L’arbre de la paix de Mayotte et le parcours de sante

Aujourd’hui je me suis levé en pleine forme. Tiens et si on allait faire un petit peu de tourisme. Du vrai de vrai, du tourisme hardcore. Je me suis donc mis en branle sur le coup de huit heures du mat.

En chemin j’ai change d’idée. Je ferai du tourisme soft core. J’ai décidé d’aller au parc public de la pointe Mahabou. Histoire d’être au plus près de la nature. Un parc qui jouxte la mer et la mangrove, facile d’accès. Quoi de plus adapté à un dimanche matin. Le parc à cette heure matinale était bien vide. D’un côté la forêt de mangrove où je notais les trous de crabe, de l’autre une végétation dense et touffue. À l’entrée je vis bien « parcours santé » mais je n’y pris pas garde. La nature c’est la santé. Il y avait une flèche qui indiquait arbre de la paix de Mayotte. Je la suivis.

En chemin je rencontrai un senior qui faisait des étirements mais là encore je me dis quoi de plus normal, à force de grimper tous ces mornes. Puis j’arrivai au dit arbre de la paix qui je dois l’avouer ne me fit aucun effet particulier d’autant plus qu’il venait d’être inauguré en avril 2017 à la veille des élections.
Juste avant j’avais vu un pied de jaquier chargé de jaques énormes et je m’émerveillai que personne  ne les ait cueillies pour les déguster  à maturité. Partout une nature exubérante, des bambous, des fleurs inconnues gigantesques, des oiseaux piaillaient  et se payaient des sprints d’enfer entre cocotiers, et tout à coup je vis une pancarte qui déclinait ce parcours de santé. En fait un parcours sportif à base de sauts, de haies a sauter, d’espaliers obliques doubles, barres parallèles, poutres d’équilibre, pas de géant, espalier simple, échelle horizontale, poutre d’étirement. Tout cela avec des niveaux de difficultés qui allaient de faible à élevé en passant par moyen. M’sieu, j’avais pas prévu, j’suis venu en sandales. Ce sera pour une prochaine fois. Mon but intime c’était de me retrouver à la limite de la mer à marée basse. Je voulais voir si on voyait des crabes dans la mangrove. Je trouvai en dehors du parcours de santé un petit sentier de terre qui plongeait vers la mer. Et là ce fut l’éblouissement. 

J’aime la mer mais surtout la mer dans la mangrove. J’aime cet enchevêtrement de racines, d’eau, de vase, ces verts, ces bleus, ces masses liquides et boueuses, saumâtres, ces palétuviers. Ils valent pour moi bien plus que tous les agrès sportifs. D’ailleurs essayez vous-même ce parcours sportif dans la mangrove, sautez de roche en roche, évitez de tomber dans une mare d’eau ou dans la vase, évitez d’écraser les animaux qui se situent au soleil, évitez de prélever les feuilles de palétuviers, voilà mon parcours santé. 

C’est le corps rasséréné que je retrouve le parcours santé du parc. Des joggers commençaient à sillonner l’espace avec des écouteurs visses aux oreilles. Moi je courais mentalement après le bruit du vent, le ressac des vagues et le chant des oiseaux. 

En sortant du parc je vis deux femmes et un enfant prélever du bois sec des abords de la mangrove. Probablement pour faire un brasier annonciateur de brochettes de mabawa.

