Plantes magiques, plantes médicinales, plantes apprivoisées

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Je vous ai déjà parlé ici des rimèd razyé. Et ici du potager tropical. Je vous ai aussi dit que j’étais petit fils de gadédzafè , vendeuse de simples, officiante dont les pouvoirs s’articulent pour l’essentiel autour de la connaissance des plantes. Je vous parlais de tout ça avec la distance qui sied à celui qui ne se souvient qu’à travers ses souvenirs d’enfance. Je vous parlais de l’expérience d’un enfant antillais qui même parti très tôt de sa terre natale, avait pu emmagasiner assez de références pour savoir l’importance des plantes magiques ou médicinales pour une vie saine et harmonieuse proche de la nature. Il y a deux articles qui m’ont passionné à ce sujet. J’ai même écrit un livre où l’héroïne principale vit dans l’univers des plantes.

Pour aller un peu plus loin sur ce sujet passionnant je vous propose de lire cet article d’Auguste Chevalier paru en 1937 sur le Journal des Africanistes et qui s’intitule « Les plantes magiques cultivées par les Noirs d’Afrique et leur origine,. Il ne se passe pas une semaine sans que un article évoque nos usines cachées , nos rimèd péyi, Je vous ai moi même évoqué le TRAMIL, les rimèd razyé, le pawoka, la margoze, le chiendent, le semen contra, Mais je voudrais aujourd’hui vous reproduire in extenso cet article que j’aime beaucoup paru sur l’excellent site  guadeloupe-fr.com.

J’aurais pu vous en communiquer le lien, cela aurait sans doute suffi mais je le trouve si bien écrit que je ne résiste pas au plaisir de vous le faire partager ici

Les plantes ont des vertus que les anciens connaissent bien. Les fleurs tropicales attirent l’attention des scientifiques. Désormais la nature est largement mise à contribution pour améliorer notre confort et notre bien-être.

La connaissance des plantes ne s’apprend pas comme une poésie ou une leçon d’histoire, elle s’acquiert au fil du temps. Suze Angély, Guadeloupéen et ancien professeur de français en a fait l’expérience : «je suis né sur les hauteurs de Cousinière, à Vieux-Habitants, juste après la seconde guerre mondiale. À cette époque, à la campagne, nous faisions corps avec la nature. C’était un mode de vie, bien plus qu’une éducation. Chaque maison possédait son jardin créole toujours organisé selon le même schéma. Tout à proximité de la maison se trouvaient les plantes médicinales pour soigner une conjonctivite, une diarrhée ou un rhume… Un peu plus à l’écart s’élevait le jardin potager avec la cive, les poireaux, ou le thym et encore plus bas, les plantations de patates douces, de giraumons, de madères, de malangas et de pieds de manioc. Lorsque la taille du terrain le permettait, les habitants plantaient des caféiers, des cacaoyers et de la vanille. Toutes les essences pratiquement avaient une fonction, que ce soit la racine de cocotier, l’agave, le dattier ou le poirier local.»

Les gens amélioraient leur quotidien avec les plantes. Un enfant ne trouvait pas le sommeil ; la mère choisissait de jeunes feuilles du corossolier et les plongeait dans son bain ou les utilisait pour combattre la fièvre. Les fleurs utilisées en infusion calmaient les crises de tachycardie. La chicorée mettait fin aux coliques. Les fleurs de papaye mâle étaient prisées pour soulager les rhumatismes. Les écorces de châtaigner pays ou encore celles de cacaoyer sont excellentes contre les lumbagos. « Il faut secouer l’écorce pour recueillir ce qui en tombe puis le mettre dans un linge enroulé autour de la ceinture pendant 48 heures et le mal est parti » explique Suze. La coutume impose de demander l’autorisation à la plante et après 48 heures, le miraculé doit aller prendre un bain de mer et en profiter pour jeter l’écorce derrière lui sans se retourner.

Ces plantes qui soulagent

Dans la pratique médicinale populaire, les préparations et les décoctions font souvent l’objet d’un rituel en relation avec la superstition comme le fait de couper une feuille en trois morceaux pour évoquer la Trinité ou de couper un citron en quatre. De nombreuses pratiques sont liées au cycle lunaire ; ainsi le thé « semen contra » doit être donné trois jours après la pleine lune pour être efficace.

La grossesse et l’accouchement ont toujours été entourés de nombreuses croyances et légendes. On provoquait la venue d’un enfant avec du « bois canon » ou encore du mimosa pudica. «Quand nous étions petits, à chaque vacances, nos mères préparaient une tisane mélangeant le chiendent, l’agoman, la raquette sans piquant, le «ti tengn» et un morceau d’aloe véra. Nous prenions cette tisane pendant cinq jours ; s’en suivait une purge à l’huile de ricin. Ce régime avait pour but de nous laver le corps et de nous « booster » pour la rentrée.»

Quand on perd sa voix, rien de plus efficace que l’herbe à poux de bois, la rose Cayenne ou la fleur de sureau blanc. Pour les maux de foie, on peut utiliser le pompon soldat, le thé-pays, le Cassia alata.

Il faut savoir identifier, mais aussi utiliser chaque plante comme le kaoka car au-delà d’une feuille, la potion devient toxique. Pour les bouffées de chaleur et tous les symptômes de la ménopause, les femmes utilisent la sauge. Le noni permet de régénérer l’organisme. L’armoise est excellente pour faciliter la circulation du sang. Quand les enfants ont un bleu, il faut écraser des fleurs de belle de nuit et les mettre sur le bobo. «Quand on se blessait un orteil, nos parents prenaient de l’herbe de charpentier, l’écrasaient et nous plâtraient l’orteil avec.»

