« Sur le chemin de l’école » quand elle est tout sauf buissonnière

Les paysages sont incroyables, époustouflants, à couper le souffle. Ils pourraient aisément s’y retrancher comme dans une tour d’Ivoire. Mais non. Aux quatre coins de la planète, en dépit des soubresauts sociaux, psychologiques, politiques et météorologiques de jeunes héros et héroïnes prennent à bras le corps le chemin de l’école, franchissent les obstacles, les embûches, les distances comme des oiseaux d’envergure phénoménale. A pied, à cheval, en voiture, au pas de course, en chaise roulante tous les chemins mènent vers le savoir. Qu’on naisse au Kenya, au Maroc, en Inde ou en Argentine, qu’il pleuve qu’il neige, sous les regards des moutons, des girafes ou des éléphants l’appétit, l’envie, la détermination, le courage et l’abnégation sont les ingrédients d’un périple pour l’apprentissage et l’instruction. Dans Sur le Chemin de l’Ecole Pascal Plisson nous propose une plongée en apnée dans les cheminements quotidiens du combat permanent auquel doivent se  livrer  des milliers d’enfants à travers le monde.

En sortant de l’école on rencontre, comme le dit Prévert par la voix des Frères Jacques, un tas de choses incroyables comme des voies de chemins de fer qui s’arrêtent pour ne pas écraser les fleurs,  des lunes et des étoiles qui se baladent en bateau à voiles, la mer qui se promène avec ses coquillages, un sous marin pour chasser les oursins et même une maison qui fuit le vent qui veut l’attraper. Mais sortir de l’école comme aller à l’école même sans wagon doré peuvent se révéler des périples extraordinaires vers des îles parfumées et les naufrages de saumon fumé que seul le savoir permet de savourer à pleines dents et sans arrière-goût.

 https://youtu.be/oWn7CQGNIa4

http://youtu.be/PT3jAJ4QHPg

J’irai un jour à Curacavi, inch Allah !

J’irai un jour à Curacavi. C’est une bourgade chilienne entre Santiago la capitale et Valparaiso sur le littoral. Les Français disent Valparaiso et prononcent raiso comme réseau. Moi j’ai plaisir à dire Ra-i-zo. Car paraíso veut dire paradis. Valparaiso serait donc la vallée du Paradis.

Mais pourquoi irais-je à Curacavi plutôt qu’à Valparaiso ? Voyons voir. Il y a les vendanges, le bon vin chilien donc dont la renommée n’est plus à faire, la fiesta de la chicha en avril, la feria costumbrista en septembre,  la fête de la cerveza, la bière en novembre, et il y Adios Nonino d’Astor Piazzolla (1921-1992).

Astor n’est pas chilien, ni de Curacavi et n’a probablement jamais mis les pieds à Curacavi mais qu’importe il est venu plusieurs fois au Chili, pays proche de son Argentine natale, et pour la dernière fois en juillet 1989 ! Que demande le peuple!? Un être vous manque et tout est dépeuplé comme dirait l’autre. Alors argentin ou kanaque ou comorien qu’importe pourvu qu’on est l’effluve bandéonesque où vibrent aussi bien les ombres de Carlitos Gardel, Stravinsky, Bartok, Ravel, Penderecki et Lutoslawski !

 

 

Je ne suis pas à proprement parler un spécialiste du tango. J’aime Piazzolla comme j’aime Villa-Lobos. J’aime à vrai dire plus les accords de guitare, les neuvièmes, les onzièmes, que les septièmes et les mineures, mais Maestro Piazzolla sans que je sache pourquoi me transporte peut-être inconsciemment sur une axe Buenos Aires que j’ai visité en 1986 et Santiago que je ne connais pas, dans la mesure où je suis toujours en éternel transit dans sa Ballade pour un fou sur un texte de Horacio Ferrer interprété par Roberto Goyeneche.

Pour en savoir plus sur Curacavi voyez donc les images qu’affiche Trip Advisor sur cette localité située  dans la région  métropolitaine  de Santiago. Voyez:

http://www.tripadvisor.com/LocationPhotos-g2064519-Curacavi_Santiago_Metropolitan_Region.html


Jasmin, bougainvillees et épingles à nourrice

Colliers de fleurs, broches de fleurs. Feuilles, fleurs et bractées, parent et embaument tout. Jasmin (Jasminum officinale), ylang-ylang (Cananga odorata), frangipanier (appelé ici n’gayabe), patchouli, basilic, bougainvillée tout concourt aux fragrances subtiles, odorantes et capiteuses que flaire immanquablement le visiteur. Pour confectionner une broche de fleurs c’est tout un art de patience et d’adresse. Il faut bien 5 minutes et un nombre incalculable de petites fleurs de jasmin. Pour un collier on peut faire alterner les couleurs et les senteurs en fonction de l’evenement. Lors d’un mariage par exemple des colliers fort différents sont confectionnés selon qu’ils vont être portes par le marié, la mariée, la belle-mère, les témoins, le beau-père. Si vous revenez de pèlerinage de La Mecque vous aurez droit à votre collier, tout comme à votre arrivée à l’aéroport. Si vous êtes un personnage important, un fundi par exemple, vous n’y échapperez pas.

