les cimetières mahorais ou la mort en nue-propriété

S’il y a quelque chose qui m’a frappé à Mayotte c’est la façon dont les gens traitent leurs morts. J’ai à ce sujet déjà évoqué ici la mort d’un voisin, Chéréli. Quant à leurs cimetières. j’ai déjà évoqué ici le cas du cimetière de Manzarisoa. C’est pour moi un cimetière abandonné, ou quasi abandonné. Enfin c’est l’impression qu’il m’a donné quand je l’ai vu pour la première fois au mois d’août dernier. Maintenant en pleine saison des pluies c’est la jungle. Là où je croyais en août voir un cimetière d’esclaves étant donné l’extrême dénuement du lieu et l’anarchie apparente je me retrouve maintenant en pleine jungle équatoriale et pourtant on est bien loin de l’équateur. Disons plus prosaïquement qu’on se croirait en pleine brousse. Les herbes ont poussé de façon exponentielle et on ne distingue plus une tombe en pleine terre de l’autre. Il n’y a pas un signe ou alors il est extrêmement discret pour différencier une tombe de l’autre, pas de fleurs, pas de plantes vertes en pots, pas de poèmes, pas de photos, pas de plaques, pas de stèle, pas de mausolée, pas un croissant, pas de bougie, pas une lune, pas une prière du Coran. tout juste peut-on lire le nom et le prénom du défunt.

La mort est en nue propriété en terre musulmane ! Il n’est pas interdit d’aller vénérer un mort sur sa tombe mais cela ne se fait pas. Le mort a droit à ses moments forts au sein de la maison familiale encadrée par les dignitaires et les fidèles de la mosquée mais le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On fait certes certaines exceptions pour le tombeau du Prophète (qui ne se trouve techniquement pas dans la mosquée mais sur une pièce attenant à la mosquée qui était l’appartement de sa femme Aicha et qui fait partie de la mosquée actuelle à Médine) ou le tombeau de Moïse qui serait en Cisjordanie sur le mont Nébo, haut lieu de pélérinage, mais nul ne s’aventurerait à prier sur la tombe de la mère du prophète, Sayda Amina Bint Wahb, qui était polythéiste alors que le prophète lui_même le faisait. en fait on peut prier pour un mort mais pas l’invoquer comme on invoque un esprit

J’ai pu toutefois constater que l’endroit qui est planté d’ arbres à pain est souvent envahi par des enfants qui dépouillent les arbres de leurs fruits et les grilles qui en août séparaient la rue adjacente du cimetière sont aux trois quarts défoncées.

Bref le cimetière n’est pas un lieu de promenade. On n’aime pas trop frayer avec la mort, symbole de l’effroi. Il n’y a pas ici de carré musulman comme en métropole avec des tombes bien alignées. Ici on considère que 100 pour cent des habitants sont musulmans donc les catholiques, les chrétiens, les juifs, les bouddhistes les autres religions sont incités à se faire enterrer ailleurs. De la même façon la plupart des mahorais qui décèdent en métropole choisissent de se faire rapatrier post mortem à Mayotte pour avoir des funérailles et un cimetière en adéquation avec leur culte.

Très bien qu’on laisse faire la nature, très bien qu’on ne différencie pas dans la mort le riche du pauvre, mais il y a dans certaines villes un cimetière pour enfants et un pour adultes, mais que faire des non-croyants. Il y a à Petite Terre un cimetière catholique hanté par les frangipaniers et l’ylang-ylang. Ici l’enterrement doit être réalisé dans les vingt-quatre heures alors que la loi française demande avant l’ensevelissement ou la crémation un minimum de vingt-quatre heures après que le décès ait été constaté. De plus l’incinération comme l’autopsie sont interdites. Il faut laisser le corps dans son intégralité. Les pratiques de lavage du corps sont codifiées. on doit entourer le corps de l’homme de 3 couches de linceul, celui de la femme de cinq. Le corps est ensuite transporté entre la mosquée et le cimetière dans un cercueil mais est ensuite jeté en pleine terre. Seules quelques pierres matérialisent la tombe et l’enterrement peut être réalisé de jour comme de nuit.

Pourtant à Tsigoni où se trouve la plus ancienne mosquée de Mayotte, une mosquée swahilie comme celles de Domoni a Anjouan ou Tongoni en Tanzanie en pierre de corail dont le mihrab daterait de 1538 on trouve des tombes shiraziennes (ex Perse, Iran d’aujourd’hui), deux mausolées tournées vers la qibla qui seraient les tombes  de la femme et de la fille du sultan Haissa, lui-même fils du sultan Mohammed à Anjouan. Ailleurs pas très loin de Tsingoni en direction de Combani  se trouve le Tombeau du Premier Arabe. Il y a donc en terre musulmane des tombeaux plus sacrés que d’autres. Comme celui encore de la pointe Mahabou où repose le sultan Andriantsiouli  devenu Andriamangavakarivo dans le monde des esprits, qui vendit Mayotte à la France. Au pied de ce tombeau on célèbre des maoulida shengé, des douas, des badris, des roumbos où les ziyaras sont invoqués

Les femmes mariées devenues veuves portent le deuil pendant la période de viduité (idda) qui est de 4 mois et 10 jours sauf si elles sont impubères ou ménopausées auquel cas le délai se trouve ramené à 3 mois. Dans cette période la femme doit continuer d’habiter dans le domicile conjugal, ne peut découcher, ne peut porter de parure, se teindre les cheveux, mettre du khol autour des yeux, porter du rouge ou du jaune, porter du parfum, du fard, etc Le noir n’est pas la couleur du deuil en terre musulmane, mais le blanc. En dehors de son mari la femme a 3 jours de deuil à sa disposition. autant que les hommes, trois jours, quelque soit la situation matrimoniale. Le deuil de la femme enceinte cesse le jour de l’accouchement.. J’ai vu de nombreuses femmes vêtues de strict noir et coiffées de voiles mais ce sont là selon moi des femmes qui pratiquent un des différents cultes un peu plus radicaux de l’islam local.

