Et si on baptisait les cyclones autrement

Maria, Irma, Jose sont de bien jolis prénoms. Moi, je demande qu’au nom des célébrités et anonymes qui ont porté ces prénoms on débaptise les ouragans. Appelez-les Zananas, Fouyapen, Monben, Zikak, Poyo, Planten, Koko, Dachine, Dombré, je n’y vois aucun problème mais pourquoi traumatiser des centaines de milliers sinon des millions d’humains. Moi par exemple, Jean-Marie de prénom, j’ai subi un traumatisme que je ne saurai pour l’instant évaluer par la faute des spécialistes des ouragans qui ont baptisé le forcené de Maria. Un force 5. Imaginez. Mon prénom lié à jamais intimement au sifflement de tôles, au hululement des vents et au mugissement des flots. Un peu plus et je frôlais la crise cardiaque.

J’ai même un créneau porteur. On pourrait faire comme au PMU prix de Diane Hermès et faire d’une pierre deux coups avec les sponsors qui pourraient ainsi entamer la reconstruction au plus vite. Je vois bien un cyclone Mango Tattinger, ou Dombré CK, ou Dachine YSL, ou Zananas Fanta. Chiche.

En attendant que les réunions au sommet se tiennent je viens de venger la Guadeloupe et tous les Basse-Terriens en engloutissant force 5 le cyclone Zananas en attendant demain de faire le même sort au cyclone Fouyapen. Ah mais quoi ! Vous imaginez qu’on va se laisser tondre comme ça comme des agnelets ? De partout on me demande si ma famille n’a pas trop souffert. Je remercie tous de l’intérêt soudain qu’ils ont pour mon île et j’ai presque envie de leur chanter « Dans mon île » de Henri Salvador. Mais je me ravise. Je leur réponds que j’ai effectivement des gens en Guadeloupe qui font partie de ma généalogie mais plus personne qui fasse vraiment partie de ma famille. J’ai pourtant une demi-soeur de ma mère qui doit frôler les 80 ans que j’ai vue pour la dernière fois il y a 10 ans  pendant au maximum 5 minutes au détour d’une rue de Saint-Claude et trois  demi-sœurs de mon père qui doivent être dans les mêmes eaux mais que je n’ai plus vues pour deux d’entre elles depuis au moins trente ans. Ma grand-mère était le dernier lien fort que j’avais avec la Guadeloupe. Avec son décès il ne reste que des souvenirs d’enfance. Avec le temps les liens se sont distendus, les cousins se sont éloignés, ont eu des enfants que je n’ai jamais vus, se sont mariés, moi même j’ai vécu à travers le monde. La mort en a aussi fauché de nombreux en route et en fauchera encore. Ce n’est pas de l’indifférence mais une preuve supplémentaire que mon pays c’est Wolfok. Je pourrais, il est vrai, vivre sur le mythe de la terre bénie de mes ancêtres où mon dernier souffle retentira mais ma Guadeloupe des années 50 je la vis au quotidien à Mayotte, dans l’Océan Indien.

Et pourtant je ne parle pas plus de dix mots de shimaoré. Un pays c’est un tissage. Sans tissage, sans maillage, la coquille est vide, inerte comme un coco sec sans chair et sans eau. 56 ans d’ailleurs ce n’est pas rien. Je garde mes souvenirs bien au chaud mais j’avance sereinement vers de nouveaux cyclones. Car je n’oublie pas que même s’ils peuvent paraître à priori calamiteux les cyclones n’en sont pas moins une promesse. Promesse de renouvellement, de renaissance tel le phœnix ou le jeune pied de banane qui renaît des cendres.

