cette chanson File la laine  s’est rappelé tout à coup à moi. Elle aurait pu me prévenir et faire retentir d’abord l’appel Scout.
Sont-ils là les éclaireurs, sont-ils là ?
Auquel j’aurais répondu : Ils sont là les éclaireurs ils sont là
Je la chantais au début des années 60 en colonie au chateau d’Hoche ou chez les Eclaireurs ou Louveteaux, je ne sais plus. Je pensais que c’était une chanson médiévale. En fait elle a été écrite en 1948 par Robert Marcy et popularisée par Jacques Douai. Un peu tristounette tout de même. eh oui j’ai été Scout, j’ai été Louveteau. J’ai fait partie de la meute. Je ne me souviens plus très bien de grand-chose. C’était aux temps fort lointains de ma chrétienté. Je croyais probablement dur comme du fer à Dieu, et à la Sainte  Trinité et à la communauté de tous les Saints. Et j’attendais l’hostie comme un dévorant. J’avais fait la promesse  d’aimer Dieu sans cesse, de plus en plus.
A cette époque-là, entre 8 et 11 ans j’étais louveteau, wolf cub en anglais, puis entre 2 à 17 ans éclaireur. J’ai dû abandonner le scoutisme bien avant mes 17 ans. Maintenant que je suis un vieux-loup c’est à moi de transmettre mon acquis aux jeunes louveteaux. J’ai baigné dans l’imaginaire du Livre des Louveteaux de B.P. (Baden-Powell) calqué sur Le Livre de la Jungle, de Rudyard Kipling. Je suis resté fidèle à ma promesse  comme le voulait la devise de Robert Baden-Powell (1857-1941), fondateur du mouvement Scout. J’ai fait de mon mieux ! J’étais toujours prêt. BE Prepared ! n’avait-il pas dit.   Préparé, fin prêt pour la meute, prêt pour la troupe, prêt pour le clan ! Un petit homme d’armes rêvant de devenir un jour chevalier errant, défenseur de la veuve de l’orphelin, des opprimés. Toujours prêt à faire une bonne action. J’étais prêt. Je suis prêt. J’étais un éclaireur. Je suis toujours et encore un éclaireur. Et ma poignée de main je la donne parfois encore de  la main gauche. Et je sais encore faire le salut du scout de la main droite, trois doigts tendus, le pouce se repliant sur l’auriculaire, comme pour le protéger, comme les plus forts protègent les plus petits.
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 « Cela signifie que vous devez avoir l’esprit et le corps toujours en état de faire votre devoir. Prêts pour ce qui est de l’esprit : parce que vous vous serez donné à vous-même la discipline qui permet d’obéir à n’importe quel ordre, et aussi parce que vous aurez d’avance pensé à tous les accidents et à toutes les situations qui peuvent se présenter; ainsi vous saurez au moment voulu ce qu’il y a à faire et vous serez disposés à le faire. Prêts, pour ce qui est du corps, parce que vous vous serez rendu forts, actifs, capable de faire au bon moment l’action qu’il faut faire et que vous la ferez. »

Baden-Powell

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 D’ailleurs l’uniforme de Scout d’antan n’est pas très loin de ce que je porte au quotidien. Je ne porte plus de foulard et je n’aime pas trop les chaussettes, et en particulier les mi-bas blancs, depuis  il y a belle lurette mais j’aime encore les bérets basques et les chapeaux. Je ne sors pas sous le soleil sans mon Stetson. Un short souvent dans des couleurs tirant sur le bleu, le gris ou le vert kaki. Une chemise qui elle n’est pas règlementaire car j’aime les chemises indiennes et les débardeurs. Mais quand il le faut je porte facilement une chemise à manches courtes toujours avec poches. il me faut le côté pratique. J’aime aussi les gilets de pêcheurs et les pantalons de chasseurs. Je dois être toujours prêt. Autrefois j’avais toujours un canif sur moi. Au cas où ! Pas pour blesser mon prochain, ah ça non, pour être prêt à toute situation. Avec décapsuleur, tire-bouchons, ouvre-boite. J’ai toujours adoré les couteaux suisses. Les Opinel , les Laguiole et autres articles de coutellerie. Mais la dernière fois que j’ai été en Suisse en 2010 je n’en ai pas acheté. J’en avais acheté un vers 1998 pour l’offrir à mon beau père d’alors au Brésil. Mais il m’a fait comprendre que détenir un couteau c’était se mettre en situation de tuer quelqu’un  sans le vouloir. Il a refusé de recevoir ce couteau à huit lames que je lui offrais. Cela m’a fait réfléchir. Etre scout c’est bien mais dans le monde brutal où nous vivons il vaut mieux s’abstenir parfois de trop tenter  le diable.
J’aime les couteaux sur mesure, les couteaux personnalisables. Comme ceux de Deejo, la taille de la lame, le manche, les gravures. Ce sont de très beaux outils, des couteaux de poche aux motifs tatoués (années folles, maori, tribal, latino) au laser sur l’acier qui étaient passés de mode. Je me le réapproprie pour m’en servir au quotidien dans ma cuisine. On n’a pas le droit d’avoir une lame sur soi, ni port ni transport. Sauf si on a un motif légitime. Au cas où, se défendre n’est pas un motif légitime.

ombre et lumière

C.G. Jung disait :

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« Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux mais en plongeant dans son obscurité »

 

« La clarté ne naît pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. »

Qu’est-ce à dire ? Ramené à mon humble échelle ! Cela reviendrait-il à dire que ce n’est pas par la contemplation passive de l’objet ou de l’être désiré qu’on devient heureux mais par une plongée active dans l’antithèse de cet être ou objet ? En d’autres termes c’est en se confrontant au réel qu’on peut aisément formuler l’irréel.

