Rencontre avec une Colchidienne, compatriote baroudeuse de Medee.

Médée, prêtresse d’Hecate, déesse lunaire de la sorcellerie, magicienne, fratricide, infanticide, homicide, feminicide. Medea, femme protéiforme originaire de Colchide, royaume d’Asie Mineure au bord de la Mer Noire (actuellement sous juridiction géorgienne) .

Depuis Seneque, Euripide, Apollodore, Hesiode, Ovide, Marc Antoine Charpentier, Giovanni Pacini, Pausanias, Pierre Corneille, Jean Anouilh, François-Joseph Salomon, Jiri Antonin Benda, Erich Naumann, Luigi Cherubini, Mercadante, Pier Paolo Pasolini, tout le monde s’est fait à cette idée, à cette image d’héroïne meurtrière, infanticide, fatricide.

En grec Medee signifie celle qui voit. Cette voyante extra lucide égorge ses enfants Pheres et Mermeros. Pour quelle raison ? Pour se venger de son mari qui l’a bafouée et répudiee. Son mari, en l’ occurrence Jason (un grec de Iolchos, en Thessalie, fils du roi Eson) oui ce même Jason des Argonautes et de la Toison du Bélier d’or (soit dit en passant toison, dont le père de Medee était le gardien et qu’elle a contribué à livrer à son amant argonaute par le truchement de ses pouvoirs occultes). Or ce mari, avide de pouvoir, qui lui est redevable de sa gloire après quelques années de vie commune et deux enfants veut se séparer d’elle et en épouser une autre, Creuse dite Glauce, fille du roi Creon, Roi de Corinthe, en Grèce. Medee n’est pas magicienne pour rien. Petite-Fille du soleil, nièce de Circe, fille d’AEetes, roi de Colchide et de l’Océanide Idyie. On ne joue pas en vain avec ces femmes-là. Peleas, l’oncle de Jason, qui a usurpé le trône qui était destiné à Jason le paiera de sa vie. Le frère de Medee, Absyntos se met sur son chemin pour l’empêcher de fuir avec la Toison d’Or. Elle en fait des grillades. Les cheveux de sa rivale finissent en flammes et le père de cette dernière Creon, périt en voulant sauver sa fille.

Medee, l’intrigante, impitoyable et amoureuse Colchidienne, que jamais les dieux ne châtieront: elle va de Colchide en Corinthe, de Corinthe à Athènes, d’Athènes de retour en Colchide auprès de son père puisqu’au lieu de finir sa vie aux Enfers pour ce double infanticide, précédé de plusieurs meurtres, elle finit aux Champs-Élysées en compagnie d’Achille après s’être promenée successivement aux bras de Jason et d’Égée (roi d’Athènes à qui elle aura un fils Medos) .

Mais doit-on prendre pour de l’argent comptant le récit se cette tragédie grecque telle que nous la raconte avec talent Euripide qui fut payé par les patriciens d’Athènes alors en lutte contre Sparte 5 pièces d’argent pour l’écrire.

Peut-on revisiter les mythes ? Ou sont-ils intangibles comme les tables de la loi? Pourrait-on imaginer une actualisation féminine de cette tragédie grecque essentiellement masculine ? Certains osent.

Dans l’avion qui nous menait d’Athènes à Paris nous avons fraternisé avec une grecque pontique, une comédienne qui joue en français, une alter ego de Félicien Marceau aux masques aussi impalpables et pluriels que des couches de pelures d’oignons, une poetesse. Elle nous a livré avec fougue sa vision kaleidoscopique de Medee. MEDEE ne serait pas cette sauvage sanguinaire à la santé mentale passablement compromise que nous peignent les mythes masculins depuis l’éternité des temps. Medee en tant que magicienne d’un pays obscur était redoutée et Euripide ne donnait que sa version personnelle de la chose. MEDEE SERAIT PLURIELLE. MEDEE est comme la soprano grecque Maria Callas qui a joué le rôle de Medee dans le film de Pasolini. Voire comme celle qui a joué le rôle, Julie Angélique Scio, dans l’opéra comique de Cherubini. Comme les sopranos Gwyneth Jones et Léonie Ryzanek. Comme les mezzo soprano Shirley Verret ou Grâce Bumbry. C’est une femme qui a été aussi tuée symboliquement par sa mère d’une certaine façon puisqu’ elle a été vendue comme esclave. Il n’est pas anodin que tant d’hommes et si peu de femmes, si l’on excepte la compositrice Olivia Holmes, aient souhaité s’étendre sur le mythe de la magicienne Medee, la sauvage, l’étrangere, la furie qui bouillonne, la gadedzafe, la vendeuse de simples, la physicienne alchimiste, l’androgine. Outre ceux que j’ai déjà cités notons encore Cavalli, Jean Baptiste Lully, Giovani Simone Mayr, Samuel Barber, Darius Milhaud, Pascal Dusapin, Robinson Jeffers (Medea, 1935), Michael John LaChiusa (Marie Christine, 1999), Lars Van Trier (Medea,1988) etc.

J’ai vu en elle une Medee démultipliée dans sa double spirale. Je ne doute pas qu’elle soit en mesure de cerner avec brio l’ombre archetypale de la magicienne plurielle et protéiforme et nous la retransmette illuminée transfigurée bien au-delà du brouillard épais de son chariot volant escorté de cobras chantant sa mélopée au rythme du santouri, le nez de Medee humant fièrement les cyclones sans doute aussi beau que celui de Cleopatre qui bouleversa la configuration du monde antique.

Et si le nez de Medee avait été épaté au lieu d’être grec ? Et si Medee avait été noire, africaine, Afro-Americaine, afro caribéenne, amerindienne?

Certains ont sauté sur l’occasion pour proposer dans le registre de la classica africana, la relecture des mythes gréco-romain à travers un prisme afro. Black Medea (1976) par Father Ernest Ferlita SJ, American Medea par Silas Jones (1995), Black Medea par Countee Cullen (1935), Pecong par Steve Carter (1990), Medea, queen of Colchester par Marianne McDonald (2003), Beloved par Toni Morrisson, African Medea par James Magnuson (1968), Madea par Tyler Perry, Black Medea par Wesley Enoch (2007), Demea: a play par Guy Butler (1990), The Tragedy of Medea Jackson par Edris Cooper (1992).

