« Sur le chemin de l’école » quand elle est tout sauf buissonnière

Les paysages sont incroyables, époustouflants, à couper le souffle. Ils pourraient aisément s’y retrancher comme dans une tour d’Ivoire. Mais non. Aux quatre coins de la planète, en dépit des soubresauts sociaux, psychologiques, politiques et météorologiques de jeunes héros et héroïnes prennent à bras le corps le chemin de l’école, franchissent les obstacles, les embûches, les distances comme des oiseaux d’envergure phénoménale. A pied, à cheval, en voiture, au pas de course, en chaise roulante tous les chemins mènent vers le savoir. Qu’on naisse au Kenya, au Maroc, en Inde ou en Argentine, qu’il pleuve qu’il neige, sous les regards des moutons, des girafes ou des éléphants l’appétit, l’envie, la détermination, le courage et l’abnégation sont les ingrédients d’un périple pour l’apprentissage et l’instruction. Dans Sur le Chemin de l’Ecole Pascal Plisson nous propose une plongée en apnée dans les cheminements quotidiens du combat permanent auquel doivent se  livrer  des milliers d’enfants à travers le monde.

En sortant de l’école on rencontre, comme le dit Prévert par la voix des Frères Jacques, un tas de choses incroyables comme des voies de chemins de fer qui s’arrêtent pour ne pas écraser les fleurs,  des lunes et des étoiles qui se baladent en bateau à voiles, la mer qui se promène avec ses coquillages, un sous marin pour chasser les oursins et même une maison qui fuit le vent qui veut l’attraper. Mais sortir de l’école comme aller à l’école même sans wagon doré peuvent se révéler des périples extraordinaires vers des îles parfumées et les naufrages de saumon fumé que seul le savoir permet de savourer à pleines dents et sans arrière-goût.

 https://youtu.be/oWn7CQGNIa4

http://youtu.be/PT3jAJ4QHPg

Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse

La fable de la Fontaine Le Laboureur et ses enfants m’a toujours impressionné. C’est la neuvième fable du livre V, édité en 1668, inspiré d’Esope, écrivain grec qui a vécu entre les septième et sixième siècles avant JC.
L’original d’Esope disait ceci en prose :

Un laboureur, sur le point de terminer sa vie, voulut que ses enfants acquissent de l’expérience en agriculture. Il les fit venir et leur dit:  « Mes enfants, je vais quitter ce monde;  mais vous, cherchez ce que j’ai caché dans ma vigne, et vous trouverez tout ». Les enfants s’imaginant qu’il y avait enfoui un trésor en quelque coin, bêchèrent profondément tout le sol de  la vigne après la mort du père. De trésor, ils n’en trouvèrent point; mais la vigne bien  remuée donna son fruit au centuple.

Cette fable montre que le travail est pour les hommes un trésor.

Je  connaissais par cœur cette fable, sous la plume de La fontaine, au même titre que le loup et l’agneau, le lion et le rat, le corbeau et le renard, la cigogne et la souris, la cigale et la fourmi, le lièvre et la tortue. Il  me revient en tête cette suite d’alexandrins et d’octosyllabes faite de rimes croisées, embrassées et suivies  que je m’empresse de vous réciter, comme je la récitais à ma maîtresse: 

Travaillez, prenez de la peine:

C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage

Que nous ont laissé nos parents.

Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l’endroit; mais un peu de courage

Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.

Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût.

Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse.

Ce qui m’a toujours intrigué c »est pourquoi ce riche laboureur n’avait pas prodigué ses conseils à sa progéniture dans la splendeur de l’âge. Pourquoi avait-il attendu d’être mal caduc, plus mur qu’un fruit à pain pourri à l’article de la mort, pour inculquer à ses enfants la passion du labour/labeur. Il leur fallut bêcher la terre, la piocher, la sarcler, l’engraisser « deça delà, partout » jusqu’à la moisson avant qu’ils ne saisissent dans leur caillou intime que le travail est un trésor. On imagine qu’il y eut des semailles et que les semences étaient certifiées bio  et que nul engrais chimique et surtout pas du Roundup cancérigène ne fut utilisé car le laboureur d’Esope tout comme celui de La Fontaine, presque vingt siècles plus tard, pratiquaient une agriculture raisonnée respectueuse des rythmes biologiques de la terre. Mais encore faut-il que les conditions météorologiques permettent au champs de respirer, de faire jachère, alterner les cultures, l’ombre et la lumière. On imagine qu’il n »y eut pas de sécheresse et que les oiseaux ne vinrent pas picorer les semences dans les sillons. On imagine qu’il n’y eut pas d’épidémie de phylloxéra et que les pucerons ne desséchèrent  pas les sarments et feuilles de vigne à tout jamais. Les cyclones, les tremblements de terre,  les éruptions volcaniques eurent sans doute leur mot à dire mais malgré tout cela il m’arrive de me demander parfois si le travail libère l’homme ou si c’est une calamité nécessaire pour réguler l’humanité au même titre que la peste et le choléra.

J’ai encore en tête cet hymne à l’oisiveté de Henri Salvador et son Le travail c’est la santé

Pierre Perret pense un tout petit peu différemment

Le laboureur et ses enfants

Auteur : Jean de la Fontaine
Paroles nouvelles et musique : Pierre Perret – © Editions Adèle 1995

Un vieillard cul-terreux, champion de l’infarctus
Qui en avait déjà fait deux trois éblouissants
Avant que la faucheuse ne lui secoue les puces
Fit venir ses lardons et leur dit : Tas d’ fainéants

REFRAIN

Je suis le laboureur
Vous êtes mes enfants
Je suis le travailleur
Vous les fainéants

Désormais grattez dur, fait’s vous péter la rate
Semez l’orge et le blé dans le froid et le vent
Retournez bien le champ, cloquez-y du nitrate
Un trésor est caché enfoui sous le chiendent

REFRAIN

Je suis le laboureur
Vous êtes mes enfants
Je suis le travailleur
Vous les fainéants

Les meules sur son tracteur le plus vaillant des fils
Voit ses épis de blé se transformer en or
Tandis que son frelot, qui rêv’ que de chaud-bise
S’est tiré à Nashville et là, il a fait fort !

REFRAIN

Les fils du laboureur pour plaire au vieux pecnod
En ont vraiment bavé des ronds d’ chapeau

L’un joue de la guitare, oui, c’est ce qu’il voulait
Faute d’être paysan, il est devenu star
Son frangin, ça l’a scié. Ça lui a coupé l’ sifflet
De voir qu’on peut chanter sous une pluie de dollars !