L’idée qui m’est chère de me faire ensevelir dans la mer n’ est acceptée par l’islam qu’en cas d’impossibilité absolue d’enlever dans la terre. Inhumation en eaux marines ou en rivières. Mais pas d’aquamation please.

Esclavage, vice-championne du carnaval de Rio 2018

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Il y a de cela presque 130 ans le 13 mai 1888 la loi Aurea était promulguée au Brésil par la princesse régente Isabel. Elle avait été précédée en 1871 par la loi du ventre libre qui déclarait libres les enfants nés d’esclaves. Avec cette loi l’esclavage était aboli. Le G.R.E.S Paraiso do Tuiuti,  originaire de la favela du même nom dans le quartier de São Cristovão, vice-championne du carnaval 2018, a enchanté les tribunes au moment du défilé des écoles de samba sur l’avenue Marques de Sapucai avec cette question qui taraude encore de nombreux Brésiliens de toutes couleurs. Quelle que soit la teinte de l’arc-en-ciel qui nous caractérise la question posée est : »Mon dieu, Mon dieu, l’esclavage est-il aboli? »

L’esclavage était donc le thème du défilé  avec cette question Meu Deus, meu Deus Esta extinta a escravidão ? L’esclavage est-il éteint ? Le seul fait de se poser la question en 2018 interroge au Brésil comme elle interroge dans de nombreux pays à travers le monde des Etats-Unis aux Antilles. Si on se pose la question c’est qu’elle n’est pas résolue ! Par ailleurs une nouveauté : une femme Grazzi Brasil chantant le thème d’ouverture.

Les compositeurs Claudio Russo, Moacyr Luz, Dona Zezé, Jurandir et Aníbal, ont fait une nouvelle narration de l’histoire de l’esclavage au Brésil à travers leurs 29 ailes (asas) montrant l’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes aussi bien dans le champ rural que dans le domaine urbain, dans les quilombos et senzalas d’aujourd’hui, les favelas, désormais appelées pieusement de communautés (comunidades) où règnent tous les trafics (rogues, sexe, armes) et l’insécurité à tel point que juste après le carnaval les troupes militaires fédérales sont intervenues et ont assumé le pouvoir de police à Rio de Janeiro. Un défilé à forte connotation politique donc puisque les réformes engagées par le président Temer sont caractérisées comme un recul, un retour en arrière vers  des pratiques anciennes  datant de la Colonie et de l’Empire où la préservation du système esclavagiste et la surexploitation du travail était la principale caractéristique des élites économiques. Récemment les lois rétrogrades gouvernant le travail ont été promulguées et les conditions pour dénoncer un travail esclave renforcées donnant naissance à ce qu’on peut appeler un esclavage social.

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Bien que beaucoup d’historiens expliquent que la corruption est un des piliers du brésil d’autres comme Luiz Felipe de Alencastro  (voir son ouvrage Trato dos viventes) affirment que l’esclavage est le pilier de la formation historique brésilienne car l’empire portugais d’outre mer n’a pu se former que par et grâce à la traite négrière et la construction de réseaux commerciaux dans l’Atlantique Sud.

Que disent les paroles :

Não sou escravo de nenhum senhor
Meu Paraíso é meu bastião
Meu Tuiuti o quilombo da favela
É sentinela da libertação

Irmão de olho claro ou da Guiné
Qual será o seu valor? Pobre artigo de mercado
Senhor eu não tenho a sua fé, e nem tenho a sua cor
Tenho sangue avermelhado
O mesmo que escorre da ferida
Mostra que a vida se lamenta por nós dois
Mas falta em seu peito um coração
Ao me dar a escravidão e um prato de feijão com arroz

Eu fui mandinga, cambinda, haussá
Fui um rei egbá preso na corrente
Sofri nos braços de um capataz
Morri nos canaviais onde se plantava gente

Ê calunga! Ê ê calunga!
Preto Velho me contou, Preto Velho me contou
Onde mora a senhora liberdade
Não tem ferro, nem feitor

Amparo do rosário ao negro Benedito
Um grito feito pele de tambor
Deu no noticiário, com lágrimas escrito
Um rito, uma luta, um homem de cor

E assim, quando a lei foi assinada
Uma lua atordoada assistiu fogos no céu
Áurea feito o ouro da bandeira
Fui rezar na cachoeira contra bondade cruel

Meu Deus! Meu Deus!
Se eu chorar não leve a mal
Pela luz do candeeiro
Liberte o cativeiro social

 

 

Moi j’aurais une lecture un peu différente et à l’esclavage social j’ajouterais l’esclavage religieux. D’ailleurs dans le titre on voit bien les références religieuses de toutes origines : Meu Deus, meu Deus , Fui rezar na cachoeira, Amparo o rosario ao negro Benedito, preto velho, não tenho a sua fé, irmão, meu paraiso é meu bastião. Nao sou escravo de nenhum senhor pourrait sembler équivoque. En voulant signifier qu’on n’est esclave d’aucun maître d’aucun seigneur on n’épouse pas les idées anarchistes « ni dieu ni maître » et on accepte justement les théories religieuses qui ont justifié pendant des siècles l’esclavage. En d’autres mots l’esclavage continue parce que entre autres choses le joug des dieux reste permanent sur l’âme des damnés ! Et ce joug-la, cette exploitation de l’homme par les dieux et leurs représentants auto-proclamés sur terre, qu’ils soient rois, princes ou présidents, on n’en verra pas e sitôt la fin ! La libération de cette captivité n’est pas une question de larmes mais une question d’action, de révoltes. Les carnavals sont télévisés mais comme disait Gil Scott Heron : the revolution will not be televised