Ces plantes qui font maigrir

L’herbe « mal-tête » mélangée à l’huile de carapate mettait fin aux maux de tête. «Nous, nous l’utilisions autrement. On mettait une feuille entre les pages de nos livres de classe et l’on écrivait dessus le nom de notre bien aimée. Si des racines sortaient, cela signifiait que l’élue de notre coeur partageait les mêmes sentiments. » Enfin, si les plantes sont couramment utilisées pour entretenir la forme et soigner les affections courantes, elles sont aussi très utiles dans le cadre de régimes amincissants. Elles constituent une aide précieuse : certaines jouent le rôle de « coupe-faim » en favorisant dans l’estomac un sentiment de satiété, d’autres ont un effet diurétique et dépuratif. Elles favorisent le drainage et détoxiquent l’organisme. Enfin, quelques-unes comme le thé vert, le café ou la noix de kola sont de véritables brûleurs de calories. Ainsi, les feuilles d’orthosiphon, plus connues sous le nom de « moustache à chat», contiennent du potassium et des flavonoïdes qui leur confèrent une très forte action diurétique. C’est un remarquable draineur de l’organisme. La pulpe du fruit de la «casse» a des propriétés laxatives douces ; plus connu, l’ananas contient une enzyme qui facilite la digestion et élimine les graisses, tout comme la papaye.

Le pouvoir des fleurs

Les fleurs fournissent de multiples molécules et dans leurs pigments se cachent souvent des actifs protecteurs et anti-âge. Et surtout, il y a leur parfum enivrant aux répercutions neuroendocriniennes de mieux en mieux maîtrisées. Dans les Antilles, l’arbuste épineux, l’acacia farnesiana, est exploité dans l’industrie du parfum en raison de ses fleurs particulièrement odorantes. On tire aussi profit de son écorce, sa gomme, ses graines et son bois. D’une manière générale, les fleurs exotiques sont particulièrement prisées et reconnues pour purifier la peau tout en préservant son écosystème cutané. Elles concourent à éliminer les toxines et laissent le teint remarquablement clair. L’hibiscus, grâce à son acide de fleur, dissout en douceur les cellules mortes, alors que l’ylang-ylang régule les peaux mixtes. Par ailleurs, ce délicieux baume odorant rééquilibre la flore épidermique. L’huile essentielle d’ylang-ylang est utilisée en aromathérapie car elle permet de réguler la pression artérielle sanguine (en cas d’hypertension notamment).

Autre chef d’oeuvre de la nature : l’orchidée. La Guadeloupe en dénombre de nombreuses espèces. Cette fleur sécrète de nombreuses molécules de défense qui ont pu être isolées. Elle stimule la synthèse des fibres de collagène et d’élastine et contribue au maintien d’une hydratation idéale. La fleur de vanille est utilisée sous des formes différentes : soins, lotions, toniques et eaux florales. Elle permet également de produire de l’huile solaire hydratante, de l’huile de massage et de l’huile de bain. Elle affiche des propriétés tonifiantes, dynamisantes, hydratantes, nourrissantes et aphrodisiaques. La vanille pompona (vanillon de la Guadeloupe) est l’une des trois espèces les plus cultivées dans le monde pour ces raisons. Le frangipanier appartient à la famille des Apocynacées qui compte sept variétés différentes dont l’une des plus connues est le Plumeria alba originaire des Antilles. La fleur de frangipanier est utilisée pour « la paix des sens», dit-on. En Inde, dans la cour des temples, ces fleurs blanches servent de reposoir à l’esprit des dieux conviés à descendre parmi les hommes.

Connue pour son effet relaxant, la fleur d’oranger raffermit et lisse la peau en douceur. Aussi, Jean-Marc Petit, producteur de vin d’orange à Baillif, pense prochainement l’utiliser.

Les vertus du vinaigre de banane

Mam Roro spécialiste de la fabrication du vinaigre de banane en Guadeloupe, est très soucieuse des bonnes proportions avant d’arriver au stade de la fermentation acétique. Les bactéries forment alors à la surface du vinaigre un voile léger qui se transforme en une masse gélatineuse appelée « mère de vinaigre ». Ce processus dure environ six mois, à l’issue desquels il ne reste plus qu’à filtrer le précieux liquide. Ce vinaigre bénéficie naturellement des vertus de la banane. N’est-elle pas, entre autres, réputée pour son effet antiacide et contre les brûlures d’estomac ! C’est pourquoi ce « vin aigre » est extrêmement doux pour les estomacs, même sensibles. Il est conseillé d’en boire une cuillère mélangée à un verre d’eau pour faciliter la digestion à la suite d’un repas un peu lourd. S’en badigeonner la peau apaise non seulement les démangeaisons des moustiques, mais sert aussi de répulsif. Ce vinaigre est idéal pour combattre les pellicules. Il suffit après le shampooing de rincer la chevelure, d’appliquer une à deux cuillères à soupe de vinaigre et de masser sans rincer. Comme l’odeur n’est pas forte, ce traitement n’incommode pas l’entourage. En contrepartie, il fait briller et fortifie les cheveux tout en éliminant les pellicules. Côté peau, il donne d’excellents résultats sur l’acné des adolescents. Le traitement sera répété tous les jours pendant minimum deux semaines. Enfin, pour les mycoses entre les doigts de pieds, une application d’une nuit suffit pour les faire disparaître.