Certes il me reste ma mère, le dernier pilier de la maison. Mais depuis qu’elle s’est retirée des affaires familiales pour se plonger dans l’amour de Dieu et des enterrements, depuis qu’elle a même choisi de se faire enterrer à Gagnac-sur-Garonne derrière l’église, depuis qu’elle a quitté la métropole pour la Guadeloupe, puis au bout de si peu d’années la Guadeloupe pour la banlieue toulousaine car sans doute elle s’y ennuyait, depuis qu’elle a abandonné ses rêves de mangue et de corossol pour d’autres de raisin et de mûres, je sais que tout ce qui brille n’est pas d’or. Elle se dit prête pour le grand départ. Tout est organisé dans les moindres détails. Elle a même payé pour qu’on fleurisse sa tombe pour un certain nombre d’années. C’est une guadeloupéenne comme les autres. A Noël il y a du boudin et des accras, et toutes les spécialités locales. Elle a plus de 30 petits enfants. Combien seront là pour la porter le jour de son départ ? Je ne parle même pas de moi. Je sais qu’elle n’est pas allée à l’enterrement de sa mère, geste que je n’ai jamais compris, mais que je respecte. Chacun a ses réactions parfois incompréhensibles devant la mort d’un proche. Je laisserai sans doute vu ma présence à es milliers de kilomètres de la Garonne à mes frères et soeurs le soin de l’accompagner dans sa dernière demeure même si je sais que rien ne dit que je ne partirai pas avant elle. Étrange on commence à parler de cyclone Maria et on finit justement sur Marie Thérèse !

M’rengue à ne pas confondre avec merengue

Journée du patrimoine à M’Tsapere, faubourg de Mamoudzou, Mayotte. Au programme selon une affiche de 15 heures 30 à 18 heures ngoma y a gnombe avec le torero Koungue. Ce sera la corrida.

De 18 heures à 21 heures combat de rue à mains nues. Venez encourager vos champions. Ce sera l’occasion heure du mrengue. Renseignements pris le m’rengue c’est la boxe mahoraise. Rien à voir avec le merengue, la danse latino de Santo Domingo au rythme entraînant et hyper rapide. Renseignements pris il y a des tambours qui battent tout au cours des combats. Le sang va couler, c’est sûr. Mais coupe-t-on les oreilles des mrenguerriers vaincus, ou leur rabote-t-on la queue ? Qui donne le coup de grâce? Au bout de combien de banderilles plantées dans l’échine du mrenguerrier peut-on le percer entre les deux yeux de son glaive ? Sert-on dans les restaurants du ragoût de m’renguerrier? Voici les questions que je me pose avant de visionner cette vidéo.

En voilà du patrimoine immatériel à vendre et revendre.

Irma la Hurricane m’a tuer ou plutôt Ouragan Irma m’a tuer Irma la Douce

Avant de connaître Irma, la hurricane, la cyclonique, l’ouragan, je n’avais connu qu’Irma la Douce.

Que ce soit en comédie musicale française sur une musique de Marguerite Monnot et sur un livret de Alexandre Breffort en 1956, que ce soit en comédie musicale version anglaise en 1958 dans l’East End ou en 1960 à Broadway j’étais éperdument amoureux de cette prostituée au grand coeur. Je me souviens encore de la chanson d’Irma.

« Y a rien à dire

Y a qu’a s’aimer

Y a plus qu’à se taire

Qu’à la fermer

Parce qu’,au fond les phrases

Ça fait tort à l’extase »

Ainsi chantait Colette Renard.

En 1963 Billy Wilder fit son remake cinématographique. Irma la Douce prit ainsi les traits de Shirley MacLaine qui remporta alors un Golden Globe de la meilleure actrice pour son rôle tandis qu’Andre Prévin remportait quant à lui l’Oscar 1964 de la meilleure adaptation musicale.

Dans le film de Wilder Jack Lemmon joue le rôle de Nestor Patou, un ancien policier, et de Oscar alias Lord X, son double qui, déguisé, tombe amoureux d’Irma qu’il doit disputer à son souteneur Hippolyte. Irma, bourreau des coeurs mythique, que tous achètent mais qui ne se vend à personne, bourreau doux, mais bourreau quand même qui souffle comme Irma la Hurricane 60 ans plus tard le chaud et le froid sauf que le décor n’est plus celui de la rue Casanova d’un Paris de carton pâte mais les environs du triangle des Bermudes. Les clients d’Irma 2017 ont pour nom Saint-Martin, Barbuda, Cuba, Florida. On est loin de la môme Irma ! Irma a pris du grade, est devenue mère maquerelle, mais les dégâts occasionnés sont identiques en 144 minutes. On est loin de Moustache et de Nestor le Fripé, ce dernier qualifié de « wreck of a mec ». Mais c’est le même langage, the language of love, the language of nature, ces forces irrésistibles qui nous tenaillent.