 

 

Indivision successorale en outre-mer

L’héritage de mon grand-père maternel court toujours. A la mort de ce dernier en 1974 à ma connaissance aucune succession n’a été réalisée. Pourtant il possédait des biens en Martinique comme en Guadeloupe. Ayant eu en Guadeloupe comme en Martinique une ribambelle d’enfants de plusieurs lits seul celui du dernier lit a pu bénéficier avec sa mère de la succession qui n’a jamais été liquidée. Ma mère n’a jamais hérité un centime de son père. Quant à moi à qui on avait offert un terrain à ma naissance jusqu’à aujourd’hui il court encore. Mon père en riait et me disait chaque fois que j’allais en Guadeloupe de réclamer ma part à ma tante, qui se trouvait être en même temps l’épouse de mon grand-père. Apparemment ma mère ne se formalise pas de tout cela et considère que ce sont les choses normales de la vie en Guadeloupe, le conjoint survivant accaparant avec ses enfants du dernier lit les biens du défunt.  Je n’ai donc jamais moi même réclamé ma part de cet héritage car à la mort de mon grand-père j’habitais aux Etats-Unis. Ensuite peut-être par orgueil et par souci de ne pas créer de désagréments inutiles et de conflits familiaux j’ai résolu d’oublier mon héritage. Quand cette même tante est morte en 2002 la prescription acquisitive trentenaire n’avait pas encore joué   et ce sont donc mes cousins, ses petits-enfants, qui en théorie sont passés de co-indivisionnaires à copropriétaires. Je ne suis pas amer. C’est ainsi que vont les choses de par le monde. Il n’y a pas que Johnny Halliday et Laetitia et compagnie qui déshéritent de leur plein gré! Sur l’île de Guadeloupe plus qu’ ailleurs Usucapion est roi et Rapia est reine souveraine!

Ma mère me racontait que ce même grand-père à la mort de sa mère je ne sais quand ou de son père en 1956 est parti de la Guadeloupe pour la Martinique avec sa femme, ma tante, et qu’ils ont ramené des « tonnes » de bijoux en or qui depuis se sont évanoui dans la nature luxuriante aux environs de la Soufrière au grand dam des autres héritiers. La raison du plus débrouya est toujours la meilleure dans un pays où débrouya pa péché ! On en sourit. Mais c’est de la spoliation. Comme on dit aux Antilles ce sont des rapaces avides, des rapias, des agoulou granfal !

Ma grand-mère maternelle est décédée en 2006 et a laissé une maison à Basse-Terre mais avait aussi un terrain à Morin Saint-Claude. Ma mère a refusé sa part d’héritage pour des raisons qui me semblent encore obscures. Cela fait plus de onze  ans que la maison est vide et que la succession bien entendu est en déshérance. Un de mes frères a pu un jour occuper cette maison à titre gratuit mais il a été sommé de déguerpir car on voulait soi-disant vendre la maison. J’ai un jour, bien plus tard, souhaité acquérir cette maison, voire la louer pour effectuer un séjour en Guadeloupe. Il m’a été dit par une tante qui s’occupe désormais de l’affaire qu’il y avait un acheteur sérieux ! La maison n’a toujours pas à ce jour trouvé d’acquéreur !

Mon père quant à lui n’a rien hérité de son père décédé en 1950, pas même une fourchette, puisque ce dernier ne l’a pas officiellement reconnu. Il n’a tout naturellement rien hérité de sa mère puisque quand cette dernière est décédée en 1933 il avait dix ans. Il a été élevé par sa soeur aînée d’un autre lit , cette même tante dont je parlais au début. Je ne sais même pas si cette grand-mère maternelle qui officiait comme vendeuse de simples et gadedzafè a même laissé un héritage. Elle a dû au moins laisser une maison et des meubles car elle n’habitait pas dans la rue, que je sache ! Et nul ne sait ce qui est advenu de l’héritage de sa mère décédée en 1949 ou de son père décédé en 1900.

J’ai eu un tout petit peu plus de chance, si on peut appeler ça de la chance. J’ai hérité de mon père en 2001. A sa mort en 2000 ma mère n’a pas souhaité rester dans l’indivision et a vendu la maison en métropole avec l’accord de tous ses enfants  pour ne pas créer de dissensions dans la famille. Comme nous sommes 9 enfants survivants l’héritage n’était pas énorme. Elle a conservé bien sûr la moitié de la valeur de la maison et a eu la délicatesse de donner à chacune de ses belles-filles une petite somme aussi, pas aussi rondelette que la nôtre qui n’était déjà pas excessive mais douce au toucher malgré tout. Puis elle est rentrée aux Antilles et a préféré louer une maison pres de l’église du carmel. Elle est aujourd’hui locataire et trouve que c’est mieux d’être locataire que propriétaire en raison des taxes et des impôts divers et variés qui tombent sur les propriétaires de biens immobiliers. Je pense que c’est une excuse car son rêve était de posséder une maison aux Antilles.

Moi je ne possède rien, que des dettes ! Je ne pense pas qu’on se bousculera au portillon pour régler ma succession qui sera simple comme bonjour. Pas de frais de notaire, pas d’impôts sur la succession, pas de donation partage de mon vivant. Je lègue pour l’instant à mes 5 enfants l’amour du vent et du voyage. Je dis bien pour l’instant. Il ne faut pas désespérer ! Car mon père à mon âge venait tout juste d’acquérir sa première, seule et unique maison. Même si je suis encore un pigeon-voyageur dans l’âme cette idée de nid douillet quelque part commence à me hanter. Je suis peut-être contaminé par le fait que mon épouse  est propriétaire de 4 biens dont elle n’a pas elle non plus qui est brésilienne hérité mais qu’elle a acquis à la sueur de son front. Ce qui est sût c’est que je ne vais pas suer pour acquérir un bien ! Je ne sais pas thésauriser !