Et cerise sur le gâteau le jasmin est dit aphrodisiaque. À porter a la boutonniere en broche avec modération, donc.

 Il  y a pourtant aussi à Mayotte une fleur que je trouve fort belle et qui tapisse les clôtures et les cimetières, c’est la liane corail, (Antigonon leptopus): personne n’en tresse des guirlandes, nul ne la porte ni en collier ni en broche. 

C’est bien dommage même si on la dit grimpante et envahissante. Chaque fois que je vois cette liane corail en plein jour il me semble que la lune qui sommeille dans son jardin chuchote des mots doux aux étoiles tout en dansant le merengue.

Le Brésil et Mayotte

Não muito longe da minha casa, na cidade próxima de Tsounzou tem uma brasileira, parece. Ela é professora ou educadora, sei la ! Ela esta na fai tuxa os trinta, pelo que me falaram dois professoyres que ja a encontraram.

Sempre achei esquisito não ter encontrado alma brasileira que viva nessa ilha do cavalo marinho e do ylang ylang. Brasileiro gosta de riqueza e coisa diferente e talvez por Mayotte ser pobre em relação a outras partes da França continental pensei que não podia atrair uma brasileira sã de cabeça e de espírito. Nem todo mundo tem espírito de porco como eu. Nem todo mundo quer bater de cabeça em pobreza.

Eu por minha vez vejo muitas coisas parecidas entre Mayotte e Brasil. Aqui tem os muitos ricos e os muitos pobres. Tem favelas que aqui se chamam bangas. Aqui a religião permeia tudo. No Brasil são 90 por cento cristões. Em Mayotte 95 por cento muçulmanos. Aqui todo mundo anda de Ryder  ou Havaianas, ou outras marcas locais. Brasileiros adoram viajar pra Chile, Argentina, Miami, Europa. Os ricos de Mayotte adoram  viajar pra Arabia Saudita, India, Marseille, Paris, la Réunion, Ile Maurice. Viajar é sempre preciso. Também gostam de carro caro pra se  aparecer e gastam o dinheiro que não tem para fingir que tem. Fazem malabarismo para se exibir com políticos, donos de banco. Nunca na minha vida  tenho encontrado em tão pouco tempo tanta gente « bonita ». Já encontrei até senador, líder de partido politico, diretores de banco, empresarios, vencedor de concurso de beleza, dignitário muçulmano, diretor de órgão público. 3E juro, foi sem querer querendo.

Estranhei mesmo e ainda estranho não ter encontrado brasileiros. Sempre tem algum na França que abre uma ONG para ensinar arte marcial ou capoeira e aqui nada. Sempre tem uma que faz dança de mulatas. Mas aqui parecia o deserto para brasileiros. Pior do que o Saara.

Estranhei. Ai pensei que devia ter uma razão séria para tanta ausência. E surgiu a resposta: aqui não tem farinha. Aqui feijão é caro. Mas pensei, Matutei melhor. Que nada. Todo brasileiro não é nordestino, né, nutrido a base e feijao arroz e farinha e um pedacinho pequeninho de jaba ! ! Para compensar tem mar, praias, churrasquinhos o ano todo baratinho e a santa cerveja holandesa Heineken! Que nada. Só se for em Mayotte ! Se seu assunto é cachaça vai sofrer mas não vai morrer, meu chapa. Os malgaches, os nativos de Madagascar gostam. Até porco para sua feijoada vai encontrar apesar da religião muçulmana proibir seu consumo.

Ah mas brasileiro no exterior não pode viver sem suas baladas, ouvir um som bem legal oriundo das terras tupiniquins. Que nada. Com Internet o som do planeta tá imediatamente disponível.

Hoje vi um cartaz num bar em Passamianty : « brésillienne » night (foi assim mesmo com dois LL). Foi ontem a festa no Koropa club perto de Mamoudzou. Entrada 10€. Duvido que tenha brasileiro quem organiza. Mas posso me enganar. Eu, hem, se nao consegue escever certo num cartaz brésilienne como manda o modelito não quero nem saber o resto.