Macunaíma, (soap) opéra tupi en Ursa Major

Macunaíma c’est le chef d’oeuvre de Mário de Andrade (1893-1945) publié au Brésil en 1928. Cet ouvrage foisonnant a dû attendre 51 ans pour avoir une traduction en français (Flammarion 1979, traduction de Jacques Thiérot, 246 pages, avec une préface du poète brésilien Haroldo Eurico Browne de Campos (1929-2003). En 1997 une édition critique coordonnée par Pierre Rivas est publiée par Stock/Unesco qui revoit et corrige la version de 1979 et l’enrichit d’un glossaire (le total de pages se porte désormais à 345 pages. Notre compréhension de Macounaïma s’enrichit donc d’un tréma et d’un o et e 99 pages . Ce héros sans caractère, fils de la peur de la nuit, indien Tapanhumas, selon les termes mêmes du titre naît dans la Forêt Vierge de Uraricoera et finit constellation, satellisé dans la Grande Ourse. C’est donc l’histoire d’un voyage magique où l’indien change de peau comme de chemise. On croit ce Candide noir, mais le voilà tout-à-coup blanc aux yeux bleus à la faveur ou défaveur d’une pluie ensorceleuse, puis insecte, puis poisson puis même canard. Cette odyssée picaresque en incarnations successives s’apparente en surface au Gulliver’s Travels de Jonathan Swift, à Le tour du monde en 80 jours, de Jules Verne, à Moby Dick de Hermann Melville, voire In the Heart of Darkness de Joseph Conrad. Ce n’est pas non plus un voyage individuel car Macunaíma voyage avec ses deux frères Manaape (le noir) et Jiguê (le mulâtre). Oh le but de ce voyage riche en péripéties et personnages étonnants c’est São Paulo avec une petite pause à Rio de Janeiro. Étrange voyage à rebours qui mène du monde dit sauvage au monde dit civilisé, du monde dit primitif au monde dit supérieur, alors que tous les autres voyages cités ont un parcours entendu de la civilisation au sous-monde. On sort de la lumière du progrès de l’ordre pour se confronter aux ténèbres, au sauvage, à l’imprévu, aux rites magiques des pombagiras. En ce sens le périple de Macunaíma et de ses frères est une gageure. C’est une quête mais non une quête d’idéal, c’est la quête du muiraquitã, la pierre sacrée qui donne le pouvoir, qui donne l’identité. Tout ce voyage est en quelque sorte une quête d’identité qui s’achève en eau de boudin dévoré par une iara mangeuse d’hommes et en même temps un parcours initiatique à la modernité : les machines, la politique, les classes possédantes, la guerilla urbaine, le racisme. Or lors de son retour il se fait voler cette pierre et donc revient au pays, à la case départ les bras ballants. Pas étonnant alors que les dieux l’envoient balader dans une autre dimension. Les dieux de tout acabit et de toute dénomination qui sont les véritables héros de cette fable baroque, où se croisent et se décroisent aux détours des chapitres les mythes, le ludique, le grotesque, le sexe, le cannibalisme et l’oraliture. C’est un feuilleton, un soap opéra grotesque et merveilleux, fourmillant et virevoltant. Ce n’est pas à travers un fleuve linéaire que se déroule l’intrigue. Non l’intrigue ne se déroule pas, elle se déroute. Panurges, Pantagruels, Gargantuas de toutes textures et de toutes tessitures sont convoqués et interviennent par leurs touches quand elles ne laissent pas des Sanchos Panças, Ulysses et Marcos Polos desvairados le faire. Les rires fusent et se figent. Est-ce vraiment d’une comédie qu’il s’agit ? Ou serait-on en face d’un western feijoada ou d’un thriller moqueca. On a beau convoquer Till de De Coster et Panurge de Rabelais on se retrouve non pas dans Les Mille et Une Nuits mais Les Mille et Un Hamacs aux couleurs chatoyantes comme les plumes d’un perroquet infini. VEI, CY, Macunaima, astres merveilleux de cette fable herzogienne nous semblent des Fitzcarraldo déjantés et descarados de la Grande Ourse qui prend tout à coup les formes d’un perroquet ou d’un toucan..

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L’ouvrage a eu une adaption pour le cinéma en 1969 par Joaquim Pedro de Andrade avec la participation de Grande Otelo (Macunaíma noir, le fils de Macunaíma), Paulo José (Macunaíma blanc, la mère de Macunaíma), Jardel Filho (Venceslau Pietro Pietra), Dina Sfat (Ci), Milton Gonçalves (Jiguê), Rodolfo Arena (Maanape), Maria do Rosário, (Iquirí), Joanna Fomm (Sofara), Rafael de Carvalho (Caapora), Nazareth Ohana, Zezé Macedo, Wilza Carla, Myriam Muniz (femme de Venceslau), Edy Siqueira, Carmem Palhares, Maria Clara Pelegrino (bonne de Venceslau), Waldir Onofre, Hugo Carvana (homme au canard), Maria Leticia, Guara Rodrigues (Bum) (sous le nom de Guaracy Rodrigues), Maria Lucia Dahl (Iara), Tite de Lemos (voix du narrateur), Leovegildo Cordeiro, Márcia Tânia, Maria Carolina Withaker

La bande originale est composée de Hetor Villa-Lobos , Borodine, Strauss,

Mandu Sarará, de Mario de Andrade et Jards Macalé ,

Tapera Tapejara, de Mario de Andrade et Jards Macalé

Cecy e Pery, de Principe Pretinho avec Dalva de Oliveira

Sob uma cascata, de Francisco Alves

E papo firme, de Renato Correa et Donaldson Gonçalves avec Roberto Carlos

Arranha-Céu, de Orestes Barbosa et Sílvio Caldas, avec Silvio Caldas
Cinderela, de Adelino Moreira avec Angela Maria