Tout ce long préambule pour vous signifier que l’indivision successorale est un fléau aux Antilles.  Et pourtant l’article 815 du code civil stipule  bien dans son alinéa 1 que

« Nul ne peut être contraint à rester dans l’indivision ».

Or il se trouve que quand un indivisaire veut revendre voire partager  que ce soit à l’amiable ou par voie judiciaire un terrain bâti ou non bâti que lui a laissé en héritage un parent défunt ce sont les douze travaux d’Hercule.

Soit par inertie, soit par opposition soit par désintérêt les biens de l’indivision sont immobilisés, se détériorent car personne ne veut investir sur un bien qui ne lui appartient pas. Certains considèrent aussi que  le passif peut être supérieur à l’actif et nul ne veut assumer le dettes d’autrui. Et les impôts et droits de succession font aussi que beaucoup font la sourde oreille. Les cas de mésentente et de blocage sont fréquents en raison des enfants de lits différents, les fameuses familles recomposées,  la loi protégeant le conjoint survivant qui a le droit de conserver l’usufruit du local d’habitation, l’enfant mineur, le majeur protégé, voire l’absence de l’un des indivisaires.

Autrefois, depuis plus de 200 ans,  depuis 1803 pour être exact, il fallait l’unanimité des indivisaires pour pouvoir vendre ou partager. Depuis 2007 il fallait une majorité de 75 pour cent pour pouvoir réaliser une affaire sur de tels biens indivis. La loi votée par l’Assemblée Nationale en janvier 2018 a abaissé cette majorité à 50 pour cent plus une voix avec toujours les mêmes freins . Elle est en examen pour l’instant au Sénat.

Il faut savoir qu’en Guadeloupe près de 40 pour cent du foncier est dans l’indivision, que ce soit le foncier rural ou urbain. Certains bourgs sont à plus des trois quarts dans l’indivision. Plus de 30 pour cent des affaires civiles traitées par le tribunal de Pointe-à-Pitre sont liées à l’indivision. Cette forte indivision a pour conséquence le gel du foncier qui signifie rareté de logement disponible, maisons délabrées, abandonnées, terres agricoles en friche (terres soit incultes soit insuffisamment exploitées, non entretenues pendant au moins trois ans, voire deux ans en zone de montagne) on considère que 16 pour cent des terres agricoles en Guadeloupe, soit 9273 ha (données de 2013) sont dans ce cas. Il faut savoir que beaucoup de Guadeloupéens sont partis vers les années 60 en métropole et que ne pouvant être sur le territoire ils n’ont pas pu exercer leur droit et en l’occurrence ce sont ceux qui sont restés au pays qui de guerre lasse se sont accaparés des biens  jouant de la prescription acquisitive trentenaire et faisant valoir de leur propriété privative par usucapion. On considère que si on a payé des impôts fonciers, si on est inscrit au cadastre, si on a réalisé une cloture, des travaux si on a occupé de façon continue, paisible, publique et non équivoque les biens de l’indivision on en devient au bout de 30 ans propriétaire.

Il y a de nombreuses solutions pour sortir du bourbier de l’indivision. La donation en ligne directe du vivant du défunt ou la donation partage permettent de résoudre bien des litiges.

On peut aussi depuis 2007 donner mandat à un des indivisaires ou à un tiers pour administrer la succession (actes d’administration comme la conclusion ou le renouvellement de baux d’habitation, travaux d’entretien, vente du mobilier pour payer les charges et les dettes de l’indivision),  Cela peut se faire du vivant du propriétaire.

Pour vendre (acte de disposition), l’unanimité est toujours de règle. Il faut faire appel à un géomètre, un architecte, un notaire et tout cela se paie en argent sonnant et trébuchant en amont. Ce qui en décourage beaucoup surtout quand les co-indivisionnaires sont nombreux et parfois sur 4 générations! C’est donc l’éternel imbroglio ! Une dernière solution qui est de plus en plus envisagée par les collectivités locales. L’expropriation du bien immeuble vétuste pour cause d’utilité publique quand ce dernier est manifestement abandonné. L’autorité municipale signifie au propriétaire identifié qu’il faut réparer le bien qui tombe en décrépitude et menace la sécurité d’autrui. Si rien n’est fait pour trouver une solution l’expropriation est de mise.

Il n’en reste pas moins que j’ai une tendresse particulière pour les vieilles habitations aux tôles rouillées et aux balcons brinquebalants. Si ce n’était l’indivision ces propriétés auraient déjà été reconstruites en lotissements anonymes. Ce que je souhaite c’est la conservation e cette mémoire quell qu’en soit le prix.

Singing in the East African rain on Bacchanal Sunday

Gene Kelly imagina en 1952 sa chorégraphie de Singing in the Rain. Quand j’ai vu pour la première fois le film je me suis étonné que le personnage non content de chanter et danser sous la pluie avec parapluie et chapeau en main se mettait sous la gouttière pour se mouiller encore plus. Chanter soit mais prendre sa douche sous la gouttière m’apparaissait un peu contre nature pour un gentleman si élégamment vêtu de complet cravate. Un coup de foudre pour Debbie Reynolds seul pouvait expliquer cela. J’ai plus tard compris qu’il y avait des gens qui aimaient vraiment marcher sous la pluie. J’ai aussi vécu au Brésil et pris pour la première fois là-bas un banho de bico (douche de gouttière) pendant la pluie. Puis quelques années plus tard à Deshaies, en Guadeloupe en octobre 1998 j’ai renouvelé l’expérience en pleine avalasse.