Un plus Une égale un bonbon plus une pétale de rose

Je viens de regarder le road movie Un plus Une, un film de Claude Lelouch sorti fin 2015 dont l’action se déroule en Inde avec entre autres dans la distribution Elsa Zylberstein, Jean Dujardin, Christophe Lambert et Alice Pol. Dans le film l’intrigue tourne autour de deux français, Antoine Abeillard, compositeur de films renommé, et Anna Hamon, ex-prof et femme d’ambassadeur, leur rencontre et leur périple en Inde à la découverte de leur soi intime. Le moment central vers lequel tend tout le film c’est le darshan, l’étreinte que leur donne à tous les deux Amma, une sorte de guru indienne, de son vrai nom Mata Amritanandamayi Dévi, originaire du Kerala. Par cette étreinte tous les noeufs sont dénoués, tous les voeux s’exaucent. Amma, née en 1953 et dont le surnom veut dire maman, est un mythe vivant en Inde avec son éternel sari blanc. Cette prêtresse des câlins, cette sainteté selon certains a la réputation d’apaiser voire de soigner par ces étreintes des millions de personnes à travers ce simple geste d’amour et de compassion toute maternelle.

Son ONG Amrita a pu, grâce aux dons et aux bénévoles internationaux, construire hôpitaux, écoles, services sociaux, orphelinats, dispensaires, centres de formation, mettre en place des micro-crédits et des projets écologiques. Amrita est devenue Embracing the World. Amma est devenue même une poupée qui se vend sous trois formats, mini de 6 cm et 80 grammes, petit de 17 cm et 350 grammes et moyen de 23 cm et 1 kilo, valant respectivement 17€, 45€ et €. Un doudou qui apaise ! Toutes ces poupées sont remplies de fleurs du Dévi Bhava. Sur le site ETW France, vitrine d’Embracing the World en France on peut aussi acquérir des poupées d’autres divinités de la cosmogonie hindoue comme Shiva, Krishna, Devi Bhava, Ganesh, Kali.

Je suis comme Antoine, joué par Jean Dujardin dans le film, de nature profondément sceptique. il ne se pose pas trop de question sur la spiritualité, sur le sacré. C’est un profane. Mais quand sa vie est en jeu il fera lui aussi le voyage  dans les bras d’Amma. Et les miracles de la fertilité pour Elsa et de la guérison pour lui se produiront. J’ai aimé dans ce film les questions existentielles qu’il se pose comme des blagues :

Pourquoi parle-t-on toujours de la vitesse de la lumière et pas de la vitesse de l’obscurité ?

Quand un boomerang décide-t-il  de faire demi-tour  et de revenir ?

Je ne me pose pas de questions sur l’origine de l’homme, je n’ai qu’une certitude c’est qu’après la vie il y a la mort. Et que cette mort soit l’occasion d’une éternelle renaissance vers de nouveaux karmas, d’une descente vers l’enfer, d’un stage au Purgatoire,  d’une ascension vers le Paradis  ou d’une fin définitive en poussière m’importe peu.

Je ne nomme pas Dieu l’inexplicable. Je ne crois pas non plus en l’amour inconditionnel paternel, maternel, filial, fraternel ou divin. Qu’il soit lié à Porneia, à Pathos, à Mania Pathé, à Eros, à Philia, à Storgê, à Harmonia, à Charis, à Eunoia,  ou à Agapé. Je ne crois pas plus au mot inconditionnel. Je ne crois pas en l’énergie et en la lumière divine. J’y suis vraiment insensible. Cela ne veut pas dire que je n’ai aucune spiritualité. Je ne dis pas que pour croire en quelque chose ce quelque chose doit être visible pour les yeux. Je respecte toutes les religions, sauf celles qui veulent me catéchiser. Je souhaite rester impie à jamais. Infidèle. Apostat. Sauvage ! Je l’ai déjà dit. Irréductible à la foi. Je sais qu’elle bouleverse et peut déplacer les montagnes. J’ai la foi, certes. J’ai la foi en Moi.  C’est à moi que je porte un Amour Inconditionnel ! C’est à moi que je fredonne les 108 noms de ma divinité. C’est à moi que j’offre solennellement l’étreinte d’un bonbon et d’une pétale de rose. Je crois au soleil, à la lune, aux étoiles, au vent, à la mer, aux lacs, aux rivières, à la nuit, aux rêves, aux visions, aux coincidences, au hasard, au voyage, à l’échange. Je n’ai aucun dogme car ce en quoi je crois aujourd’hui je peux le haïr demain. Et je serai toujours moi. Je laisse toutefois un espace pour le numineux ! qui sait un jour il prendra racine en moi. C’est le pire que je me souhaite.