Aucune morale à en tirer si ce n’est celle-ci en franglais de 1963 :

Le grisbi is le root of  le evil in man.

Alors de là à analyser les responsabilités de l’Etat dans ce désastre force 5 exceptionnel vous comprendrez bien que je ne pourrai répondre comme Moustache (Lou Jacobi) que par la fameuse réplique: « But that’s another story. » Oui c’est une toute autre histoire. La suite au prochain épisode….cyclonique.

Mes intercesseurs locaux

Demain fera un mois que j’ai quitté les bords tranquilles de la Charente. Je ne traverse plus le pont Pallissy mais le pont sur la rivière Majimbini. Tout un monde sépare ces deux ponts.

En revanche l’0céan Indien en  permanence à portée de vue pour me baigner les yeux. Parfois je me demande si j’en sors gagnant ou perdant. Vivre en terre musulmane est tout un sacerdoce pour un athée fervent et pieux comme moi. J’entends tous les sons de cloche qui tintillent à mes oreilles.

Le discours de mon ami Wally, commerçant sénégalais, propriétaire de l’épicerie Zam Zam, âgé de 59 ans, qui a vécu 16 ans en Arabie Saoudite et qui est marié avec une mahoraise.

Le discours de Mohammed, le patron de snack bar comorien âgé dans les 60 ans lui aussi, qui a vécu et travaillé en métropole.

Le discours d’Olivier, un prof franco-togolais, prof de math à Mayotte et semble-t-il futur séminariste, né à Grenoble, qui a vécu en Guyane, prof de math ici.

Le discours de David qui se dit sud-africain mais que je crois congolais, qui vend ses légumes toute la sainte journée à Mamoudzou.

Le discours de mes collègues prof et éducateurs Mahorais, hommes et femmes âgés entre 25 et 45 ans avec qui je travaille et qui me donnent leur vision de Mayotte.

Le discours de Sofia, propriétaire de restaurant de cuisine mahoraise, 58 ans selon ses dires, qui a vécu comme moi à Nîmes et Kourou en Guyane Française et qui vient de rentrer de Castres pour s’installer semble-t-il définitivement au pays.

D’autres encore anonymes qui m’expliquent chacun à sa façon la société mahoraise.

Tous me disent à un moment  ou un autre comme une figure imposée en direction du bleu bite que je suis: Attention ne sors pas la nuit. Ne traverse pas les bangas ( les favelas locales). Range ton portable! Ne porte pas de pochette ! Avant de partir j’avais lu risque de palu. Faites un traitement de nivaquine. Attention aux moustiques. Attention aux mille pattes, les fameuses et terribles scolopendres dont la piqûre est extrêmement douloureuse. Attention aux islamistes. Attention à l’eau. Attention aux légumes. Attention aux fruits. Attention au sida. Attention aux comoriennes, surtout celles originaires d’Anjouan et aux malgaches qui n’en veulent qu’à ton argent. Attention au poisson que tu achètes et qu’on vend sur des brouettes. Tu penses acheter un kilo mais en réalité leurs balances sont truquées. Attention, watch out, fais gaffe, wouvè zyé.

 J’écoute, je comprends, je comprends les peurs que fait surgir le mot Islam, voire le mot Afrique dans mon entourage, voire le mot misère ou sous-développement. Mais voilà. Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Pour moi Islam, Catholicisme, Hindouisme, Vaudou , Spiritisme contribuent à la même aliénation. Ce qui m’intéresse ce sont les soupapes qui permettent à ces systèmes répressifs de fonctionner. J’ai bien compris qu’en terre musulmane le porc est tabou et que la consommation d’alcool est un péché. Je n’aime pas les hypocrisies religieuses qui consistent à afficher publiquement une image pieuse et d’être en privé le pire des mécréants. L’autre jour une femme a refusé de me serrer la main en me disant que l’islam ne le permettait pas et pourtant tous les matins je fais la bise à mes collègues femmes qui sont toutes deux musulmanes. On voit bien qu’il y a de nombreuses versions de l’islam. Tout comme il y a de nombreux sous produits ou produits connexes du catholicisme. Il y a des intégristes partout. Moi en tout cas je n’oublie pas que catholiques comme protestants et musulmans ont accepté si ce n’est justifié l’esclavage.