 

https://m.facebook.com/photo.php?fbid=867892910037419&id=100004501533693&set=ecnf.100004501533693&source=49&refid=17&__tn__=E

Pode ser um brasileiro, pode não ser.  Eu vi no Facebook um tal de DJ  Elias mas Elias pode morar  em qualquer canto do mundo e divulgar. Como ele divulga festa malgache tenho minhas duvidas. O que ficou claro na chamada que eu li  é que duas dançarinas vindas do Brasil com paradeiro na ilha da Réunion iam dancar, e dar um show de gogo girl. O que é certo é que o conceito de festa brasileira é bem claro. Só olhar o cartaz. No mesmo dia tinha num bar malgache em Passamianty , o bar onde vou sempre que posso aos domingos meio dia para  almoçar e bebericar e encontrar alguns conhecidos. Se chama o  Maharatra, isso quer dizer o lugar de sempre. Virou agora minha cantina do domingo. Já tenho minha cantina da sexta feira, o bar Cinq Cinq. So falta descobrir a cantina do sabado. A cantina de segunda a quinta é variavel. Depende da meteorologia interna e externa. Os malgaches são os brasileiros da África. Se parecem muito fisicamente, são festivos e cheios de religiões. Alguns não comem porco, alguns não comem galinha, alguns não bebem cachaça e cerveja, alguns não comem carne de boi. Mas todos gostam que nem eu de peixe e frutos do mar, e em primeiro lugar de caranguejo e de polvo, de camarão pistola.

Por isso em Mayotte único lugar que me divirto tem que ter seja Barista malgache ou cozinheiro malgache, senão morro podre de morte mordida, morrida e bandida a fogo brando.

Minha bebida de cada domingo, que não pode faltar é uma cachaça malgache chamada magoustan ou magoustan. Não sei bem o que é. E parece uma fruta destilada na cachaça, sai com limão e gelo e me derreto. Tem em realidade uma cachaça diferente aqui feita a partir do coco fermentado. Não entendi bem o processo mas se vende muito durante o mês de jejum daqui chamado Ramadan. Aquele no Ramadan e doce. Não chegou a ser cachaça. Mas se deixar fermentar, vai poder bebericar na paz do Senhor, aqui na paz de Allah. É uma delícia. Sua cabeça vai rodar a baiana em menos tempo que a luz leva para percorrer a distância da terra a lua e volta. Se chama tal cachaça tiembo Vurupa. Mas para achar só com ajuda do meu colega presidente da Câmara de Mayotte para o Artesanato. Chique, né . Sou podre de chique, mesmo ! Sou caatingueiro, né ! Com caatingueiro ninguém pode.

 https://m.facebook.com/photo.php?fbid=867892910037419&id=100004501533693&set=ecnf.100004501533693&source=49&refid=17&__tn__=E

La procession de monsieur : de la mosquée à chez madame

Chez les Mahorais la procédure est simple  on va habiter chez Madame. C’est elle qui est maîtresse chez elle. En cas de divorce ou de séparation c’est l’homme qui prend ses cliques et ses claques. Bye bye mari. Moi je reste chez moi. En contrepartie si l’homme veut avoir d’autres épouses comme la loi musulmane le lui permet il suffit d’aller enregistrer la chose devant le cadi pour être en règle avec dieu. On paie une petite somme pour sceller l’arrangement entre passereaux et la choses est faite. L’homme peut aussi répudier. Il suffit de deux témoins. À la femme le patrimoine immobilier au monsieur les émois de coq. En réalité sous les apparences de la pudeur matérialisée par les salouvas et les boubous qui cachent au regard une grande partie du corps sans pour autant réussir à masquer les formes bien rebondies des demoiselles, les spécialistes de la chose s’accordent pour penser que la société mahoraise est l’une des plus permissives en matière de sexualité débridée du monde musulman. Mais tout se passe en cachette. Il n’y a pas d’exhibitionnisme ni  corporel ni sexuel. Tout se passe sous le boisseau. Il y a donc sous les couches du rigorisme apparent des salouvas et autres foulards, les masques cosmétiques une sexualité cachée exacerbée que l’islam n’a pas réussi à éliminer .  N’oublions pas que les  mahoraises sont des bantoues et que la sexualité bantoue ne s’embarrasse  pas de préceptes religieux. Des douze ans, la cause est entendue: c’est une femme, en puissance, je dirais même en toute puissance. On est certes loin de la sexualité publiquement assumée des brésiliennes et des antillaises pour ne prendre qu’elles. Mais entre quatre yeux sous l’alcôve, la femme mahoraise n’aurait rien à envier à ses congénères américaines.

Bon, moi à vrai dire, je n’en sais rien, je vous vends le poisson comme on me l’a vendu. Il a peut-être des arêtes. A vous de consommer avec précaution d’usage. Les pêcheurs qui me l’ont vendu sont Mahorais, sénégalais, comoriens, congolais. La femme mahoraise est une femme sans problème car même si la polygamie est abrogée dans les textes depuis Sarkozy, dans les faits elle continue au grand jour grâce à l’institution du cadi. Car ce qui compte pour les mahoraises c’est qu’Allah légitimise leur relation charnelle. Le Grand Mariage et ses nombreuses festivités ou hommes et femmes se côtoient sans se mélanger, ou se suivent à distance est en ce sens très révélateur. Il y a le monde des femmes, le monde des hommes avec des rôles clairement répartis. Mais la société, quoi que dominée par l’apparatchik musulman profondément machiste et paternaliste comme toutes les sociétés religieuses, est dans son essence une société matrifocale comme la plupart des sociétés caribéennes issues de la traite négrière. Le kikongo qui a donné de nombreux mots en créole et qui structure la phrase créole, est une langue bantoue comme le swahili et comme le comorien et le shimaoré. Nous avons les mêmes effluves sanguins du pays bantou, mettez un boubou à un Antillais et une keffiah: il passera sans problème pour un Mahorais ou Anjouanais ou Comorien. Et vice versa. Ce qui nous différencier ce sont les systèmes de représentation du monde, le système des clans et des tribus, le rapport à l’alcool, au corps, à la mort…etc.