Les kilomètres à pied de marches d’escaliers n’usent pas que les souliers

Je ne suis pas haut-savoyard. Je suis tout de meme un haut montagnard a l’echelle des Caraibes. Mon Himalaya, mon Kilimandjaro se nomme  Soufriere. Et bien que je sois ne en Haute-Guadeloupe (pour ne pas dire en Haute-Basse-Terre) je n’ai jamais monté et descendu autant de marches de ma vie. Et pourtant j’ai déjà bien bourlingué  à sur cette planète Earth. Du haut de M’Tsapere je domine la mer et quoi que je veuille faire il faut que j’aille dans sa direction. C’est un seul dédale de ruelles étroites et de larges marches de beton bordées de canaux pour faciliter l’écoulement des eaux. On traverse une rue, en rejoint une autre et sans qu’on y prenne garde on est arrivé en 10 minutes chrono au bord de la mer. Si vous ne circulez qu’en voiture ou en taxi vous ne connaîtrez probablement pas l’âme de ces favelas, bidonvilles de bric et de broc, appelés ici Banga. Mais pour avoir vécu au Brésil je sais qu’il y a favela chic et favela choc. Je pense que je ne connais que la favela chic. Je vois des rues où on cuisine par dix personnes le soir vers 18 heures. C’est l’heure de la palabre des femmes. Je ne suis entré dans aucune des cases qui composent le quartier. Je sais que l’eau et l’electricite sont présentes. Beaucoup de femmes font leur vaisselle, leur lessive ou leur cuisine sur le pas de leur porte. Les canaux sont surmontés de grilles où on peut trouver aussi bien poules, canettes de bières, ordures de toutes sortes. La nuit c’est l’obscurite totale. Je ne suis plus aussi casse-cou que la semaine derniere ou je m’y suis aventure à deux reprises vers quatre heures du mat. Partout c’est une entreprise de construction déconstruction, on est dans le domaine du non fini. Du provisoire qui dure, de l’eternite provisoire. Et dans ce labyrinthe des enfants jouent au foot, sautent à la corde, jouent aux billes ou aux cartes comme tous les enfants du monde. Mais je n’y ai pas encore vu ni cerfs-volants ni vautours. Juste des chèvres, des rats et des poules.

Carmen et les matadors antillaises

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 https://youtu.be/bjYJZNI6pP0

Dans Carmen de Bizet on voit les amours d’une bohémienne cigarière et d’un brigadier Don José, qui devient contrebandier par amour pour elle et qui finit par la poignarder dans une crise de jalousie quand elle apparaît aux arènes en compagnie de son nouvel amant le torero Escamillo.

 

J’aime surtout quand elle chante ceci ; « j’irai danser la séguedille et boire du manzanilla. » Je n’ai jamais dansé la séguedille ni bu la manzanilla.  Manzanilla évoque manzana, la pomme, donc j’imagine que manzanilla c’est un type de Calvados. Quant à séguedille il évoque pour moi Séga, les rythmes réunionnais. Je suis certain d’être à côté de la plaque. Eh oui justement ce n’est pas un alcool de pomme mais un vin. Je ne suis pas spécialiste en touradas ni en corridas. Je n’en ai vu que deux dans ma vie, une à Nîmes et l’autre à Cascais au Portugal. Et encore à Nîmes c’était ce qu’on appelle un toro-piscine pour rigoler. Au Portugal ça rigolait moins mais il n’y eut pas de sang versé. Par contre aux

Antilles on ne compte pas les femmes matador. Les matadors tombent en pâmoison comme  Carmen pour les toréadors. Et les hommes de pouvoir comme les militaires sauf qu’aux Antilles il n’y a pas de praza de los toros , pas d’arènes mais des pitts où se défient à coups d’ergots des coqs de combat nourris au bon grain de maïs, au rhum blanc et au miel, massés, choyés, vitaminés , huilés, shampooinés. Plus le coq est vaillant et plus il est adoré, plus il est dorlotté. Coq game, matador même combat. Pas besoin d’être bohémienne pour être matador. Les premières matadors étaient des femmes libres, des affranchies. Des femmes qui tenaient tête aux hommes. Différentes des favorites et des potomitan. Les matadors représentent les femmes fatales, les fanm grenn, comme on dit, des femmes couillues, si vous voulez, des maîtresses femmes. Il suffit encore de nos jours de voir leur tenue d’apparat. Jupon blanc sous jupe, fichu, coiffe madras, bijoux, rouge à lèvres prononcé.

Pas besoin d’être andalou pour comprendre la fascination que ce genre de femme exerce aussi bien sûr la gentillesse masculine que la gente féminine. Prosper Mérimée et Georges Bizet n’y ont pas été insensibles en tout cas. Ni les diva en nombre qui ont depuis 1875 représenté Carmen, l’héroïne de cet opéra comique, l’un des opéras-comiques les plus joués au monde. Maria Ewing, Maria Callas, Léontine Price, Jessye Norman, Marylin Horne, Grâce Bumbry pour ne citer qu’elles ont fait trembler leur corps de mezzo soprano devant les ardeurs du ténor don José et du baryton Escamillo. Et moi comme spectateur combien de fois ai-je rêvé être parmi les banderillos, les picadors et les chulos de cette corrida sensuelle. Pour être aux pieds de cette Carmencita on imagine que tout homme peut se damner et se perdre en éventails, lorgnettes, oranges et cigarettes. Depuis Carmen on sait que « l’amour est un enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi » mais bien avant aux Antilles on savait. Le problème dans Carmen c’est que Carmen meurt poignardée.