Respeita Januario, de Luiz Gonzaga et Humberto Teixeira, avec Luiz Gonzaga

Mulher, de Custodio Mesquita et Sady Cabral, avec Sílvio Caldas

Manganga, de Geraldo Nunes, avec Wilson Simonal,

Toda Colorida, avec Jorge Bem

As tuas Mãos, de Pernambuco et Antonio Maria

Paisagens da minha terra, de Lamartine Babo, avec Francisco Alves

En 1973 cette samba enredo Macunaima de Norival Reis et Davi Antônio Correia est chantée par Clara nunes

Samba enredo do Portela lors du carnaval 1975 :

Portela apresenta

folclore tradições

Milagres do sertão à mata virgem

Assombrada com mil tentações

Cy, a rainha mãe do mato, oi

Macunaíma fascinou

Ao luar se fez poema

Mas ao filho encarnado

Toda maldição legou

Macunaíma índio branco catimbeiro

Negro sonso feiticeiro

Mata a cobra e dá um nó

Cy, em forma de estrela

À Macunaíma dá

Um talismã que ele perde e sai a vagar

Canta o uirapuru e encanta

Liberta a mágoa do seu triste coração

Negrinho do pastoreio foi a sua salvação

E derrotando o gigante

Era uma vez Piaiman

Macunaíma volta com o muiraquitã

Marupiara na luta e no amor

Quando para a pedra para sempre o monstro levou

O nosso herói assim cantou

Vou-me embora, vou-me embora

Eu aqui volto mais não

Vou morar no infinito

E virar constelação

Adaption pour le théâtre aussi grâce à Antunes Filho et la Companhia Paulista de Teatro en 1978

Une adaption en opéra tupi en 2008 par Iara Rennó avec la participation de noms illustres comme Tom Zé, Tetê Espíndola, Anelis Assumpção, Funk Buia, Siba, Moreno Veloso, Buguinha Dub, Barbatuques, Arrigo Barnabé, Kassin, Maurício Takara, Daniel Ganjaman, Alexandre Basa, Beto Villares, Benjamin Taubkin, Quincas Moreira, Toca Ogã, Da Lua, Bocato, Fuloresta, Dante Ozetti,

Un disque en est sorti Macunaíma, ópera tupi avec comme morceaux Macunaíma 5’36, Mandu Sarará 4’40, Nina Macunaima 4’49, Conversa 4’02, Quando mingua a Luna 3’56, Jardinheiro, Naipi, Bamba querê, Dói Dói Dói, Na Beira do Uraricoera, Valei-me, Ruda, Tapera, Boi

On a même eu un opéra ballet en 2014 avec cette même Iara Rennó

Banquet romain à la Taberna Romana

Ce soir à Saintes redevenue Santonum à l’occasion des fêtes des 2000 ans de la construction de son arc de triomphe Germanicus et de son pont de pierre érigé au-dessus de la Charente on a joué en plein jardin public aux Romains. Banquet oblige en ce 28 juillet MMXVIII ! Repas théâtralisé (200 places) ! Entre déclamation de textes littéraires d’Ovide sur l’amour, spectacle sur le triclinium, combats de gladiateurs, pentabond et animation musicale on s’est régalé !

Au menu
Les Apéritifs :

Dactilis (Dattes au muscat et au poivre)
Samsa (Pulpe d’olives noires à l’anis)
Oliva (Olives au defrutum)

Les Boissons pour apéritif

Myrtites (Vin rouge aromatisé aux baies de myrtes)
Absintites (Vin blanc aromatisé aux feuilles d’absinthe)
Valetudo Potio (Jus de fruits à la cannelle)

Les entrées

Persica Pêches acidulée, à la sarriette
Fegatum (Foie gras aux figues)
Esicia (Saucisse de crevette, sauce au fenouil et miel)
Le plat principal

Bubula (Joue de bœuf à la cervoise)
Far (Epeautre au romarin et raisins)
Apium (Rave au caramel de vinaigre au miel)
Paniculi (Pains individuels au laurier)

Le dessert

Bellaria Assortiment de douceurs :
Dulcium (Gâteau au miel)
Patina (Flan aux pommes et poivre)
Arida mala (Pommes soleil)

Felix convivium mais 35€ quand même ! Et seule ombre au tableau, seulement un verre de vin pour accompagner les mets. La bouteille supplémentaire de ce divin breuvage coûtait la bagatelle de 12€. Donc pas de bis repetita placent. Et à la fin du repas, cerise sur le gâteau, nous furent servis par des esclaves souriants des gâteaux secs salés et des olives noires conformément à la tradition romaine qui faisait ce geste afin que les convives puissent continuer à boire dans les meilleures dispositions.

Certains auraient voulu sans doute que cela se termine en orgie. Ce ne fut pas le cas.

Pour mettre l’ambiance la viiieme légion a défilé dans les rues du vieux Saintes

la meilleure façon de vagabonder

La meilleure façon de vagabonder c’est comme la meilleure façon de marcher c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer ! Ou peut-être encore bien respirer non par ses branchies, mais par ses yeux, par ses oreilles. Et garder le nez, les mains et la bouche pour voir.

Depuis plus de 65 ans que je transite comme la truite de Schubart et Schubert dans ce vaste colombier j’ai tout fait sauf plonger et nager pour vagabonder ! J’ai volé, j’ai sauté, j’ai franchi, j’ai parcouru, j’ai longé, j’ai roulé, j’ai glissé, j’ai flotté, j’ai navigué, j’ai divagué, je suis allé à droite, à gauche, et même si je n’ai ni plongé ni nagé dans un univers liquide je me suis plongé corps et âme dans des univers autres, j’ai nagé dans des réalités diverses, j’ai escaladé des parois linguistiques, j’ai franchi des fleuves abrupts des traditions. Pas à pas. Nez à nez, bouche à bouche, coeur à coeur !