REFRAIN

Les fils du laboureur chacun dans leur sillon
Ont amassé tous deux le gros pacson

De ces deux qui ont choisi le tracteur ou l’ micro
Quel est celui le soir qui a le moins mal au dos ?
Moi je pens’ pour ma part qu’à bosser tout’ sa vie
Qu’on soit paysan ou star, on est complèt’ment cuit

REFRAIN

Pourtant les travailleurs
Savent depuis tout l’ temps
Que le travail fatigue énormément
Et qu’on soit laboureur
Plombier ou Président
On part complèt’ment naz’s
Les pieds devant

Certains disent carrément : je ne veux pas travailler comme Pink Martini et compensent en fumant

Travailler selon moi c’est s’inscrire dans une quête de sens.

Cette quête de sens est multipolaire, multidisciplinaire. L’important est de labourer et même si la terre n’est pas arable il faut faire en sorte de trouver l’instrument idéal, la recette capable d’enlever à la terre son acidité, son PH. Il n’y a pas de terre improductive, de terre stérile, calcaire, rouge ou noire, impropre aux cultures, de terre volcanique, de désert fangeux, de terre saumâtre, de parcelle marécageuse qui résiste à l’assaut persévérant de l’amour, de la patience et de la tendresse comme fumier substantiel.

On sait que dans le Coran la femme est comparée à un champ que l’homme doit labourer inlassablement. Sourate 2, Al Baqara, La Vache verset 223 :

Les femmes sont votre champ. Cultivez-le de la manière que vous l’entendrez, en ayant fait auparavant quelque acte de piété. […]

araire_moy_age

Les instruments que l’homme a pour labourer sa femme sont aussi diversifiés que l’araire, le soc, la herse, la pioche, la bêche, la houe, le sep,  l’age, la moissonneuse-batteuse, la faux, le versoir, le pic que le laboureur a à sa disposition pour travailler son champ. Encore faut il qu’ils soient affûtés, adaptés à la terre qu’ils convoitent.  Quel que soit le geste auguste du semeur, qu’il soit laboureur à boeufs ou laboureur à pied, ce n’est pas tout champ qui travaillé, gratté, retourné,  rapportera quelque profit à moins qu’on ne considère la sueur et les larmes comme des marques de profit. Mais il y a des champs qui sont des jardins secrets, des passions, des talents que nous devons labourer sans cesse. Il nous faut suivre ainsi les conseils prodigués par Nicolas Boileau (1636-1711)  dans son Art Poétique pour un labour impeccable:

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit que peu de jugement.
J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

La procession de monsieur : de la mosquée à chez madame

Chez les Mahorais la procédure est simple  on va habiter chez Madame. C’est elle qui est maîtresse chez elle. En cas de divorce ou de séparation c’est l’homme qui prend ses cliques et ses claques. Bye bye mari. Moi je reste chez moi. En contrepartie si l’homme veut avoir d’autres épouses comme la loi musulmane le lui permet il suffit d’aller enregistrer la chose devant le cadi pour être en règle avec dieu. On paie une petite somme pour sceller l’arrangement entre passereaux et la choses est faite. L’homme peut aussi répudier. Il suffit de deux témoins. À la femme le patrimoine immobilier au monsieur les émois de coq. En réalité sous les apparences de la pudeur matérialisée par les salouvas et les boubous qui cachent au regard une grande partie du corps sans pour autant réussir à masquer les formes bien rebondies des demoiselles, les spécialistes de la chose s’accordent pour penser que la société mahoraise est l’une des plus permissives en matière de sexualité débridée du monde musulman. Mais tout se passe en cachette. Il n’y a pas d’exhibitionnisme ni  corporel ni sexuel. Tout se passe sous le boisseau. Il y a donc sous les couches du rigorisme apparent des salouvas et autres foulards, les masques cosmétiques une sexualité cachée exacerbée que l’islam n’a pas réussi à éliminer .  N’oublions pas que les  mahoraises sont des bantoues et que la sexualité bantoue ne s’embarrasse  pas de préceptes religieux. Des douze ans, la cause est entendue: c’est une femme, en puissance, je dirais même en toute puissance. On est certes loin de la sexualité publiquement assumée des brésiliennes et des antillaises pour ne prendre qu’elles. Mais entre quatre yeux sous l’alcôve, la femme mahoraise n’aurait rien à envier à ses congénères américaines.

Bon, moi à vrai dire, je n’en sais rien, je vous vends le poisson comme on me l’a vendu. Il a peut-être des arêtes. A vous de consommer avec précaution d’usage. Les pêcheurs qui me l’ont vendu sont Mahorais, sénégalais, comoriens, congolais. La femme mahoraise est une femme sans problème car même si la polygamie est abrogée dans les textes depuis Sarkozy, dans les faits elle continue au grand jour grâce à l’institution du cadi. Car ce qui compte pour les mahoraises c’est qu’Allah légitimise leur relation charnelle. Le Grand Mariage et ses nombreuses festivités ou hommes et femmes se côtoient sans se mélanger, ou se suivent à distance est en ce sens très révélateur. Il y a le monde des femmes, le monde des hommes avec des rôles clairement répartis. Mais la société, quoi que dominée par l’apparatchik musulman profondément machiste et paternaliste comme toutes les sociétés religieuses, est dans son essence une société matrifocale comme la plupart des sociétés caribéennes issues de la traite négrière. Le kikongo qui a donné de nombreux mots en créole et qui structure la phrase créole, est une langue bantoue comme le swahili et comme le comorien et le shimaoré. Nous avons les mêmes effluves sanguins du pays bantou, mettez un boubou à un Antillais et une keffiah: il passera sans problème pour un Mahorais ou Anjouanais ou Comorien. Et vice versa. Ce qui nous différencier ce sont les systèmes de représentation du monde, le système des clans et des tribus, le rapport à l’alcool, au corps, à la mort…etc.

Bref.  À la fin de la procession entre la mosquée de Doujani et l’appartement à l’étage de Madame à 300 mètres environ de la mosquée, le marié entre chez sa femme après force prières et incantations. Le premier cercle des privilégiés, les témoins, les amis proches, les dignitaires religieux, les notables  politiques et économiques, les parents, les frères et soeurs participent au repas. Il leur est permis de voir le couple princier. Lequel couple vit déjà sur place depuis belle lurette puisqu’ils  y ont eu leur fille. Leur appartement qui est récent a été construit au-dessus de la maison qu’on appelle ici la maison familiale. La maison familiale c’est celle  de la mère. Moi je fais partie du deuxième cercle, pourtant je ne connais le père du marié que depuis deux mois. Je m’ interroge néanmoins  sur le fait que le père biologique du  marié qui a le visage et  le cou grêlés ne fasse partie que du deuxième cercle comme moi. Alors que celui qui l’a élevé, mon ami Wally, est dans le premier  cercle. Juste après la procession j’ ai pu voir le père biologique raccompagner le père de son ex-femme. J’avais trouvé admirable  cette communauté spirituelle entre ex membres d’une même famille. J’avais vu aussi les deux pères lors de la cérémonie  sur la place de la mosquée  anjouanaise. Le père biologique était au premier rang mais c’est celui  qui a élevé l’enfant qui avait  une position prédominante au pinacle.