J’ai vu en son temps le film Carmen de Carlos Saura et celui de Francesco Rosi et l’atmosphère y est également torride. J’ai aussi vu la Carmen Cubana. Imaginons une Guadeloupe andalouse. Imaginons seulement. Une Carmen Gwadada rôdant autour du Pitt, regardant les coqs se becqueter à qui mieux mieux. J’ai du mal. Par contre une Carmen défiant des hommes en plein gwoka, choisissant son partenaire, le jetant si nécessaire sans aucun doigté, aucune élégance, je le sens bien. Nos matadors américaines, nos matadors créoles sont un peu comme les cartes maîtresses d’un jeu de cartes nommé l’hombre. Les deux premiers matadors sont spadille et baste, l’épée et le bâton. On les appelle aussi les atouts permanents, les triomphes. Ce sont les deux as noirs l’as de pique (spadille) et l’as de trèfle (baste). Les deux as noirs. Il y a aussi d’autres atouts : la manille ( un 2 d’atout noir ou le 7 d’atout rouge) et le ponte (l’as d’atout).

Mais les vraies matadors ont l’atout primordial : elles sont nées sous le signe du désir et du pouvoir ! C’est ainsi que fonctionne l’Hombre, ce jeu espagnol qui a donné des jeux comme le boston, la manille, le tarot, la belote. De la même façon la matador à travers les pointes de sa coiffe madras annonce la couleur. De deux à quatre pointes. Comme les quatre couleurs espagnoles les noires, espadas et bastos, les rouges copos et oros. Cœur pris, cœur à prendre, faites vos jeux !Misez ! Les paris sont ouverts. Coiffes suprêmes calendées, chaudières, avec éventail, viva españa, olé, que les taureaux mugissent, que virevoltent les banderilles, que coule la manzana, fini le zouk love, fini le ti punch pour séduire les matadors prenez vite quelques cours de séguedille et trinquez au manzanilla, sinon vous risquez l’estocade.


angu, pirão ou escaldado brésiliens, dombré ou migan kreyol, fufu africain : le saint triptyque koupé dwèt du lélé

Je m’intéresse particulièrement à la manière dont certains produits qui devaient être autrefois le quotidien de nos tables antillaises ont disparu de nos assiettes alors qu’elles ont survécu dans d’autres cultures culinaires. L’un des exemples de ces énigmes culinaires est le fufu qui est encore présent en Afrique, au Brésil et qui aurait, je dis bien aurait, disparu de la diète antillaise et de la Mésoamérique. En réalité, si on y prête attention le fufu (foufou) n’a pas disparu, il a été recyclé à travers le migan ou le dombré!

Par exemple si on prend du fufu, qu’on le prépare comme il faut puis qu’on en fait des boulettes on a des dombrés. D’ailleurs en mangeant les convives Africains forment à même la main des boulettes qu’ils vont imprégner de sauce. C’est la façon traditionnelle de manger le fufu, à la main ! Le aliments sont placés ans une grande calebasse et on trempe la boule ainsi formée dans la sauce. Les Antillais ont modifié la façon de faire influencés peut être par les colons européens qui répugnaient à mettre les doigts dans la sauce et qui préféraient la cuillère et la fourchette. Enfin c’est ce que j’imagine. Mais au Brésil j’ai vu encore des gens qui s’extasiaient quand ils mangeaient de cette manière. Ils font par exemple des haricots et y jettent dans  l’assiette ou de préférence dans une petite bassine (un kwi comme on dit en Guadeloupe, mot originaire sans doute de la langue kibundu ou kikongo, langues du royaume du Congo qu’utilisaient nombre de  nos ancêtres guadeloupéens,  une demi calebasse) une portion de farine de manioc. Ils mélangent tout ça tranquillement à la main, formant des boules en écrasant adroitement les haricots dans la farine. C’est délicieux ! Beaucoup d’enfants se souviennent avoir mangé de cette façon. Je connais des gens âgés qui n’ont jamais mangé que comme ça. ce sont bien évidemment des vestiges de modes de manger amérindiens (Arawaks ou Karayb) ou africains.