Bref.  À la fin de la procession entre la mosquée de Doujani et l’appartement à l’étage de Madame à 300 mètres environ de la mosquée, le marié entre chez sa femme après force prières et incantations. Le premier cercle des privilégiés, les témoins, les amis proches, les dignitaires religieux, les notables  politiques et économiques, les parents, les frères et soeurs participent au repas. Il leur est permis de voir le couple princier. Lequel couple vit déjà sur place depuis belle lurette puisqu’ils  y ont eu leur fille. Leur appartement qui est récent a été construit au-dessus de la maison qu’on appelle ici la maison familiale. La maison familiale c’est celle  de la mère. Moi je fais partie du deuxième cercle, pourtant je ne connais le père du marié que depuis deux mois. Je m’ interroge néanmoins  sur le fait que le père biologique du  marié qui a le visage et  le cou grêlés ne fasse partie que du deuxième cercle comme moi. Alors que celui qui l’a élevé, mon ami Wally, est dans le premier  cercle. Juste après la procession j’ ai pu voir le père biologique raccompagner le père de son ex-femme. J’avais trouvé admirable  cette communauté spirituelle entre ex membres d’une même famille. J’avais vu aussi les deux pères lors de la cérémonie  sur la place de la mosquée  anjouanaise. Le père biologique était au premier rang mais c’est celui  qui a élevé l’enfant qui avait  une position prédominante au pinacle.

Nous voilà 30 installés à plusieurs tables, que des hommes, la plupart âgés de plus de 50 ans dans une autre maison toute proche que je crois être celle de l’oncle du marié. La table est chargée de victuailles, du boeuf kangué, du riz, du pilau, du giraumon, une salade de concombre avec des oeufs et de la tomate, du jus de tamarin frais et bien glacé, de l’eau, aucun alcool, Islam oblige. Je meurs de faim car on m’ a invité à midi midi et demie et je croyais manger vers ces heures là. Il est près de 16 h30 quand nous passons à table. Les gens sautent sur les plats comme des morts de faim, des dévorants. Un vieux à la main tremblotante réussit à se servir trois fois une assiette fêtée de viande qui outrepasse les limites de la décence. Ici c’est au plus rapide, au plus rappia comme dirait ma mère…Pourtant dès qu’ un plat se vide des jeunes filles de chargent de le remplir à nouveau. Nous sommes aux petits soins. J’ imagine les délices par lesquels doivent passer le premier cercle puisque nous au deuxième cercle sommes si gentiment choyés. On m’attache une fleur de jasmin à la boutonniere. Je me laisse faire. J’ai vu tout à l’heure une femme jeter du riz sur les mariés. Quand le marié est entré chez lui on a caché le visage de l’épouse. Seuls les initiés, ceux du déjeuner du premier cercle pourront la voir. Les autres devront payer s’ils veulent la voir. Mon naturel radin reprend le dessus. Je la verrai bien un jour quand elle viendra voir son beau-père. Oh mais y a pas écrit bécasse sur mon front, quand même ! Vient l’heure des desserts. Je prends du raisin. Voilà. C’est est fini. On nous remet un sac souvenir chargé de pâtisseries diverses et de deux canettes de boisson non alcoolisée. Je remercie mes hôtes de leur hospitalité. Je me retrouve avec deux connaissances du jour, des enseignants franco-sénégalais qui étaient aussi de la fête et d’ un commun accord nous nous retrouvons un moment au pavillon des femmes pour récupérer leurs épouses, dont l’une est sénégalaise et l’autre mozambicaine, qui y mangeaient et nous partons en voiture prendre au Cinq Cinq près de la barge de Mamoudzou une pinte de bière bien méritée. Je  retire le keffiah de la tête car non compatible avec la consommation de bière. Fin.

Mariage Mahorais: épisode 3: samedi 6:30 du matin



Samedi matin 6h30. Depuis hier chez Sophia, la restauratrice, les petites mains sont à l’ouvrage près du port de M’Tsapéré. Dans cette branche de la famille un boeuf entier a été abattu. Ce sont des seaux et des marmites entières de boeuf qui trempent en ce moment dans l’eau et qui serviront me dit-on de sauce. Une cinquantaine de personnes ont travaillé pour la bonne cause jusqu’à tard dans la nuit. On a dormi sur la natte pour être d’attaque à 5 heures du matin. J’imagine qu’il y a encore aux Antilles  des familles qui fonctionnent sur ce rythme tribal et clanique. J’imagine qu’autrefois nos mariages d’antan témoignaient de  cette solidarité. Désormais on oublie la solidarité et au nom de son appartenance  aux valeurs occidentales, on se retranche dans l’entre-soi sous la coordination d’un traiteur et d’ un maître de cérémonie. La tendance est mondiale. C’est la globalisation a marche forcée. Ici les Mahorais résistent. Quand je filmais ce matin et que je prenais des photos j’ai entendu certains dire avec fierté  Africa ! L’Afrique résiste encore! Elle s’occidentalise quand ça l’arrange. Mais moi en voyant cette marée humaine communier ainsi à la confection de ce repas digne de Pharaon, je ne peux dire que hocher la tête et dire moi aussi: Africa. Pourtant j’ai entendu des Sénégalais avertis dire, Mayotte ce n’est pas l’Afrique.