Nous voilà 30 installés à plusieurs tables, que des hommes, la plupart âgés de plus de 50 ans dans une autre maison toute proche que je crois être celle de l’oncle du marié. La table est chargée de victuailles, du boeuf kangué, du riz, du pilau, du giraumon, une salade de concombre avec des oeufs et de la tomate, du jus de tamarin frais et bien glacé, de l’eau, aucun alcool, Islam oblige. Je meurs de faim car on m’ a invité à midi midi et demie et je croyais manger vers ces heures là. Il est près de 16 h30 quand nous passons à table. Les gens sautent sur les plats comme des morts de faim, des dévorants. Un vieux à la main tremblotante réussit à se servir trois fois une assiette fêtée de viande qui outrepasse les limites de la décence. Ici c’est au plus rapide, au plus rappia comme dirait ma mère…Pourtant dès qu’ un plat se vide des jeunes filles de chargent de le remplir à nouveau. Nous sommes aux petits soins. J’ imagine les délices par lesquels doivent passer le premier cercle puisque nous au deuxième cercle sommes si gentiment choyés. On m’attache une fleur de jasmin à la boutonniere. Je me laisse faire. J’ai vu tout à l’heure une femme jeter du riz sur les mariés. Quand le marié est entré chez lui on a caché le visage de l’épouse. Seuls les initiés, ceux du déjeuner du premier cercle pourront la voir. Les autres devront payer s’ils veulent la voir. Mon naturel radin reprend le dessus. Je la verrai bien un jour quand elle viendra voir son beau-père. Oh mais y a pas écrit bécasse sur mon front, quand même ! Vient l’heure des desserts. Je prends du raisin. Voilà. C’est est fini. On nous remet un sac souvenir chargé de pâtisseries diverses et de deux canettes de boisson non alcoolisée. Je remercie mes hôtes de leur hospitalité. Je me retrouve avec deux connaissances du jour, des enseignants franco-sénégalais qui étaient aussi de la fête et d’ un commun accord nous nous retrouvons un moment au pavillon des femmes pour récupérer leurs épouses, dont l’une est sénégalaise et l’autre mozambicaine, qui y mangeaient et nous partons en voiture prendre au Cinq Cinq près de la barge de Mamoudzou une pinte de bière bien méritée. Je  retire le keffiah de la tête car non compatible avec la consommation de bière. Fin.

Mariage devant la mosquee. Préparatifs.

Depuis la fin de l’après midi de ce jeudi 12 octobre 2017  on s’affaire sur la place de la mosquée anjouanaise de Mtsapere. Pas moins de 500 chaises sont là. Originellement habillées de rouge, la majorité reçoivent des housses blanches, tandis que la première rangée, une centaine de sièges, montre ses housses d’or. Un ruban doré rehausse le dossier des fauteuils revêtus de blanc. La pluie menace. Les nuages sont noirs. Il y a déjà eu deux fausses alertes. Mais on voit chez tous la tranquille assurance, la foi en Allah que la pluie ne  viendra pas gâcher la fete. Sur une estrade au fond de la place à couvert sous le kiosque des éléments blancs et dorés évoquent des trones et des arcades. Un mariage se prepare. Des fleurs blanches aussi sans qu’on sache vraiment si elles sont vraies ou postiches. Faisant face aux fauteuils une estrade au pied de laquelle on pose des pots de plantes vertes.

Au moins 25 personnes travaillent depuis des heures à la mise en place. J’essaie d’identifier qui est le chef d’orchestre. En vain. J’ai bien vu l’imam dire quelque mots avant la prière de 18 heures.

Un homme me demande : « c’est quoi ça? »

L’événement doit être rare. Je réponds. « C’est un mariage Mahorais ». Il me répond. « Mahorais? Mais il n’y a plus de Mahorais ici. Peut être un métis de Mahorais avec un grand comorien, un malgache, un anjouanais, un réunionnais mais il n’y a plus de Mahorais. » Je lui réponds que je sais que la mère est mahoraise ( mais qu’en sais-je vraiment?) et que le beau père est sénégalais. Mais je ne sais rien du père du marie. Ni de la mariée. Je sais qu’au moins une partie de la famille de la mariée est mahoraise car ce sont des membres de son clan qui m’ont parle de la cérémonie. Cette cérémonie n’est qu’une étape du grand mariage Mahorais. J’ai vu entreposées dans l’epicerie du beau-père des tonnes de boissons non alcoolisées. L’homme qui m’a abordé se dit être de mère grand comorienne et de père réunionnais. Les deux sont décédés. Il doit avoir dans les 55 ans.

18h48 sur une petite tribune avec microphone je vois un Coran et l’imam qui vérifie que tout est en place. Devant les invités sur l’estrade un cadre brodé d’or sur fond blanc devant lequel les trônes vont être places. Le plus doré pour le marié au centre, les deux argentés pour ses temoins. De chaque côté de ces trois là cinq fauteuils recouverts de tissu doré ou viendront s’asseoir les plus proches des deux familles. Enfin c’est ma lecture.

Des techniciens s’affairent pour la sonorisation. Des gerbes de fleurs blanches montent sur scène. Des hauts parleurs puissants de marque Behringer sont hisses sur des pieds.

Finalement l’arcade de fleurs est érigée et marque l’entrée du territoire.

Les festivités ne commencent qu’à 21 heures.

Chez Zam Zam, l’épicerie au dessus de laquelle habite la mère du marié et son beau-père Wally l’effervescence est à son comble. Dans la cour la cuisine déborde à tous les étages. Déjà dans les rues à 19 h15 des groupes de vieillards en boubous et bonnets de cérémonie font les cent pas et se rapprochent tranquillement. Le festivités ne commenceront qu’à 21 heures.

Mariage pluvieux mariage heureux dit l’adage. Mais que penser des oiseaux noirs que j’ai vu par deux fois tournoyer au dessus de l’estrade ?

M’rengue à ne pas confondre avec merengue

Journée du patrimoine à M’Tsapere, faubourg de Mamoudzou, Mayotte. Au programme selon une affiche de 15 heures 30 à 18 heures ngoma y a gnombe avec le torero Koungue. Ce sera la corrida.