Je sais que de nombreuses personnes âgées boivent leur bière en cachette pendant le Ramadan à l’heure où ils jurent par monts et par vaux qu’ils pratiquent le jeûne. Il en a probablement été de même autrefois pendant le Carême quand la foi chrétienne était encore solidement ancrée dans les moeurs. Ce que je sais c’est qu’officiellement à Mayotte il est interdit aux épiceries de vendre des boissons alcoolisées entre 20 heures et 8 heures du matin en semaine et le dimanche à partir de 14 heures jusqu’au lendemain 8 heures du matin. Il suffit de prévoir son stock. Mais de toute façon on trouvera toujours un commerçant malgache pour vous servir votre breuvage préféré. Ce qui est sûr c’est que le matin de bonne heure les cadavres de canettes jonchent les trottoirs aux abords des lieux de perdition.

La cible préférée des petits bandits locaux ce sont les wazungu, les zorey, quoi. Les Français de souche qui viennent s’installer ici. Ce sont des minorités visibles. Moi je fais partie des minorités invisibles. Personne ne peut à priori supposer que je ne suis pas Mahorais ou Comorien. Sauf quand j’ouvre la bouche. Souvent on me fait des sourires entendus à l’occasion d’une blague mais je n’y comprends rien. Les autres étrangers se rient bien des aventures et des violences que subissent les wazungu. Ils sont vus pour la plupart comme des colonisateurs qui perçoivent de hauts salaires, louent de grosses villas, vivent en circuit fermé entre le Camion Rouge et le Camion Blanc, entre les courses à Jumbo et les activités chez les Naturalistes . De nombreux fonctionnaires, enseignants, policiers, responsables associatifs. Wazungu n’est pas l’équivalent du gringo sud américain. Le wazungu est blanc et son féminin est la wazunguette . Moi je ne vois pas foncièrement de différence entre un fonctionnaire wazungu et un autre qui ne l’est pas. J’ai l’impression que le rêve de tout jeune Mahorais est de partir en France. Souvent je vois la Tour Eiffel qui brille sur les portables. Puis quand vient l’âge on rentre au pays où on navigue entre deux terres et trois îles. On peut être né en Grande Comore, avoir vécu longtemps en Europe puis s’installer à Mayotte tout en rêvant de s’installer un jour sur son île natale où selon tous les Comoriens il fait bon vivre malgré la pauvreté. Mayotte est pleine de femmes et d’hommes venus des Comores, de Madagascar prêts à tout pour vivre une vie meilleure. Ce sont les petites mains de Mayotte, les pêcheurs, les maçons, les peintres, les agriculteurs, les lavandières, les revendeurs de fruits et légumes ce sont ces derniers qui font vivre l’île au jour le jour. Car les Mahorais occupent les fonctions nobles. Ce sont les aristocrates. Les classes possédantes, les Français plus français que les Français. Alors que pour beaucoup d’autres la France c’est la souffrance. Au bataillon de wazungu viennent s’ajouter le bataillon des Francos : les franco marocains, Franco algériens, Franco tunisiens, Franco togolais, Franco sénégalais, franco comoriens, Franco congolais, Franco réunionnais, Franco malgaches, franco guyanais, franco martiniquais et franco guadeloupéens. C’est la France en marche, ce 101ème département, mais la France en marche arrière . Et l’ennui c’est que je collabore à cette entreprise condamnée à maintes reprises par les Nations-Unies.

merci au maki et au fruit à pain que j’ai croisés sur ma route

On ne  regarde jamais assez le ciel. Hier à midi un fruit à pain vert est tombé de son arbre et a manqué s’écraser sur ma tête. Je ne sais pas les dégâts que peut causer un fruit à pain vert, je n’ai pas calculé l’intensité de l’impact au centimètre carré de crâne tondu, mais je me suis estimé heureux que quelque part la collision ait pu être évitée. J’ai regardé le fruit à pain dévaler la pente comme une bombe à retardement et je me préparais à courir derrière et à le récupérer. Un petit morceau de fruit à pain frit n’a jamais fait de mal à personne et puis ça lui aurait appris à ne pas faire peur aux idosos, mais le lascar de fruit à pain sentant venir les coups de fourchette à continué à dévaler puis s’est jeté dans un caniveau. Ah non reste dans ton dalot mon ami, je ne vais pas me casser une côte pour te faire frire.