Le peeling à la canne à sucre

Dérivé de la canne à sucre, l’acide glycolique évacue les cellules mortes à la surface de la peau et équilibre l’épiderme. Ce peeling est très prisé pour sa formule adoucie. Il déloge les cellules qui sont abîmées. Ce soin aux acides de canne à sucre peut être utilisé aussi bien sur le visage, les épaules, le dessus des mains que les jambes. Il faut avant la première intervention préparer sa peau avec une crème à l’acide glycolique, faire le traitement au centre de soin au minimum une fois par semaine sur un mois et entretenir sa peau à la maison pour qu’elle reste saine et nette.

Les améliorations visibles sont le resserrement des pores, la stabilisation des peaux grasses, l’élimination de l’acné juvénile, une meilleure hydratation des peaux sèches, la diminution des taches brunes, un plus bel éclat du teint et enfin une plus grande souplesse de la peau.

Il y a certes de nombreux blogs qui abordent les plantes médicinales de Guadeloupe et j’ai aussi tout particulièrement apprécié celui d’une chercheuse en phytopathologie Cécile Mahé qui lie la science, la magie et le verbe. Cela s’appelle La Sorcière et le Médecin qui a pour sous-titre Des Histoires de Plantes entre Science et Magie.

Outre le blog elle a un canal sur youtube . son blog m’a sensibilisé à beaucoup de plantes que je ne connaissais pas. Idem pour le site de Lucien Sabin , cet passionné des plantes. exploitant agricole, spécialiste en Plant a nou. Maintenant que je suis physiquement aux Antilles et je baigne dans les plantes médicinales. La théorie devient pratique, les souvenirs deviennent science. Et je m’aperçois que tous mes souvenirs sont liés à des plantes.

Je suis à Deshaies pour encore quelques jours dans les hauteurs et la dame chez qui j’ai loué une maison m’a fait l’honneur de visiter son jardin créole. Elle s’appelle Antoinette. Elle a bien quinze ans de moins que moi. On sent sa fierté à vous introduire à vous raconter ses histoires de plantes. Je suis bombardé de noms et d’usages. C’est sa grande soeur qui l’a initiée puis elle a appris petit à petit par elle-même. Elle loue deux maisons, l’une en étage au-dessus de chez elle qui peut contenir jusqu’à huit personnes et celle ou je suis de l’autre côté du jardin, plus simple qui peut elle aussi contenir 8 personnes mais peut être fractionnée en deux appartements indépendants. Tout autour il y a dans son jardin des manguiers, des pruniers de cythère, des grenadiers, des goyaviers, etc mais ce qui fait sa fierté c’est son jardin médicinal. en pots ou en terre les plantes étalent sans vergogne leurs effluves. quelques fleurs aussi, surtout les fleurs à la Vierge. Moi je me contente pour l’instant de faire des photos, je sens, je frotte, je hume, j’essaie de me souvenir, je me décrasse l’esprit. j’ai vécu cela au Brésil où là aussi je me suis initié mais avec le temps la mémoire s’efface quand on ne la pratique pas. Je vais m’y remettre, parole de petit fils de gadédzafè. Car je sais des choses que les Antillais ont pour la plupart oublié et en particulier sur le rapport des plantes avec l’occulte, les esprits. J’ai déjà évoqué les langues de belle mère, (sanseveria, langue a chat) je ne peux pas en voir une quelque part sans que je révèle à mon interlocuteur le sens de cette plante dans la cosmogonie afro-brésilienne. Quand il manque quelque chose je m’en étonne ! Tiens tu n’as pas de sandragon ? Pas de chiendent ? La personne peut avoir du patchouli, de la menthe, du gros-thym, des bols, du pawoka, du curcuma, du doliprane, du grenn-anba-féy, du douvan-nèg, du romarin, du soulier zombie, de l’arada, du ginseng, de l’herbe à charpentier, de la rose de cayenne, d du qui vivra verra, de l’anis, de la citronnelle, et les plus belles plantes à la vierge, si je n’ai pas vu sandragon, chiendent et semen-contra et langue à chat, j’ai comme un sentiment de manque, d’incomplétude. J’imagine qu’elle parle à ses plantes pour les remercier chaque jour que son Dieu fait comme elle parle au chevalier servant de son jardin créole, un chihuahua sage mâtiné de je ne sais quoi, de neuf ans d’âge qui ressemble au renard du Petit Prince et qu’elle a baptisé Nougat, aka Nounou pour les intimes. Et je me souviens des mots sages de Saint-Exupéry

Je vous livre ici quelques pages de mon album photographique sans retouche, sans filtre réalisé un dimanche matin de novembre, le 11 novembre pour être précis. Dès la fin de cette semaine je partirai habiter à Basse-Terre dans une autre maison au jardin encore plus immense et je continuerai mon apprentissage; cette fois ci avec Magguy.

Et je crois bien que je vais essayer d’apprivoiser le langage des plantes, cet essentiel invisible pour mes yeux,  en suivant la technique du renard dans le Petit Prince. Garder la distance raisonnable. M’approcher doucement, l’air de rien comme un chenille jaune et noire, du type de celle qui aime à hanter les feuilles et les tiges de la plante à la vierge et du jasmin, ne rien dire, revenir à heures régulières, les arroser de ma présence calme pour ne pas qu’elles sentent mon absence, pour qu’elles ne s’inquiètent pas, pour qu’un rituel s’installe cahin-caha. Et que de visite en visite on s’apprivoise et que j’en devienne responsable, pleinement en possession de mon héritage familial oublié.