Certains qui aiment à dénigrer évoqueront les conditions d’hygiène, de conservation. Moi je fais confiance à ce peuple millénaire et symboliquement aujourd’hui en arborant fièrement mon bonnet, mon keffiah sur le crâne, j’épouserai en quelque sorte certains aspects immergés de mon africanité qui baignaient dans le marigot des  bassines bleues de mon inconscient collectif.

On livre en ce moment du riz par sacs de 20 kilos. D’énormes bassines et seaux recueillent dans leurs flancs, pommes de terre, chou petsai, riz,  lait caillé, là on débite des oignons, là on ouvre des centaines de boîtes de lait de coco, là on fait cuire le lait de coco ou le riz, là on a déjà cuit les aubergines, les pwadibwa attendent tranquillement leur tour. Seules les femmes cuisinent. Les hommes livrent, transportent, conduisent, déballent mais ne cuisinent pas. Toutes les générations sont confondues dans cette distribution à la Métro Goldwin Mayer. La rue devient l’extension de la maison trop petite malgré sa taille respectable  et sa cour intérieure  plantée de bananiers, pour autant de monde et de faitouts.

Partout c’est l’odeur du feu de bois, la chaleur du feu de bois, la fumée du feu de bois. Ce n’est pas l’heure du défilé de mode, chacun s’affaire dans le plus simple appareil. Il est 6h30 et  le programme des festivités me sera remis vers 9/10h. Je repasserai plus tar sur le coup de midi pour voir comment les choses ont avancé. On prépare en ce moment la soupe au riz et le thé pour ces abeilles ouvrières toutes unies dans leur coup de main clanique. J’avais déjà vu à Mayotte de telles scènes de préparation culinaire qui occupaient les ruelles. Maintenant je comprends mieux les tenants et les aboutissants de cette ruche, de cet essaim.

Telles de petites mains qui tissent et brodent un vêtement d’apparat elle concourent toutes à la magnificence de ce mariage traditionnel. On peut parler de communion rituelle. Aujourd’hui quand je mangerai ce sera autre chose: je communierai. Peu importe l’hostie pourvu que la communion soit parfaite et solidaire.

Et dire que ces mêmes préparatifs que je trouve gigantesques et qui occupent ici deux maisons se répètent des dizaines de fois entre M’Tsapéré et Doujani, où aura lieu le grand événement sous chapiteau. Quand je vois tout ça j’imagine ce qu’était autrefois le mariage d’ un sultan. Et je me rends compte paralellement de l’énorme déperdition de valeurs qu’à constitué la traite atlantique. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé mais de comprendre les constituants intimes qui concourent à notre personnalité. Je le dirais autrement: mon univers wolfokien repose sur une base multiforme. L’Afrique y a sa part, toute sa part, ses radicelles se mélangent, bifurquent, se ramifient avec d’autres et me transforment constamment. Il n’est pas étonnant qu’étant actuellement aux confins de l’Afrique de l’Est je m’ interroge sur cette partie pré-dix-huitième siècle de moi.  Je suis comme un père de 5 enfants, je suis toujours plus proche de celui qui souffre le plus à un moment donné. Je n’ ai pas d’enfant préféré. Je les aime tous autant quoi qu’ils en pensent. J’ai des affinités certes avec certains, des atomes crochus qui rendent les passerelles plus fréquentables et moins troubles, j’ai des moments de perplexité parfois, de doute et même de désolation, mais comme on dit ce sont tous « de la farine du même sac ». Et en cela ils méritent tous le même amour. L’Afrique aussi fait partie de ma farine. Elle est plutôt de manioc et je dois la mélanger avec la farine de maïs et la farine de blé pour obtenir le meilleur gruau possible, le meilleur mingau, le meilleur couscous. Il faut pour cela des talents qui dépassent les seules compétences de cuisinier. Il faut de la mémoire. Et ce mariage est un prétexte de refaire ressurgir en moi des mémoires ensevelies au fin fond des marigots.