Le soir j’ai signé mon contrat, mon bail. Et ce matin j’ai posé mes deux valises dans mon nouveau domicile. Vide. Ni table, ni chaise, ni lit. Pire encore, ni électricité, ni eau. J’aurai l’électricité le 5 septembre Inch Allah. L’eau, n’en parlons pas il faut que non seulement je paie 88 euros pour l’installation mais j’ai l’impression que ça va encore prendre plus de temps.

Mais je suis zen car ce matin sur le coup de 6h30 j’ai vu mon premier maki. Il m’a suffi là encore de  regarder le ciel. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un ouistiti, un mico leão azul de Lear . Mais la queue était bien trop longue. Puis j’ai pensé à un écureuil. Mais un écureuil en plein Océan Indien ? J’ai alors demandé à un passant. Mais l’animal que je lui montrais sur le fil télégraphique s’était déjà faufilé sur les toits. Il a dû me prendre pour un sacré lémurien! Mais j’avais eu le temps de le filmer rapidement. Finalement un couple qui se trouvait sous le toit où je l’avais vu disparaître répondit à ma question de savoir le nom de cet animal à longue queue. C’était un maki, une sorte de Lémurien. J’appris alors plus tard qu’à la campagne il y a beaucoup de makis mais les habitants ne les aiment guère car ce sont des dévorants. Ils mangent tout ce qu’ils trouvent.

https://youtu.be/i1GCfMlFWTs
Moi je pense qu’il doit y en avoir des gentils qui font régime car vu leur poids et leur constitution ils ne doivent pas manger tant que ça.

Le bonheur tient à de petits riens, de petits détails, d’images furtives, des instants infinitésimaux qui nous transportent loin des soucis du quotidien. Et si ce soir loin de mon nid douillet je m’endors sur la natte à même le sol c’est à ce petit maki et à ce fruit à pain apprenti assassin que je penserai. Merci fruit à pain, merci maki. Merci d’exister. Sans vous la vie n’aurait aucune saveur !

Vacances à Agalega

J’irai passer Noël à Agalega. Agalega est un archipel aux confins de Maurice. Plus de 1000 km. Deux îles, l’île du Nord et l’île du Sud. Population entre 200 et 300 habitants. 27 km carrés de superficie. Villages importants: Vingt-Cinq, La Fourche sur l’île  du Nord, et Sainte-Rita sur l’île  du Sud. L’économie des deux  îles est basée sur la noix de coco et le tourisme. Entre Noël et Nouvel An je vais visiter Maurice et Agalega, Inch Allah. A moins que je ne me laisse tenter par Madagascar ou le Mozambique ! Inch Allah !

J’arriverai par avion ou par bateau ?

Le cimetière de Manzarisoa entre histoire et infini

Quelque part entre les favelas de M’Tsapéré il y a un étrange îlot de verdure, une sorte de quadrilatère planté ici et là de pieds de fruit à pain et de manguiers. Des fleurs roses posent et semblent émettre un cri de silence strident dans la verdure.

Quelque part au centre de ce nulle part un énorme buisson d’épées-de-saint-Jacques vertes. Ces épées-de-saint-Jacques qu’on appelle au Brésil espada de Ogum sont des plantes grasses vertes striées de jaune qui assurent la protection des habitations. Leur office est de terrasser les démons. Leur présence ici  a Mayotte me rappelle qu’ici comme ailleurs au Brésil, dans l’Etat de Bahia, aux Antilles, en Guadeloupe, l’esclavage a sévi. Et qu’ici comme ailleurs on navigue entre histoire  et infini, infini étant pris dans le sens d’irrationnel, d’impalpable. Le temps à fait son œuvre mais je repère les traces de petits quadrilatères de pierre dont on ne sait si ce furent des tombes. Je pense à un cimetière d’esclaves. L’endroit a été clos. On voit les grilles vertes qui ont clos l’enceinte. Mais à plusieurs endroits le grillage à été défoncé. Dans ce havre de paix aucune âme ne pénètre. Les enfants jouent à la frontière de ce périmètre. Quel interdit les empêche de pénétrer dans un tel paradis? Parfois je pense qu’autrefois une rivière passait par là, car cet espace est vallonné, et que jadis des lavandières y faisaient leur lessive. À deux pas, séparé de ce parc étrange, il y a un terrain désaffecté où les jeunes jouent au foot, où ont lieu les répétitions de cérémonies de mariage coutumier. Les tambours y résonnent au milieu des graffitis. On se croirait aux portes de ce quadrilatère aux portes du triangle des Bermudes.