Max Rippon et la route du saccharhum

 

« Entre sillage et sillon chaque trébuchement est une construction d’autres socs enfoncés dans la chair de la terre » Max Rippon

Max Rippon (1944-) est  le fils spirituel de Guy Tirolien (1917-1988). Il a d’ailleurs il y a plus de trente ans effectué la traduction en kreyol de quelques-uns des 33 poèmes  de ce dernier publiés  à Présence Africaine en 1961 et assemblés sous le vocable Balles d’or. A l’intérieur de ce recueil figure la fameuse « Prière d’un petit enfant nègre » qui date elle de 1943. Mais moi j’ai surtout mémorisé une ligne de son poème     « Redécouverte » où comme dans le Cahier d’un Retour au pays natal de    Césaire en 1939 il constate avec effroi que

« … rien n’a changé.

Les mouches sont toujours lourdes de vesou,

Et l’air chargé de sueur »

En 1977 Guy Tirolien publiera Feuilles Vivantes au Matin. dont le titre est tiré du dernier vers d’un poème de Saint-John Perse du livre Anabase écrit en 1924 et intitulé « Chanson » qui dit

Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire

Il y a entre Rippon et Tirolien des vases communicants étranges car Rippon est né à Grand-Bourg, Marie-Galante tandis que Tirolien est mort au même endroit. Tirolien est né à Pointe-à-Pitre tandis que Rippon a quitté   Grand-Bourg à l’âge de 11 ans pour s’installer à Pointe-à-Pitre. Les deux parcours galantais se complètent. L’un prend le français au collet tandis que l’autre fait la part belle au kreyol.

D’autres influences sont celles qu’il a reçues de poètes radicaux comme Sonny Rupaire et Hector Poulet, partisans d’une poésie créolophone et engagée que Rippon a longtemps pratiquée et surtout déclamée. Il se démarque des autres par son style, son créole basilectal marie-galantais et sa préciosité, son raffinement, sa recherche qui rendent parfois son texte hermétique mais qui font résonner en nous sans que l’on sache bien pourquoi les flux et reflux de la singularité créole.

Rippon commence en  fait quand Tirolien finit. Il publie en 1987 dans la propre maison d’édition Aicha son premier ouvrage Pawol Naïf suivi en 1989 par Feuille de Mots aux Editions Jasor.

Voici ainsi son poème extrait de : Débris de silence (2004)

Débouya sé péché ou sav

Débouya pa péché

yo fè-w akwè

konplo a nèg sé konplo a chyen

yo fè-w akwè

palé kréyol sé pawol a nèg-dalo

yo fè-w akwè

nèg ni mové mannyè

nèg ka kaka an tou

nèg sé dènyé nasyon apwé krapo

yo fè-w akwè

é ou kwè tousa dépasé kwè

ou kwè lanmè sèk

ou kwè ravèt pani rézon douvan poul

ou woufizé mèt lèspwi a-w

égal pat égal mòdan

pou péyi-la pran lèv an avan

é flangé lanm kon penn-kanno cho défouné

ou woufizé bwaré lang a manman-w

ou wounonsé tété an manmèl

ou woufizé triyé diri é pach an tré

ou lésé van vanné pawòl ki di-w

débouya sé péché

kokangé sé honté

prangad

ou woufizé tann lokans hélé an koulé

prangad

fwè gadé kò a-w an fas

kenbon

fouwé zotèy a-w an fon tè gras

pou rédé péyi-la vansé

ti-tak douvan

Max RIPPON

J’aime ses poèmes mis en musique par Urbain Rinaldo comme ici Mawonnaj, extrait lui aussi de Débris de Silences.

et autres comme Perdre pied et attendre, tiré du même opus.

Max Rippon vient de commettre un ouvrage à trois mains autour d’une graminée. A lui le texte poétique, à Alain Darré les photos sur support d’aluminium (subligraphie) faites à Marie-Galante, à Michel Gravil la composition musicale. Quant aux prises de son qui nous immergent dans les flèches de canne, les machettes, le vesou, la mélasse et le clairin, elles sont de Ludovic Sadjan.

Tout cela pour retracer l’odyssée du rhum, ou plutôt la route du rhum intime de chacun qui est d’abord la route de la canne à sucre (Saccharum officinarum) en prenant pour héroïne l’île aux cent moulins. L’ouvrage s’appelle Saccharhum. L’exposition a été présentée à Saint-Malo avant le départ de la Route du Rhum du 6 octobre au 4 novembre 2018 et sera présentée à Pointe-à-Pitre du 9 au 30 novembre.

 

Igname jaune de Caféière, gombo

La vue de la liane en fleur de l’igname jaune m’émeut. Tout comme me touche la vue de ses feuilles volubiles comestibles en forme de coeur ! Je suis un hommes à racines. A tubercules. A rhizomes. Quand j’ai vu le vendeur de fruits et légumes en bord de mer de Deshaies mon coeur a sursauté. Instantanément j’ai vu les ignames jaunes. Igname jaune de Deshaies. Pas de Bouillante, pas de Pointe-Noire. Il n’y avait pas l’appellation sacrée bio mais qu’importe. L’eau m’est venue instantanément à la bouche. J’ai eu comme une apparition de la Sainte-vierge à Bernadette Soubirous. Une kirielle de fourmillements et de démangeaisons s’est emparée de mon palais.