De 18 heures à 21 heures combat de rue à mains nues. Venez encourager vos champions. Ce sera l’occasion heure du mrengue. Renseignements pris le m’rengue c’est la boxe mahoraise. Rien à voir avec le merengue, la danse latino de Santo Domingo au rythme entraînant et hyper rapide. Renseignements pris il y a des tambours qui battent tout au cours des combats. Le sang va couler, c’est sûr. Mais coupe-t-on les oreilles des mrenguerriers vaincus, ou leur rabote-t-on la queue ? Qui donne le coup de grâce? Au bout de combien de banderilles plantées dans l’échine du mrenguerrier peut-on le percer entre les deux yeux de son glaive ? Sert-on dans les restaurants du ragoût de m’renguerrier? Voici les questions que je me pose avant de visionner cette vidéo.

En voilà du patrimoine immatériel à vendre et revendre.

Ma plus grande richesse c’est moi

Dit comme cela, tout de go, cela peut sembler présomptueux de ma part. « Me poupe » me diriez-vous si vous étiez  brésilien ! « Epargne-moi » en bon français sonnant et trébuchant. Toi, un magnat ! Un maniaque oui ! Mais un magnat, un Charlemagne, un Charles-Quint ?!!!!

Oui, j’affirme, sain je l »espère de corps et d’esprit, je suis riche de ce corps faste et bedonnant que m’ont légué mes parents, je suis riche de cet estomac et de cet appétit qui font de moi l’égal en genre et en nombre de Louis XIV, je suis le Roi Soleil, je suis riche de mes lèvres de  métèque, oui qui pourraient parler six langues à tort et à travers,  de mes yeux myopes qui ont vu plusieurs éternités d’amour comme on voit des aubes virer au crépuscule, je suis riche de tous les tableaux de maîtresses où j’ai enseveli mes détresses, ma tendresse, oui, riche, je suis richissime. Un nabab cent fois béni, un potentat adulé, un khalife craint, un sultan illuminé,  un émir rêveur, un grand vizir, bref vous m’avez compris… Appelez-moi Altesse, je vous prie, et je vous ferai prince, duc, grand chambellan, connétable de l’un de mes 64 royaumes que vous saurez administrer, je n’en doute pas, en bon père de famille.

 Je suis riche des cocotiers nains que je n’ai pas plantés, et des semailles de gombo que je n’ai pas récoltées, riche de toutes les vagues et de tous les tonnerres qui ont sillonné mon être, mon tout-monde… Je suis riche des Toyota 4 wheel drive Land Cruiser que je n’ai pas pilotées et des Talbot et Alfa Romeo qui m’ont abandonné.

Si j’étais un zébu maigre paissant paisiblement sous un pont près d’une rivière en bord de mangrove  je serais aussi riche des feuilles d’avocat ou de fruit à pain que je trouverais à portée de machoîres.

Un beau jour, c’était un jeudi après midi d’octobre tropical, une scolopendre endiablée surgie du diable Vauvert des pentes de la Soufrière m’a injecté le vaccin antidote de toutes les richesses. Un succédané d’alizés, d’eau de mer abyssale et d’arc-en-ciel.

De ce patrimoine invisible et immatériel qui est le mien je ne possède guère plus que ce 30 octobre d’auguste mémoire. Presque 65 ans après je suis toujours là, riche de moi même et de ce vaccin primordial, tout juste alourdi de 33 kilos, le poids de mes deux valises. Mais pharaon en horizons, en sensations. Mon palais n’est ni pyramidal, ni isocèle, il est de chair,  et je n’ai d’or que l’Alliance que je porte au majeur de la main gauche.

Toute fortune n’est utile que si on la dilapide. Je ne thésaurise pas mes biens. Il faut que la richesse circule comme l’eau, comme l’air, comme l’oeil du cyclone. Les coffres-forts des banques sont les tombeaux des richesses. Je les abhorre. Le seul coffre-fort qui trouverait grâce à mes yeux serait mon corps transformé en poisson-coffre pris dans les remous tectoniques de deux plaques continentales.


Mes intercesseurs locaux

Demain fera un mois que j’ai quitté les bords tranquilles de la Charente. Je ne traverse plus le pont Pallissy mais le pont sur la rivière Majimbini. Tout un monde sépare ces deux ponts.

En revanche l’0céan Indien en  permanence à portée de vue pour me baigner les yeux. Parfois je me demande si j’en sors gagnant ou perdant. Vivre en terre musulmane est tout un sacerdoce pour un athée fervent et pieux comme moi. J’entends tous les sons de cloche qui tintillent à mes oreilles.

Le discours de mon ami Wally, commerçant sénégalais, propriétaire de l’épicerie Zam Zam, âgé de 59 ans, qui a vécu 16 ans en Arabie Saoudite et qui est marié avec une mahoraise.

Le discours de Mohammed, le patron de snack bar comorien âgé dans les 60 ans lui aussi, qui a vécu et travaillé en métropole.

Le discours d’Olivier, un prof franco-togolais, prof de math à Mayotte et semble-t-il futur séminariste, né à Grenoble, qui a vécu en Guyane, prof de math ici.

Le discours de David qui se dit sud-africain mais que je crois congolais, qui vend ses légumes toute la sainte journée à Mamoudzou.

Le discours de mes collègues prof et éducateurs Mahorais, hommes et femmes âgés entre 25 et 45 ans avec qui je travaille et qui me donnent leur vision de Mayotte.

Le discours de Sofia, propriétaire de restaurant de cuisine mahoraise, 58 ans selon ses dires, qui a vécu comme moi à Nîmes et Kourou en Guyane Française et qui vient de rentrer de Castres pour s’installer semble-t-il définitivement au pays.

D’autres encore anonymes qui m’expliquent chacun à sa façon la société mahoraise.

Tous me disent à un moment  ou un autre comme une figure imposée en direction du bleu bite que je suis: Attention ne sors pas la nuit. Ne traverse pas les bangas ( les favelas locales). Range ton portable! Ne porte pas de pochette ! Avant de partir j’avais lu risque de palu. Faites un traitement de nivaquine. Attention aux moustiques. Attention aux mille pattes, les fameuses et terribles scolopendres dont la piqûre est extrêmement douloureuse. Attention aux islamistes. Attention à l’eau. Attention aux légumes. Attention aux fruits. Attention au sida. Attention aux comoriennes, surtout celles originaires d’Anjouan et aux malgaches qui n’en veulent qu’à ton argent. Attention au poisson que tu achètes et qu’on vend sur des brouettes. Tu penses acheter un kilo mais en réalité leurs balances sont truquées. Attention, watch out, fais gaffe, wouvè zyé.