Mariage mahorais: épisode 2 

À la mosquée anjouanaise de Mtsapéré c’est fête. C’est soirée de mariage. L’assistance est composée presque exclusivement d’hommes. Les femmes qui appartiennent au clan sont confinées en dehors du périmètre dont l’entrée est matérialisée par une arcade de fleurs blanches et sur les allées latérales. Elles sont bien entre 100 et 200. La fiancée, jeune cadre dynamique dans le secteur bancaire âgée de 23 ans, de parents Mahorais, ne fait pas partie  de la fête. Elle est  selon la tradition enfermée  dans une chambre. Mais d’autres disent aussi qu’elle  est discrètement  installée avec les siens dans l’assistance.  Son grand jour sera samedi. On lui apportera l’or, littéralement. J’y serai car Wally, le beau-père du futur marié m’invite. J’essaie de repérer la mère du marié mais je ne vois qu »une ondulation rythmique de salouvas. La cérémonie commence à l’heure dite. 21 heures.

Le marié et  sa suite arrivent dans un pas lent et chaloupé. Parmi les protagonistes je ne reconnais que le beau-père. Le marié c’est évidemment celui qui a l’air d’un sultan. Il a 27 ans, de parents Mahorais, études à la Réunion, puis en métropole, bref c’est lui aussi un jeune cadre qui après avoir touché aux télécommunications  travaille maintenant comme cadre dans la grande distribution à Mayotte. Les chanteurs et tambourinaires sont revêtus  de bonnets rouges. C’est jour de mariage.  Toute la famille élargie de la future épouse est responsable des victuailles. Ce sont parfois des rues entières, sinon des quartiers, qui sont chargés du ravitaillement. On cuit du riz par bassines, du giraumon en pagaille. Le clan de la mariée est aux fourneaux jusqu’à samedi. C’est un va-et-vient permanent pour que la fête de jeudi et celle de samedi soient immémorables, impeccables. Les cartons d’invitations ont été adressés depuis des mois à travers le monde.

Au clan du marié la charge de la dot, l’or qui sera versé samedi pour clore d’un sceau royal cette nouvelle alliance.

J’ai l’impression que l’assistance est toute unie dans un seul élan, nous sommes tous embarqués sur un kwassa kwassa lent mais irrémédiable dans un voyage qui va durer deux heures et demie entrecoupé de chants, de danses, de prières, de discours, de piété, de rires, de boissons ( eau et thé sont distribuées à foison), de nourritures terrestres (des samoussas, des pâtés, des feuilletés de viande, toutes sortes de délicatesses et j’ai moi même goûté entre autres choses à une madeleine, qui je suppose ne se dit pas madeleine en shimaoré).

Un enfant chante ce que je suppose être des versets du Coran en arabe. Puis les officiants se succèdent, de tous âges. La fête se terminera quand un officiant portant capuche, robe et bottes blanches donnera son ite missa est. Moi ce sont les danses qui m’intéressent et les vêtements. Il y a des codes. Tous ceux du premier rang portent des boubous noirs avec des motifs dorés. Certains portent des colliers de jasmin, d’autres des colliers mixtes où règnent les bougainvillées. Ce qui me captive c’est la participation dans cette lente sarabande des cannes que portent fièrement les participants. Beaucoup d’hommes de plus de 50 ans, je ne vois que des peaux noires. Seul un wuzungu m’apparaît dans cette multitude portant lui aussi boubou et bonnet. Il n’est pas musulman. c’est un ami proche de la famille ou du travail. Moi aussi samedi je porterai le bonnet, le fameux koffiah ou keffiah car Wally m’a dit que cela sied bien aux gens de mon âge. Beaucoup d’ hommes âges et étonnamment très peu portent des lunettes. Au fond des allées c’est le royaume des enfants.  Il y a aussi les politiques, les notables, parmi lesquels le sénateur de Mayotte, un Solihi, un conseiller général. Je ne suis pas si perdu que ça puisque au moins trois personnes me reconnaissent et me font un petit signe de reconnaissance. L’un des enfants vient même à ma rencontre et me demande si je filme. Je le prends en photo. C’est un grand comorien, sa mosquée est là bas, la plus haute avec minaret, de M’Tsapéré mais il est là avec d’autres enfants de cette mosquée d’Anjouan pour prêter hommage aux passereaux.

Tout est huilé au quart de tour. Je m’embarque dans cette mélopée extraordinaire.

Vers minuit la suite royale et sa cour passent sous mes fenêtres en donnant l’aubade. Je remarque qu’à sa façon toute personnelle le beau-père nage dans le bonheur. Il danse, c’est un sérère. Ce n’est pas un peul. Il aime plaisanter comme tous les sérères  sur les peuls, leur rappelant en rigolant que ces derniers ont été à une certaine époque leurs esclaves. D’ailleurs un ami sénégalais  à lui un Diouf, un sérère, sera présent samedi, accompagné de son épouse peule, enseignante elle aussi, qu’il nous présente en plaisantant comme son esclave. Certes Wally ne dansera jamais à la mode des Mahorais  la canne levée et le sourire large comme la pleine lune, mais il célèbre ce moment à sa façon, contenue,  tout en discrétion, à la sénégalaise, à la sérère, ondulant chaque millimètre de sa peau bleue comme une vague  de chaleur à l’orée de l’oasis, de droite à gauche, sérieux  comme un Pap Diouf de l’ Olympique de Marseille.