Igname jaune de Caféière, clamait le vendeur à qui voulait l’entendre. La terre de glaise deshaiesienne collait encore rouge et noire aux tubercules géants. Moi méfiant tout d’abord, j’entrepris de sonder l’âme de ces racines. Chaque blessure a sa façon de cicatriser et c’est en fonction de l’apparence de ces stygmates que j’achète. Car le saviez vous l’igname jaune comme le dachine et d’autres tubercules peut irriter la peau des âmes sensibles.

Diascorea cayenensis contient en effet un liquide blanc chargé de raphides (fins cristaux d’oxalate de sodium ou de carbonate de sodium) qui une fois qu’il entre au contact de votre peau peut si y vous y êtes allergique vous irriter et vous brûler. La solution l’éplucher rapidement puis laver l’animal sous l’eau froide. Ne jamais laisser l’animal au contact de l’air car il s’oxyde rapidement et brunit. Ou utiliser des gants. Certains mettent dans l’eau du bain une feuille de bois d’inde, d’autres du jus de citron.

Moi j’aime le contact avec l’animal appelé aussi igname de Guinée. Il y a de nombreuses qualités d’igname, igname blanc, l’igname jaune, l’igname ailé, Caillard, boutou, saint-vincent, cambarre, grosse caille, etc mais moi je me pâme pour l’igname jaune. C’est une longue histoire d’amour, archétypale tout comme celle qui me lie au gombo et à la feuille de de dachine. Belle tryade dont je ne saurai dire qui est le Père, qui est le Fils, qui est le Saint-Esprit !

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Il faut dire que dans les cosmogonies anciennes africaines le long du golfe de Guinée l’igname ne pouvait pas être mangé à n’importe qu’elle époque de l’année à n’importe qu’elle heure. Il était tabou à certaines époques de l’année et on préférait mourir plutôt que d’en consommer.

Moi, adorateur de l’igname jaune, je le vénère bouilli, pilé, frit, grillé, râpé à cru, lié à l’oeuf et aux épices et frit comme une crêpe, avec beurre, avec huile d’olive, avec huile de palme, avec sauce gombo, aussi appelée sauce kilométrique à cause de son aspect gluant, avec crabes, avec crevettes, avec poisson; avec oeuf dur, avec oeuf sunny side up ou sunny side down, avec épinards, avec calalou, avec feuilles d’hibiscus comestible (bélé), avec, avec…

Il n’y a guère que cru que je ne le croque pas ! Ce n’est pas recommandé à cause de l’amidon.

Mais par amour pour cette plante aux lianes volubiles en forme de coeur si elle l’exige je ferai le sacrifice.

ah cet igname jaune (Dioscorea ))

Sauter-mater à la mode de Montserrat

Sauter-mater c’est faire la fête sans trop se prendre la tête. Bouger son corps à perdre haleine, sans escale et sans assistance, sans artifice jusqu’à ce que les rotules demandent grâce. Jusqu’à ce que les reins  se révoltent et implorent le repos et la bouteille d’eau fraîche pour compenser les pertes. Jusqu’à ce que la sueur qui perle se fasse rivière, fleuve, océan et que la chemise se soit transformée en serviette de plage.

J’ai beaucoup sauté-mater dans ma vie. Et de temps en temps je ne répugne pas à booster le vieux-corps que je suis devenue. Il faut parfois se faire violence mais il y a des rythmes qui me font hérisser les poils de mes pieds et jambes et alors plus rien ne m’arrête. Et parmi ces rythmes il y a en a deux, le calypso et la soca, que je vénère par-dessus tout. Oui pour sauter-mater je ne connais pas mieux !

Je n’ai rien contre le zouk mais il faut être deux, je n’ai rien contre la salsa que j’adore aussi mais il faut être deux. Pour danser seul, sans haine et sans honte, il faut le calypso ou la soca et là même un unijambiste montserratien ou trinidadien vous montrera comment on fait valser la piste.

Pas besoin de vous faire une historique e ces deux genres musicaux. branchez-vous seulement sur une station de radio qui distille à longueur de journée votre médicament !

eh bien moi en bon calypsonian, je me branche aussitôt réveillé sur  ZJB RADIO, the Spirit of Montserrat, live from  Plymouth, Montserrat.

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Je ne sais pas trop expliquer pourquoi mais j’ai toujours aimé ce mot Montserrat. Au Brésil mon rêve était d’habiter dans le quartier de Montserrat, un petit quartier tranquille en face de la mer, derrière l’Eglise de Bonfim, à Salvador, Bahia, Brésil.

Un jour, c’était pendant l’été 1995, j’ai vu que Plymouth, la capitale aux pieds du volcan, avait été ensevelie sous les cendres et c’est alors que Montserrat est entrée dans mon imaginaire, comme île fantôme. Une bonne partie de la population insulaire a émigré vers la Grande-Bretagne. Deux tiers des Montserratiens vivent en Grande-Bretagne et ont un passeport britannique. Du coup j’avais oublié Montserrat qui pourtant ne se trouve qu’à km de la Guadeloupe. On peut voir Montserrat de Deshaies par beau temps. et ne voila-t-il pas que je reçois en live  sur 95.5 MHZ ZJB Radio ! S’il y a une radio c’est qu’il y a des gens ! Les gens ont trouvé refuge loin de la zone V, celle du qui se trouve à portée des cendres du volcan Soufrière Hills et la ville submergée sous les cendres de Plymouth la vie continue. Antigua renaît