A pied, à cheval, en voiture disait-on autrefois. Je n’ai pas connu les diligences ni les chaises à porteur ni les fiacres ni les jambes-de-bois. Je n’ai jamais connu les va et vient des vagues en palanquin à dos de requin ou de dauphin;  je n’ai connu que le train, l’avion, le bus, le car, le bac, le ferry-boat, le bateau, la barque, le paquebot, le tram, le ballon, le vélo, le stop, le taxi, le hors-bord et depuis deux jours Blablacar.

Finalement je suis assez conservateur. Je n’ai par exemple jamais fait de tourisme experimental tel que le prône Lonely Planet ici avec ses 40 façons insolites de voyager et je n’ai pas lu les 500 façons de voyager dans son canapé de Gilles Dusouchet.

Chaque vagabond a ses lieux-dits. En fait on ne vagabonde pas vers ces lieux-dits, ce sont ces lieux-dits qui nous font vagabonder, qui nous font changer de perspective. Ils se constituent au fur à mesure de nos pas, un centimètre de déviation à droite ou à gauche et c’est un autre microclimat, un autre hameau, une autre frontière que l’on franchit au détriment d’un autre angle encore, qui sait encore plus enchanteur et qu’on aura par le choix conscient ou inconscient de suivre son intuition vadrouilleuse, forcément méprisée. Un autre vagabondage !

Le vagabond par essence erre de ruisseau en ruisseau, de vagabondage en vagabondage! Le mot est devenu péjoratif et c’est dommage. Un vagabond au féminin vagabonde donne, comme dans la Truite de Schubert réinventée et revisitée en complexe par Francis Blanche et les Frères Jacques mais dont les paroles originales sont de Christian Friedrich Daniel Schubart [poète allemand du 18ème siècle (1739-1791)] que Schubert [compositeur Autrichien (1797-1828)] a mis en musique sous forme de lied puis sous forme de quintette (pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse).

In einem Bächlein helle, da schoß in froher Eil
Die launische Forelle vorüber wie ein Pfeil.
Ich stand an dem Gestade und sah in süßer Ruh
Des muntern Fischleins Bade im klaren Bächlein zu

Ein Fischer mit der Rute wohl an dem Ufer stand,
Und sah’s mit kaltem Blute, wie sich das Fischlein wand.
So lang’ dem Wasser Helle, so dacht ich, nicht gebricht,
So fängt er die Forelle mit seiner Angel nicht.

Doch endlich ward dem Diebe die Zeit zulang.
Er macht das Bächlein tückish trübe
Und eh ich es gedacht, so zuckte seine Rute,
Das Fischlein, das Fischlein, zappelt dran,
Und ich mit regem Blute Sah die Betrog’ne an.

Die ihr am goldnen Quelle
Der sichern Jugend weilt,
Denkt doch an die Forelle;
Seht ihr Gefahr, so eilt!
Meist fehlt ihr nur aus Mangel
Der Klugheit. Mädchen seht
Verführer mit der Angel! –
Sonst blutet ihr zu spät.

In a clear stream in happy haste
The impulsive trout darted by like an arrow.
I stood on the bank and watch in sweet quiet
The bath of the lively fish in the clear stream.

A fisherman with his rod stood on the bank
And saw cold-bloodedly how the fish moved about
So long as the water stays clear, I thought,
He won’t catch the trout with his fishing rod.

At last the thief became impatient.
He maliciously made the stream opaque
And I thought, his rod quaked
The fish, the fish was writhing on it,
And I, filled with rage within, looked at the deceived.

You who linger at the Golden Spring
Of a safe youth,
Contemplate the trout;
Recognize her danger, and hurry!
Generally she is missing only
Wisdom. Maidens, keep an eye on
That seducer with the rod! –
Lest you bleed too late.

Christian Friedrich Daniel Schubart, “Die Forelle” in Gedichte (1782)

 

Paroles françaises de la Truite: André van Hasselt (1806-1874) et Jean-Baptiste Rongé (1825-1882)(version chantée par Tino Rossi dans La Belle Meunière de Marcel Pagnol 1948)

Au fond d’une eau limpide

La truite allait, nageant

Au cours du flot rapide

Ainsi qu’un trait d’argent

Du bord de la rivière

Je suis longtemps des yeux

La truite aventurière

Si vive en tous ses jeux

La truite aventurière

Si vive en tous ses jeux.

 

Sa ligne en main, perfide,

Plus loin un vieux pêcheur

La suit d’un oeil avide

Avec l’appât trompeur

Si l’onde reste claire

Comme un ciel de printemps

Ainsi que je l’espère

Pêcheur tu perds ton temps

Ainsi que je l’espère

Pêcheur tu perds ton temps.

 

Mais on connaît les ruses

D’un vieux pêcheur

On sait de quels moyens il use

Pour prendre qui lui plaît

Le mien troubla l’eau pure

La truite mordit l’hameçon

Que sa triste aventure

Vous serve de leçon

Que sa triste aventure

Vous serve de leçon.

 

Autre version que j’ai mémorisée plus que les autres, peut être à cause du mot vagabonde :

Voyez au sein de l’onde

Ainsi qu’un trait d’argent

La truite vagabonde,

Braver le flot changeant.