 J’écoute, je comprends, je comprends les peurs que fait surgir le mot Islam, voire le mot Afrique dans mon entourage, voire le mot misère ou sous-développement. Mais voilà. Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Pour moi Islam, Catholicisme, Hindouisme, Vaudou , Spiritisme contribuent à la même aliénation. Ce qui m’intéresse ce sont les soupapes qui permettent à ces systèmes répressifs de fonctionner. J’ai bien compris qu’en terre musulmane le porc est tabou et que la consommation d’alcool est un péché. Je n’aime pas les hypocrisies religieuses qui consistent à afficher publiquement une image pieuse et d’être en privé le pire des mécréants. L’autre jour une femme a refusé de me serrer la main en me disant que l’islam ne le permettait pas et pourtant tous les matins je fais la bise à mes collègues femmes qui sont toutes deux musulmanes. On voit bien qu’il y a de nombreuses versions de l’islam. Tout comme il y a de nombreux sous produits ou produits connexes du catholicisme. Il y a des intégristes partout. Moi en tout cas je n’oublie pas que catholiques comme protestants et musulmans ont accepté si ce n’est justifié l’esclavage.

Je sais que de nombreuses personnes âgées boivent leur bière en cachette pendant le Ramadan à l’heure où ils jurent par monts et par vaux qu’ils pratiquent le jeûne. Il en a probablement été de même autrefois pendant le Carême quand la foi chrétienne était encore solidement ancrée dans les moeurs. Ce que je sais c’est qu’officiellement à Mayotte il est interdit aux épiceries de vendre des boissons alcoolisées entre 20 heures et 8 heures du matin en semaine et le dimanche à partir de 14 heures jusqu’au lendemain 8 heures du matin. Il suffit de prévoir son stock. Mais de toute façon on trouvera toujours un commerçant malgache pour vous servir votre breuvage préféré. Ce qui est sûr c’est que le matin de bonne heure les cadavres de canettes jonchent les trottoirs aux abords des lieux de perdition.

La cible préférée des petits bandits locaux ce sont les wazungu, les zorey, quoi. Les Français de souche qui viennent s’installer ici. Ce sont des minorités visibles. Moi je fais partie des minorités invisibles. Personne ne peut à priori supposer que je ne suis pas Mahorais ou Comorien. Sauf quand j’ouvre la bouche. Souvent on me fait des sourires entendus à l’occasion d’une blague mais je n’y comprends rien. Les autres étrangers se rient bien des aventures et des violences que subissent les wazungu. Ils sont vus pour la plupart comme des colonisateurs qui perçoivent de hauts salaires, louent de grosses villas, vivent en circuit fermé entre le Camion Rouge et le Camion Blanc, entre les courses à Jumbo et les activités chez les Naturalistes . De nombreux fonctionnaires, enseignants, policiers, responsables associatifs. Wazungu n’est pas l’équivalent du gringo sud américain. Le wazungu est blanc et son féminin est la wazunguette . Moi je ne vois pas foncièrement de différence entre un fonctionnaire wazungu et un autre qui ne l’est pas. J’ai l’impression que le rêve de tout jeune Mahorais est de partir en France. Souvent je vois la Tour Eiffel qui brille sur les portables. Puis quand vient l’âge on rentre au pays où on navigue entre deux terres et trois îles. On peut être né en Grande Comore, avoir vécu longtemps en Europe puis s’installer à Mayotte tout en rêvant de s’installer un jour sur son île natale où selon tous les Comoriens il fait bon vivre malgré la pauvreté. Mayotte est pleine de femmes et d’hommes venus des Comores, de Madagascar prêts à tout pour vivre une vie meilleure. Ce sont les petites mains de Mayotte, les pêcheurs, les maçons, les peintres, les agriculteurs, les lavandières, les revendeurs de fruits et légumes ce sont ces derniers qui font vivre l’île au jour le jour. Car les Mahorais occupent les fonctions nobles. Ce sont les aristocrates. Les classes possédantes, les Français plus français que les Français. Alors que pour beaucoup d’autres la France c’est la souffrance. Au bataillon de wazungu viennent s’ajouter le bataillon des Francos : les franco marocains, Franco algériens, Franco tunisiens, Franco togolais, Franco sénégalais, franco comoriens, Franco congolais, Franco réunionnais, Franco malgaches, franco guyanais, franco martiniquais et franco guadeloupéens. C’est la France en marche, ce 101ème département, mais la France en marche arrière . Et l’ennui c’est que je collabore à cette entreprise condamnée à maintes reprises par les Nations-Unies.

Fêtes nationales. Et si on revisitait le 14 juillet !?

Coq_Gaulois_2016

Allons enfants ! Que dire?  allons enfants ! Que penser ? Je suis un peu perplexe, chers enfants de la patrie. Je conçois aisément qu’on ne puisse pas cautionner toutes les fêtes qui s’égrènent tout au cours des 365 jours que représente une année et qu’effectivement quand on a évoqué les termes liberté, égalité, fraternité on en est souvent resté au vœu mieux. Il y a une lutte des classes quoi qu’on le dise et, toute liberté étant, je ne crois pas que de mon vivant un analphabète sera élu president de la république une et indivisible ! Pourtant en théorie il est l’égal de Macron et de Hollande et avant ces deux-la Sarkozy , Chirac, Mitterrand, Giscard d’Estaing, Pompidou et de Gaulle. En théorie l’immigré qui arrive en France est l’égal de Napoléon et de Louis XIV mais aussi de Marat, Robespierre, Danton, Fouquier. En théorie il est même l’égal de Dieu puisque les rois tiraient leur mandat des dieux ! De la même façon je pourrais dire je ne suis pas catholique, pas noir, je ne suis pas.juif, je ne suis pas musulman, je ne ne suis pas😍 femme, je ne suis pas gay, je ne suis pas breton donc je boycotte tout événement toute fête liée à ces catégories. À la limite je peux trouver ridicules Noël, Pâques, la Pentecôte, le 14 juillet, le 8 mai, le 2 novembre et le 11 novembre pour ne citer qu’eux. Mais je me dois me semble-t-il de respecter ceux pour qui ces dates font sens. Le 14 juillet fait partie de l’imaginaire hexagonal. Moi qui ai beaucoup vécu à l’étranger c’est le seul jour de l’année où la communauté française avec toutes ses différences se retrouve pour fêter autour d’un verre de vin ou de champagne et de quelques victuailles. L’esprit de 1789 est loi, je ne le conteste pas et il y aurait beaucoup à redire sur la déclaration des droits de 1789 mais même si à l’époque il y avait des Noirs en esclavage il ne faut pas oublier qu’il  y eut des hommes pour écrire ans le marbre pour la première fois que les hommes étaient égaux. Ce n’est pas rien que de le rappeler. Il fallut encore du temps pour réaliser le rêve et encore dans les années 60 Martin Luther King avait un rêve. I had a dream, disait il ! s’il devait rêver c’est qu encore en 1960 l’apartheid sévissait aux Etats-unis, sévissait en Afrique du Sud, encore ans les années 60 la France avait des colonies et encore aujourd’hui on voit bien que les idéaux de 1789 sont bafoués non seulement à travers le monde mais encore sur le territoire national. Certes on se console en disant que la France n’est pas la plus mal lotie. On évoque la liberté de la femme, la liberté de la presse, mais les libertés élémentaires comme le droit au logement, le droit à la sécurité pourtant écrits en lettres capitales d’or dans la constitution sont bafoués. Le droit à l’éducation égale pour tous est bafoué. certes on peut encore étudier gratuitement en France mais jusqu’à quand. Je ne dis pas que la France est un enfer, je ne dis pas non plus que c’est un paradis, je dis que le vivre ensemble est menacé par de tels discours qui restent ans le déni. Qu’on ne veuille participer à l’unanimité républicaine et chanter la Marseillaise, chant de guerre sanglant, je le conçois mais faire concurrencer les mémoires, je suis un peu mal à l’aise, je l’avoue.