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Montserrat est revenue à la surface même si l’activité sismique est toujours présente. Cela fait plus de 23 ans que l’éruption est en cours avec des hauts et des bas ! Il y a eu les cendres, les coulées de lave, les débris, les coulées pyroclastiques, bref il y eu avant tout cela Hugo, le cyclone en 1989. Bref Madame Soufrière a fait des siennes. Depuis 1997  Plymouth au sud-est de l’île a été abandonnée et placée en catégorie V. Interdiction de circuler sauf accompagné d’un guide habilité. Quand aux autres parties de l’île les secteurs dits A et B sont des zones habitables, tandis que les secteurs C et F ne sont pas habitables mais peuvent être parcourus de jour mais pas de nuit.  Il suffit de voir le site Visit Montserrat pour comprendre que l’île a repris du poil de la bête. Au diable la fatalité. Il faut vivre avec ce risque comme nous vivons en Guadeloupe avec le risque des cyclones, des secousses sismiques et telluriques.!

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Je sens que Montserrat, qu’on appelait autrefois the Esmerald of the Caribbean, l’Emeraude des Caraïbes,  va devenir incessamment sous peu mon port of call, mon port d’attache. Tout de même elle se trouve à 86 km au nord-ouest de la Guadeloupe, à 55 km au sud-ouest d’Antigua  et à 62 km au sud-est de Nevis. J’ai déjà tout prévu pour me rendre sur ma Pompei moderne. Eh oui je meurs de sauter-mater avec Madame Soufrière !

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  1. Aller retour en ferry de Basse-Terre à Saint-John’s (Antigua et Barbuda).via jeansforfreedom.com
  2. Puis ferry de Saint-John’s à Plymouth. Ce ferry prend 1h30 et coûte 300 EC$

On peut aussi y aller en ferry via jeansforfreedom 3 fois dans l’année. En 2019 ce sera à la Saint-Patrick le 16 mars, le 4 mai et le 17 juillet. Le départ se fait à Basse-Terre à 7 heures su matin . On est à Montserrat à 9 heures. Le retour c’est le jour même à 18 heures pour arriver à Basse-Terre à 20 heures. L’aller-retour coûte 89 €.

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Le problème c’est qu’il y a très peu de trafic aérien direct avec mon île fantôme. Ou alors cela coûte les yeux de la tête. On peut effectivement trouver des vols pour se rendre de PTP Pôle Caraïbe en Guadeloupe à  MNI John A. Osborne Airport (Gerald’s,  Montserrat). Mais à quel prix ! Voyez plutôt. Tout cela pour parcourir 57 miles en 45 minutes en coucou à   8 places !

Et moi je voudrais y passer entre Antigua, Barbuda , Montserrat, et éventuellement Nevis un minimum de 15 jours. Les voyages découvertes d’une journée au pas de course, très peu pour moi. Ah non sauter-mater au pas de course, ça va bien pour le carnaval, mais moi je ne veux pas participer au vidé, messieurs dames, j’ai rendez-vous avec Madame Soufrière et je commence dès à présent à m’entraîner car cette dernière a un fameux déhanchement que je veux pouvoir suivre comme du papier millimétré sur l’oscilloscope.

Une autre solution serait de trouver un bateau à Deshaies qui me dépose sur le Fantôme d’Emeraude.

Mais la solution la plus évidente c’est d’arriver à Antigua et de là prendre soit un avion soit un ferry.

Air Canada

American Airlines 

British Airways 

Caribbean Airlines

Delta

LIAT

Thomas Cook

United Airlines

US Airways 

Virgin Atlantic

West Jet

Puis de Antigua prendre l’une des compagnies aériennes locales qui vous emmèneront sur Montserrat en 15/20 minutes ou le ferry en une heure et demie.

Par exemple on peut avoir un vol aller-retour entre ANU Antigua VC Bird Airport à MNI Montserrat pour entre  150 et 200 USD via FLY MONTSERRAT ou Montserrat Flights (ABM AIR).

Alors on danse, Madame Soufrière ?

 

Purée de banane jaune, riz et merguez

Prenez trois bananes plantains bien mûres. Coupez-les en trois tronçons et mettez à cuire dans l’eau avec leur peau. Quand elles sont bien molles, les débarrasser de leur peau et les écraser en prenant bien soin d’éliminer les petites graines noires situées en leur milieu. Réserver. Mettre à réchauffer du lait avec de l’oignon coupé en fines lamelles, ajouter de l’ail en purée, du sel, de la noix muscade, du poivre, et du beurre. Integrer à feu doux la banane en remuant jusqu’à ce que le mélange soit homogène. On peut, si on le désire mettre de la purée de piment. Servir avec du riz et des merguez et une petite salade.

Cette purée en République Dominicaine s’appelle mangu quand elle est préparée à partir de banane plantain verte. C’est le plat symbole de République Dominicaine. Les plátanos, les bananes plantains vertes, sont réduites en purée et servies avec de l’oignon frit, des oeufs, du fromage et du salami frit. Rien de tel pour commencer la journée avec en plus une ou deux tranches d’avocat.

Rien à voir avec la mangue.