Ce n’est pas à un sérère  qu’on va apprendre à faire la grimace. Ce n’est pas parce que Monsieur ne  va plus en boîte depuis 7 ans qu’il a perdu le sens du rythme. J’ai malgré tout du mal à l »imaginer swinguant, « deitando e  rolando » sur Mory Kanté. 15 ans en Arabie Saoudite vous changent un homme. Jeddah, La Mecque ne sont ni Lagos ni Abuja. Dakar est loin. Mbemba Diebaté est loin. Nagadef ! Je sais qu’en ce jour de pleine réalisation cosmique, les hommes pieux se sentent au paradis. Mais aux portes du paradis ne contemple-t-on pas son propre parcours d’homme. De la terre natale des Sérères à Mayotte, via l’Arabie Saoudite et la métropole. Parcours sinueux mais exemplaire. On doit en ce moment forcément penser à ses racines, à son père, à sa mère, aux siens. Je sens Wally très peu dissert sur sa famille africaine. Jamais il ne parle de soupoukanja, de tchiéboudienne, de mafé. Il s’est mahorisé. Mais sa mère est vivante et il a ses frères et soeurs au Sénégal. Curieusement personne de sa famille n’est venu du Sénégal pour participer à cet événement. Il me dit les appeler au moins une fois par semaine.

La fête ne fait que commencer, qui sait si d’ici samedi soir il ne retrouvera pas ses pas que j’imagine cadencés à la Fela Ransome Kuti ou à la Youssou N’Dour.

Le lendemain matin c’est vendredi 13 octobre et il pleut sur M’Tsapéré. Le marié a eu chaud. Quelle baraka ! Il l’a échappé belle. Dieu n’a pas permis qu’il pleuve, me dit son beau-père avec une assurance désarmante. C’est beau la foi ! Même si je sais que ce n’est qu’une des phases du grand Mariage. Oh je  ne m’inquiète pas pour le marié. Je me doute bien qu’il aura de multiples autres occasions de se faire mouiller !  Pourquoi pas en ce vendredi 13, jour de la femme mahoraise. Ou samedi 14 quand ce sera l’heure de livrer l’or à sa dulcinée. Je serai là pour vivre ce moment d’anthologie, Inch Allah. Non je ne m’inquiète pas pour lui. Car son mariage est déjà fécond. Car il est père d’une petite fille.

Mariage devant la mosquee. Préparatifs.

Depuis la fin de l’après midi de ce jeudi 12 octobre 2017  on s’affaire sur la place de la mosquée anjouanaise de Mtsapere. Pas moins de 500 chaises sont là. Originellement habillées de rouge, la majorité reçoivent des housses blanches, tandis que la première rangée, une centaine de sièges, montre ses housses d’or. Un ruban doré rehausse le dossier des fauteuils revêtus de blanc. La pluie menace. Les nuages sont noirs. Il y a déjà eu deux fausses alertes. Mais on voit chez tous la tranquille assurance, la foi en Allah que la pluie ne  viendra pas gâcher la fete. Sur une estrade au fond de la place à couvert sous le kiosque des éléments blancs et dorés évoquent des trones et des arcades. Un mariage se prepare. Des fleurs blanches aussi sans qu’on sache vraiment si elles sont vraies ou postiches. Faisant face aux fauteuils une estrade au pied de laquelle on pose des pots de plantes vertes.

Au moins 25 personnes travaillent depuis des heures à la mise en place. J’essaie d’identifier qui est le chef d’orchestre. En vain. J’ai bien vu l’imam dire quelque mots avant la prière de 18 heures.

Un homme me demande : « c’est quoi ça? »

L’événement doit être rare. Je réponds. « C’est un mariage Mahorais ». Il me répond. « Mahorais? Mais il n’y a plus de Mahorais ici. Peut être un métis de Mahorais avec un grand comorien, un malgache, un anjouanais, un réunionnais mais il n’y a plus de Mahorais. » Je lui réponds que je sais que la mère est mahoraise ( mais qu’en sais-je vraiment?) et que le beau père est sénégalais. Mais je ne sais rien du père du marie. Ni de la mariée. Je sais qu’au moins une partie de la famille de la mariée est mahoraise car ce sont des membres de son clan qui m’ont parle de la cérémonie. Cette cérémonie n’est qu’une étape du grand mariage Mahorais. J’ai vu entreposées dans l’epicerie du beau-père des tonnes de boissons non alcoolisées. L’homme qui m’a abordé se dit être de mère grand comorienne et de père réunionnais. Les deux sont décédés. Il doit avoir dans les 55 ans.

18h48 sur une petite tribune avec microphone je vois un Coran et l’imam qui vérifie que tout est en place. Devant les invités sur l’estrade un cadre brodé d’or sur fond blanc devant lequel les trônes vont être places. Le plus doré pour le marié au centre, les deux argentés pour ses temoins. De chaque côté de ces trois là cinq fauteuils recouverts de tissu doré ou viendront s’asseoir les plus proches des deux familles. Enfin c’est ma lecture.