J’ai des propositions pour contrecarrer la pente funeste qui semble s’ouvrir devant nous comme un champ béant de ruines identitaires! Il faudrait d’abord selon moi pour que l’égalité soit plus égale ou moins inégale, choisissez la formulation qui vous parle le mieux, il faudrait que beaucoup plus de religions aient droit à des jours fériés. Je trouve anormal moi que la religion chrétienne truste les jours fériés. J’ai une alternative. Au nom de la charité chrétienne on devrait avoir droit tout un chacun à un certain nombres de jours de congés et de ponts à prendre par an en fonction de sa religion ou de sa non religion. Voilà quelque chose qui pourrait jouer en faveur de l’égalité. On se replie toujours devant le sacro-saint argument de la tradition républicaine comme si on s’arque-boutait sur les dernières légions de l’identité française. Au nom de cette tradition ancestrale l’égalité ne serait pas bonne pour tous ! on aurait un mariage pour tous, qui serait laïque et dynamique. Mais pas d’Etre Suprême pour tous ! Je donne un exemple le concordat de 1905. Comment expliquer que ce concordat continue aujourd’hui en Alsace, en Guyane et en Polynésie française. En plus c’est de l’argent versé à fonds perdus puisque le catholicisme européen est en déshérance et qu’il ne survit en fait que par les communautés issues de l’immigration qui croient encore en une entité divine supérieure alors que depuis 1789 la France a basculé dans le culte de l’Etre Suprême ! Comment expliquer qu’en ces temps de crise l’Etat continue de financer l’Eglise, de payer des pasteurs. Les lobbyes, attention ! voila où je place moi l’Egalité majuscule. Il y a eu le mariage pour tous il devra y avoir l’Etre Suprême pour tous ! Et moi qui vous parle je suis athée !

Et on pourrait aussi changer l’hymne républicain la Marseillaise. On pourrait changer le buste de Marianne dans les mairies et mettre un coq par exemple. Pourquoi une femme ? vous êtes vous seulement posés la question ? Pourquoi pas ? je suis d’accord que le Vivre Ensemble est à la mode:  il veut être une tentative d’harmonie laïque. Il ne suffit pas de parler il faut agir, mouiller sa chemise.

L’histoire on le sait bien à toujours été racontée par les vainqueurs mais cela ne veut pas dire que les perdants ont toujours raison, notre jeune homme qui boycotte haut et fort le 14 juillet ne va pas jusqu’à boycotter la langue française qui fut aussi langue de domination. Deux poids deux mesures. On peut avoir des références autour de Nat Turner, Mohammed Ali et Malcom X et Marcus Garvey, Grover Washington, James Brown, Abebe Bikila, Senghor, Bokassa, Obama, Desmond Tutu, Christophe, MaToussaint Louverture,  Césaire, Pelé, Mickael Jackson, Marvin Gaye, Henri Salvador, Yannick Noah et qui sais-je encore mais avoir aussi de l’admiration pour des gens comme Kennedy, De Gaulle, Paul VI, Mao-Tsé-Tung. Ho-chi-minh, Roosevelt, Lenine, Gorbatchev et Gandhi, Lula, Dilma, Fidel Castro, Che Guevara par exemple. Je ne crois pas que la couleur fasse l’homme. La valeur d’un homme ne se mesure pas à l’aune de sa couleur ! Lutter pour une meilleure égalité, lutter pour une meilleure représentativité, pour une société moins archaïque moins arqueboutée sur des principes moyennageux et obscurantistes, oui, lutter pour une meilleure prise en compte des traumatismes de l’esclavage et de la colonisation, oui, mais surtout avant tout rentrer dans un dynamique d’échange fraternel, de proximité avec l’autre. Certes on pourra toujours dire et ressasser en boucle « liberté que de maux on commet en ton nom »et conjuguer le verbe commettre à tous les temps de l’indicatif et du subjonctif et du conditionnel passé, présent et même futur mais Rome ne s’est pas faite en un.jour. Le combat continue à tous les temps de la conjugaison. Mais le discours de haine ou de séparatisme selon moi ne permet pas d’avancer. Au contraire. Pour terminer je voudrais que l’interlocuteur dégoûté par le 14 juillet, jour chômé et payé, me dise s’il a travaillé le 14 juillet ou s’il a fait la fête. Car il faut être cohérent, le 14 juillet ne veut rien dire pour toi, va travailler mon ami, et laisse les autres en paix.  Le 14 Juillet est traditionnellement un jour de cohésion nationale comme le 4 juillet aux USA. Tous les pays à travers le monde ont une fête qui tente de sceller un pacte national. On sait bien qu’il y a des factions, des tribus, des rebelles, des insatisfaits, des chapelles, des castes, des misfits, des irrécupérables, des forts en gueule, des extrémistes, des huluberlus, des malfaisants, des malades, des tèbès, des flègèdès, des mowfwazé, des soukouyan, des intégristes, des désintégristes, des racistes, des fascistes et des partisans de tous les -istes  à droite comme à gauche en marche dans toutes les communautés mais le coeur de cible en termes de marketing du 14 juillet c’est l’homme et la femme de bon coeur et de bon sens. Celui qui quand il chante « aux armes citoyens » sait que les armes ont changé. Les armes font appel à la pensée, à la réflexion et à la compréhension. Ce sont ces types de bataillons que nous devons former pour que le sang ne soit plus versé et que le sens prenne le pouvoir. Allez je vous propose le nouvel hymne de la république du sens. il s’appelle  La ballade des gens heureux ! Vive la République, Vive le bonheur, Vive la France !