Légère, gracieuse

Bien loin de ses abris

La truite va joyeuse

Le long des bords fleuris (bis)

Un homme la regarde

Tenant l’appât trompeur

Ô truite prends bien garde

Voici l’adroit pêcheur

Sa mouche beau mensonge

Est là pour t’attraper

Crois moi bien vite plonge

Et crains de la happer (bis)

La mouche brille et passe

La truite peut la voir

 Brillante à la surface

De l’onde au bleu miroir

Soudaine vive et maligne

La truite au loin s’enfuit

Pêcheur en vain ta ligne

S’agite et la poursuit (bis)

Le Complexe de la Truite de Schubert

Elle était jeune fille
Sortait tout droit de son couvent
Innocente et gentille
Qui n’avait pas seize ans.
Le jeudi, jour de visite,
Elle venait chez ma mère
Et elle nous jouait la Truite
La Truite de Schubert

Un soir de grand orage
Elle dut coucher à la maison
Or malgré son jeune âge
Elle avait de l’obstination.
Et pendant trois heures de suite
Au milieu des éclairs
Elle nous a joué la Truite
La Truite de Schubert

On lui donna ma chambre
Moi je couchai dans le salon
Mais je crus bien comprendre
Que ça ne serait pas long.
En effet elle revint bien vite
Pieds nus, dans les courants d’air
Pour me chanter la Truite
La Truite de Schubert

Ce fut un beau solfège
Pizzicattis coquins
Accords, trémolos et arpèges
Fantaisie à quatre mains.
Mais à l’instant tout s’agite
Sous l’ardent aiguillon de la chair
Elle, elle fredonnait la Truite
La Truite de Schubert

Je lui dis : Gabrielle
Voyons, comprenez mon émoi
Il faut être fidèle
Ce sera Schubert ou moi.
C’est alors que je compris bien vite
En lisant dans ses yeux pervers
Qu’elle me réclamait la suite
La suite du concert

Six mois après l’orage
Nous fûmes dans une situation
Telle que le mariage
Etait la seule solution.
Mais avec un air insolite
Au lieu de dire oui au maire
Elle lui a chanté la Truite
La Truite de Schubert

C’est fou ce que nous fîmes
Contre cette obsession
On mit Gabrielle au régime
Lui supprimant le poisson.
Mais par une journée maudite
Dans le vent, l’orage et les éclairs
Elle mit au monde une truite
Qu’elle baptisa Schubert.

A présent je vis seul
Tout seul dans ma demeure
Gabrielle est partie et n’a plus sa raison.
Dans sa chambre au Touquet elle reste des heures
Auprès d’un grand bocal où frétille un poisson.
Et moi j’ai dit à Marguerite
Qui est ma vieille cuisinière
Ne me faites plus jamais de truite
Ça me donne de l’urticaire.

Mais revenons à notre truite après ce vagabondage poétique et musical, juste pour vous faire sentir dans la chair et l’âme que toute digression est vagabondage et est prolifique. On a l’impression quand on dit je suis un vagabond qu’on est un criminel, un être asocial alors qu’un vagabond c’est quelqu’un qui cherche à voir au-delà des certitudes établies. Vagabonder est accepté pour la jeunesse. Les voyages forment la jeunesse, n’est ce pas ! Tout le monde le sait ! Dans les colombiers et les ruisseaux  se forment les alevins et pigeonneaux au contact des vieux briscards. Les vagabondages aussi sont faits de fugues, d’escapades, d’écoles buissonnières, de chemins et de sentiers pas encore battus. Ma position c’est que loin de limiter le vagabondage à la jeunesse je l’étends à tous les âges. Du premier au dernier âge c’est le seul et même biberonnage. Car vagabondage à mon sens ne veut pas dire seulement vie de bohème, vie de clochard, existence marginale, vie ‘insouciance au jour le jour. Il aurait comme synonymes pour moi papillonnement, butinage, expérimentation, vérification d’hypothèses, curiosité. Il n’y a pas de curiosité malsaine. Toutes les curiosités sont saines. Vagabonder c’est être truite-voyageuse, c’est comme tous les animaux migrateurs savoir s’adapter au rythme des saisons, remonter le courant, mais c’est plus encore car les migrateurs dépendent de la meute, du troupeau, de la horde, de la bande, du banc. La truite voyageuse s’extirpe du banc quand le coeur ou la raison ou l’inconscience le lui dicte. Ell s’extrait ainsi d’un courant d’eau claire stagnante d’habitudes et vérités établies pour se confronter aux remous inconfortables et délicieux du vagabondage, élixir de jouvence.

Truite ou saumon, la seule vision de l’arc en ciel est une promesse de voyage interminable qui génère en chacun des envies de vagabondage et peut importe qu’on soit dans le processus décu ou déshonoré, qu’on soit une truite déshonorée et qu’on finisse comme toutes les truites en papillote. Comme faisait dire à un pêcheur lors ‘une pêche de nuit Alexandre Dumas dans Impressions de Voyage, La Revue des Deux Mondes T 1, 1833  :

Sans doute, il n’y a pas que vous qui aimez les truites. — Je ne sais pas pourquoi même, mais tous les voyageurs aiment les truites, — un mauvais poisson plein d’arêtes ! enfin il ne faut pas disputer des goûts. — 

Et comme chantait Mireille Darc on peut être « déshonorée mais si contente »;

C’était un grand soudard de Flandre
Il sentait le cuir et le vin
Il n’a pas demandé ma main
Il s’est contenté de me prendre
Il n’avait pas ôté son sabre
Ni ses pistolets d’assassin
Qu’il embrassait déjà mon sein
Comme un ogre qui se met à table

[Refrain] :
Ma mère surtout n’attendez
Que je me repente c’est vrai
Je suis déshonorée
Déshonorée mais si contente

Bien sûr il m’est venu des larmes
Et du refus et du dégoût
Mais très doucement tout à coup
Je me mis à rendre les armes
Etait-ce la mort ou la gloire
Etait-ce l’homme était-ce Dieu
Mais je n’ai pas baissé les yeux
Quand la Flandre a chanté victoire

[Refrain]

Il faudrait bien qu’on le punisse
Mais allez donc le rattraper
C’est un merveilleux cavalier
Et c’est pour ça que je suis triste
Car depuis ce jour-là je pense
Aux autres qu’il va honorer
Et qui seront déshonorées
Déshonorées mais si contentes

[Refrain]

 

My bucket list ou les 65 items que je souhaite réaliser dans les quelques années (mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes) qu’il me reste à vivre