Récemment j’ai vu  sur Cavani et M’Tsapéré des enfants mahorais ou comoriens qui se pâmaient sous la pluie, sous l’eau des gouttières de tôles de fer-blanc, aspergeant leur tête de longues secondes, mouillant leurs vêtements au milieu du jour, nageant, plongeant dans les flaques d’eau. Que du bonheur ! La béatitude à l’état brut se lisait dans leurs yeux ! C’est le propre de l’enfant de s’émerveiller de ces caprices de la nature . L’eau qui tombe du ciel est un théâtre infini de jeux célestes et de mannes divines où avec un rien on devient pirate, marin de haute mer, capitaine au long cours, boucanier, corsaire ou flibustier. Moi ex quartier-maître de seconde classe maître d’hôtel je me classe dans la catégorie marin d’eau douce ! Je sais que dans la plus simple des flaques d’eau peut roder la leptospirose.

Mais au diable la prévention parfois, ne boudons pas notre plaisir et ce matin, dimanche de carnaval,  en voyant cette ribambelle de marmaille de tous âges jouer dans les flaques à la fin d’une grosse averse matinale je me suis surpris à penser que je vivais moi aussi contaminé dans des conventions sanitaires à des années-lumière de ces enfants qui pourtant habitent à deux pas de chez moi. Il y a pourtant à 100 mètres une rivière qui coule, le Majimbini, il y a la mer à 300 mètres mais c’est cette flaque qui s’accumule qui est devenue le centre de leur sous-monde imaginaire, leur océan indien de pacotille ! En y réfléchissant bacchanale pour bacchanale, en ce dimanche-gras, même si nous sommes ici en terre musulmane, en pleine saison des pluies, en plein Kashkazi, même si le vrai Carême c’est le mois de Ramadan qui aura lieu en juillet, tout est permis. Cette nuit à Port-of-Spain on se maquillera d’un masque de beauté de boue, de peinture ou de chocolat, ailleurs ce sera de goudron, ailleurs encore de farine et de miel. Ici en terre de m’sindzano, en terre de poudre de bois de santal mélangée à du kaolin (argile blanche),  pataugeons donc entre mascarade et serpentins d’eau, éclaboussons-nous de notes de pluie déguisées comme si c’étaient des notes de calypso ou de soca ! Et que le steelpan résonne par monts par vaux et par ruisseaux sous le clapotis de nos pieds dans les marigots temporaires où résident moultes pierres de corail ! Vivre sans risque n’est pas vivre. Vivre sans innocence non plus !

Dimanche-Gras : Bacchanal Sunday entre cannes brûlées et jouvert

Je suis comme  Charles Aznavour, une fois n’est pas coutume:  je hais les dimanches.

Mais il y a un dimanche par an que j’attends toute l’année c’est le dimanche-gras ! Time has come today : aujourd’hui dimanche 11 février, Bacchanal Sunday, seront nommés le roi et la reine du carnaval de Trinidad, le plus chaud des Caraïbes !

37 hommes et 31 femmes se sont affrontées à l’étape préliminaire une semaine avant mardi gras ! A l’issue de ces éliminatoires seuls 10 aspirants à roi et reine ont été retenus. Ted Eustace du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers, vainqueur pour la seconde fois l’année dernière  avec sa personnification de Crypto, seigneur de la Galaxie pour laquelle il a remporté la coquette  somme de 180000 dollars sonnants et trébuchants, se classe en huitième position à l’issue des éliminatoires ! Triplera-t-il avec Banditos la mise aux dépens de  Curtis Eustace, son frère, arrivé second l’année dernière et sa représentation de Kamatachi, le papillon démon chinois, arrivé cette fois-ci premier aux éliminatoires, Marlon Rampersad et sa Touche de Midas arrivé second ou encore Raymond Mark et son Pluton, Roi du Sous-Monde arrivé troisième?

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Et du coté des reines putatives Gloria Dallsingh, du groupe carnavalesque de San Fernando Call of Duty élue en 2016 pour sa composition d’Artémise, la reine guerrière, arrivée cette fois-ci troisième aux éliminatoires,  saura-t-elle renouer  avec la couronne avec son nouveau costume Joyau de l’océan ? Il faudra pour cela faire trébucher des concurrentes comme Savitri Holassie et sa Salicia , Reine des Mers , classée première, ou encore Krystal Thomas du groupe carnavalesque Paparazzi Carnival’s Sky gazers et sa Chasseresse de Têtes, arrivée en seconde position à l’issue des éliminatoires mais actuelle reine puisque couronnée en 2017 pour sa personification de Nebula. Que la meilleure gagne  !

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Et je jure par avance allégeance jusqu’à mercredi des Cendres à quels que soient celui et celle qui seront choisis en grande pompe ce soir à partir de 19 heures au Queen’s Park Savannah, Port-of-Spain    pour personnifier le couple royal de la débauche !

Il y a certes la crise économique qui a été la cause de réductions significatives ans les investissements des sponsors publics comme privés mais malgré tout la fête sera belle ! il y a certes le carnaval de Rio, celui de Salvador, celui de Recife parmi les plus grands au Brésil mais celui de Trinidad brille lui aussi de tous ses feux à faire pâlir d’envie ceux de Jamaïque, Ste Lucie, Grenade, Guadeloupe, Martinique, Saint-Kitts, Saint-Vincent, Sainte-Croix, Antigua. Cette année je me contenterai de sauter-mater à distance. L’année prochaine c’est promis je fêterai le carnaval, I’ll play mas, I’ll whine and grind et le mercredi des cendres je mangerai du bake and shark sur la plage !