313 pépins de grenade

Je ne suis pas du type à avaler n’importe quelle baliverne. J’ai goûté l’autre jour du jus de grenade. J’ai sucé des pépins de grenade. Puis naturellement je me suis documenté sur ce fruit qui aurait été la vraie pomme d’Adam et Eve. Cette grenade que appelait autrefois pomme punique aurait donc été le fruit de chute. C’est à cause de cette grenade que le paradis serait devenu enfer sur terre. Déjà cette grenade a fait parler d’elle dans la mythologie grecque. C’est le fruit dont Persephone/Proserpine, fille de Zeus/Jupiter et de Demeter/Ceres, aurait dégusté six pépins en Enfer. Après avoir perdu sa virginité après avoir été enlevée et violée par Hades/Pluton le dieu des Enfers elle est condamnée à vivre six mois sur terre et six autres en hiver. Certains murmurent même que ce serait volontairement à l’insu de son plein gré quelle aurait dégusté le fruit interdit de l’enfer pour pouvoir échapper à une mère castratrice. Certaines préfèrent les nourriture célestes, d’autres les nourritures marines, d’autres comme Proserpine sont accro six mois aux nourritures terrestres, six mois aux nourriture infernales. La grenade aux pépins infernaux. Mais aussi la grenade apparaît bienveillante pour d’autres coutumes qui lui confèrent même le nombre incroyable de 613 pépins voire de 1000 pépins chez d’autres. Il fallait que j’en aie le coeur net. J’ai donc cueilli ce matin au grenadier de mon jardin la plus belle des grenades. Et un à un j’ai compté les arilles. Trois cent treize ! Loin du compte. Alors qui croire. Forcément j’ai des doutes. Et si c’était la même chose pour le serpent. Et comme fait exprès ne voilà- t-il pas que se présente devant moi une chenille noire et jaune. Voilà qui me semble raisonnable. Au lieu de la pomme et le serpent, la grenade et la chenille. Mon paradis sur terre

Toussaint Ordinaire à Bouillante

Aujourd’hui premier novembre 2018 je vais fêter la Toussaint à Bouillante. En voiture Deshaies-Bouillante ça nous prend environ une demi heure. Nous sommes invités à passer la journée chez une cousine. Étape obligée en ce jour des saints la messe à l’église Saint-Louis de Bouillante. 9h10 l’église est bondée. Tout le monde est sur son trente et un, poudré , parfumé d’élégance en ce premier jour de novembre. Le blanc est de sortie. Tous immaculés. Sans tache. Les saints sont à l’honneur. Mais déjà dans les cimetières cela s’anime. Bouillante possède deux cimetières. Celui des Doublons et l’autre sans nom. Les Doublons héberge l’élite des défunts. L’autre le menu fretin. Ma famille sans doute est en grand nombre dans celui du menu fretin mais par acquit de conscience au cas où un vénérable ait existé parmi les trépassés miens je me promets de rendre une petite visite aux Doublons qui apparemment est plus proche de l’église donc plus proche de Dieu. Ça va commencer. Après quelques photos je m’éclipse. Je préfère prier sur le banc à l’ombre sur la place.

Puis c’est l’heure de la visite au cimetière. Apres un petit quart d’heure je decouvre UNE TOMBE INTITULÉE BALTIMORE.

Puis c’est le déjeuner des saints. Après un petit punch viennent la salade, tomate betterave, sardines, le concombre râpé , l’avocat, le blaff de colas, un poisson qui ressemble comme deux gouttes d’eau de mer au vivaneau, le fruit à pain, les poyos, la patate douce, le riz blanc, le piment et le cabri. Et comme dessert glace au coco et rhum raisins.

Entre saints, normal de se faire des gâteries. BON SOUVENIR que ce lodé de LA TOUSSAINT

Brasil acima de tudo, Deus acima de todos.

Brasil Uber alles. Vox populi vox dei. Les Brésiliens ont voté. Le Brésil par-dessus tout, Dieu par-dessus tous. Dans un pays qui se revendique toujours comme « abençoado por Deus et bonito por natureza » , béni par Dieu et beau par nature, il n’y a rien qui puisse choquer. Dans sa première allocution après la victoire la première action de Jair Messias Bolsonaro, né le 21 mars 1955 à Glicerio, dans l’état de São Paulo, ce descendant d’immigrés italiens et allemands élu sous l’affichage PSL, est de remercier Dieu. « Feliz é a nação cujo Deus é o Senhor. » Heureuse soit la nation dont Dieu est le Seigneur. « Deus é brasileiro » , Dieu est brésilien. Comment trouver à y redire. Moi je suis bête et discipliné quoique incroyant. La famille d’abord, dit un supporter de Jair Bolsonaro, président, Messie nouvellement élu du Brasil. Une sorte de petit caporal comme Napoléon Bonaparte. Tiens cela me rappelle la présidence jupiterienne de Macron, ses bras en croix, sa voix extatique. Tiens, il y a aussi du Trump dans cette passion pour les armes à feu. Moi je ne m’attache qu’au slogan. Pourtant je regarde Brasil et Deus et cela fait bizarrement « breus » dans ma tête. Les ténèbres, l’obscurité, les Brésiliens ont porté les ténèbres au pouvoir. Les ténèbres le saviez-vous portent les couleurs vert et jaune. La victoire tient parfois à peu de choses. Dans Bolsonaro il y a toutes les lettres de Brasil sauf le I. Dans Fernando Haddad il n’ y avait que le A. Et Haddad rime avec Maldade, méchanceté. Même si Bolsonaro est devenu mito, un Messie mythique, un bolsomito. Après 13 ans de pouvoir le PT rend les armes et entre en résistance passive. Comme d’habitude des unions contre nature auront lieu dans les ténèbres. Les opposants du Coiso d’aujourd’hui deviendront alliés de demain de la situation. Les journalistes frondeurs et impertinents se mueront en cireurs de godasses. La corruption ne fera que changer de visage. Dieu l’aura permis. Karcher, Lavajet. NOUVEAU MONDE, ah le discours politique. La sixième économie mondiale a voté. Le vote y est obligatoire entre 18 et 70 ans. A partir de 16 ans et après 70 ans, il est facultatif. Résultat : votes blancs, votes nuls totalisent 10 pour cent, soit près de onze millions de voix. Quant aux abstentionnistes ils représentent plus de 31 millions de votants soit 21 pour cent du corps électoral dans un pays où, rappelons-le encore une fois, le vote est obligatoire. Je ne doute pas que les intellectuels et autres opportunistes de garde qui avaient choisi de marquer leur distance avec Bolsonaro en votant et en photographiant leur bulletin de vote avec un livre sauront habilement retourner leur veste, toujours du bon côté.