Never too late ! Ce soir c’est MARDI-GRAS et je me déguise  à six mois de la retraite en Carter Chambers. Et je publie moi aussi ma bucket list. Comme dans le film éponyme starring Jack Nicholson et Morgan Freeman, The Bucket List (Sans plus attendre, en vf). C’est la mode des to-do lists before you die, before you kick the bucket. Bucket veut dire seau. Et seau me fait penser à Champagne et à eau et à sable. Kick the bucket veut dire casser sa pipe. Bon je m’égare… Disons que je suis Carter Chambers dans le film et que je suis a terminally ill man. MÊME SI JE N’AI NI JET PRIVE NI EDWARD COLE POUR FINANCER mes rêves et expectatives, MEME SI JE NE SUIS PAS MÉCANICIEN AUTO ET QUE JE NE RÊVE PAS DEVENIR PROF D’HISTOIRE voici mes 65 ITEMS, mes énormes grains de sable que je souhaite réaliser sans plus attendre dans les quelques cyclones qu’il me reste à vivre. Ce n’est pas comme une liste de courses, ce sont des projets, des envies, des lubies, des tentatives de vaincre des peurs bien enracinées souvent qui peut être ne se matérialiseront jamais mais qui sont ces petits riens, ces petits rêves à priori impossibles qui soutiennent telles des pierres de corail le lagon de mon quotidien. I WISH I COULD CROSS A FEW OF THOSE ITEMS.

bucket

1. Passer Mardi-Gras à Port of Spain

2. Passer un dimanche et lundi de carnaval sur le sambodrome de Rio et assister au défilé des écoles de samba

3. Danser la salsa à La Havane en octobre

4. Faire le tour de la Guadeloupe en bateau

5. Visiter les Baltimore d’ Antigua

6. Visiter les Baltimore des Îles Vierges

7. Participer à une chorale jazz

8. Manger dans un restaurant d’un chef étoilé caribéen

9. Visiter le Mato Grosso brésilien

10. Passer une année à Basse-Terre en Guadeloupe

11. Traduire en créole ou en français Omeros de Derek Walcott

12. Visiter Sainte-Lucie

13. Visiter les Terres Sainville en Martinique

14. Retrouver quelques chaînons manquants dans mon arbre généalogique

15. Prendre des cours d’aquagym

16. Faire de la plongée sous – marine

17. Préparer une feijoada de fruits de mer avec lambi, langouste, poulpe (chatrou), crabe, encornets, palourdes, riz noir et pois d’angole

18. Préparer un callaloo avec feuilles de dachine, gombo, lambi, langouste, poulpe (chatrou). crabe, encornets, palourdes et dombrés.

19. Participer à une école de samba brésilienne

20. Parler créole comme je parle portugais

21. Vivre dans une cabane perchée dans un manguier

22. Construire une maison en bois en conservant et épousant les structures d’un flamboyant

23. Publier mon recueil de poèmes Micareta, 27 fragments infimes d’un carnaval intime

24. Publier mon roman Archipel des Reliques

25. Voir les neiges du Kilimanjaro

26. Passer un anniversaire quelque part au Mexique le jour de la fête des Morts

27. Avoir le permis bateau

28. Voir parfaitement sans lunettes

29. Visiter le Mozambique

30. Visiter le Burkina- Faso

31. Avoir 1000 articles dans mon blog

32. Rencontrer un chaman  en Papouasie-Nouvelle-Guinée

33. Vivre jusqu’à pas d’âge en bonne santé

34. Déguster un café de quimbombo en Équateur

35. Faire de l’aquarelle

36. Faire de la planche à voile

37. Ouvrir un restaurant pescétarien

38. Devenir 100 pour cent pescétarien

39. Avoir un potager du type jardin créole

40. Manger de la tortue

41. M’investir dans une association

42. Adopter un enfant

43. Faire une expérience de woofing

44. Avoir une Vespa

45. Faire du planeur

46. LAUGH UNTIL I CRY

47. SKYDIVING

48. SEE THE PYRAMIDS

49. Apprendre à réparer une voiture

50. Go on a safari and HUNT THE BIG FIVE

51. Get a tattoo

52. Visit the Taj Mahal

53. FIND THE JOY IN MY LIFE

54. Assister à un match de foot au Maracana

55. Faire du théâtre

56. Participer à un groupe de danse folklorique (quadrille)

57. Chanter dans un groupe de jazz

58. Jouer de la bossa nova à la guitare

59. Passer mes vacances  sur une plage dans un camp  naturiste

60. Apporter de la joie et de l’amour à : my significant other, siblings, kids and friends

61. Faire du jet-ski

62. Faire du ski

63. Jouer au bridge

64. Faire un vlog

65. Lire un livre par semaine

 

bbbb-the-bucket-list

Comme le dit la chanson je dis avec Charlie Winston : Kick the Bucket

If you say this is pop, to be singing to a tune with a rhythm like this, would it be so unpopular for a singer like me to be bringing up the fact that we’re all gonna go ? Some people swear, they say they know where.
For me it’s a mystery. But which ever way you see it
you have to admit it and live it and live it !

We all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! The end !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

Blew up my TV. It’ was numbing my brain to be thinking the same as million other people all feeling afraid of the same thing.
But there’s is nothing to lose, cause we’re all on a bike and we’re cycling through, getting off on our injuries – but you gotta get back on it and live it and live it to love it and live and love life.

Cause we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

This is not a sad song !
I don’t bring it up to get you down,
It’s a celebration of all the red cells
going round and round in your body !

I don’t mean to preach or to sound lilke a teacher. No ! I only wanna cut the crap and , looking back, everybody’s had to face the facts.