Le cimetière n’est pas désaffecté. Il y a une partie semble-t-il catholique, une autre musulmane. Le jour de l’an musulman le 22 septembre 2017, soit en l’an 1439 de l’ère musulmane, j’ai vu un groupe de personnes, tous des hommes, à la nuit tombée, sous la lumière de torches, creuser la terre, la bêcher, la retourner. Puis amener sur place de leur domicile d’énormes roches qui ont servi à circonscrire l’espace du tombeau où est enseveli un parent ou un ancêtre.

On met même des salouvas aux régimes de bananes.


J’ai déjà vu cultiver des poires dans des bouteilles qu’on remplissait d’eau-de-vie quand les dites poires arrivaient à maturité. Mais je n’avais jamais vu de régime de banane fagottée de salouva. Le salouva est le vêtement par excellence des mahoraises. Il est ample et large. Dessous on porte un body. C’est un peu comme s’habillent les Indiennes. Mais pourquoi imposer tel accoutrement à un régime de bananes. Pour l’éloigner de la convoitise d’autrui?  Ou au contraire pour stimuler chez le flâneur que je suis le désir? Pour cacher le degré de maturité des bananes aux moustiques? Affaire à suivre!

Mon premier mazaraka

Un mazaraka c’est à Mayotte un mariage. Sur l’île de la Grande Comore cela s’appelle un yada. C’est un mariage simple juste pour dire, pour faire savoir, pour officialiser les épousailles. Mais ce n’est qu’un échelon, une toute petite marche, par rapport à l’apothéose, le grand mariage, qui lui rime avec extravagance, richesse. On va à la mosquée, on prie puis tout le monde est convié à manger et boire. Au menu du jour du riz, du lait caillé, du kandé (de la viande de boeuf), des tripes de boeuf en sauce, un rougail et du mataba. 

C’est tout à fait par hasard que j’ai été invité. Je me baladais comme d’habitude et je vois dans une ruelle à huit heures du matin quatre ou cinq feux de bois. Sur l’un d’eux une marmite bout déjà. Ce sont des brèdes. Je vois aussi une vingtaine de boîtes de lait de coco, des ambrevades encore dans leur sac plastique, les tripes de boeuf. Je pense. Il doit y avoir une brochetterie en plein air le samedi midi. Je m’approche de celui qui semble être le propriétaire. Vous allez faire des brochettes? Oui me répond-il. De poulet, de poisson, de viande? Seulement de poulet et de viande. Et des plats, je vois un sac de 20 kilos de riz, vous devez faire des plats. Sa femme approche, souriante. Oui on va faire du mataba, des brèdes, du riz et du kangué. Super, ce sera prêt pour quelle heure? Treize heures. Et vous faites le plat à combien? C’est gratuit. C’est gratuit? Mais pour quelle raison? C’est une fête religieuse. Quelle fête religieuse? C’est le mariage de notre fille. Ooh excusez moi, j’ai cru que vous étiez une brochetterie au grand air. Mais il n’y a pas de problème. Venez à 13 heures manger avec nous. Oui ce sera avec plaisir mais laissez moi vous donner au moins un coup de main. Mais non cuisiner c’est le travail des femmes. Je lui demande si je peux venir comme je suis là en short, en tunique indienne et en sandales. Non, vous mettez un pantalon et une chemise. Je dois amener quelque chose, une boisson ? Non, vous êtes invité.