Il aurait été naturel que ce livre soit la Bible puisque les trois quarts si ce n’est plus se revendiquent du christianisme. Moi j’ai vu pèle mêle parmi les relations Facebookiennes au Brésil invoquer le fascisme, l’extrême droite, les évangélistes, la dictature. Certains ont menacé de s’expatrier à Cuba ou au Venezuela en cas de victoire du Mito. Que assim seja. Ainsi soit-il ! Le chiffre magique du jour, le 17. Le chiffre maudit le 13. La différence entre le 17 et le 13 c’est plus de dix millions de votes. Messie, soixante trois ans, marié depuis cinq ans à Michelle Reinaldo, trente huitième président du Brésil, le huitième depuis la redemocratisation de 1986, a pris un coup de couteau dans le ventre mais Dieu dans sa grande miséricorde l’a épargné . Espérons seulement en bon évangéliste que Dieu mette le Brésil au chapitre un de ses attentions. S’il ne veut pas suivre le chemin du Venezuela et du Honduras.

Sur la route de mon rhum je navigue dans la catégorie Ultime

N’est pas skipper du rhum qui veut ! La catégorie Ultime est réservée aux forbans, aux corsaires, aux pirates, aux soixante pieds et plus. Les marins d’eau douce et saumâtre peuvent s’accommoder de la classe 40, voire de l’open 40, mais les marins, les vrais de vrais, les Ulysses de la goutte multicoque, se comptent sur les doigts de la main. Les Eric Tabarly, les Mickael Birch, les Vasco da Gama et leurs tafias mythiques. Pas besoin d’être ingénieur, nul besoin d’être météorologue pour dompter les quarantièmes rugissants qui séparent le petit canard du comptoir des lèvres. Saint-Malo-Pointe-à-Pitre, cul sec sur trois mille cinq cent quarante deux milles! Pour pénétrer dans ce saint des saints de la ligue internationale de la Guildive, pour pouvoir fréquenter cette catégorie reine et être admis au Yacht Club du Rhum, il faut comme partout faire ses classes. Non, on ne devient pas capitaine de Pen Duick ni de Damoiseau comme cela en deux coups de vents, il ne suffit pas de se mettre une bouée autour du cou et pratiquer deux brasses de moussaillon. Non les skippers du rhum on d’abord comme nécessité première d’aimer la couleur canne de la mer agricole, d’aimer le flux et le reflux de la marée de canne, aimer voir les flèches de cannes onduler en vagues sous le vent, naviguer dans le Bologne, dans le ti-sec, on parle même de premier biberon comme une potion magique où seraient tombés les plus grands skippers du punch. La formation du rhumier se fait de chaudron en chaudron et quand bien même on a franchi le Cap Horn il y a toujours d’autres caps de Bonne Espérance à franchir.

Heureux comme un pélican perché au bord de l’eau à Honoré sur un pied de caltapa

Heureux comme Ulysse, heureux comme un pape, un roi. Un prince, une puce, un coq en pâte. Heureux comme un enfant, heureux comme un poisson dans l’eau. Et pourquoi pas quatre ? Heureux comme un pélican perché au bord de l’eau sur un pied de caltapa (Thespesia polpunea) . Ou de mancenillier (Hippomone mancinella) . Comment savoir la différence ? Attendez qu’il pleuve. L’un est toxique, l’autre pas. Ils sont cousins, ils se ressemblent. Ils aiment tous deux les bords de mer, le sable et ont des fruits en forme de pomme. Si vous en ressortez brûlés c’est que c’était un mancenillier. Si les feuilles sont cordiformes c’est un caltapa. Heureux comme un pélican plongeant son bec dans le bleu des vagues et en ramenant un coulirou bien frais, bien dodu. Heureux comme un pélican qui savoure son cocktail du jour avant de se délecter de son poisson cru. Vous voulez la recette du cocktail du bonheur. Je vous la donne. Chut. Secret d’état. Vous prenez un verre. Vous y jetez votre double dose de rhum blanc Damoiseau à 50 degrés. Ensuite un petit jet de miel et une doucine de sucre de canne. Trois ou quatre lamelles de citron vert, sept quenettes avec leurs noyaux, et trois glaçons ou mieux encore trois glaçons réduits en glace pilée.

Dégustez lentement sur le coup de onze heures du matin… et vous comprendrez instantanément ce que veut dire heureux comme un pélican perché au bord de l’eau à Honoré sur un pied de caltapa aux fleurs oscillant entre jaune pale et rose.