That we all kick the bucket in the end ! The end !
All the girls kick the bucket in the end ! The end !
And the boys kick the bucket in the end ! My friend !
Yep ! We all kick the bucket in the end ! The end ! The end ! The end ! The end !

une chanson bachique que ne me chantait pas ma maman

« Charmant Bacchus

Pour toi je renonce à l’Amour

Vois tout ce que j’ai fait  pour te faire ma cour :

J’ai quitté la tendre Nanette;

J’ai brûlé ce matin  les lettres  de Manon;

J’ai rendu le portrait de la jeune Lisette :

Il ne me reste plus qu’une bague à Fanchon,

Que je m’en vais troquer  pour un tire-bouchon »

Il était de bon ton à une certaine époque de chanter au Pater à la messe sur l’air de ce Charmant Bacchus. Ma mère,  fervente catholique gardienne de la foi et des bons usages, n’aurait sans doute pas plus préféré à ce tire-bouchon bachique cette version qui bouscula à son époque les conventions, ce Charmant Bacchus qui intègre le Prologue de Platée de Jean-Philippe Rameau(1683-1764) sur un livret d’ Adrien Joseph Le Valois d’Orville d’après la pièce de Jacques Autreau, Platée ou Junon jalouse.

Platée est une comédie-ballet, ballet bouffon, comédie lyrique, comédie folie en 3 actes et un prologue dont la première représentation a été donnée à Versailles au  Théâtre de la Grande Ecurie le 31 mars 1745  à l’occasion du mariage du Dauphin Louis, fils de Louis XV et de Marie Leszcynska, avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne. Cette comédie ballet fit en son temps voler sens dessus dessous les conventions en matière de danse , de chant lyrique et de déclamation. Ma mère s’appelant Marie-Thérèse aurait sans doute aimé que je prenne le rôle de Thespis et que de ma voix de haute-contre ténor je chante entre choeurs de Satyres, Ménades, Dryades et paysans vendangeurs l’ariette suivante appelée elle aussi Charmant Bacchus:

Je sens qu’un doux transport me saisit et m’inspire

Charmant Bacchus, dieu de la liberté,
Père de la sincérité,
Aux dépens des mortels tu nous permets de rire.

Mon cœur plein de la vérité,
Va se soulager à la dire :
Dussé-je être mal écouté.

Charmant Bacchus, dieu de la liberté,
Père de la sincérité,
Aux dépens des mortels tu nous permets de rire.

William Saetre (Platée)

 

Platée (jouée par un homme) est une nymphe vieille et laide mais nymphomane et mythomane entourée de grenouilles coassantes qui vit dans les marais au pied du mont Cithéron dans une Grèce mythologique peuplée de dieux qui font des allers retours entre l’Olympe et les mortels. Il y a Mercure, Junon, Jupiter, Momus, Amour (Cupidon), Bacchus (Dyonisos grec), Apollon qui rivalisent en ridicule avec Satyres, Dryades et Ménades dans un éloge carnavalesque et momesque à la Folie qui contamine dieux, bêtes, nymphes et mortels que n’aurait pas désavoué Erasme.

 

Moi j’aurais bien installé cette satire de Platée au pied de la Soufrière dans une mangrove grouillante non de batraciens mais  de crabes rouges et de crabes-violonistes avec les dieux vaudous comme entités ricanantes, nasillardes, dissonantes, irrévérencieuses et jubilatoires. Et les paysans vendangeurs seraient des planteurs et coupeurs de canne armés de coutelas et chapeaux de paille. Et le vin serait le doux rhum agricole, et les doux zéphyrs et les violents aquilons, les cyclones et les alizés ! Oui, il est bon d’universaliser mais que ce ne soit pas toujours la Grèce et Rome antiques qui servent de toile de fond et de mètre-étalon. Pluriversalisons, mes frères, pluriversalisons ! Parodions comme Rameau nos brisures! Il ne s’agit pas de faire rivaliser comme dans la guerre des bouffons la tragédie italienne et la tragédie française: il s’agit de faire vibrer la tragi-comédie antillaise qui n’est ni troyenne ni spartiate, purement et simplement, lumineusement et follement antillaise.

Mon mois de novembre gastronomique

Novembre s’achève. Un mois très riche gastronomiquement. Les mangues, vertes ou mûres, le fruit à pain rôti à la braise, le rougail tomates bien pimenté, le brède mourongue aux sardines, le brède Mafane au bœuf ou au poisson, une nouvelle façon de faire cuire la viande au préalable sans aucun assaisonnement à l’eau, le jus de jaque au citron, l’ananas, le malanga alias dachine alias chou de chine alias madère alias songe alias dasheen alias yautia alias majimbi frit ou cuit à l’eau, le chou vert comme ingrédient des cary, le gombo au poisson à la mode congolaise, les achards de mangue verte, de papaye verte , le massalé en remplacement du colombo, le taboulé à la feta au concombre et à la menthe, la caipirinha au citron vert et à la mangue. Vous me connaissez je n’ai opposé aucune résistance. Je suis tombé dans le piment de l’Océan Indien, je suis putu putu ! J’ai toujours aimé les fruits et ce mois-ci je me suis régalé de corossol, mandarines,  mangues,  ananas, une vraie orgie. J’ai un petit souci avec les bananes jaunes auxquelles je trouve un goût étrange mais je mange les bananes vertes rôties au feu de bois. J’attends pour décembre les letchis.

Place au tapage nocturne

Un peu décalée cette pub, non ? Ikea, la marque suédoise bien connue, spécialisée dans l’ameublement et la décoration, tente ici de détruire les clichés, les stéréotypes. On a ainsi tendance à considérer que les minorités visibles sont volontiers fêtardes, bruyantes et ne respectent pas la quiétude de leurs voisins. Il suffit pour cela de se souvenir du fameux « bruit et les odeurs » dont se plaignait le président Chirac.