Avant tout le déferlement actuel de carnaval actuel de Trinidad il y avait jusqu’en 1948 il y a presque une éternité, un seul jour de fête, dimanche-gras. Le jour du mas, le jour de la mascarade. et bien avant encore il y avait le canboulay, mais là on se retrouve au 18eme siècle.

Entre 1783 et 1836, année de l’abolition de l’esclavage à Trinidad, le carnaval est réservé  à l’élite blanche internationale (française et anglaise) et aux travailleurs sous contrats. Les métis et autres gens de couleurs et les noirs gens  étaient  exclus de ces célébrations. L’élite blanche européenne  se déguisait en neg jardin  (ceux qui cultivaient la terre, brûlaient les champs de cannes) ou en mûlatresses et faisaient la procession des cannes brûlées.. Trinidad qui avait été sous domination espagnole  de 1496 à 1797 se retrouvait sous domination anglaise à partir de 1897 (même si ce n’est qu’en 1802 que la Grande Bretagne qui occupait l’île depuis 1797 en devint la puissance coloniale effective) .

L’élite dominante était française (issue de Guadeloupe, Martinique, Grenade, Saint-Vincent, Dominique et Saint-Domingue) suite aux cedula de poblacion de la couronne espagnole de 1776 et 1781 qui autorisait aux français catholiques de venir s’installer sur Trinidad en leur offrant des terres cultivables et un dégrèvement d’impôts sur 10 ans avec la possibilité d’amener avec eux leurs esclaves, leur capital et leur know-how esclavagiste. Les  libres de couleur se précipitèrent aussi et constituèrent  la majorité des propriétaires terriens. Apres l’abolition, pendant 10 ans on nomma canboulay ces fêtes qui eurent lieu le 1er août, jour de l’abolition et qui furent alors récupérées par la population servile désormais libre. Puis à partir de 1846 les réjouissances furent déplacées avant le Carême (Lent en anglais)

Avec le canboulay fut introduit le kalinda (lutte au bâton). Muni de son bois chaque combattant africain affrontait dans un cercle un autre d’une autre communauté et chaque groupe avait sa chantuelle, une sorte de griot, qui accompagnée d’un groupe de femmes chantaient pour galvaniser leur champion et intimider de ses aiguillons vocaux l’adversaire. Ainsi naquit le groupe carnavalesque

Puis on se retrouvait sous des tentes kaiso pour chanter tous ensemble des kaiso (mêlant irrevérence, insinuation sexuelle, jeux de mots à double sens, satire politique et sociale) toujours sous la houlette de la chantuelle, accompagnés d’instruments de musique divers préfigurant ainsi  la musique qui allait plus tard devenir  calypso et plus tard encore la  soca. Les pouvoirs locaux français ou anglais commencèrent à dénigrer le canboulay qu’ils rebaptisèrent jamette, (du français diamètre) refuge selon eux du sous-monde de marginaux, prostituées, voleurs, etc

Les pisse-en-lit étaient des hommes déguisés en femmes, lubriques

En 1846 on interdit masques et mascarades. En 1880 toutes formes de percussion africaines sont interdites. Malgré tout cet arsenal juridique du gouvernement colonial le canboulay continuait à prospérer à Port of Spain jusqu’aux émeutes du 28 février 1881 qui occasionna la mort de 4 policiers et d’un descendant d’africain. Malgré l’autorisation du gouverneur qui jura de ne plus s’immiscer dans les affaires de la mascarade celle-ci fut annulée en 1884 et remplacée par quelque chose de plus respectable le lundi gras qu’on nomma j’ouvert (du français jour ouvert). Ce jouvert continue vivant de nos jours officiellement à  partir de 4 heures du matin de la nuit du dimanche au lundi et ceci jusqu’à pas d’heure. On saute-mate barbouillé de boue, glaise, peinture, graisse, chocolat, au choix et fortement imbibé de vapeurs d’alcool. On porte queues de diables et tridents ! il fut un temps où on se barbouillait de goudron. Le canboulay (fêté lui chaque vendredi de carnaval) comme le jouvert symbolisent la force et la résilience de la communauté noire à Trinidad.

 

#Balance ton Porgy, Bess !

Importune-moi, Madame Bess.  Joue-moi  aux dés pipés ! Sept, onze. Je sens monter en moi la sève de la chance. Ne me laisse pas tout seul ramer dans la bauge de l’île Kittiwah avec mon groin, ma queue en tire-bouchon et mes gros sabots fendus et boueux.  Balance-moi, avec cariole et chèvre vers le Jugement Dernier. Vire-moi de ma cariole. Delivre-Moi.  Porgy adore les escarpolettes. Touche-moi. Caresse ma soie. Je suis Haram, tu sais même  si je suis baryton basse. Tout comme les gloussements lubriques de gorets et de truies que je tarde encore à enfanter dans cet océan de rhum. Haram. Mais je suis un porc sauvage, un sanglier. Je n’ai rien d’ordinaire, rien de domestique. Je suis un estropié et un mendiant. Egorge-Moi.  Pends-moi haut et court en haut du gibet, découenne-moi, écorche-moi comme il sied aux matadores, flambe-moi et rôtis-moi à la broche après m’avoir assaisonné de fiel et jeté en pâture aux bancs de poissons noirs et aux crabes du diable qu’ils fassent en meute curée de ma chair.  A déguster sans modération avec du manioc, du fruit à pain et des bananes vertes rôties. It ain’t necessarily so !