Encore aux Antilles il y a un ustensile (l’ancêtre des mixers et des presse-purée) qu’on appelle baton lélé provenant  du bwa lélé, de son nom scientifique  Quararibea turbinata de la famille des Bombacaceae. Le baton lélé  est un fouet à mélanger à  5 branches, qui était utilisé pour fouetter énergiquement tel une hélice la pâte de manioc et qu’on utilise désormais pour lélé les cocktails (les touyer). Autrefois on utilisait ce baton lélé  pour touyer les ingrédients e certains plats comme  le migan de fruit à pain. Ce bois a l’avantage aussi de parfumer car il est aromatique. Ca ne m’étonnerait pas qu’autrefois pour faire le chodo délicieux de ma maman dont un jour  je vous livrerai la recette (à condition toutefois que vous soyez sages comme des images et coopératifs) on utilisait la bwa lélé ! Avec le cacao  on obtient aussi des bwa lélé 3 branches.

Et pourtant, moi, l’antillais aux mille rhizomes, quand j’entends lélê je pense tout de suite au Brésil à une expression entendue un jour sur le marché à Feira de Santana « boca de chupa lelê » ! Boca de chupa lelê s’adresse à quelqu’un qui n’a plus de dents, donc qui a une bouche toute fripée sans dents et comme cette personne n’a plus de dents elle ne peut plus que sucer du lelê. Mais le lelê c’est bon, messieurs dames !   Essayez, que vous ayez des dents ou pas ! D’ailleurs c’est si bon que le baton lélé est le symbole e l’antillanité. 5 branches :    (origines primordiales : amérindienne, européenne, africaine, hindoue et divers), 5 branches unies pour ne former qu’un instrument. C’est une belle allégorie de formation du monde caribéen même si je préfère quant à moi celle du rhizome glissantien.

Le pirão d’igname ! C’est aussi un plat d’origine africaine : c’est un plat qu’on donne traditionnellement en offrande aux orixas Oba et Ewa. On peut aussi déguster sans aucune affiliation à ces divinités. C’est mon cas ! En matière de mangeaille je n’ai qu’une religion, la religion du dieu des délices ! Je n’ai qu’un tabou : la tabou de l’iningurgitable ! Pour faire du lélé il faut du maïs rouge brisé( du xerem)  qu’on laisse à tremper une demi heure dans de l’eau puis qu’on lave une ou eux fois jusqu’à ce que l’eau redevienne claire. ensuite on fait cuire dans l’eau avec du sucre, du sel, des clous de girofle et un bâton de cannelle. Quand la solution s’endurcit on ajoute le lait de coco et le coco râpé. Si l’on utilise du maïs blanc on a alors un autre plat dédié à d’autres dieux et cela s’appelle mugunza. On trouve du mugunza dans tous les petits marchés de bon matin et aussi à l’angle des rues. C’est souvent le petit déjeuner traditionnel et saint des Bahianais avec les mingau (la bouillie) de milho (maïs) ou de tapioca (manioc). Les langues sont étranges, elles courent, elles courent comme des furets,  elle sont passées par ici, elles ressortiront par là, elle se recoupent toujours là où ne les attend pas. Regardez la paire mingau/migan. Mingau est utilisé au Brésil dans le domaine du sucré, migan aux Antilles dans le domaine du salé. Je sais que ma mère apprécie depuis toujours tous ces plats à base de maïs. D’ailleurs j’ai toujours vu à la maison trôner en bonne et due place une boîte de Maïzéna ! Mais je m’égare, voyez vous, un plat mène à l’autre et la langue fourche et se perd dans les quatre-chemins de la voracité ! Revenons à notre sujet : pirão, fufu, dombré, notre triptyque divin, le père, le fils et le saint esprit de notre expérience culinaire racinaire et sa pléiade de saints.