Je rentre chez moi, je me pomponne, me mets sur mon 31 avec mon vieux pantalon de shingteng. Ma belle chemise mauve et mes souliers de cuir marron achetés en promotion à Montpellier. J’arrive à 13 heures pile. Les hommes sont déjà là assis par terre en cercles comptant sept ou huit personnes. Je dois ôter mes chaussures pour m’asseoir sur les nattes. 90 pour cent des hommes portent koffyah et boubou. Le père de la mariée m’installe à une table où se trouvent les plus anciens et remet à tous ces seniors un sac jaune contenant 3 boissons (une bouteille d’eau, un Coca, et une Oasis Tropical) et 3 morceaux de gâteau enveloppés dans du papier alu. Mon guide est un professeur d’arabe et anglais à la retraite. Il m’explique un peu les plats. Surtout le lait caillé qu’on peut mélanger au riz et manger salé ou sucré. C’est délicieux. On m’offre aussi une sorte de coca à base de fraise. Pas d’alcool. Pas de fourchette, pas de couteau. Juste une grande cuillère. Et on me dit que si je veux je peux manger à la main. Très rapidement tout le monde s’éclipse. Je prends moi aussi congé. Je remercie le père de la mariée. Mais c’est lui qui me remercie. On m’explique que j’ai mangé et que manger c’est un travail. J’ai donc travaillé pour lui même si je n’ai pas prié. Je leur demande de m’appeler pour travailler à nouveau e cette façon  dès qu’ils en auront besoin, que je veux bien faire cet effort… je récupère mes chaussures. Je pars avec mon sac de victuailles. Je n’ai vu ni le marié ni la mariée mais j’ai bien mangé.

À la sortie les femmes cuisinent. Les cuisinières n’ont toujours pas mangé, me disent-elles. Mais je suis sûr que vous avez goûté. Bien sûr, me répondent-elles en riant. Elles sont en train de concocter dans un énorme faitout des brèdes mourongues. Le mariage ne fait que commencer. J’ai fait ma part de travail. Je me suis fait de nouvelles connaissances. Vivent les mariés. Le mois d’août s’achève.

 Je n’ai rien vu, il n’y a eu ni chants ni  danses mais en rentrant chez moi j’entends les échos des femmes d’Anjouan qui chantent leur mélopée. Je les ai souvent entendues mais jamais  vues. Je sais où elles sont. Je vais au spectacle. Là encore c’est gratuit. La cérémonie s’appelle Tahri. C’est une répétition. Il n’y a que des femmes si on omet les 3 hommes de la sono, un caméraman et un photographe. Et un homme âgé portant koffiah et boubou que je décide être le père de la mariée. Au centre dix-sept instrumentistes tambourinaires vêtues de jaune et blanc et parmi elles une ou deux solistes au chant assises sur des chaises vertes. Oui aussi douze femmes qui  portent des couleurs différentes, le meme imprime. Aux cheveux toutes ont un diadème de fleurs blanches. Je remarque aussi ds colliers de fleurs blanches et rouges. Il y encore 6 jeunes filles arborant des salouvas imprimés de rouge. J’essaie d’identifier la mariée. Tout le monde chante. Tout le monde danse. Il y a aussi l’assistance, le troisième cercle. Je ne rentre pas, je reste une heure debout. Espace de femmes et enfants ce soir. Je suis pour ainsi dire le seul homme extérieur qui regarde le spectacle.

Comme ce midi était l’espace des hommes. Le rythme est torride mais où est donc la mariée? Je cours sur internet pour retrouver un article sur Plaisirs d’Anjouan.