Des techniciens s’affairent pour la sonorisation. Des gerbes de fleurs blanches montent sur scène. Des hauts parleurs puissants de marque Behringer sont hisses sur des pieds.

Finalement l’arcade de fleurs est érigée et marque l’entrée du territoire.

Les festivités ne commencent qu’à 21 heures.

Chez Zam Zam, l’épicerie au dessus de laquelle habite la mère du marié et son beau-père Wally l’effervescence est à son comble. Dans la cour la cuisine déborde à tous les étages. Déjà dans les rues à 19 h15 des groupes de vieillards en boubous et bonnets de cérémonie font les cent pas et se rapprochent tranquillement. Le festivités ne commenceront qu’à 21 heures.

Mariage pluvieux mariage heureux dit l’adage. Mais que penser des oiseaux noirs que j’ai vu par deux fois tournoyer au dessus de l’estrade ?

Il est 4 heures vingt du mat à Mayotte, Jeddah, La Mecque et Médine : M’Tsapéré s’éveille.

L’appel à la prière habituel des muezzin retentit pendant 3 à 4 minutes des 4 mosquées de MTsapéré, mêlé aux chants des coqs de toutes parts. Il est quatre heures vingt du matin. Prions mes frères ! À quatre heures vingt-cinq un autre muezzin au loin lance son appel, toujours le même. Il doit se trouver dans Cavani. Les coqs continuent à chanter cocorico. Pour moi c’est généralement l’heure de vider ma vessie et de boire un grand verre d’eau et de me recoucher pour une heure ou deux.

Il est quatre heures vingt du matin à  Jeddah, La Mecque et Médine ! C’est sur une radio mahoraise que j’ai entendu cette formulation qui présente sans équivoque les liens importants pour ne pas dire privilégiés qu’entretient l’île hippocampe avec l’islam, symbolisé par les hauts lieux de l’Arabie Saoudite, terre natale du prophète Mohammed. À titre de comparaison je vois mal une radio antillaise dire à des auditeurs il est 4 heures à la Guadeloupe et je ne sais quelle heure à Jérusalem, Haïfa, Lourdes ou Rome. L’heure de référence première pour les Antillais c’est l’heure de Paris. Rien de plus « normal » apparemment pour une ex-colonie devenue département que de caler sa montre sur celle de la métropole coloniale. On aimerait néanmoins que les relations horaires avec les voisins que sont le Venezuela, la Colombie, le Panama, la Jamaïque, Trinidad, Haïti se fassent et qu’instinctivement on sache aussi quelle heure il fait à Kingston ou à Montego Bay ou a Caracas.

Je ne veux pas dire qu’ici à Mayotte l’heure de Paris ne fasse pas sens. Quand on regarde la télé française sur l’île on se met à l’heure française, qui est en fait l’heure de la Réunion. On décale sa vie d’une heure. Je ne serais pas étonné que certains mahorais, plus français que les français, vivent à l’heure française, tout simplement. C’est plus facile pour eux dont le décalage ne dépasse pas une heure que pour nous Antillais dont le décalage est bien plus important.

Mais il faut bien avouer que le fait de se trouver sur le même fuseau horaire que les deux villes saintes musulmanes et  l’aéroport qui en donne l’accès, n’est pas anodin.

Beaucoup de commerçants fréquentent l’Arabie Saoudite pour leurs affaires plus qu’ils ne fréquentent Paris. L’arabe est enseigné systématiquement dans les écoles coraniques aux enfants pour leur apprendre le Coran; sur le frontispice des  mosquées,   au-dessus du portail des cimetières, figurent des mots en shimaoré mais écrits en caractères arabes, et je ne sais en quelle langue les imams mahorais effectuent  leur prêche. Certains ont effectué en Arabie Saoudite plusieurs hajj dans leur vie, certains y ont étudié, travaillé de longues années. Il y a donc bien un tropisme Mamoudzou-Jeddah !

Une autre ville qui pourrait faire partie de ce champ tropical est Dar-Es-Salaam en Tanzanie. On s’étonne que l’heure des voisins, ceux des Comores, ceux de Madagascar, ceux du Mozambique et de Tanzanie ne soit pas aussi prégnante dans la vie des Mahorais. Mais dans la mesure où on se plaint à tout bout de champ de ces voisins dont les plus encombrants sont les Comoriens, source pour tout un chacun du plus infime des maux, de l’insécurité, de la surpopulation, du chaos immobilier et de la déliquescence de « l’art de vivre Mahorais », de la France de la « souffrance », on peut comprendre sinon justifier cette non-appétence pour l’heure des voisins.

Il est quatre heures vingt, M’Tsapéré s’éveille entre Paris et Saint-Denis, et comme les balayeurs, les stripteasers, les travestis, les chauffeurs de camion et Jacques Dutronc en son temps, je n’ai pas sommeil.