Qu’il soit appelé angu, escaldado ou pirão, le pirão accompagne traditionnellement ce qu’il veut quand il veut ! C’est le plat de résistance par excellence et vous ne le trouverez probablement pas dans un restaurant brésilien à Paris car il n’a pas les lettres de noblesse qu’ont la moqueca et la feijoada brésiliennes. Et pourtant vous ne savez pas ce que vous perdez.

L’angu est la version amérindienne (on dit caiçara) à base de  fuba (farine de maïs de type polenta). Certains utilisent aussi la farine de riz.

Le pirão est la version caipira (des paysans) peut être aussi réalisé avec de la farine de manioc, du fruit à pain ou de l’igname. il lui faut un liquide de base qui peut être de l’eau, du lait, du lait de coco, ou tout simplement la sauce du plat que vous venez de préparer.

On trouve des plats équivalents au Nigéria comme le fufu qui est préparé à partir e farine d’igname ou de farine de banane plantain ou de farine de manioc. L’introduction de ce fufu au Brésil par les esclaves issus du commerce triangulaire explique l’importance de ce plat ans l’Etat de Bahia.

De plus son utilisation comme amalá (plat rituel) de l’orixa Xango dans le plat pirão de inhame à base d’igname et de gombos et de petits morceaux de viande et de légumes divers fait que le palt circule aussi bien au niveau liturgique que profane  comme une grane majorité es plats e Bahia qu’on appelle » comida de santos » , la nourriture des Saints . je ne suis pas dévot de Xango, não sou filho de Xango… enfin je le suis peut-être inconsciemment puisque le gombo et l’igname sont mes ingrédients préférés. Comme j’ai été nourri à la cuisine des saints pendant plus de 15 ans il ne serait pas étonnant que j’aie été converti malgré moi au candomblé !

Si on l’analyse de façon purement hexagonale le pirão est  une sorte d’aligot de l’Aveyron sauf qu’au lieu qu’on démarre avec  une base de pommes de terre on est en présence d’une base de racines tropicales  : manioc, igname ou fruit à pain mais pourquoi pas aussi  dachine (madère) ou  malanga. C’est un accompagnement traditionnel qui remplace le pain et le riz en principe mais bien souvent les brésiliens se servent de riz en plus. Ce n’est pas non plus un aligot dans la mesure où il n’y a pas de tomme, pas de fromage mais on y incorpore en fonction des goûts lait en poudre, crème fraîche et margarine, sans oublier la noix de muscade.

Le pirão accompagne traditionnellement des plats comme le cozido qui est une sorte de potée tropicale avec toutes sortes de légumes (giraumon, chou vert, gombo, carottes, etc) et de racines tropicales (patate douce,  manioc) et des bas morceaux de viande. il accompagne aussi les moquecas et autres mariscada. Dans l’etat de Sergipe où le pirão accompagne presque tout on a aussi du pirão de galinha c’est un pirão dont le liquide de base c’est la sauce du poulet. on a le pirao de leite qui comme son nom l’indique est fait avec du lait et qui accompagne comme un gant la carne do sol (viande de boeuf  salée séchée au soleil). Mais il peut être aussi de carangueijo (crabe) (il utilise la sauce du carangueijo) ou de peixe (il utilise la sauce du poisson)

autrefois on faisait un pirão appelé pirão d’agua à base d’eau assaisonnée  tiède dans laquelle on versait de la farine de manioc et qu’on laissait prendre en lissant sans battre le tout énergiquement contrairement aux autres pirões. Ce moe e préparation fait penser à une façon de faire gonfler les grains de couscous hors du feu avec de l’eau additionnée de sel et d’huile d’olive. Ce pirão pouvait accompagner le soir des petits morceaux de viande frite.

 