Janique Aimée, les Saintes Chéries, le boeuf miroton et les draps de pissat

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Il suffit que j’écoute l’indicatif ou le générique (comme on disait avant, maintenant on irait la B.O.) de Janique Aimée et des Saintes Chéries pour me replonger dans un monde que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître. Les feuilletons télévisés de l’ORTF. Moi j’arrivais de ma brousse et de ma savane et j’étais plongé dans des histoires complètement absurdes mais palpitantes. Je ne sais plus qui était qui. Je me souviens seulement qu’ il y avait Daniel Ceccaldi Daniel Gélin et Micheline Presle dans les Saintes Chéries. (Mais non Jean-Marie, les Saintes chéries c’est plus tard entre 1965 et 1970, tu avais déjà plus de 12 ans) Quant à Janique Aimée j’ai complètement zappé le nom de l’actrice (Janine Vila, merci Google) qui jouait le rôle de Janique. Je lis après avoir fait des recherches que la série a été diffusée pour la première fois du 4 février 1963 au 12 avril 1963. J’y étais ! I was there, tous les soirs à 19H40., 52 soirs pendant 13 minutes, on y avait droit en noir et blanc! J’avais 10 ans ! Mais je ne me souviens que du générique !

On parle souvent de mémoire à long terme qui ne bouge pas et c’est vrai que je me souviens du nom de Ceccaldi  raté, lui c’est Gélin) et de Presle et pourquoi donc ai-je zappé Janique. Peut-être parce que Janique était devenue l’actrice et que son prénom et celui de Janique ne faisaient qu’un. Alors que Daniel Ceccaldi  (mais non, Gélin) et Micheline Presle formaient un couple bourgeois  (euh, français moyen, me dit-on) si je me souviens bien avec des enfants qui devaient avoir mon âge à qui il arrivait toutes sortes d’aventures. Le nom de la famille n’était sans doute pas important. Par contre pourquoi avoir appelé le feuilleton les Saintes chéries (je ne sais pourquoi mais tout à coup j’ai un flash : Nicole de Buron). Si je me souviens de cette Nicole de Buron (yes, quelle mémoire, mon cher ! Alzheimer ne m’aura pas !). Peut-être la réalisatrice ou l’auteure du livre (mais oui; j’ai tout juste !) sur lequel était basée ces Saintes Chéries. Je pense aussi tout à coup à Henri Tissot mais là je ne garantis plus rien ! je dois me tromper de feuilleton.

Pourtant Saintes chéries ou pas ces aventures se passaient à Saintes en Charente Maritime ? Car je suis sûr que ça ne se passait pas aux Saintes, en Guadeloupe. Ni à Terre-de-Haut ni à Terre-de-Bas! L’aventure se passait loin à plus de 10000 km de la baie des Saintes ! Alors d’où vient ce nom : les Saintes Chéries ? J’essaie de faire une régression vers mes 10 ans.

« bon sang mais c’est bien sûr » comme aurait dit l’inspecteur ou le commissaire Bourrel joué par Raymond Souplex  dans les 5 dernières minutes : je faisais pipi au lit. Quelle honte ! Mon frère cadet et moi nous dormions dans le même lit et tous les matins on se réveillait trempés jusqu’aux os. Je n’ai jamais su qui était le premier à mouiller le lit mais le matin en tout cas nos pyjamas étaient trempés ! ca puait la pisse ! en hiver on ne pouvait pas grand-chose. Au départ ma mère essayait d’être compréhensible, relativisait, lavait à la machine puis elle a abandonné ! « a lajaw ou ka pisé an kabannn anko ! man pa sav ola zot pran sa mé apa an koté mwen », disait mon père, d’un air dégoûté ! Eh oui à 10 ans je faisais pipi au lit. J’avais pourtant une énorme alèse en plastique blanc qui séparait le drap du matelas, maman nous réveillait avant qu’elle aille se coucher puis chaque fois qu’elle se réveillait pour nous obliger à pisser mais ça n’y faisait rien car on trouvait toujours un créneau pour mouiller la cabane. Et quand par miracle l’un ne pissait pas l’autre se chargeait de répéter le rituel de sorte qu’immanquablement on était tous les deux sauf exceptions trempés jusqu’aux os ! et nous on passait vite tout ça sous un robinet d’eau chaude pour faire partir l’odeur du pissat et on mettait ça à sécher sur le radiateur pour pouvoir récupérer tout cela tout propret le soir. Et le soir on se replongeait dans les draps de pissat. c’était notre punition. J’ai arrêté de pisser au lit en colonie de vacances. Ne me demandez pas à quel âge ! Secret d’Etat !

Mais tout à coup je me souviens que je ne faisais pas pipi au lit aux Antilles. Ou bien si je pissais au lit ça ne prêtait pas à conséquences comme en banlieue parisienne ! Là-bas si je faisais pipi il aurait suffi d’étendre mon linge sur une ligne et cela aurait suffi. La chambre il aurait suffi de l’aérer mais en banlieue parisienne avec le froid, comment faire ! Je pissais au lit à cause du froid. C’était mon excuse ! Quand on allait chez le docteur et que ce dernier évoquait des problèmes psychologiques ma mère niait en bloc ! d’ailleurs à quoi cela aurait il servi de dire que je voulais retourner au pays quand tous autour de moi me disaient ma chance de vivre à deux pas de la ville lumière !

Heureusement il y avait la télévision. Nous avions notre télé noir et blanc : une télé Radiola et c’est là que je découvrais le monde : Nounours, Le Marchand de Sable, Nicolas et Pimprenelle,   Bonne nuit les Petits qui marquaient l’heure ultime pour aller se coucher, Rin-tin-tin et le Caporal Rusty, Zorro et tous les dessins animés Mickey, Popeye et consorts le mercredi ou le week-end. J’étais persuadé que si je pissais c’était à cause du marchand de sable et de son foutu pipeau !  Sa mélodie était si belle qu’elle faisait s’envoler à tire d’aile mon zizi qui perdait chaque soir irrémédiablement son chemin  et qui de rage se vengeait sur moi. J’était innocent, le coupable c’était le pipeau du marchand de sable. Alors comme à cette époque-la encore je disais ma prière avant d’aller me coucher je priais aussi Gros-Nounours pour qu’il m’aide à franchir la nuit sans encombres !