Home sweet cloud nine paradise

Enfin je vais atterrir. Après plus de deux semaines je vais atterrir. Ou alunir ou amerrir. Que sais je. Je vais me poser dans la maison jaune. M’Tsapere, je persiste et signe. C’est mon port d’attache. M’Tsapere son port de pêche, sa mosquee, ou plutôt des mosquées, sa rivière, sa mjc. J’ai trouvé par hasard en frappant aux portes. En deux semaines je n’ai frappe qu’à trois portes. La première m’avait amène vers un studio à Cavani, un peu trop loin, un peu trop en altitude,à  au moins 25 minutes de marche. Hier c’était la bonne. Bonjour madame, voilà je viens d’arriver sur le territoire, je suis déjà installé à M’Tsapere à Mandzarisoa mais je dois partir mardi. Je cherche un T2 ou un studio. Madame qui est en train de donner un biberon à un chérubin me pèse me soupese. Je suis professeur de français. Vous avez des enfants? Oui mais ils sont grands, ils sont en métropole. Et votre femme, elle va venir? Peut être en vacances en décembre. Qui vous a dit que j’avais quelque chose à louer? Personne je vous jure. J’ai eu le coup de foudre pour le jaune de votre maison et j’ai décidé de tenter ma chance. Ele me pese me soupese me dépece à travers les grilles. Enfin la grille d’entrée s’entrebaille et j’ai accès au paradis de la rue Zazaveri. Un T2 bien agencé à l’etage, non meuble, avec grande terrasse, air conditionné  et accès privatif. J’exulte. je dis: il est propre. Cela la surprend.  Pour elle il est sale. Il va falloir passer le balai, la serpilliere. Je relativise. Je voulais dire: les murs sont propres. Je veux. 400 euros hors charges. Quand on trouve le paradis on ne compte pas. Lundi soir on signera le bail. Il me faut une photocopie de votre pièce d’identite. En cinq minutes le dossier est bouclé. La propriétaire, Fatima, ne l’avait annonce nulle part et pensait le louer via Airbnb. Je lui dis être un spécialiste de Airbnb et que le problème avec Airbnb c’est qu’il faut installer wifi, télé et eau chaude. Et surtout les contrats sont courts, il faut en permanence nettoyer, ranger pour de nouveaux arrivants, que pour un proprio c’est bien plus intéressant un contrat comme celui que nous allons signer.

Ouf, j’ai du mal à y croire. Je saute presque dans la rue tellement je suis heureux. Je me sens comme dans la chanson Cloud Nine, des Temptations, I’m y a de cela…. un demi siecle…sur un petit nuage au neuvième  ciel. 

Étrange comme il y a  a des chansons qui sortent des cimetières  à pour venir vous hanter alors qu’on croyait dur comme fer les avoir pour de bon enterrees. 

La troisième tentative au culot a été la bonne. Exactement là où je voulais être. Sur un petit nuage au neuvieme paradis de M’Tsapere qui ressemble étrangement au Petit-Paris de Basse-Terre.

You can be what you wanna be

You don’t have no responsibility

On cloud nine

Every man in his mind is free

You’re a million miles from reality

On cloud nine….

You’re as free as a bird in flight

There’s no difference between day and night

It’s a world of love and harmony

You’re a million miles from reality

On cloud nine.

Ne croyez pas que suivant à la lettre les paroles de cloud nine je sois irresponsable complètement déconnecté à des millions de kilomètres de la réalité. Non nullement. Je savoure juste un instant fugace de bonheur, de ravissement. Autour de moi la pauvreté explose, dure et réelle. Je vois des enfants se baigner dans des canaux ou chuinte une eau aux allures douteuses. Dans ces mêmes eaux blanches les lessivieres lavent leur linge. Les égouts sont à ciel ouvert.Les enfants fouillent dans  l’ les poubelles non pas  à pour recuperer de quoi manger mais pour recuperer des mirecaux de  à polystyrène blanc pour se fabriquer des arles et jouer  à aux delinquants. Pour les favelas de première catégorie on peut emprunter des escaliers interminables. La misère ne s’y voit pas mais se devine malgré les antennes paraboliques de Canal Plus. Pour trois Euros et même moins on a un bon sandwich mais ce n’est pas tout le monde qui a trois Euros. Les femmes ont a vingt-cinq ans généralement un ou deux enfants âgés de 10 ans et plus. Dans cet univers de tôles et de planches je n’avais l’habitude de voir que des cochons. Nous sommes à Mayotte, le centre unième département. Nous sommes dans un des quartiers de la capitale. Dans les favelas de deuxième et troisième catégories ce sont parfois des réfrigérateurs éventrés qui font office d’escalier. Mais l’homme et la nature luttent avec courage pour la survie, pour des jours meilleurs. Il n’y a pas de jours fériés, seulement des jours et des nuits qui se succèdent. Mais que la nature est belle ! Et que les hommes et femmes sont dignes. Mahorais, Comoriens, Congolais, Antillais, Maghrébins, Senegalais, Réunionnais, Malgaches et Métropolitains. Un kaléidoscope bigarré d’aventuriers armes de leurs langues, leurs croyances, leurs cultures, leurs danses et surtout leurs rêves de nouvel Eldorado.