King Kong

Quand je pense à King Kong ce n’est pas au gorille de Skull Island du film de 1933 de       Merian C Cooper et Ernest B Schoedsack que je pense. Non je ne pense pas au cri fameux de Ann Darrow entrecoupé par les cris combinés de lion et de tigre du colosse gorille qui a arpporté aux stuios de la RKO 3 millions de dollars de l’époque! Je ne pense pas non plus aux remakes innombrables  ni à la réplique japonaise Godzilla de Inoshiro Honda parue en 1954 qui a eu elle aussi de nombreux descendants ! Non, quand j’entends King Kong, je pense d’abord à l’Afrique du Sud ! Je pense à Mandlenkosi Ezekiel Dhlamini, le Spice Smasher, le King Marshall, le Lighting Marshall, le Mohamed Ali africain, bien avant l’heure, le poids-lourd légendaire, mort à 32 ans selon certaines sources à 37 selon d’autres, en mars ou avril 1957, en pleine apartheid (qui débute en 1948). Ce zoulou natif de Vrijheid, Natal, condamné à 12 ans de travaux forcés à Leeukop pour avoir assassiné sa petite amie dans un bar de Sophiatown, Johannesbourg est devenu un symbole de résistance et de fierté en Afrique du Sud bien avant Cassius Clay. Rien d’étonnant que 2 ans après sa mort, par suicide après s’être jeté dans le fleuve Rivonia, le boxeur,  dont l’épopée est retracée par  Harry Bloom, va servir d’argument pour l’ opéra-jazz homonyme King Kong avec un livret de Pat Williams et une musique de Todd Matshikiza dès fevrier 1959. L’équipe compte 63 membres et l’orchestre 14 musiciens soit un total de 77 personnes qui vont tourner pendant deux ans en Afrique du Sud puis se produire dès fevrier 1961 à Londres. Dans le casting original on retrouve Miriam Makeba dans le rôle de  Joyce, tenancière du bar  Back of the Moon et  Nathan Mdledle des Manhattan Brothers dans le rôle de King Kong. Ont participé  aussi Hugh Masekela, Abdullah   Ibrahim aka Dollar Brand, Kippie Moeketsi, Thandi Klassen qui tous poursuivront des carrières solo internationales. A noter que le rôle de Joyce a été aussi tenu par  Abigail  Khubeka, qui l’a remplacée quand elle est tombée malade et lors de la tournée anglaise de 1961.L’une des raisons pour lesquelles ce jazz opera est resté gravé dans les mémoires c’est que c’était le premier avec une équipe 100 pour cent noire et sud africaine et qu’elle traitait de façon subtile l’apartheid en utilisant par exemple l’hymne d’ouverture  Sad Times, Bad Times, comme un hommage aux Treason Trial leaders.

J’ai une tendresse spéciale pour le livre d’Harry Bloom que j’ai eu en ma possession dès 1978 et que j’ai retrouvé dans les fonds de la librairie anglaise Pergamon Press, rue des Ecoles à Paris, où je travaillais à l’époque. J’ai voulu mettre en scène la pièce avec un groupe d’amis de Bagneux. Il me suffisait d’en faire la traduction. J’ignorais à l’époque que cet opéra rock africain existait et j’en ignorais jusqu’aux artistes qui y avaient participé. Aujourd’hui grâce à Internet je retrouve des connectiopns qui ne laissent pas de me surprendre !

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Cassius Clay et Mohammed Ali

9 juin 2016 21:00
L’un de mes grands hommes vient donc de disparaître ! Je l’ai connu Cassius Clay, il est mort Mohammed Ali. J’avais 12 ans quand il s’est converti à l’islamisme en 1964. C’était selon lui the greatest, le meilleur, le plus grand. Je me souviens de « I float like a butterfly, I sting like a bee » !  Je me souviens aussi de ses adversaires comme Sonny Liston, George Foreman, du match à Kinshasa au Zaïre, le 30 octobre 1974, le jour de mes 22 ans. A l’époque j’habitais à New York et même si je savais ou se trouvait le Madison Square Garden je n’y suis jamais allé car je n’ai jamais vraiment aimé la boxe. Il y avait une autre raison : je comprenais bien que Cassius Clay refuse son nom d’esclave mais je ne comprenais pas en quoi s’appeler Mohammed Ali changeait grand-chose à la chose puisque musulmans comme chrétiens avaient participé à la traite atlantique. Mais tout cela était accessoire car pour moi il incarnait l’orgueil noir. Je me souviens quand il a refusé de faire son service militaire. Oui c’était l’un de mes role models. Black est devenu beautiful avec lui, avec James Brown. Une beauté moins policée que celle de Sidney Pottier, voire de Harry Belafonte ! Plus tard Malcom X est venu avec un discours bien plus théorisé, politique ainsi qu’Angela Davis ! Respect comme dirait Otis Reeding, Respect !