Les feuilletons étaient à une heure de grande écoute, vers 19 h 40, juste avant le journal télévisé du soir, je suppose. Dès que retentissait le générique du feuilleton c’était branle-bas de combat. J’avais déjà eu le temps de lire les bd du journal l’Aurore que mon père ramenait tous les jours du boulot ! C’étaient des bd américaines traduites en français. J’aimais tout particulièrement Dennis la Menace, Blondie, La famille Illico, Rip Kirby, Modesty Blaise. Blondie et la famille Illico étaient mes favoris.

illico

J’allais au lit bien fatigué par toutes ces aventures livresques et télévisuelles et j’imaginais le jour où je deviendrais, comme Nicolas et Pimprenelle, un gentil petit enfant sage, mignon tout plein qui ne ferait pas pipi au lit et qui adorerait manger du boeuf miroton, un petit enfant qui ne rêverait pas de boudin, accras, dombrés pois rouges et lambi et jus de canne, un petit garçon dont le papa serait Monsieur Illico et la maman Madame Maggie  Illico et où au lieu de mon frère Toto, ce grand incontinent devant l’Eternel, j’aurais un frère tout à fait continent qui ne ferait pas pipi au lit et qui s’appellerait Dennis la Menace ! (ou Max la Menace !) . Mais j’y pense jusqu’à aujourd’hui je n’ai toujours pas goûté une seule fois de ma vie au boeuf miroton , ce Graal de la gastronomie française d’autrefois!

 

Carmen et les matadors antillaises

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 https://youtu.be/bjYJZNI6pP0

Dans Carmen de Bizet on voit les amours d’une bohémienne cigarière et d’un brigadier Don José, qui devient contrebandier par amour pour elle et qui finit par la poignarder dans une crise de jalousie quand elle apparaît aux arènes en compagnie de son nouvel amant le torero Escamillo.

 

J’aime surtout quand elle chante ceci ; « j’irai danser la séguedille et boire du manzanilla. » Je n’ai jamais dansé la séguedille ni bu la manzanilla.  Manzanilla évoque manzana, la pomme, donc j’imagine que manzanilla c’est un type de Calvados. Quant à séguedille il évoque pour moi Séga, les rythmes réunionnais. Je suis certain d’être à côté de la plaque. Eh oui justement ce n’est pas un alcool de pomme mais un vin. Je ne suis pas spécialiste en touradas ni en corridas. Je n’en ai vu que deux dans ma vie, une à Nîmes et l’autre à Cascais au Portugal. Et encore à Nîmes c’était ce qu’on appelle un toro-piscine pour rigoler. Au Portugal ça rigolait moins mais il n’y eut pas de sang versé. Par contre aux

Antilles on ne compte pas les femmes matador. Les matadors tombent en pâmoison comme  Carmen pour les toréadors. Et les hommes de pouvoir comme les militaires sauf qu’aux Antilles il n’y a pas de praza de los toros , pas d’arènes mais des pitts où se défient à coups d’ergots des coqs de combat nourris au bon grain de maïs, au rhum blanc et au miel, massés, choyés, vitaminés , huilés, shampooinés. Plus le coq est vaillant et plus il est adoré, plus il est dorlotté. Coq game, matador même combat. Pas besoin d’être bohémienne pour être matador. Les premières matadors étaient des femmes libres, des affranchies. Des femmes qui tenaient tête aux hommes. Différentes des favorites et des potomitan. Les matadors représentent les femmes fatales, les fanm grenn, comme on dit, des femmes couillues, si vous voulez, des maîtresses femmes. Il suffit encore de nos jours de voir leur tenue d’apparat. Jupon blanc sous jupe, fichu, coiffe madras, bijoux, rouge à lèvres prononcé.

Pas besoin d’être andalou pour comprendre la fascination que ce genre de femme exerce aussi bien sûr la gentillesse masculine que la gente féminine. Prosper Mérimée et Georges Bizet n’y ont pas été insensibles en tout cas. Ni les diva en nombre qui ont depuis 1875 représenté Carmen, l’héroïne de cet opéra comique, l’un des opéras-comiques les plus joués au monde. Maria Ewing, Maria Callas, Léontine Price, Jessye Norman, Marylin Horne, Grâce Bumbry pour ne citer qu’elles ont fait trembler leur corps de mezzo soprano devant les ardeurs du ténor don José et du baryton Escamillo. Et moi comme spectateur combien de fois ai-je rêvé être parmi les banderillos, les picadors et les chulos de cette corrida sensuelle. Pour être aux pieds de cette Carmencita on imagine que tout homme peut se damner et se perdre en éventails, lorgnettes, oranges et cigarettes. Depuis Carmen on sait que « l’amour est un enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi » mais bien avant aux Antilles on savait. Le problème dans Carmen c’est que Carmen meurt poignardée.

J’ai vu en son temps le film Carmen de Carlos Saura et celui de Francesco Rosi et l’atmosphère y est également torride. J’ai aussi vu la Carmen Cubana. Imaginons une Guadeloupe andalouse. Imaginons seulement. Une Carmen Gwadada rôdant autour du Pitt, regardant les coqs se becqueter à qui mieux mieux. J’ai du mal. Par contre une Carmen défiant des hommes en plein gwoka, choisissant son partenaire, le jetant si nécessaire sans aucun doigté, aucune élégance, je le sens bien. Nos matadors américaines, nos matadors créoles sont un peu comme les cartes maîtresses d’un jeu de cartes nommé l’hombre. Les deux premiers matadors sont spadille et baste, l’épée et le bâton. On les appelle aussi les atouts permanents, les triomphes. Ce sont les deux as noirs l’as de pique (spadille) et l’as de trèfle (baste). Les deux as noirs. Il y a aussi d’autres atouts : la manille ( un 2 d’atout noir ou le 7 d’atout rouge) et le ponte (l’as d’atout).

Mais les vraies matadors ont l’atout primordial : elles sont nées sous le signe du désir et du pouvoir ! C’est ainsi que fonctionne l’Hombre, ce jeu espagnol qui a donné des jeux comme le boston, la manille, le tarot, la belote. De la même façon la matador à travers les pointes de sa coiffe madras annonce la couleur. De deux à quatre pointes. Comme les quatre couleurs espagnoles les noires, espadas et bastos, les rouges copos et oros. Cœur pris, cœur à prendre, faites vos jeux !Misez ! Les paris sont ouverts. Coiffes suprêmes calendées, chaudières, avec éventail, viva españa, olé, que les taureaux mugissent, que virevoltent les banderilles, que coule la manzana, fini le zouk love, fini le ti punch pour séduire les matadors prenez vite quelques cours de séguedille et trinquez au manzanilla, sinon vous risquez l’estocade.