Je ne suis ni gibier d’eau ni gibier à plumes. Seulement ton Porgy ! Balance donc ton Porgy ! A toi affectueusement. Ton Porgy

PS: Lis ça et dis mois ce que tu en penses:

  http://www.liberation.fr/france/2018/01/12/un-porc-tu-nais_1621913

A l’enterrement d’une île morte

Jazirat al Mawet, autrement dit Mayotte, c’est l’Ile de la Mort. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, ce surnom. C’est le nom macabre que lui ont donné les premiers navigateurs arabes. Ils avaient sans doute leurs raisons.

Dans les cimetières pas de trace de nom, ni de stèles, ni de couronnes, ni de fleurs. Seul celui qui a enterré sait où se trouve son défunt. C’est dans l’anonymat complet que les morts dorment le corps tourné vers la qibla de la Mecque, vers le Nord ! Les rites mortuaires musulmans et ancestraux se chevauchent !

En effet, « dans un premier temps, on ferme les yeux, la bouche, on couvre le corps d’un linceul composé de trois étoffes blanches et on lui assure un bain mortuaire digne comprenant l’usage d’eau chaude additionnée ou non d’eau de Zamzam, des plantes aromatiques, du camphre nommé ”Kanuru”, des feuilles de “Mtsinavu” et du coton pour boucher les orifices ainsi que du parfum ». Par ailleurs, « la pratique du bain mortuaire doit suivre des étapes précises », « Par le biais de massages, on appuie sur l’abdomen du mort pour vider les viscères. Les écoulements et les selles sont recueillis dans un trou fait sous le lit ou dans des bassines placées sous le lit.

Avant de les enterrer dans un linceul blanc ils ont été nettoyés à l’eau de Zamzam, puis mis dans une caisse pour être portés à la mosquée où une prière est faite en leur honneur puis on les retire de leur caisse et on les enterre à même la terre. Des planches sont placées sur le cadavre puis on le recouvre de terre. Cette terre est ensuite arrosée d’une eau spéciale.

Une fois mort  les anges  exterminateurs  Munkar et Nakir sont deux capitaines qui vont pratiquer dans la tombe votre interrogatoire et décider du chemin que votre âme va suivre selon que vous avez prié et été bon musulman. Ils vous dispatchent au bout de 40 jours après l’enterrement soit au paradis soit en enfer.

Lors d ‘un décès il y a 4 moments importants :

  • le jour de l’enterrement proprement dit, au plus tard vingt–quatre heures après le décès,
  • le troisième jour, qui est une sorte de petit deuil : un boeuf doit être sacrifié
  • le neuvième jour ou moyen deuil : on offre des gâteaux
  • le quarantième jour ou grand deuil; un autre boeuf doit être sacrifié
  • A chacune de ces étapes la communauté se retrouve dans la demeure familiale du défunt. On offre à boire et à manger. La nourriture consiste en général en riz et lait fermenté auquel on ajoute du sucre, du kangué, du poulet, des bananes vertes, du manioc.

On peut aussi offrir des Coran aux convives pour qu’ils puissent prier en communion fraternelle.

il existe aussi un plat à base de papaye verte coupée en tranches arrosée de lait fermenté et de sucre.

Les convives hommes les plus importants repartent avec le douan, qui est un sac en plastique transparent où se trouvent 2 ou 3 boissons non alcoolisées, une bouteille d’eau, des gâteaux.

Une mort coûte très cher car c’est comme le grand mariage. Ce n’est pas tant le mort que l’on pleure mais sa puissance et celle de son clan que l’on expose lors des funérailles.

A tous un supercalifragilisticexpialidocious réveillon fait de petites morts et de renaissances interminables

850_400_flor-de-lotus-significado-e-simbolismo-da-flor-sagrada_1495722386Dans moins de 13 heures il sera minuit ! Il y a un no man’s land entre minuit et zéro heure. C’est dans cet espace précaire que modernité et tradition s’affrontent incessamment. Ainsi le dieu Janus avait deux visages l’un tourné vers le passé et l’autre vers le futur. Le soleil et la lune d’aujourd’hui 2017 et ceux de demain 2018 se ressemblent étrangement à ceux de 2014/2015 mais ils sont complètement différents puisque notre regard sur eux changent. C’est nous qui modifions et non les choses qui se modifient. A minuit on est en 2017, à zéro heure on est en 2018. Quelques confettis multicolores, quelques feux d’artifices, un ou eux grammes de cotillons nous séparent l’un de l’autre.

Moi je propose une autre méthodologie. Commençons l’année à zéro heure et terminons la à minuit. Commençons la vie par la mort. Naître à 90 ans et remonter à contre-courant le fleuve de l’existence jusqu’à redevenir nouveau-né, presque innocent dans la source au flanc de la montagne. Et tout cela entre zéro heure et minuit. Quel challenge, quel défi. Ceux qui ne savent pas nager peuvent pagayer mais l’eau de la mémoire, pour saumâtre qu’elle soit, n’est pas si profonde qu’on ne puisse en remonter le cours en quelques infimes nano-secondes. Il y a ça et là des gués où on peut reprendre haleine avant de reprendre sa route……ne serait-ce qu’à quatre pattes…..