Dans cette pub de l’agence Buzzman filmée par James Rouse et diffusée à partir du 19 octobre 2017 on inverse les polarités. C’est le basané de service qui veut dormir pour aller travailler ou tout simplement étudier, voire méditer, prier, s’interroger sur la physique quantique, que sais-je. C’est un célibataire. Il est gentil, éduqué, civiquement correct. Et il n’aime probablement pas la musique de Schmooze. Mais nobody’s perfect, on le sait depuis fort longtemps, et moi particulièrement depuis le film Some like it hot de Billy Wilder tourné en 1959 avec des pointures comme Marylin Monroe, Jack Lemon et Tony Curtis…

Et pour le remercier de ce civisme et de cette compréhension modulable, fonctionnelle et esthétique qui  pousse notre homme à ne jamais hausser la voix et à ne pas donner des coups de balais (Ikéa) dans le plafond  et qui l’empêche d’appeler les services de police après 22 heures pour faire respecter son droit au sommeil et à la tranquillité, sa voisine du dessus, une blonde amène et fêtarde, l’invite à dîner en tête-à-tête. Comme pour se faire pardonner avant qu’il ne pète les plombs, avant qu’il ne devienne violent. On imagine que cet homme si parfait aurait décliné l’invitation, prétendant un malaise ou un devoir urgent pour éviter de tomber dans le traquenard pouvant mener inexorablement à un nouveau tapage nocturne romantico-publicitaire. .

Mais non, monsieur s’avance un peu hésitant tout de même mais s’avance à pas feutrés dans l’appartement. On imagine que cela se terminera au fond d’un lit. Un lit IKEA, modulable, fonctionnel et esthétique, il va sans dire. Et qu’il pourra enfin se retirer les boules Quies de ses oreilles.

Tatiana, la fétarde, c’est Alice Raucoules et le voisin black du dessous c’est Christopher Bayémi. Mais j’adore IKEA qui dit pour conclure :

Place à  la vie.

Moi j’aurais imaginé plus d’audace de la marque suédoise jaune et bleue dans ce conte de fées post-moderne . Si je m’appelais Osgood Fielding III j’aurais plutôt dit :

Place au vit !

Irma la Hurricane m’a tuer ou plutôt Ouragan Irma m’a tuer Irma la Douce

Avant de connaître Irma, la hurricane, la cyclonique, l’ouragan, je n’avais connu qu’Irma la Douce.

Que ce soit en comédie musicale française sur une musique de Marguerite Monnot et sur un livret de Alexandre Breffort en 1956, que ce soit en comédie musicale version anglaise en 1958 dans l’East End ou en 1960 à Broadway j’étais éperdument amoureux de cette prostituée au grand coeur. Je me souviens encore de la chanson d’Irma.

« Y a rien à dire

Y a qu’a s’aimer

Y a plus qu’à se taire

Qu’à la fermer

Parce qu’,au fond les phrases

Ça fait tort à l’extase »

Ainsi chantait Colette Renard.

En 1963 Billy Wilder fit son remake cinématographique. Irma la Douce prit ainsi les traits de Shirley MacLaine qui remporta alors un Golden Globe de la meilleure actrice pour son rôle tandis qu’Andre Prévin remportait quant à lui l’Oscar 1964 de la meilleure adaptation musicale.

Dans le film de Wilder Jack Lemmon joue le rôle de Nestor Patou, un ancien policier, et de Oscar alias Lord X, son double qui, déguisé, tombe amoureux d’Irma qu’il doit disputer à son souteneur Hippolyte. Irma, bourreau des coeurs mythique, que tous achètent mais qui ne se vend à personne, bourreau doux, mais bourreau quand même qui souffle comme Irma la Hurricane 60 ans plus tard le chaud et le froid sauf que le décor n’est plus celui de la rue Casanova d’un Paris de carton pâte mais les environs du triangle des Bermudes. Les clients d’Irma 2017 ont pour nom Saint-Martin, Barbuda, Cuba, Florida. On est loin de la môme Irma ! Irma a pris du grade, est devenue mère maquerelle, mais les dégâts occasionnés sont identiques en 144 minutes. On est loin de Moustache et de Nestor le Fripé, ce dernier qualifié de « wreck of a mec ». Mais c’est le même langage, the language of love, the language of nature, ces forces irrésistibles qui nous tenaillent.

Aucune morale à en tirer si ce n’est celle-ci en franglais de 1963 :

Le grisbi is le root of  le evil in man.

Alors de là à analyser les responsabilités de l’Etat dans ce désastre force 5 exceptionnel vous comprendrez bien que je ne pourrai répondre comme Moustache (Lou Jacobi) que par la fameuse réplique: « But that’s another story. » Oui c’est une toute autre histoire. La suite au prochain épisode….cyclonique.

Bienvenue dans notre Tout-Monde !

acsmapPolyglot Trotter se veut comme un espace du Tout-Monde dont le centre est partout et la circonférence nulle part, un espace d’investigations mémorielles semi fermé et ambivalent entre Narcisse et Echo, c’est-à-dire une revue diasporique de notes prises dans l’oeil d’un cyclone appelé Wolfok (dans des domaines de prédilection qui peuvent toucher à la psychologie junguienne, la musique, la gastronomie, le cinéma, la généalogie et l’histoire, la linguistique, le sport, dans des langues qui peuvent être le français, l’anglais, le créole, l’espagnol, le portugais, le néerlandais).

Ces investigations répondent à l’appel de deux postures : celles de Narcisse et  d’Echo prenant un bain de mémoire dans l’oeil du cyclone Wolfok ! Il ne s’agit pas ici de se faire renvoyer par son autre, son lecteur que l’on souhaite un alius – un autre parmi les autres – plus qu’un alter – l’autre de deux – un reflet chatoyant et tiède de sa voix mais bien de tenter de concilier, de syncrétiser les isthmes, les passages et  les détroits de notre Tout-Monde, de nous retrouver à la jonction de nos plaques tectoniques toujours actives pour parvenir sans tabous, sans totem, sans à priori, sans chapelles, sans esprit de clocher à une ré-interprétation de l’oeil du cyclone qui nous structure !

Quand on évoque Wolfok, cyclone du Tout-Monde, on parle d’un espace de ré-interprétation du monde à partir du point de vue de la diaspora Wolfok. Vous êtes invité(e), quel que soit le lien, la matrice, la géographie qui fait de vous un(e) tout-mondiste, à venir ici proposer votre grille d’analyse de sujets qui vous tiennent à coeur. Quelques-uns ont été cités mais libre à vous d’étoffer la carte ! La porte est ouverte, à vous d’y faire entrer votre alizé pour que notre papillon  vole encore et encore autour du monde.