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Dans moins de 13 heures il sera exactement zéro heure….Et personne ne sait encore avec certitude s’il sera là pour vivre ce moment. Ce qui explique l’émotion qui s’empare de tout un chacun, émotion faite de peur et de soulagement, à franchir la ligne d’arrivée de l’étape. Chaque réveillon est comme une petite mort ou une naissance avortée et le champagne coule à flot de la même manière qu’une femme enceinte qui perd ses eaux sait que l’issue est proche. A tous un supercalifragilisticexpialidocious réveillon fait de petites morts et de renaissances interminables. 2017 est mort vive 2018 ! Maintenant que la plupart des rites de passage, rythmés soit par les saisons et les lunes et les soleils, les mers et les pluies soit par les stades différents dans le développement de l’individu de la naissance à la mort, ont disparu de nos sociétés post-modernes profitons encore de celui-ci : franchissons le seuil de cette nouvelle année de façon guillerette comme on saute à la marelle, à cloche-pied. Quittons provisoirement le 1 de la terre de 2017 pour nous retrouver finalement les deux pieds ancrés au 9 du ciel de 2018. Surtout évitons les petits cailloux entre minuit et zéro heure qui pourraient mettre à mal cette expédition car c’en est une, et vous obligeraient à redémarrer éternellement à partir du 1 de la terre de 2017. Que vous souhaiter alors, sinon beaucoup d’équilibre, quitte à partir du ciel de 2018 en direction de la terre de 2017. Du 9 vers le 1 au lieu du 1 vers le 9, et tout cela, bien entendu entre minuit et zéro heure ! Et vogue la galère 

 

 

 

 

Et dire que Sam fait ça tous les week-ends

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé ! Soit ! L’alcool tue ! Soit ! 6 verres en trois heures : deux bières, une caipirinha, un mojito, un verre de vin et un verre de champagne, ce n’est pas la mer à boire pour un fêtard lambda réveillonnant en fin d’année. 88 pour cent des Français boiront pour le Réveillon ! Encore faut-il sentir la différence entre une dose bar et une dose maison ! bière 25 cl, Whisky 3 cl, vin, 10 cl sont des doses bar. A la maison, on a tendance à avoir la main plus lourde ! Alors ethylotest pour tout le monde ou pas ?

Il faut 7 heures pour récupérer 6 verres et le taux d’alcoolémie dans le sang doit être inférieur ou égal à 0, 5 grammes par litre de sang pour les conducteurs et de 0, 2 grammes pour les jeunes conducteurs titulaires de permis probatoires, soit 0 verre d’alcool. En cas de contrôle positif vous perdrez 6 points = perte du permis probatoire et encourrez une amende forfaitaire de 135 euros et l’immobilisation de votre véhicule..

Boire ou conduire il faut choisir ! Un verre ça va, deux verres bonjour les dégats ! Tu t’es vu quand t’as bu ? Au volant la vue c’est la vie ! Pas de SAM, pas de caisse ! Mieux vaut SAM que le SAMU ! Bien réveillonner c’est bien rentrer

Bon j’ai bien été sensibilisé par les innombrables campagnes de prévention de la sécurité routière et la dernière m’a un peu interloqué. Je n’ai jamais été capitaine de soirée, je n’ai jamais été SAM. Je ne suis pas un super héros, pas un Bumblebee, pas un Avenger, pas un Terminator, pas un Spiderman, pas un Captain America, pas un Iron Man, pas une Maria Hill, pas une Black Widow, pas une Sarah Connor, pas même un SAM, homme ou femme ! Je respecte celui qui s’abstient au nom de la collectivité. Il est évident que c’est plus facile pour ceux qui en raison de leurs croyances religieuses ne peuvent pas boire. Il y a aussi ceux que des raisons de santé obligent à ne pas boire. Le problème ce n’est pas en fait de ne pas boire mais de savoir en imposer à ceux qui ont trop bu ! On ne peut pas selon moi être gentil chaperon, gentille chaperonne, tous les week ends. A moins de vouloir en faire un apostolat ! Malgré tout, respect à toi SAM ! ta mission est belle, ingrate mais belle !

Celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas ! C’est Sam, la star de la soirée. Le beau gosse qu’on encense, qu’il est beau, qu’il est charmant, qu’il fera un beau chaperon !

On sait que l’alcool autorise la manifestation de ce qui est en soi et Sam d’une certaine manière autorise les autres à aller jusqu’au binge drinking.  On est loin du « si tu tiens à ton ami retiens-le ». Allez retenir et voir l’effet que ça fait ! il y a même des services de covoiturage qui se créent sur le slogan Buvez et SAM Ramène ! SAM, le super pote, acronyme de Sans Accident Mortel !

La Sécurité Routière présente ses respects à SAM. Sur une musique Sunken du groupe Scratch Massive featuring Léonie Pernet ! Une ode à l’amitié, au volontariat, au don de soi ! Et si j’essayais moi aussi cette année au réveillon d’être SAM !

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Sur le podium des mythologies de mon Tout-Monde

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Dix ans après la publication de Mythologie française par Henri Dontenville qui se penche sur les mythes fondateurs de la France parmi lesquels il cite Gargantua, Mélusine, Bayard et Aymon, les Mythologies de Roland Barthes affirment en 1957, exemples à l’appui, que les mythes qui constituent une nation sont des mythes petits-bourgeois grâce auxquels la bourgeoisie maintient sa culture de classe. Les objets sont appropriés, le vin, le lait, le tour de France sont présentés comme naturels et symboliques de la francité. L’hommage rendu à Johnny soixante ans après (qui en a même perdu du coup son Hallyday, lui même mythologique) est symptomatique de cette mythologie française.

Les mythes sont constitués par notre inconscient collectif comme le souligne Jung. Ils procèdent de la fable plus que de la raison. Johnny est le fruit d’une épopée et la passion dont il fait l’objet est celle qu’on réserve aux idoles. La question que je me pose c’est Johnny a-t-il une place sur le podium des mythologies de mon Tout-Monde ? Coche-t-il à toutes les cases des archétypes qui me fécondent ? Coche-t-il comme Che Guevara , Malcom X, Fidel Castro, Gandhi, James Brown, Jimi Hendrix, Wole Soyinka, Aimé Césaire et Edouard Glissant, Cassius Clay-Mohammed Ali,  pour ne citer qu’eux ? Est-il au même niveau ? Je ne crois pas.

Affaire à suivre. Donnons le temps au temps !